mardi 20 janvier 2009

Obama : drôle de discours

Le Monde.fr publie le discours de Barak Obama.

Étonnant. Critique la plus terrible qui soit du précédent régime, sans laisser de prise à la critique.

L’image fondamentale, peut-être, du discours, est celle de la minuscule communauté qui a créé l’Amérique. Comme elle, l’Amérique d’aujourd’hui est faible, pauvre, entourée d’ennemis, dans la nuit, le froid et la solitude. Mais elle est porteuse d’un idéal démesuré, un idéal humaniste et spirituel. Comme elle, elle ne peut compter que sur ses valeurs et sur les siens. Presque rien. L’histoire de l’Amérique d’aujourd’hui est peut-être celle d’un départ de zéro, dans l’inconnu, inquiétude terrible, mais aussi immenses possibilités de poser les premières pierres d’un monde tel qu’il devrait être, un monde qu’elle ne verra pas, mais dont seront fières les prochaines générations. Une Amérique pénétrée de ses devoirs.

On ne peut imaginer plus grand contraste avec l’Amérique précédente. Celle d’une petite élite de surhommes suffisants, pleins de leur génie, de leur succès et de leurs droits, sûrs de ne devoir rien à personne, de dominer la nature et leurs contemporains, et, paradoxalement, porteurs d’un projet minable, petitement matérialiste.

Il ne reste à l’Amérique à la fois pas grand-chose et quelque chose de considérable : ses idéaux. Et c’est parce qu’elle n’a à la fois pas grand-chose et tout à perdre qu’elle n'a jamais été si redoutable. Qu'elle sera impitoyable avec ceux qui croyaient pouvoir profiter de ses péchés pour faire oublier leurs vices.

Le Reengineering du corps humain

Neil H.Shubin explique que le corps humain porte la trace des évolutions qu’a subies l’homme pour devenir ce qu’il est (This old body, Scientific American de janvier).

Du coup le corps humain est loin d’être parfaitement adapté à sa fonction actuelle, d’où des hernies ou le hoquet. Ce dernier viendrait de notre passé amphibien : quand le têtard est en plongée, le système qui provoque le hoquet chez nous permet à l’eau qu’il aspire de ne pas arriver dans ses poumons.

Il y a un quelques années ce type d’observations a conduit à la mode du « reengineering ». L’idée était de reconstruire les entreprises de zéro, en espérant doubler leur productivité (i.e. réduire par deux leurs effectifs, d’où un immense succès auprès des dirigeants). Bien sûr, ce fut un désastre. Pourquoi personne n’a-t-il encore proposé de reconcevoir l’homme ?

Compléments :

  • HAMMER Michael, Rengineering Work: Don’t Automate, Obliterate, Harvard Business Review, Juillet - Août 1990.
  • The economist, Corporate Amnesia, 20 Avril 1996 (les résultats de la mode du reengineering).

PSA Peugeot Citroën contre une montée de l'Etat dans son capital

(article de La Tribune.fr du 20 janvier)

Pour Christian Streiff, pas question de voir l'Etat entrer au capital de PSA Peugeot Citroën, le groupe qu'il dirige. Le patron du constructeur automobile estime qu'une aide publique ne doit pas y être subordonnée, selon une interview publiée sur le Figaro. (…) "l'Etat n'a pas à se substituer au management de l'entreprise, ni à ses actionnaires" et que "c'est à eux qu'il appartient de trouver les meilleurs équilibres entre besoins de financement, rémunération du capital et attente du marché".

Questions :

  1. Si PSA n’a pas besoin de l’Etat, pourquoi celui-ci lui imposerait-il ses conditions ? Mais si ce n’est pas le cas, pourquoi PSA aurait-il son mot à dire ?
  2. Frank Knight, généralement vu comme un pape de l’économie classique, défend une théorie qui me semble très orthodoxe : la justification de l’entreprise est son efficacité supérieure dans la gestion des intérêts de la société. Alors, n’est-ce pas à la société de juger de cette efficacité ? Et donc de retirer au dirigeant son mandat s’il ne l’exerce pas correctement. Par exemple s’il dissipe les compétences de la nation (par une gestion maladroite, en perdant son savoir-faire de construction d’automobile…), ou s'il n’emploie pas aussi largement qu’il le devrait sa population ? Une fois de plus : intérêt de l'avis du P-DG?
  3. Dans le modèle français, cette sorte de « délégation de service public » a un visage particulier. Les grands commis de l’État sont détachés dans le public pour gérer ses grandes entreprises. Le P-DG de PSA appartient au Corps des Mines : en défendant les intérêts de son employeur, ne trahit-il pas sa mission ?

Compléments :

lundi 19 janvier 2009

Individualisme

Un point sur l’avancement de mes réflexions concernant l’individualisme. Il me semble à la fois une caractéristique de notre temps, et une (la) cause de nos difficultés actuelles.

Tout d’abord l'individualisme est une caractéristique sociale. Nous sommes tous plus ou moins individualistes. Pas de coupable, ou tous coupables.

Dilemme du prisonnier

Avant de créer ce blog, j’étais arrivé à la conclusion que l’individualisme suscitait le dilemme du prisonnier : quand l'individu est guidé par son intérêt, il fait le mal de la société, donc le sien, à long terme (exemple : 12000 Américains passés par les armes). Ce mécanisme est lié à celui de l’aléa moral, la non solidarité du tissu social, qui permet les crises (Crises et risque).

Lutte des classes

The logic of collective action m’a laissé voir que l’individualisme pouvait amener à des stratégies plus complexes, conduisant une minorité à exploiter une majorité. Et une organisation de la société en classes.
À ce point on a un « individualisme dans l’espace ».

Lutte des générations

Mais ce que semble montrer l’analyse de la crise, c’est que l’individualisme joue aussi dans le temps. On peut lire les événements récents comme la conséquence de notre désir de faire payer à nos descendants nos excès. Dans ces conditions, la science économique ne serait qu'une rationalisation de ce désir, un moyen de justifier nos penchants asociaux.
  • Tout ce qui est abondant, ou plus exactement ne passe pas par les mains de l’homme, est gratuit. Or, c’est aussi ce qui a le plus d’importance pour nous : l’eau et l’air, par exemple. De ce fait, ils sont gaspillés. Jusqu’à ce qu’il n’y en ait plus. C’est alors qu’ils acquièrent un prix (eau minérale).
  • De ce fait nous pouvons déshériter nos enfants, consommer en toute bonne conscience leur héritage. Et les bulles spéculatives permettent à un groupe social de s'enrichir au détriment de ses semblables.
L’innovation, au moins telle qu’on l’entend aujourd’hui, ne serait donc pas la création de quoi que ce soit d’important pour l’humanité, mais un vol de ce qui aurait dû lui revenir. Et ce à très grande échelle (mise en danger de l’espèce humaine ?). L’innovation c’est le vol ? La science économique serait-elle un moyen de faire sauter les garde-fous qui évitaient un gaspillage éhonté ?...

Parasitisme des structures sociales

L'individualiste ramène tout à lui. En particulier il parasite toute l’infrastructure sociale (cf. service public), parce que ces organes sociaux ont un énorme pouvoir, et qu'il veut le détourner à son profit. (Comme illustration, voir la description de Tawney du protestantisme comme protestation contre le détournement d'un organe social, l'Église, au profit de quelques-uns.)

Le marché en otage

Probablement, les marchés n’ont rien de mauvais en eux-mêmes. Mais ils ont été infiltrés par l’individualisme, qui les utilise pour à son profit. Aujourd’hui, par exemple, ils semblent attaquer tout ce qui est fragile. (Les investisseurs parient contre la reprise économique, Les marchés parient sur l'explosion de la zone euro.)
Alors il devient une arme qui disloque une société et permet d'en extraire de grandes richesses pour celui qui en tire les ficelles. D'ailleurs, s'il a eu une telle faveur dans le monde anglo-saxon, n'est-ce pas parce que certains de ses groupes sociaux l'ont mis à leur service ? 

Sciences de la manipulation

Par ailleurs l’individualiste est un as des sciences humaines, dont il se sert à des fins de manipulation. Il exploite les règles qui gouvernent nos comportements pour nous mettre à son service (cf. le succès des « sciences de l’influence » aux USA – exemple : Totalitarisme et management).

Ceci semblerait déboucher sur l’utilisation naturelle de ce que Bateson a appelé le « double bind » (Double contrainte et stretch goal) : utiliser la lettre des lois pour en trahir l'esprit. Les deux ne sont pas sur le même plan : la lettre est de l’ordre de la raison, du conscient, alors que l’esprit est de l’ordre de l’inconscient.

Par exemple, nous ne savons pas pourquoi nous montrons du respect à telle ou telle personne (aux personnes âgées, à un supérieur, un client…) ; mais ce respect a sa contrepartie (reconnaissance, protection…) ; l’individualiste ne va pas accomplir sa partie du contrat, alors que notre inconscient nous fera faire la nôtre. Nous trouverons cela injuste, sans savoir l’expliquer, ou nous défendre. (Perfide Albion.)

Typologie de l'individualisme

Y a-t-il différents individualismes, ou plusieurs niveaux ?
  • L’individualisme français ou le « petit chef » (Le petit chef, mal français). Il veut imposer aux autres, ce qui lui passe par la tête (ce faisant, il réalise mécaniquement un « double bind » : d’un côté le respect qui lui est dû, de l’autre l’imposition de son arbitraire).
  • Pour l’Anglo-saxon, ou « Greed and Fear ». Il oscille entre un désir aveugle, et une peur incontrôlable. Ce désir est-il de consommer, ou de posséder ? Il est certain que la possession joue un rôle fondamental dans la pensée anglo-saxonne.
Le Français semble obéir au principe de l’honneur (cf. d’Iribarne), reliquat social ? L’Anglo-saxon aurait réussi à se dégager de cette dépendance ? Il ne dépendrait plus, dans son modèle ultime, que de ses instincts primaires ? Individu à l'état pur ?

dimanche 18 janvier 2009

Nationalisons les banques

Au moins aux USA.

Link exchange cite Willem Buiter, important économiste, qui semble rejoindre une de mes conclusions précédentes (Fear is back on Wall street).  

Platon, Shakespeare et Louis XIV

L’actualité n’est pas toujours le sujet de ce blog…

J’ai eu la surprise de voir (dans l’œuvre de Norbert Elias) qu’on n’a pas toujours porté Shakespeare en grande estime. À l’époque où la France faisait l’opinion des élites, il était même vu comme méprisable. On lui préférait Racine, Corneille et leurs équivalents. Ils donnaient le spectacle des vertus les plus nobles, alors que Shakespeare parlait de la vie quotidienne, dans ses hasards et sa bassesse.

Il est possible que Platon ait donné raison à Louis XIV : l’art ne doit pas risquer de faire croire à l’homme que ses vices sont des vertus, qu'il est bien dans sa médiocrité. 

Compléments :

  • Platon pour les nuls
  • Certains auteurs font même du vice une vertu : Uderzo et Goscinny, Adam Smith, notamment, et plus généralement tous les publicitaires.   

Presse d’opinion

Poursuite de ma réflexion sur la presse (Mal de la presse).

J’ai dit que nous avons une presse d’opinion. Elle veut nous dicter notre pensée. Elle obéit à des principes que l’on ne discute pas. Les journaux américains étaient massivement pour Obama ; lors du referendum européen, la presse était unanimement favorable au oui… Au moins, à l’époque de l’affaire Dreyfus, la presse était-elle divisée.

Lundi soir je suis passé à côté d’un petit groupe de manifestants du côté des Halles, j’ai cru comprendre qu’il ne s’agissait pas de dénoncer les violences de l’Armée israélienne, mais d’une attaque systématique contre Israël, depuis sa création, et même contre le grand Rabbin de France… Je ne suis pas loin de penser qu’Hervé Kabla a raison lorsqu’il dit que la presse « attise les haines ».

Qu’aurait-elle dû faire ?

  • Offrir l’image de la division. Au moins, certains n’auraient pas eu la certitude que l’affaire était jugée.
  • Mais pas de l’impuissance. Une fois de plus, la presse s’est déchaînée, sans que son acharnement ne paie. Demain on n’entendra plus parler de Gaza. Bientôt la presse n’aura plus aucune crédibilité. Notre démocratie y aura-t-elle gagné ?
  • Avant de donner une opinion, la presse doit enquêter à charge et à décharge, et nous informer de ses découvertes. Elle ne doit pas se contenter de désigner des coupables. Elle doit apprendre à proposer des démarches pratiques que les adversaires puissent mettre en œuvre. Elle doit livrer un combat qu’elle puisse gagner, même avec une faible probabilité.

Quel est le rôle de la presse ? Nous donner ce dont nous avons besoin pour nous faire une opinion.

Ça ne signifie pas qu’elle ne doive pas avoir d’opinion. Mais que son opinion stimule notre réflexion, qu’elle ne veuille pas la tuer. La presse, dans son ensemble, doit donner le spectacle du conflit d’idées qui provoque le débat, fondement du processus démocratique. 

Paix en Palestine

J'arrive en fin d'un débat de RFI. Un invité explique qu'il y a peu de chances de paix entre Israéliens et Palestiniens. Une majorité d'Israéliens ne croit qu'en la seule vertu de la force ; un grand nombre d'Arabes pensent que le temps et la démographie jouent pour eux et qu'ils chasseront Israël de Palestine. 

Dans ces conditions la paix ne peut être que provisoire. Comment la rendre durable ? 2 idées :
  • Paix des braves, comme en Irlande : les belligérants s'épuisent et finissent par se rendre compte qu'ils ne peuvent pas venir à bout de l'autre, peut-être à s'estimer. En tout cas à se respecter.  
  • Les opposants trouvent un projet commun, et comprennent que l'autre leur est utile, leur apporte quelque chose qu'ils ne peuvent obtenir seuls. 

Ces mécanismes semblent inhérents à la constitution de groupes humains : Le respect ou la mort ?

Les investisseurs parient contre la reprise économique

Drôles de mécanismes financiers, les investisseurs, qui ont provoqué la crise, en trichant avec la réalité, en tirent maintenant profit, en l’accélérant ! Des organismes qui sont payés pour nuire à la société ?

Une bande de plus en plus grande d’investisseurs utilisent un mélange de vente à découvert et de Credit Default Swaps pour parier contre les entreprises qui ont une grosse exposition à un besoin de refinancement. Comme la prime de leurs CDS augmente (= les conditions de crédit se détériorent), ces sociétés trouvent de plus en plus difficile de vendre de nouvelles dettes. (…) Les primes de CDS impliquent que 10% des entreprises américaines vont faire faillite. The Economist, The great dilution.

Plus inquiétant : est-ce que le mauvais état des fonds d'investissement ne vient pas de l’incompétence de leurs dirigeants, non de leur nature même ? Mieux gérés, n’auraient-ils pas pu être acycliques, ne jamais pâtir des hauts et bas de l’économie ? La vidant de son sang jusqu’à sa destruction complète ?

Compléments :

samedi 17 janvier 2009

French connection

Quand la France donne des leçons au capitalisme mondial.

J’aime les vieux films : pour le prix d’une histoire, on plonge dans le passé.

Je me suis renseigné sur ce qu’avait été cette French connection, sur Wikipedia. Ce n’a pas été une parenthèse de l’histoire, quelques bandits français arrivés par hasard dans l’élite mondiale. Non. Grâce à la Mafia corse, la France, pendant plusieurs décennies, a fourni jusqu’à 90% du marché américain de la drogue.

Démonstration inattendue que notre industrie locale peut, quand elle le veut, en remontrer aux plus grands, sur leur terrain.

Beau temps pour les technologies de l’information

Peu exposées à la crise et beaucoup de potentiel ?

Elles semblent moins faites d’air chaud (cf. le peu d’ampleur de la bulle 2.0), donc moins de risque de gueule de bois. Elles seraient même utiles à l’entreprise. Donc les économies de crise les menacent peu. Partant de cette base, solide ?, les applications qui émergent actuellement promettent un beau développement. Une fois la crise passée.

Voilà ce que pense The Economist (Here we go again).

La fin du Web 2.0

vendredi 16 janvier 2009

Les marchés parient sur l'explosion de la zone euro

Un article de Jean Quatremer.

L’écart entre taux d’intérêt que paient les pays de la zone Euro pour leurs dettes a brutalement augmenté. Auparavant, le marché ne faisait pas de différence entre ses membres. Puisque dorénavant il en fait, c’est qu’il pense qu’ils vont se séparer.

The Economist (L’Euro, qu’en dire ?) avait noté le phénomène il y a quelques temps. C'était un bien : il force les pays les moins sérieux à plus de rigueur, pour ne pas sortir de la zone.

Mais ce renchérissement des taux, qui, comme souvent en régime capitaliste, est un cercle vicieux, est particulièrement pervers en période de crise : plus le pays s'endette pour redresser son économie, plus le marché doute de lui, lui fait payer chère sa dette et complique son redressement.

La zone Euro envisage de demander à ses membres de promettre la rigueur une fois la crise passée, et de créer des obligations européennes : chacun paierait ses emprunts au même prix.

J’en reviens à mes idées de Greed and Fear. Il me semble que contrairement à ce que pensent les Anglo-saxons, les marchés ne « veulent »  pas le bien de l’humanité, mais ont été infiltrés par ce qu’elle a de plus abjecte. Ils essaient de s’enrichir par destruction du tissu social, en exploitant ses failles, ses alliés objectifs, qui sont nos tendances à l’individualisme, au chacun pour soi. Dans le cas de l’UE, ce pourrait être l’orgueil allemand, qui est las de devoir supporter tant de médiocres, ou, parallèlement, des parasites (le « free rider » de la théorie économique) qui exploiteraient le groupe à leur profit et le condamnerait à mort pour inefficacité.

La solution ? C’est la solidarité et un contrôle accru de la gestion des pays de la zone. Ce qui ne me tue pas, me rend plus fort, aurait dit Nietzsche. Mérite du marché ?

Si la zone résiste, il « s’intéressera » probablement à d’autres proies moins coriaces (À vendre, pays pauvre). 

Compléments :

À quel jeu joue SUD ?

Dans SNCF en grève, je trouvais le syndicat SUD indifférent au sort des Français et à la crise. La preuve de ce que l’individualiste vit en bulle. J’ai peut-être tort.

Un souvenir m’est revenu en tête. Lors d’une précédente grève, le syndicat SUD s’était plaint qu’elle n’était pas assez dure, et qu’elle n’avait pas encore fait de mal à l’économie.

Et si la coïncidence grève longue, crise n’en était pas une ? Et s’il y avait là une volonté de mettre la société à genoux ? Pour qu’une France chômeuse renverse un régime honni ? Allemagne années 30 ?

À étudier de plus près. 

jeudi 15 janvier 2009

À vendre, pays pauvre

Article que m’expédie Dominique Delmas. On y dit que les pays riches (Chine, Corée du Sud, Pays du Golfe), qui n’ont pas de les terres pour nourrir leurs populations, achètent celles des pays pauvres, qui n’ont pas plus les moyens de nourrir les leurs.

Nouvelle forme de colonialisme : la Corée achète ainsi la moitié des terres arables de Madagascar ! (J’ai entendu un Malgache dire, sur RFI, que la Corée ne paierait même pas d’impôts !)

Ces terres sont payées. Ce sont les lois du marché, non ? Ce sont celles de l’offre et de la demande.

On ne pouvait pas rêver de démonstration plus claire de ce qu’elles permettent aux riches d’exproprier les pauvres !

D’où une question : voulons-nous subir les lois du marché, suivant la doctrine fondatrice de l’économie moderne (cf. la Main invisible d’Adam Smith), ou mettre le marché au service de l’humanité ?

Plus exactement, ne serait-il pas judicieux que nous cherchions à maîtriser les effets dévastateurs du marché, avant que ceux qui en sont victimes ne nous fassent payer leur mécontentement ?

GROSSACK, Irvin M., Adam Smith : His Times and Work, Business Horizons, Août 1976.

SNCF en grève

Hier, en attendant le départ d’une réunion, je lis Les Échos. La gare Saint Lazare est fermée, et le syndicat Sud, minoritaire à la SNCF (15% des syndiqués), mais mieux représenté dans la gare ci-dessus, a réussi à contourner les lois sur le service minimum, et à faire durer une grève plus d’un mois.

Pourquoi une telle grève ? Si elle est aussi terrible, c’est que sûrement que la situation est grave. Quelque-chose comme une atteinte aux droits de l’homme ? L’employeur fait subir une violence insupportable à ses employés, les réduit à la mendicité ? N’est-ce pas pour ces situations que le droit de grève a été donné aux employés ? La raison doit être d’autant plus sérieuse qu’elle justifie de faire souffrir un peu plus des Français inquiets pour leur emploi, et de menacer l’équilibre des entreprises.

J'en viens à m'interroger sur les lois : sommes-nous supposés suivre leur lettre ou leur esprit ? Les lois sont-elles des guides, ou des indications ? Est-ce que l’attitude des employés de la SNCF est conforme à l’esprit du service public, à celui du service minimum ?

C’est bizarre, mais ce comportement me rappelle exactement celui des financiers qui ont mis le monde en faillite. Leur jeu, à eux aussi, est de trahir l’esprit des lois, en en respectant la lettre. Ils appellent cela « l’innovation ». Et eux aussi sont totalement indifférents au sort de la société.

Crash de 29 : mécanisme, McKinsey réforme l’entreprise, McKinsey explique la crise, Perfide Albion.

Greed and Fear

Les Anglo-saxons disent que ce qui pousse les marchés est « Greed and Fear », l’avidité et la peur. Je n'avais jamais compris ce qu'ils entendaient par là.

Actuellement c’est la peur qui domine, une peur irrationnelle, primaire. Les financiers sont décomposés. Un ami qui a assisté à une rencontre d’investisseurs y a vu des gens perdus. Leur seul espoir ? La politique de relance d’Obama. Et encore ils n’y croient pas. Ils ne voient pas le fond du précipice. Ils ont le vertige.

Et en période faste ? Ils n’écoutent que leur intérêt immédiat, animal, ils ont les yeux plus gros que le ventre, ils en veulent toujours plus, l’avenir du monde et le sort de leur prochain leur est indifférent.

Est-ce cela l’individu hors de la société ? Ou est-ce seulement l'Homo Oeconomicus ? Une sorte d’enfant, suprêmement couard, et qui n’obéit qu’à un appétit qu’il est incapable de maîtriser ?

Compléments : 

Fear is back on Wall street

Bizarre article portant ce titre sur CNNMoney.com (Colin Barr, 14 janvier).

Un expert explique pourquoi le secteur financier américain est à nouveau apeuré :

« Une partie du problème est que les entreprises qui ont fait des erreurs et ont pris trop de risques ont été soutenues », dit-il, « normalement, les concurrents profitent de la faillite des entreprises mal gérées, mais personne ne peut en profiter, puisqu’il n’y a pas eu de faillites ».

Larkin dit que le malaise du secteur financier montre le besoin de laisser quelques entreprises financières en difficulté faire faillite. Autrement, dit-il, les banques continueront de se retenir de prêter et l’économie continuera sa spirale baissière.

Il y a certainement des choses que je ne comprends pas. Les banques ont besoin de se nourrir de cadavres ? La Banque américaine est-elle incapable de vivre d’un marché stable ? A-t-elle besoin d’énormes perspectives de croissances fournies soit par une bulle spéculative, soit par la faillite de ses concurrents ?

Défaillance du marché ? Si les banques sont incapables de se faire confiance, et puisqu’elles sont essentielles au fonctionnement du pays, ne faut-il pas les nationaliser ?

mercredi 14 janvier 2009

Stratégie d’Israël

Pourquoi Israël est-il entré dans la bande de Gaza ?

The Economist rappelle un fait oublié. Israël a été jadis un pays minuscule, peuplé par des rescapés de massacres, et menacé par des voisins hostiles et nombreux. La doctrine du pays est définie en 1930 par Vladimir Jabotinsky : (…) pour survivre les juifs devraient construire un mur de fer de puissance militaire jusqu’à ce que les Arabes acceptent la permanence du pays. La défaite israélienne lors de la dernière guerre du Liban a-t-elle révélé les failles du mur de fer ? Les roquettes du Hamas étaient-elles coupables de beaucoup plus que de morts : elles menaçaient de démontrer l’inefficacité de ce qu’Israël considère comme son assurance sur la vie ? Survie en jeu ?

Dans Le Monde, Alain Dieckhoff explique justement que ce qui divise les gouvernants israéliens est là : Ehoud Olmert « a une sorte de revanche à prendre sur la guerre de 2006 et il recherche à partir en ayant rétabli la capacité de dissuasion de l’armée ». Ehoud Barak et Tzipi Livni craignent que la guerre devienne excessivement meurtrière.

Par ailleurs, on y apprend aussi que l’offensive avait probablement une rationalité : le Hamas serait dos au mur. « Le renverser n’est toujours pas un objectif, il suffit qu’il soit durablement affaibli. Lorsque les combats auront cessé, cela devrait se traduire par une trêve consolidée avec l’arrêt des tirs de roquette, un contrôle sur le trafic d’armes, notamment avec la frontière avec l’Égypte, et une réouverture large des points de passage pour répondre à une situation humanitaire qui ne fait que se dégrader ».

Compléments :

  • The Economist : The hundred years’ war.
  • Lemonde.fr : La trêve devient plus urgente pour le Hamas, 13 janvier.
  • Illustration possible de la théorie culturelle de l’entreprise (BCE, hypothèses fondamentales, valeurs officielles), quelque part dans l’inconscient collectif israélien, il y a peut-être l’idée mur de fer = sécurité, à chaque victoire militaire cette certitude se renforce. Lorsqu’elle est menacée, on cherche à la réaffirmer (nouvelle guerre). 

Le Parti des idées reçues ?

Déclaration d’un dirigeant socialiste au sujet des expulsions d’étrangers en situation illégale par Brice Hortefeux : cela fait plaisir à une partie de l’électorat « proche du Front National ».

Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage ? Plus besoin de voter Front National pour représenter le Mal ? Dorénavant, il suffit que l’on puisse être soupçonné de mauvaises intentions pour être passible d’autodafé ?

Mais n’y a-t-il pas quelque chose derrière cette angoisse de l’étranger ? La peur de perdre son travail, ou de ne pas le retrouver, par exemple ? N’était-ce pas sur ce type de peur que jouaient le FN, ou feu le PC (qui promettait de donner au petit capitaliste, le « mal loti », le bien du gros) ? Pourquoi ne pas attaquer la cause plutôt que la conséquence ?

Pourquoi le PS ne comprend-il pas les angoisses du pays ? Leurs raisons ne menacent pas ses membres ? Pourquoi diaboliser une partie, dorénavant indéfinie, de la France, sans autre forme de procès ? Pourquoi ne pas se demander ce qui lui fait peur ?

Le Parti socialiste est-il, comme la Presse, fait de donneurs de leçons ? Qui savent ce qui est le bien et le mal ? Les philosophes de Platon ? Les haut-parleurs du monde des idées, qui n’est accessible qu’à eux ?

Compléments :

mardi 13 janvier 2009

Intelligent Microsoft

Conversation avec Marc Jalabert, directeur du marketing de Microsoft France. Microsoft en est sorti grandi.

Marc Jalabert est à l’origine d’un très intelligent programme, IDEES (2005), maintenant généralisé et étendu au monde. Microsoft donne un coup de pouce à quelques start up méritantes. Rien de terrible, apparemment. Microsoft n’entre même pas dans leur capital. Et il ne leur demande pas d’exclusivité. Mais il met à leur disposition ce qui ne lui coûte rien : par exemple ses ordinateurs, la nuit. Ou les conseils de ses experts, quelques-uns des meilleurs au monde. Et lorsqu’une société hésite à acheter les produits de ces start up, Microsoft se déplace pour dire qu’il en pense du bien. Ce qui fait merveille.

Vous voulez, comme Bouygues Télécom, faciliter le développement d’un « écosystème » d’entreprises utilisant vos technologies ? Microsoft vous explique comment faire.

Voici, enfin, une idée intelligente en temps de crise : partager ce qui ne coûte rien avec des gens remarquables.

N’est-ce pas le principe même de l’équipe : chacun y fait ce qu’il aime le mieux faire, et profite de ce qu’il serait incapable d’obtenir seul ?

Complément :

Gros équipementier automobile : avenir radieux ?

L’état de l’industrie automobile : discussion avec un homme de l’intérieur.

Les constructeurs automobiles avaient pour stratégie de faire s’entretuer leurs sous-traitants. Ils les ont laissés dans un tel état que peu vont traverser la crise. Ceux d’entre-eux qui sont gros, et ont  des économies, n'auront bientôt plus beaucoup de concurrents. Leur position de négociation va en être considérablement renforcée. Arroseur arrosé ?

Mais auront-ils des clients ? Les Américains sont à l'article de la mort. Et les Français semblent bien plus mal partis que je le pensais.  Le management de Renault : recherche de la rentabilité à court terme + peu d'intérêt pour le produit = recette du désastre ?

Fabricant automobile : mauvaise passe  

Boeing licencie

Il y a quelques jours j’ai entendu dire que Boeing licenciait 4500 personnes aux USA.

La crise, bien sûr. Lors d’une précédente crise, il avait licencié 30000 personnes aux USA. Il n’avait pas embauché en Amérique ensuite. Et puis, il y a peu, il y a eu de longues grèves. De là à penser que le management de Boeing ait joint l’utile à l’agréable... Et qu’il considère qu’il est plus intelligent de liquider des emplois aux USA, que de concevoir de bons avions…

Disparition de l’industrie occidentale, Boeing, entreprise de services (où l’on voit que le sort des personnels de Boeing était scellé, il y a déjà plusieurs mois).

lundi 12 janvier 2009

Mal de la presse

Je ne m’y attendais pas. La radio m’annonce que le conflit Israël / Hamas divise la France. J’écoute la nouvelle : d’après un sondage, environ 1/3 des Français donne la responsabilité du conflit aux deux, environ un tiers ne sait pas, et sur ce qui reste le Hamas a moins de supporters qu’Israël. À lire la presse et à écouter la radio j’étais persuadé que l’opinion publique accusait Israël d’agression ! (Qu’est-ce qui fait bouger les opinions ?)

Et si les médias transmettaient ce qu’ils croient juste ? Je me souviens d’une critique du Masque et la Plume, dévastée par le succès d’une pièce dans laquelle jouait Alain Delon. « Mais à quoi servons nous ? » s’est-elle demandé. Les journalistes lui ressemblent-ils : pensent-ils qu’ils doivent nous éduquer ?

Mais où vont-ils chercher leurs idées ? Non dans la « raison », c'est-à-dire l’enquête qui permet de se faire une opinion, mais dans ce qui leur semble évident, c'est-à-dire les valeurs de la culture de leur milieu, leur « idéologie ».

Et s’il ne fallait pas aller chercher plus loin le déclin de la Presse ?

  • Elle passe à côté d’une grosse partie de la population, dont elle n’a pas les opinions.
  • Et elle n’apporte rien au reste.
  • Ajoutons à cela qu’Internet lui a enlève le revenu de la publicité, mais sans en faire payer le coût exact, parce qu’il a en partie parasité la presse traditionnelle, en obtenant gratuitement son contenu.

Il y a là une validation de ce que Theodore Levitt a appelé Marketing Myopia : la Presse a oublié son métier : l’information. Elle a redéfini le concept en le remplaçant par « nos idées », et elle ne voit du monde que le média : si ses affaires vont mal, c’est parce qu’elle a raté la révolution Internet.

Et non. Si elle avait compris le besoin de son marché, de la démocratie, si elle avait envie de produire une information réellement utile, tout le reste ne serait que du détail : Internet ne serait pas une menace, un casse-tête, un objet de « conduite du changement », mais une chance unique de mieux accomplir sa mission, d’un emploi évident.

Compléments :

dimanche 11 janvier 2009

Qu’est-ce qui fait bouger les opinions ?

Je suis frappé par la couverture que reçoit le conflit entre Israël et le Hamas.

Dans ma jeunesse les israéliens étaient les bons, et les palestiniens les méchants terroristes. Il est vrai qu’ils n’étaient pas de notre côté de la guerre froide. Ce n’est plus le cas. 

Je n’écoute pas beaucoup la radio, mais la seule fois où j’ai entendu parler des israéliens c'étaient d’opposants à la guerre (93% de la population la soutient). Histoire de prouver qu'il y a de bons Israëliens ? Plus bizarre :

  • RFI montre une Afrique terre de massacres effroyables. Sans même parler de grands génocides, la LRA, une bande de pillards qui rode en Ouganda, au Soudan et en Centre-Afrique, fait passer au fil de la machette les villages qu’elle rencontre. On s’en émeut finalement peu. Et la Somalie ? Et en Asie, le moindre attentat suicide fait des dizaines de morts. A-t-on fini par penser qu’il s’agissait de coutumes locales ?
  • J’en suis même arrivé à m’interroger sur Hamas / Israël et USA / Afghanistan. Les attentats du 11 septembre ont été beaucoup plus meurtriers que les roquettes palestiniennes en valeur absolue, mais pas tant que cela en valeur relative (si on rapporte le nombre de morts à la population totale). En Afghanistan aussi les civils sont victimes de tirs amicaux. Dans les deux cas on ne semble pas avoir considéré que l’on était en face d’un état. Une différence cependant : pour l’Afghanistan il y a mandat de l’ONU et action civilisatrice. C’est probablement pour cela qu’il n’était pas bien que l’URSS envahisse l’Afghanistan.
  • Quid de la répression chinoise au Tibet ? On ne sait pas ce qui s’y est passé ?

Les voies de l’opinion sont mystérieuses. Comment se fait-il que, brutalement, partout dans le monde des foules s’émeuvent d’un événement et pas d’un autre ?

Une illustration de ce que les hommes décident en fonction de règles culturelles, qu’ils partagent ? Quand ces règles sont satisfaites, ils se mettent en mouvement en bloc. C’est ainsi qu’en même temps un grand nombre de mères ont la même idée de prénom pour leur enfant (à un certain moment Christophe a été le prénom de 10% d’une classe d’âge, Michel a connu encore plus de succès) ou que le monde s’émeut massivement du sort des victimes d’un Tsunami, mais quasiment pas de victimes d’un tremblement de terre en Chine (65.000 morts dans le Sichuan, 30% des victimes du Tsunami).

Compléments :

L’Europe en réseau ?

Crise du gaz russe. Europe à sec. Si j’en crois la radio, les pays les plus touchés reçoivent le secours de leurs voisins. Angela Merkel juge qu’il va falloir développer un réseau de gazoducs qui se prête à ce type d’échanges.

L’Europe est-elle en train de se mailler ? Son système de décision va-t-il devenir de moins en moins hiérarchique ? De plus en plus transversal ? Avantage : rapidité et résilience. Quand un événement touche une nation, le choc se répartit sur l’ensemble.

Complément :

Faire réfléchir les élites et former les masses

Dans un article des Échos du 7 janvier (Presse : sauver les dames grises), que m’envoie Pascale Henninot, Philippe Escande considère l’évolution des journaux et conclut « Ce n’est pas une révolution qui attend les dames grises, mais une réinvention ». Le vecteur de cette transformation est Internet.

Les journaux sont touchés par la fonte de leur lectorat et de leurs revenus publicitaires. Ils se tournent vers Internet, mais on y gagne mal sa vie (un « lecteur papier » rapporte dix fois plus en publicité qu’un « lecteur Internet »). Alors il faut vendre autre chose que de l’information, en jouant sur sa marque ou sur son réseau de distribution.

Ce qui est curieux est que l’on ne parle que de moyens : Internet, marque, réseau de distribution. Comme si l’information ne comptait pas. Pourquoi ne se demande-t-on pas comment donner une « meilleure information », et de quoi a besoin le marché ?

Philippe Escande ne dit-il pas, du passé, « Les quotidiens étaient le phare de l’information des élites et de l’éducation des masses » ? N’y aurait-il pas de marché pour des médias qui instruisent et alimentent la réflexion ?

Compléments :

Réforme Darcos

Dominique Delmas est perplexe.

Je viens d'assister à une réunion parents d'élèves/enseignants/élus  traitant de la réforme dite DARCOS :

avec :

les horaires revisités  fin de la journée à 15H45 diminution des heures de cours 24 au lieu de 26 déjà effectif cette année (pas de cours le samedi) grande question sur l'aide personnalisée aux élèves 2 heures par semaine suppression de la maternelle  (2 premières années) pour remplacement d'un jardin d'éveil à la charge des communes donc des parents me semblent ils.

programme à nouveau revisité...

suppression de postes 3000 (?) alors que tout le mode crie au sous effectif!

Il semble en première analyse que sous couvert d'économies impératives le gouvernement mette en place un déshabillage du public au bénéfice du privé donc une école à deux vitesses ceux qui ont de l'argent et les autres. Mais au-delà je reste sec sur la qualité de l'enseignement et ses objectifs.

Le débat de ce matin certes intéressant, porte finalement peu sur le contenu des programmes et  leur mise en application mais plus sur un changement  et le développement de la résistance au changement car les objectifs, selon les enseignants, ne sont pas bons.

Voilà quelques sujets de réflexion pour tes billets sur le changement de l'éducation nationale ou dans l'éducation nationale.

Comment parler d’un sujet que je ne connais pas? Le paradoxe, l’analogie.

Passage en force ?

Tout d’abord, ça ressemble aux résultats usuels d’un changement qui est passé en force. La base n’est pas consultée, or il n’y a qu’elle qui sait ce qui se passe sur le terrain. Sans son concours, difficile de faire réussir quoi que ce soit : on est totalement aveugle, le moindre petit dysfonctionnement, évident pour l’enseignant, devient un obstacle majeur.

D’un autre côté, comment faire autrement que passer en force ? Le spectacle que donnent les enseignants est celui d’une opposition systématique. Je me demande d’ailleurs s’ils ne considèrent pas le Président de la République comme le mal absolu. Pourquoi négocier avec le diable, ça pourrait le faire réussir, non ?

Problème : la victime n’est pas l’enseignant, mais l’enseigné. Avec les conséquences que l’on connaît : l’école à deux vitesses n’est pas un risque, mais une certitude, elle est parmi nous depuis plusieurs décennies. Les banlieues nous le rappellent.

Drame de l’irresponsabilité ?

Ce type de réponse est usuel dans l’entreprise, chez le management. Il « hurle avec les loups » : il explique à ses équipes que leur P-DG est incompétent, que ses nouvelles idées sont mauvaises. Problème ? Anxiété d’apprentissage : le management ne sait pas comment mettre en œuvre ce qu’on lui demande, seule solution : dire que c’est mauvais.

J’ai eu récemment à discuter d’autres réformes de l’état : hôpitaux, université, ministères. À chaque fois, j’entends la même chose, mais je constate que ces établissements ont une latitude d’action inattendue. Les résultats de la réforme sont entre leurs mains ! Et, en plus il semble qu’il y ait consensus sur ce qu’il faudrait faire !

La réforme des hôpitaux semble ultra libérale, et pourtant j’ai rencontré des dirigeants qui en ont fait une victoire du service public, et qui sont vus avec admiration par tout le monde.

Les directeurs d’école n’ont-ils pas, eux-aussi, une grosse responsabilité dans ce que donnera cette réforme ? Rappelons-leur qu'une stratégie n'est pas bonne ou mauvaise, elle est ce que l'on en fait.

Le parent donneur d’aide ?

Tout cela ne résout pas le problème de Dominique Delmas. On lui annonce que ses enfants vont être des victimes et que l’on s’en lave les mains. Jouer l’irresponsabilité n’est plus une option. Deux pistes :

  1. Il peut rappeler à l’enseignant ses responsabilités, faire croître son anxiété de survie.
  2. Plus efficacement, il peut abaisser son anxiété d’apprentissage, en cherchant à l’aider dans sa nouvelle tâche. Vous nous annoncez que la réforme est une catastrophe pour nos enfants, que comptez-vous faire pour que les conséquences n’en soient pas désastreuses ? Comment pouvons-nous vous aider ? En plus de vingt ans de changements continus, j’ai constaté que ceux qui hurlent avec les loups ont souvent d’excellentes solutions en tête. Mais il faut qu’ils les expriment pour qu’ils s’en rendent compte. 

Compléments :

samedi 10 janvier 2009

Le triomphe des OGM

Monsanto et ses OGM : anticycliques ? Monsanto boosted by South American demand (Hal Weitzman, FT.com, 7 janvier) : sur le dernier trimestre (jusqu'à fin novembre), le résultat net de Monsanto a été de 556m$, contre 256 prévus. Raison ? Essentiellement le Brésil et l’Argentine.

Au début des années 2000, on donnait Monsanto pour mort. Et pourtant, c’est une des entreprises mondiales les plus rentables. Elle est promise à l’avenir le plus brillant. Que s’est-il passé ?

Monsanto est une très ancienne société, originellement un chimiste. Après plusieurs décennies de recherche, elle commercialise en 1996 ses premières semences génétiquement modifiées, coton et soja, et du blé quelques temps après. L’intérêt ? La plante n’a pas besoin d’herbicides pour se défendre contre les parasites, ou, au contraire, elle devient résistante à l’herbicide, ce qui permet d’en utiliser plus, sans la tuer.

Mais l’innovation est un échec : réaction brutale de pays riches (notamment le Japon, l’Europe et l’Australie), qui mettent en place des politiques d’étiquetage à l’effet dissuasif.

En 2000, Monsanto, fortement endettée, est achetée par Pharmacia, qui la dépossède de son activité pharmaceutique et remet sur le marché l’activité agricole, en 2002.

Surprise, les affaires de la société se redressent. Elle se concentre sur ses quelques produits les plus prometteurs, et sur les pays les moins regardants : États-Unis et pays pauvres. Un grand succès : le Brésil, deuxième producteur mondial de soja, commence par interdire les OGM, mais ses producteurs se fournissent en contrebande, ce qui amène finalement le pays à autoriser la production de soja transgénique.

Aujourd’hui, l’entreprise, qui se trouve quasiment en situation de monopole, est très rentable et connaît un développement rapide. Elle poursuit de manière quasi monomaniaque le développement de nouveaux produits transgéniques, ayant construit des laboratoires de recherche et développement qui sont de véritables machines de guerre, l’obsession de leurs dirigeants étant de sortir de plus en plus vite des produits de plus en plus performants.

2 réflexions :
  • Monsanto est l’idéal type de l’entreprise américaine, déterminée et concentrée sur son objectif, quasiment indestructible. Le titre de l’article dont j’ai tiré ce résumé « betting the farm » (ça passe ou ça casse) dit tout.
  • Il me fait penser à la théorie de Polanyi. Notre histoire récente est celle de l’illusion du marché. Cette illusion détruit tout ce qu’elle touche, c’est pour cela que les pays riches veulent s’en protéger, en l’expédiant chez ceux qui ne peuvent le faire. C’est la même chose pour les OGM : les pays riches en ont peur et les ont vendus aux pauvres. Eux n’ont pas les moyens d’être inquiets. Le capitalisme a besoin de pauvres et se les fabrique ?
Compléments :
  • Schonfeld, Erick, Betting the farm, Business 2.0, Septembre 2005. Les Américains ne semblent pas plus favorables que les Européens aux OGM, seulement ils ne savent pas qu’ils en consomment. C’est du moins ce que dit cet article, pro OGM.
  • POLANYI, Karl, The Great Transformation: The Political and Economic Origins of Our Time, Beacon Press 2001.

Le financier face au risque

Du type d’erreur que continue à commettre le financier.

Un article dont j’ai parlé (L’illusion de l’économiste) disait que les financiers utilisaient de plus en plus les calculs de risque qui ont suscité la perte de l’économie mondiale. L’erreur commise est amusante :

Quand des modèles compliqués sont utilisés pour créer des produits financiers, le concepteur étudie l’historique des prix. Si historiquement les prix tendent à augmenter, et le risque est apparemment bas, cela va devenir la prédiction pour l’avenir. Ainsi une bulle est créée. Des prix croissants entrent dans le modèle augmentant les valorisations et augmentant encore plus les prix.
Benoît Mandelbrot explique depuis longtemps que ces modèles de risque (basés sur la loi de Gauss) sous-estiment l’exception. Ils modélisent le régime normal, alors que le risque, c’est justement ce qui ne l'est pas. Or, les exceptions sont, presque, la règle de la finance. Bill Gates est plus riche qu’un million de fois la moyenne américaine. Les crises, dans lesquelles nous passons la moitié de notre vie, font plonger les marchés de manière colossale par rapport à leurs fluctuations « normales », seules préoccupations des modèles financiers. Les lois dites « de puissance » semblent plus conformes à la réalité, dit-il.

On peut s’amuser de la stupidité de nos « élites ». Mais notre sort est entre leurs mains.

Pas possible de les contrôler. Ils ont une vie à plein temps pour produire des formules incompréhensibles et erronées. Où chercher une solution ?

  • Mon idée ordinaire est de favoriser les arrangements qui forcent le financier à décider en groupe. L’individu seul est susceptible à l’idée fixe et à l’entourloupe, lorsqu’il rencontre une difficulté. Le groupe a plus de chances d’être parcouru par plusieurs idées et sa capacité de traitement de la complexité est supérieure à celle de l’isolé.
  • Pour Montesquieu, la liberté de l’homme doit être assurée par des forces sociales qui s’annihilent (contre-pouvoirs). Ce système n’est pas immobile : la nécessité partagée le met en mouvement. Il faut que tout le monde soit d’accord. C’est ainsi qu’est construit le système démocratique : législatif, exécutif et judiciaire. Et si l’on essayait de trouver une organisation qui paralyse la décision du financier ?

Complément :

  • Mandelbrot, Benoît, Taleb, Nassim, A focus on the exceptions that prove the rule, FT.com, 23 mars 2006. L’usage des lois de puissance en économie semble devenir petit-à-petit à la mode. The Economist de la semaine dernière cite un jeune économiste prometteur, Xavier Gabaix, qui s’en sert (International bright young things). Par ailleurs l’organisation d’Internet semble obéir à ce type de lois (WATTS, Duncan J., Six Degrees: The Science of a Connected Age, W. W. Norton & Company, 2004).
  • Ce qui a décuplé l’efficacité de ces erreurs : une fois que les financiers ont cru qu’ils possédaient des mesures de risque, ils ont assemblé des produits complexes, dont les risques étaient la combinaison de ceux des produits sous-jacents. Toute l’économie a été contaminée. Et, quand on a commencé à douter des composants du mélange, l’économie a pris le contre-pied de ce qu’elle avait fait jusque-là : comme elle était méfiante, elle s’est mise à se protéger excessivement, asséchant les flux financiers. (PERSAUD Avinash, How risk sensitivity led to the greatest financial crisis of modern times, www.voxeu.org, 7 octobre 2008.)
  • Les groupes ne sont pas sans reproche : risque de consanguinité. Galbraith (Crash de 29 : contrôle impossible) montre que la classe dirigeante américaine (qui est équivalente à la classe financière) est très homogène en termes de valeurs. Du régulateur à Madoff, il n’y a en a pas un pour racheter l’autre. Le phénomène est ancien (présent en 29, et certainement avant). Comment apporter à ce monde replié sur lui-même un peu de diversité ?
  • Sur Montesquieu, et, plus généralement, la question des systèmes qui assurent la liberté de l’homme : MANENT, Pierre, Histoire intellectuelle du libéralisme, Hachette Littérature, 1997.

vendredi 9 janvier 2009

Galbraith superstar

Selon The Economist (Words of warning) les livres de Galbraith connaissent un regain d’intérêt.

En particulier celui qui parle de la crise de 29, et qui observe une déconnexion entre marchés et réalité.

Étrangement, ce livre a suscité le même type d’intérêt chez moi, pour les mêmes raisons : Crash de 29 : mécanisme, Toutes les crises se ressemblent.

Un temps pour innover ?

Martin Wolf dans Choices made in 2009 will shape the globe’s destiny (6 janvier, FT.com) semble vraiment très inquiet pour l’avenir des USA.

Je ne suis pas sûr de très bien comprendre son argument. Il semble dire que les USA sont partis pour relancer, par leur demande, l’économie mondiale. S’ils veulent remettre au travail leur population, il leur faudra une énorme quantité d’argent. Pire, ce sera le tonneau des Danaïde, si les pays émergents ne leur donnent pas un coup de main. Il parle des USA comme d'un pays ayant des « capacités de production de biens et services structurellement défectueuses ».

J’ai dit dans une série de billets que je croyais que les USA avaient détruit leur capacité de production ; que ça allait leur poser un problème : qu’échanger maintenant ?

La France serait-elle dans le même cas ? Après tout, elle aussi est « structurellement défectueuse ». Avons-nous donné à l’étranger nos secrets de fabrication au lieu de les pousser à développer les leurs ?

Si c’est le cas, personne n’a à y gagner. Imaginons que la Chine et l’Inde se mettent à produire les automobiles, centrales nucléaires, avions, aciers… mondiaux… Si nous ne produisons plus rien, il n’y aura pas d’échange et ils leur resteront sur les bras (ou ils devront se contenter de leur demande interne).

Si ce raisonnement est correct, nous devons acquérir de nouveaux savoir-faire, dont ils auront besoin bientôt, mais qu’ils n’ont pas encore perçus.

Compléments :

Communication et changement

De temps à autres, je me rends compte que je ne réponds pas aux questions qu’on me pose (Qu’est-ce que la résistance au changement ?). Voici que je viens de me souvenir qu’à chaque fois qu’un consultant m’écoute parler de mes livres, il me demande pourquoi j’oublie le rôle de la communication dans le changement.

John Kotter explique que le « leader » doit communiquer sans arrêt. C’est un consensus parmi les consultants.

Malheureusement peu de gens croient les paroles des consultants et des dirigeants. Comme les Sioux, ils pensent que ces derniers ont « la langue fourchue ». Ce sont leurs actes que l’on écoute.

Ce qu'expriment mes livres et mes missions est ceci. Le comportement de ceux qui veulent le changement doit dire deux choses :

  1. idée fixe : le sujet du changement ;
  2. optimisme : l’échec nous motive.

Si les actes du dirigeant, c’est un exemple, peuvent le trahir, il doit choisir des leaders du changement correctement motivés, et se placer dans une position de pilotage distante.

Compléments :

jeudi 8 janvier 2009

Le petit chef, mal français

Le blog Les cadres sur le divan publie un compte rendu d’interview, Boris Cyrulnik : "pratiquez la politesse en entreprise". La souffrance de l’employé vient du « petit chef ». C'est un tortionnaire.

Ce que ces idées m’ont inspiré :

Ne sommes nous pas tous des petits chefs ?

Qu’est-ce qu’être un petit chef ? Avoir raison même quand on a tort. Penser que les idées qui nous passent par la tête valent mieux que les lois de la nature.

Une étude citée par "Surtout ne changez rien", dit que "l’avis du Français moyen vaut autant que celui d’un grand professeur". Un ami universitaire qui, entre beaucoup d’autres, a créé une branche des mathématiques, a corrigé un théorème central à un prix Nobel… raconte des quantités d’anecdotes de cadres ou de dirigeants français qui ont essayé de lui démontrer qu’ils connaissaient mieux son métier que lui !

L’Éducation nationale est-elle là pour nous apprendre quelque chose ou pour nous sélectionner ? Une fois jugés supérieurs, ne sommes-nous pas supposés tout savoir ? N’est-ce pas notre caractéristique générale : nous pensons tout savoir sans rien connaître ?

Dans une comparaison France / USA, Pascal Baudry observe le comportement des jeunes mères. Eh bien la jeune mère française ressemble beaucoup à un petit chef. Les critiques qu’elle fait à ses enfants semblent sans rime ni raison. À moins qu’elles n’affirment sa domination ?

N’est-ce pas là ce que Michel Crozier appelle "le bon plaisir" : le Français se crée des petites bulles qu’il administre comme un noble d’Ancien régime.

Je me demande si, pour résister à un petit chef (à nous tous), il ne faut pas en revenir aux recettes de l’Ancien régime, relire Saint Simon et Molière. Quid de la stratégie du courtisan ? Ou du principe de l’honneur (cf. Montesquieu et Philippe d’Iribarne) ?...

Complément :

L’illusion de l’économiste

Dans un article de www.voxeu.com, Jon Danielsson explique que la crise actuelle vient en grande partie de ce que certains ont cru que le risque financier était calculable. Et ils persistent dans leur erreur.

Il me semble qu'il fait une erreur qui explique celle de ses collègues. Il pense que nous connaissons les lois de la nature et que c’est pour cela que nous pouvons construire des avions qui résistent aux hasards. L’économiste a cru imiter l’ingénieur. Mais les lois de la finance ne sont pas celles de la physique.

Eh bien si, les lois de la finance et celles de la physique ont beaucoup en commun, à commencer par le fait qu’elles ne prédisent rien avec certitude. Tous les ouvrages faits par l’homme sont susceptibles à l’accident, non par seule erreur humaine, mais parce que même la mécanique classique est victime du « chaos ».

Hayek s’est battu toute sa vie pour montrer à l’économiste l'illusion d'un positivisme béat. Flop.

Compléments :

  • Sur ce sujet : Les matheux à la lanterne, Crise : la culpabilité des geeks.
  • CALDWELL, Bruce, Hayek's Challenge: An Intellectual Biography of F.A. Hayek, University of Chicago Press, 2005.
  • Cet article dit aussi que les outils de mesure du risque devraient jouer un rôle clé dans le futur système de régulation. Il se pourrait donc que nous n’ayons pas beaucoup de temps pour répondre à la question du billet précédent…

mercredi 7 janvier 2009

Nom de l’Homo

Une question que je pose à la famille Delmas, mais qui s’adresse aussi au reste du monde : quel nom donner au prochain Homo ?

Dans un billet (Darwin et le changement) je note que l’homme semble avoir épuisé sa niche écologique, il serait donc logique qu’il soit remplacé par une nouvelle espèce adaptée aux conditions qu’il a créées (en supposant qu’il n’y ait pas une élimination complète).

Comment appeler ce nouvel homo, qui nécessairement n’est plus sapiens (intelligent, sage, raisonnable ou encore prudent dit Wikipedia) ?

De l’intérêt de se faire massacrer

The Strategic Logic of Nonviolence me fait revenir aux techniques démocratiques de lutte contre l’agression (La démocratie en guerre).

Une technique m’a marquée. C’est celle utilisée par la classe ouvrière anglaise au 19ème siècle et par Martin Luther King, après guerre. Organisez des défilés non violents là où votre opposition est la plus susceptible de réagir de manière déraisonnable. Si elle vous massacre, vous avez marqué un point : l’opinion publique révoltée décide de vous accorder quelques droits.

Une condition nécessaire au succès de cette tactique pourrait être un minimum de démocratie.

Sur ces techniques voir Grand expectations, et l’article Peterloo du Wikipedia anglais.

mardi 6 janvier 2009

Plutôt rouge que mort

Dans l’étude faite par The Economist sur le sort de la mer. Il y a des bons et des méchants.

  • L’Islande est un bon, elle a trouvé un moyen de sauver ses poissons. Une analyse scientifique définit la quantité de poissons qui peut être pêchée par le pays sans détruire l’espèce, et un quota de pêche est donné à chaque bateau islandais. Ces droits sont échangeables. Pour s’assurer que personne ne triche, les bateaux sont suivis par satellite et des inspecteurs s’embarquent à leur bord deux fois l’an.
  • Le mauvais, c’est l’Europe. Les règlements n’y sont pas respectés, et les politiciens y sacrifient le long terme à leur intérêt électoral à court terme. Pas de courage politique.

Paradoxe. The Economist a été créé pour défendre le libre échange, en particulier (et les valeurs anglaises du 18ème siècle, en général). Or, ce système de quota est l’envers du libre échange : l’Islande appartient à l’Islandais, pas question d’échanger quoi que ce soit avec l’étranger. Beaucoup mieux : c’est un système redoutablement policier, avec flicage par satellite, et inspecteur. Et, il y a même une planification centrale  « scientifique ». Amusant : « il (le bon système) est basé, c’est crucial, sur l’évaluation scientifique des stocks, pas sur les calculs électoraux d’un politicien ». Le dirigisme, c’est bien mieux que la démocratie ! Et il confirme : ce qui manque à l’Europe, c’est le « courage politique », mettre un frein au laisser-faire des pêcheurs.

Comment interpréter ? L’Anglo-saxon a peur, et veut sauver sa vie ; c’est là sa valeur première ? Du coup, il adopte ce qui semble le mieux à même de la sauver ? Plutôt rouge que mort ? C’est ça être pragmatique ?

Mais il sauve quand même la face : selon The Economist, ce qui rend efficace ce système est le « droit de propriété ». Parce que les pêcheurs ont un droit de propriété sur le poisson, ils en deviennent responsables.

Ce qui semble confirmer que ce droit, un des derniers qu’il cherche à préserver, est fondamental pour l’Anglo-saxon. Le jour où il le sacrifiera, l’espèce humaine sera probablement à l’ultime extrémité.

Complément :

  • Le projet fondateur de The Economist :

Established in 1843 to campaign on one of the great political issues of the day, The Economist remains, in the second half of its second century, true to the principles of its founder. James Wilson, a hat maker from the small Scottish town of Hawick, believed in free trade, internationalism and minimum interference by government, especially in the affairs of the market. Though the protectionist Corn Laws which inspired Wilson to start The Economist were repealed in 1846, the newspaper has lived on, never abandoning its commitment to the classical 19th-century Liberal ideas of its founder.

La démocratie en guerre

Lutte entre le Hamas et Israël. On reproche à Israël d’employer des moyens disproportionnés. Dans Le Monde, André Glucksmann se demande ce que seraient des moyens proportionnés :

Quelle serait la juste proportion qu'il lui faudrait respecter pour qu'Israël mérite la faveur des opinions ? L'armée israélienne devrait-elle ne pas user de sa suprématie technique et se borner à utiliser les mêmes armes que le Hamas, c'est-à-dire la guerre des roquettes imprécises, celle des pierres, voire à son libre gré la stratégie des attentats-suicides, des bombes humaines et du ciblage délibéré des populations civiles ? Ou, mieux, conviendrait-il qu'Israël patiente sagement jusqu'à ce que le Hamas, par la grâce de l'Iran et de la Syrie, "équilibre" sa puissance de feu ? A moins qu'il ne faille mettre à niveau non seulement les moyens militaires, mais les fins poursuivies. Puisque le Hamas – à l'encontre de l'Autorité palestinienne – s'obstine à ne pas reconnaître le droit d'exister de l'Etat hébreu et rêve de l'annihilation de ses citoyens, voudrait-on qu'Israël imite tant de radicalité et procède à une gigantesque purification ethnique ? Désire-t-on vraiment qu'Israël en miroir se "proportionne" aux désirs exterminateurs du Hamas ? Dès qu'on creuse les sous-entendus du bien-pensant reproche de "réaction disproportionnée", on découvre combien Pascal a raison et "qui veut faire l'ange, fait la bête". Chaque conflit, en sommeil ou en ébullition, est par nature "disproportionné". Si les adversaires s'entendaient sur l'usage de leurs moyens et sur les buts revendiqués, ils ne seraient plus adversaires. Qui dit conflit, dit mésentente, donc effort de chaque camp pour jouer de ses avantages et exploiter les faiblesses de l'autre. Tsahal ne s'en prive pas qui "profite" de sa supériorité technique pour cibler ses objectifs. Et le Hamas non plus qui utilise la population de Gaza en bouclier humain sans souscrire aux scrupules moraux et aux impératifs diplomatiques de son adversaire.

Le problème que semble poser le Hamas à Israël est qu’il est infiltré dans la population palestinienne (d’ailleurs, y a-t-il un trait clair entre les deux ?). Pour le frapper, Israël doit faire « des bavures », ce qui n’est pas permis à un état démocratique. D’une certaine façon le Hamas a mis Israël en contradiction avec ses valeurs.

Exemple de « stretch goal » ? Comment faire coïncider le désir de ne pas recevoir de missiles avec celui de ne pas faire de morts en représailles ? (D’ailleurs, un état démocratique n’est-il pas opposé à la peine de mort, même pour les tireurs de roquettes du Hamas ?)

Pas facile. Mais le jour où la démocratie aura résolu ce dilemme, elle aura fait la démonstration de sa supériorité. Il est possible que peu de régimes puissent alors lui résister.

Complément :

  • Ce problème me rappelle un compte-rendu de la campagne d’Égypte de Napoléon : les Égyptiens avaient été surpris que les troupes françaises jugent l’assassin de Kléber (Vivant Denon / Abdel Rahman El-Gabarti Sur l'expédition de Bonaparte en Égypte, Babel, 1999). L’exemple aurait-il, parfois, plus de persuasion que la force ?

lundi 5 janvier 2009

Vers une science communiste ?

En tout cas (suite du billet précédent), ce qui semble avoir le vent en poupe sont les théories de Governing the commons. The Economist observe que « les gouvernements doivent examiner les moyens de donner à ceux qui exploitent les ressources de la mer un intérêt dans leur préservation » (A sea of troubles).

Voilà que la mer devient un « bien commun ». L’économie est en train de redécouvrir le communisme. Mais, immortelle technique de conduite du changement, elle le repeint aux couleurs de l’économie traditionnelle : dans ce monde commun, il est possible d’échanger ses droits de propriété. Comme à la bourse. L’honneur est sauf.

Compléments :

Darwin et le changement

Scientific American de janvier (Darwin’s Living Legacy, de Gary Styx) explique que Malthus a inspiré Darwin. Malthus avait observé que les espèces tendaient à épuiser ce qui leur était nécessaire. Leurs conditions de vie changeaient alors, et l’adaptation se faisait par sélection naturelle de nouvelles espèces issues de variations aléatoires.

Il se pourrait que les prochaines générations puissent tester les idées de Darwin en direct. Il semblerait bien que l’homme ne soit pas loin d’avoir réglé son compte à sa niche écologique, et à celle de beaucoup d’autres espèces animales.

The Economist fait un état des Océans. Bien pire que ce que je pensais. J’avais lu que le réchauffement climatique pouvait bloquer les courants sous-marins et provoquer une nouvelle ère glacière. Mais je découvre que c’est toute la chaîne animale qui est attaquée. Les océans s’acidifient, parce qu’ils absorbent une partie du dioxyde de carbone qui ne contribue pas à l’effet de serre. Et cela condamne les animaux à coquille qui sont fondamentaux dans la chaîne alimentaire. Un exemple, parmi d’autres.

Ça montre l’échec de la science. Non seulement elle a été incapable de prévoir quoi que ce soit, mais surtout elle a repris le rôle des mythes dans les sociétés plus ou moins primitives : elle a servi à justifier le statu quo, à prouver que ce qui semblait bien à une personne ou à un groupe était ce qui était bon pour l’humanité. Management scientifique de Taylor ou Socialisme scientifique de Marx, et toute la « science » économique, basée sur les hypothèses culturelles de la classe commerçante anglaise du 18ème siècle. Cette dernière nous enseigne que l’eau, l’air… ne valent rien, parce qu’ils sont en abondance, et qu’ils ne demandent pas l’effort de l’homme pour être consommés. Elle nous dit aussi qu’il est bien de faire comme le commerçant, d’être égoïste, de ne penser qu’à son intérêt. Parmi d’autres résultats du même acabit.

Si la sélection naturelle faisait surgir une science qui ne soit pas de propagande, ça éviterait peut-être à notre espèce une très incertaine transformation.

Complément :

  • Un très bon livre sur le changement climatique, paru à un moment où The Economist doutait encore de sa réalité : The Little Ice Age: How Climate Made History, 1300-1850, de Brian Fagan (Basic Books, 2001).