samedi 11 juillet 2009

Il est temps d’investir

La bulle spéculative a apporté de l’argent à beaucoup d’industries. Aujourd’hui, temps des ajustements : Hollywood réduit sa production de 600 à 400 films (One-dimensional), et le capital-risque américain, divise par deux ses budgets (26 milliards ces derniers temps) et perd un tiers de ses fonds (The brightest and the rest).

Surtout, les investisseurs ont mis de l’argent dans de mauvais projets. Le capital risque, par exemple :

le taux de retour sur investissement à 10 ans deviendra négatif à la fin de cette année, au moment où les gains de la bulle internet disparaîtront.

Une bonne nouvelle, cependant : les investissements faits en période de crise sont les meilleurs…

La réflexion que ceci m’inspire est que le monde semble avoir une capacité de création limitée. Contrairement à ce que pensaient les théoriciens de l’économie et les innovateurs financiers, lui donner beaucoup d’argent ne fait pas de miracles. À moins que ceux qui contrôlent cet argent ne soient incapables de l’investir intelligemment ?

The Economist : anti-démocratique ?

C’est surprenant à quel point The Economist, organe officiel du libéralisme économique, est anti-démocratique. Nouvel exemple : A terrible bill unites the parties.

GM a décidé de fermer des concessions qu’il ne juge pas rentables. Les concessions en appellent à l’aide de leurs représentants, qui les obligent. Une majorité du congrès est maintenant en leur faveur. The Economist est furieux. À son habitude, il peste contre la stupidité des représentants du peuple, qui ne voient que leur intérêt à court terme.

L'attitude paradoxalement anti-démocratique de The Economist révèle peut-être la logique sous-jacente du libéralisme anglo-saxon : le sentiment que la décision humaine est fatalement stupide et attentatoire aux libertés. Il avait trouvé une solution à ce problème, qui plaisait à sa nature de boutiquier : le marché. Le marché, ce n’est personne, par conséquent il n’y a pas de risque que qui que ce soit nous impose ses désirs et ses erreurs. Malheureusement, la dictature du marché ne vaut pas mieux que celle de l’homme. (Plus exactement, tant qu’il y aura des hommes, il n’y aura pas de marché suffisamment parfait pour cette théorie.)

En attendant de trouver mieux, je suggère de considérer la réforme de GM comme un exercice de conduite du changement. Deux remarques :

  • Cet exercice, dans une version simplifiée, a deux contraintes : la rentabilité de GM, et le respect de la démocratie (donc les droits des concessionnaires à faire appel à ses lois).
  • Peut-être qu’en écoutant les concessionnaires, en leur demandant leur point de vue, on pourrait trouver une solution qui leur convienne et qui ne coûte pas grand-chose à l’état américain (surtout si on le compare à ce qui a déjà été dépensé dans cette affaire) ? Peut-être même que l’on pourrait en tirer quelques informations utiles à la définition de la future stratégie de GM : ses malheurs viennent de n’avoir pas écouté son marché, et les concessionnaires, justement, sont au contact du marché ? Bizarrement Sloan, mythique redresseur de GM, les prenait au sérieux.

Compléments :

  • Le marché nécessaire au libéralisme anglo-saxon demande que l’homme optimise son intérêt à court terme, or, il suit des règles sociales (cf. le code de la route, la politesse, ou la devise de la Bourse de Londres). Irrationalité du marché.
  • GM et Alfred Sloan.
  • Comment éviter à l’homme la domination de l’homme (définition initiale de libéralisme) : Le contrat social / Rousseau.

vendredi 10 juillet 2009

Descendeur social

Une étude décrypte le "déclassement social" en France.

64 % des jeunes recrutés dans la fonction publique seraient en effet titulaires d'un diplôme supérieur – voire très supérieur – à celui normalement requis pour passer le concours.

J’entendais ce matin un des rédacteurs de l’étude dire qu’il ne s’agissait pas de déclassement. Que l’emploi dans le public, avec sa sécurité, valait bien ce petit désagrément. Est-ce cela le progrès que nous a apporté l’économie de marché ? Il y a d’un côté les faméliques travailleurs du privé, promis à tous les aléas ; de l’autre les privilégiés du secteur public surdiplômés et sous payés ?

Le rapport pointe le décalage entre ces statistiques et le ressenti de la population.

Pour ma part, j’ai du mal à voir ce décalage.

Compléments :

  • Inégalités françaises ? parle d’une étude du CREDOC qui donnait le même type de résultats.
  • Une question m'interpelle : à quoi sert de faire autant d'études qui ne semblent avoir aucune utilité, pourquoi encourager l'inactivité ?

Antibiotiques

L’art du changement, voire de la guerre, ne s’étudie pas que par l’observation humaine, les bactéries ont aussi des choses à nous dire :

De plus en plus, elles prennent le dessus sur nos antibiotiques. Raison ?

  1. Sélection naturelle. La reproduction des souches résistantes aux antibiotiques du moment est favorisée.
  2. Main invisible du marché. L’industrie pharmaceutique a jugé peu rentable les antibiotiques, plus d’innovation pendant 40 ans.

La sélection naturelle a des effets d’autant plus rapides que certains composants organiques, les plasmides, qui ne peuvent vivre seuls, proposent leur collaboration aux bactéries, en échange d'anti-antibiotiques (transfert horizontal de gènes). C’est d’autant plus facile qu’ils viennent de bactéries qui produisent les antibiotiques…

Comment s’en sortir ?

  • En trouvant de nouveaux antibiotiques. En modifiant ceux dont on dispose, ou en cherchant des microbes producteurs d’antibiotiques, dans des lieux exotiques (par exemple les fonds marins), contre lesquels les bactéries qui nous veulent du mal ne se sont pas prémunies.
  • En évitant de tuer nos ennemis, en les affaiblissant, de manière à ce qu’ils ne puissent nous nuire, et que la sélection naturelle ne favorise pas l’émergence de souches résistantes.

Mécanique d’Obama

Un article d’un Jeffrey Sachs quelque peu inquiet explique que l’action de B.Obama obéit à des constantes :

  1. Laisser-faire pré paramétré. Il suffit de donner au marché les bons coûts pour que de lui-même il s’occupe de nos affaires (cf. marché des droits à polluer).
  2. Laisser-faire démocratique. Le congrès met au point un plan environnemental sans contrôle, ce qui aboutit à fouillis inapplicable.

Or, le marché seul ne financera jamais les innovations nécessaires à la transformation de l’industrie mondiale ; et le changement, au congrès comme ailleurs, demande une « animation » de la part du gouvernement.

L’administration Obama doit comprendre l’importance urgente de la planification. Weber aurait dit que M.Obama, contrairement à l’homme politique ordinaire, obéit à l’éthique des valeurs (Obama est plus un idéaliste qu’un politique), et qu’il doit apprendre l’éthique de la responsabilité.

Compléments :

Paralysie économique française

Mes rendez-vous du moment me montrent des organisations paralysées. Elles attendent le miracle, sans rien faire.

Amusant. Si on les pousse dans leurs retranchements, on découvre que c’est une très mauvaise idée de ne rien faire.

  1. Elles ne pourront pas tenir si la crise dure (ce qui semble vraisemblable) ;
  2. leur environnement est promis à de très gros changements : elles ne savent pas si les produits qu’elles ont toujours fabriqués seront encore en course demain, mais qu’est-ce qui les remplacera ? ;
  3. au fond, elles sont persuadées que les licenciements auxquels elles procèdent (sans s’être donné le mal de repenser une organisation qui demandait beaucoup plus de monde pour fonctionner correctement) attaquent le muscle, que ce sont les meilleurs qui partent, parce que c’est eux qui trouvent plus facilement à s’employer ailleurs.

Mais alors pourquoi ne pas chercher de nouveaux revenus ? Pourquoi ne pas essayer de tirer parti des changements qui s’annoncent ? Pourquoi, même, ne pas les provoquer ? Ça ne pourrait qu’avoir des effets bénéfiques : ça détournerait du stress les esprits oisifs, et, accessoirement, ça pourrait créer de nouveaux revenus et éviter l’inévitable à l’entreprise.

J’entendais encore ce matin une émission sur l’agriculture. Elle est toute à revoir. Les rendements baissent alors que la population augmente, elle est massivement dépendante du pétrole (transport, engrais), si bien que la moindre petite spéculation crée des famines, elle consomme trop d’eau (70% de la consommation mondiale) alors que celle-ci va bientôt manquer, elle contribue pour au moins un tiers à l’effet de serre… J’ai parlé ailleurs des clean tech, de l’aviation. Le monde est un boulevard pour la science et pour l’entrepreneur.

On me répond que la culture des entreprises a changé. Les entrepreneurs d’hier ont été remplacés par des managers professionnels, qui ne savent qu’exécuter et faire de la politique ; que, d’ailleurs, ce sont les peu politiques entrepreneurs qui sont licenciés les premiers. Mais, rien n’est désespéré. Beaucoup de groupes sont familiaux, qu’ils reviennent aux valeurs de leurs fondateurs et l’avenir est à eux.

Compléments :

jeudi 9 juillet 2009

Système de santé français

Je trouve quelque chose de désagréable à l’article « Le système de santé en voie de privatisation ?, par Cécile Prieur » : j’y vois les signes annonciateurs du système américain. Même chose que pour l’école.

Certes, tout le monde reste assuré par la sécurité sociale, mais les complémentaires prennent de plus en plus de place, et de moins en moins de personnes peuvent se les payer. Si nous suivons la pente américaine, ces économies finiront par nous coûter très très cher.

L’article s’attriste que le gouvernement réforme en douce, dissimule dans un maquis de considérations techniques les conséquences de ses actes, refuse le débat démocratique. Mais, ce n’est pas ce que je retiendrai de la nouvelle. Ce que je lui trouve d’intéressant, c’est l’illustration de la dérive de la pensée gouvernementale.

  1. Le principe de la société est que tout homme a droit à la solidarité de l’espèce. Nous avons élu un gouvernement pour qu’il permette à notre société de jouer son rôle. Les déficits de l’assurance sociale sont son échec. Il doit les éliminer à la fois en augmentant les revenus de l’état (notamment en réduisant le chômage), et en combattant les causes de dépense de santé inutiles. Bien sûr, il peut compter sur notre aide pour cela, mais il est là pour l’organiser.
  2. Il a trouvé moins fatigant de se décharger sur nous de ses responsabilités. Le déficit est dorénavant le problème de la population. Il sera réduit en assurant moins. Et ceux qui ne sont pas assurés seront appelés « coupables ».

Compléments :

mercredi 8 juillet 2009

Sociale démocratie et marché

Hier, je parlais de M.Rocard, qui dénonçait un peuple européen indigne. N’avait-il pas voté contre les socio-démocrates, seuls capables de rendre le capitalisme vertueux ?

Eh bien, le blog du spécialiste européen de Libé annonce que : Martin Schulz abandonne la réglementation des marchés financiers à un libéral britannique. Autrement dit, le parti socialiste européen n’a pas l’air intéressé de réglementer quoi que ce soit.

M.Rocard a-t-il une vision très claire de ce qu’est la sociale-démocratie moderne ? Cela expliquerait-il son ralliement au gouvernement ? Il l’a confondu avec le PS ?

Réglementation européenne

Divided by a common market parle des mesures qui sont prises par l’Europe pour réglementer ses marchés financiers :

  • D’un côté, il est question d’affrontement entre conceptions anglaise et allemande + française. Apparemment la perfide Albion aurait le dessous. La réglementation aurait le vent en poupe.
  • De l’autre il y a la réalité : ce qui doit contrôler n’a aucun pouvoir. Par exemple les autorités de supervision ne peuvent contraindre quelque pays que ce soit à une mesure qui lui coûterait de l’argent, ou organiser le sauvetage coordonné d’une banque multinationale. En attendant, les nations européennes procèdent à leurs propres ajustements, qui pourraient être peu favorables aux intérêts de leurs voisins, et de l’Europe : « le marché qu’ils veulent réglementer se fragmente sous leurs yeux ».

Ceci irait-il dans le sens d’une hypothèse formulée par un précédent message (Idée d’Europe) ? L’Europe est faite de tendances tellement opposées, et elle a tellement peu envie de les affronter, que pour se donner l’illusion d’avoir réglé la question, elle décide de législations qui ne sont qu’apparences.

Thatcher contre Scargill

Un article de la revue de l’Université de Cambridge, Children of the strike, rappelle l’affrontement Margaret Thatcher / Mineurs de 84/85.

J’étais en Angleterre à l’époque. Mon souvenir des événements est que Margaret Thatcher avait préparé soigneusement son coup. Les mineurs ont réagi comme prévu : sûrs de leur force ils ont cherché à faire plier le gouvernement. La lutte a épuisé leurs ressources. Ils ont été liquidés.

Ce conflit a vu s’affronter deux illuminés persuadés d’idées simplistes. D’un côté on croyait pouvoir ignorer, par la force, les évolutions du monde ; de l’autre on pensait que décréter, par la force, le laisser-faire, installerait définitivement le pays dans la prospérité. Comme dans toutes les batailles, les simples soldats ont payé la folie de leurs généraux. Les rêves de Madame Thatcher ne se sont guère matérialisés, sinon sous la forme de bulles spéculatives, et la reconversion, laisser-faire ?, de l’économie des zones minières ne semble pas avoir été une réussite.

Grande leçon de changement :

  • Illusion de la raison, qui veut que le monde, aussi compliqué soit-il, puisse se réformer à coups de théories, d’utopies. De manière amusante, les philosophes anglais ont critiqué la France révolutionnaire pour avoir cru pouvoir construire un monde idéal, à partir des enseignements de la raison. Ils auraient trouvé Madame Thatcher très française.
  • Illusion du passage en force. Le passage en force peut réussir. Mais, quand il réussit, il détruit les piliers de la société. Madame Thatcher a peut-être abattu les syndicats, mais elle a démoli une partie du tissu social de la société anglaise. Elle a massacré les siens, ceux qu’elle devait servir. Bien sûr, elle était convaincue que c’était pour leur bien.

mardi 7 juillet 2009

Conflits entre peuples : explication?

Plus deux populations sont génétiquement proches, plus elles ont de chances d’entrer en conflit, ou d’avoir des divergences diplomatiques.

La proximité créerait des sujets de dispute, ceci indépendamment de leur éloignement géographique. Le commerce et la démocratie adouciraient les mœurs… C’est du moins ce que dit Kinship and conflict.

M.Rocard

J’entendais ce matin que MM.Rocard et Juppé dire leur enthousiasme de travailler à l’emprunt présidentiel. Décidément, M.Sarkozy sait flatter les intelligences. Car MM.Rocard et Juppé sont exceptionnellement intelligents. Alfred Sauvy qualifiait même M.Rocard d’homme le plus intelligent de France.

À quoi reconnaît-on un homme intelligent ? à ce qu’il est supérieur à la multitude. Exemples ? M.Juppé jugeait il y a peu que le peuple français, qu'il représente, se trompait (constitution européenne). Pour M.Rocard, dans un article du Monde entraperçu hier, les citoyens européens sont corrompus par la soif du lucre, ils veulent « faire fortune », ils sont tellement irrécupérables qu’ils ont rejeté la « sociale démocratie », qui était la seule à pouvoir réguler les appétits du marché, et à mettre un terme aux crises récurrentes du capitalisme.

Étrangement, pour un socialiste, il semble mettre la crise au compte de la nature mauvaise de quelques banquiers assoiffés d’argent. Par contraste les universitaires américains pensent la crise comme pathologie sociale. Ils observent que lorsqu’un pays est soumis à un flux de capitaux, cela déclenche, mécaniquement, une spéculation.

Dans tous les cas, c’est vrai, on est ramené à un problème de régulation, soit du criminel, soit des pathologies du capitalisme. Mais le vote européen rejette-t-il une réglementation socio-démocrate, traduit-il la soif du gain ? Certains disent que les électeurs ont trouvé les partis « libéraux » plus socio-démocrates que les socio-démocrates. En France, le triomphe des verts ne semble pas corroborer l’opinion rocardienne. J’ai du mal à apercevoir des gens qui « veulent faire fortune ». Certes, les dirigeants demandent un salaire correspondant à celui de leurs homologues internationaux, mais c’est une question d’honneur.

D’ailleurs le collaborateur présidentiel a-t-il raison de se lamenter de la fragilité du système financier mondial, et de l’arrogance triomphante du banquier ?

  1. Mettez-vous à la place du banquier : peut-il dire qu’il a été un escroc, que son salaire était immérité ? Il obéit au principe de « cohérence » (cf. les travaux de R.Cialdini), il rationalise ce qu’il a fait ? Cela ne signifie pas qu’il ne soit pas prêt à changer : son anxiété de survie est élevée, mais aussi son anxiété d’apprentissage. Il ne sait pas comment faire pour se transformer, sans perdre ce qui faisait l’intérêt de sa vie. Il est dos au mur
  2. Que le système puisse exploser à tout instant, qu’il manque d’argent, pourrait être bénéfique. La crise touche les bases mêmes du modèle d’organisation mondiale, elle ne se résoudra pas par miracle, elle demande une réinvention évidemment compliquée, et l’inquiétude, mais une inquiétude non paralysante (« le dégel » au sens de Kurt Lewin), lui est favorable.

Mais, au fond, les actes de M.Rocard n’approuvent-ils pas la majorité ? Ne disent-ils pas que les partis sociaux démocrates n'ont rien de sociaux démocrates, et que les partis libéraux sont la seule solution dont nous disposions : ne va-t-il pas leur prêter main forte ?

Compléments :

lundi 6 juillet 2009

Honduras

Ce que je comprends de la situation du Honduras. D’un côté le monde des affaires appuyé par les USA, de l’autre un peuple de crèvent la faim. Caricature du modèle latino américain. Un président élu à droite dérive à gauche, jusqu’à devenir un allié de Chavez et de Cuba.

Et ça se complique : il n’a droit qu’à un mandat, mais en veut un autre. Il épuise les ressorts légaux, puis demande à l’armée de l’aider et licencie son chef d’état major récalcitrant. L’armée le jette, en pyjama, dans un avion en partance pour l’étranger. Chavez menace le pays de mesures de rétorsions (le Honduras dépend du pétrole vénézuélien), voire d’une guerre.

Les deux interprétations suivantes sont justes, ou quasiment :

  1. Un président, défenseur du peuple, dérange l’establishment qui organise un coup militaire.
  2. Un dictateur aux dangereuses tendances communistes est écarté par l’armée.

Ingrédients d'un dialogue de sourds, qui se termine en bain de sang. Chacun aurait été sûr de son bon droit.

La communauté internationale, emmenée par B.Obama, semble avoir évité le piège. Elle a condamné une violation démocratique (qui n’était pas évidente), évitant probablement une escalade.

La raison pour laquelle j'ai écrit ce billet est qu'il me semble que, dans cette affaire, la démocratie a vaincu. Face aux coups tordus des précédentes administrations américaines, Hugo Chavez était en passe de s’affirmer comme le champion de la justice sociale, le défenseur des valeurs démocratiques, et de les utiliser pour imposer au continent sud américain un modèle qui ne semble pas franchement les respecter. Il n'a plus de raisons d'être un démocrate approximatif.

Espérons que B.Obama va parvenir à adapter ce type d’intelligence manœuvrière à la situation intérieure des USA.

Compléments :

  • La même stratégie appliquée à l’Iran l’a montré beaucoup moins sympathique que ne le laissait paraître la politique préventivement agressive de l’administration Bush (Iran suite). C’est une illustration de prédiction auto-réalisatrice : l’administration Bush faisait le lit du fondamentalisme et du terrorisme de tout poil, et de la haine de la démocratie. C’est aussi une bonne nouvelle en ce qui concerne la Chine, qui utilise la duplicité américaine pour faire croire que la démocratie est un outil de destruction massive inventé par le perfide Occident. Face à un Occident honnête, il sera difficile à la Chine de céder à ses tendances dictatoriales et d’utiliser une propagande antioccidentale pour servir ses intérêts économiques, au détriment de ceux de ses partenaires.
  • Sur les événements : Booted out (avec un complément d’une émission de France Culture de ce matin, vers 7h).

L'Effet de serre rétraicit le mouton

Les moutons d’une ile d’Écosse rétrécissent.

Probablement l’effet de serre : les hivers étant moins froids, le mouton a moins de graisse et il survit mieux, du coup sa population croit, il a moins à manger… 20 ans ont suffi pour constater ce phénomène. L’effet de serre va vite…

Question : va-t-il se passer la même chose pour l’effet de serre que pour la crise ? On l’aura vu arriver, mais faute de l’énergie du désespoir, on aura été incapable de le prévenir ?

Compléments :

Changement de système économique

Caveat creditor : l’économie semble obéir à des logiques de courtes durées. Keynésianisme après guerre, puis politique monétaire contrôlée par banque centrale indépendante…

Or, ce qui devait garantir la rigueur du système, la banque centrale indépendante, a été utilisé pour faire exactement le contraire de leur mission : relancer l’économie par des mesures monétaires « innovantes » (= planche à billets). Les créditeurs vont donc devoir trouver autre chose que les banques centrales pour contrôler la rigueur économique et garantir leurs intérêts.

Les changements que doit subir le système économique mondial pourraient être bien plus fondamentaux qu’on le pense d’ordinaire. Il faut inventer quelque chose de neuf.

Complément :

  • « la nouvelle ère sera sûrement plus fragile que celle qui domina les années 80 et 90. Simplement, les politiciens auront plus d’occasions de se tromper. »

dimanche 5 juillet 2009

L’art moderne expliqué

Pourquoi notre art n’en est pas un ? Réponse de David Galenson (Conceptual revolutions in twentieth-century art) :

1874, le salon des indépendants (impressionnistes) rompt le monopole des expositions officielles : apparition de galeries indépendantes qui offrent un marché à l’art ; les marchands découvrent que ce qui se vend le mieux est l’innovation radicale : les innovateurs ont le vent en poupe ; Picasso, bientôt massivement imité, invente le changement de style, puis le genre artistique (collage…) ; l’art explose en un kaléidoscope de ruptures totales.

L’art contemporain est le résultat logique du (…) comportement délibéré de jeunes inventeurs conceptuels, opérant dans un marché concurrentiel qui a systématiquement récompensé l’innovation radicale et ostentatoire.

Ainsi, si l’art contemporain ne remplit pas les fonctions que lui attribue l’ethnologie, c’est parce qu’il a été récupéré par le marché ? Son prix serait-il déterminé par des mécanismes spéculatifs, qui, comme pour le pétrole, reposent sur des lois comportementales qui s’établissent entre traders ? L’art contemporain serait-il abstrait, sans lien avec la sensibilité humaine, parce qu’il est à l’image du marché ?

Compléments :

Paul Jorion

Paul Jorion est interrogé par France culture. Ethnologue belge, qui a longtemps enseigné aux USA, et qui s’est installé récemment en France, il aurait prévu l’actuelle crise.

Système financier qui ne se réformera pas tant que sa réforme sera confiée à ses membres ; Obama, loin d’être un second FD Roosevelt, ne fait rien ; par conséquent une décennie au moins de crise devant nous ; elle sera l’occasion probable de la renaissance d'un débat intellectuel mort de certitudes. L’avenir serait à la solidarité, après une ère de cupidité agressive, qui nous promettait une fin rapide et peu glorieuse.

Complément :

Mille et quelques

Exactement 1005 billets depuis la création du blog.

  • Je n’ai pas eu l’impression d’écrire en continu sur un an. Je n’ai pas vu passer ces mille billets. Je ne me souviens même plus d’avoir commencé il y a un an, et encore moins des étapes intermédiaires.
  • Question conduite du changement. Écrire des messages est-il devenu une seconde nature ? Écrire me demande toujours un effort, ce n’est pas entré dans le traintrain de la vie. Madame de Sévigné, ce n'est pas moi. De même, je ne pense pas que quoi que ce soit se soit amélioré (aisance d’écriture, par exemple). Le blog est un changement qui n’a pas totalement réussi.
  • La technique du « flux », c'est-à-dire de publier un nombre constant d’articles au cours du temps, donc de décaler écriture (située dans les périodes de creux de mon activité) et publication, est une innovation qui me satisfait. Malheureusement la fonction de publication différée de blogspot ne fonctionne plus. La conscience professionnelle n’est pas le fort des technologies de l’information, et probablement une des faiblesses de l’économie de marché. À moins qu’il faille y voir ce que Tocqueville pensait un trait de caractère américain : quick and dirty ?
  • Question « les décisions surviennent » : intérêt du blog pour moi ? C’est probablement en premier la lutte contre la paresse intellectuelle. Non seulement il me force à émettre une pensée, qui sans cela se serait évaporée, et à la justifier, mais surtout, écrire ma dernière surprise lance une réflexion inconsciente qui mène immanquablement, éclairée par d’autres événements apparemment sans liens, à un constat inattendu, à la découverte d’une sorte de loi de la nature.

Compléments :

  • « les décisions surviennent » : l’homme ne « prend » pas de décisions, il fait quelque chose pour des raisons inconscientes, que l’on peut déterminer a posteriori par observation de son comportement. Sa raison lui sert surtout à « rationaliser » ce comportement, c'est-à-dire à l’expliquer comme l’application délibérée de règles culturelles de son milieu. MARCH, James G., A Primer on Decision Making: How Decisions Happen, Free Press 1994.
  • Les raisons d’écrire un blog : Les bloggers sont sympas.
  • La remarque de Tocqueville vient de De la démocratie en Amérique.