lundi 6 juillet 2009

Honduras

Ce que je comprends de la situation du Honduras. D’un côté le monde des affaires appuyé par les USA, de l’autre un peuple de crèvent la faim. Caricature du modèle latino américain. Un président élu à droite dérive à gauche, jusqu’à devenir un allié de Chavez et de Cuba.

Et ça se complique : il n’a droit qu’à un mandat, mais en veut un autre. Il épuise les ressorts légaux, puis demande à l’armée de l’aider et licencie son chef d’état major récalcitrant. L’armée le jette, en pyjama, dans un avion en partance pour l’étranger. Chavez menace le pays de mesures de rétorsions (le Honduras dépend du pétrole vénézuélien), voire d’une guerre.

Les deux interprétations suivantes sont justes, ou quasiment :

  1. Un président, défenseur du peuple, dérange l’establishment qui organise un coup militaire.
  2. Un dictateur aux dangereuses tendances communistes est écarté par l’armée.

Ingrédients d'un dialogue de sourds, qui se termine en bain de sang. Chacun aurait été sûr de son bon droit.

La communauté internationale, emmenée par B.Obama, semble avoir évité le piège. Elle a condamné une violation démocratique (qui n’était pas évidente), évitant probablement une escalade.

La raison pour laquelle j'ai écrit ce billet est qu'il me semble que, dans cette affaire, la démocratie a vaincu. Face aux coups tordus des précédentes administrations américaines, Hugo Chavez était en passe de s’affirmer comme le champion de la justice sociale, le défenseur des valeurs démocratiques, et de les utiliser pour imposer au continent sud américain un modèle qui ne semble pas franchement les respecter. Il n'a plus de raisons d'être un démocrate approximatif.

Espérons que B.Obama va parvenir à adapter ce type d’intelligence manœuvrière à la situation intérieure des USA.

Compléments :

  • La même stratégie appliquée à l’Iran l’a montré beaucoup moins sympathique que ne le laissait paraître la politique préventivement agressive de l’administration Bush (Iran suite). C’est une illustration de prédiction auto-réalisatrice : l’administration Bush faisait le lit du fondamentalisme et du terrorisme de tout poil, et de la haine de la démocratie. C’est aussi une bonne nouvelle en ce qui concerne la Chine, qui utilise la duplicité américaine pour faire croire que la démocratie est un outil de destruction massive inventé par le perfide Occident. Face à un Occident honnête, il sera difficile à la Chine de céder à ses tendances dictatoriales et d’utiliser une propagande antioccidentale pour servir ses intérêts économiques, au détriment de ceux de ses partenaires.
  • Sur les événements : Booted out (avec un complément d’une émission de France Culture de ce matin, vers 7h).

L'Effet de serre rétraicit le mouton

Les moutons d’une ile d’Écosse rétrécissent.

Probablement l’effet de serre : les hivers étant moins froids, le mouton a moins de graisse et il survit mieux, du coup sa population croit, il a moins à manger… 20 ans ont suffi pour constater ce phénomène. L’effet de serre va vite…

Question : va-t-il se passer la même chose pour l’effet de serre que pour la crise ? On l’aura vu arriver, mais faute de l’énergie du désespoir, on aura été incapable de le prévenir ?

Compléments :

Changement de système économique

Caveat creditor : l’économie semble obéir à des logiques de courtes durées. Keynésianisme après guerre, puis politique monétaire contrôlée par banque centrale indépendante…

Or, ce qui devait garantir la rigueur du système, la banque centrale indépendante, a été utilisé pour faire exactement le contraire de leur mission : relancer l’économie par des mesures monétaires « innovantes » (= planche à billets). Les créditeurs vont donc devoir trouver autre chose que les banques centrales pour contrôler la rigueur économique et garantir leurs intérêts.

Les changements que doit subir le système économique mondial pourraient être bien plus fondamentaux qu’on le pense d’ordinaire. Il faut inventer quelque chose de neuf.

Complément :

  • « la nouvelle ère sera sûrement plus fragile que celle qui domina les années 80 et 90. Simplement, les politiciens auront plus d’occasions de se tromper. »

dimanche 5 juillet 2009

L’art moderne expliqué

Pourquoi notre art n’en est pas un ? Réponse de David Galenson (Conceptual revolutions in twentieth-century art) :

1874, le salon des indépendants (impressionnistes) rompt le monopole des expositions officielles : apparition de galeries indépendantes qui offrent un marché à l’art ; les marchands découvrent que ce qui se vend le mieux est l’innovation radicale : les innovateurs ont le vent en poupe ; Picasso, bientôt massivement imité, invente le changement de style, puis le genre artistique (collage…) ; l’art explose en un kaléidoscope de ruptures totales.

L’art contemporain est le résultat logique du (…) comportement délibéré de jeunes inventeurs conceptuels, opérant dans un marché concurrentiel qui a systématiquement récompensé l’innovation radicale et ostentatoire.

Ainsi, si l’art contemporain ne remplit pas les fonctions que lui attribue l’ethnologie, c’est parce qu’il a été récupéré par le marché ? Son prix serait-il déterminé par des mécanismes spéculatifs, qui, comme pour le pétrole, reposent sur des lois comportementales qui s’établissent entre traders ? L’art contemporain serait-il abstrait, sans lien avec la sensibilité humaine, parce qu’il est à l’image du marché ?

Compléments :

Paul Jorion

Paul Jorion est interrogé par France culture. Ethnologue belge, qui a longtemps enseigné aux USA, et qui s’est installé récemment en France, il aurait prévu l’actuelle crise.

Système financier qui ne se réformera pas tant que sa réforme sera confiée à ses membres ; Obama, loin d’être un second FD Roosevelt, ne fait rien ; par conséquent une décennie au moins de crise devant nous ; elle sera l’occasion probable de la renaissance d'un débat intellectuel mort de certitudes. L’avenir serait à la solidarité, après une ère de cupidité agressive, qui nous promettait une fin rapide et peu glorieuse.

Complément :

Mille et quelques

Exactement 1005 billets depuis la création du blog.

  • Je n’ai pas eu l’impression d’écrire en continu sur un an. Je n’ai pas vu passer ces mille billets. Je ne me souviens même plus d’avoir commencé il y a un an, et encore moins des étapes intermédiaires.
  • Question conduite du changement. Écrire des messages est-il devenu une seconde nature ? Écrire me demande toujours un effort, ce n’est pas entré dans le traintrain de la vie. Madame de Sévigné, ce n'est pas moi. De même, je ne pense pas que quoi que ce soit se soit amélioré (aisance d’écriture, par exemple). Le blog est un changement qui n’a pas totalement réussi.
  • La technique du « flux », c'est-à-dire de publier un nombre constant d’articles au cours du temps, donc de décaler écriture (située dans les périodes de creux de mon activité) et publication, est une innovation qui me satisfait. Malheureusement la fonction de publication différée de blogspot ne fonctionne plus. La conscience professionnelle n’est pas le fort des technologies de l’information, et probablement une des faiblesses de l’économie de marché. À moins qu’il faille y voir ce que Tocqueville pensait un trait de caractère américain : quick and dirty ?
  • Question « les décisions surviennent » : intérêt du blog pour moi ? C’est probablement en premier la lutte contre la paresse intellectuelle. Non seulement il me force à émettre une pensée, qui sans cela se serait évaporée, et à la justifier, mais surtout, écrire ma dernière surprise lance une réflexion inconsciente qui mène immanquablement, éclairée par d’autres événements apparemment sans liens, à un constat inattendu, à la découverte d’une sorte de loi de la nature.

Compléments :

  • « les décisions surviennent » : l’homme ne « prend » pas de décisions, il fait quelque chose pour des raisons inconscientes, que l’on peut déterminer a posteriori par observation de son comportement. Sa raison lui sert surtout à « rationaliser » ce comportement, c'est-à-dire à l’expliquer comme l’application délibérée de règles culturelles de son milieu. MARCH, James G., A Primer on Decision Making: How Decisions Happen, Free Press 1994.
  • Les raisons d’écrire un blog : Les bloggers sont sympas.
  • La remarque de Tocqueville vient de De la démocratie en Amérique.

samedi 4 juillet 2009

Le retour des nations

Distrait, j’entends une émission de France Culture sur l’Allemagne. Si j’ai bien compris 1) tout ou partie de la Bavière aurait adopté une monnaie qui ne sert qu’en Bavière 2) les environs au moins de Munich ont été convertis à la culture bio, par la détermination collective et les subventions de l’état.

Motivation de 2) : la pollution en nitrate de l’eau, qui, bien que très éloignée des maxima, inquiétait.

Curieux comme l’Allemagne peut avoir de forts réflexes communautaires. Le point 1) a l’intérêt supplémentaire que la monnaie nouvelle force l’état à un repli sur soi (on ne peut acheter avec que des produits locaux). En outre, c’est une monnaie à taux négatif, « inflationniste », ce que les économistes pensent impossible (Intérêts négatifs). En effet, elle a une durée limitée, soit on la dépense, soit il faut payer pour la réactiver. Elle a donc priorité sur l’Euro.

L'histoire est cyclique. Après l’individualisme victorieux, la globalisation, l’ouverture sur le monde, le pendule repart à l’autre extrême : les peuples sont en train de se replier sur eux-mêmes. C’est un changement, et comme tout changement, il est porteur de menaces : celui qui ne se repliera pas à temps sera le dindon de la farce (aléa moral) ; mais le monde actuel est totalement globalisé, même la Chine découvre qu’elle ne peut pas acheter l’indépendance économique à coups de milliards (À vendre pays pauvre (suite)). Si le pendule va trop loin, l’autarcie gagnera, avec elle pénurie, rancœurs, nationalismes...

Il faut donc, probablement, se replier en bon ordre : reconstruire le tissu économique interne des états, mais aussi des liens commerciaux solides, de confiance, qui renforcent l’économie de marché sans la laisser s’effondrer.

OSS117 Rio ne répond plus

Dernier film à 3€ de la fête du cinéma. Il ne passe plus que dans un tout petit nombre de salles. J’avais été très surpris par le précédent OSS, qui m’avait beaucoup fait rire, et je dis tout net que j’ai été déçu par celui-ci. Pourquoi ?

Bizarre comme notre culture change. Tout ce qui semblait bon dans les années 60 paraît stupide. Par exemple, OSS 117 aime la légion d’honneur ! Ringard. Qu’est-ce qui le pousserait aujourd’hui ? Le succès personnel, l’argent ? D’ailleurs, les espions ne sont plus des héros.

D’une certaine façon je m’étais identifié au personnage, qui, comme Asterix, est une sorte de Français moyen, certes insupportablement idiot et prétentieux mais capable d’exploits surhumains. Cette fois-ci le personnage n’est plus rien, il est totalement massacré. Il est irrécupérable, il est à jeter dans la poubelle de l’histoire, avec toute la France et tous les Français de cette époque, eux sans qui nous ne serions rien. Ce film invite au suicide.

Ou pas tout à fait, c’est peut-être simplement l'expression de la haine qu'éprouve, pour l’écrasante majorité de la France, une infime minorité, privilégiée, intellectuelle, et qui réalise des films.

Looking for Eric

La découverte de Ken Loach a été un des incidents qui a marqué ma vie de spectateur. Raining stones et Riff raff ont été des chocs : personnages à qui on avait retiré tout avenir, monde absurde. En fait, mon interprétation était probablement fausse. Mais ce fut quand même un choc.

Les derniers films de Ken Loach n’ont plus le même effet sur moi. Ils ne sont plus désespérés, au contraire. Ils montrent que le petit peuple de laissés pour compte anglais peut se tirer honnêtement des terribles problèmes qu’il rencontre, gangs, préjugés raciaux, etc. La solution : retrouver ses valeurs de « decent people ».

Exemple. Apologie du match de foot, seul moment où l’on peut brailler, se saouler, et être avec ses copains. Et c’est parce que cette amitié s’est endurcie match après match que l’on peut compter sur eux quand on est en difficulté.

Et Cantona ? Les quelques séquences de match montrent que Cantona n’était pas un footballer ordinaire : toujours droit et digne même après avoir marqué un but, comme sur une autre planète, un martien. Effectivement, comme il le dit, peut-être a-t-il vu la dimension sociale du football, le football comme art ? Et il voulait faire un « cadeau » aux spectateurs ? Peut-être ceux-ci l’avaient-ils compris ?

En France Cantona a été jugé ridicule. D’ailleurs, a-t-il vraiment compté pour le football national ? Nous sommes nous trop attachés à ses petits travers, petits ridicules ? Mais étaient-ils ridicules ? Avons-nous été trop myopes ?, trop paresseux ?, trop jaloux ?... pour voir ce qu’il avait d’exceptionnel ? Sommes nous un peuple d’envieux mesquins à qui le génie fait peur, parce qu’il condamne une médiocrité dont nous nous sentons incapables de sortir ?

Good morning England

J’ai profité de la fête du cinéma pour m’extraire de mon blog et des salles d’art et essai que je fréquente d’habitude. Premier dans la série des films à 3€ : Good morning England (traduction française de The Boat that Rocked).

Il m’a réconcilié avec la musique de la fin des années 60. Replacée dans le contexte de l’époque, j’ai compris qu’elle était le signal d’une libération d’un monde rigide, pesant, et constipé, matérialisé par la BBC, et l'état socialiste anglais. Surprenant à quel point la musique est liée à la société : chaque étape de l’évolution sociale a ses états d’âme et la musique qui les traduits.

Plus intéressant, pour moi, est ce que l’on entraperçoit à peine. Les radios pirates ne vivaient que grâce à la publicité. De même que les missionnaires et les explorateurs ont été les précurseurs des colons occidentaux, les gentils héros du film, les groupes de rock et de pop qu’ils défendent, amènent dans leurs bagages la publicité (la propagande moderne, celle qui nous fait à l’image de la production de nos usines). C’est probablement pour cela que je n’aime pas cette musique de mon enfance : dans mon esprit les Beatles sont associés au matraquage publicitaire.

Paradoxe de 68 ? Victoire d’un individualisme forcené qui a amené avec lui le « big business », le tout marché, aujourd’hui en crise ?

vendredi 3 juillet 2009

Prix du pétrole et spéculation

On s’en doutait, mais il semble bien que la spéculation ait un effet énorme sur le prix des matières premières :

Un trader vient d’être pris la main dans le sac. À lui tout seul, il a fait monter le prix du baril de 2,5$ (de l’ordre de 3% à 4%), en une heure. Plus intéressant : il a déclenché un mini mouvement de spéculation dont l’effet total plus que double le sien (10%?).

Il y a peut-être ici un mécanisme déjà décrit par Galbraith au sujet de la crise de 29, et qui pourrait expliquer la rationalité des mouvements spéculatifs : lorsque les traders sont à l’affut d’une évolution du marché, celui qui arrive à la déclencher profite magnifiquement, s’il vend au sommet de la mini-bulle, du mouvement qu’il a lancé.

Compléments :

Les bloggers sont sympas

« Ce n’est probablement pas une coïncidence si tous les bloggers que j’ai rencontrés sont des gens extraordinairement gentils ». Un blogger des origines fait un point sur l’évolution de la profession :

  • La mode du blog c’est fini, plus d’espoir de gloire, de succès rapide et immense. Le blog est devenu une affaire de niche, de spécialité, de petites communautés retranchées. On ne lit plus les blogs des autres, on ne leur fait plus référence… Rédiger un blog impose une cadence inhumaine : les bloggers survivants sont des désintéressés (d’où la citation).
  • Pourquoi faire un blog, aujourd’hui ? Traiter d’un problème particulier, construire un réseau de spécialistes, prendre des notes pour un prochain livre, laisser une trace de sa vie à ses descendants, s’amuser.

Ce sont effectivement les raisons de vivre de ce blog.

Chômage aux USA

Un article note que le chômage américain pourrait rester accroché à 10/11% pour les années à venir (le double de son taux usuel) :

Mauvaise nouvelle : pour rembourser la dette des USA, il faut beaucoup de travailleurs qui paient des impôts. Début d’un cercle vicieux ?

Je me demande s’il n’y a pas ici une conséquence imprévue d’une grande idée des précédentes années : il fallait faire sauter les protections sociales qui empêchaient le développement harmonieux de l’économie, l’allocation optimale des ressources. Seulement cette idée oubliait les crises : sans protection l’entreprise détruit le marché dont elle a besoin pour vivre.

Le modèle initial faisait probablement l’hypothèse d’un découplage de l’économie, c'est-à-dire que les USA, notamment, pourraient se relancer rapidement par une habile politique monétaire, qui les ferait profiter du dynamisme des marchés en bonne santé. Or, il n’est pas impossible que ceux-ci aient refusé cette logique et cherchent à s’isoler (par exemple : Le protectionnisme avenir de l'économie ?).

La leçon vaut aussi probablement pour l’Europe : elle est mal partie si elle n’arrive pas à remettre rapidement ses populations au travail. Et il est douteux que le « laissez-faire » soit une option.

jeudi 2 juillet 2009

Emprunt national : le naufrage ?

Enfin un avocat de l’emprunt présidentiel. Édouard Balladur :

L’emprunt a de multiples dangers mais un atout : M.Balladur, lui-même, a fait un tel emprunt il y a 15 ans. Il a été massivement souscrit. C’était donc un succès. CQFD.

Or le problème est justement là : ce dont on a peur est que l'emprunt soit une excellente affaire, et qu'il appauvrisse le contribuable et la nation au profit d'une minorité de souscripteurs.

Recette balladurienne : je brade la propriété de la nation, on se l’arrache, c’est un succès ?

Attentat de Karachi

De la "fable" de l'attentat de Karachi, par Eva Joly s’interroge sur la logique des réformes gouvernementales à la lumière de l’enquête sur l’attentat de Karachi. Je vois à cet attentat un autre intérêt pédagogique :

Une thèse possible est qu’il a résulté du mécanisme suivant :

  • Jacques Chirac coupe les versements de commissions occultes au gouvernement pakistanais, contreparties d’un contrat militaire. Ces commissions donnent lieu à des rétro commissions qui alimentent la campagne d’Edouard Balladur. Subtil.
  • Conséquence imprévue, les militaires pakistanais rappellent la France à ses devoirs par un attentat « terroriste ».

Cette histoire mériterait d’être vraie. Parce qu’elle illustrerait un trait aussi caractéristique de la France que la perfidie est propre à l’Angleterre. Une manœuvre élégamment traitresse, un évident échec et mat, conçue par une élite pétrie de sa supériorité intellectuelle, pour servir ce qu’elle croit l’intérêt supérieur (le sien), et qui nous explose à la figure. Par la faute d’une incompréhensible omission du dit esprit supérieur.

C’est de là que nous tenons l’image d’un peuple arrogant et stupide.

Logique de l’emprunt

Pourquoi notre gouvernement a-t-il décidé d'un emprunt ? Un article m’enlève mes dernières illusions :

  1. Non, l’emprunt envisagé par l’état n’est pas un bon moyen de le financer. Il peut trouver beaucoup moins cher ailleurs. L’emprunt est une très mauvaise nouvelle pour le contribuable, et la nation.
  2. Il va faire un rééquilibrage des revenus, des 90 à 95% qui ne souscriront pas vers les 5 ou 10% qui souscriront.

Seule explication que je puisse trouver : ces 5 ou 10% sont un segment capital pour la réélection présidentielle.

Si cette explication est juste, ce billet complète le précédent. Il parlait de l’irrationalité du marché, et de ce que l’homme tendait à suivre des règles sociales. Eh bien, il existe quelques rationnels au sens économique du terme, des personnes qui optimisent leur intérêt égoïste à court terme. Ils sont au sommet de l’état.

mercredi 1 juillet 2009

Irrationalité du marché

Un article explique les bulles spéculatives au moyen de la science de l’irrationalité humaine. Remarque inattendue : les autistes sont rationnels !

En fait, la rationalité telle que postulée par la théorie économique n’est pas humaine :

  • Mon expérience de plus de dix années de bulles me montre que les acteurs de l’économie les reconnaissent. Ils savent aussi que, d’un seul coup, tout ce qui jusque-là empêchait de s’enrichir est écarté. Ils ont l’occasion d’une vie de faire fortune. D’ailleurs, ils peuvent s’enrichir en phase de dégonflage, mais à condition de l’avoir vu arriver. Quelques financiers m’ont avoué que la période de fin de bulle est particulièrement excitante : il faut réaliser ses gains avant d’être pris par l’éclatement. Tout cela me semble rationnel, même si ce n’est pas prévu par la théorie économique.
  • La théorie économique trouve irrationnel, notamment, que l’homme se comporte comme un mouton, ce que la psychologie appelle « validation sociale ». Or, cela veut dire que l’homme suit les règles de la société. Il sait qu’en les respectant il fera le bien collectif, qui est aussi le sien. Il est rationnel, mais de manière plus intelligente que ce que prévoit la science économique.

Je n’en dirai pas autant de l’administration Obama, d’après l’article, elle semble rejouer le film de la phase spéculative ascendante, durant laquelle des génies des mathématiques pensaient prévoir l’avenir. Obama s’est entouré d’universitaires qui veulent rendre l’homme rationnel, en le manipulant !

Compléments :

I suspect there is a flaw in this argument. This article supposes men are (imperfectly) optimising some kind of personal utility functions.

When you read Galbraith on the Great Crash or live through one or two speculative bubbles and interview traders, you realise that they follow common implicit rules. For example when in a bubble you know you have very little time to make a lot of money. “Moral hazard” is rational. A few days ago, a trader managed to raise oil prices by 3 or 4% in one hour. However he was not alone: his colleagues had expected something. Their collective move increased oil prices by something like 10% (see 'Rogue broker' blamed for oil spike / Financial times July 3rd).

We are social beings and we spontaneously create, and follow, social rules. Students of complexity say that organisation “emerges”.

What seems irrational when a human being is taken separately becomes rational when he is seen as a member of a society, of a “team”. It is rational to follow social rules (e.g. London stock exchange’s “my word is my bond”), because in doing what is good for the group we do what is good for us; And because it is more efficient to do so than following our own selfish interest.

As long as economists and policymakers don’t give up the fiction of a rational man and don’t start reading sociology, it seems likely we’ll keep on having crises.

Clean tech

Hier le club économie recevait Torben Sommer, certainement un des meilleurs experts des « clean tech ». Quelques souvenirs :

  • L’énergie éolienne pourrait couvrir jusqu’à 40% des besoins d’énergie du monde. Dors et déjà, elle fait travailler 10% du Danemark.
  • Dans les zones ensoleillées, l’électricité solaire est proche du prix des autres énergies. En France le taux de retour sur investissement du panneau solaire est de 10% (du fait des subventions de l’état), soit 25% avec « effet de levier » financier.
  • On reparle du Chinois. Il a rejoué le coup du lait frelaté : à un moment il a manqué de silicone pur pour les panneaux solaires. Il l’a mélangé avec du silicone pas pur… Aujourd’hui, le panneau solaire chinois est extrêmement bon marché. Pourtant, en dehors de la main d’œuvre, il achète tout à l’ouest…
  • La France semble bénie des dieux : côtes ventées, leader mondial du verre (Saint Gobain), Lafarge toitures, Alsthom… Et pourtant rien ne bouge dans ce monde. Il semblerait que leurs équipes soient convaincues de l’opportunité, mais que leur top management n’ait rien compris. Dommage, les clean tech fournissent énormément de grands et petits emplois, non délocalisables (beaucoup de service). Torben Sommer estime, à partir de l’exemple danois qu’elles pourraient occuper 5% de l’emploi français ! Mais handicap : l’énergie en France semble beaucoup moins chère qu’ailleurs. EDF vend l’énergie qu’elle produit trois fois plus cher en Angleterre qu’en France, par exemple.

Deux réflexions sur ce dernier paragraphe.

  1. Si la déréglementation de l’énergie triple les prix de celle-ci où est la performance tant vantée de l’entreprise privée ? (Une analyse plus détaillée : Que donnent les déréglementations ?)
  2. Notre pays fut dirigiste. Il s’est engagé dans de grands projets tels que les centrales nucléaires, l’équipement téléphonique, les autoroutes… Aujourd’hui il semble devenu muet, son cerveau s’est vidé (Style de Sarkozy). Quand est-ce arrivé ? Pourquoi ? À approfondir.

Saint Madoff

Je lisais dans les Échos que l’on soupçonne que Bernard Madoff aurait pu siphonner 170md$. C’est de l’ordre de grandeur de la dette de la France, ou de la richesse d’un pays qui est entre le 35ème et 50ème rang mondial. Comment une personne peut-elle détourner une telle somme, alors que des centaines de millions d’autres, en travaillant vaillamment, et en joignant leurs forces, ne parviennent pas à réunir autant d’argent ?

Le phénomène ressemble singulière au wu wei chinois, au non agir : si vous avez compris le principe du système (LI), vous en obtiendrez ce que vous en désirez, sans effort (c’est aussi l’idée d’effet de levier). Seul le « saint » peut atteindre à cette connaissance ultime. Madoff aurait-il été un saint du capitalisme ? Il en a tellement bien compris le principe qu’il l’a vidé de sa substance, quasiment sans effort.

Et pied de nez à la Chine. Elle a perdu son âme pour nous copier, résultat : politique du bras de fer et du passage en force, soit l’Occident à son plus idiot. Si elle avait appliqué les recommandations de ses pères, elle aurait cherché à comprendre le principe du capitalisme. Aujourd’hui, elle serait riche et paresseuse, elle dirigerait le monde du bout des doigts.

mardi 30 juin 2009

Madoff goes away with the crime

J’estimais que Bernard Madoff, ayant obtenu une condamnation à 150 ans de prison, avait la garantie de vivre jusqu’à 220 ans. Jean-Pierre Bove ne partage pas mon point de vue :




À vendre pays pauvre (suite)

Il y a quelques mois, j’avais écrit une note sur l’achat des terres des pays pauvres. L’affaire a évolué. Ce que dit un chercheur :

  • La tactique initiale, que j’assimile à celle du passage en force, a échoué. Elle consistait en des négociations entre gouvernements, sans se préoccuper des droits des petits propriétaires. Il en a résulté un mécontentement populaire, qui a notamment fait échouer les projets Madagascar / Corée du sud (1,3mha), Philippines / Chine (0,5mha), Indonésie / Arabie Saoudite (1,2mha).
  • Il serait mieux, en quelque sorte, de faire des pays pauvres des pays riches : de leur apporter les techniques qui permettent de développer leurs capacités agricoles. Tout le monde y gagnerait. Leurs ressortissants mangeraient à leur faim ; leurs clients auraient accès à des sources d’approvisionnement beaucoup plus fiables et abondantes que par la méthode précédente, sans risque de révolte.

C’est la loi fondamentale du marché : plus l’autre produit, plus on peut lui vendre. Espérons qu’elle sera comprise.

Jeux de pouvoir

Film de Kevin Macdonald, 2009. Où il est question des armées privées. Deux idées me sont venues :
  1. Dans les dernières décennies, l’Amérique a tenté de faire vivre une grande utopie : le tout privé. L’état étant vu comme coûteux et incompétent devait être remplacé par l’entreprise. Il n’est pas interdit de penser, comme le dit le film, que les services secrets auraient pu aussi être privatisés. Inquiétant.
  2. C’est l’état américain qui forme les soldats qu’emploient les entreprises de sécurité, qui récoltent les fruits de cet investissement qu’elles n’ont pas eu à faire. Derrière l’efficacité apparente du privé, il y a peut-être le parasitisme du secteur public.

lundi 29 juin 2009

Angleterre anti-européenne

Les conservateurs anglais constituent un nouveau groupe à l’assemblée européenne. Pour cela, ils ont cherché des partis qui partageaient leurs opinions. Ils ont trouvé quelques marginaux lunatiques. (Eurochums.)

Alors que les partis de gouvernement d’Europe continentale sont fédéralistes, la majorité de la population anglaise est hostile à l’Union européenne. Conclusion évidente : l’Angleterre n’a rien à y faire.

Et si

  1. Contrairement à ce que l’on croit, elle ne faisait pas preuve de mauvaise volonté dans son travail européen, mais au contraire d’énormes efforts : appartenir à l’Europe est un viol de sa nature de tous les instants ? Contrairement à ce que pourrait laisser entendre la lecture de ce blog, l’Angleterre était admirable d’abnégation ?
  2. L’explication de cette union contre nature était l’Amérique, qui a forcé la main à l’Angleterre ?

Les USA perfectionnent le nucléaire pakistanais

How the U.S. Has Secretly Backed Pakistan's Nuclear Program From Day One : parce que le Pakistan et l’Inde sont des amateurs du nucléaire, ils se méfient de leurs bombes et tendent à ne pas les déployer. De manière à éviter tout risque de faux mouvement, et fiabiliser leur armement nucléaire, les Américains leur apportent leur technologie ultra secrète. D’où accélération de la production.

Là où je ne suis pas l’article, c’est lorsqu’il note une inconsistance : pourquoi armer le Pakistan quand on craint qu’il puisse être envahi par les Talibans ? Mais c’est évident, voyons : pour apporter un peu de civilisation à ces barbares !

En tout cas, les Iraniens sont bien bêtes : pourquoi se faire des ennemis d’Américains aussi serviables ?

Emprunter sans conviction

Pourquoi notre Président veut-il un emprunt national ? Mystère éclairci : il va nous demander que faire de l’argent que nous lui aurons donné.

Tel que c’est parti (le gouvernement va convoquer des « comités ») on aura droit aux 300 pages du rapport Attali. (Et si je proposais le financement du système d’aération de mon immeuble ?)

Une suggestion de prochaine initiative politique : la danse de la pluie ! Pourtant jamais la situation n’avait été aussi facile à décoder : nous sommes en crise, et le développement du monde n'est pas durable ! ça devrait agiter quelque chose chez nos politiques. Même pas, ils ressemblent à une poule qui aurait trouvé un couteau. Pour eux les problèmes du pays sont une abstraction.

Nouvelle justification d’une de mes thèses d’explication de la crise ? Selon la terminologie de John Kotter, les « managers » ont remplacé les « leaders » à la tête des pays et des entreprises. Les managers sont des gens de rite, de moyen (l’emprunt), qui ne savent pas poser un problème (comment résoudre une crise ?) ; les leaders sont des solveurs de problèmes.

Notre monde n’est que règles, pas surprenant que ceux qui y triomphent soient ceux qui savent les manipuler. Mais, pour conduire le changement, il faut sortir des idées reçues, se forger des convictions. Paradoxe : nous plaçons à notre tête les gens les moins capables de nous diriger.

dimanche 28 juin 2009

Stress américain

Mild and bitter : la déprime mineure nous empêche de persévérer dans l’erreur ; les Américains, qui sont des drogués de l’optimisme, de la confiance en soi et des objectifs démesurés, s’acharnent bien trop longtemps dans l’erreur ; d’où de grosses dépressions (le record mondial).

Il me semble aussi qu’à la malédiction américaine s’ajoute l’individualisme : l’homme seul est idiot, c’est la société qui le rend intelligent. Non seulement l’Américain choisit des objectifs invraisemblables, mais encore il se retire les moyens de les atteindre. Pas étonnant qu’il soit obligé de créer des subprimes, des Enron, et la comptabilité de son entreprise.

MBA éthiques ?

Forswearing greed montre des diplômés du MBA de Harvard qui prêtent serment (notamment) de se garder des « décisions et comportements qui puissent favoriser leur étroite ambition mais nuisent à l’entreprise et aux sociétés qu’elle sert ».

Qu'un MBA parle d'éthique n'est-ce pas de l'hypocrisie ? S’interroge l’auteur.

Une autre interprétation. Le prophète des Anglo-saxons est Adam Smith. Cet homme affirme qu'en suivant son « étroite ambition » l'individu fait indirectement le bien social. Et si l'Anglo-saxon doutait de son prophète ? S'il se mettait à soupçonner que la société et les conseils qu'elle lui donne, sa morale, pourraient être bons pour ses affaires ?

Emprunt

L’emprunt du président de la République m’a laissé sans voix. Y voyais-je la volonté, opportuniste et déprimante, de créer un effet de surprise ? En tout cas, il semble embarrasser la majorité. M.Raffarin, par exemple, déclare que l’état n’est pas le mieux placé pour investir de manière optimale.

Mais le marché non plus, d’ailleurs il est en panne. Je discutais avec un analyste étranger qui était étonné que la France ne lance rien dans le domaine de la recherche de nouvelles motorisations, que des géants comme Saint Gobain ne fassent rien dans le domaine du solaire…

À tort ou à raison, j’ai l’impression que la France a un tissu économique qui pourrait tirer parti des changements qui menacent la planète, et qu’elle reste paralysée, alors qu’il en faudrait très peu pour faire boom.

Et si cet emprunt forçait l’état à se demander où investir son argent, ce qui peut rapporter le plus au pays, et donc à faire son travail de gouvernant : chercher à comprendre ce qui est bon pour le pays ? On peut toujours rêver.

Compléments :

samedi 27 juin 2009

Michael Jackson

Idée qu'évoque le blog People d’Hervé Kabla : ce qui frappe chez Michael Jackson est moins son succès que l’invraisemblable régression qu’a été sa vie. Il a fini en caricature de personnage de conte de fées. Je fais un parallèle avec d’autres observations :

  • Les stars féminines noires, qui semblent imitées par les « Françaises d’origine africaine », paraissent devenir une sorte d’idéal de la femme blanche, inaccessible par celle-ci (qui n’aura jamais leur ligne).
  • J’ai l’impression que les actrices japonaises et chinoises ont pris des traits européens, alors que les canons de la beauté semblaient auparavant éloignés des nôtres (cf. les gravures anciennes, ou les films japonais d’avant guerre).

Norbert Elias observait que la société avait commencé par théoriser les règles de l’hygiène avant de nous les imposer ; ne fait-elle pas de même avec notre apparence ?

Préoccupation concomitante : de plus en plus la chirurgie esthétique modèle ses victimes sur l’image d’un idéal conçu par ordinateur ; n’y a-t-il pas des limites à ce que la culture peut demander à notre nature ?

Régulation macro-prudentielle

J’ai vu passer il y a quelques mois plusieurs articles sur ce type de régulation, flairant la mode de management, je m’en étais éloigné. En fait, j’avais tort et raison : ce fut une mode, certes, mais ce pourrait être utile. Malheureusement ça n’a été qu’une mode (Taking macro-prudential regulation seriously) :

  • Toute notre réglementation porte sur l’individu, du coup nous leur imposons un même comportement, ce qui produit les crises. Par exemple, ils vendent tous quand le marché est liquide, et le rendent illiquide. Idem, le système d’incitation qui consistait à développer chez le dirigeant un réflexe pavlovien favorable à l’actionnaire s’est retourné contre ce dernier (Du danger des systèmes d’incitation). Ça ressemble beaucoup au dilemme du prisonnier.
  • Il faudrait donc moins contraindre l’homme, mais plus la société. Exemples : le niveau des réserves des banques doit varier en fonction du volume emprunté par le marché. Plus malin : en période de crise, il ne faut pas contraindre les entreprises de la même façon : certaines peuvent encaisser le risque, d’autres pas. D’où équilibre acheteur / vendeur, alors qu’avec une réglementation aveugle on n’a plus que des vendeurs.

Mais alors, mon idée d’un Institut Pasteur du risque financier (un institut qui suivrait les innovations financières comme on suit les mutations de la grippe) était une mesure macro-prudentielle avant la mode !

Cependant, je continue à douter de l’efficacité de règles, aussi intelligentes soient-elles. L’homme les contournera toujours. Si nous confions le fonctionnement du monde à des règles figées et incomprises, nous sommes quasiment certains du désastre. Le seul moyen de contrôler l’homme c'est l’homme (= nous), et une adaptation permanente de la mesure à la contre mesure. Il faut être sur le qui-vive. La prudence est mère de la sagesse.

Paradoxe de Triffin

The next global reserve currency parle d’un paradoxe que l’économiste Robert Triffin a repéré en 1961 : détenir une monnaie de réserve force au déficit de la balance des paiements du pays qui a la dite monnaie.

Cela est rendu nécessaire par le développement de l’économie mondiale, qui demande une extension de l’offre de monnaie de réserve. Le déficit est financé par la dette (cf. bons du trésor). Ce serait donc une bénédiction à court terme (pas de risque de change, faible coût d’emprunt, prêt gratuit à la banque centrale…), mais une malédiction à long terme.

Les jours du dollar monnaie de réserve pourraient être comptés :

  1. Par définition, tend à être monnaie de réserve la monnaie du pays avec lequel on commerce le plus (puisque l'on achète cette monnaie pour réguler son taux de change). La Chine devrait réunir les conditions nécessaires vers 2050 (l’Amérique serait dans la situation de l’Angleterre en 1914 : débiteur + ne dominant plus les exportations mondiales). Mais le mouvement aurait démarré.
  2. Une autre solution (meilleure si j’en crois le paradoxe de Triffin) serait, comme l’ont suggéré les Chinois, d’utiliser une monnaie mondiale, composite, les Special Drawing Rights, du FMI. Cette monnaie semble une sorte de Cac 40 des grandes monnaies mondiales, qui reflète la puissance respective de leurs économies.

Compléments :

  • Précédente étape de la réflexion sur les perversions du système : Nouvel ordre mondial ?
  • Sur l’historique récent des monnaies de réserve : Devises.

vendredi 26 juin 2009

Isocrate et Platon

En marge de mes interrogations sur les vertus du grec ancien, Jacqueline de Romilly oppose Platon et Isocrate :

Isocrate semble avoir critiqué la raison pure de Platon comme un jeu de l’esprit, lui voulait une philosophie pratique. Paradoxalement, ce sont les idées de Platon et la méthode d’apprentissage d’Isocrate (rhétorique, ou bourrage de crâne) qui ont prévalu.

Je crois pour ma part qu’il aurait fallu faire l’inverse : nous avons besoin d’une raison pratique, mais il n’y a que la dialectique, la méthode d’apprentissage de Platon, le duel avec les événements, qui permette de l’acquérir. C'est d'ailleurs le principe de ce blog.

Trouble shooter V

Souvenirs de la séance du 26 avril :

  1. Marco Tinelli a fondé FullSIX il y a 10 ans. En aussi peu de temps, il est devenu le n°3 français des agences de communication, il emploie 700 personnes. Pourquoi un tel succès ? à cause d’Internet et du web. Cette agence est née web, elle a tiré parti du temps d’adaptation de ses rivales pour leur chiper leur marché. Et j’ai l’impression que le moteur de l’entreprise, c’est justement ce changement. En effet les « annonceurs » sont bousculés par Internet, et leurs services n’y sont pas prêts. Dans l’exemple qu’il a choisi, 30% des ventes des concurrents de son client se font par Internet alors que lui n’en réalise que 3%. Que fait-il ? Il construit une organisation mixte, avec ses équipes, « commando », et lui apprend à travailler par l’exemple. Au bout de 6 mois l’entreprise est réformée, et ses équipes regagnent son agence, qui a maintenant un client fidèle. Une idée surprenante : il est convaincu que si un dirigeant veut, il peut. La résistance de l’organisation est une mauvaise excuse. Ce qui signifie que si autant d’entreprises, notamment de la Presse, sont bloquées par Internet, c’est la faute du manque de volonté de leurs dirigeants, non d’organisations rétrogrades.
  2. Raymond Lévy dirige la Société Centrale Canine. C’est une association, créée en 1882, qui est responsable du développement de la race canine en France. Ses bases de données contiennent la vie des 12m de chiens français, c’est aussi elle qui juge la race des chiots nouveaux nés (éleveurs), et qui officie dans les concours internationaux. Cette très vieille société est face à un changement qui ferait défaillir bien des dirigeants : elle doit passer à l’ère de la génétique, ses employés, de collecteurs d’informations, doivent devenir des chercheurs. En même temps elle doit sortir de son monopole français pour attaquer le marché mondial. Et cela avec des personnels qui ont une trentaine d’années d'ancienneté, et qu’elle ne veut pas remplacer, économie sociale oblige. Or, parmi les nombreux changements qu’il a entrepris, Raymond Lévy en a réussi un qui épouvanterait beaucoup d’entreprises jeunes et surdiplômées : il a fait utiliser le Web2.0 à la SCC. Pour reconquérir un marché qu’il n’aurait jamais dû perdre, il a lancé un projet dont le moteur est une sorte de Wikipédia du chien. Comment a-t-il évité la si redoutée résistance au changement que suscite le Web2.0 ? Il a compris que ses « salariés militants » avaient en tête un savoir extraordinaire, mais qu’ils ne savaient pas l’écrire. Il a donc demandé à une stagiaire de rédiger la pensée de ses collaborateurs : un quart d’heure par fiche, deux-cents fiches en moins d’un mois. Grande leçon : l’innovation va souvent plus vite que la capacité d’absorption des entreprises. On a alors la tentation de renouveler leurs employés. C’est impossible. En fait, l’organisation possède l’essentiel (dans ce cas, la connaissance encyclopédique du chien), ce dont elle a besoin pour changer, c’est d’un petit coup de pouce, d’un « moyen » bien adapté. Ici, un système qui permette de noter ce que ses membres ont en tête.

Leçon de grec ancien

ROMILLY (de) Jacqueline, TRÉDÉ Monique, Petites leçons sur le grec ancien, Stock, 2008. Je me suis posé la question suivante : Heidegger semblait croire que le grec était le langage de l’être, logos - parole ; mais la Grèce c’est aussi le pays du logos - raison, et j’ai dis ailleurs que le français des Lumières semblait le langage de la raison, or, en ces temps lointains, on lisait le grec ; le grec aurait-il eu des vertus particulières ? Des termes qui révèlent les sentiments (Heidegger), ou une mécanique qui permet de penser en écrivant, ou d’écrire sa pensée (Lumières) ?
  • La particularité du grec est de ne pas avoir été un langage de conquérant, mais de s’être diffusé pour ses vertus ou ses réalisations, d’abord chez les Romains, puis, à partir de la disparition de Constantinople, en Europe occidentale.
  • Le grec a l’air d’une langue particulièrement dense (2 fois plus que le français), où un mot se charge de sens à coups de préfixes, de suffixes, de déclinaisons… Cette autonomie permet de jouer sur l’ordre des mots pour donner de puissants effets de style. C’est probablement un langage de la subtilité. Tout semble se prêter à modifier, nuancer, le sens d’un terme : les dérivations des mots, les modes et temps des verbes, les articles qui permettent encore plus qu’en français de substantiver beaucoup de choses… Le plus bizarre est probablement des particules intraduisibles en français, qui lient les phrases les unes aux autres, et qui en renforcent le sens de manière « subliminale ».
  • C’est un langage apparemment précis, et particulièrement adapté à exprimer la pensée, les émotions, le mouvement des éléments naturels, la vie : « Ainsi, dès le départ, la langue grecque ancienne semble prête à mettre sous nos yeux, sous une forme simple, directe et vivante les sentiments les plus variés. »
  • La puissance évocatrice de la langue, ou la nouveauté de son invention ?, semble avoir été telle qu’elle a pu faire croire aux sophistes qu’il suffisait de l’utiliser parfaitement pour faire survenir ce qu’elle exprimait, ou du moins asservir leurs contemporains : « (…) ils ont tenté de s’approprier ainsi la puissance quasi magique de l’art des poètes afin de faire de la prose la rivale de la poésie pour, en quelque sorte, ensorceler les âmes. »
Je n’ai pas répondu à ma question. Mais était-ce possible avec un seul livre ?

Du danger des systèmes d’incitation

Plus on observe les mécanismes d’incitation des dirigeants plus on leur trouve des conséquences imprévues.

Non seulement, ils poussent à maximiser les risques à long terme et les gains à court terme, mais les économistes qui les avaient conçus avaient un peu trop ignoré la réalité, par exemple que les banques américaines sont garanties par l’état, donc qu’un manager peut prendre tous les risques possibles sans rien risquer. D’ailleurs, le système de bonus entraîne un couplage de l’économie. Tous les dirigeants sont encouragés en même temps à détruire leur société.

J’en arrive à la question suivante. Alors que des économistes proposent de nouveaux systèmes d’incitation, n’est-il pas le propre des systèmes d’incitation d'inciter celui qu’ils cherchent à contrôler à faire exactement le contraire de ce que l’on attend de lui ? Est-ce que, en environnement incité, l’optimum pour le dirigeant n’est pas la destruction de son entreprise ?

Pourquoi le dirigeant aurait-il besoin d’une carotte pour faire son devoir ? Est-il un sous-homme ?

Compléments :

  • Exemples d’effets pervers : Gestion des banques.
  • J’ai peut-être trouvé un effet pervers non identifié : International bright young things dit qu’un doublement de taille de son entreprise c’est 25% de revenus en plus pour le dirigeant. Ce qui expliquerait que le patron de 2003 gagne 6 fois plus qu’il ne le faisait en 1980 : les entreprises ont grossi (par 260 selon mes calculs !). Et si les bonus poussaient à la course en avant, en particulier à l’acquisition inconsidérée ? Or, une fois que l’entreprise est gigantesque, elle ne peut plus défaillir, elle a pris l’état en otage.
  • Inefficace punition justifie mon avant dernière interrogation.

jeudi 25 juin 2009

Style de Sarkozy

D’après le Monde (Un gouvernement Fillon IV taillé sur mesure pour Sarkozy II), le nouveau gouvernement serait conçu pour les Régionales.

Est-ce que toute la logique présidentielle, le gouvernement du pays, se résumerait à des manœuvres électorales tactiques ? La politique de notre président va-t-elle être désormais de remporter élection après élection, grâce à des effets de surprise décisifs, comme il semble l’avoir fait pour les Européennes ? L’annonce d’un emprunt national, d’un Mitterrand dans son gouvernement, après un grand élan vert mort-né, signifie-t-il qu’il cherche uniquement à frapper les esprits ?

Mais, au lieu de remettre son sort à cet art un peu incertain de l’épate de galerie, ne serait-il pas finalement moins fatigant pour l’imagination présidentielle d’essayer de comprendre les problèmes structurels du pays, et de leur apporter une solution ?

Compléments :

Logique anglo-saxonne

Alan Greenspan: Private market forces are our best hope. En dépit de la crise, il n’y a pas mieux que le marché, parce que l’autre solution, la gestion de l’économie par l’état, a démontré son inefficacité (en union soviétique).

Je suis atterré par la stupidité de ce sophisme. Il revient à dire que nous avons le choix entre la peste et le choléra, et que le choléra c'est très bien parce que la peste tue.

Eh bien non, il n’y a pas que l’Union soviétique et le marché roi. Et les deux sont également hostiles à l'être humain.

S’il y a un enseignement à tirer du passé, c’est que le marché doit être fermement encadré, régulé, et qu’il est totalement incapable de faire face aux besoins les plus importants des sociétés, notamment les guerres ou les catastrophes écologiques, ou même les investissements à long terme (toujours lourdement subventionnés : aéronautique, énergies propres, recherche fondamentale...), dans ces cas le mieux que l’on ait trouvé, aux USA ou ailleurs, c’est la coordination des efforts de la nation par une organisation centralisée.

Compléments :

Le protectionnisme avenir de l'économie ?

Les BRIC (ou plutôt BIC, la Russie allant assez mal) ont une situation enviable. L’état de leur économie est déconnecté de celui du reste du monde, riche, pauvre ou émergent. Pourquoi ?

  • « (ils) furent prudents dans la libéralisation de leur système financier, si bien qu’ils ont été moins affectés que, par exemple, l’Europe, par l’attaque cardiaque financière de l’Ouest ».
  • Ils sont gros, donc ont un marché intérieur qui les porte en période de crise. D’ailleurs, ils importent et exportent relativement peu, et ont une production relativement diversifiée (une partie au moins profitera du démarrage de l’économie). Ils sont donc à la fois peu liés à l’extérieur et à ses crises et ils peuvent stimuler leur économie sans fuite. En outre, l’épargne de leurs populations nourrit le pays quand il ne peut compter sur la finance internationale.
  • Le résultat de la crise chez eux est « une grosse croissance de la taille du gouvernement et des grandes entreprises d’état ». « Si les BRIC ne peuvent pas sortir de la récession par l’exportation, l’extension du gouvernement est la principale alternative à l’effondrement subi par les autres gros exportateurs de capital que sont l’Allemagne et le Japon ».
Doit-on voir ici la description de ce qui pourrait être l’avenir économique du monde ? Des « blocs », relativement refermés sur eux-mêmes et autonomes, qui commercent de manière mesurée ?

The Economist, dont je tire cette étude (Not just straw men), se convertirait-il au protectionnisme après 150 ans de promotion de la globalisation ?

mercredi 24 juin 2009

Trouble Shooter IV

Quelques idées de la session du 18 juin de Trouble shooter :

  1. Franck-Yves Inglebert. Franck-Yves Inglebert est un expert de l’audit interne délégué. Il est étonnant de voir à quel point les entreprises sont mal contrôlées : on peut découvrir qu’une filiale se comporte un peu bizarrement, puis que les fuites s’accélèrent, et en arriver au dépôt de bilan, sans avoir compris ce qui s’était passé. Franck-Yves Inglebert a expliqué comment concevoir et faire fonctionner une petite cellule d’audit interne qui évite ce genre de déconvenue. Et qui a pas mal d’autres avantages.
  2. Alain Vaury. Avec Alain Vaury on a abordé la question de la transmission de la PME familiale. Il a dégagé 4 « gestes qui sauvent ». Le dirigeant ne doit pas vendre sa société telle que, comme il croit pouvoir le faire d’ordinaire, mais lui donner un nouveau projet ; il doit faire un business plan avec un professionnel ; il doit choisir son successeur, enfant, n°2, extérieur, avec les avantages et les inconvénients que cela sous-entend ; Finalement, il doit trouver des fonds, pour cela l'offre est énorme, il ne faut pas s’y perdre. Alain Vaury donne quelques conseils de bon sens. Trop simples pour être entendus ?
  3. Gilles Mergoil dirige un cabinet de conseil en SI. Je m’attendais à ce qu’il parle de technique, alors qu’il n'a été question que de changement ! A posteriori c’était évident : la technique ne lui pose pas de difficultés, ce qui est beaucoup plus compliqué c’est de se retrouver en permanence au milieu des changements de ses clients (des grandes organisations privées ou publiques). La gestion du changement serait-elle la compétence clé du cabinet ? Il a choisi de parler des transformations de l’entreprise, à partir de l’exemple d’un service public. Avec une conclusion intéressante : l'importance majeure, écrasante, de la motivation dans le changement. Chaque état d’une organisation (démarrage, professionnalisation, institutionnalisation), correspond à un état d’esprit particulier, et même à des gens différents. Dans une phase initiale, il faut « démontrer », « vendre », faire de la publicité. Ensuite il faut réaliser avec une fiabilité épuisante, à un coût inatteignable, inconcevable en phase startup. Ce qui est capital est de trouver un moteur pour les équipes de façon à ce qu’elles aient envie de parvenir au prochain état, et ne le voient pas comme une punition. Cela pour deux raisons : pour perdre le moins de monde possible ; pour disposer d’un effet d’entraînement qui permette à l’ensemble de passer l’obstacle. Travail de titan. Il se sert de la complexité du changement, justement comme moyen de stimulation de l’entreprise (difficulté du passage, et intérêt des compétences à acquérir…). Malin.

L’effet de levier de Microsoft ?

Hier, je recevais, au Club Télécom, Marc Jalabert, le créateur du projet IDEES de Microsoft (devenu BizSpark chez Microsoft monde). En réfléchissant à ce qu’il m’a dit je me demande s’il n’a pas réussi une sorte d’effet de levier.

C’est difficilement concevable, mais Marc Jalabert me semble avoir voulu donner au logiciel français la place mondiale qu’il mérite. Nous avons 2500 éditeurs, mais quasiment aucun grand : Dassault Systèmes est relativement modeste, et Business Objects, de taille équivalente, appartient à SAP. Or, il estime que nous avons quelques-uns des meilleurs ingénieurs au monde, au moins aussi bons que les ingénieurs indiens et chinois, et bien meilleurs que les américains (qui d’ailleurs recrutent à l’étranger).

Le programme IDEES de Microsoft ne donne pas d’argent, mais des coups de pouce. Et je crois que le génie est ici : il a su cerner les failles de notre culture en ce qui concerne l’économie, et y répondre avec des ressources qui ne coûtaient rien à Microsoft :

  • La frilosité des grandes entreprises. Parce qu’elles ont peur de la fragilité des petits fournisseurs, elles se coupent de l’innovation, et tuent le marché intérieur de la startup innovante. Microsoft appuie l’effort commercial de ses poulains.
  • La faiblesse de l’investissement initial, non en termes d’argent, mais de capacité de développement. Simplement en les remarquant, Microsoft a quasiment doublé le nombre d'investissements initiaux dans des éditeurs de logiciel.
  • L’incapacité de la France à l’incubation de ses entreprises. Pour qu’une entreprise se développe elle a besoin d'un environnement favorable, qui, essentiellement, lui donne des conseils gratuits, mais décisifs (où trouver tel ou tel expert, par exemple un avocat, comment se développer à l’étranger... ?). Notre passé d'économie d'état fait que l’entreprise française manque de ces conditions favorables, qui « vont de soi » à l’étranger. J’ai l’impression que Microsoft a su créer un tel terreau.

Le programme est relativement récent. Mais il semble déjà un succès : une centaine de sociétés aidées, et quelques apparemment belles réussites, une levée de fonds de 40m€ réalisées par quelques-unes de ces sociétés en tour initial (2008), de l’ordre de 1500 à 2000 emplois créés. Et cela sans investissement (effet de levier).

Une rencontre, avec un entrepreneur passionné d'aviation, à la sortie du club, me fait me demander si toute la France n'est pas dans l'état de l'édition de logiciel. Il m’a convaincu que l’aviation légère est à la veille d’un renouveau radical et que l'effet de serre pourrait favoriser cette transformation :

  • bizarrement on sait construire des avions plus légers, deux fois plus rapides !, et beaucoup moins chers que les générations précédentes, et consommant moins qu’une voiture (5l aux 100, et en ligne droite) ;
  • la France serait très bien placée pour faire éclore cette nouvelle aviation, parce qu'elle possède les techniques et aussi le savoir-faire industriel (productions de relativement grande série pour le secteur = savoir-faire de l'industrie automobile).
Une fois de plus, il manque un petit quelque chose, et ce n’est même pas une question d’argent.

Et si notre économie était dans une sorte de transition de phase à la Lewin : il lui faut une catalyse pour se transformer (i.e. rassembler « l’écosystème » nécessaire à l’émergence de nouvelles technologies, et lui apporter les quelques animateurs qui auront l’énergie de déclencher la fusion) ?

Compléments :

mardi 23 juin 2009

Discours présidentiel

Hier discours du président de la République. J’ai hésité. Commente, commente pas ? Si j’avais commenté, voilà ce que j’aurais dit :

Ce discours évoque le programme des présidentielles, en ce que l’analyse des inquiétudes nationales est sûrement bonne et que les sentiments sont tout aussi bons. Je ne suis pas enthousiaste parce que le scénario suivant semble se répéter : bon diagnostic, bonnes paroles, et c’est tout ; la situation empire donc ; bon diagnostic, bonnes paroles... Le président sait lire les sondages, mais la mise en œuvre du changement n’est pas son art premier.

Certes, mais n’est-ce pas le sort de tout discours ? Comment en tirer une quelconque idée de ce que va faire celui qui le prononce, et de ses chances de mettre en œuvre ses propos ?

Si ce discours avait fait un diagnostic convainquant, et inattendu, du mal de la France - par exemple, notre problème est notre dette ; s’il avait été suivi d’une explication convaincante du mal - par exemple, dettes endémiques, plan de relance, sécurité sociale, chômage, vieillissement de la population ; s’il avait continué par une explication convaincante des remèdes au mal - la France doit travailler plus pour gagner plus - et augmenter la masse globale d’impôts (= il faut accroître le nombre de gens qui travaillent) ; s’il avait indiqué les moyens envisagés - flexisécurité, allongement de la durée travaillée ; s’il avait dit les difficultés qu’allaient rencontrer ces moyens (ce qui manque à la France pour mettre en place la flexisécurité danoise, et les blocages à une augmentation de l’âge de la retraite), qui expliquent pourquoi on n’y a pas eu recours plus tôt ; s’il avait conclu, de manière convaincante, en nous laissant entrevoir comment il allait régler ces questions, les moyens qu’il mobilisait ; alors l’allocution présidentielle aurait été un grand moment.

Compléments :

  • On notera au passage que cet exemple de discours (qui n'a d'autre vertu que d'être un exemple) aurait eu l'avantage supplémentaire de dire que le chômage était l'ennemi du pays contre lequel toutes ses forces étaient combinées, non un mal ennuyeux, mais secondaire.
  • Une envolée lyrique concernant l'écologie, envisagée il y a encore peu, aurait pu aussi faire l'affaire. Il aurait suffi de montrer que la France avait un avantage concurrentiel dans ce domaine et que l'exploiter nous permettait de relever la tête et de ne plus craindre les aléas climatiques et économiques.

Faut-il faire des économies ?

Le gouvernement français, comme d’autres, s’inquiète de la masse de dettes qu’il a accumulées. Faut-il commencer à faire des économies ?

  • Il y a une raison à cela : plus on attend pour réduire les dettes, plus leur remboursement est long et coûteux, rendant l’économie susceptible à une détérioration qui pourrait être fatale lors d’une prochaine crise.
  • Mais il y a eu des précédents malheureux, au Japon récemment, et aux USA en 1937. Dans ce dernier cas, une mesure d’austérité malencontreuse expédia l’économie, qui avait commencé à se redresser (le chômage avait été réduit de 25 à 15%), en vrille (chômage à 20% en 1 an).

Christina Romer, le conseiller de B.Obama :

  • La solution serait des mesures auto-adaptables. Par exemple, plus l’économie se renforce, plus les garanties que lui apporte l’état s’allègent.
  • Aux USA, la réforme de la santé va permettre une réduction massive des déficits.

Bizarrement, elle ne parle pas du budget de l’armée.

lundi 22 juin 2009

Prix du lait

Le lait que j’achète par packs de 6, a changé d’emballage. Il n’y a plus que ¾ de litre par carton. Et pas possible de retrouver du lait entier sous un autre conditionnement. Je sens l’arnaque. Effectivement, en comparant avec des prix au litre d’emballages plus gros, j’en déduis qu’il a dû y avoir augmentation de l’ordre de 10%.

J’avais déjà observé cette tactique, il y a quelques temps. Le kilo de sucre avait subi un repackaging qui lui avait fait perdre un quart de son poids. Et le sucre traditionnel avait disparu du magasin. D’ordinaire, je suis peu sensible au prix de ce que j’achète, mais je n’accepte pas de me faire arnaquer.

Si j’en crois la radio, les éleveurs ont vu leurs revenus brutalement baisser. Décidément, vendeurs et distributeurs de lait semblent avoir été pris d’un coup de sang ces derniers temps : ils récupèrent des marges à la fois sur le consommateur et sur leurs fournisseurs. Peut-être licencient-ils aussi leurs personnels, pour faire bonne mesure ?

L’arnaque me semble insensiblement être devenue une des idées dominant la pensée managériale. Elle va de pair avec l’actionnaire roi, ou, plus exactement, le fonds d’investissement et le manager rois (cf. l'exemple des banques), et l’obsession d’une croissance de résultats permanente. Dès que cette croissance heurte quoi que ce soit de solide, comme un marché saturé, on la ravive en trichant avec les règles de la société. C’est ce que l’on appelle une « innovation ».

Moins d'enfants !

Population and Sustainability: Can We Avoid Limiting the Number of People? La population mondiale est longtemps demeurée à 300m, dans peu de temps, elle dépassera les 9 milliards. Ceci combiné avec la frénésie de consommation qui saisit les peuples « développés » menace la survie de l’espèce. Comme réduire cette croissance humaine ? L’éducation de la femme.

En effet, il semblerait que plus le niveau d’éducation de la femme est élevé, moins elle a d’enfants.

Pour Rousseau, pays heureux = beaucoup d'enfants. Aujourd'hui, c'est le contraire. La population est une menace. Changement d'ère ?

  1. La société traditionnelle, qui ne connaît pas la science et la consommation, doit procréer fort pour espérer quelques survivants. La société moderne a éliminé la mortalité infantile et la nécessaire fécondité, mais, chacun de ses membres pollue comme une population de sauvages.
  2. Ce qui pose problème est le mélange des deux modèles : une société qui reste traditionnelle par sa reproduction, mais qui gaspille la nature comme un scientifique.

dimanche 21 juin 2009

Idée d’Europe

DU RÉAU, Elisabeth, L’idée d’Europe au XXème siècle, Des mythes aux réalités, Éditions complexes, 2008. Je continue mon enquête sur l’Union Européenne. Qu’est-ce ? Un concept bringuebalant, ou l’enfance d’un géant ?
Technique qui donne de bons résultats pour l’entreprise : l’histoire et les événements qui ont été à son origine. C’est là que l’on trouve les idées qui guident ses comportements. Voici ce que je retiens de ma lecture :
La préhistoire
L’histoire de l’Europe est celle que nous connaissons tous. Peut-être paraîtrait-elle originale à un étranger, mais, pour moi, il est difficile d’y repérer des caractéristiques particulières. Cette partie du livre me laisse donc sans grande réaction.
L’idée de l’Europe est presque aussi vieille que le monde. Héritage déterminant son caractère ? La Grèce lui aurait apporté la raison, Rome l’organisation et le christianisme la conscience. Géographiquement, son cœur serait l’empire de Charlemagne. L’idée d’une union européenne qui rendrait impossibles les guerres apparaît au quinzième siècle. Elle est théorisée par Rousseau et Kant.
Déclin inéluctable
Dès la fin du 19ème siècle, le sentiment du déclin inéluctable des nations européennes, leur désillusion vis-à-vis de la science et du progrès, les amène à envisager une union en guise de nouvel idéal. Une première tentative sérieuse de mise en œuvre pratique est faite après la seconde guerre mondiale, notamment poussée par Aristide Briand. (Déjà on voit apparaître, en Angleterre, l’idée qu’une Europe politique n’est pas immédiatement possible. Il faut commencer par une Europe économique, qui installera la solidarité entre nations et préparera le terrain pour une Europe politique.) Mais, en supposant que ces projets aient pu réussir, le nazisme met fin à tout espoir. La construction européenne reprend après la seconde guerre mondiale.
À ce moment vont s’exprimer des influences fortes. Curieusement, ce ne sont pas celles que j’attendais.
L’Amérique et l’URSS
Sans l’impulsion de l’Amérique, sans la guerre froide, l’Europe aurait-elle vu le jour ? Pas certain.
« l’idée d’Europe, celle d’une démocratie nouvelle fondée sur une solidarité et une fraternité qui s’expriment dans une grande fédération européenne aurait été ruinée en quelque sorte par la Guerre froide qui a au contraire poussé à l’organisation d’une Europe construite autour de l’économie et des impératifs de défense du monde occidental. » (Antoine Fleury et Robert Frank)
L’Amérique veut une Europe puissante. Le plan Marshall, qui a pour objet d’éviter à l’Europe une déstabilisation soviétique, exige un organisme de coordination européen (OECE), première institution européenne. Et c’est la pression américaine qui forcera l’Angleterre, favorable à une zone de libre échange, à accepter des projets d’union plus étroite.
La paix et l’éradication du nationalisme.
Parmi les raisons de création de l’Europe se trouve évidemment la nécessité de mettre un terme aux guerres européennes. Il semble que ce soit le projet d’origine, celui de Briand. Il s’agit de dissoudre les nationalismes fauteurs de guerre au sein d’une entité qui les contrôlerait. Ce qui signifie, avant tout, réconcilier France et Allemagne. La Guerre froide accélérera le mouvement, en montrant que le danger n’est plus l’Allemagne.
L’Europe géographique.
L’Europe n’est pas considérée au départ, du moins en Europe continentale, dans son acception restreinte actuelle. Elle doit aller en Russie. On cherche à y associer l’URSS, jusqu’à ce que l’on se rende compte qu’elle a d’autres projets (coup de Prague puis blocus de Berlin, en 1948).
Les droits de l’homme et démocratie
Les droits de l’homme et les valeurs démocratiques ont probablement une place importante parmi les valeurs fondatrices de l’Europe. Premièrement en réaction aux exactions commises durant la guerre, mais aussi, surtout peut-être, en réaction à la menace soviétique qui force les démocraties de l’Ouest à serrer les rangs.
Fédéralisme et unionisme
L’histoire de l’Europe c’est celle de l’affrontement de deux idées irréconciliables. D’une part celle d’une fédération, d’une nation européenne, d’un « espace chrétien », d’autre part celle, anglaise, d’une zone de libre échange ouverte sur le « grand large », et liée aux USA, mais qui, probablement, n’inclurait pas une Angleterre jalouse de son indépendance et, finalement, hyper nationaliste.
En fait, il y a très peu de chances qu’une communauté apparaisse. Les fédéralistes semblent avant tout des utopistes, ou des technocrates. En particulier, ils croient qu’élire une assemblée européenne au suffrage universel va créer un sentiment d’appartenance. 60 ans d’échec.
La seule méthode qui paraît avoir réussi un tant soit peu à unifier les Européens, a été celle de ses pères fondateurs (principaux : Schuman, Adenauer, Monnet, de Gasperi). Bizarrement c’est celle que recommandent les sociologues : partir de la population, non de son élite, et la faire travailler à un problème commun. (« (l’Europe) se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait » R.Schuman.) C’est ce qu’on a appelé le « fonctionnalisme », ou la politique des « petits pas ». De 1948 à 1951 naissent Union occidentale, Organisation européenne de coopération économique, Conseil de l’Europe (première assemblée européenne). Puis c’est la première communauté, à 6, la ceca (Communauté européenne du charbon et de l’acier).
Elle était sur le point de produire une armée européenne (Communauté Européenne de Défense) et une Communauté Politique Européenne, projets portés par la France et approuvés par les états qui auraient dû y participer, lorsqu’une résurgence nationaliste, sous les traits de De Gaulle, la torpille (1954).
Un organisme contre nature créé par les USA ?
Faute d’avoir poursuivi cette politique, l’Europe semble un être étrange, sans tête et sans âme. Pour ménager la chèvre et le chou, les conceptions opposées anglaise et fédéraliste (technocratique ?), tous ses textes fondateurs sont ambigus, donc sans efficacité, à commencer par le traité de Rome qui crée la CEE (1957).
D’ailleurs, tout est contradictoire dans les influences qu’elle subit. L’Amérique, par exemple, désire une Europe forte. Mais elle a peur d’une forteresse économique. (Ainsi, l’OECE, contrepartie du plan Marshall, veille au libre échange.) N’est-ce pas pour cela que l’Europe n’arrive pas à construire de projet commun, qu’elle n’a pas d’armée, et que l’OTAN (créé en 1950) demeure la seule solution aux problèmes de sécurité européens, au grand dam semble-t-il des USA ?
Et puis, fallait-il faire entrer l’Angleterre dans l’Europe ? Les Anglais, notamment Churchill, y étaient opposés. A-t-elle été contrainte de nous rejoindre par l’Amérique, et sa vision du monde aculturelle ? L'Angleterre en dindon de la farce et non en complice ?
Toujours est-il que l’Union Européenne est faite de peu de valeurs partagées. Et, comme elle ne s’est pas donnée les moyens d’en créer, il est vraisemblable que l’entrée des pays de l’est, porteurs de cultures éloignées des nôtres, ne fera qu’amplifier la cacophonie.
Compléments :

Mères porteuses : libres ou exploitées ?

Un débat entre esprits supérieurs : d’un côté on dit que l’homme n’a pas le droit de vendre son corps, de l’autre qu’il a le droit d’en faire ce qu’il veut.

  • Rousseau me semble avoir un avis pertinent sur le sujet. Le fondement des droits de l’homme, que l’homme n’ait pas à subir la volonté arbitraire d’un autre, n’est pas seulement d’empêcher que l’un puisse asservir l’autre, mais que l'on puisse avoir envie d’être asservi. Si un humain pense que porter, puis perdre, un être pour qui ordinairement il est prêt à donner sa vie, vaut un peu d’argent, n'est-ce pas qu’il est déjà dans un état qui lui a retiré toute liberté, tout droit ? Je crois qu’il y a là une des grandes hypocrisies dont sont familiers les Anglo-saxons, et que l’on retrouve dans d’autres débats, par exemple sur les OGM : par des moyens élégants, ils nous projettent dans l’abjection, de façon à ce que la seule liberté qu’il nous reste soit celle de nous vendre.
  • Le point de vue français est qu’il faut empêcher l’avilissement, par la loi. Est-ce moins hypocrite ? Nous ne rétablissons pas l’être dans ses droits, mais lui retirons le dernier droit d’une situation de non droit.
Durkheim aurait probablement interprété la volonté d’être mère porteuse comme une pathologie de la société : une société qui contraint ses ressortissants à se vendre n’est pas saine. Notre rôle est de la soigner, non de légiférer.

Iran et blog

On crée d’abord, et on cherche à savoir ensuite à quoi cela peut servir. Les récents événements en Iran ont eu un effet inattendu : révéler à quoi étaient utiles les réseaux sociaux (Web2.0).

  • Les médias traditionnels ont été longs à se mettre en mouvement.
  • Twitter, par contre, a immédiatement réagi, avant de sombrer sous une avalanche d’informations sans contenu.
  • Le blog aurait été le vainqueur de l’affaire : très rapidement y serait apparu une synthèse de sources et de recherches « de fond », donnant les éléments nécessaires au jugement de l’événement.
Cette analyse me semble oublier Wikipédia (anglais) qui rassemble généralement très vite des informations sur le dernier fait divers. Mais, je n'ai pas regardé ce qu'il disait de l'Iran.

Source : Twitter 1, CNN 0.

samedi 20 juin 2009

Japon en hiver

Le Japon réagit bizarrement à la crise. Le fort protège le faible. Ce que The Economist (No exit) voit comme une grossière erreur : le capitalisme c’est le remplacement du faible par le fort.

The Economist porte une ancienne croyance : le capitalisme c’est le bien, et l’Anglo-saxon en est le prophète. Le Japon montre qu’il n’en est rien. Le capitalisme est culturel et chacun y répond avec sa culture.

Bien entendu se pose la question de l’inefficacité du Japon. Puisque la tactique traditionnelle a manifestement échoué, ne devrait-il pas adopter une recette anglo-saxonne ? Mais pourquoi donnerait-elle de meilleurs résultats ? Lorsque le Japon dominait le monde économique, il le faisait en bloc, par la volonté commune. Maintenant le ressort paraît cassé. Il est probable que, du fait de ce manque de motivation collective, le Japon ait plus à perdre qu’à gagner à jouer les Curiace. Il doit certainement chercher une solution collective au problème qu’il rencontre.

Chômage français

D’après la radio, le Pôle emploi est dépassé par la montée brutale du chômage. J’ai du mal à comprendre les raisons d’autant de licenciements.

  • Autre information (hier) : Michelin licencie en France, et investit et embauche en Inde. La société ne semble pas réagir à la crise, le couteau sous la gorge, mais plutôt continuer dans la droite ligne du mouvement grégaire caractéristique de l’industrie automobile de ces dernières années. Un peu d’opportunisme ?
  • Discussion, avant hier : certains grands équipementiers automobiles auraient débauché plus que de raison, ils avaient oublié que leurs clients continueraient à renouveler leurs modèles, ils n’ont plus assez de personnes pour répondre aux appels d’offres !
  • On me transmet une enquête faite auprès des SSII de moins de 50 personnes. Elle les montre plutôt en bonne santé, et assez confiantes en l’avenir. Pas de dégradation notable, encore moins catastrophique, de leur bilan.

Rien de très concluant là dedans, mais quand même deux idées :

  1. Si l’industrie a profité de la crise pour se débarrasser de ses employés, elle risque de l’avoir amplifiée de manière disproportionnée : la menace de chômage paralyse le marché, bien au-delà des chômeurs.
  2. On peut comprendre la stimulation par l’état de l’industrie automobile, comme un investissement fait par le contribuable pour sauver son emploi. Il est possible que la dite industrie pense qu’elle doit utiliser l’argent qu’elle reçoit pour poursuivre sa stratégie de réduction de coûts humains. Le contribuable ne se retrouve sûrement pas dans l’affaire, mais on ne peut pas en vouloir à l’entreprise de suivre la voie qu'elle s'est tracée. C’est au gouvernement de s’assurer que ses investissements donnent ce qu’ils doivent donner.