mardi 16 juin 2009

Iran suite

Un article qui paraît bien informé semble dire que le problème que pose l’élection iranienne n’est pas tant le trafic des chiffres que le fait que l’on ait pu croire qu’ils ne seraient pas trafiqués. Car l’Iran n’a absolument rien d’une démocratie.

Je m’interroge. Est-ce que le gouvernement iranien voulait faire de ses élections une campagne de communication, histoire de se montrer démocratique et de désarmer en partie l’animosité occidentale ?

Il n’avait pas prévu que son opinion publique, et ses « opposants » (pourtant des apparatchiks qui savaient à quoi s’en tenir), le prennent au mot ? En tout cas, il semble avoir dispersé les doutes le concernant et affermi la position de ceux qui ne l’aiment pas.

Prix d’un patron

Mon attention erre sur une publicité de l’université de Chicago (What the future holds for markets, dans l’édition de cette semaine de The Economist). Un professeur certainement célèbre y déclare « le PDG typique gagne 8m$, il a 20.000 employés, nous le surveillons tous, en permanence, dans l’attente d’une erreur. C’est vraiment dur, même à ce niveau de paie ».

Drôle d’argument. Imaginez que vous soyez patron, il suffit de faire illusion un mois pour que vous ayez gagné 700.000 dollars. Plus de 15 ans du PIB moyen américain. Dans ces conditions, la tension ne me semble pas si difficile à supporter.

D’ailleurs, n’est-il pas plus difficile de travailler dans une centrale nucléaire, ou à la régulation des trains ou des avions ? Une erreur = des centaines, ou des milliers de morts. Or ceux qui ont ces emplois à responsabilité ultime sont payés des clopinettes. N’y aurait-il pas une erreur quelque part ?

On répondra sans doute que ce n’est pas tel ou tel qui fait la sécurité d’EDF ou de la SNCF mais la structure sociale EDF ou SNCF, des centaines de milliers de personnes guidées par des processus qui ont mis des décennies à se construire. Mais n’est-ce pas aussi le cas pour le P-DG ? Et n’est-ce pas parce qu’on la shooté au fric qu’il en veut toujours plus et que, pour cela, il fait courir des risques invraisemblables à son entreprise, à l’économie, et au monde ?

Complément :

  • Il y a encore quelques décennies, on pensait que le dirigeant devait être un salarié plus ou moins interchangeable d’une technostructure : L’ère de la planification.
  • La recherche scientifique dément l'universitaire (Steven Kaplan) : les dirigeants ont une confiance démesurée en leur chance et en leur talent, autrement dit ils sont insensibles à la critique. LOVALLO, Dan, KAHNEMAN, Daniel, Delusions of Success, Harvard Business Review, Juillet 2003.

Devises

Jeffrey Sachs fait un historique des évolutions du système monétaire mondial :
  • Il y a 100 ans, étalon-or, qui s’effondre aux environs de 14.
  • Redémarrage dans les années 20, mais le manque d’or aurait produit une contraction monétaire, et contribué à la grande dépression.
  • Après la guerre de 40, le dollar est monnaie de réserve. Il est convertible en or (en théorie probablement, puisque sinon on serait ramené au cas précédent).
  • En 71, Nixon supprime la convertibilité, qui devient difficile : il imprime des billets pour les besoins de la guerre du Vietnam.
  • Le lien étroit demeurant entre les monnaies mondiales et le dollar aurait créé la crise actuelle : le laxisme américain aurait fait enfler la masse monétaire américaine, et donc mondiale, d’où crédit facile…
  • L’avenir serait à un « panier » de devises réparti suivant les forces relatives de chaque nation.
Ça ne dissipe pas le mystère qu’est pour moi la monnaie. Elle doit suivre la « création de valeur », une sorte de consensus mondial sur ce que « vaut » ce qui a été produit. Quand il n’y a pas assez d’argent, l’économie est étranglée. Quand il y en a trop, c’est la spéculation. En outre la monnaie semble aussi être utilisée tactiquement, par exemple pour se débarrasser d’une crise. C’est peut-être pour cela que découpler en partie les monnaies mondiales de telle ou telle monnaie particulière est un bon compromis : cela évite que les manœuvres plus ou moins orthodoxes d’un gouvernement ne contaminent les autres.

lundi 15 juin 2009

Que penser de l’Iran ?

Dans un précédent billet, je trouvais l’Iran assez démocratique. Les résultats de la dernière élection connus, est-ce toujours le cas ?

  • Y a-t-il eu manipulation des résultats ? Personne n’en sait rien. Il est possible que l’Occident ait exagéré la force de l’opposition parce qu’il lui était plus facile d’approcher les classes moyennes que le peuple.
  • Ce qui est surprenant est la taille d’une victoire au premier tour, alors que, si mes souvenirs sont bons, la précédente élection de M.Amadinejad avait été une surprise. Or, cette fois ci, l’opposition semblait importante et déterminée.
  • D’ailleurs, cette opposition est visiblement extrêmement mécontente, puisqu’elle est prête à risquer sa vie pour ses idées. Or, une démocratie ce n’est pas qu’un choix à la majorité, c’est aussi la capacité de représenter la diversité d’une population, qui fait sa richesse (l’Iran n’aurait pas grand avenir si elle n’était peuplée que de paysans).

On fait fréquemment l’erreur de penser que parce qu’un parti politique est élu démocratiquement, ce parti est démocratique. Il ne l’est que s’il est capable de se faire battre. Sinon, comme le parti nazi, c'est une dictature.

Si c’est le cas pour l'Iran, et si l’argument du précédent billet est juste (M.Amadinejad a été fait par M.Bush), il y a ici un sérieux avertissement : nous avons intérêt à manipuler avec prudence les démocraties fragiles, sous peine d’en faire des dictatures.

Complément :

Homme politique idéal

Un sondage donne des résultats inattendus : des Français qui croient, massivement, en l’Europe, et qui veulent qu’elle s’étende, y compris à la Turquie.

Alors pourquoi ne votent-ils pas ? Peut-être parce que les politiques ne parlent pas d’Europe. Nouvelle prédiction auto-réalisatrice ? Les politiques n’aiment pas l’Europe, on ne vote donc pas pour eux, ils en déduisent que nous n’aimons pas l’Europe ?

Notre démocratie n'est pas dirigée par les hommes politiques qu'elle mérite. Qui devraient-ils être ? Probablement des leaders selon Kotter :

  1. Le leader est capable de faire un diagnostic objectif des problèmes et désirs de la nation ;
  2. il sait concevoir une solution élégante à la question qu'il a dégagée ;
  3. il sait la mettre en oeuvre de manière impeccable.
Ce n'est pas pour autant que leader = technicien sans saveur : chaque famille politique a son savoir-faire et possède des techniques qu'elle est habile à utiliser, techniques plus ou moins bien adaptées à une situation donnée. Il y a des solutions de gauche et de droite à un même problème.

Nos politiques sont particulièrement insatisfaisants sur les points 1 et 3. Devons-nous nous en débarrasser ? Non, ils peuvent se corriger. Voici comment les aider :

  1. mesurer leurs scores,
  2. leur montrer que leur avenir ne tient qu'à l'amélioration de leurs résultats.
Un système d'indicateurs, voilà ce qui devrait plaire à notre président.

Nouveau modèle européen

Deux idées reviennent toujours quand on parle d'UE : 1) une union de plus en plus étroite ; 2) l’union économique conduira à l’union politique. Judicieusement, The Economist remarque (probablement avec soulagement), que le succès de l’Euro n’a produit ni l’un ni l’autre.

Il semblerait plutôt que

  1. ce dont a besoin l’Euro, c’est de petites institutions légères (comme la BCE, ou un fonds pour sauvetage de banques européennes) ;
  2. tout ce qui se veut « politique » accouche de règles lourdes et contre-productives.

Irait-on vers un modèle d’Europe où chaque nation conserverait sa spécificité, et serait coordonnée par des organisations transversales, à l'image des comités du GM des origines ?

Complément :

dimanche 14 juin 2009

Le pire est au dessous de la réalité

L’humanité est menacée par l’effet de serre, l’acidification à court terme des océans qui en éliminerait la vie, l’épuisement de l’eau, la disparition du phosphore et la fin de l’agriculture. Maintenant on se demande comment elle va se débarrasser de sa dette. Mais, cette dette, terrifiante pour certains, n’est rien par rapport à ce qui s’annonce :

« D’ici 2050, un tiers de la population des pays riches aura plus de 60 ans ». Comment payer retraites et coût d’entretien ?

Cet empilage de signes prémonitoires m’a fait penser à la forêt. Quand l’homme s’en occupe, il lui épargne les petits incendies, et elle est victime de feux qui la détruisent complètement. Je me demande si, en voulant éliminer tous les risques de sa vie, l’homme ne s’est pas exposé à ce que l’espèce humaine soit liquidée d’un coup.

Le banquier pavoise

The Economist n’en croit pas ses yeux. « à l’exception de la défense et de l’espace, il est difficile de penser à une industrie plus dépendante de l’état » que les banques, et pourtant ses dirigeants défient, grossièrement, le gouvernement Obama.

L’histoire du « coup de poignard dans le dos » de l’armée allemande, après la guerre de 14, se rejoue. Les grands banquiers braillent qu’ils n’ont jamais été en crise et que le gouvernement les a forcés à accepter son aide. Et ils tournent en dérision sa stupidité.

Grand classique du changement : on ne fait pas un changement contre la volonté de ceux qui doivent le mettre en œuvre. Pour la banque américaine, deux techniques étaient recommandées :

  1. laisser les banquiers dans la situation dans laquelle ils s'étaient mis, jusqu’à ce qu’ils appellent au secours (anxiété de survie) ;
  2. les éliminer (c’est la méthode Bagehot).

Plus préoccupant, pour le fonctionnement du monde, si les banquiers narguent Obama et son équipe, c'est qu'ils donnent l’image de la faiblesse.

Compléments :

  • Le perspicace Delors avait prévu l'attitude des banquiers.
  • Les banquiers jouent même du sophisme pour montrer leur permanente excellente santé.
  • Il n’y a guère que sur la France et leur population qu’Obama et les siens osent taper.

Prochaine crise

Simon Johnson fait un bilan de l’état de l’économie américaine et de sa gestion :

  • Une reprise s’annoncerait, mais de façade, économie très fragile, chômage installé pour longtemps, déficit peut-être incontrôlé, pas de moteur économique, gouvernement occupé à masquer la réalité. Mais les patrons du secteur financier se tirent de la crise qu’ils ont suscitée aussi bien qu’ils y sont entrés. Tout n'est pas noir.
  • Plus inattendu : une bulle spéculative serait en gonflage. Les taux d'emprunt étant très faibles aux USA, les pays solvables peuvent se financer à bon prix. Ce qui pourrait être une bonne nouvelle pour les USA (et leurs banques) : il pourrait y avoir baisse du dollar, début d’inflation, donc attaque de la dette et compétitivité à l’export. La baisse du dollar allégerait aussi les remboursements des débiteurs. Comme d’habitude quand il y a excès d’argent, il y aura spéculation et crise.

Amusant, depuis la chute du mur de Berlin et la prise en main de l’économie mondiale par les USA, une crise succède à une autre. À chaque fois, ils pensent avoir trouvé la formule gagnante, à chaque fois elle crée une nouvelle crise. Précédents épisodes étrangers : Consensus de Washington.

Paix chinoise

Thème récurrent chez les économistes anglo-saxons : la Chine doit consommer pour relancer l’économie américaine. C’est dans son intérêt bien compris. D’ailleurs son obstination à accumuler est coupable de la crise. Imparable ?

Que devient l’Amérique si la Chine ne l’aide pas ? Selon les économistes, au moins une décennie de sur-place (scénario de la crise japonaise). Faute d’avoir appliqué à son système bancaire le traitement de cheval suédois, il demeurera fragile et ne pourra alimenter l’économie.

Il n’y a là un problème pour la Chine que si elle adopte la logique économique américaine, de la course à l’enrichissement matériel. Et si la Chine refusait cette logique ?

  • Les règles du capitalisme sont culturelles, celles de l’Occident et du monde anglo-saxon. La Chine ne sera qu’un joueur maladroit tant qu’elle n’aura pas imposé son propre jeu, venu de sa culture.
  • Pourquoi acheter des bons du trésor américain, sinon pour augmenter artificiellement le prix du dollar, et rendre artificiellement performantes ses exportations ? Prendre les barbares américains, et accessoirement occidentaux, au piège de leur crise, n'est-ce pas un moyen de les mettre hors d'état de nuire ?
  • La décennie perdue ne lui permettrait-elle pas d’imposer un modèle qui semble poindre, centré sur elle et débarrassé de tout risque (ce qu’elle cherche à faire en achetant ses sources d’approvisionnement) ? Retour au modèle antique d’une Chine qui domine une périphérie anesthésiée qu’elle a corrompue ?

Compléments :

  • La Chine pourrait désirer se venger, parce que l’Occident l’a dépecée, avec beaucoup moins d’élégance que les Mongoles (qu’elle a absorbés), et surtout avec un total mépris pour ce à quoi elle tient le plus : sa culture. GERNET, Jacques, Le monde chinois, Armand Colin, 4ème édition, 1999.
  • La vengeance est d'ailleurs recommandée par les scientifiques : SIGMUND, Karl, FEHR, Ernst, NOWAK, Martin A., The Economics of Fair Play, Scientific American, Janvier 2002.
  • Si nous ne nous sommes pas vengés des fauteurs de crise, c’est probablement parce qu’ils sont au pouvoir, et qu’ils nous ont convaincus qu’ils étaient notre seul recours (Géniale droite).

samedi 13 juin 2009

Cours de protectionnisme

On parle beaucoup de protectionnisme sans savoir de quoi il s’agit. En voici une illustration venant du pays qui en a inventé la théorie. Question : pourquoi l’industrie allemande de l’énergie solaire se développe plus vite que l’industrie américaine ? Commentaire d’un distributeur américain spécialisé dans l’énergie solaire.

La culture et une culture qui va jusqu’au gouvernement. Ils ont reconnu au niveau fédéral que le changement climatique est un problème. Ils reconnaissent qu’il est critique que l’énergie renouvelable remplace l’énergie fossile. Ils reconnaissent aussi que c’est très important pour leur indépendance énergétique. Ils reçoivent une grande partie de leur énergie de Russie, dont ils sont en train d’essayer de se sevrer. Ainsi, pour un grand nombre de raisons, qui s’appliquent aussi bien aux USA, ils comprennent que le renouvelable va aider toute leur économie. Et, quand bien même certaines de leurs grands fournisseurs d’énergie s’y opposent, ces grands fournisseurs d’énergie sont aussi en train d’apprendre à gagner de l’argent avec lui. Et ainsi, ils ont aussi fait changer la culture de ces sociétés.

Et cours de conduite du changement, en prime.

Géniale droite

Ce pourrait être la droite européenne, selon une analyse de Dominique Reynié :

  • L’Europe fait face à un double mouvement. 1) Vieillissement accéléré d’abord. Donc les thèmes des retraites, de la peur de l’autre, du jeune, du pas blanc, de l’étranger, de la nouveauté… vont être notre avenir. 2) Qui dit vieux dit immigration. Et elle attise la schizophrénie du vieux. Pour la droite, c’est un cercle vertueux.
  • Manœuvre admirable, qui a mis hors jeu la gauche : l’importance sacrée du marché est maintenant au plus profond de l’inconscient collectif. Plus possible de la mettre en cause. Du coup, même les crises économiques sont favorables à la droite. Car qui sait gérer le marché, sinon elle ? D'ailleurs elle a récemment découvert des outils d'une grande efficacité : l’état, le déficit public et la nationalisation.
  • En fait, l’atout maître de la droite est son aisance naturelle au double langage, on l’a vu pour les vieux et les immigrés, c’est aussi vrai pour l’Europe, elle sera fédéraliste tout en rassurant ses clientèles d’égoïstes apeurés.

Compléments :

  • L'exemple de The Economist (par exemple : Obama confirme) et des classes dirigeantes anglo-saxonnes confirme ce point de vue. Croyance absolue au marché, pragmatisme extraordinaire qui leur permet de sauver l’essentiel - le marché (cf. Consensus de Washington, et ses derniers développements - par exemple Ultralibéral Obama) et capacité stupéfiante à nous convaincre de ce qui est en leur faveur, à manipuler les esprits (La grande manipulation, et le billet précédent).
  • Refondation du PS.

Princesse de Clèves

Que c’est élégant me dis-je. J’apprends que j’ai entendu Michèle Morgan lire La Princesse de Clèves. Un enchaînement d’idées m’amène à celle-ci :

Ce roman marque le point culminant de la culture française, une culture que l’on admire partout en Europe, une culture qui prépare les Lumières. Mais une culture éminemment haïssable parce qu’elle est inaccessible. Qu’on y songe, elle méprise Shakespeare, l’unique auteur anglais. Ne loue-t-il pas la médiocrité la plus basse et ordinaire ? Toute la culture allemande se construit en réaction à l’universalisme hautain de la nôtre.

Lorsque, dernièrement, l’on a dénoncé les méfaits de la Princesse de Clèves, l’Anglo-saxon a loué Dieu. Il touchait au but, à la fin d’interminables siècles de frustration. Son ennemi héréditaire avait gobé sa propagande, et y avait perdu son âme, honni sa culture. Il en avait fait un zombie.

Tout l’art anglo-saxon est ici : faire que l’homme vende son âme pour de la verroterie bling-bling.

Compléments :

vendredi 12 juin 2009

Ennemis que l’on mérite

J’avais cru comprendre que l’Iran était un totalitarisme sanguinaire. Le film Persépolis montrait que l’on pouvait y parler assez ouvertement, se rendre à l’étranger et en revenir... Bref, pas vraiment l’Union soviétique. Un article parle d’une élection présidentielle - empoignade fort démocratique, où l’on pèse le pour et le contre de l’attitude va-t-en-guerre du gouvernement actuel.

Un journaliste de France Info explique que c’est l’intransigeance de George Bush qui avait fait le précédent gouvernement. L’attitude conciliante de B.Obama pousse l’Iran à une attitude conciliante.

Illustration certaine de la prédiction auto-réalisatrice de R.Merton, et, peut-être, d’une de mes thèses selon laquelle le monde anglo-saxon tend à voir comme ennemi tout ce qui est fermé à son commerce et à son influence.

Équilibre des forces

J’entends parler d’une famille de victimes de l’accident d’avion d’Air France, qui se porte partie civile. Une personne explique qu’elle a fait de même dans les mêmes circonstances. Explication : les intérêts économiques des constructeurs d’avions et des compagnies aériennes sont énormes, l’homme face à eux ne pèse rien ; la justice rétablit l’équilibre.

Confirmation d'une idée qui me trotte dans la tête depuis ma lecture de Rousseau : l’égalité dont parle notre devise nationale est celle entre forces ; un rôle principal de la loi est de permettre cette égalité de forces. Comme le dit Rousseau, il ne s’agit pas seulement d’éviter aux puissants de pouvoir asservir les faibles, mais, surtout ?, aux faibles d’avoir envie de se faire asservir par les puissants (par exemple se prostituer, servir de chair à canon en Irak…).

Il y a là une raison contre le « laisser-faire » : c’est parce que le marché tend à créer des monopoles, des exclus et des déséquilibres de forces qu’il doit être contrôlé.

C'est aussi pourquoi la loi est l’amie de la grande entreprise et du riche. En effet, s’il n’y avait pas ce mécanisme d’équilibre de forces, garantir la liberté indivduelle demanderait de découper l’entreprise en petits morceaux, et de prendre sa propriété au riche.

Compléments :

jeudi 11 juin 2009

Santé

Dans un billet je disais que la réforme du système de santé américain faisait l’unanimité. J’ai compris pourquoi : les dépenses de santé vont éliminer la croissance du PIB national des 30 prochaines années ! Si rien n’est fait le pouvoir d’achat de l’Américain, hors santé, devrait rester quasiment constant.

Il y a aussi quelques effets pervers secondaires : 49m de personnes pas assurées (peut-être 62m dans 10 ans), ça signifie des gens en mauvaise santé, donc pas productifs, et pas de prévention, donc des maladies graves et coûteuses. Par exemple.

Je me demande si, comme pour le phosphore d'un billet précédent, on n’a pas ici un phénomène général. La finance américaine, en quelques décennies, a multiplié par 4 sa part des bénéfices américains. La profession médicale a réussi probablement un bien plus gros hold up. Comme en Russie, ceux que la société avait postés à des positions critiques pour son existence (flux financiers, santé) ont exploité leur situation pour la vider de ses richesses. Ne nous encourrageait-on pas à nous enrichir ?

Améliorer l’efficacité du système de santé américain semble difficile. Sa complexité et son irrationalité font irrésistiblement penser à ceux du modèle économique russe et les systèmes d’assurance maladie européens sont inacceptables pour l’Américain qui ne tolère que ce qui est privé. Comme l’économie russe, la santé américaine trouvera sûrement un équilibre satisfaisant pour la culture locale, mais bien loin de l’optimum économique ou humain.

Compléments :

Crise : destruction destructrice

Simon Johnson propose une explication de la crise américaine (mère de la crise mondiale) : la destruction des règles qui assuraient l’équilibre des pouvoirs entre organismes économiques. Le phénomène se reproduit périodiquement ; si l’on en croit l’histoire, il faudra 10 ans pour reconstruire cette infrastructure de règles. C’est intrigant :

  • L'idée d’une législation qui cherche à maintenir l’équilibre des forces rappelle la théorie de Rousseau selon laquelle il ne peut y avoir de liberté sans égalité, égalité étant justement entendue au sens de Simon Johnson : égalité de forces (et non au sens de l’égalitarisme moderne).
  • Pour moi la crise vient du manque de solidarité du tissu social (la société occidentale est individualiste), qui est périodiquement pris de passions et de peurs (« greed and fear »), incontrôlables de ce fait. M.Johnson aurait une vision un peu plus organisée de la société que la mienne. Pourquoi pas.
  • La théorie de Simon Johnson est corroborée par Galbraith, notamment, qui observe que les classes économiques cherchent en permanence à court-circuiter les règles qui les contrôlent de manière à déconnecter l’économie de la réalité. Les crises, dans ces conditions, correspondraient au succès périodique d’attaques de parasitisme.
  • L’idée de la reconstruction du tissu social prenant une décennie rejoint les observations de John Kotter concernant la rénovation de la culture d’une organisation qui demanderait une quinzaine d’années. Mais cette rénovation a-t-elle commencé ? Une erreur concernant M.Obama est qu’il n’est pas un « leader » du changement désiré par M.Johnson. Certes il a parlé de changement pendant sa campagne, mais ça n’en fait pas Roosevelt. En effet, il a commencé à batailler en 2006, époque de béatitude capitaliste. Son projet était probablement celui de Tony Blair : pousser le marché au maximum de son efficacité (il est entouré de prix Nobel) mais en répartir les profits d’une manière plus socialiste que par le passé (= changement). C’est pour cela qu’il replâtre. Il est donc possible que la réparation n’ait pas commencé, et que les palliatifs utilisés ne fassent que la rendre plus difficile.

KOTTER, John P., Leading change, Harvard Business School Press, 1996.

mercredi 10 juin 2009

Nicolas le vert

Notre président est le Lucky Luke de la politique. Étonnant contraste avec la gauche. Elle est autiste. Lui réagit au quart de tour à ce qu’il perçoit des tendances de l’électorat. On aurait pu croire qu’il s’endormirait sur les lauriers du succès de l'UMP. Pas du tout, avec l’enthousiasme de celui qui est touché par la Grâce, il produit un inattendu projet de société ultra-vert. À croire qu’il a voté Cohn-Bendit aux européennes.

En termes de conduite du changement, beaucoup de ce qu’il fait mérite l’admiration.

  • Il y a une sorte de souffle épique dans ses propos. Quelque chose qui peut transporter les foules. C’est l’art du « stretch goal » à son meilleur. Une combinaison d’avenir enthousiasmant et d’épreuves à traverser.

"Le développement des énergies renouvelables est parfois perçu comme le saccage de nos territoires", a-t-il dit. "On doit adapter nos procédures pour voir comment développer le solaire et l'éolien dans nos paysages. Ne faisons pas semblant de dire que le problème n'existe pas".

(…) "On vous garantit des prix, mais on veut des créations d'emplois", a mis en garde le chef de l'État, alors que l'éolien emploie 90 000 personnes en Allemagne, 45 000 en Espagne et seulement 7 000 en France, selon lui.

  • Il sait aussi fixer les grands axes qui devront guider le changement. Exemple : parité nucléaire / énergies renouvelables. On peut en contester la validité, mais non le génie technique (en termes de conduite du changement).
  • Finalement, il n’a pas son pareil dans le contre-pied inattendu, le talent d’utiliser l’adversité à son avantage. Et c’est comme cela qu’il félicite le service public, dont il semblait l’ennemi mortel, pour la diffusion du film d’Yann Artus-Bertrand, dont on dit qu’il aurait fait la victoire verte.

Malheureusement l’admiration s’arrête ici. Car nous aurons droit à une mise en œuvre à la Française. Aucune préparation, pas de moyens, d’autres idées qui contrarieront celles-ci. Claude Allègre l’illustre déjà : la rumeur le voyait ministre, il serait au fond d’un lac d’Auvergne, du béton aux pieds.

La première chose que doit faire un dirigeant est de s’assurer qu’il possède une organisation qui sait mettre en œuvre ses idées, l’« ordinateur social » de mes livres. Celui-ci doit transformer les orientations du président, son enthousiasme, en des mesures bien conçues et durables.

Méfions-nous des idées reçues

On nous rebat les oreilles de l’absence de participation aux européennes. Qu’en savons-nous ?

  • Si l’on prend, globalement, les états qui composaient l'Europe des 15 de 1999, la participation n’y a pas changé !
  • La baisse de participation collective vient de l’entrée progressive des 12 derniers adhérents, qui ont une culture démocratique différente de la nôtre. En outre, il n’existe de tendance définitive à la baisse dans aucun pays : au mieux y voit-on, comme en France, des fluctuations. Mais aucun mouvement de fond.
  • Comparaison intéressante : l’Amérique. La participation aux élections fédérales y est de 40% : américanosceptiscisme ?

Deux remarques :

  1. Comme le dit souvent ce blog, méfions-nous des idées reçues que l’on nous assène. Nous vivons à l'ère du sophisme, et de la manipulation des mécanismes sociaux.
  2. La question qui vient immédiatement ensuite est : à qui profite le crime ? Aux nationalistes, qui veulent la fin de l’Europe ? Et à ceux qui désirent saper la légitimité de la victoire électorale de ces derniers ?

Refondation du PS

Le PS souffre des dernières élections européennes. Que va-t-il faire ? Si j’en crois la radio, ce matin, il parle de « refondation », d’union de la gauche, et de débat.

Ne serait-ce pas une manifestation du théorème du marteau (quand on a un marteau on voit des clous partout) ? Il se manifeste toujours quand on est au fond de l’angoisse existentielle, en proie à l’anxiété d’apprentissage. Dans ce cas, le PS, parti de technocrates, produit une solution technocratique. Le problème n’est pas posé. Je suggère une solution beaucoup plus simple :

  1. Chercher à comprendre quels sont les problèmes que rencontrent les Français.
  2. Se demander quelle serait une solution socialiste à ces questions, en revenant à la pensée des pères fondateurs.

Cet exercice s’apparente à une résolution d’équation, il ne demande aucune conviction personnelle, il est parfaitement adapté à des énarques.

Et il éviterait aux politiques de se ridiculiser. J’entendais la dirigeante du PC dire, ce matin, que le gouvernement n’avait pas à pavoiser, 70% du pays avait voté contre lui. Dans ce cas, 98% a voté contre le PC, qui doit se trouver bien seul. À la prochaine élection, je lui suggère d’appeler à l’abstention, au moins il pourra ainsi entretenir l’illusion qu’il est aimé.

Si l’on ne réfléchit guère en France, ça ne semble pas être le cas en Angleterre, un député britannique propose une explication étonnante aux déconvenues socialistes : les socialistes passent leur temps à accuser Bruxelles d’être une créature du libéralisme (cf. leur campagne contre M.Barroso), les électeurs les ont écoutés, qui ont voté pour des partis conservateurs, nationalistes.

Chiens et chats

La domestication, exercice de conduite du changement :

  • La plupart des espèces domestiquées avaient une organisation hiérarchique. Il a suffi à l’homme d’adopter la stratégie des révolutionnaires de 89 pour les asservir : remplacer l’animal dominant.
  • Le chat est un cas à part. Il s’est associé à nous. L’agriculture et ses greniers ont favorisé la souris, le chat est venu la chasser. Tout le monde y a trouvé son compte. C’est pour cela que le chat n’a pas perdu son indépendance et est capable de subvenir à ses besoins.

Transposition à l'entreprise :

  1. le modèle hiérarchique taylorien de la production de masse, où l’individu suit une procédure ;
  2. le modèle « entraîneur / champion » qui exploite les forces individuelles (lean manufacturing, ou « start up »).

mardi 9 juin 2009

Manque de phosphore

Le phosphore est un composant essentiel pour l’agriculture, or, il est surexploité. Outre les désastres écologiques que cela provoque (algues qui asphyxient des territoires lacustres ou marins entiers), cela condamne l’agriculture à brève échéance.

On ne peut pas ouvrir un journal sans découvrir une nouvelle cause certaine d’élimination de l’humanité, à court terme. Toutes ont la même cause : l’exploitation inconsciente des ressources naturelles. Comme le montre l’exemple précédent, ce n’est pas tant la soif du lucre qui est la cause des malheurs de nos enfants que la panne complète qui affecte l’intellect de nos élites dirigeantes (et le nôtre, dans une moindre mesure). Incapables de sortir du statu quo, elles ne savent que trafiquer les indicateurs de contrôle pour nous faire croire qu’elles s’acquittent de leurs responsabilités.

Il est urgent de les recabler, de façon à massivement améliorer leur QI collectif.

lundi 8 juin 2009

Kyoto accentue l’effet de serre

Kyoto avait instauré des règles qui permettaient aux pays riches voulant polluer d’acheter des droits pour ce faire en échange de réductions de pollution de pays pauvres.

Cette règle encourage les dits pays pauvres à adopter les techniques les plus polluantes possibles, pour pouvoir ensuite obtenir le maximum de crédits de réduction d'émissions. Elle est aussi favorable aux pays riches, puisqu’en achetant les fameux crédits, ils font preuve de vertu sans effort (ce serait la tactique suivie par les USA).

Autrement dit, telles que les choses sont engagées, il faudra une catastrophe pour que des mesures significatives soient prises contre l’effet de serre.

Cet exemple est une démonstration de l’inefficacité de la technique de conduite du changement la plus uselle : diriger par décret. Les lois sont systématiquement retournées contre leur intention, afin de justifier le statu quo. Le changement ne peut réussir tant que ceux qui doivent le mettre en œuvre sont considérés comme irresponsables.

Economie culturelle

Les économistes sont convaincus que le monde est fait d’individus sans lien social, qui optimisent leur intérêt égoïste. Vérité scientifique ?

Une étude montre que l’attitude d’un homme vis-à-vis de la redistribution des biens dépend de son origine. Les Anglo-saxons sont étrangers à cette idée, mais pas les autres peuples.

Étrangement, même les immigrés, qui pourtant ont dû être attirés par les valeurs de leur pays d’adoption, conserveraient pendant au moins deux générations les opinions de leurs pères.

Complément :

Dépouillement

« Confucius part d’un constat fort simple et à la portée de tous : notre « humanité » n’est pas un donné, elle se construit et se tisse dans les échanges entre les êtres et la recherche d’une harmonie commune. » dit Anne Cheng dans Histoire de la pensée chinoise. Hier soir, je suis allé chercher harmonie et humanité dans l’école élémentaire voisine, où l’on dépouillait les résultats de l’élection européenne.

Il y aurait besoin de beaucoup plus de moments comme celui-là. Nous nous recroquevillons sur nos petits problèmes, notre milieu étroit, nos médiocres idées prémâchées… Compter des bulletins, c’est appartenir à une communauté, c’est revenir aux origines de la France républicaine, et de notre très particulière démocratie laïque. Petite école bien tenue, modestes moyens mais organisation rigoureuse, et quelque chose comme le recueillement d’un petit groupe de personnes qui s’efforce de bien faire un travail modeste mais important pour le fonctionnement de la société. (Est-ce ce recueillement, ce sentiment de responsabilité, qui expliquent le rôle du rite chez Confucius, et dans la pensée chinoise : nos relations aux autres devraient revêtir le caractère, l’importance vitale, de la réalisation d’un rite divin ? Faire des relations humaines un rite, c’est les prendre au sérieux ?)

Quant aux résultats de l’élection, j’étais trop préoccupé d’ouvrir les enveloppes pour y faire attention. Il me semble que, dans les deux-cents votes confiés à mon groupe, Verts et, surtout, UMP étaient bien au dessus des tendances nationales et parisiennes. PS et MoDem m’ont paru bien bas.

Revenu chez moi j’entends un non élu du MoDem dire que le vote écologiste était un « choix de société », que l’électeur avait voté pour des valeurs universelles et non pour des enjeux locaux, bref qu’il avait été européen. Mais, n’est-ce pas l’arbre qui cache la forêt ? Ce qui a marqué l’élection européenne, au niveau de l’Europe, n’est-ce pas, avant tout, la victoire de partis conservateurs ? Or n’est-ce pas le modèle conservateur qui est en faillite ? Pourquoi est-il récompensé ? Regardons ailleurs, les partis travailliste et démocrate sont des partisans fanatiques du business ; si bien que le mécontentement vis-à-vis de leur politique ne peut se porter que sur encore plus « pro business » et anti solidarité (les conservateurs en Angleterre). Je me demande s’il n’en est pas de même partout en Europe. Convaincue par la campagne de propagande la plus réussie de tous les temps, la gauche a cru que le marché était l’alpha et l’oméga. C’était grâce à lui qu’elle ferait le bien collectif. La recette était mauvaise. Elle a perdu son âme et son rôle historique, qui était la gestion des crises du capitalisme ?

Compléments :

  • Sur le rôle du socialisme : SASSOON, Donald, One Hundred Years of Socialism: The West European Left in the Twentieth Century, New Press, 1998.

dimanche 7 juin 2009

De l’utilité économique de la peur

Ce que j’avais remarqué il y a déjà pas mal de temps se confirme : on n’a jamais acheté autant d’armes aux USA.

Les Américains ont peur que les victimes de la crise en veuillent à leurs biens et à leurs personnes, alors ils s’arment. Et, une fois de plus, Barak Obama stimule l’économie : on achète d’autant plus de fusils d’assaut que l’on croit qu’il veut les interdire. (Mais pourquoi n’a-t-il pas annoncé qu’il allait interdire les voitures ?).

Peut-être ai-je sous-estimé les bonnes intentions de nos élites politiques (cf. par exemple L’école du crime (3)) : et si leur incitation à la peur était une tentative d’encourager les ventes d’armes, et l’économie nationale par la même occasion ?

Compléments :

No drama Obama

J’entends de loin parler de la visite de B.Obama en France, et je suis frappé par l’idée suivante : il y a quelque chose dans son attitude qui dit que le critiquer ne se fait pas. C’est pour cela qu’il est peut-être un des rares (le premier ?) homme politique à laisser secs les humoristes.

C’est mystérieux. D’une certaine façon il est inaccessible. Sa familiarité, sa séduction… sont calculées, mais non ressenties. C’est un homme de raison pas d’émotion.

Si durant la campagne on l’a appelé « no drama Obama », est-ce, seulement, parce qu’il est un homme de préparation parfaite, qui ne panique pas, ou, aussi, parce qu’il ne peut pas être susceptible à la panique ?

Si c’est le cas c’est une force et une faiblesse. Une force parce qu’il est insensible au stress, qu’il mesure son effort, donc ne s’épuise pas. Une faiblesse parce que, dans les situations les plus difficiles, réussir demande « l’énergie du désespoir » ou quelque chose qui y ressemble.

Compléments :

Russie à toute épreuve

La Russie. Son autocratie, sa corruption, la faible productivité de ses entreprises, son inflation chronique, sa dépendance quasi exclusive vis-à-vis du pétrole... Cela ne correspond pas aux critères d’efficacité du capitalisme occidental. Mais le pays fonctionne.

Depuis les années 90, la crise est devenue la norme, et la population et ses gouvernants ont appris à s’y adapter.

Leçon pour apprenti leader du changement : les organisations (sociétés ou entreprises) sont bien trop complexes pour que l’on puisse leur dicter un comportement idéal ; au contraire, si l’on veut les aider il faut s’adapter à leur « nature ». Et la nature de la Russie n’est pas la même que celle des USA.

Compléments :

Un monde dominé par les femmes

En Angleterre, les filles réussissent nettement mieux à l’université que les garçons.

Cela viendrait d’un effondrement global de la performance scolaire de la jeunesse, qui serait beaucoup plus marqué chez les garçons.

Un test de science passé par des enfants de 11 et 12 ans au milieu des années 70 a été réussi par 54% de garçons et 27% de filles. Quand le même test a été repassé en 2003, les scores pour les garçons et filles étaient tombés à 17% (…) M. Bekhradnia dit que ceci pourrait refléter une évolution dans la façon dont les garçons apprennent maintenant par le jeu – ils passent de plus en plus de temps à des jeux électroniques et à regarder la télévision, et de moins en moins à des jeux physiques.

Notre élite a eu très peur que nous ne soyons victimes d’une fracture technologique. La réparation de cette fracture semble susceptible de créer un peuple d’aveugles, où quelques filles seraient borgnes.

samedi 6 juin 2009

Un an

Un travail archéologique me fait croire que ce blog est né le samedi 7 juin 2008. Je n’ai pas une idée totalement précise de la raison pour laquelle je l’ai créé. En partie c’était pour aider les commerciaux d’une société de formation qui voulait commercialiser des cours de conduite du changement.

Si certains messages sont antérieurs au 7 juin, c’est parce que ce blog a initialement suivi une logique qui n’était pas totalement celle d’un blog : je l’avais conçu comme un support de vente d’accès facile. J’ai produit une cinquantaine de messages en un week-end, en reprenant d’anciens textes ou en en écrivant de nouveaux. J’ai aussi créé un second blog qui avait pour objet de recenser des ouvrages importants pour les sciences du changement. Lui aussi a atteint une cinquantaine de billets en un week-end. Mais la formule n’était pas satisfaisante. D’une part, j’ai intégré les critiques de livres au blog principal, et, d’autre part, j’ai commencé à faire de véritables analyses, qui puissent être utiles à ma réflexion. J’ai d’ailleurs fini par comprendre que pour tirer quelque chose d’un livre il fallait, quasiment, le lire deux fois. Pas étonnant que les auteurs soient frustrés par le peu que l’on comprend de leur travail, et que les écrivains de best sellers techniques américains aient développé leur merveilleuse technique d’écriture qui dit si simplement si peu.

Ce blog illustre ma façon de construire des partenariats. Je ne mesure pas mon effort, et donne sans compter, et sans rien demander. Cela a l’effet de révéler les faiblesses du partenaire en un temps record. Le 9 juin, les dysfonctionnements de l’équipe commerciale étaient patents. Suite à quoi mon blog commençait une existence sans but lucratif, à la recherche d’une raison d’être et d’une cohérence qu’il n’a pas encore trouvées.

Où en était-on il y a un an ? Barak Obama n’était encore qu’une curiosité, qui avait mis KO Mme Clinton, parce qu’il avait séduit quelques venture capitalists (Clinton, Obama, changement), et la crise que l’on voyait poindre depuis le début de 2007, au moins, ne semblait pas bien sérieuse (Jacques Mistral: comment éviter subprime 2). Il n’était pas prévu, alors, qu’elle serait le thème principal de mes billets.

Pour quelqu’un qui s’intéresse au changement, la crise est une chance, c’est l’exemple même de la phase critique du changement, celle du dégel (Kurt Lewin), où la société pioche de plus en plus profond dans son inconscient pour y chercher ce qui est la cause de ses malheurs. Rien ne va plus.

Parlement européen

The Economist confirme, et complète, ce que dit Vote Européen :

  • Le parlement est en train de prendre beaucoup de pouvoirs.
  • Les comités y sont forts, ils seraient dominés par des lobbies.
  • Les parlementaires ne « représentent qu’eux-mêmes », ils suivent ce qu’ils croient bon, et non ce que désire leur parti d’origine (les travaillistes seraient allés jusqu’à voter contre la possibilité pour la Grande Bretagne de s’exempter d’une directive limitant le nombre d’heures travaillées). Ce que renforce le mécanisme du consensus, qui fait, d'ailleurs, que les débats européens n’auront jamais le « drame » (et l’attrait) des féroces débats anglais.

Voilà pourquoi le parlement européen enchante les fédéralistes, mais n'intéresse pas les électeurs. The Economist recommande que les députés européens soient désormais étroitement dépendants des intérêts et parlements nationaux, comme au Danemark.

Pour qui voter ?

Le questionnaire de www.euprofiler.eu peut aider celui qui ne sait pas pour qui voter, demain, à se faire une opinion. Et à analyser son choix lorsqu'il l'a fait. Quelques observations :

  • L’attitude de l’interviewé par rapport à l’Europe se définirait principalement selon deux axes : position vis-à-vis de l’intégration européenne et gauche / droite (des analyses plus détaillées sont aussi possibles, mais par rapport à un parti donné).
  • Ce type de questionnaire, qui cherche à comprendre ce que l’on croit, est probablement plus efficace que celui qui demande son avis par rapport à des intentions - programmes politiques (que je n’arrive d'ailleurs pas à distinguer) : dans un cas on compare ce que l’on est, dans l’autre ce que l’on croit être.
  • Je suis (assez) proche de partis dont je pensais être (plus) éloigné, et (plutôt) éloigné de partis dont je pensais être (plus) proche. Cela signifierait-il que je ne connais pas bien leurs idées ? Ai-je bien fait mon travail d’électeur ? Les partis font-ils bien le leur ? (Ou nous trompent-ils ?)
  • Le positionnement des grands partis diffère considérablement d’un pays à un autre. Par exemple travaillistes et conservateurs anglais semblent beaucoup plus au centre que l’UMP, mais beaucoup moins favorables à l’intégration européenne que tous les grands partis français, les conservateurs étant aussi attachés aux valeurs nationales que, par exemple, Chasse pêche nature, chez nous.

vendredi 5 juin 2009

État de l’Europe

Un sondage de Libération dresse indirectement un bilan de la construction européenne. 2 résultats :

  1. Le plus en plus grand désir d’isolement de l’Allemagne (un des rares pays européens à ne pas vouloir d'armée européenne).
  2. Le sentiment d’une part considérable de la population que l’UE a amplifié la crise, et, même, est son origine. Seul salut : la nation.

Très inquiétant. Explication ? Politique hyper libérale de ces dernières années ? Gouvernants accusant Bruxelles de leur incompétence ?...

Ceci pourrait surtout montrer qu’une partie de la population souffre beaucoup plus que ne le pensent les classes dirigeantes. Elle attribue probablement ses maux, à ce qui est le plus visible.

L'Union, fauteur de crise?, Fédéralisme: le divorce franco-allemand.

Vote Européen

J’ai fait une
liste de stratégies de vote aux européennes, toutes sans rapport avec les programmes politiques. Du nouveau me fait préciser le tir : 1) les stratégies d’opposition à l’UMP ne marchent pas (PS, MoDem) ; 2) selon un sondeur parlant à la radio, le votant aurait un petit faible pour les partis qui s’intéressent à l’Europe ; 3) mais notre vote n’a peut-être aucune importance : qui que nous élisions, il se comportera comme n’importe qui d’autre

Les votes du parlement sont imprévisibles, parce que les parlementaires ont une grande liberté de choix, étant peu attachés à une logique de parti ou de bloc, et ne suscitant pas l’intérêt du journaliste. « Une sorte de laboratoire d’un espace public européen à venir. » Le parlement européen a des caractéristiques et un comportement infiniment plus démocratiques que ceux des parlements nationaux :

  • Du fait de la dilution relative des représentations nationales, il obéirait de moins en moins aux « logiques nationales » (sauf en ce qui concerne l’Angleterre et l’Allemagne).
  • Il est contraint au compromis (donc à prendre en compte un grand nombre d’opinions) à cause 1) d’une absence de groupe dominant, et 2) d’une définition intransigeante de la majorité.
  • Peut-être y aurait-il, au moins parfois (l’article parle d’un second amendement anti-Hadopi), « un refus de céder aux États » ?

Manifestation d’une valeur fondatrice de l’Europe : dépasser le concept d’état ? Le comportement des députés en ferait-il les premiers Européens ?

Intérêts négatifs

The wonderful world of negative nominal interest rates ou il n’est pas difficile de fixer des taux d’intérêts négatifs :

Le seul point un peu compliqué est de placer un intérêt négatif sur la monnaie (une taxe). Ce qui peut être fait de multiples façons, par exemple en supprimant l’usage de la monnaie ou en utilisant une monnaie pour usage interne, qui se déprécie par rapport à la monnaie externe.

jeudi 4 juin 2009

Retournement et transition

Serge Delwasse critique et complète ma classification management par intérim / chasse de tête / conseil :

Le manager de retournement (qu’il appelle « manager de combat ») se distingue du manager de transition, parce que le manager de transition apporte essentiellement ses compétences pendant une durée donnée (comme un pianiste apporterait ses compétences à un orchestre). Le manager de retournement, lui, aurait pour but de transformer l'entreprise.

Triste campagne

Que disent les programmes des partis politiques ? On entend parler de la grippe porcine, malade par malade, de la crise, licenciement par licenciement... mais absolument rien sur les élections européennes. Réflexions :

  1. Pas facile de construire ses idées quand elles ne sont pas alimentées par celles des autres.
  2. Je viens de recevoir bulletins de vote et argumentaires d’accompagnement. Pas facile de voir ce qui différencie les partis politiques. Du moins les grands. Les messages me semblent proches. Jusqu’aux socialistes et aux écologistes qui vont créer, pour les mêmes raisons, 10 millions d’emplois.
  3. Pourquoi ne nous parlent-ils pas de leur capacité à la conduite du changement : quelles sont les chances qu’ils mettent en œuvre leurs promesses si je vote pour eux ?
  4. Les socialistes suivent une stratégie européenne. Sans doute une bonne idée : les élections seraient bien plus passionnantes si des partis européens s’affrontaient à coups de grands modèles de société, bien au dessus des préoccupations nationales. Mais où est l’envolée lyrique originale dans le discours socialiste ? Très timide. Hier, j’ai entendu M.Jospin dire que l’avenir ne se jouerait qu’entre grands partis européens, et qu’il n’y en avait que deux : les alliés de l’UMP et les alliés du PS. Il fallait choisir l’un ou l’autre. N’est-ce pas légèrement incorrect : les autres groupes peuvent voter avec ces partis, et les partis nationaux au sein de ces groupes ne sont pas tenus à la solidarité ? (A Strasbourg, le Modem coupable de "libéralisme"?)
  5. Les électeurs, alors, vont-ils voter en fonction de raisons autres que les programmes ? Sanction du parti au pouvoir ? Sanction de l’opposition ? Sanction des deux ? Abstention - réprobation vis-à-vis de partis qui n'ont pas fait leur travail européen sérieusement ? Encouragement des partis qui croient en l’Europe ?...

Compléments :

mercredi 3 juin 2009

Les formes de l’agressivité féminine

Les modes d’agression des hommes et des femmes sont différents (Why Girls Are So Cruel to Each Other) :

  • L’homme frappe.
  • La femme emploie des stratégies sociales. Elle cherche à faire exclure l’adversaire du groupe social, par la calomnie. Raison ? « En termes d’évolution, historiquement et dans toutes les cultures (…) les filles entre 15 et 19 ans seraient dans la phase de recherche la plus active de partenaires. Ainsi, tout ce qui peut saboter l’image d’une autre femelle comme partenaire de reproduction désirable (…) tend a être la matière du commérage viril ».

Réflexions :

  • Cela peut aussi vouloir dire que la femme a un rôle social plus important que l’homme, et que sa capacité à isoler ses adversaires peut prouver ce talent, qui serait utile à l’homme.
  • Un article que je cite ailleurs, dit quelque chose qui va dans ce sens, et montre, en conséquence, que la femme est plus affectée que l’homme par tout ce qui touche au lien social.
  • Cette capacité à manœuvrer les forces sociales, le fondement de la conduite du changement, ferait-elle de la femme un animateur du changement né ?

Ultralibéral Obama

Vraiment, Obama n’est pas où on l’attend. Alors que l’on aurait pensé qu’il allait défendre le travailleur américain et ses syndicats, une fois de plus il semble utiliser la bonne opinion que l’on a de lui pour faire ce qui était impossible à l’administration Bush (Bankrupt Thinking).

  • GM aurait été restructuré par un groupe d’experts ne connaissant pas le secteur. Une fois de plus le congrès n’a pas été consulté.
  • La mise en faillite était évitable. Or, en termes d’image de marque, elle va faire très mal à GM.
  • Alors que le coût de la main d’œuvre est de peu d’importance (10%) du total, non seulement les syndicats ont accepté des réductions de salaires impensables pour le régime précédent, mais les délocalisations en Chine sont accélérées. Et le réseau de distributeurs va lui aussi être réduit, alors qu’il a peu d’importance pour la rentabilité de la société (100.000 licenciements). Il semblerait enfin que GM ne puisse plus être poursuivie pour ses défauts de qualité antérieurs à la faillite.
  • Ces mesures hyper déflationnistes (alors que la déflation est le cauchemar du gouvernement !) et massivement destructrices du tissu social coûtent une fortune au contribuable américain.

C’est difficilement compréhensible. L'administration Obama serait-elle en train de faire financer par la nation américaine la politique qui a suscité la crise ? Peut-être pense-t-elle qu'à quelques défauts près, elle n'était pas mauvaise ?

mardi 2 juin 2009

Le gouvernement améliore son art du changement ?

Le gouvernement a demandé à Richard Descoings ce qu’il pensait de la réforme des lycées. Pour une fois on a un homme qui ne veut pas tout casser, qui cherche à améliorer l’existant et qui comprend qu’une partie de ses difficultés vient de sous-investissement, et d’une incompréhension de son mode de fonctionnement. Exemples :

je ne crois pas qu'on puisse mener à bien une réforme sans d'abord construire un consensus, sans l'implication des partenaires sociaux. C'est un travail de longue haleine. Si on ne prend pas la peine d'analyser pourquoi depuis quarante ans toutes les réformes du lycée échouent ou restent superficielles, on n'avance pas et on en reste à une opposition stérile, slogan contre slogan.

Il faut arrêter de rêver au grand soir de l'éducation, et commencer par améliorer ce qui peut l'être. Pour prendre un seul exemple, les crédits de formation continue des enseignants sont en constante baisse depuis des années. Aucune entreprise, aucune structure ne peut se passer de formation continue.

Compléments :

Chine et USA

Il semble y avoir désaccord entre économistes et gouvernants américains, les premiers voudraient que la Chine rapatrie ses capitaux et augmente le prix de sa monnaie, les seconds désirent que la Chine achète leur dette, ou, peut-être, ne pas la mécontenter.

L’idée des économistes est que, quelles que soient les fautes américaines, maintenir artificiellement basse sa monnaie joue contre la logique du marché mondial et n’est pas durable. En outre, si la Chine arrêtait d’acheter des bons du trésor américain, le dollar américain baisserait, ce qui serait bon pour les exportations du pays, et son inflation, qui allègerait ses dettes.

À son arrivée au ministère des finances, Tim Geithner semblait d’accord avec ce point de vue. Maintenant qu’il est en visite en Chine, il aurait changé d’avis. Signe de faiblesse ?

Si c’est le cas, très grave erreur, si j’en crois l’exemple de la France. Et nouvelle preuve du manque de courage du gouvernement américain ?

Compléments :

Science de la manipulation

Ce blog explique à longueur de billets que les sciences du management et l’économie sont des sciences de la manipulation, une forme de totalitarisme par lequel le petit nombre exploite le grand nombre. Mais pourquoi devrait-il en être autrement ?

À y bien réfléchir, il n’y a rien d’étonnant là dedans : ces sciences sont enseignées à ceux qui doivent diriger les autres, et non à ces derniers. Pourquoi devraient-elles tenir compte de leur intérêt ?

En fait, elles sont paresseuses. Comme le montre les crises, les désastres écologiques qui menacent l’espèce entière, et les réserves de plus en plus grande de The Economist vis-à-vis de la liberté du marché, les gains que le parasite tire de la société ne sont que de courte durée, il s’expose à des déconvenues. Il serait bien plus efficace pour lui s’il contribuait à l’édifice social. Pour cela il lui faudrait modifier une seule hypothèse de sa science : considérer la société comme intelligente.

Compléments :

lundi 1 juin 2009

Le marché contre l’homme

Je m’interrogeais sur l’inefficacité de la médecine américaine, je crois avoir trouvé un début d’explication. Un médecin publie les résultats d’une enquête qu’il vient de faire, les conclusions en sont étonnamment simples :

  • Tout le monde n’est pas logé à la même enseigne, il y a des endroits où l’on dépense beaucoup (les coûts médicaux dépassent même le revenu moyen !), et d’autres moins (de 3 à 1).
  • On tend à mieux se porter dans les derniers que dans les premiers. Pour une raison évidente : la médecine est dangereuse, il faut y avoir recours uniquement quand on est vraiment mal. En outre, les zones à médecine coûteuse tendent à éviter les mesures préventives bon marché. Paradoxe, et espoir pour tous les systèmes de santé mondiaux : ce qui est bon pour nous ne coûte pas cher !
  • La recette d’une saine médecine est une responsabilité collective de la santé du patient : la médecine est un travail d’équipe. Ce qui désagrège cette conscience collective est l’appât du gain, combiné à une rémunération individualisée, au résultat, qui ne peut qu’être quantitatif. Alors les médecins deviennent des entrepreneurs qui maximisent leur profit.
  • Il est possible d'identifier le moment de bascule d'un modèle vers l'autre. En ce qui concerne la dissolution de l'éthique médicale : un organisme leader d'opinion rompt avec les pratiques anciennes et définit les nouvelles normes de la profession. En sens inverse, il faut que toute la profession se réunisse pour décider de ce que demande la santé de la population, et comment s'imposer collectivement des règles qui la garantissent. Ces règles ne semblent pas uniques.
  • Reste un problème compliqué : si les USA veulent à la fois améliorer le niveau de qualité de leur médecine et en abaisser le prix, ils doivent réinstaller un sentiment de responsabilité collective dans l’esprit de leurs médecins.

Quant à la France, elle ferait bien de tirer profit de l’exemple américain, qu'elle tend à singer avec une application confondante.

Compléments

  • Ce que dit l'article sur les pratiques des médecins efficaces évoque les techniques de gestion d’un « bien commun » (ici la santé de la population).

Gran Torino

Je suis allé voir, avec retard, le dernier film de Cleant Eastwood. Je ne l’aime pas. D’une manière générale il y a quelque chose qui ne va pas entre Clint Eastwood et moi.

Difficile de dire quoi. Il est désagréable, « râpeux », mal fini…

Quant au film, en dehors d’une critique extatique, j’en savais peu. J’espérais ne pas avoir droit à un nouveau drame. Et bien si. Est-ce que l’Amérique est vraiment comme cela ? Un assemblage de communautés qui ne peuvent même pas se comprendre sinon à coups de flingue ?

Et les personnages se lancent à la tête leur nationalité d’origine comme des insultes. Est-ce, comme le dit Eastwood, une façon virile de montrer leur affection ? Ou masque-t-il sous cet artifice le refus de l’autre qui fonde la société américaine, que l’Américain d’en bas est un raciste à l’esprit étroit ?

Quant à Clint Eastwood, je ne le trouve pas crédible en Américain d’en bas, bourru, au grand cœur, qui, au fond, comprend tout, même les noirs. Je soupçonne que le vrai Américain est à la fois beaucoup moins ouvert et beaucoup plus capable de sentiments profonds.

Obama confirme

Dans de précédentes notes, je disais qu’Obama semblait 1) trahir son camp en donnant l’impression de jouer son jeu 2) n’avoir pas su utiliser la crise pour réformer l’Amérique. Cette opinion se confirme :

  1. M.Obama vient de nommer un juge à la cours suprême. Choix apparemment hérétique. Une femme et latino. Cependant, de près, elle ressemble beaucoup à M.Obama : sous son aspect exotique, elle appartient à la haute bourgeoisie, dont elle partage les valeurs. Maintenant, voici ce que dit The Economist de l’action de M.Obama : « Globalement, Wall Street voit un manque de lien bienvenu entre la rhétorique de l’administration Obama et ses actions. Le Ministère des finances apprend progressivement à réussir la quadrature du cercle qui consiste à montrer qu’il comprend la colère populaire d’un côté, et à maintenir un système financier dynamique de l’autre ».
  2. Pour autant, The Economist est inquiet : les tentatives de régulation de l’administration Obama s’enlisent. « Le retard peut être mis à profit par l’industrie financière (…) Mais si des mesures qui pourraient améliorer la stabilité du système sont victimes de la politique, tout le monde pourrait en pâtir. »

Tellement inquiet qu’il s’en prend à l’inefficacité de la démocratie : « Le congrès a beaucoup plus de chances que l’exécutif de laisser les intérêts particuliers et la démagogie décider du résultat ». Autrement dit c’est à l’exécutif de faire les lois. Voilà maintenant que les Anglais louent le dirigisme à la Française ! La crise est bien plus sérieuse que nous ne le pensions.

Compléments :

  • Quelques notes précédentes : L’étrange tactique de M.Obama, Transparent Obama ?
  • J'observe au passage que, décidément, The Economist devient le chantre de l’intervention de l’état : « Le système financier demande une supervision étroite, sinon des crises vont le déstabiliser (…) Seul le gouvernement peut faire respecter les lois de la concurrence, insister pour que les entreprises et les consommateurs limitent leurs émissions de dioxyde de carbone, ou intervenir pour rendre les soins accessibles à ceux qui sont trop malades ou trop pauvres pour pouvoir se les payer. »

dimanche 31 mai 2009

Parler d’une seule voix

Remarque paradoxale d'un article traitant du désir des gouvernants de « parler d’une seule voix » lors d’une crise :

  • Le gouvernement rêve d’émettre un message cohérent et unique. Pourquoi ? Pour ne pas créer de panique dans la population.
  • Mais la société (= nous) ne panique pas. Face à l’incertitude, elle tend plutôt à s’entraider. Elle interprète un discours unique comme une manipulation. En outre, chaque segment de la population ayant un point de vue particulier a besoin d’un message adapté. Finalement, c’est d’une diversité d’opinions que l’on construit ses idées. En bref, ce dont a besoin la population, c’est d’informations, mêmes contradictoires, pas d’être rassurée. C’est que l’on parle à son intellect, pas à ses émotions. Elle sait se faire une opinion et en déduire un comportement approprié.

Les gouvernements tendent à croire que leur peuple est fait d’individus disjoints les uns des autres, et dénués d’intelligence, dont le comportement obéit aux ordres, comme une machine. Alors que la société est solidaire par définition, et son comportement s’adapte au mieux aux informations qu’elle reçoit.

Curieusement, cette dernière description est celle que les économistes font des marchés financiers. Or, eux, sont constitués d’individus isolés, qui spéculent en période faste et se débandent en période de crise (aléa moral). Comment se fait-il que notre élite prenne la société pour une machine, et le marché pour un être parfait ?

  1. « Une incitation à parler d’une seule voix peut aussi être une stratégie pour contrôler le comportement des autres ». Les gouvernants n’ont peut-être pas peur d’une panique. Ils craignent, plus probablement, que les populations ne fassent pas ce qu’ils veulent. Si nous recevons une information cohérente, se disent-ils, notre comportement sera celui qu’ils désirent.
  2. Quand au marché, c’est lui qui fait leur fortune. Par conséquent, ils sont logiquement persuadés qu’il est parfait et que tout contrôle est nuisible.

Compléments :

  • L’article : CLARKE, Lee, CHEES, Caron, HOLMES, Rachel, O’Neill, Karen M., Speaking with One Voice : Communication Lessons from the US Anthrax Attacks, Journal of contingencies and crisis management, septembre 2006.
  • March et Simon ont fait la même observation : la littérature du management nous prend pour des machines. MARCH, James G., SIMON, Herbert A.,Organizations, Blackwell Publishers, 2ème edition, 1993.
  • Et maintenant, ce qu’il faut faire : Qu’attend l’organisation du dirigeant, en temps de crise ? et, surtout, Communication de crise.

Management de transition

Discussion avec Ollivier Lemal un des dirigeants d’EIM (plus gros cabinet de management de transition en France). Définition de ce qu’est un manager de transition, par opposition :

  • Le chasseur de tête recrute des gens faits pour la culture de l’entreprise. S’il y a besoin de management de transition, c’est parce que cette culture a besoin de changement. Le manager de transition est homme de rupture. Il est avant tout un rationnel « surqualifié » qui résout (vite) des problèmes techniques, pas un homme d’appareil. C’est pour cela qu’il n’est souvent que de transition (6 à 18 mois) : une fois qu’il a réparé la culture, il ne cherchera pas à s’y adapter. Il sera remplacé par une personne qui s’y sentira bien, à qui il aura transmis les nouvelles compétences qu’il a apportées à l’entreprise.
  • Le manager de transition intervient, généralement, après le consultant. Le consultant analyse et fait des recommandations. Le manager de transition choisit parmi celles-ci les 20% qui vont donner 80% des résultats désirés, et qu’il sait mettre en œuvre.
Remarque : je me demande s'il n'y a pas là, une solution au problème délicat de la transition fondateur-héritier dans l'entreprise familiale. L'entreprise, qui avait été construite à l'image, et autour, du fondateur, a alors besoin de trouver un nouveau souffle. Le manager de transition peut réaliser cette transformation, et préparer le successeur à prendre ses responsabilités.

samedi 30 mai 2009

Opel

Magna acquiert Opel. Quel est l’intérêt pour un équipementier de devenir concurrent de ses clients ?

Magna fabrique déjà des voitures de petites séries pour des constructeurs. Ainsi, il pourrait étendre sa capacité de production : les chaînes d’Opel produiront des Opel et d’autres voitures. (The fight for Opel.)

Curieux, les constructeurs ont cru intelligent de se débarrasser de leur savoir faire de conception d’équipement, les équipementiers eux procèdent à une intégration verticale, par le bas. Faut-il voir là une validation d’une de mes théories qui voulait que les sous-traitants riches sortent de la crise en dominateurs de l’industrie automobile ?

Grippe de cochon

La grippe porcine a disparu des écrans. Quelques observations surprenantes :

  1. S’il y a eu panique, elle semble avoir été circonscrite aux élites.
  2. Bizarrement, les décisions qu’ont prises ces élites, dans leur inquiétude, a servi leurs intérêts.

Storytelling

Storytelling ? C’est raconter une histoire pour faire passer, indirectement, un message qui ne passerait pas directement, par l’appel à la raison.

Un article consacré à un livre de Christian Salmon (Storytelling, la machine à fabriquer des histoires et à formater des esprits, La Découverte, 2007) dit deux choses.

  1. Utilisé à l’anglo-saxonne le Storytelling est un efficace moyen de manipulation.
  2. Utilisé à la française, il est le « supplément d’âme » dont a besoin la communication technocratique (coincée, par définition).

Réflexions :

  • Toute technique ne vaut que par ce que l’on en fait, et les Anglo-saxons utilisent systématiquement la science pour manipuler la société. On l’a vu avec les techniques d’influence de Robert Cialdini, en particulier. Problème aussi vieux que le monde. L’art du débat est le ressort de la démocratie athénienne. Les sophistes comprennent que le manipuler est posséder le pouvoir. Problème éternel. C’est celui du parasite qui utilise les mécanismes de la société pour l’exploiter à son profit.
  • Au cœur du Storytelling honnête, je pense qu’il y a ce que l’ethnologue Clifford Geertz nomme « description dense », c’est ce qu’essaient de réussir les exemples de mes livres. Lorsque l’on décrit suffisamment en détail une situation, quelque chose de sa réalité arrive à passer au lecteur. C’est contre-intuitif, parce que la réalité semble intransmissible d’une personne à l’autre. Après tout c’est une nuée d’atomes, de quarks et autres strings. Mais tout ceci est organisé par des lois, et la description dense les fait entrapercevoir. Peut-être.
  • Un discours est particulièrement important pour l’entreprise, c’est celui de ceux qui l’ont fondée. Il définit le mieux ce qu’est l’entreprise, son identité. C’est vers lui qu’il faut se tourner lorsque l’on veut la réinventer. C’est ce que j’ai souvent observé, et c’est aussi ce que dit Edgar Schein.

Compléments:

  • BORDEAU, Jeanne, La véritable histoire du storytelling, L’Expansion Management Review, juin 2008.
  • GEERTZ, Clifford, The Interpretation of Cultures, Basic Books, 2000.
  • SCHEIN, Edgar H., The Corporate Culture Survival Guide, Jossey-Bass, 1999.
  • CIALDINI, Robert B., Influence: Science and Practice, Allyn and Bacon, 4ème édition, 2000.

vendredi 29 mai 2009

Changement et Russie

En lisant Max Weber, je me suis demandé pourquoi il semblait voir la Russie comme un mal menaçant d’anéantir la civilisation. Haine éternelle de l'Allemand pour le Slave ? J’ai cherché à me renseigner et j’ai acheté Histoire de la Russie et de son empire, de Michel Heller, Flammarion 1999. 1000 pages sur les dix siècles qui ont précédé le communisme (qui a droit à un bref chapitre de conclusion).

Je n’ai pas eu la réponse à ma question. Possiblement il ne s’agissait de rien d’ancré dans la conscience allemande, plutôt d’une lubie de création récente. En tout cas, ce livre est remarquable, et remarquablement facile à lire.
Au fond ce que je cherchais était, comme d’habitude, d’identifier les « invariants » du comportement russe. Là aussi, je ne suis pas sûr d’avoir atteint mon but. Voici ce que je retiens :

Impérialisme défensif
Ce qui semble pousser la Russie depuis ses origines, c’est un « impérialisme défensif » : à chaque fois qu’elle conquiert un nouveau pays, elle se sent menacée par ses nouveaux voisins, qu’elle se sent obligée de conquérir.
Son histoire, partie communiste inclus, paraît celle de cette expansion. Au début, au neuvième siècle, c’est l’instabilité. Les Varègues (les Vikings de l’est de l’Europe) puis les Mongols apportent un début d’organisation et de civilisation. Progressivement un pouvoir central apparaît, l’autocratie, marque de fabrique de la Russie quasiment jusqu’à nos jours. Le régime se transforme par étapes. Initialement, du haut en bas, la Russie est construite sur le modèle du servage. La noblesse doit un service obligatoire à l’état. Pour lui fournir les moyens dont elle a besoin pour sa mission, elle reçoit des terres et des paysans. En 1762 la noblesse est libérée du service obligatoire. Les paysans, eux, perdent le peu de liberté qu’ils avaient (celle de changer de propriétaire) et deviennent esclaves. Il faut attendre 1862 pour qu’ils soient libérés. Mais ils demeurent liés à une sorte de commune paysanne. Peu de temps après, le pays découvre son retard sur une Europe transformée par la révolution industrielle. Pour financer son comblement, le gouvernement russe a besoin que sa population soit riche donc entreprenante. Le Moujik doit découvrir l’individualisme, et le pays un semblant de démocratie. Comme souvent, le relâchement des contraintes va produire la dislocation. Un empereur faible, des aventures guerrières malencontreuses (guerre contre le Japon) qui révèlent cette faiblesse, l’agitation d’un parlementarisme mal maîtrisé et révolution.

Expansion, autocratie et Occident
C’est l’instabilité interne à la Russie qui en a été la cause. Pas la guerre de 14, qu’elle était en train de gagner. Car la Russie est indestructible : elle n’a jamais subi plus que des revers, son expansion a toujours repris. Sa force était son immensité, et sa capacité à sacrifier son peuple. (Et aussi peut-être une sorte d’humilité qui lui permettait d’absorber les innovations extérieures.) D’ailleurs, elle est toujours apparue une grande puissance à ses contemporains. La remarque de Tocqueville que j’ai citée plus bas, selon laquelle la Russie et l’Amérique domineraient le monde, a frappé ses contemporains par la place qu’elle donnait à l’Amérique. Si aujourd’hui la Russie ne nous impressionne plus, c’est probablement de la faute de l’invention du nationalisme. Les populations des marges russes se sont vues comme des nations colonisées, ce qu’elles n’ont pas accepté.
La Russie se dit de temps à autres « asiatique ». Probablement pour se démarquer de l’Occident. Car, en dehors de son territoire, rien de sa culture ne semble particulier à l’Asie, beaucoup y est réaction à l’Occident. Depuis l’origine elle semble courir derrière les idées et le progrès occidental tout en ayant la plus grande des peurs d’y perdre son âme. D’où la très grande inquiétude qu’elle eut vis-à-vis du totalitarisme catholique.

Communisme et avenir
Il est tentant de voir le communisme comme un refus du changement, ou, au moins, une transition plus douce que celle qu’entrevoyait l’administration de Nicolas II. Là où cette dernière proposait individualisme et démocratisation et semblait incapable d’endiguer le sécessionnisme des nations périphériques, l’URSS a maintenu l’autocratie, la communauté paysanne et agrandi l’empire russe, tout en poursuivant le progrès économique occidental.
Il est aussi tentant de penser qu’elle n’est pas bien équipée pour le monde d’aujourd’hui : son expansionnisme est bloqué, sa capacité à sacrifier son peuple est de peu d’utilité, et il n’est pas très entreprenant.

Compléments :
  • Il semble qu’il y ait une similitude certaine entre la motivation et les résultats des réformes faites par Nicolas II et Gorbatchev. Faut-il avoir une poigne de fer pour guider un pays sur le chemin de la liberté ? (Voir aussi Louis XVI en leader du changement.)
  • Sur les réformes post Gorbatchev : Changement en Russie.