Christophe Faurie : CV « informel » orienté par le thème du changement :
Les origines. Pendant toutes mes études, j'ai été vu comme un chercheur. A tel point que l'on me pardonnait mes nombreuses défaillances comme étant des distractions justifiant le diagnostic initial. A la fin de mes études, j'ai pris une décision qui définit peut être le cours de ma vie. A la suite de travaux que j'avais faits à l'Université de Cambridge, on m'a proposé des conditions exceptionnelles pour mener une thèse (en ingénierie du contrôle, une discipline des mathématiques appliquées). Je réalise maintenant que c'aurait pu être le début d'une carrière extraordinairement confortable et toute tracée. Mais j'ai refusé. J'étais plus ou moins consciemment convaincu que mon destin était d'en découdre avec la réalité humaine. Ma vie est alors devenue un bizarre mélange entre des phases d'action courtes et intenses, suivies de phases d'analyse et de formalisation à la lumière des sciences. Même si j'étudie maintenant l'ethnologie, la sociologie ou la psychologie, je suis demeuré un homme des sciences appliquées, autrement dit un ingénieur.
Début 80. Début de carrière très opérationnel. Cependant, en 93 je fais une application des travaux de conduite du changement, que l’on vient de m’enseigner en MBA, pour Dassault Systèmes, confronté à un sérieux malaise social. Même s’il se révélera ensuite que l’essentiel de ma carrière a été dirigé par la transformation des entreprises, je m’intéresse ensuite, surtout, à la stratégie et au marketing, sujets que j’enseigne en dernière année de l’ESCEM et en entreprise.
Fin 2001. Je suis alors associé du cabinet de conseil GM2. Une discussion avec un de mes associés me fait découvrir que j’ai transformé les entreprises dans lesquelles je suis passé, depuis le début de ma carrière. Or, le changement prend des décennies, selon les universitaires du domaine (cf. les travaux de John Kotter : Leading Change). Pas dans mon cas. Explication ? Les techniques ordinaires de conduite du changement visent à « changer » les hommes, les miennes font sauter le blocage organisationnel qui les empêche d’être efficaces.
Nouvelle découverte : mes observations collent à ce que Jay Forrester, du MIT, le fondateur de la Dynamique des systèmes, appelle « l’effet de levier » (repris depuis par Peter Senge). Mais mon approche, opérationnelle, n’a rien à voir avec ses modélisations mathématiques (plus exactement, elles expliquent a posteriori ce qui s'est passé, mais elles sont peu utiles pour guider mon travail).
J'entre alors en contact avec Edgar Schein, aussi au MIT, probablement le premier universitaire à avoir appliqué systématiquement les sciences humaines aux problématiques de gestion de l'entreprise. Il m’a expliqué que, en quelque sorte, j’avais réinventé son travail.
2003. Je publie Conduite et mise en œuvre du changement : l’Effet de levier, Maxima.
Ce livre suscite l’intérêt de plusieurs universitaires, aux USA et en France. Certains me proposent de donner des cours en DESS et MBA.
Ils m’encouragent aussi à approfondir mes travaux sous l’angle scientifique. Constats : accord avec les sciences concernées (humaines, du management et économiques ainsi qu’avec la théorie de la complexité qui modélise les phénomènes « émergents ») ; proximité troublante avec la philosophie chinoise (par ailleurs, l’effet de levier peut être vu comme l’art du judo), mais aussi la pensée allemande du 19 et 20ème siècle : elle a intégré la dimension sociale dans la science.
Le travail précédent et sa confrontation avec les problèmes que rencontrent mes clients et mes étudiants, me convainc qu’il est possible de construire un cadre de formation au changement en trois pans
- erreurs qui tuent le changement ;
- méthodologie de construction de « l’architecture du changement », qui permet de le contrôler (des questions auxquelles répondre avant de démarrer un changement) ;
- boîte à outils de techniques utiles à l’animation proprement dite du changement.
2008. Je publie deux livres :
- Conduire le changement : les gestes qui sauvent, Maxima. Il montre que la plupart des changements qui échouent (c’est le cas général), peuvent être rattrapés facilement. Application du 1) ci-dessus.
- Conduire le changement : transformer les organisations sans bouleverser les hommes, L’Harmattan. C’est le support de mon cours (sous une forme qui ne ressemble pas à celle d’un livre de cours). Il illustre les points 2) et 3) ci-dessus.
Depuis, je continue à conseiller et à enseigner , et je réfléchis à un nouveau livre. L'intérêt qu'a désormais le marché pour le type de changement, très pratique, qui est ma spécialité, m'amène à collaborer avec de plus en plus de cabinets soucieux de développer un savoir faire dans ce domaine ou ayant un métier complémentaire au mien. Par ailleurs, j'anime un cercle de consultants, qui partagent ma vision du changement, et m'apportent des compétences que je n'ai pas : le CFFC.
Où cela nous amène-t-il ? Comment se situent mes travaux par rapport à ce qui se fait ailleurs?
- Les techniques de conduite du changement ont fait l’objet de deux vagues d’étude en France. À partir des années 60, avec Michel Crozier et à partir du début des années 2000. J'ai été un des pionniers de cette seconde vague.
- Le foyer de recherche sur la conduite du changement est, depuis toujours, les USA et ses MBA. J'ai voulu rassembler les travaux de ses trois principales écoles de conduite du changement, qui me semblent incompréhensiblement antagonistes. Ces écoles sont :
- l’école taylorienne, qui correspond aux techniques utilisées par les cabinets de conseil (cf. la qualité, le reengineering de Michael Hammer, le contrôle de gestion, etc.),
- les sciences humaines, et ce dans le prolongement des travaux d’Edgar Schein, qui a appliqué systématiquement les sciences humaines à l’entreprise,
- la systémique (cf. « l’organisation apprenante » de Peter Senge, et plus généralement la dynamique des systèmes de Jay Forrester et du MIT).
Mon originalité principale est d'avoir construit mon savoir faire à partir de mon expérience propre, et non par observation d’autres personnes, ou à partir d'études théoriques. J'ai réinventé la théorie à partir de mon expérience. J'ai modélisé cette expérience et j'ai essayé de mener une étude systématique des sciences concernées par le changement.