samedi 13 juin 2009

Cours de protectionnisme

On parle beaucoup de protectionnisme sans savoir de quoi il s’agit. En voici une illustration venant du pays qui en a inventé la théorie. Question : pourquoi l’industrie allemande de l’énergie solaire se développe plus vite que l’industrie américaine ? Commentaire d’un distributeur américain spécialisé dans l’énergie solaire.

La culture et une culture qui va jusqu’au gouvernement. Ils ont reconnu au niveau fédéral que le changement climatique est un problème. Ils reconnaissent qu’il est critique que l’énergie renouvelable remplace l’énergie fossile. Ils reconnaissent aussi que c’est très important pour leur indépendance énergétique. Ils reçoivent une grande partie de leur énergie de Russie, dont ils sont en train d’essayer de se sevrer. Ainsi, pour un grand nombre de raisons, qui s’appliquent aussi bien aux USA, ils comprennent que le renouvelable va aider toute leur économie. Et, quand bien même certaines de leurs grands fournisseurs d’énergie s’y opposent, ces grands fournisseurs d’énergie sont aussi en train d’apprendre à gagner de l’argent avec lui. Et ainsi, ils ont aussi fait changer la culture de ces sociétés.

Et cours de conduite du changement, en prime.

Géniale droite

Ce pourrait être la droite européenne, selon une analyse de Dominique Reynié :

  • L’Europe fait face à un double mouvement. 1) Vieillissement accéléré d’abord. Donc les thèmes des retraites, de la peur de l’autre, du jeune, du pas blanc, de l’étranger, de la nouveauté… vont être notre avenir. 2) Qui dit vieux dit immigration. Et elle attise la schizophrénie du vieux. Pour la droite, c’est un cercle vertueux.
  • Manœuvre admirable, qui a mis hors jeu la gauche : l’importance sacrée du marché est maintenant au plus profond de l’inconscient collectif. Plus possible de la mettre en cause. Du coup, même les crises économiques sont favorables à la droite. Car qui sait gérer le marché, sinon elle ? D'ailleurs elle a récemment découvert des outils d'une grande efficacité : l’état, le déficit public et la nationalisation.
  • En fait, l’atout maître de la droite est son aisance naturelle au double langage, on l’a vu pour les vieux et les immigrés, c’est aussi vrai pour l’Europe, elle sera fédéraliste tout en rassurant ses clientèles d’égoïstes apeurés.

Compléments :

  • L'exemple de The Economist (par exemple : Obama confirme) et des classes dirigeantes anglo-saxonnes confirme ce point de vue. Croyance absolue au marché, pragmatisme extraordinaire qui leur permet de sauver l’essentiel - le marché (cf. Consensus de Washington, et ses derniers développements - par exemple Ultralibéral Obama) et capacité stupéfiante à nous convaincre de ce qui est en leur faveur, à manipuler les esprits (La grande manipulation, et le billet précédent).
  • Refondation du PS.

Princesse de Clèves

Que c’est élégant me dis-je. J’apprends que j’ai entendu Michèle Morgan lire La Princesse de Clèves. Un enchaînement d’idées m’amène à celle-ci :

Ce roman marque le point culminant de la culture française, une culture que l’on admire partout en Europe, une culture qui prépare les Lumières. Mais une culture éminemment haïssable parce qu’elle est inaccessible. Qu’on y songe, elle méprise Shakespeare, l’unique auteur anglais. Ne loue-t-il pas la médiocrité la plus basse et ordinaire ? Toute la culture allemande se construit en réaction à l’universalisme hautain de la nôtre.

Lorsque, dernièrement, l’on a dénoncé les méfaits de la Princesse de Clèves, l’Anglo-saxon a loué Dieu. Il touchait au but, à la fin d’interminables siècles de frustration. Son ennemi héréditaire avait gobé sa propagande, et y avait perdu son âme, honni sa culture. Il en avait fait un zombie.

Tout l’art anglo-saxon est ici : faire que l’homme vende son âme pour de la verroterie bling-bling.

Compléments :

vendredi 12 juin 2009

Ennemis que l’on mérite

J’avais cru comprendre que l’Iran était un totalitarisme sanguinaire. Le film Persépolis montrait que l’on pouvait y parler assez ouvertement, se rendre à l’étranger et en revenir... Bref, pas vraiment l’Union soviétique. Un article parle d’une élection présidentielle - empoignade fort démocratique, où l’on pèse le pour et le contre de l’attitude va-t-en-guerre du gouvernement actuel.

Un journaliste de France Info explique que c’est l’intransigeance de George Bush qui avait fait le précédent gouvernement. L’attitude conciliante de B.Obama pousse l’Iran à une attitude conciliante.

Illustration certaine de la prédiction auto-réalisatrice de R.Merton, et, peut-être, d’une de mes thèses selon laquelle le monde anglo-saxon tend à voir comme ennemi tout ce qui est fermé à son commerce et à son influence.

Équilibre des forces

J’entends parler d’une famille de victimes de l’accident d’avion d’Air France, qui se porte partie civile. Une personne explique qu’elle a fait de même dans les mêmes circonstances. Explication : les intérêts économiques des constructeurs d’avions et des compagnies aériennes sont énormes, l’homme face à eux ne pèse rien ; la justice rétablit l’équilibre.

Confirmation d'une idée qui me trotte dans la tête depuis ma lecture de Rousseau : l’égalité dont parle notre devise nationale est celle entre forces ; un rôle principal de la loi est de permettre cette égalité de forces. Comme le dit Rousseau, il ne s’agit pas seulement d’éviter aux puissants de pouvoir asservir les faibles, mais, surtout ?, aux faibles d’avoir envie de se faire asservir par les puissants (par exemple se prostituer, servir de chair à canon en Irak…).

Il y a là une raison contre le « laisser-faire » : c’est parce que le marché tend à créer des monopoles, des exclus et des déséquilibres de forces qu’il doit être contrôlé.

C'est aussi pourquoi la loi est l’amie de la grande entreprise et du riche. En effet, s’il n’y avait pas ce mécanisme d’équilibre de forces, garantir la liberté indivduelle demanderait de découper l’entreprise en petits morceaux, et de prendre sa propriété au riche.

Compléments :

jeudi 11 juin 2009

Santé

Dans un billet je disais que la réforme du système de santé américain faisait l’unanimité. J’ai compris pourquoi : les dépenses de santé vont éliminer la croissance du PIB national des 30 prochaines années ! Si rien n’est fait le pouvoir d’achat de l’Américain, hors santé, devrait rester quasiment constant.

Il y a aussi quelques effets pervers secondaires : 49m de personnes pas assurées (peut-être 62m dans 10 ans), ça signifie des gens en mauvaise santé, donc pas productifs, et pas de prévention, donc des maladies graves et coûteuses. Par exemple.

Je me demande si, comme pour le phosphore d'un billet précédent, on n’a pas ici un phénomène général. La finance américaine, en quelques décennies, a multiplié par 4 sa part des bénéfices américains. La profession médicale a réussi probablement un bien plus gros hold up. Comme en Russie, ceux que la société avait postés à des positions critiques pour son existence (flux financiers, santé) ont exploité leur situation pour la vider de ses richesses. Ne nous encourrageait-on pas à nous enrichir ?

Améliorer l’efficacité du système de santé américain semble difficile. Sa complexité et son irrationalité font irrésistiblement penser à ceux du modèle économique russe et les systèmes d’assurance maladie européens sont inacceptables pour l’Américain qui ne tolère que ce qui est privé. Comme l’économie russe, la santé américaine trouvera sûrement un équilibre satisfaisant pour la culture locale, mais bien loin de l’optimum économique ou humain.

Compléments :

Crise : destruction destructrice

Simon Johnson propose une explication de la crise américaine (mère de la crise mondiale) : la destruction des règles qui assuraient l’équilibre des pouvoirs entre organismes économiques. Le phénomène se reproduit périodiquement ; si l’on en croit l’histoire, il faudra 10 ans pour reconstruire cette infrastructure de règles. C’est intrigant :

  • L'idée d’une législation qui cherche à maintenir l’équilibre des forces rappelle la théorie de Rousseau selon laquelle il ne peut y avoir de liberté sans égalité, égalité étant justement entendue au sens de Simon Johnson : égalité de forces (et non au sens de l’égalitarisme moderne).
  • Pour moi la crise vient du manque de solidarité du tissu social (la société occidentale est individualiste), qui est périodiquement pris de passions et de peurs (« greed and fear »), incontrôlables de ce fait. M.Johnson aurait une vision un peu plus organisée de la société que la mienne. Pourquoi pas.
  • La théorie de Simon Johnson est corroborée par Galbraith, notamment, qui observe que les classes économiques cherchent en permanence à court-circuiter les règles qui les contrôlent de manière à déconnecter l’économie de la réalité. Les crises, dans ces conditions, correspondraient au succès périodique d’attaques de parasitisme.
  • L’idée de la reconstruction du tissu social prenant une décennie rejoint les observations de John Kotter concernant la rénovation de la culture d’une organisation qui demanderait une quinzaine d’années. Mais cette rénovation a-t-elle commencé ? Une erreur concernant M.Obama est qu’il n’est pas un « leader » du changement désiré par M.Johnson. Certes il a parlé de changement pendant sa campagne, mais ça n’en fait pas Roosevelt. En effet, il a commencé à batailler en 2006, époque de béatitude capitaliste. Son projet était probablement celui de Tony Blair : pousser le marché au maximum de son efficacité (il est entouré de prix Nobel) mais en répartir les profits d’une manière plus socialiste que par le passé (= changement). C’est pour cela qu’il replâtre. Il est donc possible que la réparation n’ait pas commencé, et que les palliatifs utilisés ne fassent que la rendre plus difficile.

KOTTER, John P., Leading change, Harvard Business School Press, 1996.

mercredi 10 juin 2009

Nicolas le vert

Notre président est le Lucky Luke de la politique. Étonnant contraste avec la gauche. Elle est autiste. Lui réagit au quart de tour à ce qu’il perçoit des tendances de l’électorat. On aurait pu croire qu’il s’endormirait sur les lauriers du succès de l'UMP. Pas du tout, avec l’enthousiasme de celui qui est touché par la Grâce, il produit un inattendu projet de société ultra-vert. À croire qu’il a voté Cohn-Bendit aux européennes.

En termes de conduite du changement, beaucoup de ce qu’il fait mérite l’admiration.

  • Il y a une sorte de souffle épique dans ses propos. Quelque chose qui peut transporter les foules. C’est l’art du « stretch goal » à son meilleur. Une combinaison d’avenir enthousiasmant et d’épreuves à traverser.

"Le développement des énergies renouvelables est parfois perçu comme le saccage de nos territoires", a-t-il dit. "On doit adapter nos procédures pour voir comment développer le solaire et l'éolien dans nos paysages. Ne faisons pas semblant de dire que le problème n'existe pas".

(…) "On vous garantit des prix, mais on veut des créations d'emplois", a mis en garde le chef de l'État, alors que l'éolien emploie 90 000 personnes en Allemagne, 45 000 en Espagne et seulement 7 000 en France, selon lui.

  • Il sait aussi fixer les grands axes qui devront guider le changement. Exemple : parité nucléaire / énergies renouvelables. On peut en contester la validité, mais non le génie technique (en termes de conduite du changement).
  • Finalement, il n’a pas son pareil dans le contre-pied inattendu, le talent d’utiliser l’adversité à son avantage. Et c’est comme cela qu’il félicite le service public, dont il semblait l’ennemi mortel, pour la diffusion du film d’Yann Artus-Bertrand, dont on dit qu’il aurait fait la victoire verte.

Malheureusement l’admiration s’arrête ici. Car nous aurons droit à une mise en œuvre à la Française. Aucune préparation, pas de moyens, d’autres idées qui contrarieront celles-ci. Claude Allègre l’illustre déjà : la rumeur le voyait ministre, il serait au fond d’un lac d’Auvergne, du béton aux pieds.

La première chose que doit faire un dirigeant est de s’assurer qu’il possède une organisation qui sait mettre en œuvre ses idées, l’« ordinateur social » de mes livres. Celui-ci doit transformer les orientations du président, son enthousiasme, en des mesures bien conçues et durables.

Méfions-nous des idées reçues

On nous rebat les oreilles de l’absence de participation aux européennes. Qu’en savons-nous ?

  • Si l’on prend, globalement, les états qui composaient l'Europe des 15 de 1999, la participation n’y a pas changé !
  • La baisse de participation collective vient de l’entrée progressive des 12 derniers adhérents, qui ont une culture démocratique différente de la nôtre. En outre, il n’existe de tendance définitive à la baisse dans aucun pays : au mieux y voit-on, comme en France, des fluctuations. Mais aucun mouvement de fond.
  • Comparaison intéressante : l’Amérique. La participation aux élections fédérales y est de 40% : américanosceptiscisme ?

Deux remarques :

  1. Comme le dit souvent ce blog, méfions-nous des idées reçues que l’on nous assène. Nous vivons à l'ère du sophisme, et de la manipulation des mécanismes sociaux.
  2. La question qui vient immédiatement ensuite est : à qui profite le crime ? Aux nationalistes, qui veulent la fin de l’Europe ? Et à ceux qui désirent saper la légitimité de la victoire électorale de ces derniers ?

Refondation du PS

Le PS souffre des dernières élections européennes. Que va-t-il faire ? Si j’en crois la radio, ce matin, il parle de « refondation », d’union de la gauche, et de débat.

Ne serait-ce pas une manifestation du théorème du marteau (quand on a un marteau on voit des clous partout) ? Il se manifeste toujours quand on est au fond de l’angoisse existentielle, en proie à l’anxiété d’apprentissage. Dans ce cas, le PS, parti de technocrates, produit une solution technocratique. Le problème n’est pas posé. Je suggère une solution beaucoup plus simple :

  1. Chercher à comprendre quels sont les problèmes que rencontrent les Français.
  2. Se demander quelle serait une solution socialiste à ces questions, en revenant à la pensée des pères fondateurs.

Cet exercice s’apparente à une résolution d’équation, il ne demande aucune conviction personnelle, il est parfaitement adapté à des énarques.

Et il éviterait aux politiques de se ridiculiser. J’entendais la dirigeante du PC dire, ce matin, que le gouvernement n’avait pas à pavoiser, 70% du pays avait voté contre lui. Dans ce cas, 98% a voté contre le PC, qui doit se trouver bien seul. À la prochaine élection, je lui suggère d’appeler à l’abstention, au moins il pourra ainsi entretenir l’illusion qu’il est aimé.

Si l’on ne réfléchit guère en France, ça ne semble pas être le cas en Angleterre, un député britannique propose une explication étonnante aux déconvenues socialistes : les socialistes passent leur temps à accuser Bruxelles d’être une créature du libéralisme (cf. leur campagne contre M.Barroso), les électeurs les ont écoutés, qui ont voté pour des partis conservateurs, nationalistes.

Chiens et chats

La domestication, exercice de conduite du changement :

  • La plupart des espèces domestiquées avaient une organisation hiérarchique. Il a suffi à l’homme d’adopter la stratégie des révolutionnaires de 89 pour les asservir : remplacer l’animal dominant.
  • Le chat est un cas à part. Il s’est associé à nous. L’agriculture et ses greniers ont favorisé la souris, le chat est venu la chasser. Tout le monde y a trouvé son compte. C’est pour cela que le chat n’a pas perdu son indépendance et est capable de subvenir à ses besoins.

Transposition à l'entreprise :

  1. le modèle hiérarchique taylorien de la production de masse, où l’individu suit une procédure ;
  2. le modèle « entraîneur / champion » qui exploite les forces individuelles (lean manufacturing, ou « start up »).

mardi 9 juin 2009

Manque de phosphore

Le phosphore est un composant essentiel pour l’agriculture, or, il est surexploité. Outre les désastres écologiques que cela provoque (algues qui asphyxient des territoires lacustres ou marins entiers), cela condamne l’agriculture à brève échéance.

On ne peut pas ouvrir un journal sans découvrir une nouvelle cause certaine d’élimination de l’humanité, à court terme. Toutes ont la même cause : l’exploitation inconsciente des ressources naturelles. Comme le montre l’exemple précédent, ce n’est pas tant la soif du lucre qui est la cause des malheurs de nos enfants que la panne complète qui affecte l’intellect de nos élites dirigeantes (et le nôtre, dans une moindre mesure). Incapables de sortir du statu quo, elles ne savent que trafiquer les indicateurs de contrôle pour nous faire croire qu’elles s’acquittent de leurs responsabilités.

Il est urgent de les recabler, de façon à massivement améliorer leur QI collectif.

lundi 8 juin 2009

Kyoto accentue l’effet de serre

Kyoto avait instauré des règles qui permettaient aux pays riches voulant polluer d’acheter des droits pour ce faire en échange de réductions de pollution de pays pauvres.

Cette règle encourage les dits pays pauvres à adopter les techniques les plus polluantes possibles, pour pouvoir ensuite obtenir le maximum de crédits de réduction d'émissions. Elle est aussi favorable aux pays riches, puisqu’en achetant les fameux crédits, ils font preuve de vertu sans effort (ce serait la tactique suivie par les USA).

Autrement dit, telles que les choses sont engagées, il faudra une catastrophe pour que des mesures significatives soient prises contre l’effet de serre.

Cet exemple est une démonstration de l’inefficacité de la technique de conduite du changement la plus uselle : diriger par décret. Les lois sont systématiquement retournées contre leur intention, afin de justifier le statu quo. Le changement ne peut réussir tant que ceux qui doivent le mettre en œuvre sont considérés comme irresponsables.

Economie culturelle

Les économistes sont convaincus que le monde est fait d’individus sans lien social, qui optimisent leur intérêt égoïste. Vérité scientifique ?

Une étude montre que l’attitude d’un homme vis-à-vis de la redistribution des biens dépend de son origine. Les Anglo-saxons sont étrangers à cette idée, mais pas les autres peuples.

Étrangement, même les immigrés, qui pourtant ont dû être attirés par les valeurs de leur pays d’adoption, conserveraient pendant au moins deux générations les opinions de leurs pères.

Complément :

Dépouillement

« Confucius part d’un constat fort simple et à la portée de tous : notre « humanité » n’est pas un donné, elle se construit et se tisse dans les échanges entre les êtres et la recherche d’une harmonie commune. » dit Anne Cheng dans Histoire de la pensée chinoise. Hier soir, je suis allé chercher harmonie et humanité dans l’école élémentaire voisine, où l’on dépouillait les résultats de l’élection européenne.

Il y aurait besoin de beaucoup plus de moments comme celui-là. Nous nous recroquevillons sur nos petits problèmes, notre milieu étroit, nos médiocres idées prémâchées… Compter des bulletins, c’est appartenir à une communauté, c’est revenir aux origines de la France républicaine, et de notre très particulière démocratie laïque. Petite école bien tenue, modestes moyens mais organisation rigoureuse, et quelque chose comme le recueillement d’un petit groupe de personnes qui s’efforce de bien faire un travail modeste mais important pour le fonctionnement de la société. (Est-ce ce recueillement, ce sentiment de responsabilité, qui expliquent le rôle du rite chez Confucius, et dans la pensée chinoise : nos relations aux autres devraient revêtir le caractère, l’importance vitale, de la réalisation d’un rite divin ? Faire des relations humaines un rite, c’est les prendre au sérieux ?)

Quant aux résultats de l’élection, j’étais trop préoccupé d’ouvrir les enveloppes pour y faire attention. Il me semble que, dans les deux-cents votes confiés à mon groupe, Verts et, surtout, UMP étaient bien au dessus des tendances nationales et parisiennes. PS et MoDem m’ont paru bien bas.

Revenu chez moi j’entends un non élu du MoDem dire que le vote écologiste était un « choix de société », que l’électeur avait voté pour des valeurs universelles et non pour des enjeux locaux, bref qu’il avait été européen. Mais, n’est-ce pas l’arbre qui cache la forêt ? Ce qui a marqué l’élection européenne, au niveau de l’Europe, n’est-ce pas, avant tout, la victoire de partis conservateurs ? Or n’est-ce pas le modèle conservateur qui est en faillite ? Pourquoi est-il récompensé ? Regardons ailleurs, les partis travailliste et démocrate sont des partisans fanatiques du business ; si bien que le mécontentement vis-à-vis de leur politique ne peut se porter que sur encore plus « pro business » et anti solidarité (les conservateurs en Angleterre). Je me demande s’il n’en est pas de même partout en Europe. Convaincue par la campagne de propagande la plus réussie de tous les temps, la gauche a cru que le marché était l’alpha et l’oméga. C’était grâce à lui qu’elle ferait le bien collectif. La recette était mauvaise. Elle a perdu son âme et son rôle historique, qui était la gestion des crises du capitalisme ?

Compléments :

  • Sur le rôle du socialisme : SASSOON, Donald, One Hundred Years of Socialism: The West European Left in the Twentieth Century, New Press, 1998.

dimanche 7 juin 2009

De l’utilité économique de la peur

Ce que j’avais remarqué il y a déjà pas mal de temps se confirme : on n’a jamais acheté autant d’armes aux USA.

Les Américains ont peur que les victimes de la crise en veuillent à leurs biens et à leurs personnes, alors ils s’arment. Et, une fois de plus, Barak Obama stimule l’économie : on achète d’autant plus de fusils d’assaut que l’on croit qu’il veut les interdire. (Mais pourquoi n’a-t-il pas annoncé qu’il allait interdire les voitures ?).

Peut-être ai-je sous-estimé les bonnes intentions de nos élites politiques (cf. par exemple L’école du crime (3)) : et si leur incitation à la peur était une tentative d’encourager les ventes d’armes, et l’économie nationale par la même occasion ?

Compléments :

No drama Obama

J’entends de loin parler de la visite de B.Obama en France, et je suis frappé par l’idée suivante : il y a quelque chose dans son attitude qui dit que le critiquer ne se fait pas. C’est pour cela qu’il est peut-être un des rares (le premier ?) homme politique à laisser secs les humoristes.

C’est mystérieux. D’une certaine façon il est inaccessible. Sa familiarité, sa séduction… sont calculées, mais non ressenties. C’est un homme de raison pas d’émotion.

Si durant la campagne on l’a appelé « no drama Obama », est-ce, seulement, parce qu’il est un homme de préparation parfaite, qui ne panique pas, ou, aussi, parce qu’il ne peut pas être susceptible à la panique ?

Si c’est le cas c’est une force et une faiblesse. Une force parce qu’il est insensible au stress, qu’il mesure son effort, donc ne s’épuise pas. Une faiblesse parce que, dans les situations les plus difficiles, réussir demande « l’énergie du désespoir » ou quelque chose qui y ressemble.

Compléments :

Russie à toute épreuve

La Russie. Son autocratie, sa corruption, la faible productivité de ses entreprises, son inflation chronique, sa dépendance quasi exclusive vis-à-vis du pétrole... Cela ne correspond pas aux critères d’efficacité du capitalisme occidental. Mais le pays fonctionne.

Depuis les années 90, la crise est devenue la norme, et la population et ses gouvernants ont appris à s’y adapter.

Leçon pour apprenti leader du changement : les organisations (sociétés ou entreprises) sont bien trop complexes pour que l’on puisse leur dicter un comportement idéal ; au contraire, si l’on veut les aider il faut s’adapter à leur « nature ». Et la nature de la Russie n’est pas la même que celle des USA.

Compléments :

Un monde dominé par les femmes

En Angleterre, les filles réussissent nettement mieux à l’université que les garçons.

Cela viendrait d’un effondrement global de la performance scolaire de la jeunesse, qui serait beaucoup plus marqué chez les garçons.

Un test de science passé par des enfants de 11 et 12 ans au milieu des années 70 a été réussi par 54% de garçons et 27% de filles. Quand le même test a été repassé en 2003, les scores pour les garçons et filles étaient tombés à 17% (…) M. Bekhradnia dit que ceci pourrait refléter une évolution dans la façon dont les garçons apprennent maintenant par le jeu – ils passent de plus en plus de temps à des jeux électroniques et à regarder la télévision, et de moins en moins à des jeux physiques.

Notre élite a eu très peur que nous ne soyons victimes d’une fracture technologique. La réparation de cette fracture semble susceptible de créer un peuple d’aveugles, où quelques filles seraient borgnes.