mardi 17 février 2009

Surdité gouvernementale

La France a une image effroyable à l’étranger : des inconscients qui se révoltent pour un rien. Les événements actuels montrent que cela ne tient pas seulement à l’inconstance du peuple, mais à la façon dont il est dirigé.

La contestation universitaire vient d’horizons inattendus. Un ami professeur émérite, jusque-là très favorable au gouvernement, me dit que les universitaires ont le sentiment d’avoir été personnellement insultés. Les Antillais semblent partager ce sentiment.

Ce matin un pontife socialiste explique, à la radio, que le gouvernement n’entend que la crise, et que celui-ci est particulièrement sourd.

Notre président n’aurait-il pas mal interprété l’histoire : il a reproché à ses très sourds prédécesseurs, de n’avoir pas été assez « courageux », c'est-à-dire pas assez sourds ? De Gaulle, d’ailleurs, lui avait montré la voie. Il avait réformé l’état pour qu’il puisse imposer ses idées au peuple, en muselant tout ce qui pouvait ressembler à un contrepouvoir.

Et si la France n’était pas ingouvernable parce qu’anarchique, mais parce que considérée comme anarchique ?

Compléments :

Progrès à tout prix

Le principe d'anxiété, par Gérard Courtois : France stupidement anxieuse ?

Deux pièces à charge : les OGM qui ont été démontrées sans risque, et un démontage d’une antenne de Bouygues Télécom ordonné par un juge, qui estimait que bien que le risque ne soit pas démontré :

Dès lors que les plaideurs "ne peuvent se voir garantir une absence de risque", leur "sentiment d'angoisse" est donc légitime et le "préjudice moral" avéré, affirme ce jugement.

Conclusion :

Sauf à admettre une société craintive, affolée par la moindre innovation scientifique, minée par le sentiment de vulnérabilité, obsédée par le risque zéro. Bref, taraudée par la mort, puisque la vie elle-même, que l'on sache, présente quelque risque !

La France est peureuse, elle refuse le progrès ? Argument faible, j'en ai peur. Les Lumières appelaient progrès la prise de pouvoir de la raison sur les affaires humaines. Insensiblement le progrès est devenu avancée technologique, et on s'en sert dorénavant pour écraser toute velléité de débat démocratique (ce qu'est un jugement), toute tentative d'usage de la raison ! 

Qui aimerait avoir des antennes de téléphonie mobile à côté de chez soi ? L’histoire a montré que l’anxiété scientifique avait ses raisons d’être. Le cancer, par exemple, demande des décennies pour se manifester (cf. l’amiante, la radioactivité qui a été mise à toutes les sauces lors de sa découverte, ou même la cigarette).

D'ailleurs, ne peut-on pas avoir un progrès technologique avec un risque raisonnable : il y a sûrement un moyen d’éviter de placer des antennes à proximité d’habitations ? The Economist affirme que le capitalisme, et le progrès technologique, ont donné tort à Malthus : ils se sont renouvelés à chaque crise. Pourquoi seraient-ils incapables de trouver des moyens à risque minimal de nous nourrir ou de nous informer ? Serions-nous, et nos scientifiques les premiers, prisonniers d'une énorme paresse intellectuelle ? Les Lumières : une illusion ? Nouveaux âges des ténèbres ?

Compléments :

La banque torpille l’entreprise

La crise et sa créativité infinie en effets pervers, aujourd’hui la catégorie LBO.

Beaucoup d’entreprises sont surendettées. Les banques laissent vivoter les moins solides. Elles ne peuvent rien en tirer. Par contre elles utilisent la moindre excuse pour retirer leurs prêts des plus solvables, les condamnant de ce fait (Return to earth).

Fonds de LBO : temps difficiles

Famille et religion

Dans le même journal (billet précédent), je trouve une idée inattendue (Why do believers have more babies ?) : certains scientifiques pensent que de grandes familles prêtent au sentiment religieux.

Mary Eberstadt, a research fellow at the Hoover Institution in Stanford, California, has suggested several ways in which the experience of forming a family might stimulate religious feelings among parents, at least some of the time. She notes that pregnancy and birth, the business of caring for children, and the horror of contemplating their death, can stimulate an intensity of purpose that might make parents more open to religious sentiments. Many common family events, she reasons, might encourage a broadly spiritual turn of mind, from selfless care for a sick relation to sacrifices for the sake of a child’s adulthood that one might never see.   

Nouveau cercle vertueux : plus il y a de grandes familles plus la religion gagne du terrain et plus les familles s’étendent. Et inversement : dès que la famille se disloque la religion régresse.

Compléments :

Déchets nucléaires (suite)

Nouveaux déchets nucléaires :

Commentaire d’une photo d’un article d’Intelligent Life (The big chill) : « à Mourmansk, au moins 100 sous-marins nucléaires équipés de têtes nucléaires chargées gisent dans le port ».

Peut-être faudra-t-il envisager, un jour, de s’intéresser à ce type de déchets ?

(Déchets nucléaires.)

Stratégie de la Chine

La Chine semble vouloir s’assurer un accès sûr aux matières premières. Prise de participation dans Rio Tinto d’abord, mines en Afrique

La Chine aurait-elle peur des mécanismes du marché ? Tentative pour s’en extraire ?

Je tends à croire qu’elle cherche à stabiliser le monde, comme elle l’a fait jadis de l’Asie (Démocratie ou dirigisme ?). Autre possibilité : un monde à part avec une grande muraille autour ?

Mais ces stratégies peuvent-elles réussir dans un jeu dont les règles ont été créées par d’autres et pour d’autres ? (Dynamique Grande Bretagne, Méfiez-vous de l’Occident.)

lundi 16 février 2009

Dynamique Grande Bretagne

J’ai probablement sous-estimé la vitalité anglaise.

Un commentaire à un billet sur la Grande Bretagne laissait entendre qu’elle se sortirait rapidement de ses difficultés actuelles du fait de sa flexibilité. J’en doutais.

Or, il semble que l’économie du pays serait beaucoup moins financière que je le pensais : Industrie : le Royaume-Uni devant la France, explique que je faisais la même erreur que le président de la République. L’économie locale est diversifiée et inventive.

Britain's fallen star  prédit même une rapide sortie de crise. On a eu tort de comparer l’Angleterre à l’Islande (Waterloo anglais ?). Les banques pèsent lourd, certes, mais elles sont pour beaucoup étrangères. Leur mauvaise santé n’affecterait que modérément le pays.

Si le prix de la dette anglaise (ici aussi, sa situation initiale était meilleure que celle de la France) reste faible, l’Angleterre pourrait sauver son système financier, et profiter d’une grosse dévaluation de la Livre pour relancer son économie et exporter ses difficultés à l’étranger.  

Ne pas intégrer la zone Euro, pari risqué mais brillant ? La perfide Albion a plus d’un tour dans son sac ? 

dimanche 15 février 2009

Déchets nucléaires

Où sont passés les déchets nucléaires ?

Le nucléaire a le vent en poupe (Boum nucléaire). Jadis on s’inquiétait de ses déchets. Le problème serait-il résolu ?

Non. Il semblerait que l’on n’ait pas trouvé mieux que de les stocker. Mais, on ne sait pas où les mettre. On les laisse provisoirement à proximité des centrales. Un moyen de stockage qui ne résiste pas trop mal au temps (au moins sur un siècle) et aux terroristes (les centrales sont gardées et bétonnées)… 

Angleterre nombriliste

L’adoption de l’Anglais par la planète a un effet inattendu sur le citoyen britannique (English is coming) :

Notamment parce qu’il n’a plus à apprendre de langues étrangères, lui et ses journaux se désintéressent du monde extérieur, qu’ils perçoivent comme délicieusement hostile. 

Salaire des banquiers

Thomas Philippon étudie les banquiers et leur salaire.

  • Parallèle frappant entre les années 20 et maintenant. La déréglementation attire vers les banques l’élite universitaire, qui y donne libre cours à son génie inventif : « la régulation inhibe la possibilité d’utiliser la créativité et l’innovation de travailleurs éduqués et qualifiés ».  
  • Toutes choses égales par ailleurs, on a gagné, en moyenne, 40% de plus dans la banque qu’ailleurs.
  • Pourquoi les organismes de contrôle n’ont-ils pas été à la hauteur de leur mission ? Ils ne pouvaient pas payer autant que les banques et donc recruter des gens compétents.

L’individu est-il mécaniquement attiré par l’argent ? Pourquoi M.Philippon reste-t-il dans son université ? Ne pourrait-il pas gagner plus ailleurs ? Ou  pense-t-il qu’il n'y trouverait pas un travail aussi intéressant ? Pourquoi y a-t-il de pauvres gendarmes qui attrapent de riches trafiquants de drogue ?

Nos objectifs nous sont en grande partie enseignés par la société. Chester Barnard pensait que l’Amérique avait inculqué l’amour de l’argent à ses ressortissants pour les rendre malléables. Ça n’a pas eu que des avantages.

Compléments :

  • BARNARD, Chester, The Functions of the Executive, Harvard University Press, 2005.
  • Sur la modélisation par Merton de la décision humaine : Braquage à l'anglaise.

Technique de réforme de la France

S’il est parfois maladroit (Réforme de l’université), le gouvernement n’est pas toujours un réformateur inefficace. L’exemple de l’autonomie des Universités :

L'autonomie s'est trouvée alors parée des atours contradictoires que chacun voulait y voir. Les nostalgiques de 1968 et les rêveurs impénitents caressaient le mythe d'une autogestion enfin accordée. Les modernistes, de droite comme de gauche, se voyaient déjà à la tête de pôles d'excellence, délivrés d'une tutelle tatillonne et technocratique, les empêchant de grimper dans le classement de Shanghaï.

La France est une société d’individualistes qui se haïssent. Jouer sur ses divisions permet d’obtenir d’elle ce que l’on veut. On peut ainsi, par exemple, transformer la majorité en minorités hostiles les unes aux autres que l’on écrase les unes après les autres.

Est-ce la technique qui est employée aux Antilles ? Va-t-elle être dorénavant utilisée systématiquement ? En tout cas, elle est aussi vieille que le monde. Elle est fondamentale dans l’art du pouvoir chinois et elle a été poussée à un degré de sophistication étonnant par l’empire britannique. Elle est typique de l’individualisme.

Compléments :

Alain Bauer

J’aperçois deux articles parlant d’un certain Alain Bauer, dans le Monde. Puis, par hasard, je tombe sur une fiche biographique. Qui est donc cet Alain Bauer ?

Je m’attendais qu’on parle de lui à l’occasion d’une nomination considérable. Pas du tout. Il s’agit d’une chaire du CNAM ! Mais le cas est intéressant. Il me semble illustrer certaines de mes thèses :

I – il faut juger sur les actes pas sur les paroles

On se demandait ce qu’entendait le gouvernement par sa réforme de l’Université. En faire une copie conforme de l’Université américaine ? Pas du tout : la présidence crée une chaire d’université et nomme à sa tête une personne qui suscite la contestation de certains de ses pairs (Nous contestons la nomination de M. Bauer, par Michel Lallement, Christine Lazerges et Philip Milburn).

De la surdité, Surdité collective

II – Comment arriver à la tête d’un appareil

Alain Bauer a toutes les caractéristiques d’un champion de la conduite du changement. Il a une capacité admirable à arriver au sommet de toutes les organisations dans lesquelles il entre. Il est ou a été membre de tellement d’organisations que les citer revient à réécrire sa fiche biographique qui est d’une longueur et d’une densité sans beaucoup d’équivalents. L’exemple de ses postes d’enseignement, une infime partie de son activité (il a été notamment Grand maître du Grand Orient) :

De 1990 à aujourd'hui, Alain Bauer assure parallèlement des fonctions d'enseignant à l'Institut de criminologie de Paris (université Paris II-Panthéon Assas), aux universités Paris I-Panthéon Sorbonne et Paris V-René Descartes, à l'Institut d'Études Politiques (IEP) de Paris, à l'Ecole Nationale de la Magistrature, au Centre National de Formation Judiciaire de la Gendarmerie Nationale, à l'Ecole Nationale Supérieure de la Police, au Centre National de Protection et de Prévention (CNPP), au Center of Terrorism du John Jay College of Criminal Justice de New York (États-Unis), à l'Académie de Police criminelle de Chine et à l'Université de droit de Pékin. Depuis 2003-2004, il est également Secrétaire général de l'Institut des Hautes Études de Sécurité Intérieures (IHESI, devenu INHES, Institut National des Hautes Études de Sécurité), de l'Institut Alfred Fournier et de l'Institut Européen des Sciences du Religieux (IESR). Il est ou a été aussi Administrateur de l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS) et de la Fédération des Professionnels de l'Intelligence Économique (FEPIE). Valérie Pecresse, ministre de l'enseignement supérieur du gouvernement Sarkozy-Fillon, vient en outre de créer au Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM) une Chaire de criminologie qui lui a été immédiatement attribuée.

Et, à seulement 46 ans, il a publié une trentaine de livres.

Je dis parfois (Les appareils créent l’idéologie) que ne pas être alourdi par une pensée trop complexe est une condition favorable à une ascension rapide. Serait-ce le cas ici ?

Américanophile, il effectue au début des années '90 un stage de six mois à la Science Application International Corporation (SAIC), dont il est devenu par la suite Vice-président pour l'Europe. La SAIC, considérée comme une vitrine des services secrets américains, est un groupe administré par d'anciens directeurs de la CIA et travaillant essentiellement pour le Pentagone. Spécialisée dans les Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication, elle contrôlait notamment à l'époque la société "Network Solutions" qui gérait seule l'ensemble des noms de domaine sur Internet. Depuis cette période de "formation", Alain Bauer prône des méthodes policières répressives inspirées par certaines thèses sécuritaires en vigueur dans les milieux néo-conservateurs américains, parfois très peu compatibles avec le respect des libertés et le droit à la vie privée.   

samedi 14 février 2009

Que se passe-t-il aux Antilles ?

Il semblerait que l’on s’y agite. La cause serait une réforme présidentielle :

On vivait depuis cinquante ans sous le paternalisme gaulliste. Nicolas Sarkozy n'est pas du tout dans cette démarche. Il est là pour appliquer une logique libérale, sans se soucier ni du haut ni du bas de la société. L'Etat providence est en train de s'écrouler sous nos yeux et la situation prend de revers la classe politique locale.

On espère aussi quelques économies ?

La loi de développement économique, présentée au Parlement à partir du 9 mars, devrait incarner cette orientation fondée, selon le chef de l'Etat, sur "un développement endogène, créateur de richesses pour tous".

Les Antilles étant totalement dépendantes de la Métropole, soit ses habitants s'adaptent, soit ils crèvent. Enfin une réforme facile à mener. 

OGM et scientifiques

J’ai entendu cette semaine la radio parler d’une étude affirmant l’innocuité des OGM, et d’un article du Figaro qui nous aurait encouragés à suivre l’avis des scientifiques qui l’avaient rédigée.

Au passage j’ai découvert que démontrer les risques des OGM était à notre charge. Pourquoi l’industrie pharmaceutique n’a-t-elle pas, elle aussi, exigé que nous lui démontrions la nocivité de ses produits ? Plus d’autorisations de mise sur le marché. Grosses économies.

Idée suivante : pourquoi un scientifique devrait décider à la place de la nation ? J’en suis arrivé à l’étrange conclusion que le scientifique est la personne la plus mal placée pour prendre une décision qui engage la collectivité. Pourquoi ?

  • Depuis ses origines il a été étroitement spécialisé. Son opinion est exceptionnellement biaisée. Un facteur favorable à cette spécialisation est l’inadaptation sociale. Newton, par exemple, n’était pas loin d’être autiste. Lisez les biographies de grands scientifiques : je doute que vous ayez envie de leur confier la planète.
  • En fait, par construction, le scientifique est un irresponsable. Quiconque a fait des études scientifiques sait qu’à leur base, il y a l’approximation. On fait un modèle de la réalité, on en déduit des conclusions. On les applique, et on teste. Tant que ça ne va pas, on bricole. Une fois un résultat satisfaisant obtenu, on s’arrête. L’hypothèse scientifique majeure est là : sur le long terme nous sommes tous morts. Après nous le déluge et l’effet de serre. Le scientifique n’a pas d’enfants. L’exemple du « génie génétique » :

Principe : on a constaté que les gènes donnaient certaines propriétés aux êtres vivants, d’où l’idée d’utiliser le gène de l’un pour donner ses propriétés à un autre. En réalité, plus la science explore la génétique plus elle comprend qu’elle ne sait rien : par exemple, les gènes ne semblent pas aussi individualistes qu’on le supposait. Par ailleurs, le transfert de gène est, au mieux, un bricolage : on bombarde une plante avec un assemblage génétique complexe, en espérant que le gène intéressant saura trouver son chemin. Si la plante présente les caractéristiques désirées on a réussi. Sinon, nouveaux essais.

Comment va évoluer le nouvel être vivant ainsi créé ? Que va donner son patrimoine biologique bricolé ? L’agglomérat de gènes qui lui a été transmis ? Que vont-ils faire dans la nature ? Quel impact vont-ils avoir sur les êtres vivants qui vont les consommer ?... On n’en sait rien, c’est pour cela que certains scientifiques proposent d’adopter, pour s’assurer de l’innocuité des OGM pour la vie de la planète, les procédures appliquées aux médicaments. Cest un minimum. Ce minimum est au dessus de nos moyens : les tests nécessaires rendraient non rentables les OGM. On espère donc que les OGM n’auront pas d’effets néfastes.

Inutile scientifique ? Non. Simplement, il doit expliquer à la société ses étroites connaissances, et lui laisser faire ce qu’il ne sait pas faire : prendre des décisions. Chacun son travail.

Compléments :

La France dans la tourmente

Ce blog répète ce qui se dit ailleurs. Comme la France n'intéresse personne, je n'ai pas tellement d'idées sur ce qu'elle devrait faire face à la crise. Un début de réflexion.

Un récapitulatif pour commencer. Ce blog segmente en deux le monde :

  1. Les cigales. Les dépensières, Amérique en tête, dont les ménages et les entreprises ont fait d’énormes dettes.
  2. Les fourmis. Les mercantilistes (Chine, Allemagne et Japon), qui empilent plus qu’elles ne dépensent. Pas uniquement de l’argent, mais aussi des savoir-faire et des capacités de production dont elles privent les cigales, qui ne peuvent plus gagner leur vie, donc payer les exportations des fourmis. Le mercantilisme est une forme guerrière du protectionnisme.

La combinaison de ces deux phénomènes aurait créé la crise. Les cigales doivent reconstituer leurs stocks de protection et leurs capacités de production ; les fournis sont dépendantes de l’incurie des cigales : elles doivent apprendre à consommer et revoir leur stratégie de destruction du tissu économique adverse. Il semble que, pour une nation donnée, il y ait un équilibre à trouver : un niveau raisonnable d’exportation, de dette, de capacité de production nationale. Il correspond à l’état de robustesse actuel de l’économie mondiale ?

Et la France ? Elle est plutôt cigale. Mais pas excessivement. Manque de rigueur ? Son côté latin ? Ou mal américain, incorrectement diagnostiqué ?

  1. Le mal américain n’est pas le seul fait des banques. C’est la croyance qu’il suffit d’installer les lois du marché quelque part, pour que le meilleur des mondes en résulte. Pour l’entreprise cela signifie une gestion uniquement financière, et l’incapacité à développer son assurance sur la vie, l'avantage concurrentiel (ce qui demande une compréhension intime de son métier). Conséquence : entreprise peu durable, et, à terme, disparition de l’écosystème de sous-traitants qui vivait en symbiose avec elle. Or la crise est favorable à ce mal. Sous couvert de nécessaire rigueur, on fait ce qui serait bloqué en des temps meilleurs. On me dit, par exemple, que les opérateurs de télécom diminuent massivement leurs dépenses de recherche et de sous-traitance, pour maintenir leur rentabilité. Comme ils n’ont pas changé de modèle économique (construit sur la recherche et la sous-traitance), ils hypothèquent leur avenir. 
  2. La disparition des mammouths pourrait laisser de la place aux « jeunes pousses ». Mais la France leur offre-t-elle un terrain propice ?
  3. À ceci s’ajoute le mal anglais : l’injection des lois du marché dans le service public. La destruction de l’aide aux plus défavorisés qui en résulte a un effet pervers : il les force à économiser. Ce qui n’est pas bon pour l’économie.

L’élite française avait été contaminée par son admiration du modèle anglo-saxon. Sait-elle encore d'où viennent ses idées ? N’y voit-elle pas une invention originale (donc brillante) ?D'ailleurs, ne fait-elle pas face à un dilemme : gérer une entreprise en développant sa compétence est (apparemment) compliqué quand on ne connaît pas son métier, de même qu’utiliser le service public pour le bien collectif ? (Deux exemples d’anxiété d’apprentissage.) Risque de résurgence d'un vieux réflexe de notre élite : « du pain et des jeux » ? Encourager nos vices : subventionner certaines clientèles, tirer parti de nos penchants xénophobes…

Mais il n'y a pas que du noir dans notre culture : le pays est dirigé par des (anciens parfois) grands commis de l'Etat qui ont longtemps mis l'intérêt collectif avant le leur ; ils ont été formés pour résoudre des questions complexes. S'ils ne cèdent pas à la tentation de la facilité, ou à leur anxiété d'apprentissage, l'espoir est permis.

Compléments :

Crise aux USA : décodage

Barak Obama promet des centaines de milliards à l’économie. L’optimisme ne repart pas. Pourquoi donc ?

Axel Leijonhufvud, un économiste, propose une explication. Les bilans des entreprises et des ménages étaient déséquilibrés. Ils vont utiliser l’argent de Barak Obama pour rétablir l’équilibre. Et comme ils ont été douchés par la crise, ils vont pêcher par excès de prudence. Les subventions du gouvernement américain sont donc une goutte d’eau dans une mer d’inquiétude. Il donne trois exemples, qu’il est bon de connaître quand on veut parler avec des économistes :

  1. La crise japonaise. Une bulle immobilière (1990). Le gouvernement n’intervient pas directement sur les sources de déséquilibre. 15 ans de léthargie. Scénario probable d’évolution de l’Amérique.
  2. La crise suédoise (1992). Action musclée du gouvernement qui nettoie le système bancaire, en « fermant les banques insolvables et en isolant les actifs à risque ». Mais aussi en dévaluant sa monnaie ce qui stimule les exportations.
  3. La crise de 1930 : la guerre renfloue les entreprises, à tel point qu’elles sont suffisamment solides pour traverser la crise qui aurait dû résulter de l’arrêt des dépenses militaires.

« Quand tout le secteur privé a l'obsession de l'épargne, le gouvernement doit être dépensier ».

Ce qui semble inquiéter l’Amérique est que l’équipe Obama ne dépense pas bien. Elle apporte de l’argent, mais pas suffisamment : elle semble parier sur une reprise de l’investissement privé, qui ne viendra pas. Il faut faire du suédois : une quasi nationalisation. Mais nationalisation n’est pas américain. Le marché serait rassuré par une nationalisation dont il ne veut pas entendre le nom.

Si Barak Obama évite le scénario japonais, dit Axel Leijonhufvud, il y a risque de départ d’inflation. Et là le sort des USA sera entre les mains de leurs créditeurs, dont les prêts sont actuellement faiblement rémunérés.

Compléments :

vendredi 13 février 2009

L’Hôpital atteint du Mal anglais ?

Les étranges conséquences des lois du marché.

Hôpital français métamorphosé par la Tarification à l'Activité, selon Hippocrate, réveille-toi, l'hôpital est devenu fou !, par Christophe Trivalle

Notre travail n'est plus de soigner mais de remplir des lits ! Les médecins sont devenus des gestionnaires qui doivent rentabiliser au mieux chaque malade.

Fascinant : les lois du marché font instantanément de l’homme une marchandise. Notre morale et nos beaux principes n’offrent aucune résistance à sa main invisible.

Compléments :

De l’art du management

Siemens issues ban on external advisers annonce :

Europe’s largest engineering group, has underlined the challenge facing management consultants in the recession by ordering a ban on their use in a move it hopes will save it about €300m ($386m).

Siemens employait pour 300m€ de consultants pour rien ? Mais comment y prenait-on donc des décisions ? Mais, au fait,  quid de la décision d’éliminer ces consultants ? A-t-elle été longuement murie ? Ou était-ce une dépense qui ne résistait pas ?

Notre vie est entre les mains de l’économie, dont de tels dirigeants tirent les ficelles. Rassurant ?

jeudi 12 février 2009

Combattre l’anxiété d’apprentissage présidentielle

Suite de ce qui précède. Dans le programme présidentiel de Nicolas Sarkozy (Ensemble tout devient possible) se trouve la flexisécurité : le chômeur est payé 90% de son salaire et soumis à un programme de requalification musclé qui lui permet de trouver très rapidement un poste.

Pourquoi a-t-on enterré cette mesure ? N’est-elle pas particulièrement adaptée à la situation actuelle ?

  • Elle coûte cher ? Pas forcément : avec un système de réorientation et de formation efficace, le chômeur ne reste pas longtemps inactif.
  • Mais a-t-on un tel système ? Je soupçonne qu’avec un peu de bonne volonté on devrait pouvoir stimuler la demande d’emplois et aider l’offre à s’orienter correctement (n'y a-t-il pas d’énormes agences de l’Etat dont c’est la fonction ? Ne sommes-nous pas un pays dirigiste ?). Le plus problématique est peut-être la formation professionnelle. L’enseignement français tend à être théorique. Mais il a sûrement fait des progrès ces dernières décennies. 
  • D’ailleurs, l’urgence de la situation et notre faculté nationale à nous transcender dans une telle circonstance ne sont-elles pas des conditions favorables à une amélioration rapide et décisive de son efficacité ? Et notre président n’a-t-il pas le talent d’animateur qu’il faut à un tel changement ?

Complément :

Communication présidentielle

La France a l’image d’un pays protectionniste. Mais l’est-elle plus que d’autres ?

Elle a une industrie automobile qui souffre. Ce qui n’est pas le cas d’autres pays. Elle la secourt, ce qui semble une pratique acceptée. En échange, ceux qui apportent les ressources nécessaires (les contribuables français) semblent justifiés de demander qu’elles ne soient pas utilisées contre leurs intérêts. Tout à fait inacceptable ?

La République tchèque, grande bénéficière des délocalisations, s’indigne. Au nom de quoi ? D’une économie de marché qui a commis de grandes fautes ? Ses règles ne sont-elles pas, au moins provisoirement, suspendues ? D’ailleurs pourquoi ne parle-t-on pas plus des dysfonctionnements de la présidence tchèque de l’UE ? (voir le blog : Coulisses de Bruxelles, UE.) Et pourquoi, si la France veut être protectionniste, n’est-elle pas plus discrète ? Pourquoi semble-t-elle avoir le chic de se faire des ennemis ? (La Chine est un autre exemple : La Chine ne nous aime pas.) Et particulièrement les citoyens du monde qui ne semblent pas les plus irréprochables ?

Justification de la thèse que The Economist avançait lors de la prise de présidence de l’UE par la France (French connection) : gesticulations de notre président en direction de son opinion publique ? Pense-t-il qu’il faut nous payer de paroles, quitte à ce que notre image en pâtisse ? 

Serait-ce un pis-aller, masquant le désarroi d'un dirigeant pris de cours par une situation imprévue (Sarkozy en panne ?) ? Anxiété d’apprentissage ?

mercredi 11 février 2009

Réformons la réforme

Les réformes de l’université et la formation des enseignants. Suite d' enquête.

En termes de conduite du changement, zéro pointé.

  1. La réforme est vue comme une attaque personnelle par beaucoup (en premier lieu par ceux qu’elle veut aider ?) : "Ce pouvoir nous méprise et veut nous humilier", "ils veulent notre peau comme Thatcher a eu celle des mineurs anglais". La fracture universitaire, par Gérard Courtois
  2. Pour L'université française, malade du localisme et du corporatisme, par Guy Burgel le mécontentement des enseignants est une réaction de défense normale de toute communauté menacée dans sa légitimité et dans sa dignité. (…) L'université n'a pas besoin d'un retour du jacobinisme ni d'une cure immédiate d'indépendance, mais d'abord de la considération matérielle et morale de la nation, autant que d'une prise de conscience interne de ses forces et de ses faiblesses. On ne réforme pas une société simplement par la loi, mais par l'espoir en soi et la confiance des autres. C'est ce dont manquent le plus les universitaires.

Si la réforme passe, ceux qui doivent la mettre en œuvre se considéreront comme des vaincus, au mieux comme des méprisés. Brillante manœuvre !

Mais, au fait, à quoi servent ces réformes ? Valent-elles le mal qu'elles nous donnent ? Au milieu d’une crise ? Le gouvernement n’aurait-il pas mieux à faire ailleurs ?

Sur l’objectif quantifié de la réforme, rien. Mais sur ses dysfonctionnements, beaucoup. Exemple. Formation des professeurs : parents d'élèves, si vous saviez... explique que les nouveaux enseignants n’auront plus le loisir d’apprendre à enseigner. On compte sur leurs talents pédagogiques naturels. Enseignant : seul métier qui ne s’apprend pas ?

Sommes-nous gouvernés par des apprentis sorciers, ou ces réformes ont-elles des mérites que nous ne voyons pas ? Mais pourquoi le gouvernement ne nous a-t-il pas dit ce qu’il en attendait ? Peut-être aurait-on pu en discuter et lui donner quelques conseils quant à la façon de les réaliser ? D'ailleurs, n’est-il pas étrange qu'il considère les enseignants de l’université et les chercheurs, l’élite intellectuelle du pays, comme indignes d’une explication honnête ? Notre président s’affirme courageux. Pourquoi ne nous expose-t-il pas la raison de cette réforme ? En quoi elle va améliorer notre existence ?

Après bruit et fureur entre en scène une médiatrice. Elle semble bien accueillie. On va négocier.

Réagissant aux déclarations de Mme Bazy-Malaurie, Thierry Cadart, secrétaire général du SGEN-CFDT, a évoqué un "tournant" et l'ouverture d'"une vraie négociation". "On a en face de nous une personne ouverte au dialogue et qui nous dit qu'elle n'a pas d'a priori", s'est réjoui Yves Markowicz (Sup' Recherche UNSA), même s'il demande toujours "une réforme substantielle du décret"(Universités : nouvelle journée de mobilisation prévue le 19 février)

Mais ne  manque-t-il pas quelqu’un dans cette négociation ? Nous. Un accord entre gouvernement et enseignants prendra-t-il en compte l’intérêt réel de la nation ? Peut-on connaître cet intérêt sans le moindre débat ?

L’erreur est humaine. N’est-il pas temps que le gouvernement se demande comment ne pas la répéter ? Qu’il s’interroge sur ce que signifie gouverner une démocratie ? Sur la façon de mener une réforme dans un pays de gens dignes de respect et responsables ? Qui sait ? Peut-être découvrirait-il alors que ses prédictions sont auto-réalisatrices : nous considérer comme des êtres humains nous rend intelligents ?

Complément :

La presse et son avenir (suite)

Exposé de Jean-Dominique Prétet, qui dirige le groupe l’Alsace.

  1. Surprise : l’optimisation des moyens de production de l’Alsace est poussée très loin. A tel point que le groupe a été un des 2 ou 3 premiers au monde à adopter certaines technologies. Les gains de productivité sont importants (réduction d’effectifs de 150 personnes sur 600).
  2. Ce qui permet l’équilibre du groupe est son offre de gratuits. Malheureusement, elle est attaquée par la crise.
  3. L’offre Internet de l’Alsace a un succès respectable, mais perd de l’argent.
  4. Transformation permanente : nouvelles machines (j’apprends que la PQR est mieux équipée que les journaux américains !) ; couleur, format de journal régulièrement renouvelé ; diversifications (avortées) dans la radio, la télévision locale (pour tirer profit d’une grosse pénétration du câble), etc. énormément d’efforts, maigres résultats.

Jean-Dominique Prétet, malgré tout, est optimiste : il n’y a jamais eu autant de besoin d’information ; la Presse a toujours fait preuve d’un énorme dynamisme, elle arrivera sûrement à trouver une solution. Mais laquelle ?

Je m’interroge :

  • Cela va-t-il dans le sens de ma thèse : le moyen (gain de productivité) est privilégié, mais pas la fin (l’information) ? Certes, mais le taux de pénétration du titre est bon (52 voire 57%), y compris chez les jeunes. Peut-on faire beaucoup mieux ?
  • Et s’il y avait de trop gros investissements ? Mal français : nous attendons trop de la machine. Le meilleur compromis n’est pas machine sophistiquée + très peu de personnel, mais machine rustique + personnel un peu fourni.
  • Et les changements de format permanents ? Mode inutile, qui ne sert à rien ? Mais pas possible de s’y soustraire sans paraître poussiéreux ? Alors, faut-il trouver un moyen de la suivre à coût moindre ? Ne pas la voir comme une possibilité de gain (donc investissement), mais comme une perte sèche dont-il faut minimiser le montant ?

À suivre.

Ce qui manque à la presse ? De véritables entrepreneurs, Avenir de la presseFaire réfléchir les élites et former les massesMal de la presse.

mardi 10 février 2009

Château de cartes II

Scary if true : décidément, ce n'est pas robuste un système financier mondial.

Il semblerait que le 18 septembre dernier, le Fed ait in extremis évité une « panique bancaire électronique », qui est passée à deux doigts d’anéantir le système financier américain et, avec lui, le système financier mondial.

Château de cartes

Oséo se désintéresse des start up : début d’explication ?

Reprenant les informations du blog d’Olivier Ezratty (Oséo se désintéresse des start up ?), le Monde enquête (Les petites sociétés innovantes se sentent abandonnées) :

Effectivement, Oséo a significativement réduit ses crédits aux start up...

"Dans deux ans, quand l'économie redémarrera, la France souffrira d'un trou démographique de start-up", redoute M. Ezratty.

Les équipes d'Oseo Innovation en sont convaincues. Leurs dirigeants n'ont plus la main sur le personnel distribuant les aides en région. Celui-ci est rattaché à Joël Darnaud, un professionnel de la banque qui applique les méthodes de ce secteur. La distribution d'aides rapporte une prime à celui qui l'octroie. Ce qui incite à faire du chiffre, sans forcément s'attacher à la qualité du dossier, au caractère réellement innovant des produits et services dont il est censé financer l'élaboration.

La France serait-elle atteinte du mal anglais ? Lois de la concurrence et service public.

L’appareil, mal français

Je poursuis le fil de ma pensée : pourquoi « l’appareil » est-il si commun en France, de l’État à l’entreprise, en passant par le syndicat ?

Solution simple décrite très tôt par les sociologues (cf. Max Weber). L’appareil, c'est-à-dire la bureaucratie, est le résultat naturel de la rationalité : si vous savez où doit aller votre entreprise ou votre pays, il faut qu’ils soient organisés pour mettre en œuvre votre programme. Fonctionnement hiérarchique : le dirigeant décide, l’organisation exécute.

Mais la bureaucratie est aussi le résultat de l’individualisme. Si vous pensez avoir raison, vous êtes ramené au cas précédent.

La France est pleine d’appareils, parce qu’elle est pleine de gens qui ont raison. De ce fait, ils bâtissent des organisations à leur gloire. C’est pour cela que nos appareils reprennent le modèle de celui de Louis XIV, à peine amélioré par la Révolution (cf. Tocqueville, l’Ancien régime et la Révolution).

Le fil de ma pensée : Sociologie des syndicats, Les appareils créent l’idéologie.

Château de cartes

Fascinante fragilité du système économique américain.

Tous les crédits hypothécaires américains sont en train de faire défaut. Après les subprimes, à destination des insolvables, les prêts plus sûrs s’effondrent les uns derrière les autres. La catégorie supérieure est sinistrée, elle concernait des personnes susceptibles aux crises, et on y avait fait entrer quelques bataillons d’insolvables lorsqu’on a compris que les subprimes étaient discrédités. Et bientôt les crédits pour employés solvables : les licenciements massifs ont raison d’eux. (Move over, subprime.)

Dr Doom, Nouriel Roubini (Roubini: Anglo-Saxon model has failed), pour sa part, pense que le système bancaire américain a été incorrectement soigné. Il ne pourra pas reprendre un fonctionnement normal, et continuera à assécher l’économie pour les années à venir.

Je m’interroge. Est-ce qu’un système qui protégerait un peu mieux l’homme ne serait pas moins susceptible à de pareils effets pervers ? Et en lui offrant un peu de confort et de sécurité, peut-être l’encouragerait-il moins à se lancer dans des aventures insensées ?

Lois de la concurrence et service public

Public-privé, des ratés en série, par Virginie Malingre : le service public anglais récolte les fruits de ses réformes.

Je me souviens d’une mission, il y a quelques années, qui m’avait fait me pencher sur les aventures d’un organisme caritatif anglais. Une institution vénérable. De manière inattendue, ses dirigeants parlaient comme des consultants, des merveilles d’Internet. Avec un vocabulaire de consultants. Pas un mot sur leur métier ! Leurs projets mirifiques de transformation furent un désastre, bien sûr.

L’administration anglaise est gérée comme l’entreprise privée. On y parle de performance, d’objectifs, de concurrence... Et on y oublie la raison de son travail : les services sociaux laissent les parents battre leurs enfants à mort. D'ailleurs, il serait injuste d’accuser la seule administration britanique :

juste avant Noël, 100 000 fonctionnaires ont appris qu'ils avaient reçu pendant trente ans une retraite trop élevée. Et qu'ils verraient son montant diminuer pour compenser le trop-perçu de 140 millions de livres. Tout ça parce que l'entreprise Xafinity, qui s'occupe d'une partie des retraites des fonctionnaires du National Health Service et de l'armée, s'est trompée dans ses calculs pendant trois décennies !

Là aussi, juge M. Dunleavy, "c'est typique. On demande à ces sous-traitants d'être le moins chers possible. Et en même temps, l'administration perd son expertise sur ces sujets qui sont externalisés".  

Cette dernière phrase s’applique à beaucoup d’entreprises. Remplacer ses personnels compétents (donc chers) par des sous-traitants incompétents, donc bon marché, a été la mode mondiale des dernières décennies. C’est une des grandes raisons des délocalisations massives. Management financier. Il ne connaît rien à son entreprise, il n’a pas d’autre moyen de développer sa rentabilité que de sacrifier le long terme au court terme. Il brûle le van Gogh pour avoir un peu de chaleur. Les réformateurs de l'administration française tenteraient-ils d'utiliser un modèle qui n'a marché nulle part ? 

lundi 9 février 2009

Les paradoxes de l’individualisme

Jean-Paul Brighelli (La France de Dickens?) pense que la raison des réformes de la France est de donner à son capitalisme la main d’œuvre, illettrée et sans défense, dont il a besoin.

Le parallèle (toutes proportions, provisoirement, gardées) entre les résultats des réformes post 68, et l’Angleterre de la Révolution industrielle est frappante. Dans les deux cas les individus ont été ramenés à leurs seules défenses. Mais, il n’est pas sûr qu’il y ait eu volonté de nuire. Il suffisait qu’il y ait juste un vent de liberté individuelle.

Une fois l’homme sans carapace sociale, il devient un loup pour l’homme, les minorités exploitent les majorités, le moindre avantage est massivement amplifié, les malchances passagères conduisent à l’exclusion (J’irai dormir à Hollywood). Monde de Bill Gates et de SDF.

Alors qu’il a voulu ce monde à la gloire de son génie, l’homme y est impossible à distinguer de son prochain. C’est un moyen de production manipulé par l’offre et la demande.

Paradoxalement, c’est la structure sociale qui permet à l’individualité de se révéler. Comme dans l’exemple des formes initiales de syndicalisme, la société fonctionne comme un corps : elle réagit immédiatement aux signaux qui viennent des ses membres. Ses structures dirigeantes ne sont pas là pour imposer leurs caprices, mais pour coordonner une action de tous au profit que ceux qui en ont besoin.

Complément :

  • Sur la théorie de l’homme rationnel hors société : The logic of collective action.
  • Hier, RFI parlait  de Madagascar et d’une population qui ne comprend pas pourquoi elle demeure pauvre alors que les réformes de son gouvernement produisent une croissance de 7% l’an. Un lien avec ce qui précède ?

Les appareils créent l’idéologie

Pourquoi la France est-elle dirigée par des idéologues qui n’écoutent que leurs idées fixes ?

Étrange : tout ce qui peut avoir un peu de pouvoir en France est idéologique. Il est prisonnier d’idées simplistes auxquelles il croit plus qu’à sa vie (cf. nos leaders politiques et syndicaux). Il est comme une montre arrêtée.

Ma discussion sur le syndicalisme (Sociologie des syndicats) me conduit à penser que tout en France tend à devenir un « appareil », les confédérations syndicales, les partis politiques, les entreprises… Celui qui y réussit est avant tout un « politique », un habile manœuvrier. Il est tellement pris par ses manœuvres qu’il n’a pas de temps de construire sa pensée, ou d’en tester la validité. Peut-être d’ailleurs qu’une idée simpliste est un atout. Il sait qu’il suffit de réduire le temps de travail, ou d’installer l’économie de marché pour faire le bonheur universel. Ou il croit à son génie, inné. Pas besoin d’aller plus loin. J’ai vu quelque part qu’il valait mieux qu’un sportif ne pense pas trop : ça consommait une énergie nécessaire à son effort. Peut-être en est-il de même pour le politique ?

68 : victoire de l’individualisme ?

Je n’ai jamais eu d’idée claire sur 68. Si j’interroge mon inconscient, j’y trouve, peut-être, une révolte de jeunes bourgeois contre la tutelle de vieux poussiéreux, leurs parents. Le tout faisant un carnage du bien d’autrui ?

Je ne m’attendais pas à l’étendue du carnage. D’une part l’éducation nationale et son ascenseur social détruits, avec pour corolaire une France de classes (Éducation nationale : les bons sentiments m’ont tuée). Et maintenant les syndicats (billet précédent), dont je pensais le plus grand mal, avant de découvrir qu’ils avaient eu une utilité.

Comment expliquer ce qui est arrivé ?

  • 68 a été un moment de changement, les résistances au changement de la société ont sauté ? Elle devient malléable. Mais alors, comme je le répète, celui qui imprime son empreinte au changement est celui qui le contrôle (Geste qui sauve : contrôlez le changement). Deux hypothèses : un gouvernement qui l’a utilisé pour servir ses intérêts ; des deux côtés des barricades, les leaders venaient du même milieu (il en est de même pour les hommes politiques de droite et de gauche), pas étonnant que les réformes leur aient profité. (Si nous voulons que tout reste tel que c’est, il faut que tout change.)
  • Autre chose me frappe : c’est la simplicité des mesures qui ont abattu les syndicats et les écoles. Une sorte « d’effet de levier » d’une extraordinaire élégance. Faut-il y voir la marque d’un esprit exceptionnel qui a compris tout le parti qu’il pouvait tirer du brutal dégel des résistances françaises ? Nos cercles dirigeants n’ont-ils pas acquis une capacité à la manipulation admirable ? Par exemple, les dirigeants du Crédit Lyonnais et de France Télécom, deux inspecteurs des finances, n’avaient-ils pas paralysé totalement les systèmes qui devaient les contrôler ?
  • Une hypothèse plus simple : 68 a été la victoire de l’individualisme. La France baignait dans la croissance et la tranquillité depuis la guerre. À quoi pouvait bien servir toutes ces structures et conventions compliquées, sinon à brider le génie des nouvelles générations ? 68 a détruit les structures de la société, et a laissé les individus sans protection.  

Compléments :

  • Les flambeurs du Crédit Lyonnais, le scandale financier du siècle, Dossier du Canard Enchaîné, juillet 1997.
  • FAURIE, Christophe, Elie Cohen : les relations complexes entre l’État et France Télécom, Newsletter des anciens élèves de l’Insead, Janvier 2004.

Sociologie des syndicats

Un livre de Dominique Andolfatto et Dominique Labbé (La Découverte, 2007), que je conseille.
Mon intérêt pour les syndicats est neuf. Il vient de SUD (À quel jeu joue SUD ?), et du type de considérations du dernier billet : mais pourquoi donc les gouvernants de la France sont-ils des idéologues d’un autre siècle voire d’un autre millénaire ? Pourquoi ne reflètent-ils pas les idées du pays ?
Comme d’habitude, il y avait beaucoup de faux dans ce que je pensais.

Mes a priori
Pour moi les syndicats étaient des fossiles ne représentant plus que leurs dirigeants, et un passé mythique, au mieux. Des crypto-marxistes, proudhonien, trotskystes… sortes de belles au bois dormant, n’ayant rien perçu de l’évolution mondiale depuis la révolution russe ou la commune. The lost decade de Fitzgerald, étendue à un siècle ou deux.

Les origines : une organisation remarquable, des syndicats efficaces et pragmatiques
J’avais déjà entraperçu l’histoire des syndicats, mais rien ne m’en était resté. Difficile de suivre le fil de scissions sans fins. CGT et CGTU, puis fusion. CGT à nouveau. Puis CGT et FO, FO représentant la CGT initiale et la CGT étant colonisée par le parti communiste. Et la FEN qui éclate en UNSA et FSU, chaque morceau essayant de sortir de son fief. La CFTC qui devient la CFDT (laïque) + un reste de CFTC, qui, elle aussi, semble devoir se séparer en une composante fondamentaliste, et une composante laïque. Le Groupe des 10, qui devient SUD. Presque plus de syndicats que d’adhérents.
Première surprise, avant guerre 50% de syndiqués, fort syndicalisme après guerre, puis décroissance, mais un palier long et dynamique à 25%, jusque dans les années 70. Les syndicats n’ont pas toujours été ce que je croyais. Ensuite c’est la chute : 8 à 9% d’adhérents, pas plus.
Initialement ils ont suivi le chemin des autres pays : le pragmatisme a rapidement repoussé les idéologies. Les idéologies actuelles ne viennent pas des origines ! Je ne m’attendais pas à cela. Et les syndicats ont été des organisations remarquablement conçues. Les grèves les plus efficaces partent du mécontentement « d’une catégorie de personnels » (infirmières, cheminots…). Le syndicat initial était construit autour de ces communautés d’intérêt. Il les reliait par des structures qui les coordonnaient et les rendaient efficaces (en leur fournissant des négociateurs qui n’étaient pas susceptibles à la pression, en partageant les frais généraux…). Grands nombres de bénévoles qui apportent des services d’entraide.

68 : les syndicats, appareils sans base
Je vais de surprise en surprise. 68 : réforme des syndicats. Les communautés d’intérêt sont remplacées par des organisations uniformes, les syndicats d’établissement. Les « confédérations » deviennent des appareils très proches de la structure de l’État français : avec leurs « préfets » et « sénateurs ». Le pouvoir central est appuyé par des hordes de permanents payés par l’État et les entreprises. À nombre d’adhérents égal, les syndicats français ont 20 fois plus de permanents que les syndicats allemands ! Ce sont des technocrates. Ils n’écoutent plus, ils savent. Ils font carrière. Plus de bénévoles. Les adhérents ? Aucun intérêt, le syndicat nage sous les subventions, les cotisations ne comptent pas pour lui, pas plus que les problèmes des syndiqués. Et quelle démocratie ! Les dirigeants s’auto-reproduisent. Ils sont nommés par leurs prédécesseurs, la base approuvant ce choix par son vote.
Un paradoxe auquel on s’est habitué. Les syndicats ne sont pas là où l’on a besoin d’eux. L’injustice ce n’est pas pour eux. Ils ne se battent pas contre la précarité. Ils ont disparu du secteur privé. Non, ils servent à accroître les « avantages acquis » des personnels dont l’emploi est garanti. Pour cela ils prennent en otage l’économie et l’usager. Que disent les sondages ? Celui qui aime le syndicat est l’intellectuel ! Celui qui le déteste est celui qui en a besoin !

Un syndicalisme à la solde de l’employeur
Le syndicat est le meilleur ami du patron ? À la réflexion ce n’est pas surprenant : le syndicat est majoritairement financé par l’employeur et les pouvoirs publics. Et puis, en s’aliénant l’employé, le syndicat l’a privé de toute défense. D’autant plus que les syndicats d’établissement forcent les représentants du personnel à affronter leur employeur (auparavant la négociation se faisait avec des professionnels extérieurs) : les syndicats (CGT comprise) signent systématiquement ce qu’on leur demande de signer. On en arrive aux conventions collectives. Ces conventions, qui font office de lois, sont débattues entre employés et syndicats, ou représentants du personnel. Il suffit qu’un syndicat les accepte pour que tous les employés du secteur concerné soient engagés. Et il y a toujours quelqu’un pour signer !
L’avenir ? Faute de représentation, la France sera le théâtre « d’imprévisibles flambées de colère »

dimanche 8 février 2009

Oséo se désintéresse des start up ?

C’est ce que semble dire Olivier Ezratty (Alerte : Oséo asphyxie les startups !)

Une partie du budget de financement des start up d’Oséo serait allé alimenter son programme PME. Or, non seulement la start up porte l’avenir, mais encore, elle manque chroniquement de financement en France.

Oséo aurait donc choisi le court au long terme. Est-ce une application des recommandations de Péril jeune ? Ou une pièce à verser au dossier du procès d’intention que je fais au président de la République (Sarkozy imite Bush ?) ?

Sarkozy imite Bush ?

On n'a pas besoin de lumière, quand on est conduit par le Ciel.

Nicolas Sarkozy aurait-il emprunté la piste de George Bush ?

L’histoire américaine de ces dernières années semble assez mal connue en France. Il y eut d’abord la Nouvelle économie, dans les années 90, sorte de millénarisme : l’économie de marché avait gagné le monde, plus de crise, une croissance comme on n’en a jamais vu. Enron en prophète : il faut installer le marché au sein même des entreprises. D’ailleurs, grâce à Internet, elles sont devenues inutiles, elles vont disparaître. Il n’y aura plus qu’un marché et qu’une offre atomisés. Et une petite élite pour en tirer les ficelles. Éclatement de la bulle Internet. Violente réaction de la population : mort aux escrocs ! Les dirigeants d’Enron et de Worldcom sont condamnés à un quart de siècle de prison. George Bush, candidat de la morale, est réélu triomphalement. Triste diagnostic : George Bush est le pyromane en chef ! Pour éviter une crise, l’État américain regonfle la bulle et les Neocon triomphants redonnent un lustre nouveau à l’idéologie de la nouvelle économie. C’est notre crise, « the big one ». Cette fois-ci l’élite économique anglo-saxonne doute.

Je n’ai pas une grande connaissance de Nicolas Sarkozy, mais ce que l’on en dit fait apparaître un possible scénario d’interprétation de sa logique. Je vais donc lui faire un procès d’intentions.

Je suis frappé par le flou de son programme. Il est possible qu’il ne soit pas flou à dessein, mais que son moteur soit « travailler plus pour gagner plus », qu’il cherche à installer une sorte d’économie de marché basée sur la concurrence, qui amène miraculeusement, sans avoir rien à faire, au bonheur éternel. C’est ce que  pensait Adam Smith (« main invisible »), ce que croit toujours la plupart des économistes et des scientifiques du management (tous enfants de Smith), et les néoconservateurs.

Si c’est le cas il y a peu de chances qu’il ait renoncé à cette idée : elle est peut-être sienne depuis ses origines ; il est difficile de changer, quand on n’a pas d’idée de rechange (« anxiété d’apprentissage ») ; et contrairement aux Anglo-saxons il n’a pas été frappé en pleine face par l’échec de ses convictions. Au contraire, le modèle français semble réussir (La France comme modèle ?). 

Le danger n’est pas là. Il est dans le déficit de l’économie française. Un article du Monde disait que les dernières mesures annoncées étaient une « concession sociale à la dureté des temps ». C’est exactement cela dont nous n’avons pas besoin : de concessions. Le consensus mondial veut une relance massive. Or, la France n’a pas besoin d’être encouragée au manque de rigueur. Or, entre deux mesures d’effets équivalents, il peut avoir des conséquences à long terme extrêmement divergentes. Le micro crédit de Mohamed Yunus fait des miracles, alors que les énormes fonds de la Guerre à la pauvreté des gouvernements américains d’après guerre se sont perdus dans les sables. S’il faut une relance, ses effets doivent être étudiés avec soin, et sa mise en oeuvre contrôlée. Pas un chèque en blanc.

Parce que George Bush croyait proche une ère de béatitude, il a accumulé sans inquiétude d’énormes déficits. Des déchets radioactifs dont il n’est pas certain qu’ils n’ont pas définitivement hypothéqué l’avenir du pays. C’est ça l’idéologie : la foi remplace la pensée. Pour nous ses conséquences seraient d’autant plus graves qu’il y a peu de chances qu’un Obama succède à un Bush : en France un idéologue en cache un autre. Martine Aubry semble en être restée aux luttes sociales du début du siècle, son credo ? Avancée sociale = réduction du temps de travail.

Compléments :

UE : intégration forcée

Ce qui ne me tue pas me renforce.

Le processus d’intégration européenne tend à raboter progressivement la liberté de manœuvre (et de nuisance) des membres de l’UE (L’Europe est-elle une communauté ?). Il pourrait encore gagner en vitesse.

La différence de performance de ses économies, la soumet à de terribles forces centripètes (Les marchés parient sur l'explosion de la zone euro). L’Allemagne grogne (L’Allemagne ne nous aime pas). Mais c’est elle qui a le plus à perdre de la dislocation de l’Europe. Il faudra donc aller au secours des brebis galeuses (et la France pourrait bien en devenir une). Ce qui signifie, en contrepartie, « un contrôle beaucoup plus envahissant des budgets des membres » (High tensions).

Dieu et précarité

Des chercheurs (Unfinished business) pensent qu’il y aurait corrélation entre croyance en Dieu (et rejet du Darwinisme) et « intensité de la lutte pour la survie » :

Dans les pays où la nourriture est abondante, la sécurité sociale est universelle, et le logement accessible, les gens croient moins en Dieu que là où la vie est précaire.

Par ailleurs, il est dit que « 15% des (Américains interviewés dans un sondage) approuvaient la proposition selon laquelle le développement humain s’est déroulé sur plusieurs millions d’années » ». Pour plus de 50% de la population amércaine la théorie de l’évolution est fausse (contre 25% de certitude du contraire).

L'opinion des chercheurs rejoint une observation de l’ethnologue Malinowski (Religion et changement) : il avait noté chez les peuples primitifs que la magie commençait là où commençait l’incertitude que la technique ne savait pas maîtriser. Et que la religion avait un rôle social : dicter au groupe ce qu’il devait faire aux moments où il risquait de se désagréger.

Si c’est vrai,  en environnement incertain, la religion serait-elle une forme de superstition individuelle ? Et / ou un garde-fou nécessaire à la cohésion de la société ? Là où la science semble fonctionner, fait-elle office de religion ?…

Juifs et Arabes : cohabitation pacifique

L’Espagne montre que c’est possible.

Une étude (voir Religious effects) affirme que 19,8% de la population a des origines juives, contre 10,6% arabes.

Inattendu. Je pensais que les juifs avaient été expulsés en 1492, et que les Arabes, ayant dominé le pays pendant 8 siècles, avaient dû y laisser un important héritage.

En fait, il semblerait qu’une partie de la communauté juive a renoncé à son identité et s’est dissoute dans la population locale. Quant aux conquérants, ils sont peut-être restés entre-soi ? 

600

J’ai pris une nouvelle centaine.

Quoi de neuf ?

  1. Je trouve des articles intéressants dans le Monde. Un espoir pour la presse ?
  2. Contrairement à ceux des autres blogs, mes billets ne sont jamais achevés. Ils sont une étape dans une réflexion qui n’est jamais aussi satisfaisante que lorsqu’elle découvre qu’elle s’était trompée. C’est cela l’intérêt qu’a l’écriture d’un blog pour moi. Mais il doit être difficile à suivre pour le lecteur non averti, ou occasionnel.
  3. Les psychologues de l’apprentissage parlent « d’habituation ». Progressivement, je ne fais plus attention à l’opinion du lecteur. Et pourtant, je n’écrirais pas de la même façon (et beaucoup moins) si ce n’était pas un acte public.
  4. La discipline du blog n’est pas encore naturelle. L’équilibre entre anciennes et nouvelle activités se cherche. 

samedi 7 février 2009

Péril jeune

Un mathématicien démontre qu’il vaut mieux rejeter à l'eau les gros poissons que les petits.
Si j’ai bien compris son argument : le gros est prévisible, quand il a peu à manger, il maigrit, sinon il grossit. Le petit crève en cas de disette, et quand il y a trop de petits, ils ravagent leur écosystème, et on est ramené au cas précédent. Un monde de petits est chaotique. Application à la pêche : relâchez le gros, gardez le petit. Les pêcheurs faisaient le contraire. Pensaient-ils que le petit c’est l’avenir ?
L’article précise que notre mathématicien, avant de s’intéresser à la pêche, a longtemps travaillé pour les banques…

Complément :
  • Un appui de poids. Jean-Baptiste Say disait que la société perd plus avec la disparition d’un adulte qu’avec celle d’un enfant. (SAY Jean-Baptiste, Cours d’économie politique et autres essais, Flammarion, 1996.)
  • Autres applications des mathématiques à la finance : Crise : la culpabilité des geeks.

Sauvons la planète : tous végétariens

La production de viande contribuerait massivement à l’effet de serre :

18% des émissions à effet de serre (le bœuf, principal coupable), contre 21% pour la production d’énergie, 14% pour les transports, 12% pour l’extraction d’énergie fossile, 12% pour l’agriculture, 10% pour le résidentiel, 7% pour la fabrication, 4% utilisation du sol (transformation de l’environnement à l’usage de l’homme), 3% pour l’élimination et le traitement des déchets.

Accélérons le trafic : moins de rues, 0 signalisation

Les paradoxes de la route :

  • L’automobiliste étant égoïste, il cherche à aller le plus vite possible, sans s'intéresser aux autres. Tout le monde faisant pareil, il en résulte des bouchons (ce comportement lui ferait perdre 30% de son temps de parcours). Étrangement, éliminer des options (des routes) permet d’accélérer le trafic.
  • Supprimer les signalisations et voitures, cyclistes et piétons sur la même route : force tout le monde à faire attention. La circulation s’améliore. (Une technique utilisée en Europe du nord.)

L’homme laissé à lui-même est peu efficace, il a inventé la société pour le guider. Confirme la théorie de la rationalité limitée d’Herbert Simon, infirme la « main invisible » d’Adam Smith ?

  • SIMON, Herbert A., Administrative Behavior, Free Press, 4ème edition, 1997.
  • GROSSACK, Irvin M., Adam Smith : His Times and Work, Business Horizons, Août 1976

vendredi 6 février 2009

Ce qui manque à la presse ? De véritables entrepreneurs

Marcel Gauchet (Marcel Gauchet : "Où sont les lecteurs ? Aux abris en général...") va dans mon sens : la crise de la presse vient de l’oubli de sa mission, pas d’Internet.

La presse a besoin d’entrepreneurs qui sachent interpréter ce que signifie cette mission, aujourd’hui :

Or nous assistons au contraire à un rétrécissement très net du spectre, avec une actualité de plus en plus dépourvue de mémoire et une domination de l'information domestique sur l'information extérieure. Tout cela est provisoire. Je pense que la presse écrite va peut-être devenir, pour un temps, plus confidentielle, mais qu'elle va monter en gamme, de manière à fournir des services plus spécifiques, ce qui ne dispense pas d'une synergie avec toutes les nouvelles technologies.

La presse papier est là, justement pour fournir des clés, pour accroître la capacité d'exploiter toutes ces ressources désormais disponibles. Il y a une demande solvable pour ce rôle, même si elle est aujourd'hui minoritaire. Un véritable entrepreneur, de ceux qui ne suivent pas le troupeau, saurait repartir de cette base restreinte pour conquérir un public plus large. Après tout, c'est ni plus ni moins le trajet qu'a suivi Le Monde de Beuve-Méry dans l'après-1945.

Compléments :

jeudi 5 février 2009

Des actes pas de paroles

Ce soir notre président doit nous convaincre.

Ce ne sont pas les paroles qui parlent, mais les actes. Nous n’entendons pas les mots (Surdité collective).

Une technique dont pourrait s’inspirer le gouvernement. Quand une entreprise est en situation difficile, elle propose parfois un plan de redressement à ses financiers (une de mes occupations est de lui donner un coup de main dans ces moments là). Ce plan doit paraître crédible. Il doit montrer ce que l’on n’avait pas vu jusque-là. Par exemple que si l’on copie tel modèle d’entreprise, moyennant tel investissement, on réduira de 20% ses coûts. Puis il doit donner ce qui est prévu. Au début, on ne lui ne demande que de petits résultats, mais des résultats significatifs, qui prouvent que l’on suit la bonne voie.

Pourquoi notre gouvernement ne s’inspirerait-il pas de l’entreprise ? Pourquoi ne nous expliquerait-il pas comment les milliards qu’il investit vont produire les résultats escomptés, c'est-à-dire un chômage réduit au minimum ? Pourquoi ne nous montrerait-il pas les résultats concrets, à très court terme, qu’ils vont apporter ?

Rien de miraculeux ici : parce que l’on s’est donné des objectifs concrets, on se bat pour les atteindre, ce qui fait réussir le plan. Ne serait-ce pas une méthode mieux adaptée à celui qui dit que « quand on veut on peut », qu’un arrosage de l’économie par des subventions incontrôlées ? Et ça lui éviterait de s'époumoner pour nous convaincre.

Complément :

Inefficace punition

Le billet précédent me remémore un autre résultat : la punition produit l’inverse de l’effet escompté.

Henri Bouquin parle du « paradoxe du contrôle de gestion » : l’organisation prend les règles de contrôle à l’opposé de leur esprit. De même que le syndicat SUD, récemment, a utilisé la lettre de la loi pour trahir l’esprit du service minimum (SNCF en grève). James March décrit ainsi ce qui se passe :

tout système de comptes est une invitation à tricher contre ce système. En conséquence, la comptabilité ou ce qui lui est apparenté peuvent être vus comme un jeu de durée infinie entre comptables et ceux qu’ils comptabilisent, dans lequel l’avantage est aux joueurs, quasiment à plein temps, qui ont un intérêt personnel direct dans son résultat.

Michel Crozier donne une formulation générale à ce résultat :

la dysfonction apparaît comme la résistance du facteur humain à un comportement qu’on essaie d’obtenir mécaniquement

Si le gouvernement ne veut pas de dysfonctionnements déplaisants, il doit prendre exemple sur la tactique qu’a utilisée Nicolas Sarkozy pour résoudre la crise Russo-Géorgienne : écouter, comprendre et négocier.

Compléments :

La réforme comme punition

Les billets précédents sur l’art du changement du Président Sarkozy me font me demander s’il ne veut pas nous punir.

Une idée me traverse la tête : la vision de notre président de la République (Ensemble tout devient possible) n’exige-t-elle pas que chacun d’entre nous crée autant de « biens marchands » que possible ? Ceux qui ne veulent pas « travailler plus » pourraient-ils menacer la réalisation de ses plans ?

À étudier. En tout cas, voilà l’occasion de parler d'une question importante.

La plupart des changements sont motivés par la volonté de punir ceux qui les subissent. Par exemple, le dirigeant veut mettre au pas les « barons » de l’entreprise, contraindre ses commerciaux à vendre ses produits en ne les payant plus que de manière variable…

Mais comment un changement peut-il réussir s’il punit ceux qui doivent le porter ? Si vous voulez punir vos contribuables, pourquoi vous donneraient-ils leurs économies ? Pensez-vous qu’une réforme, qui, inconsciemment, chercherait à punir la majorité de ceux auxquels elle s’applique aurait l’effet désiré sur leur comportement ?

Il n’y a pas à aller chercher plus loin l’échec de beaucoup de changements. 

Complément :

  • Séverine Leboucher du Journal du net m’a demandé les erreurs à ne pas commettre dans le changement (7 écueils en conduite du changement). J’ai dû la décevoir, elle cherchait une dizaine d’erreurs, et, pour moi, l’erreur principale est de ne pas contrôler le changement. Je la prie de m’excuser : j'ai oublié la punition ! (D’autant plus que j'en parle dans un livre !)