samedi 6 juin 2009

Un an

Un travail archéologique me fait croire que ce blog est né le samedi 7 juin 2008. Je n’ai pas une idée totalement précise de la raison pour laquelle je l’ai créé. En partie c’était pour aider les commerciaux d’une société de formation qui voulait commercialiser des cours de conduite du changement.

Si certains messages sont antérieurs au 7 juin, c’est parce que ce blog a initialement suivi une logique qui n’était pas totalement celle d’un blog : je l’avais conçu comme un support de vente d’accès facile. J’ai produit une cinquantaine de messages en un week-end, en reprenant d’anciens textes ou en en écrivant de nouveaux. J’ai aussi créé un second blog qui avait pour objet de recenser des ouvrages importants pour les sciences du changement. Lui aussi a atteint une cinquantaine de billets en un week-end. Mais la formule n’était pas satisfaisante. D’une part, j’ai intégré les critiques de livres au blog principal, et, d’autre part, j’ai commencé à faire de véritables analyses, qui puissent être utiles à ma réflexion. J’ai d’ailleurs fini par comprendre que pour tirer quelque chose d’un livre il fallait, quasiment, le lire deux fois. Pas étonnant que les auteurs soient frustrés par le peu que l’on comprend de leur travail, et que les écrivains de best sellers techniques américains aient développé leur merveilleuse technique d’écriture qui dit si simplement si peu.

Ce blog illustre ma façon de construire des partenariats. Je ne mesure pas mon effort, et donne sans compter, et sans rien demander. Cela a l’effet de révéler les faiblesses du partenaire en un temps record. Le 9 juin, les dysfonctionnements de l’équipe commerciale étaient patents. Suite à quoi mon blog commençait une existence sans but lucratif, à la recherche d’une raison d’être et d’une cohérence qu’il n’a pas encore trouvées.

Où en était-on il y a un an ? Barak Obama n’était encore qu’une curiosité, qui avait mis KO Mme Clinton, parce qu’il avait séduit quelques venture capitalists (Clinton, Obama, changement), et la crise que l’on voyait poindre depuis le début de 2007, au moins, ne semblait pas bien sérieuse (Jacques Mistral: comment éviter subprime 2). Il n’était pas prévu, alors, qu’elle serait le thème principal de mes billets.

Pour quelqu’un qui s’intéresse au changement, la crise est une chance, c’est l’exemple même de la phase critique du changement, celle du dégel (Kurt Lewin), où la société pioche de plus en plus profond dans son inconscient pour y chercher ce qui est la cause de ses malheurs. Rien ne va plus.

Parlement européen

The Economist confirme, et complète, ce que dit Vote Européen :

  • Le parlement est en train de prendre beaucoup de pouvoirs.
  • Les comités y sont forts, ils seraient dominés par des lobbies.
  • Les parlementaires ne « représentent qu’eux-mêmes », ils suivent ce qu’ils croient bon, et non ce que désire leur parti d’origine (les travaillistes seraient allés jusqu’à voter contre la possibilité pour la Grande Bretagne de s’exempter d’une directive limitant le nombre d’heures travaillées). Ce que renforce le mécanisme du consensus, qui fait, d'ailleurs, que les débats européens n’auront jamais le « drame » (et l’attrait) des féroces débats anglais.

Voilà pourquoi le parlement européen enchante les fédéralistes, mais n'intéresse pas les électeurs. The Economist recommande que les députés européens soient désormais étroitement dépendants des intérêts et parlements nationaux, comme au Danemark.

Pour qui voter ?

Le questionnaire de www.euprofiler.eu peut aider celui qui ne sait pas pour qui voter, demain, à se faire une opinion. Et à analyser son choix lorsqu'il l'a fait. Quelques observations :

  • L’attitude de l’interviewé par rapport à l’Europe se définirait principalement selon deux axes : position vis-à-vis de l’intégration européenne et gauche / droite (des analyses plus détaillées sont aussi possibles, mais par rapport à un parti donné).
  • Ce type de questionnaire, qui cherche à comprendre ce que l’on croit, est probablement plus efficace que celui qui demande son avis par rapport à des intentions - programmes politiques (que je n’arrive d'ailleurs pas à distinguer) : dans un cas on compare ce que l’on est, dans l’autre ce que l’on croit être.
  • Je suis (assez) proche de partis dont je pensais être (plus) éloigné, et (plutôt) éloigné de partis dont je pensais être (plus) proche. Cela signifierait-il que je ne connais pas bien leurs idées ? Ai-je bien fait mon travail d’électeur ? Les partis font-ils bien le leur ? (Ou nous trompent-ils ?)
  • Le positionnement des grands partis diffère considérablement d’un pays à un autre. Par exemple travaillistes et conservateurs anglais semblent beaucoup plus au centre que l’UMP, mais beaucoup moins favorables à l’intégration européenne que tous les grands partis français, les conservateurs étant aussi attachés aux valeurs nationales que, par exemple, Chasse pêche nature, chez nous.

vendredi 5 juin 2009

État de l’Europe

Un sondage de Libération dresse indirectement un bilan de la construction européenne. 2 résultats :

  1. Le plus en plus grand désir d’isolement de l’Allemagne (un des rares pays européens à ne pas vouloir d'armée européenne).
  2. Le sentiment d’une part considérable de la population que l’UE a amplifié la crise, et, même, est son origine. Seul salut : la nation.

Très inquiétant. Explication ? Politique hyper libérale de ces dernières années ? Gouvernants accusant Bruxelles de leur incompétence ?...

Ceci pourrait surtout montrer qu’une partie de la population souffre beaucoup plus que ne le pensent les classes dirigeantes. Elle attribue probablement ses maux, à ce qui est le plus visible.

L'Union, fauteur de crise?, Fédéralisme: le divorce franco-allemand.

Vote Européen

J’ai fait une
liste de stratégies de vote aux européennes, toutes sans rapport avec les programmes politiques. Du nouveau me fait préciser le tir : 1) les stratégies d’opposition à l’UMP ne marchent pas (PS, MoDem) ; 2) selon un sondeur parlant à la radio, le votant aurait un petit faible pour les partis qui s’intéressent à l’Europe ; 3) mais notre vote n’a peut-être aucune importance : qui que nous élisions, il se comportera comme n’importe qui d’autre

Les votes du parlement sont imprévisibles, parce que les parlementaires ont une grande liberté de choix, étant peu attachés à une logique de parti ou de bloc, et ne suscitant pas l’intérêt du journaliste. « Une sorte de laboratoire d’un espace public européen à venir. » Le parlement européen a des caractéristiques et un comportement infiniment plus démocratiques que ceux des parlements nationaux :

  • Du fait de la dilution relative des représentations nationales, il obéirait de moins en moins aux « logiques nationales » (sauf en ce qui concerne l’Angleterre et l’Allemagne).
  • Il est contraint au compromis (donc à prendre en compte un grand nombre d’opinions) à cause 1) d’une absence de groupe dominant, et 2) d’une définition intransigeante de la majorité.
  • Peut-être y aurait-il, au moins parfois (l’article parle d’un second amendement anti-Hadopi), « un refus de céder aux États » ?

Manifestation d’une valeur fondatrice de l’Europe : dépasser le concept d’état ? Le comportement des députés en ferait-il les premiers Européens ?

Intérêts négatifs

The wonderful world of negative nominal interest rates ou il n’est pas difficile de fixer des taux d’intérêts négatifs :

Le seul point un peu compliqué est de placer un intérêt négatif sur la monnaie (une taxe). Ce qui peut être fait de multiples façons, par exemple en supprimant l’usage de la monnaie ou en utilisant une monnaie pour usage interne, qui se déprécie par rapport à la monnaie externe.

jeudi 4 juin 2009

Retournement et transition

Serge Delwasse critique et complète ma classification management par intérim / chasse de tête / conseil :

Le manager de retournement (qu’il appelle « manager de combat ») se distingue du manager de transition, parce que le manager de transition apporte essentiellement ses compétences pendant une durée donnée (comme un pianiste apporterait ses compétences à un orchestre). Le manager de retournement, lui, aurait pour but de transformer l'entreprise.

Triste campagne

Que disent les programmes des partis politiques ? On entend parler de la grippe porcine, malade par malade, de la crise, licenciement par licenciement... mais absolument rien sur les élections européennes. Réflexions :

  1. Pas facile de construire ses idées quand elles ne sont pas alimentées par celles des autres.
  2. Je viens de recevoir bulletins de vote et argumentaires d’accompagnement. Pas facile de voir ce qui différencie les partis politiques. Du moins les grands. Les messages me semblent proches. Jusqu’aux socialistes et aux écologistes qui vont créer, pour les mêmes raisons, 10 millions d’emplois.
  3. Pourquoi ne nous parlent-ils pas de leur capacité à la conduite du changement : quelles sont les chances qu’ils mettent en œuvre leurs promesses si je vote pour eux ?
  4. Les socialistes suivent une stratégie européenne. Sans doute une bonne idée : les élections seraient bien plus passionnantes si des partis européens s’affrontaient à coups de grands modèles de société, bien au dessus des préoccupations nationales. Mais où est l’envolée lyrique originale dans le discours socialiste ? Très timide. Hier, j’ai entendu M.Jospin dire que l’avenir ne se jouerait qu’entre grands partis européens, et qu’il n’y en avait que deux : les alliés de l’UMP et les alliés du PS. Il fallait choisir l’un ou l’autre. N’est-ce pas légèrement incorrect : les autres groupes peuvent voter avec ces partis, et les partis nationaux au sein de ces groupes ne sont pas tenus à la solidarité ? (A Strasbourg, le Modem coupable de "libéralisme"?)
  5. Les électeurs, alors, vont-ils voter en fonction de raisons autres que les programmes ? Sanction du parti au pouvoir ? Sanction de l’opposition ? Sanction des deux ? Abstention - réprobation vis-à-vis de partis qui n'ont pas fait leur travail européen sérieusement ? Encouragement des partis qui croient en l’Europe ?...

Compléments :

mercredi 3 juin 2009

Les formes de l’agressivité féminine

Les modes d’agression des hommes et des femmes sont différents (Why Girls Are So Cruel to Each Other) :

  • L’homme frappe.
  • La femme emploie des stratégies sociales. Elle cherche à faire exclure l’adversaire du groupe social, par la calomnie. Raison ? « En termes d’évolution, historiquement et dans toutes les cultures (…) les filles entre 15 et 19 ans seraient dans la phase de recherche la plus active de partenaires. Ainsi, tout ce qui peut saboter l’image d’une autre femelle comme partenaire de reproduction désirable (…) tend a être la matière du commérage viril ».

Réflexions :

  • Cela peut aussi vouloir dire que la femme a un rôle social plus important que l’homme, et que sa capacité à isoler ses adversaires peut prouver ce talent, qui serait utile à l’homme.
  • Un article que je cite ailleurs, dit quelque chose qui va dans ce sens, et montre, en conséquence, que la femme est plus affectée que l’homme par tout ce qui touche au lien social.
  • Cette capacité à manœuvrer les forces sociales, le fondement de la conduite du changement, ferait-elle de la femme un animateur du changement né ?

Ultralibéral Obama

Vraiment, Obama n’est pas où on l’attend. Alors que l’on aurait pensé qu’il allait défendre le travailleur américain et ses syndicats, une fois de plus il semble utiliser la bonne opinion que l’on a de lui pour faire ce qui était impossible à l’administration Bush (Bankrupt Thinking).

  • GM aurait été restructuré par un groupe d’experts ne connaissant pas le secteur. Une fois de plus le congrès n’a pas été consulté.
  • La mise en faillite était évitable. Or, en termes d’image de marque, elle va faire très mal à GM.
  • Alors que le coût de la main d’œuvre est de peu d’importance (10%) du total, non seulement les syndicats ont accepté des réductions de salaires impensables pour le régime précédent, mais les délocalisations en Chine sont accélérées. Et le réseau de distributeurs va lui aussi être réduit, alors qu’il a peu d’importance pour la rentabilité de la société (100.000 licenciements). Il semblerait enfin que GM ne puisse plus être poursuivie pour ses défauts de qualité antérieurs à la faillite.
  • Ces mesures hyper déflationnistes (alors que la déflation est le cauchemar du gouvernement !) et massivement destructrices du tissu social coûtent une fortune au contribuable américain.

C’est difficilement compréhensible. L'administration Obama serait-elle en train de faire financer par la nation américaine la politique qui a suscité la crise ? Peut-être pense-t-elle qu'à quelques défauts près, elle n'était pas mauvaise ?

mardi 2 juin 2009

Le gouvernement améliore son art du changement ?

Le gouvernement a demandé à Richard Descoings ce qu’il pensait de la réforme des lycées. Pour une fois on a un homme qui ne veut pas tout casser, qui cherche à améliorer l’existant et qui comprend qu’une partie de ses difficultés vient de sous-investissement, et d’une incompréhension de son mode de fonctionnement. Exemples :

je ne crois pas qu'on puisse mener à bien une réforme sans d'abord construire un consensus, sans l'implication des partenaires sociaux. C'est un travail de longue haleine. Si on ne prend pas la peine d'analyser pourquoi depuis quarante ans toutes les réformes du lycée échouent ou restent superficielles, on n'avance pas et on en reste à une opposition stérile, slogan contre slogan.

Il faut arrêter de rêver au grand soir de l'éducation, et commencer par améliorer ce qui peut l'être. Pour prendre un seul exemple, les crédits de formation continue des enseignants sont en constante baisse depuis des années. Aucune entreprise, aucune structure ne peut se passer de formation continue.

Compléments :

Chine et USA

Il semble y avoir désaccord entre économistes et gouvernants américains, les premiers voudraient que la Chine rapatrie ses capitaux et augmente le prix de sa monnaie, les seconds désirent que la Chine achète leur dette, ou, peut-être, ne pas la mécontenter.

L’idée des économistes est que, quelles que soient les fautes américaines, maintenir artificiellement basse sa monnaie joue contre la logique du marché mondial et n’est pas durable. En outre, si la Chine arrêtait d’acheter des bons du trésor américain, le dollar américain baisserait, ce qui serait bon pour les exportations du pays, et son inflation, qui allègerait ses dettes.

À son arrivée au ministère des finances, Tim Geithner semblait d’accord avec ce point de vue. Maintenant qu’il est en visite en Chine, il aurait changé d’avis. Signe de faiblesse ?

Si c’est le cas, très grave erreur, si j’en crois l’exemple de la France. Et nouvelle preuve du manque de courage du gouvernement américain ?

Compléments :

Science de la manipulation

Ce blog explique à longueur de billets que les sciences du management et l’économie sont des sciences de la manipulation, une forme de totalitarisme par lequel le petit nombre exploite le grand nombre. Mais pourquoi devrait-il en être autrement ?

À y bien réfléchir, il n’y a rien d’étonnant là dedans : ces sciences sont enseignées à ceux qui doivent diriger les autres, et non à ces derniers. Pourquoi devraient-elles tenir compte de leur intérêt ?

En fait, elles sont paresseuses. Comme le montre les crises, les désastres écologiques qui menacent l’espèce entière, et les réserves de plus en plus grande de The Economist vis-à-vis de la liberté du marché, les gains que le parasite tire de la société ne sont que de courte durée, il s’expose à des déconvenues. Il serait bien plus efficace pour lui s’il contribuait à l’édifice social. Pour cela il lui faudrait modifier une seule hypothèse de sa science : considérer la société comme intelligente.

Compléments :

lundi 1 juin 2009

Le marché contre l’homme

Je m’interrogeais sur l’inefficacité de la médecine américaine, je crois avoir trouvé un début d’explication. Un médecin publie les résultats d’une enquête qu’il vient de faire, les conclusions en sont étonnamment simples :

  • Tout le monde n’est pas logé à la même enseigne, il y a des endroits où l’on dépense beaucoup (les coûts médicaux dépassent même le revenu moyen !), et d’autres moins (de 3 à 1).
  • On tend à mieux se porter dans les derniers que dans les premiers. Pour une raison évidente : la médecine est dangereuse, il faut y avoir recours uniquement quand on est vraiment mal. En outre, les zones à médecine coûteuse tendent à éviter les mesures préventives bon marché. Paradoxe, et espoir pour tous les systèmes de santé mondiaux : ce qui est bon pour nous ne coûte pas cher !
  • La recette d’une saine médecine est une responsabilité collective de la santé du patient : la médecine est un travail d’équipe. Ce qui désagrège cette conscience collective est l’appât du gain, combiné à une rémunération individualisée, au résultat, qui ne peut qu’être quantitatif. Alors les médecins deviennent des entrepreneurs qui maximisent leur profit.
  • Il est possible d'identifier le moment de bascule d'un modèle vers l'autre. En ce qui concerne la dissolution de l'éthique médicale : un organisme leader d'opinion rompt avec les pratiques anciennes et définit les nouvelles normes de la profession. En sens inverse, il faut que toute la profession se réunisse pour décider de ce que demande la santé de la population, et comment s'imposer collectivement des règles qui la garantissent. Ces règles ne semblent pas uniques.
  • Reste un problème compliqué : si les USA veulent à la fois améliorer le niveau de qualité de leur médecine et en abaisser le prix, ils doivent réinstaller un sentiment de responsabilité collective dans l’esprit de leurs médecins.

Quant à la France, elle ferait bien de tirer profit de l’exemple américain, qu'elle tend à singer avec une application confondante.

Compléments

  • Ce que dit l'article sur les pratiques des médecins efficaces évoque les techniques de gestion d’un « bien commun » (ici la santé de la population).

Gran Torino

Je suis allé voir, avec retard, le dernier film de Cleant Eastwood. Je ne l’aime pas. D’une manière générale il y a quelque chose qui ne va pas entre Clint Eastwood et moi.

Difficile de dire quoi. Il est désagréable, « râpeux », mal fini…

Quant au film, en dehors d’une critique extatique, j’en savais peu. J’espérais ne pas avoir droit à un nouveau drame. Et bien si. Est-ce que l’Amérique est vraiment comme cela ? Un assemblage de communautés qui ne peuvent même pas se comprendre sinon à coups de flingue ?

Et les personnages se lancent à la tête leur nationalité d’origine comme des insultes. Est-ce, comme le dit Eastwood, une façon virile de montrer leur affection ? Ou masque-t-il sous cet artifice le refus de l’autre qui fonde la société américaine, que l’Américain d’en bas est un raciste à l’esprit étroit ?

Quant à Clint Eastwood, je ne le trouve pas crédible en Américain d’en bas, bourru, au grand cœur, qui, au fond, comprend tout, même les noirs. Je soupçonne que le vrai Américain est à la fois beaucoup moins ouvert et beaucoup plus capable de sentiments profonds.

Obama confirme

Dans de précédentes notes, je disais qu’Obama semblait 1) trahir son camp en donnant l’impression de jouer son jeu 2) n’avoir pas su utiliser la crise pour réformer l’Amérique. Cette opinion se confirme :

  1. M.Obama vient de nommer un juge à la cours suprême. Choix apparemment hérétique. Une femme et latino. Cependant, de près, elle ressemble beaucoup à M.Obama : sous son aspect exotique, elle appartient à la haute bourgeoisie, dont elle partage les valeurs. Maintenant, voici ce que dit The Economist de l’action de M.Obama : « Globalement, Wall Street voit un manque de lien bienvenu entre la rhétorique de l’administration Obama et ses actions. Le Ministère des finances apprend progressivement à réussir la quadrature du cercle qui consiste à montrer qu’il comprend la colère populaire d’un côté, et à maintenir un système financier dynamique de l’autre ».
  2. Pour autant, The Economist est inquiet : les tentatives de régulation de l’administration Obama s’enlisent. « Le retard peut être mis à profit par l’industrie financière (…) Mais si des mesures qui pourraient améliorer la stabilité du système sont victimes de la politique, tout le monde pourrait en pâtir. »

Tellement inquiet qu’il s’en prend à l’inefficacité de la démocratie : « Le congrès a beaucoup plus de chances que l’exécutif de laisser les intérêts particuliers et la démagogie décider du résultat ». Autrement dit c’est à l’exécutif de faire les lois. Voilà maintenant que les Anglais louent le dirigisme à la Française ! La crise est bien plus sérieuse que nous ne le pensions.

Compléments :

  • Quelques notes précédentes : L’étrange tactique de M.Obama, Transparent Obama ?
  • J'observe au passage que, décidément, The Economist devient le chantre de l’intervention de l’état : « Le système financier demande une supervision étroite, sinon des crises vont le déstabiliser (…) Seul le gouvernement peut faire respecter les lois de la concurrence, insister pour que les entreprises et les consommateurs limitent leurs émissions de dioxyde de carbone, ou intervenir pour rendre les soins accessibles à ceux qui sont trop malades ou trop pauvres pour pouvoir se les payer. »

dimanche 31 mai 2009

Parler d’une seule voix

Remarque paradoxale d'un article traitant du désir des gouvernants de « parler d’une seule voix » lors d’une crise :

  • Le gouvernement rêve d’émettre un message cohérent et unique. Pourquoi ? Pour ne pas créer de panique dans la population.
  • Mais la société (= nous) ne panique pas. Face à l’incertitude, elle tend plutôt à s’entraider. Elle interprète un discours unique comme une manipulation. En outre, chaque segment de la population ayant un point de vue particulier a besoin d’un message adapté. Finalement, c’est d’une diversité d’opinions que l’on construit ses idées. En bref, ce dont a besoin la population, c’est d’informations, mêmes contradictoires, pas d’être rassurée. C’est que l’on parle à son intellect, pas à ses émotions. Elle sait se faire une opinion et en déduire un comportement approprié.

Les gouvernements tendent à croire que leur peuple est fait d’individus disjoints les uns des autres, et dénués d’intelligence, dont le comportement obéit aux ordres, comme une machine. Alors que la société est solidaire par définition, et son comportement s’adapte au mieux aux informations qu’elle reçoit.

Curieusement, cette dernière description est celle que les économistes font des marchés financiers. Or, eux, sont constitués d’individus isolés, qui spéculent en période faste et se débandent en période de crise (aléa moral). Comment se fait-il que notre élite prenne la société pour une machine, et le marché pour un être parfait ?

  1. « Une incitation à parler d’une seule voix peut aussi être une stratégie pour contrôler le comportement des autres ». Les gouvernants n’ont peut-être pas peur d’une panique. Ils craignent, plus probablement, que les populations ne fassent pas ce qu’ils veulent. Si nous recevons une information cohérente, se disent-ils, notre comportement sera celui qu’ils désirent.
  2. Quand au marché, c’est lui qui fait leur fortune. Par conséquent, ils sont logiquement persuadés qu’il est parfait et que tout contrôle est nuisible.

Compléments :

  • L’article : CLARKE, Lee, CHEES, Caron, HOLMES, Rachel, O’Neill, Karen M., Speaking with One Voice : Communication Lessons from the US Anthrax Attacks, Journal of contingencies and crisis management, septembre 2006.
  • March et Simon ont fait la même observation : la littérature du management nous prend pour des machines. MARCH, James G., SIMON, Herbert A.,Organizations, Blackwell Publishers, 2ème edition, 1993.
  • Et maintenant, ce qu’il faut faire : Qu’attend l’organisation du dirigeant, en temps de crise ? et, surtout, Communication de crise.

Management de transition

Discussion avec Ollivier Lemal un des dirigeants d’EIM (plus gros cabinet de management de transition en France). Définition de ce qu’est un manager de transition, par opposition :

  • Le chasseur de tête recrute des gens faits pour la culture de l’entreprise. S’il y a besoin de management de transition, c’est parce que cette culture a besoin de changement. Le manager de transition est homme de rupture. Il est avant tout un rationnel « surqualifié » qui résout (vite) des problèmes techniques, pas un homme d’appareil. C’est pour cela qu’il n’est souvent que de transition (6 à 18 mois) : une fois qu’il a réparé la culture, il ne cherchera pas à s’y adapter. Il sera remplacé par une personne qui s’y sentira bien, à qui il aura transmis les nouvelles compétences qu’il a apportées à l’entreprise.
  • Le manager de transition intervient, généralement, après le consultant. Le consultant analyse et fait des recommandations. Le manager de transition choisit parmi celles-ci les 20% qui vont donner 80% des résultats désirés, et qu’il sait mettre en œuvre.
Remarque : je me demande s'il n'y a pas là, une solution au problème délicat de la transition fondateur-héritier dans l'entreprise familiale. L'entreprise, qui avait été construite à l'image, et autour, du fondateur, a alors besoin de trouver un nouveau souffle. Le manager de transition peut réaliser cette transformation, et préparer le successeur à prendre ses responsabilités.