samedi 24 janvier 2009

Qui sont nos dirigeants ?

Bizarre comportement des dirigeants de l’économie : un moment ils nous aspergent de leur suffisance, l’instant d’après, ils appellent à l’aide. Observations, réflexions et quelques théories familières à ce blog :

  • L’enfant. Le comportement du dirigeant ressemble à celui d’un enfant dans un bac à sable, tout gonflé de l’admiration qu’il inspire à sa maman, puis se jetant dans ses jupes après un gadin.
  • Le bon élève. Le manager est un bon élève. Il a tout réussi. Ce qui l’a convaincu qu’il était infaillible. Et son existence s’est déroulée dans un monde prévisible qu’il dominait. Son comportement étrange vient peut-être de là : en phase de bulle ascendante, le monde obéit à ses équations, il revit ses triomphes scolaires, il exulte de contentement de soi. S’en est presque intenable. Puis éclatement. Inconnu. Plus rien ne marche. Anomie. Le manager est l’expert de l’exploitation des règles de la société, son meilleur élève, et là il n’y a plus de règles. Alors il demande de l’aide, il est perdu. L’État substitut de sa maman ?
  • Entrepreneur. Contraste avec le comportement de l’entrepreneur qui accumule les défaites et se relève sans cesse. Seul. Pour Frank Knight le rôle de l’entrepreneur est de nous isoler de l’incertitude, de construire pour nous un monde prévisible. Curieux : l’entrepreneur construit un monde prévisible ; le manager y triomphe et élimine l’entrepreneur ; alors survient l’imprévu ; le manager n’est pas l’homme de la situation.
  • Leader et manager. La théorie de John Kotter. Le leader ressemble à l’entrepreneur. Le leader est celui qui sait conduire le changement. On le reconnaît parce que, très jeune, il a eu raison contre tout le monde, et a fait valoir son point de vue sans moyens. Et lui aussi est étouffé par le manager.
  • L’optimisme. Au lieu de sélectionner nos dirigeants sur leurs succès, pourquoi ne pas les tester sur la façon qu’ils ont de se relever de l’échec ? De survivre à l’incertitude ?

Compléments :

vendredi 23 janvier 2009

Etat de l’automobile mondiale

Je continue sur ma lancée automobile : article de The Economist (The big chill).

  • Il y a une surcapacité d’une dimension inattendue : 94 millions de voitures, soit 34m de plus que ce que le monde peut absorber ! Et crédit en panne, or 2/3 des voitures sont achetées à crédit en Europe, 90% aux USA.
  • Ceux qui semblent devoir gagner : Toyota, qui a mis beaucoup d’argent de côté (50md$), et le groupe VW : bonnes voitures, bien placé sur les marchés porteurs. Honda serait solide.
  • Mercedes et BMW se sont laissé séduire par les bénéfices faciles du marché du leasing anglo-saxon. Aujourd’hui fort mal en point. Et il va leur falloir réduire la consommation de leurs futurs modèles.
  • Fiat va mieux, mais a beaucoup de ses œufs dans le panier brésilien. Sa stratégie est de devenir gros en fusionnant avec d’autres constructeurs.
  • Renault a deux modèles qui ne se vendent pas (Laguna et Megane) et Nissan est très exposé au marché américain.
  • Le looser absolu : Chrysler, petit, marché sinistré, produits d’une qualité désastreuse. GM, qui semble avoir des réserves de bons modèles, devrait survivre, mais l’ombre de lui-même. Ford s’en sortirait mieux.

Bien faire son métier et ne pas se laisser tenter par l’argent facile serait-il encore le meilleur moyen de se garantir des crises ?

Dégonflage de l’économie ?, Renault demande l’aide de l’État.

jeudi 22 janvier 2009

Dégonflage de l’économie ?

Et si on était en face d’un « downsizing » de toute l’économie ?

Le billet que cite Renault demande l’aide de l’État se demande si l’automobile ne doit pas se reconfigurer pour produire beaucoup moins de voitures. Si elle a pu en vendre autant jusque-là, c’était du fait de l’excessive facilité de crédit.

Et si l’économie mondiale avait réussi à dépasser, quelques années durant, son rythme de croissance naturel ? Et si elle devait maintenant revenir là où elle aurait dû être ?

Si oui, qui en a profité ? Les autres vont-ils être éliminés par le réajustement ?

Début de dégonflage ?

De la rationalité

Évolution d’une définition.

J’utilise souvent la définition que donne Herbert Simon de la rationalité : être rationnel c’est savoir comment atteindre ses objectifs (par exemple, si je veux acheter une glace, je sais où et comment en trouver une).

Ce n’est pas ce que disent les philosophes : utiliser la raison, c’est faire ce que l’on doit, donc le bien de l’humanité.

L’économie a tordu l’idée de rationalité, d’un concept social et moral elle en a fait une idée égoïste.

Compléments :

Rationalité et crise

Leigh Caldwell (Models of bounded rationality and the credit environment, 21 janvier, www.voxeu.org) observe que les modèles économiques classiques qui supposent l’homme « rationnel » (et qui servent à dicter leurs décisions aux gouvernants) ne marchent pas, particulièrement dans la période actuelle.

L'économie doit découvrir la psychologie humaine.

En particulier, il semblerait qu’il y ait des effets de seuil. Ce qui pourrait expliquer, par exemple, le comportement actuel des banques, c’est qu’elles sont tétanisées par la peur provoquée par le dépassement de seuils psychologiques. Pour les en sortir, il faut un choc qui leur fasse perdre leurs repères, et les force à remettre en marche leur raison. 

Renault demande l’aide de l’État

Il y a peu, Carlos Ghosn parcourait les campus des MBA pour donner des leçons de leadership.

Il ressemble en tout point à l’Américain, d’ailleurs, gestion uniquement financière, et, quand la crise survient, le fauve exige la protection de l’État.   

Leçon de leadership : être un leader c’est ne pas avoir le sens du ridicule.

Gros équipementier automobile : avenir radieux ?, Fabricant automobile : mauvaise passe.

Microsoft licencie

Grand moment de management.

Crise. Le bénéfice trimestriel de Microsoft atteint un niveau inquiétant, 4,17 milliards de $. Logiquement Microsoft licencie 5000 personnes, soit 1,5md$ d’économies (un peu moins de 400 millions par trimestre – ce qui correspond à peu près à la décroissance du bénéfice – 11%).

Microsoft a perdu plusieurs milliards$ en essayant de mettre au point des moteurs de recherche qui puissent concurrencer Google (Google, Microsoft et Olivier Ezratty), ça n’a inquiété personne. Et que dire de sa politique d’acquisition ? Il y a quelques temps Microsoft voulait acheter Yahoo! plus de 3 fois son prix actuel…

Le manager américain a un réflexe pavlovien : crise = licenciement. L’employé n’est pas un homme, il n’a pas de droits. Il vit dans une sorte de Guantanamo. Le seul qui en ait est l’actionnaire. Et quand, en son nom, le manager a mis au chômage le marché et qu’il a ruiné son entreprise, il appelle l’État à l’aide.

mercredi 21 janvier 2009

Début de dégonflage ?

Tony Jackson dans Why are the banks in crisis again (FT.com du 19 janvier) :

  • Les banques « estiment déjà que le gouvernement est la meilleure solution ». Elles ont fait le deuil de leur indépendance.
  • Si le secteur bancaire européen doit retrouver son volume de prêts pré bulle, il doit le réduire de 4.700md€ ! (après, seulement !, 800md de baisse ces derniers temps). L’économie aura à revoir son fonctionnement.
  • Prenant son cas particulier en exemple l’auteur observe qu’en 20 ans le salaire des banquiers a triplé. « la banque va sortir méconnaissable de tout cela ».

Compléments :

Entreprise 2.0

Intervention de Solofo Rafeno au club télécom

Adopter le web 2.0 pour l’entreprise, c’est utiliser des outils de type Facebook pour construire une communauté de ses clients. Je découvre. Quelques réflexions :

  • Bénéfice : mise à jour automatique de ses bases de données client. Mais seule une partie d’une clientèle doit se servir de ce type d’outils ? Et puis, une base de données ça se qualifie par contact direct ; connaître son client est le travail du commercial. Et aimerais-je que des informations sur moi soient stockées n’importe où ? (Et la CNIL ?)
  • Bénéfice : les clients amènent de nouveaux clients, qui s’inscrivent dans vos bases de données, ami des amis. Phénomène connu, mais il utilise les réseaux humains : on passe notre vie à suivre l’avis de nos amis. Qu’est ce que l’électronique apporte de mieux ?
  • Bénéfice : améliore la relation client dans l’après-vente. « intérêt d’avoir un système où les gens se défoulent » Probable. Beaucoup d’entreprises n’ont plus de service de relation client. Difficile de faire pire.
  • Une participante a interdit l’usage des outils du Web2.0 dans son entreprise. Si nos fournisseurs nous font entrer dans leur communauté, on ne saura plus où donner de la tête ?
  • Un participant : cet outil donne de remarquables résultats avec des petites communautés (« avoir la main sur le pouls d’une petite communauté ») très intéressées par les produits de l’entreprise, une sorte d’avant-garde. Peut-être y a-t-il là quelque chose de solide ? Avant de mettre en place un outil 2.0, l’entreprise doit identifier qu’elle a une communauté pilote intéressante ?
  • Les outils 2.0 semblent être adoptés très lentement (même aux USA, qui aurait 2 ans d’avance sur la France, seulement 2000 entreprises seraient équipées). Est-ce une question de génération ? Il faut attendre l’arrivée des jeunes ? Dirigeants ringards ? Résistance culturelle ? Le dirigeant fait beaucoup de choses et est sollicité de toutes parts. Ce type d’outils est-il une priorité absolue pour lui ? Si oui il faut adopter les voies usuelles pour l’approcher. Non s’attendre à ce qu’il fasse le premier pas. Et c’est un outil de relation client, comme le CRM :  si une entreprise veut l’adopter, elle doit modifier son organisation, la façon dont elle travaille. Celui qui offre le service doit apporter le service qui accompagne les ERP. Il doit avoir une offre clé en main. Marché pour grand cabinet de conseil ?

Technologie qui cherche un usage ? Le monde des technologies de l’information n'a pas encore compris que pour vendre quelque chose à une entreprise il faut lui expliquer à quoi cela lui sert, et l’aider à modifier son organisation pour qu’elle puisse l’utiliser ? Il n’est pas certain que les ERP soient un gros bénéfice pour l’entreprise, mais les consultants savent comment les vendre.

Réflexion marginale. Échange avec un voisin. Les nouvelles générations semblent shootées au jeu électronique. Sont-elles la voie de l’avenir ou des junkies déstructurés que l’entreprise va devoir réadapter pour qu’ils aient un minimum d’utilité ?

Compléments :

mardi 20 janvier 2009

Obama : drôle de discours

Le Monde.fr publie le discours de Barak Obama.

Étonnant. Critique la plus terrible qui soit du précédent régime, sans laisser de prise à la critique.

L’image fondamentale, peut-être, du discours, est celle de la minuscule communauté qui a créé l’Amérique. Comme elle, l’Amérique d’aujourd’hui est faible, pauvre, entourée d’ennemis, dans la nuit, le froid et la solitude. Mais elle est porteuse d’un idéal démesuré, un idéal humaniste et spirituel. Comme elle, elle ne peut compter que sur ses valeurs et sur les siens. Presque rien. L’histoire de l’Amérique d’aujourd’hui est peut-être celle d’un départ de zéro, dans l’inconnu, inquiétude terrible, mais aussi immenses possibilités de poser les premières pierres d’un monde tel qu’il devrait être, un monde qu’elle ne verra pas, mais dont seront fières les prochaines générations. Une Amérique pénétrée de ses devoirs.

On ne peut imaginer plus grand contraste avec l’Amérique précédente. Celle d’une petite élite de surhommes suffisants, pleins de leur génie, de leur succès et de leurs droits, sûrs de ne devoir rien à personne, de dominer la nature et leurs contemporains, et, paradoxalement, porteurs d’un projet minable, petitement matérialiste.

Il ne reste à l’Amérique à la fois pas grand-chose et quelque chose de considérable : ses idéaux. Et c’est parce qu’elle n’a à la fois pas grand-chose et tout à perdre qu’elle n'a jamais été si redoutable. Qu'elle sera impitoyable avec ceux qui croyaient pouvoir profiter de ses péchés pour faire oublier leurs vices.

Le Reengineering du corps humain

Neil H.Shubin explique que le corps humain porte la trace des évolutions qu’a subies l’homme pour devenir ce qu’il est (This old body, Scientific American de janvier).

Du coup le corps humain est loin d’être parfaitement adapté à sa fonction actuelle, d’où des hernies ou le hoquet. Ce dernier viendrait de notre passé amphibien : quand le têtard est en plongée, le système qui provoque le hoquet chez nous permet à l’eau qu’il aspire de ne pas arriver dans ses poumons.

Il y a un quelques années ce type d’observations a conduit à la mode du « reengineering ». L’idée était de reconstruire les entreprises de zéro, en espérant doubler leur productivité (i.e. réduire par deux leurs effectifs, d’où un immense succès auprès des dirigeants). Bien sûr, ce fut un désastre. Pourquoi personne n’a-t-il encore proposé de reconcevoir l’homme ?

Compléments :

  • HAMMER Michael, Rengineering Work: Don’t Automate, Obliterate, Harvard Business Review, Juillet - Août 1990.
  • The economist, Corporate Amnesia, 20 Avril 1996 (les résultats de la mode du reengineering).

PSA Peugeot Citroën contre une montée de l'Etat dans son capital

(article de La Tribune.fr du 20 janvier)

Pour Christian Streiff, pas question de voir l'Etat entrer au capital de PSA Peugeot Citroën, le groupe qu'il dirige. Le patron du constructeur automobile estime qu'une aide publique ne doit pas y être subordonnée, selon une interview publiée sur le Figaro. (…) "l'Etat n'a pas à se substituer au management de l'entreprise, ni à ses actionnaires" et que "c'est à eux qu'il appartient de trouver les meilleurs équilibres entre besoins de financement, rémunération du capital et attente du marché".

Questions :

  1. Si PSA n’a pas besoin de l’Etat, pourquoi celui-ci lui imposerait-il ses conditions ? Mais si ce n’est pas le cas, pourquoi PSA aurait-il son mot à dire ?
  2. Frank Knight, généralement vu comme un pape de l’économie classique, défend une théorie qui me semble très orthodoxe : la justification de l’entreprise est son efficacité supérieure dans la gestion des intérêts de la société. Alors, n’est-ce pas à la société de juger de cette efficacité ? Et donc de retirer au dirigeant son mandat s’il ne l’exerce pas correctement. Par exemple s’il dissipe les compétences de la nation (par une gestion maladroite, en perdant son savoir-faire de construction d’automobile…), ou s'il n’emploie pas aussi largement qu’il le devrait sa population ? Une fois de plus : intérêt de l'avis du P-DG?
  3. Dans le modèle français, cette sorte de « délégation de service public » a un visage particulier. Les grands commis de l’État sont détachés dans le public pour gérer ses grandes entreprises. Le P-DG de PSA appartient au Corps des Mines : en défendant les intérêts de son employeur, ne trahit-il pas sa mission ?

Compléments :

lundi 19 janvier 2009

Individualisme

Un point sur l’avancement de mes réflexions concernant l’individualisme. Il me semble à la fois une caractéristique de notre temps, et une (la) cause de nos difficultés actuelles.

Tout d’abord l'individualisme est une caractéristique sociale. Nous sommes tous plus ou moins individualistes. Pas de coupable, ou tous coupables.

Dilemme du prisonnier

Avant de créer ce blog, j’étais arrivé à la conclusion que l’individualisme suscitait le dilemme du prisonnier : quand l'individu est guidé par son intérêt, il fait le mal de la société, donc le sien, à long terme (exemple : 12000 Américains passés par les armes). Ce mécanisme est lié à celui de l’aléa moral, la non solidarité du tissu social, qui permet les crises (Crises et risque).

Lutte des classes

The logic of collective action m’a laissé voir que l’individualisme pouvait amener à des stratégies plus complexes, conduisant une minorité à exploiter une majorité. Et une organisation de la société en classes.
À ce point on a un « individualisme dans l’espace ».

Lutte des générations

Mais ce que semble montrer l’analyse de la crise, c’est que l’individualisme joue aussi dans le temps. On peut lire les événements récents comme la conséquence de notre désir de faire payer à nos descendants nos excès. Dans ces conditions, la science économique ne serait qu'une rationalisation de ce désir, un moyen de justifier nos penchants asociaux.
  • Tout ce qui est abondant, ou plus exactement ne passe pas par les mains de l’homme, est gratuit. Or, c’est aussi ce qui a le plus d’importance pour nous : l’eau et l’air, par exemple. De ce fait, ils sont gaspillés. Jusqu’à ce qu’il n’y en ait plus. C’est alors qu’ils acquièrent un prix (eau minérale).
  • De ce fait nous pouvons déshériter nos enfants, consommer en toute bonne conscience leur héritage. Et les bulles spéculatives permettent à un groupe social de s'enrichir au détriment de ses semblables.
L’innovation, au moins telle qu’on l’entend aujourd’hui, ne serait donc pas la création de quoi que ce soit d’important pour l’humanité, mais un vol de ce qui aurait dû lui revenir. Et ce à très grande échelle (mise en danger de l’espèce humaine ?). L’innovation c’est le vol ? La science économique serait-elle un moyen de faire sauter les garde-fous qui évitaient un gaspillage éhonté ?...

Parasitisme des structures sociales

L'individualiste ramène tout à lui. En particulier il parasite toute l’infrastructure sociale (cf. service public), parce que ces organes sociaux ont un énorme pouvoir, et qu'il veut le détourner à son profit. (Comme illustration, voir la description de Tawney du protestantisme comme protestation contre le détournement d'un organe social, l'Église, au profit de quelques-uns.)

Le marché en otage

Probablement, les marchés n’ont rien de mauvais en eux-mêmes. Mais ils ont été infiltrés par l’individualisme, qui les utilise pour à son profit. Aujourd’hui, par exemple, ils semblent attaquer tout ce qui est fragile. (Les investisseurs parient contre la reprise économique, Les marchés parient sur l'explosion de la zone euro.)
Alors il devient une arme qui disloque une société et permet d'en extraire de grandes richesses pour celui qui en tire les ficelles. D'ailleurs, s'il a eu une telle faveur dans le monde anglo-saxon, n'est-ce pas parce que certains de ses groupes sociaux l'ont mis à leur service ? 

Sciences de la manipulation

Par ailleurs l’individualiste est un as des sciences humaines, dont il se sert à des fins de manipulation. Il exploite les règles qui gouvernent nos comportements pour nous mettre à son service (cf. le succès des « sciences de l’influence » aux USA – exemple : Totalitarisme et management).

Ceci semblerait déboucher sur l’utilisation naturelle de ce que Bateson a appelé le « double bind » (Double contrainte et stretch goal) : utiliser la lettre des lois pour en trahir l'esprit. Les deux ne sont pas sur le même plan : la lettre est de l’ordre de la raison, du conscient, alors que l’esprit est de l’ordre de l’inconscient.

Par exemple, nous ne savons pas pourquoi nous montrons du respect à telle ou telle personne (aux personnes âgées, à un supérieur, un client…) ; mais ce respect a sa contrepartie (reconnaissance, protection…) ; l’individualiste ne va pas accomplir sa partie du contrat, alors que notre inconscient nous fera faire la nôtre. Nous trouverons cela injuste, sans savoir l’expliquer, ou nous défendre. (Perfide Albion.)

Typologie de l'individualisme

Y a-t-il différents individualismes, ou plusieurs niveaux ?
  • L’individualisme français ou le « petit chef » (Le petit chef, mal français). Il veut imposer aux autres, ce qui lui passe par la tête (ce faisant, il réalise mécaniquement un « double bind » : d’un côté le respect qui lui est dû, de l’autre l’imposition de son arbitraire).
  • Pour l’Anglo-saxon, ou « Greed and Fear ». Il oscille entre un désir aveugle, et une peur incontrôlable. Ce désir est-il de consommer, ou de posséder ? Il est certain que la possession joue un rôle fondamental dans la pensée anglo-saxonne.
Le Français semble obéir au principe de l’honneur (cf. d’Iribarne), reliquat social ? L’Anglo-saxon aurait réussi à se dégager de cette dépendance ? Il ne dépendrait plus, dans son modèle ultime, que de ses instincts primaires ? Individu à l'état pur ?

dimanche 18 janvier 2009

Nationalisons les banques

Au moins aux USA.

Link exchange cite Willem Buiter, important économiste, qui semble rejoindre une de mes conclusions précédentes (Fear is back on Wall street).  

Platon, Shakespeare et Louis XIV

L’actualité n’est pas toujours le sujet de ce blog…

J’ai eu la surprise de voir (dans l’œuvre de Norbert Elias) qu’on n’a pas toujours porté Shakespeare en grande estime. À l’époque où la France faisait l’opinion des élites, il était même vu comme méprisable. On lui préférait Racine, Corneille et leurs équivalents. Ils donnaient le spectacle des vertus les plus nobles, alors que Shakespeare parlait de la vie quotidienne, dans ses hasards et sa bassesse.

Il est possible que Platon ait donné raison à Louis XIV : l’art ne doit pas risquer de faire croire à l’homme que ses vices sont des vertus, qu'il est bien dans sa médiocrité. 

Compléments :

  • Platon pour les nuls
  • Certains auteurs font même du vice une vertu : Uderzo et Goscinny, Adam Smith, notamment, et plus généralement tous les publicitaires.   

Presse d’opinion

Poursuite de ma réflexion sur la presse (Mal de la presse).

J’ai dit que nous avons une presse d’opinion. Elle veut nous dicter notre pensée. Elle obéit à des principes que l’on ne discute pas. Les journaux américains étaient massivement pour Obama ; lors du referendum européen, la presse était unanimement favorable au oui… Au moins, à l’époque de l’affaire Dreyfus, la presse était-elle divisée.

Lundi soir je suis passé à côté d’un petit groupe de manifestants du côté des Halles, j’ai cru comprendre qu’il ne s’agissait pas de dénoncer les violences de l’Armée israélienne, mais d’une attaque systématique contre Israël, depuis sa création, et même contre le grand Rabbin de France… Je ne suis pas loin de penser qu’Hervé Kabla a raison lorsqu’il dit que la presse « attise les haines ».

Qu’aurait-elle dû faire ?

  • Offrir l’image de la division. Au moins, certains n’auraient pas eu la certitude que l’affaire était jugée.
  • Mais pas de l’impuissance. Une fois de plus, la presse s’est déchaînée, sans que son acharnement ne paie. Demain on n’entendra plus parler de Gaza. Bientôt la presse n’aura plus aucune crédibilité. Notre démocratie y aura-t-elle gagné ?
  • Avant de donner une opinion, la presse doit enquêter à charge et à décharge, et nous informer de ses découvertes. Elle ne doit pas se contenter de désigner des coupables. Elle doit apprendre à proposer des démarches pratiques que les adversaires puissent mettre en œuvre. Elle doit livrer un combat qu’elle puisse gagner, même avec une faible probabilité.

Quel est le rôle de la presse ? Nous donner ce dont nous avons besoin pour nous faire une opinion.

Ça ne signifie pas qu’elle ne doive pas avoir d’opinion. Mais que son opinion stimule notre réflexion, qu’elle ne veuille pas la tuer. La presse, dans son ensemble, doit donner le spectacle du conflit d’idées qui provoque le débat, fondement du processus démocratique. 

Paix en Palestine

J'arrive en fin d'un débat de RFI. Un invité explique qu'il y a peu de chances de paix entre Israéliens et Palestiniens. Une majorité d'Israéliens ne croit qu'en la seule vertu de la force ; un grand nombre d'Arabes pensent que le temps et la démographie jouent pour eux et qu'ils chasseront Israël de Palestine. 

Dans ces conditions la paix ne peut être que provisoire. Comment la rendre durable ? 2 idées :
  • Paix des braves, comme en Irlande : les belligérants s'épuisent et finissent par se rendre compte qu'ils ne peuvent pas venir à bout de l'autre, peut-être à s'estimer. En tout cas à se respecter.  
  • Les opposants trouvent un projet commun, et comprennent que l'autre leur est utile, leur apporte quelque chose qu'ils ne peuvent obtenir seuls. 

Ces mécanismes semblent inhérents à la constitution de groupes humains : Le respect ou la mort ?

Les investisseurs parient contre la reprise économique

Drôles de mécanismes financiers, les investisseurs, qui ont provoqué la crise, en trichant avec la réalité, en tirent maintenant profit, en l’accélérant ! Des organismes qui sont payés pour nuire à la société ?

Une bande de plus en plus grande d’investisseurs utilisent un mélange de vente à découvert et de Credit Default Swaps pour parier contre les entreprises qui ont une grosse exposition à un besoin de refinancement. Comme la prime de leurs CDS augmente (= les conditions de crédit se détériorent), ces sociétés trouvent de plus en plus difficile de vendre de nouvelles dettes. (…) Les primes de CDS impliquent que 10% des entreprises américaines vont faire faillite. The Economist, The great dilution.

Plus inquiétant : est-ce que le mauvais état des fonds d'investissement ne vient pas de l’incompétence de leurs dirigeants, non de leur nature même ? Mieux gérés, n’auraient-ils pas pu être acycliques, ne jamais pâtir des hauts et bas de l’économie ? La vidant de son sang jusqu’à sa destruction complète ?

Compléments :