samedi 8 novembre 2008

Sauvons les swaps

Les Credit Default Swaps sont une des innovations financières qui font trembler la planète. Il y en avait pour un peu plus de 60.000 milliards $ dans la nature en 2007.

The Economist (Giving credit where it is due) s’inquiète de leur avenir : ces produits d’assurance, bien utilisés, sont bons pour l’économie. Il ne faudrait pas s’en débarrasser purement et simplement. D’ailleurs, on commence maintenant à savoir les maîtriser. D’ailleurs, les options, autres coupables de crash (de 87), ne posent plus de difficultés.

On retrouve dans tous ces scénarios de crise (voir aussi celle de 97 et celle de 29), une innovation financière. Le mécanisme suivant semble à l’œuvre :

Le financier est à l’affut de tout ce qui peut le faire décoller du réel. Et quand il l’a trouvé, il en fait profiter ses amis, businessmen, gouvernants et régulateurs. Ils jugent l’innovation fort bénéfique. Pourquoi en limiter l’effet ? Survient la crise. Illumination. L’innovation était dangereuse. Dorénavant on sait la maîtriser.

Cette innovation n’est pas fondamentalement mauvaise, mais elle est utilisée avant d’avoir été testée. C’est un peu comme si les laboratoires pharmaceutiques nous faisaient avaler leurs médicaments sans autorisation de mise sur le marché. Une fois de plus, je pense que les produits financiers (et les innovations scientifiques d’une manière générale) doivent être traités comme un virus : il faut développer des vaccins avant de les lâcher dans la nature.

Sur ces sujets :

Le crépuscule des blogs

Pour The Economist (Oh, grow up) le blog entre dans le rang.

Ses applications premières – chacun confiant ses impressions à Internet – sont condamnées. Remplacées par Facebook ou par le microblogging, et par la concurrence des blogs de journaux, contre les moyens desquels l’isolé ne peut lutter. Le principal marché du blog est l’entreprise. Bonne nouvelle pour Hervé Kabla.

Je continue à trouver mon blog utile : ça me force à formaliser des idées que j’aurais laissé s’évaporer, et ça alimente les conversations entre amis !

vendredi 7 novembre 2008

Nous sommes tous des hypocrites !

Chaque civilisation enfante ce qui lui manque. L’Inde brûlante et brutale a sécrété la non-violence ; l’Occident égoïste et rapace, la religion du Dieu d’amour ; la Chine, passionnée et émotive, la recherche de l’harmonie. (Cyrille Javary, Le Discours de la Tortue, Albin Michel, 2003.)

En travaillant sur le rôle de la culture française dans le changement, pour mon dernier livre, j’en étais arrivé à une conclusion bizarrement similaire : finalement, ce que la société française était le moins était d’être libre, fraternelle et égale. Ses problèmes étaient là. Il existe une étude de James March sur les sciences du management qui montre qu’elles sont tout sauf des sciences. Mark Blaug dit la même chose de l’économie.

Une théorie d'Edgar Schein explique ces paradoxes. La société peut s’observer suivant trois angles :

  1. Ce qu’elle fait. Plus exactement ce qu’elle fait si l’on en extrait les petites perturbations, les aléas. On y voit alors que les membres de la société suivent des rites (métro, boulot, dodo…). Ce sont les artefacts.
  2. Ils s’expliquent par le fait que ces membres obéissent à des règles inconscientes : les hypothèses fondamentales (par exemple, « si problème alors réunion », ou « l’homme digne de ce nom doit conduire à tombeau ouvert »). En quelque sorte ces hypothèses sont une idéologie : ce sont des règles qui ont été absorbées parce qu’elles ont toujours rendu de bons services. Mais on n’a aucune preuve qu’elles sont universelles, « scientifiques ».
  3. Enfin arrivent les valeurs officielles. Ce que la société nous dit être bien. C’est le « politiquement correct ». Ce peut être des hypothèses fondamentales en cours de test. Mais si elles guident nos paroles, elles imprègnent rarement nos comportements. Nous ne savons pas comment les mettre en œuvre. Ce sont le très admiré code d’éthique d’Enron ou la bien pensance des Bobos. Nous n’aimons probablement pas ce que nous sommes et nous créons un idéal à l’opposé exact de nos défauts. Beaucoup de prêcheurs très bruyants sont des pervers. Mais, sur plusieurs générations, il arrive que nos actes suivent nos paroles. Un jour l’économie sera peut-être une science.
Compléments :

jeudi 6 novembre 2008

De l’erreur de laisser les sauvages à l’âge de pierre

Un numéro de Scientific American présentait une photo de sauvages prise par un drone. L'article dit que nous avons décidé de laisser les peuplades qui ne nous ont pas rencontrés dans l'ignorance de notre présence. Erreur grave. Un calcul montre pourquoi :
  • Imaginons que la richesse mondiale soit uniforme (pour simplifier) Rh par homme. Population civilisée : Nc. Les Ns sauvages, étant hors de l’économie, ont une richesse nulle.
  • Supposons qu’en entrant dans notre monde, ils reçoivent la nouvelle richesse moyenne R’h (on s’arrache leurs pagnes). Ils produisent alors NsR’h et vendent, nécessairement, la même chose ; le reste du monde produit donc, pour leurs besoins (R’h – Rh)Nc = R’hNs.
  • D’où R’h = Rh(Nc/(Nc-Ns)) soit à peu près Rh(1+Ns/Nc) (si Ns << Nc)
Avec de tels calculs on peut montrer que l’immigration et la croissance démographique sont bonnes : elles augmentent le marché, la capacité de production et le PIB. Bien sûr ces calculs ne tiennent pas compte de ce que l’économie appelle des « externalités » : les résultats d’une production en croissance permanente (effet de serre), ou d’une démographie galopante, ou encore les difficultés que pose l’entrée d’immigrés dans une société. En bref, de mon métier, le changement.

(Reprise de l’argument de Jean-Baptiste Say qui nous poussait à produire le plus possible. SAY Jean-Baptiste, Cours d’économie politique et autres essais, Flammarion, 1996.)

L’intérêt économique de l’individualisme

La femme au travail a doublé la force productive. Tout ce qu'elle faisait et qui n’était pas comptabilisé est devenue « service ». Il a fallu multiplier les restaurants (McDonald), fournir des crèches et des écoles, des maisons de retraite pour les personnes âgées, inventer des machines à laver, des lessives, des détergents... Bien mieux, jusqu’ici c’était la communauté qui s’occupait de « socialiser » les enfants, d’entraide… La disparition de ce lien d’amitié a créé un marché pour la psychanalyse, et le coaching, pour la médecine et ses tranquillisants, et la gendarmerie... D’ailleurs l’éclatement de la famille est bon pour le transport, pour les télécoms, pour les technologies de l’information… qui recréent artificiellement, et imparfaitement, le lien dissout.

C’est ça le progrès. Nous avons quelque chose à mesurer. Et qui croît. Notre production. Ce qu’elle détruit est muet. Preuve qu’il n’existe pas. Bien sûr, l’innovation matérielle compense en partie ce qu’elle a supprimé : l’enfant peut s’entretenir avec son père, au téléphone. Mais l’économie capitaliste a un biais : une distribution très inégalitaire. Les pauvres y sont vraiment très pauvres : peu de biens et surtout très peu d’amitié.

Capitalisme = mal ? Nous avons un confort que n’avaient pas nos ancêtres. Et, si elle ne liquide pas l’espèce, la science peut être un moyen puissant d’en prolonger la survie. Et si ce qui n'allait pas était notre variante individualiste du capitalisme ? Elle tend à détruire la société. Parce que ça rapporte vite, et à peu d’effort (voir les billets sur le Crash de 29, et sur la concurrence). Comme les conquérants de l’Ouest nous brûlons nos maisons pour en retirer les clous.

Ce blog dit qu’à tout problème, il y a deux solutions, une paresseuse et destructrice, et l’autre intelligente et durable. Une société solidaire ne signifie pas la fin de l’individualisme, seulement la fin de notre variante myope d’individualisme : une société solidaire peut pousser ses membres à la différenciation, à l’originalité, et s’enorgueillir de leur différence sans pour autant les lancer les uns contre les autres.

Compléments :

Crash de 29 : contrôle possible

Une solution au problème posé par Kenneth Galbraith ? Dans des billets antérieurs j’ai parlé d’un Institut Pasteur qui traquerait les innovations financières comme des mutations de virus. Les travaux de John Galbraith indiquent une façon de préciser l’idée.
  • Si le financier cherche systématiquement à se déconnecter des lois de la nature par utilisation d’un effet de levier, il est, relativement, facile de détecter la manœuvre. On sait ce que l’on cherche.
  • Il est alors possible de repérer le décollage d’un indicateur. D’autant plus que certains sont particulièrement concernés. Par exemple, le PER, le rapport entre valeurs d’une entreprise et de ses bénéfices, explose à chaque crise. Pendant la bulle Internet, il avait dépassé le pic de 29. De même le taux d’endettement des ménages américains a atteint récemment un Everest. Une fois repéré un tel indicateur en mouvement, on peut chercher s’il n’y a pas quelque part un levier à l’œuvre.
  • À froid, en période de crise, à un moment où aucun intérêt n’est menacé, un tel mécanisme peut faire l’unanimité.
  • La difficulté, c’est la phase de gonflement de la bulle. Ceux qui en profitent vont alors s’opposer à une perforation. Argument habituel : il s’agit d’une innovation.
    À ce moment, pourquoi ne pas demander au peuple de trancher. De juger avec les éléments dont il dispose s’il s’agit d’une innovation d’un type favorable, ou qui va, comme lors des précédentes crises, le jeter à la rue. Une consultation directe n’est pas nécessaire : il suffit qu’il soit informé. S’il est inquiet, il sait influencer le gouvernement.

Leçon de changement.

  • Le risque de tout changement est qu’il mette à jour un « déchet toxique », quelque chose dont l’entreprise a honte. Ce peut être un détournement de bien social. Plus souvent c’est l’incompétence perçue de tout ou partie de ses membres. La menace de la révélation est fatale au porteur du changement (cas soulevé par Galbraith).
  • Technique pour éviter le danger : proposer à l’organisation une méthodologie d’analyse de ses problèmes, qu’elle va mettre en œuvre, elle-même. Contrôle de gestion, par exemple. L’application de la méthode va montrer les dangers qui menacent l’organisation sans que qui que ce soit soit en danger. Par exemple le contrôle de gestion dit à l’entreprise qu’elle n’en a plus pour très longtemps et pourquoi. Ses dirigeants sont en face de leurs responsabilités : est-il judicieux de continuer leurs dépenses somptuaires ?

Compléments :

mercredi 5 novembre 2008

George Bush en bouc émissaire ?

Quand Ronald Reagan est arrivé au pouvoir, les dirigeants iraniens de l’époque, qui détenaient des otages américains, ont décidé qu’il était un homme sympathique avec qui l’on pouvait discuter. Il est possible que la même chose arrive à Barak Obama : tout ceux qui en veulent aux USA, mais ne peuvent se passer d’eux, lui trouvent déjà beaucoup de qualités.

Mettre tous les malheurs passés sur le dos de George Bush est peut-être un moyen de faciliter le sauvetage des valeurs démocratiques : elles n’étaient pas en cause, c’est lui qui les a trahies. C’était l’axe du mal. C’est une technique de changement que je n’avais jamais envisagée.

Je dis régulièrement que ce qui menace le changement est le « déchet toxique », les fautes que nous avons commises et que nous craignons que le changement révèle. Pour sauver notre honneur nous sommes prêts à tuer. Or, il y a beaucoup de coupables, très haut placés, de la crise actuelle. Pas possible de réformer le pays sans eux. Désigner un bouc émissaire est un moyen peu coûteux de les amnistier.

Une pensée pour Barack Obama

C’est l’habileté qui expliquerait la largeur de sa victoire. Il a su faire ce qu’il fallait pour emporter les états décisifs. L’écart en votes est relativement faible. Décidément, c’est un homme qui a la tête froide.


C’est probablement un grand professionnel, à l’américaine, avant d’être un homme fort intelligent. Dans son domaine c'est un champion. Lui et sa femme sont peut-être ce que produit un ascenseur social qui fonctionne correctement. Des gens remarquables, qui ont absorbé ce que leur pays a de mieux à proposer. Et qui lui sont reconnaissants de ce qu'il leur a apporté. Ils arrivent au bon moment. La tâche donne le vertige.


À tel point que réconcilier noirs, et minorités, avec blancs semble comparativement facile. Pourtant le racisme ambiant a produit, hier encore, des comportements ignobles, des meurtres impunis, des massacres inconcevables. Révoltant.


Vue de loin l’Amérique semble dévastée par deux décennies de folie idéologique. L’individualisme et le court terme ont tout écrasé. Les structures sociales, sans lesquelles rien ne peut être construit, sont à terre (école, système de santé, et même infrastructure de transport), l’industrie n’existe pratiquement plus, le pays et ses habitants ont atteint un niveau d’endettement difficilement imaginable. Il est engagé dans deux guerres et, de près ou de loin, partout où le monde est en péril. Et il y a partout des poudrières. Tout cela dans une crise sans précédent, dont il est l’origine.

Les valeurs démocratiques ont justifié tout ce qui a ravagé le monde ces dernières décennies. Or, elles sont le fait d’une infime minorité de la planète. La démocratie est haïe. Elle est en grand danger.

Ce ne sont pas les bons sentiments qui la sauveront. Elle doit démontrer qu’elle est le meilleur régime qui soit, parce elle est le plus efficace. Parce qu’elle met un terme à la destruction à laquelle son nom est associé : dislocation du tissu social, création de pauvreté, guerres. Non parce qu’elle a la force pour elle, mais l’intelligence.

Compléments :

Crash de 29 : contrôle impossible

Suite des remarques de John Galbraith (Crash de 29 : mécanisme) : les responsables du contrôle sont les plus compromis.
  • En 29, comme lors de la Bulle Internet ou des subprimes, les organismes régulateurs étaient impuissants.
  • Soit ils étaient convaincus d’une saine croissance, soit ils subissaient la pression de puissants en enrichissement accéléré.
Idem en France : qu’il s’agisse des malheurs du Crédit Lyonnais ou de ceux de France Télécom, on a accusé un défaut de contrôle. Leurs dirigeants étaient des inspecteurs des finances et l’Inspection des finances, responsable du contrôle de la gestion des biens de l’Etat, ne contrôle pas les siens. L’homme est soumis à la pression du groupe, au lien social, arme de destruction massive de changement. Comment peut-on s’attendre à ce qu’un organisme contrôle le reste de la société ?

BCE contre-exemple ? N’a-t-elle pas fait preuve d’indépendance ? Son action a-t-elle été judicieuse ? Quoi qu’il en soit, l’indépendance est dangereuse : l’homme seul est victime de biais. C’est justement le rôle de la société de l’éviter. Déprimant.

Compléments :

mardi 4 novembre 2008

Chinois : copieur et fier de l’être

Cyrille J.-D. Javary dans Le Discours de la Tortue (Albin Michel, 2003) dit la chose suivante :
Idéalement, les inventeurs chinois ne font que recopier la nature pour reproduire sa puissance vitale. Les artistes eux-mêmes ne sont pas des créateurs, mais des recréateurs. Ils ne cherchent pas à faire une offre personnelle, mais à agencer des signes connus selon des codes préétablis.
Et auparavant
Qu’importe, en Chine, l’authenticité d’un objet, si la reproduction qu’on en a faite est dotée du même pouvoir d’évocation.
On y apprend aussi que « Un signe chinois fait plus que représenter la réalité, il a la vocation à la rendre présente. » et que la Chine, contrairement a nos traditions, n’a pas de dieux créateurs, et de légende de création. Voilà qui explique les difficultés des Chinois à respecter les brevets occidentaux ? Ce ne sont pas des escrocs, mais la notion d’invention n’est pas dans leur culture. Qui est bien différente de la nôtre :
  • L’Occident est allé jusqu’à croire qu’avant lui la nature ne valait rien, qu’il lui apporte, par son génie, tout ce qu’elle a de beau (Droit naturel et histoire). Toute notre économie est là dedans : le PIB est une évaluation annuelle de la création humaine. C’est aussi pourquoi, probablement, nous prétendons prendre des brevets sur le vivant. Tout ce que nous voyons nous appartient.
  • Le Chinois ancien semblait penser que la nature préexistait à l’homme, et que l’art de ce dernier est de reproduire, de comprendre, aussi bien que possible cette nature.

Crash de 29 : mécanisme

John Galbraith sur le crash de 29 (Toutes les crises se ressemblent).
  • On parlait déjà, à l’époque, d’innovation financière.
  • Une innovation était l’investment trust. Un fonds d’investissement. Un concept importé d’Écosse et d’Angleterre. Succès brutal.
  • Les actions représentaient un tiers des sommes nécessaires aux investissements. Du coup dès que la valeur des actifs détenus par la société augmentait, seules ces actions pouvaient en profiter. Et elles en profitaient massivement. Une augmentation de 50% de la valeur des actifs augmente celle des actions par 2,5. Effet de levier. Et on constituait des trusts de trusts de trusts...
  • Mieux, ces trusts croisaient les participations, ce qui augmentait leur valeur.
  • Des personnes s'étaient spécialisées dans la minibulle spéculative : elles investissaient dans certaines sociétés, donnant ainsi le signal de la spéculation, dont elles profitaient, ayant été les premières à investir.
  • Rapidement la valeur du trust est déconnectée de celle de ses participations (qui ne sont pas connues !). On va jusqu’à spéculer sur les compétences de l’équipe de gestion du fonds, supposée faire des miracles.
  • En outre, il est possible que les spéculateurs les plus avertis n’aient pas eu peur d’un retournement du marché : ils pensaient pouvoir le prévoir, et en profiter (short selling). Et l’amplifier.
  • Des bourses se créent partout. Stratégie ? Être peu curieuses de la solidité des entreprises qui s’inscrivent chez elles.
  • Quand la bourse dégringole, l’effet de levier joue à l’envers.
Pistes de réflexion :
  • Le phénomène à l’œuvre est plus subtil que la simple spéculation, il s’agit de chercher un « effet de levier », qui démultiplie, vertigineusement, les gains. En fait, le financier cherche à trouver un véhicule dont il arrive à déconnecter la valeur de celle des actifs qui le sous-tendent. C’est exactement ce qui s’est passé dans le cas des subprimes.
  • L’investisseur professionnel, le dirigeant de l’investisment fund ou du hedge fund, est mieux informé que le reste de la population. Et il a beaucoup plus de moyens qu’elle. Il peut déclencher des mouvements dont il profite. Il peut même profiter des retournements. Il est possible, cependant, que ce soit une illusion. Il est piégé. Mais il a causé la crise.
  • Cette recherche d’effet de levier est incessante dans l’histoire américaine (d’ailleurs, juste avant le Crash, il y avait eu une spéculation du même type sur l’immobilier en Floride). Le danger rode.
Compléments :
  • Ce mécanisme est la négation de l'idée d’Adam Smith selon laquelle, en cherchant son intérêt égoïste, l’homme fait le bonheur collectif.
  • Je me demande si le changement brutal des prix des matières premières n’obéit pas à un mécanisme du type précédent. J’entendais samedi matin que le prix du caoutchouc a été divisé par 2 en 1 mois, le pétrole est passé de 150 à 60$ en peu de temps. Les fluctuations de l’offre et de la demande peuvent-elles expliquer des mouvements aussi amples et soudains ?
  • Short selling : Porsche ruine les hedge funds .

lundi 3 novembre 2008

Camif, la fin d’un monde enseignant

Un article du Monde.fr du 1er Novembre (Annick Cojean). La journaliste parle avec des employés de la Camif, en liquidation. Son service après vente était exceptionnel (à l’heure actuelle, ça vaut de l’or !), clients (sociétaires) et fournisseurs étonnamment fidèles… Pourquoi en est-on arrivé à la liquidation ?
« les dérives incohérences, errements, d’une hiérarchie aux antipodes de l’esprit Proust (le fondateur) », et saisie de « folie des grandeurs ».
Je ne connais pas l’affaire. Mais deux théories me viennent en tête, à son sujet :
  1. La Camif était une coopérative, gérée par ses sociétaires. Les fondateurs (des instituteurs) semblaient avoir parfaitement assimilé leur nouveau métier. Ils ont dû créer une belle entreprise. Elle gagnait certainement de l’argent sans efforts. Leurs successeurs avaient-ils les mêmes compétences ? Les administrateurs de tels organismes sont des militants les plus actifs, pas des experts techniques. Et ce que cherchent ces militants est rarement l’intérêt collectif, plus souvent la satisfaction d’une ambition personnelle. Les structures sociales attirent, paradoxalement, l’individualisme et l’ambition, parce qu’elles sont la source du pouvoir et de la richesse. (cf. l'exemple des Borgia et de l'Eglise.)
  2. Il y a beaucoup d’autres structures du même type (les coopératives, les mutuelles, le Crédit Agricole), qui n’ont pas subi le même sort que la Camif. Pourquoi ? Il y a une étape importante dans la vie d’un tel organisme : la professionnalisation. Progressivement les sociétaires deviennent administrateurs et laissent à des managers professionnels les fonctions opérationnelles. La transition est difficile : comment choisir ces nouveaux collaborateurs ? Surtout quand on ne connaît plus le métier de l’entreprise. Comment ne pas les gêner dans leur travail, alors qu’on considérait l’entreprise comme sa propriété ?
Sur l’infiltration par l’individualisme des structures de solidarité collectives : Capitalisme et destruction.

Ladurée ne sait pas faire le thé

Rendez-vous chez Ladurée, sur les Champs Elysées. Première, mon interlocuteur reçoit une théière remplie d'un liquide qui ne contient ni sachets ni feuilles de thé. Quant à la mienne, deux sachets y flottent. Le résultat n’est pas bon. Prix très élevé. Est-ce suffisant pour parler de luxe ?
  • Je me demande si nous ne sommes pas victimes du syndrome anglo-saxon : le luxe ce ne sont plus que des paroles et de l’apparence, du marketing, de la publicité. Pas de contenu, pas de qualité.
  • Et les trois étoiles ? Est-ce bon ce que l’on y mange ? Ou compliqué ? Nous n’avons plus de cuisiniers, mais des artistes. Des individus qui croient la société indigne d’eux.
Autrefois, le luxe c’était des artisans, des inconnus, dont le seul bonheur était de bien faire leur travail. Indirectement de servir la société. Ce sont les bâtisseurs de Notre Dame. La déchéance du luxe vient peut-être de là : d’artisans nous sommes devenus artistes.

Moralité et élections américaines

Hier, RFI faisait remarquer que les précédentes élections américaines s’étaient jouées sur des arguments moraux, alors que celles-ci ne parlent que d’économie.

Je l’avais oublié. C’était une autre crise, celle de la Nouvelle économie, dont les scandales avaient suscité ce besoin de moralisation. Bizarrement, les causes en étaient les mêmes qu’aujourd’hui. Simplement, elles n’avaient pas provoqué de catastrophe, parce que le gouvernement d’alors a décidé de reculer pour mieux sauter, de regonfler la bulle pour qu’elle n’éclate pas.

Il s’est révélé depuis que l’on avait donné la caserne de pompiers aux pyromanes (Dr Doom). Mais étaient-ils très différents de leurs adversaires politiques ? Ne fallait-il pas une crise majeure pour que l’élite américaine revienne de ses dangereuses illusions (Grande illusion) ?

Les conseilleurs ne doivent pas être payés

L’AFTAA veut pousser ses adhérents (industrie de l’alimentation animale) à vendre du conseil. Pour moi, le conseil ne se vend pas.
  • Une pratique commune est de fournir le service d’experts, gratuitement, et de se rémunérer par des marges élevées sur des produits qui résultent, éventuellement, de ces conseils. C’est comme cela que fonctionne Foseco, le leader des additifs de fonderie, je l’ai aussi observé dans l’industrie agro alimentaire. C’est aussi ce qui faisait la force d’AIF (maintenant une partie de Dekra), un de mes anciens employeurs.
  • Edgar Schein appelle « donneur d’aide » le consultant. Pour qu’il puisse intervenir, il doit bâtir une relation d’aide (de confiance). En effet, pour qu’il soit utile, on doit lui déballer ce dont on a honte. Autant qu’il ne nous trahisse pas. Surtout, notre problème peut être compliqué à résoudre : pas question qu’il compte ses efforts. Kenneth Arrow disait, dans une étude sur l’économie des soins médicaux :
L’utilisation du mot « profit » est un signal qui met en cause la notion même de confiance.
Alors, comment vit le consultant ? En échange de son aide, gratuite, on lui achète des rapports, des études, des moyens… Ce n’est pas très utile, mais il faut le nourrir.

ARROW, Kenneth J., Théorie de l'information et des organisations, Dunod, 2000.
SCHEIN, Edgar, Process Consultation Revisited: Building the Helping Relationship, Prentice Hall, 1999.

dimanche 2 novembre 2008

Porsche ruine les hedge funds

The Economist (Squeezy money) écrit que les hedge funds croyaient que Porsche, dont les tentatives d’achat avaient fait monter le cours de l’action VW, ne pourrait pas arriver à ses fins. Ils ont donc fait du « short selling », pariant que l’action allait baisser.

La technique consiste (grossièrement) à s’engager à vendre une action au prix actuel, à une date future. Si l’action baisse, on a gagné. Sinon, on est piégé. Porsche ayant réussi à acquérir la quasi-totalité des titres VW, ce qui restait avait un prix quasi infini. Échec et mat.

J’avais retenu de mes études que le nom « hedge funds » signifie « pas de risque » ; que leur travail était « l'arbitrage ». Si, quelque part dans le monde l’Euro vaut 1,30$, et 1,31 ailleurs, il y a un profit à réaliser. Comme les écarts sont faibles, il leur faut de grosses sommes pour réaliser des profits palpables (c’est probablement pour cela que Jérôme Kerviel, un modeste trader, avait autant d’argent à sa disposition - Société Générale et contrôle culturel). Hypothèses :

  • Les intellects développés qui les peuplent ne peuvent se contenter de mécanismes aussi grossiers. Il leur faut donner libre cours à leur génie.
  • L’on ne gagne pas de quoi acheter des Porsche en cherchant l’arbitrage.

Biais journalistique

The Economist (A biased market) cite les travaux de deux chercheurs. Ils étudient le biais de l’opinion des journaux. Ils ont utilisé une méthodologie subtile pour montrer que ces biais reflétaient ceux de leurs lecteurs. Pas de leurs propriétaires. Nécessité économique. J’en déduis :
  • L’indépendance de la presse est une illusion.
  • La radio déclarait ce matin que le tirage de la presse américaine qui vote Obama est de 6 millions, contre 1,5 pour celle qui vote McCain. Ce n’est pas ce que disent les intentions de vote. L’électorat de McCain ne lit-il pas les journaux ?
  • Un espoir pour la presse ? Elle se porterait mieux si elle se rapprochait des idées préconçues de la population ?
Avenir de la presse

L’illusion de la concurrence

Thème récurrent : les merveilles de la concurrence ne sont que dans les livres d’économie.

Toute une profession pense la même chose. Par exemple, il y a quelques temps les opérateurs de télécom ne juraient que par le « triple play », « quadruple play »… Même chose pour la bulle Internet : pas question de douter de la pensée unique. À chaque instant, un consensus se dégageait quant au, nouveau, sens dans lequel allait l’avenir. Et tout le mode s’y précipitait, sans plus réfléchir. En fait, la concurrence joue sur le moyen, l’empilage de fonctionnalités, qui est défini par la pensée unique, pas la fin, le besoin du marché. Intérêt d’une telle stratégie :
  • Elle ne demande aucun génie, elle est mécanique. Pas besoin de réfléchir.
  • Il est difficile d’y perdre, puisque personne ne cherche le KO.
  • Le groupe se comporte comme un monopole, essorant son marché, et bloquant l’entrée de nouvelles idées, en lui imposant sa manière de voir.

Inconvénient : toute la profession est en danger quand son mouvement d’ensemble est pris à contre par une innovation, ou par un imprévu (cf. les subprimes, ou la gratuité de la musique).

Complément :

  • Ce phénomène est peut être une illustration de ce que Robert Cialdini appelle « validation sociale » : le fait que nous suivions l’opinion commune. Plus généralement, il observe que l’homme cherche à économiser son intellect, en adoptant des courts-circuits, des règles pré enregistrées. (CIALDINI, Robert B., Influence: Science and Practice, Allyn and Bacon, 4ème édition, 2000.)
  • CASSIDY, John, Dot.con: How America Lost Its Mind and Money in the Internet Era, Harper Perennial, 2003.
  • Pourquoi parle-t-on de concurrence ?
  • Un espoir pour l’industrie de la musique ?
  • Succès de la Logan