mardi 14 avril 2009

Eric Rohmer (2)

Le Signe du Lion, premier film de Rohmer (1959).

Ça ne ressemble pas du tout à du Rohmer. Ça ne cause pas, c’est trop long, lourd, triste, inhomogène, sans originalité. Bien sûr, il y a quelques signes avant-coureurs : des débuts de tirades qui auraient pu être littéraires, philosophiques et interminables, mais qui s’arrêtent court ; des moments qui pourraient faire penser que le film aurait pu être un gentil amusement s’il n’avait pas mal tourné. Rohmer ne s’est pas fait en un jour.

L'intérêt du film, peut-être, est qu'il fait comprendre la particularité du style du vrai Rohmer. Il n’aborde que les petits désagréments de la vie, pas le malheur (ici on traite de l’exclusion de la société). L’art de la parole de ses personnages est particulier, il ne peut être, probablement, que le fait d'acteurs non professionnels, sans quoi il est assourdissant, épuisant. Ici, il y a, de temps à autres, quelques acteurs et futurs acteurs professionnels qui jouent comme on devrait le faire dans un film, et ça ne passe pas. C’est trop bruyant, d’ailleurs ils dénotent : ils font acteurs et pas gens comme tout le monde.

Complément :

  • Eric Rohmer (PS. Une recherche me montre que ma découverte de Rohmer date probablement de 22 ans : L’ami de mon amie.)

L’influence disproportionnée de la France

Conservative Anti-European Rhetoric Reflects Distinctive Southern Attitudes rappelle que la France, en particulier, est un sujet de répulsion pour le Républicain américain, un épouvantail qu’il agite avec satisfaction.

Or, semble-t-il, la haine du Français n’est pas générale mais circonscrite aux états du sud.

Ce texte me fait me poser la question suivante. Économiquement, culturellement, militairement, la France n’est rien. Même en Europe son poids est modeste. Comment se fait-il qu’un tel nain puisse attirer autant l’attention sur lui : Chine, USA… ?

Peut-être est-ce son statut passé de grande puissance, qui est un rappel à tous qu’une décadence totale peut frapper brutalement, sans crier gare ? Ou la France permet-elle de donner un avertissement sans frais à de plus dangereux pays : on peut frapper quelque chose qui veut ressembler à une grande puissance, mais qui n’a aucun moyen de riposte ?...

lundi 13 avril 2009

Scénario pour Hollywood ?

Grand classique du film américain tiré d’une histoire vraie (Serpico, American gangster…) : une corruption massive des services de l’état, généralement de la police. Cette fois-ci les cercles gouvernementaux seraient concernés.

Fouad Sassine mène l'enquête et m’envoie des éléments qui complètent ceux que j’avais trouvés la semaine dernière.

  • Un premier article explique que l’affaire Madoff avait été repérée et dénoncée depuis longtemps aux autorités de régulation du marché, qui, bizarrement, n’avaient rien fait. Par ailleurs, Bernard Madoff semblait avoir monté un mécanisme de « lobbying » (corruption ?) efficace.
  • Pour un second article (où l’on retrouve les informations qui apparaissent dans ce blog), on est en face, en ce qui concerne la gestion de la finance américaine, d’une fraude énorme, obéissant au même principe que celle de Madoff, mais infiniment plus importante. Elle est couverte par le gouvernement parce qu'il ne sait pas comment faire autrement.
Effectivement, les techniques utilisées par les banquiers ressemblent à celles d’Enron, or son dirigeant a été condamné à plus de 25 ans de prison, et son auditeur (Arthur Andersen) a été mis en faillite.

On attend le héros.

Compléments :

Le plan Geithner

Trou noir
expliquait que le plan de sauvetage des banques du ministre des finances américain permettait de sortir d’une faillite non annoncée le système financier tout en l’enrichissant aux dépends des Américains. Fouad Sassine a trouvé un article qui explique son mécanisme.

Les banques possèdent des actifs à risque qu’elles ne veulent pas évaluer, sous peine de se déclarer en faillite. Le plan propose la chose suivante : ces actifs vont être mis aux enchères, le gouvernement va fournir 85% des fonds nécessaires.

L’article donne l’exemple suivant (légérement aménagé) : soit une banque ayant 10m$ d’actifs à risque, valant en fait 2m$. Si une autre banque fait une enchère de 5m$ pour eux, elle paiera 750.000$ de sa poche. La première pourra mettre dans ses comptes 5m$, et la seconde aura fait un bénéfice de 1,25m$. Bien sûr le service lui sera rendu, par sa consœur, pour ses propres actifs à risque.

Suppose a bank is sitting on a $10 million package of collateralized debt obligations (CDOs) that was put together by, say, Countrywide out of junk mortgages. (…) this package may be worth at most only $2 million (…).

The bank now offers $3 million to buy back this mortgage. What the hell, the more they bid, the more they get from the government. So why not bid $5 million. (In practice, friendly banks may bid for each other’s junk CDOs.) The government – that is, the hapless FDIC – puts up 85 per cent of $5 million to buy this – namely, $4,250,000. The bank only needs to put up 15 per cent – namely, $750,000.

Here’s the rip-off as I see it. For an outlay of $750,000, the bank rids its books of a mortgage worth $2 million, for which it receives $4,250,000. It gets twice as much as the junk is worth.

Complément :

  • Une analyse qui semble montrer qu'il y aurait des effets beaucoup plus pervers.

De la répartition des impôts

Les Américains commencent à se demander où trouver de l’argent. Voici ce que dit America’s widening fiscal gap, ça ne concerne pas que les USA :

the US income tax collects 45 per cent of its revenues from the highest-income decile. Compare that with Britain at 39 per cent, Canada at 36 per cent, France at 28 per cent, Sweden at 27 per cent and an OECD average of 32 per cent.

This difference is only partly explained by the less-equal US income distribution. The fact that the US has no broadly based national sales tax - value added taxes make Europe's overall tax codes less progressive still - only underlines the point. The US tax system raises comparatively little revenue; what little it raises already comes disproportionately, by international standards, from the rich.

Bizarrement, aux USA, la contribution des riches aux impôts est beaucoup plus élevée qu’en France. Explication, partielle : le pourcent le plus riche représente 17% de la richesse des USA, et seulement 8,5 de celle de la France (Inégalités françaises ?).

Mais ce n’est pas ce qui intéresse l’article. Ce qu’il dit est que les impôts ne seront pas suffisants pour régler les problèmes américains, le pays doit adopter notre TVA. Galbraith avait demandé cette taxe, pour une raison inattendue : elle suscite moins l’ire des puissants que l’impôt, qui leur est insupportable (Société d’abondance), et qu’ils combattent toujours avec succès.

J’en déduis que nous devons faire attention à ne pas réformer nos impôts à la légère, les conséquences de ces réformes peuvent être inattendues.

dimanche 12 avril 2009

Rationalité de l'escroc

On semble découvrir de plus en plus de fraudes aux USA. Occasion de s’interroger sur la nature humaine.

The Heroes of Financial Fraud observe que dans certains cas l’escroc était sûr d’être pris. Pourquoi a-t-il alors escroqué ? D’ailleurs c’est en partie parce qu’il semblait idiot qu’il puisse tenter une telle manœuvre qu’il a pu sévir aussi longtemps.

En fait, je crois que l’homme n’est pas du tout rationnel, ou il a une rationalité pas immédiatement compréhensible. L’envie est souvent impossible à résister, elle fait oublier ses conséquences. Et puis le risque est un stimulant extrêmement puissant. D'ailleurs les escrocs les plus fous finissent par devenir des stars d'Hollywood (cf. Attrape-moi si tu peux), avec de telles récompenses possibles, Pascal aurait probablement dit que le pari méritait d'être tenté...

Références

J’ai fait figurer dans la colonne de droite de ce blog des liens vers mes commentaires de livres.

Ce sont des commentaires de livres lus depuis que je tiens ce blog.

Je constate que je ne lis pas beaucoup. Probablement la faute de ce blog.

En tout cas, avant ce blog, je ne cherchais pas à juger ce que je lisais. L’exercice du commentaire de livre n’est pas facile. Pas aisé d’avoir une idée définitive à première lecture. Jusque-là, je me contentais d’un sentiment agréable de l’œuvre achevée. J’en tirais quelques idées pour mes propres livres, cours et conversations. C’était tout.

Pour bien faire les choses, il faut probablement lire et relire, décortiquer, enseigner… Mais ça prend du temps et ce n’est pas la voie que j’ai choisie. Et le mieux est l’ennemi du bien. J’ai plutôt décidé de laisser sortir ce que j’avais en tête. Au moins, il en resterait quelque chose et ça m’encouragerait peut-être à approfondir plus tard…

Qu’ai-je lu ? L’accessoire plutôt que l’essentiel. Du moins au sens de la conduite du changement. Les textes de référence dans ce domaine sont antérieurs à la naissance de ce blog.

En tête de mes lectures, l’économie et la philosophie, deux sujets qui me semblaient malhonnêtes jusqu’à il y a peu. Mais il y a un fil conducteur : je cherche les règles qui guident nos comportements collectifs, et ces règles viennent de loin. Non seulement le philosophe est porteur d’idées, de « préjugés » de son milieu, mais encore, il a cherché à résoudre des questions sur lesquelles le temps n’a pas de prise. Quant aux économistes de ce blog, ils ne parlent pas tant d’économie qu’ils essaient de modéliser des étapes importantes de notre histoire récente (Galbraith) ou d’autres directions vers laquelle nous pourrions aller. Pour les autres références, elles sont une description d’une culture (ou d’une de ses caractéristiques) qui me semble importante aujourd’hui (notamment Amérique, Chine, France).

À la réflexion, j’aime une autre chose dans ces lectures. Ce qui traverse certains de ces livres (à la vérité, il y en a peu dans cet échantillon), c’est la personnalité de leurs auteurs, leurs interrogations. C’est une sorte de confession, masquée. Je me demande si les plus grands scientifiques ne sont pas aussi ceux dont l’œuvre parle, indirectement, le plus d’eux. Peut-être que leur réussite scientifique tenait à une irrésistible interrogation personnelle ? Ils ont vécu leur œuvre ?

D’ailleurs n’est-ce pas ce que l’œuvre laisse transparaître de leurs échecs qui m’intéresse plus que leurs succès ? J’aime bien cette phrase (ma mémoire est approximative) dont Oliver Stone qualifie Alexandre le grand : « son échec a été plus grand que tous les succès ». Ce sont les utopies impossibles qui font les œuvres géniales ?

Compléments :

  • J'ai transformé gauche en droite dans la phrase d'introduction, merci à Hervé d'avoir repéré l'erreur.

Eric Rohmer

Il y a bien longtemps, j’ai découvert un film de Rohmer. Quelque chose m’a beaucoup plu et, comme il m’arrive parfois dans ce cas, j’ai cherché à voir tout ce qu’il avait fait. N’ayant pas de télévision ou équivalent, je dois attendre la « resortie » de ses films en salle. Il y en a une actuellement au cinéma le Quartier latin.

Difficile de savoir ce qui plaît dans un film.

Les personnages de Rohmer parlent beaucoup, et sont très littéraires. D’une certaine façon leurs discussions me bercent. Je retiens peu de chose de ces films, sinon un sentiment agréable. Hier, je suis allé voir les Contes d’hiver : aucune image ne me rappelait quoi que ce soit, et pourtant, je me demande si je ne l’avais pas déjà vu.

J’aime aussi que la vie de tous les jours, filmée comme je la vis, avec métro, bus, train corail, modeste maison de banlieue, et petites intrigues apparemment sans intérêt et pourtant essence d’une existence, puissent être un sujet d’observation.

Autre chose m’intéresse chez Rohmer : ces films historiques, comme la Marquise d’O ou Triple agent. J’ai l’impression qu’il a réussi à revenir dans le temps. Quelque chose sonne juste. Y compris dans l’habillement et les décors. C’est mystérieux.

samedi 11 avril 2009

Qui est Barak Obama ?

J’ai découvert par hasard que le Wikipedia anglais a consacré de véritables enquêtes à la famille Obama.

Il aurait des ancêtres du meilleur monde, un roi d’Angleterre, et un autre écossais (au 13ème siècle), notamment ; il est d’ailleurs apparenté d’assez près ou de plus loin avec un nombre surprenant de présidents. (Il n’est pas le seul dans ce cas, ce qui laisse penser que n’importe qui ne peut pas présider les USA.)

Son père semble avoir été une sorte d’ange déchu de l’élite dirigeante nigériane, et sa mère, docteur en anthropologie et fille d’une vice-présidente de banque, distante relation de Dick Cheney et d’Harry Truman, s’est battue sa vie durant pour le droit de la femme et autres défavorisés. Ce faisant elle aurait frayé avec le meilleur de la société américaine (dont la famille Geithner).

Il est tentant de voir en Obama le caractère de sa mère. Serait-il une sorte d’activiste d’ONG parvenu au sommet du plus puissant pays du monde ? Est-ce cette passion de l’utopie qui fait que certains lui reprochent (Que penser d’Obama ?) son manque d’intérêt pour la situation économique de son pays ? Est-ce l’explication de ses croisades pour rapprocher Islam et Occident ou éliminer la bombe atomique ? Ou est-il simplement un maître de la propagande, habile à détourner l’attention ?

En tout cas, comme sa mère, il semble s’être marié à un ressortissent d’une communauté opprimée. Comme elle, il n’est pas allé jusqu’à chercher un SDF.

Passe-passe

Illustration de ce qui précède : manœuvres du ministère américain des finances ?

Commentaires sur le rapport Warren au congrès américain, qui essaie de juger le dernier plan Geithner :

Il semble incompréhensible, et ne correspondre à aucune technique connue. Ce qui serait certain, par contre, est que Ben Bernanke et lui auraient investi 4.000 md$, alors qu'ils n'avaient une autorisation (plan Paulson) que pour 700.

Le ministère des finances est aussi opaque que possible pour gagner du temps pendant qu’il détourne des milliers de milliards des finances publiques à destination de ses amis arnaqueurs et des grandes banques
Compléments :

  • Je n'avais pas suivi les aventures du plan Paulson depuis les billets que je lui ai consacrés. Il semblait destiné à acheter les actifs toxiques des banques, une bonne idée à m'en croire (élimination d' une source d'incertitude - And now the Great Depression). Mais l'article cité par le billet précédent m'apprend que ce plan aurait changé d'orientation et qu'il serait devenu une injection de fonds dans le capital des banques. Il me semble me souvenir que la théorie économique orthodoxe (Crise : les économistes en accusation) voulait qu'une telle injection fasse un miracle.

Trou noir

Dans The Atlantic Online, l’ancien économiste en chef du FMI, Simon Johnson, explique que la situation actuelle de l’Amérique est celle des républiques bananières que secourt régulièrement le FMI. Bien sûr, il n’est pas possible de traiter la superpuissance mondiale comme tel. La crise de 29 ne sera donc qu’une douce farce de l’histoire par rapport à celle qui se prépare.

La chute de la République bananière, un cas

Les pays qui ont connu des faillites ces derniers temps suivent une voie relativement prévisible. Une oligarchie, fruit du « partenariat public-privé », se constitue à leur tête. En période faste, ses initiatives profitent à tous. L’appât du gain lui donne de plus en plus d’ambition, elle prend de plus en plus de risques, accumule les dettes. Ça claque. Le gouvernement répare les premières faillites, en ami, par détournement de bien social. Mais la crise dépasse ses moyens, et la question devient : quel oligarque doit être sacrifié ? C’est presque un appel au suicide. La question peut donc demander des années pour être tranchée, et le pays trépasser.

La Russie actuelle traverse cette phase.

L’Amérique comme application

La couche oligarchique américaine s’est constituée ces 25 dernières années. L’élite du pays est faite de financiers qui entremêlent, comme les grands commis de l’état français (mais en sens opposé), passage du privé au public et inversement. D’ailleurs la finance est vue comme un service public dont la mission est le bonheur mondial. On avait une telle confiance en sa sagesse, et si peu en celle du reste de la planète, qu’on lui a confié la gestion de ses risques.

Jusqu’ici la crise a été un petit arrangement entre amis. Le règlement des premières faillites a été l’occasion de quelques dons généreux. Mais, aujourd’hui, toutes les grandes banques sont en faillite virtuelle. Seulement, elles ne peuvent pas le dire. Alors le gouvernement américain a recours à une créativité qui évoque le meilleur d’ENRON : non seulement il masque des subventions colossales par des dispositifs d’une extrême complexité, mais il a mis la main sur d’énormes sources d’argent sans autorisation de qui que ce soit.

Le dernier plan de Timothy Geithner en est un exemple. Il lui aurait été suggéré par la profession financière. Elle a trouvé le moyen de payer aux banques leurs actifs à risque au dessus de leur prix (de ce fait les sauvant), et de faire que ceux qui les achètent s’enrichissent (à tel point qu’un autre article pense que les banques pourraient racheter leurs propres actifs - par des structures hors bilan). Bien entendu, c’est le contribuable qui paie ce beau tour de passe-passe.

Il n’est pas possible de prévoir l’avenir. Mais, comme le dit mon premier livre, la méthode des scénarios peut y aider.

Le scénario FMI

Si le FMI devait intervenir, il imposerait une nationalisation des banques, qui seraient nettoyées et revendues par appartements ; et un renouvellement de l’élite dominante. Pour que celle-ci ne puisse pas se reconstituer en oligarchie, il faut détruire ses véhicules de pouvoir (découpage des banques, lois anti-trusts, mécanismes anti-accumulation de fortune…).

Ce scénario n’a aucune chance de réussir : l’Amérique donne des leçons au monde.

Le Scénario russe

Les petits arrangements entre amis se poursuivent, ainsi que les faillites. Le chaos économique s’installe pour longtemps, car il a l'intérêt de masquer les culpabilités. De l’oligarchie on passe au grand banditisme. Allemagne années 30 ?

L’abîme

Un scénario favorable, quand même. L’économie mondiale s’effondre, l’Europe de l’est est balayée, emmenant avec elle les banques et l’économie de l’Europe de l’Ouest, les pays émergents sont terrassés par leur dépendance à l’exportation. Les USA finissent par être touchés. Ils sont forcés de revenir à la raison.

Compléments :

vendredi 10 avril 2009

Hadopi raté

Informations radio, ce matin : l’absence des députés de la majorité lors du vote de la loi Hadopi serait un acte manqué. Ils ne l’approuvaient pas.

Si cela est vrai ce serait un argument supplémentaire contre le passage en force. Même avec tous les pouvoirs il est quasiment impossible de faire faire à quelqu’un ce qu’il ne veut pas faire.

Un ami dirigeant dit que pour que le changement réussisse « il faut qu’il vienne deux ». Serait-ce le bon mode de fonctionnement pour une démocratie : si une loi correspond à la « volonté générale », elle passe comme une lettre à la poste ? Qui sait, peut-être que notre gouvernement s'épuiserait moins, et encourrait moins de frustrations, s'il essayait d'aller dans le sens de l'opinion public ? Et si c'était son rôle ?

Sur la volonté générale, voir Le contrat social.

jeudi 9 avril 2009

Mais où va l’Amérique ?

Fouad Sassine, qui vit aux USA, me signale Counterpunch. L’article du jour (The Decade of Darkness) est effrayant.

La plongée semble sans fin, les principales banques du pays sont pourries au-delà de tout ordre de grandeur concevable ; le plan de sauvetage de Timothy Geithner serait une sorte d’incitation à une surenchère de nouvelles malversations ; comme en Angleterre les bons du trésor sur lesquels comptait l’état américain pour financer son déficit ne trouveraient plus preneur ; et lentement mais sûrement le statut de monnaie de réserve du dollar serait sapé.

J’avais déjà aperçu un article qui disait que la crise avait pris une pente plus dangereuse que celle des années 30 (A Tale of Two Depressions), mais on disait que, cette fois-ci, l’on avait fait ce qu’il fallait ; or le doute s’installe quant aux compétences du gouvernement américain (Obama cache la forêt ?).

Hadopi et changement

L’art français du changement.

La loi Hadopi a été rejetée faute de députés de la majorité (Le Parlement rejette le projet de loi création et Internet). Incroyable amateurisme. D’ailleurs, il semblerait que cette loi ait pour destin la poubelle : l’Europe considère l’accès à Internet comme un droit fondamental (Les eurodéputés votent contre la privation d'accès à Internet) alors que la loi voulait couper l’Internet aux contrevenants. J’imagine que ce résultat était prévisible…

Toute l’inefficacité française est dans ce petit exemple. Nous lançons des nuées de projets sans jamais leur donner les moyens dont ils avaient besoin. Du coup, notre vie est bousillée par les débris de leur inachèvement. Deux autres exemples :

  • Une petite société (une centaine de personnes) mais plus de trente projets informatiques en parallèle, décidés sans aucun processus budgétaire, d’ailleurs on ne sait plus par qui, une équipe d’une dizaine de consultants à plein temps pour les réaliser. Bien sûr en 5 ans de travail, aucune documentation n’a été écrite. Et la qualité du résultat est au mieux médiocre.
  • Mes débuts chez Dassault Systèmes. Notre logiciel de CFAO comptait des dizaines de fonctions, mais avec aucune on n’était absolument sûr de finir ce que l’on voulait faire. En cas d'échec, il fallait repartir avec une autre.

Mais la France n’est-elle pas un pays pauvre, qui n’aura jamais les moyens de ses ambitions ?

Non. Elle doit apprendre à allouer ce qu’il faut à ce qu’elle veut faire, et ensuite classer ses désirs par ordre de priorité. Il y a de fortes chances, alors, qu’elle se rende compte que la plupart d’entre eux n’ont pas d’intérêt.

mercredi 8 avril 2009

Le G20 des économistes

Quelques articles, lus en retard. Pas très éclairants. Pas très enthousiastes. Mais unanimité : on ne pouvait pas espérer mieux.

  • Globalement, la grand peur de l’économiste est le protectionnisme (cause de la grande dépression). Il aurait été évité par une attitude pragmatique : il est inévitable, veillons à ce qu’il n’entraîne pas trop de dommages.
  • Un article critique : une relance qui ne serait pas suffisante (l’Europe coupable de parasitisme ?), des banques (américaines) pas courageusement nettoyées de leurs actifs toxiques.
  • Sinon, le G20 a pensé aux pays pauvres. Ce qu'on ne lui demandait pas, mais était méritant.

Les articles :

Obama cache la forêt ?

Article de Dominique Moïsi, professeur à Harvard, dans le Financial Times :

Il fait un inattendu parallèle entre la situation actuelle des USA et celle de la France de 1789. Des banquiers en nobles hyper privilégiés, un roi populaire mais des ministres discrédités, parce qu’ils sont des purs produits de l’ancien régime, des fauteurs de crise, de grands amis des financiers, aveugles aux souffrances du peuple…

Et c’est peut-être le plus surprenant pour un Français. L’énorme popularité d’Obama, soigneusement entretenue mais malsaine (« le président des USA simplement parle trop »), cacherait la dangereuse inefficacité d’une administration à laquelle son mépris pour le sort de la population pourrait jouer de mauvais tours (« la combinaison actuelle de peur et d’humiliation et d’un sens profond d’injustice produit une colère qui est potentiellement irrépressible »).

Compléments :

mardi 7 avril 2009

Salaire et mérite

De la lutte des classes au sein du patronat français, par Philippe Trouvé

tandis que le salaire moyen annuel des dirigeants des plus grandes entreprises cotées en Bourse atteignait en 2008, bonus et stock-options compris, entre 5 et 7 millions d'euros, selon les sources (notamment Proxinvest, société de conseil indépendante au service des investisseurs, ou le cabinet de conseil en gestion des ressources humaines Hay Group), une enquête de l'Insee pour le compte de la Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CGPME) situait, pour la même période, à 52 700 euros par an la rémunération nette moyenne des dirigeants salariés de PME (moins de 250 salariés), soit environ trois fois le salaire moyen d'un ouvrier.

Les salaires des hauts dirigeants reflètent-ils un mérite exceptionnel ou une défaillance du marché de l’emploi du grand patron ?

Bonus et dividendes

J’ai beaucoup d’amis à bonus, et quand ils me disent qu’ils ne les toucheront pas cette année, je compatis. Pourtant ça ne semble pas une attitude appropriée, si j’en crois la radio.

Qu’est-ce qui fait que le titulaire du bonus ne veuille jamais le réduire ? Quand les affaires vont bien, il est normal qu’il le touche. Quand elles vont mal, cela est indépendant de lui, d’ailleurs il a fait un effort exceptionnel pour sauver son entreprise. C’est en période de crise qu’il mériterait le plus son bonus !

En fait, l’effort individuel a très peu d’impact sur la santé de l’entreprise. Les événements extérieurs en ont infiniment plus que lui.

Et le système d’intéressement a un effet pervers : il encourage à privilégier le risque et le court terme par rapport à l’intérêt à long terme de l’entreprise. Il a conduit à vider les entreprises de leurs réserves financières qui leur servaient, justement, à traverser les tempêtes. Et, en période de crise, il pousse au désespoir. L'intéressement fait de l'homme un associal, il oppose ses intérêts à ceux de l'équipe qu'il est supposé servir.

Alors, que faire ?

  • Les grands de ce monde travaillent à modifier les systèmes d’encouragement, de façon à ce qu’ils n’aient plus d’effets pervers. Mais est-ce possible ? James March estime que le jeu (au sens théorie des jeux) entre régulateur et régulé est toujours gagné par ce dernier, parce qu’il joue plus gros et qui a plus de temps que le premier. Les événements lui donnent raison.
  • Un article cité dans un autre billet affirme que l’homme a besoin, pour se construire, d’une réalisation sociale. Essentiellement, il travaille pour contribuer à un ouvrage collectif. C’est de là que vient sa motivation. Pourquoi donc lui donner un bonus et des actions qui le poussent au crime et, finalement, le rendent malheureux ?

Compléments :

lundi 6 avril 2009

Nouvelle économie

Il se pourrait que l’on soit à la veille de l’avènement d’une « nouvelle économie », mais pas de celle que l’on attendait. L’entreprise pourrait avoir à se réinventer.

From buy, buy to bye-bye : après une période « bling bling » de consommation ostentatoire, l’opulence étant la norme, le monde occidental pourrait durablement redécouvrir les mérites de valeurs simples et fondamentales.

  • L’épargne redevient, pour longtemps, une vertu. Crainte de la dette. D’ailleurs, les banques, durement éprouvées, ne pourront que prêter avec parcimonie. En outre, la baisse de l’immobilier a appauvri beaucoup de monde.
  • Consommation saine, « verte », qui deviendra l’ordinaire (non plus du luxe). Le bio pour tous ? Pour le reste, comme on le voit pour la voiture, simplification des produits, qui perdent l’inutile et reviennent à leurs fonctions principales ? (Exemple du yaourt, dans l’article.)
  • Défiance durable vis-à-vis de l’entreprise, à qui l’on fera payer cher ses moindres errements. Problème pour les agences de pub : le consommateur devrait se méfier de ce qu’on lui dit et rechercher le conseil de ses pairs. L’article pense que c’est une bonne nouvelle pour mes amis experts des blogs et autres réseaux sociaux. Ou, simplement, recul de l’individualisme, plus de solidarité ?

Redressement de GM

Décidément, Barak Obama est en train de se faire beaucoup d’ennemis. Espérons pour lui qu’il ne connaîtra pas de moment de faiblesse. Time for a new driver :

Le gouvernement américain se comporte comme un investisseur qui force GM, brutalement, à revoir son business plan jusqu’à ce qu’il lui semble viable. Dans ce jeu, les dirigeants de GM semblent de petits garçons.

Il y a encore quelques mois les grands patrons américains expliquaient à qui voulaient les entendre qu’ils s’interrogeaient sur l’utilité de l’État, que, si seulement ils en avaient le temps, ils le géreraient efficacement et à faible coût. Bizarre retournement de situation.

Il paraît se reproduire cycliquement : de temps à autre, l’état doit réformer un pan de l'économie, incapable de le faire seul.

Compléments :

  • Dans un sens, le gouvernement américain suit mes recommandations : GM : nationalisation ?
  • À noter que les théoriciens du laisser-faire, que l’on n’entend plus beaucoup, diraient que ce que l’on voit aujourd’hui est un épisode de destruction créatrice, il faut laisser disparaître les coupables, ils seront remplacés par de nouvelles entreprises méritantes, pour le bien de tous.

Style d’Obama (3)

D’après L’amour vache d’Obama pour Sarkozy, il semblerait que le président des USA batte froid le nôtre, pour des raisons qui remonteraient en partie à son prédécesseur.

Est-ce la fonction d’un Président de dispenser des leçons de morale ? Certes, comme le montre l’exemple chinois, la France est considérée comme un pays sans importance et donc éminemment méprisable, mais n’a-t-on pas toujours besoin d’un plus petit que soi ?

Complément :

dimanche 5 avril 2009

Style d’Obama (2)

À peine écrit le précédent billet, je tombe sur un compte-rendu d’une rencontre entre le Président Obama et des dirigeants de banques.

Quote of the day où j’ai trouvé la référence à cette rencontre le cite :

(Les dirigeants viennent de justifier leurs salaires et bonus) « Faites attention à la façon dont vous faites ces déclarations, Messieurs, le public n’est pas convaincu ». « Mon administration est la seule chose entre vous et les fourches ».

Style d’Obama

À Strasbourg il est le même qu’aux USA.

Visiblement, pour lui il n’y a pas de différences entre Strasbourg (plus européenne, voire franco-allemande que française ?) et une ville américaine (Discours présidentiel) : même façon de s’adresser à l’audience et d’animer le débat.

D’ailleurs les questions n’ont pas dû le détromper : deux sur quatre étaient d’Américains, trois au moins en Anglais, une sur son futur chien.

Science et sophisme

Gestion des banques m’a rappelé les aventures de Platon…

François Châtelet (voir Platon pour les nuls) raconte que l’arrivée de la démocratie à Athènes fait que le débat règle dorénavant la vie de la cité ; du coup, on comprend que si l’on arrive à le manipuler (sophistes) on gagne le pouvoir. Dans Gestion des banques je pensais que la science économique avait été manipulée pour permettre l’enrichissement de certains.

Explication commune ? La vie d’Athènes est réglée par la parole, la nôtre par la science, il est naturel que celui qui désire le pouvoir soit tenté de manipuler l’un et l’autre. D’ailleurs, il peut aussi avoir été tellement persuadé d’avoir raison que les entorses qu’il a fait subir à la rigueur peuvent lui sembler sans conséquences. Parole et science sont alors des moyens de nous convaincre de son point de vue.

François Bayrou

M. Bayrou : "On conduit la France vers un modèle qui n'est pas le sien"

M.Bayrou affirme que la politique du président de la République s’en prend aux valeurs fondamentales de notre société, et que son entrée dans l’OTAN est une erreur.

J’ai du mal à comprendre quelle est l’influence qu’une France, petite et isolée, peut avoir sur la politique mondiale. Depuis quelques années, elle ne fait que s’agiter et se ridiculiser. Le coq gaulois dans ce qu’il a de plus stupide.

D’ailleurs, ce n’était probablement pas ce que voulait de Gaulle, qu’il est bon de citer en de pareilles circonstances. Il pensait que la France était porteuse d’un message universel, et, par conséquent, qu’il était bon pour la planète qu’elle ne l’oublie pas.

Or, la France a-t-elle encore quelque chose à dire ? Elle ne sait plus à quoi elle croit. Mais accuser le président de la République de néoconservatisme est oublier qu’il a seulement accéléré et projeté au grand jour un mouvement sournois de « libéralisation » vieux de plusieurs décennies.

À ce sujet, je viens d’entendre Henri Guaino, sur RFI. Parlant de l’Europe, il s’en prenait à la croyance selon laquelle le marché pouvait tout régler, de lui-même, sans aucune intervention humaine, sans projet politique, par la simple concurrence. Les réformes que mène le gouvernement, apparentes applications de ces principes, pourront-elles continuer sur la même lancée après de tels propos, me suis-je demandé ?

Compléments :

Sommet du G20 (suite)

Ce que veut faire le G20 est un changement : remettre l’économie en fonctionnement. Que dirait mon expérience si elle voulait s’y appliquer ?
  • Point essentiel : il faut contrôler le changement. Condition nécessaire : écoute de l’organisation, en empathie, sans a priori. Pour le moment, c’est le cas. C’est à la fois remarquable et exceptionnel.
  • Ainsi, on aperçoit l’émergence de difficultés, au coup par coup. Il faut alors les traiter efficacement. Ici, il y a divergence entre Anglo-saxons et Allemands. Les premiers, s’appuyant sur l’expérience de précédentes crises, estiment qu’il faut une relance brutale (dont seuls ils n’ont plus les moyens). L’Allemagne est prudente. Les deux camps ont des arguments solides.
Je penche du côté allemand :
  • Il peut être dangereux de gaspiller toutes ses cartouches d’un coup. J’ai observé qu’il fallait généralement s’y reprendre à plusieurs fois pour réussir. En outre, à frapper trop fort on risque un contrecoup (hyperinflation). Et il est difficile de faire la moindre prévision en économie, trop de paramètres changent d'une crise à l'autre.
  • Surtout, mon expérience me fait croire que les mesures « macroéconomiques » sont peu efficaces, inutilement coûteuses, et, surtout, que leurs conséquences sont difficilement prévisibles. Ce qui est efficace est une intervention directe sur la partie des règles de la société qui causent son dysfonctionnement. Et c’est bon marché. En fait, je ne suis pas le seul de ce point de vue. L’économiste John Galbraith semble dire quelque chose de semblable dans L’économie en perspective : il faut faire sauter la barrière (que l'on doit à Keynes) entre micro et macro économie, car les mesures macro économiques sont impuissantes pour réparer les grands problèmes de la société (exemple le chômage) dont les causes sont micro économiques, et se trouvent dans le comportement de l’homme ou du groupe humain, qui n’est pas celui que lui prête l’économiste classique.
Compléments :

samedi 4 avril 2009

Téléphone chinois

Faut-il se méfier des Chinois quand ils font des cadeaux ?

Le gouvernement chinois ou ses partisans auraient infiltré plus d’un millier de PC, A Chinese ghost in the machine? se demande si l’Angleterre a bien fait de confier son système téléphonique à Huawei.

Remarques :

  • Des amis, travaillant pour Alcatel, me disent que cette société fait des prix tellement faibles qu’aucun concurrent ne sait s’aligner. Il se confirme que l’Angleterre n’a pas peur d’aller au moins disant.
  • Ils me disent aussi qu’ils soupçonnent que l’état chinois subventionne son champion. Si la thèse de l’article est juste, il serait plus correct de penser qu’il a plusieurs clients, l’Angleterre d’une part, ses services secrets de l’autre, et qu’il fait profiter chacun des économies réalisées du fait de l'effet d'échelle. Habile.

Compléments :

De l’inefficacité de la répression

Enseignement à tirer de l’exemple américain (A nation of jailbirds) ?

  • « moins de 5% de la population mondiale, plus de 25% de ses prisonniers »
  • « deux tiers des anciens prisonniers sont arrêtés dans les 3 années qui suivent leur libération », les enfants de prisonniers « ont 6 fois plus de chances que leurs pairs de finir en prison ».
  • Les prisonniers perdent leur droit de vote : si bien que 2% des blancs et 14% des noirs en sont privés.
  • Les USA auraient eu longtemps le même taux d’incarcération que le reste du monde (un pour mille), avant qu’il ne décolle (quand ? avant 1985, en tout cas). La lutte contre la drogue aurait « fait passer l’industrie de l’incarcération en surmultipliée » (500.000 personnes, dont trois quarts de noirs).
  • Un sénateur tenterait de s’opposer au mouvement mais il fait face au « complexe pénitentiaro-industriel (…) qui emploie des milliers de personnes et des armées de lobbyistes ».

Complément :

Paradis fiscaux

Albion moins perfide que je ne le pensais ? Ce que je retiens de Sinking assets :

  • Il se confirme (Des paradis fiscaux) que l’Angleterre grouille de paradis fiscaux : Jersey et Guernesey, l’Ile de Man (pas d’impôt sur les sociétés non financières), « les iles Caïman, par exemple, abritent plus de la moitié des hedge funds non domiciliés dans leur pays d’origine ».
  • En fait, le gouvernement anglais, contrairement à ce que je croyais, va sévir : il profite du mécontentement général pour mettre la main sur l’argent qui lui échappait. « Le ministère des finances envisage d’introduire un code « volontaire » qui demanderait aux banques d’obéir l’esprit autant que la lettre du code des impôts ».

Compléments :

  • Mon diagnostic erroné : Phénix anglais.
  • Obéir à l’esprit d’une loi : risque d’un dangereux précédent, l’Angleterre va-t-elle perdre son âme (Perfide Albion) ?

Inégalités

The Economist (The rich under attack) veut plus d’égalité :

  • « les 0.1% Américains les plus riches gagnaient 20 fois le revenu des 90% les moins riches en 1979, et 77 fois en 2006 ».
  • Résumé des reproches faits à ceux qui se sont enrichis : « les courtiers et les gestionnaires de fonds se sont enrichis énormément en spéculant avec l’argent des autres, mais quand ils ont eu des difficultés, la maison mère, le client et finalement le contribuable ont du payer l’addition » ; « les banquiers et les gestionnaires de fonds ne font rien d’utile (ils) ne font que déplacer l’argent dans le système dans leur seul intérêt (…) au fur et à mesure que la finance grossissait, les banques devenaient de plus en plus grosses – trop grosses pour une faillite, si bien que quand elles ont vacillé, les contribuables ont dû les soutenir ».
  • L’augmentation des impôts est inévitable, compte-tenu des déficits nécessaires à la relance.
  • Inutile de décapiter les riches : leur fortune venait essentiellement de l’exploitation de failles dans le système, que les mesures qui sont actuellement prises vont combler...

Dépression

D’après Be bold le prochain risque est celui d’une dépression :

Logique : vue l’explosion du chômage, le nombre de consommateurs diminue. Il faudrait une action « rapide et décisive des gouvernements ». Les plans actuels seraient insuffisants.

D’ordinaire les économistes nous expliquent que les crises permettent à l’économie de se réorganiser, et qu’une intervention directe (empêcher le licenciement) est, par conséquent, inefficace. Cependant beaucoup d’entreprises disent (l’automobile, l’acier…) qu’elles embaucheront de nouveau quand tout ira bien. Elles seront donc toujours là. D’où le paradoxe : en s’allégeant de leur personnel, elles risquent de déclencher une récession qui les coulera.

vendredi 3 avril 2009

Sommet du G20

Parmi les sujets évoqués durant sa préparation :

  • Régulation mondiale. On en parle beaucoup mais y a-t-il eu des décisions concrètes (« dans les circonstances actuelles il serait inapproprié de les promulguer avant que le rétablissement ne soit solide ») ?
  • Plan de relance mondial. Ceux qui le voulaient (USA, Angleterre) n’en avaient pas les moyens, et ceux qui le pouvaient (Allemagne), avaient peur d’un départ d’inflation. Ces derniers ont gagné.
  • Protectionnisme. Outre des déclarations de bonnes intentions, il y aurait eu accord pour un mécanisme de financement du crédit client (« la plus grande menace au commerce n’est pas le protectionnisme explicite, mais le protectionnisme financier – l’assèchement du crédit client qui finance jusqu’à 90% du commerce mondial »).
  • Endettement de l'Europe de l'est. Important financement pour les pays en développement. Donc en partie pour les pays de l’est, dont la demande, une fois remise en état, pourrait tirer l’économie mondiale. (Et les pays pauvres ?)

Il semble qu’il y ait eu volonté d’unanimité, et que, de ce fait, les plus décidés aient fait passer leurs idées, du moins dans le communiqué final. Mais croyait-on fermement à ce qui a été abandonné ?

Processus efficace (les problèmes ont été identifiés, des solutions leur ont été apportées après débat - exemple d'ordinateur social ?), ou déficit d’idées ?

Compléments :

jeudi 2 avril 2009

Le nucléaire : ne pas se précipiter

Suite d'enquête sur le nucléaire. Une étude américaine apporte un éclairage nouveau au dossier.

Elle semble dire que les centrales nucléaires n’auront pas un impact majeur sur les émissions de CO2 dans les 20 prochaines années. En effet, elles sont longues et coûteuses à construire, longues à raccorder au réseau (10 ans !), elles demandent des fonds (attention à la crise) et un savoir-faire que peu de pays ont… Curieusement la part de l’énergie nucléaire dans la production globale devrait se réduire de 15 à 10% d’ici 2030. En attendant, il serait utile de régler les problèmes de sécurité que pose encore le nucléaire.

Il semblerait, qu’au moins aux USA, on soit passé très près de gros incidents ces dernières années. En particulier pour des raisons de négligence (une « réticence des employés (…) à signaler les problèmes de sécurité »). L'histoire de ces incidents ressemble à ceux de désastres tels que la chute d’une navette spatiale ou l’explosion d’une centrale de BP, 2 cas dans lesquels les enquêteurs ont incriminé la culture de l’organisation (plus favorable à la réduction de coûts qu’à la protection de la vie humaine).

Le nucléaire ne serait-il pas à mettre entre toutes les mains ?

Compléments :

  • Mon livre « transformer les organisations » sur BP et Columbia :

Rapport (août 2003) de la commission d’enquête sur l’accident de la navette spatiale américaine Columbia (février 2003) : « la culture de la NASA est autant en cause dans l’accident que l’isolant (le défaut à l’origine de la catastrophe) », une culture qui, face à des objectifs contradictoires, de coûts, de délais et de sécurité, fait des choix malheureux.

Une déclaration du responsable de l’enquête sur l’explosion d’une raffinerie pétrolière texane de la compagnie BP (15 morts, 180 blessés) : « plus l’enquête avançait et plus nous étions terrifiés de découvrir qu’une telle culture puisse exister chez BP », une culture financière qui s’intéresse peu à la sécurité des hommes.

mercredi 1 avril 2009

Gestion des banques

Une étude de 21 grandes banques montre qu’elles ont vécu dangereusement :

  • Elles ont levé une masse de dettes (1640 milliards$ sur 8 ans) et ont acheté leurs actions.
  • Elles ont aussi distribué énormément de dividendes : 400md$ (un tiers de leur valeur en 2007), y compris récemment. « Il est peut-être difficile de le croire, mais les banques ont à peine diminué leurs dividendes dans les 15 premiers mois de la pire crise depuis la Grande dépression ». « Pour les banques qui anticipaient des pertes, les dividendes étaient payés aux actionnaires au détriment des créditeurs (y compris les contribuables qui finançaient le sauvetage). C’est un pur transfert, en violation de la priorité de la dette sur le capital. » Cela aurait été permis par l’inertie des règles comptables qui s’appliquent aux banques, et qui n’ont pas immédiatement montré la détérioration de leur situation.
  • Finalement, elles auraient tardé à se recapitaliser (jusqu’à ce qu’il soit trop tard) pour éviter de diluer l’actionnariat existant, en premier lieu les dirigeants de la société.

Ce comportement est bizarre parce qu’il ne correspond pas du tout à celui de quelqu'un qui veut sauver son entreprise (ou même au comportement du particulier, qui économise en période difficile). Mais on y trouve deux grandes idées que l’on enseigne en classe d’économie comme une vérité révélée :

  • Tout l’argent qui ne « sert à rien » à l’entreprise doit être donné au marché. Il sait mieux l’exploiter qu’elle.
  • Pour éviter que les dirigeants ne volent les actionnaires, il faut qu’ils partagent les mêmes intérêts, d'où distribution d'actions aux dirigeants. Plus ils en auront, plus honnêtes ils seront.

Ce qui est étonnant est que tout s’est passé comme s’il y avait eu manipulation des règles que nous suivons tous aveuglément (en particulier de celles de la « science » économique), de façon à ce qu’une petite partie de la population puisse dépecer les entreprises, avec notre approbation.

Peut-être que l’appât du gain est tel que l’intérêt tord la raison dans le sens qui lui convient ? Cela ressemble à ce que dit Galbraith du crash de 29 (Crash de 29 : mécanisme) : une sorte de folie collective.

Compléments :

mardi 31 mars 2009

De l’utilité de l’Angleterre

Un article de Scientific American démontre l’intérêt social de l’égoïsme (Thriving on Selfishness). Exercice d'application :

Phénix anglais dit que l’activisme anti-paradis fiscal de l'Angleterre sert extraordinairement efficacement ses intérêts. Depuis, un l'article dont parle Des paradis fiscaux est venu confirmer qu’USA et Angleterre sont les champions de la ligue de l’évasion fiscale.

Cet article là montre, dans d’autres domaines que la finance (guêpes…), des comportements identiques à ceux du gouvernement anglais, et explique que la nature les favorise parce que c’est un moyen peu coûteux de combattre le parasitisme : un parasite en détruit un autre.

Qu’est-ce qui est favorable à ce mode de parasitisme ? Qu’on n’ait pas trouvé de contrôles moins coûteux ; qu’il n’y ait pas de concurrence entre groupes (dans le cas des nations, l'absence de groupes s'appelle globalisation) : alors celui qui aurait le moins de parasites enterrerait les autres.

lundi 30 mars 2009

L’Angleterre s’étonne

To count or not to count se demande pourquoi la mesure des minorités, en France, soulève autant d’indignation.

Comme Obama, L’Anglais n'a jamais peur de critiquer une culture qu'il ne connaît pas. Particulièrement la nôtre. Il pense que nos principes égalitaires sont ridicules. Difficile de lui expliquer que si on les met en cause, l’édifice social français est par terre (Le contrat social), puisque c’est ce qu’il veut : que le monde ressemble à l’Angleterre (et qu’accessoirement il n’y ait plus de Français).

Mais n’a-t-il pas raison ? Il existe en France des minorités mal traitées, il ne sert à rien de le nier. Rousseau, qui veut que les lois de la République ne s’occupent que du cas général, sans discrimination, n’est-il pas un utopiste ? Ne sommes-nous pas lâches, comme le pense The Economist ? N’est-il pas vrai que nous ne voulons pas voir la vérité en face ? Notre paradis rêvé n’existera jamais.

Certes, mais la mesure que l'on nous annonce avec le comptage des minorités, la discrimination positive américaine, est inopérante (voir la citation des compléments de Culpabilité). Elle souffre de biais. Les très riches, qui ont les moyens de se payer des études, ne sont pas touchés ; les places restantes partent plus volontiers aux minorités qu’aux blancs. Mieux, le minoritaire ayant fait des études n’a pas le réseau social du blanc, il ne peut donc pas prétendre à une grande réussite : pas de danger pour le blanc riche, et une bonne conscience ; et surtout une soupape de sécurité qui évite un inégalitarisme trop criant. C'est la garantie du statu quo. Ce qu’admirait Tocqueville en Angleterre, c’est que sa classe dirigeante s’y est maintenue, inchangée, sans subir aucune révolution. Si la France avait eu un tel talent, elle serait encore dirigée par des nobles et un roi.

Au fait, la discrimination est-elle anti-immigrés, ou anti-pauvres ? Et si c’était parce que certains sont plus facilement identifiables que d’autres que la bien pensance s’intéressait à eux (ce qui peut, d’ailleurs, devenir une malédiction) ? Alors, pourquoi ne pas rendre de la force aux mécanismes qui ont permis le brassage des populations françaises, l’intégration des précédentes vagues d’immigration, mais aussi de ses provinciaux ?

Obama et l’Afghanistan

Ce week-end un expert américain commente les décisions d’Obama concernant la guerre en Afghanistan.

L’expert pense qu’Obama fait une erreur grave : il met au centre de son dispositif la libération de la femme, une remise en cause inacceptable de la culture locale.

Je pense qu’il serait plus intelligent de trouver un moyen moins agressif de transformer la culture afghane : la faire entrer, de manière accélérée, dans le processus qui a transformé la nôtre serait probablement plus efficace. (C'est-à-dire commencer par lui apporter paix et prospérité.)

Se confirmerait-il qu’Obama a le défaut de vouloir aller trop vite en besogne ? (Que penser d’Obama ?) Ou d’être victime d’une idéologie à courte vue ? (La démocratie comme idéologie.)

Rousseau et moi

Y a-t-il quelque chose de commun entre ce que je dis de l’entreprise et ce que Rousseau dit de la société (Le contrat social) ?

Intérêt de la société pour l’homme

Pour Rousseau, ce que demande l’homme à la société, c’est la protection.

Je pense qu’elle ne lui apporte pas que cela. La société nous permet d’obtenir ce que nous ne pouvons pas obtenir seuls, en échange de l’exercice de nos talents, de ce que nous aimons faire. Elle nous permet de nous spécialiser sans arrière pensée (Einstein ou Picasso auraient eu du mal à éclore dans la jungle). En cela, j’approuve Adam Smith et sa Richesse des nations. Si la société nous protège, c’est surtout en s’adaptant aux changements de notre environnement, sans nous demander de changements dont nous sommes incapables. C’est le thème principal de mes livres.

La société peut avoir des « organes »

Pour Rousseau, il est dangereux que des groupes se constituent au sein de la société. Ils vont développer des intérêts propres qui vont entrer en conflit avec ceux de la société. On retrouve le « détournement de but » que l’organisation bureaucratique suscite selon Merton.

J’observe que les différents services d’une organisation marchent comme des « organes ». Ils sont spécialisés, mais ils servent la cause commune (il me semble que c’est aussi la thèse d’Herbert Simon dans Administrative Behavior). Le tout est de s’assurer régulièrement qu’ils partagent bien les valeurs du groupe. Comme dans la théorie de Darwin, il faut leur éviter l’isolement, sous peine de l’émergence de nouvelles espèces.

La création et l’exécution des lois

Mes missions se déroulent de la façon suivante. La direction d’une société identifie une adaptation que doit subir son entreprise (éliminer un dysfonctionnement qui lui a été signalé par son organisation), ou un objectif nouveau (entrer sur tel marché). Elle demande à la « task force » des managers responsables de la mise en œuvre de la mesure un plan d’action détaillé. S’il manque tel ou tel savoir-faire à ces managers, ils font appel aux « hommes clés » de l’organisation qui les possèdent. Une fois le plan d’action approuvé, il est appliqué.

La conception du plan d’action est une simulation de ce qui va survenir ensuite. Il en sort le nouveau fonctionnement de l’entreprise, sa nouvelle « organisation », c’est-à-dire les « lois » qui vont la guider. Mais, contrairement à ce que pense Rousseau, ces lois sont plus implicites qu’explicites : le travail de groupe crée une équipe. Chacun apprend à comprendre l’autre à demi-mots. Cette « fraternité » se manifeste principalement en face de l’aléa : l’organisation réagit comme un seul homme, sans quasiment avoir à se concerter.

Il n’y a ni législateur ni gouvernement dans ce modèle. C’est le « corps social » qui effectue directement le travail législatif et d’application des lois. L’animation du changement est le mécanisme qui traduit la « volonté générale » en lois conformes à la culture de la société.

Ce mécanisme permet une régénération permanente de l’entreprise. Mais est-ce suffisant pour la rendre immortelle ? J’observe que conduire le changement consiste généralement à réinterpréter les principes fondateurs de l’entreprise en fonction de nouveaux événements (cf. cas de la presse : Faire réfléchir les élites et former les masses, Disparition de la presse). Mais, probablement en accord avec Rousseau, si sa « constitution » initiale manque de potentiel, l’entreprise doit être peu durable. D’un autre côté, l’entreprise, comme une nation, absorbe de nouvelles idées de l’extérieur, ce qui lui permet peut-être de dépasser ses limites originelles.

Au passage, je note que contrairement à ce qui se passe dans notre République, la promulgation de chaque « loi » correspond à un changement. Donc 1) il y a peu de lois ; 2) mais leur conception implique toute l’entreprise : tout le monde est concerné et au courant du changement. À méditer par des gouvernants qui nous croient trop idiots pour nous faire participer à l’écriture des lois et qui s’étonnent ensuite qu’elles ne soient pas appliquées.

Rôle du dirigeant

Cette discussion pose la question du dirigeant. Le modèle anglo-saxon lui donne tous les pouvoirs : sans lui rien n’existe. Ça me semble faux.

En premier lieu le dirigeant occupe une fonction qui est utile à la vie de l’organisation, et que, d’une certaine façon, tout le monde pourrait occuper : l’organisation hiérarchique de l’entreprise demande, pour que chacun puisse se concentrer sur sa fonction propre sans arrière pensée, que quelqu’un paie les notes de ses fournisseurs, signe les bons de commande, ait une vue globale de l'entreprise (pour l’améliorer), s’intéresse au long terme, coordonne le travail collectif…

Au cours du changement, la direction est un organe qui a un rôle similaire, non supérieur, à celui des autres unités de la société : elle injecte son point de vue dans le travail commun, comme doit le faire le reste de l’entreprise, sans quoi le résultat final sera insatisfaisant. C’est ce travail commun qui assure qu’aucun organe ne se désolidarise du groupe.

D’ailleurs, comme pour le corps humain, le signal du changement vient autant du cerveau que de ses membres.

Le banquier se terre

Le financier fait face, au moins en Angleterre, à la vindicte populaire. Courageusement, il veut se faire oublier. Nouvelles touches à son portrait psychologique.

Greed hier, fear aujourd’hui : Quelle tenue de camouflage pour les banquiers de la City ? Mais de courte durée :

le monde de la finance est peu enclin au mea culpa et beaucoup se disent : "quand on sera renfloué, tout pourra recommencer comme avant !". (Jacques Delors.)

Compléments :

  • Greed and Fear, Fear is back on Wall street,
  • Une publicité pour des hôtels de luxe dans The Economist : « Où les gens les plus visibles viennent pour être invisibles ». S’adresse-t-elle aux riches et célèbres qui veulent se mettre à l’abri des paparazzis, comme le dit le reste de la publicité, ou aux financiers honteux qui veulent profiter de leur argent sans être vus ? Peut-être que la Mafia devrait formaliser ses « meilleures pratiques » d’enrichissement non ostentatoire, et vendre ses conseils ? Elle déclencherait une mode de management.

dimanche 29 mars 2009

Des paradis fiscaux

Haven hypocrisy conforte Phénix anglais: les meilleurs paradis fiscaux ne sont pas en Suisse ou aux Bermudes.

Ils sont dans les pays de l’OCDE, en particulier aux USA et en Angleterre, où l’on peut créer des sociétés totalement anonymes (actionnaires inconnus), dont les revenus sont non imposés, en un temps record (45 minutes, par Internet, en Angleterre).

Qu’attend l’organisation du dirigeant, en temps de crise ?

Question, récurrente, de cette semaine : que doit faire le dirigeant dans un environnement totalement incertain, lorsque, manifestement, son entreprise est inquiète ?

Tout d’abord, la tentation : rassurer. Mais c'est fatalement inefficace, puisqu’on ne sait rien ! D’ailleurs, très souvent, on se méprend sur les inquiétudes de l’organisation, et en voulant y répondre on crée une nouvelle anxiété. Prudence !

Expérience fréquente : un dirigeant me rencontre, inquiet ; à la fin de l’entretien, il est bien mieux : je l’ai conforté dans ses certitudes. Je ne lui ai rien apporté d’autre que de le rassurer.

En fait, je crois qu’il faut « perdre du temps ». En période de crise, ce dont on a besoin est de parler, et d’être écouté avec sympathie. Pas plus. Mais parler n'est pas que du vent, ça a une solide justification de bon sens : c’est en parlant qu’on découvre que ses plus grosses peurs sont totalement déplacées.

Donc, le dirigeant doit écouter, perdre du temps. Mais aussi favoriser l’émergence de confidents. Les services de ressources humaines sont généralement des candidats idéaux, s’ils ont su acquérir la confiance des employés.

Prendre une fonction

Les mésaventures de Barak Obama (billet précédent) me rappellent un problème qui se pose fréquemment : que faire (ou plutôt éviter de faire) quand on prend une fonction ?

Vous venez de l’extérieur de l’organisation et vous voulez y agir. Par exemple, vous êtes son nouveau DRH ou PDG, ou encore un consultant.

  1. L’erreur c’est de vouloir immédiatement faire l'évident, à commencer par le bien de l’organisation. C’est ce que les hommes de marketing appellent « répondre au besoin réel ». C’est peut-être ce que veut faire Barak Obama : à la fois éteindre la crise, et réformer en grand l’Amérique.
  2. Le « geste qui sauve » dans cette situation est de se faire accepter. C'est-à-dire de « répondre au besoin perçu » : qu’est-ce que l’organisation attend de moi ? Une fois qu’elle est satisfaite, et que l’on a fait la preuve de son utilité, on peut faire ce que l’on doit et s’attaquer au besoin réel.

Que penser d’Obama ?

J’ai fini par me demander si le président Obama ne manquait pas trop de convictions qui le fassent trancher brutalement plutôt que de rester au milieu du gué (l’origine de cette question : Ça marche ou non ?).

The Economist de cette semaine (Coming down to earth, Learning the hard way) semble partager mon interrogation. Ce qu’il dit est inquiétant (« M.Obama a semblé curieusement faible ») : beaucoup d’impréparation, qui produit dysfonctionnements et inefficacité ; un plan d’action beaucoup trop ambitieux, qui risque de rater l’essentiel (« essayer d’en faire trop trop vite ») ; incapacité à maîtriser les jeux politiques à la fois de son opposition et de son camp ; des conseillers qui sont essentiellement des politiciens traditionnalistes ; la tentation de prendre tous les pouvoirs – de placer ses amis partout ; et, tentative de masquer tout ceci, une sorte de nouvelle campagne électorale.

Malgré tout The Economist est optimiste : pendant les élections, Barak Obama a traversé plusieurs passages à vide, dont il a su se tirer, au moment où ça ne semblait plus possible.

Elections européennes : du nouveau ?

Dans Pauvre Europe, je ne voyais pas ce que l’on pouvait attendre des élections européennes, chaque parti l’utilisant pour placer les « petits copains ». Il semblerait que les choses s’animent un peu.

Du néant émergerait un début d’idée : il faut se débarrasser de José Manuel Barroso.

C’est ce que dit Jacques Delors (Delors tacle Barroso et vote Fillon) et Poul Nyrup Rasmussen, le président du Parti socialiste européen (M. Rasmussen : "Si une autre majorité se dégage, M. Barroso ne pourra pas être reconduit"). Ils reprochent à M.Barroso son inexistence.

Observations :

  1. Il y a peut-être là un moyen de rendre les élections européennes intéressantes : un affrontement entre deux leaders porteurs de vues opposées. Espérons que cela va donner des idées à nos partis politiques qui sont désespérément en panne d’inspiration, au moment où la situation demanderait détermination et courage.
  2. Bizarreries politiques. M.Rassmussen voudrait une politique de relance européenne agressive : que chaque pays y consacre 2% de son PIB comme demandé par le FMI (G20). Étrangement, il a contre lui les socialistes anglais, qui pourtant font, avec les USA, de gros déficits. Mais ils veulent sauver M.Barroso (Changements en Europe, Trafalgar), champion du libéralisme. Parmi ces mêmes étrangetés, The Economist (Those exceptional British) explique que les conservateurs anglais veulent sortir du groupement de partis européens auquel ils appartiennent pour rejoindre un ensemble qui corresponde mieux à leurs idées. Ils sont tentés par l’extrême droite. Le spectre politique anglais semble décalé vers la droite par rapport au nôtre.

Complément :

samedi 28 mars 2009

Le contrat social

Une crise secoue nos certitudes et nous nous demandons où aller. Pourquoi ne pas chercher l’inspiration du côté des principes fondateurs de notre République ? Surprise : non seulement, ils ne semblent pas idiots, mais ils sont incompatibles avec la pensée unique qui s’était imposée ces derniers temps. Ce que dit Rousseau dans Le contrat social :

Liberté, Kant et contrat social

Rousseau était l’auteur de chevet de Kant, et, effectivement, en termes de raison pratique ils semblent d'accord.

Le problème qu’essaie de résoudre Rousseau est la liberté de l’homme. Qu’est-ce qu’être libre ? C’est ne pas pouvoir être asservi par un autre homme. Comment y parvenir ? Par le « contrat social » : les hommes créent une association, qui, en quelque sorte, va les garantir les uns des autres. « chacun de nous met en commun sa personne et toute sa puissance sous la suprême direction de la volonté générale ; et nous recevons en corps chaque membre comme partie indivisible du tout ».

Dorénavant, ils n’obéiront à personne en particulier, mais à la « volonté générale », qui se manifeste par des lois. S’il veut rester libre l’homme doit sauvegarder l’édifice qui garantit sa liberté. Pour cela, il ne doit plus obéir à son instinct, mais utiliser sa raison, afin d’aller dans le sens de l’intérêt social (« consulter sa raison avant d’écouter ses penchants »). La « morale », c’est faire ce que l’on doit pour maintenir la société (« la voix du devoir succédant à l’impulsion physique »).

Rousseau perçoit la société comme un corps humain : « on ne peut offenser un de ses membres sans attaquer le corps ».

La liberté c’est obéir à la loi

« République : tout Etat régi par des lois ». Qu’est-ce que la loi ? « quand le peuple statue sur tout le peuple » : une règle qui s’applique à tous, ou, plus exactement, qui traite des problèmes de l’être social, pas de ses constituants.

Tous les peuples ne sont pas propices à l’établissement de lois. Il faut, en particulier, qu’ils soient jeunes. La révolution peut leur redonner la jeunesse, mais une seule fois : « on peut acquérir la liberté ; mais on ne la recouvre pas ».

D’ailleurs, il n’y a pas de forme unique de société : chaque société est un être différent qui obéit, comme le dit Montesquieu, à un principe particulier : « chaque peuple renferme en lui quelque cause qui les ordonne (ses lois) d’une manière particulière et rend sa législation propre à lui seul ».

Organisation de la société

Le législateur est au cœur du modèle de Rousseau. C’est lui qui comprend la volonté générale et en déduit des lois que chacun suivra. Mais ces lois n’ont de sens que si elles sont approuvées par l’ensemble du corps social (« on ne peut jamais s’assurer qu’une volonté particulière est conforme à la volonté générale, qu’après l’avoir soumise aux suffrages libres du peuple »).

Le Gouvernement a pour objet d’exécuter la volonté générale, non d’imposer la sienne. C’est « un corps intermédiaire établi entre ses sujets et le souverain (le corps social) pour leur mutuelle correspondance, chargé de l’exécution des lois et du maintien de la liberté, tant civile que politique ».
Point important : la notion de « représentant » contredit le contrat social. Personne ne peut se prévaloir de la volonté générale. (« à l’instant qu’un peuple se donne des représentants, il n’est plus libre ; il n’est plus », « l’idée de représentants est moderne : elle nous vient du gouvernement féodal ».)

Pour Rousseau, la démocratie est quasiment impossible puisqu’elle suppose que tout membre de la société appartienne au gouvernement. Il penche pour une « aristocratie élective » : « c’est l’ordre le meilleur et le plus naturel que les plus sages gouvernent la multitude, quand on est sûr qu’ils la gouvernent pour son profit et non pour le leur ».

Quand à la monarchie : « au lieu de gouverner les sujets pour les rendre heureux, le despotisme les rend misérables pour les gouverner. »

L’égalité est capitale

La préoccupation de Rousseau est d’assurer la liberté de l’homme. Pourquoi se préoccupe-t-il d’égalité, alors ? (Ce qui semble stupide à l’Anglo-saxon.) « parce que la liberté ne peut subsister sans elle » : un trop grand déséquilibre de forces ne peut que résulter dans l’asservissement d’une personne par une autre. Ce n’est pas, d’ailleurs, une parfaite égalité, juste le refus d’une inégalité qui aurait des conséquences fâcheuses « quant à la puissance, elle soit au dessous de toute violence et ne s’exerce jamais qu’en vertu du rang et des lois, et quant à la richesse, que nul citoyen ne soit assez opulent pour pouvoir en acheter un autre ».

Elle est essentielle, et il n’y a que la loi qui puisse la défendre : « c’est précisément parce que la force des choses tend toujours à détruire l’égalité que la force de la législation doit toujours tendre à la maintenir ».

Utile propriété

Rousseau a une vision pragmatique de la propriété : « dans les faits, les lois sont toujours utiles à ceux qui possèdent et nuisibles à ceux qui n’ont rien : d’où il suit que l’état social n’est avantageux aux hommes qu’autant qu’ils ont tous quelque chose et qu’aucun d’eux n’a rien de trop ». Mais c’est une propriété mesurée et qui doit être méritée : « qu’on en prenne possession (…) par le travail et la culture, seul signe de propriété qui au défaut de titre juridique doive être respecté d’autrui » « les possesseurs étant considérés comme dépositaires du bien public ».

L’ennemi de la liberté : la volonté particulière

Ce sont les intérêts particuliers qui conspirent contre le contrat social. Tôt ou tard, l’égoïsme aura le dessus, le gouvernement, par exemple, fera passer son intérêt, myope, avant celui de la collectivité, et la société se dissoudra, et avec elle la liberté. « comme la volonté particulière agit sans cesse contre la volonté générale, ainsi le gouvernement fait un effort continuel contre la Souveraineté ». « Il doit arriver tôt ou tard que le Prince (le gouvernement) opprime enfin le Souverain (le corps social) et rompe le traité Social. »

Facteur favorable : perte d'intérêt du peuple pour la chose publique : « sitôt que le service public cesse d’être la principale affaire des citoyens et qu’ils aiment mieux servir de leur bourse que de leur personne (= déléguer à d’autres les affaires de l’Etat), l’Etat est déjà près de sa ruine » ; « donnez de l’argent et bientôt vous aurez des fers ».

Les sociétés les plus durables sont celles dont la constitution a été la mieux construite. En particulier, « l’art du législateur est de savoir fixer le point où la force et la volonté du gouvernement (…) se combinent dans le rapport le plus avantageux à l’Etat »

Antithèse de la pensée économique dominante

Ce que je comprends, en lisant ce texte, c’est que la société des Lumières a joué le rôle que Rousseau prête au législateur : elle a créé les lois que nous suivons, inconsciemment. Et c’est parce que nous les suivons sans les comprendre qu’il est aussi facile de les détourner. En fait, le plus surprenant est la façon dont ces fondements ont été attaqués. Ils l’ont été sournoisement, sans le grand débat qui avait précédé la Révolution. On nous a dit : il y a des gens qui créent des richesses et qui méritent d’être extraordinairement récompensés, il faut obéir à la science économique, etc. Simple bon sens, non ? Non : la prétendue science part du principe que chaque homme doit être guidé par son appétit (Adam Smith) et loue l’inégalité. Alors, n’était-il pas prévisible qu’elle donne les résultats prévus par Rousseau, c'est-à-dire l’apparition de classes de proscrits, la disparition, au moins pour eux, de la liberté ? L’Anglo-saxon répondrait que l’histoire a montré la fausseté de tout autre modèle que le sien. Faux : le modèle soviétique n’est pas celui de Rousseau. Pour ce dernier, l’individu n’obéit à aucun autre individu : il obéit à la volonté du groupe, comme un automobiliste sur une route.

D’ailleurs, même si Rousseau avait tort et l’économie raison, pourquoi n’avoir pas fait comme nos ancêtres : placé le débat sur la place publique ? Un changement de constitution ne méritait-il pas une discussion ?
Et si c'était la faute à Rousseau ? Il estime que l’on ne peut pas s’adresser à tout le monde par la raison, d’où l’utilité de la religion, qui serait donc (comme chez Durkheim) la voix de la « volonté générale ». Mais, n’est-ce pas parce que nous avons trop cru et pas assez réfléchi que nous en sommes où nous sommes aujourd’hui ? Ne serait-il pas bien d’apprendre aux prochaines générations à penser, pour qu’elles ne retombent pas dans nos errements ?

Compléments :