samedi 27 juin 2009

Michael Jackson

Idée qu'évoque le blog People d’Hervé Kabla : ce qui frappe chez Michael Jackson est moins son succès que l’invraisemblable régression qu’a été sa vie. Il a fini en caricature de personnage de conte de fées. Je fais un parallèle avec d’autres observations :

  • Les stars féminines noires, qui semblent imitées par les « Françaises d’origine africaine », paraissent devenir une sorte d’idéal de la femme blanche, inaccessible par celle-ci (qui n’aura jamais leur ligne).
  • J’ai l’impression que les actrices japonaises et chinoises ont pris des traits européens, alors que les canons de la beauté semblaient auparavant éloignés des nôtres (cf. les gravures anciennes, ou les films japonais d’avant guerre).

Norbert Elias observait que la société avait commencé par théoriser les règles de l’hygiène avant de nous les imposer ; ne fait-elle pas de même avec notre apparence ?

Préoccupation concomitante : de plus en plus la chirurgie esthétique modèle ses victimes sur l’image d’un idéal conçu par ordinateur ; n’y a-t-il pas des limites à ce que la culture peut demander à notre nature ?

Régulation macro-prudentielle

J’ai vu passer il y a quelques mois plusieurs articles sur ce type de régulation, flairant la mode de management, je m’en étais éloigné. En fait, j’avais tort et raison : ce fut une mode, certes, mais ce pourrait être utile. Malheureusement ça n’a été qu’une mode (Taking macro-prudential regulation seriously) :

  • Toute notre réglementation porte sur l’individu, du coup nous leur imposons un même comportement, ce qui produit les crises. Par exemple, ils vendent tous quand le marché est liquide, et le rendent illiquide. Idem, le système d’incitation qui consistait à développer chez le dirigeant un réflexe pavlovien favorable à l’actionnaire s’est retourné contre ce dernier (Du danger des systèmes d’incitation). Ça ressemble beaucoup au dilemme du prisonnier.
  • Il faudrait donc moins contraindre l’homme, mais plus la société. Exemples : le niveau des réserves des banques doit varier en fonction du volume emprunté par le marché. Plus malin : en période de crise, il ne faut pas contraindre les entreprises de la même façon : certaines peuvent encaisser le risque, d’autres pas. D’où équilibre acheteur / vendeur, alors qu’avec une réglementation aveugle on n’a plus que des vendeurs.

Mais alors, mon idée d’un Institut Pasteur du risque financier (un institut qui suivrait les innovations financières comme on suit les mutations de la grippe) était une mesure macro-prudentielle avant la mode !

Cependant, je continue à douter de l’efficacité de règles, aussi intelligentes soient-elles. L’homme les contournera toujours. Si nous confions le fonctionnement du monde à des règles figées et incomprises, nous sommes quasiment certains du désastre. Le seul moyen de contrôler l’homme c'est l’homme (= nous), et une adaptation permanente de la mesure à la contre mesure. Il faut être sur le qui-vive. La prudence est mère de la sagesse.

Paradoxe de Triffin

The next global reserve currency parle d’un paradoxe que l’économiste Robert Triffin a repéré en 1961 : détenir une monnaie de réserve force au déficit de la balance des paiements du pays qui a la dite monnaie.

Cela est rendu nécessaire par le développement de l’économie mondiale, qui demande une extension de l’offre de monnaie de réserve. Le déficit est financé par la dette (cf. bons du trésor). Ce serait donc une bénédiction à court terme (pas de risque de change, faible coût d’emprunt, prêt gratuit à la banque centrale…), mais une malédiction à long terme.

Les jours du dollar monnaie de réserve pourraient être comptés :

  1. Par définition, tend à être monnaie de réserve la monnaie du pays avec lequel on commerce le plus (puisque l'on achète cette monnaie pour réguler son taux de change). La Chine devrait réunir les conditions nécessaires vers 2050 (l’Amérique serait dans la situation de l’Angleterre en 1914 : débiteur + ne dominant plus les exportations mondiales). Mais le mouvement aurait démarré.
  2. Une autre solution (meilleure si j’en crois le paradoxe de Triffin) serait, comme l’ont suggéré les Chinois, d’utiliser une monnaie mondiale, composite, les Special Drawing Rights, du FMI. Cette monnaie semble une sorte de Cac 40 des grandes monnaies mondiales, qui reflète la puissance respective de leurs économies.

Compléments :

  • Précédente étape de la réflexion sur les perversions du système : Nouvel ordre mondial ?
  • Sur l’historique récent des monnaies de réserve : Devises.

vendredi 26 juin 2009

Isocrate et Platon

En marge de mes interrogations sur les vertus du grec ancien, Jacqueline de Romilly oppose Platon et Isocrate :

Isocrate semble avoir critiqué la raison pure de Platon comme un jeu de l’esprit, lui voulait une philosophie pratique. Paradoxalement, ce sont les idées de Platon et la méthode d’apprentissage d’Isocrate (rhétorique, ou bourrage de crâne) qui ont prévalu.

Je crois pour ma part qu’il aurait fallu faire l’inverse : nous avons besoin d’une raison pratique, mais il n’y a que la dialectique, la méthode d’apprentissage de Platon, le duel avec les événements, qui permette de l’acquérir. C'est d'ailleurs le principe de ce blog.

Trouble shooter V

Souvenirs de la séance du 26 avril :

  1. Marco Tinelli a fondé FullSIX il y a 10 ans. En aussi peu de temps, il est devenu le n°3 français des agences de communication, il emploie 700 personnes. Pourquoi un tel succès ? à cause d’Internet et du web. Cette agence est née web, elle a tiré parti du temps d’adaptation de ses rivales pour leur chiper leur marché. Et j’ai l’impression que le moteur de l’entreprise, c’est justement ce changement. En effet les « annonceurs » sont bousculés par Internet, et leurs services n’y sont pas prêts. Dans l’exemple qu’il a choisi, 30% des ventes des concurrents de son client se font par Internet alors que lui n’en réalise que 3%. Que fait-il ? Il construit une organisation mixte, avec ses équipes, « commando », et lui apprend à travailler par l’exemple. Au bout de 6 mois l’entreprise est réformée, et ses équipes regagnent son agence, qui a maintenant un client fidèle. Une idée surprenante : il est convaincu que si un dirigeant veut, il peut. La résistance de l’organisation est une mauvaise excuse. Ce qui signifie que si autant d’entreprises, notamment de la Presse, sont bloquées par Internet, c’est la faute du manque de volonté de leurs dirigeants, non d’organisations rétrogrades.
  2. Raymond Lévy dirige la Société Centrale Canine. C’est une association, créée en 1882, qui est responsable du développement de la race canine en France. Ses bases de données contiennent la vie des 12m de chiens français, c’est aussi elle qui juge la race des chiots nouveaux nés (éleveurs), et qui officie dans les concours internationaux. Cette très vieille société est face à un changement qui ferait défaillir bien des dirigeants : elle doit passer à l’ère de la génétique, ses employés, de collecteurs d’informations, doivent devenir des chercheurs. En même temps elle doit sortir de son monopole français pour attaquer le marché mondial. Et cela avec des personnels qui ont une trentaine d’années d'ancienneté, et qu’elle ne veut pas remplacer, économie sociale oblige. Or, parmi les nombreux changements qu’il a entrepris, Raymond Lévy en a réussi un qui épouvanterait beaucoup d’entreprises jeunes et surdiplômées : il a fait utiliser le Web2.0 à la SCC. Pour reconquérir un marché qu’il n’aurait jamais dû perdre, il a lancé un projet dont le moteur est une sorte de Wikipédia du chien. Comment a-t-il évité la si redoutée résistance au changement que suscite le Web2.0 ? Il a compris que ses « salariés militants » avaient en tête un savoir extraordinaire, mais qu’ils ne savaient pas l’écrire. Il a donc demandé à une stagiaire de rédiger la pensée de ses collaborateurs : un quart d’heure par fiche, deux-cents fiches en moins d’un mois. Grande leçon : l’innovation va souvent plus vite que la capacité d’absorption des entreprises. On a alors la tentation de renouveler leurs employés. C’est impossible. En fait, l’organisation possède l’essentiel (dans ce cas, la connaissance encyclopédique du chien), ce dont elle a besoin pour changer, c’est d’un petit coup de pouce, d’un « moyen » bien adapté. Ici, un système qui permette de noter ce que ses membres ont en tête.

Leçon de grec ancien

ROMILLY (de) Jacqueline, TRÉDÉ Monique, Petites leçons sur le grec ancien, Stock, 2008. Je me suis posé la question suivante : Heidegger semblait croire que le grec était le langage de l’être, logos - parole ; mais la Grèce c’est aussi le pays du logos - raison, et j’ai dis ailleurs que le français des Lumières semblait le langage de la raison, or, en ces temps lointains, on lisait le grec ; le grec aurait-il eu des vertus particulières ? Des termes qui révèlent les sentiments (Heidegger), ou une mécanique qui permet de penser en écrivant, ou d’écrire sa pensée (Lumières) ?
  • La particularité du grec est de ne pas avoir été un langage de conquérant, mais de s’être diffusé pour ses vertus ou ses réalisations, d’abord chez les Romains, puis, à partir de la disparition de Constantinople, en Europe occidentale.
  • Le grec a l’air d’une langue particulièrement dense (2 fois plus que le français), où un mot se charge de sens à coups de préfixes, de suffixes, de déclinaisons… Cette autonomie permet de jouer sur l’ordre des mots pour donner de puissants effets de style. C’est probablement un langage de la subtilité. Tout semble se prêter à modifier, nuancer, le sens d’un terme : les dérivations des mots, les modes et temps des verbes, les articles qui permettent encore plus qu’en français de substantiver beaucoup de choses… Le plus bizarre est probablement des particules intraduisibles en français, qui lient les phrases les unes aux autres, et qui en renforcent le sens de manière « subliminale ».
  • C’est un langage apparemment précis, et particulièrement adapté à exprimer la pensée, les émotions, le mouvement des éléments naturels, la vie : « Ainsi, dès le départ, la langue grecque ancienne semble prête à mettre sous nos yeux, sous une forme simple, directe et vivante les sentiments les plus variés. »
  • La puissance évocatrice de la langue, ou la nouveauté de son invention ?, semble avoir été telle qu’elle a pu faire croire aux sophistes qu’il suffisait de l’utiliser parfaitement pour faire survenir ce qu’elle exprimait, ou du moins asservir leurs contemporains : « (…) ils ont tenté de s’approprier ainsi la puissance quasi magique de l’art des poètes afin de faire de la prose la rivale de la poésie pour, en quelque sorte, ensorceler les âmes. »
Je n’ai pas répondu à ma question. Mais était-ce possible avec un seul livre ?

Du danger des systèmes d’incitation

Plus on observe les mécanismes d’incitation des dirigeants plus on leur trouve des conséquences imprévues.

Non seulement, ils poussent à maximiser les risques à long terme et les gains à court terme, mais les économistes qui les avaient conçus avaient un peu trop ignoré la réalité, par exemple que les banques américaines sont garanties par l’état, donc qu’un manager peut prendre tous les risques possibles sans rien risquer. D’ailleurs, le système de bonus entraîne un couplage de l’économie. Tous les dirigeants sont encouragés en même temps à détruire leur société.

J’en arrive à la question suivante. Alors que des économistes proposent de nouveaux systèmes d’incitation, n’est-il pas le propre des systèmes d’incitation d'inciter celui qu’ils cherchent à contrôler à faire exactement le contraire de ce que l’on attend de lui ? Est-ce que, en environnement incité, l’optimum pour le dirigeant n’est pas la destruction de son entreprise ?

Pourquoi le dirigeant aurait-il besoin d’une carotte pour faire son devoir ? Est-il un sous-homme ?

Compléments :

  • Exemples d’effets pervers : Gestion des banques.
  • J’ai peut-être trouvé un effet pervers non identifié : International bright young things dit qu’un doublement de taille de son entreprise c’est 25% de revenus en plus pour le dirigeant. Ce qui expliquerait que le patron de 2003 gagne 6 fois plus qu’il ne le faisait en 1980 : les entreprises ont grossi (par 260 selon mes calculs !). Et si les bonus poussaient à la course en avant, en particulier à l’acquisition inconsidérée ? Or, une fois que l’entreprise est gigantesque, elle ne peut plus défaillir, elle a pris l’état en otage.
  • Inefficace punition justifie mon avant dernière interrogation.

jeudi 25 juin 2009

Style de Sarkozy

D’après le Monde (Un gouvernement Fillon IV taillé sur mesure pour Sarkozy II), le nouveau gouvernement serait conçu pour les Régionales.

Est-ce que toute la logique présidentielle, le gouvernement du pays, se résumerait à des manœuvres électorales tactiques ? La politique de notre président va-t-elle être désormais de remporter élection après élection, grâce à des effets de surprise décisifs, comme il semble l’avoir fait pour les Européennes ? L’annonce d’un emprunt national, d’un Mitterrand dans son gouvernement, après un grand élan vert mort-né, signifie-t-il qu’il cherche uniquement à frapper les esprits ?

Mais, au lieu de remettre son sort à cet art un peu incertain de l’épate de galerie, ne serait-il pas finalement moins fatigant pour l’imagination présidentielle d’essayer de comprendre les problèmes structurels du pays, et de leur apporter une solution ?

Compléments :

Logique anglo-saxonne

Alan Greenspan: Private market forces are our best hope. En dépit de la crise, il n’y a pas mieux que le marché, parce que l’autre solution, la gestion de l’économie par l’état, a démontré son inefficacité (en union soviétique).

Je suis atterré par la stupidité de ce sophisme. Il revient à dire que nous avons le choix entre la peste et le choléra, et que le choléra c'est très bien parce que la peste tue.

Eh bien non, il n’y a pas que l’Union soviétique et le marché roi. Et les deux sont également hostiles à l'être humain.

S’il y a un enseignement à tirer du passé, c’est que le marché doit être fermement encadré, régulé, et qu’il est totalement incapable de faire face aux besoins les plus importants des sociétés, notamment les guerres ou les catastrophes écologiques, ou même les investissements à long terme (toujours lourdement subventionnés : aéronautique, énergies propres, recherche fondamentale...), dans ces cas le mieux que l’on ait trouvé, aux USA ou ailleurs, c’est la coordination des efforts de la nation par une organisation centralisée.

Compléments :

Le protectionnisme avenir de l'économie ?

Les BRIC (ou plutôt BIC, la Russie allant assez mal) ont une situation enviable. L’état de leur économie est déconnecté de celui du reste du monde, riche, pauvre ou émergent. Pourquoi ?

  • « (ils) furent prudents dans la libéralisation de leur système financier, si bien qu’ils ont été moins affectés que, par exemple, l’Europe, par l’attaque cardiaque financière de l’Ouest ».
  • Ils sont gros, donc ont un marché intérieur qui les porte en période de crise. D’ailleurs, ils importent et exportent relativement peu, et ont une production relativement diversifiée (une partie au moins profitera du démarrage de l’économie). Ils sont donc à la fois peu liés à l’extérieur et à ses crises et ils peuvent stimuler leur économie sans fuite. En outre, l’épargne de leurs populations nourrit le pays quand il ne peut compter sur la finance internationale.
  • Le résultat de la crise chez eux est « une grosse croissance de la taille du gouvernement et des grandes entreprises d’état ». « Si les BRIC ne peuvent pas sortir de la récession par l’exportation, l’extension du gouvernement est la principale alternative à l’effondrement subi par les autres gros exportateurs de capital que sont l’Allemagne et le Japon ».
Doit-on voir ici la description de ce qui pourrait être l’avenir économique du monde ? Des « blocs », relativement refermés sur eux-mêmes et autonomes, qui commercent de manière mesurée ?

The Economist, dont je tire cette étude (Not just straw men), se convertirait-il au protectionnisme après 150 ans de promotion de la globalisation ?

mercredi 24 juin 2009

Trouble Shooter IV

Quelques idées de la session du 18 juin de Trouble shooter :

  1. Franck-Yves Inglebert. Franck-Yves Inglebert est un expert de l’audit interne délégué. Il est étonnant de voir à quel point les entreprises sont mal contrôlées : on peut découvrir qu’une filiale se comporte un peu bizarrement, puis que les fuites s’accélèrent, et en arriver au dépôt de bilan, sans avoir compris ce qui s’était passé. Franck-Yves Inglebert a expliqué comment concevoir et faire fonctionner une petite cellule d’audit interne qui évite ce genre de déconvenue. Et qui a pas mal d’autres avantages.
  2. Alain Vaury. Avec Alain Vaury on a abordé la question de la transmission de la PME familiale. Il a dégagé 4 « gestes qui sauvent ». Le dirigeant ne doit pas vendre sa société telle que, comme il croit pouvoir le faire d’ordinaire, mais lui donner un nouveau projet ; il doit faire un business plan avec un professionnel ; il doit choisir son successeur, enfant, n°2, extérieur, avec les avantages et les inconvénients que cela sous-entend ; Finalement, il doit trouver des fonds, pour cela l'offre est énorme, il ne faut pas s’y perdre. Alain Vaury donne quelques conseils de bon sens. Trop simples pour être entendus ?
  3. Gilles Mergoil dirige un cabinet de conseil en SI. Je m’attendais à ce qu’il parle de technique, alors qu’il n'a été question que de changement ! A posteriori c’était évident : la technique ne lui pose pas de difficultés, ce qui est beaucoup plus compliqué c’est de se retrouver en permanence au milieu des changements de ses clients (des grandes organisations privées ou publiques). La gestion du changement serait-elle la compétence clé du cabinet ? Il a choisi de parler des transformations de l’entreprise, à partir de l’exemple d’un service public. Avec une conclusion intéressante : l'importance majeure, écrasante, de la motivation dans le changement. Chaque état d’une organisation (démarrage, professionnalisation, institutionnalisation), correspond à un état d’esprit particulier, et même à des gens différents. Dans une phase initiale, il faut « démontrer », « vendre », faire de la publicité. Ensuite il faut réaliser avec une fiabilité épuisante, à un coût inatteignable, inconcevable en phase startup. Ce qui est capital est de trouver un moteur pour les équipes de façon à ce qu’elles aient envie de parvenir au prochain état, et ne le voient pas comme une punition. Cela pour deux raisons : pour perdre le moins de monde possible ; pour disposer d’un effet d’entraînement qui permette à l’ensemble de passer l’obstacle. Travail de titan. Il se sert de la complexité du changement, justement comme moyen de stimulation de l’entreprise (difficulté du passage, et intérêt des compétences à acquérir…). Malin.

L’effet de levier de Microsoft ?

Hier, je recevais, au Club Télécom, Marc Jalabert, le créateur du projet IDEES de Microsoft (devenu BizSpark chez Microsoft monde). En réfléchissant à ce qu’il m’a dit je me demande s’il n’a pas réussi une sorte d’effet de levier.

C’est difficilement concevable, mais Marc Jalabert me semble avoir voulu donner au logiciel français la place mondiale qu’il mérite. Nous avons 2500 éditeurs, mais quasiment aucun grand : Dassault Systèmes est relativement modeste, et Business Objects, de taille équivalente, appartient à SAP. Or, il estime que nous avons quelques-uns des meilleurs ingénieurs au monde, au moins aussi bons que les ingénieurs indiens et chinois, et bien meilleurs que les américains (qui d’ailleurs recrutent à l’étranger).

Le programme IDEES de Microsoft ne donne pas d’argent, mais des coups de pouce. Et je crois que le génie est ici : il a su cerner les failles de notre culture en ce qui concerne l’économie, et y répondre avec des ressources qui ne coûtaient rien à Microsoft :

  • La frilosité des grandes entreprises. Parce qu’elles ont peur de la fragilité des petits fournisseurs, elles se coupent de l’innovation, et tuent le marché intérieur de la startup innovante. Microsoft appuie l’effort commercial de ses poulains.
  • La faiblesse de l’investissement initial, non en termes d’argent, mais de capacité de développement. Simplement en les remarquant, Microsoft a quasiment doublé le nombre d'investissements initiaux dans des éditeurs de logiciel.
  • L’incapacité de la France à l’incubation de ses entreprises. Pour qu’une entreprise se développe elle a besoin d'un environnement favorable, qui, essentiellement, lui donne des conseils gratuits, mais décisifs (où trouver tel ou tel expert, par exemple un avocat, comment se développer à l’étranger... ?). Notre passé d'économie d'état fait que l’entreprise française manque de ces conditions favorables, qui « vont de soi » à l’étranger. J’ai l’impression que Microsoft a su créer un tel terreau.

Le programme est relativement récent. Mais il semble déjà un succès : une centaine de sociétés aidées, et quelques apparemment belles réussites, une levée de fonds de 40m€ réalisées par quelques-unes de ces sociétés en tour initial (2008), de l’ordre de 1500 à 2000 emplois créés. Et cela sans investissement (effet de levier).

Une rencontre, avec un entrepreneur passionné d'aviation, à la sortie du club, me fait me demander si toute la France n'est pas dans l'état de l'édition de logiciel. Il m’a convaincu que l’aviation légère est à la veille d’un renouveau radical et que l'effet de serre pourrait favoriser cette transformation :

  • bizarrement on sait construire des avions plus légers, deux fois plus rapides !, et beaucoup moins chers que les générations précédentes, et consommant moins qu’une voiture (5l aux 100, et en ligne droite) ;
  • la France serait très bien placée pour faire éclore cette nouvelle aviation, parce qu'elle possède les techniques et aussi le savoir-faire industriel (productions de relativement grande série pour le secteur = savoir-faire de l'industrie automobile).
Une fois de plus, il manque un petit quelque chose, et ce n’est même pas une question d’argent.

Et si notre économie était dans une sorte de transition de phase à la Lewin : il lui faut une catalyse pour se transformer (i.e. rassembler « l’écosystème » nécessaire à l’émergence de nouvelles technologies, et lui apporter les quelques animateurs qui auront l’énergie de déclencher la fusion) ?

Compléments :

mardi 23 juin 2009

Discours présidentiel

Hier discours du président de la République. J’ai hésité. Commente, commente pas ? Si j’avais commenté, voilà ce que j’aurais dit :

Ce discours évoque le programme des présidentielles, en ce que l’analyse des inquiétudes nationales est sûrement bonne et que les sentiments sont tout aussi bons. Je ne suis pas enthousiaste parce que le scénario suivant semble se répéter : bon diagnostic, bonnes paroles, et c’est tout ; la situation empire donc ; bon diagnostic, bonnes paroles... Le président sait lire les sondages, mais la mise en œuvre du changement n’est pas son art premier.

Certes, mais n’est-ce pas le sort de tout discours ? Comment en tirer une quelconque idée de ce que va faire celui qui le prononce, et de ses chances de mettre en œuvre ses propos ?

Si ce discours avait fait un diagnostic convainquant, et inattendu, du mal de la France - par exemple, notre problème est notre dette ; s’il avait été suivi d’une explication convaincante du mal - par exemple, dettes endémiques, plan de relance, sécurité sociale, chômage, vieillissement de la population ; s’il avait continué par une explication convaincante des remèdes au mal - la France doit travailler plus pour gagner plus - et augmenter la masse globale d’impôts (= il faut accroître le nombre de gens qui travaillent) ; s’il avait indiqué les moyens envisagés - flexisécurité, allongement de la durée travaillée ; s’il avait dit les difficultés qu’allaient rencontrer ces moyens (ce qui manque à la France pour mettre en place la flexisécurité danoise, et les blocages à une augmentation de l’âge de la retraite), qui expliquent pourquoi on n’y a pas eu recours plus tôt ; s’il avait conclu, de manière convaincante, en nous laissant entrevoir comment il allait régler ces questions, les moyens qu’il mobilisait ; alors l’allocution présidentielle aurait été un grand moment.

Compléments :

  • On notera au passage que cet exemple de discours (qui n'a d'autre vertu que d'être un exemple) aurait eu l'avantage supplémentaire de dire que le chômage était l'ennemi du pays contre lequel toutes ses forces étaient combinées, non un mal ennuyeux, mais secondaire.
  • Une envolée lyrique concernant l'écologie, envisagée il y a encore peu, aurait pu aussi faire l'affaire. Il aurait suffi de montrer que la France avait un avantage concurrentiel dans ce domaine et que l'exploiter nous permettait de relever la tête et de ne plus craindre les aléas climatiques et économiques.

Faut-il faire des économies ?

Le gouvernement français, comme d’autres, s’inquiète de la masse de dettes qu’il a accumulées. Faut-il commencer à faire des économies ?

  • Il y a une raison à cela : plus on attend pour réduire les dettes, plus leur remboursement est long et coûteux, rendant l’économie susceptible à une détérioration qui pourrait être fatale lors d’une prochaine crise.
  • Mais il y a eu des précédents malheureux, au Japon récemment, et aux USA en 1937. Dans ce dernier cas, une mesure d’austérité malencontreuse expédia l’économie, qui avait commencé à se redresser (le chômage avait été réduit de 25 à 15%), en vrille (chômage à 20% en 1 an).

Christina Romer, le conseiller de B.Obama :

  • La solution serait des mesures auto-adaptables. Par exemple, plus l’économie se renforce, plus les garanties que lui apporte l’état s’allègent.
  • Aux USA, la réforme de la santé va permettre une réduction massive des déficits.

Bizarrement, elle ne parle pas du budget de l’armée.

lundi 22 juin 2009

Prix du lait

Le lait que j’achète par packs de 6, a changé d’emballage. Il n’y a plus que ¾ de litre par carton. Et pas possible de retrouver du lait entier sous un autre conditionnement. Je sens l’arnaque. Effectivement, en comparant avec des prix au litre d’emballages plus gros, j’en déduis qu’il a dû y avoir augmentation de l’ordre de 10%.

J’avais déjà observé cette tactique, il y a quelques temps. Le kilo de sucre avait subi un repackaging qui lui avait fait perdre un quart de son poids. Et le sucre traditionnel avait disparu du magasin. D’ordinaire, je suis peu sensible au prix de ce que j’achète, mais je n’accepte pas de me faire arnaquer.

Si j’en crois la radio, les éleveurs ont vu leurs revenus brutalement baisser. Décidément, vendeurs et distributeurs de lait semblent avoir été pris d’un coup de sang ces derniers temps : ils récupèrent des marges à la fois sur le consommateur et sur leurs fournisseurs. Peut-être licencient-ils aussi leurs personnels, pour faire bonne mesure ?

L’arnaque me semble insensiblement être devenue une des idées dominant la pensée managériale. Elle va de pair avec l’actionnaire roi, ou, plus exactement, le fonds d’investissement et le manager rois (cf. l'exemple des banques), et l’obsession d’une croissance de résultats permanente. Dès que cette croissance heurte quoi que ce soit de solide, comme un marché saturé, on la ravive en trichant avec les règles de la société. C’est ce que l’on appelle une « innovation ».

Moins d'enfants !

Population and Sustainability: Can We Avoid Limiting the Number of People? La population mondiale est longtemps demeurée à 300m, dans peu de temps, elle dépassera les 9 milliards. Ceci combiné avec la frénésie de consommation qui saisit les peuples « développés » menace la survie de l’espèce. Comme réduire cette croissance humaine ? L’éducation de la femme.

En effet, il semblerait que plus le niveau d’éducation de la femme est élevé, moins elle a d’enfants.

Pour Rousseau, pays heureux = beaucoup d'enfants. Aujourd'hui, c'est le contraire. La population est une menace. Changement d'ère ?

  1. La société traditionnelle, qui ne connaît pas la science et la consommation, doit procréer fort pour espérer quelques survivants. La société moderne a éliminé la mortalité infantile et la nécessaire fécondité, mais, chacun de ses membres pollue comme une population de sauvages.
  2. Ce qui pose problème est le mélange des deux modèles : une société qui reste traditionnelle par sa reproduction, mais qui gaspille la nature comme un scientifique.

dimanche 21 juin 2009

Idée d’Europe

DU RÉAU, Elisabeth, L’idée d’Europe au XXème siècle, Des mythes aux réalités, Éditions complexes, 2008. Je continue mon enquête sur l’Union Européenne. Qu’est-ce ? Un concept bringuebalant, ou l’enfance d’un géant ?
Technique qui donne de bons résultats pour l’entreprise : l’histoire et les événements qui ont été à son origine. C’est là que l’on trouve les idées qui guident ses comportements. Voici ce que je retiens de ma lecture :
La préhistoire
L’histoire de l’Europe est celle que nous connaissons tous. Peut-être paraîtrait-elle originale à un étranger, mais, pour moi, il est difficile d’y repérer des caractéristiques particulières. Cette partie du livre me laisse donc sans grande réaction.
L’idée de l’Europe est presque aussi vieille que le monde. Héritage déterminant son caractère ? La Grèce lui aurait apporté la raison, Rome l’organisation et le christianisme la conscience. Géographiquement, son cœur serait l’empire de Charlemagne. L’idée d’une union européenne qui rendrait impossibles les guerres apparaît au quinzième siècle. Elle est théorisée par Rousseau et Kant.
Déclin inéluctable
Dès la fin du 19ème siècle, le sentiment du déclin inéluctable des nations européennes, leur désillusion vis-à-vis de la science et du progrès, les amène à envisager une union en guise de nouvel idéal. Une première tentative sérieuse de mise en œuvre pratique est faite après la seconde guerre mondiale, notamment poussée par Aristide Briand. (Déjà on voit apparaître, en Angleterre, l’idée qu’une Europe politique n’est pas immédiatement possible. Il faut commencer par une Europe économique, qui installera la solidarité entre nations et préparera le terrain pour une Europe politique.) Mais, en supposant que ces projets aient pu réussir, le nazisme met fin à tout espoir. La construction européenne reprend après la seconde guerre mondiale.
À ce moment vont s’exprimer des influences fortes. Curieusement, ce ne sont pas celles que j’attendais.
L’Amérique et l’URSS
Sans l’impulsion de l’Amérique, sans la guerre froide, l’Europe aurait-elle vu le jour ? Pas certain.
« l’idée d’Europe, celle d’une démocratie nouvelle fondée sur une solidarité et une fraternité qui s’expriment dans une grande fédération européenne aurait été ruinée en quelque sorte par la Guerre froide qui a au contraire poussé à l’organisation d’une Europe construite autour de l’économie et des impératifs de défense du monde occidental. » (Antoine Fleury et Robert Frank)
L’Amérique veut une Europe puissante. Le plan Marshall, qui a pour objet d’éviter à l’Europe une déstabilisation soviétique, exige un organisme de coordination européen (OECE), première institution européenne. Et c’est la pression américaine qui forcera l’Angleterre, favorable à une zone de libre échange, à accepter des projets d’union plus étroite.
La paix et l’éradication du nationalisme.
Parmi les raisons de création de l’Europe se trouve évidemment la nécessité de mettre un terme aux guerres européennes. Il semble que ce soit le projet d’origine, celui de Briand. Il s’agit de dissoudre les nationalismes fauteurs de guerre au sein d’une entité qui les contrôlerait. Ce qui signifie, avant tout, réconcilier France et Allemagne. La Guerre froide accélérera le mouvement, en montrant que le danger n’est plus l’Allemagne.
L’Europe géographique.
L’Europe n’est pas considérée au départ, du moins en Europe continentale, dans son acception restreinte actuelle. Elle doit aller en Russie. On cherche à y associer l’URSS, jusqu’à ce que l’on se rende compte qu’elle a d’autres projets (coup de Prague puis blocus de Berlin, en 1948).
Les droits de l’homme et démocratie
Les droits de l’homme et les valeurs démocratiques ont probablement une place importante parmi les valeurs fondatrices de l’Europe. Premièrement en réaction aux exactions commises durant la guerre, mais aussi, surtout peut-être, en réaction à la menace soviétique qui force les démocraties de l’Ouest à serrer les rangs.
Fédéralisme et unionisme
L’histoire de l’Europe c’est celle de l’affrontement de deux idées irréconciliables. D’une part celle d’une fédération, d’une nation européenne, d’un « espace chrétien », d’autre part celle, anglaise, d’une zone de libre échange ouverte sur le « grand large », et liée aux USA, mais qui, probablement, n’inclurait pas une Angleterre jalouse de son indépendance et, finalement, hyper nationaliste.
En fait, il y a très peu de chances qu’une communauté apparaisse. Les fédéralistes semblent avant tout des utopistes, ou des technocrates. En particulier, ils croient qu’élire une assemblée européenne au suffrage universel va créer un sentiment d’appartenance. 60 ans d’échec.
La seule méthode qui paraît avoir réussi un tant soit peu à unifier les Européens, a été celle de ses pères fondateurs (principaux : Schuman, Adenauer, Monnet, de Gasperi). Bizarrement c’est celle que recommandent les sociologues : partir de la population, non de son élite, et la faire travailler à un problème commun. (« (l’Europe) se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait » R.Schuman.) C’est ce qu’on a appelé le « fonctionnalisme », ou la politique des « petits pas ». De 1948 à 1951 naissent Union occidentale, Organisation européenne de coopération économique, Conseil de l’Europe (première assemblée européenne). Puis c’est la première communauté, à 6, la ceca (Communauté européenne du charbon et de l’acier).
Elle était sur le point de produire une armée européenne (Communauté Européenne de Défense) et une Communauté Politique Européenne, projets portés par la France et approuvés par les états qui auraient dû y participer, lorsqu’une résurgence nationaliste, sous les traits de De Gaulle, la torpille (1954).
Un organisme contre nature créé par les USA ?
Faute d’avoir poursuivi cette politique, l’Europe semble un être étrange, sans tête et sans âme. Pour ménager la chèvre et le chou, les conceptions opposées anglaise et fédéraliste (technocratique ?), tous ses textes fondateurs sont ambigus, donc sans efficacité, à commencer par le traité de Rome qui crée la CEE (1957).
D’ailleurs, tout est contradictoire dans les influences qu’elle subit. L’Amérique, par exemple, désire une Europe forte. Mais elle a peur d’une forteresse économique. (Ainsi, l’OECE, contrepartie du plan Marshall, veille au libre échange.) N’est-ce pas pour cela que l’Europe n’arrive pas à construire de projet commun, qu’elle n’a pas d’armée, et que l’OTAN (créé en 1950) demeure la seule solution aux problèmes de sécurité européens, au grand dam semble-t-il des USA ?
Et puis, fallait-il faire entrer l’Angleterre dans l’Europe ? Les Anglais, notamment Churchill, y étaient opposés. A-t-elle été contrainte de nous rejoindre par l’Amérique, et sa vision du monde aculturelle ? L'Angleterre en dindon de la farce et non en complice ?
Toujours est-il que l’Union Européenne est faite de peu de valeurs partagées. Et, comme elle ne s’est pas donnée les moyens d’en créer, il est vraisemblable que l’entrée des pays de l’est, porteurs de cultures éloignées des nôtres, ne fera qu’amplifier la cacophonie.
Compléments :

Mères porteuses : libres ou exploitées ?

Un débat entre esprits supérieurs : d’un côté on dit que l’homme n’a pas le droit de vendre son corps, de l’autre qu’il a le droit d’en faire ce qu’il veut.

  • Rousseau me semble avoir un avis pertinent sur le sujet. Le fondement des droits de l’homme, que l’homme n’ait pas à subir la volonté arbitraire d’un autre, n’est pas seulement d’empêcher que l’un puisse asservir l’autre, mais que l'on puisse avoir envie d’être asservi. Si un humain pense que porter, puis perdre, un être pour qui ordinairement il est prêt à donner sa vie, vaut un peu d’argent, n'est-ce pas qu’il est déjà dans un état qui lui a retiré toute liberté, tout droit ? Je crois qu’il y a là une des grandes hypocrisies dont sont familiers les Anglo-saxons, et que l’on retrouve dans d’autres débats, par exemple sur les OGM : par des moyens élégants, ils nous projettent dans l’abjection, de façon à ce que la seule liberté qu’il nous reste soit celle de nous vendre.
  • Le point de vue français est qu’il faut empêcher l’avilissement, par la loi. Est-ce moins hypocrite ? Nous ne rétablissons pas l’être dans ses droits, mais lui retirons le dernier droit d’une situation de non droit.
Durkheim aurait probablement interprété la volonté d’être mère porteuse comme une pathologie de la société : une société qui contraint ses ressortissants à se vendre n’est pas saine. Notre rôle est de la soigner, non de légiférer.

Iran et blog

On crée d’abord, et on cherche à savoir ensuite à quoi cela peut servir. Les récents événements en Iran ont eu un effet inattendu : révéler à quoi étaient utiles les réseaux sociaux (Web2.0).

  • Les médias traditionnels ont été longs à se mettre en mouvement.
  • Twitter, par contre, a immédiatement réagi, avant de sombrer sous une avalanche d’informations sans contenu.
  • Le blog aurait été le vainqueur de l’affaire : très rapidement y serait apparu une synthèse de sources et de recherches « de fond », donnant les éléments nécessaires au jugement de l’événement.
Cette analyse me semble oublier Wikipédia (anglais) qui rassemble généralement très vite des informations sur le dernier fait divers. Mais, je n'ai pas regardé ce qu'il disait de l'Iran.

Source : Twitter 1, CNN 0.