samedi 18 avril 2009

Changement : apprendre avec Obama

Depuis quelques semaines je commente des sources d’informations américaines, qui paraissent inquiètes quant à l’avenir des USA. J’étais curieux de savoir ce qu’en pensait The Economist.

Il y a accord. Oui, le gouvernement américain imprime de l’argent, oui les récents résultats « exceptionnels » des grandes banques sont conjoncturels et non récurrents ; oui, elles sont shootées au bonus et veulent rembourser l’aide de l’état pour pouvoir les toucher à nouveau ; Non, ce serait une mauvaise idée de le faire : elles ne sont pas guéries, et croire en leur bonne santé pousserait dans la tombe leur concurrentes. Mais on n’en tire aucune conséquence, seulement que la reprise sera longue et douloureuse.

À quelque chose malheur est bon. Je dis souvent qu’apprendre la conduite du changement c’est principalement apprendre à connaître les erreurs qui tuent le changement. Le gouvernement Obama nous donne une leçon :

La réforme des banques : l’exemple type du changement

Le problème qui se pose aujourd’hui au gouvernement américain (et au monde), c’est que l’économie des USA est aux mains de grandes banques qui sont en faillite inavouée, qui ont un comportement extrêmement dangereux (il est à l’origine de la crise), et qui ne cessent de grossir, rendant leur faillite inacceptable.

Le gouvernement doit donc réformer cette culture. Il pouvait le faire par la force, par nationalisation, et en remplaçant leur personnel (« nettoyage ethnique »), ou en les aidant à trouver un nouveau comportement qui ne compromette pas l’avenir de la planète. Ce comportement, évidemment, ne peut être imposé. C’est cela que l’on appelle un « changement ».

Bush et Paulson : l’erreur du débutant

Devant l’ampleur des dégâts qui s’annoncent, le précédent gouvernement décide de sauver son système financier. Avant qu’il le lui demande. Erreur : sauver quelqu’un contre son gré fait de lui un ennemi mortel. Leçon que la vie nous apprend.

Mais l’erreur est plus grave. Il a raté la possibilité de changer les banques. Une culture ne peut changer que si elle est soumise à une « anxiété de survie », et si on l’aide à combattre son « anxiété d’apprentissage ». Autrement dit sans crise, il n’y a pas de changement, c’est une leçon essentielle. Dès que la culture à réformer perçoit une crise, elle est ouverte à l’aide extérieure et prête à suivre ses recommandations pour peu qu’elles sachent le faire, et qu’elles ne lui soient pas inacceptables.

Obama et Geithner : on persévère

Le gouvernement Obama hérite de banques dangereusement fragiles, mais sur lesquelles il n’a plus aucun pouvoir. Nouvelle erreur de débutant : le passage en force. Pour satisfaire l’opinion, il s’en prend aux bonus des banquiers. Or, le bonus est, comme le rappelle The Economist, le principe même sur lequel une société comme Goldman Sachs s’est construite. C’est comme si on privait l’homme d’air. Et alors se passe ce qu’il se passe toujours dans ce cas : Goldman fait dire à la loi l’exact opposé de son esprit.

Quand on est face à plus fort que soi, on n’a qu’une solution : le judo. Entrer dans sa logique (celle du bonus), pour l’amener à réaliser le bien collectif. Ce qui n’est pas facile, je le concède.

Obama, Geithner et Bernanke : on s’enfonce

Que faire lorsque l’on n’a pas ce talent ? « Innover » selon la définition de Robert K.Merton. Tricher avec ce en quoi on croît le plus. Dans ce cas la victime est la démocratie. Sachant que sauver les banques est impopulaire, le patron de la Réserve fédérale et le ministre des finances font appel aux ressources de leur génie pour trouver de l’argent qui ne demande pas l’approbation du congrès.

Cela peut bien signifier violer quelques principes économiques. Généralement les économistes préfèrent les subventions publiques aux subventions cachées. M. Swagel dit que le Trésor en est venu à réaliser que sous-évaluer l’assurance des actifs bancaires soulevait moins d’opposition politique que surpayer ces actifs, justement parce que l’assurance est moins transparente. Le trésor se repose aussi sur la Réserve fédérale pour financer les actifs non liquides en imprimant de l’argent, parce que cela ne demande pas l’approbation du congrès (même si cela compromet l’indépendance de la Réserve fédérale).

Ils font ce que l’on reproche aux banques et à Enron : ils détournent l’esprit des règles de la démocratie pour faire ce qu’ils croient bon. Plus exactement, ils ne savent pas si c’est bon, mais ils ne voient pas comment faire autrement. C’est exactement pour cela qu’il n’est pas intelligent d’avoir débranché les mécanismes démocratiques : l’homme seul est idiot, le groupe est intelligent.

En tout cas, je me perds en conjectures quant à la probité intellectuelle d’un Obama, qui n’a que « démocratie » à la bouche et qui la trompe à la première occasion.

Et nous là dedans ?

Jean-Noël Cassan avait exhumé les travaux d’un « think tank » qui estimait que l’on allait vers des émeutes armées (ce qui avait été repris par le Monde). J’en doutais. Une fois de plus il est possible que j’aie eu tort. Dominique Moïsi, de Harvard, fait un parallèle entre la France de 89, et les USA d’aujourd’hui. La situation n’est peut-être pas aussi explosive, mais les paysans français n’étaient pas équipés de fusils d’assaut…

Si je suis cohérent avec moi-même, je crois que la seule option que nous ayons est de laisser l’Amérique apprendre de ses erreurs. Le jour où elle y sera disposée nous pourrons peut-être lui donner quelques conseils. En attendant, il faut les chercher, et, surtout, réfléchir à comment ne pas être entraîné par elle. (à suivre)

Compléments :

Capitalisme de Berlusconi

RFI, hier : M.Berlusconi, pour encourager la croissance italienne voulait encourager le permis de construire devant le fait accompli (une coutume locale), et relâcher les normes de construction, notamment antisismiques. Un tremblement de terre le force à modifier la loi.

Notre capitalisme appelle « innovation » l’ignorance des lois de la société ou de la nature. 2 autres exemples :

  • Lait frelaté chinois. L’offre ne peut suivre la demande. Pour y parvenir on met des additifs divers dans le lait. Mort d'un nombre inavouable de nourrissons.
  • Bulle financière. Afflux d’investissements des pays émergents en Amérique. Les placements sont épuisés, on invente du « placement sûr ».

Le capitalisme a un étrange effet sur l’homme. Non seulement il nous fait perdre tout sens commun, mais il nous pousse à tuer père, mère, enfant, science et société pour la gloire d’indicateurs stupides tels que « taux de croissance ». Pourquoi nous être donné des dieux aussi ridicules ?

Compléments :

Google trends

Google trends donne le graphique du nombre de recherches portant sur un mot donné, au cours du temps. Je fais une recherche sur 4 mots, aux USA :

  • Deflation : pic fin 2008, Depression, un peu plus fort ces derniers temps, Recession beaucoup plus fort depuis 2 ans.
  • Hyperinflation : apparition récente.

Pas de tendance très nette sur ces dernier mois.

Qu’en déduire ?

vendredi 17 avril 2009

Langage de la raison

Heidegger semble avoir pensé que le grec originel était le langage de la raison, ou de l’être, de la vérité ultime en tout cas, et qu’il fallait le recréer en Allemand. Et si le langage de la raison avait été le français des Lumières ?

Je lis Rousseau et je suis frappé par l’élégance de ses démonstrations, la vérité sort de la plus naturelle des conversations. Même impression chez Madame de Sévigné, le duc de Saint Simon, le cardinal de Retz, Montesquieu. Le français a-t-il atteint, aux 17 et 18ème siècles, une forme qui a fait croire que l’on pouvait résoudre les problèmes les plus difficiles par son simple usage ? Son exercice permettait-il de penser par l’écriture ?

Le miracle s'est évaporé avec le 19ème siècle. Tocqueville me semble avoir perdu l’élégance de la technique, et Chateaubriand avoir puisé sa gloire dans sa vulgarisation. De moyen d’introspection, la langue est devenue moyen de briller ?

C’est pourtant une jolie chose que de savoir écrire ce que l’on pense.

Heidegger pour les nuls

Changement et deuil

L’article de Wikipedia sur le changement, dont il est question au billet précédent, ne parle pas que du changement comme un dégel, mais aussi comme un deuil.

Là, ça me semble une erreur. Pourquoi le changement serait-il une perte à laquelle on se résigne ? Non, le changement est un renouveau. Si, probablement, il est juste de parler, pour le début du changement, des premières phases du deuil, un changement réussi, c'est la découverte d'un nouveau potentiel, l’apprentissage d’une nouvelle vie, une nouvelle enfance.

C’est ce qu’a raté la Chine : Chine et Occident : dialogue de sourds.

Changement d’état

Wikipedia consacre un article indigent à changement.

Sa définition de changement : passer d’un état à un autre. Que signifie « état ». La même chose que les états de la matière, solide, liquide, gazeux ? Le changement est une transition de phase ?

Rappel de ma définition. Tout groupe d’hommes est dirigé par des règles, qui « l’organisent ». Le changement modifie ces règles. On passe d’une organisation à une autre.

Il y aurait une sorte d’équivalence entre le groupe humain et le groupe de molécules : une organisation qui régule leurs mouvements. C’est cette organisation qui définirait leur « état ». Ce qui irait dans le sens de Kurt Lewin, pour qui le changement est un « dégel ».

Compléments :

Obama divise

Phénomène rare, Barak Obama semblerait faire la quasi unanimité des Républicains contre lui.

Ce n’est pas courant qu’un tel rejet s’exprime aussi vite, et ce n’est pas le moment.

Barak Obama va-t-il se révéler, en un temps record, une illusion ?

Qui est Barak Obama ?

La créature du dr Geithner

La finance américaine à son sommet.

Le patron de la banque centrale américaine imprime massivement de l’argent, et le fait savoir, pour déclencher une grosse inflation qui va liquider les multiples dettes de la nation. Bien sûr, il pourrait y avoir quelques effets imprévus, comme ceux observés en Allemagne dans les années 30. Mais sans risques, où est le plaisir ? C’est un coup de poker, comme on les aime dans le nouveau monde.

Quand aux grandes banques, elles ont annoncé des résultats particulièrement bons. Mauvaise nouvelle ?

  1. Ils viennent des salles de marché, du « fixed income market », le marché obligataire, de la dette. Pourquoi ? Parce que la crise a liquidé leurs concurrents, les prix remontent ! C'est la rançon du monopole. Ces bénéfices vont leur permettre un tour de passe-passe d’anthologie :
  2. En annonçant leur bonne santé retrouvée, elles dénoncent celle de leurs consœurs, et précipitent leur faillite. Alors que le gouvernement essayait de les sauver. 2 autres effets vont dans le même sens :
  3. Elles vont rembourser les crédits apportés par le gouvernement. Les bonus sont de retour. L'agréable ce joint à l'utile : elles vont pouvoir recruter les équipes de leurs concurrentes.
  4. Le fait que leurs autres activités soient déficitaires signale non seulement que l’économie américaine va mal, mais aussi que les affaires de leurs concurrents (qui n’ont pas de salles de marché) aussi.

Curieux : le gouvernement américain a renfloué l’assureur AIG, pour qu’il puisse honorer ses promesses et payer, par exemple, 12md$ de primes d’assurance à Goldman Sachs. Ce faisant, il a sauvé ses principales banques des conséquences de leurs malversations. Et, aujourd’hui, elles profitent à plein de la crise qu’elles ont suscitée. (Bizarrement Henry Paulson, ancien ministre des finances américain avait été auparavant PDG de Goldman Sachs. Et le chef de cabinet de l’actuel ministre des finances était un lobbyiste de Goldman, qui a tué une tentative de réforme des bonus du sénateur Obama…)

Les apprentis sorciers du gouvernement américain auraient-ils créé une créature monstrueuse dont ils sont devenus les pantins ?

Sources :

jeudi 16 avril 2009

Métamorphose du dirigeant ?

Il y a quelques mois je m’interrogeais sur les caractéristiques des dirigeants des grandes entreprises (Qui sont nos dirigeants ?). Celles-ci évolueraient-elles ?

C’est ce que dit Flight of the locusts. Les fonds « activistes » qui, par une analyse financière, « créaient de la valeur » en mettant en pièces des entreprises, sont en déroute. Résultats : les entreprises redécouvrent les vertus du long terme ; les financiers perdent leur influence ; connaître le métier de l’entreprise devient un atout dans une carrière de manager.

Compléments :

mercredi 15 avril 2009

Chine et Occident : dialogue de sourds

La pensée en Chine aujourd’hui, sous la direction d’Anne Cheng, Folio, 2007. Je me demande quelles sont les règles qui peuvent expliquer le comportement chinois, que je trouve mystérieux. J’ai pensé que ce livre pourrait m’éclairer. C’est un groupe d’essais par des sinologues importants.

Il évite l’effet hétéroclite que donne d’ordinaire ce type de travail (où chacun tend à parler de ce qui l’intéresse sans considération pour l’impression d’ensemble que cela donne), mais est-ce que cet assemblage pas terriblement exhaustif de travaux est représentatif de ce qui se pense en Chine ? En tout cas voici ce que j’en ai retenu :

Un changement douloureux
L’histoire de la Chine est celle d’un changement extrêmement difficile, et qui est loin d’être fini.
Tout d’abord, la Chine, qui se voyait comme la seule civilisation mondiale environnée d’un chaos informe, a mis fort longtemps à prendre conscience de ce qui lui arrivait, que ces « petits barbares », ces sous-hommes occidentaux, méritaient le moindre intérêt. Ensuite, il semblerait que toute son histoire récente, celle de ses révolutions, ait consisté à chercher la formule magique qui lui rendrait sa place centrale, par un « grand bond en avant ». À chaque révolution, elle a cru avoir trouvé le régime étranger qu'il suffisait de copier pour opérer le miracle.
Ce que la Chine craint plus que tout au monde, semble-t-il, c’est la mondialisation. Probablement parce qu’elle menace ce qu’elle a de plus cher : sa culture.
Elle semble avoir résolu la question en décidant que la force de l’Occident est sa technologie. C’est elle qu’il faut adopter pour revenir à la surface. De ce fait, l’essence peut rester chinoise.
La culture occidentale paraît à la Chine une monstruosité qu’elle tente d’acclimater en essayant d’être le moins contaminé possible. Cette approche théorique du changement fait que la Chine cherche les secrets du succès occidental en aveugle. Elle les attribue à ce qui est le plus visible (la religion, la philosophie…) et elle essaie de le copier, en pensant que ce mélange va régénérer sa culture. Et cela donne des inventions originales : philosophie chinoise, médecine chinoise traditionnelle (inventée ces dernières décennies), nouvelles religions…
Quand à des notions culturelles telles que la « démocratie », mystère complet. Arme de destruction culturelle massive de l’Occident ? Peut-être que chaque nation doit donner sa définition à un tel concept (après tout l’Occident ne s’est pas fait en un jour) ? Et si la Chine devait proposer des modèles alternatifs, mais tout aussi universels ?...
D’ailleurs, ce que nous prenons pour des dissidents (Liu Xiaobo) seraient des champions des valeurs de la Chine éternelle bafouées par un gouvernement indigne, non le prototype d’un citoyen occidental.
La Chine a été conduite à remettre en cause une à une tout ce qui comptait pour elle, pensant à chaque fois que c’était cette part de la tradition qui l’empêchait de s’adapter. Elle a même songé à réformer son écriture. Pourtant, elle semble jouer pour le Chinois un rôle aussi important que celui de la parole (ou plutôt de la raison) dans notre civilisation occidentale.

Le bout du tunnel ?
Le succès récent de la Chine a transformé son point de vue. Dorénavant elle est certaine que c’est sa nouvelle culture qui fait son succès. Et elle pourrait vouloir donner des leçons au monde, n’est-ce pas comme cela que se comporte l’Occident ?

La chine éternelle
Pas étonnant qu’un montage aussi compliqué et théorique soit difficile à saisir pour nous. Rien à voir avec le mystère de l’âme orientale…
D’ailleurs, on entraperçoit dans ces essais ce qui constitue peut-être la Chine éternelle, et ce qui s’entend d’ailleurs mal avec nos valeurs. La civilisation chinoise préfère les proches (« les devoirs décroissent à mesure que l’on s’éloigne du noyau familial »), respecte les anciens, est loyale vis-à-vis de la famille, efface l’individu devant le groupe, a un « devoir de vengeance ». Tout ceci ne colle pas avec nos impératifs « d’amour universel », « d’égalité entre tous », « de lois universelles égales pour tous ».
Bizarrement, elle a pourtant beaucoup à nous apprendre. Elle a découvert il y a bien longtemps ce que notre science ne fait qu’entrapercevoir. Elle a une vision sociologique du monde, le réseau étant plus important que l’individu, qui est façonné par la société. Pour elle le temps n’a pas de sens : en fait la société passe d’une configuration à une autre, l’intéressant est le mécanisme de cette évolution. D’ailleurs contrairement à notre vision fractionnée du monde, elle tend à substituer le continu, chaque situation portant le potentiel de sa transformation.
Elle n’avait pas de réelles religions, et donc de guerres de religions : confucianisme, taôisme et bouddhisme travaillaient main dans la main pour apporter une morale pratique à la population.
Je m’interroge : pourquoi ne semble-t-elle pas savoir utiliser ses forces ? Parce qu’elle n’est pas orientée vers l’action, vers la rationalité au sens de Weber, c'est-à-dire la recherche de l’atteinte d’un objectif ? Ce qui a fait le raffinement de la culture chinoise serait-il une parfaite et subtile maîtrise de règles parfaites et subtiles ? La satisfaction que doivent ressentir de grands maîtres d’échecs s’affrontant ? D’ailleurs, « le barbare qui connaît les rites est un Chinois ». La Chine est avant tout un monde de rites, du statu quo ?

Leçon de changement ?
Quelques réflexions personnelles pour finir. Contrairement au Japon, la Chine n’a pas eu soif d’apprendre de l’Occident (« quitter l’Asie et rejoindre l’Europe »). C’est pour cela qu’elle souffre autant d’une transformation qu’elle fait à contre cœur.
Les psychologues diraient que son deuil n’est pas complet, elle n’a pas trouvé de nouveau sens à sa vie. Au lieu de se réinventer, elle est amarrée à ce qui n’est plus qu’un fantasme. Elle a triché avec le changement. De ce fait, son moteur est faible, elle avance « à l’énergie ». Ne va-t-elle pas s’épuiser, et connaître une nouvelle contraction, un peu à l’image du Japon qui, lui aussi, semble avoir été rattrapé par son passé ?
L’exemple chinois montre aussi les limites de la croyance (culturelle) anglo-saxonne en la globalisation : elle nie la dimension culturelle de l’homme, or celle-ci ne disparaît jamais.

Compléments

Scénario « trou noir » : confirmation ?

Martin Wolf, important journaliste économique du Financial Times, reprend l’analyse de Simon Johnson (Trou noir).

Il dit ne pas être tout à fait d’accord avec lui. Mais je ne vois pas où. Il approuve l’hypothèse d’une oligarchie américaine dominante qui ne veut pas se remettre en cause, alors que le chaos menace. Peut-être, seulement, est-il choqué que Johnson dise que l'Amérique de Lincoln est dans la même situation que la Russie de Poutine : « dans beaucoup d’économies émergentes, la corruption est massive et déclarée. Aux USA, l’influence vient autant d’un système de croyances partagées que du lobbying » ?

En tout cas, le problème reste le même : un pays irréformable. « Les USA sont pris entre la peur de la faillite de l’élite et la répugnance pour les plans de sauvetage du public ». Pour Wolf, il va falloir envisager la faillite.

J'en tire deux observations :

  1. Le gouvernement américain semble dans une situation décrite par le sociologue Merton : il est face à un problème qu’il ne sait pas résoudre. Pour s’en tirer, il est en grand danger de faire appel à « l’innovation », à la triche.
  2. Plus bizarre : la force de Barak Obama c'est d’être capable d’affronter ce type de problèmes et de leur trouver une solution « conforme ». Mais que fait-il ?
Complément :

mardi 14 avril 2009

Eric Rohmer (2)

Le Signe du Lion, premier film de Rohmer (1959).

Ça ne ressemble pas du tout à du Rohmer. Ça ne cause pas, c’est trop long, lourd, triste, inhomogène, sans originalité. Bien sûr, il y a quelques signes avant-coureurs : des débuts de tirades qui auraient pu être littéraires, philosophiques et interminables, mais qui s’arrêtent court ; des moments qui pourraient faire penser que le film aurait pu être un gentil amusement s’il n’avait pas mal tourné. Rohmer ne s’est pas fait en un jour.

L'intérêt du film, peut-être, est qu'il fait comprendre la particularité du style du vrai Rohmer. Il n’aborde que les petits désagréments de la vie, pas le malheur (ici on traite de l’exclusion de la société). L’art de la parole de ses personnages est particulier, il ne peut être, probablement, que le fait d'acteurs non professionnels, sans quoi il est assourdissant, épuisant. Ici, il y a, de temps à autres, quelques acteurs et futurs acteurs professionnels qui jouent comme on devrait le faire dans un film, et ça ne passe pas. C’est trop bruyant, d’ailleurs ils dénotent : ils font acteurs et pas gens comme tout le monde.

Complément :

  • Eric Rohmer (PS. Une recherche me montre que ma découverte de Rohmer date probablement de 22 ans : L’ami de mon amie.)

L’influence disproportionnée de la France

Conservative Anti-European Rhetoric Reflects Distinctive Southern Attitudes rappelle que la France, en particulier, est un sujet de répulsion pour le Républicain américain, un épouvantail qu’il agite avec satisfaction.

Or, semble-t-il, la haine du Français n’est pas générale mais circonscrite aux états du sud.

Ce texte me fait me poser la question suivante. Économiquement, culturellement, militairement, la France n’est rien. Même en Europe son poids est modeste. Comment se fait-il qu’un tel nain puisse attirer autant l’attention sur lui : Chine, USA… ?

Peut-être est-ce son statut passé de grande puissance, qui est un rappel à tous qu’une décadence totale peut frapper brutalement, sans crier gare ? Ou la France permet-elle de donner un avertissement sans frais à de plus dangereux pays : on peut frapper quelque chose qui veut ressembler à une grande puissance, mais qui n’a aucun moyen de riposte ?...

lundi 13 avril 2009

Scénario pour Hollywood ?

Grand classique du film américain tiré d’une histoire vraie (Serpico, American gangster…) : une corruption massive des services de l’état, généralement de la police. Cette fois-ci les cercles gouvernementaux seraient concernés.

Fouad Sassine mène l'enquête et m’envoie des éléments qui complètent ceux que j’avais trouvés la semaine dernière.

  • Un premier article explique que l’affaire Madoff avait été repérée et dénoncée depuis longtemps aux autorités de régulation du marché, qui, bizarrement, n’avaient rien fait. Par ailleurs, Bernard Madoff semblait avoir monté un mécanisme de « lobbying » (corruption ?) efficace.
  • Pour un second article (où l’on retrouve les informations qui apparaissent dans ce blog), on est en face, en ce qui concerne la gestion de la finance américaine, d’une fraude énorme, obéissant au même principe que celle de Madoff, mais infiniment plus importante. Elle est couverte par le gouvernement parce qu'il ne sait pas comment faire autrement.
Effectivement, les techniques utilisées par les banquiers ressemblent à celles d’Enron, or son dirigeant a été condamné à plus de 25 ans de prison, et son auditeur (Arthur Andersen) a été mis en faillite.

On attend le héros.

Compléments :

Le plan Geithner

Trou noir
expliquait que le plan de sauvetage des banques du ministre des finances américain permettait de sortir d’une faillite non annoncée le système financier tout en l’enrichissant aux dépends des Américains. Fouad Sassine a trouvé un article qui explique son mécanisme.

Les banques possèdent des actifs à risque qu’elles ne veulent pas évaluer, sous peine de se déclarer en faillite. Le plan propose la chose suivante : ces actifs vont être mis aux enchères, le gouvernement va fournir 85% des fonds nécessaires.

L’article donne l’exemple suivant (légérement aménagé) : soit une banque ayant 10m$ d’actifs à risque, valant en fait 2m$. Si une autre banque fait une enchère de 5m$ pour eux, elle paiera 750.000$ de sa poche. La première pourra mettre dans ses comptes 5m$, et la seconde aura fait un bénéfice de 1,25m$. Bien sûr le service lui sera rendu, par sa consœur, pour ses propres actifs à risque.

Suppose a bank is sitting on a $10 million package of collateralized debt obligations (CDOs) that was put together by, say, Countrywide out of junk mortgages. (…) this package may be worth at most only $2 million (…).

The bank now offers $3 million to buy back this mortgage. What the hell, the more they bid, the more they get from the government. So why not bid $5 million. (In practice, friendly banks may bid for each other’s junk CDOs.) The government – that is, the hapless FDIC – puts up 85 per cent of $5 million to buy this – namely, $4,250,000. The bank only needs to put up 15 per cent – namely, $750,000.

Here’s the rip-off as I see it. For an outlay of $750,000, the bank rids its books of a mortgage worth $2 million, for which it receives $4,250,000. It gets twice as much as the junk is worth.

Complément :

  • Une analyse qui semble montrer qu'il y aurait des effets beaucoup plus pervers.

De la répartition des impôts

Les Américains commencent à se demander où trouver de l’argent. Voici ce que dit America’s widening fiscal gap, ça ne concerne pas que les USA :

the US income tax collects 45 per cent of its revenues from the highest-income decile. Compare that with Britain at 39 per cent, Canada at 36 per cent, France at 28 per cent, Sweden at 27 per cent and an OECD average of 32 per cent.

This difference is only partly explained by the less-equal US income distribution. The fact that the US has no broadly based national sales tax - value added taxes make Europe's overall tax codes less progressive still - only underlines the point. The US tax system raises comparatively little revenue; what little it raises already comes disproportionately, by international standards, from the rich.

Bizarrement, aux USA, la contribution des riches aux impôts est beaucoup plus élevée qu’en France. Explication, partielle : le pourcent le plus riche représente 17% de la richesse des USA, et seulement 8,5 de celle de la France (Inégalités françaises ?).

Mais ce n’est pas ce qui intéresse l’article. Ce qu’il dit est que les impôts ne seront pas suffisants pour régler les problèmes américains, le pays doit adopter notre TVA. Galbraith avait demandé cette taxe, pour une raison inattendue : elle suscite moins l’ire des puissants que l’impôt, qui leur est insupportable (Société d’abondance), et qu’ils combattent toujours avec succès.

J’en déduis que nous devons faire attention à ne pas réformer nos impôts à la légère, les conséquences de ces réformes peuvent être inattendues.

dimanche 12 avril 2009

Rationalité de l'escroc

On semble découvrir de plus en plus de fraudes aux USA. Occasion de s’interroger sur la nature humaine.

The Heroes of Financial Fraud observe que dans certains cas l’escroc était sûr d’être pris. Pourquoi a-t-il alors escroqué ? D’ailleurs c’est en partie parce qu’il semblait idiot qu’il puisse tenter une telle manœuvre qu’il a pu sévir aussi longtemps.

En fait, je crois que l’homme n’est pas du tout rationnel, ou il a une rationalité pas immédiatement compréhensible. L’envie est souvent impossible à résister, elle fait oublier ses conséquences. Et puis le risque est un stimulant extrêmement puissant. D'ailleurs les escrocs les plus fous finissent par devenir des stars d'Hollywood (cf. Attrape-moi si tu peux), avec de telles récompenses possibles, Pascal aurait probablement dit que le pari méritait d'être tenté...

Références

J’ai fait figurer dans la colonne de droite de ce blog des liens vers mes commentaires de livres.

Ce sont des commentaires de livres lus depuis que je tiens ce blog.

Je constate que je ne lis pas beaucoup. Probablement la faute de ce blog.

En tout cas, avant ce blog, je ne cherchais pas à juger ce que je lisais. L’exercice du commentaire de livre n’est pas facile. Pas aisé d’avoir une idée définitive à première lecture. Jusque-là, je me contentais d’un sentiment agréable de l’œuvre achevée. J’en tirais quelques idées pour mes propres livres, cours et conversations. C’était tout.

Pour bien faire les choses, il faut probablement lire et relire, décortiquer, enseigner… Mais ça prend du temps et ce n’est pas la voie que j’ai choisie. Et le mieux est l’ennemi du bien. J’ai plutôt décidé de laisser sortir ce que j’avais en tête. Au moins, il en resterait quelque chose et ça m’encouragerait peut-être à approfondir plus tard…

Qu’ai-je lu ? L’accessoire plutôt que l’essentiel. Du moins au sens de la conduite du changement. Les textes de référence dans ce domaine sont antérieurs à la naissance de ce blog.

En tête de mes lectures, l’économie et la philosophie, deux sujets qui me semblaient malhonnêtes jusqu’à il y a peu. Mais il y a un fil conducteur : je cherche les règles qui guident nos comportements collectifs, et ces règles viennent de loin. Non seulement le philosophe est porteur d’idées, de « préjugés » de son milieu, mais encore, il a cherché à résoudre des questions sur lesquelles le temps n’a pas de prise. Quant aux économistes de ce blog, ils ne parlent pas tant d’économie qu’ils essaient de modéliser des étapes importantes de notre histoire récente (Galbraith) ou d’autres directions vers laquelle nous pourrions aller. Pour les autres références, elles sont une description d’une culture (ou d’une de ses caractéristiques) qui me semble importante aujourd’hui (notamment Amérique, Chine, France).

À la réflexion, j’aime une autre chose dans ces lectures. Ce qui traverse certains de ces livres (à la vérité, il y en a peu dans cet échantillon), c’est la personnalité de leurs auteurs, leurs interrogations. C’est une sorte de confession, masquée. Je me demande si les plus grands scientifiques ne sont pas aussi ceux dont l’œuvre parle, indirectement, le plus d’eux. Peut-être que leur réussite scientifique tenait à une irrésistible interrogation personnelle ? Ils ont vécu leur œuvre ?

D’ailleurs n’est-ce pas ce que l’œuvre laisse transparaître de leurs échecs qui m’intéresse plus que leurs succès ? J’aime bien cette phrase (ma mémoire est approximative) dont Oliver Stone qualifie Alexandre le grand : « son échec a été plus grand que tous les succès ». Ce sont les utopies impossibles qui font les œuvres géniales ?

Compléments :

  • J'ai transformé gauche en droite dans la phrase d'introduction, merci à Hervé d'avoir repéré l'erreur.

Eric Rohmer

Il y a bien longtemps, j’ai découvert un film de Rohmer. Quelque chose m’a beaucoup plu et, comme il m’arrive parfois dans ce cas, j’ai cherché à voir tout ce qu’il avait fait. N’ayant pas de télévision ou équivalent, je dois attendre la « resortie » de ses films en salle. Il y en a une actuellement au cinéma le Quartier latin.

Difficile de savoir ce qui plaît dans un film.

Les personnages de Rohmer parlent beaucoup, et sont très littéraires. D’une certaine façon leurs discussions me bercent. Je retiens peu de chose de ces films, sinon un sentiment agréable. Hier, je suis allé voir les Contes d’hiver : aucune image ne me rappelait quoi que ce soit, et pourtant, je me demande si je ne l’avais pas déjà vu.

J’aime aussi que la vie de tous les jours, filmée comme je la vis, avec métro, bus, train corail, modeste maison de banlieue, et petites intrigues apparemment sans intérêt et pourtant essence d’une existence, puissent être un sujet d’observation.

Autre chose m’intéresse chez Rohmer : ces films historiques, comme la Marquise d’O ou Triple agent. J’ai l’impression qu’il a réussi à revenir dans le temps. Quelque chose sonne juste. Y compris dans l’habillement et les décors. C’est mystérieux.