lundi 12 octobre 2009

Les Américains contre l’état

Je n’arrivais pas à comprendre pourquoi la crise a rendu l’Américain encore plus fâché avec l’état qu’il l’était auparavant. Je viens de découvrir qu’il avait raison : le fonctionnaire américain tend à être étonnamment riche et peu compétent :

With overtime, one tenth of the police in Massachusetts made more than the governor’s annual salary in 2006, according to the Boston Globe. Including benefits, the average employee of New York City makes more than $100,000, according to Forbes, while some Californian prison guards “sock away $300,000 a year”.

And what do taxpayers get for their generosity? The bad bargains get all the publicity. Union contracts force the postal service to pay thousands of unneeded workers to do nothing. In New York, public-school teachers who can’t be trusted to teach but can’t be sacked either are paid to sit and do crosswords.

L’Américain est-il incapable d’être un bon bureaucrate ? C'est pourquoi il pense que les bureaucraties sont à abattre ?

En tout cas, il y a peut-être une explication à son inefficacité : pour qu’une administration fonctionne, elle demande de ses membres qu’ils fassent passer l’intérêt collectif avant le leur, si ce n’est pas le cas, ils ont un formidable outil pour essorer les ressources de la nation. Une culture individualiste ne peut avoir d’administration.

Compléments :

Elinor Ostrom

Elinor Ostrom reçoit le prix Nobel d’économie.

Je cite sans arrêt un de ses livres (Governing the Commons), mais il ne m’était jamais venu en tête que le comité Nobel puisse s’intéresser à ce type de travaux.

Décidément c’est un repère de communistes (Obama prix Nobel.)

Remettre la Chine dans le rang

La zone euro est dans une situation inconfortable : la monnaie des pays anglo-saxons est sous-valorisée, et celle de la Chine est elle-même sous valorisée par rapport au dollar, doublement donc par rapport à l’euro. L’Europe est-elle condamnée à la désertification ? La nouvelle science de la spéculation pourrait nous aider (A bubble in Beijing?) :

La Chine est dans une situation propice à la spéculation : « beaucoup de liquidités, faible inflation et forte croissance sont les ingrédients parfaits d’une inflation soutenue du prix des actifs. Et il manque à la Chine un instrument anti-bulle essentiel : la capacité d’augmenter ses taux d’intérêt. »

En outre le réajustement étant inévitable, « le spectre d’un yen fort va temporairement renforcer le risque de bulle spéculative, puisque les capitaux étrangers rentreront dans le pays en anticipation d’un enchérissement de la monnaie. »

Comme dans La guerre des mondes, l’Occident pourrait-il être sauvé par ses maladies ?

Compléments :

  • La spéculation est naturellement causée par un excès de capitaux arrivant dans un pays. Trou noir.

Traité de Lisbonne, ce mystère

Quoi de plus barbant que le traité de Lisbonne ? Eh bien c’est une bombe :

Contrairement à ce que je pensais, le parlement européen n’est pas un bidule informe, mais une machine infernale à nous transformer en fédération. Tous ceux qui y entrent (du moins les partis de gouvernement) perdent leur identité et se fondent dans le combat commun : dissoudre les états et leurs particularités, leur imposer une législation unique.

Or, le traité a donné des pouvoirs nouveaux et forts à l’assemblée européenne. Elle va s'en servir certainement pour mettre un terme aux petits arrangements entre états, au conseil de l'Europe, qui protégeaient leurs intérêts particuliers (la réglementation de la City, peut-être aussi nos exceptions françaises?). Cela au moment même où le nationalisme prend du poil de la bête. Risque de conflit et d’explosion ?

Le traité a aussi installé un président (volonté de la France et de l’Angleterre) et un ministre des affaires étrangères (volonté de l’Allemagne). Mais pour ménager la chèvre et le chou, leurs rôles sont mal définis et empiètent l’un sur l’autre ainsi que sur celui d’autres institutions. Leur contenu va être déterminé vraisemblablement par la jurisprudence et l’exemple des premiers titulaires.

Bref, rien ne va plus, l’avenir de l’Europe peut prendre plusieurs directions : fédération, libéralisme triomphant, débâcle.

Compléments :

  • Finalement nous nous sommes tous cassés la tête pour comprendre la signification du traité de Lisbonne alors qu'il s'agissait peut-être seulement de donner le pouvoir de fédérer l'Europe au champion de cette fédération, l'assemblée européenne. Ne serait-il pas plus démocratique de présenter à l'électeur des modèles possibles pour l'avenir de l'Europe et de lui demander de choisir celui qui lui va, que de recourir à des nuages de fumée comme le font nos politiques ?
  • Le scénario d’avenir libéral : Wake up Europe! (Grand marché européen, réduction du coût des états - mais maintien des nations, extension de l'UE pour stabiliser ses voisins.)
  • L’Europe pourrait être à un tournant de son histoire : Forte Europe ?
  • Suite de ma réflexion sur les « droits de l’homme », je découvre une nouvelle charte des « droits fondamentaux », dont la Grande Bretagne a demandé d’être exclue. The Economist observe que le droit de grève et le droit à des soins préventifs menaçaient d’être « coûteux ».

dimanche 11 octobre 2009

Suicide et libéralisme économique

On se suicide beaucoup en France, pas que chez France Télécom. The Economist explique pourquoi :

Unable to shed staff, firms give employees meaningless jobs instead, to try to nudge them out. And big French firms, many one-time branches of the civil service, have been opened up to market competition, bringing new pressures to perform in the office or factory floor.

Un autre article dit que les conditions de travail se sont partout dégradées, le suicide n’étant que « le bout de l’iceberg » des conséquences qui en résultent.

America’s Bureau of Labour Statistics calculates that work-related suicides increased by 28% between 2007 and 2008, although the rate is lower than in Europe.

Les raisons:

  • La crise, et en particulier les transformations des secteurs des télécoms et de l’automobile.
  • Une recherche de performance croissante, déshumanisée, taylorienne. « Au Japon des entreprises vérifient même que les employés sourient suffisamment aux clients. »
  • Des entreprises qui demandent à la fois un dévouement absolu, de travailler sans compter, mais qui n’hésitent pas à se débarrasser de leurs employés.

Most employees understand that their firms do not feel much responsibility to protect jobs. But they nevertheless find it wrenching to leave a post that has consumed so much of their lives.

Compléments:

M. le maudit

Le PS attaque M. Mitterrand pour un passage d’un ancien livre, et se trouve aux côtés du Front National à défendre les bonnes mœurs.

Ce qu’il y a de curieux, c’est que le coupable me paraît parler d’une histoire d’amour, de ce qu’il y a peut-être de plus important dans une vie humaine ; d’un être pris, comme dans toutes les tragédies, dans un conflit entre passion et devoir, et qui perd, comme dans toutes les tragédies. Il y aussi l’espoir fou qu’il est peut-être aimé en retour. Est-ce une illusion ?

Je me suis demandé s’il n’y avait pas là quelque chose de l’artiste maudit, que d’ordinaire l’intellectuel de gauche aime à défendre contre la morale bourgeoise.

Au même moment j’entendais la radio dire que le taux de mortalité sur la route a augmenté du fait du relâchement du comportement du conducteur. J’en suis arrivé à m’interroger sur la hiérarchisation des vices.

Compléments :

La Danse, le ballet de l'Opéra de Paris

Film sur l’Opéra de Paris.

La directrice artistique serait-elle communiste ? Elle parle beaucoup de son corps de ballet, presque pas de ses étoiles, et elle dit à ses danseurs que ce qui fait leur force est moins leur génie individuel que la compétence collective de leur groupe, qui est exceptionnelle, l’une des meilleures au monde. S’ils veulent se défendre, ils doivent la défendre.

Heureusement peut-être le spectacle n’est pas aussi beau qu’à l’Opéra, la caméra introduit un écran avec les êtres vivants qui me semblent le réel intérêt du spectacle. Mais c’est remarquablement bien filmé, à tel point que l’on n’a pas l’impression que c’est filmé. Le mieux, le plus rare, est sûrement les séances de répétition, des séances sans conflit ou surviennent parfois des moments de grâce, qui laissent le maître de ballet sans voix.

À côté de ce monde d’artisans plus que d’artistes, tant ils paraissent rechercher une perfection anonyme, qui vivent en vase clos (aux danseurs, il faut ajouter les accessoiristes et les couturiers), des ouvriers (tous noirs ?) bouchent les fissures d’un bâtiment vétuste, et une cantine aussi mauvaise que toutes les cantines.

samedi 10 octobre 2009

Hold up ?

Les revenus aux USA :

le "Top 1 %" a accaparé sous Clinton 45 % de la croissance des revenus, un pourcentage évidemment déjà élevé mais qui a bondi à 65 % sous George W. Bush (…) en 2007 le Top 1 % a accaparé 23,5 % des revenus, un record depuis 1913 à l'exception de... 1928 (23,9 %) (…) le Top 0,01 %, c'est-à-dire les 14 998 familles qui ont déclaré plus de 11,5 millions de dollars de revenus, possédait 6,04 % du total, soit davantage qu'en 1928 (5,04 %). (…) "Ce ne sont pas des rentiers qui tirent leurs revenus d'une fortune passée, mais plutôt des "working rich", des salariés très bien payés ou des nouveaux entrepreneurs."

Vu l’état de l’économie américaine, on peut se demander si les riches américains méritaient vraiment leur fortune, si une partie de la société n’a pas réussi à en dépecer une autre et si son arme n’a pas été, plutôt que ses compétences supérieures, une habile manipulation des esprits.

Compléments :

Public contre privé

Une étude a été menée pour comparer l’efficacité des entreprises privées employées par l’état et du public (ANPE) dans le replacement des chômeurs.

D’un côté le CVE (public), de l’autre l’OPP (privé)

Par rapport à un accompagnement classique, expliquent les auteurs, "CVE permet d'augmenter de 9 points les taux de sortie dès le troisième mois, tandis qu'à cet horizon, l'effet des OPP est toujours non-significatif. A douze mois, CVE a un impact de 8,5 points et les OPP un impact de 6,4 points". Avantage pour le public, donc. En y regardant de plus près, les chercheurs du Crest ont remarqué que l'accompagnement par un OPP bénéficiait, en revanche, de meilleurs résultats si l'on considérait la reprise d'une activité réduite et non la sortie complète des listes du chômage.

(…) Ils se sont aperçus que l'accompagnement par les OPP, à l'inverse du programme public, ne réduisait pas le nombre de journées d'indemnisation payées. Comment se fait-il que les chômeurs trouvent plus rapidement du travail sans toutefois engendrer d'économie ? "La raison, explique M. Crépon, est que les OPP diminuent les sorties des listes du chômage pour des motifs autres que le retour à l'emploi – maladie, radiation, formation, etc." Le programme fonctionne puisqu'il "apporte une plus-value pour le chômeur", mais du point de vue de l'Unédic, "cette opération a vraisemblablement été coûteuse, puisqu'elle n'a pas réduit le nombre de jours passés en chômage et qu'il a bien fallu payer les OPP", reconnaît M. Crépon.

Le privé serait efficace (mais moins que l’ANPE ?) parce qu'il sait jouer sur la lettre (sortie des listes de chômeurs) pour trahir l’esprit de son contrat (le retour à l’emploi) ?

En outre, on n’a aucune idée des coûts comparés des programmes.

vendredi 9 octobre 2009

Obama prix Nobel

Surprenant. M.Obama est dans une situation très difficile (réforme de la santé, Afghanistan), et il reçoit le prix Nobel.

D’après Barack Obama Prix Nobel de la paix, il aurait été récompensé pour ne pas être George Bush :

En poste depuis moins d'un an, il a déjà fortement infléchi la politique étrangère américaine en optant pour une approche plus consensuelle et multilatérale. "En tant que président, Obama a créé un nouveau climat dans la politique internationale", a déclaré le président du comité Nobel norvégien, Thorbjoern Jagland, soulignant sa quête de solutions négociées.

Le Comité Nobel aurait-il tellement peur d’un retour au statu quo ante qu’il a décidé de noter dans la mémoire du monde, avant que l’histoire présidentielle ne tourne mal, qu’elle avait été marquée par des intentions louables, qui doivent impérativement inspirer les successeurs de M.Obama ?

En tout cas, il semblerait équitable qu’il partage le montant de son prix avec son prédécesseur.

Complément postérieur :

  • Le correspondant de la BBC me semble confirmer que ce prix est un encouragement à M.Obama dans son combat pour faire de l'Amérique un pays civilisé. D'ailleurs, il partage entièrement mon point de vue selon lequel c'est un prix anti-Bush.

Parapluie

Déjeuner un jour de pluie. Le tenancier du restaurant exige mon parapluie. À la sortie il ne l’a plus. Il l’a donné à un client. D’ailleurs il a un déficit de deux parapluies. Il me prête un moche à la place du mien. Que je lui rends le lendemain, après m’en être acheté un bien (même modèle que le disparu).

Et voilà la France. Notre art national est de rationaliser le vol. Notre conscience ne fonctionne que si nous risquons une sanction. Belle éducation. Et qu’arrive-t-il quand ce même Français est au sommet du pouvoir économique ou financier ? Qui vole un parapluie vole quoi ? Je préfère ne pas y penser.

jeudi 8 octobre 2009

Contrôler le banquier

Depuis la crise, les économistes se demandent comment maîtriser les banquiers. Nouvelle tentative :

  • Problème : le système de motivation des contrôleurs les encourage à ne rien contrôler, d’ailleurs leurs contacts fréquents avec les contrôlés leur fait partager leur point de vue.
  • Solution : un système de contrôle supranational, si possible une banque centrale.

Réflexion :

  • Une banque centrale a une structure hiérarchique ce qui donne un pouvoir disproportionné à un homme seul. Or l’erreur est humaine…
  • Toutes les crises aux USA viennent de ce que le pays croit en même temps au père Noël. Dégager le contrôleur de la culture nationale est sûrement une bonne idée. Mais évidemment pas applicable à l’Amérique (d’ailleurs la suggestion est faite pour l’Europe). Pourquoi ne pas créer une force de contrôle sur le modèle de la police ? Les policiers sont mal payés, mais ils ne deviennent généralement pas des voleurs, et ils les attrapent. Maslow observe que l’argent motive peu, et mal. Ce qui motive ultimement c’est « l’auto réalisation », l’éclosion de son identité. Or, cette identité est surtout sociale. Donc si la lutte contre le crime financier est une vertu nationale, s’il existe un organisme qui porte cette mission, il recrutera une élite efficace, motivée et incorruptible.

Culturellement impossible ? Seul moyen de contrôler la finance américaine c’est une crise si terrible qu’elle modifie sa culture, ou un affaiblissement tel du pays qu’il ne pose plus de risques ?

Compléments :

The September Issue

Ce film fut une déception. J’ai compris pourquoi :

Finalement ce que j’aime dans mon travail, c’est que j’y suis l’ethnologue de cultures mystérieuses, celles que développent les métiers un peu ancien. C'est ce que j'attendais de ce film. Je pensais qu'il me montrerait le monde de la mode. Mais rien du tout. Il s’agit juste de la conception d’un journal.

En plus je m’attendais à ce que ce soit beau, et ça ne l’est pas. Les images du film sont moches. Même les photos du magazine. Une mission chez Picto m’a laissé une tendresse pour le tirage photo. Une déception de plus. Les photos sortent d’imprimantes ! D’ailleurs tout est numérique et retouché, surtout les stars.

Au fond le sujet du film, et là il est probablement habile, c'est la relation entre une rédactrice en chef et sa directrice de la création. Tout les sépare.

  • La rédactrice en chef qui fait et défait les maisons de couture, qui est crainte, et qui semble fort riche est à l’image de notre crise : certains se sont placés à des goulots d’étranglement de la création de valeur (ici la publicité) mondiale, et, comme les traders, ils prélèvent une proportion démesurée de ce qui y passe. Dans ce capitalisme de Robber-barons, les classes dominantes sont éternelles : elle est la fille d’un rédacteur en chef de l’Evening standard, ses frères et sœur sont tous importants (dont le rédacteur en chef du Guardian), sa fille étudie le droit probablement dans la meilleure université. Et puis, si j’en crois Wikipedia, il y aurait un grand père général, et quelques ancêtres ducs ou autres. C'est une peste dont le titre de gloire aurait été d'avoir flairé la pipolisation avant l'heure et photographié des stars.
  • La directrice de la création. Elle est sortie du rang. Enfance pauvre, mannequin, accident de voiture puis début chez Vogue, tout en bas, et ascension. Absorbe l'arbitraire du rédacteur en chef pour pouvoir conserver un emploi où elle exprime son talent.
Compléments :

  • Occasion de découvrir une star inconnue : Sienna Miller. Le film ne l'avantage pas beaucoup. D'ailleurs les photos d'elles sont retouchées (sans compter qu'on lui demande de porter une perruque). Bizarrement, elle aussi est une fille de famille.

mercredi 7 octobre 2009

L’avenir est au service ?

Les fabricants de matériels informatiques (Xerox, Dell, sur les pas de HP) achètent des entreprises de service, seul moyen de protéger leur rentabilité. Le matériel est en voie de banalisation, à commencer par les « smartphones ».

  • Que va-t-il arriver à Apple ? Répétition du scénario Mac : un début tonitruant puis niche rentable ? Le gros du marché étant occupé par des dumbphones équivalents du PC ?
  • Pourquoi en arriver à une stratégie de service ? D’ordinaire les avantages industriels sont indestructibles et peuvent se maintenir des décennies (jusqu’à une innovation majeure). Comment se fait-il que les terminaux aient échappé à cette règle ? Stratégie financière exclusive qui ne comprend rien au marché et ne sait que copier en moins cher et en moins fiable ? Pas seulement : il suffit qu’un fabricant s’acoquine à une entreprise de service pour que les autres soient obligés de l’imiter : il réduit mécaniquement le marché ouvert à concurrence (HP aurait vendu 4md$ de matériel avec son service, son partenaire, EDS, recommandant jusque-là des produits concurrents).
  • Les entreprises ont-elles quelque chose à y gagner ? Dorénavant lorsqu’elles choisiront un cabinet de conseil, il arrivera avec ses équipements. Pas sûr que ce soit une bonne affaire : l’offre matérielle étant ainsi protégée de la concurrence risque aussi d’être oubliée de l’innovation.
  • L’affrontement ne portant plus que sur le service, va-t-il être soumis à une guerre des coûts ? Indiens ou salaires indiens partout ?

Compléments :

Les amours d’une blonde

Un des premiers films de Milos Forman.

C’est gris. Et c’est une histoire ordinaire dans le monde ordinaire des années 60, qui semble avoir été assez identique à l’Est et à l’Ouest. Cela se voulait-il léger et gentiment amusant, et impertinent à l'endroit du régime communiste ? Je n'ai pas accroché. Pour apprécier ce film fallait-il vivre en Tchécoslovaquie en 1965 ?

mardi 6 octobre 2009

PNUD

Hier, j’entends parler d’un rapport du PNUD sur l’immigration. Dans ce rapport, l’immigration n’avait que du bon. Ce qui enchantait France Culture.

Ça me paraît idiot. L’entrée dans un groupe humain est un processus extrêmement complexe, dont l’examen fait d’ailleurs l’objet de nombreux travaux scientifiques. Les entreprises, par exemple, recrutent en fonction de valeurs partagées plus que pour une performance objective (elles choisissent des gens qui leur ressemblent). L’immigration, comme toute entrée dans une communauté, pose des problèmes « culturels » (sens ethnologique) : les aspirations des immigrés et des indigènes peuvent ne pas cohabiter harmonieusement. Et l’histoire ne fait que nous le répéter.

Ça ne signifie pas que l’immigration est interdite, mais qu’elle ne doit pas être faite n’importe comment.

Pourquoi le PNUD ne s’en rend pas compte ? Deux hypothèses me viennent en tête :

  1. Vision « ultralibérale » du sujet : il n’aperçoit que l’aspect économique de la question. Hommes = « facteurs de production », 0 sentiment, culture… D’ailleurs les arguments que l’on emploie pour justifier l’immigration sont assez fallacieux. Par exemple, on nous parle du vieillissement de la population. Certes, mais nous avons un énorme chômage avec, à côté, des emplois qui ne trouvent pas preneurs. Une réorganisation des emplois, des aspirations et des carrières peut modifier nettement le besoin d’immigration, comme ont essayé de le faire les Japonais.
  2. Norbert Elias a montré la force de nos rêves sur notre existence. Nous commençons par imaginer le désirable avant de nous y conformer. Je me demande si l’Occident n’a pas fini par croire que tout ce qui lui passait par la tête pouvait être imposé à l’humanité. C’est comme cela qu’il a conçu « la déclaration des droits de l’homme ». Eh bien non, il y a des lois de la nature qui ne peuvent pas être transgressées.

Compléments :

  • Le PNUD veut "bousculer" les idées reçues
  • Et la mise en échec de l’idéologie PNUDienne : Fondamentalisme et libéralisme.
  • En fait, ma conclusion est un peu fausse : les droits de l’homme ne sont pas fatalement une impossibilité, mais ils demandent pour être mis en œuvre une « conduite du changement » qui respecte les lois culturelles. Les ultralibéraux et France Culture croient le monde simple, vide, transparent, malléable. En fait il est d’une extrême complexité. (Théorie de la complexité.)
  • L’idéologie qui a précédé les droits de l’homme (version moderne) a été le nationalisme, elle aussi a fait de fameux dégâts : Turcs et Arméniens.

François Hollande

Il était interviewé hier par France Culture. Souvenirs :
  • Une remarque assassine sur le référendum organisé par Martine Aubry (moins de 50% de participation) semble laisser entendre qu’il n’est pas de son bord. D’après ce que je retiens de précédents épisodes, il n’est pas non plus de celui de Ségolène Royal. Pas grande unité au PS. Que des individualistes ?
  • Que pense-t-il du cumul des mandats ? Attendons une loi. Car, si le PS bouge le premier ses élus seront défavorisés par rapport à ceux de l’UMP. Logique inaccessible à mon esprit. Ce qui l’est moins est que M.Holland a deux mandats.
  • Le plus beau pour la fin : la stratégie. C’est l’alternance. Les Français vont se lasser de l’UMP. Ça c’est un programme. Je me demandais à quoi un politique pouvait occuper ses années d’opposition. J’ai compris : c’est à s’interroger sur le sort du pays. Une inquiétude toutefois : la dette nationale. Quand le PS sera au pouvoir, il ne pourra plus dépenser.
Avec des gens comme cela, on est bien parti.

Protestants

Pour Bsa ce que je dis du nouvel ordre mondial qu’a voulu imposer l’Amérique semble résulter de la pensée protestante.

Ce qui m’a fait penser à Tawney qui voyait le protestantisme, ou au moins ses tendances anglo-saxonnes, comme une adaptation du Christianisme par les classes commerçantes. Alors qu’il refusait leurs valeurs (par exemple l’emprunt à intérêt), d’une certaine manière ils ont construit une religion qui reconnaissait l’évident : que leur succès était d'essence divine.

Il semble qu’il existe une population de personnes, bien représentée dans l’élite anglo-saxonne, qui possède l’absolue certitude d’avoir raison, ou, de manière équivalente, que le monde appartient au plus fort. Tout, alors, n’est que moyen d’imposer son point de vue : religion, science…

On comprend que cette population ait eu en sainte horreur l’Église catholique et continue à en conserver un souvenir inquiet. Car l’Église a l’ambition d’asservir les âmes. Du pape au prêtre la vocation des hommes d’Église est de dire au fidèle ce qu’il doit penser. Contrôle par l’homme de l’âme de l’homme. Et l’Église a été une pieuvre : les nations qu’elle conquérait se liguaient pour en convertir de nouvelles. C’est pour cela que les Russes en ont toujours eu une peur bleue.

Compléments :

In other words, models succeed because they meet the needs of real human beings, and VaR was just what they needed during the boom. And we should assume that a profit-seeking financial sector will continue to invent models that further the objectives of the individuals and institutions that use them. The implication is that regulators need to resist the group think of large financial institutions. If everyone involved is using the same roadmap of risks, we will all drive off the cliff again together.

lundi 5 octobre 2009

Défilé chinois

Le 60ème anniversaire de la Révolution Populaire s’est résumé à un défilé militaire (Party like it's '49). Mais à un défilé qui mérite une réflexion. Car tout l’armement qui parade est chinois, et il est au top mondial.

C’est étrange, me suis-je dit, mais la Chine n’est qu’au début de son ascension et déjà son armement est bien meilleur que le nôtre. Et en plus elle paraît remarquablement innovante dans des industries stratégiques, mais qui ont disparu ou disparaissent de nos territoires (cf. l’électronique).

C’est probablement ce qu’a compris le Président brésilien : à quoi lui serviraient nos Rafales, même si on lui fait cadeau du savoir-faire de notre industrie aéronautique, comme le veut notre Président ?

EDF

Energetic manoeuvres : y aurait-il lieu de se préoccuper de l’état d’EDF ?

  • La société se serait engagée dans une très ambitieuses stratégie d’expansion internationale (ce qui ferait monter les intérêts de sa dette à 2,5md€) : achat de British Energy (£12,5md) + Constellation (4,5md$).
  • Ses centrales marchent moins bien que celles de ses concurrents (âge, grèves…). Ce qui force EDF à leur acheter de l’énergie.

Retour d’un des vieux démons français, le champion national ? On l’élève à coup d’achats ruineux, dont la société n’a pas les moyens. On pense à France Télécom et à ses 70md€ de dettes, au Crédit Lyonnais et à sa faillite, mais aussi à Thomson que M.Juppé voulait vendre pour 1F. Et à quelques autres.

EDF n’aurait-il pas mieux fait d’investir dans ses installations et de s’occuper de son personnel ?

Compléments :

  • L'article dit aussi que le nouveau dirigeant d’EDF présente l’avantage d’être un ami de N.Sarkozy, mais l’inconvénient de vouloir conserver la direction de Veolia, ce qui pourrait présenter un conflit d’intérêts.
  • Faut il voir dans le peu d’efficacité de la production d’EDF une répétition des problèmes que l’on prête à FT (Efficacité de France Télécom) ?

Désert industriel américain

Vision d’horreur :

  • L’industrie américaine n’emploie plus que 12m de personnes.
  • Sa production vise surtout la consommation intérieure du pays (voitures, BTP), bien qu’il importe 37% de celle-ci (notamment électronique).
  • Des 15 principales économies industrielles elle est la moins tournée vers l’exportation.

Tout ceci à un moment où les USA doivent passer d'une économie de la consommation à une économie de l'exportation. Ils ont commencé à rapatrier les emplois délocalisés. Et maintenant c'est au tour du protectionnisme :

“To keep manufacturing, and manufacturing jobs, in the country, it is essential that the US government vigorously enforce our trade laws, especially during hard economic times like we are experiencing now,” said Nucor’s lawyer.

Compléments :

  • Informations et citation de Wanted: new customers ?
  • Comment on en est arrivé là : Grande illusion.
  • La chronique du démantèlement de l’industrie américaine, pour cause idéologique : FINGLETON, Eamonn,Unsustainable: How Economic Dogma Is Destroying U.S. Prosperity, Nation Books, 2003.

dimanche 4 octobre 2009

Limites d’Obama

Obama a plaidé pour la candidature de Chicago et a été immédiatement éliminé. Chicago n’avait aucune chance de victoire finale, mais les commentateurs se demandent si ce n’est pas un revers pour B.Obama.

En tout cas, ils estiment tous qu’il compte trop, voire exclusivement, sur son charisme. Étant trop impliqué dans les politiques qu’il veut, dès que l’une s’enlise, plus rien n’avance. La réforme de la santé pourrait être son Vietnam.

Compléments :

  • Conseil. Le président Obama est face à un problème de mise en œuvre du changement. Il existe d’excellents livres sur le sujet.
  • Un des multiples commentaires sur le flop olympique : The boundaries of Brand Obama.
  • Une conséquence de l’inexistence d’Obama : The Atlantic gap.

Élections allemandes

A black-yellow (and purple) triumph :

  • Il y a peu de chances qu’il se passe quoi que ce soit de neuf en Allemagne dans le proche avenir. Les commentateurs britanniques semblent s’être donné le mot : ce qui caractérise Angela Merkel, c’est la « prudence ». Or, son parti a perdu pas mal de voix aux dernières élections (seule la popularité personnelle de Mme Merkel a évité désastre ?), elle doit se méfier de tout ce qui lui ferait perdre de l’altitude dans les prochaines élections (calme plat jusqu’en mai, si je comprends bien), et il y aurait un consensus selon lequel la politique qu’elle a menée jusque-là est là bonne.
  • Ses nouveaux alliés ont surtout été élus pour leurs compétences de gestionnaires, meilleures que celles des socialistes de la précédente coalition.

Résumé de la crise du socialisme en Europe ?

  • La majorité d’entre nous est d’accord pour dire que, faute d’avoir trouvé une meilleure idée, nous sommes dans un monde régi par les lois de l’économie. Ce qui pose deux problèmes : la performance économique, et sa victime naturelle, la solidarité.
  • Les partis de « droite » apportent les seules réponses à peu près crédibles à ces deux problèmes.
  • Les partis de gauche semblent totalement absents, agrippés à une éthique des valeurs qui n’intéresse qu’eux.

Compléments :

Représentativité

J’entends dire : 86% des Français en faveur de l’euthanasie, les députés sont majoritairement contre, le sujet est entre les mains d’experts (médecins).

Je ne sais pas ce que valent ces statistiques mais elles semblent d'accord avec John Stuart Mill : nos représentants ne nous représentent pas. Au mieux, ils se représentent, eux, des gens issus d’un milieu très particulier, celui des politiciens professionnels, qui ne connaissent de la vie que les appareils des partis.

La poursuite de ma pensée confucianiste me fait me demander si le malaise actuel ne vient pas de ce que les membres de la société n’occupent pas la place qu’ils méritent. D’ailleurs c’est ce que l’on observe dans l’entreprise : quand ses membres ne font pas ce qu’ils devraient, elle va mal. Les dirigeants pensent que leur rôle est de dire à leurs équipes comment faire leur travail, alors qu’elles sont plus compétentes qu’eux. Du coup, logiquement, elles en déduisent qu’elles sont dirigées par un imposteur. En fait, ce que l’on demande au dirigeant c’est qu’il « organise » le travail de ses équipes, en particulier qu’il ôte ce qui pourrait les gêner. Comme un gendarme qui facilite la circulation (mais qui ne prétend pas nous enseigner la conduite).

Il en est probablement de même de la politique : nous ne voulons pas prendre leur poste aux puissants, nous leur demandons seulement d’organiser la nation de manière à éliminer ses dysfonctionnements, et de ne plus nous donner de leçons.

Compléments :

On vient de découvrir le patron de PME

Annonce d’un séminaire de l’École de Paris :

Pour leur mémoire de fin de scolarité au Corps des mines, trois jeunes sont partis en enquête : qu'est-ce donc qu'un patron de PME ? En effet, si la littérature est prolixe sur les PME, le patron de PME est, lui, mal connu. Ayant pu rencontrer de nombreux patrons, ils ont pris conscience des contradictions que ceux-ci doivent surmonter, entre narcissisme et altruisme, proximité avec le personnel et poids des relations sociales, rôles d'homme-orchestre et risque d'incompétence, volonté d'autonomie et dépendances de toutes sortes. Il semble alors que les patrons s'installent à la longue dans une zone de confort, un puits de potentiel, dont il est difficile de sortir. Cela les amène à s'accommoder, contrairement aux patrons allemands, d'une petite taille et d'une faible croissance. Comme Peter Pan, se refusent-ils à grandir pour ne pas perdre les avantages de la petitesse et de la sympathie que cela permet d'attirer ?

Ces trois ingénieurs m’ont fait penser à Arielle Dombasle dans un film de Rohmer : « oh une laitue ! ».

Après les Indiens découverts par Christophe Colomb, les laitues par Arielle Dombasle, maintenant c’est au patron de PME d’avoir le droit d’exister. Car rien ne vit s’il n’a pas été découvert par l’élite de l’élite de notre nation (le Corps des Mines : les dix premiers du classement de sortie de Polytechnique).

Ceux sans qui rien n'est viennent juste de finir leurs études. Près d’un quart de siècle avec pour seule compagnie des livres. Leur horizon va désormais être l’administration. C’est probablement pour cela que si la « littérature » ne parle pas du patron de PME, celui-ci n’existe pas. Ce sont les livres qui définissent la réalité. Et c’est pour cela que cette élite intellectuelle, que la conscience du caractère miraculeux de ses dons rend humble, peut juger les petits ridicules d’hommes qui ont passé leur vie à transformer le monde.

Grand souffle d’air frais pour un blog qui ne parle que de changement : fenêtre sur un groupe social qui, mieux que la vénérable société chinoise, s’est maintenu à l’état fossile.

samedi 3 octobre 2009

60 ans de République populaire de Chine

Cet anniversaire me ramène à l’héritage de Mao. Ses intentions me paraissent différentes de celles qu’on lui prête :

Le projet de Mao : réinventer la culture chinoise

D’une certaine façon il aurait voulu transformer la culture chinoise. Culture étant à prendre au sens ethnologique, c'est-à-dire de règles guidant le comportement collectif. Qu’il ait échoué ou réussi est presque secondaire par rapport à ce qu’il a été capable de faire. Tout seul, il a mis en mouvement des centaines de millions de personnes dans un extraordinaire exercice d’apprentissage collectif, la création de nouvelles règles culturelles.

  • Le grand bond en avant, c’était montrer qu’il ne tenait qu’à la volonté du peuple uni d’atteindre les performances du meilleur des capitalismes.
  • La révolution culturelle porte bien son nom. Mao parvient à faire que le peuple dise ce qu’il a sur la conscience, à partir de là, il procède à une « rectification ». Il fait « rééduquer » ceux qui pensent mal, selon lui.

Mao, souverain confucianiste

L’efficacité du procédé est bluffante. Un exemple. Il décide d’éliminer les hirondelles, le fléau des récoltes paysannes. Il faut empêcher que les hirondelles se reposent. Pendant plusieurs semaines les Chinois se lèvent la nuit pour effrayer les hirondelles. Réussite totale. (Des conséquences imprévues ont montré alors que l’hirondelle était utile, mais c’est une autre histoire.)

C’est une illustration extraordinaire des principes confucianistes, du rôle et du pouvoir du « bon » souverain dans une société bien organisée. Quasiment sans rien faire, de sa chambre, Mao mettait chaque année tout un peuple en furie, puis le renvoyait chez lui.

Pourquoi avoir voulu tuer le Confucianisme, pensée supérieure ?

Et pourtant, Mao a voulu éliminer la pensée confucianisme qu’il pensait coupable de l’arriération chinoise. Je me suis longtemps demandé s’il avait raison, tant la pensée confucianiste semble remarquable. Deux exemples :

  1. Si on veut la comparer à quelque chose d'occidental, c’est probablement à la « raison pratique » de Kant (les Chinois condamnant bien plus vigoureusement que Kant, la « raison pure » occidentale, et ne voulant, même, pas en entendre parler). Or la philosophie de Kant est le système philosophique dont a besoin la mécanique classique. Alors que nos autres philosophes ont généralement cherché à construire un système qui justifiait la société qui leur plaisait (la bureaucratie prussienne pour Hegel, le monde des boutiquiers pour Smith, la communauté villageoise pour Rousseau).
  2. Pour la pensée chinoise l’équivalence masse énergie est évidente depuis quelques millénaires. En effet, dans un monde qui passe du vide à la matière et retour, il y a fatalement un principe de continuité, l’énergie.

Tuer le confucianisme pour mieux le réinventer ?

Mais, avec le temps, j’ai fini par penser qu’une pensée trop parfaite devait finir par se suffire à elle-même et empêcher toute remise en cause. Le Confucianisme était bien un handicap.

Mais, pour autant, la remise en cause devait elle prendre la forme que lui a donnée la Chine ?

Je l'ai critiquée parce qu’elle nous caricaturait. De la recherche du principe des choses et du non agir, elle est passée à la croyance aveugle dans la force, dans le massacre de la nature pour la plier aux désirs de l’homme. Mais, me suis-je dit récemment, l'apprentissage n'est-il pas toujours maladroit, au début ? Ne va-t-il pas devenir bien vite plus malin ? Finalement, la Chine ne parviendra-t-elle pas, en un temps record, à s'approprier, au sens confucianiste du terme, notre culture, à en faire une seconde nature ?

Peut-être que Mao a eu raison : ce qui faisait la faiblesse de son pays était un manque d’ego, de volonté d’imposer son empreinte au monde. Elle devait s’extraire du confucianisme. S’extraire pour mieux le réinventer.

Compléments :

  • Mes idées sur les projets de Mao pour la Chine viennent de : SHORT, Philip, Mao: A Life, Owl Books, 2003.
  • Sur la pensée chinoise en général, et sur la pensée confucianiste en particulier : Pensée chinoise / Cheng
  • Un livre cité dans un précédent billet (La pensée (actuelle) en Chine / Cheng) dit que la pensée chinoise est une « pensée pragmatique » plus exactement que pratique.
  • Si je me suis intéressé (mollement) à la pensée chinoise, c’est qu’en écrivant la conclusion de mon premier livre je me suis rendu compte que je répétais quelque chose que j’avais vu quelque part. Après recherche, il s’agissait d’un fondement de la pensée chinoise (le LI). Cette réflexion sur la correspondance entre mon expérience et ce que je comprends de la pensée chinoise (Changement et pensée chinoise) m’a conduit à l’idée du dernier paragraphe de ce billet.
  • Imposer son empreinte au monde est le principe fondateur de notre pensée occidentale. Par conséquent, il est probable que Mao ait bien trouvé le germe qui manquait à la civilisation chinoise pour répondre au défi que lui lançait la nôtre.

Turcs et Arméniens

J’écoutais tout à l’heure une discussion sur le massacre des Arméniens par les Turcs. La cause semble en être la « modernisation » de la Turquie, ou peut-être son occidentalisation.

  • Au milieu du 19ème siècle, elle décrète l’égalité de tous. Ce qui ne plaît guère à la majorité turque, qui voyait jusque-là les Arméniens comme de sympathiques inférieurs. D’autant plus que les Arméniens, étant commerçants ou artisans, acquièrent, du coup, une forme de supériorité par leur richesse.
  • Deuxième épisode, qui conduit au massacre et au déplacement de population (juste avant la première guerre) : le nationalisme. Être moderne c’est construire une nation, et nation, si on lit correctement l’histoire de l’Occident, c’est un peuple homogène. Donc il faut se débarrasser de tout ce qui refuse cette homogénéisation.
  • Troisième épisode. Les Turcs, probablement avec un fond de raison, ont estimé que la question arménienne était utilisée par l’Occident et la Russie pour démembrer leur pays. Pas question d’affirmer une quelconque responsabilité dans ces conditions.

Probable nouvel exemple d’enfer pavé de bonnes intentions, de danger de l’application d’une idéologie bien pensante dont on ne mesure pas les conséquences. Bref, le changement tel qu’on le pratique partout, à commencer par l’entreprise.

Peut être aussi nouvel exemple de notre perfidie, ou de notre schizophrénie. C’est parce qu’elle a appliqué nos valeurs que nous rejetons la Turquie au nom de leurs conséquences.

vendredi 2 octobre 2009

Téléphonie mobile et pays émergents

The Economist consacre un dossier (Mobile marvels) à l’histoire de la téléphonie mobile dans les pays émergents (3/4 des mobiles mondiaux). Où l’on voit l’économie de marché à son meilleur :

Alors que l’on ne parle que de gratuité chez nous, chez les pauvres tout est payant. Sans compter que les plus grands succès ont été remportés sur quelques uns des marchés les plus incertains du globe. Et c’est pour cela que les entreprises de télécom ont fait preuve de génie là bas et pas chez nous. Elles rendent des services inestimables aux populations locales (météo ou conseils pour les paysans, transferts d’argent voire services bancaires (Beyond voice)…), et elles ont réduit leurs coûts en faisant preuve d’une créativité exceptionnelle : locations de téléphone, partages d’infrastructure… (Eureka moments.)

D’où émergences d’entreprises redoutablement efficaces. Les opérateurs indiens (The mother of invention) sont les champions de l’optimisation des coûts, ils sous-traitent tout (y compris à IBM dont les produits étaient si chers jadis !), partagent tout. Les équipementiers chinois (Huawei et ZTE) sont d’une immense inventivité. Ils devraient rapidement vider le marché de sa substance et faire table rase de leurs concurrents. Il semblerait même qu’ils soient trop rapides pour les aides de leur gouvernement (Up, up and Huawei). L’avenir est au tout Internet mobile (Finishing the job), ce qui promet de nouveaux trésors de créativité.

Mais le mieux c’est que cette innovation aurait élevé le niveau de vie de ceux qui ont pu en profiter.

Et nous là dedans ? Ce qu’il y a de surprenant, c’est que si tous ces gens semblent fort intelligents, ce qu’ils font n’est quand même pas très compliqué. Pourquoi sommes-nous à l’arrêt ? J’en suis revenu à une théorie qui semble se vérifier :

L’Ouest est dirigé par une élite de managers financiers, qui se figurait à la tête du monde. Elle pensait que le marché d’avenir était à l’Est. Donc non seulement elle pouvait se désintéresser de l’Ouest, mais encore elle devait délocaliser sa production pour jouir des coûts les plus faibles. Cette stratégie n’a pas eu les effets escomptés. Le marché de l’est est fermé à nos produits. Les transferts de technologie massifs, intelligemment exploités, ont rendu beaucoup d’industries locales non seulement autonomes mais surtout bien plus efficaces que les nôtres. D’autant plus que notre management financier, qui pensait avoir trouvé avec les délocalisations sa botte de Nevers, a asséché l’innovation occidentale. L’Ouest se retrouve donc avec un tissu économique anémié, et une population (donc un marché) appauvrie, d’autant plus que celle-ci doit alimenter un plan de relance qui permette à son élite d’éviter les conséquences de ses erreurs.

Il serait bien que cette élite arrête de jouer contre son camp.

Compléments :

Après nous le déluge

La France contre l’euro ? la France se vautre définitivement dans le déficit, alors que l’Allemagne choisit la rigueur, la zone euro va péter...

Ce billet fut une révélation. J'ai compris que la crise a été un extraordinaire moment de libération pour nos politiques.

Ils ont vécu un interminable âge des ténèbres, des années passées, sans conviction, à mal équilibrer des budgets (que Raymond Barre brûle en enfer !). Un exercice contre nature d’une cruauté insoutenable. Le royaume de France n’a-t-il pas toujours été en faillite ? Sa vie n’a-t-elle pas toujours été insouciante, en dehors des crises et des révolutions ?

Mais, voilà le retour des temps bénis. Le déluge est désormais après nous. Plus besoin de travailler, d’administrer les comptes de la nation. D’ailleurs le succès électoral est assuré : un emprunt par ci, une baisse de TVA sans contrepartie par là… Et quand nous serons en crise ? La relance ! Vive Keynes !

Compléments :

jeudi 1 octobre 2009

Capital risque

La performance réelle du capital risque me prend par surprise. On y dit que le capital-risque américain est triomphant (et que le nôtre, européen, aurait besoin de s’en inspirer).

Je pensais le contraire. Un article que je citais dans un billet estimait à un tiers le nombre de fonds de capital risque qui allaient disparaître aux USA, les fonds gérés étant divisés par 2. Je connais du monde dans ce métier, et il n’est pas heureux. D’ailleurs la dernière fois que j’ai rencontré un capital risqueur, la semaine dernière, il cherchait un emploi.

Il est certain que l’industrie du capital risque américaine est forte. Mais est-elle efficace ? Je ne parle ici que du domaine que je connais : les technologies de l’information.

  • On oppose généralement le capital risque à l’état. Or, les deux sont composés des mêmes types de personnels. C'est-à-dire de gens qui ont été sélectionnés pour leurs diplômes. Les risqueurs de capitaux n’ont pas construit leur fortune sur leurs investissements, mais sur notre crédulité. D’ailleurs, comme le montrent chaque bulle, ce sont des moutons.
  • Quelle est la rentabilité des investissements que fait le capital risque ? Pendant la bulle Internet, les fonds qui ont fait de bonnes affaires étaient ceux qui avaient vendu leurs participations (souvent à leurs collègues) avant le crash du Nasdaq. Il est probable qu’il en a été de même récemment (voir le billet que je cite plus haut). D’ailleurs, qu’est-ce que leurs investissements ont apporté d’entreprises durables au monde ? La start up donne rarement une entreprise, le plus souvent elle est absorbée par une multinationale, ce à quoi elle survit rarement. J’ai donc la ferme intuition que la contribution sociale du capital risque moderne, prise sur le long terme, est nettement négative. Le capital risque sert au mieux à faire passer de l’argent de la poche du public dans celle des employés des fonds. Et il a eu l’effet pervers de convaincre les entrepreneurs qu’ils devaient faire rapidement fortune. Une génération d’entre eux ne rêve que de retraite à 40 ans. Quelle est la qualité, la solidité de ce qu’ils ont créé, dans ces conditions ? Était-il si honteux de vouloir fonder une belle société pour ses petits enfants (plus exactement « a great company for my great grand children »), comme le pensaient les inventeurs d’IBM ?

Compléments :

  • Goldman Sachs donne un des plus extraordinaires exemples du détournement de fonds que fut la bulle Internet : la mise en bourse de start up qui pour la plupart ne furent pas plus qu’un feu de paille, a rapporté à cette banque d’énormes bénéfices.
  • Il me semble qu’il faut revoir les méthodologies de valorisation des entreprises technologiques. Traditionnellement leur valeur est celle du cash actualisé qu’elles génèrent pendant quelques années + une « continuing value » qui est, traditionellement, la valeur de la dernière année supposée se répéter jusqu’à l’infini. (COPELAND, Thomas E., KOLLER, Tim, MURRIN, Jack, et McKinsey & Co, Valuation: Measuring and Managing the Values of Companies, John Wiley & Sons Inc, 2000.) L’expérience montre qu’il n’y a pas de « continuing value » dans l'IT. Ce sur quoi parient sans doute le capital risque et l’entrepreneur est qu’un gogo gobe l'idée d'une « continuing value » et surpaie la société, qui crèvera peu de temps après l’achat.

Efficacité de France Télécom

Un journaliste a mené une enquête sur les conditions de travail chez Orange. Un article parle de son livre et dit :

Depuis 2002, chaque salarié de France Télécom change de poste tous les vingt-sept mois en moyenne et de lieu de travail tous les trente mois, assure-t-il. Les conséquences ? Un nombre alarmant de suicides, un taux de démissions qui monte en flèche (4,4 % des départs en 2005 et 15,3 % en 2008). Et, en moyenne, presque un mois d'arrêt maladie par salarié en 2008 !

Un mois d’arrêt de maladie par an, c’est l’équivalent d’environ 10% de l’effectif hors jeu. (Il y a 180.000 personnes chez FT.) Et quelle est l’ambiance et l’efficacité de travail dans ces conditions ?

Je ne sais pas si cette enquête est correcte. Mais si elle l’est, elle révèle un gaspillage dramatique. Imaginez que vous possédiez une PME et que vos employés soient dans cet état : vous n’en dormiriez plus. Votre entreprise n'aurait aucune chance d'être compétitive.

Pourquoi n’est-ce pas le cas des dirigeants de France Télécom ? Ils sont protégés des lois du marché par un quasi-monopole, ce qui leur permet de s’abstraire des réalités ?

mercredi 30 septembre 2009

Association et bénévolat

Serge Delwasse relève un paradoxe : bénévolat et association sont incompatibles. Voici comment je l’explique :

L’économie sociale, et les associations en particulier, sont de drôles de choses. Leur organisme directeur est une démocratie, qui a beaucoup de mal à prendre des décisions rapides. Si ces organismes ont un DG, il peut jouer les facilitateurs du processus. Il y a intérêt, puisqu'il a besoin de directives. Mais Serge Delwasse parle d’un autre type d’association :

Il s’agit de la « petite » association, sans directeur général, et quasiment sans structure permanente. Tout le monde y est bénévole. Imaginons que vous en soyez membre. De deux choses l’une : soit vous voulez le bien de l’organisation, soit vous voulez utiliser l’organisation pour le vôtre (pour faire connaître votre société, trouver des clients, un employeur…).

Si vous êtes dans le premier cas, à moins d’être riche ou saint, vous avez peu de chances d’avoir les moyens de passer le temps nécessaire pour vous faire élire à la tête de l’association, puis de l’administrer. Si vous êtes dans le second cas, c’est plus facile.

Par conséquent, une association sans structure a de fortes chances d’être dirigée par des personnes qui ne désirent pas l’intérêt collectif. Si l’on veut que ce ne soit pas le cas trop souvent, il faut probablement payer (faiblement) les membres du bureau.

Changement et pensée chinoise

Correspondances entre l’ancienne pensée chinoise et mes réflexions du moment :

  • J’écrivais dans un livre que ce qui cause les échecs du changement est que l’intuition du dirigeant est trompée par la complexité de l’organisation (implicitement il la croit « hiérarchique », « linéaire »). Pour faire bouger une organisation sans s’épuiser, il faut beaucoup s'entraîner pour que prendre des décisions efficaces devienne une seconde nature. C’est probablement la même chose pour le navigateur qui joue avec les dépressions pour aller le plus vite possible. Beaucoup de choses me paraissent « évidentes » alors qu’elles ne le sont pas à d’autres. Par contre, je me demande s’il ne faut pas désapprendre pour réapprendre. Il y a une foule de techniques qui allaient de soi dans ma jeunesse, que j’ai oubliées. Le fait de les expliquer a gommé mes réflexes. Et il faut que j’apprenne ce que je savais.
  • Le Confucianisme insiste pour donner à chacun sa place. Je crois que dans une entreprise un peu grande, ce qui fait le dysfonctionnement est que chacun n’est pas où il devrait être. Une fois que tous sont à « leur » place, l’organisation fonctionne, elle devient « intelligente » : non seulement elle résout ce qui jusque-là la bloquait de manière franchement irritante, mais elle va infiniment au-delà de tout ce que j’aurais pu imaginer, je suis devenu inutile. En quelque sorte, il y a une disposition des membres de l’entreprise et de la définition de leur fonction, qui représentent une forme d’optimalité : les dysfonctionnements disparaissent et l’ensemble se met à savoir résoudre « naturellement » les aléas qu’il rencontre ( à les utiliser pour se « réinventer » ?). D’après Confucius quand l’édifice est bien en place, il est indestructible, et son « souverain » le fait évoluer sans effort (non agir).
  • Chaque chose doit avoir son nom, insiste Confucius, qui déclenche l’action adaptée. Ce n’est pas très clair pour moi. Cependant, j’opère une sorte de classification des gens et de ce à quoi ils me semblent exceptionnellement bons. Il me faut peu de temps pour attribuer un talent particulier à quelqu’un, et en parler de manière convaincue. Généralement mes recommandations sont bonnes : les gens ont l’effet que j’avais prévu, ou, plus exactement, sont adaptés à la tâche pour laquelle ils me semblaient faits. Il y a des exceptions, mais, souvent, une modification mineure de posologie permet de corriger de manière satisfaisante la prescription.
  • Et l’abandon de l’égo ? Vouloir transformer une organisation c’est « vouloir » quelque chose. Mais, au fond, ce que je veux c’est que l’organisation devienne ce qu’il me semble qu’elle mérite de devenir, qu’elle se « réalise » comme dit Maslow. Peut-être que c’est un genre d’abandon d’égo ? C’est faire passer l’organisation avant soi ? Et si l’égo, la volonté bornée, irrationnelle, de domination, était l’énergie nécessaire au mécanisme d’apprentissage, qui est aveugle ? Il faut se battre contre les événements pour en intérioriser les règles ? Mais une fois que l’on a appris, il n’y a plus besoin d’égo ? Je dois avoir 0 en Taoïsme.

J’ai tout de même un différend avec ce que j’ai compris de Confucius. L’optimum confucianiste repose sur une hypothèse qui n’est peut-être pas juste. Cette hypothèse est que l’homme partage avec la nature un principe qui lui permet de « non agir » sur elle. Il me semble que ceci n’est vrai qu’approximativement :

  1. l’homme sera toujours dépassé par la complexité du monde, il ne pourra jamais qu’absorber une sous-partie de ses règles ;
  2. il existe des moments de « chaos », où rien ne va plus et où les règles qui lui étaient une seconde nature ont dépassé leur date de péremption.

Pour une vaccination sociale

La fin de l’inconscience ? comme plusieurs autres billets récents me montre une propriété fondamentale de l’homme : il déduit de ses expériences de jeunesse ce qu’il croira ensuite des lois de la nature, démontrées scientifiquement. S’il a baigné dans la crise et l’incertitude, il sait que tout est chance ; s’il n’a connu que le succès, il sait que le monde lui appartient. Ce qui est ennuyeux : il est condamné à répéter les erreurs de ses ancêtres, puisque ceux-ci, en les réparant, l’empêchent de les vivre.

D’où une idée qui m’est venue en écoutant une émission sur la grippe, dimanche : pourquoi ne pas vacciner les générations futures avec des souches atténuées de ce que Durkheim appelait des « pathologies sociales ».

Il suffirait de faire la liste de toutes les erreurs que la société a commises, et de déduire pour chacune une expérience qui, une fois vécue, empêcherait la dite nouvelle génération de la commettre.

Compléments :

  • Ces expériences ne sont pas forcément complexes, mais elles doivent être frappantes. Par exemple Paul Krugman parle d’un système de bons qui permettaient à une communauté d’étudiants de demander à d’autres de garder leurs enfants quand ils sortaient. Le système s’est arrêté lorsque les étudiants se sont mis à thésauriser leurs bons, de peur d’en manquer. Pour relancer la mécanique « l’état » a dû faire marcher la planche à bons. C’est un exemple d’une relance Keynésienne. KRUGMAN, Paul, The Return of Depression Economics, Princeton 1999.
  • Plus généralement, il existe la méthode des scénarios, l’équivalent de l’entraînement du sportif, qui convainc beaucoup mieux l’homme qu’une longue argumentation. (Ce qui prouve que son expérience continue à se construire, même à un âge avancé.) Exemple : Gérer une crise.

mardi 29 septembre 2009

Socialisme condamné par définition ?

L’Allemagne fait entrer au gouvernement le FDP, anti taxe, anti état et pro business. Or Angela Merkel jouit d’une forte popularité parce que l’état est massivement intervenu pour éviter le chômage (allant jusqu’à secourir Opel par une manœuvre discutée). Et, vues les dettes accumulées, la menace de l’effet de serre, le vieillissement de la population… une idéologie pro business, anti-impôt et anti état n’est pas la première idée qui vient à l’esprit. D’ailleurs n’est-ce pas la définition de la politique américaine à laquelle les Allemands attribuent la crise ?

Je ne connais pas suffisamment l’Allemagne pour avoir une opinion sur ce qui s’y passe. Mais il est tentant de penser qu’elle a surtout voté contre les socialistes. D’ailleurs, tous les autres partis ont fait de bons scores : les écolos et la question du développement durable ; die Linke, qui s’affirmerait comme la « vraie gauche ».

D’où, à nouveau, comment se fait-il qu’on punisse partout un socialisme qui n’est pas au pouvoir et qui devrait être un recours ?

Une curieuse idée me passe par la tête : et si c’était parce que la population rejetait l’ultralibéralisme, qu’elle rejetait les socialistes - perçus comme ultralibéraux ?

  • Partout dans le monde, il y a un repli identitaire. Les populations demandent la solidarité sociale des « leurs », c'est-à-dire des nations. C’est ce qu’apportent, à l’Ouest, les gouvernements de droite.
  • Mais, le concept fondateur du socialisme moderne, comme celui de l’ultralibéralisme, ce sont les droits de l’homme. En 1789, on parlait des droits de l’homme et du citoyen, aujourd’hui le citoyen à disparu, l’homme serait supposé un électron libre qui n’est lié à rien, et qui peut aller partout. Or, il se définit avant tout par l’édifice social dans lequel il se reconnaît, qu’il s’agisse de la nation, du monde, du clan…

Faire cohabiter socialisme et droits de l’homme dans leur acception moderne demande-t-il un socialisme mondial ? Le socialisme est-il l’ennemi naturel de la nation, comme le libéralisme financier, qui aspire à la globalisation ? C'est à approfondir.

Compléments

Roman Polanski

J’entends beaucoup parler de l’extradition de Roman Polanski. Une affaire qui lui pendait au nez depuis une trentaine d’années. L’indignation de France culture et, si j’ai bien compris, des Ministres de la culture et des affaires étrangères est grande.

Plusieurs choses me semblent quand même bizarres. Pour nos gouvernants l’affaire est claire et évidente, avec bon et mauvais. Moi, je la trouve un peu plus embrouillée :

  • L’extradition est légale. La critique des représentants de la France signifie-t-il que la France met en cause la loi américaine ? Les lois sont elles relatives ? Qu’est-ce qu’un monde sans lois ?
  • Une interprétation des aventures de R.Polanski est la suivante : des quadragénaires tendent un piège à une enfant de 13 ans, la droguent et la violent. L’un d’entre eux, un immigré, pour échapper à la justice, prend la fuite. Imaginons qu’un tel fait divers, ainsi formulé, survienne en France, à des gens ordinaires. L’opinion ne demanderait-elle pas vengeance, et le gouvernement ne s’exécuterait-il pas immédiatement en durcissant le régime carcéral et en exigeant bruyamment l’extradition du contrevenant ?
  • Les hommes de culture disent que Roman Polanski a derrière lui une œuvre admirable, ce qui lui donne des circonstances atténuantes. La loi n’est-elle la même pour tous ? Qu’en pense Socrate ?

Compléments :

  • Remarque sans rapport : je ne range pas Polanski parmi les grands réalisateurs. Plutôt parmi ceux qui ont su habilement utiliser les règles de l’art de leur temps, provoquer un peu parfois, mais non apporter quelque chose de vraiment nouveau au monde.

District 9

J’avais lu ou entendu parler de ce film il y a longtemps. Je m’attendais à quelque chose de malin et d’impertinent, j’ai eu un film malin, déprimant, et excessivement violent.

  • Le concept. Un retraitement fort intelligent de l’extraterrestre, qui ne ressemble à rien de ce que l’on a vu jusque-là. Ce n’est pas vraiment un extraterrestre, mais une espèce qui pourrait vivre sur terre (d’ailleurs, il n’a pas d’appareillage).
  • Techniquement c’est un reportage vidéo mené tambour battant. Ce que le réalisateur (forcément génial puisque) français est incapable de faire.
  • La dépression vient, outre de sa violence, inattendue pour ce qui semblait une fable, de l’image que le film donne du monde, qu’il segmente en 4 :

  1. La partie Sud Africaine de l’élite dirigeante de l’économie mondiale : des capitalistes calculateurs et dénués de tous sentiments.
  2. Une armée de tueurs, mercenaires des précédents.
  3. Une classe d’opprimés tombés dans l’abjection.
  4. Au milieu, quelques idiots qui ne doivent qu’à leur absence de capacités intellectuelles d’avoir gardé un fond d’humanité.

À vouloir nous faire croire que nous sommes des monstres, notre élite intellectuelle va nous jeter à la gorge les uns des autres. Il faudra un jour qu’elle apprenne que, si l’homme commet des erreurs, il n’est pas diabolique.

lundi 28 septembre 2009

Cap and Trade

Des économistes importants s’opposent avec vigueur à la politique de Cap and Trade de B.Obama. Paul Krugman s’étonne que leurs propos soient contredits par les théories qu’ils enseignement (et même par leur version pour débutants).

C’est paradoxal. Mais prévu par mes théories.

  1. Le comportement de ces individus devient logique si l’on admet que leur argumentation n’est qu’un moyen de nous convaincre de la vérité. La fin justifie les moyens.
  2. Leur vérité doit ressembler à ceci : l’économie c’est le bien. Donc a) l’entraver est criminel ; b) l’effet de serre ou toute autre externalité négative est impossible.
  3. Que leurs arguments soient faux est sans importance. Que leurs propos contredisent la science qu’ils ont enseignée ne compte pas, car leurs intentions sont bonnes, leurs mensonges pieux. De toute manière rien de ce qu’ils disent ne peut pas être tout à fait mauvais puisque leur conclusion est juste.

Tout ceci ne renouvelle pas beaucoup le propos du blog, mais m’amène à m’interroger sur le Cap and Trade : réduire les émissions de dioxyde de carbone en les enchérissant. Était-ce habile d’attaquer ainsi le problème de l’effet de serre ?

  • On commence à se douter qu’il va nous coûter cher, très cher. Difficile de chiffrer exactement (un tel cataclysme est-il du ressort du calcul économique ?), mais on peut avoir des idées des moyens qui nous seront nécessaires : il y aura probablement des événements météorologiques brutaux, des populations entières devront être protégées et définitivement déplacées…
  • Donc pourquoi ne pas faire payer aux pollueurs (à la plupart d’entre nous) le prix des mesures nécessaires à remettre la planète en ordre après leur passage ? Ne serait-il pas plus pédagogique de formuler ainsi la taxe carbone ?

Compléments :

Changement et MBA

Les MBA traversent, comme les collaborateurs après guerre, un moment difficile. À chaque crise, à chaque scandale, on découvre que le gros des bataillons des coupables vient de chez eux, et que leurs enseignants ont porté aux nues les pratiques et les théories qui révulsent les foules.

The Economist, fort intelligemment à mon avis, leur donne ce conseil :

Business schools need to make more room for people who are willing to bite the hands that feed them: to prick business bubbles, expose management fads and generally rough up the most feted managers. Kings once employed jesters to bring them down to earth. It’s time for business schools to do likewise.

Belle idée mais changement compliqué. Je doute que les enseignants actuels de MBA puissent se transformer en Galilée ou en Pasteur du management. Savent-ils faire autre chose que gagner énormément d’argent en louant ceux qui connaissent un moment de gloire, en les appelant des leaders, et en nous enjoignant de les singer ? D’ailleurs ont-ils la moindre idée de ce que signifie science ?

Ce qui m’amène aussi à me demander si le sort piteux de la recherche en management ne doit pas nous rendre prudent quant à une excessive dépendance de la recherche, en général, vis-à-vis de financements privés.

Compléments :

Avenir de l’automobile

Industrie automobile, quoi de neuf ?

  • Massive surcapacité de production. Les gouvernements ayant aidé les constructeurs, pour éviter leur faillite et un chômage massif, la question reste entière.
  • Massive réduction de l'offre de leasing d’où chute des prix de l’occasion. Mauvais pour le neuf.
  • Les constructeurs découvriraient l’importance du client, et du métier d’ingénieur. Nous voulons de petites voitures pas chères (et électriques). Comme les petites voitures sont peu rentables, ils vont devoir faire preuve d’intelligence dans leur conception. Fin des gadgets stupides qui ne servaient qu’à justifier le prix de la voiture. Et fin de l’ère des financiers au QI technique négatif ?
  • Plus inattendu : les constructeurs de grosses voitures seraient affectés par le vieillissement de la population. Le vieux achète petit et roule peu. Cela forcerait Mercedes et BMW à l’alliance, peut-être entre eux. (Ce qui semble difficile : si mes souvenirs de début de carrière sont bons, ces entreprises se haïssent…)

Compléments :

Ces modèles au style différent seraient moins lourds et comporteraient moins de pièces que ceux de la gamme actuelle. Des versions hybrides sont envisagées.

dimanche 27 septembre 2009

Irving Kristol

Rubrique nécrologique de The Economist. Irving Kristol est mort le 18 septembre à 89 ans. Il est le fondateur du néoconservatisme. C’est un peu grâce à lui que le monde a cru au libéralisme financier.

Parti du Trotskisme, et de la gauche Rooseveltienne, 68 semble avoir été son « coming out » : il a compris que ce que l’on détruisait, « les valeurs traditionnelles bourgeoises », était ce à quoi il tenait. Comme Ayn Rand, avec le bolchévisme, il a utilisé les armes de l’ennemi contre lui, c'est-à-dire la science, la philosophie, et la morale - le bien était désormais bourgeois. Et c’est en cela qu’il a rénové le conservatisme.

Au fond, il a combattu une manipulation de gauche par une manipulation de droite. Ce qui laisse entrevoir sa logique : comme beaucoup, il savait qu’il détenait la vérité, et que la vie était une guerre ; dans cette guerre, la pensée et la science étaient des armes. Au fond c’est assez scientifique, darwinien même : la nature donne la victoire à celui qui gagne… rêvons donc le monde qui nous plaît et gagnons. C’est surtout très anglo-saxon.

C’est compréhensible, mais pas défendable :

  1. Cette pensée n’est pas scientifique, plus exactement, le monde rêvé par le néoconservateur s’oppose aux lois de la nature, ce qui ne peut pas fonctionner. Si tu détruis le monde, Anglo-saxon, où est ta victoire ? C’est pour cela que la science ne doit pas être manipulée : elle est plus utile honnêtement employée.
  2. La vision d’un univers où se battent le bien et le mal, et où l'on utilise le lavage de cerveau est erronée. Elle produit des morts et des esclaves. Elle oublie qu'à côté de l’affrontement, il y a l’entraide, chacun apportant ses particularités au groupe. Très curieusement, c’est le principe fondamental du commerce : on n'échange que ce qui est différent. L’œuvre d’Adam Smith, la Bible du libéral, ne dit que cela : la richesse des nations c'est la différence ! Explication : plus nous sommes différents et spécialisés, plus nous pouvons produire, plus nous sommes riches ; donc en étendant au monde cette capacité à se spécialiser, la globalisation atteint l'optimum (matériel, pour Smith).

Compléments :

  • Il y a une autre façon d’expliquer la naissance du sophiste. Soit un enfant qui trouve que les règles de la société qu’on lui impose sont injustes. Il peut en déduire que c’est là leur rôle. Et donc qu’il doit les maîtriser pour être injuste. Il ne va donc pas s’y conformer, mais essayer d’en comprendre les rouages pour les plier à ses intérêts. C'est entièrement logique.
  • L’article insiste sur le fait qu’Irving Kristol était un homme sans regrets. Ce qui pourrait à la fois confirmer qu’il était sûr de sa vérité, et qu’il était peu prédisposé pour la science.