lundi 5 octobre 2009

Défilé chinois

Le 60ème anniversaire de la Révolution Populaire s’est résumé à un défilé militaire (Party like it's '49). Mais à un défilé qui mérite une réflexion. Car tout l’armement qui parade est chinois, et il est au top mondial.

C’est étrange, me suis-je dit, mais la Chine n’est qu’au début de son ascension et déjà son armement est bien meilleur que le nôtre. Et en plus elle paraît remarquablement innovante dans des industries stratégiques, mais qui ont disparu ou disparaissent de nos territoires (cf. l’électronique).

C’est probablement ce qu’a compris le Président brésilien : à quoi lui serviraient nos Rafales, même si on lui fait cadeau du savoir-faire de notre industrie aéronautique, comme le veut notre Président ?

EDF

Energetic manoeuvres : y aurait-il lieu de se préoccuper de l’état d’EDF ?

  • La société se serait engagée dans une très ambitieuses stratégie d’expansion internationale (ce qui ferait monter les intérêts de sa dette à 2,5md€) : achat de British Energy (£12,5md) + Constellation (4,5md$).
  • Ses centrales marchent moins bien que celles de ses concurrents (âge, grèves…). Ce qui force EDF à leur acheter de l’énergie.

Retour d’un des vieux démons français, le champion national ? On l’élève à coup d’achats ruineux, dont la société n’a pas les moyens. On pense à France Télécom et à ses 70md€ de dettes, au Crédit Lyonnais et à sa faillite, mais aussi à Thomson que M.Juppé voulait vendre pour 1F. Et à quelques autres.

EDF n’aurait-il pas mieux fait d’investir dans ses installations et de s’occuper de son personnel ?

Compléments :

  • L'article dit aussi que le nouveau dirigeant d’EDF présente l’avantage d’être un ami de N.Sarkozy, mais l’inconvénient de vouloir conserver la direction de Veolia, ce qui pourrait présenter un conflit d’intérêts.
  • Faut il voir dans le peu d’efficacité de la production d’EDF une répétition des problèmes que l’on prête à FT (Efficacité de France Télécom) ?

Désert industriel américain

Vision d’horreur :

  • L’industrie américaine n’emploie plus que 12m de personnes.
  • Sa production vise surtout la consommation intérieure du pays (voitures, BTP), bien qu’il importe 37% de celle-ci (notamment électronique).
  • Des 15 principales économies industrielles elle est la moins tournée vers l’exportation.

Tout ceci à un moment où les USA doivent passer d'une économie de la consommation à une économie de l'exportation. Ils ont commencé à rapatrier les emplois délocalisés. Et maintenant c'est au tour du protectionnisme :

“To keep manufacturing, and manufacturing jobs, in the country, it is essential that the US government vigorously enforce our trade laws, especially during hard economic times like we are experiencing now,” said Nucor’s lawyer.

Compléments :

  • Informations et citation de Wanted: new customers ?
  • Comment on en est arrivé là : Grande illusion.
  • La chronique du démantèlement de l’industrie américaine, pour cause idéologique : FINGLETON, Eamonn,Unsustainable: How Economic Dogma Is Destroying U.S. Prosperity, Nation Books, 2003.

dimanche 4 octobre 2009

Limites d’Obama

Obama a plaidé pour la candidature de Chicago et a été immédiatement éliminé. Chicago n’avait aucune chance de victoire finale, mais les commentateurs se demandent si ce n’est pas un revers pour B.Obama.

En tout cas, ils estiment tous qu’il compte trop, voire exclusivement, sur son charisme. Étant trop impliqué dans les politiques qu’il veut, dès que l’une s’enlise, plus rien n’avance. La réforme de la santé pourrait être son Vietnam.

Compléments :

  • Conseil. Le président Obama est face à un problème de mise en œuvre du changement. Il existe d’excellents livres sur le sujet.
  • Un des multiples commentaires sur le flop olympique : The boundaries of Brand Obama.
  • Une conséquence de l’inexistence d’Obama : The Atlantic gap.

Élections allemandes

A black-yellow (and purple) triumph :

  • Il y a peu de chances qu’il se passe quoi que ce soit de neuf en Allemagne dans le proche avenir. Les commentateurs britanniques semblent s’être donné le mot : ce qui caractérise Angela Merkel, c’est la « prudence ». Or, son parti a perdu pas mal de voix aux dernières élections (seule la popularité personnelle de Mme Merkel a évité désastre ?), elle doit se méfier de tout ce qui lui ferait perdre de l’altitude dans les prochaines élections (calme plat jusqu’en mai, si je comprends bien), et il y aurait un consensus selon lequel la politique qu’elle a menée jusque-là est là bonne.
  • Ses nouveaux alliés ont surtout été élus pour leurs compétences de gestionnaires, meilleures que celles des socialistes de la précédente coalition.

Résumé de la crise du socialisme en Europe ?

  • La majorité d’entre nous est d’accord pour dire que, faute d’avoir trouvé une meilleure idée, nous sommes dans un monde régi par les lois de l’économie. Ce qui pose deux problèmes : la performance économique, et sa victime naturelle, la solidarité.
  • Les partis de « droite » apportent les seules réponses à peu près crédibles à ces deux problèmes.
  • Les partis de gauche semblent totalement absents, agrippés à une éthique des valeurs qui n’intéresse qu’eux.

Compléments :

Représentativité

J’entends dire : 86% des Français en faveur de l’euthanasie, les députés sont majoritairement contre, le sujet est entre les mains d’experts (médecins).

Je ne sais pas ce que valent ces statistiques mais elles semblent d'accord avec John Stuart Mill : nos représentants ne nous représentent pas. Au mieux, ils se représentent, eux, des gens issus d’un milieu très particulier, celui des politiciens professionnels, qui ne connaissent de la vie que les appareils des partis.

La poursuite de ma pensée confucianiste me fait me demander si le malaise actuel ne vient pas de ce que les membres de la société n’occupent pas la place qu’ils méritent. D’ailleurs c’est ce que l’on observe dans l’entreprise : quand ses membres ne font pas ce qu’ils devraient, elle va mal. Les dirigeants pensent que leur rôle est de dire à leurs équipes comment faire leur travail, alors qu’elles sont plus compétentes qu’eux. Du coup, logiquement, elles en déduisent qu’elles sont dirigées par un imposteur. En fait, ce que l’on demande au dirigeant c’est qu’il « organise » le travail de ses équipes, en particulier qu’il ôte ce qui pourrait les gêner. Comme un gendarme qui facilite la circulation (mais qui ne prétend pas nous enseigner la conduite).

Il en est probablement de même de la politique : nous ne voulons pas prendre leur poste aux puissants, nous leur demandons seulement d’organiser la nation de manière à éliminer ses dysfonctionnements, et de ne plus nous donner de leçons.

Compléments :

On vient de découvrir le patron de PME

Annonce d’un séminaire de l’École de Paris :

Pour leur mémoire de fin de scolarité au Corps des mines, trois jeunes sont partis en enquête : qu'est-ce donc qu'un patron de PME ? En effet, si la littérature est prolixe sur les PME, le patron de PME est, lui, mal connu. Ayant pu rencontrer de nombreux patrons, ils ont pris conscience des contradictions que ceux-ci doivent surmonter, entre narcissisme et altruisme, proximité avec le personnel et poids des relations sociales, rôles d'homme-orchestre et risque d'incompétence, volonté d'autonomie et dépendances de toutes sortes. Il semble alors que les patrons s'installent à la longue dans une zone de confort, un puits de potentiel, dont il est difficile de sortir. Cela les amène à s'accommoder, contrairement aux patrons allemands, d'une petite taille et d'une faible croissance. Comme Peter Pan, se refusent-ils à grandir pour ne pas perdre les avantages de la petitesse et de la sympathie que cela permet d'attirer ?

Ces trois ingénieurs m’ont fait penser à Arielle Dombasle dans un film de Rohmer : « oh une laitue ! ».

Après les Indiens découverts par Christophe Colomb, les laitues par Arielle Dombasle, maintenant c’est au patron de PME d’avoir le droit d’exister. Car rien ne vit s’il n’a pas été découvert par l’élite de l’élite de notre nation (le Corps des Mines : les dix premiers du classement de sortie de Polytechnique).

Ceux sans qui rien n'est viennent juste de finir leurs études. Près d’un quart de siècle avec pour seule compagnie des livres. Leur horizon va désormais être l’administration. C’est probablement pour cela que si la « littérature » ne parle pas du patron de PME, celui-ci n’existe pas. Ce sont les livres qui définissent la réalité. Et c’est pour cela que cette élite intellectuelle, que la conscience du caractère miraculeux de ses dons rend humble, peut juger les petits ridicules d’hommes qui ont passé leur vie à transformer le monde.

Grand souffle d’air frais pour un blog qui ne parle que de changement : fenêtre sur un groupe social qui, mieux que la vénérable société chinoise, s’est maintenu à l’état fossile.

samedi 3 octobre 2009

60 ans de République populaire de Chine

Cet anniversaire me ramène à l’héritage de Mao. Ses intentions me paraissent différentes de celles qu’on lui prête :

Le projet de Mao : réinventer la culture chinoise

D’une certaine façon il aurait voulu transformer la culture chinoise. Culture étant à prendre au sens ethnologique, c'est-à-dire de règles guidant le comportement collectif. Qu’il ait échoué ou réussi est presque secondaire par rapport à ce qu’il a été capable de faire. Tout seul, il a mis en mouvement des centaines de millions de personnes dans un extraordinaire exercice d’apprentissage collectif, la création de nouvelles règles culturelles.

  • Le grand bond en avant, c’était montrer qu’il ne tenait qu’à la volonté du peuple uni d’atteindre les performances du meilleur des capitalismes.
  • La révolution culturelle porte bien son nom. Mao parvient à faire que le peuple dise ce qu’il a sur la conscience, à partir de là, il procède à une « rectification ». Il fait « rééduquer » ceux qui pensent mal, selon lui.

Mao, souverain confucianiste

L’efficacité du procédé est bluffante. Un exemple. Il décide d’éliminer les hirondelles, le fléau des récoltes paysannes. Il faut empêcher que les hirondelles se reposent. Pendant plusieurs semaines les Chinois se lèvent la nuit pour effrayer les hirondelles. Réussite totale. (Des conséquences imprévues ont montré alors que l’hirondelle était utile, mais c’est une autre histoire.)

C’est une illustration extraordinaire des principes confucianistes, du rôle et du pouvoir du « bon » souverain dans une société bien organisée. Quasiment sans rien faire, de sa chambre, Mao mettait chaque année tout un peuple en furie, puis le renvoyait chez lui.

Pourquoi avoir voulu tuer le Confucianisme, pensée supérieure ?

Et pourtant, Mao a voulu éliminer la pensée confucianisme qu’il pensait coupable de l’arriération chinoise. Je me suis longtemps demandé s’il avait raison, tant la pensée confucianiste semble remarquable. Deux exemples :

  1. Si on veut la comparer à quelque chose d'occidental, c’est probablement à la « raison pratique » de Kant (les Chinois condamnant bien plus vigoureusement que Kant, la « raison pure » occidentale, et ne voulant, même, pas en entendre parler). Or la philosophie de Kant est le système philosophique dont a besoin la mécanique classique. Alors que nos autres philosophes ont généralement cherché à construire un système qui justifiait la société qui leur plaisait (la bureaucratie prussienne pour Hegel, le monde des boutiquiers pour Smith, la communauté villageoise pour Rousseau).
  2. Pour la pensée chinoise l’équivalence masse énergie est évidente depuis quelques millénaires. En effet, dans un monde qui passe du vide à la matière et retour, il y a fatalement un principe de continuité, l’énergie.

Tuer le confucianisme pour mieux le réinventer ?

Mais, avec le temps, j’ai fini par penser qu’une pensée trop parfaite devait finir par se suffire à elle-même et empêcher toute remise en cause. Le Confucianisme était bien un handicap.

Mais, pour autant, la remise en cause devait elle prendre la forme que lui a donnée la Chine ?

Je l'ai critiquée parce qu’elle nous caricaturait. De la recherche du principe des choses et du non agir, elle est passée à la croyance aveugle dans la force, dans le massacre de la nature pour la plier aux désirs de l’homme. Mais, me suis-je dit récemment, l'apprentissage n'est-il pas toujours maladroit, au début ? Ne va-t-il pas devenir bien vite plus malin ? Finalement, la Chine ne parviendra-t-elle pas, en un temps record, à s'approprier, au sens confucianiste du terme, notre culture, à en faire une seconde nature ?

Peut-être que Mao a eu raison : ce qui faisait la faiblesse de son pays était un manque d’ego, de volonté d’imposer son empreinte au monde. Elle devait s’extraire du confucianisme. S’extraire pour mieux le réinventer.

Compléments :

  • Mes idées sur les projets de Mao pour la Chine viennent de : SHORT, Philip, Mao: A Life, Owl Books, 2003.
  • Sur la pensée chinoise en général, et sur la pensée confucianiste en particulier : Pensée chinoise / Cheng
  • Un livre cité dans un précédent billet (La pensée (actuelle) en Chine / Cheng) dit que la pensée chinoise est une « pensée pragmatique » plus exactement que pratique.
  • Si je me suis intéressé (mollement) à la pensée chinoise, c’est qu’en écrivant la conclusion de mon premier livre je me suis rendu compte que je répétais quelque chose que j’avais vu quelque part. Après recherche, il s’agissait d’un fondement de la pensée chinoise (le LI). Cette réflexion sur la correspondance entre mon expérience et ce que je comprends de la pensée chinoise (Changement et pensée chinoise) m’a conduit à l’idée du dernier paragraphe de ce billet.
  • Imposer son empreinte au monde est le principe fondateur de notre pensée occidentale. Par conséquent, il est probable que Mao ait bien trouvé le germe qui manquait à la civilisation chinoise pour répondre au défi que lui lançait la nôtre.

Turcs et Arméniens

J’écoutais tout à l’heure une discussion sur le massacre des Arméniens par les Turcs. La cause semble en être la « modernisation » de la Turquie, ou peut-être son occidentalisation.

  • Au milieu du 19ème siècle, elle décrète l’égalité de tous. Ce qui ne plaît guère à la majorité turque, qui voyait jusque-là les Arméniens comme de sympathiques inférieurs. D’autant plus que les Arméniens, étant commerçants ou artisans, acquièrent, du coup, une forme de supériorité par leur richesse.
  • Deuxième épisode, qui conduit au massacre et au déplacement de population (juste avant la première guerre) : le nationalisme. Être moderne c’est construire une nation, et nation, si on lit correctement l’histoire de l’Occident, c’est un peuple homogène. Donc il faut se débarrasser de tout ce qui refuse cette homogénéisation.
  • Troisième épisode. Les Turcs, probablement avec un fond de raison, ont estimé que la question arménienne était utilisée par l’Occident et la Russie pour démembrer leur pays. Pas question d’affirmer une quelconque responsabilité dans ces conditions.

Probable nouvel exemple d’enfer pavé de bonnes intentions, de danger de l’application d’une idéologie bien pensante dont on ne mesure pas les conséquences. Bref, le changement tel qu’on le pratique partout, à commencer par l’entreprise.

Peut être aussi nouvel exemple de notre perfidie, ou de notre schizophrénie. C’est parce qu’elle a appliqué nos valeurs que nous rejetons la Turquie au nom de leurs conséquences.

vendredi 2 octobre 2009

Téléphonie mobile et pays émergents

The Economist consacre un dossier (Mobile marvels) à l’histoire de la téléphonie mobile dans les pays émergents (3/4 des mobiles mondiaux). Où l’on voit l’économie de marché à son meilleur :

Alors que l’on ne parle que de gratuité chez nous, chez les pauvres tout est payant. Sans compter que les plus grands succès ont été remportés sur quelques uns des marchés les plus incertains du globe. Et c’est pour cela que les entreprises de télécom ont fait preuve de génie là bas et pas chez nous. Elles rendent des services inestimables aux populations locales (météo ou conseils pour les paysans, transferts d’argent voire services bancaires (Beyond voice)…), et elles ont réduit leurs coûts en faisant preuve d’une créativité exceptionnelle : locations de téléphone, partages d’infrastructure… (Eureka moments.)

D’où émergences d’entreprises redoutablement efficaces. Les opérateurs indiens (The mother of invention) sont les champions de l’optimisation des coûts, ils sous-traitent tout (y compris à IBM dont les produits étaient si chers jadis !), partagent tout. Les équipementiers chinois (Huawei et ZTE) sont d’une immense inventivité. Ils devraient rapidement vider le marché de sa substance et faire table rase de leurs concurrents. Il semblerait même qu’ils soient trop rapides pour les aides de leur gouvernement (Up, up and Huawei). L’avenir est au tout Internet mobile (Finishing the job), ce qui promet de nouveaux trésors de créativité.

Mais le mieux c’est que cette innovation aurait élevé le niveau de vie de ceux qui ont pu en profiter.

Et nous là dedans ? Ce qu’il y a de surprenant, c’est que si tous ces gens semblent fort intelligents, ce qu’ils font n’est quand même pas très compliqué. Pourquoi sommes-nous à l’arrêt ? J’en suis revenu à une théorie qui semble se vérifier :

L’Ouest est dirigé par une élite de managers financiers, qui se figurait à la tête du monde. Elle pensait que le marché d’avenir était à l’Est. Donc non seulement elle pouvait se désintéresser de l’Ouest, mais encore elle devait délocaliser sa production pour jouir des coûts les plus faibles. Cette stratégie n’a pas eu les effets escomptés. Le marché de l’est est fermé à nos produits. Les transferts de technologie massifs, intelligemment exploités, ont rendu beaucoup d’industries locales non seulement autonomes mais surtout bien plus efficaces que les nôtres. D’autant plus que notre management financier, qui pensait avoir trouvé avec les délocalisations sa botte de Nevers, a asséché l’innovation occidentale. L’Ouest se retrouve donc avec un tissu économique anémié, et une population (donc un marché) appauvrie, d’autant plus que celle-ci doit alimenter un plan de relance qui permette à son élite d’éviter les conséquences de ses erreurs.

Il serait bien que cette élite arrête de jouer contre son camp.

Compléments :

Après nous le déluge

La France contre l’euro ? la France se vautre définitivement dans le déficit, alors que l’Allemagne choisit la rigueur, la zone euro va péter...

Ce billet fut une révélation. J'ai compris que la crise a été un extraordinaire moment de libération pour nos politiques.

Ils ont vécu un interminable âge des ténèbres, des années passées, sans conviction, à mal équilibrer des budgets (que Raymond Barre brûle en enfer !). Un exercice contre nature d’une cruauté insoutenable. Le royaume de France n’a-t-il pas toujours été en faillite ? Sa vie n’a-t-elle pas toujours été insouciante, en dehors des crises et des révolutions ?

Mais, voilà le retour des temps bénis. Le déluge est désormais après nous. Plus besoin de travailler, d’administrer les comptes de la nation. D’ailleurs le succès électoral est assuré : un emprunt par ci, une baisse de TVA sans contrepartie par là… Et quand nous serons en crise ? La relance ! Vive Keynes !

Compléments :

jeudi 1 octobre 2009

Capital risque

La performance réelle du capital risque me prend par surprise. On y dit que le capital-risque américain est triomphant (et que le nôtre, européen, aurait besoin de s’en inspirer).

Je pensais le contraire. Un article que je citais dans un billet estimait à un tiers le nombre de fonds de capital risque qui allaient disparaître aux USA, les fonds gérés étant divisés par 2. Je connais du monde dans ce métier, et il n’est pas heureux. D’ailleurs la dernière fois que j’ai rencontré un capital risqueur, la semaine dernière, il cherchait un emploi.

Il est certain que l’industrie du capital risque américaine est forte. Mais est-elle efficace ? Je ne parle ici que du domaine que je connais : les technologies de l’information.

  • On oppose généralement le capital risque à l’état. Or, les deux sont composés des mêmes types de personnels. C'est-à-dire de gens qui ont été sélectionnés pour leurs diplômes. Les risqueurs de capitaux n’ont pas construit leur fortune sur leurs investissements, mais sur notre crédulité. D’ailleurs, comme le montrent chaque bulle, ce sont des moutons.
  • Quelle est la rentabilité des investissements que fait le capital risque ? Pendant la bulle Internet, les fonds qui ont fait de bonnes affaires étaient ceux qui avaient vendu leurs participations (souvent à leurs collègues) avant le crash du Nasdaq. Il est probable qu’il en a été de même récemment (voir le billet que je cite plus haut). D’ailleurs, qu’est-ce que leurs investissements ont apporté d’entreprises durables au monde ? La start up donne rarement une entreprise, le plus souvent elle est absorbée par une multinationale, ce à quoi elle survit rarement. J’ai donc la ferme intuition que la contribution sociale du capital risque moderne, prise sur le long terme, est nettement négative. Le capital risque sert au mieux à faire passer de l’argent de la poche du public dans celle des employés des fonds. Et il a eu l’effet pervers de convaincre les entrepreneurs qu’ils devaient faire rapidement fortune. Une génération d’entre eux ne rêve que de retraite à 40 ans. Quelle est la qualité, la solidité de ce qu’ils ont créé, dans ces conditions ? Était-il si honteux de vouloir fonder une belle société pour ses petits enfants (plus exactement « a great company for my great grand children »), comme le pensaient les inventeurs d’IBM ?

Compléments :

  • Goldman Sachs donne un des plus extraordinaires exemples du détournement de fonds que fut la bulle Internet : la mise en bourse de start up qui pour la plupart ne furent pas plus qu’un feu de paille, a rapporté à cette banque d’énormes bénéfices.
  • Il me semble qu’il faut revoir les méthodologies de valorisation des entreprises technologiques. Traditionnellement leur valeur est celle du cash actualisé qu’elles génèrent pendant quelques années + une « continuing value » qui est, traditionellement, la valeur de la dernière année supposée se répéter jusqu’à l’infini. (COPELAND, Thomas E., KOLLER, Tim, MURRIN, Jack, et McKinsey & Co, Valuation: Measuring and Managing the Values of Companies, John Wiley & Sons Inc, 2000.) L’expérience montre qu’il n’y a pas de « continuing value » dans l'IT. Ce sur quoi parient sans doute le capital risque et l’entrepreneur est qu’un gogo gobe l'idée d'une « continuing value » et surpaie la société, qui crèvera peu de temps après l’achat.

Efficacité de France Télécom

Un journaliste a mené une enquête sur les conditions de travail chez Orange. Un article parle de son livre et dit :

Depuis 2002, chaque salarié de France Télécom change de poste tous les vingt-sept mois en moyenne et de lieu de travail tous les trente mois, assure-t-il. Les conséquences ? Un nombre alarmant de suicides, un taux de démissions qui monte en flèche (4,4 % des départs en 2005 et 15,3 % en 2008). Et, en moyenne, presque un mois d'arrêt maladie par salarié en 2008 !

Un mois d’arrêt de maladie par an, c’est l’équivalent d’environ 10% de l’effectif hors jeu. (Il y a 180.000 personnes chez FT.) Et quelle est l’ambiance et l’efficacité de travail dans ces conditions ?

Je ne sais pas si cette enquête est correcte. Mais si elle l’est, elle révèle un gaspillage dramatique. Imaginez que vous possédiez une PME et que vos employés soient dans cet état : vous n’en dormiriez plus. Votre entreprise n'aurait aucune chance d'être compétitive.

Pourquoi n’est-ce pas le cas des dirigeants de France Télécom ? Ils sont protégés des lois du marché par un quasi-monopole, ce qui leur permet de s’abstraire des réalités ?

mercredi 30 septembre 2009

Association et bénévolat

Serge Delwasse relève un paradoxe : bénévolat et association sont incompatibles. Voici comment je l’explique :

L’économie sociale, et les associations en particulier, sont de drôles de choses. Leur organisme directeur est une démocratie, qui a beaucoup de mal à prendre des décisions rapides. Si ces organismes ont un DG, il peut jouer les facilitateurs du processus. Il y a intérêt, puisqu'il a besoin de directives. Mais Serge Delwasse parle d’un autre type d’association :

Il s’agit de la « petite » association, sans directeur général, et quasiment sans structure permanente. Tout le monde y est bénévole. Imaginons que vous en soyez membre. De deux choses l’une : soit vous voulez le bien de l’organisation, soit vous voulez utiliser l’organisation pour le vôtre (pour faire connaître votre société, trouver des clients, un employeur…).

Si vous êtes dans le premier cas, à moins d’être riche ou saint, vous avez peu de chances d’avoir les moyens de passer le temps nécessaire pour vous faire élire à la tête de l’association, puis de l’administrer. Si vous êtes dans le second cas, c’est plus facile.

Par conséquent, une association sans structure a de fortes chances d’être dirigée par des personnes qui ne désirent pas l’intérêt collectif. Si l’on veut que ce ne soit pas le cas trop souvent, il faut probablement payer (faiblement) les membres du bureau.

Changement et pensée chinoise

Correspondances entre l’ancienne pensée chinoise et mes réflexions du moment :

  • J’écrivais dans un livre que ce qui cause les échecs du changement est que l’intuition du dirigeant est trompée par la complexité de l’organisation (implicitement il la croit « hiérarchique », « linéaire »). Pour faire bouger une organisation sans s’épuiser, il faut beaucoup s'entraîner pour que prendre des décisions efficaces devienne une seconde nature. C’est probablement la même chose pour le navigateur qui joue avec les dépressions pour aller le plus vite possible. Beaucoup de choses me paraissent « évidentes » alors qu’elles ne le sont pas à d’autres. Par contre, je me demande s’il ne faut pas désapprendre pour réapprendre. Il y a une foule de techniques qui allaient de soi dans ma jeunesse, que j’ai oubliées. Le fait de les expliquer a gommé mes réflexes. Et il faut que j’apprenne ce que je savais.
  • Le Confucianisme insiste pour donner à chacun sa place. Je crois que dans une entreprise un peu grande, ce qui fait le dysfonctionnement est que chacun n’est pas où il devrait être. Une fois que tous sont à « leur » place, l’organisation fonctionne, elle devient « intelligente » : non seulement elle résout ce qui jusque-là la bloquait de manière franchement irritante, mais elle va infiniment au-delà de tout ce que j’aurais pu imaginer, je suis devenu inutile. En quelque sorte, il y a une disposition des membres de l’entreprise et de la définition de leur fonction, qui représentent une forme d’optimalité : les dysfonctionnements disparaissent et l’ensemble se met à savoir résoudre « naturellement » les aléas qu’il rencontre ( à les utiliser pour se « réinventer » ?). D’après Confucius quand l’édifice est bien en place, il est indestructible, et son « souverain » le fait évoluer sans effort (non agir).
  • Chaque chose doit avoir son nom, insiste Confucius, qui déclenche l’action adaptée. Ce n’est pas très clair pour moi. Cependant, j’opère une sorte de classification des gens et de ce à quoi ils me semblent exceptionnellement bons. Il me faut peu de temps pour attribuer un talent particulier à quelqu’un, et en parler de manière convaincue. Généralement mes recommandations sont bonnes : les gens ont l’effet que j’avais prévu, ou, plus exactement, sont adaptés à la tâche pour laquelle ils me semblaient faits. Il y a des exceptions, mais, souvent, une modification mineure de posologie permet de corriger de manière satisfaisante la prescription.
  • Et l’abandon de l’égo ? Vouloir transformer une organisation c’est « vouloir » quelque chose. Mais, au fond, ce que je veux c’est que l’organisation devienne ce qu’il me semble qu’elle mérite de devenir, qu’elle se « réalise » comme dit Maslow. Peut-être que c’est un genre d’abandon d’égo ? C’est faire passer l’organisation avant soi ? Et si l’égo, la volonté bornée, irrationnelle, de domination, était l’énergie nécessaire au mécanisme d’apprentissage, qui est aveugle ? Il faut se battre contre les événements pour en intérioriser les règles ? Mais une fois que l’on a appris, il n’y a plus besoin d’égo ? Je dois avoir 0 en Taoïsme.

J’ai tout de même un différend avec ce que j’ai compris de Confucius. L’optimum confucianiste repose sur une hypothèse qui n’est peut-être pas juste. Cette hypothèse est que l’homme partage avec la nature un principe qui lui permet de « non agir » sur elle. Il me semble que ceci n’est vrai qu’approximativement :

  1. l’homme sera toujours dépassé par la complexité du monde, il ne pourra jamais qu’absorber une sous-partie de ses règles ;
  2. il existe des moments de « chaos », où rien ne va plus et où les règles qui lui étaient une seconde nature ont dépassé leur date de péremption.

Pour une vaccination sociale

La fin de l’inconscience ? comme plusieurs autres billets récents me montre une propriété fondamentale de l’homme : il déduit de ses expériences de jeunesse ce qu’il croira ensuite des lois de la nature, démontrées scientifiquement. S’il a baigné dans la crise et l’incertitude, il sait que tout est chance ; s’il n’a connu que le succès, il sait que le monde lui appartient. Ce qui est ennuyeux : il est condamné à répéter les erreurs de ses ancêtres, puisque ceux-ci, en les réparant, l’empêchent de les vivre.

D’où une idée qui m’est venue en écoutant une émission sur la grippe, dimanche : pourquoi ne pas vacciner les générations futures avec des souches atténuées de ce que Durkheim appelait des « pathologies sociales ».

Il suffirait de faire la liste de toutes les erreurs que la société a commises, et de déduire pour chacune une expérience qui, une fois vécue, empêcherait la dite nouvelle génération de la commettre.

Compléments :

  • Ces expériences ne sont pas forcément complexes, mais elles doivent être frappantes. Par exemple Paul Krugman parle d’un système de bons qui permettaient à une communauté d’étudiants de demander à d’autres de garder leurs enfants quand ils sortaient. Le système s’est arrêté lorsque les étudiants se sont mis à thésauriser leurs bons, de peur d’en manquer. Pour relancer la mécanique « l’état » a dû faire marcher la planche à bons. C’est un exemple d’une relance Keynésienne. KRUGMAN, Paul, The Return of Depression Economics, Princeton 1999.
  • Plus généralement, il existe la méthode des scénarios, l’équivalent de l’entraînement du sportif, qui convainc beaucoup mieux l’homme qu’une longue argumentation. (Ce qui prouve que son expérience continue à se construire, même à un âge avancé.) Exemple : Gérer une crise.

mardi 29 septembre 2009

Socialisme condamné par définition ?

L’Allemagne fait entrer au gouvernement le FDP, anti taxe, anti état et pro business. Or Angela Merkel jouit d’une forte popularité parce que l’état est massivement intervenu pour éviter le chômage (allant jusqu’à secourir Opel par une manœuvre discutée). Et, vues les dettes accumulées, la menace de l’effet de serre, le vieillissement de la population… une idéologie pro business, anti-impôt et anti état n’est pas la première idée qui vient à l’esprit. D’ailleurs n’est-ce pas la définition de la politique américaine à laquelle les Allemands attribuent la crise ?

Je ne connais pas suffisamment l’Allemagne pour avoir une opinion sur ce qui s’y passe. Mais il est tentant de penser qu’elle a surtout voté contre les socialistes. D’ailleurs, tous les autres partis ont fait de bons scores : les écolos et la question du développement durable ; die Linke, qui s’affirmerait comme la « vraie gauche ».

D’où, à nouveau, comment se fait-il qu’on punisse partout un socialisme qui n’est pas au pouvoir et qui devrait être un recours ?

Une curieuse idée me passe par la tête : et si c’était parce que la population rejetait l’ultralibéralisme, qu’elle rejetait les socialistes - perçus comme ultralibéraux ?

  • Partout dans le monde, il y a un repli identitaire. Les populations demandent la solidarité sociale des « leurs », c'est-à-dire des nations. C’est ce qu’apportent, à l’Ouest, les gouvernements de droite.
  • Mais, le concept fondateur du socialisme moderne, comme celui de l’ultralibéralisme, ce sont les droits de l’homme. En 1789, on parlait des droits de l’homme et du citoyen, aujourd’hui le citoyen à disparu, l’homme serait supposé un électron libre qui n’est lié à rien, et qui peut aller partout. Or, il se définit avant tout par l’édifice social dans lequel il se reconnaît, qu’il s’agisse de la nation, du monde, du clan…

Faire cohabiter socialisme et droits de l’homme dans leur acception moderne demande-t-il un socialisme mondial ? Le socialisme est-il l’ennemi naturel de la nation, comme le libéralisme financier, qui aspire à la globalisation ? C'est à approfondir.

Compléments

Roman Polanski

J’entends beaucoup parler de l’extradition de Roman Polanski. Une affaire qui lui pendait au nez depuis une trentaine d’années. L’indignation de France culture et, si j’ai bien compris, des Ministres de la culture et des affaires étrangères est grande.

Plusieurs choses me semblent quand même bizarres. Pour nos gouvernants l’affaire est claire et évidente, avec bon et mauvais. Moi, je la trouve un peu plus embrouillée :

  • L’extradition est légale. La critique des représentants de la France signifie-t-il que la France met en cause la loi américaine ? Les lois sont elles relatives ? Qu’est-ce qu’un monde sans lois ?
  • Une interprétation des aventures de R.Polanski est la suivante : des quadragénaires tendent un piège à une enfant de 13 ans, la droguent et la violent. L’un d’entre eux, un immigré, pour échapper à la justice, prend la fuite. Imaginons qu’un tel fait divers, ainsi formulé, survienne en France, à des gens ordinaires. L’opinion ne demanderait-elle pas vengeance, et le gouvernement ne s’exécuterait-il pas immédiatement en durcissant le régime carcéral et en exigeant bruyamment l’extradition du contrevenant ?
  • Les hommes de culture disent que Roman Polanski a derrière lui une œuvre admirable, ce qui lui donne des circonstances atténuantes. La loi n’est-elle la même pour tous ? Qu’en pense Socrate ?

Compléments :

  • Remarque sans rapport : je ne range pas Polanski parmi les grands réalisateurs. Plutôt parmi ceux qui ont su habilement utiliser les règles de l’art de leur temps, provoquer un peu parfois, mais non apporter quelque chose de vraiment nouveau au monde.

District 9

J’avais lu ou entendu parler de ce film il y a longtemps. Je m’attendais à quelque chose de malin et d’impertinent, j’ai eu un film malin, déprimant, et excessivement violent.

  • Le concept. Un retraitement fort intelligent de l’extraterrestre, qui ne ressemble à rien de ce que l’on a vu jusque-là. Ce n’est pas vraiment un extraterrestre, mais une espèce qui pourrait vivre sur terre (d’ailleurs, il n’a pas d’appareillage).
  • Techniquement c’est un reportage vidéo mené tambour battant. Ce que le réalisateur (forcément génial puisque) français est incapable de faire.
  • La dépression vient, outre de sa violence, inattendue pour ce qui semblait une fable, de l’image que le film donne du monde, qu’il segmente en 4 :

  1. La partie Sud Africaine de l’élite dirigeante de l’économie mondiale : des capitalistes calculateurs et dénués de tous sentiments.
  2. Une armée de tueurs, mercenaires des précédents.
  3. Une classe d’opprimés tombés dans l’abjection.
  4. Au milieu, quelques idiots qui ne doivent qu’à leur absence de capacités intellectuelles d’avoir gardé un fond d’humanité.

À vouloir nous faire croire que nous sommes des monstres, notre élite intellectuelle va nous jeter à la gorge les uns des autres. Il faudra un jour qu’elle apprenne que, si l’homme commet des erreurs, il n’est pas diabolique.

lundi 28 septembre 2009

Cap and Trade

Des économistes importants s’opposent avec vigueur à la politique de Cap and Trade de B.Obama. Paul Krugman s’étonne que leurs propos soient contredits par les théories qu’ils enseignement (et même par leur version pour débutants).

C’est paradoxal. Mais prévu par mes théories.

  1. Le comportement de ces individus devient logique si l’on admet que leur argumentation n’est qu’un moyen de nous convaincre de la vérité. La fin justifie les moyens.
  2. Leur vérité doit ressembler à ceci : l’économie c’est le bien. Donc a) l’entraver est criminel ; b) l’effet de serre ou toute autre externalité négative est impossible.
  3. Que leurs arguments soient faux est sans importance. Que leurs propos contredisent la science qu’ils ont enseignée ne compte pas, car leurs intentions sont bonnes, leurs mensonges pieux. De toute manière rien de ce qu’ils disent ne peut pas être tout à fait mauvais puisque leur conclusion est juste.

Tout ceci ne renouvelle pas beaucoup le propos du blog, mais m’amène à m’interroger sur le Cap and Trade : réduire les émissions de dioxyde de carbone en les enchérissant. Était-ce habile d’attaquer ainsi le problème de l’effet de serre ?

  • On commence à se douter qu’il va nous coûter cher, très cher. Difficile de chiffrer exactement (un tel cataclysme est-il du ressort du calcul économique ?), mais on peut avoir des idées des moyens qui nous seront nécessaires : il y aura probablement des événements météorologiques brutaux, des populations entières devront être protégées et définitivement déplacées…
  • Donc pourquoi ne pas faire payer aux pollueurs (à la plupart d’entre nous) le prix des mesures nécessaires à remettre la planète en ordre après leur passage ? Ne serait-il pas plus pédagogique de formuler ainsi la taxe carbone ?

Compléments :

Changement et MBA

Les MBA traversent, comme les collaborateurs après guerre, un moment difficile. À chaque crise, à chaque scandale, on découvre que le gros des bataillons des coupables vient de chez eux, et que leurs enseignants ont porté aux nues les pratiques et les théories qui révulsent les foules.

The Economist, fort intelligemment à mon avis, leur donne ce conseil :

Business schools need to make more room for people who are willing to bite the hands that feed them: to prick business bubbles, expose management fads and generally rough up the most feted managers. Kings once employed jesters to bring them down to earth. It’s time for business schools to do likewise.

Belle idée mais changement compliqué. Je doute que les enseignants actuels de MBA puissent se transformer en Galilée ou en Pasteur du management. Savent-ils faire autre chose que gagner énormément d’argent en louant ceux qui connaissent un moment de gloire, en les appelant des leaders, et en nous enjoignant de les singer ? D’ailleurs ont-ils la moindre idée de ce que signifie science ?

Ce qui m’amène aussi à me demander si le sort piteux de la recherche en management ne doit pas nous rendre prudent quant à une excessive dépendance de la recherche, en général, vis-à-vis de financements privés.

Compléments :

Avenir de l’automobile

Industrie automobile, quoi de neuf ?

  • Massive surcapacité de production. Les gouvernements ayant aidé les constructeurs, pour éviter leur faillite et un chômage massif, la question reste entière.
  • Massive réduction de l'offre de leasing d’où chute des prix de l’occasion. Mauvais pour le neuf.
  • Les constructeurs découvriraient l’importance du client, et du métier d’ingénieur. Nous voulons de petites voitures pas chères (et électriques). Comme les petites voitures sont peu rentables, ils vont devoir faire preuve d’intelligence dans leur conception. Fin des gadgets stupides qui ne servaient qu’à justifier le prix de la voiture. Et fin de l’ère des financiers au QI technique négatif ?
  • Plus inattendu : les constructeurs de grosses voitures seraient affectés par le vieillissement de la population. Le vieux achète petit et roule peu. Cela forcerait Mercedes et BMW à l’alliance, peut-être entre eux. (Ce qui semble difficile : si mes souvenirs de début de carrière sont bons, ces entreprises se haïssent…)

Compléments :

Ces modèles au style différent seraient moins lourds et comporteraient moins de pièces que ceux de la gamme actuelle. Des versions hybrides sont envisagées.

dimanche 27 septembre 2009

Irving Kristol

Rubrique nécrologique de The Economist. Irving Kristol est mort le 18 septembre à 89 ans. Il est le fondateur du néoconservatisme. C’est un peu grâce à lui que le monde a cru au libéralisme financier.

Parti du Trotskisme, et de la gauche Rooseveltienne, 68 semble avoir été son « coming out » : il a compris que ce que l’on détruisait, « les valeurs traditionnelles bourgeoises », était ce à quoi il tenait. Comme Ayn Rand, avec le bolchévisme, il a utilisé les armes de l’ennemi contre lui, c'est-à-dire la science, la philosophie, et la morale - le bien était désormais bourgeois. Et c’est en cela qu’il a rénové le conservatisme.

Au fond, il a combattu une manipulation de gauche par une manipulation de droite. Ce qui laisse entrevoir sa logique : comme beaucoup, il savait qu’il détenait la vérité, et que la vie était une guerre ; dans cette guerre, la pensée et la science étaient des armes. Au fond c’est assez scientifique, darwinien même : la nature donne la victoire à celui qui gagne… rêvons donc le monde qui nous plaît et gagnons. C’est surtout très anglo-saxon.

C’est compréhensible, mais pas défendable :

  1. Cette pensée n’est pas scientifique, plus exactement, le monde rêvé par le néoconservateur s’oppose aux lois de la nature, ce qui ne peut pas fonctionner. Si tu détruis le monde, Anglo-saxon, où est ta victoire ? C’est pour cela que la science ne doit pas être manipulée : elle est plus utile honnêtement employée.
  2. La vision d’un univers où se battent le bien et le mal, et où l'on utilise le lavage de cerveau est erronée. Elle produit des morts et des esclaves. Elle oublie qu'à côté de l’affrontement, il y a l’entraide, chacun apportant ses particularités au groupe. Très curieusement, c’est le principe fondamental du commerce : on n'échange que ce qui est différent. L’œuvre d’Adam Smith, la Bible du libéral, ne dit que cela : la richesse des nations c'est la différence ! Explication : plus nous sommes différents et spécialisés, plus nous pouvons produire, plus nous sommes riches ; donc en étendant au monde cette capacité à se spécialiser, la globalisation atteint l'optimum (matériel, pour Smith).

Compléments :

  • Il y a une autre façon d’expliquer la naissance du sophiste. Soit un enfant qui trouve que les règles de la société qu’on lui impose sont injustes. Il peut en déduire que c’est là leur rôle. Et donc qu’il doit les maîtriser pour être injuste. Il ne va donc pas s’y conformer, mais essayer d’en comprendre les rouages pour les plier à ses intérêts. C'est entièrement logique.
  • L’article insiste sur le fait qu’Irving Kristol était un homme sans regrets. Ce qui pourrait à la fois confirmer qu’il était sûr de sa vérité, et qu’il était peu prédisposé pour la science.

Obama et l’Afghanistan (suite)

Obama serait tenté d’abandonner l’Afghanistan ? (Reinforcing failure?).

he cannot be sanguine about sending ever more soldiers to prop up an incompetent government that has lost its legitimacy. Mr Obama’s main ambition in life is to transform America at home. The last thing he needs is a Vietnam.

Ce qui confirmerait mon idée selon laquelle seule l’intéresse l’Amérique ? (Voir, par exemple, le début de Minimaliste Obama.)

Évolution de l’homme et du blog

Dominique Delmas n’ayant pas pu enregistrer un commentaire, qui infirme une de mes conjectures, voici son texte :
Alors là il faut que tu te penches sur l'évolution des espèces. En très bref, selon mes souvenirs de biologie et de lectures, on part d'une soupe originelle avec beaucoup d'énergie pour aboutir aux premiers acides aminés bases des protéines, elles mêmes bases de la vie. Les premières cellules, de mémoire, sont des algues microscopiques, unicellulaires. Ensuite pour aboutir aux deux mondes distincts que sont le végétal et l'animal, je crois qu'il ne s'agit pas d'un ligne continue d'évolution dont chaque Règne, Embranchement, Classe, Ordre, Famille, Genre Espèce ou, Variété, etc. (le fameux RECOFGERVI) constituerait un maillon, mais plutôt un aboutissement de deux voies de développement tentées par dame Nature, avec à l'intérieur de multiples essais d'évolution et d'adaptation. Donc schématiquement notre algue a évolué, d'un côté vers le monde végétal sans cerveau sans mobilité et avec des stratégies de vie spécifiques, et de l'autre côté, vers le monde animal avec sa mobilité, et ses autres stratégies de développement. Chaque RECOFGERVI marque une étape des tests de la nature pour trouver le meilleur développement et la meilleure adaptation. Là je t'engage à te plonger dans nombres d'ouvrages traitant du sujet mais tu vas redécouvrir toutes les tendances évolutionnistes diverses et variées, sans parler des théories créationnistes, car finalement c'est peut être Dieu qui avec sa baguette magique.... Alors pour ma part le changement dans la nature est le fruit d'essais erreurs multiples qui aboutissent soit à des impasses soit à la poursuite de l'évolution. La différence entre l'homme et l'animal ou la plante c'est que l'homme à la capacité de se projeter et donc d'organiser ou de provoquer son changement contrairement à l'animal ou le végétal sur qui il tombe par hasard, pendant tous ces millions d'années. Voilà quelques réflexions à chaud qui méritent de longues, très longues discussions.
Au fond, ce blog ne fonctionne pas. Je m’épuise à réfléchir seul, alors que je suis totalement inefficace. Je devrais me contenter de lancer des sujets, et laisser la société leur trouver une solution. Mais pour cela encore faudrait-il que ce blog soit lu, ce qui demanderait, outre qu’il ait un sujet intéressant, que je lui fasse de la publicité, comme le disent Hervé Kabla et mes livres de marketing (et peut-être aussi que je change de plate-forme de blog). Pour que fonctionne « l’ordinateur social », il faut une « mise en œuvre du changement », et il n’y a que les cordonniers à être mal chaussés.
Compléments :
  • Et il n’y a pas qu’avec mon blog que je suis un mauvais leader du changement. Je n’ai pas fait grand-chose pour convaincre l’association Insead de modifier son site web soviétique pour qu’il permette que l’on y pose des questions à nos invités ou que l'on commente leurs propos... Dommage, il y a quelques jours je discutais avec Marc Jalabert de Microsoft, qui aurait aimé parler de Cloud Computing. Un forum sur la question aurait sûrement été très riche.
  • Heureusement, il n’y a que moi qui suis incompétent : InnoCentive utilise les techniques de Web social pour résoudre les problèmes qui font caler les entreprises.

samedi 26 septembre 2009

La fin de l’inconscience ?

The long-lasting socio-political effects of the economic crisis. Avoir subi une crise (locale) dans sa jeunesse persuade du peu de pouvoir qu’a l’individu sur son destin, de l’importance de la chance dans le succès, et nous fait aimer la solidarité sociale. Il en est de même de notre attitude vis-à-vis de la prise de risque financier, de notre attrait ou non pour la bourse. Ayant connu une crise, notre prochaine élite sera-t-elle prudente ?

Ces observations expliquent assez bien notre histoire. Les générations issues de la crise de 29, du fascisme et des monstruosités de la seconde guerre mondiale attribuaient ces maux terrifiants au capitalisme (ce que l’on a aujourd’hui totalement oublié). Ils ont voulu créer un monde solidaire. Partout, ils ont installé des institutions que l’on ne peut qualifier que de « socialistes ». Et les Anglo-saxons étaient les socialistes en chef. Conséquence : prospérité, paix et ennui. Les générations qui sont nées alors ont cru que l’avenir était prévisible, qu’elles ne devaient leur succès qu’à leur effort personnel, et que le monde serait bien plus amusant si elles donnaient libre cours à leur génie. Le poids de l'état fût insupportable. Vint alors 68, qui est à la gauche ce que le libéralisme est à la droite : la revanche de l’individu sur la société.

Nos prochaines élites auront-elles donc plus de plomb dans la cervelle que les actuelles ?

Galbraith disait que les théories qui ont causé cette crise sont aussi vieilles que le capitalisme. Il les jugeait déjà ridicules et dépassées dans les années 50. Comment ont-elles pu résister à la grande crise et à la guerre ? De la même façon que l’armée allemande, sauvée par le pouvoir politique, a pu parler de « coup de poignard dans le dos » dans les années 20 : parce qu’elle n’avait pas été mise à genoux. À chaque crise, les classes dirigeantes sont protégées par le pouvoir. Or, elles ne se renouvellent pas, elles dirigent de père en fils (cf. la fin de l’ascenseur social français). Donc, elles n’apprennent pas. Pire, en Occident, l'élite passe ses années de formation dans des universités d'élite où elle est entre soi et se repaît de sa supériorité. Et quand il y a sélection, elle est basée sur le succès !

Compléments :

  • Ce qui compte dans la détermination des certitudes dont parle l'article sont nos années de formation aux règles de la société (de 18 à 25 ans).
  • Sur l’organisation socialiste et planifiante d’après guerre, en Amérique : L’ère de la planification.
  • Hayek voyait dans ce socialisme le germe du fascisme (le cas suédois étant particulièrement préoccupant) : HAYEK (von) Friedrich A., The Road to Serfdom, University of Chicago Press, 1994.
  • Sur l’impact de 68 sur les institutions sociales françaises : 68 : victoire de l’individualisme ?
  • Les radios libres ou gauchisme (le Rock) et capitalisme (la pub) main dans la main : Good morning England.
  • La crise profite au riche : Le pauvre s’appauvrit, Vainqueur de la crise: la grande Enterprise. Par ailleurs, depuis 20 ans, l’Amérique réforme le monde et crée crise sur crise, sans en tirer de grands enseignements : Consensus de Washington.

La NASA en question

The Economist dénonce l’inefficacité de la NASA. Il faut la détruire, et faire de son argent un fonds de capital risque.

Exemple, d’une logique imparable, Iridium. L’entreprise proposait un système de téléphonie satellitaire. Elle a échoué (engloutissant les fonds de ses investisseurs), parce que ses terminaux n’étaient pas pratiques. Maintenant elle n’arrive pas à trouver l’argent pour les amener à la bonne taille. Ce même argent que gaspille la NASA.

Mais, qui nous dit que les capitaux risqueurs seront plus compétents que les fonctionnaires du gouvernement ? N’ont-ils pas fait un flop avec Iridium V1 ? Ne se sont-ils pas ridiculisés pendant la bulle Internet ? Sont-ils plus glorieux aujourd’hui ? L’argent de l’état américain serait-il entre de bonnes mains s’il était confié à des financiers ?

Et pourquoi la NASA bureaucratique nous a-t-elle éblouis dans les années 60 ? Pourquoi n’est-elle plus que l’ombre de son passé ?

J’ai un soupçon. La commission d’enquête sur la chute de la navette Columbia (2003) accusait la « culture » de la NASA. Les faiblesses structurelles de l’engin reflétaient les décisions d’un management qui avait ignoré l’expérience des experts et des faits. Qu’est-ce qui le motivait ? Des raisons économiques ? Et si les vices de l’entreprise privée expliquaient la déchéance de la NASA ?

Compléments :

  • Les problèmes de la NASA sont probablement à ranger au milieu de ceux de l’administration américaine (services de l’état), démolie par les apprentis sorciers libéraux : Décomposition de l’état américain
  • Par ailleurs, l’idée de transformer le budget de la NASA en fonds d’investissement est stupide, parce que les objectifs de la NASA, l’exploration de l’espace, ne sont pas du ressort du marché (faire des affaires). Si on ne met pas en cause sa mission, la question qui se pose est donc bien de comprendre ce qui a ruiné l’efficacité de la NASA.

vendredi 25 septembre 2009

La France peut elle changer Nicolas Sarkozy ?

Serions-nous en train de changer celui qui devait nous changer ? L’ultralibéral ami de George Bush paraît maintenant le champion du colbertisme. Réelle conversion ? C’est une question que je me pose depuis quelques temps, et qui a ré émergé dans une conversation hier.

J’aperçois deux phénomènes qui pourraient expliquer son comportement :

  1. « Quand on veut on peut ». N.Sarkozy ressemble au « self made man » américain. Il est arrivé au sommet par sa seule détermination. Son succès est celui du bâtisseur d’empire industriel. De cette expérience, il serait normal qu’il ait tiré la vision du monde des conservateurs américains : le riche nourrit la société, la pauvreté comme vice, l’état parasite insatiable de l’entreprise productrice du bien… Cette doctrine explique, selon moi, ses décisions initiales (favoriser ceux qui « travaillent dur », les fonctionnaires réformés par les pratiques privées, etc.).
  2. Le petit père des peuples. J’ai remarqué que le patron français n’était jamais aussi heureux que lorsqu’il était aimé de ses collaborateurs, seul avec eux, gouvernant sans intermédiaire (il n’y a que celui qui n’est pas sûr de soi qui est entouré de courtisans). Plutôt que son instinct, c’est la ferveur populaire qui le porte, du moins par instant.

jeudi 24 septembre 2009

Russie, Iran et USA

Informations de la radio. La Russie aurait changé d’avis concernant l’Iran. Elle approuverait les USA.

Contrepartie de l’abandon du projet de missiles américains (Bouclier antimissiles et autarcie américaine) ? L’Amérique se replie-t-elle sur ses problèmes nationaux, en abandonnant ses alliés d’hier ? Peut-on faire confiance à un tel ami ?

Taxe Tobin

M.Sarkozy aurait exhumé la Taxe Tobin. On en parlait hier pour le financement de notre politique environnementale mondiale (tiens, pourquoi n’y reviendrions nous pas ?). Aujourd'hui, elle mettrait du sable dans les rouages financiers, qui tendent à s’emballer, et tirerait du coupable les moyens de rembourser les désagréments qu’il nous cause. Sans y avoir réfléchi, je trouvais élégante cette sorte d’assurance anti-crise prélevée automatiquement. Mais The Economist présente des objections imparables. Que je ne comprends pas.

  1. La taxe ne marcherait que si tous les gouvernements s’y pliaient. Et, bien entendu, il y aura fatalement des parasites. Pas convaincu, cf. les paradis fiscaux. Il suffit que la plupart des grosses économies appliquent la mesure pour que les autres soient obligées de les suivre (par les premières).
  2. La liquidité des marchés en souffrirait (l’effet cherché), ce qui les rendrait plus volatiles. Les chercheurs l'affirment. Mais, la taxe Tobin est une variante des frais de transaction, or, il me semble que ces frais ont été élevés jadis, et je n’ai pas l’impression qu’on se soit plaint du type de perversions associées à la crise…
  3. Si elle avait existé, elle n’aurait pas évité la crise actuelle, au contraire. Elle favoriserait les gros, alors que justement on veut diminuer la taille des banques ; les coûts de transaction n’ont pas joué dans la crise puisque l’immobilier, à coût de transaction élevé, en est la cause. Certes, mais personne n’a dit que la Taxe Tobin éviterait seule les crises futures. C’est un élément parmi d’autres. Par exemple : si la taille des banques fait courir un risque social à la nation, pourquoi ne la réduisons-nous pas par loi ? (N'est pas un crime?) Et puis si les coûts de transaction n’ont pas gêné l’immobilier pourquoi gêneraient-ils la finance ? D’ailleurs n’avons-nous pas plus intérêt à ce qu’une banque s’enrichisse en exploitant ses clients, par des frais élevés, plutôt qu’elle ne cherche fortune dans une innovation financière menaçant la planète ?

Argument incompris, ou combat d’arrière garde d’une idéologie compromise ? à creuser.

Amazonie cité jardin

Curieux article sur l’Amazonie (Lost Garden Cities: Pre-Columbian Life in the Amazon) : la forêt amazonienne, au moins par endroits, aurait été densément peuplée, avec un système fractal de réseaux de villages plus ou moins importants (plus d’un millier de personnes pour les plus gros), reliés par des routes droites, larges (40m dans certains cas) et impeccablement tenues. La population cultivait des jardins et des vergers.

La forêt amazonienne actuelle aurait poussé sur ce terreau civilisé. La conquête espagnole (les épidémies qui l’accompagnaient) aurait liquidé la population. Sur le petit échantillon de territoire étudié (de l’ordre de 1500Km² ?), les 30 à 50.000 habitants du 13ème siècle étaient 500 en 1950.

Suis-je victime de l’influence de Rousseau ? à chaque fois que je lis ces histoires de sociétés apparemment stables et bien installées dans leur environnement, je me demande si l’Occident n’a pas dû sa gloire à de très mauvaises conditions de vie, comme le disait Urbanisation, guerre et commerce, cavaliers de l’apocalypse.

Compléments :

  • Les techniques de cultures des habitants de l'Amazonie auraient été plus « durables » que celles qu’utilisent les colons modernes (la terre amazonienne est pauvre et devient vite un désert). Ils devraient s’en inspirer.

mercredi 23 septembre 2009

Service français

J’ai oublié le code secret de mon portable. Trois erreurs, portable bloqué. Je vais à la boutique SFR d’à côté. Le vendeur, au téléphone, me dit qu’il essaie de joindre le service client SFR depuis 20 minutes. Que j’appelle donc le 1023. C’est un automate, qui me dévoile mon « code PUK » après une série interminable de manipulations crispantes. Je n’ai pas compris pourquoi j’ai dû lui donner trois fois mon numéro de portable…

Ensuite, je rends visite au site web de conférence téléphonique de France Télécom. Lorsque je clique sur « pour en savoir plus », ça ne marche pas, pas plus d’ailleurs que le lien tarif. J’ai renoncé à la conférence.

Ah le service client à la française ! J’imagine qu’il résulte de notre culture, de notre incapacité quasi génétique à la mise en œuvre du changement. Tout chez nous est bricolé et stressant.

D’ailleurs, est-ce qu’un Allemand aurait oublié le code de son portable ?

Siège de Microsoft

Visite de l’immense siège français (on dit « campus ») de Microsoft. La construction de ce bâtiment serait un événement national : 6 ou 8 membres éminents du gouvernement devraient participer à son inauguration. L’ampleur du déplacement s’expliquerait par le symbole que représente cette sorte de délocalisation américaine en France : notre pays n’aurait pas totalement son histoire derrière lui.

C'est immense, amphis, salles de réunion, hall… Et tout est dans le ton et le goût des logiciels Microsoft.

Ce que je retiens de ma visite, c’est surtout l’écran interactif de Microsoft Surface une sorte de gigantesque ordinateur-table iPod, dont on « manipule » les objets avec les doigts (sans souris), que l’on peut utiliser à plusieurs, qui possède pas mal d’applications bluffantes (par exemple une simulation d’opération du cœur), et surtout une qualité d’image que l’écran merdique de mon Dell rend inconcevable. 13.000€ pour le moment.

Pensée chinoise

Anne Cheng, Histoire de la pensée chinoise, Seuil, 2002. Très bon livre, étonnamment facile à lire compte tenu de la complexité de la question. Mais ce n’est pas pour autant que je prétends comprendre quoi que ce soit à quelques millénaires de réflexion regroupés en 600 pages. Je me suis surtout demandé ce que cette pensée, au-delà de ses multiples et infiniment subtiles variantes, avait de différent de la nôtre.

Similitudes…
Ce qui me frappe le plus dans la pensée chinoise, c’est son peu de différence avec la pensée occidentale. Dans les deux cas c’est une « pensée », i.e. une tentative d’explication des événements par la raison. Certes, si l’on divise cette raison en raison pure et raison pratique, la Chine paraît essentiellement du côté de la raison pratique, et nous essentiellement du côté de la raison pure. Mais pas complètement.
D’ailleurs le mouvement de la pensée semble le même : on pense dans les périodes d’incertitude et de changement ; on estime alors que les idées qui avaient cours précédemment ont causé les malheurs de la nation ; on cherche à les corriger, en réinterprétant des concepts fondamentaux (par exemple Dao, LI, ren, etc.).
Plus curieux peut-être, Occident et Chine auraient suivi des cycles similaires. La pensée de ces deux civilisation est d’abord matérialiste, et divisée en 2 : une tendance sociale, une tendance individualiste. En Occident Platonisme / Épicurisme (et autres courants matérialistes individualistes), en Chine Confucianisme et Taoïsme. Puis survient un « Moyen âge », non matérialiste : Bouddhisme en Chine, Christianisme en Occident (dans les deux cas, il s’agit d’une traduction peu fidèle d’un original étranger), et enfin un retour au matérialisme social (comme tendance dominante), « Renaissance ».

Différences…
À partir de ce substrat commun, la pensée occidentale et la pensée chinoise s'opposent exactement. Le plus simple est probablement de partir de la pensée anglo-saxonne, qui est l'extrême occidental.
L’Anglo-saxon ne peut pas imaginer qu’il puisse exister une volonté au dessus de la sienne, son monde est celui de l’individu (de l’atome), un individu qui prétend pétrir la nature comme de la glaise, mais qui, pour cela sait employer de grands moyens guerriers, « guerre à » est une expression familière aux USA depuis la dernière guerre (un exemple récent étant la « guerre au terrorisme » de M.Bush). Dans le monde anglo-saxon, l’homme est laissé à ses instincts, l’équilibre de la société étant une question de lois.
Pour la Chine tout est continu et en continuelle transformation. Les opposés n’existent pas, ils sont deux phases d’un même phénomène, l’un étant en train de devenir l’autre. En conséquence, l’homme, qui fait partie de ce tout et le contient, doit chercher à s’inscrire dans ce mouvement. Mais, puisqu’il appartient à la fabrique de l’univers, il peut aussi influencer son devenir. En fait, cette opération ne semble pas aller de soi. Il y aurait deux moyens de la réussir : le Confucianisme propose d’y parvenir par l’étude ; le Taoïsme, au contraire, cherche en soi l’universel. D’ailleurs l’homme n'a pas un rôle insignifiant : probablement parce que tout est lié, il est essentiel à l’ordre cosmique.
Comme dans les films de Robert Redford, le Chinois recherche donc le geste parfait, l’accord parfait avec l’ordre (en mouvement) du monde. L’homme doit se pénétrer si bien des lois de la nature, qu’il puisse faire ce qu’il désire sans le moindre effort, naturellement. S’il y avait un mal dans cette civilisation, ce serait l’activisme anglo-saxon. Tout le travail de sainteté consiste à se débarrasser de son égo, de sa violence, bref de son caractère anglo-saxon. Le saint est un miroir, il prend le point de vue des choses.
Pour les Confucianistes, parvenir à la sainteté consiste en une longue étude du monde, par l'action, qui permet de se pénétrer du « sens de l’humain », c'est-à-dire de la conscience de l’importance de la société pour l’homme, et des rites qui l’organisent, et qui sont le reflet exact des lois naturelles. Le saint n’a pas de libre arbitre, il fait le bien comme il respire, puisqu’il fait ce que réclame la morale sociale.
L’ordonnancement, l’harmonie semblent fondamentales pour cette pensée. Chaque chose doit avoir sa place, et c’est à l’homme, et en particulier au saint, l’empereur des Confucianistes, de la leur donner. (Les légistes, se méfiant de la qualité humaine, confient ce rôle aux institutions, et remplacent les rites par des lois.) Pour cela il doit occuper ce que nous traduisons par « le milieu », la « position » (la sainteté) qui permet d’ordonner l’univers. (L'empire du milieu n’est donc pas « l’empire du centre », mais le principe d’organisation du monde, et ce qui est en dehors c’est la terre et le ciel : pas d’autres hommes, juste quelques désagréables parasites ?) La pensée Confucianiste est éminemment politique.

Et efficacités comparées
Qui a la meilleure pensée ? Les Chinois. Leur conception du monde semble beaucoup plus proche de ce que nous dit la science que nos idées reçues occidentales. Mais, paradoxalement, c’est peut-être ce qui a causé leurs déconvenues. Alors que tout chez eux vise à l’action, et que tout chez nous est pensée, le résultat que nous avons obtenus les uns et les autres est à l’envers de ce qui était espéré. Les Chinois se sont enfoncés dans une réflexion tellement parfaite qu’elle s’est suffi à elle-même, alors que notre illusion de pouvoir comprendre les lois universelles par la « raison », notre pensée sommaire a donné du monde un modèle simpliste qui nous a fait croire que la fortune était à portée de main, et à l'image de Colomb et de son oeuf, nous a jetés dans des conquêtes qui ont fait notre gloire. Bien entendu, notre action enthousiaste et approximative a aussi eu des effets imprévus, qui nous inquiètent aujourd’hui.

Compléments :
  • Dernier paradoxe, alors que leur pensée encourage les Chinois à comprendre le principe des choses, ils semblent totalement incapables de percevoir celui des pensées étrangères : ils ont fait une transformation du Bouddhisme qui n’a pas grand-chose à voir avec l’original (mais qui me semble plutôt un apport au Taoïsme) et j’ai le sentiment qu’il en est de même pour notre pensée (La pensée en Chine / Cheng).
  • Comme l’observe Histoire de l'Inde / Keay, les grandes pensées se seraient formalisées aux environs du 5ème siècle avant JC : Bouddhiste, Chinoise, Grecque, Hébraïque.

mardi 22 septembre 2009

Cloud Computing

Ce matin, je recevais Christophe Boulangé, Executive IT Architect d'IBM, pour le compte du Club Télécom de l’Insead. C’est un spécialiste du cloud computing. Voilà ce que j’en ai retenu, en attendant les notes de Bruno Dumont et Fabien Astic, mes coorganisateurs :

  • Les chiffres en jeu sont énormes, on parle de l’ordre de 30md$ pour 2009 (mais je ne sais pas trop ce que l’on compte là dedans). En fait il s’agit plus de déplacement de valeur que de création de quelque chose de nouveau. Les cartes seraient-elles en passe d’être rebattues entre monstres de l’informatique ?
  • Pour le moment, en tout cas, « rien ne va plus », on ne sait pas trop ce que tout ceci va donner. Surtout, il me semble qu’il va falloir trouver des applications au cloud, sachant que celles que l’on a en tête ne sont probablement pas pour tout de suite. En particulier qui voudra que ses données sensibles transitent par les USA et soient consultables par la CIA ? Pas les Suisses (ni les Français d’ailleurs). Et il semble y avoir un réel enjeu de qualité de service, Amazon ayant connu un grave problème ces derniers temps, dont certains de ses clients ne se seraient pas relevés.
  • Parmi les applications marquantes : IBM a créé un « cloud » pour ses 3500 chercheurs, retour sur investissement : 76 jours (jusque là ils commandaient de nouveaux équipements informatiques à chaque projet) ; un opérateur mobile indien a mis à disposition de son « écosystème » de développeurs d’applications, un cloud, qui leur donne accès à des ressources informatiques qu’ils ne pourraient pas se payer.

Le problème du cloud computing serait-il la confiance ? le cloud ne doit-il être utilisé qu’au sein d’une entreprise ou par un nuage d’alliés proches ?

Le delta du Rhône coule

Nouvelle conséquence imprévue de notre science de l’approximation : les deltas s’enfoncent, des centaines de millions de personnes sont menacées d’inondation ('Millions at risk' as deltas sink).

Deux phénomènes concomitants expliquent cette plongée des terres :

  1. barrages et irrigation privent les deltas de sédiments ;
  2. le pompage d’eau, de gaz et de pétrole abaisse le niveau des terres (3,7 m en un siècle pour le delta du Po).

Compléments :

Fondamentalisme et libéralisme

Comment être libéral ? se demande, avec angoisse et surprise, The Economist. Une université belge, d’esprit ouvert, a vu ses élèves femmes se couvrir de voiles, et ne plus pouvoir se déplacer sans chaperons. La mort dans l’âme elle a dû choisir l’intolérance. Le problème semble insoluble.

The story of the Antwerp Atheneum is the latest example of a paradox: how should liberal, tolerant Europeans protect their values, even as they protect the rights of less liberal minorities in their midst? Blanket laws banning headscarves are hardly a liberal solution. But Belgium’s piecemeal approach left Karin Heremans running something approaching a ghetto-school. Distrust anyone with a simple answer.

Venant de ce journal, un tel article est inattendu. Il a longtemps critiqué la laïcité française comme un obscurantisme. L’élite anglo-saxonne niait l’existence de cultures : dans un monde globalisé, civilisé par le marché, les querelles irrationnelles d’hier n’ont pas de place, la guerre est impensable. D’ailleurs il faut que cela soit ainsi pour que le libre échange vive. Ne signifie-t-il pas que les hommes puissent aller où ils ont le plus à gagner, sans entraves ? Le 11 septembre et les attentats de Londres ont marqué le début d’un changement d’opinion.

L’émergence du fondamentalisme révèle qu’une partie grandissante de la population refuse les valeurs de la nation à laquelle elle appartient. En voulant inventer la religion d’hier, cette population peut nous amener des siècles en arrière.

Et ce n’est pas parti pour s’améliorer. Les européens de souche vieillissent. Avec l’âge viendra la peur de l’autre, et un besoin croissant de lui. De plus en plus ils mépriseront, exploiteront, fliqueront et enfermeront dans des ghettos. Jusqu’au jour où le poids des immigrants sera suffisant pour faire entendre leur courroux.

Solution ? Découvrir ce que signifie « culture ». Ce n’est pas parce que l’utopie libérale est sans fondements que nous sommes condamnés au choix entre guerre civile et zéro immigration. Les cultures savent évoluer et fusionner. Mais cela demande du courage et de l’imagination de tous les côtés. Pas simple, mais pas désespéré.

Compléments :

  • Auparavant, il faudra regarder la question en face, ce que ne veulent pas les gouvernements ; ils préfèrent nous bercer d’illusions : Géniale droite.

lundi 21 septembre 2009

Journée du patrimoine

Dimanche, guidé par Victor, Cyprien et Joséphine, j’ai visité le Musée de la marine.

Avant de les retrouver j’entendais un architecte qui expliquait que Malraux avait voulu protéger le patrimoine parce qu’à son époque on trouvait insalubre et malsain le monument ancien : il fallait faire du neuf et du moderne.

Que la France soit dévastée par une idéologie ne tient souvent qu’à un fil, me suis-je dis.

Web2.0 et France d’en bas

De temps à autres, je lis les commentaires qui sont faits sur les films d’Allociné, ou qui suivent des articles ou des billets de blogs de journalistes, en France. J’y vois une communauté de points de vue.

  1. Qu’il s’agisse de films ou de stratégie de constructeurs automobiles, le propos est riche et intéressant. C’est l’effet Wikipedia : l’information est bien meilleure que celle qu’apporte le journaliste ou le critique. En fait, elle vient de l’intérieur, elle ne s’appuie pas sur telle ou telle théorie, ou idée reçue : qu’il s’agisse d’un technicien ou d’un spectateur, il parle de ce qu’il connaît, du marché et du métier de l’automobile ou de ses sentiments.
  2. On en veut à l’élite française, réalisateurs ou critique « bobo », ou top management qui ressemble comme un frère au dirigeant financier américain (méconnaissance complète du métier de l’entreprise, vision comptable à court terme, zéro pointé en stratégie).

Je ne sais pas quelle est la représentativité de ces opinions, mais elles semblent indiquer qu’une partie de la France, plutôt cultivée, s’indigne de ses classes dirigeantes et du lavage de cerveau auquel elle est soumise. Cela rejoint d’ailleurs ce que disait Jean-François Kahn ce matin : il trouvait invraisemblable que l’intégralité des médias ait appelé à voter oui au dernier référendum européen, alors que 55% des Français ont voté non.

Il est tentant de voir derrière ces observations le modèle que Galbraith prête à l’économie, légèrement aménagé : une petite élite appuyée sur des moyens de propagande qui cherchent à courber l’opinion à ses intérêts.

Cette propagande ne serait pas totalement efficace : il existerait une opposition, majoritaire ?, mais surtout silencieuse, qui arriverait par moment à se mobiliser (le référendum). Et qui, d’ailleurs, le fait peut-être de manière négative, en n’achetant pas les journaux, en ne fréquentant pas les films français intello ou en ne participant pas aux élections.

C’est probablement l’idée qu’a Jean-François Kahn : il pense que la France ne veut pas d’une « alternance », mais d’une « alternative ». Gauche et droite représentent, à quelques subtilités près, de mêmes idées. Il faut renouveler tout cela, et peut-être demander son aide à la France du placard.

Réconciliation avec l’économie

Depuis toujours, je pense que l’économie est une caricature de science, oeuvre de scientifiques ratés ; que le « marché » est le mal absolu, destructeur de tout ce qui est beau dans le monde, à commencer par la culture (au sens ethnologique du terme). Le désert culturel américain ne prouve-t-il pas mon propos ? Eh bien, à force d’écrire sur l’économie, et de démontrer qu’elle est ce que je pense, je comprends que j’ai tort.

Ma réflexion sur Google et la numérisation m’a fait prendre conscience de l’efficacité d’une entreprise déterminée. Enron ou Monsanto en sont deux autres exemples remarquables, mais Google peut produire un bien public, pas Monsanto ou Enron, c’est cela qui m’a converti.

Ce qui fait la force quasiment irrésistible d’un Google, d’un Enron ou d’un Monsanto, c’est l’absence totale de responsabilité : ces entreprises poursuivent avec une détermination monomaniaque leur objectif. C’est invraisemblablement efficace, à l’image du héros de films d’Hollywood qui vient à bout de tout.

Sumantra Ghoshal a parfaitement vu ce trait caractéristique de la société américaine, mais il n’en a pas compris l’utilité. Il a dit que l’économie et les sciences du management faisaient l’hypothèse implicite que l’homme était mauvais, et qu’il fallait le contrôler, d’où, par exemple, la théorie de l’agence en économie.

En fait, comme Adam Smith, l’Américain ne fait pas l’hypothèse que l’homme est mauvais, juste qu’il est irresponsable. Cependant, Adam Smith croyait que le marché s’autorégulerait (main invisible), l’Américain a compris que laissé à lui-même le marché ne produit pas que des Google, mais aussi des Monsanto et des Enron. Alors, il faut un contrôle. Il le croît du ressort des lois.

Au lieu de rejeter en bloc cette idéologie, comme le fait M.Ghoshal, il me semble qu’il faut y prendre ce qui est bon, et corriger ce qui ne va pas. Ce qui est bon est la formidable énergie de l’Américain, ce qui ne va pas c’est qu’on ne peut pas contrôler l’homme par des lois. Seul l’homme peut contrôler l’homme. Nous devons donc essayer de comprendre les lois du marché, come nous avons compris d’autres phénomènes naturels, afin de les utiliser pour le bien collectif.

Compléments :

  • Sumantra GHOSHAL, Bad Management Theories Are Destroying Good Management Practices, Academy of Management Learning and Education, 2005, Volume 4, n°1.