samedi 9 mai 2009

Changement en France

2 hasards convergents, me font me demander si notre pays ne se transforme pas plus vite qu’on ne le pense :

  1. Discussion avec un avocat, qui me dit que la profession est désorientée par la législation frénétique du gouvernement. Empilage de lois, mais surtout incohérence : que faire quand des lois s’opposent ? C’est la logique de l’édifice, bâti par Napoléon, qui vacille. L’équilibre des forces, fondamental pour tout système juridique, est mis en cause ; des ajouts inspirés de la Common Law anglo-saxonne font perdre toute rationalité au système.
  2. Je lis les déclarations du directeur d’une grande école française, qui veut visiblement faire de son établissement un concurrent de Harvard : quelque chose de gros (donc ouvrir en grand ses portes), un centre de recherche qui lève des fonds. Mais pourquoi ? Les universités américaines sont, justement, des universités, les grandes écoles françaises sont l’équivalent d’un département ; ces universités sont divisées en une partie « éducation » (undergraduate), qui a pour but la formation de cadres de la société, et en une partie recherche (post graduate studies), nos grandes écoles correspondent à la première fonction ; enfin les directeurs de ces universités sont des sommités internationales dont le rayonnement est équivalent à celui d’un patron de multinationale, ce qui n’est pas le cas des directeurs de grandes écoles (des anciens élèves qui ont trouvé l’entreprise inhospitalière).

Le modèle anglo-saxon est discrédité et pourtant il nous contamine comme jamais. Pourquoi ?

  • Comme je l’ai dit ailleurs, le changement est ce qu’en fait celui qui l’applique. Ce que nous voyons là n’est pas l’esprit des réformes (le gouvernement ne veut évidemment pas désorganiser le pays), mais ce qu’en fait l’administration, qui n’est pas contrôlée.
  • Le modèle libéral est formidablement efficace parce qu’il joue sur les faiblesses d’une société. Ceux qui sont frustrés par leur insuffisante réussite sociale l’entendent comme un encouragement à détruire une organisation injuste. Comme les oligarques russes, ils emploient tous les pouvoirs que leur a donnés la société pour construire un édifice à leur gloire, et la disloquer.

Tout le système public français semble partir en morceaux. Une sorte de lèpre. Va-t-on bientôt se retrouver comme dans les pays anglo-saxons devoir payer à prix d’or des services qui jusque-là étaient gratuits ? Devra-t-on avoir peur à chaque fois que l’on monte dans un train, ou que l’on entre à l’hôpital ? La femme d'un ami, qui vient d'arriver aux urgences d'un hôpital parisien : J'ai connu les urgences il y a 10 ans - ce que c'est devenu est inimaginable. Et je ne parle pas de la faune qu'on y trouve mais du système d'admission aux soins.

Mais le pire des dangers n’est pas de devenir l’Angleterre de Dickens, mais l’Afrique. Greffer une culture sur une culture incompatible produit perte d’âme et dévastation. Est-ce une maladie dont on peut se tirer ?

Exercice de démocratie

Un article du Monde compte l’histoire suivante :

Un employé de TF1 expédie un mail personnel à son député pour lui faire part de ses réserves concernant la loi Hadopi. Le représentant du peuple envoie ce mail au ministère concerné pour savoir ce qu’il faut expliquer au dit peuple. Le ministère transmet le mail à TF1, qui licencie son employé.

Nos gouvernants n’ont pas l’air de suivre les règles que suivent leurs gouvernés, ni de respecter l’esprit sur lequel est fondé notre démocratie. Peut-être ont-ils raison. Mais, au moins, il serait bien d’en discuter de façon à tous nous coordonner.

vendredi 8 mai 2009

Johnny Halliday

Article dithyrambique du Monde sur le dernier film de Johnny Halliday (Johnny Hallyday, le rôle de sa vie), à 66 ans, Johnny Halliday est la dernière révélation du cinéma. Il a trouvé la cause de plus de quatre décennies d’échec : il voulait parler, jouer la comédie, alors qu’il lui suffisait d’être et de se taire.

Cette leçon va-t-elle être retenue par Johnny le chanteur ?

En tout cas, problème fréquent : dans notre vie quotidienne, au travail… on joue souvent un rôle, et on est mauvais. Pour le plus grand malheur de nos proches, de nos collègues, et parfois de nous-mêmes. Alors qu’on serait bon, efficace et heureux si l’on était naturel. Probablement c’est la faute de notre société : elle nous dicte des conduites qui ne correspondent pas à notre nature.

Et le changement fait rencontrer cette question : il est souvent bloqué par un ou plusieurs rôles mal joués. Il faut aider leurs acteurs à trouver un comportement qui convient à leur nature, à découvrir leurs vrais talents. C’est pour cela que l’animateur du changement doit être un « donneur d’aide ».

Pour une réforme de la médecine

J’assimile la médecine à de la conduite du changement. Or, les techniques médicales sont du type « passage en force » (destruction par des moyens violents – chimiothérapie – qui laissent le patient chancelant, s’il survit) donc, les moins efficaces. Don't Talk, Reproduce annonce une nouvelle ère de subtilité médicale.

Quand elles atteignent un certain nombre, non seulement les bactéries se mettent à produire des protéines toxiques, mais elles créent un biofilm qui les protège des antibiotiques. Pour cela elles doivent communiquer entre elles. Seulement, certaines profitent de la protection du groupe, mais ne participent pas à la communication. L’énergie qu’elles économisent ainsi leur sert à se reproduire plus vite que leurs consœurs. Il suffit de favoriser cette population pour que se dissolve la solidarité sociale.

La médecine réinvente « diviser pour régner », fondement du libre échange. Je pronostique donc qu’elle va maintenant penser aux techniques d’influences individuelle et sociale, qu’étudie la recherche en management. Elle apprend à l’individu à se servir des règles qui guident un groupe pour en obtenir ce qu’il veut. C’est élégant, mais ça demeure du passage en force.

Que conseillerait la version médicale des techniques que j’emploie ? 1) Comprenons ce qui pousse les bactéries et 2) demandons-nous si cela ne pourrait pas nous être utile. Du coup, une épidémie serait une innovation du vivant qui ferait progresser l’espèce humaine.

Compléments :

Trouble shooter II

Deuxième séance de Trouble Shooter, 3 invités :

  1. Amélie Faure : le dirigeant doit identifier les questions capitales pour sa société, et ne doit confier à personne la responsabilité de les résoudre. Pourquoi ne le fait-il pas d’ordinaire ? Parce qu’il croit qu’il ne possède pas les techniques utiles. Or, réussir n’est pas une question de techniques, mais de conviction et de connaissance intime de l’entreprise. Elle illustre cette idée par l'exemple de la vente d'une entreprise.
  2. Christian Kozar, lui, traite de la « bombe sociale », le changement qui ne peut que déclencher un mouvement social (une spécialité française). Il parle de la réforme des centres de tri de la Poste, dont il a fermé un grand nombre pour les rouvrir là où ils devaient être. Ce changement, qui bouleversait les conditions de travail de centaines de milliers de personnes, semble avoir été à aussi risqué que celui des universités ou des hôpitaux, pourtant il n’a pas fait de vagues. Pourquoi ? Christian Kozar a parlé franchement aux postiers : il leur a expliqué que la société devait construire des plates-formes internationales (placées aux nœuds de communication internationale) ; la rationalité du changement devenait évidente. Il insiste sur le fait que le dirigeant doit voir évoluer le changement de ses propres yeux, il ne doit faire confiance à personne pour l’informer sur ce qui se passe - sinon c’est l’échec assuré. Christian Kozar sait formuler un « stretch goal », et contrôler le changement.
  3. Didier Hauvette, enfin. Un dirigeant est parachuté à la tête d’une entreprise. S’il ne trouve pas les causes de ses dysfonctionnements elle ferme dans les six mois. Or, au lieu d’être vu comme un sauveur, ses collaborateurs s’opposent à lui. Étrangement, la raison de cette paralysie, qui les menace tous de chômage, est que chacun soupçonne le dirigeant de vouloir le licencier ! Plus bizarre, la situation se débloque quand Didier Hauvette, qui a été appelé comme casque bleu, leur annonce qu’ils craignent d’être licenciés, et qu’ils ont raison ! En fait, ils avaient peur d’un licenciement arbitraire (problème de justice sociale ?). Une réunion conduit à des « règles du jeu » acceptées par tous. Fin du conflit, l’organisation se met en marche et redresse la barre (in extremis). Conseil de Didier Hauvette : 1) le changement est une « accélération », attention, les collaborateurs du dirigeant peuvent être « décrochés » ; 2) signal d’alarme : trois types d’attitudes apparaissent, suivant les caractères : agacement, argumentation, mutisme ; 3) geste qui sauve : appeler un catalyseur, qui révèle le non dit, expose son diagnostic, et amène l’organisation à régler rationnellement la question. C’est ce que j’appelle le traitement des déchets toxiques par le feedback de groupe.

Compléments :

jeudi 7 mai 2009

Logique du blog

Qui lit les blogs ? prend trop vite le blogger pour un idiot :

  • J’ai peut-être compris pourquoi ce sont des billets anciens de ce blog qui ont le plus gros succès : pour une raison inconnue, ils ont dû avoir du succès à leur sortie, ce qui leur a valu d’être classés en tête des recherches de Google. Il est possible que plus ils sont référencés plus ils sont trouvés. Il y aurait une sorte de cercle vicieux favorable à l’ancienneté.
  • La logique du blogger qui commente d’autres blogs pour être commenté à son tour, correspond probablement à la mécanique suivante. Google classe en fonction des références (pas du nombre de lectures) faites à un billet, plus les bloggers parlent les uns les autres, plus leurs blogs respectifs sont bien notés par Google, plus ils sont faciles à trouver. Effet vertueux supplémentaire : un grand nombre de commentaires doit être une sorte de « validation sociale », qui invite à son tour à commenter. On peut donc imaginer ainsi déclencher un effet d’entraînement, qui, finalement, élimine l’intérêt du commentaire d’autres blogs.

Incompétence économique

Un article parlant de Nicolas Sarkozy : « (il expliquait) pendant la campagne de 2007 que les Français n'étaient "pas suffisamment endettés", qu'il fallait "développer le crédit hypothécaire" sur le modèle américain ». Et 2 observations :

  • Le psychologue Robert Cialdini parle de « validation sociale » : l’homme est un mouton de panurge. Ça peut paraître surprenant. Pourtant, il est tout aussi surprenant qu’un homme puisse penser avoir raison, alors que toute une population se trompe. Ne sommes-nous pas tous victimes de ce biais ? Le dirigeant qui veut « changer » son entreprise est comme cela. Une stratégie lui semble évidente, mais pas au reste de l’entreprise. Stupidité ? Généralement, elle a vu quelque chose qu’il n’a pas vu. La résistance au changement est un très utile signal d’alarme.
  • L’illettrisme de la France en termes d’économie est frappant. Alors que l’économie est la loi du monde, que l’Amérique et l’Angleterre sont gérées comme des entreprises, nous sommes tellement incultes, que nous sommes juste bons à absorber les modes qu’elles lancent pour leur plus grand profit. Et quand la conjoncture se retourne, nous en faisons les frais.

mercredi 6 mai 2009

Éthique des valeurs et de la responsabilité

Atonio Giustozz parle des Talibans :

En 1998, les talibans étaient à deux doigts d'expulser les "Arabes" d'Afghanistan. Mais autour de 2000-2001, leurs relations se resserrent. Que s'est-il passé ? Cette radicalisation peut s'expliquer par l'échec de leur tentative pour s'ouvrir au monde. Les talibans avaient fait des gestes. Ils avaient, par exemple, interdit la culture de l'opium. Ils pensaient que la stabilité retrouvée de l'Afghanistan sous leur égide, ajoutée à la prohibition de l'opium, les rendraient acceptables aux yeux des Américains. Ils se sont trompés. Ils ont négligé un point fondamental : les droits des femmes. Ils n'imaginaient pas que l'Occident en ferait une affaire importante, justifiant des sanctions. Cet échec a discrédité les modérés, conforté les radicaux. Ben Laden a bien profité de cette tentative avortée d'ouverture.

Cette citation me remémore 2 choses:

  1. La déclaration d’un expert américain (Obama et l’Afghanistan) selon laquelle Barak Obama faisait une erreur fatale en mettant au centre de sa politique afghane les droits de la femme. C'était incompatible avec l'organisation sociale de l'Afghanistan.
  2. Max Weber et sa distinction entre éthique de valeurs et éthique de responsabilité. La première insiste sur le moyen, et se désintéresse des conséquences. L’autre fait l’inverse. Selon Weber, c’est l’éthique du politique. Obama, lui, semble plutôt un homme de valeurs.

Changement en Afghanistan

Obama et l’art du discours

Un billet d’un blog de The Economist. Il revient sur le voyage d’Obama en Europe. Il décrit la foule enthousiaste. Jusqu’à ce qu’Obama lui parle de ses projets d’avenir : plus de bombe atomique, lutte contre le terrorisme en Afghanistan. Plus d’enthousiasme. Décidément l’Europe ne comprendra jamais rien.

Réalisme de cette politique ? Dignité des moyens employés (Changement en Afghanistan) ? N’y a-t-il pas d’autres visions de l’avenir que celle-ci ? Le journaliste ne se pose pas de questions sur les raisons de l’opinion européenne, il la condamne comme arriérée, désespérément. Pourtant nous ne sommes pas seuls à ne pas comprendre (Torture and Mr. Obama) :

I could really feel sorry for Barack Obama — for his administration is plagued and handicapped by a major recession not of his making — if he had a vision that was thus being thwarted. But he has no vision — not any kind of systemic remaking of the economy, producing a more equitable and more honest society; nor a world at peace, beginning with ending America's perennial wars; no vision of the fantastic things that could be done with the trillions of dollars that would be saved by putting an end to war without end; nor a vision of a world totally rid of torture; nor an America with national health insurance; nor an environment free of capitalist subversion; nor a campaign to control world population ... he just looks for what will offend the fewest people. He's a "whatever works" kind of guy. And he wants to be president. But what we need and crave is a leader of vision.

En fait, le billet de The Economist retrouve un thème récurrent chez lui, et chez les universitaires : le retard intellectuel d’une certaine Europe, incapable de voir la lumière anglo-saxonne. Ce qui est plus surprenant est qu’il ressurgisse aussi vite après la débâcle. Obama aurait-il, d’un seul coup d’éponge, lavé tous les péchés du capitalisme ? Tout est pardonné et oublié ?

Pour illustrer l’incompréhension entre le bon Obama et le mauvais Européen, le billet raconte l’histoire suivante. Le jeune Obama en visite en Europe discute dans un avion avec un jeune anglais qui a trouvé du travail en Afrique du Sud. Obama semble lui dire que ce n’est pas bien, ce que ne comprend pas l’Anglais, qui lui répond que l’Afrique du Sud vit bien mieux que les autres pays africains. Obama est frustré de ne pas avoir trouvé les arguments qui auraient fait rebrousser chemin à l’Anglais.

Pourquoi Obama a-t-il recherché le KO ? Pourquoi n’a-t-il pas voulu comprendre le point de vue de l’Anglais (qui après-tout était peut-être surtout content d’avoir trouvé un travail) ? N’auraient-ils pas sûrement découvert de mêmes objectifs quant au bien-être de l’Afrique du Sud, mais pas les mêmes idées pour les atteindre ? Obama n’en serait-il pas sorti riche d’une nouvelle expérience ? Obama = bien pensant : il sait ce qui est le bien et le mal ; imposer son point de vue est la seule discussion envisageable ?

Seraient-ce de telles frustrations qui l’ont amené à cultiver son art du discours ? (Torture and Mr. Obama) :

The problem, I'm increasingly afraid, is that the man doesn't really believe strongly in anything, certainly not in controversial areas. He learned a long time ago how to take positions that avoid controversy, how to express opinions without clearly and firmly taking sides, how to talk eloquently without actually saying anything, how to leave his listeners' heads filled with stirring clichés, platitudes, and slogans.

Ceux qui devraient changer changent-ils ?

L'Europe redoute une "crise sociale" potentiellement "explosive" et ce que j’entends à la radio, qui va dans le même sens, a quelque chose de surprenant : on nous dit que c’est une finance anglo-saxonne d’apprentis sorciers qui a déclenché la crise mondiale ; or, s’il y a des désastres, les victimes en sont les pays hyper-vertueux (Japon, Allemagne, zone Euro…). Les pays anglo-saxons, eux, souffrent d’une version atténuée de la crise.

Leçon de changement : la victime paie pour les crimes du coupable

Peut-être plus inattendu : quand on met en regard les chiffres du chômage et la baisse de PIB, on voit que, si l’on répartit le PIB sur ceux qui travaillent, le PIB par employé augmente (mon calcul est un peu faux : les licenciés américains touchent parfois des compensations). Ce qui semble sûr, aussi, est que les rémunérations des dirigeants des grandes banques américaines n’ont pas été affectées, les bonus demeurent au même niveau qu’en 2008. Même chose pour la City : les survivants ne se sont jamais aussi bien portés.

À cela s’ajoute le thème d’une série de billets précédents : l’administration Obama n’a rien changé au système bancaire, elle le maintient en vie avec l’argent public. Simon Johnson, ex économiste en chef du FMI, parle « d’oligarques », qui ne peuvent se remettre en cause. Seule innovation, mais elle est de génie. C’est Barak Obama. Parce qu’il est noir, on a pensé que l’Amérique s’était transformée. Or, il appartient à l’élite de la culture qui, justement, est en cause !

Tout change, sauf ce qui devrait changer. C’est toujours comme cela que se passe un changement. Celui qui a le pouvoir ne peut pas penser que ses difficultés viennent de lui, par conséquent, il utilise ce pouvoir pour faire changer le reste de la société. D'ailleurs, il est très difficile de se changer, beaucoup plus facile d'exercer son pouvoir.

Cet entêtement ne risque-t-il pas de lui être fatal ? Oui en générale, non ici, du moins à une échelle de temps de quelques décennies, ou de quelques siècles. Parce que le scénario s’est déjà présenté, en Angleterre, au moment de la Révolution française : c’est lui qui faisait que Tocqueville admirait une Angleterre qui avait su conserver sa noblesse (qui continue, même aujourd’hui, à être extrêmement prospère).

Une élite inusable

Voici une modélisation de ce qui peut se passer.

  • L’élite anglo-saxonne ne se voit pas comme anglo-saxonne, mais comme internationale. Au fond, c’est la communauté des hommes d’affaires les plus puissants : le milliardaire russe, par exemple, y est bienvenu. Cette élite est « pragmatique », elle sait, par certains côtés, s’adapter, tout en conservant l’essentiel. Cet essentiel est un certain niveau d'aisance, mais surtout la mainmise de l’économie de marché sur la gestion du monde.
  • Ce n’est pas une « classe », mais un groupe à la solidarité floue, qui n’a pas d’états d’âmes : en cas de crise, il laisse périr quelques boucs émissaires et quelques moucherons attirés par la lumière. Ce qui calme les velléités révolutionnaires du reste de la planète.
  • En outre, il sait faire diversion. Les richesses produites par la colonisation britannique ont probablement évité que la paupérisation de la population anglaise qui avait résulté de la révolution industrielle ne devienne menaçante. De même, la possibilité d’endettement offerte récemment aux couches populaires américaines les a-t-elle aidées à ne pas prendre conscience de leur appauvrissement.

Cette modélisation est cohérente avec celle de Mancur Olson, qui a étudié les modes d’organisation de populations « rationnelles » (c'est-à-dire qui optimisent leur intérêt propre plutôt que de suivre les lois de la société).

La crise comme avenir

Quel est le changement auquel nous sommes confrontés ? Il s’agit probablement de douter de beaucoup de ce à quoi nous croyons, à commencer par le rôle du marché, « main invisible » qui doit guider notre vie. Il faut le mettre sous contrôle de la société.

Je ne suis pas sûr que cela puisse être fait par la force : il faudra que l’élite internationale change, et ce changement ne peut venir que d’elle. La coercition est impuissante, d’autant plus que ce groupe est en recomposition permanente. En conséquence, je pense qu’il faudra encore de nombreuses crises pour que, de remise en cause en remise en cause, elle en arrive au nœud du problème.

Ce n’est pas la seule possibilité. (Même si elle me semble la plus probable.) Cette élite a un point faible : elle est individualiste, elle est désarmée face à une stratégie solidaire. Elle pourrait donc être remplacée par une élite qui saurait jouer des mécanismes sociaux, et donner à l’humanité une organisation plus durable.

Compléments :

  • Le modèle de l’oligarchie : Trou noir.
  • L’absence de changement dans la banque américaine : Crise et changement de culture, Les certitudes du gouvernement Obama.
  • Un billet sur la City (sur sa santé, voir le lien) : Phénix anglais.
  • À l’appui de mon raisonnement : avant cette crise, il y a eu dix crises régionales majeures (Russie, Asie du sud-est, Amérique latine) : à chaque fois la finance mondiale s’est rétablie, la note a été réglée par les victimes, qui, pour certaines, ont été dévastées. Consensus de Washington.
  • Sur l’adaptation des couches dirigeantes anglaises aux mouvements sociaux suscités par la révolution : THOMPSON, E.P., The Making of the English Working Class, Vintage Books USA, 1966.
  • Le modèle de Mancur Olson : The logic of collective action.
  • La perception qu’a d’elle-même l’élite des affaires : Grande illusion.
  • Un autre exemple du mécanisme de remise en cause d’une culture : celle de la Chine. Chine et Occident : dialogue de sourds.

mardi 5 mai 2009

Mourir pour la France

Message de François Périgot aux patrons français (informations de ce matin). Il m’a semblé qu’il les enjoignait de partir à la conquête des marchés irakiens. C’est risqué, bien sûr, mais le dirigeant est là pour prendre des risques. Et il faut faire vite, Chinois, Japonais, Allemands et Anglais sont déjà présents.

Le Français a toujours eu beaucoup de mal à savoir ce qu’était un dirigeant, et ce qui le motivait. L’image se précise : il se fait tuer pour faire comme les autres. On le croyait exploiteur, on le découvre idiot. Y a-t-il gagné en estime ? En tout cas, intéressant apport à la théorie de la rationalité, qui, comme chacun sait, est au cœur de la théorie économique.

Que dire des autres pays ?

  1. Ceux cités, auxquels il faudrait ajouter les USA, ont de formidables organisations qui ont pour seule vocation de mettre en œuvre des plans stratégiques, nationaux, de développement des exportations (par exemple l’Irak est une colonie américaine). La marche des entreprises s’inscrit dans ce mécanisme.
  2. Les ressortissants des régions voisines connaissent le pays de l’intérieur.

Dans un cas comme dans l’autre, on sait à la fois identifier les opportunités et réduire les risques.

Il me semble que si la France fournissait l’un et l’autre, elle n’aurait pas à faire appel au patriotisme de ses entrepreneurs, l’intérêt économique les mettrait naturellement en mouvement.

lundi 4 mai 2009

Points de vue européens

Hier, un correspondant de RFI contraste la perception qu’ont l’Ouest et l’Est de l’UE.

  • Pour nous, nous avons « élargi » l’Europe à l’Est. Ce qui nous a demandé un effort. Nous en attendons de la reconnaissance.
  • Pour eux, c’était un dû : ils ont toujours appartenu à l’Europe, qui les a trahis en laissant l’empire russe les coloniser.

Pour moi, l’UE n’est pas l’Europe, mais un système de valeurs nouveau. Y adhérer, pour l’Ouest comme pour l’Est, ne peut être que décidé après mure réflexion. C’est choisir la réinvention.

Gagner en productivité

China's growth miracle s’emporte. Non le succès de la Chine n’est pas à porter au compte de son dirigisme. Oui le marché est ce qui se fait de mieux. Car il n’y a pas de croissance sans machines, et la Chine ne sait pas les inventer. Elle a pris les siennes en Occident... Un exceptionnel nombre de stupidités est concentré en quelques lignes.

Tout d’abord, voulons-nous produire toujours plus, n’importe quoi ? Imaginons, dans la logique d'Adam Smith, que nous répondions oui.

  • Est-ce la machine qui est la source des gains de productivité? Non. Comme le laisse entendre le billet précédent, les grandes avancées productives viennent de nouvelles organisations de la production. C’est la raison d'être de la « conduite du changement », construire une nouvelle organisation, plus efficace que la précédente. Par exemple, les grandes surfaces ont été un grand moment de cette histoire de la productivité. On citera aussi le Lean Manufacturing qui a révolutionné l’automobile. Bien sûr, la machine n’est pas inutile : sans elle, souvent, une nouvelle organisation ne pourrait pas fonctionner. (Sans automobiles, la grande surface ne peut exister.) Mais elle fait son effet à dose réduite. Pas en remplaçant l'homme.
  • Et heureusement, parce que le capitaliste a deux amours : la machine et le service, qu’il pense son avenir. Si celui-ci est productif, il faut bien qu’il le soit sans machines !
  • Cet amour de la machine a une conséquence amusante. Partout les dirigeants cherchent à remplacer l’homme par la machine. Cela ne tombe-t-il pas sous le sens ? S’il n’y a plus d’hommes, on atteindra une productivité infinie. C’est le nirvana du capitalisme. En fait, cela pose un double problème :

  1. Mon expérience, qui est confirmée par le principe même du Lean Manufacturing, est que l’optimum économique n’est pas l’automatisation absolue. Il se trouve quelque part à mi-chemin entre le tout homme, et le tout machine. Raison ? En gros la machine est coûteuse, rigide, et fragile, l’homme, intelligent et hyper-adaptable, et il peut réparer les machines…
  2. Mais surtout, s’il n’y a plus que des machines, fabriquées par des machines, qui consommera ? L’optimum économique, dans notre modèle capitaliste, est obtenu lorsque chacun produit, ce qui lui donne les moyens de consommer. Voilà une vérité, de gros bon sens, qui a été oubliée par notre élite dirigeante.

Compléments :

Stratégie de Fiat

Le dirigeant du groupe Fiat (qui contient les automobiles Fiat, Iveco, CNH et Ferrari – Maserati) annonce qu’il veut construire un groupe automobile avec Fiat + GM Europe + Chryser, soit 6 ou 7m de voitures, n°2 mondial. A-t-il des chances de réussir ?

Deux choses m’intriguent à son sujet :

  1. un ami qui a l’air de bien le connaître en dit des choses que je trouve remarquables ;
  2. je n’ai pas grande considération pour son discours, qui affirme qu’il faut une taille minimale pour survivre (5m de voitures dans ce cas). Je l’ai entendu trop souvent, à chaque fois justifié par l’ego de celui qui l’exprimait.

Enquête.

  • Sergio Marchionne est un surdiplômé canadien, et pas italien. Ce n’est pas un ingénieur, mais un juriste devenu dirigeant. Son arrivée dans l’automobile s’est faite avec sa prise de pouvoir chez Fiat, en 2004. Auparavant il avait redressé SGS, qui est le plus gros cabinet de contrôle mondial. (Il l’aurait redressé en deux ans, ce qui est peut-être moins exceptionnel qu’il n’y paraît, quand on sait ce qu’est un cabinet de contrôle…).
  • Première caractéristique : il est très malin. Il a redressé Fiat et est en train d’acquérir un groupe énorme, à coût nul. Mais ce qu’il donne est considérable : un talent de conduite du changement.
  • Car il semble surtout un spécialiste de mon métier : il transforme les organisations pour qu’elles produisent plus et mieux, avec moins de ressources. Il a redressé Fiat, semble-t-il, en éliminant une hiérarchie qui paralysait la société, et en injectant de jeunes talents. L’entreprise a maintenant une couche de management très légère. (Je note au passage que les Italiens semblent naturellement doués pour construire ce type d'organisations légères et efficaces.) En cela, il prend le contrepied de la pensée unique de l’automobile (et de l’industrie) de ces dernières décennies : renforcer les structures de cols blancs, leurs outils et leurs salaires, et effectuer des économies en réduisant les personnels et leurs salaires, par délocalisation et automatisation à outrance.
  • La méthode semble idéale pour Chrysler qui souffrirait des mêmes maux : un management hypertrophié et incompétent. Autre avantage : la nationalité canadienne de Sergio Marchionne : il est important de comprendre la culture d’une organisation que l’on réforme.
  • Quant à la fusion avec les unités de GM, c'est plus compliqué : on prévoit de grosses synergies (1md€/an), le genre de promesses rarement tenues. En outre, c'est une question de production : est-ce la force de Sergio Marchionne ? Mais peut-être s’est-il constitué un réseau « d’hommes clés » techniciens, capables de mettre en œuvre sa stratégie ? En termes de culture, mes amis Italiens disent que l’Italie du Nord, ayant été sous domination autrichienne, a une culture proche de la culture germanique. Effectivement, les Italiens du Nord avec qui j’ai travaillé sont une sorte d’idéal des affaires : rigoureux, pragmatiques et créatifs.

Et les 5 millions de voitures ? Cette stratégie est un triomphe de l’opportunisme : Fiat acquiert beaucoup pour rien (sinon, une fois de plus, un remarquable talent). Mais, les monstres sont rarement intelligents (cf. GM) : sur le long terme ce qui fera la force du groupe ne peut qu’être une meilleure maîtrise de son métier que celle de ses concurrents. Le talent de M.Marchionne lui permettra-t-il de donner ce « moteur » à Fiat ? Sa stratégie ne s'apparente-t-elle pas, opportunisme à part, à une course en avant ? Un aveu d'échec ?

Compléments :

dimanche 3 mai 2009

Grippe porcine : on en fait trop ?

J’entends de plus en plus dire que l’on s’est peut-être emballé un peu vite. D’ailleurs ça a déjà été le cas pour la grippe aviaire.

Et si l’on s'était trompé ? The pandemic threat explique que nous n’aurons par perdu notre temps : nous nous serons entraînés, et les services de santé mondiaux avec nous. Le monde en sera d’autant plus efficace le jour où arrivera la véritable épidémie. (Elles surviennent en moyenne toutes les 3 décennies, et il n’y en a pas eu depuis 1968.)

L’argument est inattendu mais évident a posteriori. Beaucoup de gens ont découvert que l’entraînement était un aspect essentiel de leur vie (sportif, astronaute, pompier, champion d'échec, mathématicien...). Étrangement, c’est quelque chose que les entreprises n'ont pas compris : au lieu de simuler différents scénarios d’avenir, plus ou moins probables, presque toutes affirment qu’il n’y a pas d’autre cap que celui qu’elles suivent. Quand l’avenir les dément, leurs affaires tournent très mal.

Compléments :

Dirigeants compétents

The sensible giants s’étonne que certaines entreprises se soient très peu endettées ces dernières années.

Il s’agit de grandes sociétés « familiales » (Microsoft, Apple) ; de grandes sociétés non familiales, mais avec des dirigeants à poigne, des sociétés moyennes, aussi avec des dirigeants à poigne.

Depuis des années, j’entends des dirigeants se désoler de la « pression du marché », de la nécessité de se plier aux moindres fantasmes des analystes, de l’impossibilité d’y échapper. À tel point que j’ai fini par comprendre qu’un des bénéfices les plus vendeurs des techniques de mes livres est qu’elles donnent en quelques semaines des plans d’action, ce qui calme « le marché » : car il ne veut pas des résultats immédiats et miraculeux, mais savoir que son investissement va dans la bonne direction et est correctement entretenu.

Eh bien, a posteriori, je constate que la pression du marché n’était pas aussi insoutenable qu’on le disait. J’en déduis une double hypothèse : si elle a eu autant de succès auprès de tant de dirigeants c’est

  1. que la gestion à court terme que leur « imposait le marché » avait l’avantage de leur éviter de produire une stratégie qu’ils étaient incapables de concevoir ;
  2. que cette gestion conduisait à vider l’entreprise de ses actifs pour, en partie, les leur redistribuer, ce à quoi il était difficile de résister.

Barak Obama : révision

A hundred days of hyperactivity me fait nuancer mon opinion sur Barak Obama.

Les précédents billets laissaient entendre qu’il était hypocrite. En fait, il est plus vraisemblable qu’il se préoccupe plutôt de quantité que de qualité. Vu d’un peu haut, il en fait énormément, et ce qu’il fait semble raisonnablement satisfaisant. D’ailleurs, l’Américain est pragmatique : si ça ne marche pas, il envisagera autre chose. Le tout est de s’engager.

Et Barak Obama semble être quelqu’un qui ne se prend pas au sérieux, ce qui ne va pas avec l’image d’un hypocrite :

ON APRIL 27th a large passenger jet flew low over Manhattan, closely pursued by a fighter aircraft. Unsurprisingly, New Yorkers panicked. Few were amused to discover later that the plane was Air Force One, and that the White House had ordered it to buzz the Statue of Liberty for a publicity photo.

Catastrophe imminente

Lester R. Brown, qui est présenté comme ce qui se fait de mieux parmi les scientifiques, annonce la fin de la civilisation, amenée par une famine mondiale imminente.

La Somalie montre ce qui peut se passer : un état disparaît, surgit l’anarchie. Beaucoup d’autres sont prêts à basculer ; s’ils le font cela abattra un monde « globalisé » : drogues, épidémies, terrorisme, rupture du commerce mondial, guerres…

Les causes ? De plus en plus difficile de nourrir la planète. Les rendements plafonnent, et parfois régressent (en Chine), et transformer le blé en biocarburant n’est pas judicieux (un plein de 4x4 = de quoi nourrir une personne sur un an). Les nappes phréatiques sont épuisées (notamment en Inde et en Chine), et la terre arable connaît une érosion sans précédent (un tiers des surfaces serait concerné). Et ça chauffe de plus en plus.

Ce scénario revient régulièrement depuis Malthus, et, plus récemment, Forrester. Peut-il se réaliser cette fois-ci ? L’humanité sera-t-elle sauvée par la science, à nouveau ? La thèse de l’article est que, manifestement, elle s’essouffle ; cette fois-ci, il va falloir changer notre comportement, radicalement et brutalement.

Rousseau, discours sur l'inégalité

ROUSSEAU, Jean-Jacques, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes précédé du Discours sur les sciences et les arts, Le Livre de Poche, 1992.

Les confessions de Rousseau m’ont fâché avec lui pour plus de trois décennies, jusqu’à ce que je découvre, en rédigeant un livre, que la France n’était qu’un système de classement des uns par rapport aux autres, par nature un système inégalitaire. Ça contredisait « liberté, égalité, fraternité ». Rousseau ayant justement écrit sur l’inégalité, je me suis demandé si son œuvre ne méritait pas un peu de considération. 

Plusieurs choses m’ont surpris dans ce livre :

L’état de nature

A l’époque, il était une figure obligée de se demander comment l’homme en était arrivé là où il en était. L’émergence de l’idée d’individu s’accompagnait de son mythe fondateur, la création de la société par l'individu. On imaginait que l’homme avait toujours été isolé, et on se demandait pourquoi il avait construit une société. (Il semble plutôt que l’homme a toujours vécu en société et que l’invention de l’individu soit récente.)

Rousseau se tire très intelligemment de l'exercice. Il ne part pas de l’homme seul, mais de la communauté « primitive », et il imagine les étapes qui la transforment en un état « civilisé ». Et son raisonnement semble loin d’être ridicule.

La société rend l’homme laid

Il prend à contrepied le contrat social. La société force l’homme à être laid, et elle installe une inégalité qui n’existe pas dans « l’état de nature ».

En fait, la nature de l’homme ne change pas. Seulement, dans une petite communauté, l’homme n’a besoin que de son instinct pour vivre. Les relations sociales sont naturellement mues par la compassion. Plus exactement, l’homme est important pour l’homme, alors qu’en société c’est la société qui compte, l’individu est secondaire.

La société rend l’homme intelligent (d’ailleurs il redevient stupide pour peu qu’il sen éloigne). Elle lui apporte les arts, les sciences et les lettres. Mais tout ceci ne lui apprend que l’hypocrisie, l’apparence, et la superficialité. Pire, avec la domination du luxe (de l’économie), la science annonce la fin de la civilisation, qui ne sait plus reconnaître les vertus qui étaient nécessaires à son maintien.
Jusqu’alors les Romains s’étaient contentés de pratiquer la vertu ; tout fut perdu quand ils commencèrent à l’étudier.
On a de tout avec de l’argent, hormis des mœurs et des citoyens (…) des esprits dégradés par une multitude de soins futiles (ne) s’élèvent jamais à rien de grand.
Je vois partout des établissements immenses où l’on élève à grands frais la jeunesse pour lui apprendre toutes choses, excepté ses devoirs.
Comment on en est arrivé là

Rousseau imagine la naissance de la société, avec l’invention de la propriété, qui crée riches et pauvres (= ceux qui sont restés comme avant, dans l’état de nature), puis vient la nécessité de collaborer pour obtenir ce que l’individu seul ne pouvait pas acquérir, d’où faibles et puissants. Les lois alors sanctifient le statu quo, donc une abjecte inégalité.
qu’un enfant commande un vieillard, qu’un imbécile conduise un home sage et qu’une poignée de gens regorgent de superfluités, tandis que la multitude affamée manque du nécessaire.
La jalousie naît de la différence, et le pouvoir, qui est là pour faire respecter les lois (contrat social), en profite pour diviser et asservir. Retour à l’égalité, dans l’esclavage.

Espoir ?

Pour éviter une aussi fâcheuse fin, et retrouver un peu de l’état de nature, Rousseau conseille de se méfier de la science, elle corrompt tout sauf les esprits exceptionnels, qui d’ailleurs la réinventent plus qu’ils ne l’apprennent. Que ces hommes conseillent les gouvernants et que chacun des autres redécouvre la vertu au fond de lui-même :
Ô vertu ! (…) tes principes ne sont-ils pas gravés dans tous les cœurs (…) rentrer en soi-même et d’écouter la voix de la conscience (…) tentons de mettre entre eux et nous cette distinction glorieuse (…) que l’un savait bien dire et, l’autre, bien faire.
Un livre rafraîchissant

Suis-je d’accord avec tout ce que dit Rousseau ? En particulier, je ne suis pas très sûr que l’on ait beaucoup à gagner à se replier sur soi, ni que l’on puisse imposer un changement majeur à la société. Mais je trouve ce livre rafraichissant, étonnamment actuel. C’est peut-être plus le discours du bon sens que de la raison.
Ils évaluent les hommes comme des troupeaux de bétail. Selon eux, un homme ne vaut à l’État que la consommation qu’il y fait.