samedi 11 avril 2009

Qui est Barak Obama ?

J’ai découvert par hasard que le Wikipedia anglais a consacré de véritables enquêtes à la famille Obama.

Il aurait des ancêtres du meilleur monde, un roi d’Angleterre, et un autre écossais (au 13ème siècle), notamment ; il est d’ailleurs apparenté d’assez près ou de plus loin avec un nombre surprenant de présidents. (Il n’est pas le seul dans ce cas, ce qui laisse penser que n’importe qui ne peut pas présider les USA.)

Son père semble avoir été une sorte d’ange déchu de l’élite dirigeante nigériane, et sa mère, docteur en anthropologie et fille d’une vice-présidente de banque, distante relation de Dick Cheney et d’Harry Truman, s’est battue sa vie durant pour le droit de la femme et autres défavorisés. Ce faisant elle aurait frayé avec le meilleur de la société américaine (dont la famille Geithner).

Il est tentant de voir en Obama le caractère de sa mère. Serait-il une sorte d’activiste d’ONG parvenu au sommet du plus puissant pays du monde ? Est-ce cette passion de l’utopie qui fait que certains lui reprochent (Que penser d’Obama ?) son manque d’intérêt pour la situation économique de son pays ? Est-ce l’explication de ses croisades pour rapprocher Islam et Occident ou éliminer la bombe atomique ? Ou est-il simplement un maître de la propagande, habile à détourner l’attention ?

En tout cas, comme sa mère, il semble s’être marié à un ressortissent d’une communauté opprimée. Comme elle, il n’est pas allé jusqu’à chercher un SDF.

Passe-passe

Illustration de ce qui précède : manœuvres du ministère américain des finances ?

Commentaires sur le rapport Warren au congrès américain, qui essaie de juger le dernier plan Geithner :

Il semble incompréhensible, et ne correspondre à aucune technique connue. Ce qui serait certain, par contre, est que Ben Bernanke et lui auraient investi 4.000 md$, alors qu'ils n'avaient une autorisation (plan Paulson) que pour 700.

Le ministère des finances est aussi opaque que possible pour gagner du temps pendant qu’il détourne des milliers de milliards des finances publiques à destination de ses amis arnaqueurs et des grandes banques
Compléments :

  • Je n'avais pas suivi les aventures du plan Paulson depuis les billets que je lui ai consacrés. Il semblait destiné à acheter les actifs toxiques des banques, une bonne idée à m'en croire (élimination d' une source d'incertitude - And now the Great Depression). Mais l'article cité par le billet précédent m'apprend que ce plan aurait changé d'orientation et qu'il serait devenu une injection de fonds dans le capital des banques. Il me semble me souvenir que la théorie économique orthodoxe (Crise : les économistes en accusation) voulait qu'une telle injection fasse un miracle.

Trou noir

Dans The Atlantic Online, l’ancien économiste en chef du FMI, Simon Johnson, explique que la situation actuelle de l’Amérique est celle des républiques bananières que secourt régulièrement le FMI. Bien sûr, il n’est pas possible de traiter la superpuissance mondiale comme tel. La crise de 29 ne sera donc qu’une douce farce de l’histoire par rapport à celle qui se prépare.

La chute de la République bananière, un cas

Les pays qui ont connu des faillites ces derniers temps suivent une voie relativement prévisible. Une oligarchie, fruit du « partenariat public-privé », se constitue à leur tête. En période faste, ses initiatives profitent à tous. L’appât du gain lui donne de plus en plus d’ambition, elle prend de plus en plus de risques, accumule les dettes. Ça claque. Le gouvernement répare les premières faillites, en ami, par détournement de bien social. Mais la crise dépasse ses moyens, et la question devient : quel oligarque doit être sacrifié ? C’est presque un appel au suicide. La question peut donc demander des années pour être tranchée, et le pays trépasser.

La Russie actuelle traverse cette phase.

L’Amérique comme application

La couche oligarchique américaine s’est constituée ces 25 dernières années. L’élite du pays est faite de financiers qui entremêlent, comme les grands commis de l’état français (mais en sens opposé), passage du privé au public et inversement. D’ailleurs la finance est vue comme un service public dont la mission est le bonheur mondial. On avait une telle confiance en sa sagesse, et si peu en celle du reste de la planète, qu’on lui a confié la gestion de ses risques.

Jusqu’ici la crise a été un petit arrangement entre amis. Le règlement des premières faillites a été l’occasion de quelques dons généreux. Mais, aujourd’hui, toutes les grandes banques sont en faillite virtuelle. Seulement, elles ne peuvent pas le dire. Alors le gouvernement américain a recours à une créativité qui évoque le meilleur d’ENRON : non seulement il masque des subventions colossales par des dispositifs d’une extrême complexité, mais il a mis la main sur d’énormes sources d’argent sans autorisation de qui que ce soit.

Le dernier plan de Timothy Geithner en est un exemple. Il lui aurait été suggéré par la profession financière. Elle a trouvé le moyen de payer aux banques leurs actifs à risque au dessus de leur prix (de ce fait les sauvant), et de faire que ceux qui les achètent s’enrichissent (à tel point qu’un autre article pense que les banques pourraient racheter leurs propres actifs - par des structures hors bilan). Bien entendu, c’est le contribuable qui paie ce beau tour de passe-passe.

Il n’est pas possible de prévoir l’avenir. Mais, comme le dit mon premier livre, la méthode des scénarios peut y aider.

Le scénario FMI

Si le FMI devait intervenir, il imposerait une nationalisation des banques, qui seraient nettoyées et revendues par appartements ; et un renouvellement de l’élite dominante. Pour que celle-ci ne puisse pas se reconstituer en oligarchie, il faut détruire ses véhicules de pouvoir (découpage des banques, lois anti-trusts, mécanismes anti-accumulation de fortune…).

Ce scénario n’a aucune chance de réussir : l’Amérique donne des leçons au monde.

Le Scénario russe

Les petits arrangements entre amis se poursuivent, ainsi que les faillites. Le chaos économique s’installe pour longtemps, car il a l'intérêt de masquer les culpabilités. De l’oligarchie on passe au grand banditisme. Allemagne années 30 ?

L’abîme

Un scénario favorable, quand même. L’économie mondiale s’effondre, l’Europe de l’est est balayée, emmenant avec elle les banques et l’économie de l’Europe de l’Ouest, les pays émergents sont terrassés par leur dépendance à l’exportation. Les USA finissent par être touchés. Ils sont forcés de revenir à la raison.

Compléments :

vendredi 10 avril 2009

Hadopi raté

Informations radio, ce matin : l’absence des députés de la majorité lors du vote de la loi Hadopi serait un acte manqué. Ils ne l’approuvaient pas.

Si cela est vrai ce serait un argument supplémentaire contre le passage en force. Même avec tous les pouvoirs il est quasiment impossible de faire faire à quelqu’un ce qu’il ne veut pas faire.

Un ami dirigeant dit que pour que le changement réussisse « il faut qu’il vienne deux ». Serait-ce le bon mode de fonctionnement pour une démocratie : si une loi correspond à la « volonté générale », elle passe comme une lettre à la poste ? Qui sait, peut-être que notre gouvernement s'épuiserait moins, et encourrait moins de frustrations, s'il essayait d'aller dans le sens de l'opinion public ? Et si c'était son rôle ?

Sur la volonté générale, voir Le contrat social.

jeudi 9 avril 2009

Mais où va l’Amérique ?

Fouad Sassine, qui vit aux USA, me signale Counterpunch. L’article du jour (The Decade of Darkness) est effrayant.

La plongée semble sans fin, les principales banques du pays sont pourries au-delà de tout ordre de grandeur concevable ; le plan de sauvetage de Timothy Geithner serait une sorte d’incitation à une surenchère de nouvelles malversations ; comme en Angleterre les bons du trésor sur lesquels comptait l’état américain pour financer son déficit ne trouveraient plus preneur ; et lentement mais sûrement le statut de monnaie de réserve du dollar serait sapé.

J’avais déjà aperçu un article qui disait que la crise avait pris une pente plus dangereuse que celle des années 30 (A Tale of Two Depressions), mais on disait que, cette fois-ci, l’on avait fait ce qu’il fallait ; or le doute s’installe quant aux compétences du gouvernement américain (Obama cache la forêt ?).

Hadopi et changement

L’art français du changement.

La loi Hadopi a été rejetée faute de députés de la majorité (Le Parlement rejette le projet de loi création et Internet). Incroyable amateurisme. D’ailleurs, il semblerait que cette loi ait pour destin la poubelle : l’Europe considère l’accès à Internet comme un droit fondamental (Les eurodéputés votent contre la privation d'accès à Internet) alors que la loi voulait couper l’Internet aux contrevenants. J’imagine que ce résultat était prévisible…

Toute l’inefficacité française est dans ce petit exemple. Nous lançons des nuées de projets sans jamais leur donner les moyens dont ils avaient besoin. Du coup, notre vie est bousillée par les débris de leur inachèvement. Deux autres exemples :

  • Une petite société (une centaine de personnes) mais plus de trente projets informatiques en parallèle, décidés sans aucun processus budgétaire, d’ailleurs on ne sait plus par qui, une équipe d’une dizaine de consultants à plein temps pour les réaliser. Bien sûr en 5 ans de travail, aucune documentation n’a été écrite. Et la qualité du résultat est au mieux médiocre.
  • Mes débuts chez Dassault Systèmes. Notre logiciel de CFAO comptait des dizaines de fonctions, mais avec aucune on n’était absolument sûr de finir ce que l’on voulait faire. En cas d'échec, il fallait repartir avec une autre.

Mais la France n’est-elle pas un pays pauvre, qui n’aura jamais les moyens de ses ambitions ?

Non. Elle doit apprendre à allouer ce qu’il faut à ce qu’elle veut faire, et ensuite classer ses désirs par ordre de priorité. Il y a de fortes chances, alors, qu’elle se rende compte que la plupart d’entre eux n’ont pas d’intérêt.

mercredi 8 avril 2009

Le G20 des économistes

Quelques articles, lus en retard. Pas très éclairants. Pas très enthousiastes. Mais unanimité : on ne pouvait pas espérer mieux.

  • Globalement, la grand peur de l’économiste est le protectionnisme (cause de la grande dépression). Il aurait été évité par une attitude pragmatique : il est inévitable, veillons à ce qu’il n’entraîne pas trop de dommages.
  • Un article critique : une relance qui ne serait pas suffisante (l’Europe coupable de parasitisme ?), des banques (américaines) pas courageusement nettoyées de leurs actifs toxiques.
  • Sinon, le G20 a pensé aux pays pauvres. Ce qu'on ne lui demandait pas, mais était méritant.

Les articles :

Obama cache la forêt ?

Article de Dominique Moïsi, professeur à Harvard, dans le Financial Times :

Il fait un inattendu parallèle entre la situation actuelle des USA et celle de la France de 1789. Des banquiers en nobles hyper privilégiés, un roi populaire mais des ministres discrédités, parce qu’ils sont des purs produits de l’ancien régime, des fauteurs de crise, de grands amis des financiers, aveugles aux souffrances du peuple…

Et c’est peut-être le plus surprenant pour un Français. L’énorme popularité d’Obama, soigneusement entretenue mais malsaine (« le président des USA simplement parle trop »), cacherait la dangereuse inefficacité d’une administration à laquelle son mépris pour le sort de la population pourrait jouer de mauvais tours (« la combinaison actuelle de peur et d’humiliation et d’un sens profond d’injustice produit une colère qui est potentiellement irrépressible »).

Compléments :

mardi 7 avril 2009

Salaire et mérite

De la lutte des classes au sein du patronat français, par Philippe Trouvé

tandis que le salaire moyen annuel des dirigeants des plus grandes entreprises cotées en Bourse atteignait en 2008, bonus et stock-options compris, entre 5 et 7 millions d'euros, selon les sources (notamment Proxinvest, société de conseil indépendante au service des investisseurs, ou le cabinet de conseil en gestion des ressources humaines Hay Group), une enquête de l'Insee pour le compte de la Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CGPME) situait, pour la même période, à 52 700 euros par an la rémunération nette moyenne des dirigeants salariés de PME (moins de 250 salariés), soit environ trois fois le salaire moyen d'un ouvrier.

Les salaires des hauts dirigeants reflètent-ils un mérite exceptionnel ou une défaillance du marché de l’emploi du grand patron ?

Bonus et dividendes

J’ai beaucoup d’amis à bonus, et quand ils me disent qu’ils ne les toucheront pas cette année, je compatis. Pourtant ça ne semble pas une attitude appropriée, si j’en crois la radio.

Qu’est-ce qui fait que le titulaire du bonus ne veuille jamais le réduire ? Quand les affaires vont bien, il est normal qu’il le touche. Quand elles vont mal, cela est indépendant de lui, d’ailleurs il a fait un effort exceptionnel pour sauver son entreprise. C’est en période de crise qu’il mériterait le plus son bonus !

En fait, l’effort individuel a très peu d’impact sur la santé de l’entreprise. Les événements extérieurs en ont infiniment plus que lui.

Et le système d’intéressement a un effet pervers : il encourage à privilégier le risque et le court terme par rapport à l’intérêt à long terme de l’entreprise. Il a conduit à vider les entreprises de leurs réserves financières qui leur servaient, justement, à traverser les tempêtes. Et, en période de crise, il pousse au désespoir. L'intéressement fait de l'homme un associal, il oppose ses intérêts à ceux de l'équipe qu'il est supposé servir.

Alors, que faire ?

  • Les grands de ce monde travaillent à modifier les systèmes d’encouragement, de façon à ce qu’ils n’aient plus d’effets pervers. Mais est-ce possible ? James March estime que le jeu (au sens théorie des jeux) entre régulateur et régulé est toujours gagné par ce dernier, parce qu’il joue plus gros et qui a plus de temps que le premier. Les événements lui donnent raison.
  • Un article cité dans un autre billet affirme que l’homme a besoin, pour se construire, d’une réalisation sociale. Essentiellement, il travaille pour contribuer à un ouvrage collectif. C’est de là que vient sa motivation. Pourquoi donc lui donner un bonus et des actions qui le poussent au crime et, finalement, le rendent malheureux ?

Compléments :

lundi 6 avril 2009

Nouvelle économie

Il se pourrait que l’on soit à la veille de l’avènement d’une « nouvelle économie », mais pas de celle que l’on attendait. L’entreprise pourrait avoir à se réinventer.

From buy, buy to bye-bye : après une période « bling bling » de consommation ostentatoire, l’opulence étant la norme, le monde occidental pourrait durablement redécouvrir les mérites de valeurs simples et fondamentales.

  • L’épargne redevient, pour longtemps, une vertu. Crainte de la dette. D’ailleurs, les banques, durement éprouvées, ne pourront que prêter avec parcimonie. En outre, la baisse de l’immobilier a appauvri beaucoup de monde.
  • Consommation saine, « verte », qui deviendra l’ordinaire (non plus du luxe). Le bio pour tous ? Pour le reste, comme on le voit pour la voiture, simplification des produits, qui perdent l’inutile et reviennent à leurs fonctions principales ? (Exemple du yaourt, dans l’article.)
  • Défiance durable vis-à-vis de l’entreprise, à qui l’on fera payer cher ses moindres errements. Problème pour les agences de pub : le consommateur devrait se méfier de ce qu’on lui dit et rechercher le conseil de ses pairs. L’article pense que c’est une bonne nouvelle pour mes amis experts des blogs et autres réseaux sociaux. Ou, simplement, recul de l’individualisme, plus de solidarité ?

Redressement de GM

Décidément, Barak Obama est en train de se faire beaucoup d’ennemis. Espérons pour lui qu’il ne connaîtra pas de moment de faiblesse. Time for a new driver :

Le gouvernement américain se comporte comme un investisseur qui force GM, brutalement, à revoir son business plan jusqu’à ce qu’il lui semble viable. Dans ce jeu, les dirigeants de GM semblent de petits garçons.

Il y a encore quelques mois les grands patrons américains expliquaient à qui voulaient les entendre qu’ils s’interrogeaient sur l’utilité de l’État, que, si seulement ils en avaient le temps, ils le géreraient efficacement et à faible coût. Bizarre retournement de situation.

Il paraît se reproduire cycliquement : de temps à autre, l’état doit réformer un pan de l'économie, incapable de le faire seul.

Compléments :

  • Dans un sens, le gouvernement américain suit mes recommandations : GM : nationalisation ?
  • À noter que les théoriciens du laisser-faire, que l’on n’entend plus beaucoup, diraient que ce que l’on voit aujourd’hui est un épisode de destruction créatrice, il faut laisser disparaître les coupables, ils seront remplacés par de nouvelles entreprises méritantes, pour le bien de tous.

Style d’Obama (3)

D’après L’amour vache d’Obama pour Sarkozy, il semblerait que le président des USA batte froid le nôtre, pour des raisons qui remonteraient en partie à son prédécesseur.

Est-ce la fonction d’un Président de dispenser des leçons de morale ? Certes, comme le montre l’exemple chinois, la France est considérée comme un pays sans importance et donc éminemment méprisable, mais n’a-t-on pas toujours besoin d’un plus petit que soi ?

Complément :

dimanche 5 avril 2009

Style d’Obama (2)

À peine écrit le précédent billet, je tombe sur un compte-rendu d’une rencontre entre le Président Obama et des dirigeants de banques.

Quote of the day où j’ai trouvé la référence à cette rencontre le cite :

(Les dirigeants viennent de justifier leurs salaires et bonus) « Faites attention à la façon dont vous faites ces déclarations, Messieurs, le public n’est pas convaincu ». « Mon administration est la seule chose entre vous et les fourches ».

Style d’Obama

À Strasbourg il est le même qu’aux USA.

Visiblement, pour lui il n’y a pas de différences entre Strasbourg (plus européenne, voire franco-allemande que française ?) et une ville américaine (Discours présidentiel) : même façon de s’adresser à l’audience et d’animer le débat.

D’ailleurs les questions n’ont pas dû le détromper : deux sur quatre étaient d’Américains, trois au moins en Anglais, une sur son futur chien.

Science et sophisme

Gestion des banques m’a rappelé les aventures de Platon…

François Châtelet (voir Platon pour les nuls) raconte que l’arrivée de la démocratie à Athènes fait que le débat règle dorénavant la vie de la cité ; du coup, on comprend que si l’on arrive à le manipuler (sophistes) on gagne le pouvoir. Dans Gestion des banques je pensais que la science économique avait été manipulée pour permettre l’enrichissement de certains.

Explication commune ? La vie d’Athènes est réglée par la parole, la nôtre par la science, il est naturel que celui qui désire le pouvoir soit tenté de manipuler l’un et l’autre. D’ailleurs, il peut aussi avoir été tellement persuadé d’avoir raison que les entorses qu’il a fait subir à la rigueur peuvent lui sembler sans conséquences. Parole et science sont alors des moyens de nous convaincre de son point de vue.

François Bayrou

M. Bayrou : "On conduit la France vers un modèle qui n'est pas le sien"

M.Bayrou affirme que la politique du président de la République s’en prend aux valeurs fondamentales de notre société, et que son entrée dans l’OTAN est une erreur.

J’ai du mal à comprendre quelle est l’influence qu’une France, petite et isolée, peut avoir sur la politique mondiale. Depuis quelques années, elle ne fait que s’agiter et se ridiculiser. Le coq gaulois dans ce qu’il a de plus stupide.

D’ailleurs, ce n’était probablement pas ce que voulait de Gaulle, qu’il est bon de citer en de pareilles circonstances. Il pensait que la France était porteuse d’un message universel, et, par conséquent, qu’il était bon pour la planète qu’elle ne l’oublie pas.

Or, la France a-t-elle encore quelque chose à dire ? Elle ne sait plus à quoi elle croit. Mais accuser le président de la République de néoconservatisme est oublier qu’il a seulement accéléré et projeté au grand jour un mouvement sournois de « libéralisation » vieux de plusieurs décennies.

À ce sujet, je viens d’entendre Henri Guaino, sur RFI. Parlant de l’Europe, il s’en prenait à la croyance selon laquelle le marché pouvait tout régler, de lui-même, sans aucune intervention humaine, sans projet politique, par la simple concurrence. Les réformes que mène le gouvernement, apparentes applications de ces principes, pourront-elles continuer sur la même lancée après de tels propos, me suis-je demandé ?

Compléments :

Sommet du G20 (suite)

Ce que veut faire le G20 est un changement : remettre l’économie en fonctionnement. Que dirait mon expérience si elle voulait s’y appliquer ?
  • Point essentiel : il faut contrôler le changement. Condition nécessaire : écoute de l’organisation, en empathie, sans a priori. Pour le moment, c’est le cas. C’est à la fois remarquable et exceptionnel.
  • Ainsi, on aperçoit l’émergence de difficultés, au coup par coup. Il faut alors les traiter efficacement. Ici, il y a divergence entre Anglo-saxons et Allemands. Les premiers, s’appuyant sur l’expérience de précédentes crises, estiment qu’il faut une relance brutale (dont seuls ils n’ont plus les moyens). L’Allemagne est prudente. Les deux camps ont des arguments solides.
Je penche du côté allemand :
  • Il peut être dangereux de gaspiller toutes ses cartouches d’un coup. J’ai observé qu’il fallait généralement s’y reprendre à plusieurs fois pour réussir. En outre, à frapper trop fort on risque un contrecoup (hyperinflation). Et il est difficile de faire la moindre prévision en économie, trop de paramètres changent d'une crise à l'autre.
  • Surtout, mon expérience me fait croire que les mesures « macroéconomiques » sont peu efficaces, inutilement coûteuses, et, surtout, que leurs conséquences sont difficilement prévisibles. Ce qui est efficace est une intervention directe sur la partie des règles de la société qui causent son dysfonctionnement. Et c’est bon marché. En fait, je ne suis pas le seul de ce point de vue. L’économiste John Galbraith semble dire quelque chose de semblable dans L’économie en perspective : il faut faire sauter la barrière (que l'on doit à Keynes) entre micro et macro économie, car les mesures macro économiques sont impuissantes pour réparer les grands problèmes de la société (exemple le chômage) dont les causes sont micro économiques, et se trouvent dans le comportement de l’homme ou du groupe humain, qui n’est pas celui que lui prête l’économiste classique.
Compléments :