lundi 15 décembre 2008

Nicolas Sarkozy infiltre le Canard enchaîné

C’est ce qu’explique un livre dont parle Pierre Assouline Le Canard enchaîné”, cour et jardin.

J’ai dit que Nicolas Sarkozy allait balayer nos résistances au changement (Du bon usage de Nicolas Sarkozy, Sarkozy : avertissement au résistant français, Sarkozy en leader du changement). Je ne m’attendais pas à avoir autant raison.

BNP escroquée par Madoff

J’ai croisé le chemin de l’audit interne de la BNP : comment une organisation aussi efficace peut-elle être victime d’une escroquerie aussi grossière ?

J’ai lu plusieurs témoignages d’organismes pris au piège des suprimes. Eux aussi n’avaient pas procédé aux contrôles les plus évidents. Plus exactement, leurs contrôles semblent s’être réduits à : 1) il faut le faire parce que tout le monde le fait ; 2) le vendeur est quelqu’un de respecté. Voilà, selon Robert Cialdini, deux « courts-circuits » fréquents dans la décision humaine : « validation sociale » et principe « d’autorité ».

Comme l’homme, la BNP n’aurait-elle pas utilisé sa raison pour décider ? Et les Américains sont des experts de l’art de la manipulation des lois sociales ? L’art de l’influence selon Robert Cialdini.

Mais, n’y a-t-il pas eu inexpérience ? 1) L’escroquerie était grossière ; 2) le peu que je connais des as de la finance me montre qu’ils ont surtout du « flair ». Et un solide bon sens. De paysan. L’expérience des employés de banque se limite-t-elle à leurs diplômes ? Ne faudrait-il pas revenir au modèle du compagnonnage et de l’apprentissage patient ?

Un exemple de technique d'influence : Totalitarisme et management.

Hypocrisie américaine

Matthew Yglesias (Irony Department) a regardé le site web de Bernard Madoff, héros de la dernière escroquerie financière en date. Ce que disait ce site :
In an era of faceless organizations owned by other equally faceless organizations, Bernard L. Madoff Investment Securities LLC harks back to an earlier era in the financial world: The owner’s name is on the door. Clients know that Bernard Madoff has a personal interest in maintaining the unblemished record of value, fair-dealing, and high ethical standards that has always been the firm’s hallmark.
Retour à un favori de ce blog : l’hypocrisie. Et la forme qu’elle prend dans le monde anglo-saxon et allié.

Je continue à penser que l’hypocrisie est naturelle : notre tête a une logique, nos actes une autre. Les mettre en cohérence demande du temps. Mais l’hypocrisie est d’autant plus facile que l’homme est seul face à ses problèmes. Son cerveau a une faible capacité de calcul. S’il avait des amis, il saurait les résoudre. C’est la société qui nous rend intelligents. Et c’est probablement parce que l’Amérique est une société individualiste (qui de plus a une ambition de réussite personnelle inconnue ailleurs) qu’elle se prête à ce type de phénomène.

Nous sommes tous des hypocrites !
Jihad américain et Perfide Albion

Les droits de l’homme sont conformes aux intérêts des USA

Nancy Qian (Propaganda, human rights and the US media, www.voxeu.org, 15 Décembre 2008) a étudié la politique de défense des droits de l’homme des USA.

À la fin de la guerre froide, les USA ont brutalement compris que beaucoup de leurs alliés violaient les droits de l’homme. De sympathique, Mobutu est devenu indésirable.

Plus curieux, une étude du New York Times montre que sa couverture des violations des droits de l’homme suit l’intérêt que leur porte le gouvernement américain. Parce qu’il est moins coûteux de lui demander des informations que d’aller les chercher ? Vue l’importance des droits de l’homme dans la politique de l’Amérique, comment peut fonctionner sa démocratie si son peuple est mal informé ?

Surtout, quel avenir pour les droits de l’homme si le monde soupçonne les USA de les plier à leur intérêt ?

dimanche 14 décembre 2008

Zardoz

Zardoz (film de John Boorman) est l’histoire d’un monde divisé en deux. D’un côté des élus immortels, adolescents impubères qui vivent dans une sorte de paradis, de l’autre des affreux noirâtres qui travaillent pour eux. Sean Connery, un agent de sécurité mutant, grossier, velu, et suintant de désirs primaires, s’introduit dans ce paradis.

N’est-ce pas un thème récurrent dans la littérature anglaise ? Que l’on retrouve dans La machine à remonter le temps de Wells ? Celui d’une société composée d’adorables créatures pâlottes et de brutes taigneuses et sans humour ? L’équivalent des films de zombies américains ?

Image de la société anglaise ? Une élite, d’une part, une classe ouvrière de l’autre. D'ailleurs, pas besoin d’aller chercher loin le paradis de Boorman : on le trouve dans les public schools et à Oxford et Cambridge. L’éducation de l’élite anglaise vise à l’épanouissement de l’individu. C’est ce que dit la directrice de l’Université de Cambridge. L’Anglais supérieur parle délicieusement, avec charme, culture et originalité. J’ai toujours eu l’impression que son éducation n’avait que cet unique but : la parole.

Mais, imaginer qu’une élite puisse être sans compétences, juste épanouie, n’est-ce pas en contradiction avec ce que dit cette même élite : la division des tâches est le principe de la société ? Pas sûr : quand on dirige l’économie, on imagine facilement que l’on a des compétences surnaturelles.

D’accord, mais comment arrive-t-on au sommet sans compétences ? Il me semble que les sociétés se forment en deux temps. D’abord se construisent leurs structures. Puis elles se mettent à fonctionner, et la répartition des positions se fait selon des « rites » (désignation aux postes principaux –cf. l’éducation nationale en France), qui n’ont rien de rationnel (= liés à une compétence personnelle). Il suffit d’être bien placé dans ces rites pour avoir les places d’honneur de la société. C’est probablement comme cela que s’est constituée la France d’Ancien régime. D’abord des guerriers, puis leurs descendants, qui n’en étaient plus que de pâles copies.

Bien sûr l’édifice est instable, puisque non totalement optimisé. Comme le montre le triste sort de la multinationale américaine, organisée selon ce principe. Mais, pour une nation, les changements sont longs. En attendant, il est délicieux de se faire peur.

Compléments :

Fonds de LBO : temps difficiles

Autre victime de la crise : le fonds de LBO.

Ces fonds ont pour métier d’acheter de grosses sociétés, de les rationnaliser, et de les revendre. Ils ont des moyens importants (parfois plus de 6md€ de fonds propres), et surtout utilisent au maximum l’effet de levier financier : ils endettent l’entreprise qu’ils achètent.

Il semblerait qu'ils aient profité des innovations financières des banquiers, qui ont dégagé des masses de liquidités : la part de dettes dans leurs montages serait passée de 2/3 à 9/10 en deux ans. En même temps, les valorisations de leurs acquisitions ont été améliorées artificiellement : probablement pour employer leurs ressources, ils achetaient les participations de leurs confrères (une entreprise pouvait être acquise successivement par 3 fonds). Un nouvel exemple de contamination de l'économie réelle par la créativité financière.

La situation actuelle n’est pas simple. Les valorisations ont coulé, ainsi que les revenus. Comment payer ses dettes ? Pour compliquer les choses, la culture financière de l’investisseur est un handicap lorsqu’il s’agit d’expliquer au management de ses participations qu’ils doivent améliorer leur rentabilité : pourriez-vous nous dire comment faire ?

Compléments :

The Economist vante les bienfaits du monopole

Riding the rollercoaster (The Economist de cette semaine), explique que quelques multinationales ont été prises d’un appétit d’achat furieux ces dernières années, à des prix excessifs. Leur situation pourrait être préoccupante. Parmi ceux-ci on trouve ArcelorMittal et Lafarge.

On a ici probablement une conséquence indirecte de la folie bancaire : l’argent ayant été en abondance ces derniers temps, beaucoup d’entreprises ont été tentées de s’endetter. Les acquisitions devenant une mode, leur prix a crû.

Faut-il s’inquiéter ? Non, les prix de ce qu’achètent ces entreprises baissent, elles ont pas mal de liquidités, et aussi des synergies à exploiter (la raison de l’achat), et des économies prévues (5md$ pour ArcelorMittal).

Conclusion inattendue : parce que ces nouveaux monstres dominent leur industrie, ils vont pouvoir réduire rapidement sa capacité de production, de ce fait évitant une baisse déraisonnable de ses prix. Un effet anti déflationniste.

Bizarre, le modèle économique défendu par The Economist, et par la science économique anglo-saxonne, n’est-il pas celui de la concurrence parfaite ? Pragmatisme ?

Méfiez-vous des consultants

Je me souviens d’avoir choqué un participant à une conférence quand j’ai dit qu’il fallait se méfier des consultants.

Le conseilleur n’est pas un payeur. Il est utile par ses idées, mais il ne doit pas se substituer au dirigeant, qui doit décider en son âme et conscience.

Les deux billets précédents vont dans ce sens. Le très prestigieux cabinet de conseil McKinsey semble avoir une idéologie très particulière : celle d’un marché roi auquel l’homme doit être soumis. Une hypothèse forte qui oriente ses conseils. Quand on a un marteau on voit des clous partout disent les Américains. Par conséquent si vous n’avez pas de clous à enfoncer, McKinsey n’est peut-être pas pour vous.

McKinsey réforme l’entreprise

L’idée de Richard Foster : puisque le marché va plus vite que l’entreprise, installons le marché dans l’entreprise.

L’article de McKinsey dont je parle dans le billet précédent a attiré mon attention, parce que je cite l’ouvrage dont il est question dans un de mes livres :
Deux chercheurs du cabinet McKinsey, le plus prestigieux cabinet de stratégie mondial, expliquent : « les marchés n’ayant pas de culture, de leadership et d’émotion ne subissent pas les explosions de désespoir, de dépression, de refus et d’espoir auxquelles les entreprises doivent faire face (…) les entreprises ont été conçues pour (produire) plutôt que pour évoluer (…) nous pensons que l’entreprise doit être reconçue de haut en bas sur l’hypothèse de la discontinuité (…) l’idée est de donner les commandes au marché partout où c’est possible (…) notre prescription est d’élever le taux de destruction créatrice (de l’entreprise) au niveau de celui du marché sans perdre le contrôle des opérations. »
L’idée était élégante : vous ne savez pas gérer votre entreprise ? Donnez-en les commandes au marché ! C’est ce qu’ont fait les constructeurs automobiles américains et français avec leurs sous-traitants.

Mais elle était paradoxale. La destruction créatrice de Schumpeter n’a pas les effets que lui prête Foster. Selon Schumpeter, elle conduit au communisme, par une voie que n’avait pas vu Marx. Les crises inhérentes au capitalisme forcent les entreprises à devenir de plus en plus grosses pour y résister. Elles tendent donc au monopole, à la bureaucratie. D’ailleurs on peut innover bureaucratiquement, et c’est pour cela que le monopole soumis à la destruction créatrice est efficace, aussi efficace que le modèle de concurrence parfaite qui est l’hypothèse fondamentale de l’économie anglo-saxonne. Mais qui dit monopole dit concentration des outils de production en une seule main. C’est le communisme !

En 2001, quand sort le livre de Richard Foster, la société qui fait l’admiration des consultants et des universitaires est Enron. D’ailleurs Jeffrey Skilling, son patron, est un ancien de McKinsey. (Depuis il a écopé d’un quart de siècle de prison.) La faillite d’Enron a forcé tout ce monde à opérer un repli stratégique. La carrière de quelques-uns, comme Gary Hamel, immense gourou, en a même été victime. En fait, les Américains considèrent ces intellectuels un peu comme nous les collaborateurs, après guerre. Que signifie donc que certains relèvent la tête ?

Compléments :
  • FOSTER, Richard N., KAPLAN, Sarah, Creative destruction, McKinsey Quaterly, 2001, n°3.
  • EICHENWALD, Kurt, Conspiracy of Fools: A True Story, Broadway Books, 2005.
  • Fabricant automobile : mauvaise passe.
  • Quant à Schumpeter, je ne suis pas sûr que ses idées aient été totalement dénuées d’idéologie : on y voit la marque du modèle bureaucratique prussien, qui a tant influencé la pensée d’Europe centrale (Hegel pour les nuls, Angela Merkel au secours de l’orthodoxie libérale). SCHUMPETER, Joseph A., Capitalism, Socialism, and Democracy, Harper Perennial, 3ème edition, 1962.

McKinsey explique la crise

Le journal du cabinet de conseil McKinsey interviewe un de ses gourous à la retraite.

Richard Foster explique les crises comme un renouvellement naturel du capitalisme. Destruction créatrice de Schumpeter. Le marché est plus efficace que les entreprises, du coup, périodiquement celles-ci doivent s’ajuster, d’où crise. De nouvelles sociétés sortent de la terre brulée. En fait, les crises sont une bataille entre l’entrepreneur et le régulateur. L’entrepreneur finit par contourner la loi, la valorisation des entreprises décolle du réel, et crise. Une nouvelle loi vient s’ajouter aux précédentes. De son point de vue toute la beauté du capitalisme est là : vouloir se nourrir aujourd’hui des (éventuels) bénéfices de demain. Vivre à crédit comme idéal.

Je retrouve ici mon analyse de la crise : l’économie (américaine) arrive périodiquement à se dégager des contingences du réel et part dans une crise de folie. Mais est-ce un bien, comme le dit M.Foster ? Le seul indicateur de performance du marché que l’on connaisse est la croissance du PIB. Or celle-ci est constante, depuis que l’on sait la mesurer. « L’innovation » financière du capitalisme n’est pas très efficace !

J’en reste donc à ma conclusion précédente : il n’y a rien de bien dans la crise, juste un phénomène de parasitisme, qui permet d’enrichir certains aux dépens des autres, en leur faisant prendre des vessies pour des lanternes.

Complément :

  • Crash de 29 : mécanisme.
  • Creative destruction and the financial crisis : An interview with Richard Foster, The McKinsey Quarterly, décembre 2008.
  • La croissance du PIB a été mesurée par Robert Solow : STIROH, Kevin J., Is There a New Economy?, Challenge, Vol. 42, No.4, Juillet-Août 1999.

samedi 13 décembre 2008

Le succès économique comme héritage culturel

Louis Putterman et David N. Weil (Post-Columbian population movements and the roots of world inequality - Vox, 13 Décembre 2008), ont cherché à mesurer le lien entre le succès économique d’une nation et ses origines. Ses racines européennes semblent effectivement une explication étonnamment efficace.
The results indicate a degree of persistence of capacity to generate or to capture income that is almost breathtaking. (…)
the influence of population origins suggests that there is something that human families and communities transmit from generation to generation -- perhaps a form of economic culture, a set of attitudes or beliefs, or informally transmitted capabilities -- that is of at least similar importance to economic success as are more widely recognized factors like quantities of physical capital and even human capital in the narrower sense of formal schooling.
Mon interprétation. L’économie est, comme une entreprise, une construction humaine. Plus exactement, c’est un héritage culturel. Rien d’universel là dedans. Par conséquent ceux qui appartiennent à cette culture ont un avantage, de même que le Japonais a un avantage au Japon.

Une conséquence notable : pour améliorer notre sort, nous pouvons soit essayer de pénétrer les règles du jeu (la recommandation des auteurs), soit les changer.

Idéologie et théorie économique

Du bon usage de Nicolas Sarkozy

J’ai été élevé dans l’idée que « les promesses n’engagent que ceux qui les croient », que l’homme politique disait une chose et en faisait une autre. Tout change, et cela aussi.

Barak Obama et Nicolas Sarkozy nous ont promis le changement et ce sont effectivement des champions du changement. Le type de personnes qu’étudient mes livres. Nous avons eu ce que nous voulions.

Cependant avoir à la tête d’un pays un champion du changement n’est pas nécessairement une bénédiction. En effet, il a le pouvoir de faire ce qu’il veut. C'est-à-dire de construire un pays à son image. Bling-bling dans le cas de Nicolas Sarkozy. Une France qui a peu d’intérêt pour la culture, et où le lien social compte peu, et qui croit que la récompense d’une détermination indestructible, vertu ultime, est un luxe ostentatoire.

Comment éviter une telle fin ?

  • En renforçant nos résistances au changement. Quand Nicolas Sarkozy ne peut pas passer en force, il prend en considération l’obstacle. Or, la Résistance au changement est une bonne chose. Elle signifie que l’on a touché à un pilier de l’édifice social. Seulement Nicolas Sarkozy est beaucoup plus fort que nos piliers. Les grèves du service public, les manifestations… ne sont pas efficaces face à un tel homme.
  • En utilisant son énergie. L’idée ici est d’accepter les objectifs qu’il donne, mais de prendre en main leur mise en œuvre, pour faire qu’elle respecte ce qui fait l’intérêt de notre existence. La « communauté délinquante » française doit apprendre le judo.

Compléments :

Nicolas Sarkozy et la méthode navette

La technique de Nicolas Sarkozy, selon mon radio-réveil : rencontrer séparément toutes les parties prenantes d’une négociation, puis les réunir une fois qu’elles sont d’accord.

C’est la « méthode navette », la technique qui illustre mes livres. L’exemple type de ce qui permet de construire un « ordinateur social ». Sa raison d’être est relativement évidente. La caractéristique d’une société est qu’elle ne bascule qu’en bloc. Elle tend à faire corps. Ça pose un gros problème au changement : pour faire changer un groupe, il faut changer tout le monde !
Le problème disparaît lorsque vous isolez les membres du groupe. Ils ne sont plus contraints par le groupe. Ils retrouvent leur libre arbitre. Le travail de négociation individuel, par définition, conduit à un consensus. Il devient la nouvelle pensée unique du groupe. On peut alors le réunir : il pense de nouveau la même chose.

C’est un exemple à la fois de ce qu’est un changement (modifier les règles qui organisent le comportement d’une communauté) et d’une technique élémentaire pour le conduire.

Compléments :
  • Les raisons pour lesquelles les hommes bougent en masse sont nombreuses. Psychologiques (« validation sociale » : CIALDINI, Robert B., Influence: Science and Practice, Allyn and Bacon, 4ème édition, 2000), mais aussi tout bêtement pratiques : les automobilistes doivent tous respecter la même priorité. La société a besoin que tout le monde suive les mêmes règles.
  • Sur les modes de régulation des communautés : Governing the commons.
  • Bien entendu, face à un grand groupe, cette technique ne peut être appliquée telle que.

vendredi 12 décembre 2008

Du bienfait du fonctionnariat

Parmi les techniques anticycliques, il y a le fonctionnariat.

C’est une question d’assurance. L’homme laissé à lui-même, et menacé de licenciement, doit s’auto assurer. Il tend donc à beaucoup économiser. Le fonctionnaire n’économise pas, parce que son avenir est assuré. Assuré par l’ensemble de l’économie. Il dépense donc plus que l’individu isolé, et surtout de manière régulière.

Des mécanismes équivalents, ou proches. Le modèle allemand qui veut que l’ensemble de la masse salariale d’une entreprise se contracte en période de crise, mais qu’il n’y ait pas de licenciements. La flexisécurité danoise, qui ne lie pas l’homme à l’entreprise, les transitions entre emplois étant prises en main par l’état, sans baisse sensible de salaire.

L’Amérique récente proposait une solution innovante : faire croire à une croissance éternelle. Non seulement ne pas économiser, mais encore s’endetter massivement.

Soyons anticycliques.
Défense du modèle allemand.
Contre la participation de Laurence Parisot (sur la felxisécurité).

De Bull et du bon usage du protectionnisme

La fortune de Bill Gates a été le fait du milieu dans lequel il vivait (Le succès est un don que nous fait la société). Le plan calcul français semble avoir eu l’effet inverse : il a imposé aux étudiants et aux entreprises du pays un mauvais matériel. Outre les sommes colossales englouties par Bull, les dommages occasionnés à l’économie nationale ont été incalculables. D’où la question : pourquoi les subventions de l’état sont efficaces dans certains pays, et pas dans d’autres ?

Probablement une différence d’état d’esprit. L’Américain, s’il est entrepreneur, veut se « réaliser », faire quelque chose de grand. Il vise le KO. Il tire parti de tout financement pour atteindre son objectif. L’allemand a probablement une sorte d’idéal d’excellence : construire une belle entreprise pour sa communauté.

Quant au Français, il me semble que son ambition est limitée : selon la mode de l’Ancien régime, il recherche un bénéfice, une terre qu’il exploitera selon son « bon plaisir ». Il se satisfait magnifiquement de la médiocrité. D’une médiocrité dont il est le roi.

Voici ce qui me fait avoir cette idée. Dans Entretien avec Guy Schwartz : Edith Cresson ou l’autopsie d’un naufrage, un article sur les invraisemblables et piteuses aventures d’un premier ministre, on voit qu’un de ses conseillers (Claude Hirel, le P.-D.G. de CDF-Chimie) a l’ambition de devenir patron de Bull, à la place du patron de Bull. Et voilà la motivation de ceux dont dépend le sort de notre économie : se tailler une petite baronnie. Et comment ils y arrivent : par des minables manigances politiques. Pour ceux-là, les subventions sont gaspillées.

Compléments :

jeudi 11 décembre 2008

Le succès est un don que nous fait la société

Revue du livre Outliers de Malcolm Gladwell.

Malcolm Gladwell, un des auteurs américains les plus lus (The Tipping Point), publie un nouveau livre. Il met en cause l’idéal américain du « self made man ». (Ce qui semblerait lui valoir des inimitiés, selon Matthew Yglesias.) Il y montre que le succès est essentiellement un héritage social.
“It is not the brightest who succeed,” Gladwell writes. “Nor is success simply the sum of the decisions and efforts we make on our own behalf. It is, rather, a gift. Outliers are those who have been given opportunities — and who have had the strength and presence of mind to seize them.”
Comme moi, dans un billet précédent (L’entreprise n’appartient pas à l’entrepreneur), il s’est intéressé au cas de Bill Gates. Mêmes conclusions, mais avec des informations que je n’avais pas. Il a demandé à Bill Gates combien d’adolescents avaient une connaissance comparable à la sienne de l’informatique, à son époque. Réponse : pas plus d’une cinquantaine.

ArcelorMittal le cyclique

Interview d’un dirigeant français d’Arcelor Mittal.

Toujours ce matin, sur RFI. Notre homme annonce, certes que la société a fait des bénéfices colossaux, mais qu’elle doit anticiper le repli de son marché. Quand il reprendra son essor, elle embauchera à nouveau.

Exemple parfait du comportement qui produit les récessions. Mais aussi magnifique illustration de ce que la société dit d’elle-même :
Leadership
We are visionary thinkers, creating opportunities every day. This entrepreneurial spirit brought us to the forefront of the steel industry. Now, we are moving beyond what the world expects of steel.
ArcelorMittal : très bonne affaire ?
Soyons anticycliques

Maslow et les droits de l’homme

Ce matin RFI parle des droits de l’homme à Cuba. On y trouve des détenus politiques. Un Cubain interrogé répond qu’au moins les gens ne souffrent pas de faim. Ce qui n’est pas le cas d’un milliard de personnes dans le monde. Et leurs droits ?

Argument qui ne dédouane pas Cuba, mais qui m’a fait réfléchir. Les rebonds de l’histoire sont bizarres. Aujourd’hui notre monde capitaliste est vu comme le berceau des droits de l’homme. Or, c’est en réaction aux excès capitalistes, à la déchéance de ses victimes, qu’a été créé le communisme. Et on oublie que les idées socialistes ont massivement influencé notre société occidentale. Un proto communiste est donc légitimement surpris d’être accusé d’enfreindre les droits de l’homme.

C’est vrai aussi que ne pas crever de faim paraît un droit fondamental. Ce qui me remémore Maslow. Pour lui la construction de l’homme se fait par saturation successive de besoins. Notamment, il faut le nourrir, lui donner de l’amour, et confiance en soi. Ensuite, il s’auto-réalise, il devient ce qu’il doit être. Tout cela est apporté par la société.

Du coup, une société qui fait de l’homme un produit que le « marché du travail » échange est attentatoire à ses droits : elle casse le tissu social qui est nécessaire à sa constitution. Il en est probablement de même d’un licenciement non préparé. L’idéologie anglo-saxonne (ou du moins celle d’une élite dirigeante), qui croit que l’homme est seul, que la notion de « société » est vide de sens, est donc, plus généralement, attentatoire aux droits de l’homme. Bien sûr, l’idéologie totalitaire, qui nie l’individu, n’a pas de leçons à lui donner.

La bonne solution, si elle existe, est probablement entre les deux. Peut-être d’ailleurs qu’elle a à voir avec notre capacité au changement. Le droit de l’homme c’est ne pas être soumis à des changements pour lesquels il n’a pas été fait ? Si changement brutal il y a, ils doivent être assumés par la société ?

MASLOW, Abraham Harold, Motivation and Personality, HarperCollins Publishers, 3ème edition,1987.
Origines de cette reflexion : Bernard Kouchner et les droits de l’homme.

De la pauvreté

Un extrait d’un billet de Carmen Schlosser Alléra (voir blog dans liste de blogs), au sujet de la conférence de Poznan :
L’envoyé spécial de l’Inde et chef de la délégation indienne à Poznan affirme que son pays n’est pas un émetteur important et que comme la Chine ne prendra pas d’engagements de réduction contraignants. Toute réduction d’émission menacerait la croissance et empêcherait de réduire la pauvreté énergétique de son pays, où 500 millions de personnes vivent dans le noir. En Inde, j’ai besoin de donner de la lumière à un demi-milliard de personnes. A l’Ouest, vous voulez conduire votre Mercedes aussi vite que vous le voulez. Nous avons des émissions de survie, les vôtres sont de confort, de style de vie. Elles ne peuvent être mises sur le même pied. J’essaye d’assurer de l’énergie pour des services commerciaux minimum, alors que vous n’êtes pas prêts à abandonner votre riche style de vie ni votre niveau de consommation. Ce même négociateur exprime sa surprise devant la facilité avec laquelle les fonds avaient été trouvés pour contenir la crise financière. Il ajoute que si en cas de crise sérieuse les gouvernements sont capables de trouver les ressources nécessaires de l’ordre de centaines de milliards de dollars, qu’en est-il des changements climatiques ?
En lisant ce texte, je me suis demandé ce que signifiait être pauvre.
Si être pauvre, c’est ne pas avoir l’électricité, le monde a été pauvre depuis toujours. Les rois les premiers. Et certaines parties de ma famille étaient très pauvres il y a encore quelques décennies. Est-ce qu’être pauvre c’est ne pas avoir ce qu’on les autres ? Et est-ce qu’il n’y a que cela dans la pauvreté de l’Inde. Que dire de la pollution (Malheureuse Inde), de son instabilité sociale ? N’est-ce pas une pauvreté en grande partie de fabrication récente ?
Aurait-on confondu progrès avec empilage de biens matériels ? Est-ce que ce progrès crée la pauvreté ?

Jean-Noël Cassan, passe beaucoup de temps au Pakistan. Il y voit des gens pauvres mais dignes. Il pense qu’ils sont heureux. Mes ancêtres étaient pauvres mais dignes, eux aussi. Et leurs descendants ont gardé un souvenir de paradis perdu.

Il est temps de réfléchir à ce que nous appelons progrès. J’ai le sentiment que nous avons le choix entre être esclave de l’économie, comme aujourd’hui, ou la mettre à notre service. Et cette seconde solution ne demande pas de retour à l’âge des cavernes, de communisme, ou de freinage de l’élan entrepreneurial. Juste une orientation correcte. C’est peut-être le sens du changement que nous vivons aujourd’hui.

mercredi 10 décembre 2008

De la culpabilité

J’ai entendu à plusieurs reprises que la Chine disait qu’elle avait le droit de polluer, parce que l’Occident avait commencé à polluer. Qu’elle n’allait pas arrêter sa croissance pour si peu.

Ce n’est pas parce qu’il y a des criminels que nous allons nous comporter en criminels. Et, pour l’Occident, il n’y avait pas préméditation. Quant à la Chine ce sera le cas si elle ne change pas d’attitude. Ce n’est pas parce que les femmes ont longtemps reproché à la société leur position d’infériorité, qu’elles ont reproduit ce qu’elles considéraient être des vices masculins une fois que leur situation a changé.

D’ailleurs pourquoi y aurait-il antinomie entre développement et durabilité ? N’est-ce pas plutôt un problème intéressant à résoudre (« stretch goal ») ? Un problème à la dimension d’une grande nation. Bien plus digne d’elle qu’une victoire aux jeux olympiques. Ne peut-elle pas lui consacrer une fraction de son immense population ?

Mais peut-être que, faute de démocratie, seuls les dirigeants chinois ont le droit de penser ? Et qu'ils sont dépassés par l'ampleur de leur tâche ?

Compléments :

Offre de service

Rencontre avec Pierre Zimmer, ancien journaliste, et écrivain, notamment sur le changement (voir son blog dans la liste de blogs de celui-ci). Homme plein d’optimisme, fier de son mauvais esprit, et trouvant toujours une citation inattendue au bon moment. Une, approximative, qui m’est restée en tête : Tristan Bernard au moment de son arrestation : « avant je vivais dans la crainte », « maintenant, je vais vivre dans l’espoir ». Cette discussion m’a amené à essayer de résumer mes idées :
  • Le mode usuel de mise en œuvre de décision, choisir une stratégie / imposer sa mise en œuvre, suscite résistance et échec. On ne peut pas « imposer » à ceux dont on dépend pour l'application de ses décisions ! Il faut en faire les responsables du changement.
  • Deuxième point : le succès du changement est dans son contrôle. Aujourd’hui, le patron prend une décision et s’attend à ce qu’elle soit mise en œuvre : erreur fatale.
  • Paradoxe : on ne contrôle pas des responsables ! C’est là où se trouve mon savoir faire : l’animation du changement. Elle consiste à « donner de l’aide », car la résistance au changement ne vient pas d’une mauvaise volonté, mais de la peur de ne pas savoir faire (« anxiété d’apprentissage »).
  • Mieux : l’animation encadre le processus de réflexion, de façon à ce qu’il s’inscrive dans un cadre de temps prédéterminé court (jamais plus de 6 semaines). C’est en cela que l’on peut parler de « contrôle » (contrôle de la durée, pas flicage des hommes).

Qu’est-ce qui plaît dans ce discours ?

  • Jusqu’ici le changement sous-entendait des hordes de consultants. D’où méfiance d’une entreprise qui se souvient de précédentes interventions, souvent inutiles. J’explique que le changement se fait quasiment à coût nul, et sans être vu. Pour un patron qui joue sa peau sur un changement, c’est une bonne nouvelle.
  • Autre intérêt. Les conditions de travail actuelles, à tous les niveaux, sont souvent abjectes (A lire absolument). Pourquoi ? Les projets de changement de l’entreprise sont construits sur des modèles théoriques universels, les « meilleures pratiques ». Conséquence 1 : elles éliminent les différences, renforcent la concurrence, la nécessité de changement… cercle vicieux. Conséquence 2 : elles mettent, en force, l’entreprise en conformité avec un modèle prédéterminé. Donc elles en détruisent les actifs, en compromettent la durabilité, et brutalisent la culture et les hommes. Mes techniques font exactement le contraire. Parce qu’elles utilisent le savoir-faire « d’en bas », elles conduisent à la différenciation, à des positionnements forts et solides qui s’appuient sur les compétences uniques de l’entreprise, et à une organisation qui les comprend, et qui est donc « heureuse ».

Qui est sensible à ce discours ? Dirigeants qui ont eu ou ont des problèmes graves (actuellement les banques, entreprises en cours d’achat, entreprises restructurées par un investisseur…).

Exemples de configurations favorables :

  • Les grands fonds d’investissement. Il arrive (particulièrement en ce moment) que leurs participations aillent mal. Mais, ils ne savent comment leur imposer leur point de vue : les dirigeants des dites participations disent que le changement qu’on leur propose est impossible, ou trichent lorsqu’ils le réalisent (ils font des trous dans la coque pour alléger le navire). J’apporte à la participation un savoir faire qui lui permet de transformer les objectifs du fonds en un plan d’action robuste, qu’elle sait mettre en œuvre. Le problème est le même dans le cas maisons mères / filiales. J’ai probablement fait plus de 50% de mes missions dans ces types de configuration. La méthodologie que je propose est très rassurante car apparemment programmatique (« la méthode navette »). Sur ce sujet : Métamorphose du dirigeant français ? Au secours, mon patron est un fonds d’investissement.
  • La mise en œuvre des décisions du gouvernement. Je ne suis pas utile au Président de la République, mais à ceux qui doivent mettre en œuvre ses directives. Je peux les aider à le faire discrètement, conformément à la culture du service public, et en améliorant la qualité du service qu’ils rendent.

Bernard Kouchner et les droits de l’homme

Mon radio réveil déclare que Bernard Kouchner est mal à l’aise avec son secrétariat d’état aux droits de l’homme. À midi, j’entends un des rédacteurs de la déclaration des droits de l’homme dire que la France ne les respecte pas, notamment dans le domaine de l’immigration.

Qu’arriverait-il si des millions d’immigrés se présentaient à nos portes, et que nous les recevions ? La théorie économique répond : que de bonnes choses. À terme, ça augmente mécaniquement la richesse du pays.

Doit-on faire profiter les immigrants des systèmes de protection sociale, à la construction desquels ils n’ont pas participé ? Les immigrés sont rarement des dirigeants, plutôt des travailleurs peu qualifiés, qui parlent mal la langue du pays : s’ils doivent trouver un emploi ce sera probablement, au moins initialement, dans une entreprise existante, et à une place qu'aurait pu occuper un indigène peu favorisé. En outre, la loi de l’offre et de la demande ne va-t-elle pas amener à un abaissement des salaires les plus faibles ? Et, égoïstement, que dirions nous si le métro se trouve saturé, si nous n'arrivons plus à nous loger comme nous le pensions, si nos enfants ne peuvent plus faire les études que nous leur promettions… ?

Je me souviens de paysans basques (français) très ennuyés par l’immigration de touristes anglais : les terres étaient devenues hors de prix. Ces paysans, indirectement, se trouvaient expropriés, ils ne pouvaient plus vivre la vie qui avait semblé leur destin. On les privait de leur identité. N’était-on pas en train d’enfreindre leurs droits les plus fondamentaux ? Les Corses, eux, avaient su se faire respecter, m'a-t-on dit...

La notion de droits de l’homme est difficile à appliquer, parce qu’elle est une invention récente. Par définition, il y a encore quelques siècles, personne ne la respectait. Chez les Vikings, la peine ultime n’était pas la mort, mais l’expulsion du groupe : l’homme n’était qu’un membre du tout. Aujourd’hui encore, il semble que la notion de droits de l’homme soit une abstraction pour le Chinois. Sa culture y est imperméable. Il y a quelques jours RFI diffusait un reportage sur la crise du lait frelaté chinois. Un éleveur interviewé expliquait que mettre des additifs dans le lait était le seul moyen de répondre à une demande en croissance forte. Et le risque pour l’homme ? Sa famille ne consommait jamais de ce lait.

Problème de conduite du changement. Les droits de l’homme sont un idéal. Mais comment les mettre en œuvre ? On n’en sait rien.

Mission d’un secrétariat aux droits de l’homme ? Ma suggestion. Plutôt que de se contenter de dénoncer les manquements à ceux-ci, aider, là où il y a manquement, à les faire respecter, sans produire de déséquilibres regrettables. Le secrétariat d'état doit être un champion de conduite du changement !

BOYER, Régis, Les Vikings, Perrin 2004.
Aperçu chinois : Le discours de la Tortue

mardi 9 décembre 2008

Le retour du Colbertisme ?

L’idéologie de l’élite économique mondiale semble avoir connu une transformation aussi brutale que radicale.

Les élites américaines ont cru à un système de libre échange dont elles tireraient les ficelles. Elles ont détruit l’industrie de leur pays. Erreur ? 1) Comme le pensait Adam Smith, le libre échange ne peut pas survivre au mercantilisme (de la Chine, dans notre cas) 2) pour pouvoir échanger, il faut avoir quelque chose à vendre, une industrie pour le produire 3) l’élite se pensait au dessus des nations, elle avait tort.

Les politiques occidentales semblent maintenant repartir vers un protectionnisme déterminé. Les pays en développement pourraient découvrir qu’ils ont à réinventer leurs stratégies s’ils ne veulent pas vivre des moments difficiles.

Sur le mercantilisme moderne : Global imbalances threaten the survival of liberal trade.
Sur les élites américaines : Grande illusion.
Soyons anticycliques

Le coaching et moi

Comment se place mon type de conseil ?

Une typologie :
  1. Le conseil en organisation : définit une cible théorique pour une organisation (exemple : réduisez vos effectifs par 2). Business Process Reengineering. C’est théorique et ça ne tient pas compte de la réalité humaine du problème. Cela ne se pratique que sur les relativement grandes structures.
  2. La mise en œuvre de ce qui précède. Mon type de conseil.
  3. Le coaching de groupe.
  4. Le coaching individuel.
Mes contacts avec les coachs montrent de grosses intersections entre techniques. Différences : les miennes sont développées dans le sens des sciences du management (que l’on peut, grossièrement, faire remonter à Taylor) ; les techniques de coaching sont à forte concentration de psychologie. Je n’y entre que dans la stricte limite du nécessaire, ce qu’Edgar Schein appelle l’établissement d’une relation d'aide.

Mon type d’intervention ne demande pas de transformer les personnalités, mais de les placer sur leurs forces. De modifier l’organisation, pour que chacun y soit au mieux.

De manière inattendue, si je suis confronté à un problème individuel, je lui cherche une solution organisationnelle. Notamment en augmentant la taille du groupe, de façon à ce que les faiblesses de la personne n’aient plus à s’exprimer, qu’elles soient compensées par les forces d’un nouvel arrivant. Je soigne l’individu par la société.

Par conséquent, je ne suis pas compétent pour m’occuper des petites organisations, des groupes de personnes, ou des individus.

Compléments :
  • Coach : bon ou mauvais ?
  • Un texte sur le coaching de groupe avec lequel j’ai beaucoup en commun : MALAREWICZ, Jacques Antoine, Systémique et entreprise, Village Mondial, 2005.
  • SCHEIN, Edgar, Process Consultation Revisited: Building the Helping Relationship, Prentice Hall, 1999.

Dell : vie et mort (2)

Une société avec laquelle je travaille commande des ordinateurs à Dell.

Surprenant : on est en crise, et les délais de livraison de Dell sont invraisemblables. La société a perdu un client.
Doit-on y voir l’accélération du déclin, la malédiction de l’entreprise américaine aux mains de la bureaucratie ? (Dell, vie et mort)

lundi 8 décembre 2008

Coach : bon ou mauvais ?

La profession de coach a connu une extraordinaire fortune. Il se trouve, par ailleurs, que mes travaux sur le changement m’en ont fait rencontrer beaucoup. Une tentative de typologie.
  1. Le bon coach me semble apporter ce que la société ne nous donne plus (A lire absolument) : l’amitié. La vie devient insupportable si nous ne pouvons pas parler de nos malheurs (qui n’en sont souvent pas). J’ai l’impression que le bon coach sait surtout écouter.
  2. Un dirigeant de cabinet de conseil qui s’était associé avec un coach s’est rendu compte que ce dernier avait transformé sa société en secte. J’ai été étonné du nombre d’anciens cadres supérieurs, ou dirigeants qui sont devenus coaches. Beaucoup d’entre eux pensent que la vie a été injuste avec eux. Mais ils gardent la conviction qu’ils savent la vérité, pour eux coaching signifie imposer leurs vues à leurs clients. Pour cela, ils possèdent des outils de manipulation extrêmement efficaces : les techniques de coaching.

Sur les besoins de l'homme : MASLOW, Abraham Harold, Motivation and Personality, HarperCollins Publishers, 3ème edition,1987.

Soyons anticycliques

Ces temps-ci tout ce qui est anticyclique est à la mode. Par exemple, les spécialistes de rachat de dette ont le vent en poupe. De même que les mesures qui favorisent les provisions des banques en cas de vaches grasses.
  • Pourquoi n’y avait on pas pensé plus tôt ? La théorie économique la plus orthodoxe dit que le profit est la rémunération de l’incertitude (KNIGHT, Franck H., Risk uncertainty and profit, Dover, 2006). L’entreprise s’auto-assure. Une variante (Crise : que faire ? rendre l’entreprise flexible) explique que le risque que court l’entreprise est de ne pas avoir les moyens de faire ce qu’elle veut, donc de manquer de cash. Pourquoi les économistes, alors, nous ont-ils poussés à vider les entreprises de ce qu’elles gagnaient ?
  • Quelque chose en commun avec subprimes et swaps ? La folie de ces dernières années a été d’éliminer toutes les garanties contre le risque. De ce fait, des masses fantastiques d’argent ont été libérées.
Science économique : opium d'un peuple influençable à l'extrême ?

Crise : la culpabilité des geeks, Il n’y a pas que les subprimes, Perfide Albion.

dimanche 7 décembre 2008

À mort la culture générale (suite)

Lucien Jerphagnon sur la philosophie :
(…) la philosophie ne se périme pas plus qu’elle ne se stocke.
(…) Aujourd’hui encore, alors que les problèmes se posent si différemment d’autrefois, du haut d’un savoir devenu énorme et impossible à dominer – et toujours aussi tragiquement insuffisant à notre bonheur -, il se peut qu’au détour d’un vieux livre, un instant de connivence vienne réjouir notre esprit. Le temps d’une lecture, un aspect des choses ou de nous même se dévoile à nos yeux, et nous découvrons que nous n’y avions seulement jamais songé. Il y eut donc des moments, dans l’histoire des hommes, où l’on pouvait être héraclitéen, parménidien, platonicien, aristotélicien, thomiste ou ce que vous voudrez – et s’en trouver comblé. Et la nostalgie que peut-être vous éprouverez de ne plus être contemporain de cette paix de l’esprit est savante. Elle vous assure déjà que vous êtes entré, au moins pour un moment, dans les raisons du philosophe qui apportait cette paix. Que vous avez conspiré avec une intuition dont vous n’avez plus envie de contester le bien fondé : « en philosophie, disait Ferdinand Alquié, on ne réfute guère que ce qu’on n’a pas compris. » Et puis vous découvrirez aussi que ce moment là de votre temps est contemporain de votre propre temps.
(…) il n’y a de pensée définitive que pour ceux qui ne pensent pas.
JERPHAGNON, Lucien, Histoire de la pensée, tome 1, Tallandier, 1989.

Individualisme et rationalité

Un aspect du progrès que n’avaient pas vu les Lumières ?

En m’approchant de la pensée de Kant (Kant pour les nuls), j’ai compris que ce qu’il entend par progrès, probablement en accord avec les Lumières, c’est la prise du pouvoir par la raison. L’homme se dégage des coutumes, il pense par lui-même. La raison prenant le contrôle du monde va progressivement le transformer. Progrès.

Certes, mais nous sommes encore sacrément pilotés par des us et coutumes pas du tout digérés. Raison encore endormie ? Le réveil de la raison, c’est l’individu qui pense pour son propre compte. Et il voit d’abord son intérêt. Le plus efficace pour le servir ? Exploiter les règles que les autres suivent : ils travaillent pour vous. L’individualiste est donc une sorte de Tartuffe. C’est le champion de la règle, de la coutume, des usages, des valeurs de la famille. On peut l’imaginer patron d’une ONG, ou membre du service public. Il n’est plus religieux depuis que l’Église n’a plus d’influence.

En termes de changement, il ressemble au Français (Messieurs les Français, changez les premiers) : il est immobile, mais il veut que nous nous transformions. Il n’a jamais tort. Il nous met systématiquement en faute. Ne pas penser comme lui c’est être fou, dans la tradition soviétique. Suivre son raisonnement c’est devenir fou.

Complément :
  • La réforme expliquée par le rejet d’une Église mise au service de l’intérêt particulier : TAWNEY, R. H., Religion and the Rise of Capitalism, Transaction Publishers, 1998.

Relance par l’investissement

La plupart des gouvernements ont choisi de relancer leur économie en favorisant l’investissement. Quelques arguments pour :
  • Des pays, en particulier la Chine, semblent avoir adopté une stratégie qu’Adam Smith aurait appelée « mercantiliste ». Ils tirent avantage de l’échange non seulement pour entasser des richesses, mais aussi pour favoriser le développement de leurs propres industries au détriment de celles des autres. De ce fait, ils épuisent leurs partenaires et menacent l’équilibre de la planète (Global imbalances threaten the survival of liberal trade).
  • Il semble donc naturel que les cigales d’hier reconstruisent leurs capacités de production, et diminuent leur dépendance vis-à-vis des échanges internationaux. D’ailleurs, une relance par la demande, outre ses effets probablement rapidement bénéfiques, ferait le jeu des fourmis mercantilistes et empirerait les déséquilibres.
  • Dans la logique de l’échange, l’investissement le plus efficace est celui qui développe ce que ne possède pas le reste du monde : les industries en bouton, qui sont à la fois prometteuses et originales. Il faut aussi des entrepreneurs qui soient prêts à saisir l’aide pour développer un empire, et qui n’utilisent pas la subvention comme rémunération du statu quo (ce qui est fréquent chez le Français, très marqué par le fonctionnariat).
  • Les entreprises tendent à adopter un comportement moutonnier, une entente tacite, qui leur évite la concurrence. De ce fait, un pan entier de l’économie finit par se retrouver dans une impasse (cf. l’automobile américaine, et peut-être française). L’action de l’État peut aider à le remettre en piste.

Le plan de Barak Obama. La relance de l’économie, et la création d’une industrie du clean tech américaine, au service d'objectifs sociaux. Transports, amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments publics (d’où économies) et des soins médicaux par le développement de nouvelles technologies (nouvelles économies). C’est malin. Plus malin : il évite l’erreur qui tue le changement. Il met en place un système de contrôle du changement. Il annonce qu’il va investir massivement, mais qu’il attend de cet investissement des résultats concrets, quantifiés. Il va s’assurer qu’ils sont obtenus.

Compléments :

samedi 6 décembre 2008

À mort la culture générale

Pierre Assouline fulmine :
Ça a mis le temps mais c’est là et ça éclate même en lettres de néon dans Le Figaro de ce matin par la voix d’André Santini, secrétaire d’État à la Fonction publique : la culture générale va être chassée des concours administratifs.
La culture générale ne sert à rien et elle est un facteur de discrimination à l’égard des classes défavorisées qui n’y ont pas accès. En outre, l’élève Nicolas Sarkozy aurait été victime de la Princesse de Clèves, et voudrait achever le travail de la révolution. On comprend mieux son amour du désert culturel américain. Au moins, là, c’est du simple. Du Rambo.

Le gouvernement poursuit l’œuvre réformatrice des soixanthuitards : je n’aime pas, donc ce n’est pas bien. Intentions pleines de bons sentiments. Curieux tournant de l’histoire humaine. Les sociologues disent qu’un des piliers de l’édifice social est la « validation sociale » : nous tendons à être des moutons de panurge. Apparemment pas nos gouvernants. Comme le Neocon américain, ils ont la certitude de détenir la vérité. Au diable les ringards qui les ont précédés ! Grande innovation sociale : l’individualisme.

Oui, mais Corneille, Madame de Lafayette, Platon et Socrate, c’est quand même sacrément dépassé ! Le moyen pour quelques sadiques frustrés de faire souffrir l’enfance.

Pour comprendre Madame de Lafayette, le duc de Saint Simon, ou Platon, il faut se mettre dans leurs baskets. Décodage, reconstruction de leur époque, de leurs repères intellectuels. Ce travail d’exégèse est le fondement de toute religion : les textes religieux doivent être traduits pour chaque génération. Alors, ils nous parlent de notre vie. Et ils nous disent des choses formidablement intéressantes.

La culture a un rôle : nous préparer à exister. Erin Brokowitch, c’est l’individu solitaire qui fait triompher les valeurs sociales (le bien) de l’égoïsme individualiste (le mal – ici représenté par une multinationale). Le Cid, c’est le conflit entre l’aspiration individuelle et l’obligation sociale, et sa résolution. Tartuffe, les médecins de Molière, c’est l’hypocrisie et ses tactiques perverses (mais brillantes !), ce sont les Bobos, les consultants, les scientifiques du management. La vie est un éternel recommencement. La culture est là non seulement pour nous donner les solutions que nos ancêtres ont trouvées à nos problèmes, mais aussi pour nous entraîner à les appliquer. Regarder un film, c’est vivre la vie de ses personnages, et apprendre de leur expérience. Les feuilletons américains suintent de bons sentiments.

Notre gouvernement n’élimine pas la culture. Il la remplace. Il brûle les livres pour couper les ponts avec une culture qu'il juge dangereuse.

Compléments :

Hygiène du manager en temps de crise

François Hauser peste contre ses clients. La crise les a plongés dans un mouvement brownien. Ils ne font rien, mais sont débordés. Désolé, pas le temps de réfléchir !

J’ai observé ce phénomène dans les grands moments d’incertitude (lorsqu’une entreprise est en passe d’être achetée, ou après son achat, alors qu’elle ne sait pas ce qu’elle doit faire...) : ambiance irrespirable. Les psychologues disent que l’homme ne peut supporter l’incertitude. Qu’il tente de la faire cesser par tous les moyens. Décisions désastreuses en général. Durkheim parle d’anomie (absence de règles), et en fait un facteur favorable au suicide.

Finalement, s’agiter sans but n’est pas si idiot : c’est mieux que de se jeter d’une fenêtre. Mais pas beaucoup mieux : si un imprévu survient, nous sommes impréparés. D’autres solutions :

  • François Hauser nous indique ce à quoi nous accrocher dans la tempête : nous avons tous des responsabilités, et elles ne disparaissent pas dans une crise.
  • À ce point, on hésite entre des scénarios bien définis, mais antinomiques. L'anomie n'est pas une totale absence de règles, mais une sorte d'embranchement. Pour résoudre la question : examiner chaque scénario comme s’il était arrivé, trouver la stratégie à suivre. Puis reprendre toutes les stratégies et dégager ce qu’elles ont en commun : la stratégie qui vous permet de réduire massivement vos risques, sans réduire significativement vos espoirs du bénéfice que vous réserve l’avenir le plus favorable (le fameux 20 / 80). (C'est la méthode des scénarios.)
  • En période d’incertitude, il faut travailler moins, pour en avoir sous la pédale au cas où. Être prêt à agir. Et pour éviter le stress du vide, « diversification émotionnelle » : trouver des dérivatifs, un univers que l’on maîtrise parfaitement (par exemple écrire la chronique de la crise !).

Compléments :

  • Pour des exemples de l’attitude déplorable de l’homme face à l’incertitude : CIALDINI, Robert B., Influence: Science and Practice, Allyn and Bacon, 4ème édition, 2000.
  • DURKHEIM, Emile, Le suicide : Etude de sociologie, PUF, 2007.
  • Transformer l’incertitude en certitude : Se diriger dans l’incertain.
  • Sur la diversification émotionnelle : JICK, Todd, The Recipient of Change, note, Harvard Business School, 1990.
  • Le Yi Jing, ou l'art de l'embranchement : Le discours de la Tortue.
  • L'analyse de Robert Merton sur la problématique du choix : Braquage à l'anglaise.

vendredi 5 décembre 2008

L’Europe est-elle une communauté ?

Un précédent billet m’a fait me demander : « et si l’Europe était une communauté ? » C’est-à-dire, et si elle n’était pas un magma informe, mais un tout relié par des valeurs communes, ayant une « culture », au sens ethnologique du terme ? Et si cela en faisait quelque chose d’efficace et d’intéressant ?

Analyse culturelle
Une technique (cf. Edgar Schein) pour tenter d’apporter une réponse à cette question : interviewer les fondateurs de la présumée culture, et voir si ce qu’ils disaient ne se retrouverait pas dans nos idées préconçues. Ces idées préconçues sont des morceaux de notre culture. (Cette technique donne des résultats remarquables dans l’entreprise : enquerrez vous des obsessions du fondateur, vous trouverez ce qu’on y croit évident sans être capable de dire pourquoi. )

Par ailleurs, une culture se forme lors de crises d’adaptation (cf. Kurt Lewin), elle se « décongèle » et absorbe de nouvelles règles, nécessaires au règlement de la question du moment.

J’ai donc cherché un livre parlant de l’histoire de l’Europe et de ses pères fondateurs : OLIVI Bino, GIACONE Alessandro, L’Europe difficile, Folio, 2007.

Crépuscule du nationalisme
Ce que dit ce livre, mais peut-être sans le souligner suffisamment, est que l’Europe est une réaction contre le nationalisme. La notion de nationalité remonte au 19ème siècle. C’est alors qu’on a dit au Français qu’il descendait du Gaulois et que les Écossais ont reçu leurs kilts (on ne savait pas les fabriquer avant). Le concept de nation avait besoin d’un mythe fondateur qui prouve son éternité.

La nation a suscité un élan guerrier sans précédent. Les élites de chaque pays, ses esprits les plus élevés, n’ont alors rêvé que d’étriper leur prochain, pour la plus grande gloire de leur génie national.

Les fondateurs de l’Europe ont donc voulu écarter le danger en fusionnant les nations dans un tout. C’est le fédéralisme. Il ne s’agit pas de construire une nation aux dimensions de l’Europe, mais plutôt de nouveaux USA. Des états puissants et indépendants, qui ont en commun les valeurs qui leur sont essentielles.

L’histoire de l’Europe, c’est peut-être bien l’établissement progressif de ce fédéralisme.

Mais le fédéralisme affronte le confédéralisme, la survivance du sentiment nationaliste. La France, l’Allemagne et l’Angleterre, en sont affectées en fonction inverse de l’étendue de leurs défaites militaires. Velléitaire et un peu ridicule dans le cas de la France, il est puissant et agissant en ce qui concerne l’Angleterre (cf. Margaret Thatcher). L’Allemagne est entre les deux.

L’Europe, attracteur étrange
L’Europe se construit dans les crises. En dehors, chaque nation n’en voit que les défauts, et pense pouvoir tirer seule son épingle du jeu. Ce qui se termine mal. Elle redécouvre les vertus de l’Europe. La période actuelle en est une démonstration.

La France croyait rejouer l'après guerre de 14 et infliger des compensations dévastatrices à l’Allemagne, voire la dépecer. La guerre froide impose une Allemagne forte. Seul moyen de contrôler la superpuissance industrielle allemande : la rendre prisonnière de l’Europe. Pour l’Allemagne, c’est alors le seul moyen de récupérer son industrie. Suez ? La fin des puissances impérialistes : pas d’autre solution que l’Europe pour se faire entendre. L’Angleterre rejoint L’Europe. 1968 : « jamais la France ne perdit aussi rapidement autant de prestige dans une cadre international où elle avait joui d’une liberté de manœuvre totale », fin de l’espoir d’une Europe dominée par la France. La prospérité Allemande la détourne de l’Europe ? 77-78. Attaque du Mark, perte de compétitivité de l’Allemagne, intérêt pour l’Europe. Effondrement du bloc soviétique, anarchie à l'Est : l’Allemagne, inquiète, se rapproche un peu plus de l’Europe. Réunification de l'Allemagne : on craint une résurgence nationaliste. L'Allemagne s'immerge plus que jamais dans la construction européenne.

Alors, le coup de génie des fondateurs de l’Europe, a-t-il été, simplement, de créer son concept ? Au gré des aléas, les nations européennes sont contraintes de s’y réfugier. À chaque épisode, elles perdent un peu plus de leur souveraineté.

Chaque pays a sa crash stratégie
Périodiquement la nature de chaque nation se réveille.
  • Celle de la France est un peu ridicule et gesticulatoire. C’est l’illusion de pouvoir influencer le monde, sans faire l’effort de s’en donner les moyens (notamment économiques). Et l’étrangeté de la Politique Agricole Commune, à laquelle la France a fait plier l’Europe. La PAC, contrairement à ce qu’en ont dit ses détracteurs semble avoir eu d’énormes bénéfices « même à prix d’or, la PAC s’était donc révélée un puissant facteur d’intégration ». Mais, l’Europe n’étant que concessions, sa position de champion de la PAC n’a-t-elle pas coûté très cher à la France ?
  • Le rêve anglais ? « Le rêve d’une grande organisation de pays, unis par le même système monétaire et appelés à perpétuer sur un mode nouveau l’Empire britannique ». Et la Livre, symbole de cette puissance.
  • Quand à l’Allemagne, c’est un peu Deutschland über Alles. Une puissance industrielle consciente de sa supériorité, et qui se débarrasserait volontiers des minables et inefficaces matamores qui l’entourent et qu’elle nourrit.
Monnet contre Manent
Pierre Manent a écrit une inquiétante étude de l’Europe. L’Europe est une créature monstrueuse, un corps sans âme. La bureaucratie et le libre échange, sans projet politique. 1984 d’Orwell rencontre l’Angleterre de Dickens. Or, l’échec de la Communauté Européenne de Défense (1950), a montré que tout projet trop ouvertement politique est condamné.
Situation désespérée ? Les fondateurs de l’Europe ont choisi un chemin de moindre résistance : « l’intégration économique engendrerait inéluctablement l’union politique ». La stratégie de Jean Monnet : mise en commun des ressources + institutions.
Cette technique est le « fonctionnalisme », c’est un fédéralisme qui ne dit pas son nom. On choisit un problème limité, généralement économique (par exemple la politique agricole), et on construit des lois qui permettent une collaboration européenne (la PAC). « la méthode Monnet conserve encore aujourd’hui une grande partie de sa validité et de son efficacité. » à chaque nouvel épisode fonctionnaliste, c’est un peu de la souveraineté des nations qui fuit. Sans qu’elles s’en rendent compte.
Bizarrement, c’est ainsi que l’on crée une culture commune (ordinateur social), notamment dans une entreprise : problème par problème. Mao ne connaissait pas le fonctionnalisme. Il a voulu transformer la culture chinoise brutalement, d'un bloc.
Mais au fait, l’Europe n’a-t-elle pas de projet politique ? Et la paix en rapprochant les peuples ? Tout le reste n’est-il pas une question de mise au point ?

La Charte des droits fondamentaux
L’Europe a une Charte des droits fondamentaux. L’Europe partagerait-elle des valeurs communes ? Pour un pays ou une entreprise, une telle charte est l’expression de ses « valeurs officielles », ce qui lui paraît important, mais qu’elle ne sait pas forcément mettre en œuvre. Qu’en est-il ici ?
Dignité, liberté, égalité, solidarité, citoyenneté, justice. Pourquoi pas. Mais c’est compliqué. Difficile de s’en rappeler. On est habitué à plus court « liberté, égalité, fraternité », « Dieu et mon droit »… Une invention de bureaucrates en panne d’inspiration ? Observations (sans avoir lu la dite Charte) :
  1. Liberté, égalité. Semble venir de chez nous. C’est la base de la démocratie, telle que nous la voyons.
  2. Citoyenneté : tous citoyens de l’Union, des sortes de Schtroumpfs, la nationalité est secondaire. C’est le concept même d’Europe : dissoudre les nationalismes.
  3. Dignité, solidarité. Ce sont des valeurs sociales, un rejet d’un certain modèle anglo-saxon individualiste, où chacun est seul face à son destin, et Dieu va au secours de la victoire. L’Europe est une communauté. Influence allemande ?
  4. Justice. Peut-être la valeur anglo-saxonne fondamentale (cf. jury populaire), l’expression même de la démocratie, des « droits » de l’homme, de sa liberté imprescriptible. Refus de l'arbitraire latin, qui a donné au monde l'Inquisition.
Impressionnant. C’est le résultat de ce à quoi quelques grands peuples ont cru plus qu’à tout. Ce pour quoi ils ont été prêts à mourir. Surtout, ces valeurs semblent s’équilibrer, empêcher les excès qui ont été commis en leurs noms individuels.
C’est comme cela que se construisent les groupes : ils transcendent les valeurs de leurs composants. L’Europe prend une autre tournure : c’est une surprenante réussite.

Les mécanismes d’intégration
Toute communauté filtre les candidats à l’entrée, puis les acclimate. Qu’en est-il de l’Europe ? Un peu auberge espagnole, non ? 27 pays, c’est beaucoup. D’ailleurs les pays de l’Est n’y sont-ils pas venus par opportunisme ? Adhèrent-ils à ses valeurs fondatrices ? Et l’Angleterre ?
Pas si vite. Il faut déjà mettre en conformité le droit national de l'impétrant avec 80.000 pages de textes communautaires. Puis, le rouleau compresseur se met en marche : le nouveau entre dans les très compliqués processus de coordination internes, inspirés par de très longues négociations entre cultures vieilles et sophistiquées. Il ne peut qu’en être transformé.

Bureaucratie et marchés
Alors monde bureaucratique ? Marchés laissés à eux-mêmes ?
La complexité des mécanismes de coordination de l’union (qui portent sur bien plus que l’économie : diplomatie, social, défense, recherche…) montre que la « liberté » des marchés n’est qu’une illusion. Pour autant, on ne peut y voir la seule main d’une bureaucratie rationaliste : cette complexité est culturelle.
L’Europe construit donc sa propre culture, un ensemble de règles essentiellement informelles, loin des abstractions qui ont causé, alternativement, les malheurs de la planète.
Et cela fonctionne plutôt bien dans les moments difficiles : « si le danger du protectionnisme et des guerres commerciales furent évitées au cours des années 1974-1975, c’est en grande partie parce que la communauté parvint à se protéger des fractures internes dans le domaine de la libre circulation ».

Le rejet de la constitution européenne
Arrivent les mésaventures de la constitution européenne.
On n’a pas trop réfléchi à ce que signifiait cette constitution. Les hauts fonctionnaires qui nous gouvernent ont oublié de nous dire l’essentiel. L’Europe acquiert une personnalité juridique, une identité, la capacité de négocier d’homme à homme avec une nation. C’est une révolution.
Et cette constitution lui donnait les moyens d’agir comme une nation.
Raison de l’échec ? Sa troisième partie. Elle reprenait les règles de fonctionnement de l’Union et avait tenté de les simplifier. Mais le résultat était d’une complexité inquiétante. Avoir mis ces mécanismes de mise en œuvre dans une constitution, maladresse stupide ? Pourquoi n’en être pas resté à de grands principes ?

Qu’en conclure ?
L’Europe est arrivée à un tournant de son histoire. Elle est beaucoup plus solide, efficace, et digne d’intérêt qu’on ne le croit d’ordinaire. Réussite remarquable. D’un assemblage disparate, elle semble avoir pris une sorte de personnalité, qui a le potentiel de transcender ce que ses composants avaient de mieux à proposer.
Ses dirigeants veulent la rendre plus facile à gouverner, en nous imposant un changement qui leur aurait simplifié la vie. Un changement de technocrates. Mais l’Europe a absorbé beaucoup trop de la souveraineté des démocraties qui la constituent pour qu’elle demeure une technocratie.
L’Europe doit devenir une démocratie. Si ses mécanismes doivent être simplifiés, c’est pour qu’elle soit compréhensible par tous, et pour que ses peuples puissent faire entendre leur voix. Prochaine étape de l’histoire européenne ? Probablement que l’Europe entre dans nos écoles et dans nos vies.

Compléments :
  • LEWIN, Kurt, Resolving Social Conflicts And Field Theory in Social Science, American Psychological Association, 1997.
  • Edgar Schein et analyse culturelle : Nous sommes tous des hypocrites !
  • THIESSE Anne-Marie, La création des identités nationales, Seuil, 2001.
  • MANENT, Pierre, Cours familier de philosophie politique, Gallimard, 2004.
  • Faut-il aimer Mao ?

L’entreprise n’appartient pas à l’entrepreneur

Souvenir d’une discussion avec William Johnston, entrepreneur américain installé en France. Il reproche à notre pays sa législation. Il ne peut pas licencier. Il n’est pas libre de faire ce qu’il veut de ce qu’il a créé.

Et nos enfants ? Ils ne demandaient rien, nous les avons créés, nourris, logés, éduqués… Pourquoi n’en ferions nous pas ce que nous en voulons ? Par exemple en les transformant en réserves de pièces détachées pour nos vieux jours ? Ce n’est pas pareil ? Le droit français pense que si : l’entreprise est un être. Et la science semble lui donner raison. Mais c’est théorique.

L’entrepreneur n’a-t-il pas sacrifié sa vie pour notre bien ? Je n’en suis pas sûr. Ceux que je connais étaient incapables d’obéir aux lois d’une entreprise, ils ont créé la leur.

D’ailleurs, comme l’observait Schumpeter, l’entrepreneur combine des ressources existantes, il ne crée pas à proprement parler. Il utilise habilement ce que la société lui a donné, à commencer par une éducation et un réseau relationnel. Pensez-vous qu’il soit très difficile d’être entrepreneur, en Angleterre, quand on a fréquenté Eton et que l’on connaît tout ce que le pays compte de puissants ?

Et Bill Gates : il a accès aux premiers ordinateurs durant sa formation (il faudra attendre des années pour que la préférence française pour l’industrie nationale offre au mieux aux étudiants français les cartes perforées et les bugs des machines Bull), il fait des études à Harvard, sa mère siégeait dans un conseil d’administration où se trouvait un dirigeant d’IBM (qui sera important pour le développement de Microsoft), ses très riches parents lui offrent une maison, alors que Microsoft est déjà une belle entreprise. Quel risque a-t-il couru ?

L’entrepreneur a sûrement droit au respect. Il est la clé de voûte du capitalisme. Mais, de ce fait, il fait parti d’un mécanisme social, auquel il doit le respect. Servant leader disent les anglo-saxons. En tout cas, rien ne semble justifier une rémunération excessive (du type de celle de Bill Gates) : ni le risque qu’il prend (comme veut nous le faire croire la théorie économique), ni la motivation qu’elle est supposée apporter (Bill Gates aurait été motivé à 10.000 fois moins !).

Complément :
  • Les théories sur le profit se répartissent en 2 : celles qui l’attribuent à une position monopolistique, celles qui en font la rémunération de l’incertitude. Je crois qu’il y a un mélange des deux. Schumpeter explique que l’entreprise doit faire face à la destruction créatrice : elle doit s’adapter en permanence, et donc garder des réserves pour cela (la crise actuelle le démontre). Le cas Bill Gates prouve que ce n’est pas tout.
  • Sur les théories du profit : KNIGHT, Franck H., Risk uncertainty and profit, Dover, 2006.
  • SCHUMPETER, Joseph A., Capitalism, Socialism, and Democracy, Harper Perennial, 3ème edition, 1962.
  • Sur les enfants comme pièces détachées : Conte de Noël.
  • Du droit français : Idéologie et théorie économique.
  • Et William Johnston : William Johnston: Master class en conduite du changement.

Le Chinois ne comprend que la force

C’est en substance ce que dit Vincent Brisset, dans un article du Monde.fr du 4.

Je penchais pour du « dent pour dent » avec ménagement (Pékin défie le monde). Pas du tout.

Les Chinois ont très peur de l’Europe et essaient de la diviser. Les tergiversations de Nicolas Sarkozy lors des derniers Jeux Olympiques leur ont fait croire que la France était un pays de lâches, point faible du dispositif.

Explication d’un paradoxe : la France a été le pays le plus favorable à la Chine, or c’est celui qu’elle sanctionne le plus volontiers.

jeudi 4 décembre 2008

Et si nous étions des gens sympathiques ?

La France est haïe. Le Français s’évertue à détruire l’image de son pays. Pourtant nous méritons un peu de considération.

Chaque Français accuse ses congénères d’être la lie de l’humanité. L’opposition politique n’a qu’une stratégie : ridiculiser l’ennemi, forcément « le plus bête du monde ». La nation donne le spectacle de l’anarchie : peu de travail, des grèves tonitruantes, des banlieues à feu et à sang…

En fait, nous n’avons rien à envier aux pays étrangers, mais ils prennent plus soin que nous de leur image (et de la nôtre...).

En découvrant la question du nationalisme (Retour du nationalisme), je trouve le nôtre sympathique. Contrairement à l’Angleterre, qui rêve de se placer au centre d’un marché dont elle tirerait les ficelles, et dont nous serions les pions, ou des plus classiques nationalismes chinois, japonais ou allemands, nous n’avons pas d’ambition pour notre peuple (nous en disons suffisamment de mal), mais pour nos idées. Mais, contrairement aux Américains (Consensus de Washington), qui partagent notre amour de la rationalité, nous ne cherchons pas à mettre en oeuvre ces idées. Nous les pensons tellement bonnes qu’elles ne peuvent que s’imposer d’elles-mêmes.

Sur l’art français du changement : Messieurs les Français, changez les premiers.

Retour du nationalisme

Ce blog dénonce les méfaits de l’individualisme. Mais il oublie ceux du nationalisme.

Le nationalisme est un individualisme national. C’est croire que son peuple est élu. Que les autres sont inférieurs. Le nationalisme, qui est une invention récente, a été derrière les effroyables guerres européennes. Et l’Union Européenne a été créée pour le dissoudre, pour le désarmer. C’est pour cela qu’elle a démarré par la CECA, la communauté européenne du charbon et de l’acier : si vous partagez avec votre ennemi la fabrique de vos armes vous ne pourrez plus l’affronter. Mais De Gaulle a coulé la communauté européenne de la défense, la création d’une armée commune. Et, jamais l’Angleterre n’a renoncé à l’affirmation de sa particularité.

On ne parle plus guère de nationalisme aujourd’hui. Il ne fait plus peur. On a peut-être enterré un peu vite la question.

OLIVI Bino, GIACONE Alessandro, L’Europe difficile, Folio, 2007.
THIESSE Anne-Marie, La création des identités nationales, Seuil, 2001.
Global imbalances threaten the survival of liberal trade.

Déséquilibre des échanges mondiaux

Article de Tom Wolf du FT.com du 2 décembre. Monde divisé en deux : d’un côté, un petit club de mercantilistes qui accumule, de l’autre quelques cigales. Les premiers, en refusant de changer de stratégie, menacent l’équilibre mondial et leurs propres intérêts.

  • Premier club : Chine, Allemagne et Japon. Et Opep. (83% des surplus mondiaux.)
  • Second club : USA, Espagne, Angleterre, France, Italie et Australie (70% des déficits mondiaux).

Plus subtilement, il y aurait d’un côté l’Europe avec l’Allemagne et ses débiteurs, et de l’autre le reste du monde : USA face à Chine et Japon.

J’ai déjà parlé de la Chine. Et l’Allemagne ? L’Allemagne, depuis la fin de la guerre, est le citoyen du monde modèle... Et si quelques démons anciens n’étaient pas morts ? Une politique économique nationaliste orchestrée comme une guerre, dont l’enjeu est la destruction des compétences productives étrangères ? Ainsi qu’un mépris des plus grands pour l’incurie du reste du monde ?

L’Europe a servi à contenir ses excès. À chaque tentation (comme lors de sa réunification), elle s’y est investie un peu plus. Aujourd’hui ?

Compléments :

mercredi 3 décembre 2008

Pékin défie le monde

Titre de la Tribune d’aujourd’hui. La Chine veut relancer ses exportations en dévaluant sa monnaie.

Bizarre stratégie. Le reste du monde est en récession et n’a plus de capacité d’absorption. La Chine veut-elle accentuer le désastre ? On avait jusqu’ici échappé au nationalisme à courte vue, la Chine s’est-elle décidée à susciter une vague de protectionnisme ? Ça y est, on est parti pour une crise vraiment méchante ? La Chine est-elle agressive ou stupide ?
Pourquoi ne relance-t-elle pas sa consommation interne, avec ses immenses réserves ? Parce qu’elle ne veut pas les dépenser ? A-t-elle une stratégie délibérée d’accumulation de cash ? Guerre financière ? À l’appui de cette dernière thèse :
  • Eamon Fingleton. Il observe que la Chine a choisi de forcer sa population à économiser. Exemple. Imaginons que nous n’ayons pas de sécurité sociale, comme en Chine. Chacun serait obligé d’économiser pour se protéger des coups du sort. Nous dépenserions peu. La plupart d’entre nous mourrions riches. La sécurité sociale, parce qu’elle est une assurance, qu’elle répartit les risques sur des millions de personnes, nous protège beaucoup plus efficacement que nos efforts solitaires, mais en nous demandant beaucoup moins d’argent.
  • Vision chinoise très militaire de l’économie. Un ami me disait que le concurrent chinois d’Alcatel avait des comptes totalement opaques, et des prix très faibles. Probables subventions gouvernementales. Par cette pratique, l’Etat chinois peut chercher à détruire les compétences étrangères, pour favoriser les siennes. Mercantilisme qu’abhorrait Adam Smith ?

Et si la Chine croyait que l’Occident n’était qu’hypocrisie ? Que sa règle du jeu est la guerre économique ? Elle est confortée par les critiques que nous nous adressons en permanence, sans voir ce que nos démocraties ont de bien (puisque nous n’en parlons pas) ?

Comment ramener la Chine dans le rang ? Dent pour dent. Rétorsion sélective. La Chine est un pays fragile, très dépendant de la croissance économique et peu entraîné aux crises. Mais cela peut être mal interprété et renforcer les préjugés chinois ! Alors, lui faire des suggestions ? Lui montrer les bienfaits d’une relance nationale ? De systèmes de solidarité sociale ? Lui expliquer qu’il y a beaucoup à apprendre des démocraties ?

Chine : JO : le Chinois ne fait pas de vagues, L’Amérique victime de la globalisation ? et Péril jaune
Dent pour dent comme meilleure stratégie pour se faire des amis : Théorie de la complexité.

mardi 2 décembre 2008

La fin de la civilisation

Quand un ordinateur ne répond plus, je coupe le courant. Idem pour l’économie ?

The Economist (The perils of incrementalism) semble penser que les finasseries des économistes ne relanceront pas l’économie. Dans les crises la science est impuissante. Il faut un traitement grossier, brutal, jurassique. Aux chiottes les économistes ! Et le primitif pour administrer le dit remède de cheval : Obama.

Pauvre Irlande

Qu’est-il arrivé à l’Irlande ?

Il y a quelques années un professeur d’économie de l’Insead (L’économie n’est pas une science) se gaussait de la ringardise française et lui donnait l’Irlande en exemple. The Economist (A taoiseach in trouble) présente une courbe de croissance du PIB irlandais : -2,5% en 2008, et -2% en 2009.
Qu’est-il arrivé à l’élève-modèle ? Affaire à suivre.

Thucydide : censuré par l’UE

Le préambule de la Constitution : la citation de la Thucydide qui figurait au début du projet de la convention (« Notre Constitution s’appelle démocratie parce que le pouvoir est dans les mains non d’une minorité, mais du plus grand nombre ») fut supprimée par la CIG à la demande des états les plus petits de l’union. (OLIVI Bino, GIACONE Alessandro, L’Europe difficile, Folio).
Ça se confirme (Parti socialiste et faillite démocratique), une démocratie c’est une communauté définie par des valeurs communes, pas un calcul d’apothicaire.

Messieurs les Français, changez les premiers

Les résistances au changement font l'unanimité dit :
Tout bouge, tout change, tout évolue autour de nous et pourtant tout le monde invoque tout le temps les résistances au changement. La nature humaine est ainsi faite que chacun voudrait bien changer à condition que ce soit l'autre qui commence d'abord.
Pas tout à fait d’accord. Mais pas loin. Je crois que l’attitude du Français au changement est : c’est aux autres de changer. Lui ? Il est parfait. J’ai aussi le sentiment que c’est en train de changer.

Métamorphose du dirigeant français ? et La fin de Tocqueville. Qu’est-ce que la résistance au changement ?

lundi 1 décembre 2008

La fin de Tocqueville

L’Ancien régime et la Révolution, c’était la France d’aujourd’hui. On y voit même les germes de l’URSS. Tous les travaux sur les USA pâlissent devant De la démocratie en Amérique. Mais Tocqueville y prédit un monde partagé entre la Russie et l’Amérique. Une prédiction extraordinaire il y a encore vingt ans. Mais maintenant ?
  • Ailleurs, il décrit l’Amérique latine comme une désespérante anarchie : est-ce toujours le cas ?
  • Encore ailleurs, il observe que la Présidence des USA est conçue pour attirer les médiocres, meilleure garantie contre une dictature. Roosevelt était-il un médiocre ? (D’ailleurs n’était-il pas un rien dictateur ?) Et Obama ? Et les conseillers des présidents sont-ils des médiocres ?
  • Surtout, le billet précédent et quelques autres me font me demander si ce n'est pas la France qui pourrait mieux le faire mentir. La multitude de castes, de petits privilèges, qui la constituent pourraient disparaître sous le rouleau compresseur de la rationalisation mondiale. Une caractéristique du capitalisme selon Max Weber.
Tocqueville et Montesquieu ont été probablement le triomphe de l’esprit systémique propre à la noblesse. Mais le monde est imprévisible, même pour le plus grand esprit.

Compléments :

Métamorphose du dirigeant français ?

Un business case.

Le décor. Filiale française d’un groupe international important.
  1. Acte 1. Le groupe, possédé par un fonds d’investissement, demande à la filiale de gros gains de rentabilité. Son dirigeant refuse d’obtempérer, au motif que la filiale est déjà très rentable (rentabilité double de celle du groupe). Il est sûr qu’on ne peut rien contre lui. On lui dépêche un consultant. Omerta. Aucune information. Mais pas besoin d'être du métier pour évaluer une efficacité économique. Il suffit de comparer ce qui se fait ici et ailleurs, et les moyens que l’on y met. Et l’efficacité française laisse à désirer. Le successeur du dirigeant est sommé de réorganiser la société.
  2. Acte 2. Il va falloir restructurer une entreprise rentable. Les consciences sont mal à l’aise. J’entre en piste, pour quelques conseils. Les dirigeants de la société construisent un plan de changement. On découvre que le marché se transforme rapidement ; que l’entreprise est attaquée de partout ; qu’elle n’est pas là où se trouve la valeur ajoutée. La réorganisation l’amène à se replacer correctement. Et puis le groupe investit massivement en recherche et développement : l’ancienne structure était incapable d’exploiter cette manne. Mais, au fait, cette entreprise était faite de plusieurs PME (concurrentes !), pourquoi n’avaient-elles pas fusionné ? Quinze ans sans changements… Pas étonnant que celui-ci demande une telle révision.
  3. Acte 3. Restructurer ? On creuse le dossier. Se séparer d’un personnel qui a une longue expérience ? En fait, il faut l’amener à déménager. Les conditions de vie qu’on lui propose seront bien meilleures, mais le Français n’aime pas les déménagements ! Le problème s’est transformé. On en arrive à concevoir un très subtil plan de séduction.
    Sur ce, le nouveau Président de la société arrive. La société ne parvient pas à recruter, il lui faut tirer au mieux profit des talents de ses personnels. Pour lui la réorganisation est l’ouverture d’un espace (élimination des cloisons inter PME) qui va permettre de vraies carrières. Voilà comment il pourra développer les compétences nécessaires.

Tentative d'interprétation :

  • Le premier dirigeant. Non seulement il est persuadé d’être plus intelligent que le reste de la planète, mais encore il la défie. Et il se moque des règles internationalement acceptées. D’ailleurs il ne comprend pas que les étrangers obéissent à une autre logique que la sienne. Tête de lard.
    Principe du « bon plaisir » : le Français se taille des monopoles qu’il administre selon sa fantaisie. La médiocrité lui suffit. Ni fait ni à faire, c’est sa devise.
  • S’il a pu longtemps narguer le monde, sa situation actuelle ne le lui permet plus. Conséquence d’un trop long « ni fait ni à faire ». Il est en position de faiblesse. Mais il a eu une attitude tellement détestable que l’on peut se demander si le reste de la planète ne va pas lui faire payer des siècles de frustration, en exterminant son espèce.
  • Mince espoir. Il se transforme. Il commence à savoir se comporter dans le monde. Il a des capacités réelles qu’il va, espérons-le, apprendre à exploiter, et, surtout, à mettre en valeur. On verra enfin ses qualités, et on oubliera peut-être qu’il eut un caractère ingrat.

Une règle pour le guider (Au secours, mon patron est un fonds d’investissement) : faire gagner la stratégie de l’actionnaire, mais en prenant en main sa mise en œuvre, pour qu’elle obéisse aux valeurs de l’entreprise (et du pays). L’optimum économique est un optimum humain disaient mes anciens associés.

J’espère, finalement, qu’il n’en restera pas là. Qu’il ne sera pas toujours le parfait employé d’une multinationale étrangère ; qu’il acquerra le savoir faire-financier qui lui donnera l’indépendance économique.

Autres notes sur le bon plaisir du Français :