lundi 29 juin 2009

Angleterre anti-européenne

Les conservateurs anglais constituent un nouveau groupe à l’assemblée européenne. Pour cela, ils ont cherché des partis qui partageaient leurs opinions. Ils ont trouvé quelques marginaux lunatiques. (Eurochums.)

Alors que les partis de gouvernement d’Europe continentale sont fédéralistes, la majorité de la population anglaise est hostile à l’Union européenne. Conclusion évidente : l’Angleterre n’a rien à y faire.

Et si

  1. Contrairement à ce que l’on croit, elle ne faisait pas preuve de mauvaise volonté dans son travail européen, mais au contraire d’énormes efforts : appartenir à l’Europe est un viol de sa nature de tous les instants ? Contrairement à ce que pourrait laisser entendre la lecture de ce blog, l’Angleterre était admirable d’abnégation ?
  2. L’explication de cette union contre nature était l’Amérique, qui a forcé la main à l’Angleterre ?

Les USA perfectionnent le nucléaire pakistanais

How the U.S. Has Secretly Backed Pakistan's Nuclear Program From Day One : parce que le Pakistan et l’Inde sont des amateurs du nucléaire, ils se méfient de leurs bombes et tendent à ne pas les déployer. De manière à éviter tout risque de faux mouvement, et fiabiliser leur armement nucléaire, les Américains leur apportent leur technologie ultra secrète. D’où accélération de la production.

Là où je ne suis pas l’article, c’est lorsqu’il note une inconsistance : pourquoi armer le Pakistan quand on craint qu’il puisse être envahi par les Talibans ? Mais c’est évident, voyons : pour apporter un peu de civilisation à ces barbares !

En tout cas, les Iraniens sont bien bêtes : pourquoi se faire des ennemis d’Américains aussi serviables ?

Emprunter sans conviction

Pourquoi notre Président veut-il un emprunt national ? Mystère éclairci : il va nous demander que faire de l’argent que nous lui aurons donné.

Tel que c’est parti (le gouvernement va convoquer des « comités ») on aura droit aux 300 pages du rapport Attali. (Et si je proposais le financement du système d’aération de mon immeuble ?)

Une suggestion de prochaine initiative politique : la danse de la pluie ! Pourtant jamais la situation n’avait été aussi facile à décoder : nous sommes en crise, et le développement du monde n'est pas durable ! ça devrait agiter quelque chose chez nos politiques. Même pas, ils ressemblent à une poule qui aurait trouvé un couteau. Pour eux les problèmes du pays sont une abstraction.

Nouvelle justification d’une de mes thèses d’explication de la crise ? Selon la terminologie de John Kotter, les « managers » ont remplacé les « leaders » à la tête des pays et des entreprises. Les managers sont des gens de rite, de moyen (l’emprunt), qui ne savent pas poser un problème (comment résoudre une crise ?) ; les leaders sont des solveurs de problèmes.

Notre monde n’est que règles, pas surprenant que ceux qui y triomphent soient ceux qui savent les manipuler. Mais, pour conduire le changement, il faut sortir des idées reçues, se forger des convictions. Paradoxe : nous plaçons à notre tête les gens les moins capables de nous diriger.

dimanche 28 juin 2009

Stress américain

Mild and bitter : la déprime mineure nous empêche de persévérer dans l’erreur ; les Américains, qui sont des drogués de l’optimisme, de la confiance en soi et des objectifs démesurés, s’acharnent bien trop longtemps dans l’erreur ; d’où de grosses dépressions (le record mondial).

Il me semble aussi qu’à la malédiction américaine s’ajoute l’individualisme : l’homme seul est idiot, c’est la société qui le rend intelligent. Non seulement l’Américain choisit des objectifs invraisemblables, mais encore il se retire les moyens de les atteindre. Pas étonnant qu’il soit obligé de créer des subprimes, des Enron, et la comptabilité de son entreprise.

MBA éthiques ?

Forswearing greed montre des diplômés du MBA de Harvard qui prêtent serment (notamment) de se garder des « décisions et comportements qui puissent favoriser leur étroite ambition mais nuisent à l’entreprise et aux sociétés qu’elle sert ».

Qu'un MBA parle d'éthique n'est-ce pas de l'hypocrisie ? S’interroge l’auteur.

Une autre interprétation. Le prophète des Anglo-saxons est Adam Smith. Cet homme affirme qu'en suivant son « étroite ambition » l'individu fait indirectement le bien social. Et si l'Anglo-saxon doutait de son prophète ? S'il se mettait à soupçonner que la société et les conseils qu'elle lui donne, sa morale, pourraient être bons pour ses affaires ?

Emprunt

L’emprunt du président de la République m’a laissé sans voix. Y voyais-je la volonté, opportuniste et déprimante, de créer un effet de surprise ? En tout cas, il semble embarrasser la majorité. M.Raffarin, par exemple, déclare que l’état n’est pas le mieux placé pour investir de manière optimale.

Mais le marché non plus, d’ailleurs il est en panne. Je discutais avec un analyste étranger qui était étonné que la France ne lance rien dans le domaine de la recherche de nouvelles motorisations, que des géants comme Saint Gobain ne fassent rien dans le domaine du solaire…

À tort ou à raison, j’ai l’impression que la France a un tissu économique qui pourrait tirer parti des changements qui menacent la planète, et qu’elle reste paralysée, alors qu’il en faudrait très peu pour faire boom.

Et si cet emprunt forçait l’état à se demander où investir son argent, ce qui peut rapporter le plus au pays, et donc à faire son travail de gouvernant : chercher à comprendre ce qui est bon pour le pays ? On peut toujours rêver.

Compléments :

samedi 27 juin 2009

Michael Jackson

Idée qu'évoque le blog People d’Hervé Kabla : ce qui frappe chez Michael Jackson est moins son succès que l’invraisemblable régression qu’a été sa vie. Il a fini en caricature de personnage de conte de fées. Je fais un parallèle avec d’autres observations :

  • Les stars féminines noires, qui semblent imitées par les « Françaises d’origine africaine », paraissent devenir une sorte d’idéal de la femme blanche, inaccessible par celle-ci (qui n’aura jamais leur ligne).
  • J’ai l’impression que les actrices japonaises et chinoises ont pris des traits européens, alors que les canons de la beauté semblaient auparavant éloignés des nôtres (cf. les gravures anciennes, ou les films japonais d’avant guerre).

Norbert Elias observait que la société avait commencé par théoriser les règles de l’hygiène avant de nous les imposer ; ne fait-elle pas de même avec notre apparence ?

Préoccupation concomitante : de plus en plus la chirurgie esthétique modèle ses victimes sur l’image d’un idéal conçu par ordinateur ; n’y a-t-il pas des limites à ce que la culture peut demander à notre nature ?

Régulation macro-prudentielle

J’ai vu passer il y a quelques mois plusieurs articles sur ce type de régulation, flairant la mode de management, je m’en étais éloigné. En fait, j’avais tort et raison : ce fut une mode, certes, mais ce pourrait être utile. Malheureusement ça n’a été qu’une mode (Taking macro-prudential regulation seriously) :

  • Toute notre réglementation porte sur l’individu, du coup nous leur imposons un même comportement, ce qui produit les crises. Par exemple, ils vendent tous quand le marché est liquide, et le rendent illiquide. Idem, le système d’incitation qui consistait à développer chez le dirigeant un réflexe pavlovien favorable à l’actionnaire s’est retourné contre ce dernier (Du danger des systèmes d’incitation). Ça ressemble beaucoup au dilemme du prisonnier.
  • Il faudrait donc moins contraindre l’homme, mais plus la société. Exemples : le niveau des réserves des banques doit varier en fonction du volume emprunté par le marché. Plus malin : en période de crise, il ne faut pas contraindre les entreprises de la même façon : certaines peuvent encaisser le risque, d’autres pas. D’où équilibre acheteur / vendeur, alors qu’avec une réglementation aveugle on n’a plus que des vendeurs.

Mais alors, mon idée d’un Institut Pasteur du risque financier (un institut qui suivrait les innovations financières comme on suit les mutations de la grippe) était une mesure macro-prudentielle avant la mode !

Cependant, je continue à douter de l’efficacité de règles, aussi intelligentes soient-elles. L’homme les contournera toujours. Si nous confions le fonctionnement du monde à des règles figées et incomprises, nous sommes quasiment certains du désastre. Le seul moyen de contrôler l’homme c'est l’homme (= nous), et une adaptation permanente de la mesure à la contre mesure. Il faut être sur le qui-vive. La prudence est mère de la sagesse.

Paradoxe de Triffin

The next global reserve currency parle d’un paradoxe que l’économiste Robert Triffin a repéré en 1961 : détenir une monnaie de réserve force au déficit de la balance des paiements du pays qui a la dite monnaie.

Cela est rendu nécessaire par le développement de l’économie mondiale, qui demande une extension de l’offre de monnaie de réserve. Le déficit est financé par la dette (cf. bons du trésor). Ce serait donc une bénédiction à court terme (pas de risque de change, faible coût d’emprunt, prêt gratuit à la banque centrale…), mais une malédiction à long terme.

Les jours du dollar monnaie de réserve pourraient être comptés :

  1. Par définition, tend à être monnaie de réserve la monnaie du pays avec lequel on commerce le plus (puisque l'on achète cette monnaie pour réguler son taux de change). La Chine devrait réunir les conditions nécessaires vers 2050 (l’Amérique serait dans la situation de l’Angleterre en 1914 : débiteur + ne dominant plus les exportations mondiales). Mais le mouvement aurait démarré.
  2. Une autre solution (meilleure si j’en crois le paradoxe de Triffin) serait, comme l’ont suggéré les Chinois, d’utiliser une monnaie mondiale, composite, les Special Drawing Rights, du FMI. Cette monnaie semble une sorte de Cac 40 des grandes monnaies mondiales, qui reflète la puissance respective de leurs économies.

Compléments :

  • Précédente étape de la réflexion sur les perversions du système : Nouvel ordre mondial ?
  • Sur l’historique récent des monnaies de réserve : Devises.

vendredi 26 juin 2009

Isocrate et Platon

En marge de mes interrogations sur les vertus du grec ancien, Jacqueline de Romilly oppose Platon et Isocrate :

Isocrate semble avoir critiqué la raison pure de Platon comme un jeu de l’esprit, lui voulait une philosophie pratique. Paradoxalement, ce sont les idées de Platon et la méthode d’apprentissage d’Isocrate (rhétorique, ou bourrage de crâne) qui ont prévalu.

Je crois pour ma part qu’il aurait fallu faire l’inverse : nous avons besoin d’une raison pratique, mais il n’y a que la dialectique, la méthode d’apprentissage de Platon, le duel avec les événements, qui permette de l’acquérir. C'est d'ailleurs le principe de ce blog.

Trouble shooter V

Souvenirs de la séance du 26 avril :

  1. Marco Tinelli a fondé FullSIX il y a 10 ans. En aussi peu de temps, il est devenu le n°3 français des agences de communication, il emploie 700 personnes. Pourquoi un tel succès ? à cause d’Internet et du web. Cette agence est née web, elle a tiré parti du temps d’adaptation de ses rivales pour leur chiper leur marché. Et j’ai l’impression que le moteur de l’entreprise, c’est justement ce changement. En effet les « annonceurs » sont bousculés par Internet, et leurs services n’y sont pas prêts. Dans l’exemple qu’il a choisi, 30% des ventes des concurrents de son client se font par Internet alors que lui n’en réalise que 3%. Que fait-il ? Il construit une organisation mixte, avec ses équipes, « commando », et lui apprend à travailler par l’exemple. Au bout de 6 mois l’entreprise est réformée, et ses équipes regagnent son agence, qui a maintenant un client fidèle. Une idée surprenante : il est convaincu que si un dirigeant veut, il peut. La résistance de l’organisation est une mauvaise excuse. Ce qui signifie que si autant d’entreprises, notamment de la Presse, sont bloquées par Internet, c’est la faute du manque de volonté de leurs dirigeants, non d’organisations rétrogrades.
  2. Raymond Lévy dirige la Société Centrale Canine. C’est une association, créée en 1882, qui est responsable du développement de la race canine en France. Ses bases de données contiennent la vie des 12m de chiens français, c’est aussi elle qui juge la race des chiots nouveaux nés (éleveurs), et qui officie dans les concours internationaux. Cette très vieille société est face à un changement qui ferait défaillir bien des dirigeants : elle doit passer à l’ère de la génétique, ses employés, de collecteurs d’informations, doivent devenir des chercheurs. En même temps elle doit sortir de son monopole français pour attaquer le marché mondial. Et cela avec des personnels qui ont une trentaine d’années d'ancienneté, et qu’elle ne veut pas remplacer, économie sociale oblige. Or, parmi les nombreux changements qu’il a entrepris, Raymond Lévy en a réussi un qui épouvanterait beaucoup d’entreprises jeunes et surdiplômées : il a fait utiliser le Web2.0 à la SCC. Pour reconquérir un marché qu’il n’aurait jamais dû perdre, il a lancé un projet dont le moteur est une sorte de Wikipédia du chien. Comment a-t-il évité la si redoutée résistance au changement que suscite le Web2.0 ? Il a compris que ses « salariés militants » avaient en tête un savoir extraordinaire, mais qu’ils ne savaient pas l’écrire. Il a donc demandé à une stagiaire de rédiger la pensée de ses collaborateurs : un quart d’heure par fiche, deux-cents fiches en moins d’un mois. Grande leçon : l’innovation va souvent plus vite que la capacité d’absorption des entreprises. On a alors la tentation de renouveler leurs employés. C’est impossible. En fait, l’organisation possède l’essentiel (dans ce cas, la connaissance encyclopédique du chien), ce dont elle a besoin pour changer, c’est d’un petit coup de pouce, d’un « moyen » bien adapté. Ici, un système qui permette de noter ce que ses membres ont en tête.

Leçon de grec ancien

ROMILLY (de) Jacqueline, TRÉDÉ Monique, Petites leçons sur le grec ancien, Stock, 2008. Je me suis posé la question suivante : Heidegger semblait croire que le grec était le langage de l’être, logos - parole ; mais la Grèce c’est aussi le pays du logos - raison, et j’ai dis ailleurs que le français des Lumières semblait le langage de la raison, or, en ces temps lointains, on lisait le grec ; le grec aurait-il eu des vertus particulières ? Des termes qui révèlent les sentiments (Heidegger), ou une mécanique qui permet de penser en écrivant, ou d’écrire sa pensée (Lumières) ?
  • La particularité du grec est de ne pas avoir été un langage de conquérant, mais de s’être diffusé pour ses vertus ou ses réalisations, d’abord chez les Romains, puis, à partir de la disparition de Constantinople, en Europe occidentale.
  • Le grec a l’air d’une langue particulièrement dense (2 fois plus que le français), où un mot se charge de sens à coups de préfixes, de suffixes, de déclinaisons… Cette autonomie permet de jouer sur l’ordre des mots pour donner de puissants effets de style. C’est probablement un langage de la subtilité. Tout semble se prêter à modifier, nuancer, le sens d’un terme : les dérivations des mots, les modes et temps des verbes, les articles qui permettent encore plus qu’en français de substantiver beaucoup de choses… Le plus bizarre est probablement des particules intraduisibles en français, qui lient les phrases les unes aux autres, et qui en renforcent le sens de manière « subliminale ».
  • C’est un langage apparemment précis, et particulièrement adapté à exprimer la pensée, les émotions, le mouvement des éléments naturels, la vie : « Ainsi, dès le départ, la langue grecque ancienne semble prête à mettre sous nos yeux, sous une forme simple, directe et vivante les sentiments les plus variés. »
  • La puissance évocatrice de la langue, ou la nouveauté de son invention ?, semble avoir été telle qu’elle a pu faire croire aux sophistes qu’il suffisait de l’utiliser parfaitement pour faire survenir ce qu’elle exprimait, ou du moins asservir leurs contemporains : « (…) ils ont tenté de s’approprier ainsi la puissance quasi magique de l’art des poètes afin de faire de la prose la rivale de la poésie pour, en quelque sorte, ensorceler les âmes. »
Je n’ai pas répondu à ma question. Mais était-ce possible avec un seul livre ?

Du danger des systèmes d’incitation

Plus on observe les mécanismes d’incitation des dirigeants plus on leur trouve des conséquences imprévues.

Non seulement, ils poussent à maximiser les risques à long terme et les gains à court terme, mais les économistes qui les avaient conçus avaient un peu trop ignoré la réalité, par exemple que les banques américaines sont garanties par l’état, donc qu’un manager peut prendre tous les risques possibles sans rien risquer. D’ailleurs, le système de bonus entraîne un couplage de l’économie. Tous les dirigeants sont encouragés en même temps à détruire leur société.

J’en arrive à la question suivante. Alors que des économistes proposent de nouveaux systèmes d’incitation, n’est-il pas le propre des systèmes d’incitation d'inciter celui qu’ils cherchent à contrôler à faire exactement le contraire de ce que l’on attend de lui ? Est-ce que, en environnement incité, l’optimum pour le dirigeant n’est pas la destruction de son entreprise ?

Pourquoi le dirigeant aurait-il besoin d’une carotte pour faire son devoir ? Est-il un sous-homme ?

Compléments :

  • Exemples d’effets pervers : Gestion des banques.
  • J’ai peut-être trouvé un effet pervers non identifié : International bright young things dit qu’un doublement de taille de son entreprise c’est 25% de revenus en plus pour le dirigeant. Ce qui expliquerait que le patron de 2003 gagne 6 fois plus qu’il ne le faisait en 1980 : les entreprises ont grossi (par 260 selon mes calculs !). Et si les bonus poussaient à la course en avant, en particulier à l’acquisition inconsidérée ? Or, une fois que l’entreprise est gigantesque, elle ne peut plus défaillir, elle a pris l’état en otage.
  • Inefficace punition justifie mon avant dernière interrogation.

jeudi 25 juin 2009

Style de Sarkozy

D’après le Monde (Un gouvernement Fillon IV taillé sur mesure pour Sarkozy II), le nouveau gouvernement serait conçu pour les Régionales.

Est-ce que toute la logique présidentielle, le gouvernement du pays, se résumerait à des manœuvres électorales tactiques ? La politique de notre président va-t-elle être désormais de remporter élection après élection, grâce à des effets de surprise décisifs, comme il semble l’avoir fait pour les Européennes ? L’annonce d’un emprunt national, d’un Mitterrand dans son gouvernement, après un grand élan vert mort-né, signifie-t-il qu’il cherche uniquement à frapper les esprits ?

Mais, au lieu de remettre son sort à cet art un peu incertain de l’épate de galerie, ne serait-il pas finalement moins fatigant pour l’imagination présidentielle d’essayer de comprendre les problèmes structurels du pays, et de leur apporter une solution ?

Compléments :

Logique anglo-saxonne

Alan Greenspan: Private market forces are our best hope. En dépit de la crise, il n’y a pas mieux que le marché, parce que l’autre solution, la gestion de l’économie par l’état, a démontré son inefficacité (en union soviétique).

Je suis atterré par la stupidité de ce sophisme. Il revient à dire que nous avons le choix entre la peste et le choléra, et que le choléra c'est très bien parce que la peste tue.

Eh bien non, il n’y a pas que l’Union soviétique et le marché roi. Et les deux sont également hostiles à l'être humain.

S’il y a un enseignement à tirer du passé, c’est que le marché doit être fermement encadré, régulé, et qu’il est totalement incapable de faire face aux besoins les plus importants des sociétés, notamment les guerres ou les catastrophes écologiques, ou même les investissements à long terme (toujours lourdement subventionnés : aéronautique, énergies propres, recherche fondamentale...), dans ces cas le mieux que l’on ait trouvé, aux USA ou ailleurs, c’est la coordination des efforts de la nation par une organisation centralisée.

Compléments :

Le protectionnisme avenir de l'économie ?

Les BRIC (ou plutôt BIC, la Russie allant assez mal) ont une situation enviable. L’état de leur économie est déconnecté de celui du reste du monde, riche, pauvre ou émergent. Pourquoi ?

  • « (ils) furent prudents dans la libéralisation de leur système financier, si bien qu’ils ont été moins affectés que, par exemple, l’Europe, par l’attaque cardiaque financière de l’Ouest ».
  • Ils sont gros, donc ont un marché intérieur qui les porte en période de crise. D’ailleurs, ils importent et exportent relativement peu, et ont une production relativement diversifiée (une partie au moins profitera du démarrage de l’économie). Ils sont donc à la fois peu liés à l’extérieur et à ses crises et ils peuvent stimuler leur économie sans fuite. En outre, l’épargne de leurs populations nourrit le pays quand il ne peut compter sur la finance internationale.
  • Le résultat de la crise chez eux est « une grosse croissance de la taille du gouvernement et des grandes entreprises d’état ». « Si les BRIC ne peuvent pas sortir de la récession par l’exportation, l’extension du gouvernement est la principale alternative à l’effondrement subi par les autres gros exportateurs de capital que sont l’Allemagne et le Japon ».
Doit-on voir ici la description de ce qui pourrait être l’avenir économique du monde ? Des « blocs », relativement refermés sur eux-mêmes et autonomes, qui commercent de manière mesurée ?

The Economist, dont je tire cette étude (Not just straw men), se convertirait-il au protectionnisme après 150 ans de promotion de la globalisation ?

mercredi 24 juin 2009

Trouble Shooter IV

Quelques idées de la session du 18 juin de Trouble shooter :

  1. Franck-Yves Inglebert. Franck-Yves Inglebert est un expert de l’audit interne délégué. Il est étonnant de voir à quel point les entreprises sont mal contrôlées : on peut découvrir qu’une filiale se comporte un peu bizarrement, puis que les fuites s’accélèrent, et en arriver au dépôt de bilan, sans avoir compris ce qui s’était passé. Franck-Yves Inglebert a expliqué comment concevoir et faire fonctionner une petite cellule d’audit interne qui évite ce genre de déconvenue. Et qui a pas mal d’autres avantages.
  2. Alain Vaury. Avec Alain Vaury on a abordé la question de la transmission de la PME familiale. Il a dégagé 4 « gestes qui sauvent ». Le dirigeant ne doit pas vendre sa société telle que, comme il croit pouvoir le faire d’ordinaire, mais lui donner un nouveau projet ; il doit faire un business plan avec un professionnel ; il doit choisir son successeur, enfant, n°2, extérieur, avec les avantages et les inconvénients que cela sous-entend ; Finalement, il doit trouver des fonds, pour cela l'offre est énorme, il ne faut pas s’y perdre. Alain Vaury donne quelques conseils de bon sens. Trop simples pour être entendus ?
  3. Gilles Mergoil dirige un cabinet de conseil en SI. Je m’attendais à ce qu’il parle de technique, alors qu’il n'a été question que de changement ! A posteriori c’était évident : la technique ne lui pose pas de difficultés, ce qui est beaucoup plus compliqué c’est de se retrouver en permanence au milieu des changements de ses clients (des grandes organisations privées ou publiques). La gestion du changement serait-elle la compétence clé du cabinet ? Il a choisi de parler des transformations de l’entreprise, à partir de l’exemple d’un service public. Avec une conclusion intéressante : l'importance majeure, écrasante, de la motivation dans le changement. Chaque état d’une organisation (démarrage, professionnalisation, institutionnalisation), correspond à un état d’esprit particulier, et même à des gens différents. Dans une phase initiale, il faut « démontrer », « vendre », faire de la publicité. Ensuite il faut réaliser avec une fiabilité épuisante, à un coût inatteignable, inconcevable en phase startup. Ce qui est capital est de trouver un moteur pour les équipes de façon à ce qu’elles aient envie de parvenir au prochain état, et ne le voient pas comme une punition. Cela pour deux raisons : pour perdre le moins de monde possible ; pour disposer d’un effet d’entraînement qui permette à l’ensemble de passer l’obstacle. Travail de titan. Il se sert de la complexité du changement, justement comme moyen de stimulation de l’entreprise (difficulté du passage, et intérêt des compétences à acquérir…). Malin.

L’effet de levier de Microsoft ?

Hier, je recevais, au Club Télécom, Marc Jalabert, le créateur du projet IDEES de Microsoft (devenu BizSpark chez Microsoft monde). En réfléchissant à ce qu’il m’a dit je me demande s’il n’a pas réussi une sorte d’effet de levier.

C’est difficilement concevable, mais Marc Jalabert me semble avoir voulu donner au logiciel français la place mondiale qu’il mérite. Nous avons 2500 éditeurs, mais quasiment aucun grand : Dassault Systèmes est relativement modeste, et Business Objects, de taille équivalente, appartient à SAP. Or, il estime que nous avons quelques-uns des meilleurs ingénieurs au monde, au moins aussi bons que les ingénieurs indiens et chinois, et bien meilleurs que les américains (qui d’ailleurs recrutent à l’étranger).

Le programme IDEES de Microsoft ne donne pas d’argent, mais des coups de pouce. Et je crois que le génie est ici : il a su cerner les failles de notre culture en ce qui concerne l’économie, et y répondre avec des ressources qui ne coûtaient rien à Microsoft :

  • La frilosité des grandes entreprises. Parce qu’elles ont peur de la fragilité des petits fournisseurs, elles se coupent de l’innovation, et tuent le marché intérieur de la startup innovante. Microsoft appuie l’effort commercial de ses poulains.
  • La faiblesse de l’investissement initial, non en termes d’argent, mais de capacité de développement. Simplement en les remarquant, Microsoft a quasiment doublé le nombre d'investissements initiaux dans des éditeurs de logiciel.
  • L’incapacité de la France à l’incubation de ses entreprises. Pour qu’une entreprise se développe elle a besoin d'un environnement favorable, qui, essentiellement, lui donne des conseils gratuits, mais décisifs (où trouver tel ou tel expert, par exemple un avocat, comment se développer à l’étranger... ?). Notre passé d'économie d'état fait que l’entreprise française manque de ces conditions favorables, qui « vont de soi » à l’étranger. J’ai l’impression que Microsoft a su créer un tel terreau.

Le programme est relativement récent. Mais il semble déjà un succès : une centaine de sociétés aidées, et quelques apparemment belles réussites, une levée de fonds de 40m€ réalisées par quelques-unes de ces sociétés en tour initial (2008), de l’ordre de 1500 à 2000 emplois créés. Et cela sans investissement (effet de levier).

Une rencontre, avec un entrepreneur passionné d'aviation, à la sortie du club, me fait me demander si toute la France n'est pas dans l'état de l'édition de logiciel. Il m’a convaincu que l’aviation légère est à la veille d’un renouveau radical et que l'effet de serre pourrait favoriser cette transformation :

  • bizarrement on sait construire des avions plus légers, deux fois plus rapides !, et beaucoup moins chers que les générations précédentes, et consommant moins qu’une voiture (5l aux 100, et en ligne droite) ;
  • la France serait très bien placée pour faire éclore cette nouvelle aviation, parce qu'elle possède les techniques et aussi le savoir-faire industriel (productions de relativement grande série pour le secteur = savoir-faire de l'industrie automobile).
Une fois de plus, il manque un petit quelque chose, et ce n’est même pas une question d’argent.

Et si notre économie était dans une sorte de transition de phase à la Lewin : il lui faut une catalyse pour se transformer (i.e. rassembler « l’écosystème » nécessaire à l’émergence de nouvelles technologies, et lui apporter les quelques animateurs qui auront l’énergie de déclencher la fusion) ?

Compléments :

mardi 23 juin 2009

Discours présidentiel

Hier discours du président de la République. J’ai hésité. Commente, commente pas ? Si j’avais commenté, voilà ce que j’aurais dit :

Ce discours évoque le programme des présidentielles, en ce que l’analyse des inquiétudes nationales est sûrement bonne et que les sentiments sont tout aussi bons. Je ne suis pas enthousiaste parce que le scénario suivant semble se répéter : bon diagnostic, bonnes paroles, et c’est tout ; la situation empire donc ; bon diagnostic, bonnes paroles... Le président sait lire les sondages, mais la mise en œuvre du changement n’est pas son art premier.

Certes, mais n’est-ce pas le sort de tout discours ? Comment en tirer une quelconque idée de ce que va faire celui qui le prononce, et de ses chances de mettre en œuvre ses propos ?

Si ce discours avait fait un diagnostic convainquant, et inattendu, du mal de la France - par exemple, notre problème est notre dette ; s’il avait été suivi d’une explication convaincante du mal - par exemple, dettes endémiques, plan de relance, sécurité sociale, chômage, vieillissement de la population ; s’il avait continué par une explication convaincante des remèdes au mal - la France doit travailler plus pour gagner plus - et augmenter la masse globale d’impôts (= il faut accroître le nombre de gens qui travaillent) ; s’il avait indiqué les moyens envisagés - flexisécurité, allongement de la durée travaillée ; s’il avait dit les difficultés qu’allaient rencontrer ces moyens (ce qui manque à la France pour mettre en place la flexisécurité danoise, et les blocages à une augmentation de l’âge de la retraite), qui expliquent pourquoi on n’y a pas eu recours plus tôt ; s’il avait conclu, de manière convaincante, en nous laissant entrevoir comment il allait régler ces questions, les moyens qu’il mobilisait ; alors l’allocution présidentielle aurait été un grand moment.

Compléments :

  • On notera au passage que cet exemple de discours (qui n'a d'autre vertu que d'être un exemple) aurait eu l'avantage supplémentaire de dire que le chômage était l'ennemi du pays contre lequel toutes ses forces étaient combinées, non un mal ennuyeux, mais secondaire.
  • Une envolée lyrique concernant l'écologie, envisagée il y a encore peu, aurait pu aussi faire l'affaire. Il aurait suffi de montrer que la France avait un avantage concurrentiel dans ce domaine et que l'exploiter nous permettait de relever la tête et de ne plus craindre les aléas climatiques et économiques.

Faut-il faire des économies ?

Le gouvernement français, comme d’autres, s’inquiète de la masse de dettes qu’il a accumulées. Faut-il commencer à faire des économies ?

  • Il y a une raison à cela : plus on attend pour réduire les dettes, plus leur remboursement est long et coûteux, rendant l’économie susceptible à une détérioration qui pourrait être fatale lors d’une prochaine crise.
  • Mais il y a eu des précédents malheureux, au Japon récemment, et aux USA en 1937. Dans ce dernier cas, une mesure d’austérité malencontreuse expédia l’économie, qui avait commencé à se redresser (le chômage avait été réduit de 25 à 15%), en vrille (chômage à 20% en 1 an).

Christina Romer, le conseiller de B.Obama :

  • La solution serait des mesures auto-adaptables. Par exemple, plus l’économie se renforce, plus les garanties que lui apporte l’état s’allègent.
  • Aux USA, la réforme de la santé va permettre une réduction massive des déficits.

Bizarrement, elle ne parle pas du budget de l’armée.

lundi 22 juin 2009

Prix du lait

Le lait que j’achète par packs de 6, a changé d’emballage. Il n’y a plus que ¾ de litre par carton. Et pas possible de retrouver du lait entier sous un autre conditionnement. Je sens l’arnaque. Effectivement, en comparant avec des prix au litre d’emballages plus gros, j’en déduis qu’il a dû y avoir augmentation de l’ordre de 10%.

J’avais déjà observé cette tactique, il y a quelques temps. Le kilo de sucre avait subi un repackaging qui lui avait fait perdre un quart de son poids. Et le sucre traditionnel avait disparu du magasin. D’ordinaire, je suis peu sensible au prix de ce que j’achète, mais je n’accepte pas de me faire arnaquer.

Si j’en crois la radio, les éleveurs ont vu leurs revenus brutalement baisser. Décidément, vendeurs et distributeurs de lait semblent avoir été pris d’un coup de sang ces derniers temps : ils récupèrent des marges à la fois sur le consommateur et sur leurs fournisseurs. Peut-être licencient-ils aussi leurs personnels, pour faire bonne mesure ?

L’arnaque me semble insensiblement être devenue une des idées dominant la pensée managériale. Elle va de pair avec l’actionnaire roi, ou, plus exactement, le fonds d’investissement et le manager rois (cf. l'exemple des banques), et l’obsession d’une croissance de résultats permanente. Dès que cette croissance heurte quoi que ce soit de solide, comme un marché saturé, on la ravive en trichant avec les règles de la société. C’est ce que l’on appelle une « innovation ».

Moins d'enfants !

Population and Sustainability: Can We Avoid Limiting the Number of People? La population mondiale est longtemps demeurée à 300m, dans peu de temps, elle dépassera les 9 milliards. Ceci combiné avec la frénésie de consommation qui saisit les peuples « développés » menace la survie de l’espèce. Comme réduire cette croissance humaine ? L’éducation de la femme.

En effet, il semblerait que plus le niveau d’éducation de la femme est élevé, moins elle a d’enfants.

Pour Rousseau, pays heureux = beaucoup d'enfants. Aujourd'hui, c'est le contraire. La population est une menace. Changement d'ère ?

  1. La société traditionnelle, qui ne connaît pas la science et la consommation, doit procréer fort pour espérer quelques survivants. La société moderne a éliminé la mortalité infantile et la nécessaire fécondité, mais, chacun de ses membres pollue comme une population de sauvages.
  2. Ce qui pose problème est le mélange des deux modèles : une société qui reste traditionnelle par sa reproduction, mais qui gaspille la nature comme un scientifique.

dimanche 21 juin 2009

Idée d’Europe

DU RÉAU, Elisabeth, L’idée d’Europe au XXème siècle, Des mythes aux réalités, Éditions complexes, 2008. Je continue mon enquête sur l’Union Européenne. Qu’est-ce ? Un concept bringuebalant, ou l’enfance d’un géant ?
Technique qui donne de bons résultats pour l’entreprise : l’histoire et les événements qui ont été à son origine. C’est là que l’on trouve les idées qui guident ses comportements. Voici ce que je retiens de ma lecture :
La préhistoire
L’histoire de l’Europe est celle que nous connaissons tous. Peut-être paraîtrait-elle originale à un étranger, mais, pour moi, il est difficile d’y repérer des caractéristiques particulières. Cette partie du livre me laisse donc sans grande réaction.
L’idée de l’Europe est presque aussi vieille que le monde. Héritage déterminant son caractère ? La Grèce lui aurait apporté la raison, Rome l’organisation et le christianisme la conscience. Géographiquement, son cœur serait l’empire de Charlemagne. L’idée d’une union européenne qui rendrait impossibles les guerres apparaît au quinzième siècle. Elle est théorisée par Rousseau et Kant.
Déclin inéluctable
Dès la fin du 19ème siècle, le sentiment du déclin inéluctable des nations européennes, leur désillusion vis-à-vis de la science et du progrès, les amène à envisager une union en guise de nouvel idéal. Une première tentative sérieuse de mise en œuvre pratique est faite après la seconde guerre mondiale, notamment poussée par Aristide Briand. (Déjà on voit apparaître, en Angleterre, l’idée qu’une Europe politique n’est pas immédiatement possible. Il faut commencer par une Europe économique, qui installera la solidarité entre nations et préparera le terrain pour une Europe politique.) Mais, en supposant que ces projets aient pu réussir, le nazisme met fin à tout espoir. La construction européenne reprend après la seconde guerre mondiale.
À ce moment vont s’exprimer des influences fortes. Curieusement, ce ne sont pas celles que j’attendais.
L’Amérique et l’URSS
Sans l’impulsion de l’Amérique, sans la guerre froide, l’Europe aurait-elle vu le jour ? Pas certain.
« l’idée d’Europe, celle d’une démocratie nouvelle fondée sur une solidarité et une fraternité qui s’expriment dans une grande fédération européenne aurait été ruinée en quelque sorte par la Guerre froide qui a au contraire poussé à l’organisation d’une Europe construite autour de l’économie et des impératifs de défense du monde occidental. » (Antoine Fleury et Robert Frank)
L’Amérique veut une Europe puissante. Le plan Marshall, qui a pour objet d’éviter à l’Europe une déstabilisation soviétique, exige un organisme de coordination européen (OECE), première institution européenne. Et c’est la pression américaine qui forcera l’Angleterre, favorable à une zone de libre échange, à accepter des projets d’union plus étroite.
La paix et l’éradication du nationalisme.
Parmi les raisons de création de l’Europe se trouve évidemment la nécessité de mettre un terme aux guerres européennes. Il semble que ce soit le projet d’origine, celui de Briand. Il s’agit de dissoudre les nationalismes fauteurs de guerre au sein d’une entité qui les contrôlerait. Ce qui signifie, avant tout, réconcilier France et Allemagne. La Guerre froide accélérera le mouvement, en montrant que le danger n’est plus l’Allemagne.
L’Europe géographique.
L’Europe n’est pas considérée au départ, du moins en Europe continentale, dans son acception restreinte actuelle. Elle doit aller en Russie. On cherche à y associer l’URSS, jusqu’à ce que l’on se rende compte qu’elle a d’autres projets (coup de Prague puis blocus de Berlin, en 1948).
Les droits de l’homme et démocratie
Les droits de l’homme et les valeurs démocratiques ont probablement une place importante parmi les valeurs fondatrices de l’Europe. Premièrement en réaction aux exactions commises durant la guerre, mais aussi, surtout peut-être, en réaction à la menace soviétique qui force les démocraties de l’Ouest à serrer les rangs.
Fédéralisme et unionisme
L’histoire de l’Europe c’est celle de l’affrontement de deux idées irréconciliables. D’une part celle d’une fédération, d’une nation européenne, d’un « espace chrétien », d’autre part celle, anglaise, d’une zone de libre échange ouverte sur le « grand large », et liée aux USA, mais qui, probablement, n’inclurait pas une Angleterre jalouse de son indépendance et, finalement, hyper nationaliste.
En fait, il y a très peu de chances qu’une communauté apparaisse. Les fédéralistes semblent avant tout des utopistes, ou des technocrates. En particulier, ils croient qu’élire une assemblée européenne au suffrage universel va créer un sentiment d’appartenance. 60 ans d’échec.
La seule méthode qui paraît avoir réussi un tant soit peu à unifier les Européens, a été celle de ses pères fondateurs (principaux : Schuman, Adenauer, Monnet, de Gasperi). Bizarrement c’est celle que recommandent les sociologues : partir de la population, non de son élite, et la faire travailler à un problème commun. (« (l’Europe) se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait » R.Schuman.) C’est ce qu’on a appelé le « fonctionnalisme », ou la politique des « petits pas ». De 1948 à 1951 naissent Union occidentale, Organisation européenne de coopération économique, Conseil de l’Europe (première assemblée européenne). Puis c’est la première communauté, à 6, la ceca (Communauté européenne du charbon et de l’acier).
Elle était sur le point de produire une armée européenne (Communauté Européenne de Défense) et une Communauté Politique Européenne, projets portés par la France et approuvés par les états qui auraient dû y participer, lorsqu’une résurgence nationaliste, sous les traits de De Gaulle, la torpille (1954).
Un organisme contre nature créé par les USA ?
Faute d’avoir poursuivi cette politique, l’Europe semble un être étrange, sans tête et sans âme. Pour ménager la chèvre et le chou, les conceptions opposées anglaise et fédéraliste (technocratique ?), tous ses textes fondateurs sont ambigus, donc sans efficacité, à commencer par le traité de Rome qui crée la CEE (1957).
D’ailleurs, tout est contradictoire dans les influences qu’elle subit. L’Amérique, par exemple, désire une Europe forte. Mais elle a peur d’une forteresse économique. (Ainsi, l’OECE, contrepartie du plan Marshall, veille au libre échange.) N’est-ce pas pour cela que l’Europe n’arrive pas à construire de projet commun, qu’elle n’a pas d’armée, et que l’OTAN (créé en 1950) demeure la seule solution aux problèmes de sécurité européens, au grand dam semble-t-il des USA ?
Et puis, fallait-il faire entrer l’Angleterre dans l’Europe ? Les Anglais, notamment Churchill, y étaient opposés. A-t-elle été contrainte de nous rejoindre par l’Amérique, et sa vision du monde aculturelle ? L'Angleterre en dindon de la farce et non en complice ?
Toujours est-il que l’Union Européenne est faite de peu de valeurs partagées. Et, comme elle ne s’est pas donnée les moyens d’en créer, il est vraisemblable que l’entrée des pays de l’est, porteurs de cultures éloignées des nôtres, ne fera qu’amplifier la cacophonie.
Compléments :

Mères porteuses : libres ou exploitées ?

Un débat entre esprits supérieurs : d’un côté on dit que l’homme n’a pas le droit de vendre son corps, de l’autre qu’il a le droit d’en faire ce qu’il veut.

  • Rousseau me semble avoir un avis pertinent sur le sujet. Le fondement des droits de l’homme, que l’homme n’ait pas à subir la volonté arbitraire d’un autre, n’est pas seulement d’empêcher que l’un puisse asservir l’autre, mais que l'on puisse avoir envie d’être asservi. Si un humain pense que porter, puis perdre, un être pour qui ordinairement il est prêt à donner sa vie, vaut un peu d’argent, n'est-ce pas qu’il est déjà dans un état qui lui a retiré toute liberté, tout droit ? Je crois qu’il y a là une des grandes hypocrisies dont sont familiers les Anglo-saxons, et que l’on retrouve dans d’autres débats, par exemple sur les OGM : par des moyens élégants, ils nous projettent dans l’abjection, de façon à ce que la seule liberté qu’il nous reste soit celle de nous vendre.
  • Le point de vue français est qu’il faut empêcher l’avilissement, par la loi. Est-ce moins hypocrite ? Nous ne rétablissons pas l’être dans ses droits, mais lui retirons le dernier droit d’une situation de non droit.
Durkheim aurait probablement interprété la volonté d’être mère porteuse comme une pathologie de la société : une société qui contraint ses ressortissants à se vendre n’est pas saine. Notre rôle est de la soigner, non de légiférer.

Iran et blog

On crée d’abord, et on cherche à savoir ensuite à quoi cela peut servir. Les récents événements en Iran ont eu un effet inattendu : révéler à quoi étaient utiles les réseaux sociaux (Web2.0).

  • Les médias traditionnels ont été longs à se mettre en mouvement.
  • Twitter, par contre, a immédiatement réagi, avant de sombrer sous une avalanche d’informations sans contenu.
  • Le blog aurait été le vainqueur de l’affaire : très rapidement y serait apparu une synthèse de sources et de recherches « de fond », donnant les éléments nécessaires au jugement de l’événement.
Cette analyse me semble oublier Wikipédia (anglais) qui rassemble généralement très vite des informations sur le dernier fait divers. Mais, je n'ai pas regardé ce qu'il disait de l'Iran.

Source : Twitter 1, CNN 0.

samedi 20 juin 2009

Japon en hiver

Le Japon réagit bizarrement à la crise. Le fort protège le faible. Ce que The Economist (No exit) voit comme une grossière erreur : le capitalisme c’est le remplacement du faible par le fort.

The Economist porte une ancienne croyance : le capitalisme c’est le bien, et l’Anglo-saxon en est le prophète. Le Japon montre qu’il n’en est rien. Le capitalisme est culturel et chacun y répond avec sa culture.

Bien entendu se pose la question de l’inefficacité du Japon. Puisque la tactique traditionnelle a manifestement échoué, ne devrait-il pas adopter une recette anglo-saxonne ? Mais pourquoi donnerait-elle de meilleurs résultats ? Lorsque le Japon dominait le monde économique, il le faisait en bloc, par la volonté commune. Maintenant le ressort paraît cassé. Il est probable que, du fait de ce manque de motivation collective, le Japon ait plus à perdre qu’à gagner à jouer les Curiace. Il doit certainement chercher une solution collective au problème qu’il rencontre.

Chômage français

D’après la radio, le Pôle emploi est dépassé par la montée brutale du chômage. J’ai du mal à comprendre les raisons d’autant de licenciements.

  • Autre information (hier) : Michelin licencie en France, et investit et embauche en Inde. La société ne semble pas réagir à la crise, le couteau sous la gorge, mais plutôt continuer dans la droite ligne du mouvement grégaire caractéristique de l’industrie automobile de ces dernières années. Un peu d’opportunisme ?
  • Discussion, avant hier : certains grands équipementiers automobiles auraient débauché plus que de raison, ils avaient oublié que leurs clients continueraient à renouveler leurs modèles, ils n’ont plus assez de personnes pour répondre aux appels d’offres !
  • On me transmet une enquête faite auprès des SSII de moins de 50 personnes. Elle les montre plutôt en bonne santé, et assez confiantes en l’avenir. Pas de dégradation notable, encore moins catastrophique, de leur bilan.

Rien de très concluant là dedans, mais quand même deux idées :

  1. Si l’industrie a profité de la crise pour se débarrasser de ses employés, elle risque de l’avoir amplifiée de manière disproportionnée : la menace de chômage paralyse le marché, bien au-delà des chômeurs.
  2. On peut comprendre la stimulation par l’état de l’industrie automobile, comme un investissement fait par le contribuable pour sauver son emploi. Il est possible que la dite industrie pense qu’elle doit utiliser l’argent qu’elle reçoit pour poursuivre sa stratégie de réduction de coûts humains. Le contribuable ne se retrouve sûrement pas dans l’affaire, mais on ne peut pas en vouloir à l’entreprise de suivre la voie qu'elle s'est tracée. C’est au gouvernement de s’assurer que ses investissements donnent ce qu’ils doivent donner.

vendredi 19 juin 2009

Traité de Lisbonne en péril ?

Irish issue to dominate EU talks montre à quel point l’Europe tient à un fil :

Si je comprends bien, le premier ministre irlandais procède à ce qui me semble un petit chantage : alors que son pays est, de sa propre faute, dans une situation fort délicate, et que l’UE lui est probablement d’une grande utilité, il demande un aménagement du traité de Lisbonne. Il veut s’assurer qu’il pourra conserver sa neutralité militaire, le contrôle de son système d’imposition, et de ses lois sur l’avortement.

Ce qui révèle le fragile jeu de dominos qu’est l’Europe : les présidents polonais et tchèque, opposés à l’Europe, ne signeront le traité de Lisbonne que si l’Irlande l’accepte. Or, si l’on attend trop, Gordon Brown aura été remplacé par les conservateurs anglais qui veulent un référendum sur le dit traité, qui ne peut qu’être rejeté (la majorité des Anglais veut sortir de l’UE !).

À ce sujet la situation de Gordon Brown est paradoxale. Il est immensément impopulaire et n’a pu garder son poste que par la grâce d’un de ses pires ennemis. Parce qu’il est aussi faible, mais favorable à l’Europe, ses partenaires européens lui accordent ce qui lui permet de tenir encore un peu (Will EU watchdog bite UK?).

Réforme du système financier

Le gouvernement américain annonce un plan de contrôle du système financier. Changement radical et affrontement en perspective ? Deux idées émergent des premiers commentaires :

  1. Contrairement aux réformes qui ont suivi la crise de 29, ce plan ne présente pas de mesures structurelles radicales. Vu de loin, il semble complexe, embrouillé et manquant de clarté. Les organes de contrôle ressemblent à une armée mexicaine, et il y aurait de potentielles failles exploitables en bulles. Au mieux il y aurait quelques bons sentiments. Mais ils auraient une chance infinitésimale de résister au point 2.
  2. Le pouvoir, difficilement imaginable en France, du lobby financier. Un sénateur dit que les banques « possèdent » le congrès. Parce que la finance américaine a été sortie de la crise par l'état américain sans dommage sérieux, ses forces sont intactes et elle a une capacité énorme d’influence (elle aurait été le plus gros contributeur à la campagne Obama et aurait dépensé 5 milliards $ en investissements politiques en une décennie). Le texte de la réforme contient même des phrases qui seraient écrites par elle (ses représentants ont participé activement à sa rédaction). Par exemple : « compte-tenu du rôle capital (des plus grandes banques) pour le système financier et l’économie, leur donner des obligations prudentielles trop élevées pourrait contraindre notre développement financier et économique à long terme ». Autrement dit, le développement, marginal, des grandes banques (mais pas des petites) compte infiniment plus que le risque qu’elles font courir à la nation et au monde, y compris d’ailleurs à l’économie et à sa croissance. Quant au gouvernement Obama, il semble ne pas envoyer un signal très ferme de sa volonté d’en découdre. Il paraît plutôt s’abriter derrière des excuses, la situation ne lui est jamais favorable. Décidément, il ne donne vraiment pas l’image des grands réformateurs des livres d’histoire.

Cette crise, une fois encore, me semble avoir été une défaite de la démocratie. Une partie de la population a réussi à tordre ses règles en sa faveur, et elle n’est pas prête de lâcher sa position dominante. La crise est favorable au changement, et celle-ci a été gâchée par l’administration Obama.

Compléments :

Dette

Une épée de Damoclès au dessus de la tête des (ex ?) pays riches : leur dette. Elle tuerait tout espoir de redémarrage de l’activité autre que négligeable. J’essaie de comprendre l’effet que cela pourrait avoir, mais je ne suis pas sûr d’avoir réussi :

On a trop de dettes si elles entraînent le pays dans un cercle vicieux : les prélèvements sur l’économie sont tels que celle-ci périclite. D’après des calculs du FMI, la dette accumulée va forcer les états à augmenter les prélèvements prévus pour 2014 sur l’économie, de 1,8% pour l’Allemagne, 4,5% pour la France, 5,7% pour l’Angleterre, 14,3% pour le Japon, 3,5% pour les USA, 3,1% pour l’Espagne. Le chiffre de la France, s’expliquerait plus par un endettement fort en début de crise, que par l’ampleur relativement modeste de son plan de relance.

Quant au Japon, il semble aller de mal en pis, sa dette passe de 170% du PIB en 2007 à 234% en 2014 (niveau de la dette de l’Angleterre à la fin de la seconde guerre mondiale). C'est peut-être ce qu'il y a de plus préoccupant. Les crises sont si fréquentes, qu'elles ne laissent peut-être pas le temps nécessaire pour liquider les effets de la précédente. Une fois touché, il n'est plus possible de se relever ?

Parmi les facteurs favorables à la santé d'un état endetté, il y a : la valeur des biens de l'état (qui viennent en déduction de la dette – ce qui améliore la situation du Japon), le fait que la dette soit en monnaie du pays (avantage pour les USA de détenir une monnaie de réserve) et qu’elle soit détenue par des nationaux (Japon). J’imagine aussi qu’à un certain niveau de dette son intérêt doit augmenter brutalement.

Finalement l’économie des pays « riches » souffrirait moins de cette dette que du vieillissement de leur population, dont le coût actualisé serait de 5 fois le PIB américain. Probablement, il va falloir allonger nettement la durée de travail. Mais comment éviter de subir un nouveau choc, une fois de plus en position de faiblesse ?

Compléments :

jeudi 18 juin 2009

Green IT

Début d’enquête sur un sujet sur lequel j'avais peu réfléchi. Premières informations à confirmer :

  • green IT c’est réduire les 2% d’émission de CO2 qu’émettent télécom + informatique (autant que le transport aérien). Statistique : 49% viendraient des PC et des imprimantes, 37% des réseaux télécom, 14% des data centres.
  • Mais c’est surtout utiliser l’informatique pour abaisser émission de CO2 et consommation d’énergie du reste de l’activité humaine (par exemple en optimisant les déplacements - logistique). D’ici 2020 son bon usage permettrait de réduire d’un 5ème les émissions de CO2 actuelles. Il y a donc beaucoup à faire dans ce qui est « smart ». C'est-à-dire qui s’adapte intelligemment aux événements pour minimiser la consommation. Cette intelligence vient essentiellement du logiciel. « Smart grid » qui répartit au mieux énergie entre production et consommation, places de marché d’échange d’énergie, terminaux intelligents (Ex. contrôle de l’allumage des ampoules, qui ferait gagner 40% en énergie (Street light vision)), etc.
  • Microsoft serait forte sur ce marché. Il y aurait aussi un grand espace de création de start up, notamment en France, avec quelques belles sociétés qui déjà apparaîtraient. On parle aussi d'IBM, et de HP (PC et data centres).

Je découvre au passage deux autres informations non IT :

  1. La capture de carbone : capturer le carbone émis permettrait, par exemple, d’utiliser sans dommages le charbon, une des sources d’énergie les plus abondantes au monde et capitale pour la Chine.
  2. Peut-être une bonne nouvelle pour nous : la France aurait une forte industrie de l’énergie qui saurait profiter du nécessaire changement que demanderait l’effet de serre, il s’agirait non seulement d’Areva, mais aussi de sociétés comme Alsthom.

(à suivre)

Compléments :

La relance par le (non) stress

Il y a quelques temps je me suis trouvé pris dans un débat sur les raisons du stress, avec des experts du sujet qui ne semblaient pas partager mon point de vue sur sa cause organisationnelle. Un article semble pourtant me donner raison :

le stress modéré ou très élevé intervient dans des situations dans lesquelles l’individu rencontre des difficultés à faire face aux paradoxes, contradictions, aux dilemmes dans lesquels les situations de travail le placent.

(...) Le stress révèle d’avantage les difficultés d’une situation de travail que la personnalité d’un salarié.

Arrive alors une déclaration inattendue :

Un certain nombre d’études, depuis longtemps, approchent le coût direct du stress (santé) et le coût différé (par exemple, l’inefficacité des organisations). Ces études, en France comme à l’étranger, indiquent un ratio de 3 à 5% du PIB.

Je ne sais pas ce que valent ces résultats, en particulier en période de crises. Mais, on peut toujours rêver : et si se trouvait dans le stress la source de productivité qui manque à notre société en panne (6% de PIB correspond au dettes de l’état) ?

Compléments :

  • Didier Hauvette, qui a écrit sur le stress et avec qui je viens de discuter de la question, semble aussi m’approuver.

mercredi 17 juin 2009

Nouvel ordre mondial ?

Bizarre comme les scénarios peuvent évoluer en se complétant. Initialement, j’avais cru comprendre que la crise venait d’un afflux de fonds aux USA à la recherche de placements, puis que ces fonds étaient une manœuvre stratégique chinoise pour maintenir élevé le prix du dollar. Maintenant, sans contradiction, il se pourrait que le phénomène s’explique par la fonction monnaie de réserve du dollar.

L’Amérique aurait trouvé un moyen étonnamment habile de vivre à crédit : elle achète en dollars, et les pays à qui elle achète (Chine, etc.), sont obligés d’utiliser ces dollars pour acheter ses bons du trésor, afin de maintenir un cours du dollar favorable à leurs exportations.

Il y aurait actuellement 4000 milliards$ de bons du trésor. Ces emprunts permettraient de financer l’armée américaine (2000 milliards$) et des achats d’actifs étrangers, investissement judicieux puisque rapportant plus que les bons du trésor.

Les pays en développement commenceraient à trouver très désagréable d’avoir, notamment, à financer une armée américaine inamicale. En outre ils apprécient peu que l’Amérique leur donne des leçons qu’elle ne suit pas. Ils chercheraient donc à se dégager de l’emprise américaine en signant des accords bilatéraux qui leur permettent d’éviter le dollar.

Ceci va-t-il dans le sens d’une Chine qui construirait un circuit économique propre, isolant les USA (Paix chinoise) ?

Scénarios d’avenir ? Une Amérique dévastée, ayant détruit sa capacité productive et défaillante dans le remboursement de sa dette, est-ce possible ? Les Américains ne vont-ils pas être amenés à réduire leur budget militaire pour survivre ? Maintenant qu’elle n’a plus de modèle, la Chine est-elle en train de prendre une stature de leader mondial ? Est-ce inquiétant ?

Compléments :

Les délocalisations sont devant nous ?

Richard Baldwin fait état d’une étude qui estimerait à 30 ou 40 millions les pertes d’emplois du secteur des services causées aux USA par la combinaison des faibles salaires émergents et des nouvelles possibilités des télécoms.

Il fait remarquer que les choses ne se passent pas comme cela : les emplois ne sont pas éliminés mais déplacés. Les millions perdus sont recréés ailleurs. Les services que peut produire l’Inde ne sont pas ceux que peut produire l’Amérique, par conséquent l’Inde achètera les services de l’Amérique et réciproquement, de même que les voitures allemandes n’ont pas condamné la production française.

Heureusement qu’il en est ainsi : l’économie mondiale est un échange. Si un pays ne peut pas acheter, parce que son peuple est au chômage, l’autre ne peut pas produire. Par conséquent, il est fort difficile de voler des emplois sans que ça vous retombe sur le nez.

Et ce n’est pas comme cela que ça se passe ordinairement. Un ami travaille avec les USA, il a sous-traité la partie la plus simple de sa « relation client » au Pakistan. Cela lui permet de se dégager de cette tâche qu’il n’aime pas et de faire ce qui compte vraiment pour ses clients, dont il multiplie le nombre.

On est dans une situation qui ressemble à celle de l’automatisation. Il y a gain de productivité pour une personne donnée. Le temps dégagé lui permet de développer des compétences qui jusque-là n’étaient pas présentes, d’enrichir le monde de ce qu’il ne connaissait pas.

Mais tout n’est pas rose. Comme le dit Alfred Sauvy, la machine ne crée pas le chômage, par contre elle force le pays à de douloureux changements, et ces frottements sont, eux, responsables du chômage. Il suggérait que l'état guide la transition, un genre de flexisécurité danoise.

Compléments :

  • SAUVY, Alfred, La machine et le chômage, Dunod, 1993.

mardi 16 juin 2009

Iran suite

Un article qui paraît bien informé semble dire que le problème que pose l’élection iranienne n’est pas tant le trafic des chiffres que le fait que l’on ait pu croire qu’ils ne seraient pas trafiqués. Car l’Iran n’a absolument rien d’une démocratie.

Je m’interroge. Est-ce que le gouvernement iranien voulait faire de ses élections une campagne de communication, histoire de se montrer démocratique et de désarmer en partie l’animosité occidentale ?

Il n’avait pas prévu que son opinion publique, et ses « opposants » (pourtant des apparatchiks qui savaient à quoi s’en tenir), le prennent au mot ? En tout cas, il semble avoir dispersé les doutes le concernant et affermi la position de ceux qui ne l’aiment pas.

Prix d’un patron

Mon attention erre sur une publicité de l’université de Chicago (What the future holds for markets, dans l’édition de cette semaine de The Economist). Un professeur certainement célèbre y déclare « le PDG typique gagne 8m$, il a 20.000 employés, nous le surveillons tous, en permanence, dans l’attente d’une erreur. C’est vraiment dur, même à ce niveau de paie ».

Drôle d’argument. Imaginez que vous soyez patron, il suffit de faire illusion un mois pour que vous ayez gagné 700.000 dollars. Plus de 15 ans du PIB moyen américain. Dans ces conditions, la tension ne me semble pas si difficile à supporter.

D’ailleurs, n’est-il pas plus difficile de travailler dans une centrale nucléaire, ou à la régulation des trains ou des avions ? Une erreur = des centaines, ou des milliers de morts. Or ceux qui ont ces emplois à responsabilité ultime sont payés des clopinettes. N’y aurait-il pas une erreur quelque part ?

On répondra sans doute que ce n’est pas tel ou tel qui fait la sécurité d’EDF ou de la SNCF mais la structure sociale EDF ou SNCF, des centaines de milliers de personnes guidées par des processus qui ont mis des décennies à se construire. Mais n’est-ce pas aussi le cas pour le P-DG ? Et n’est-ce pas parce qu’on la shooté au fric qu’il en veut toujours plus et que, pour cela, il fait courir des risques invraisemblables à son entreprise, à l’économie, et au monde ?

Complément :

  • Il y a encore quelques décennies, on pensait que le dirigeant devait être un salarié plus ou moins interchangeable d’une technostructure : L’ère de la planification.
  • La recherche scientifique dément l'universitaire (Steven Kaplan) : les dirigeants ont une confiance démesurée en leur chance et en leur talent, autrement dit ils sont insensibles à la critique. LOVALLO, Dan, KAHNEMAN, Daniel, Delusions of Success, Harvard Business Review, Juillet 2003.

Devises

Jeffrey Sachs fait un historique des évolutions du système monétaire mondial :
  • Il y a 100 ans, étalon-or, qui s’effondre aux environs de 14.
  • Redémarrage dans les années 20, mais le manque d’or aurait produit une contraction monétaire, et contribué à la grande dépression.
  • Après la guerre de 40, le dollar est monnaie de réserve. Il est convertible en or (en théorie probablement, puisque sinon on serait ramené au cas précédent).
  • En 71, Nixon supprime la convertibilité, qui devient difficile : il imprime des billets pour les besoins de la guerre du Vietnam.
  • Le lien étroit demeurant entre les monnaies mondiales et le dollar aurait créé la crise actuelle : le laxisme américain aurait fait enfler la masse monétaire américaine, et donc mondiale, d’où crédit facile…
  • L’avenir serait à un « panier » de devises réparti suivant les forces relatives de chaque nation.
Ça ne dissipe pas le mystère qu’est pour moi la monnaie. Elle doit suivre la « création de valeur », une sorte de consensus mondial sur ce que « vaut » ce qui a été produit. Quand il n’y a pas assez d’argent, l’économie est étranglée. Quand il y en a trop, c’est la spéculation. En outre la monnaie semble aussi être utilisée tactiquement, par exemple pour se débarrasser d’une crise. C’est peut-être pour cela que découpler en partie les monnaies mondiales de telle ou telle monnaie particulière est un bon compromis : cela évite que les manœuvres plus ou moins orthodoxes d’un gouvernement ne contaminent les autres.

lundi 15 juin 2009

Que penser de l’Iran ?

Dans un précédent billet, je trouvais l’Iran assez démocratique. Les résultats de la dernière élection connus, est-ce toujours le cas ?

  • Y a-t-il eu manipulation des résultats ? Personne n’en sait rien. Il est possible que l’Occident ait exagéré la force de l’opposition parce qu’il lui était plus facile d’approcher les classes moyennes que le peuple.
  • Ce qui est surprenant est la taille d’une victoire au premier tour, alors que, si mes souvenirs sont bons, la précédente élection de M.Amadinejad avait été une surprise. Or, cette fois ci, l’opposition semblait importante et déterminée.
  • D’ailleurs, cette opposition est visiblement extrêmement mécontente, puisqu’elle est prête à risquer sa vie pour ses idées. Or, une démocratie ce n’est pas qu’un choix à la majorité, c’est aussi la capacité de représenter la diversité d’une population, qui fait sa richesse (l’Iran n’aurait pas grand avenir si elle n’était peuplée que de paysans).

On fait fréquemment l’erreur de penser que parce qu’un parti politique est élu démocratiquement, ce parti est démocratique. Il ne l’est que s’il est capable de se faire battre. Sinon, comme le parti nazi, c'est une dictature.

Si c’est le cas pour l'Iran, et si l’argument du précédent billet est juste (M.Amadinejad a été fait par M.Bush), il y a ici un sérieux avertissement : nous avons intérêt à manipuler avec prudence les démocraties fragiles, sous peine d’en faire des dictatures.

Complément :

Homme politique idéal

Un sondage donne des résultats inattendus : des Français qui croient, massivement, en l’Europe, et qui veulent qu’elle s’étende, y compris à la Turquie.

Alors pourquoi ne votent-ils pas ? Peut-être parce que les politiques ne parlent pas d’Europe. Nouvelle prédiction auto-réalisatrice ? Les politiques n’aiment pas l’Europe, on ne vote donc pas pour eux, ils en déduisent que nous n’aimons pas l’Europe ?

Notre démocratie n'est pas dirigée par les hommes politiques qu'elle mérite. Qui devraient-ils être ? Probablement des leaders selon Kotter :

  1. Le leader est capable de faire un diagnostic objectif des problèmes et désirs de la nation ;
  2. il sait concevoir une solution élégante à la question qu'il a dégagée ;
  3. il sait la mettre en oeuvre de manière impeccable.
Ce n'est pas pour autant que leader = technicien sans saveur : chaque famille politique a son savoir-faire et possède des techniques qu'elle est habile à utiliser, techniques plus ou moins bien adaptées à une situation donnée. Il y a des solutions de gauche et de droite à un même problème.

Nos politiques sont particulièrement insatisfaisants sur les points 1 et 3. Devons-nous nous en débarrasser ? Non, ils peuvent se corriger. Voici comment les aider :

  1. mesurer leurs scores,
  2. leur montrer que leur avenir ne tient qu'à l'amélioration de leurs résultats.
Un système d'indicateurs, voilà ce qui devrait plaire à notre président.

Nouveau modèle européen

Deux idées reviennent toujours quand on parle d'UE : 1) une union de plus en plus étroite ; 2) l’union économique conduira à l’union politique. Judicieusement, The Economist remarque (probablement avec soulagement), que le succès de l’Euro n’a produit ni l’un ni l’autre.

Il semblerait plutôt que

  1. ce dont a besoin l’Euro, c’est de petites institutions légères (comme la BCE, ou un fonds pour sauvetage de banques européennes) ;
  2. tout ce qui se veut « politique » accouche de règles lourdes et contre-productives.

Irait-on vers un modèle d’Europe où chaque nation conserverait sa spécificité, et serait coordonnée par des organisations transversales, à l'image des comités du GM des origines ?

Complément :

dimanche 14 juin 2009

Le pire est au dessous de la réalité

L’humanité est menacée par l’effet de serre, l’acidification à court terme des océans qui en éliminerait la vie, l’épuisement de l’eau, la disparition du phosphore et la fin de l’agriculture. Maintenant on se demande comment elle va se débarrasser de sa dette. Mais, cette dette, terrifiante pour certains, n’est rien par rapport à ce qui s’annonce :

« D’ici 2050, un tiers de la population des pays riches aura plus de 60 ans ». Comment payer retraites et coût d’entretien ?

Cet empilage de signes prémonitoires m’a fait penser à la forêt. Quand l’homme s’en occupe, il lui épargne les petits incendies, et elle est victime de feux qui la détruisent complètement. Je me demande si, en voulant éliminer tous les risques de sa vie, l’homme ne s’est pas exposé à ce que l’espèce humaine soit liquidée d’un coup.

Le banquier pavoise

The Economist n’en croit pas ses yeux. « à l’exception de la défense et de l’espace, il est difficile de penser à une industrie plus dépendante de l’état » que les banques, et pourtant ses dirigeants défient, grossièrement, le gouvernement Obama.

L’histoire du « coup de poignard dans le dos » de l’armée allemande, après la guerre de 14, se rejoue. Les grands banquiers braillent qu’ils n’ont jamais été en crise et que le gouvernement les a forcés à accepter son aide. Et ils tournent en dérision sa stupidité.

Grand classique du changement : on ne fait pas un changement contre la volonté de ceux qui doivent le mettre en œuvre. Pour la banque américaine, deux techniques étaient recommandées :

  1. laisser les banquiers dans la situation dans laquelle ils s'étaient mis, jusqu’à ce qu’ils appellent au secours (anxiété de survie) ;
  2. les éliminer (c’est la méthode Bagehot).

Plus préoccupant, pour le fonctionnement du monde, si les banquiers narguent Obama et son équipe, c'est qu'ils donnent l’image de la faiblesse.

Compléments :

  • Le perspicace Delors avait prévu l'attitude des banquiers.
  • Les banquiers jouent même du sophisme pour montrer leur permanente excellente santé.
  • Il n’y a guère que sur la France et leur population qu’Obama et les siens osent taper.

Prochaine crise

Simon Johnson fait un bilan de l’état de l’économie américaine et de sa gestion :

  • Une reprise s’annoncerait, mais de façade, économie très fragile, chômage installé pour longtemps, déficit peut-être incontrôlé, pas de moteur économique, gouvernement occupé à masquer la réalité. Mais les patrons du secteur financier se tirent de la crise qu’ils ont suscitée aussi bien qu’ils y sont entrés. Tout n'est pas noir.
  • Plus inattendu : une bulle spéculative serait en gonflage. Les taux d'emprunt étant très faibles aux USA, les pays solvables peuvent se financer à bon prix. Ce qui pourrait être une bonne nouvelle pour les USA (et leurs banques) : il pourrait y avoir baisse du dollar, début d’inflation, donc attaque de la dette et compétitivité à l’export. La baisse du dollar allégerait aussi les remboursements des débiteurs. Comme d’habitude quand il y a excès d’argent, il y aura spéculation et crise.

Amusant, depuis la chute du mur de Berlin et la prise en main de l’économie mondiale par les USA, une crise succède à une autre. À chaque fois, ils pensent avoir trouvé la formule gagnante, à chaque fois elle crée une nouvelle crise. Précédents épisodes étrangers : Consensus de Washington.

Paix chinoise

Thème récurrent chez les économistes anglo-saxons : la Chine doit consommer pour relancer l’économie américaine. C’est dans son intérêt bien compris. D’ailleurs son obstination à accumuler est coupable de la crise. Imparable ?

Que devient l’Amérique si la Chine ne l’aide pas ? Selon les économistes, au moins une décennie de sur-place (scénario de la crise japonaise). Faute d’avoir appliqué à son système bancaire le traitement de cheval suédois, il demeurera fragile et ne pourra alimenter l’économie.

Il n’y a là un problème pour la Chine que si elle adopte la logique économique américaine, de la course à l’enrichissement matériel. Et si la Chine refusait cette logique ?

  • Les règles du capitalisme sont culturelles, celles de l’Occident et du monde anglo-saxon. La Chine ne sera qu’un joueur maladroit tant qu’elle n’aura pas imposé son propre jeu, venu de sa culture.
  • Pourquoi acheter des bons du trésor américain, sinon pour augmenter artificiellement le prix du dollar, et rendre artificiellement performantes ses exportations ? Prendre les barbares américains, et accessoirement occidentaux, au piège de leur crise, n'est-ce pas un moyen de les mettre hors d'état de nuire ?
  • La décennie perdue ne lui permettrait-elle pas d’imposer un modèle qui semble poindre, centré sur elle et débarrassé de tout risque (ce qu’elle cherche à faire en achetant ses sources d’approvisionnement) ? Retour au modèle antique d’une Chine qui domine une périphérie anesthésiée qu’elle a corrompue ?

Compléments :

  • La Chine pourrait désirer se venger, parce que l’Occident l’a dépecée, avec beaucoup moins d’élégance que les Mongoles (qu’elle a absorbés), et surtout avec un total mépris pour ce à quoi elle tient le plus : sa culture. GERNET, Jacques, Le monde chinois, Armand Colin, 4ème édition, 1999.
  • La vengeance est d'ailleurs recommandée par les scientifiques : SIGMUND, Karl, FEHR, Ernst, NOWAK, Martin A., The Economics of Fair Play, Scientific American, Janvier 2002.
  • Si nous ne nous sommes pas vengés des fauteurs de crise, c’est probablement parce qu’ils sont au pouvoir, et qu’ils nous ont convaincus qu’ils étaient notre seul recours (Géniale droite).