lundi 20 juillet 2009

Leçon de manipulation pour les enfants

Je dépasse une mère et son fils. « Gregor dépêche toi. Si tu ne te dépêches pas maman va manger ta part de gâteau. » Gregor accélère le pas.

Voici la leçon de la journée pour le petit Gregor : on fait de nous des accro des sucreries pour nous rendre aisément manipulables.

Décidément, le règne de la raison qu’annonçaient Kant et quelques autres est bien loin de nous.

Hongrie : le scénario nazi ?

La Hongrie, aujourd’hui : montée d’un puissant parti nationaliste, anti-Rom et antisémite. Des souvenirs effrayants ressurgissent.

On reproche aux Rom d’être pauvres, et aux Juifs d’être riches… Ces Hongrois sont idiots ? Peut-être pas : Juifs et Roms ont une caractéristique commune : ils sont « différents ». Si mon diagnostic est juste les handicapés et les homosexuels devraient être inquiets.

Je soupçonne qu’il y a ici un problème que je rencontre dans l’entreprise : quand elle est mal conçue ses membres veulent des boucs émissaires. Erreur, le dysfonctionnement ne vient pas de l’homme, mais de « l’organisation » de l’entreprise. Elle a besoin d’un « changement ».

La Hongrie semble avoir été victime de l’apprenti sorcier libéral : il a tenté d’y implanter une démocratie de type anglo-saxon, probablement combinée avec le fin du fin du libéralisme économique. Aujourd’hui l'économie est en crise et les institutions « démocratiques » amplifient le cercle vicieux de la haine.

Allemagne années 20 ? Pas loin, mais la crise n’est pas aussi grave qu’alors, et l’environnement international est peu propice à une expérience totalitaire. Mais il serait peut-être judicieux que l’on donne à la Hongrie un coup de main pour qu’elle réussisse son changement. C'est-à-dire qu’elle mette au point un modèle de société efficace et conforme à ses valeurs, comme l’a fait l’Allemagne (et nous, accessoirement).

Compléments :

Logique des partis politiques

Quelle cacophonie ! J’ai l’impression que le PS est un parti où l’on parle sans écouter. Un peuple de « donneurs de leçons », de croisés de la vraie foi. Malheureusement, la foi en question n’est plus aussi unique et inébranlable que par le passé.

Le gouvernement, pour sa part, n’a pas ce défaut : il dépense des fortunes dans des enquêtes d’opinion. Mais s’il écoute, il tend à chercher ses réponses dans un arsenal populiste.

Y a-t-il une logique derrière ces comportements surprenants ? Hypothèse du moment :

  1. La droite cherche à pousser les intérêts du « business », pour cela elle doit calmer le peuple qui en est la principale victime. Ce qui expliquerait le paradoxe franco-américain : les partis de droite sont des partis populistes.
  2. La gauche est le parti des bons sentiments, de la morale. Elle cherche à discréditer son adversaire en montrant qu’il est le mal. De ce fait, elle attire vers elle un électorat qui peut s’offrir ce type de considération, donc protégé des aléas de l’économie (fonctionnaires, cadres supérieurs…).

Il n’est pas impossible que chaque parti défende, au fond, les intérêts d’une même élite. Ce sont des enjeux de préséance plutôt que d’idées qui justifient l’opposition des partis. Par contre la piétaille qu’ils manipulent, comme lors des guerres de religion, elle, s’étripe par conviction.

On pourrait avoir ici une explication de la raison pour laquelle les partis considèrent les problèmes du pays comme une abstraction d’une immense complexité : ils ne les concernent pas.

Compléments :

dimanche 19 juillet 2009

Démocratie et libéralisme

Un article de The Economist traitant des insuffisances de la théorie économique (What went wrong with economics) contient la phrase suivante :

Et si l’Économie, en tant que discipline générale mérite une défense ferme, c’est aussi le cas du paradigme du libre échange. Trop de gens, particulièrement en Europe, assimilent les erreurs faites par les économistes à un échec du libéralisme économique. Leur logique semble être que si les économistes se trompent, alors les politiciens feront mieux. C’est une conclusion fausse – et dangereuse.

Décidément The Economist n’aime pas les politiciens, et donc la démocratie telle que nous l’entendons.

Comme souvent, son raisonnement est biaisé. Ce qu’il reproche à la démocratie, c’est les petites faiblesses, irritantes c’est vrai, des hommes politiques. Mais ce qu’il ne comprend pas, c’est que le mécanisme est globalement efficace. Quand rien ne va, les politiques font, dans la mesure du possible, ce qu’ils peuvent pour sauver la nation.

Le marché fonctionne exactement à l’envers : ses mécanismes élémentaires semblent parfaits, mais, globalement, il est sourd aux cris du peuple et inadaptable. Pourquoi croire que, parce qu’il semble (à tort) être impersonnel, il doit être l’arme du libéralisme, c'est-à-dire de l’indépendance de l’homme vis-à-vis de l’arbitraire d’autres hommes ? Un monde qui obéit aux lois du marché c’est la victoire du court terme, de « greed and fear » - de ce que l’individu a de plus primaire, la transformation de l’homme en outil de production spécialisé – comme le veut la théorie de Smith, bref la négation de tout ce qui fait ce que nous sommes. Les mécanismes d’échange sont utiles, mais comme des moyens, pas comme des fins.

Si The Economist est mécontent de notre démocratie, pourquoi n’essaie-t-il pas de l’améliorer ?

Compléments :

Maison de Bambou

Film de 56 parlant de malfrats américains sévissant au Japon.

Je me demande si le film n’est pas avant tout l’application parfaite des conventions de l’époque. Ça va vite ; Robert Stack y est un gros dur qui parle comme Robert Mitchum ; Robert Ryan, inquiétant chef de gang perdu (comme souvent à l’époque) par un instant d’humanité ; des Japonais, encore dans la précarité, qui ne semblent là que pour fournir au film une beauté exotique. (Que je ne croyais pas japonaise, alors qu’elle l’est.) Quand l'Américain est à l'étranger, il s'intéresse peu aux paysages et aux moeurs locaux.

Et l’Amérique créa le monde à son image…

Le dernier épisode de mes réflexions sur l’Europe (Idée d'Europe) a produit une question inattendue : et si l’Europe, loin d’être une invention européenne, fruit de siècles de conflits et de pensée commune, était une création des USA ? Et si l’incompréhension de ce créateur pour notre culture expliquait l’état bringuebalant, mal fini de l’Europe, ses logiques contradictoires qui n’aboutissent qu’à des compromis bancals ? La réalité dépasse la fiction. DUECK, Colin, Reluctant Crusaders, Princeton University Press, 2006.

Ce livre veut comprendre comment se forment les stratégies des nations. Son cobaye est l’Amérique.
Certes, les événements (le nécessaire équilibre des forces mondiales) sont déterminants, mais ils ne sont pas suffisants pour tout expliquer. Les stratégies sont « filtrées » par la culture nationale. Pourquoi ? Essentiellement parce qu’une stratégie doit faire vibrer la nation pour l’entraîner, et qu’il y a très peu de thèmes qui la mettent en mouvement. Après cela, bien sûr, d’autres facteurs entrent en jeu, contexte national du moment, ou personnalité du président, par exemple, mais ils sont secondaires.
Le drame de l’Amérique (et de l’humanité) est que sa culture lui impose des contraintes contradictoires. D’un côté, elle se voit comme le sauveur du monde, elle a une mission : imposer ce qu’elle est à la Planète. De l’autre, elle veut le faire sans moyen. Du coup, notre histoire n’est qu’utopies qui s’effondrent piteusement.

Le bien et le mal expliqués
L’Amérique se voit comme un îlot de civilisation, du bien, appelé à sauver le monde de son incompréhensible stupidité. Ce bien, c’est la démocratie, la liberté des peuples à décider de leur sort, et l’économie de marché (idées de Locke). Par une sorte d’effet domino, le bien gagne le monde et le pacifie. Alors le Paradis est terrestre. C’est ce Paradis terrestre, rien de moins, que l’Amérique a tenté de réaliser ce dernier siècle. À plusieurs reprises, elle a cru y parvenir par un coup de baguette magique. À chaque fois elle s’est engagée dans une aventure dont elle n’avait pas prévu la complexité et le coût.
Une caractéristique concomitante de l’Amérique est sa peur de la contamination. Elle veut garder à distance les influences délétères des autres cultures, les réformer sans les toucher. Un peu à l’image de sa façon de faire la guerre : au moyen de machines. Un débat permanent est donc : faut-il imposer nos idées par la force, ou attendre à ce qu’elles gagnent par elles-mêmes ? Dans les deux cas, on veut réussir avec une extraordinaire économie de moyens, et, surtout, avec le minimum « d’entanglement » de contact avec les indigènes impurs.
Car l’Amérique n’est pas qu’un bon samaritain, c’est aussi une forteresse assiégée. La barbarie (le mal), comme le bien, peut gagner le monde et anéantir l’Amérique, par « effet domino ». La pomme pourrie, le pays refermé sur lui-même (Japon du 19ème siècle, URSS, « états voyous » modernes), qui refuse de commercer, contaminera le tonneau. Face à cette menace, aussi infime soit-elle, il faut adopter des mesures préventives implacables.

Quelques exemples d’application :

Wilson et la Ligue des nations
Grand idéaliste, Wilson veut mettre un terme à toutes les guerres en faisant gérer le monde par les nations, qui auraient abandonné leurs archaïsmes, notamment leurs colonies.
Les européens, favorables à ses idées, lui expliquent toutefois qu’ils ne peuvent vivre sans colonies. Il les leur laisse. Et puis l’Europe, percluse de dettes, lui demande de poursuivre après guerre la coopération économique commencée pendant celle-ci. Mais lier les sorts de l’Amérique et de l’Europe est inacceptable. Alors, pour les renflouer, il n’a qu’une solution : permettre aux alliés de dépecer l’Allemagne. Il a vidé son texte de sa substance, mais l’idée de Ligue des nations est approuvée.
De retour chez lui, une résistance se fait jour. Une ligne plus pragmatique apparaît (qui probablement aurait permis d’éviter la crise économique qui a suivi, et une nouvelle guerre) : un accord, limité, d’entraide avec la France et l’Angleterre.
Aucune de ces idées n’arrivera à trouver la majorité nécessaire au Sénat. La première parce qu’elle lie trop fortement l’Amérique aux affaires du monde. La seconde parce que son pragmatisme rappelle trop les manigances à court terme de la vieille Europe.
Résultat ? L’Amérique se replie sur elle-même. Le Monde est parti pour une nouvelle guerre.

La stratégie de « containment » de l’URSS
Après la seconde guerre mondiale, l’Amérique se demande si elle ne doit pas faire rendre à l’URSS ses conquêtes européennes. Mais cette dernière est trop forte militairement. Alors, s’accorder sur des « sphères d’influence » ? L’URSS serait d’accord. Mais le caractère militant de ses théories promet la contagion. Il faut stopper son avancée, en cherchant, en retour, à la gagner sournoisement aux bienfaits de la démocratie. Ce « containment », cette mise en quarantaine, doit s’étendre au monde entier.
Une fois de plus, l’Amérique ne veut pas s’engager, pas laisser de troupes sur le territoire européen, ou subventionner massivement une reconstruction. Mais ses alliés européens lui font comprendre qu’elle ne peut pas recommencer comme en 14, il leur faut une aide économique et militaire. L’Amérique se trouve contrainte d’obtempérer et de se laisser absorber par les affaires européennes.
Ailleurs, elle veut faire éclore, entre mouvements de libération communistes et colonialismes ou dictatures, une troisième voie démocratique. Son insuccès la force à opter pour la solution non communiste, qu’elle finit par se trouver obligée de porter à bouts de bras (cf. Vietnam).

L’après guerre froide, Clinton et les institutions internationales
Fin de la guerre froide. S’il restait encore quelqu’un qui doutait que l’Amérique n’était pas porteuse de la lumière divine, il est maintenant définitivement convaincu de son erreur.
Bizarrement, les USA ne replient pas le dispositif de la guerre froide. Ils savent qu’ils doivent administrer le monde, avec bienveillance. Il est désormais ouvert à un commerce mondial, la géopolitique est remplacée par la géoéconomie. Mais, le Paradis ne sera terrestre que lorsque la terre sera à l’image des USA : il faut en parachever les réformes libérales.
Certes ce Paradis est peuplé de multiples « serpents venimeux », que l’on découvre avec surprise : « états voyous », terrorisme, armes de destruction massive, grandes puissances hostiles (Chine)… C’est à cette époque que naissent les théories néoconservatrices qui veulent imposer par la force la domination américaine. Mais l’élite gouvernante croit à une contamination naturelle.
Elle pense majoritairement que le monde fait face à des problèmes globaux (environnement, pauvreté, droits de l’homme, développement économique, terrorisme…), qui nous concernent tous, et qui ne se résoudront que par une coordination mondiale pilotée par des institutions internationales, sous le leadership américain (l’impératif de ce leadership est la « leçon centrale de ce siècle »). Retour aux idées de Wilson. Et hasard heureux, ces institutions promeuvent les valeurs et les intérêts américains. Parallèlement, une réforme accélérée de la Chine, de la Russie, et des pays peu ou pas démocratiques (les pays d’Europe de l’est doivent devenir des « démocraties de marché ») les rendra amicaux et civilisés.
Mais, si l’influence de l’Amérique est partout, les moyens matériels (aide, diplomatie) qu’elle met à sa disposition sont remarquablement faibles relativement à sa richesse. Certes le gouvernement Clinton sera entraîné dans plusieurs guerres, mais à son corps défendant, et à chaque fois en y engageant aussi peu d’hommes que possible. Ce qui a conduit à un traitement tardif, et désastreux des problèmes.

Bush et l’après 11 septembre
Initialement Bush semble vouloir mettre un terme aux folies utopiques de son prédécesseur et se replier sur le territoire national. C’est « le retour du professionnalisme ».
Jusqu’au 11 septembre. Alors la vengeance doit être à la hauteur de l'insulte. Il lâche ses conseillers néoconservateurs que jusque-là il n’écoutait pas. Ils vont mettre en œuvre la version « hard » des idées de l’élite. Une fois de plus, sans les moyens qu’il faut. On envahit l’Irak et l’Afghanistan, mais sans penser qu’il va falloir reconstruire complétement ces deux sociétés.

Et Obama ?
Le livre ne traite pas de B.Obama, qui n'existait pas lors de sa publication. Je le prends comme exemple d’application.
  • Le président. Obama semble un idéaliste dans la grande tradition américaine. En même temps, il est un peu plus réaliste que ses prédécesseurs : contrairement à ses engagements de campagne, il a compris que terminer proprement les affaires irakienne et afghane demandera des moyens. Cependant, il ne semble pas prêt à leur accorder le strict nécessaire (= ce qu’il faut pour faire fonctionner des démocraties). Internationalement, bien que convaincu de détenir la vérité, il sait que la suffisance américaine est insupportable au monde. Il joue profil bas.
  • Un paramètre déterminant dans la stratégie américaine est le poids relatif des USA. Important, il les pousse au prosélytisme, faible, ils se replient sur eux-mêmes. La croissance de la puissance Chinoise aura-t-elle pour conséquence un nationalisme étroit, un désengagement des affaires du monde ? Obama semble y tendre (cf. sa demande aux Européens de s’occuper de leur sécurité).
  • Le paramètre culturel. Le triomphe chinois promet d’être celui de la « barbarie ». C’est un régime dirigiste, qui ne semble croire qu’aux rapports de force, et qui plie les lois de l’économie internationale à son bon plaisir. L’Amérique pourra-t-elle ne pas réagir à la dégradation d'un ordre mondial qui lui est nécessaire ? Choisira-t-elle de continuer à se bercer d’illusions ? Mais le modèle culturel de Colin Dueck est-il valable ? L’économie mondiale était le grand œuvre de la pensée américaine, de ses élites intellectuelles et managériales, de ses prix Nobel. La crise a montré la faiblesse de l'édifice. C’est pour cela que le pays a tant de mal à envisager autre chose qu'un replatrage.
Le plus vraisemblable semble donc une fluctuation entre les différentes stratégies culturelles américaines, et surtout une période d’inquiétude et de doute (« dégel » au sens de Lewin). Mais le modèle libéral américain fait l’objet d’un tel consensus, est fiché tellement profondément dans les consciences de tous qu’il paraît impossible à ébranler, à moins de l’équivalent des deux guerres mondiales européennes. Et encore.

Compléments :
  • J’avais remarqué le paradoxe selon lequel un pays replié sur lui-même est une menace mortelle pour l’Amérique : Démocratie américaine.
  • Ce texte explique les certitudes qu’ont les néoconservateurs et sur la nature desquelles je m’interrogeais (Neocon) : fondements du modèle de société américain = bien. C’est ce qu’ils auraient retenu des leçons de Leo Strauss (Droit naturel et histoire / Strauss).
  • L’ère Clinton et ses réformes de l’économie mondiale, et la série de crises qui l’a accompagnée : Consensus de Washington.
  • Une précision sur ce que l’Amérique entend par démocratie, et qui ne correspond pas à la définition que nous en avons. La démocratie américaine est une version ultra light du concept : c’est le strict minimum qui permette au marché de fonctionner. Il semble même que quelques règles explicites bien choisies puissent suffire à encadre l’activité humaine, ce qui évite à l’homme, vu comme un mal absolu, de mettre ses pattes sales dans les rouages de l’univers. (HAYEK (von) Friedrich A., The Road to Serfdom, University of Chicago Press, 1994.) Application: The Economist : anti-démocratique ?
  • Attention, le talon d’Achille de l’Amérique est le doute : Sarah Palin et Gregory Bateson.

samedi 18 juillet 2009

Musique : langage universel

Nous avons tous des grilles de décodage différentes, si bien que l’incompréhension pose des problèmes colossaux au changement, et le fait échouer bien souvent. Or, curieusement, il semblerait que la musique ne pose pas ce type de problème ; que, du moins pour les grands sentiments qu’elle véhicule, elle soit décodable de la même façon par tout homme, quelle que soit sa culture.

Une partie de l’explication viendrait de ce que le décodage de la musique met l’auditeur dans l’état (fait faire à ses muscles le même travail) de celui qui l’a produite. (Vrai pour le chant, l’instrument produirait un équivalent chant ?) Ce serait pour cela que l’on arriverait à synchroniser les mouvements humains grâce à elle : armées marchant au battement du tambour.

Je m’en retourne à ma réflexion sur la différence entre arts élitiste et populaire. Si tout le monde ressent la musique de la même façon, cela signifie qu’un sentiment qui m’est désagréable serait agréable à d’autres. Ce qui irait dans le sens de mes théories : Millenium.

Compléments :

vendredi 17 juillet 2009

Blogs économiques

Pour ceux qui sont intéressés par l’économie vue par l’Amérique : 30 blogs d'économie sélectionnés par un journal américain.

On y retrouvera quelques-uns des blogs que je cite régulièrement. Le monde est petit…

New Fabris et rationalité de la vengeance (suite)

Ce matin, j’entendais un membre de la CGC expliquer que les personnels qui menaçaient de faire sauter leur usine mettaient en péril leur carrière : qui voudrait les employer maintenant ?

Cet homme n’a pas compris que ce qui rend l’homme rationnel est son irrationalité. Quand il est face à une injustice, il ne calcule plus, c’est son instinct qui le guide. Et son instinct le pousse à mépriser son intérêt personnel, comme le note la CGC. Car, ce faisant il sert la société : s’il reste un espoir de réglementer la banque, c’est la peur qu’elle a de tels mouvements de foule.

Compléments :

Total, Carling et comptabilité

J’ai failli réagir hier à l’explosion d’une nouvelle usine de Total. Un article du Monde m’y ramène.

  • Hier je me disais qu’après AZF, une marée noire, et pas mal de fuites dont on ne parle même pas, ça faisait beaucoup. Et ça devait coûter très cher.
  • Une avocate de la CGT interviewée par France Culture expliquait qu’entre 2001 et 2007, Total a perdu plus de 70 personnes. Significativement plus que les autres pétroliers mondiaux (bien qu’il y ait beaucoup de morts dans ce métier). La CGT mettait cela au compte d’un appel excessif à la sous-traitance, une pratique incompatible avec une culture de sécurité. Ce que je crois juste. Cette fois-ci encore, il semblerait qu’une des victimes soit un stagiaire.
  • J’ai discuté d’AZF avec des experts et j’ai été surpris de les entendre me parler de causes, et pas de cultures. Les commissions d’enquête qui ont travaillé aux USA sur l’accident de Columbia ou l’explosion d’une centrale de BP, par contre, avaient incriminé la culture de la NASA et de BP : leurs critères de décision étaient économiques et non humains. L’aléa est propre à la vie, ce qui fait qu’il dégénère ou non en drame, c’est la réponse que lui donne la culture de l’organisation. C’est elle la cause des drames.

Si c’est le cas, pourquoi Total n’a-t-il pas cherché à construire une culture du risque, comme celle de la RATP, ou d’Areva ? C’est avant tout une question d’état d’esprit, entretenu par une pression sociale constante. C’est assez peu un problème d’argent. Et, en évitant des crises à répétitions, ça ferait faire d’énormes économies à Total. À moins que Total ne se soit pas rendu compte que ces événements étaient récurrents ? À moins que chaque année sa comptabilité les inscrive comme des accidents exceptionnels ?

Compléments :

Jurer fait du bien

Jurer permet de s’insensibiliser. Le juron n’appartiendrait pas au mécanisme du langage, mais à celui des émotions de l’être primitif, il ferait parti de l’attitude de l’animal attaqué. Comprenant ses bénéfices, l’homme aurait appris à en tirer profit dans d’autres circonstances.

Le blog en est une. L’homme, agressé par une nouvelle désagréable, a la réaction-réflexe d’hurler sa haine de l’ennemi. Mais le blog est le fruit de la civilisation, qui soumet la nature humaine à la main de fer de la culture. L’insulte devient raisonnement.

Cependant, il serait faux de penser que la culture a triomphé de l’instinct. La politique nationale en revient à grandes enjambées aux pratiques des cavernes (Le bon plaisir de la Royale Ségolène).

Globalisation : effet Titanic ?

Les économistes sont interloqués par l’effondrement sans précédent du commerce mondial. Il n’était pas rare qu’un pays connaisse une mauvaise passe aussi longue, mais jamais le monde dans sa quasi globalité. En fait, il y a synchronisation des économies mondiales.

  • Aurait-on là une conséquence de la « globalisation » ? Dans le passé, l’échange se faisait entre produits essentiellement fabriqués dans une zone particulière. Aujourd’hui, les produits sont faits de composants qui viennent de partout dans le monde. Du coup, quand l’industrie automobile s’arrête de produire, ses sous-traitants étrangers font faillite.
  • Le fait que les services aient été moins touchés que les produits pourrait aller dans ce sens : les services demeurent probablement « assemblés » localement.

La question n’est pas qu’académique. Notre discours économique part du principe que l’économie d’un pays en crise, allégée de ses rigidités sociales par des réformes adéquates (i.e. rendue « concurrentielle »), profitera du vent portant suscité par une reprise « ailleurs », pour renaître. Que se passera-t-il s’il n’y a pas de reprise ailleurs ? (Cette histoire me rappelle celle d’habitants des Antilles qui avaient démoli leur maison, à l’annonce d’une tornade, pour être sûrs d’obtenir les subventions qui l’auraient accompagnée. Mais la tornade les a épargnés.)

La globalisation ne nous menace-t-elle pas d’un effet Titanic ? Les caissons de flottaison ne sont pas indépendants les uns des autres. Si l’un est touché, le bateau coule. Ne faut-il pas revenir à un modèle d’intégration verticale ?

Compléments :

jeudi 16 juillet 2009

Contrôle bancaire : vers la solution française ?

Un universitaire revient sur la question du contrôle des organismes financiers. On retrouve ce que disent de précédents billets. En gros :

  1. Il faut augmenter les réserves obligatoires et les ratios de solvabilité des organismes des banques (donc leur capitaux propres), et surtout les faire varier de manière anticyclique : élevés quand les prix des actifs s’emballent, bas sinon. Aucune activité financière, aussi dissimulée soit-elle, ne doit échapper au contrôle.
  2. Idéalement, il faudrait découper le monde financier en métiers simples à contrôler, comme après la crise de 29. Pour une raison qui m’échappe, on y a renoncé. Une alternative serait de diviser une institution financière en 2 : les activités risquées, réglementées de près, et les autres.

Comme ailleurs, je sens un doute quant à la faisabilité de la mise en œuvre de ces mesures. Les banquiers sont bien plus puissants que l’état. Alors, pour les faire plier, il ne reste plus qu’une solution, effrayante. La solution française :

Est-ce que les banques peuvent être rendues inoffensives par une réglementation de leur capital ? Personne ne le sait réellement. Mais le capital est la seule option civilisée qui reste dans la boîte à outils de la réglementation. S’il ne peut pas être utilisé pour protéger le contribuable des pertes, ou s’il ne parvient pas à persuader les banques de se réformer, il y aura des pressions populaires pour des formes plus violentes d’intervention. Les banques sous estiment énormément ce risque. Elles profitent d’un repas gratuit – dans le saloon de la dernière chance. (The Economist : Appetite suppressant.)

Même s’il ne peut pas que les condamner, le libéralisme anglo-saxon considère les bombonnes de gaz installées dans les usines françaises avec attendrissement. De leur succès dépend l’avenir du capitalisme.

Compléments :

Millenium

Je cherchais un moment de détente pas compliquée. Et j’ai eu ce que j’attendais. Sinon Millenium est un film télé, à l’intrigue et aux personnages vus ailleurs. J’y ai aussi découvert que la Suède compte beaucoup de nazis des origines, probablement conservés par le froid ; bien qu’il y neige moins que je pensais. Dépaysement raté. Même question que pour Chti : pourquoi autant de succès pour des ingrédients aussi communs et aussi peu de génie ?

Peut-être parce que derrière tout cela, il y a des choses importantes pour nous que le spectacle intello ne nous apporte pas. Ce qui me ramène à mon éternelle interrogation : pourquoi la culture intello (de France culture et du ministère du même nom) est-elle aussi négative, agressive, désagréable ? Curieusement, n’était-ce pas aussi la caractéristique des spectacles qui enchantaient l’aristocratie des siècles précédents : les nobles, qui vivaient dans le luxe, les jeux, et le farniente se repaissaient de drames et de sermons édifiants ?

Une tentative de modélisation du phénomène.

  • Le monde est séparé en 2. D’un côté, l’élite qui maîtrise son avenir, et de l’autre, le reste, qui ne le maîtrise pas (et qui vit dans l’inquiétude).
  • Le rôle de l’art est, au moins en partie, de nous apporter l’envie de vivre.

Application :

  1. Le premier segment demande à l’art de lui donner bonne conscience, de lui farcir la tête de grandes émotions éthérées, et d’actes héroïques, qui montrent ce qu’il est capable de faire, donc qui justifie son existence.
  2. Le second segment a besoin de trouver un monde prévisible et un espoir.

Dans ce modèle, l’art ferait vivre à chaque segment, en quelque sorte, la vie de l’autre. Ça expliquerait le lectorat de la presse People, et l’intérêt du Bobo pour les drames de la misère. Le sans-papier serait pour l'élite la vedette de reality show du pauvre ?

mercredi 15 juillet 2009

Le bon plaisir de la Royale Ségolène

Les idées d’un rapeur auraient heurté Mme Royal, qui l’aurait fait chasser d’un festival. Étrange transformation de notre société, qu’illustre d’ordinaire M.Sarkozy. Quoi que ce soit touche à un principe sanctifié, ou à l’opinion d’une quelconque minorité agissante, et on impose ce que les bons sentiments du moment ordonnent.

Problème :
  • Si chaque grand prince et petit baron se met à légiférer selon ses bons sentiments et que ceux-ci sont contradictoires (ce qui est le cas entre ceux de M.Sarkozy et de Mme Royal), à quoi ressemblera notre pays. Anarchie ?
  • Mme Royal serait-elle heureuse qu’un maire FN, par exemple, se comporte comme elle ?
Le système Sarkozy / Royal annonce une ère où la raison du plus fort sera toujours la meilleure ?

Et si le rôle de nos élus n'était pas de nous dire la loi, mais de faire fonctionner les institutions de la République ? Elles sont assez intelligentes pour trouver l’intérêt de la nation. Si la citoyenne Royal est offusquée par qui que ce soit, qu’elle convoque la justice ?

Compléments :

M.Mélenchon et l’Europe

Ce matin j’entends M.Mélenchon s’offusquer que les socialistes européens aient voté pour un polonais de droite à la présidence de l’Assemblée. Le Parlement européen se met en ordre de bataille pour s'imposer à la Commission explique pourquoi :

L’Assemblée se voit comme contrepoids de la commission. Or, aucun des grands partis n’est suffisamment fort pour imposer ses idées. Les principaux partis de gouvernement en viennent donc à s’allier (aussi, d’ailleurs, pour contrer les eurosceptiques et les europhobes), et pour cela ils se répartissent les postes. D’abord un président de droite, puis un président de gauche (qui y gagne beaucoup, son parti ayant perdu les élections).

Si l’on compare ce système au nôtre (que M.Mélenchon préfère ?), je ne le trouve pas moins démocratique.

  1. Dans le nôtre, l’opposition critique systématiquement le gouvernement, qui l’ignore. Et le parti présidentiel se doit à un alignement parfait avec le gouvernement. Le seul moyen qu’a le peuple de sortir le gouvernement de ses idées fixes est de le menacer d’une révolution. L’assemblée ne sert à rien. C’est le triomphe de l’irresponsabilité.
  2. Le système européen, lui, se voit comme un contrepouvoir. Pour qu’il fonctionne, il demande à ce que toutes les sensibilités soient prises en compte. Quand il marche il ne représente pas l’opinion de la minorité qui a pris le pouvoir lors d’une pseudo élection démocratique, mais celle de la tous ou presque. Cette mécanique étant fragile, elle ne tolère pas l’irresponsabilité.

Le FMI juge le monde

Les enjeux internationaux de France Culture évoquent l’opinion du FMI sur l’état économique du monde. En gros, les USA vont rapidement se redresser. Mais ça va mal se passer pour l’Europe. Surprenant : n’est-ce pas les USA qui sont à l’origine de la crise ? Les Asiatiques dont les économies ont été dévastées en 97 par la gestion américaine de leur économie ont dû ressentir une frustration équivalente.

Explication du FMI : les économies d’Europe ne sont pas assez libérales, leurs rigidités sociales s’opposeront à une reprise rapide. En outre, leurs banques sont fragiles : contrairement à celles de la vertueuse Amérique, elles masquent leurs actifs toxiques. Or, l’économie européenne est beaucoup plus dépendante des banques que celle des USA. Et là se trouve un curieux cercle vicieux : plus votre économie va mal, plus vous avez d’actifs toxiques !

Derrière ce paradoxe, il se peut qu’il y ait une explication simple. Celle notée par Paul Krugman au sujet de la crise de 97 : c’est le « marché » qui impose sa loi à l’économie en crise. Non seulement il doit être sauvé (la crise doit être circonscrite pour ne pas être « systémique »), mais selon la méthode qui lui semble bonne (la « rigueur », pour les économies asiatiques). Or, ce « marché » est probablement constitué par un tout petit nombre d’entreprises critiques pour le fonctionnement de l’économie, notamment les grandes banques américaines. Quoi qu’il arrive, elles doivent être protégées.

Je me demande si la logique de ce cœur protégé n’est pas le parasitisme. Comme le montre l’affaire Madoff, il est relativement facile, lorsque l’on est bien placé, d’organiser des fuites d’argent à son profit. Depuis quelques années le % le plus riche américain absorbe l’intégralité des augmentations de PIB du pays, le reste de la société s’endettant (l’endettement a représenté, par rapport aux revenus annuels : 55% en 60, 65% au milieu des années 80, 133% en 2007, et il n’est revenu qu’à 128% en dépit de féroces économies). Il en est probablement de même avec le reste du monde.

Ce qui menace le « marché » est qu’il est très dépendant des américains ordinaires qu’il a parasités. Si leur situation se dégrade, l’état des banques américaines aussi. La relance keynésienne tentée par MM. Bush et Obama n’a pas réussi mieux qu’un fragile décollage. Une seconde relance fait peur. L’état américain n’a donc pas d’autres solutions que de nous expédier sa crise, pour sortir son peuple du chômage (le taux réel de chômage américain serait de 18,2%) et de l'épargne forcenée, sans demander d'efforts à ses banques.

La victoire ne sera que de courte durée : aucun système ne peut fonctionner sur le principe du parasitisme. Quant au FMI, son opinion ne fait que refléter des théories qu'il s'agit maintenant de réformer.

Compléments :

  • L’ouvrage cité : KRUGMAN, Paul, The Return of Depression Economics, Princeton 1999.
  • Ce que M.Madoff révèle du fonctionnement du système économique mondial : Saint Madoff.
  • En fait, le parasitisme ne semble pas se limiter au système financier, le système médical en a été l’une des plus grandes réussites : Le marché contre l’homme, Les origines du déficit de la sécu ?. Le jeu du parasite est probablement de mettre la main sur tous les points névralgiques du système pour le faire travailler pour lui.
  • Sur l’état, peu glorieux en dépit de l’opinion du FMI, des USA : Mike Whitney: The Deflating Economy (d’où je tire les informations des deux avant-derniers paragraphes).
  • Tentatives de réforme : Combat de libéraux et de banquiers.

Les deux Anglaises et le Continent

Temps lointains. Univers oublié. Dialogues décalés (surtout ceux de Jean-Pierre Léaud). Les films de Truffaut sont un dépaysement formidable.

D’abord, moment d’ajustement difficile. Ma grille de lecture n’arrivait pas à s’adapter au film. Bizarrement j’y retrouvais des sentiments qui me semblaient familiers dans mon enfance, ceux que véhiculent les romans du 19ème siècle et d’avant, mais qui ont été ridiculisés depuis.

Le plus étrange est la cohabitation de deux codes moraux totalement incompatibles. D’un côté le plus pur des romantismes, de l’autre une liberté de mœurs qui n’a pas grand-chose à envier à la nôtre. Le personnage central ne semble d’ailleurs passer de l’un à l’autre, comme s’il était unique. Mais pourquoi seraient-ils incompatibles ? Pourquoi ne pourrait-on pas vivre dans des univers différents, en même temps ? Ne tutoyons-nous pas certaines personnes, et n’en vouvoyons-nous pas d’autres ? Cette distinction d’univers ne suscitait-elle pas de grands sentiments, qui nous sont inconnus ?

J’en viens à penser que notre époque aura été celle de la pensée unique, de la bien pensance, de l’intolérance absolue, du refus de la différence. Du haut de nos certitudes, nous avons jugé ce qui nous a précédés, et nous l’avons trouvé condamnable. Les neocon américains sont notre image fidèle.

Sans beaucoup de rapport avec ce qui précède, je me suis aussi inquiété des drames dans les films : pourquoi n’y en a-t-il pas, du moins du même type, dans la vie ? Solution possible : le film dure deux heures, et la vie beaucoup plus, elle nous laisse le temps d’oublier.

mardi 14 juillet 2009

New Fabris et révolution

Revue de presse de ce matin par France Culture : menace de dynamitage d’une usine par son personnel, qui demande une prime de licenciement en échange du bâtiment.

La presse étrangère est atterrée : décidément le Français ne saura jamais bien se comporter. C’est un incorrigible révolutionnaire. Juste, avec une erreur cependant : le caractère révolutionnaire français n’est pas le fait du seul peuple, mais celui de la société :

  1. La presse note a) que la prise d’otages paie et b) que ces mouvements violents viennent de l’absence de syndicats puissants. En effet (cf. l’Assemblée nationale, les pavés et les CRS), les corps intermédiaires ont beaucoup de mal à survivre dans notre pays. En ce qui concerne les syndicats, leur affaiblissement est en partie à porter au compte des gouvernants et des dirigeants, qui pensaient que le syndicat agitait le peuple. Ils avaient pris le symptôme pour la cause.
  2. Tout ceci est connu des dirigeants. Certains ont tellement peur du mouvement social qu’ils préfèrent la faillite que de l’affronter. La plupart des autres arrivent à le dégoupiller. Ce qui n'est pas difficile : les revendications des employés sont sues de tous, très tôt, et il est possible de les satisfaire à coût faible, pour peu que l’on soit prêt à discuter (je me demande d'ailleurs si ce n'est pas la revendication essentielle des employés : faire l'objet d'un minimum de considération).

Je ne connais rien au problème, mais il me semble autant porter la marque d’un management peu éclairé que d’un peuple irresponsable.

Compléments :

  • Sociologie des syndicats explique l’évolution du syndicalisme en France.
  • La stratégie française est totalement rationnelle en ce qu’elle conduit à une modification des comportements managériaux dans un sens favorable à l’intérêt de l’employé. Plus généralement, la revanche est une stratégie sociale rationnelle : SIGMUND, Karl, FEHR, Ernst, NOWAK, Martin A., The Economics of Fair Play, Scientific American, Janvier 2002.
  • Comment éviter de tels incidents (exploités avec complaisance par la presse étrangère), qui nuisent à l’image de la France ? Il faut probablement prendre à contre-pieds les tendances « libérales », qui avaient le vent en poupe ces derniers temps, et qui installaient la lutte des classes au sein de l’entreprise. Il faut reconstruire un minimum de tissu social entre dirigeants et employés.

Intermittents du spectacle

Pourquoi suis-je touché par l’intérêt du Ministre de la culture pour les intermittents du spectacle (Mitterrand veut trouver une solution au dossier des intermittents du spectacle) ?

  • Je suis surpris qu’il parle d’un dossier compliqué qui semblait enterré. Pourquoi prendre des risques ? Par conviction ?
  • Il ne promet rien, et pourtant j’entends que le dossier aura une instruction, un traitement juste. Le technocrate a peur du problème, parce qu’il a peur de sa solution. Alors il propose des mesures technocratiques qui ne le résolvent pas, mais qui veulent nous abuser, nous endormir. Or, ce que nous désirons c’est une analyse honnête, et une issue « juste », même si elle est dure à avaler. La vie de l’intermittent ne sera peut-être pas beaucoup plus facile, mais il aura été traité avec la considération due à un être humain.

D’ailleurs, je me demande si un artiste peut être autre chose qu’un intermittent. Un intermittent du succès, au moins ? Comme Molière ou Mozart ? Ne doit-il pas à la fois être compris de la société et savoir lui révèler ce qu’elle a de mieux en elle ? Cela ne signifie-t-il pas à la fois qu’il ne doit pas se couper de ses semblables et qu’il ne doit pas être prisonnier de leur opinion, sous peine de ne refléter que la ligne unique de la médiocrité ?

Compléments :

  • Peut-être mon jugement est-il biaisé ? Je suis très las de nos hommes politiques sans coeur, seulement capables de calculs égoïstes et myopes (socialistes en tête), ai-je pris mes désirs pour des réalités ?

lundi 13 juillet 2009

Les origines du déficit de la sécu ?

Le dépistage du cancer de la prostate fait-il plus de mal que de bien ? me semble avoir mis le doigt sur quelque chose qui pourrait expliquer pourquoi notre santé nous coûte de plus en plus cher :

  • Le dépistage du cancer de la prostate se fait de plus en plus tôt. On dépiste beaucoup, mais on n’est pas sûr que ce soit finalement un bien : le dit cancer tue lentement, et le traiter démolit la vie de la victime.
  • Ce type de problème semble être derrière l’état calamiteux du système de santé américain : une amélioration du diagnostic qui fait voir ce qu’on ne voyait pas auparavant, et une volonté de zéro risque, qui conduit à un acharnement thérapeutique et à des vies gâchées.
  • On a là un curieux cercle vicieux : d’un côté cette pratique enrichit le médecin, de l’autre ne pas y souscrire risque de lui valoir des poursuites. C’est un exemple de dilemme du prisonnier : si le médecin optimise son intérêt propre, il minimise celui de ses patients et de la collectivité. La profession médicale (à commencer par les laboratoires) a trouvé un formidable moyen de ruiner la société.
Compléments :
  • Sur la médecine américaine : Le marché contre l’homme.
  • La France n’aurait-elle pas intérêt à se pencher sur ce type de comportements avant de s’en prendre à la couverture sociale ? (Système de santé français.)
  • Aurait-on là un moteur du capitalisme moderne ? Si une entreprise parvient à contraindre une profession à un tel dilemme du prisonnier (aléa moral), elle est riche. Serait-ce ce qui a été tenté avec les OGM, et ce qui a été réussi avec les différentes bulles financières ?

Sarah Palin s'en va

L’homme politique américain a une vie de chien. Sarah Palin ne l’a pas supportée. Elle renonce à une carrière politique qui aurait pu être brillante. Son départ est l’occasion d’une description de son électorat, qui joue un rôle clé dans toute élection :

Le type de gens qui soutiennent Mme Palin a plusieurs griefs. Ils sont moins bien éduqués que la moyenne américaine, si bien que le marché du travail leur est inamical depuis des années. Ils sont souvent blancs et hommes, mais ils ne se sentent pas privilégiés et s’irritent de la façon dont la discrimination positive les discrimine. En bref, c’est la base du parti républicain.

Cette population est dans une bizarre situation. Haïe par les démocrates qui lui préfèrent des minorités plus dignes de leurs bons sentiments, elle est mise au chômage par les milieux d’affaires généralement associés aux Républicains. Seuls les populistes s’intéressent à eux.

Tant que l’élite américaine croira que cette population doit être traitée soit comme criminelle (Démocrates), soit à coup de pains et de jeux (Républicains), la démocratie américaine sera en échec.

Une telle population est présente et traitée avec autant de mépris en France.

Compléments :

Soleil allemand

L’énergie solaire est le terrain des grandes manœuvres. Selon une technique dont elle a le secret, l’Allemagne a constitué un consortium de ses plus grandes entreprises (DESERTEC) pour construire une énorme zone de production d’énergie solaire dans les déserts africains. En 2050, sa production pourrait couvrir 15% des besoins de l’Europe (plus ceux des pays arabes et d’Afrique du nord).

Après les manœuvres de Siemens dans l’énergie nucléaire, il semble que l’Allemagne ait choisi comme nouveau champ de bataille l’industrie énergétique, et qu’elle ait conçu un plan méthodique pour le dominer.

Intéressant contraste culturel avec la politique du cerveau vide française.

Compléments :

Combat de libéraux et de banquiers

Il y a quelques jours, un journaliste de France Culture interviewait un économiste « libéral ». Le dit journaliste est tout heureux d’annoncer que ce n’est pas conforme à la ligne du parti d’inviter un homme qui sent le soufre, mais que cet économiste est extrêmement critique du capitalisme ambiant. Si France Culture était mieux informée, elle saurait que tous les économistes libéraux en veulent à mort à l’industrie de la finance, à ses bonus et à son appétit du lucre, et à la faiblesse des démocraties occidentales, incapables de les réformer.

Car les économistes libéraux sont des idéalistes, qui ne pardonneront jamais à une poignée de voyous d’avoir transformé leur rêve en cauchemar. Comme les spectateurs de la première utilisation de la guillotine, ils désirent que la mise à mort des financiers soit faite selon l’art des origines. Mais, ils n’ont pas abandonné tout espoir de changement. The Economist me semble chercher comment réformer la finance en dépit des insuffisances de courage démocratique. J’aperçois un objectif double :

  1. réduire la taille des banques pour que leur faillite ne menace pas l’existence du monde ;
  2. « dégrouper » leurs métiers (banque de détail, d’investissement…), de façon à éliminer la complexité qui les rend opaques.

Si je comprends bien, jouer sur le montant de garanties que doivent conserver les banques serait suffisant pour réformer en évitant la résistance au changement.

  • L’expérience de la crise semble montrer que pour l’éviter il aurait fallu que le montant de ces garanties atteigne 15% du capital des banques, pour les plus dangereuses (contre 2% selon Basel 2, avec l’effet pervers supplémentaire d’une stratégie de « hors bilan » poussée au génie).
  • Cela aurait l’avantage de rendre les services financiers exotiques peu rentables, et d’amener les banques à s’en débarrasser.

Je me demande aussi si The Economist ne veut pas que les banques centrales sortent de leur rôle traditionnel de fixation des taux, et contrôlent les financiers. Là aussi, il ne s’agirait pas d’un changement, puisqu’elles les maintiennent d’ores et déjà en respiration assistée.

Compléments :

dimanche 12 juillet 2009

Emprunt (suite)

C’est au tour de The Economist de se casser la tête à chercher la logique de l’emprunt de l’état français (Of human superbondage). Peu originalement, il pense qu’il est économiquement inefficace, et mal venu pour un pays endetté. Mais il avance deux hypothèses nouvelles :

  1. Un moyen pédagogique d’intéresser le peuple français à l’économie.
  2. Un moyen de démontrer à l’Europe qu’il y a de « bons déficits », ceux qui permettent de créer les richesses de demain.

Certes, mais on aurait pu arriver aux mêmes résultats à moins cher…

Et si l’emprunt n’était que ce qu’il paraît. C'est-à-dire rien. Une abstraction sans logique aucune. L’économie comme art, comme expression d’un élan créatif irraisonné. Une innovation qui fera l’admiration des générations futures, comme le Château de Versailles ou les grandes pyramides ? Le feu d’artifice d’une civilisation à son crépuscule ?

Division des tâches

J’entends parler de division des tâches à la radio. Et si le sujet était moins théorique qu'il n'y paraît ? La division des tâches est le principe même de la pensée d’Adam Smith, c’est sa justification de la globalisation : la richesse mondiale optimale sera atteinte quand chacun sera spécialisé. Adam Smith ayant essentiellement mathématisé la culture anglo-saxonne marchande, on peut imaginer que la division des tâches est profondément inscrite dans l’inconscient collectif anglo-saxon. Et, comme la France absorbe sans réflexion tout ce qui vient d’ailleurs, la question nous concerne.

Le concept n’a rien de théorique. L’université américaine est un exemple de son application. On y trouve des multitudes de disciplines qui ne se parlent pas, en contradiction avec l’esprit scientifique même. Les économistes, par exemple, qui décident de notre existence, ne peuvent pas supporter les sciences humaines, du coup ils font faire à la société des virevoltes criminelles (dont notre crise actuelle).

La division des tâches pousse à l’hyperspécialisation et à l’irresponsabilité. Chacun se réfugie dans un étroit domaine de compétence en espérant que Dieu (la Main invisible du marché) fera le bien à partir de son effort aveugle. Cette hyperspécialisation rend le contrôle impossible, puisque, par définition, personne ne comprend ce que l’autre fait. Du coup, elle met la société à la merci du parasitisme et de l’idéalisme (rappelons nous la période néoconservatrice). La division des tâches c’est mettre notre vie entre les mains d’experts incontrôlés.

Et encore s’ils étaient compétents ! Leur sélection se fait selon des processus, des règles humaines… qui sélectionnent des experts des mécanismes de sélection, non des esprits supérieurs ; des spécialistes du moyen, non de la fin. Comme le remarquait Rousseau, ceux qui ont fait de la science et de la pensée ce qu’elle est n’ont pas eu de maîtres. Ils ont créé leur univers.

Ce qu’il y a de curieux dans la pensée anglo-saxonne c’est son hypothèse fondamentale, qui est l’hypothèse implicite de l’économie moderne. Homme = outil de production, c’est tout. La richesse des nations selon Adam Smith (ce que l’on appellerait aujourd’hui PIB), c’est produire le plus possible. Les Temps modernes de Chaplin traduisent fidèlement cet idéal.

La pensée anglo-saxonne ne peut pas concevoir que ce qui fait la beauté de la vie n’est pas l’entassement de biens matériels. Pas plus qu’elle ne peut concevoir la notion de société ; que l’homme ne peut pas vivre comme un électron libre ; qu’il est intimement lié au groupe humain, sans lequel il n’est rien.

Bien sûr la France, toujours en retard d’une guerre, a copié servilement : on demande désormais à l’enfant quel est son « projet professionnel ».

L’homme doit être un citoyen. Et être un citoyen, c’est être capable de contrôler ce qui se passe dans la société, et donc de le comprendre. C’est apprendre à utiliser sa « raison » auraient dit Kant et les philosophes des Lumières. Je soupçonne que c'était le projet initial de l'Education nationale...

Compléments :

Que valent les conseils ?

Conversation récente. Beaucoup de gens donnent des conseils, ou des services, que l’on n’est pas prêt à payer. Explication ? Quelques théories :

  1. Selon Kenneth Arrow ce qui est important est gratuit, à commencer par les soins médicaux vitaux. Nous n’avons pas confiance en celui qui est poussé par l’intérêt. (Les conseilleurs ne doivent pas être payés.)
  2. Pour Robert Cialdini, une des lois humaines est de rendre ce que l’on a reçu. Le fait de ne pas respecter cette loi peut sous-entendre que la société se délite, victime d’un individualisme qui ne sait plus que prendre, d’une société de « droits de l’hommes » qui n’a plus de devoirs.
  3. Selon le même plus quelque chose est cher, plus il a de la valeur. Notamment du fait du principe de cohérence : nous apprécions d’autant plus notre achat qu’il a été un difficile investissement. La contradiction entre points 2 et 3, et point 1, s’explique peut-être parce des circonstances différentes. Dans le premier cas, on serait dans la logique de la famille ou de la société comme groupe, dans les deux autres, dans la logique du marché, de l’échange de peu d’importance.
  4. La culture française est une culture d’assistanat : nous n’avons pas l’habitude de payer, tout est gratuit, tout nous est donné par l’état, ou par notre entreprise. Peut-être aussi, il y a l’horreur du secteur marchand : celui qui lui appartient ne peut-être qu’un escroc, il n’a pas besoin qu’on le paie pour s’enrichir.
  5. La culture française est aussi une culture de l’intérêt personnel : le conseilleur tend peut-être à faire ce qu’il croit bon, à répondre au besoin réel plutôt qu’au besoin perçu. Il donne un conseil dont le conseillé ne voit pas la valeur. Par contraste l’Américain cherche à maximiser ses revenus, il se demande donc quelle ficelle tirer pour que son client lui remette ses économies (d’où l’énorme intérêt de l’université américaine pour la manipulation – cf. les travaux de R.Cialdini cité ci-dessus).

Que faire ? 2 solutions observées :

  1. Ne donner qu’à ceux qui peuvent donner. Pour ne pas perdre son temps, il faut vite mettre l’autre en situation de donner quelque chose, même sans valeur. S’il ne fait pas cet effort, l’abandonner immédiatement.
  2. Ce qui est donné, doit avoir une contrepartie, dont le prix rentabilise le don. Dans beaucoup de professions, la vente de produits est précédée par un travail d’expertise gratuit. C’est l’expert qui fait l’intérêt unique que porte le client au fournisseur, mais c’est le produit qui rémunère le service.

samedi 11 juillet 2009

Il est temps d’investir

La bulle spéculative a apporté de l’argent à beaucoup d’industries. Aujourd’hui, temps des ajustements : Hollywood réduit sa production de 600 à 400 films (One-dimensional), et le capital-risque américain, divise par deux ses budgets (26 milliards ces derniers temps) et perd un tiers de ses fonds (The brightest and the rest).

Surtout, les investisseurs ont mis de l’argent dans de mauvais projets. Le capital risque, par exemple :

le taux de retour sur investissement à 10 ans deviendra négatif à la fin de cette année, au moment où les gains de la bulle internet disparaîtront.

Une bonne nouvelle, cependant : les investissements faits en période de crise sont les meilleurs…

La réflexion que ceci m’inspire est que le monde semble avoir une capacité de création limitée. Contrairement à ce que pensaient les théoriciens de l’économie et les innovateurs financiers, lui donner beaucoup d’argent ne fait pas de miracles. À moins que ceux qui contrôlent cet argent ne soient incapables de l’investir intelligemment ?

The Economist : anti-démocratique ?

C’est surprenant à quel point The Economist, organe officiel du libéralisme économique, est anti-démocratique. Nouvel exemple : A terrible bill unites the parties.

GM a décidé de fermer des concessions qu’il ne juge pas rentables. Les concessions en appellent à l’aide de leurs représentants, qui les obligent. Une majorité du congrès est maintenant en leur faveur. The Economist est furieux. À son habitude, il peste contre la stupidité des représentants du peuple, qui ne voient que leur intérêt à court terme.

L'attitude paradoxalement anti-démocratique de The Economist révèle peut-être la logique sous-jacente du libéralisme anglo-saxon : le sentiment que la décision humaine est fatalement stupide et attentatoire aux libertés. Il avait trouvé une solution à ce problème, qui plaisait à sa nature de boutiquier : le marché. Le marché, ce n’est personne, par conséquent il n’y a pas de risque que qui que ce soit nous impose ses désirs et ses erreurs. Malheureusement, la dictature du marché ne vaut pas mieux que celle de l’homme. (Plus exactement, tant qu’il y aura des hommes, il n’y aura pas de marché suffisamment parfait pour cette théorie.)

En attendant de trouver mieux, je suggère de considérer la réforme de GM comme un exercice de conduite du changement. Deux remarques :

  • Cet exercice, dans une version simplifiée, a deux contraintes : la rentabilité de GM, et le respect de la démocratie (donc les droits des concessionnaires à faire appel à ses lois).
  • Peut-être qu’en écoutant les concessionnaires, en leur demandant leur point de vue, on pourrait trouver une solution qui leur convienne et qui ne coûte pas grand-chose à l’état américain (surtout si on le compare à ce qui a déjà été dépensé dans cette affaire) ? Peut-être même que l’on pourrait en tirer quelques informations utiles à la définition de la future stratégie de GM : ses malheurs viennent de n’avoir pas écouté son marché, et les concessionnaires, justement, sont au contact du marché ? Bizarrement Sloan, mythique redresseur de GM, les prenait au sérieux.

Compléments :

  • Le marché nécessaire au libéralisme anglo-saxon demande que l’homme optimise son intérêt à court terme, or, il suit des règles sociales (cf. le code de la route, la politesse, ou la devise de la Bourse de Londres). Irrationalité du marché.
  • GM et Alfred Sloan.
  • Comment éviter à l’homme la domination de l’homme (définition initiale de libéralisme) : Le contrat social / Rousseau.

vendredi 10 juillet 2009

Descendeur social

Une étude décrypte le "déclassement social" en France.

64 % des jeunes recrutés dans la fonction publique seraient en effet titulaires d'un diplôme supérieur – voire très supérieur – à celui normalement requis pour passer le concours.

J’entendais ce matin un des rédacteurs de l’étude dire qu’il ne s’agissait pas de déclassement. Que l’emploi dans le public, avec sa sécurité, valait bien ce petit désagrément. Est-ce cela le progrès que nous a apporté l’économie de marché ? Il y a d’un côté les faméliques travailleurs du privé, promis à tous les aléas ; de l’autre les privilégiés du secteur public surdiplômés et sous payés ?

Le rapport pointe le décalage entre ces statistiques et le ressenti de la population.

Pour ma part, j’ai du mal à voir ce décalage.

Compléments :

  • Inégalités françaises ? parle d’une étude du CREDOC qui donnait le même type de résultats.
  • Une question m'interpelle : à quoi sert de faire autant d'études qui ne semblent avoir aucune utilité, pourquoi encourager l'inactivité ?

Antibiotiques

L’art du changement, voire de la guerre, ne s’étudie pas que par l’observation humaine, les bactéries ont aussi des choses à nous dire :

De plus en plus, elles prennent le dessus sur nos antibiotiques. Raison ?

  1. Sélection naturelle. La reproduction des souches résistantes aux antibiotiques du moment est favorisée.
  2. Main invisible du marché. L’industrie pharmaceutique a jugé peu rentable les antibiotiques, plus d’innovation pendant 40 ans.

La sélection naturelle a des effets d’autant plus rapides que certains composants organiques, les plasmides, qui ne peuvent vivre seuls, proposent leur collaboration aux bactéries, en échange d'anti-antibiotiques (transfert horizontal de gènes). C’est d’autant plus facile qu’ils viennent de bactéries qui produisent les antibiotiques…

Comment s’en sortir ?

  • En trouvant de nouveaux antibiotiques. En modifiant ceux dont on dispose, ou en cherchant des microbes producteurs d’antibiotiques, dans des lieux exotiques (par exemple les fonds marins), contre lesquels les bactéries qui nous veulent du mal ne se sont pas prémunies.
  • En évitant de tuer nos ennemis, en les affaiblissant, de manière à ce qu’ils ne puissent nous nuire, et que la sélection naturelle ne favorise pas l’émergence de souches résistantes.

Mécanique d’Obama

Un article d’un Jeffrey Sachs quelque peu inquiet explique que l’action de B.Obama obéit à des constantes :

  1. Laisser-faire pré paramétré. Il suffit de donner au marché les bons coûts pour que de lui-même il s’occupe de nos affaires (cf. marché des droits à polluer).
  2. Laisser-faire démocratique. Le congrès met au point un plan environnemental sans contrôle, ce qui aboutit à fouillis inapplicable.

Or, le marché seul ne financera jamais les innovations nécessaires à la transformation de l’industrie mondiale ; et le changement, au congrès comme ailleurs, demande une « animation » de la part du gouvernement.

L’administration Obama doit comprendre l’importance urgente de la planification. Weber aurait dit que M.Obama, contrairement à l’homme politique ordinaire, obéit à l’éthique des valeurs (Obama est plus un idéaliste qu’un politique), et qu’il doit apprendre l’éthique de la responsabilité.

Compléments :

Paralysie économique française

Mes rendez-vous du moment me montrent des organisations paralysées. Elles attendent le miracle, sans rien faire.

Amusant. Si on les pousse dans leurs retranchements, on découvre que c’est une très mauvaise idée de ne rien faire.

  1. Elles ne pourront pas tenir si la crise dure (ce qui semble vraisemblable) ;
  2. leur environnement est promis à de très gros changements : elles ne savent pas si les produits qu’elles ont toujours fabriqués seront encore en course demain, mais qu’est-ce qui les remplacera ? ;
  3. au fond, elles sont persuadées que les licenciements auxquels elles procèdent (sans s’être donné le mal de repenser une organisation qui demandait beaucoup plus de monde pour fonctionner correctement) attaquent le muscle, que ce sont les meilleurs qui partent, parce que c’est eux qui trouvent plus facilement à s’employer ailleurs.

Mais alors pourquoi ne pas chercher de nouveaux revenus ? Pourquoi ne pas essayer de tirer parti des changements qui s’annoncent ? Pourquoi, même, ne pas les provoquer ? Ça ne pourrait qu’avoir des effets bénéfiques : ça détournerait du stress les esprits oisifs, et, accessoirement, ça pourrait créer de nouveaux revenus et éviter l’inévitable à l’entreprise.

J’entendais encore ce matin une émission sur l’agriculture. Elle est toute à revoir. Les rendements baissent alors que la population augmente, elle est massivement dépendante du pétrole (transport, engrais), si bien que la moindre petite spéculation crée des famines, elle consomme trop d’eau (70% de la consommation mondiale) alors que celle-ci va bientôt manquer, elle contribue pour au moins un tiers à l’effet de serre… J’ai parlé ailleurs des clean tech, de l’aviation. Le monde est un boulevard pour la science et pour l’entrepreneur.

On me répond que la culture des entreprises a changé. Les entrepreneurs d’hier ont été remplacés par des managers professionnels, qui ne savent qu’exécuter et faire de la politique ; que, d’ailleurs, ce sont les peu politiques entrepreneurs qui sont licenciés les premiers. Mais, rien n’est désespéré. Beaucoup de groupes sont familiaux, qu’ils reviennent aux valeurs de leurs fondateurs et l’avenir est à eux.

Compléments :

jeudi 9 juillet 2009

Système de santé français

Je trouve quelque chose de désagréable à l’article « Le système de santé en voie de privatisation ?, par Cécile Prieur » : j’y vois les signes annonciateurs du système américain. Même chose que pour l’école.

Certes, tout le monde reste assuré par la sécurité sociale, mais les complémentaires prennent de plus en plus de place, et de moins en moins de personnes peuvent se les payer. Si nous suivons la pente américaine, ces économies finiront par nous coûter très très cher.

L’article s’attriste que le gouvernement réforme en douce, dissimule dans un maquis de considérations techniques les conséquences de ses actes, refuse le débat démocratique. Mais, ce n’est pas ce que je retiendrai de la nouvelle. Ce que je lui trouve d’intéressant, c’est l’illustration de la dérive de la pensée gouvernementale.

  1. Le principe de la société est que tout homme a droit à la solidarité de l’espèce. Nous avons élu un gouvernement pour qu’il permette à notre société de jouer son rôle. Les déficits de l’assurance sociale sont son échec. Il doit les éliminer à la fois en augmentant les revenus de l’état (notamment en réduisant le chômage), et en combattant les causes de dépense de santé inutiles. Bien sûr, il peut compter sur notre aide pour cela, mais il est là pour l’organiser.
  2. Il a trouvé moins fatigant de se décharger sur nous de ses responsabilités. Le déficit est dorénavant le problème de la population. Il sera réduit en assurant moins. Et ceux qui ne sont pas assurés seront appelés « coupables ».

Compléments :

mercredi 8 juillet 2009

Sociale démocratie et marché

Hier, je parlais de M.Rocard, qui dénonçait un peuple européen indigne. N’avait-il pas voté contre les socio-démocrates, seuls capables de rendre le capitalisme vertueux ?

Eh bien, le blog du spécialiste européen de Libé annonce que : Martin Schulz abandonne la réglementation des marchés financiers à un libéral britannique. Autrement dit, le parti socialiste européen n’a pas l’air intéressé de réglementer quoi que ce soit.

M.Rocard a-t-il une vision très claire de ce qu’est la sociale-démocratie moderne ? Cela expliquerait-il son ralliement au gouvernement ? Il l’a confondu avec le PS ?

Réglementation européenne

Divided by a common market parle des mesures qui sont prises par l’Europe pour réglementer ses marchés financiers :

  • D’un côté, il est question d’affrontement entre conceptions anglaise et allemande + française. Apparemment la perfide Albion aurait le dessous. La réglementation aurait le vent en poupe.
  • De l’autre il y a la réalité : ce qui doit contrôler n’a aucun pouvoir. Par exemple les autorités de supervision ne peuvent contraindre quelque pays que ce soit à une mesure qui lui coûterait de l’argent, ou organiser le sauvetage coordonné d’une banque multinationale. En attendant, les nations européennes procèdent à leurs propres ajustements, qui pourraient être peu favorables aux intérêts de leurs voisins, et de l’Europe : « le marché qu’ils veulent réglementer se fragmente sous leurs yeux ».

Ceci irait-il dans le sens d’une hypothèse formulée par un précédent message (Idée d’Europe) ? L’Europe est faite de tendances tellement opposées, et elle a tellement peu envie de les affronter, que pour se donner l’illusion d’avoir réglé la question, elle décide de législations qui ne sont qu’apparences.

Thatcher contre Scargill

Un article de la revue de l’Université de Cambridge, Children of the strike, rappelle l’affrontement Margaret Thatcher / Mineurs de 84/85.

J’étais en Angleterre à l’époque. Mon souvenir des événements est que Margaret Thatcher avait préparé soigneusement son coup. Les mineurs ont réagi comme prévu : sûrs de leur force ils ont cherché à faire plier le gouvernement. La lutte a épuisé leurs ressources. Ils ont été liquidés.

Ce conflit a vu s’affronter deux illuminés persuadés d’idées simplistes. D’un côté on croyait pouvoir ignorer, par la force, les évolutions du monde ; de l’autre on pensait que décréter, par la force, le laisser-faire, installerait définitivement le pays dans la prospérité. Comme dans toutes les batailles, les simples soldats ont payé la folie de leurs généraux. Les rêves de Madame Thatcher ne se sont guère matérialisés, sinon sous la forme de bulles spéculatives, et la reconversion, laisser-faire ?, de l’économie des zones minières ne semble pas avoir été une réussite.

Grande leçon de changement :

  • Illusion de la raison, qui veut que le monde, aussi compliqué soit-il, puisse se réformer à coups de théories, d’utopies. De manière amusante, les philosophes anglais ont critiqué la France révolutionnaire pour avoir cru pouvoir construire un monde idéal, à partir des enseignements de la raison. Ils auraient trouvé Madame Thatcher très française.
  • Illusion du passage en force. Le passage en force peut réussir. Mais, quand il réussit, il détruit les piliers de la société. Madame Thatcher a peut-être abattu les syndicats, mais elle a démoli une partie du tissu social de la société anglaise. Elle a massacré les siens, ceux qu’elle devait servir. Bien sûr, elle était convaincue que c’était pour leur bien.

mardi 7 juillet 2009

Conflits entre peuples : explication?

Plus deux populations sont génétiquement proches, plus elles ont de chances d’entrer en conflit, ou d’avoir des divergences diplomatiques.

La proximité créerait des sujets de dispute, ceci indépendamment de leur éloignement géographique. Le commerce et la démocratie adouciraient les mœurs… C’est du moins ce que dit Kinship and conflict.

M.Rocard

J’entendais ce matin que MM.Rocard et Juppé dire leur enthousiasme de travailler à l’emprunt présidentiel. Décidément, M.Sarkozy sait flatter les intelligences. Car MM.Rocard et Juppé sont exceptionnellement intelligents. Alfred Sauvy qualifiait même M.Rocard d’homme le plus intelligent de France.

À quoi reconnaît-on un homme intelligent ? à ce qu’il est supérieur à la multitude. Exemples ? M.Juppé jugeait il y a peu que le peuple français, qu'il représente, se trompait (constitution européenne). Pour M.Rocard, dans un article du Monde entraperçu hier, les citoyens européens sont corrompus par la soif du lucre, ils veulent « faire fortune », ils sont tellement irrécupérables qu’ils ont rejeté la « sociale démocratie », qui était la seule à pouvoir réguler les appétits du marché, et à mettre un terme aux crises récurrentes du capitalisme.

Étrangement, pour un socialiste, il semble mettre la crise au compte de la nature mauvaise de quelques banquiers assoiffés d’argent. Par contraste les universitaires américains pensent la crise comme pathologie sociale. Ils observent que lorsqu’un pays est soumis à un flux de capitaux, cela déclenche, mécaniquement, une spéculation.

Dans tous les cas, c’est vrai, on est ramené à un problème de régulation, soit du criminel, soit des pathologies du capitalisme. Mais le vote européen rejette-t-il une réglementation socio-démocrate, traduit-il la soif du gain ? Certains disent que les électeurs ont trouvé les partis « libéraux » plus socio-démocrates que les socio-démocrates. En France, le triomphe des verts ne semble pas corroborer l’opinion rocardienne. J’ai du mal à apercevoir des gens qui « veulent faire fortune ». Certes, les dirigeants demandent un salaire correspondant à celui de leurs homologues internationaux, mais c’est une question d’honneur.

D’ailleurs le collaborateur présidentiel a-t-il raison de se lamenter de la fragilité du système financier mondial, et de l’arrogance triomphante du banquier ?

  1. Mettez-vous à la place du banquier : peut-il dire qu’il a été un escroc, que son salaire était immérité ? Il obéit au principe de « cohérence » (cf. les travaux de R.Cialdini), il rationalise ce qu’il a fait ? Cela ne signifie pas qu’il ne soit pas prêt à changer : son anxiété de survie est élevée, mais aussi son anxiété d’apprentissage. Il ne sait pas comment faire pour se transformer, sans perdre ce qui faisait l’intérêt de sa vie. Il est dos au mur
  2. Que le système puisse exploser à tout instant, qu’il manque d’argent, pourrait être bénéfique. La crise touche les bases mêmes du modèle d’organisation mondiale, elle ne se résoudra pas par miracle, elle demande une réinvention évidemment compliquée, et l’inquiétude, mais une inquiétude non paralysante (« le dégel » au sens de Kurt Lewin), lui est favorable.

Mais, au fond, les actes de M.Rocard n’approuvent-ils pas la majorité ? Ne disent-ils pas que les partis sociaux démocrates n'ont rien de sociaux démocrates, et que les partis libéraux sont la seule solution dont nous disposions : ne va-t-il pas leur prêter main forte ?

Compléments :

lundi 6 juillet 2009

Honduras

Ce que je comprends de la situation du Honduras. D’un côté le monde des affaires appuyé par les USA, de l’autre un peuple de crèvent la faim. Caricature du modèle latino américain. Un président élu à droite dérive à gauche, jusqu’à devenir un allié de Chavez et de Cuba.

Et ça se complique : il n’a droit qu’à un mandat, mais en veut un autre. Il épuise les ressorts légaux, puis demande à l’armée de l’aider et licencie son chef d’état major récalcitrant. L’armée le jette, en pyjama, dans un avion en partance pour l’étranger. Chavez menace le pays de mesures de rétorsions (le Honduras dépend du pétrole vénézuélien), voire d’une guerre.

Les deux interprétations suivantes sont justes, ou quasiment :

  1. Un président, défenseur du peuple, dérange l’establishment qui organise un coup militaire.
  2. Un dictateur aux dangereuses tendances communistes est écarté par l’armée.

Ingrédients d'un dialogue de sourds, qui se termine en bain de sang. Chacun aurait été sûr de son bon droit.

La communauté internationale, emmenée par B.Obama, semble avoir évité le piège. Elle a condamné une violation démocratique (qui n’était pas évidente), évitant probablement une escalade.

La raison pour laquelle j'ai écrit ce billet est qu'il me semble que, dans cette affaire, la démocratie a vaincu. Face aux coups tordus des précédentes administrations américaines, Hugo Chavez était en passe de s’affirmer comme le champion de la justice sociale, le défenseur des valeurs démocratiques, et de les utiliser pour imposer au continent sud américain un modèle qui ne semble pas franchement les respecter. Il n'a plus de raisons d'être un démocrate approximatif.

Espérons que B.Obama va parvenir à adapter ce type d’intelligence manœuvrière à la situation intérieure des USA.

Compléments :

  • La même stratégie appliquée à l’Iran l’a montré beaucoup moins sympathique que ne le laissait paraître la politique préventivement agressive de l’administration Bush (Iran suite). C’est une illustration de prédiction auto-réalisatrice : l’administration Bush faisait le lit du fondamentalisme et du terrorisme de tout poil, et de la haine de la démocratie. C’est aussi une bonne nouvelle en ce qui concerne la Chine, qui utilise la duplicité américaine pour faire croire que la démocratie est un outil de destruction massive inventé par le perfide Occident. Face à un Occident honnête, il sera difficile à la Chine de céder à ses tendances dictatoriales et d’utiliser une propagande antioccidentale pour servir ses intérêts économiques, au détriment de ceux de ses partenaires.
  • Sur les événements : Booted out (avec un complément d’une émission de France Culture de ce matin, vers 7h).