samedi 22 août 2009

Réforme de santé aux USA : cas d’école ?

B.Obama jugerait que le système d’assurance privé est inefficace. Il coûte cher et « en dix ans, les polices d'assurance santé ont augmenté quatre fois plus que le coût de la vie aux Etats-Unis. » Il assure mal : tout le monde ne peut pas s’offrir une assurance, et il refuse beaucoup de monde. Autrement dit le système d’assurance privé se comporte en monopole ! 

Solution : système public d’assurance entrant en concurrence avec le système privé, et le forçant à revoir ses pratiques et ses prix. On fait d’une pierre deux coups, baisse de coûts, meilleure qualité.

Résistance au changement

Ces mesures effraient :
  • Elles vont couler les assureurs privés, le privé étant contraint de faire des bénéfices n’est pas concurrentiel. (Le capitalisme serait-il moins efficace, économiquement parlant, que l’économie dirigée ?)
  • Opposition des 60 – 80 ans, une classe de votants décisive. Ils ont peur pour leur système d’assurance, qui fonctionne bien. Or, icelui-ci est essentiellement administré par l'Etat… Une explication alternative, la défiance vis-à-vis de l’équipe Obama : « Avec une nouvelle "caste" à la Maison-Blanche, ils se sentent dépossédés. »
  • La réforme heurte les valeurs américaines : « la famille, la non-intervention de l'Etat, le refus de toute contrainte collective » :
Une retraitée ne veut pas "payer pour une assurance qui remboursera les avortements". Une autre élargit l'enjeu : "Le problème n'est pas la santé. C'est la transformation de ce pays en une Russie, en pays socialiste."
Un homme récemment licencié, Ron Ammerman, 35 ans, se lève : "Je suis responsable de moi-même, pas des autres, dit-il. Je ne devrais pas avoir à partager les fruits de mon travail avec d'autres."
Sarah Palin (…) "Mes parents ou mon bébé trisomique devront comparaître devant le tribunal de la mort d'Obama, où des bureaucrates décideront s'ils sont dignes ou non de recevoir des soins."
"Un tel système serait l'incarnation du mal", dénoncent les adversaires de la réforme.
Amérique fondamentaliste

Le discours de Sarah Palin, mis dans la bouche du président iranien, effraierait. Or, le « tribunal de la mort d’Obama », c’est le système de santé des autres démocraties occidentales. Au fond, c’est le manque de logique qui est le trait commun de cette opposition : ne contredit-elle pas les principes du libéralisme financier (l’efficacité de l’entreprise), et ceux de la foi chrétienne (le partage et la solidarité) ? On n’est pas dans la raison, mais dans l’émotion.

L’Amérique, pays fondamentaliste, moins éclairé que les fondamentalismes qu’elle combat ? Pays le plus con du monde, comme disent les guignols de l’info ? Obama, crucifié pour avoir voulu faire le bien d'ingrats attardés ?

Eh bien, le changement, c’est toujours comme cela. Celui qui veut le changement a une raison imparable qui ne convainc personne. Et la résistance au changement s’exprime stupidement. Cas d’école de conduite du changement ?

Cas d’école
  • La résistance est légitime. L’organisation (la nation, ici) exprime maladroitement qu'elle craint que le changement démolisse ce qui fait sa force et son être = ses « valeurs ». (La cause de résistance étant aussi vieille que le pays, que l’administration Obama soit prise par surprise montre qu’elle est coupée des préoccupations du peuple. Représente-t-elle l’Amérique ?)
  • Ce qui bloque c’est la mise en œuvre. Les Américains sont probablement d’accord pour avoir une assurance santé meilleur marché et plus efficace, mais pas au prix d’une bureaucratie. Ce qui est refusé dans un changement, ce n’est presque jamais son objectif, c’est sa mise en œuvre. 
  • Le facteur clé du changement c’est son contrôle. Zéro leadership de l’administration Obama. Le président a demandé au Congrès d’écrire la loi. Le congrès ne pourrait qu’être d’accord avec ce qu’il aurait produit, n’est-ce pas ? Or, il accouche de trois propositions incompatibles. Le grand théorème du changement, c’est qu’il doit être contrôlé. Ceux qui doivent concevoir la mise en œuvre du changement (le Congrès) doivent être placés dans une « cocotte minute », de façon à ce que la dite mise en œuvre soit sûre de sortir. Pour cela, il faut une animation du changement. Et il faut se donner les moyens de défendre ce en quoi l’on croit. (Ici, la position des adversaires de la réforme, comme je le dis plus haut, peut être ridiculisée en s'appuyant sur les valeurs de l'Amérique.)
Compléments :

Le pauvre s’appauvrit

Ce serait le résultat de la crise aux USA, sachant que les 10% les plus riches auraient été épargnés. Explication :

Les « 90% » de pauvres ont une partie majeure de leur fortune investie en immobilier, ce qui n’est pas le cas des plus riches. Or, c’est essentiellement l’immobilier qui a été dévasté par la crise. En outre, elle a été soignée par un plan de relance qui a coûté cher au pauvre, alors que le riche en était le principal bénéficiaire…

Deux questions :

  1. Une petite partie de l’Amérique s’enrichit aux dépens de l’autre ; chaque crise marque une nouvelle phase d’enrichissement ?
  2. Les revenus des pauvres vont de plus en plus dépendre des riches : le pauvre sera de plus en plus au service du riche ?

Compléments :

Assurer les banques

Des économistes proposent aux banquiers de prendre des assurances anti-risques (Should managers of big banks be required to buy crisis insurance?). Je pensais « bonne idée », jusqu’à ce que je réalise que les banquiers n’avaient jamais eu autant d’assurances.

Leur assurance était le fameux AIG. Or, AIG ne s’est pas comporté comme l’assureur dont on parle tant aux USA, au sujet des réformes de santé. S’il le pouvait l’assureur américain n’assurerait que les personnes dont les gènes prouvent qu’ils ne feront jamais appel à la médecine, et, lorsqu’un incident survient, seule la justice peut lui faire débourser un centime. Avec de tels assureurs la Banque avait peu de chances de faire des bêtises.

Pourquoi AIG a-t-il assuré sans contrôler ? Coup de folie : soif de l’enrichissement à court terme, esprit de la conquête de l’Ouest ? Si le rempart de la société est aussi faible, on est mal parti.

Je crois surtout que nos régulateurs font une erreur. Sans nous demander notre avis, ils veulent trouver des mesures qui vont nous contraindre à l’honnêteté, et cela quoi qu’il arrive, même dans des situations imprévisibles. Or, l’homme ne fait que ce qu’il veut.

Pourquoi ne pas rassembler les dirigeants de Goldman Sachs (et leurs homologues), les mettre en face de leurs victimes, des dommages qu’ils ont causés, leur expliquer que nous n’avons rien contre leurs bonus, leur raison de vivre, mais que nous aimerions qu’ils ne ruinent pas notre vie ? Peut-être trouveraient-ils des solutions à nos problèmes, efficaces, durables, acceptables par tous ? Peut-être, aussi, ayant été traités comme des responsables se comporteraient-ils comme tels à l’avenir ?

Compléments :

  • Les régulateurs et les gouvernants obéissent à une idéologie fondatrice de notre culture : celle selon laquelle l’homme se commande comme une machine. Voir par exemple : Parler d’une seule voix.

vendredi 21 août 2009

Avantage économique des démocraties

Democracy, diversification, and growth reversals explique que la force des démocraties est la maîtrise de leur croissance. Les pays peu démocratiques vivent des montagnes russes.

Ce qui explique ces montagnes russes, c’est le manque de spécialisation (par exemple pétrole) de leur économie, quand l’industrie locale a le vent en poupe, le pays se développe vite, quand ce n’est plus le cas, c’est le chaos. Les démocraties laissent prospérer l’initiative individuelle, qui diversifie les risques.

Et l’Islande ? C’est pourtant un pays démocratique. Et l’Irlande, les USA et l’Angleterre (dans une moindre mesure) ?

Ceci donnerait-il raison à Simon Johnson ? Nous avons vécu une période où l’oligarque, le manager professionnel, a été roi, il a tué (via les fonds d’investissement) les entrepreneurs, il a détruit la diversification et la vitalité du tissu économique (cf. les modes de management qui ont affecté, notamment, l’automobile) ? Il est parvenu à démolir les processus démocratiques, ceux qui font qu’aucun individu ne peut imposer ses intérêts aux autres, et que du coup la nation est multiple ? Est-ce cela le fondement de la démocratie ?

Compléments :

Les derniers jours du monde

Ce film m’a fait penser à Soyez sympas, rembobinez de Michel Gondry. Il y a à la fois le bricolage et la parodie déglinguée de grands films. L’esthétique de la déglingue, une nouvelle mode ?

Hollywood se pensait indestructible, inapprochable, lui, ses décennies d'expérience, ses talents, ses stars, ses professionnels sans égal des moindres métiers du cinéma, et ses budgets colossaux. Eh bien, nous l’attaquons là où il est le plus fort, le film sur l’apocalypse, et nous lui prouvons qu’il lui manque l’essentiel : l’art. Car l’art c’est Français. Pour comprendre ce qu’est l’art, il faut nous regarder à l’œuvre : 0 moyens, aucun métier, une parfaite désorganisation, aucun talent, et un génie affirmé avec force.

Complément tardif :

  • à y bien réfléchir, il me semble que je reproche à ce film est ce que j'appelle le parasitisme. C'est-à-dire refuser les règles de la société, leur substituer ce qui arrange un individu donné (= parasite). Autrement dit, ma pensée serait la suivante : dans l'art comme ailleurs, innover est bien quand il transcende les règles existantes, il ne l'est pas quand il les détruit, au profit du petit nombre, et au détriment du reste de la population. Une variante de cette réflexion : Intermittents du spectacle.

jeudi 20 août 2009

L’armée anglaise égare ses matériels

Un article du Financial Times :

Les ministres ont ordonné une réorganisation du ministère de la défense (anglais), après que des auditeurs aient été incapables de trouver 6,6md£, dont environ un sixième de tous les véhicules, armes et radios utilisés par les troupes.

Explication ? Est-ce ce que j’appelais, il y a quelques temps, « le mal anglais » ? (Lois de la concurrence et service public.)

Si j’en crois mon service militaire et l’inquiétante désorganisation que j’y ai vue, l’armée française n’est probablement pas mieux lotie. L’humeur batailleuse de ces deux anciennes grandes nations militaires est elle corrompue par le pacifisme ? Si oui, faut-il s’en réjouir ?

Capitalisme : punir le client

Les journaux ne paraissent plus les jours où ils ne se vendent plus suffisamment, les « fournisseurs de contenu » exigent des mesures répressives du gouvernement (Hadopi), les grandes surfaces nous donnent le choix entre un lait pas cher à leur logo (qualité ?), et un prétendu haut de gamme dont le prix se justifie par un packaging inutile (Prix du lait)…

Le mot d’ordre du dirigeant à bonus est : arnaquer le client, et le punir si ça ne marche pas. Est-ce en attaquant notre sentiment de justice que la grande entreprise va se faire des clients ?

D’ailleurs, est-ce cela l’entreprise ? Ce qui me frappe chez les entrepreneurs que je connais, et chez Steve Jobs, est que ce sont des champions de leur métier, qu’ils connaissent intimement leur marché, mais, surtout, qu’ils veulent nous apporter quelque chose de nouveau et d’essentiel. En fait, l’entrepreneur est un croisé qui veut transformer la société.

Un exemple, la presse. Contrairement à leurs équivalents modernes, les grands patrons de presse étaient des hommes de conviction, ils avaient des choses à dire. Voilà certainement pourquoi The Economist ou Le Canard enchaîné prospèrent : ils demeurent poussés par une motivation plus forte que la raison (promouvoir le libéralisme économique dans un cas, dénoncer les manipulations du gouvernement et des puissants dans l’autre), et cela depuis des décennies (150 ans pour The Economist et 90 pour Le Canard).

Notre capitalisme moderne a été celui du manager professionnel. Une sorte d’autiste qui grimpe la hiérarchie de la grande entreprise bureaucratique grâce à ses diplômes et qui ne sait la gérer que par la comptabilité, degré 0 de la science et de l’intelligence. Son moyen d’action ? Le parasitisme. C'est-à-dire tromper les règles qui assurent la solidité de l’édifice social et de l’entreprise, pour en tirer quelque avantage à court terme.

Compléments :

La Dentellière

Curieusement ce film me rappelle mon commentaire de Welcome :

Une fois de plus, on y voit la rencontre d’un intello, vain et plein de préjugés de caste, et d’un être fruste dont la vie est passion, mais qui ne sait pas l’exprimer, d’où mépris du premier.

J’en viens à m’interroger sur la récurrence de ce thème dans la culture française et dans sa formalisation par Rousseau, qui montre que toute la sophistication de notre époque n’a pour résultat que de faire de nous des intellos ou des bobos, c'est-à-dire de corrompre « l’état de nature », qui est naturellement le nôtre.

Compléments :

  • L’ethnologue américain Clifford Geertz croit d’ailleurs que l’œuvre de Claude Lévi-Strauss était inspirée par l’idéologie de l’état de nature rousseauiste et que La pensée sauvage en était l’expression. (Geertz, Clifford, The Interpretation of Cultures, Basic Books, 2000.)

mercredi 19 août 2009

Art de ramper, à l’usage des courtisans

Nordine Saïdani m’envoie Essai sur l’art de ramper, à l’usage des courtisans, du baron d’Holbach : « de tous les arts, le plus difficile est celui de ramper ». Effectivement, il faut un grand talent pour être un courtisan. Pourquoi y a-t-il des courtisans ? Pourquoi les forts sont-ils courtisés ? Hypothèses :

  • Marque de mépris du courtisan. Il doit croire que celui qu’il courtise est incapable d’entendre la vérité. Peut-être y a-t-il deux façons de s’adresser à quelqu’un : flatter ses faiblesses ou s’adresser à son intelligence ? Il en est de même pour nous, le peuple, nos gouvernants préfèrent le populisme au courage (Logique des partis politiques).
  • Complexité de l’honnêteté. Les psychologues expliquent qu’une des règles premières de la société est de ne pas faire perdre la face à l’autre. Or, il est difficile de dire au dirigeant que si son entreprise perd de l’argent, c’est parce qu’il ne comprend pas son métier. La flatterie est une solution peu coûteuse à ce dilemme.
  • Sélection naturelle. L’amour propre élimine tout ce qui émet une critique désobligeante, donc n’est pas courtisan. Idem pour les politiques non populistes.
  • Paresse intellectuelle de l'homme. Une anecdote de début de carrière qui m’a marqué : un collègue me dit : « tu as gagné, dis nous ce que nous devons faire ».

En fait, la victoire du courtisan n’est probablement pas fatale. Après tout, le dirigeant n’est pas moins intelligent que la moyenne des Français : il sait que les courtisans lui cachent la vérité. Pour avoir un point de vue exact, il lui faut sans doute ce qu’Edgar Schein a appelé un « donneur d’aide ». C’est quelqu’un avec qui il a établi une relation de confiance (i.e. 1) il ne trahira pas 2) il est efficace dans sa fonction).

Et la question de l'amour propre ? Je crois que le donneur d'aide la résout ainsi : il présente au dirigeant des problèmes difficiles, mais formulé d’une manière qu’il sait résoudre. Peut-être aussi intervient-il assez tôt avant que le puissant n’ait fait une grosse erreur dont il se sent coupable et qu'il veuille cacher ?

Compléments :

  • Sur le donneur d’aide, la perte de face, et le substrat scientifique de ce billet : SCHEIN, Edgar H., Process Consultation Revisited: Building the Helping Relationship, Prentice Hall, 1999.

Recycler Madoff

Bernard Madoff aurait fait preuve d’un immense talent pour donner à son fonds l’apparence d’une honnête activité (A sidekick sings). Il m’a fait penser au personnage de Leonardo di Caprio, dans Attrape moi si tu peux. D’où une idée :

Pourquoi ne pas utiliser B.Madoff comme di Caprio, c'est-à-dire pour combattre le crime financier ?

Les Américains nous disent que leurs organismes de contrôle ne peuvent être efficaces parce que l’on y gagne moins d’argent que dans une banque, et que l’Américain ne peut faire son devoir que contre de l’argent (Salaire des banquiers). Mais voilà que l’on a une ressource gratuite, hyper compétente, et facilement motivable (en lui promettant de sortir de temps à autre de son cul de basse fosse) !

Une idée d'objectif : il sort de prison lorsqu'il a permis aux USA de récupérer plus de 50md$ de fraude. (Trop facile ?)

mardi 18 août 2009

Complexe Afghanistan

Hier, j’entendais un ancien responsable de la résistance Afghane dire que son pays était bien plus qu’une anarchie talibane, il était le théâtre de guerres qui lui étaient étrangères, russes, chinoises, pakistanaises, indiennes, américaines, européennes, et que l’on ne s’en sortirait pas en expédiant quelques soldats mais en trouvant une solution politique. Ce qui m’a amené à penser à l’Europe et à son histoire :

Ce qui semble avoir sorti l’Europe de sa spirale de guerres a été la prospérité, elle-même suscitée par l’aide économique américaine. C’est ce que montre, je crois, le contraste 18/45 : dans un cas l’Amérique refuse d’aider l’Europe exsangue, si bien que les vainqueurs saignent les vaincus pour se renflouer, ce qui crée les conditions d’une nouvelle guerre. Dans l’autre l’Amérique aide généreusement l’Europe, ce qui finalement lui rapporte beaucoup.

Cependant, peut-être y avait-il en place, en 45, en Europe, les conditions d’un miracle économique ?

Quelles sont-elles ? Aucune certitude, mais deux idées :

  1. un mécanisme qui fait contrepoids à l’émergence d’une oligarchie (donc un pouvoir fort, mais démocratique),
  2. un tissu économique suffisamment solide et organisé pour pouvoir prospérer.
Ce dernier point signifie certainement qu’il faut consolider et développer l’économie existante, plutôt que d’apporter un modèle théorique sans lien avec la réalité, ce que l’Amérique essaie de faire depuis deux décennies partout où elle passe.

Compléments :

  • Sur ce que l’Amérique tente de faire du monde et son attitude à l’Europe après les deux guerres : Reluctant crusaders / Dueck.
  • Sur l’action de l’Amérique dans le monde, ces dernières décennies : Consensus de Washington.
  • Ma raison de croire que le changement ne peut se faire que dans une cocotte-minute : Conflits en Nouvelle Calédonie.
  • Le fait qu’il faille conduire le changement en aidant une organisation (peuple…) à trouver sa voie plutôt qu’en la lui imposant vient de mon expérience. Edgar Schein est arrivé à la même solution (d'ailleurs la science pense qu'il n'y a pas de seule bonne solution, que l'avenir est imprévisible) : SCHEIN, Edgar H., Process Consultation Revisited: Building the Helping Relationship, Prentice Hall, 1999.

Reprise en France : durable ?

Il y a quelques temps, on nous a dit que l’économie nationale avait connu un petit sursaut. Le consensus fut que c’était trop beau pour être durable. Conclusion inspirée par la superstition ou par la raison ? (Qui comprend quelque chose à la crise ?) Paul Krugman (A quick note on Germany and France) utilise sa raison et aboutit à une conclusion différente.

Pour lui le redressement de la France vient de ce que son économie dépend peu de l’exportation de biens durables et qu’elle n’a pas eu de bulle immobilière. Autrement dit, il serait probablement solide.

Question : est-ce que les variables économiques desquelles dépend la France sont en passe de retrouver un semblant de santé ?

Un début de réponse à la rentrée.

lundi 17 août 2009

USA, économie sociale et santé

Ce week-end je discutais de système de santé américain, et j’ai compris qu’il était peu amical. Les assurances santé font tout pour ne pas payer ce qu’elles doivent, en particulier lors de gros pépins. Comment avons-nous évité ce vice ?

Si j’en crois une de mes anciennes missions : c’est grâce aux mutuelles. Ces organisations issues des idées des socialistes utopistes (Proudhon, par exemple) veulent profiter du capitalisme sans souffrir de ses défauts. Elles sont gérées par leurs adhérents. Leur mission étant de servir leurs adhérents plutôt que leurs actionnaires, ceux-ci reçoivent un service digne d’eux.

D'après ce que j’ai entendu tout à l’heure, ce serait la solution vers laquelle se dirigeraient les USA. On arriverait ainsi à une couverture universelle, le désir du gouvernement, sans intervention de l’état, inacceptable par la majorité des Américains. L’état apporterait les fonds initiaux aux mutuelles, mais les laisserait ensuite naviguer seules. Exemple remarquable de conduite du changement ?

Compléments :

  • JEANTET, Thierry, Économie sociale : La solidarité au défi de l'efficacité, la Documentation française, 2006. Attention : la mutuelle n’est pas sans difficultés : ce type d’organisme est bâti sur le principe de la démocratie, qui est bien plus difficile à installer que celui, hiérarchique et militaire, de l’entreprise ordinaire. Quelques citations de ma référence :
  1. Les objectifs : « promotion de l’individu » ; « épanouissement de l’individu et de la cellule familiale, sociale, civique » ; « voie d’accès à la dignité » ; « Dignité humaine au cœur du système de production » ; « maîtrise de l’économie au bénéfice de l’homme ».
  2. Les moyens : « solidarité » ; « juste répartition des excédents » ; « indivisibilité des fonds propres » ; « contrôle des moyens de production par les travailleurs » ; « libre initiative collective » ; « indépendance vis-à-vis de l’Etat » ; « un homme une voix ».

USA : plus de téléphone

Les USA sont confrontés à un curieux problème téléphonique (Cutting the cord) :

  • La crise fait que l’on fait des économies, certains abandonnent le fixe pour le mobile.
  • Conséquence : plus rentable pour les opérateurs de télécom de fournir du fixe.
  • D'où des victimes : augmentation des coûts du fixe pour le grand nombre qui l’utilise encore, menace au « service universel » (plus de téléphone, pour les pauvres, les isolés, dans la rue, plus tout un tas de services, comme ceux des pompiers et des sondeurs, qui dépendaient du téléphone fixe)…
  • Le pire est que la couverture mobile est mauvaise.

L’Amérique risque de se retrouver à l’âge des cavernes de la téléphonie ?

Le phénomène est-il général ? Une innovation, le mobile, qui ne marche pas très bien, mais suffisamment pour susciter un équipement massif. Son coût contraint quelques-uns à des économies, ces économies mettent en faillite les offreurs de service prééxistants, dont la rentabilité tenait à peu. On a perdu un service fiable, universel et pas cher, que l’on a remplacé par quelque chose de mauvaise qualité et réservé aux riches. Tous punis.

A-t-on là le mécanisme type du capitalisme ?

USA : tous en tôle

La Californie avait un régime pénitentiaire relativement efficace, jusqu’à ce qu’il tombe dans le de plus en plus répressif, la tolérance 0. L'Amérique étant l'avenir de la France, il est intéressant d'observer ce que ça donne (Gulags in the sun) :

  • Le taux de récidive (70%) le plus élevé du pays. (Autrement dit, la prison suscite le crime !)
  • Une croissance permanente du nombre de prisonniers. Deux fois plus de prisonniers que de places. Des conditions de vie infectes, qui conduisent à de véritables batailles rangées.
  • Le coût du prisonnier est le double de ce qu’il est ailleurs aux USA.
  • Cette effroyablement coûteuse politique a contribué à mettre l’état de Californie en faillite (on cherche à réduire le budget des prisons de 1,2md$).

L’histoire ne dit pas pourquoi on est passé d’un système intelligent à un système stupide. Et pourquoi la population semble incapable de comprendre qu’il est stupide. Un indice : les électeurs adorent la répression, et réagissent au fait divers, et les politiques, de tout bord, adorent leur faire plaisir.

Leçon : il en faut peu pour basculer dans le cauchemar.

USA : pas de place pour tout le monde

Ce que je disais dans Allemagne, USA, capitalisme semble incorrect : les entreprises américaines n’auraient pas trop licencié, elles avaient trop embauché auparavant. Help not wanted donne les raisons de licenciement suivantes :

  1. Un allégement des couches de management (une nouveauté).
  2. Des systèmes d’information qui permettent, contrairement au passé, de savoir exactement de quelles ressources l’entreprise a besoin.
  3. Un savoir faire nouveau de réorganisation efficace de l’entreprise, plutôt que de licenciement aveugle.

Il y a pire : beaucoup d’entreprises n’auraient pas licencié. Si la situation économique ne s‘arrange pas, ce sera de nouvelles vagues de mises à pied.

Tout ceci semble dire non seulement que l’Amérique est dans une situation préoccupante, mais qu’elle ne peut faire travailler qu’une partie de sa population. Ce qui m’amène à ma demander :

  • Les riches ont-ils besoin des pauvres ? En fait aussi peu solidaire qu’elle soit, je pense que l’Amérique a deux raisons pour combattre le chômage : 1) les pauvres sont des consommateurs qui comptent 2) ceux qui ont du travail se sentent menacés par le chômage, et donc ne consomment pas.
  • N’est-ce pas le tissu économique qui est atteint ? La capacité de création du pays ? Peut-elle être ravivée par le seul miracle de l’initiative individuelle ?

dimanche 16 août 2009

Loi des rendements décroissants

Une caractéristique des avocats du libéralisme économique, c’est que leurs actes démentent leurs théories. De même que le marché (la bourse) ne se comporte pas comme un marché de livre d'économie (plus une action monte, plus on l’achète, et inversement), la loi des rendements décroissants ne s’applique pas à Goldman Sachs. Goldman Sachs gagne toujours plus (Dr Strangelove and Mr Goldman Sachs). Et Goldman n’est pas le seul : comme Scarface, l’entreprise américaine semble dire « The sky is the limit ».

Comment expliquer ce paradoxe ? Réflexions aléatoires :

  • L’économiste Frank Knight dit que la loi des rendements décroissants doit être vraie, sinon tout l’édifice des sciences économiques s’effondre. En effet, c’est parce que les rendements décroissent que tous les facteurs de production ne sont pas égaux, que l’un est meilleur qu’un autre et qu’on peut le choisir. Autrement dit, c’est une loi qui fait l’hypothèse de l’individualisme.
  • Par conséquent, il est possible qu’elle ne s’applique pas parce que nous ne sommes pas dans un contexte individualiste mais social. La particularité de la société est 1) que les individus ne suivent plus leur instinct, mais les règles du groupe 2) que le groupe donne à l’homme, sans effort, accès à des ressources inaccessibles à ses capacités individuelles.

Il ressemble à un piéton qui entrerait dans une voiture, et qui ne serait plus contraint par ses limites propres. Et qui, parce qu’il aurait trouvé un moyen d'éviter les radars (cas de Goldman Sachs), se croirait pouvoir pousser sa vitesse à l’infini, de ce fait terminant dans un platane.

La faiblesse de la société est que son système de règles a des failles ; qu’on peut en pousser certaines à l’absurde, si d’autres ne sont pas en permanence inventées pour l’éviter. La limite sociale n’est pas la capacité individuelle, mais celle du groupe (la voiture dans l’exemple), groupe qui, soumis à l'absurde du traitement Goldman Sachs, se disloque.

J’en reviens au parallèle entre économie et cancer. Est-ce parce que la cellule suit elle aussi les règles du groupe, et plus les siennes propres, qu’elle n’est pas limitée par ses limites naturelles et part à la conquête de l’espace ?

Conjectures vaseuses ?

Compléments :

  • KNIGHT, Franck H., Risk uncertainty and profit, Dover, 2006

Angleterre victime de M.Blair

L’Angleterre victime du libéralisme me rappelle une pensée que j’ai eue à l’époque où Tony Blair a chipé les jeux olympiques à la France.

La Grande Bretagne avait immédiatement goûté le poison du cadeau. Son dossier n’avait pas été préparé sérieusement (selon les paroles mêmes d’un responsable interviewé par la BBC), son coût était massivement sous-estimé. Aujourd'hui on se demande même si elle aura assez d'énergie pour éclairer les jeux (voir la référence du billet ci-dessus). La manœuvre de Tony Blair c’était la perfide Albion à son meilleur. Mais elle lui a pété à la figure, à croire qu’il était français.

Le génie de la perfide Albion a été de ne jamais s’appliquer ce à quoi elle croyait. Par exemple quand son peuple s’est révolté au 19ème siècle et a utilisé les travaux des philosophes anglais des Lumières et l’existence du parlement pour appuyer sa demande de quelques droits de l’homme, il lui a été répondu que tout ceci n’était pas fait pour lui. Tony Blair a cru ce que disait l’Angleterre (notamment sa théorie sur le libéralisme financier). Il le lui a appliqué, sûr de faire son bonheur.

Cela confirme ce que disait de M.Blair l’élite anglaise : qu’il avait un esprit de troisième ordre (parce que, je crois, il avait eu une mention passable, « third », à l’université) ?

Compléments :

  • Du relativisme anglo-saxon : Et Dieu créa l'Anglo-saxon.
  • THOMPSON, E.P., The Making of the English Working Class, Vintage Books USA, 1966.
  • Je m’interroge : jusqu’où est allé M.Blair ? L’état de l’Angleterre serait-il plus malsain qu’on ne le pense ?