samedi 20 septembre 2008

La démocratie comme idéologie

Le blog pro-Obama de Matthew Yglesias se réjouissait il y a peu du soutien immédiat de Barak Obama à la démocratie pakistanaise.
  • Le Pakistan a un président, notoirement corrompu, qui a passé 8 ans en prison. Il n’est là que parce qu’il était marié à une famille qui domine la vie politique nationale depuis des décennies et a gagné les dernières élections. Ses premières mesures semblent montrer que l’intérêt du pays (nucléaire et proche de l’anarchie) ne pèse pas lourd dans ses considérations. Et, bizarrement, il n’a renoncé à aucun des pouvoirs de son anti-démocratique prédécesseur, Pervez Musharraf.
  • Pour le psychologue Robert Cialdini la caractéristique de l’homme est d’économiser son cerveau. Il réfléchit le moins possible. Il décide par court-circuit. La démocratie c’est bien. La dictature, c’est mal. Ce faisant, il devient prévisible et manipulable (Robert Cialdini étudie « l’influence »). Monsieur Obama, vous qui êtes supérieurement intelligent, n’oubliez pas de penser !
Compléments :
  • Mes informations viennent des 3 articles que The Economist du 13-18 septembre consacre au Pakistan.
  • CIALDINI, Robert B., Influence: Science and Practice, Allyn and Bacon, 4ème édition, 2000.
  • Les dangers que font courir à la démocratie ses admirateurs béats : La démocratie est en péril.

La finance mondiale mord la poussière

Effondrement de banques américaines. Des géants à la taille presque inconcevable disparaissent du jour au lendemain. La part des profits des entreprises américaines réalisée par les institutions financières est passée de 10 à 40% en un quart de siècle. Ce qui donne une idée de l’ajustement en cours.

Je crois toujours que le risque de crise est lié à « l’aléa moral » (les rats quittent le navire - Crises et risque) et que le moyen de le combattre est la solidarité. L’intervention massive de l’État américain paraît donc intelligente, de même que ce qui semble un effort des banques mondiales de construire un fonds de solidarité.

John McCain, fidèle à sa stratégie populiste, a dénoncé l’appétit du lucre des financiers, qu’il fera payer pour leurs crimes, et son adversaire comme ayant profité de leurs largesses. Que le lucre soit au cœur de la pensée du monde des affaires (favorable à McCain), et que McCain soit immensément riche, n’entrent pas en ligne de compte. Obama semble lui avoir joint l’utile à l’agréable : il soutient George Bush, à contre courant, mais a attiré l’attention du public sur le sort des défavorisés. À tout problème, il y a une solution honorable et efficace. Encore fallait-il la chercher.

Il me semble aussi que « punir les coupables » n’est pas une option (Comment faire payer le banquier ?), pas plus qu’un contrôle policier. Que la crise capitaliste est une conséquence d’une société où le lien entre hommes s’est distendu, laissant l’individu seul face à des problèmes qu’il ne sait pas gérer (Société Générale et contrôle culturel, Combattre la perfidie).

Je serais incohérent avec moi-même si je pensais possible la recréation des communautés de jadis. Le changement doit s’inscrire dans les règles d’une société. Et nos règles sont individualistes. C’est pourquoi Internet et le Web 2.0 sont de bonnes nouvelles. L’ingénieur, l'idéal type de l'individualisme, est en train de la redécouvrir dans ses équations. Il lui sera d’autant plus attaché qu’il pensera l’avoir inventée.

Compléments :

  • Mes statistiques sur les profits des financiers viennent de What next ?, The Economist du 20 – 26 septembre.
  • J'ai entendu les déclarations d'Obama et McCain aux nouvelles de RFI de ce matin.

Amérique: intello contre bouseux

The Economist reprend (indépendamment) mon analyse L'Amérique segmentée. On y apprend que Nixon a eu la géniale idée de monter une partie de l’Amérique contre l’autre pour se faire élire. McCain doit espérer les mêmes miracles. Explication de propos apparememnt stupides (ils désespèrent The Economist) : ils seraient destinés à l’Amérique profonde ?

Il y a même dans cet article un équivalent de mon « peuple le plus bête du monde » :
effectivement beaucoup de libéraux regardent de haut l’Américain au ras des pâquerettes, le considérant comme un imbécile à la bouche pleine de chicots, étrangement beaucoup d’Américains au ras des pâquerettes leur en veulent pour cela.
D'où l’efficacité de Sarah Palin. Elle rend folle l’Amérique intellectuelle. Ce qui pousse la dite Amérique intellectuelle à des critiques qui insultent l’Amérique éternelle.

Quant à Obama. Un livre cité par The Economist conclut qu’il est « juste comme tous ceux de Washington (un politicien comme les autres) ». Le plus conventionnel des démocrates. Son arme ? Les subtilités du droit. Pas les urnes. Il a gagné la candidature démocrate au Sénat en éliminant ses adversaires par des subtilités juridiques. On ne se change pas : il est éditeur de la revue de droit de Harvard, où il a obtenu sa thèse avec la plus haute distinction. Appui à un ancien billet (Homme politique et changement) : un processus de sélection ne sélectionne pas le meilleur, mais celui qui sait en contourner les règles ?

Le seul qui s’en tire dignement est George W. Bush. La critique du Président Bush est la tactique favorite de John McCain. Mais Georges Bush continue à le soutenir de bon cœur et a éviter tout ce qui pourrait l’embarrasser. Et à gouverner le pays en bon gestionnaire (billet suivant).
George Bush, honnête homme victime de ses fréquentations ? (Neocon)

Richard Milhous McCain et Here’s looking at you, kid. Deux articles de The Economist du 20 – 26 septembre.

Boeing, entreprise de services

Un article explique que 4/5ème du 787 est fabriqué hors de chez Boeing. Que des accords avec des sous-traitants leur permettraient de participer directement à l’assemblage de l’avion. Sentant la menace, le personnel de Boeing est en grève. Il veut des augmentations de salaire. Ce qui encourage ses dirigeants à le pousser dehors. Qu’il est agréable de ne plus avoir à gérer que des sous-traitants !

Je me souviens avoir rencontré des employés de Boeing, dans les années 80. Ils déclaraient qu’on n’y construisait pas des avions, mais des carrières. Une entreprise qui a des dirigeants qui ne connaissent pas son métier n’est pas durable. L’histoire de l’entreprise américaine est une éternelle répétition.

Airbus est-il significativement différent de son concurrent ?

Avis aux amateurs…

Compléments :

vendredi 19 septembre 2008

L'Amérique segmentée

Le neocon du billet précédent me ramène à un autre sujet favori : les élections américaines.
Si je reprends les conclusions de mes précédents billets, je vois apparaître
deux segments dans la population américaine. J’écarte de mon analyse les minorités du pays (les noirs, les indiens, les latinos…).
  • L’élite. Elle a fait des études dans les meilleures universités. Elle veut faire le bien du peuple, qu’elle juge inapte à la réflexion. Elle est soit « bien pensante » (démocrate), soit déterminée à en découdre pour imposer les valeurs universelles de l’Amérique par la force (néoconservateur). Elle ressemble beaucoup aux intellectuels des Lumières : elle est pétrie d’idées théoriques qu’elle a pêchées dans la culture de son milieu. Et elle rêve de les appliquer. Alors qu’elle n’a aucune expérience pratique.
  • L’Américain moyen. Ronald Reagan ou Sarah Palin. Il a quelque chose d’un « self made man ». Il s’est fait. C’est son succès, sa confiance en soi et en les USA qui lui tiennent lieu de discours. Comparé à celui de l’élite, il paraît simpliste. « Le peuple le plus bête du monde » disent les Guignols de l’info. C’est certainement l’opinion de l’élite. Cette opinion explique aussi pourquoi le membre de l’élite est, finalement, un mal aimé. Généralement, il doit se contenter de tirer les ficelles du Président en place.
Les Présidents républicains et quelques démocrates (Truman, Johnson) sont proches de l’Américain moyen. Les Présidents démocrates qui échappent au modèle (Roosevelt, Kennedy, Clinton) ont pour caractéristique majeure une séduction extraordinaire.

Neocon

L'« idéologie » (acception honorable du terme : idée directrice non démontrée, mais qui semble importante) américaine est décisive dans le changement que vit la planète. Et le néoconservateur a des choses à dire sur cette idéologie. D’ailleurs c’est lui qui a influencé la politique de George W. Bush. Une étude du neocon :

  • L’article que Wikipedia lui a consacré explique qu’il était, à l’origine, un intellectuel de gauche. Influence majeure : Leo Strauss (Droit naturel et histoire). Idée fondamentale : guerre au « relativisme ». Lutte contre la décadence de l’Amérique. Ce que l’on appellerait probablement en France la « bien pensance ». Le relativisme veut que toutes les valeurs soient respectables (celles des musulmans, des chrétiens, des athées…). Il n’y a ni bien ni mal, comment trouver une voie dans ces conditions ? Le neocon pense qu’il y a des valeurs fondamentales, un « droit naturel ». Quelles sont ces valeurs ? Il est possible qu’elles varient d’un neocon à l’autre. Approximativement, ce sont celles de l’Amérique, une démocratie libérale. Le neocon trouve donc justifié de rayer de la carte, à titre préventif, « l’axe du mal » qui rejette ces valeurs.
  • Limiter le neocon à l’action de George W. Bush est peut-être erroné. Les réformes des pays en développement (Russie, Amérique latine, Asie du sud est – voir Consensus de Washington ) menées par la communauté internationale dans les années 90 rappellent ses idées. On a voulu y installer des marchés libres (parfois après destruction des institutions existantes – Changement en Russie). Ce qui ne correspondait ni aux enseignements de l’histoire (les nations capitalistes ont connu de longues phases protectionnistes), ni à une vérité scientifique (aucune des prédictions de l’économie n’ayant jamais été prouvée), mais à l’idéal américain (l’idéologie du boutiquier).
  • Cependant, les valeurs du néoconservateur ne seraient pas matérialistes. Allan Bloom, théoricien neocon, parle de « quête philosophique pour la vérité, ou la recherche civilisée de l’honneur et de la gloire ». Contradiction ? Pas forcément : les anglo-saxons ne se voient pas comme matérialistes. La fortune est la récompense du bien (Management fad).
  • Une dernière caractéristique du néoconservateur est de penser que le peuple est idiot. Et qu’il faut le bercer de pieux mensonges pour le maintenir dans le droit chemin, et faire son bonheur.

En résumé, le neocon est un surhomme, qui sait que ce qu’il croit (les valeurs de la société dont il est issu) est une vérité absolue.

Compléments :

  • Sur les difficultés de l’économie à devenir une science : BLAUG, Mark, The Methodology of Economics: Or How Economists Explain, Cambridge University Press, 1992.

Démocratie américaine

Qu’est-ce que la résistance au changement ? dit que beaucoup d’échecs du changement sont liés à une incompréhension. Le mot « démocratie » est, justement, un sujet d’incompréhension. Les Américains ne l’entendent pas de la même façon que nous. Cette note tente la traduction par application de la technique du paradoxe. Le paradoxe montre qu’il y a divergence entre notre logique et celle d'une personne ou d'une organisation.

Étape I – Un paradoxe du comportement américain : une nation agressive

J’associe démocratie à paix. J’ai d’ailleurs toujours vu l’Amérique comme un géant pacifique. Ne nous a-t-il pas sorti de deux guerres, qui ne le concernaient qu’à peine ?... Paradoxe : les nations anglo-saxonnes ont aussi défié des gouvernements qui ne cherchaient pas la bagarre. Exemples :
  • Chine ou Japon (Voyage à Tokyo), deux nations qui vivaient repliées sur elles-mêmes jusqu’à ce qu’une série d’agressions les réveillent.
  • On admet aujourd’hui que l’URSS a eu un comportement défensif (Grand expectations). L’Amérique l’a entraînée dans une course à l’armement.
  • Dans la doctrine néoconservatrice, qui a inspiré George W. Bush, « l’axe du mal » (Irak, Iran, Corée du Nord) doit être éliminé par une « guerre préventive » (voir l’article de Wikipedia anglais sur « néoconservateur »).
En regardant ces exemples, et même celui de la France (Michel Crozier la croit la Chine de l'Europe, pour son immobilisme), on réalise que l’idéal de beaucoup de peuples est de vivre replié sur soi. Il est d’ailleurs tentant de penser que tout ce monde ne réagit agressivement que parce qu’il est agressé. Pourquoi les USA voient-ils des menaces partout ?

Étape II – Trouver un modèle qui explique le paradoxe : démocratie = libre échange

Outil n°1 d’analyse du paradoxe : rechercher les fondations de la « logique » de l’organisation que l’on veut faire changer. Pour une entreprise, on examine la pensée de son fondateur. Pour une nation, il faut trouver des textes qui parlent de ses débuts. La Richesse des Nations d’Adam Smith pourrait être un tel texte. Notamment par rapport à la culture de l’élite marchande anglo-saxonne. Qu’y voit-on ?
  • La Richesse c’est produire de plus en plus de biens matériels (d’où notre obsession pour la « croissance »). L’optimum est obtenu par le marché le plus étendu possible, donc mondial (« globalisation »). La production est alors maximale, parce que la « division des tâches » est maximale. Le moteur du processus est l’intérêt individuel. Le marché utilise cette énergie pour prospérer (main invisible). Il redistribue la richesse produite (égalitairement). C’est une rationalisation du monde du boutiquier.
  • Si la démocratie est l'état qui permet cet optimum, alors, Démocratie = individu libre (qui suit son intérêt personnel) + libre circulation des biens et des personnes = droits du commerçant (homme = commerçant).
Étape III - Notre modèle explique-t-il le paradoxe ?

Pour ce modèle, les pays refermés sur eux-mêmes sont des menaces pour la « démocratie » : ils bloquent l’échange de biens. Ils menacent les droits du commerçant. Dans ces conditions une dictature favorable au commerce peut être amicale (cf. celles de l’Amérique du sud).

Étape IV – Notre modèle explique-t-il l’avenir ?

Un modèle n'est pas juste. Il est utile. Il fait prendre de saines décisions au cours d’un changement. Puisque je ne suis pas engagé dans le changement des USA, mon exemple ne sera jamais plus qu’un exemple. Le mieux que je puisse faire est de regarder du côté de la Chine, qui change. Je soupçonne qu’elle veut rejeter à la mer l’influence occidentale. C’est le nom du changement. Comment s’y prend-elle ? Elle pourrait avoir lu Adam Smith :
  1. Elle s’est ouverte, et joue la règle de l’échange. Elle a éliminé le risque d’agression.
  2. Elle utilise le moteur du système (l’intérêt de l’Américain), pour manipuler l’entreprise américaine et son gouvernement et leur faire servir ses propres intérêts.

L’élite américaine est satisfaite : la Chine s’est ouverte à l’échange. Elle ne peut que devenir « démocratique ».

Compléments :

jeudi 18 septembre 2008

Lyon et Fiorentina

L’équipe de football de Lyon obtient le match nul après avoir été menée 2 à 0 à la mi-temps.
Exemple d’optimisme selon Martin Seligman. O
ptimisme ? Trouver que la « tuile » est une source de stimulation.
  • L’optimisme, ainsi défini, est un des rares indicateurs que l’on a pu corréler au succès. Les grands champions tendent à être optimistes, ainsi que les bons élèves et les vendeurs d’assurances… Il semblerait que ce soit aussi vrai pour les entreprises, et pour les équipes de football. C’est inattendu : des compétences qui sembleraient directement liées au succès (comme le QI pour l’élève) le sont considérablement moins que l’optimisme.
  • Il est possible que l’optimisme soit local : le bon élève peut être un pessimiste hors de l'école.
  • Globalement l’homme tend à être légèrement optimiste, à surestimer ses chances de succès.
SELIGMAN, Martin, Learned Optimism: How to Change Your Mind and Your Life, Free Press, 1998.

Google out

Pendant une bonne demi-journée impossible d’enregistrer un billet sur Blogspot. Ça marche un peu mieux. Mais pas totalement rétabli. Heureusement qu’il y a des groupes d’utilisateurs. Au moins, j’ai pu savoir que je n’étais pas seul.

Ça me rappelle un retour en métro il y a quelques semaines. Bruits bizarres, éclairs, fumées, arrêts, départs, arrêts… Passagers inquiets. Messages du conducteurs et fin du trajet à pied, sur le ballaste. Pendant quelques jours je trouvais miraculeux qu’un métro puisse ne pas avoir de pannes. Ça me rappelle aussi la caisse de retraite qui est dans mon immeuble : pendant des mois son alarme se déclenchait en pleine nuit. Impossible de lui faire entendre raison en dépit de plusieurs recommandés, et visites. J’en étais arrivé à envisager un procès. Et je vous épargne les malheurs que m’a infligé mon éditeur (et pourtant il dit le plus grand bien de mes travaux !).

C’est dans ces moments là que l’on comprend la beauté de la société et tout ce que nous lui devons. C’est aussi à ces moments là que l’on comprend qu’il n’en faudrait pas beaucoup pour que tout se dérègle et que notre vie devienne un cauchemar. Il suffit juste que nous fassions notre tâche avec un tout petit peu de laisser aller…

Pirate somalien

La guerre remède contre le désespoir ? Hier matin j’entendais un spécialiste de la Somalie parler des raisons de la piraterie locale (sur RFI) :
  • Ceux qui se livrent à la piraterie semblent des navigateurs involontaires. Il y a quelques décennies les russes avaient cherché à pousser les populations dont sont issus les pirates à devenir pêcheurs. Échec, elles n'aimaient pas la mer.
  • Leur caractéristique principale : ne pas avoir peur de la mort. Les pirates peuvent s’éloigner de 700km des côtes sur des « barcasses » de fortune. Il est possible que beaucoup périssent en mer. Ce qui les pousse ? Le désespoir.
  • Une guerre peut-elle éliminer la piraterie ? Que peut-on contre des populations qui ne craignent pas la mort ? Les Américains s’en sont rendu compte quand ils ont été confrontés à des incidents dans la région. Faire accompagner les bateaux qui croisent dans les environs par la marine de guerre serait trop coûteux. Le plus efficace serait qu’ils soient armés.
  • Il y a quelques années un pouvoir musulman s’était installé en Somalie. Plus de piraterie. L’interview ne dit pas ce qu’il a fait. A-t-il imposé l’ordre par la force ? A-t-il nourri la population ? Un peu des deux ?
Alors, misère et piraterie moindres maux par rapport à l’existence d’un régime hostile aux valeurs occidentales ?

Compléments :
  • Il semblerait que, pour les élites américaines, le fondamentalisme musulman actuel ne soit qu’une conséquence négligeable des moyens qui ont été nécessaires à faire tomber l’Union soviétique (l’Afghanistan est vu comme le Vietnam de l’URSS) : voir référence citée dans Jihad américain.
  • Bataille de Mogadiscio, 3 Octobre 1993. Une opération militaire américaine tourne mal. 2 hélicoptères abattus et 19 morts chez les Américains, un millier chez les Somaliens (!).

mercredi 17 septembre 2008

La banque se réinvente

Information ce matin (radio). Crise financière : quelles conséquences pour les banques ?
Triste. Elles vont devoir rémunérer leurs comptes, augmenter leur réseau, augmenter le nombre des services offerts à leurs clients, les conseiller…

Mais c'est le métier de banquier ! Les banquiers vont-ils devoir apprendre à faire leur métier ?
La cause de la crise n’est-elle pas là ? Des apprentis sorciers qui croyaient à la génération spontanée de revenus ? Qui méprisaient leur profession ?

Mal de notre économie : incapacité à générer un management qui sache exploiter le potentiel de son entreprise ? Et qui ne soit pas obligé d’inventer des chimères pour faire croire qu’il est à la hauteur de sa mission ?

La leçon aura-t-elle été comprise ? Les entreprises vont-elles se préoccuper de former des patrons qui connaissent leur métier et sachent en tirer le meilleur ?

Compléments :

Sarah Palin – Chti américaine ?

La presse remet en cause tout ce qu’a dit Sarah Palin, et pourtant cela n’affecte pas la confiance de ses partisans. Pourquoi ?

Je me demande si, au fond, le fait qu’elle enjolive la vérité ne leur paraît pas négligeable. N’est-il pas extraordinaire que « l’une des leurs », une mère de famille jeune, à laquelle toute femme ordinaire peut s’identifier, ait connu une telle ascension ? Et par la seule force de sa volonté ?

Je me demandais s’il n’y avait pas là quelque chose qui s’apparente au succès du film Chti : un conte de fée à notre hauteur ?

mardi 16 septembre 2008

Qu’est-ce que la résistance au changement ?

Tout le monde me parle de résistance au changement. J’explique que la résistance au changement est une bonne nouvelle, elle montre que quelque chose motive l’organisation. Or, rien ne peut changer si l’organisation n’est pas motivée. En fait, la résistance au changement ne me pose pas de problème. Mais elle en pose à mes interlocuteurs, et je ne réponds pas à leur question. Ce billet essaie de réparer mes torts.

Une synthèse de ce que dit mon dernier livre sur le sujet (transformer les organisations) :
  • L’organisation française (et américaine) n’est pas faite pour changer. Elle a été construite sur un modèle dit « bureaucratique », qui a pour objet d’exécuter inlassablement. C’est évident quand on connaît l’entreprise, et les universitaires du management le clament depuis des décennies, mais ça ne semble pas avoir été compris. « Conduire un changement » signifie donc non seulement réaliser le dit changement, mais aussi reconstruire l’organisation de l’entreprise pour qu’elle puisse changer ! Si on n’est pas préparé, la tâche est titanesque. C’est la raison pour laquelle les américains préfèrent détruire leurs entreprises et les remplacer par des start up.
  • Exiger l’impossible de l’individu. On demande aux employés (parfois des cadres supérieurs), à chaque opération qu’ils font, d’entrer des informations dans un ordinateur, comme des robots. Une assistante qui, jusque là ne s’était occupée que d’administration, devra réclamer ce qu’ils doivent à des services d’achat de la grande distribution, ou gérer des stocks… Le dirigeant devra être un exemple de vertu s’il fait du « cost cutting », taper du poing sur la table s’il installe des processus de contrôle de projet. Surtout il devra soutenir le changement, sans faiblesse… Or, un manager qui peine à prendre des décisions (ce qui est courant), ne sera jamais un leader charismatique. On en demande trop à l’homme.
  • Le test. Dire non au changement permet de voir si le management est motivé. S’il ne résiste pas au front du refus, on a bien fait de ne pas bouger.
  • L’anxiété d’apprentissage. Une fois ces barrières franchies, on tombe sur un nouvel écueil : l’organisation ne sait pas comment mettre en œuvre le changement. Une raison usuelle est, encore une fois, que l’organisation française est faite pour exécuter, mais pas pour changer. Le Français critique beaucoup, mais s’il doit mettre en œuvre ses recommandations, il prend ses jambes à son cou. C’est à l’État de faire (ou au patron), pas à lui.
  • Le système immunitaire. Lorsque le changement démarre, on se heurte au « système immunitaire » de l’organisation. L’organisation est faite de processus invisibles qui permettent son efficacité. Par exemple, on n’a jamais fait payer les conseils des techniciens de la société, parce que ses clients, s’ils ne les paient pas, achètent très cher ses produits… La résistance du système immunitaire indique que l’on attaque les piliers de l’édifice. En fait, les résistants les plus déterminés ont raison ! (C’est pourtant eux qui sont licenciés les premiers.) Ce mécanisme est certainement le plus efficace de tous. Le simple fait de faire perdre la face à une personne, d’empiéter sur les prérogatives d’une catégorie professionnelle… peut faire échouer un changement. Si ce type de résistance est écrasé, l’entreprise subit à court ou moyen terme une perte d’efficacité massive.
  • Le lien social. C'est un composant important du système immunitaire. Les organisations ont la bizarre propriété de bouger en bloc : je ne changerai que si tout le monde change (c'est ce que le psychologue Robert Cialdini appelle validation sociale : nous prenons nos décisions en fonction de celles des autres). On peut rapprocher cette observation de celle de Governing the commons : les systèmes auto-organisés ont des lois respectées par tous. On comprend pourquoi Edgar Schein dit que le lien social est la plus forte des résistances au changement. 
  • Le déchet toxique. Du fait de sa structure inadaptée, l’entreprise est dysfonctionnelle. Par exemple, l’enseignement français ne forme pas des P-DG, des directeurs du marketing ou du contrôle de gestion. Il sélectionne des personnes qui savent résoudre des problèmes abstraits. Or, l’entreprise moderne demande des professionnels. Tous ont donc conscience de leurs déficiences : le patron doit délocaliser parce qu’il ne sait pas obtenir des gains de productivité de ses usines ; le plan à moyen terme du contrôleur de gestion n’a aucun rapport avec la réalité ; le marketing ne sait qu’organiser des réunions… Tous se sentent coupables. Pour tous, l’élimination des dysfonctionnements, la nature même du changement, est une menace.
  • L’incompréhension. L’organisation française, parce qu’elle est hiérarchique, est formée de cellules. Chacune développe sa propre culture, son propre vocabulaire, ses grilles de décodage. Or, le changement demande à ces unités, qui ne se parlaient pas, de collaborer. Il en résulte des incompréhensions aussi ridicules que destructrices. Je cite souvent un dirigeant qui annonce à son entreprise qu’il lui fait un « cadeau » : un plan de croissance, après des années de crise. L’entreprise comprend fermeture d’usines. Autre exemple, de mes débuts. Apparition d’un syndicat CGT dans une entreprise d’ingénieurs. La direction s’attend à des revendications salariales, piquets de grève, séquestration... Et se prépare en conséquence. En fait, les ingénieurs trouvent qu’on ne leur donne pas assez de responsabilités. Ils veulent un travail « plus intéressant ». Travailler beaucoup plus ! Ils ne demandent rien en échange. Pourquoi la CGT ? Impossible de se faire entendre sinon.
  • La prédiction auto-réalisatrice. Serge Delwasse observe que la plupart des changements échouent parce qu’ils vont dans la mauvaise direction. Si vous « attaquez la falaise », pas étonnant que vous ressentiez une résistance. L’explication tient dans le précédent paragraphe. L’homme est piloté par des a priori, que leurs conséquences renforcent. Il s’enlise. Or, le changement, parce qu’il change nos repères, facilite ce phénomène (c’est comme cela que les élans réformateurs de Louis XVI ou du Président Gorbatchev ont fini en révolutions). La solitude du dirigeant est un autre facteur très favorable.
Il y a de quoi être inquiet. Mais, chacun des problèmes ci-dessus a une solution simple (ce qu’essaie de montrer ce blog). Le tout a d’ailleurs une solution, évidente : le contrôle du changement. Lorsque l'on se donne les moyens de s'apercevoir qu'un changement est en train de déraper, on peut réagir. Si le changement échoue c’est plus parce qu’on le laisse aller à la dérive qu’à cause d’une quelconque résistance.

Compléments :

Google, Microsoft et Olivier Ezratty

Il y a quelques temps je m’interrogeais sur l’avenir et la stratégie de Google et de Microsoft (Google et Microsoft). Je me suis dit qu’il fallait consulter un spécialiste. On m’a indiqué Olivier Ezratty. Je l’ai invité au Club Télécom de l’association des anciens de l’Insead.

J’ai découvert un homme qui avait eu une carrière peu habituelle. 15 ans météoritiques chez Microsoft. Qu’il abandonne, soudainement, pour faire ce qui le passionne : la prospective stratégique. Conséquence naturelle : il conseille de grandes sociétés, il épaule des start up et il enseigne (à l’École Centrale de Paris).

Son blog (voir la liste des blogs de ce site) est à son image : on y trouve des analyses étonnamment poussées, détaillées, denses, mais remarquablement claires, de ce qu’il appelle les « écosystèmes » qui forment le marché des technologies de l’information. L’exhaustivité de ses études me rappelle une émission de radio qui disait qu’elle écoutait les disques jusqu’à l’étiquette. Après qu’Olivier Ezratty s’est penché sur une question, il ne reste plus de place au hasard…

Le petit déjeuner a lieu le 19 novembre. Intéressante discussion garantie !

lundi 15 septembre 2008

Bolivie, Venezuela, USA

Difficiles relations entre certains pays d’Amérique latine et les USA. Le président bolivien accuse l’ambassadeur américain d’encourager les troubles qui remuent actuellement la Bolivie et lui demande de partir. L’Ambassadeur n’est pas content, ni les USA. Que s’est-il passé ? Ce qui est sûr est qu’on se trouve dans une situation qu’il vaut mieux éviter.

Un autre exemple du même phénomène : un cycliste passe au feu rouge, un piéton proteste, le cycliste l’insulte. Heureusement qu’il a continué sa route, sinon ils en seraient venus aux mains. Je ne voyais pas d’autres possibilités. Bizarre : le cycliste est en tort, et pourtant il se comporte comme s’il était attaqué.

En fait, il existe une loi inconsciente qui fait que l’on n’a pas le droit de faire perdre la face à un autre. Même pour lui montrer qu’il triche ou qu’il est un escroc. Le faire est une faute bien plus grave que celle qu’on lui reproche. Pourtant, tous autant que nous sommes, ne voulons nous pas prouver aux « autres » qu’ils ont tort ? Et ne nous attendons nous pas à ce qu’ils acceptent nos raisons et fassent amende honorable ?

Le grand danger que court toute personne qui veut faire changer quoi que ce soit est là : menacer de révéler, sans le vouloir souvent, les petits ou grands défauts de quelqu’un. Réaction de ce dernier ? Se débarrasser de ce qui le menace, donc du changement et de son porteur.

Comment éviter ce piège ? En respectant les lois de la société. En montrant, indirectement, à celui qui vous marche sur les pieds que cela se retourne contre ses intérêts. C’est la stratégie que l’on prête à la Chine (Péril jaune et L’Amérique victime de la globalisation ?) : quand elle a quelques difficultés avec les USA, elle s’arrange pour qu’elles gênent les sociétés américaines qui font du commerce avec elle. Et elles connaissent les mots qui convainquent, sans le froisser, leur gouvernement national de favoriser leurs affaires. Tout le monde est content. Les lois implicites de la culture défendent bien mieux nos droits que les codes de lois et les armées…

Compléments :

  • Sur l'importance de ne pas froisser l'amour propre lors d'un changement: SCHEIN, Edgar H., Process Consultation Revisited: Building the Helping Relationship, Prentice Hall, 1999

Tirer le meilleur des dangers de l’innovation

J’ai entraperçu sur le Blog de Bertrand Duperrin une intéressante réflexion sur Twitter, une application Web2.0 utilisée par les jeunes cadres branchés. Il estime que l'entreprise devrait faire quelques expériences avec Twitter pour voir s’il ne pourrait pas en sortir ce que la Bulle Internet appelait un usage intéressant. Il soulève habilement une (la ?) question capitale pour l’entreprise :

L’économiste Joseph Schumpeter a fait observer que le moteur du capitalisme était l’innovation, et qu’elle avait pour conséquence la « destruction créatrice » : elle forçait l’entreprise à se transformer pour ne pas disparaître (Amazon et Destruction Créatrice). C’est la raison pour laquelle il pensait que l’avenir du monde serait une sorte de communisme. Seuls les monopoles peuvent survivre aux crises du capitalisme. Les monopoles finiraient par se réunir. Mais monopole ne veut pas dire inefficacité : la destruction créatrice les oblige à rester vifs.

L’innovation est donc, fondamentalement, un danger pour l’entreprise. Non seulement parce qu’elle menace celui qui ne l’adopte pas, mais aussi parce qu’elle fait perdre la tête à beaucoup. Elle leur fait anticiper des bénéfices qui ne sont pas au coin de la rue. Ce dont profitent quelques aventuriers à la recherche d’une fortune rapide. La Bulle Internet en a été la démonstration. Sans même évoquer la nuée de start up ou Worldcom, de très grandes entreprises comme France Télécom, Vivendi ou Alcatel ont vécu un épisode « d’exubérance irrationnelle » désastreux. La France est parfois sensible à la folie. Mais généralement totalement fermée à l’innovation (Amélie Faure, France et innovation). Ce qui est dangereux. Comment la guérir ?

En expérimentant. Par exemple, en dédiant ce que j’ai appelé des « Instituts Pasteur » à la veille et à l’analyse de l’innovation (Institut Pasteur et innovation). Leur but étant, avant tout, d’essayer de tirer le maximum de l’idée. Si elle ne tient pas : elle n’était pas bonne. Et si le marché ne se développe pas immédiatement ? On aura acquis un savoir qui permettra de l’exploiter le jour où il sera mûr (c’est la stratégie dite de « l’option » - Se diriger dans l’incertain).

Pour un aperçu de la folie Internet : CASSIDY, John, Dot.con: How America Lost Its Mind and Money in the Internet Era, Harper Perennial, 2003.

L’avenir du Web 2.0

Hervé Kabla a trouvé un très surprenant graphique du Gartner, où l’on voit l’avenir d’un certain nombre d’innovations dont on parle actuellement.
  • Particulièrement intéressant : on y prend en compte la tendance de l’homme à anticiper exagérément la vitesse d'adoption / de mise au point de l’innovation.
Le Gartner a été victime de ce biais durant la Bulle Internet : toutes les prévisions de croissance de marché d’une innovation donnée, qui me sont passées par les mains, parlaient de taux de plus de 100% par an sur 3 ans et plus. Je ne pense pas qu’aucun des « leaders » qui m’avaient transmis ces données soient encore en vie…

dimanche 14 septembre 2008

Religion et changement

Benoît XVI est en France. Puis-je dire quelque chose sur la religion ?

L'ethnologue Bronislaw Malinowski dit ceci de la religion :

  • La magie complète la technique : si un phénomène n’est pas bien maîtrisé (les éléments naturels par exemple), la magie apparait. Elle élimine la frustration de l’impuissance.
  • La religion, elle, guide l’homme dans ses choix de façon à ce qu’ils servent l’intérêt du groupe. « La religion met son tampon sur l’attitude culturellement importante et la décrète par une promulgation publique ». Par exemple, la société humaine est aux prises avec un événement qui peut la disloquer. Un de ses membres va mourir. Risque : céder à la panique. La religion vient à son secours en expliquant qu’il y a une vie après la mort.

Durkheim estimait que ce qui expliquait la religion était la vénération de l’homme pour des forces qui le dépassaient. Le Dieu de Durkheim était-il la société comme le pensait Aron ? Ou croyait-il pas plutôt que ce que vénérait l’homme était ce que la Théorie de la complexité appelle les « propriétés émergentes » qui apparaissent lorsque l’on met ensemble des hommes (voir l’idée de Malinowski, ci-dessus) ? Il dit :

Nous avons montré quelles forces morales elle développe (la société) et comment elle éveille ce sentiment d’appui, de sauvegarde, de dépendance tutélaire qui attache le fidèle à son culte.

Exemple : « main invisible » d’Adam Smith. Les commerçants ont été fascinés de découvrir que sans qu’ils aient rien à faire, les prix des biens semblaient se fixer, comme par miracle, et réaliser un optimum. « [Adam Smith] a virtuellement fondé une religion séculière – l’individualisme – et La richesse des nations est devenue sa bible » dit Léo Rosen dans un texte dont j’ai perdu la référence (A modest man named Adam Smith).

Compléments :

  • On peut dire la même chose d’une entreprise : qu’il pleuve ou qu’il vente elle tend à maintenir la même rentabilité. Ce qui est désagréable au dirigeant : à chaque fois qu’il veut augmenter cette rentabilité, tout se conjugue pour le contrarier. Résistance au changement…
  • MALINOWSKI, Bronislaw, Magic, Science and Religion and Other Essays, Waveland, 1992.
  • DURKHEIM, Emile, Les Formes élémentaires de la vie religieuse, PUF, 2003. Pour une introduction simple et efficace : PRADES José A., Durkheim, Que sais-je ?, 1990.
  • ARON, Raymond, Les étapes de la pensée sociologique, Gallimard, 1967.

Dépoussiérez les fondations de votre entreprise !

J’entends parler de laïcité et je me demande si nous savons ce que signifie ce mot. Jadis on s’est battu pour lui. Difficile de retrouver une trace des raisons qui nous y ont poussés. Même réflexion pour « liberté de la presse ».

Attention disait John Stuart Mill (De la liberté) ne gobons pas ce qui doit diriger notre vie. Nous devons nous le réapproprier. Quitte à commencer par le rejeter. Se battre contre quelque chose est un moyen de toucher du doigt ce qui en fait la force. De se convaincre de son utilité. Pour Christoph Koch, un neurobiologiste, la signification d’un mot est liée à ce à quoi on l’associe : chaque génération doit donc reconstruire ses associations, puisque ses repères ont changé.

Il y a ici une technique remarquablement intéressante. Lorsque l’on remonte dans l’histoire d’une entreprise, on découvre qu’elle était bâtie sur des principes. Et que ces principes, qui ont basculé dans l’inconscient collectif, expliquent son succès. Beaucoup mieux : dépoussiérés, ils donnent de formidables indications quant à la stratégie à suivre. En effet, les actualiser fait résonner des forces oubliées, mais surpuissantes, y compris dans son marché.

J’ai des quantités d’anecdotes sur le sujet. Une en particulier. Il y a longtemps, je travaillais à la politique de fidélisation d'une banque. Je trouvais les projets initiaux dangereux : ils se prêtaient à une surenchère de la concurrence. Au cours d’un « focus group » un participant a eu une idée très simple, mais d’une puissance stupéfiante : une sorte de cercle vertueux d’une force incroyable. Elle démultipliait l’intérêt de la politique, et donnait à la société un avantage qu’aucune autre ne pourrait égaler. Elle tirait parti de la nature même de la clientèle de la société, unique. Plus étonnant : j’ai trouvé quelques temps plus tard les discours de ceux qui avaient présidé à la fondation de la banque. J’ai eu l’impression d’entendre le participant !

Détail amusant : en s’embourgeoisant l’entreprise renie ce qui l’a faite. Dans un cas la société avait « cassé les prix », ce qu’elle ne voulait pas voir. Dans un autre, créée par un génie, elle en avait gardé l’amour de la technique et la désorganisation. Comment éviter le déni ? Trouver l’aspect positif des défauts apparents. Par exemple, dans le dernier cas, le marché était sensible à la « haute technicité » de la société et à sa « réactivité ».

Alors pour le fondamentalisme ? Non, le fondamentaliste cherche dans le passé des réponses, je crois qu’il faut y trouver des questions…

Références et compléments :

  • KOCH, Christoph, The Quest for Consciousness: A Neurobiological Approach, Roberts & Company Publishers, 2004.
  • Un exemple du rôle inattendu que joue l'histoire d'une organisation dans l'orientation de son comportement : BCE, hypothèses fondamentales, valeurs officielles.