samedi 23 mai 2009

Rohmer (suite)

Nouvelles idées :

  • Dans les 3 derniers, il y avait une scène trop longue. Était-ce voulu ? Ça ressemble à une phase de dégel : au-delà de l’instant trop long la personne défend un point de vue alors qu’elle a changé d’avis. Comme le montre la scène d’après.
  • D’une manière générale, Rohmer semble s’intéresser à l’opposition entre actes et paroles.
  • Il fait des événements insignifiants du quotidien quelque chose qui emplit l’écran, exactement comme dans notre vie. Mais à l’opposé des histoires invraisemblables que racontent d’habitude les films.
  • Reste ce marivaudage très littéraire : parlons-nous ainsi ? Les proches de Rohmer parlent-ils ainsi ? Ou est-ce un moyen de rendre agréable une discussion qui, sans cela, semblerait insupportable, ou vide ? Un moyen d'exprimer les sentiments ?...

En tout cas, j’aimerais que ma vie quotidienne parle comme celle de Rohmer.

vendredi 22 mai 2009

Les malheurs de l’Irlande

De temps à autres, je me demande pourquoi l’Irlande va mal. Il y a quelques années, on nous la présentait comme le modèle à imiter, et, brutalement, elle connaît un trou d’air (PIB à -5% sur 2008, - 9 en 2009). Pourquoi ? Une étude apporte un complément d’information :

  • L’Irlande a vécu une super bulle immobilière (prix de l’immobilier + 270% en 10 ans) qui semblait devoir faire la fortune de tous, et un genre de subprimes local. Les banques représentaient il y a peu 40% des capitalisations boursières (moins de 10% aujourd’hui – avec une capitalisation globale ayant baissé de près de 4/5èmes), et les taxes sur l’immobilier enrichissaient un état pas trop regardant sur la réglementation du marché, et qui poussait au crime. Du coup les industries d’exportation irlandaises (dont on nous disait tant de bien) ont perdu de leur intérêt, d’autant plus que la main d’œuvre devenait de plus en plus chère.
  • Aujourd’hui, les banques sont en respiration assistée ; les marchés traditionnels des exportations irlandaises, USA et Angleterre, dévaluent leurs monnaies à-qui-mieux-mieux ; l’état est surendetté, et n’a pas les moyens d’un plan de relance. L’Irlande ne serait même pas en mesure de profiter d’une reprise mondiale.
  • Comment va-t-elle se tirer de ce cauchemar ? L’auteur parle, mystérieusement, des atouts suivants : « un faible niveau d’imposition de l’entreprise et une main d’œuvre qualifiée parlant anglais (...) Espérons qu'ils vont aider à attirer de nouveaux moteurs de croissance ».

Pour une société de parasites ?

Affrontement entre Dick Cheney et Barak Obama. Le premier défend la torture, qui a permis de sauver des vies américaines. Le second affirme que l’on ne transige pas avec la morale.

Que fait un Dick Cheney ? Ce qui lui semble bien, sans souci des lois. Pourquoi s’en soucierait-il puisqu’il sait qu’il a raison. Que se passe-t-il alors ? Un homme décide du sort de ses semblables, selon son bon vouloir. C’est la définition du totalitarisme. Son comportement nie le libre arbitre humain.

Et s’il avait raison ? Que va-t-on dire alors à la république bananière qui torture ses opposants ? Crime contre l’humanité ? Elle vous répondra qu’elle ne voit pas MM.Bush et Cheney dans le box des accusés. Vous lui répondrez que la loi du plus fort est la meilleure et que vous êtes le plus fort. Mais le serez-vous demain ?

Ne pas obéir aux lois n’est pas seulement opposé à notre intérêt, c’est aussi la faillite de l’intellect. N’y a-t-il que la torture pour démasquer les menées contre la sûreté de l’état ? D’ailleurs, avoir recours à la torture n’empêche-t-il pas la police de rechercher des moyens plus efficaces de nous protéger ?

Mais toutes les lois sont-elles justes ? Notre gouvernement légifère à tour de bras. Avec raison ?

Il légifère sous la pression populaire. Une enseignante est agressée, on condamne la jeunesse. Vox populi vox dei ? Bizarrement, il y a beaucoup de gens qui tuent et qui ne sont condamnés à rien. Pourquoi ? Crime passionnel, légitime défense, ou simplement doute. La différence entre le jugement du peuple et ces condamnations c’est la justice. Comment pouvons-nous condamner la jeunesse sans entendre au moins ses avocats ? Ce que notre gouvernement attaque, c’est l’état de droit.

Malheureusement, il a beaucoup de complices. À commencer par ceux qui sont les premiers à le condamner. Car, à l’image d’Obama, nous sommes tous victimes de « l’éthique des valeurs », il existe des principes saints (« égalité »), qui une fois brandis valent condamnation sans appel. Les journaux, les intellectuels… refusent le débat, ils savent. Or, la démocratie, c’est le débat. C’est lui qui produit la « volonté générale », qui, a son tour, produit des lois « justes ».

S’il y a quelque chose à reprocher à notre gouvernement, c’est, paradoxalement, sa cohérence. Toutes ses lois vont dans la même direction : la concurrence de l’homme avec l’homme. C’est nier le principe même de la société, qui est la solidarité. Le résultat d’une telle politique est étudié par les théories économiques (ce qui leur a valu le nom de « the dismal science » soit, approximativement, « la science déprimante »). C’est un monde de pénurie, c’est l’exclusion, c’est une société de classes. Surtout, ce monde de parasites traversé par les crises suscitées par l’aléa moral est extrêmement fragile face aux agressions externes, il est peu durable.

Le plus affligeant dans cette histoire est que je ne fais que reprendre l’argumentation des Lumières sur laquelle notre société est supposée avoir été bâtie. Pourquoi ignorons-nous la pensée de nos pères fondateurs ? Pourquoi des juristes n’ont-ils pas la moindre idée de l’esprit de nos lois ? Mais qu’est-il arrivé à l’éducation nationale ?

Compléments :

Motivation de Maslow

Un article d’Annie Kahn illustre la théorie sur la motivation humaine, de Maslow :

  • L’article commence mal, il reprend la thèse anglo-saxonne, selon laquelle la France, du fait de ses rigidités, sortira après tout le monde de la crise (ou, comme d’habitude, au moment de la prochaine crise ?). De manière inattendue, il conclut qu'il n’y a rien de certain « "La France passe son temps à nous étonner", ajoute le professeur Garelli. »
  • Maslow dit que le sommet de la motivation humaine est « l’auto-réalisation », la transformation de son identité en ce qu'elle doit être. Or, l’identité de l’homme est liée à celle du groupe auquel il appartient. Au début de l’article, ma nationalité était un fardeau ; à la fin, j’aurais presque pu dire que j'étais français, à l'étranger.
Voilà un truc pour dirigeant : rendez vos employés fiers de leur entreprise, ils feront des miracles.

Compléments :

  • La nécessité pour l’homme de réalisation sociale : A lire absolument.
  • MASLOW, Abraham Harold, Motivation and Personality, HarperCollins Publishers, 3ème edition,1987.

jeudi 21 mai 2009

L’école du crime (2)

J’écoute distraitement la radio. Un instant, j’ai l’impression d’entendre parler d’Amérique (L’école du crime) :

Le ministre Darcos veut faire fouiller les sacs des élèves ; deux enfants de 6 et 9 ans sont arrêtés par 6 policiers et passent deux heures au poste de police.

Intéressant moment de notre histoire. Basculement des principes de notre culture. D’innocent, l’enfance est en passe d’être présumée haïssable. Notre société attaque son avenir ? Espérons qu’elle n’y réussira pas, sinon il y aura eu crime, contre l’humanité.

Assurance santé à l’Américaine

Ce blog est quelque peu dubitatif quant à la personnalité de Barak Obama. Mais dernièrement son opinion vacillait. Ne méritait-il pas de l’estime pour sa réforme du système de santé ? Après tout c’est un des systèmes les plus inégalitaires au monde, et ceux qui ont tenté de l’améliorer ont été mis en déroute (Clinton en 94). Lui semble réussir.

La faillite de ce système est étrange. Tout d’abord c’est un des rares qui ne propose pas de couverture universelle. 47m de personnes n’étaient pas assurées en 2007, avant la crise. Or, il est extrêmement inefficace. Il coûte, en moyenne par personne, 60% de plus que le système français (90%, si l’on se ramène à la population assurée). Curieusement, le budget de l’état qui lui est consacré (45% du coût total), toujours par personne, est sensiblement égal à celui de la France (80%).

Je n’ai pas regardé de près la question, mais elle ressemble à une observation qui me frappe à chaque fois que je rencontre le monde anglo-saxon (par exemple les habitations ou hôtels dits « de luxe »). L’économie de marché, certes, crée des riches et des exclus. Mais ces riches sont bizarrement riches : ils ont de la quantité, mais pas de qualité. L’explication vient peut-être de ce que le tissu social est privé de tout : il n’y a pas d’accumulation de savoir-faire, sinon dans la mémoire des ordinateurs. Le service, pour un Américain, c’est un affamé qui n’a reçu aucune éducation, et qui obéit à une procédure sans la comprendre (principe du management scientifique de Taylor).

Retour à Obama et à sa campagne. Elle semble bien partie non du fait de son talent mais de la collaboration des traditionnels résistants au changement, l’industrie pharmaceutique. De là à penser que l’ancien système ne servait plus ses intérêts et qu’elle avait besoin de quelqu’un pour le réformer sans lui faire perdre la face…

Alors, Obama représentant du pragmatisme américain à son meilleur ? Art du changement pour ne pas changer ? Les milieux d’affaires ont compris qu’ils étaient allés trop loin, et que l’extrémisme sans nuance de George Bush menaçait de les rayer de la carte ? Ils auraient choisi un président qui les défende intelligemment, enfin, et qui ne leur ressemble pas, surtout ?

Compléments :

  • Wikipedia parle des différents systèmes de santé mondiaux. Le système français aurait été trouvé le meilleur. Mais pourquoi le réforme-t-on aussi brutalement alors ? Une fois de plus, est-ce une erreur de conduite du changement ? On prend quelques dysfonctionnements pour un vice mortel du système ? Mais le nouveau modèle que l’on nous propose n'est-il pas celui qui a échoué aux USA (où l’on parle de système de santé « orienté marché ») ?
  • Un de mes premiers billets irait peut-être dans le sens de ma conclusion : les premiers à avoir parié sur Obama sont les milieux du capital-risque de la Silicon Valey. Je ne peux m’empêcher d’imaginer que, comme pour leurs plus grands coups, l'inconnu Obama a dû susciter chez eux une sorte d’extraordinaire éclair de génie : bon sang, mais ce nègre est l’un des nôtres, et peut-être le meilleur !
  • Un billet qui montre l'extraordinaire pargmatisme des milieux d'affaires américains et les adaptations qu'ont subies leurs idées pour survivre aux crises qu'elles ont suscitées : Consensus de Washington.

Avenir de l’économie

Les économistes semblent d’accord, faute d’avoir eu le courage d’appliquer un régime suédois aux banques, on est parti pour le scénario japonais.

Un système financier faiblard, tenu à bouts de bras par l’état. Mais un état salement endetté, et qui devra imposer ferme. En conséquence, une économie qui est mal alimentée.

En fait, il n’est pas certain que le scénario soit aussi homogène que cela : la Chine va plutôt bien. Peut-être va-t-on avoir un jeu du gendarme et du voleur entre créditeurs et débiteurs (Angleterre et USA), qui essaient par tous les moyens monétaires d’exporter leur crise. Résultat : fourmi, cigales et dindons de la farce ?

De même pour les entreprises.

  • Les producteurs d’énergie, par exemple, sont riches. Ils devraient bien se porter. D’ailleurs la mise en coupe réglée des fonds sous-marins pourrait leur donner, outre un désastre écologique, de quoi alimenter l’effet de serre pour longtemps. Mauvais temps pour les énergies renouvelables ? Elles ont besoin d’investissements et de « l’anxiété de survie » de la population, ce qu’une économie anémique pourrait leur refuser.
  • Pour les autres, il est possible qu’elles doivent se rabattre sur le scénario russe des années 90 : le troc.

mercredi 20 mai 2009

Baroud d’honneur

Je disais dans un billet qu’Obama avait choisi un nettoyeur pour l’Afghanistan. Il y a une raison pour cela : la partie est mal engagée et les USA voudraient en finir vite.

Parlant du nouveau général « c’est simplement le meilleur joueur sur le terrain. On est dans les arrêts de jeu, n’importe quelle équipe l’utiliserait ».

Le précédent, qui voulait protéger les civils, s’était mépris sur ce qu’Obama disait des droits de l’homme. Le nouveau, par contre, ne s’embarrassera pas de ce genre de subtilités (« (ses commandos) ont figuré dans les pires ratages, dans lesquels de grands nombres de civils ont été tués par des frappes aériennes »).

Le pouvoir de la religion

Pour The Economist les gaffes du pape sont une conséquence de son éloignement du monde.

Qui se préoccupe de leurs conséquences ? Mais ça n’a pas été toujours le cas. L’église a eu jadis un pouvoir immense. Et ses dirigeants, qui ne devaient pas être plus au fait des réalités que les actuels, avaient le désir d’imposer leurs volontés.

C’est peut-être pour cela qu’elle a suscité la haine du monde anglo-saxon et des laïcs français et québécois, la peur des orthodoxes et une réforme à l’Europe centrale. Si la liberté c’est obéir à des lois impersonnelles (si possible librement consenties), l’arbitraire des hommes de l’Eglise a dû être difficile à supporter.

Complément :

  • Ce qui se passe quand un homme impose ses idées à ses concitoyens : ARENDT, Hannah, Le système totalitaire : Les origines du totalitarisme, Seuil, 2005.

mardi 19 mai 2009

Changer pour ne pas changer

Une conversation me rappelle une idée récurrente : la réelle raison du changement est de préserver ce qui est essentiel pour soi, ou un groupe humain. Synthèse floue :

  • Il y a deux raisons au changement : l’ambition, le désir d’obtenir quelque chose que l’on ne peut pas obtenir, et le malaise, le fait que l’on ne puisse plus obtenir ce que l’on obtenait avant du fait de l’évolution permanente de notre environnement.
  • La plupart du temps, ce n’est pas parce qu’il y a nécessité de changement que le changement réussit. S’il réussit, il le fait de deux façons : le changement imposé en force, qui est une défaite, et qui conduit à l’abattement, à une destruction partielle ; la « régénération », qui permet de mieux comprendre ce qui « compte vraiment » dans les règles que l’on suit, de se « réaliser ».

Bizarrement, à chaque changement réussi, « l’être », les règles qui guident notre comportement, se précise donc, ou se construit. (Conséquence : ce qui croit avoir atteint la vérité serait condamné à une disparition rapide, puisqu’incapable de se renouveler.)

Si l’on suit Montesquieu, Rousseau ou Tocqueville, ces règles ne seraient pas en vrac, mais elles s’organiseraient suivant un principe qui leur serait propre. La durabilité d’une organisation serait-elle liée à la capacité de ce principe à nous inspirer des solutions judicieuses aux occasions de changement de la vie ?

Peut-être aussi une même organisation peut elle avoir plusieurs principes. Elle aurait une multiple personnalité. De même que le gouvernement semble intégrer des éléments de common law dans notre droit romain. Soit cette schizophrénie tue l’organisation, soit un principe domine, soit un nouveau principe qui englobe les deux autres apparaît ?

Un espoir pour l'industrie du contenu ?

Vodafone ne va pas bien (le marché du mobile s’essouffle à l’Ouest) mais a beaucoup de clients (290m). Il voudrait s’allier avec d’autres opérateurs pour monter une « plate-forme » qui permettrait aux offreurs de contenu de proposer des produits pour un milliard (si tout se passe bien) de portables. Voilà qui illustre peut-être mes théories :

  • Vodafone a compris qu’il faut transférer du cash du contenant vers le contenu, et non taper sur le client (qui ne peut probablement pas payer beaucoup plus qu’il ne le fait aujourd’hui pour contenant + contenu).
  • On serait dans le scénario deux du billet qui traitait de la question. Cette solution serait mieux que l’anarchie qui semble guetter la presse, mais loin d’être optimale. (Industrie du contenu pâlotte.)
  • C’est de nouveau le modèle Apple qui est copié. Apple a quelque chose de fascinant : innover est extrêmement dangereux, surtout lorsque l’on est seul. Apple semble le seul à innover à répétition et à, à chaque fois, toucher le marché.

L’efficace M.Obama

Un précédent billet observait le peu d’intérêt européen pour la vision d’avenir d’Obama : plus de bombe nucléaire, nettoyer l’Afghanistan. Comme le pensait The Economist, ils avaient tort.

  • On s’attendait peut-être à ce qu’Obama anti-Bush veuille dissoudre la résistance des Talibans en les submergeant des bienfaits de l’Occident, comme le faisaient ces barbares de Chinois avec ses voisins. Non, l’opposition Bush-Obama ne se joue pas sur ce plan. Elle porte sur une question d’efficacité. À en croire ses actes, Obama penserait que Bush était un piètre commandant en chef. Ainsi, Obama vient-il de nommer un général qui est le champion du meurtre : avec un tel homme, aucun des chefs Talibans ne devrait survivre. Après tout n’est ce pas ainsi que les Russes ont pacifié la Tchétchénie ?
  • Et d’ailleurs pourquoi s’offusquer des morts civiles ? Ce n’est pas incompatible avec la définition des droits de l’homme américaine : une étude citée par un lointain billet : la jurisprudence en la matière définit clairement manquement aux droits de l’homme = hostilité aux USA.
  • Finalement, M.Obama fait ce qu’il dit. Non seulement il va effectivement liquider l’Afghanistan, mais on a peut-être trouvé par quoi il va remplacer la bombe H : par des munitions au phosphore, qui sont, justement, utilisées en Afghanistan.

Compléments :

  • Les tactiques chinoises sont dans : GERNET, Jacques, Le monde chinois, Armand Colin, 4ème édition, 1999.

lundi 18 mai 2009

De l’égalité des sexes

On m’a demandé de remplir un questionnaire sur les moyens d’établir l’égalité des sexes, et, accessoirement, des majorités et minorités. (Au travail.) Le dit questionnaire m’a laissé songeur. Quelles sont les conséquences de l’injustice dénoncée par le questionnaire ? Que serait un monde juste ?

  • La vie de couple doit être une guerre. Presque partout, il doit y avoir des femmes dont la carrière n’est pas ce qu’elle devrait être. Comment un assemblage exploiteur / exploité (maître, esclave ?) peut-il tenir ? Conflit permanent ?
  • Mais la notion de « carrière » ne concerne qu’un bien petit nombre de personnes. Les pauvres, eux, n’ont pas de carrière. Finalement, ils sont égaux. D’ailleurs, j’ai l’impression qu’ils ont besoin d’être deux là où un suffisait par le passé. Si j’ai raison, qui a récupéré le gain ainsi réalisé ?
  • Plus curieux : à quoi ressemblerait un monde égalitaire ? Vus les horaires invraisemblables des cadres supérieurs, on se demande comment un couple ayant ces horaires pourrait avoir des enfants, et les élever. Peut-être faire appel à de la sous-traitance, comme le font nos ministres-femmes ? Mais pas à du petit personnel (pourquoi pas une nourrisse ?), un demi-monde où il n’est pas possible de faire carrière. Il faut plutôt envisager des entreprises d’entretien.
  • Il demeure la grossesse. Perte de temps dans une carrière. Comment compenser la femme pour ces années perdues ? J’ai peut-être une idée : comme elle vit plus longtemps que l’homme sa carrière pourrait se terminer plus tard. Elle démarrerait plus lentement, mais se terminerait plus fort. Reste l’inégalité entre femmes avec et sans enfants.

Conclusion ? On a là une combinaison d’éthique des valeurs et de problème de conduite du changement mal mené. On plaque sur la société une idée pour laquelle elle n’est pas prête. La société était organisée pour avoir un homme au travail et une femme à la maison, ou ayant un emploi mais pas une carrière. Si l’on veut changer une règle de la société, il faut aussi modifier les autres, de manière à ce qu’elles ne la rejettent pas. En particulier, on pourrait réduire le temps de travail, pour qu’à deux les époux travaillent comme un, et forcer les cadres à respecter ces horaires.

Du coup, toutes les femmes seraient obligées de travailler, de faire carrière. Mais le veulent-elles ? Celles qui le veulent sont elles une majorité ou une minorité ? Si elles sont une minorité ne risquent-elles pas de forcer leurs sœurs à adopter en masse un modèle qui n’est pas le leur ? D’ailleurs y a-t-il une réelle discrimination ou est-ce qu’en proportion les femmes ambitieuses réussissent aussi bien que les hommes ambitieux ? La minorité ambitieuse veut-elle un monde à son image ? (Mais alors, elle va réduire ses chances de succès ?)

L'égalité homme femme me semble un problème mal posé. Comment peut-on réussir un changement dans ces conditions ?

Complément :

  • La technique du questionnaire est appelée par les psychologues « framing » : elle sous-entend ce qui est le bien et le mal. SUSSMAN, Lyle, How to Frame a Message: the Art of Persuasion and Negotiation, Business Horizons, Juillet-Août 1999.
  • Le Meilleur des mondes d'Aldous Huxley apporte une élégante solution au problème ci-dessus.

Il y a des bombes qui se perdent

Il y a un demi-siècle une bombe H aurait été larguée dans un fleuve américain par un bombardier endommagé.

L’armée a enterré l’événement, mauvais pour son image, jusqu’à ce qu’on s’en souvienne récemment. Aujourd'hui, après 50 ans de vie aquatique, il semblerait qu’il vaille mieux ne pas chercher à la récupérer, vu son état probable. Elle a peu de chances de faire les dégâts qu’elle a été conçue pour faire, mais une explosion spontanée de moindre importance est possible.

Bizarrement, il y a eu pas mal d’accidents d’avions transportant de telles bombes, notamment en Espagne, et au pôle nord. La plupart du temps, la charge de TNT de la bombe a explosé, en éparpillant des matériaux radioactifs sur de vastes superficies. Une partie de ces déchets aurait été récupérée par des personnels pas très bien protégés.

Le talentueux M.Obama

Une idée me vient en lisant The Impotent President : quand on possède les dons de Barak Obama, la politique est bien plus efficace que les affaires pour faire une rapide fortune. De là à penser que Barak Obama n’est pas plus profondément intéressé par l’amélioration du sort de son peuple que l’est, par la santé de son entreprise, le manager qui veut la présidence promise à son génie…

Le simple fait d’être président des USA assurera à B.Obama beaucoup d’argent. Si mes souvenirs sont bons la famille Clinton aurait amassé 100m$ en 10 ans.

L’article semble penser que c’est parce que ces futurs revenus dépendent d’intérêts qui n’ont pas intérêt au changement (notamment l’industrie de l’armement) qu’il n’a rien changé à la politique de George Bush et que les guerres étrangères ne sont pas prêtes de cesser (elles gagnent maintenant le Pakistan). Le budget de la défense américaine est 10 fois celui de la Chine…

Dans le même ordre d’idées, la quantité d’argent que versent les banques pour soutenir les campagnes des représentants du peuple est remarquable. Cela expliquerait que les tentatives de soulager le dit peuple d’une partie de ses dettes aient moins de succès que celles qui visent à faire la même chose avec les banques.

Décidément, le marché ne paraît pas faire bon ménage avec la démocratie (cf. dernier billet).

dimanche 17 mai 2009

Économie de marché et démocratie

Si j’en crois Tossed by a gale c’est mon scénario « invasions barbares » qui sera l’avenir de la Presse.

  • Dans les pays anglo-saxons elle semble presque plus mal en point que l’industrie automobile. En France elle est sous perfusion de l’état.
  • De nouveaux modèles émergent-ils ? L’agrégateur qui collecte des informations un peu partout et les interprète (le modèle de ce blog). Réinterprétation d’autant plus utile que la qualité des articles baisse rapidement. Cette catégorie contient non seulement des sites web, mais aussi des chaînes télévisées.
  • Et l’information qui sert de base à cette agrégation (information fondamentale ou enquête) ? « le journalisme coûteux, utile, comme la couverture de la guerre en Irak, sera de plus en plus financé par des organismes de bienfaisance ».
  • Conclusion ? « Cela signifie la fin d’un certain type de sensibilité civique qui était construite sur un accord général quant à ce qui est important et ce qui ne l’est pas ».

Si je comprends bien, on va vers un monde d’information spécialisée, et non plus généraliste, où il y aura des riches et des pauvres de l’information. Un pilier de la démocratie s’effondre ? 2 réflexions :

  • Bizarre. Partout où on le laisse seul, le marché semble créer des exclus. Rousseau avait probablement raison : pour garantir la liberté individuelle, il faut une certaine forme d’égalité.
  • Que faire ? Il faut probablement que l’état, représentant de la « volonté générale », aide « l’économie de marché de la presse » à se réinventer, avant qu'il ne soit trop tard. Plus facile à dire qu’à faire.

Microsoft devient un organisme financier

J’avais entendu dire que Microsoft avait levé un emprunt. C’était surprenant puisque l’entreprise est inimaginablement riche (20md$ de réserves). Mais ça ne m’avait pas fait réagir. Un blog américain fut plus intelligent que moi, la conclusion de son analyse :

In short, issuing debt looks like just the latest step on Microsoft’s way to being a company that uses financial engineering to boost its share price rather than inventing new products. Now I know that Microsoft has thousands of very smart and ambitious employees, so the fact that it has become a sinkhole where talent goes in and nothing new comes out is sad. The simplest explanation is probably that Microsoft is not too big to fail (although maybe it is – what would happen to our economy if nobody were around to fix security holes in Windows and IE??!!), but simply too big to manage. In addition, software has a tendency to get more and more unwieldy and difficult to modify as it gets bigger and older, and Windows is one of the biggest and oldest programs around.

So maybe it’s a smart move. But it isn’t anything for Bill Gates to be proud of.

Compléments :

Réforme de l’université et communauté délinquante

Dans Université : de l'inertie institutionnelle à l'incompétence de nos gouvernants, Erhard Friedberg fait une analyse qui me semble assez proche de la mienne. Elle conclut aux faiblesses des techniques de conduite du changement du gouvernement.

Il rappelle les théories de Michel Crozier auxquelles il a contribué. Mais, bizarrement, son texte m'évoque un phénomène dont parle Michel Crozier, alors qu'il n'y fait pas référence. Et si la perspective d’être évalués, de perdre leur égalité de façade, de se faire juger par un patron tout puissant... avait poussé les universitaires à se constituer en « communauté délinquante » (un terme qui vient de J.R.Pitts) ?

cette solidarité n’existe que dans une perspective de résistance, elle est dirigée contre les supérieurs, contre les groupes concurrents, et en même temps contre tout effort d’un ou plusieurs membres d’imposer aux autres leur direction. La communauté délinquante constitue pour tout Français le modèle implicite de toutes les activités collectives auxquelles il pourra participer. CROZIER, Michel, Le phénomène bureaucratique, Seuil, 1971.

Qui sont les gens exceptionnels ?

On a longtemps soupçonné qu’ils étaient partiellement autistes.

En fait, il semblerait que ce soit moins l’incapacité à construire un lien social qui soit un avantage concurrentiel que la tendance à l’obsession de l’autiste, qui l’amène à passer sa vie à contempler des gouttes d’eau ou à écrire des billets de blog.