samedi 7 mars 2009

Web2.0 : les réseaux que nous méritons

Pourquoi est-ce que je ne comprends rien aux réseaux sociaux ? Je suis vieux.

Facebook et autres Myspace sont faits pour notre nouvelle sociabilité, celle des moins de 30 ans : « plutôt que de nous lier avec la totalité de l'individu (comme nous le faisions jadis), nous nous branchons à un module de sa personnalité (…) chaque personnalité peut-être imaginée comme une configuration unique de milliers de modules (…) les technologies de réseaux sociaux nous permettent de bien gérer ce changement en gardant trace de la multitude de personnes que nous rencontrons dans notre vie », quand c’est nécessaire, ils nous remettent en mémoire le juste nécessaire de ce que nous devons savoir pour maintenir ces superficielles amitiés.

Over (net)worked ?

Science des réseaux

Les sciences du management s’intéressent au réseau social. On croise partout des travaux sur le « capital social », dernière mode de management :

As sociologist Nan Lin puts it in his book, Social Capital, “Individuals engage in interactions and networking in order to produce profits.” These profits are based upon information, influence, social credentials, and recognition. The accumulated social capital, meanwhile, helps individuals to gain competitive advantages in the labor market as a result of privileged access to “resources” located on the social networks. (When job seekers invade Facebook

Voilà qui est parler à l’homme d’affaires : il doit découvrir la société parce qu’il peut en tirer profit ! Profit personnel qui lui donne la haute main sur ses concurrents. Après l’exploitation de l’homme par l’homme, exploitation de la société par l’homme.

Pas d’accord. Si j’entre dans une équipe de foot, c’est pour pouvoir jouer au foot, ce que je ne pourrais pas faire seul. Et je ne vais pas en tirer un profit (égoïste), une accumulation d’argent, un avantage, mais le plaisir de remplir le rôle pour lequel je suis doué, et, de ce fait, de contribuer au succès des miens. On ne peut retirer quelque chose que si l’on donne une contrepartie. Et ce que l’on donne, c’est l’exercice de son talent. La société c’est l’effort commun, pas la concurrence, c’est faire ensemble ce que personne ne pourrait faire seul.

Le banquier a le doigt long

Plus le rapport de tailles entre l'index et l'annulaire est grand, meilleur est le trader.

Ce rapport est une mesure directe du taux de testostérone reçu par l’embryon. Si ce taux est élevé, il possède « confiance, appétit du risque et la capacité de traiter rapidement des informations ». Le portrait du banquier.

Cambridge News (Research suggests bankers’ biology more important than skill, page 5)

Inégalités françaises ?

Les classes moyennes sous pression, étude du CREDOC : les conditions de vie des classes moyennes se sont-elles détériorées ?

Lecture rapide, donc incorrecte. Ce que j’en ai retenu, toutefois.

  • Les classes moyennes sont définies comme tout ce qui gagne entre 75 et 150% du niveau de vie médian. Pourquoi-pas. Avec cette définition, on constate qu'elles croissent, contrairement à ce qui se passe ailleurs. Mais, depuis les années 90, le niveau de vie des classes moyennes évolue moins vite que celui de la population dans son ensemble.
  • Plus intéressant, et plus mystérieux, l’étude définit plusieurs niveaux de dépenses : les dépenses contraintes (logement, eu, gaz…), les dépenses incontournables (alimentation, santé…), ce qui reste (loisirs, épargne…). Les dépenses contraintes (on ne dit rien sur les autres), ont augmenté terriblement pour les plus démunis : elles sont passées de 24% à 48% pour la couche la plus défavorisées, contre de 20 à 27% pour la couche la plus favorisée (en 25 ans).
  • On observe aussi que, sur le long terme, l’inflation est légèrement plus défavorable aux moins favorisés touchant un peu plus sérieusement ce qu’ils consomment.

L’étude semble conclure qu’il n’y a pas eu d’appauvrissement des classes moyennes, comme on le dit parfois. Cette impression pourrait venir de ce que la fin de la croissance des 30 glorieuses a rompu avec l’enrichissement rapide d’alors : dorénavant les écarts entre classes de revenus ne semblent plus pouvoir se combler.

Sous-jacente est la question de l’inégalité. Un indicateur : le pourcentage de la richesse nationale détenue par le % le plus riche. Aux USA et en Angleterre, il est passé de 8 à 17% et de 7 à 13%, respectivement, en une trentaine d’années, en France il a décollé plus récemment, passant de 7 à 8,5% en 20 ans. Si l’on introduit la notion de contrainte dans les dépenses, il y aurait eu augmentation des inégalités ces dernières années (au moins de 96 à 2003).

Mais le plus surprenant ne semble pas avoir attiré l’attention des rédacteurs de l’étude :

  • Alors qu’il était en croissance auparavant, le taux d’accession à la propriété a notablement chuté, depuis 1990 pour approximativement 80% de la population (catégorie la plus pauvre : de 54 à 34%, moyenne supérieure de 56 à 51%). Ce qui explique notamment le différentiel d’inflation et de dépense contrainte : le coût du logement ayant crû (bulle immobilière), les non propriétaires ont été sérieusement touchés.
  • La population est étonnamment atteinte par le chômage : un quart de la tranche la plus riche et ¾ de la tranche la plus pauvre l’ont connu. Et cela pour une population qui compte un tiers de fonctionnaires ! À cela s’ajoute une croissance continue du temps partiel (39% pour la catégorie la plus pauvre).

Conclusion ? L’étude fait une erreur idéologique. L’enrichissement (l’accumulation de biens matériels) n’est que secondaire dans la vie humaine, le PIB n’est pas une mesure de bonheur. Ce qui compte pour le Français est ailleurs : c’est probablement plus la possibilité de pouvoir posséder quelque chose à soi, et surtout de ne pas être soumis à l’aléa de l’emploi. Et, pour ces critères, notre sort s’est collectivement, massivement ?, dégradé (à l’exception peut-être des classes supérieures de fonctionnaires).

Compléments :

  • C’est pour cela que le modèle libéral ne nous convient pas : il nous demande de sacrifier la stabilité de notre vie à la performance économique, en échange d’un enrichissement collectif qui profitera de manière disproportionnée à une minuscule élite, et qui, de toute manière, n’est qu’un souci annexe. Une illustration de l’injonction que fait l’économie à l’homme : Baiser de Judas ?

vendredi 6 mars 2009

Elan d'amour

Popularité soudaine des réseaux sociaux.

When job seekers invade Facebook : les réseaux tels que LinkedIn et Facebook connaissent un énorme succès. Aux USA l’adhésion à linkedIn aurait crû de 200%. Le secteur financier, du moins ses anciens membres, vient de découvrir les vertus de l’entraide sociale.

Compléments :

jeudi 5 mars 2009

Baiser de Judas ?

Nicolas Sarkozy aurait-il un ennemi à l’OCDE ?

Celui-ci l’encourage à poursuivre une politique qui vise à amener le PIB de la France au niveau des plus performants, i.e. des USA. Pour cela ? Incitation au travail, baisse des minima sociaux et du coût du travail, assouplissement des conditions de licenciement, autonomie et financement privé de l’université, et par l’emprunt, des études.   

Sauver l'industrie

Mon billet sur Continental m’a laissé un goût d’inachevé. Je suis rattrapé par ma conscience. En l’écrivant, je pensais qu’il était tout de même difficile pour un équipementier d’éviter de fermer ses usines : son marché se contracte, et il a peu de leviers d’action. Mon expérience dans le secteur me dit autre chose.

Lors d’une longue mission j’ai constaté une curieuse dérive. Les investissements en capital (machines) des grands équipementiers semblent avoir beaucoup augmenté. Dans le cas d’une unité que j’ai examinée, la société dépensait de l’ordre de deux fois plus en capital que ses concurrents japonais ou de l’est, mais aussi qu’elle ne dépensait quinze ans auparavant. Ce surinvestissement était en partie compensé par une baisse des ses coûts opérationnels (moins de personnels), mais pas suffisamment pour trouver la rentabilité d’antan. Parallèlement l’entreprise s’était remplie d’ingénieurs, d’un très important quartier général et d’énormes structures de contrôle (contrôleurs de gestion, ERP, acheteurs, auditeurs, qualiticiens, etc.), tout cela étonnamment bien payé.

Il y a ici peut-être une idée pour l’ensemble de l’économie : diminuer sérieusement les investissements en capital, pour préserver un emploi qualifié, et à terme réduire le haut de la pyramide qui a pris un gros embonpoint.

Ceci ne signifie pas mettre au chômage les fabricants de machines, mais leur demander de concevoir des machines simples qui ne cherchent pas à éliminer l'homme.

Ainsi, en évitant de licencier leurs personnels, les entreprises évitent de déprimer leur marché final, qui est fait de leurs employés…

Compléments :

  • Chaque pays se repliant sur lui-même, nos industries doivent reconstruire leur marché local. En particulier, les pays émergents ont compris qu’ils devaient relancer leur consommation interne, ils ne vont sûrement pas en faire profiter l’industrie occidentale. Recomposition de l’industrie automobile ?
  • La forme que prenaient nos entreprises (infrastructure de contrôle encadrant des personnels sans qualification) était anglo-saxonne : Gemeinschaft ou Gesellschaft.

Pauvre Europe

Pour qui vais-je voter aux Européennes ? Je m’apprêtais à me pencher sur les enjeux de l’élection et les propositions des uns et des autres, lorsque PS et Européennes : la conjuration des médiocres a détruit ma motivation.

On sait que Nicolas Sarkozy utilise les dites élections pour se délester de ce qui encombre son gouvernement. Quant au parti socialiste, il met aux meilleures places de sa liste européenne de petits copains, si possible incompétents. Décidément nos élites gouvernantes obéissent bien plus à leurs intérêts personnels qu’à celui de la nation…

Dans son histoire du socialisme, l’historien Donald Sassoon explique que le socialisme gère le capitalisme, en particulier lors des crises, que le marché ne sait pas régler seul. Aurait-on besoin d’un bon coup de dirigisme, évidemment au niveau européen, vu le peu de poids de notre pays ?

Mais alors pourquoi Martine Aubry, fille du Front populaire et de Jacques Delors, ne saute pas sur l’occasion ?

Compléments :

  • Dommage l’UE est une bien belle chose qui demanderait que le peuple s’y intéresse : L’Europe est-elle une communauté ?
  • SASSOON, Donald, One Hundred Years of Socialism: The West European Left in the Twentieth Century, New Press, 1998.

mercredi 4 mars 2009

Nous sommes écoutés

Mes billets sur les Antilles me font découvrir une société.

Je reçois un mail qui m'écrit :

L'institut d'études linkfluence, spécialisé dans l'analyse des conversations sur le web social, a mis en place depuis une semaine un observatoire de la crise antillaise visant à analyser les conversations au sein des communautés online de l'outremer et dans l'hexagone.

Nous rédigeons chaque jour sur notre blog une note analysant la teneur de ces conversations, que vous trouverez à cette adresse : http://linkfluence.net/fr/news/.

J’ai regardé rapidement ce qui m’était communiqué. D’après ce que j’ai compris, cette entreprise utilise une technologie qui lui permet de construire des graphes des échanges sur Internet : on y voit de jolies constellations stellaires - liens entre sites et tendance des sites. Il semblerait que l’on puisse en déduire les sites qui ont le plus d’influence, et, en analysant ce qu’on y trouve, en tirer un état de l’opinion (à condition que ce qui se dise sur Internet reflète l’opinion générale).

Foules pacifiques

Les foules ne sont pas ce qu’on croit :

  • Les forces de police nombreuses et lourdement armées les provoqueraient. Pas le policier discret et rare. Les deux techniques ont été testées sur les supporters anglais lors de deux versions de L’Euro : mille fois moins d’arrestations dans le second cas (Taming the Madness of Crowds).
  • Les nombreuses caméras de sécurité anglaises, à défaut d’éradiquer la violence, ont montré que la foule tendrait à calmer l’agressivité de ses membres. « le Dr Levine parle de chorégraphie collective de la violence, dans laquelle la foule détermine le résultat autant que le protagoniste et la cible » (The kindness of crowds).

Tags publicitaires

La main invisible du marché a trouvé un nouvel emploi.

Hier j’entends RFI dire qu’en Allemagne on utilise des tagueurs pour peindre des publicités murales. Ce qui a des avantages : les propriétaires de murs sont payés, la publicité coûte peu, et elle plaît aux jeunes.

Intérêt d’une culture vénale : petit à petit elle gagne tout le monde, il n'y a plus de hors la loi.

Avenir de l’automobile française

Le billet précédent m’amène à me poser des questions :

Si l’évolution naturelle de l’industrie automobile est un tel bouleversement, l’industrie française a-t-elle une chance de survivre ? Si la transformation demande une alliance état / industrie, l’économie locale a-t-elle la force nécessaire ? Le pays a-t-il l’innovation et la recherche qu’il faut ?

Alors, alliance européenne ? Mais, il n’y a pas beaucoup de succès dans ce domaine (EADS : pas brillant, Siemens quitte Areva, Dassault n’a su s’approcher de personne…), les nationalismes semblent encore suffisamment forts pour faire capoter toutes les équipes. 

mardi 3 mars 2009

Recomposition de l’industrie automobile ?

Une bataille capitale s'engage avec la transition vers la voiture propre, par Michel Freyssenet. La seule certitude en ce qui concerne l’industrie automobile est que ses stratégies étaient erronées et creusent sa tombe. Le cercle vicieux est fascinant :

Elle pensait trouver un nouveau marché dans les pays émergents, et maximiser ses marges en remplaçant ses employés occidentaux par des orientaux moins chers. Résultat : des Orientaux qui ne veulent pas de ses produits, des Occidentaux qui ne peuvent plus se les payer !

Explication. La crise qui résulte de la généralisation de ce raisonnement fait que l'Oriental va devoir relancer son économie seul, et que pour cela il préfère consommer ce qu'il produit. Quant à l'Ouest, cette politique y a transformé le marché. D'un côté, de nouveaux riches. De l'autre de nouveaux pauvres, victimes de ses délocalisations. Besoin : très haut de gamme, polluant, et très bas de gamme, qui demande une sorte de recul technologique de trente ans (Logan). Disparition d'une grosse partie du marché de constructeurs tels Peugeot et Renault ?

Exemple d'effet de levier, en quelque sorte. Une erreur de direction et en quelques années une industrie plus que centenaire peut être rayée de la carte.

À cela s'ajoute la question de la mise au point de motorisations peu polluantes. L’avenir est-il à des solutions locales favorables à tel ou tel acteur national ? Solutions globales ? Les fabricants actuels vont-ils survivre ou être remplacés par d’autres acteurs (concurrents émergents, équipementiers, fournisseurs d’énergie…) ? Ou les grands triomphateurs seront-ils les états qui auront su créer les conditions nécessaires à ce renouveau ?

Complément :

lundi 2 mars 2009

Le bal des actrices

Application de ce qui précède. Un film dont je suis sorti très épaté.

Pourquoi y suis-je allé ? Comme l’ethnologue pour découvrir une peuplade inconnue, une nouvelle culture.

Est-ce un documentaire ou un film ? Les réactions semblent saisies sur le vif. Pourtant elles ne le sont pas. Est-ce l’excuse de la comédie qui permet de dire des choses vraies et cruelles, sans que cela soit inacceptable ?

On les voit pas belles, humaines. Et pourtant j'ai eu l'impression d'un extraordinaire "book" de leurs talents les plus forts et cachés. Talents que personne n’oserait solliciter parce qu’ils exigent qu’elles se dépouillent de l'illusion de leur apparence ?

Mes considérations n’ont probablement pas grand intérêt. En tout cas un film qui m’a semblé amusant et conseillé en temps de crise.


Cinéma et crise

Beaucoup de gens vont au cinéma (+4% d’une année sur l’autre).

Je m’y attendais : les crises sont bonnes pour le spectacle. Les théâtres de la dernière guerre étaient pleins. Mais ce à quoi je ne m’attendais pas était l’interprétation du sociologue qui allait avec la statistique ci-dessus : le cinéma est un art social, nous en avons besoin après le grand moment d’individualisme que nous avons connu.

Pour ma part, je pensais que le problème des crises était l’incertitude, « l’Anomie » ; et que le spectacle nous offrait un espace rassurant, dont on connaissait à nouveau les règles du jeu. Autre possibilité : « distraction », « diversification émotionnelle ». Et la théorie de Malinowski sur la religion (Religion et changement) ? Peut-être que l’art joue le rôle de la religion pour Malinowski ? Dans les moments où l’homme est en proie à une peur destructrice, l’art le rassure et lui inspire un comportement favorable aux intérêts de la société ?...

Une idée d’expérience : quelles sont les distractions qui connaissent de plus en plus notre faveur ? Plutôt de groupe (on retrouve ses amis), ou plutôt individualistes (jeu vidéo) ? Quels sujets de films : introspection ou drame social ?... 

Continental ferme

Ce que dit le ministre concerné :

"Je suis depuis plusieurs mois la situation de Continental en France, son site de l'Oise en particulier, et je recevrai demain (mardi, ndlr), à Bercy, les dirigeants du groupe Continental", a expliqué Luc Chatel. "On ne peut pas laisser partir comme ça un site de production aussi important. Nous allons regarder avec eux, dans le cadre du pacte automobile et dans le cadre de leur stratégie, ce qu'on peut faire pour ce site, si important pour l'industrie française", a-t-il ajouté.

Il me semble que cette attitude est plus habile que celle adoptée pour Gandrange.

  • C’est l’exemple même des techniques de communication de crise : affirmer que le problème est important ; se placer comme « donneur d’aide ».
  • La négociation a des vertus surprenantes. Les négociateurs atteignent généralement leur objectif. Pourquoi ? 1) parce qu’ils ont des objectifs différents 2) parce qu’ils sont complémentaires : à deux il est énormément plus facile pour chacun d’atteindre son objectif personnel que seul.

La tactique du ministre semble juste : comprendre la problématique à laquelle fait face l’entreprise, et chercher comment la résoudre dans le meilleur intérêt de celle-ci, mais en imposant la contrainte de réduire au mieux l’impact socio-économique de la réorganisation. 

Tout problème a de nombreuses solutions, alors que l’on n’en voit généralement qu’une seule. L’État dispose de moyens qui, à peu de frais pour lui, peuvent faire basculer l’intérêt de l’entreprise d’une solution à une autre.

Technique pour lancer la négociation (exemple) : demander à l’entrepreneur plusieurs scénarios (le site reste tel quel, il est réorganisé, etc.) et les moyens qui lui seraient nécessaires pour qu’ils les choisissent. À partir de la, le négociateur fait une « analyse de la valeur », en cherchant à comprendre la logique de ce qu’on lui expose, et s’il n’y a pas d’autres moyens d’arriver au même résultat que ceux qu'on lui propose - qui lui coûtent moins mais tout aussi efficaces.

Compléments :

  • REGESTER, Michael, LARKIN, Judy, Risk Issues and Crisis Management: A Casebook of Best Practice, Kogan Page, 3ème edition, 2005.
  • FISHER, Roger, URY, William L., Getting to Yes: Negotiating Agreement Without Giving In, Penguin, 1991.

dimanche 1 mars 2009

Assurance systémique

Je ne me suis pas intéressé à ce qui était proposé pour contrôler les organismes financiers. J’étais probablement convaincu que le cas était désespéré. Mais, des idées utiles semblent émerger. Taxing financial pollution: Mandatory liquidity charges propose de créer une assurance anti risque systémique.

Le système d’assurance traditionnel de l’organisme financier est constitué par des réserves. Elles doivent être équivalentes à un pourcentage des actifs à risque. Beaucoup de travaux portent aujourd’hui sur le calcul d’un montant de réserves qui permette d’éviter les désagréments que nous vivons aujourd’hui.

L’assurance en question viendrait compléter ce dispositif. En cas de crise systémique, affectant toute la profession, le fonds assureur interviendrait pour la renflouer. En échange, elle perdrait une partie de sa capacité à prendre des décisions dangereuses (capacité à décider de dividendes et de bonus). 

Europe de l’est : bombe à retardement ?

Parmi les surprises de la crise, voici l’Europe de l’est. Les derniers entrés dans l’UE semblent en mauvaise forme, ce qui ne peut pas nous laisser indifférents.

Je dois avouer que je n’ai pas très bien compris la nature de la question. Ce qui semble émerger :

  1. Les banques de l’Europe de l’Ouest seraient quasiment propriétaires du secteur bancaire local. Elles seraient exposées à hauteur de 600md€. Elles auraient été prises d’une crise de folie en 2007, qui les aurait amenées à prêter beaucoup plus que ne le permettait le niveau des dépôts. Mais le problème ne serait que marginalement local. Forcées par la crise et les mesures qu’elle entraîne d’augmenter le taux de garantie de leurs prêts – une solution étant de réduire leurs encours -, elles sont tentées d’abandonner leurs filiales et leurs engagements orientaux. Ce qui, bien entendu, pourrait dévaster les dits pays. (Le problème serait le même pour le tissu productif, possédé en grande partie par l’Occident.)
  2. Par ailleurs les pays auraient de très lourds déséquilibres entre imports et exports.

Pour éviter une crise « systémique » (prises individuellement, les banques ont intérêt à se désengager, ce qui, globalement, signifie le désastre), What EU leaders must do to avoid banking crisis in Eastern Europe (dont je tire ces informations), suggère de créer un fonds de solidarité européen (500 à 700m€). Il fournirait des crédits à ceux qui en ont besoin. Il pourrait être garanti par l’Ouest. Mais pas alimenté par ses états : la demande internationale pour ce type d’emprunts d’état est forte (Les gouvernements doivent rendre l’avenir prévisible).

Il y a peut-être là une nouvelle démonstration de l’efficacité admirable du laisser-faire et des marchés : un peu d’inattention, et, en deux temps trois mouvements, ils vous transforment la planète en un champ de ruines. 

Compléments : 

  • Je me demande si ceci ne signifie pas que l'Est est presque entièrement entre les mains de l'Ouest. Nouvel exemple de : À vendre, pays pauvre ?

Sort de l'Irlande

Début d’enquête (Pauvre Irlande) : il y a quelques années on nous présentait l’Irlande comme le modèle à imiter ; aujourd’hui sa situation semble difficile.

Ireland: How to fix the looming banking and public finance crises explique qu’elle a la particularité d’amplifier les sautes d’humeur de l’économie.

  • Elle avait placé son industrie dans les « chaînes de production des principales multinationales ». Ces entreprises allant mal, elle aussi. En plus le pays était fortement exportateur.
  • Elle a évité les subprimes, mais ses banques se sont lancées dans une surenchère de prêts inconsidérée. Aujourd’hui elles valent « environ 2 ou 3% de leur valeur maximale ».
  • Son gouvernement finançait une politique coûteuse par des impôts sur l’immobilier et sur les bénéfices des entreprises (pour éviter d’imposer les personnes ?). Tout cela s’étant contracté, le déficit est apparu. Ce à quoi il faut ajouter les dettes des banques garanties par l’état (plus de deux fois le PIB).

Comment s’en tirer ? En revenant à un système d’imposition que l’orthodoxie libérale réprouve : impôts sur le revenu, TVA, taxes indirectes. Heureusement, il semblerait qu’il y ait une bonne entente entre syndicats, patrons et gouvernants, et une forte capacité à l’adaptation de cet ensemble (« employeurs et travailleurs négociant un nombre impressionnant d’accord d’entreprise pour maintenir l’emploi, y compris des mesures telles que des réductions substantielles de salaire, des ajustements d’heures travaillées et des systèmes de congés sabbatiques »). 

Chine et Kant

Vente d’une collection appartenant à Yves Saint-Laurent et Pierre Berger, et mécontentement chinois.

La Chine réclame la restitution de deux pièces prises lors d’une guerre, vers 1850.

L’affaire a été jugée par un tribunal français. Mais ça n’apaise pas la Chine. Veut-elle faire de la publicité à son pouvoir de nuisance ? (Le Chinois ne comprend que la force, La Chine ne nous aime pas.)

Cela m’a fait penser à une suggestion de Kant. Pourquoi, lorsque nous trouvons meilleures nos idées que les lois, ne nous demandons nous pas ce que ces idées deviendraient généralisées en loi ?

Qu’est-ce qui appartient au patrimoine d’un pays ? Quand est-il légal ou non de le lui prendre ? Faut-il condamner les descendants de ceux qui ont gagné des guerres, pour ce qu’ont fait leurs prédécesseurs ? Y a-t-il une nation qui ne soit pas coupable ?  

Bellamy

Dernier film de Claude Chabrol.

Les films de Claude Chabrol me laissent curieusement indifférent. C’est pour cela que j’ai choisi ce film : j’avais besoin de couleur et de calme. Les affres du changement, c’est bon pour les autres.

Je n’ai pas été déçu. Mais quelque chose a fini par me surprendre. Ce téléfilm m’a semblé avoir 50 ans. La façon de parler de Depardieu m’a fait penser à Maigret. C’était frappant. D’ailleurs c’est une intrigue « psychologique » à la Simenon. Il ne se passe rien. Plus frappant : les rapports humains ne me semblent pas ceux auxquels je suis habitué. Il y a une sorte de déférence, de respect, qui s’est perdu.

J’ai regardé le dossier de presse. Effectivement, le film est un hommage à Simenon. Chabrol approche des 80 ans, ce qui peut expliquer qu'il soit attaché à un autre temps. Il parle :

"A un moment donné, Bellamy dit de son frère Jacques : "Je ne pouvais plus supporter son visage d'ange." Bien entendu, il s'agit d'une projection de ce que lui-même n'est pas. Par la suite, c'est l'inverse qui se produit : Bellamy représente, aux yeux de son frère, une sorte d'ange que lui ne peut pas réussir à atteindre, ni à détruire. Car, si Jacques incarne la part d'ombre de leur fratrie, c'est parce que Bellamy a lui-même éteint sa part de lumière."

Je n'avais pas saisi.

Grand Paris

Cette semaine, j’ai entendu parler des difficultés d’un projet visant à rationaliser le fonctionnement de la Région Parisienne.

Les réformes semblent suivre un mécanisme invariable (voir par exemple l'analyse du début de Réforme de la recherche (suite)). Une analyse partagée d’abord :

Le diagnostic général ne soulève pas de controverses majeures. Chacun admet que Paris étouffe dans des frontières inchangées depuis un siècle et demi. Chacun reconnaît que la coupure trop longtemps marquée entre la capitale et sa région de quelque 9 millions d'habitants n'a pas permis de traiter à la bonne échelle des problèmes aussi cruciaux que le logement (insuffisant), les transports (surchargés), la crise des banlieues "sensibles" (qui se sont embrasées en 2005) ou encore les enjeux écologiques et de compétitivité internationale. Chacun, enfin, préconise, d'une manière ou d'une autre, l'émergence d'un mode de gouvernance de cette métropole moins fragmenté, plus collectif et global.

Puis proposition d’un plan gouvernemental (ici, par Édouard Balladur), qui fait hurler les responsables concernés.

Je crois reconnaître ce que je vois dans les entreprises. Ce qui pêche dans les nouvelles stratégies ce ne sont pas leurs orientations, mais leur mise en œuvre. Elle reflète la vision biaisée de celui qui les a conçues. La « résistance au changement » est l’expression de l’oubli de la réalité.

Malheureusement, cette expression est trop rare ou trop maladroite, si bien que la mise en œuvre se fait. Incorrectement donc. Beaucoup plus tard des dysfonctionnements se manifestent, et on accuse alors ceux qui les subissent d’en être responsables. (Indépendance des Antilles.)

Compléments :