mardi 18 novembre 2008

Et si l’UE était une communauté ?

Sarkozy’s attempted EU coup fails – for now affirme que Nicolas Sarkozy a proposé de diriger la zone Euro durant les deux prochaines présidences de l’Europe.

Raison : les prochains pays présidents n’appartiennent pas à la zone Euro. Et, les Tchèques, nos successeurs immédiats, semblent même anti-UE. (Que se serait-il passé s’ils avaient été aux commandes il y a quelques mois ?)

N’y a-t-il pas quelque chose de curieux dans la constitution de l’Europe ?
  • Donc (Waterloo anglais ?) l’Angleterre pourrait désirer rejoindre la zone Euro. Mais la zone Euro a-t-elle intérêt à compter l’Angleterre parmi ses membres ? Sa propension à déclencher des crises financières n’est-elle pas inquiétante ?
  • Et les pays de l’Est qui ont rejoint l’UE récemment ne se comportent-ils pas étrangement ? Ils ne semblent penser qu’à s’enrichir. Ils font leur marché à droite, à gauche, au gré de leurs intérêts. Jusqu’à la crise, ils avaient bien plus d’affection pour l’Amérique que pour l’Europe.

Alors, deux conceptions de l’UE ?

  1. Celle des membres fondateurs. L’étonnement que suscite le comportement des nouveaux adhérents à l’UE montre que ses premiers habitants suivaient des règles. Règles qui, comme pour l’entreprise, résultent des valeurs de fondateurs. Leur projet était de mettre un terme aux guerres européennes. Le marché, pour eux, n’était probablement qu’un moyen, et non une fin.
  2. Celle de l’Angleterre et des nouveaux adhérents, pour qui c’est un Far West, sans foi ni loi, où l’individu est laissé à ses seuls appétits. Un marché.

Insensiblement, on est passé du premier modèle au second. Normal. L’individualisme disloque les structures communautaires. Certes, mais celles-ci se sont étonnamment peu défendues.

L’erreur de l’UE 1er modèle a peut-être été de ne pas faire ce que fait l’entreprise : elle s’assure que tout nouveau recruté adhère à sa culture. 1) par des entretiens d’embauche 2) par une acculturation.
En fait, l’UE n’a pas compris qu’elle était une communauté. Elle n’a pas vu que ses membres partageaient des valeurs communes. Et ces valeurs n’étaient pas celles du marché.

Waterloo anglais ?

Pour How likely is a sterling crisis or: is London really Reykjavik-on-Thames? et Why the British may decide to love the euro, l’Angleterre est dans une position qui ressemble beaucoup à celle de l’Islande (Islande en difficulté). Ou même à celle d’un hedge fund :

the UK, with gross foreign assets and liabilities of well over 400 percent of annual GDP does look like a highly leveraged entity - like an investment bank or a hedge fund. By contrast, gross external assets and liabilities of the US straddle 100 percent of annual GDP.
  • Des banques, très mal en point, qui représentent plusieurs fois la richesse nationale. Que faire si elles s’effondrent ?
  • Petit pays, très endetté, qui n’inspire pas confiance : ses créditeurs vont exiger des taux d’intérêts importants. Le crédit va devenir cher en Angleterre.
  • Une monnaie, qui, contrairement à l’Euro ou au Dollar, n’est pas une monnaie de réserve. Donc elle est (très?) susceptible d’être attaquée.
  • L’avantage concurrentiel que je voyais dans un précédent billet n’existe peut être pas : une réglementation plus scrupuleuse de l’activité financière pourrait pousser une partie de l’activité continentale de la Cité de Londres vers le continent. La force de la finance anglaise était-elle, finalement, sa capacité à s’abstraire de la rigueur financière ?
  • Un gouvernement, en grande créativité financière, tente de masquer l'état réel de l'économie.

Tout cela pourrait amener l’Angleterre à demander asile à la zone Euro.

La situation anglaise, il y a quelques mois : Perfide Albion.

lundi 17 novembre 2008

La vie est belle : vive les entreprises qui perdent

On m’a proposé de travailler pour Usinor, tout au début de ma carrière. Gestion de production, je crois. Argument, en substance : ça va tellement mal que si vous apportez quelque chose vous serez un héros. Sinon ? Ça ne se verra pas.

Parallèle avec ce que vit Barak Obama, dont j’ai surestimé la tâche (Une pensée pour Barak Obama) ?
Pour un dirigeant, il est comparativement facile de prendre une entreprise en crise (Crédit Lyonnais, France Télécom, Alstom, Alcatel...) : les options qui lui sont ouvertes sont limitées. S’il échoue, on accusera la situation qu’il a trouvée. Celui qui est aux commandes d’une société bien portante doit être un visionnaire. Ce qu’il est rarement, sauf cas du fondateur. Mais qu'il se console : s'il échoue, il aura fait un heureux.

La vie est belle !

Énergies renouvelables anglaises

Mode du développement durable (Les énergies renouvelables à la rescousse ?) : l’Angleterre pense que l’industrie de l’énergie renouvelable va créer 160.000 emplois dans les prochaines années.

Observations de The Economist (Green pound) :
  • Le gouvernement anglais comptait créer une industrie maison de l'éolienne. Pas de chance, Allemagne, Espagne et Danemark ont pris une grosse avance (et auraient créé 133000 emplois).
  • Par contre avantage décisif anglais : toute une gamme de produits financiers autour des énergies renouvelables et des droits à polluer.

Chaque pays a ses compétences propres : l’Angleterre, c’est la finance et le laisser faire, l’Allemagne, l’ingénierie et le dirigisme intelligent.
Conséquence : d’un côté quelques financiers extrêmement fortunés, et des petits boulots qui assurent les services dont ont besoin ces élus ; de l’autre des ingénieurs et des employés ?

Sur la notion de compétence clé (pour l’entreprise) : HAMEL Gary, PRAHALAD C. K., Competing for the Future. Harvard Business School Press, Édition,1996.

HIV Financier

Curieux (et brillant) parallèle...


Oeuvre de Jean-Pierre Bove (Cliquer sur l'image pour voir le dessin).

dimanche 16 novembre 2008

Combattre l’individualisme

Un thème de ce blog : notre problème actuel est l’individualisme. D'accord. Mais que faire ?

Un petit bonhomme croit qu’il est plus intelligent que le monde, et il commet des désastres d’autant plus importants que la société lui a donné du pouvoir (Il n’y a pas que les subprimes). Mais le danger n’est pas tant là que dans son comportement : il joue contre la société, il cherche à la disloquer pour en tirer un bénéfice. C’est un parasite.

On nous a dit qu’il était bien d’exploiter les ressources de la nature. Le progrès c’est cela. Il n’y avait qu’un pas à franchir pour penser qu’il en était de même de la société : l’individu doit exploiter ses semblables. Les utiliser comme « moyens », suivant l’expression de Kant. L’individualisme ce n’est pas le mal d’une personne, mais celui d’une société.

Peut-on corriger ce défaut, en évitant les effets néfastes des précédentes tentatives (notamment le nazisme, et le communisme) ? La science, en particulier la théorie de la complexité, donne deux pistes :
  1. Modifier le comportement de l’individu.
  2. Modifier le comportement de la société : transformer les règles qu'elle suit, de façon à ce qu’elles éliminent ce qui la menace.
Bizarrement, ces deux angles sont aussi chez Philippe d’Iribarne (La logique de l’honneur), et Michel Crozier (Le phénomène bureaucratique). L’un analyse ce qui pousse l’individu, l’autre ce qui contraint la société. Ces deux aspects se retrouvant d’ailleurs chez Montesquieu (De l'esprit des lois). Application.

Comportement individuel

Richard Dawkins et sa théorie des « memes » (The selfish gene) pensent que la sélection naturelle choisit les comportements les plus efficaces, de même qu’elle choisit les meilleurs gènes. Un comportement non individualiste a-t-il des chances de survivre ?
  • L’Impératif catégorique de Kant, s’il est adopté par tous, construirait effectivement une société solidaire. Mais l’homme devient alors prévisible. Donc vulnérable au parasite.
  • Robert Axelrod observe que la stratégie du « dent pour dent », qui conduit à la collaboration, est majoritairement victorieuse. L'individualisme n'est pas durable.
  • Pour ma part, je crois que le mécanisme précédent intervient dans la constitution des groupes (Le respect ou la mort ?). Mais qu’il y a un second niveau de collaboration. Une fois qu’il s’est fait respecter, l’homme peut utiliser une technique de type « ordinateur social » : faire résoudre les problèmes qu’il se pose par les membres de la société qui sont le mieux à même pour cela. Pour réussir, il faut que chacun y trouve son compte. Comme il représente une partie de la société, il y a des chances qu’il représente ses intérêts, son point de vue. Si réussite, donc, on aboutit à une solution qui satisfait tout le monde, y compris la société. Et elle est plus efficace que la solution parasitaire (« l’union fait la force »), donc probablement promise à un bel avenir.
Comportement collectif
  • Governing the commons montre que les sociétés se donnent des règles et les font adopter collectivement par leurs membres. Pour cela, il semble qu’il faille un gros cataclysme. Par ailleurs, le problème doit être exprimé sous la forme d’un « bien commun » que l’on se répartit de manière plus ou moins égalitaire, suivant des règles acceptées par tous. Le bien commun en évidence est la richesse mondiale, le PIB. Un mécanisme de contrôle de sa répartition préviendrait les excès. Mais comment s’y prendre ? D’ailleurs, le bonheur est-il dans le bien matériel, ou dans l’immatériel (esthétique, relations humaines…) ? Comment mesurer ce dernier ?
  • Une autre possibilité serait d’étendre au monde une technique que j’applique à l’entreprise (cf. mon livre 1) : la cellule d’animation du changement. C’est un peu la façon dont a procédé le G20 (Sommet du G20 : bravo ?). On procède crise par crise (quitte à susciter les crises). Dès qu’un problème survient, on délègue une équipe « d’animateurs du changement », préalablement repérés. Ils réunissent des représentants des intérêts concernés (ordinateur social) et, ensemble, ils essaient de résoudre la question. Une fois fait, la solution est appliquée. Et le problème définitivement résolu (on est immunisé). On construit les règles de pilotage de l’ensemble progressivement.
Compléments :

Sex, lies and subprime mortgages

Titre d’un curieux article publié par BusinessWeek.

Subprimes, phénomène beaucoup plus complexe que l’image que l’on en a en Europe. Ce ne sont pas quelques banques qui ont fait des affaires frauduleuses, mais une part significative de la population qui s’est corrompue. En effet de celui qui prête de l’argent à celui qui en demande, il y a toute une chaîne d’intermédiaires qui s’est développée et enrichie colossalement en quelques années.

Mécanismes de changement pris à l’envers. Pourrissement parti d’en haut et qui utilise à son profit les régulations de la société. C’est le système auto-immunitaire qui attaque l’individu.
Appât du gain qui pervertit tout. On gagne énormément (le smicard devient millionnaire du jour au lendemain), mais on est prêt à se prostituer, littéralement, pour gagner encore plus (un phénomène à grande échelle). On triche beaucoup, sans arrêt. On vit au jour le jour. Tout est bon pour enfler ses chiffres, et ce de Lehman Brothers au moindre intermédiaire. Les rares résistants plient sous la masse de collabo.

L’Amérique fascine nos élites. Elles ne doivent pas oublier que, dans ses valeurs, il y a aussi cela.

Pour un autre exemple de ce phénomène, réduit à une seule société, Enron : EICHENWALD, Kurt, Conspiracy of Fools: A True Story, Broadway Books, 2005.

Sommet du G20 : bravo ?

Expectations for the weekend summit of global leaders from the Group of 20 countries in Washington, D.C., were low. And they were fully met dit Business Week.

Sentiment général : peu semble être sorti du sommet du G20.

Pas tout à fait. Les anglo-saxons estiment, avec soulagement, que les Européens en ont rabattu beaucoup sur leur ardeur collectiviste. Mais RFI semblait penser que les Américains avaient considérablement modéré leur ultralibéralisme habituel.

Pour ma part je trouve que nos gouvernants ont été habiles. Au lieu de se battre sur un plan d’action, sur « comment faire », on s’est mis d’accord sur les problèmes à résoudre. Or, il n’y avait pas de désaccord là-dessus. Pour chaque question, on a fait une liste de dysfonctionnements et de points à régler. Mais aussi des solutions proposées pour cela. On a donné jusqu’à avril aux organismes compétents pour arriver à un compromis satisfaisant, suivant ces lignes. On se retrouvera alors.
  • Parmi les questions soulevées : comment poursuivre la stimulation des économies ? Comment améliorer les systèmes de régulation ? Notamment des produits complexes (CDS), ou des acteurs dont les dysfonctionnements ont créé la crise, tels que les organismes financiers transnationaux et les agences de notation.
  • Parmi les solutions avancées : constituer des comités de régulateurs des pays concernés par les organismes financiers internationaux ; donner un rôle accru au FMI, seul organisme capable d’apporter une réponse globale à des problèmes mondiaux. Mais pour cela, il lui faut plus d’argent, donc un abondement des pays émergents, donc qu’ils partagent sa direction. Une révolution. Mais on est d’accord pour discuter. Tout n’est plus qu’une question d’ajustement de curseurs.
J’appelle ce mode de fonctionnement Ordinateur social. Qu’il réussisse ou pas dépend de la qualité de l’animation du changement.

Banque postale et subprimes (2)

Conseil à une petite banque qui voudrait grandir. Ou apprendre des erreurs des autres est souvent la politique la plus efficace.

Mes conversations du moment résonnent avec mon expérience. Je me demande si les financiers français n’ont pas cédé ces dernières années à leurs démons anciens (cf. Crédit Lyonnais).

La Société Générale semble avoir connu un succès qui a fasciné la profession. Ses concurrents plus petits ont voulu l’imiter. Pour cela ils sont sortis des marchés qu’ils connaissaient pour s’aventurer là où l’herbe était plus verte. Ils auraient aussi cru qu’ils n’avaient pas la taille critique. Bizarre. Depuis des décennies j’entends cet argument. Pourtant, je n’ai jamais vu de corrélation claire entre taille et succès (GM nous en donne un magnifique exemple). Une question d’ego ?

Dangereuse illusion. Entrer sur de nouveaux marchés c’est acquérir des compétences que d’autres ont mis des décennies à construire. Lorsqu’Enron est entré sur le marché du traitement d’eau, elle s’est mise à acheter des usines à deux fois leur prix… Et puis comment recruter des gens dont vous ne connaissez pas le métier ? Les bons vont-ils venir chez vous où rester là où ils sont appréciés ? Que vont faire les seconds couteaux que vous aurez recrutés, à qui vous aurez laissé la bride sur le cou en leur disant que vous voulez devenir gros ? Et puis, l’organisation de la société, sa culture, le contrôle implicite qu’elle exerce sur le travail de ses employés, ne sont-ils pas une grosse partie de son succès ? Alors, pourquoi les processus budgétaires de certains se sont-ils mis en panne l’année dernière ? Chacun pouvant dépenser comme bon lui semblait ?

Conseils :
  • Éviter de mettre à la tête d’un nouvel organisme financier un dirigeant qui pense que « big is beautiful » (généralement ego démesuré).
  • Développer son avantage concurrentiel patiemment à partir de métiers connus.
  • L’entrée sur un nouveau marché est un changement. Et la règle d’or du changement est le contrôle. (Geste qui sauve : contrôlez le changement.)
  • D'une manière générale : contrôle, contrôle, contrôle.

Banque postale et subprimes (où l'on trouvera des références au Crédit Lyonnais et au sens de la démesure du dirigeant de l'époque de sa faillite). Société Générale et contrôle culturel.

Syndrome de la victime

Un employé claque la porte d’une entreprise. Grief ? Pas clair.

Objectivement, les dirigeants sont des gens honnêtes et charmants. Manque de reconnaissance ? Il est vrai que l’organisation de l’entreprise est désastreuse. On promet, mais on ne tient pas. Mauvaise volonté ? Oubli, plutôt. Manque de méthode. L’employé se venge. Grève du zèle impeccable. Il n’assure plus ses responsabilités, alors que l’on comptait sur lui. Il joue avec talent sur les dysfonctionnements qu’il dénonçait. Et, il le fait légalement. Il va beaucoup perdre (va-t-il retrouver un travail ?). Mais il a la satisfaction d’avoir infligé de sévères dégâts.

Ce comportement est typique du Français. On le retrouve, par exemple, chez Tocqueville (Souvenirs) et Chateaubriand (Mémoires d’outre-tombe). Alors que tous les deux sont des favoris de leurs régimes respectifs, tous deux accusent les puissants d’être ce qu’ils sont, et leur jettent leur démission à la figure, se retirant sur leurs terres, pauvres mais fiers d’avoir gâché leur génie en martyrs.

Mais la victime a une responsabilité. 2 exemples :
  1. Marc Bloch (L’étrange défaite) sur la défaite de 40. D’un côté des usines paralysées par la grève, de l’autre des dirigeants militaires convaincus qu’ils sont entourés d’incapables. On accusait Dassault, semble-t-il, de faire de mauvais avions. Bizarrement, quand la guerre survient, on se rend compte qu’il en aurait fallu peu pour ne pas se faire balayer. Comme l’ont montré les quelques chars de De Gaulle (cf. biographie par Jean Lacouture), et une Angleterre, qui n’était pas tellement mieux préparée que la France. Et les Allemands ont voulu faire travailler Dassault pour eux. Ils trouvaient ses avions excellents !
  2. Cantines de mes lycées. Toutes dégueulasses. J’ai passé des années à manger des sandwiches. Avec le reste de ma classe (grande période de tarot !). Criminel de traiter aussi mal des enfants. Je suis sûr que les employés de la cantine nous auraient expliqué qu’ils étaient victimes. De qui ? D’une mairie communiste ?
Qu’auraient dû faire Tocqueville et Chateaubriand ? Croire en leurs idées. Et se demander comment les mettre en œuvre. Ils avaient certainement suffisamment d’amis pour cela. Mais c’étaient des individualistes. Ils ne savaient pas jouer collectif. Drame national.

Il est temps de changer. De comprendre que la victime peut faire plus de mal que le tortionnaire. Qu’elle n’est pas seule, et que si elle combine ses efforts avec ceux de ses alliés de fait, ils feront évoluer leur sort collectif pour le mieux. Il y a alors des chances qu’ils découvrent que leur tortionnaire est honnête et charmant.

samedi 15 novembre 2008

L'innovation est une courte folie

Un échange avec quelqu'un qui veut transformer radicalement (révolution) le système bancaire, pour éviter les crises, m'amène à synthétiser une vieille idée : toute innovation est précédée d'une phase de folie, c'est elle qui fait les crises. Commentaire en VO :
  1. I suspect that people can always find a way to create bubbles. During the Internet bubble new valuation techniques were introduced to inflate company prices. Companies were supposed to own a part of their customers’ incomes...
  2. I have learned you can’t predict the future. Those who have tried to build a better world (French revolutionaries or neocons) have ended up engineering disasters. I have also learned that you can make work nearly everything. Even if it seems broken. I believe in evolutions not revolutions.
  3. I suspect that most crises come from “irrational exuberance”, they start with an innovation (anything: Internet, stem cells, properties in Florida…). Some people are extremely fast at finding uses for them and at marketing them. Hence bubbles. Once blown up, the innovation is no longer dangerous. I tend to believe that preventing this irrational phase is unlikely. In a way there is nothing wrong about it: enthusiasm is a kind of useful engine. However if we were able to detect bouts of exuberance earlier, we could manage it better.
Sur ma vision des crises : Capitalisme et destruction.

Faut-il aimer Mao ?

Depuis des décennies, les Chinois se demandent si Mao était plus bon que mauvais. Actuellement on en serait à 70 / 30 selon Cyrille Javary (Le discours de la Tortue).

Difficile de trouver sympathique quelqu’un qui a fait disparaître des dizaines de millions de personnes. L’ordre de grandeur de la population française. On imaginerait mal peser le pour ou le contre de Staline ou d’Hitler.

Ce que Mao a d’intéressant pour moi est qu’il s’est livré à de la conduite du changement, avec des techniques qui ressemblent à celles de mes livres. Il voulait transformer la culture chinoise (au sens ethnologique du terme), y inscrire les règles que demandait le monde moderne. Pour cela il procédait par révolutions culturelles. Deux techniques :
  1. apprentissage de groupe, donner un « stretch goal » au peuple (produire le plus possible) ;
  2. « rectification », faire s’exprimer les foules et éliminer ou rééduquer ceux dont les propos s’éloignaient de la ligne désirée.
Il avait un talent exceptionnel : il mettait en ébullition le peuple chinois. Et ce beaucoup plus par art de la dynamique de groupe, que par la force. Peut-être était-ce l’électro choc qu’il fallait à une nation pour s’extraire de siècles d’apathie ? Sans cela, les gouvernants plus mesurés qui l’ont suivi n’auraient pas réussi ?

Pas sûr. Les dirigeants qui entouraient Mao étaient des gens remarquables, fort peu murés dans des idées anciennes ou dans celles de Mao. En outre, Mao a montré qu’il avait les moyen de mettre en mouvement la Chine, aussi arriérée soit-elle. Un processus plus démocratique, qui aurait consisté à fixer des lignes directrices et à faire construire un plan de mise en œuvre par cette équipe rapprochée, était possible, et beaucoup plus efficace. Il aurait évité à la Chine l’aveuglement de Mao. Mais il était probablement beaucoup trop sûr d’avoir raison pour cela. Mao était un esprit totalitaire : il a voulu imposer ses idées au peuple.

Mais peut-être ne faut-il pas trop lui en demander ? Après tout il semble avoir réveillé la Chine. Et, vues les épreuves qu’il a dû traverser pour cela, peut-on être exigeant ? Idem pour nos gouvernants, d’ailleurs : se faire élire est tellement complexe qu’il serait mal élevé de faire la fine bouche quant à leurs talents de dirigeants.

SHORT, Philip, Mao: A Life, Owl Books, 2003.

GM : nationalisation ?

Auto bailout backers offer to cut $25 billion size explique que les démocrates veulent sauver General Motors. Les républicains, eux, laissent sombrer.

Pas de chance, Barak Obama démissionne, les sénateurs démocrates sont à 50 contre 49. Heureusement, quelques sénateurs républicains ont des usines GM sur leurs terres.

On voit que l’Américain devient un spécialiste de la nationalisation : un prêt (25md ? on débat du montant) semble devoir être accompagné de garanties : prise de participation, de façon à ce que si l’affaire est redressée le contribuable rentre dans ses fonds. Les parlementaires américains vont-ils faire subir la méthode Bagehot à GM ? (Comment faire payer le banquier ?)

En tout cas, je leur suggérerais de demander à la nouvelle équipe dirigeante un plan d’action crédible. C’est une des bonnes pratiques des affaires : ne mettre de l’argent que dans un bon business plan.

Par ailleurs, l’article montre que GM avait réduit de 43,5% ses effectifs aux USA entre 2005 et 2008. À croire que les syndicats américains ne sont pas aussi redoutables que le dit The Economist (Le syndicat, mal américain). Il n'aurait probablement pas fallu beaucoup de temps à GM pour ne plus compter que des dirigeants américains. Mais alors quel état aurait sauvé GM ?

La vie est belle : bio vent en poupe

RFI dit que, comme celles de la Mafia, les affaires du bio ne se sont jamais aussi bien portées. Et que la France ne produit que 50% de ses besoins.

J’y vois le fait que lorsque l’on se donne le mal d’essayer de comprendre quels sont les besoins importants de la nation, on en retire de bénéfices durables.
J’ai vu d’autres d’exemples de cela dans la fonderie, l’équipement automobile et l’imprimerie.

L’imprimerie. On dit souvent qu’elle va mal. En fait, elle me semble divisée en 2. D’un côté des « usines » ayant une stratégie d’achats de machines de plus en plus performantes. Elles vivent souvent d’expédients. De l’autres des petites unités numériques fondées par un grand professionnel qui fait du sur mesure pour un marché de niche auquel il est indispensable. Grosse rentabilité.

Effet pervers. La stratégie machine est une stratégie prix, à QI minimal. L’entrepreneur achète une machine, très cher, en pensant qu’elle lui donnera un avantage coût. Pour la rentabiliser au plus vite, il « casse les prix », attaquant tous azimuts. N’étant pas le seul dans son cas, le marché adopte des prix qui sont au dessous des niveaux de rentabilité de la profession. D’où nécessité de machines encore plus performantes. Quand les banquiers ne veulent plus prêter, faillite. Un repreneur récupère les machines à bon compte, ce qui lui permet de continuer à casser les prix.

La petite entreprise numérique se cache bien, mais son marché fait saliver. Risque : attaque par un champion de la machine. Sa situation précaire fait qu’il est prêt à tout promettre. Il vit au jour le jour. Malheureusement, le petit imprimeur se défend mal. Il ne sait généralement pas ce qu'il apporte à son client. Il est en grand danger de croire que son salut est dans une course en avant de baisse de prix.

De la stratégie de l’agriculteur : Stretch goal de l’agriculteur.
Thème proche : Succès de la Logan.
La vie est belle !

vendredi 14 novembre 2008

Le syndicat, mal américain

The Economist (Obama and organised labour) s’inquiète de voir les syndicats prendre du poids. Obama va les remercier de leur soutien à sa candidature. Et le syndicat, ce n’est pas loin d’être le mal absolu :
With American carmakers nearing extinction the argument that unions are bad for business carries more heft than usual. While it may not be fair to judge all of organised labour by one industry, one has to wonder about the role unions are playing in the car industry's current impasse.
GM now has a market capitalisation less than its cash on hand, so it seems odd that we haven't heard buyout rumours. A plausible explanation would be that potential buyers fear that the labour obligations that come with the company make profitability impossible. If unionised jobs begin to vanish, even Mr Obama will have a hard time explaining union certification as a working man's issue.
Curiosités :
  • Pourquoi faire tant de cas des syndicats en ce qui concerne GM ? L’entreprise n’a pas attendu la crise pour être dans son état actuel. Jadis la plus puissante entreprise du monde, depuis deux décennies elle titube. Son mal ? De mauvais produits. Pensez-vous que ses employés soient les seuls responsables d'un tel cataclysme ?
  • George Bush veut laisser s’effondrer GM. Beaucoup pensent qu’elle ne pourra pas se relever de la faillite. Barak Obama semble prêt à lui accorder 25md$ de prêts, pour éviter un choc que l’économie ne pourrait pas supporter. Ne pourrait-on pas lui en être reconnaissant ? Comme le banquier, le manager de GM va-t-il être sauvé par les personnels pour qui il a tant de haine ? Insupportable ? (C’est dur d’être sauvé par des cons ou la finance internationale relève la tête.)
  • Bizarres relations sociales : il semble que l’Amérique des entreprises ne connaisse que le rapport de force. J’ai rencontré de très performantes entreprises qui avaient de très puissants syndicats. Mais il y avait accord entre les deux : par exemple, gains de productivité oui, licenciements non. Comment se fait il que la très bien payée élite du management qui dirige GM ne soit pas capable d’obtenir de tels accords ?

Ce qui coule GM serait-il ici : le rapport de force ? Sous-traitance maximale puis appels d’offres. Que le meilleur gagne. Mais construire une voiture demande le génie de tous, un travail d’équipe. Et surtout une amélioration continue d’un modèle sur l’autre, donc une relation de confiance à long terme. Pas étonnant que GM ne sache faire que de grosses voitures peu optimisées.

Pas étonnant que ses employés aient besoin de syndicats forts : comment travailler correctement, si vous devez en permanence vous préoccuper de vos intérêts ? Le management à l’américaine a les syndicats qu’il mérite.

Plus ils seront puissants, meilleur ce sera pour lui : il finira par comprendre qu’il n’est pas de taille à passer en force, et qu’il doit désormais faire usage de son intellect. Douloureux changement, toutefois.

Le talent de GM : la communication, Cinquante milliards pour GM, Ford et Chrysler, GM et Chrysler : la fin ?

Barak Obama en role model ?

Dans Hillary Clinton's future, un blog de The Economist cite Barak Obama :
It was a biography of Lincoln. And [the author, Doris Kearns Goodwin] talks about Lincoln's capacity to bring opponents of his and people who have run against him in his cabinet. And he was confident enough to be willing to have these dissenting voices and confident enough to listen to the American people and push them outside of their comfort zone. And I think that part of what I want to do as president is push Americans a little bit outside of their comfort zone. It's a remarkable study in leadership.
J’ai tendance à penser que tout le monde a une partie de la vérité, et que la démocratie, c’est justement utiliser ces vérités conflictuelles pour construire des vérités qui les transcendent.
Aux USA les gens qui réussissent sont assimilés à des demi-dieux (cf. le culte de Jack Welsh), et on copie jusqu’à leur moindres défauts, supposés être l’explication de leur succès (cf. les « n règles du succès »). Espérons que Barak Obama réussira et qu’il sera copié.

Non au traité de Lisbone.

Effet délétère de la télévision : Barak Obama approuve.

Grâce à un blog de The Economist, je découvre que Barak Obama semble approuver ce que Dominique Delmas et moi disons de la télévision :
We're going to have to parent better, and turn off the television set, and put the video games away, and instill a sense of excellence in our children, and that's going to take some time.
Étonnant qu’autant de gens aient voté pour lui. Soit il n’a pas été compris. Soit il s’agit d’un nouvel exemple de Nous sommes tous des hypocrites !

Des effets délétères de la télévision

jeudi 13 novembre 2008

Discrimination positive : solution à un problème mal posé

J’entends que l’on montre l’élection de Barak Obama en exemple, et que l’on aimerait qu’il y ait plus de représentants de minorités parmi l’élite dirigeante et politique. Des mesures sont réclamées.

Paradoxe. Barak Obama n’a fait l’objet d’aucune discrimination positive, nulle part dans sa vie. Il a fait de brillantes études, parce qu’il était un élève exceptionnel… Et il a été élu, parce qu’il était un candidat exceptionnel. Mauvais argument. Ce qui ne veut pas dire que les minorités n’aient pas besoin d’un coup de pouce. Comment s’y prendre ? Par quota ?

Le quota est une mauvaise solution, parce qu’il déshabille Pierre pour habiller Paul.
La majorité n’est pas homogène. Elle est faite d’une petite élite qui s’auto entretient, et d’une majorité dont la situation est mal assurée. Comme le montre l’exemple américain, c’est cette dernière qui fait les frais de la discrimination positive. Son horizon étant bouché, elle réagit en rejetant ceux qu’à tort elle voit comme la cause des ses maux (les minorités). Et elle tend à aller vers les partis politiques qui semblent l’écouter. Ce sont généralement les partis extrêmes. Le parti communiste a ainsi longtemps été le parti des « mal lotis », c'est-à-dire de petits capitalistes mécontents de leur sort.

Paradoxalement, ce sentiment de société inégalitaire est récent. J’ai passé ma lointaine jeunesse dans le 95. Ma classe de terminale était issue de 3ème génération d’immigrés, ou de 2ème génération de provinciaux venus à Paris (comme les immigrés, le Français était la seconde langue de leurs grands parents). Il y avait des élèves d’origine maghrébine et africaine, et ils étaient promis à des études brillantes. J’avais l’impression que le succès scolaire effaçait la différence. De même qu’aujourd’hui Carlos Ghosn est perçu comme un X-Mines non comme un Libanais.

Ce modèle d’ascenseur social a été démantelé, bien que ses résultats aient été infiniment plus justes que ceux de notre système actuel, les moyens qu’il employait ont été jugés injustes. Il n’est pas possible de le remettre en marche.

Quoi faire ? Poser le problème avant de lui trouver une solution. Ce n’est pas un problème de minorité, mais d’élite. Celle-ci ne se renouvelle plus. Elle s’appauvrit intellectuellement. Elle gère mal le pays, auquel elle ne se sent plus redevable. Et elle bouche tout espoir d’évolution au reste de la population. Elle se donne bonne conscience en offrant ce qui appartient à d’autres pour réparer les injustices les plus criantes (phénomène « Bobo »).

Complément :

mercredi 12 novembre 2008

Suivons l’exemple de la Mafia

Mafia 'boosted' by credit crisis explique que les affaires de la Mafia vont très bien (6% du PIB italien), elle n’a pas été touchée par la crise financière. Elle ne fait pas dans le spéculatif et l’illusoire, mais dans l’éternel.

Mieux. Cette crise est une chance. Les banques ne prêtent plus, les entreprises ont besoin de cash, et elle en a. Période idéale pour se diversifier. Investir à contre-cycle, c’est ce que dit Warren Buffett ! Les « meilleures pratiques » de la Mafia seront étudiées demain en MBA.

Compléments :

Kant pour les nuls

Quelques idées issues de : SCRUTON, Roger, Kant A Very Short Introduction. Oxford University Press, 2001.
  • J’ai l’impression qu’une des grandes idées des Lumières a été de donner une validation scientifique à la culture de son milieu. Adam Smith a voulu montrer que l’idéal était l’univers du commerçant et que l’on pouvait organiser le monde suivant ce modèle. Pour Hegel, c’était la société prussienne. Quant à Kant, il me semble qu’il nous a dit qu’il fallait chercher l’inspiration dans la mécanique classique.
  • Le monde est tel que le voit la physique. La connaissance résulte de l’interaction entre raison et expérience. L’homme ne peut rien déduire du seul travail de la raison, s’il n’est validé par l’expérience. (Critique du philosophe qui échafaude des empilages de raisonnements ?)
  • Pour que ce monde soit tel que le voit la physique, il faut que les hypothèses implicites qu’elle fait soient justes. Elles sont vraies, a priori. (Déduction transcendantale.)
  • En fait, il existe deux univers : l’un est celui de l’expérience, de ce que nous voyons ; l’autre est transcendantal, il abrite les lois qui font que le monde est tel qu’il est. Il nous est inaccessible.
    La médiation de l’esthétique (spectacle de la nature, art) nous amène à sa limite. L’esthétique résonne avec la nature humaine ; l’artiste, en recréant le sentiment que l’on éprouve en face de la nature, passe au plus près de ce monde transcendantal.
  • Étrangement, la morale de Kant ressemble à celle de Confucius. C’est une morale du devoir, de la décision judicieuse. L’homme libre doit être guidé par sa raison, non par son instinct ou une pression extérieure. Le progrès est là : c’est la raison de l’homme qui s’éveille et qui transforme le monde.
  • Cette « raison pratique », elle-même, doit suivre des lois (impératif catégorique) : décisions universelles (et si tout le monde prenait à l’envers un sens interdit ?) ; respecter la liberté des autres, ne pas les considérer comme des moyens, mais comme des fins ; être guidé par la volonté de construire un monde idéal. Par le travail de sa raison, l’homme fait œuvre de législateur. Ses décisions sont des précédents.
    Dans ce monde, rien n’est caché, toute décision peut être rendue publique.
  • Tout détruire, pour le remplacer par un univers rationnel idéal (le rêve de la révolution française), n’est pas possible. Le monde doit se rationaliser progressivement.
Commentaires
  • Je me demande si un argument de Kant ne se retrouve pas chez beaucoup de physiciens modernes : le monde est tel qu’il est parce qu’un être comme nous ne pourrait pas être concevable dans un autre univers.
  • Comme pour Durkheim, je me demande s’il n’y a pas quelque chose de commun entre la pensée de Kant et la théorie de la complexité : les groupes d’individus génèrent spontanément (émergence) des lois qui les guident. Le monde transcendantal inaccessible à l’esprit humain serait celui de ces règles.
  • L’impératif catégorique me semble être exactement le critère de jugement d’une stratégie (« stretch goal »). C’est une question d’efficacité, plus que de bons sentiments. En particulier, si elle a quelque chose à cacher elle n’est pas efficace.
  • L’impératif catégorique me semble aller à l’inverse d’un pilotage de l’homme par son seul intérêt (modèle d’Adam Smith et de la théorie économique dominante). Il semble résoudre le dilemme du prisonnier, qui fait que l’homme lorsqu’il joue perso, joue contre le groupe, et, finalement, contre son intérêt. Par contre, si tout le monde suivait Kant, il serait facile pour un parasite (l’égoïste du modèle d’Adam Smith) d’exploiter des lois aussi prévisibles à son profit. La société doit développer des mécanismes de défense.
  • Les Lumière n’ont-elles pas surestimé le pouvoir de la raison individuelle ? Seul dans sa chambre, l’homme n’est pas capable de résoudre des problèmes bien compliqués. Il a besoin de l’aide des autres hommes pour cela.
Compléments :

mardi 11 novembre 2008

Constituer une équipe présidentielle

De l’intérêt de ne pas s’entourer d’exécutants.

J’entends parler de Barak Obama et de la constitution de son équipe. Comment se constitue une telle équipe ?
  • En France, elle n’a pas de grande utilité, le président étant supposé savoir où aller. Il n’a besoin que d’exécutants. La constitution de l'équipe résulte donc de calculs politiques. On y ajoute parfois quelques inconnus, qui lui apportent une touche de fantaisie.
  • Une autre possibilité. Se demander quels sont les problèmes que devra résoudre la prochaine administration, quels sont les compétences qu’il faudra pour cela et trouver ceux qui les possèdent le mieux.
    Avec une telle équipe plus question de « dire la loi », comme le fait le dirigeant de droit divin français. On soumet des problèmes au groupe, il leur propose des solutions. Le dirigeant choisi. Difficulté principale : faire collaborer cet ensemble hétéroclite. Question « d’animation du changement ».
C’est ce type d’équipe qui a mis au point la bombe atomique, ou l’administration du plan Marshall. C’est exceptionnellement efficace, ça va vite, et ça coûte peu. Et ça évite au dirigeant de s’éreinter à trouver, seul, des solutions médiocres.

Complément :
La technique ci-dessus est un exemple d'ordinateur social : Amérique renouvelable et AFTAA.

La vie est belle (3)

Raison de se réjouir de la crise, fournie par Will the Wall Street Storm Have a Giant Silver Lining?
Twenty years from now, when cancer has been eradicated, when the threat from global warming is a distant memory, when poverty is a hoary old cliche, I’d love to think that we could thank the Great ‘08 Meltdown for providing the human capital that helped solve these problems.
Et si l’élite universitaire, chassée par la crise de la banque, devenait utile ? (Idée initiale : La vie est belle !)

La bataille du développement durable ?

Et si les clean tech étaient un enjeu économique majeur ?

La Tribune.fr d’hier :
Selon une étude d'impact, la mise en œuvre du Grenelle de l'environnement devrait nécessiter 440 milliards d'euros d'investissements sur la période 2009-2020 et concerner 535.000 emplois.
En rapprochant cette déclaration de précédents billets (Les énergies renouvelables à la rescousse ?), je me demande si les « clean tech » ne sont pas en train de devenir un enjeu économique majeur sur lequel pourrait se jouer la prospérité d’une nation.
Le gouvernement allemand a pris les devants dans ce domaine. Le Renewable Energy Sources Act Progress Report 2007 (juillet 2007) du Ministère de l’environnement, conservation de la nature et sécurité nucléaire fait remonter son action à 1991. Parmi les bénéfices mesurés :
In economic terms, the Renewable Energy Sources Act has had a number of positive outcomes: in the last 10 years, Germany has become the world market leader in the wind energy sector and is on track to assume this position in the photovoltaics and biomass power plant sectors as well. More than € 9 billion was invested in renewable energy installations in Germany in 2006. In all, around 214,000 people were employed in the renewables sector in 2006 – some 50,000 more than in 2004. Around 124,000 of these jobs were created as a result of the Renewable Energy Sources Act. With a strong domestic market, companies have been able to steadily expand their rate of exports: more than 70 % of the wind power plants produced in Germany were exported. Thus as a result of the Act, Germany has taken on a leading role in plant and mechanical engineering in this major future-oriented international market.
The Economist a beau dire que les gouvernements ont tort d’intervenir, l’exemple français du nucléaire montre l’efficacité de leur intervention (que l’on soit d’accord ou non sur l’utilité du résultat obtenu).

D’où question. L’entrepreneur américain est prêt à sauter sur toute opportunité d’affaires, si on lui donne les moyens de la financer. Que le pays soit, ou non, une terre brulée ne compte pas : il saura trouver les moyens dont il a besoin, là où ils sont. L’Allemagne a une longue tradition de protectionnisme intelligent. Mais la France ? Traditionnellement, c’est l’État et ses organes opérationnels qui ont conçu et mis en œuvre ses stratégies. Il ne semble pas qu’ils puissent ou désirent encore le faire. Qui peut prendre leur relais parmi leurs anciens assistés ?

lundi 10 novembre 2008

Changement : leçons chinoises ?

Comparaison entre Yi Jing et ce que j’écris sur le changement.

Je suis d’accord avec le point de départ du Yi Jing : l’avenir n’est pas prévisible, par contre, il est possible, généralement au moins, de prendre de « bonnes décisions ». Et la science approuve mon point de vue, en dehors de l’économie et des sciences du management, qui croient encore majoritairement au Père Noël.

Il me semble, mais je suis loin d’en être sûr, que le processus de réflexion auquel invite la pratique du Yi Jing, ressemble à la process consultation d’Edgar Schein. Mais cette recherche se fait seul, sans « process consultant ».

Un possible point de désaccord avec Confucius. J’ai l’impression que le changement dont il est question chez lui est un art de glisse. Il ne touche pas à l’édifice social. Pour moi, « conduire le changement », c’est modifier l’organisation de la société, en changer les règles. Pour cela, on retrouve quelques idées fondamentales du Livre du Changement. Le changement est à « effet de levier ». En prenant l’organisation « sous le bon angle », le changement est immédiat.

La notion de Yin et de Yang permettent de reformuler une de mes conclusions principales. Pour réaliser le changement il faut à la fois utiliser des techniques Yin et Yang. L’Occident a poussé très loin le Yang, le passage en force. Sa science, qui est une approximation du monde, lui a apporté un aperçu jamais possédé jusque là de ce que la nature pouvait cacher. Une fois un objectif en vue, il y va tout droit. Ça a été longtemps de peu de conséquences. Aujourd’hui il rencontre des résistances ou la vengeance de ce qu’il a écrasé. L’Occident doit découvrir le Yin, dont le champion est probablement plus le Japon que la Chine.

Compléments :
  • Yi Jing : Le discours de la Tortue.
  • Le discours de la Tortue note que l’Occident demande à ses devins de lui dire l’avenir alors que la Chine demande plutôt quelle conduite adopter. La croyance dans un avenir prévisible est peut-être plus solidement ancrée dans nos gènes que je ne le pensais.
  • Pourquoi l’avenir n’est pas prévisible : Théorie de la complexité.
  • L’économie n’est pas une science.
  • La combinaison Yin/Yang autrement formulée : Voyage à Tokyo.
  • SCHEIN, Edgar, Process Consultation Revisited: Building the Helping Relationship, Prentice Hall, 1999.

Appaloosa

Besoin de détente ? Je recommande Appaloosa.
  • Un Western traité sous un angle inattendu. 4 grands acteurs à contre emploi (Ed Harris, Viggo Mortensen, Renée Zellweger et Jeremy Irons). Et vraiment très bien. Un énorme humour. Bon moment.
  • Voilà ce dont on a besoin en période de crise. Se changer les idées devrait être prescrit par le médecin.
Film sur une autre période où l’on a eu besoin d'une telle prescription : Le dernier métro de François Truffaut.

Le discours de la Tortue

Le discours de la Tortue est l’histoire du Yi Jing (aussi appelé Yi King), le Livre des changements. Cette histoire est intimement mêlée à celle de la Chine et de sa culture. Un moyen unique de les découvrir de l’intérieur.

JAVARY, Cyrille, Le discours de la Tortue, Albin Michel, 2003. Cadeau de Dominique Delmas. Merci beaucoup.

Le changement comme certitude

Pour le Chinois, il n’y a qu’une certitude : le changement : rien n’est stable, chaque situation porte les germes de sa transformation. L’univers est une sorte de grand fleuve d’énergie, avec ses embranchements. Certaines branches sont des culs de sac, d’autres des torrents. C’est ce potentiel d’évolution que l’homme (Taoïsme) et la société (Confucianisme) doivent exploiter au mieux. Contrairement à l’Occidental qui pense que l’avenir est prévisible et qu’une fois cet avenir connu, il existe une « seule bonne solution » pour y parvenir (à coups de machette), le Chinois sait que l’avenir est imprévisible mais que pour chaque situation (chaque embranchement), il existe une issue plus favorable que les autres, le dao (souvent traduit par « la voie »). Le Yi Jing est un guide d’aide à la décision. En fait, c’est un cours de morale.
Rechercher l’efficacité harmonieuse entre l’action individuelle, la situation où elle s’applique et le moment où elle s’insère était considéré par Confucius comme l’acte moral par excellence.
Histoire du Yi Jing

Origine du Yi Jing. Exposées au feu des carapaces de tortues se craquellent. Ces craquelures sont interprétées comme des recommandations. Naissance des caractères chinois. Les tortues sont victimes de leur succès. Elles disparaissent. Comme les ingénieurs à qui on interdit les tests atomiques, les Chinois se tournent vers la simulation. Ils ont conservé d’énormes archives de carapaces commentées. Le temps est cyclique pensent-ils, comme les saisons. Il suffit de retrouver l’archive qui correspond à l’instant présent. Puis ils découvrent un moyen de coder ces indications, en 64 hexagrammes. Plus besoin de bibliothèques. C’est le Yi Jing.

Un hexagramme c’est 6 lignes, chacune pouvant prendre deux valeurs : Yin ou Yang.

Tout caractère chinois a une multitude de sens. Il en est de même pour Yin et Yang. Le plus important est peut-être que le Yin doit devenir Yang, et inversement. Ensuite le Yang est plutôt un signe de force, d’énergie, de dynamisme, alors que le Yin serait du côté de l’intelligence, de la subtilité, de la réflexion, de l’exploitation habile des événements (le Judo est l’art du Yin)… L’homme est plutôt Yang, et la femme Yin. L’hexagramme décrit une situation type :

Chacune étant à la fois description et gestion d’une organisation énergétique particulière, analyse diagnostique et réponse stratégique pour une configuration déterminée.
L’hexagramme s’obtient sans intervention divine. Par une procédure aléatoire, qui, pour les Chinois, est un calcul rigoureux de mise en coïncidence entre Yi Jing et situation de l’individu.
Des commentaires et des techniques permettent de guider l’interprétation de la situation et la prise de décision. De ce que je crois en comprendre, ils sont aussi clairs que les jugements de la Pythie. Je soupçonne que l’efficacité (éventuelle) du processus vient de ce qu’il force l’homme à s’interroger sur la situation dans laquelle il est, et lui indique ce qui est arrivé à d’autres en pareil cas. À partir de là, il trouve ce qui correspond le mieux à sa nature.

Le Yi Jing est arrivé à maturité il y a un peu plus de deux mille ans. Ensuite, l’attention des savants s’est tournée vers le classement des hexagrammes. Ça ne semblait pas avoir grand intérêt, puisque l’ordre n’entre pas dans leur usage. Mais ils semblent s’y être acharnés.

L’idéogramme

Le discours de la Tortue est aussi un cours sur l’idéogramme chinois. À ses origines, c’est une image. Il se stylise. Il se charge de sens par association d’idées. Il se complexifie par combinaison d’idéogrammes, associations d’idées d’associations d’idées. Une vie semble insuffisante pour analyser un seul signe.

Culture chinoise

Le discours sur la Tortue est peut-être surtout une réflexion sur l’évolution de la Chine. Sur l’interprétation de sa culture. Comme chez Jean-François Billeter, on n’y voit rien d’impénétrable. Les Chinois sont un peuple pragmatique, pour qui « le résultat prévaut toujours sur la preuve et l’efficacité pratique surpasse toujours l’argumentation théorique ». Il se débat avec plus ou moins de bonheur face à la nature, et à la complexité de l’existence. Peut-être parce qu’elle convenait mieux à sa situation, il a adopté un type de stratégie que l’on pourrait appeler Yin, par comparaison au Yang occidental.

Le vrai souverain se préoccupe de tous mais ne contraint personne, il aide les situations à se réaliser selon les lignes de force qu’elles recèlent, en créant par sa seule présence importante et immobile le courant porteur qui permet à chacun de se réaliser au niveau où il se trouve et de devenir ainsi (…) « fondamentalement favorisant ».
Dans cette culture, l’individu compte relativement peu, par rapport au groupe, à l’harmonie sociale, garantie par l’empereur. Ses responsabilités sont diluées. Ses souffrances n’émeuvent pas. Peut-être, surtout, parce que le système est favorable aux forts, aux dirigeants. D’où le succès du Bouddhisme individualiste auprès des populations les plus mal loties.

Histoire chinoise

Cyrille Javary parle de civilisation fossile. Depuis un millénaire, invasions et occupations étrangères alternent avec périodes de repli sur soi (Ming). La Chine ne se disloque pas comme l’a fait l’empire romain, mais elle titube, elle est KO debout. Elle n’arrive pas à se ressaisir, à se réinventer. Au contraire, les derniers avatars du Yi Jing montrent plutôt qu’elle cherche à s’enfermer dans un monde qui se nourrit de lui-même. Une culture peut-elle devenir un cercle vicieux ?

Jusque là, je pensais que l’ascension de Mao correspondait à la naissance d’une nouvelle dynastie. Serait-ce plus que cela ? Le retour de Qin Shi Huang Di (qui règne de 221 à 206) ? Cet empereur est peut-être celui qui a le plus marqué l’histoire chinoise. À lui tout seul il semble une dynastie. Il a unifié la Chine. Il a rationnalisé son fonctionnement. Une rationalisation systématique qui ressemble beaucoup à celle qu’a subie la France révolutionnaire. Il a aussi fixé la graphie du Chinois moderne, une manœuvre dont l’objet était de réécrire sa littérature, de n’en garder que les traités pratiques, et de la débarrasser de son idéologie passée. Il voulait faire disparaître livres et intellectuels. On lui en veut encore aujourd’hui. Mao, qui lui aussi a réformé le Chinois, semble avoir voulu faire de même : liquider un héritage culturel, et ses porteurs (les intellectuels). Ils rendaient la Chine désespérément incapable de relever la tête. La dynastie des Han, la plus admirée des dynasties chinoises, a succédé à Qin Shi Huang Di. En sera-t-il de même avec Mao ?
Un thème important pour Cyrille Javary, pour finir. La sorte de Moyen âge dans lequel est plongée la Chine depuis 10 siècles s’est accompagnée de la domination du Yin par le Yang. Période noire pour la femme.

Compléments :
  • Autres réflexions sur Le discours de la Tortue : Nous sommes tous des hypocrites !, Chinois : copieur et fier de l’être.
  • BILLETER, Jean-François, Contre François Jullien, Alia, 2006.
  • BILLETER, Jean-François, Chine trois fois muette : Suivi de Essai sur l'histoire chinoise, d'après Spinoza, Alia, 2006.
  • Pour Jean-François Billeter, le Confucianisme s’explique, plutôt que par une tournure d’esprit particulière au Chinois, par les intérêts au statu-quo de ses empereurs : ne bousculons pas l’harmonie sociale qu’ils garantissent. (D’où le danger de l’innovation. Elle n’est pas totalement éliminée, mais toujours protègée du nom d’un ancêtre révéré.)

dimanche 9 novembre 2008

C’est dur d’être sauvé par des cons ou la finance internationale relève la tête

En lisant The Economist et en écoutant quelques économistes français influents, je me demande s’ils ne nous disent pas les choses suivantes. 1) Les outils financiers qui ont causé la crise actuelle n’étaient pas aussi inefficaces que cela 2) ils ont permis une prospérité sans précédent 3) l’État, qui a pris en main l’économie, est sacrément inefficace. Stupide.

Les hauts fonctionnaires de Vichy, qui avaient été épargnés par l’épuration et réinstallés dans leurs fonctions, devaient penser de même. La crise à peine oubliée, les vieux démons reviennent au galop.

Ces gens étant membres de notre élite dirigeante, la crise passée, ils reprendront les commandes de l’économie. Il est possible que les idées suivantes puissent les aider dans leurs futures fonctions :
  • La prospérité n’est rien par rapport aux dégâts d’une crise. L’énorme majorité de la population et des entreprises s’accommoderait certainement de beaucoup moins, pour peu qu’on lui épargne l’anxiété d’événements aléatoires qui brutalisent, et menacent, sa vie.
  • L’État est effectivement inefficace. Parce qu’il est bureaucratique et pas aussi vif qu’une population d’entrepreneurs. Mais il n’a pas demandé à intervenir. Son rôle est de réguler pas de faire. Depuis des décennies il avait organisé sa sortie quasi complète de l’économie. L’Europe ne parle que de marché unique et de concurrence. Les anciens « services publics » sont privatisés (l’hôpital, la Poste, les télécommunications, l’énergie, les chemins de fer…).
  • Nos brillants économistes n’ont pas faits grand-chose pour dénoncer les excès qui menaient à la crise. Que vont-ils faire à l’avenir pour nous les éviter ? S’ils apportaient une réponse convaincante à cette question, peut-être hâterait-elle le désengagement de l’État ?
Compléments :
  • Un exemple de réhabilitation de l’innovation financière : Sauvons les swaps.
  • Les maladresses de l'Etat dans la gestion du système bancaire anglais : Reshaping the landscape. The Economist de cette semaine.
  • Les économistes, qui n’ont en aucun cas étaient désignés comme coupables, ont pourtant une sacrée responsabilité dans les désastres de ces dernières décennies : Doutes sur le plan de relance américain, Consensus de Washington. Délicate situation pour nous donner des conseils…

Des effets délétères de la télévision

Dominique Delmas :
(…) L'autre écueil, ce sont les valeurs véhiculées en particulier par la télévision. Valeurs vides de sens, futiles, inutiles ou mêmes dangereuses lorsqu'elles font croire que fortune et gloire peuvent arriver sur toi sans travail et que cela te rendra forcément heureux... (commentaire d'un billet de Minter Dial traitant de l’éducation des enfants.)
Cette opinion m’a frappé parce que je l’ai rencontrée ailleurs. Chez un patron de centre d’appels. Il me disait que ses équipes avaient été élevées par la télévision : matérialistes en diable, et persuadées que le succès était dans « l’originalité » (conte de fée version Disneyland). Son travail : les ramener à la réalité. Remarques :
  • La télévision véhicule une certaine culture américaine, à des encablures de la nôtre : le bonheur est dans l’accumulation de biens matériels. Elle formate les hommes pour qu’ils soient des consommateurs. Elle fait aussi passer de très bons sentiments, de nobles valeurs américaines. Peut-être donne-t-elle une fausse idée de la difficulté de la vie ?
  • Jean-Claude Larréché s'émerveillait des idées du génial patron de la compagnie aérienne Virgin. Il avait compris ce qui gâchait le voyage de ses passagers : des gamins braillards. Admirable solution : la télévision. La dissolution de la cellule sociale crée des enfants mal élevés (au sens premier du terme). Seul moyen de les calmer : la télévision, l’opium du peuple. La culture qu’elle véhicule est devenue celle du peuple.
  • Voulez-vous que vos enfants soient élevés par la télévision ? Si cette solution est insatisfaisante, recréez autour d’eux un petit peu de tissu social, de chaleur humaine ?

Les énergies renouvelables à la rescousse ?

Il semble se confirmer (Amérique renouvelable) que les Américains envisagent sérieusement de jouer le redémarrage du pays sur les énergies renouvelables. Une politique qui prendrait les allures d’un effort de guerre. Une solution élégante à tous les problèmes que se pose la planète ?

The Economist (Green, easy, and wrong) s’inquiète de la manière dont Barak Obama va procéder. Fidèle à son idéologie, ce journal s’oppose à une solution protectionniste qui viserait à stimuler l’innovation artificiellement. C’est au marché d’agir. Ce qui demande de corriger ses faiblesses actuelles, en allouant aux entreprises le coût de leur pollution.
Contre exemple : l’Allemagne. Elle a subventionné l'industrie du solaire, alors que le pays est peu ensoleillé. Ridicule.

Certes, mais si l’Allemagne, ce faisant, a amené son tissu industriel à une masse critique, et que le besoin de panneaux solaires (par exemple) se développe dans le monde, l’industrie allemande aura une avance que ses concurrents ne pourront pas rattraper.
Le protectionnisme n’a pas que des défauts. Les industries semblent ressembler aux hommes : elles ont besoin d’être protégées dans leur enfance. Sinon, elles sont balayées par des plus forts, qui n’ont pas leur potentiel.

Cependant, il n’est pas possible de développer n’importe quoi. Il faut un terreau propice (par exemple une compétence prometteuse dans les technologies utiles au solaire), et surtout une motivation favorable. La subvention n’est utile qu’à l’entrepreneur : il s’en sert pour développer ses affaires, non pour un enrichissement immédiat. Il l’utilise de manière offensive, pas défensive – le défaut du Français.

Sur le protectionnisme : OMC et Responsabilité de la Presse.

samedi 8 novembre 2008

Sauvons les swaps

Les Credit Default Swaps sont une des innovations financières qui font trembler la planète. Il y en avait pour un peu plus de 60.000 milliards $ dans la nature en 2007.

The Economist (Giving credit where it is due) s’inquiète de leur avenir : ces produits d’assurance, bien utilisés, sont bons pour l’économie. Il ne faudrait pas s’en débarrasser purement et simplement. D’ailleurs, on commence maintenant à savoir les maîtriser. D’ailleurs, les options, autres coupables de crash (de 87), ne posent plus de difficultés.

On retrouve dans tous ces scénarios de crise (voir aussi celle de 97 et celle de 29), une innovation financière. Le mécanisme suivant semble à l’œuvre :

Le financier est à l’affut de tout ce qui peut le faire décoller du réel. Et quand il l’a trouvé, il en fait profiter ses amis, businessmen, gouvernants et régulateurs. Ils jugent l’innovation fort bénéfique. Pourquoi en limiter l’effet ? Survient la crise. Illumination. L’innovation était dangereuse. Dorénavant on sait la maîtriser.

Cette innovation n’est pas fondamentalement mauvaise, mais elle est utilisée avant d’avoir été testée. C’est un peu comme si les laboratoires pharmaceutiques nous faisaient avaler leurs médicaments sans autorisation de mise sur le marché. Une fois de plus, je pense que les produits financiers (et les innovations scientifiques d’une manière générale) doivent être traités comme un virus : il faut développer des vaccins avant de les lâcher dans la nature.

Sur ces sujets :

Le crépuscule des blogs

Pour The Economist (Oh, grow up) le blog entre dans le rang.

Ses applications premières – chacun confiant ses impressions à Internet – sont condamnées. Remplacées par Facebook ou par le microblogging, et par la concurrence des blogs de journaux, contre les moyens desquels l’isolé ne peut lutter. Le principal marché du blog est l’entreprise. Bonne nouvelle pour Hervé Kabla.

Je continue à trouver mon blog utile : ça me force à formaliser des idées que j’aurais laissé s’évaporer, et ça alimente les conversations entre amis !

vendredi 7 novembre 2008

Nous sommes tous des hypocrites !

Chaque civilisation enfante ce qui lui manque. L’Inde brûlante et brutale a sécrété la non-violence ; l’Occident égoïste et rapace, la religion du Dieu d’amour ; la Chine, passionnée et émotive, la recherche de l’harmonie. (Cyrille Javary, Le Discours de la Tortue, Albin Michel, 2003.)

En travaillant sur le rôle de la culture française dans le changement, pour mon dernier livre, j’en étais arrivé à une conclusion bizarrement similaire : finalement, ce que la société française était le moins était d’être libre, fraternelle et égale. Ses problèmes étaient là. Il existe une étude de James March sur les sciences du management qui montre qu’elles sont tout sauf des sciences. Mark Blaug dit la même chose de l’économie.

Une théorie d'Edgar Schein explique ces paradoxes. La société peut s’observer suivant trois angles :

  1. Ce qu’elle fait. Plus exactement ce qu’elle fait si l’on en extrait les petites perturbations, les aléas. On y voit alors que les membres de la société suivent des rites (métro, boulot, dodo…). Ce sont les artefacts.
  2. Ils s’expliquent par le fait que ces membres obéissent à des règles inconscientes : les hypothèses fondamentales (par exemple, « si problème alors réunion », ou « l’homme digne de ce nom doit conduire à tombeau ouvert »). En quelque sorte ces hypothèses sont une idéologie : ce sont des règles qui ont été absorbées parce qu’elles ont toujours rendu de bons services. Mais on n’a aucune preuve qu’elles sont universelles, « scientifiques ».
  3. Enfin arrivent les valeurs officielles. Ce que la société nous dit être bien. C’est le « politiquement correct ». Ce peut être des hypothèses fondamentales en cours de test. Mais si elles guident nos paroles, elles imprègnent rarement nos comportements. Nous ne savons pas comment les mettre en œuvre. Ce sont le très admiré code d’éthique d’Enron ou la bien pensance des Bobos. Nous n’aimons probablement pas ce que nous sommes et nous créons un idéal à l’opposé exact de nos défauts. Beaucoup de prêcheurs très bruyants sont des pervers. Mais, sur plusieurs générations, il arrive que nos actes suivent nos paroles. Un jour l’économie sera peut-être une science.
Compléments :

jeudi 6 novembre 2008

De l’erreur de laisser les sauvages à l’âge de pierre

Un numéro de Scientific American présentait une photo de sauvages prise par un drone. L'article dit que nous avons décidé de laisser les peuplades qui ne nous ont pas rencontrés dans l'ignorance de notre présence. Erreur grave. Un calcul montre pourquoi :
  • Imaginons que la richesse mondiale soit uniforme (pour simplifier) Rh par homme. Population civilisée : Nc. Les Ns sauvages, étant hors de l’économie, ont une richesse nulle.
  • Supposons qu’en entrant dans notre monde, ils reçoivent la nouvelle richesse moyenne R’h (on s’arrache leurs pagnes). Ils produisent alors NsR’h et vendent, nécessairement, la même chose ; le reste du monde produit donc, pour leurs besoins (R’h – Rh)Nc = R’hNs.
  • D’où R’h = Rh(Nc/(Nc-Ns)) soit à peu près Rh(1+Ns/Nc) (si Ns << Nc)
Avec de tels calculs on peut montrer que l’immigration et la croissance démographique sont bonnes : elles augmentent le marché, la capacité de production et le PIB. Bien sûr ces calculs ne tiennent pas compte de ce que l’économie appelle des « externalités » : les résultats d’une production en croissance permanente (effet de serre), ou d’une démographie galopante, ou encore les difficultés que pose l’entrée d’immigrés dans une société. En bref, de mon métier, le changement.

(Reprise de l’argument de Jean-Baptiste Say qui nous poussait à produire le plus possible. SAY Jean-Baptiste, Cours d’économie politique et autres essais, Flammarion, 1996.)

L’intérêt économique de l’individualisme

La femme au travail a doublé la force productive. Tout ce qu'elle faisait et qui n’était pas comptabilisé est devenue « service ». Il a fallu multiplier les restaurants (McDonald), fournir des crèches et des écoles, des maisons de retraite pour les personnes âgées, inventer des machines à laver, des lessives, des détergents... Bien mieux, jusqu’ici c’était la communauté qui s’occupait de « socialiser » les enfants, d’entraide… La disparition de ce lien d’amitié a créé un marché pour la psychanalyse, et le coaching, pour la médecine et ses tranquillisants, et la gendarmerie... D’ailleurs l’éclatement de la famille est bon pour le transport, pour les télécoms, pour les technologies de l’information… qui recréent artificiellement, et imparfaitement, le lien dissout.

C’est ça le progrès. Nous avons quelque chose à mesurer. Et qui croît. Notre production. Ce qu’elle détruit est muet. Preuve qu’il n’existe pas. Bien sûr, l’innovation matérielle compense en partie ce qu’elle a supprimé : l’enfant peut s’entretenir avec son père, au téléphone. Mais l’économie capitaliste a un biais : une distribution très inégalitaire. Les pauvres y sont vraiment très pauvres : peu de biens et surtout très peu d’amitié.

Capitalisme = mal ? Nous avons un confort que n’avaient pas nos ancêtres. Et, si elle ne liquide pas l’espèce, la science peut être un moyen puissant d’en prolonger la survie. Et si ce qui n'allait pas était notre variante individualiste du capitalisme ? Elle tend à détruire la société. Parce que ça rapporte vite, et à peu d’effort (voir les billets sur le Crash de 29, et sur la concurrence). Comme les conquérants de l’Ouest nous brûlons nos maisons pour en retirer les clous.

Ce blog dit qu’à tout problème, il y a deux solutions, une paresseuse et destructrice, et l’autre intelligente et durable. Une société solidaire ne signifie pas la fin de l’individualisme, seulement la fin de notre variante myope d’individualisme : une société solidaire peut pousser ses membres à la différenciation, à l’originalité, et s’enorgueillir de leur différence sans pour autant les lancer les uns contre les autres.

Compléments :

Crash de 29 : contrôle possible

Une solution au problème posé par Kenneth Galbraith ? Dans des billets antérieurs j’ai parlé d’un Institut Pasteur qui traquerait les innovations financières comme des mutations de virus. Les travaux de John Galbraith indiquent une façon de préciser l’idée.
  • Si le financier cherche systématiquement à se déconnecter des lois de la nature par utilisation d’un effet de levier, il est, relativement, facile de détecter la manœuvre. On sait ce que l’on cherche.
  • Il est alors possible de repérer le décollage d’un indicateur. D’autant plus que certains sont particulièrement concernés. Par exemple, le PER, le rapport entre valeurs d’une entreprise et de ses bénéfices, explose à chaque crise. Pendant la bulle Internet, il avait dépassé le pic de 29. De même le taux d’endettement des ménages américains a atteint récemment un Everest. Une fois repéré un tel indicateur en mouvement, on peut chercher s’il n’y a pas quelque part un levier à l’œuvre.
  • À froid, en période de crise, à un moment où aucun intérêt n’est menacé, un tel mécanisme peut faire l’unanimité.
  • La difficulté, c’est la phase de gonflement de la bulle. Ceux qui en profitent vont alors s’opposer à une perforation. Argument habituel : il s’agit d’une innovation.
    À ce moment, pourquoi ne pas demander au peuple de trancher. De juger avec les éléments dont il dispose s’il s’agit d’une innovation d’un type favorable, ou qui va, comme lors des précédentes crises, le jeter à la rue. Une consultation directe n’est pas nécessaire : il suffit qu’il soit informé. S’il est inquiet, il sait influencer le gouvernement.

Leçon de changement.

  • Le risque de tout changement est qu’il mette à jour un « déchet toxique », quelque chose dont l’entreprise a honte. Ce peut être un détournement de bien social. Plus souvent c’est l’incompétence perçue de tout ou partie de ses membres. La menace de la révélation est fatale au porteur du changement (cas soulevé par Galbraith).
  • Technique pour éviter le danger : proposer à l’organisation une méthodologie d’analyse de ses problèmes, qu’elle va mettre en œuvre, elle-même. Contrôle de gestion, par exemple. L’application de la méthode va montrer les dangers qui menacent l’organisation sans que qui que ce soit soit en danger. Par exemple le contrôle de gestion dit à l’entreprise qu’elle n’en a plus pour très longtemps et pourquoi. Ses dirigeants sont en face de leurs responsabilités : est-il judicieux de continuer leurs dépenses somptuaires ?

Compléments :

mercredi 5 novembre 2008

George Bush en bouc émissaire ?

Quand Ronald Reagan est arrivé au pouvoir, les dirigeants iraniens de l’époque, qui détenaient des otages américains, ont décidé qu’il était un homme sympathique avec qui l’on pouvait discuter. Il est possible que la même chose arrive à Barak Obama : tout ceux qui en veulent aux USA, mais ne peuvent se passer d’eux, lui trouvent déjà beaucoup de qualités.

Mettre tous les malheurs passés sur le dos de George Bush est peut-être un moyen de faciliter le sauvetage des valeurs démocratiques : elles n’étaient pas en cause, c’est lui qui les a trahies. C’était l’axe du mal. C’est une technique de changement que je n’avais jamais envisagée.

Je dis régulièrement que ce qui menace le changement est le « déchet toxique », les fautes que nous avons commises et que nous craignons que le changement révèle. Pour sauver notre honneur nous sommes prêts à tuer. Or, il y a beaucoup de coupables, très haut placés, de la crise actuelle. Pas possible de réformer le pays sans eux. Désigner un bouc émissaire est un moyen peu coûteux de les amnistier.

Une pensée pour Barack Obama

C’est l’habileté qui expliquerait la largeur de sa victoire. Il a su faire ce qu’il fallait pour emporter les états décisifs. L’écart en votes est relativement faible. Décidément, c’est un homme qui a la tête froide.


C’est probablement un grand professionnel, à l’américaine, avant d’être un homme fort intelligent. Dans son domaine c'est un champion. Lui et sa femme sont peut-être ce que produit un ascenseur social qui fonctionne correctement. Des gens remarquables, qui ont absorbé ce que leur pays a de mieux à proposer. Et qui lui sont reconnaissants de ce qu'il leur a apporté. Ils arrivent au bon moment. La tâche donne le vertige.


À tel point que réconcilier noirs, et minorités, avec blancs semble comparativement facile. Pourtant le racisme ambiant a produit, hier encore, des comportements ignobles, des meurtres impunis, des massacres inconcevables. Révoltant.


Vue de loin l’Amérique semble dévastée par deux décennies de folie idéologique. L’individualisme et le court terme ont tout écrasé. Les structures sociales, sans lesquelles rien ne peut être construit, sont à terre (école, système de santé, et même infrastructure de transport), l’industrie n’existe pratiquement plus, le pays et ses habitants ont atteint un niveau d’endettement difficilement imaginable. Il est engagé dans deux guerres et, de près ou de loin, partout où le monde est en péril. Et il y a partout des poudrières. Tout cela dans une crise sans précédent, dont il est l’origine.

Les valeurs démocratiques ont justifié tout ce qui a ravagé le monde ces dernières décennies. Or, elles sont le fait d’une infime minorité de la planète. La démocratie est haïe. Elle est en grand danger.

Ce ne sont pas les bons sentiments qui la sauveront. Elle doit démontrer qu’elle est le meilleur régime qui soit, parce elle est le plus efficace. Parce qu’elle met un terme à la destruction à laquelle son nom est associé : dislocation du tissu social, création de pauvreté, guerres. Non parce qu’elle a la force pour elle, mais l’intelligence.

Compléments :

Crash de 29 : contrôle impossible

Suite des remarques de John Galbraith (Crash de 29 : mécanisme) : les responsables du contrôle sont les plus compromis.
  • En 29, comme lors de la Bulle Internet ou des subprimes, les organismes régulateurs étaient impuissants.
  • Soit ils étaient convaincus d’une saine croissance, soit ils subissaient la pression de puissants en enrichissement accéléré.
Idem en France : qu’il s’agisse des malheurs du Crédit Lyonnais ou de ceux de France Télécom, on a accusé un défaut de contrôle. Leurs dirigeants étaient des inspecteurs des finances et l’Inspection des finances, responsable du contrôle de la gestion des biens de l’Etat, ne contrôle pas les siens. L’homme est soumis à la pression du groupe, au lien social, arme de destruction massive de changement. Comment peut-on s’attendre à ce qu’un organisme contrôle le reste de la société ?

BCE contre-exemple ? N’a-t-elle pas fait preuve d’indépendance ? Son action a-t-elle été judicieuse ? Quoi qu’il en soit, l’indépendance est dangereuse : l’homme seul est victime de biais. C’est justement le rôle de la société de l’éviter. Déprimant.

Compléments :

mardi 4 novembre 2008

Chinois : copieur et fier de l’être

Cyrille J.-D. Javary dans Le Discours de la Tortue (Albin Michel, 2003) dit la chose suivante :
Idéalement, les inventeurs chinois ne font que recopier la nature pour reproduire sa puissance vitale. Les artistes eux-mêmes ne sont pas des créateurs, mais des recréateurs. Ils ne cherchent pas à faire une offre personnelle, mais à agencer des signes connus selon des codes préétablis.
Et auparavant
Qu’importe, en Chine, l’authenticité d’un objet, si la reproduction qu’on en a faite est dotée du même pouvoir d’évocation.
On y apprend aussi que « Un signe chinois fait plus que représenter la réalité, il a la vocation à la rendre présente. » et que la Chine, contrairement a nos traditions, n’a pas de dieux créateurs, et de légende de création. Voilà qui explique les difficultés des Chinois à respecter les brevets occidentaux ? Ce ne sont pas des escrocs, mais la notion d’invention n’est pas dans leur culture. Qui est bien différente de la nôtre :
  • L’Occident est allé jusqu’à croire qu’avant lui la nature ne valait rien, qu’il lui apporte, par son génie, tout ce qu’elle a de beau (Droit naturel et histoire). Toute notre économie est là dedans : le PIB est une évaluation annuelle de la création humaine. C’est aussi pourquoi, probablement, nous prétendons prendre des brevets sur le vivant. Tout ce que nous voyons nous appartient.
  • Le Chinois ancien semblait penser que la nature préexistait à l’homme, et que l’art de ce dernier est de reproduire, de comprendre, aussi bien que possible cette nature.

John Galbraith, sur le Crash de 29

John Galbraith sur le crash de 29 (Toutes les crises se ressemblent).
  • On parlait déjà, à l’époque, d’innovation financière.
  • Une innovation était l’investment trust. Un fonds d’investissement. Un concept importé d’Écosse et d’Angleterre. Succès brutal.
  • Les actions représentaient un tiers des sommes nécessaires aux investissements. Du coup dès que la valeur des actifs détenus par la société augmentait, seules ces actions pouvaient en profiter. Et elles en profitaient massivement. Une augmentation de 50% de la valeur des actifs augmente celle des actions par 2,5. Effet de levier. Et on constituait des trusts de trusts de trusts...
  • Mieux, ces trusts croisaient les participations, ce qui augmentait leur valeur.
  • Des personnes s'étaient spécialisées dans la minibulle spéculative : elles investissaient dans certaines sociétés, donnant ainsi le signal de la spéculation, dont elles profitaient, ayant été les premières à investir.
  • Rapidement la valeur du trust est déconnectée de celle de ses participations (qui ne sont pas connues !). On va jusqu’à spéculer sur les compétences de l’équipe de gestion du fonds, supposée faire des miracles.
  • En outre, il est possible que les spéculateurs les plus avertis n’aient pas eu peur d’un retournement du marché : ils pensaient pouvoir le prévoir, et en profiter (short selling). Et l’amplifier.
  • Des bourses se créent partout. Stratégie ? Être peu curieuses de la solidité des entreprises qui s’inscrivent chez elles.
  • Quand la bourse dégringole, l’effet de levier joue à l’envers.
Pistes de réflexion :
  • Le phénomène à l’œuvre est plus subtil que la simple spéculation, il s’agit de chercher un « effet de levier », qui démultiplie, vertigineusement, les gains. En fait, le financier cherche à trouver un véhicule dont il arrive à déconnecter la valeur de celle des actifs qui le sous-tendent. C’est exactement ce qui s’est passé dans le cas des subprimes.
  • L’investisseur professionnel, le dirigeant de l’investisment fund ou du hedge fund, est mieux informé que le reste de la population. Et il a beaucoup plus de moyens qu’elle. Il peut déclencher des mouvements dont il profite. Il peut même profiter des retournements. Il est possible, cependant, que ce soit une illusion. Il est piégé. Mais il a causé la crise.
  • Cette recherche d’effet de levier est incessante dans l’histoire américaine (d’ailleurs, juste avant le Crash, il y avait eu une spéculation du même type sur l’immobilier en Floride). Le danger rode.
Compléments :
  • Ce mécanisme est la négation de l'idée d’Adam Smith selon laquelle, en cherchant son intérêt égoïste, l’homme fait le bonheur collectif.
  • Je me demande si le changement brutal des prix des matières premières n’obéit pas à un mécanisme du type précédent. J’entendais samedi matin que le prix du caoutchouc a été divisé par 2 en 1 mois, le pétrole est passé de 150 à 60$ en peu de temps. Les fluctuations de l’offre et de la demande peuvent-elles expliquer des mouvements aussi amples et soudains ?
  • Short selling : Porsche ruine les hedge funds .

lundi 3 novembre 2008

Camif, la fin d’un monde enseignant

Un article du Monde.fr du 1er Novembre (Annick Cojean). La journaliste parle avec des employés de la Camif, en liquidation. Son service après vente était exceptionnel (à l’heure actuelle, ça vaut de l’or !), clients (sociétaires) et fournisseurs étonnamment fidèles… Pourquoi en est-on arrivé à la liquidation ?
« les dérives incohérences, errements, d’une hiérarchie aux antipodes de l’esprit Proust (le fondateur) », et saisie de « folie des grandeurs ».
Je ne connais pas l’affaire. Mais deux théories me viennent en tête, à son sujet :
  1. La Camif était une coopérative, gérée par ses sociétaires. Les fondateurs (des instituteurs) semblaient avoir parfaitement assimilé leur nouveau métier. Ils ont dû créer une belle entreprise. Elle gagnait certainement de l’argent sans efforts. Leurs successeurs avaient-ils les mêmes compétences ? Les administrateurs de tels organismes sont des militants les plus actifs, pas des experts techniques. Et ce que cherchent ces militants est rarement l’intérêt collectif, plus souvent la satisfaction d’une ambition personnelle. Les structures sociales attirent, paradoxalement, l’individualisme et l’ambition, parce qu’elles sont la source du pouvoir et de la richesse. (cf. l'exemple des Borgia et de l'Eglise.)
  2. Il y a beaucoup d’autres structures du même type (les coopératives, les mutuelles, le Crédit Agricole), qui n’ont pas subi le même sort que la Camif. Pourquoi ? Il y a une étape importante dans la vie d’un tel organisme : la professionnalisation. Progressivement les sociétaires deviennent administrateurs et laissent à des managers professionnels les fonctions opérationnelles. La transition est difficile : comment choisir ces nouveaux collaborateurs ? Surtout quand on ne connaît plus le métier de l’entreprise. Comment ne pas les gêner dans leur travail, alors qu’on considérait l’entreprise comme sa propriété ?
Sur l’infiltration par l’individualisme des structures de solidarité collectives : Capitalisme et destruction.

Ladurée ne sait pas faire le thé

Rendez-vous chez Ladurée, sur les Champs Elysées. Première, mon interlocuteur reçoit une théière remplie d'un liquide qui ne contient ni sachets ni feuilles de thé. Quant à la mienne, deux sachets y flottent. Le résultat n’est pas bon. Prix très élevé. Est-ce suffisant pour parler de luxe ?
  • Je me demande si nous ne sommes pas victimes du syndrome anglo-saxon : le luxe ce ne sont plus que des paroles et de l’apparence, du marketing, de la publicité. Pas de contenu, pas de qualité.
  • Et les trois étoiles ? Est-ce bon ce que l’on y mange ? Ou compliqué ? Nous n’avons plus de cuisiniers, mais des artistes. Des individus qui croient la société indigne d’eux.
Autrefois, le luxe c’était des artisans, des inconnus, dont le seul bonheur était de bien faire leur travail. Indirectement de servir la société. Ce sont les bâtisseurs de Notre Dame. La déchéance du luxe vient peut-être de là : d’artisans nous sommes devenus artistes.