samedi 18 juillet 2009

Musique : langage universel

Nous avons tous des grilles de décodage différentes, si bien que l’incompréhension pose des problèmes colossaux au changement, et le fait échouer bien souvent. Or, curieusement, il semblerait que la musique ne pose pas ce type de problème ; que, du moins pour les grands sentiments qu’elle véhicule, elle soit décodable de la même façon par tout homme, quelle que soit sa culture.

Une partie de l’explication viendrait de ce que le décodage de la musique met l’auditeur dans l’état (fait faire à ses muscles le même travail) de celui qui l’a produite. (Vrai pour le chant, l’instrument produirait un équivalent chant ?) Ce serait pour cela que l’on arriverait à synchroniser les mouvements humains grâce à elle : armées marchant au battement du tambour.

Je m’en retourne à ma réflexion sur la différence entre arts élitiste et populaire. Si tout le monde ressent la musique de la même façon, cela signifie qu’un sentiment qui m’est désagréable serait agréable à d’autres. Ce qui irait dans le sens de mes théories : Millenium.

Compléments :

vendredi 17 juillet 2009

Blogs économiques

Pour ceux qui sont intéressés par l’économie vue par l’Amérique : 30 blogs d'économie sélectionnés par un journal américain.

On y retrouvera quelques-uns des blogs que je cite régulièrement. Le monde est petit…

New Fabris et rationalité de la vengeance (suite)

Ce matin, j’entendais un membre de la CGC expliquer que les personnels qui menaçaient de faire sauter leur usine mettaient en péril leur carrière : qui voudrait les employer maintenant ?

Cet homme n’a pas compris que ce qui rend l’homme rationnel est son irrationalité. Quand il est face à une injustice, il ne calcule plus, c’est son instinct qui le guide. Et son instinct le pousse à mépriser son intérêt personnel, comme le note la CGC. Car, ce faisant il sert la société : s’il reste un espoir de réglementer la banque, c’est la peur qu’elle a de tels mouvements de foule.

Compléments :

Total, Carling et comptabilité

J’ai failli réagir hier à l’explosion d’une nouvelle usine de Total. Un article du Monde m’y ramène.

  • Hier je me disais qu’après AZF, une marée noire, et pas mal de fuites dont on ne parle même pas, ça faisait beaucoup. Et ça devait coûter très cher.
  • Une avocate de la CGT interviewée par France Culture expliquait qu’entre 2001 et 2007, Total a perdu plus de 70 personnes. Significativement plus que les autres pétroliers mondiaux (bien qu’il y ait beaucoup de morts dans ce métier). La CGT mettait cela au compte d’un appel excessif à la sous-traitance, une pratique incompatible avec une culture de sécurité. Ce que je crois juste. Cette fois-ci encore, il semblerait qu’une des victimes soit un stagiaire.
  • J’ai discuté d’AZF avec des experts et j’ai été surpris de les entendre me parler de causes, et pas de cultures. Les commissions d’enquête qui ont travaillé aux USA sur l’accident de Columbia ou l’explosion d’une centrale de BP, par contre, avaient incriminé la culture de la NASA et de BP : leurs critères de décision étaient économiques et non humains. L’aléa est propre à la vie, ce qui fait qu’il dégénère ou non en drame, c’est la réponse que lui donne la culture de l’organisation. C’est elle la cause des drames.

Si c’est le cas, pourquoi Total n’a-t-il pas cherché à construire une culture du risque, comme celle de la RATP, ou d’Areva ? C’est avant tout une question d’état d’esprit, entretenu par une pression sociale constante. C’est assez peu un problème d’argent. Et, en évitant des crises à répétitions, ça ferait faire d’énormes économies à Total. À moins que Total ne se soit pas rendu compte que ces événements étaient récurrents ? À moins que chaque année sa comptabilité les inscrive comme des accidents exceptionnels ?

Compléments :

Jurer fait du bien

Jurer permet de s’insensibiliser. Le juron n’appartiendrait pas au mécanisme du langage, mais à celui des émotions de l’être primitif, il ferait parti de l’attitude de l’animal attaqué. Comprenant ses bénéfices, l’homme aurait appris à en tirer profit dans d’autres circonstances.

Le blog en est une. L’homme, agressé par une nouvelle désagréable, a la réaction-réflexe d’hurler sa haine de l’ennemi. Mais le blog est le fruit de la civilisation, qui soumet la nature humaine à la main de fer de la culture. L’insulte devient raisonnement.

Cependant, il serait faux de penser que la culture a triomphé de l’instinct. La politique nationale en revient à grandes enjambées aux pratiques des cavernes (Le bon plaisir de la Royale Ségolène).

Globalisation : effet Titanic ?

Les économistes sont interloqués par l’effondrement sans précédent du commerce mondial. Il n’était pas rare qu’un pays connaisse une mauvaise passe aussi longue, mais jamais le monde dans sa quasi globalité. En fait, il y a synchronisation des économies mondiales.

  • Aurait-on là une conséquence de la « globalisation » ? Dans le passé, l’échange se faisait entre produits essentiellement fabriqués dans une zone particulière. Aujourd’hui, les produits sont faits de composants qui viennent de partout dans le monde. Du coup, quand l’industrie automobile s’arrête de produire, ses sous-traitants étrangers font faillite.
  • Le fait que les services aient été moins touchés que les produits pourrait aller dans ce sens : les services demeurent probablement « assemblés » localement.

La question n’est pas qu’académique. Notre discours économique part du principe que l’économie d’un pays en crise, allégée de ses rigidités sociales par des réformes adéquates (i.e. rendue « concurrentielle »), profitera du vent portant suscité par une reprise « ailleurs », pour renaître. Que se passera-t-il s’il n’y a pas de reprise ailleurs ? (Cette histoire me rappelle celle d’habitants des Antilles qui avaient démoli leur maison, à l’annonce d’une tornade, pour être sûrs d’obtenir les subventions qui l’auraient accompagnée. Mais la tornade les a épargnés.)

La globalisation ne nous menace-t-elle pas d’un effet Titanic ? Les caissons de flottaison ne sont pas indépendants les uns des autres. Si l’un est touché, le bateau coule. Ne faut-il pas revenir à un modèle d’intégration verticale ?

Compléments :

jeudi 16 juillet 2009

Contrôle bancaire : vers la solution française ?

Un universitaire revient sur la question du contrôle des organismes financiers. On retrouve ce que disent de précédents billets. En gros :

  1. Il faut augmenter les réserves obligatoires et les ratios de solvabilité des organismes des banques (donc leur capitaux propres), et surtout les faire varier de manière anticyclique : élevés quand les prix des actifs s’emballent, bas sinon. Aucune activité financière, aussi dissimulée soit-elle, ne doit échapper au contrôle.
  2. Idéalement, il faudrait découper le monde financier en métiers simples à contrôler, comme après la crise de 29. Pour une raison qui m’échappe, on y a renoncé. Une alternative serait de diviser une institution financière en 2 : les activités risquées, réglementées de près, et les autres.

Comme ailleurs, je sens un doute quant à la faisabilité de la mise en œuvre de ces mesures. Les banquiers sont bien plus puissants que l’état. Alors, pour les faire plier, il ne reste plus qu’une solution, effrayante. La solution française :

Est-ce que les banques peuvent être rendues inoffensives par une réglementation de leur capital ? Personne ne le sait réellement. Mais le capital est la seule option civilisée qui reste dans la boîte à outils de la réglementation. S’il ne peut pas être utilisé pour protéger le contribuable des pertes, ou s’il ne parvient pas à persuader les banques de se réformer, il y aura des pressions populaires pour des formes plus violentes d’intervention. Les banques sous estiment énormément ce risque. Elles profitent d’un repas gratuit – dans le saloon de la dernière chance. (The Economist : Appetite suppressant.)

Même s’il ne peut pas que les condamner, le libéralisme anglo-saxon considère les bombonnes de gaz installées dans les usines françaises avec attendrissement. De leur succès dépend l’avenir du capitalisme.

Compléments :

Millenium

Je cherchais un moment de détente pas compliquée. Et j’ai eu ce que j’attendais. Sinon Millenium est un film télé, à l’intrigue et aux personnages vus ailleurs. J’y ai aussi découvert que la Suède compte beaucoup de nazis des origines, probablement conservés par le froid ; bien qu’il y neige moins que je pensais. Dépaysement raté. Même question que pour Chti : pourquoi autant de succès pour des ingrédients aussi communs et aussi peu de génie ?

Peut-être parce que derrière tout cela, il y a des choses importantes pour nous que le spectacle intello ne nous apporte pas. Ce qui me ramène à mon éternelle interrogation : pourquoi la culture intello (de France culture et du ministère du même nom) est-elle aussi négative, agressive, désagréable ? Curieusement, n’était-ce pas aussi la caractéristique des spectacles qui enchantaient l’aristocratie des siècles précédents : les nobles, qui vivaient dans le luxe, les jeux, et le farniente se repaissaient de drames et de sermons édifiants ?

Une tentative de modélisation du phénomène.

  • Le monde est séparé en 2. D’un côté, l’élite qui maîtrise son avenir, et de l’autre, le reste, qui ne le maîtrise pas (et qui vit dans l’inquiétude).
  • Le rôle de l’art est, au moins en partie, de nous apporter l’envie de vivre.

Application :

  1. Le premier segment demande à l’art de lui donner bonne conscience, de lui farcir la tête de grandes émotions éthérées, et d’actes héroïques, qui montrent ce qu’il est capable de faire, donc qui justifie son existence.
  2. Le second segment a besoin de trouver un monde prévisible et un espoir.

Dans ce modèle, l’art ferait vivre à chaque segment, en quelque sorte, la vie de l’autre. Ça expliquerait le lectorat de la presse People, et l’intérêt du Bobo pour les drames de la misère. Le sans-papier serait pour l'élite la vedette de reality show du pauvre ?

mercredi 15 juillet 2009

Le bon plaisir de la Royale Ségolène

Les idées d’un rapeur auraient heurté Mme Royal, qui l’aurait fait chasser d’un festival. Étrange transformation de notre société, qu’illustre d’ordinaire M.Sarkozy. Quoi que ce soit touche à un principe sanctifié, ou à l’opinion d’une quelconque minorité agissante, et on impose ce que les bons sentiments du moment ordonnent.

Problème :
  • Si chaque grand prince et petit baron se met à légiférer selon ses bons sentiments et que ceux-ci sont contradictoires (ce qui est le cas entre ceux de M.Sarkozy et de Mme Royal), à quoi ressemblera notre pays. Anarchie ?
  • Mme Royal serait-elle heureuse qu’un maire FN, par exemple, se comporte comme elle ?
Le système Sarkozy / Royal annonce une ère où la raison du plus fort sera toujours la meilleure ?

Et si le rôle de nos élus n'était pas de nous dire la loi, mais de faire fonctionner les institutions de la République ? Elles sont assez intelligentes pour trouver l’intérêt de la nation. Si la citoyenne Royal est offusquée par qui que ce soit, qu’elle convoque la justice ?

Compléments :

M.Mélenchon et l’Europe

Ce matin j’entends M.Mélenchon s’offusquer que les socialistes européens aient voté pour un polonais de droite à la présidence de l’Assemblée. Le Parlement européen se met en ordre de bataille pour s'imposer à la Commission explique pourquoi :

L’Assemblée se voit comme contrepoids de la commission. Or, aucun des grands partis n’est suffisamment fort pour imposer ses idées. Les principaux partis de gouvernement en viennent donc à s’allier (aussi, d’ailleurs, pour contrer les eurosceptiques et les europhobes), et pour cela ils se répartissent les postes. D’abord un président de droite, puis un président de gauche (qui y gagne beaucoup, son parti ayant perdu les élections).

Si l’on compare ce système au nôtre (que M.Mélenchon préfère ?), je ne le trouve pas moins démocratique.

  1. Dans le nôtre, l’opposition critique systématiquement le gouvernement, qui l’ignore. Et le parti présidentiel se doit à un alignement parfait avec le gouvernement. Le seul moyen qu’a le peuple de sortir le gouvernement de ses idées fixes est de le menacer d’une révolution. L’assemblée ne sert à rien. C’est le triomphe de l’irresponsabilité.
  2. Le système européen, lui, se voit comme un contrepouvoir. Pour qu’il fonctionne, il demande à ce que toutes les sensibilités soient prises en compte. Quand il marche il ne représente pas l’opinion de la minorité qui a pris le pouvoir lors d’une pseudo élection démocratique, mais celle de la tous ou presque. Cette mécanique étant fragile, elle ne tolère pas l’irresponsabilité.

Le FMI juge le monde

Les enjeux internationaux de France Culture évoquent l’opinion du FMI sur l’état économique du monde. En gros, les USA vont rapidement se redresser. Mais ça va mal se passer pour l’Europe. Surprenant : n’est-ce pas les USA qui sont à l’origine de la crise ? Les Asiatiques dont les économies ont été dévastées en 97 par la gestion américaine de leur économie ont dû ressentir une frustration équivalente.

Explication du FMI : les économies d’Europe ne sont pas assez libérales, leurs rigidités sociales s’opposeront à une reprise rapide. En outre, leurs banques sont fragiles : contrairement à celles de la vertueuse Amérique, elles masquent leurs actifs toxiques. Or, l’économie européenne est beaucoup plus dépendante des banques que celle des USA. Et là se trouve un curieux cercle vicieux : plus votre économie va mal, plus vous avez d’actifs toxiques !

Derrière ce paradoxe, il se peut qu’il y ait une explication simple. Celle notée par Paul Krugman au sujet de la crise de 97 : c’est le « marché » qui impose sa loi à l’économie en crise. Non seulement il doit être sauvé (la crise doit être circonscrite pour ne pas être « systémique »), mais selon la méthode qui lui semble bonne (la « rigueur », pour les économies asiatiques). Or, ce « marché » est probablement constitué par un tout petit nombre d’entreprises critiques pour le fonctionnement de l’économie, notamment les grandes banques américaines. Quoi qu’il arrive, elles doivent être protégées.

Je me demande si la logique de ce cœur protégé n’est pas le parasitisme. Comme le montre l’affaire Madoff, il est relativement facile, lorsque l’on est bien placé, d’organiser des fuites d’argent à son profit. Depuis quelques années le % le plus riche américain absorbe l’intégralité des augmentations de PIB du pays, le reste de la société s’endettant (l’endettement a représenté, par rapport aux revenus annuels : 55% en 60, 65% au milieu des années 80, 133% en 2007, et il n’est revenu qu’à 128% en dépit de féroces économies). Il en est probablement de même avec le reste du monde.

Ce qui menace le « marché » est qu’il est très dépendant des américains ordinaires qu’il a parasités. Si leur situation se dégrade, l’état des banques américaines aussi. La relance keynésienne tentée par MM. Bush et Obama n’a pas réussi mieux qu’un fragile décollage. Une seconde relance fait peur. L’état américain n’a donc pas d’autres solutions que de nous expédier sa crise, pour sortir son peuple du chômage (le taux réel de chômage américain serait de 18,2%) et de l'épargne forcenée, sans demander d'efforts à ses banques.

La victoire ne sera que de courte durée : aucun système ne peut fonctionner sur le principe du parasitisme. Quant au FMI, son opinion ne fait que refléter des théories qu'il s'agit maintenant de réformer.

Compléments :

  • L’ouvrage cité : KRUGMAN, Paul, The Return of Depression Economics, Princeton 1999.
  • Ce que M.Madoff révèle du fonctionnement du système économique mondial : Saint Madoff.
  • En fait, le parasitisme ne semble pas se limiter au système financier, le système médical en a été l’une des plus grandes réussites : Le marché contre l’homme, Les origines du déficit de la sécu ?. Le jeu du parasite est probablement de mettre la main sur tous les points névralgiques du système pour le faire travailler pour lui.
  • Sur l’état, peu glorieux en dépit de l’opinion du FMI, des USA : Mike Whitney: The Deflating Economy (d’où je tire les informations des deux avant-derniers paragraphes).
  • Tentatives de réforme : Combat de libéraux et de banquiers.

Les deux Anglaises et le Continent

Temps lointains. Univers oublié. Dialogues décalés (surtout ceux de Jean-Pierre Léaud). Les films de Truffaut sont un dépaysement formidable.

D’abord, moment d’ajustement difficile. Ma grille de lecture n’arrivait pas à s’adapter au film. Bizarrement j’y retrouvais des sentiments qui me semblaient familiers dans mon enfance, ceux que véhiculent les romans du 19ème siècle et d’avant, mais qui ont été ridiculisés depuis.

Le plus étrange est la cohabitation de deux codes moraux totalement incompatibles. D’un côté le plus pur des romantismes, de l’autre une liberté de mœurs qui n’a pas grand-chose à envier à la nôtre. Le personnage central ne semble d’ailleurs passer de l’un à l’autre, comme s’il était unique. Mais pourquoi seraient-ils incompatibles ? Pourquoi ne pourrait-on pas vivre dans des univers différents, en même temps ? Ne tutoyons-nous pas certaines personnes, et n’en vouvoyons-nous pas d’autres ? Cette distinction d’univers ne suscitait-elle pas de grands sentiments, qui nous sont inconnus ?

J’en viens à penser que notre époque aura été celle de la pensée unique, de la bien pensance, de l’intolérance absolue, du refus de la différence. Du haut de nos certitudes, nous avons jugé ce qui nous a précédés, et nous l’avons trouvé condamnable. Les neocon américains sont notre image fidèle.

Sans beaucoup de rapport avec ce qui précède, je me suis aussi inquiété des drames dans les films : pourquoi n’y en a-t-il pas, du moins du même type, dans la vie ? Solution possible : le film dure deux heures, et la vie beaucoup plus, elle nous laisse le temps d’oublier.

mardi 14 juillet 2009

New Fabris et révolution

Revue de presse de ce matin par France Culture : menace de dynamitage d’une usine par son personnel, qui demande une prime de licenciement en échange du bâtiment.

La presse étrangère est atterrée : décidément le Français ne saura jamais bien se comporter. C’est un incorrigible révolutionnaire. Juste, avec une erreur cependant : le caractère révolutionnaire français n’est pas le fait du seul peuple, mais celui de la société :

  1. La presse note a) que la prise d’otages paie et b) que ces mouvements violents viennent de l’absence de syndicats puissants. En effet (cf. l’Assemblée nationale, les pavés et les CRS), les corps intermédiaires ont beaucoup de mal à survivre dans notre pays. En ce qui concerne les syndicats, leur affaiblissement est en partie à porter au compte des gouvernants et des dirigeants, qui pensaient que le syndicat agitait le peuple. Ils avaient pris le symptôme pour la cause.
  2. Tout ceci est connu des dirigeants. Certains ont tellement peur du mouvement social qu’ils préfèrent la faillite que de l’affronter. La plupart des autres arrivent à le dégoupiller. Ce qui n'est pas difficile : les revendications des employés sont sues de tous, très tôt, et il est possible de les satisfaire à coût faible, pour peu que l’on soit prêt à discuter (je me demande d'ailleurs si ce n'est pas la revendication essentielle des employés : faire l'objet d'un minimum de considération).

Je ne connais rien au problème, mais il me semble autant porter la marque d’un management peu éclairé que d’un peuple irresponsable.

Compléments :

  • Sociologie des syndicats explique l’évolution du syndicalisme en France.
  • La stratégie française est totalement rationnelle en ce qu’elle conduit à une modification des comportements managériaux dans un sens favorable à l’intérêt de l’employé. Plus généralement, la revanche est une stratégie sociale rationnelle : SIGMUND, Karl, FEHR, Ernst, NOWAK, Martin A., The Economics of Fair Play, Scientific American, Janvier 2002.
  • Comment éviter de tels incidents (exploités avec complaisance par la presse étrangère), qui nuisent à l’image de la France ? Il faut probablement prendre à contre-pieds les tendances « libérales », qui avaient le vent en poupe ces derniers temps, et qui installaient la lutte des classes au sein de l’entreprise. Il faut reconstruire un minimum de tissu social entre dirigeants et employés.

Intermittents du spectacle

Pourquoi suis-je touché par l’intérêt du Ministre de la culture pour les intermittents du spectacle (Mitterrand veut trouver une solution au dossier des intermittents du spectacle) ?

  • Je suis surpris qu’il parle d’un dossier compliqué qui semblait enterré. Pourquoi prendre des risques ? Par conviction ?
  • Il ne promet rien, et pourtant j’entends que le dossier aura une instruction, un traitement juste. Le technocrate a peur du problème, parce qu’il a peur de sa solution. Alors il propose des mesures technocratiques qui ne le résolvent pas, mais qui veulent nous abuser, nous endormir. Or, ce que nous désirons c’est une analyse honnête, et une issue « juste », même si elle est dure à avaler. La vie de l’intermittent ne sera peut-être pas beaucoup plus facile, mais il aura été traité avec la considération due à un être humain.

D’ailleurs, je me demande si un artiste peut être autre chose qu’un intermittent. Un intermittent du succès, au moins ? Comme Molière ou Mozart ? Ne doit-il pas à la fois être compris de la société et savoir lui révèler ce qu’elle a de mieux en elle ? Cela ne signifie-t-il pas à la fois qu’il ne doit pas se couper de ses semblables et qu’il ne doit pas être prisonnier de leur opinion, sous peine de ne refléter que la ligne unique de la médiocrité ?

Compléments :

  • Peut-être mon jugement est-il biaisé ? Je suis très las de nos hommes politiques sans coeur, seulement capables de calculs égoïstes et myopes (socialistes en tête), ai-je pris mes désirs pour des réalités ?

lundi 13 juillet 2009

Les origines du déficit de la sécu ?

Le dépistage du cancer de la prostate fait-il plus de mal que de bien ? me semble avoir mis le doigt sur quelque chose qui pourrait expliquer pourquoi notre santé nous coûte de plus en plus cher :

  • Le dépistage du cancer de la prostate se fait de plus en plus tôt. On dépiste beaucoup, mais on n’est pas sûr que ce soit finalement un bien : le dit cancer tue lentement, et le traiter démolit la vie de la victime.
  • Ce type de problème semble être derrière l’état calamiteux du système de santé américain : une amélioration du diagnostic qui fait voir ce qu’on ne voyait pas auparavant, et une volonté de zéro risque, qui conduit à un acharnement thérapeutique et à des vies gâchées.
  • On a là un curieux cercle vicieux : d’un côté cette pratique enrichit le médecin, de l’autre ne pas y souscrire risque de lui valoir des poursuites. C’est un exemple de dilemme du prisonnier : si le médecin optimise son intérêt propre, il minimise celui de ses patients et de la collectivité. La profession médicale (à commencer par les laboratoires) a trouvé un formidable moyen de ruiner la société.
Compléments :
  • Sur la médecine américaine : Le marché contre l’homme.
  • La France n’aurait-elle pas intérêt à se pencher sur ce type de comportements avant de s’en prendre à la couverture sociale ? (Système de santé français.)
  • Aurait-on là un moteur du capitalisme moderne ? Si une entreprise parvient à contraindre une profession à un tel dilemme du prisonnier (aléa moral), elle est riche. Serait-ce ce qui a été tenté avec les OGM, et ce qui a été réussi avec les différentes bulles financières ?

Sarah Palin s'en va

L’homme politique américain a une vie de chien. Sarah Palin ne l’a pas supportée. Elle renonce à une carrière politique qui aurait pu être brillante. Son départ est l’occasion d’une description de son électorat, qui joue un rôle clé dans toute élection :

Le type de gens qui soutiennent Mme Palin a plusieurs griefs. Ils sont moins bien éduqués que la moyenne américaine, si bien que le marché du travail leur est inamical depuis des années. Ils sont souvent blancs et hommes, mais ils ne se sentent pas privilégiés et s’irritent de la façon dont la discrimination positive les discrimine. En bref, c’est la base du parti républicain.

Cette population est dans une bizarre situation. Haïe par les démocrates qui lui préfèrent des minorités plus dignes de leurs bons sentiments, elle est mise au chômage par les milieux d’affaires généralement associés aux Républicains. Seuls les populistes s’intéressent à eux.

Tant que l’élite américaine croira que cette population doit être traitée soit comme criminelle (Démocrates), soit à coup de pains et de jeux (Républicains), la démocratie américaine sera en échec.

Une telle population est présente et traitée avec autant de mépris en France.

Compléments :

Soleil allemand

L’énergie solaire est le terrain des grandes manœuvres. Selon une technique dont elle a le secret, l’Allemagne a constitué un consortium de ses plus grandes entreprises (DESERTEC) pour construire une énorme zone de production d’énergie solaire dans les déserts africains. En 2050, sa production pourrait couvrir 15% des besoins de l’Europe (plus ceux des pays arabes et d’Afrique du nord).

Après les manœuvres de Siemens dans l’énergie nucléaire, il semble que l’Allemagne ait choisi comme nouveau champ de bataille l’industrie énergétique, et qu’elle ait conçu un plan méthodique pour le dominer.

Intéressant contraste culturel avec la politique du cerveau vide française.

Compléments :

Combat de libéraux et de banquiers

Il y a quelques jours, un journaliste de France Culture interviewait un économiste « libéral ». Le dit journaliste est tout heureux d’annoncer que ce n’est pas conforme à la ligne du parti d’inviter un homme qui sent le soufre, mais que cet économiste est extrêmement critique du capitalisme ambiant. Si France Culture était mieux informée, elle saurait que tous les économistes libéraux en veulent à mort à l’industrie de la finance, à ses bonus et à son appétit du lucre, et à la faiblesse des démocraties occidentales, incapables de les réformer.

Car les économistes libéraux sont des idéalistes, qui ne pardonneront jamais à une poignée de voyous d’avoir transformé leur rêve en cauchemar. Comme les spectateurs de la première utilisation de la guillotine, ils désirent que la mise à mort des financiers soit faite selon l’art des origines. Mais, ils n’ont pas abandonné tout espoir de changement. The Economist me semble chercher comment réformer la finance en dépit des insuffisances de courage démocratique. J’aperçois un objectif double :

  1. réduire la taille des banques pour que leur faillite ne menace pas l’existence du monde ;
  2. « dégrouper » leurs métiers (banque de détail, d’investissement…), de façon à éliminer la complexité qui les rend opaques.

Si je comprends bien, jouer sur le montant de garanties que doivent conserver les banques serait suffisant pour réformer en évitant la résistance au changement.

  • L’expérience de la crise semble montrer que pour l’éviter il aurait fallu que le montant de ces garanties atteigne 15% du capital des banques, pour les plus dangereuses (contre 2% selon Basel 2, avec l’effet pervers supplémentaire d’une stratégie de « hors bilan » poussée au génie).
  • Cela aurait l’avantage de rendre les services financiers exotiques peu rentables, et d’amener les banques à s’en débarrasser.

Je me demande aussi si The Economist ne veut pas que les banques centrales sortent de leur rôle traditionnel de fixation des taux, et contrôlent les financiers. Là aussi, il ne s’agirait pas d’un changement, puisqu’elles les maintiennent d’ores et déjà en respiration assistée.

Compléments :

dimanche 12 juillet 2009

Emprunt (suite)

C’est au tour de The Economist de se casser la tête à chercher la logique de l’emprunt de l’état français (Of human superbondage). Peu originalement, il pense qu’il est économiquement inefficace, et mal venu pour un pays endetté. Mais il avance deux hypothèses nouvelles :

  1. Un moyen pédagogique d’intéresser le peuple français à l’économie.
  2. Un moyen de démontrer à l’Europe qu’il y a de « bons déficits », ceux qui permettent de créer les richesses de demain.

Certes, mais on aurait pu arriver aux mêmes résultats à moins cher…

Et si l’emprunt n’était que ce qu’il paraît. C'est-à-dire rien. Une abstraction sans logique aucune. L’économie comme art, comme expression d’un élan créatif irraisonné. Une innovation qui fera l’admiration des générations futures, comme le Château de Versailles ou les grandes pyramides ? Le feu d’artifice d’une civilisation à son crépuscule ?

Division des tâches

J’entends parler de division des tâches à la radio. Et si le sujet était moins théorique qu'il n'y paraît ? La division des tâches est le principe même de la pensée d’Adam Smith, c’est sa justification de la globalisation : la richesse mondiale optimale sera atteinte quand chacun sera spécialisé. Adam Smith ayant essentiellement mathématisé la culture anglo-saxonne marchande, on peut imaginer que la division des tâches est profondément inscrite dans l’inconscient collectif anglo-saxon. Et, comme la France absorbe sans réflexion tout ce qui vient d’ailleurs, la question nous concerne.

Le concept n’a rien de théorique. L’université américaine est un exemple de son application. On y trouve des multitudes de disciplines qui ne se parlent pas, en contradiction avec l’esprit scientifique même. Les économistes, par exemple, qui décident de notre existence, ne peuvent pas supporter les sciences humaines, du coup ils font faire à la société des virevoltes criminelles (dont notre crise actuelle).

La division des tâches pousse à l’hyperspécialisation et à l’irresponsabilité. Chacun se réfugie dans un étroit domaine de compétence en espérant que Dieu (la Main invisible du marché) fera le bien à partir de son effort aveugle. Cette hyperspécialisation rend le contrôle impossible, puisque, par définition, personne ne comprend ce que l’autre fait. Du coup, elle met la société à la merci du parasitisme et de l’idéalisme (rappelons nous la période néoconservatrice). La division des tâches c’est mettre notre vie entre les mains d’experts incontrôlés.

Et encore s’ils étaient compétents ! Leur sélection se fait selon des processus, des règles humaines… qui sélectionnent des experts des mécanismes de sélection, non des esprits supérieurs ; des spécialistes du moyen, non de la fin. Comme le remarquait Rousseau, ceux qui ont fait de la science et de la pensée ce qu’elle est n’ont pas eu de maîtres. Ils ont créé leur univers.

Ce qu’il y a de curieux dans la pensée anglo-saxonne c’est son hypothèse fondamentale, qui est l’hypothèse implicite de l’économie moderne. Homme = outil de production, c’est tout. La richesse des nations selon Adam Smith (ce que l’on appellerait aujourd’hui PIB), c’est produire le plus possible. Les Temps modernes de Chaplin traduisent fidèlement cet idéal.

La pensée anglo-saxonne ne peut pas concevoir que ce qui fait la beauté de la vie n’est pas l’entassement de biens matériels. Pas plus qu’elle ne peut concevoir la notion de société ; que l’homme ne peut pas vivre comme un électron libre ; qu’il est intimement lié au groupe humain, sans lequel il n’est rien.

Bien sûr la France, toujours en retard d’une guerre, a copié servilement : on demande désormais à l’enfant quel est son « projet professionnel ».

L’homme doit être un citoyen. Et être un citoyen, c’est être capable de contrôler ce qui se passe dans la société, et donc de le comprendre. C’est apprendre à utiliser sa « raison » auraient dit Kant et les philosophes des Lumières. Je soupçonne que c'était le projet initial de l'Education nationale...

Compléments :

Que valent les conseils ?

Conversation récente. Beaucoup de gens donnent des conseils, ou des services, que l’on n’est pas prêt à payer. Explication ? Quelques théories :

  1. Selon Kenneth Arrow ce qui est important est gratuit, à commencer par les soins médicaux vitaux. Nous n’avons pas confiance en celui qui est poussé par l’intérêt. (Les conseilleurs ne doivent pas être payés.)
  2. Pour Robert Cialdini, une des lois humaines est de rendre ce que l’on a reçu. Le fait de ne pas respecter cette loi peut sous-entendre que la société se délite, victime d’un individualisme qui ne sait plus que prendre, d’une société de « droits de l’hommes » qui n’a plus de devoirs.
  3. Selon le même plus quelque chose est cher, plus il a de la valeur. Notamment du fait du principe de cohérence : nous apprécions d’autant plus notre achat qu’il a été un difficile investissement. La contradiction entre points 2 et 3, et point 1, s’explique peut-être parce des circonstances différentes. Dans le premier cas, on serait dans la logique de la famille ou de la société comme groupe, dans les deux autres, dans la logique du marché, de l’échange de peu d’importance.
  4. La culture française est une culture d’assistanat : nous n’avons pas l’habitude de payer, tout est gratuit, tout nous est donné par l’état, ou par notre entreprise. Peut-être aussi, il y a l’horreur du secteur marchand : celui qui lui appartient ne peut-être qu’un escroc, il n’a pas besoin qu’on le paie pour s’enrichir.
  5. La culture française est aussi une culture de l’intérêt personnel : le conseilleur tend peut-être à faire ce qu’il croit bon, à répondre au besoin réel plutôt qu’au besoin perçu. Il donne un conseil dont le conseillé ne voit pas la valeur. Par contraste l’Américain cherche à maximiser ses revenus, il se demande donc quelle ficelle tirer pour que son client lui remette ses économies (d’où l’énorme intérêt de l’université américaine pour la manipulation – cf. les travaux de R.Cialdini cité ci-dessus).

Que faire ? 2 solutions observées :

  1. Ne donner qu’à ceux qui peuvent donner. Pour ne pas perdre son temps, il faut vite mettre l’autre en situation de donner quelque chose, même sans valeur. S’il ne fait pas cet effort, l’abandonner immédiatement.
  2. Ce qui est donné, doit avoir une contrepartie, dont le prix rentabilise le don. Dans beaucoup de professions, la vente de produits est précédée par un travail d’expertise gratuit. C’est l’expert qui fait l’intérêt unique que porte le client au fournisseur, mais c’est le produit qui rémunère le service.