samedi 7 février 2009

Péril jeune

Un mathématicien démontre qu’il vaut mieux rejeter à l'eau les gros poissons que les petits.
Si j’ai bien compris son argument : le gros est prévisible, quand il a peu à manger, il maigrit, sinon il grossit. Le petit crève en cas de disette, et quand il y a trop de petits, ils ravagent leur écosystème, et on est ramené au cas précédent. Un monde de petits est chaotique. Application à la pêche : relâchez le gros, gardez le petit. Les pêcheurs faisaient le contraire. Pensaient-ils que le petit c’est l’avenir ?
L’article précise que notre mathématicien, avant de s’intéresser à la pêche, a longtemps travaillé pour les banques…

Complément :
  • Un appui de poids. Jean-Baptiste Say disait que la société perd plus avec la disparition d’un adulte qu’avec celle d’un enfant. (SAY Jean-Baptiste, Cours d’économie politique et autres essais, Flammarion, 1996.)
  • Autres applications des mathématiques à la finance : Crise : la culpabilité des geeks.

Sauvons la planète : tous végétariens

La production de viande contribuerait massivement à l’effet de serre :

18% des émissions à effet de serre (le bœuf, principal coupable), contre 21% pour la production d’énergie, 14% pour les transports, 12% pour l’extraction d’énergie fossile, 12% pour l’agriculture, 10% pour le résidentiel, 7% pour la fabrication, 4% utilisation du sol (transformation de l’environnement à l’usage de l’homme), 3% pour l’élimination et le traitement des déchets.

Accélérons le trafic : moins de rues, 0 signalisation

Les paradoxes de la route :

  • L’automobiliste étant égoïste, il cherche à aller le plus vite possible, sans s'intéresser aux autres. Tout le monde faisant pareil, il en résulte des bouchons (ce comportement lui ferait perdre 30% de son temps de parcours). Étrangement, éliminer des options (des routes) permet d’accélérer le trafic.
  • Supprimer les signalisations et voitures, cyclistes et piétons sur la même route : force tout le monde à faire attention. La circulation s’améliore. (Une technique utilisée en Europe du nord.)

L’homme laissé à lui-même est peu efficace, il a inventé la société pour le guider. Confirme la théorie de la rationalité limitée d’Herbert Simon, infirme la « main invisible » d’Adam Smith ?

  • SIMON, Herbert A., Administrative Behavior, Free Press, 4ème edition, 1997.
  • GROSSACK, Irvin M., Adam Smith : His Times and Work, Business Horizons, Août 1976

vendredi 6 février 2009

Ce qui manque à la presse ? De véritables entrepreneurs

Marcel Gauchet (Marcel Gauchet : "Où sont les lecteurs ? Aux abris en général...") va dans mon sens : la crise de la presse vient de l’oubli de sa mission, pas d’Internet.

La presse a besoin d’entrepreneurs qui sachent interpréter ce que signifie cette mission, aujourd’hui :

Or nous assistons au contraire à un rétrécissement très net du spectre, avec une actualité de plus en plus dépourvue de mémoire et une domination de l'information domestique sur l'information extérieure. Tout cela est provisoire. Je pense que la presse écrite va peut-être devenir, pour un temps, plus confidentielle, mais qu'elle va monter en gamme, de manière à fournir des services plus spécifiques, ce qui ne dispense pas d'une synergie avec toutes les nouvelles technologies.

La presse papier est là, justement pour fournir des clés, pour accroître la capacité d'exploiter toutes ces ressources désormais disponibles. Il y a une demande solvable pour ce rôle, même si elle est aujourd'hui minoritaire. Un véritable entrepreneur, de ceux qui ne suivent pas le troupeau, saurait repartir de cette base restreinte pour conquérir un public plus large. Après tout, c'est ni plus ni moins le trajet qu'a suivi Le Monde de Beuve-Méry dans l'après-1945.

Compléments :

jeudi 5 février 2009

Des actes pas de paroles

Ce soir notre président doit nous convaincre.

Ce ne sont pas les paroles qui parlent, mais les actes. Nous n’entendons pas les mots (Surdité collective).

Une technique dont pourrait s’inspirer le gouvernement. Quand une entreprise est en situation difficile, elle propose parfois un plan de redressement à ses financiers (une de mes occupations est de lui donner un coup de main dans ces moments là). Ce plan doit paraître crédible. Il doit montrer ce que l’on n’avait pas vu jusque-là. Par exemple que si l’on copie tel modèle d’entreprise, moyennant tel investissement, on réduira de 20% ses coûts. Puis il doit donner ce qui est prévu. Au début, on ne lui ne demande que de petits résultats, mais des résultats significatifs, qui prouvent que l’on suit la bonne voie.

Pourquoi notre gouvernement ne s’inspirerait-il pas de l’entreprise ? Pourquoi ne nous expliquerait-il pas comment les milliards qu’il investit vont produire les résultats escomptés, c'est-à-dire un chômage réduit au minimum ? Pourquoi ne nous montrerait-il pas les résultats concrets, à très court terme, qu’ils vont apporter ?

Rien de miraculeux ici : parce que l’on s’est donné des objectifs concrets, on se bat pour les atteindre, ce qui fait réussir le plan. Ne serait-ce pas une méthode mieux adaptée à celui qui dit que « quand on veut on peut », qu’un arrosage de l’économie par des subventions incontrôlées ? Et ça lui éviterait de s'époumoner pour nous convaincre.

Complément :

Inefficace punition

Le billet précédent me remémore un autre résultat : la punition produit l’inverse de l’effet escompté.

Henri Bouquin parle du « paradoxe du contrôle de gestion » : l’organisation prend les règles de contrôle à l’opposé de leur esprit. De même que le syndicat SUD, récemment, a utilisé la lettre de la loi pour trahir l’esprit du service minimum (SNCF en grève). James March décrit ainsi ce qui se passe :

tout système de comptes est une invitation à tricher contre ce système. En conséquence, la comptabilité ou ce qui lui est apparenté peuvent être vus comme un jeu de durée infinie entre comptables et ceux qu’ils comptabilisent, dans lequel l’avantage est aux joueurs, quasiment à plein temps, qui ont un intérêt personnel direct dans son résultat.

Michel Crozier donne une formulation générale à ce résultat :

la dysfonction apparaît comme la résistance du facteur humain à un comportement qu’on essaie d’obtenir mécaniquement

Si le gouvernement ne veut pas de dysfonctionnements déplaisants, il doit prendre exemple sur la tactique qu’a utilisée Nicolas Sarkozy pour résoudre la crise Russo-Géorgienne : écouter, comprendre et négocier.

Compléments :

La réforme comme punition

Les billets précédents sur l’art du changement du Président Sarkozy me font me demander s’il ne veut pas nous punir.

Une idée me traverse la tête : la vision de notre président de la République (Ensemble tout devient possible) n’exige-t-elle pas que chacun d’entre nous crée autant de « biens marchands » que possible ? Ceux qui ne veulent pas « travailler plus » pourraient-ils menacer la réalisation de ses plans ?

À étudier. En tout cas, voilà l’occasion de parler d'une question importante.

La plupart des changements sont motivés par la volonté de punir ceux qui les subissent. Par exemple, le dirigeant veut mettre au pas les « barons » de l’entreprise, contraindre ses commerciaux à vendre ses produits en ne les payant plus que de manière variable…

Mais comment un changement peut-il réussir s’il punit ceux qui doivent le porter ? Si vous voulez punir vos contribuables, pourquoi vous donneraient-ils leurs économies ? Pensez-vous qu’une réforme, qui, inconsciemment, chercherait à punir la majorité de ceux auxquels elle s’applique aurait l’effet désiré sur leur comportement ?

Il n’y a pas à aller chercher plus loin l’échec de beaucoup de changements. 

Complément :

  • Séverine Leboucher du Journal du net m’a demandé les erreurs à ne pas commettre dans le changement (7 écueils en conduite du changement). J’ai dû la décevoir, elle cherchait une dizaine d’erreurs, et, pour moi, l’erreur principale est de ne pas contrôler le changement. Je la prie de m’excuser : j'ai oublié la punition ! (D’autant plus que j'en parle dans un livre !)

mercredi 4 février 2009

Gandrange

Je poursuis ma réflexion (Surdité collective) : qu’est-ce qui pourrait rendre le sourire aux Français en cette période de crise ?

A Gandrange, la CFDT érige une stèle aux promesses "non tenues" de Sarkozy me donne une idée.

Dans mon métier, je rencontre des changements terrifiants. Or, jusqu’ici, ils ne se sont jamais mal finis. Au contraire. Non seulement chacun y trouve un compte honorable, mais beaucoup en sortent grandis. Pour cela, il ne faut qu’un peu de bonne volonté et d’intelligence collective. Curieusement, cela ne demande jamais d’argent, ou vraiment très peu.

J’étais très impressionné par les exploits planétaires de Nicolas Sarkozy. Je ne comprends pas pourquoi, lui qui dit avoir du courage, et qui a de telles compétences, est incapable de tenir parole pour une petite usine de rien du tout.

Et si sauver les personnels de Gandrange avait plus d’impact sur notre moral que les milliards d’euros de tous les plans de relance ? Et si Nicolas Sarkozy devait considérer la France comme un pays étranger ?

Réforme de l’université

La réforme des universités semble susciter beaucoup d’inquiétudes. Injustifiées ?
"ce projet ne contredit pas fondamentalement ce que les enseignants-chercheurs souhaitent. L'inquiétude vient des conséquences de cette évaluation et du fait qu'ils voudraient la concevoir avant tout comme un accompagnement et une source d'encouragement. Ils savent qu'il n'y aura pas d'erreur pour évaluer les meilleurs et les moins bons. Le problème c'est comment éviter les injustices pour la grande masse des moyens".
Quand les dossiers de M. Darcos et de Mme Pécresse agrègent les contestations explique qu’à ce qui précède se joint une réforme des études menant à l’enseignement, qui inquiéte.
Dans Sarkozy en panne ?, M.Sarkozy pensait qu’il fallait du courage pour réformer la France. Il me semble qu’il faut surtout de la technique. Peut-être suis-je victime d’un biais, mais j’ai l’impression que cette réforme illustre le premier transparent de toutes mes présentations. Ce qui tue le changement c’est le passage en force :
  1. On impose le changement à l’organisation, on la traite comme si elle était irresponsable, ce qui la met dans une situation naturelle de résistance au changement.
  2. On attaque l’organisation de front : comment contrôler une multitude avec des moyens limités ? Or, le facteur clé de succès du changement, c’est le contrôle (Geste qui sauve : contrôlez le changement).
Cette réforme semble une tentative de passage en force d’un texte qui n’est ni fait ni à faire. Mais, il y a peut-être pire : le sentiment, infondé ?, qu’il masque ses intentions réelles. La langue du réformateur serait-elle fourchue ? 

Le sentiment s'enracine en milieu universitaire que, contrairement aux affirmations officielles relayées par les médias, l'idée directrice du gouvernement est bien la mise en concurrence générale, dans le cadre d'un grand marché libéral de l'éducation. 

Nicolas Sarkozy sait être, je crois, un remarquable animateur du changement (Nicolas Sarkozy et la méthode navette, Sarkozy en leader du changement), pourquoi semble-t-il perdre ses pouvoirs quand il est chez lui ? Il est victime du « prédiction auto-réalisatrice » ? Il pense qu’en France le changement c’est le passage en force ? Comme tous les réformateurs français, depuis l’Ancien régime, il veut faire notre bonheur contre notre volonté ?

Compléments :

mardi 3 février 2009

L’Allemagne ne nous aime pas

L’Allemagne est-elle encore européenne ? question de Jean Quatremer. 

Éternelle Allemagne. Elle ressemble à tous les riches du monde. Ils se demandent pourquoi ils paient des impôts pour les pauvres. L’année dernière, j’ai entendu un financier anglais expliquer, dans un débat de la BBC, que l’Europe était un poids inadmissible pour la City, dont le destin était mondial.

N’est-ce pas le propre de tout homme : penser que son mode de vie est le bon et juger ses semblables à l’aune de ses habitudes. C'est si simple de faire ce qu’il fait, pourquoi les autres ne le font-ils pas ? C’est ce que dit ma voisine des SDF : pourquoi ne travaillent-ils pas comme elle ? Et si les Allemands n’étaient Allemands que parce que nous sommes Français, Italiens… Et si « moins bien » ou « mieux » n’existait pas ? Et si nous étions tous différents, et s’il fallait de tout pour faire un monde ?

Jusqu'ici l'Allemagne s'accomodait de notre infériorité, dont tirait fort bien parti sa glorieuse industrie. Mais aujourd'hui, elle doit faire des sacrifices, et elle n'en a pas envie. Elle qui nous croyait clients, nous découvre parasites. 

Si nous ne voulons pas être victimes de sa vertu outragée (et elle avec nous), nous ferions bien d’apprendre à lui parler. 

Complément : L’Europe est-elle une communauté ? (et notamment Chaque pays a sa crash stratégie).

Protectionnisme

Compte-tenu de l’interdépendance des économies, le protectionnisme peut avoir des conséquences graves.

Un article du Monde (Se protéger) note subtilement, me semble-t-il :

Le désarroi des populations face à la montée du chômage est plus que compréhensible. Pourtant, ce n'est pas de protectionnisme dont elles ont besoin, mais de protection. Notamment de protection sociale en cas de perte d'emploi. Ce n'est pas un hasard si c'est aux États-Unis et en Grande-Bretagne que les syndicats sont les plus en pointe contre l'ouverture des frontières : ce sont deux des pays occidentaux où les chômeurs sont le moins soutenus par la collectivité.

La Chine ne nous aime pas

Suite des informations : la visite européenne du premier ministre chinois a évité la France.

La Chine a fait de la France son ennemi préféré. L’Angleterre a beau lui jeter des chaussures à la figure : personne ne nous remplacera dans son inimitié.

Ou, peut-être, a-t-elle compris que nous aimions être haïs ? Dans cette même émission, j’entends dire que les journaux chinois parlent beaucoup du Jeudi noir et du mécontentement grandissant qu’il manifeste (La France soigne son image ?, Le Français : besoin d’amour ?)

Sur le même thème : Le Chinois ne comprend que la force.

Surdité collective

7h, les informations de France Musique confirment mon précédent billet.

Thomas Cluzel commence son journal en disant (en substance), cela fait des semaines sinon des mois que l’on attendait une réponse de Nicolas Sarkozy à la crise…

Il me semblait que le Président de la République avait impressionné le monde, il y a quelques mois, quand il dirigeait l’UE. N’avait-il pas fait beaucoup plus que tous pour coordonner l’action des nations de la planète ? Et même si son plan de relance est jugé insuffisant par certains, il existe, a été décidé tôt, et semble comparable à ce qui se fait ailleurs.

Comment expliquer cette phrase ? Quoi que fasse le président de la République, ce n’est qu’illusions ? Rien ne sert de courir, il faut partir à point ? Nicolas Sarkozy fait beaucoup de choses, mais aucune qui frappe vraiment l’opinion, qui réponde réellement à ses attentes - peut-être modestes ? (Confirmation de la dernière partie de mon précédent billet ?)

lundi 2 février 2009

De la surdité

Le billet précédent me montre que je n’avais pas écouté du discours électoral du Président de la République.

Je m’étais fait une vague idée de qui était Nicolas Sarkozy, et de son impact possible sur la société. Son discours rebondissait sur ma surdité. Au fond, sans ce blog je ne me serais jamais intéressé à ses idées. Je ne pensais même pas qu’il put y avoir une cohérence. Préjugé évidemment idiot.

Les dirigeants sont surpris de constater que rien de ce qu’ils disent n’est compris par leur entreprise. Souvent elle suit une direction qui va à l’opposé de leurs propos. 

Parfois aussi notre comportement nie ce que notre esprit approuve. Exemple cité dans un livre : la bizarre situation d’un directeur général. Il est nommé par un conseil d’administration pour mener une réforme, qu’il détaille par le menu. (Il a été échaudé par de désagréables précédents.) Lorsqu’il veut mettre en œuvre ses promesses, on s’en offusque, et on exige l’organisation ancienne ! Pourquoi ? La réforme dérangeait beaucoup d’intérêts. 

Je pense qu’il en est de même de notre Président : il croyait que nous avions compris ce qu’il voulait faire (Sarkozy en panne ?) ; mais non. Soit nous n’avions pas entendu, soit nous n’en avions pas vu les conséquences.

Le dénouement de mon exemple : la réforme a fini par réussir, et on s’en félicite. La raison avait vu juste : l’organisation avait besoin de ce directeur général. Il a surtout su décrypter la résistance qu’on lui opposait. Il a inscrit le nécessaire changement dans sa logique.

L’enseignement de cet exemple est peut-être le suivant. Si vous êtes dans la situation de ce directeur général, posez-vous deux questions : qu’attendent de vous les administrateurs ? Qu’est-ce qui est important pour eux, qui doit être respecté par le changement ?

Application à la gestion de l’État ? Le Président comme directeur général et les Français comme administrateurs ?

Complément :

Ensemble tout devient possible

Sarkozy en panne ? m’amène à lire le programme du Président de la République.

Il se résume à 8 pages. Quelques idées que j’en retiens.

  • J’ai l’impression que c’est une tentative de réponse quasi exhaustive aux problèmes tels que perçus par le Français, à l’époque de l’élection.
  • Il y est question de courage, qui a manqué jusqu’ici « Vous ne supportez plus la concentration des pouvoirs entre les mains d’une petite élite, l’impuissance publique, le manque de courage ».
  • Il y a une influence de la vision anglo-saxonne de la démocratie : habeas corpus, renforcement des pouvoirs de l’opposition.
  • Parmi ce que je n’attendais pas : la flexisécurité danoise (« une personne licenciée pour des raisons économiques ne perdra pas son contrat de travail : celui-ci sera transféré au service public de l’emploi qui lui garantira 90% de sa rémunération antérieure aussi longtemps que nécessaire, pour suivre une formation qualifiante. ») ; un service civique de 6 mois ; l’enseignement supérieur et la recherche, « priorités absolues ».
  • Il y a aussi le soutien individualisé aux élèves en difficulté, la suppression de la carte scolaire, les banlieues, le service public comme « levier de promotion sociale », l’intégration par partage de la culture française, la fin de la solitude des personnes âgées, le respect des valeurs traditionnelles, la fierté d’être français, l’aide au pays pauvres, la défense des droits de l’homme…
  • L’Europe doit « protéger ses peuples de la mondialisation », défendre leurs valeurs, et pousser leurs intérêts. Une Europe qui est vue non comme un idéal, mais comme héritage culturel. Exclusion de la Turquie.
  • Le « travailler plus pour gagner plus » est peut-être le moteur du projet. Je n’avais pas compris ce que signifiait cette phrase. Elle semble reprendre la théorie de Jean-Baptiste Say selon laquelle il faut produire le plus possible : l’offre crée sa demande. Si la France produisait plus (donc travaillait plus), elle serait beaucoup plus riche, ce qui lui donnerait l’argent nécessaire aux promesses précédentes. En outre le développement de la croissance interne créerait un cercle vertueux de recrutement. Les 35h sont attaquées à répétition.  

L’analyse de Sarkozy en panne ? paraît juste : le Président de la République croyait qu’une France laborieuse, vertueuse, trouverait la voie de la rédemption. Pour le reste, il y a sûrement beaucoup de bons sentiments, mais les moyens de mise en œuvre du changement nécessaires à leur réalisation sont flous. Peut-être le Président pense-t-il qu’une direction suffit : sa détermination appliquée à la société les transforme en doctrines achevées et en organisations efficaces ?

Compléments :

dimanche 1 février 2009

Si nous voulons que tout reste tel que c’est, il faut que tout change

Une citation du Guépard qui se trouve dans Anatomie d’un chef d’œuvre.

Je me souvenais (approximativement) qu'Alain Delon disait cela dans le film. Il participe à la Révolution pour protéger les valeurs auxquelles il croit, les valeurs de la noblesse.

C’est une grande leçon de changement : si l’on ne veut pas changer, il faut impérativement changer. C’est ce qu’a du mal à comprendre le Français.

Le monde est un changement permanent. Nous ne pouvons rien y faire. S’y opposer, c’est se faire balayer. Par contre, on peut orienter le changement, lui donner l’empreinte de ce à quoi l’on croit, ce qui est important pour nous. C’est cela conduire le changement : c’est utiliser le mouvement des choses pour aller où l’on veut.

Le discours de la Tortue.

Les difficultés ne sont pas faites pour abattre, mais pour être abattues

Citation de Montalembert qui vient d’un étonnant article de Jacques Bénilan traitant de la vente d’entreprise.

Il considère le sort de celui qui veut vendre son entreprise. Mauvais moment ? Non. Et en plus, il faut vendre cher !

Oui mais, les entreprises du CAC 40 ne valant plus rien, il doit en être de même d’une PME ! Erreur : ce qui fait fondre la valeur du CAC 40, c’est le manque de liquidités ; or, la PME est depuis toujours sur un marché illiquide. Il n’y a donc pas de modification de sa valeur : elle est sous-cotée en temps normal.

Mais où est-ce que je trouve de l’argent pour vendre ? La crise est une opportunité pour la PME ! Elle force les fonds LBO à se détourner des grandes entreprises et à aller vers les petites. Et puis, vous pouvez consentir un crédit vendeur (avec la garantie adéquate) ou investir une partie de l’argent de la vente dans la holding de l’acquéreur, ce qui permet à ce dernier, le cas échéant, de vous acheter votre bien sans en abaisser le prix.

BÉNILAN, Jacques, Ce n’est plus le moment de vendre mon affaire…, éditorial du magazine publié par le CRA pour le Salon des entrepreneurs, 4 février 2009.

Le blues anglais

Grosse déprime.

Je me rends compte que les ennemis à terre ne m’intéressent pas. Le triomphalisme anglais, mouche du coche américain, me semblait insupportable il y a quelques années. Surtout lorsqu’il alimentait le discours pseudo-scientifique des universitaires de l’Insead, aveuglés par leur haine de la France. Aujourd’hui, je vois passer nouvelle après nouvelle de la Bérézina anglaise, sans émotion.

The Economist revient sur cette brève et triste histoire (Reykjavik-on-Thames), et sur ce qui pourrait être son terme. Non, l’Angleterre ne va pas finir comme l’Islande, coulée par les vices de gigantesques multinationales. Mais elle ne sera plus que l’ombre de ses illusions. Beaucoup plus affectée par la crise que ses voisins, elle redeviendra la nation terne et médiocre des années 70/80.

Il en faudrait peu pour rendre l’entreprise vivable ?

Jeudi soir, jour de grève, le professeur Schmitt et moi animions une conférence sur la France, l’économie et le changement.

Les participants étaient des dirigeants, des cadres supérieurs, et des consultants. Tout ce monde a parlé de son expérience (douloureuse) du changement, et du management.

J’ai retiré du débat que les managers ont une fausse idée de leur rôle et de leur attitude, qui rend irrespirable l’atmosphère de l’entreprise, et, en plus, les empêche de réussir. Il en faudrait très peu pour transformer la situation.

Et alors, l’entreprise serait non seulement agréable à vivre, mais aussi vraiment efficace : accord général sur le fait que le Français est très attaché à son entreprise et vriament très performant, quand il ne doute pas de ses compétences.

Le compte rendu de la conférence : France, économie et changement.

Le Français : besoin d’amour ?

Chronique d’Alain Genestar sur RFI : il revient sur les raisons du Jeudi Noir.

Il est mieux informé que moi, mais il n’a pas l’air, mieux que moi (La France soigne son image ?), de déceler les causes de ces manifestations.

Il semble penser que c’est un message à notre Président qui s’agite trop, et ne s’occupe pas assez de ses concitoyens.

J’ai remarqué à plusieurs étapes de ma carrière que l’on me reprochait mon efficacité. Je travaillais jour et nuit, je faisais le travail de plusieurs personnes, et facilitais celui des autres, comme aucun de mes prédécesseurs ne l’avait fait. Je me croyais non seulement irréprochable, mais encore digne d’éloges. Et pourtant, je sentais monter l’animosité à mon endroit. Jusqu’à ce que je décide de « perdre du temps » avec mes collègues. Alors je suis devenu leur meilleur ami. Jusque-là, ils avaient dû me croire distant, méprisant.

Le Français a peut-être besoin d’affection. Comme l’enfant à qui on n’attache pas assez d’attention, il a la tentation de tout casser, pour qu’on s’intéresse à lui. Peut-être aussi a-t-il des angoisses qu’il n’arrive pas à exprimer ? Ce qu’il attend n’est pas tant une solution que quelqu’un qui lui permette de formuler ses inquiétudes et de leur trouver une solution ?

Au lieu de s’épuiser à faire le travail du pays à la place de ses citoyens, le président de notre république devrait peut-être passer du temps à les écouter. De cette discussion viendrait peut-être l’idée de ce qu’ils doivent faire pour transformer le pays. Et Nicolas Sarkozy pourrait s’occuper de réformer le reste du monde. 

Youssou N’Dour

France Musique parle de l’enfance de Youssou N’Dour. Il est le fils d’un noble et d’une mère griot. Son père a exigé de sa mère qu’elle arrête de chanter. Ce n’était plus de sa condition. Et elle a transmis sa vocation contrariée à son fils. Son père a été mis, à son grand désagrément, devant le fait accompli.

Cette histoire illustre une théorie de l’ethnologue Louis Dumont et contredit celle de Renaud.

Pour Renaud, l’homme est violent et la femme douce, « sauf Madame Thatcher ». Pour Louis Dumont, dans un monde hiérarchique, tout le monde est inférieur, ou supérieur, à quelqu’un. Par exemple la femme est inférieure à l’homme, mais supérieure à l’enfant, qu’elle élève pendant ses premières années.

De ce fait, elle imprime sa vision du monde sur ses petits. Si elle est malheureuse de son sort, et envie celui de l’homme, elle va transmettre ses fantasmes à ses fils (généralement à l’aîné). C’est comme cela que se propage le machisme, de génération en génération. Mais sa protection, et son admiration sans limite, peut aussi enlever toute personnalité à ses enfants.

Et le fils de Madame Thatcher ? C’est un faible.

Compléments :

  • Dans le même esprit : voir les romans de Mérimée, et le « Polytechnique, rêve de toutes les mères » de Flaubert (Bouvard et Pécuchet).
  • DUMONT, Louis, Homo hierarchicus, Gallimard, 1966.