lundi 19 octobre 2009

M.Sarkozy et l'Etat

J’entendais parler ce matin de la réforme de la taxe professionnelle, qui inquiète les collectivités territoriales.

Je n'ai pas d'avis sur la question, mais ce qui me frappe est que les taxes qui sont supprimées actuellement sont généralement, contrairement aux impôts, des taxes qui ne révulsent pas l’électeur et sur lesquelles les états peuvent compter pour se trouver des revenus qui ne soulèvent pas d’opposition. C’est le cas notamment de la TVA. Pourquoi l’état se tire-t-il ainsi dans les pieds, au moment où il est perclus de dettes ? D’ailleurs, pourquoi accumule-t-il autant de dettes, comme ce « grand emprunt » que personne ne demandait, auquel il a fallu deux génies pour trouver un emploi ?

Quand l’état sera en faillite, sera-t-il question de prendre ce que l’on aura donné ? Qui voudra une augmentation des impôts ou de la TVA ? Alors que fera-t-on ? On découvrira que ceux qui sont en marge de la société sont des parasites, et on les en exclura. Ce qui permettra de faire des économies. Bref, les mesures gouvernementales seraient-elles des mesures « anti canaille » ? Et si elles avaient pour seul but d’affaiblir l’état, sans que ça se voie ?

Curieusement, s’opposer au mouvement paraît impossible. La gauche arrosera ses bonnes causes, sans rien réformer, et creusera un peu plus le déficit. Ce qui permettra à la droite de réduire les impôts afin de redonner de la compétitivité à l’entreprise, moteur de l’économie, et créateur d'emplois.

C’est le scénario qui s’est joué aux USA ces dernières décennies, avec les résultats que l’on sait : accroissement massif des inégalités, et du chômage, et effondrement de la compétitivité économique de la nation.

Comment éviter une société à l’anglo-saxonne ? Probablement, il faut une discussion rationnelle à la fois des valeurs et objectifs de notre société et du meilleur moyen d’atteindre ces derniers tout en respectant les premières.

Compléments :

Lean Manufacturing

Un précédent billet disait qu’il allait falloir redécouvrir le lean manufacturing (Crise occidentale : raisons structurelles). Voici un livre sur la question : BELT, Bill, Les Basiques de la gestion industrielle et logistique, Eyrolles, 2008.

Livre très court, très simple, très bien écrit, qui prend l’orientation originale de définir les 5 principes fondamentaux du lean manufacturing sans s’appesantir sur les techniques pratiques qu’il peut utiliser (par exemple Kanban, temps Takt…). L’idée est probablement d’apporter l’essentiel au lecteur et de lui donner envie d’approfondir par ses propres moyens.
Ce que je n’attendais pas, c’est que le lean n’est pas qu’une technique, c’est la pensée (économique ?) occidentale sans dessus dessous.

Le client est roi
Caractéristique évidente du lean, c’est une philosophie « orientée client ». Tout le système a pour but d’être au plus près de la demande finale pour lui répondre immédiatement. Pour cela, il repose sur une très intelligente tactique modulaire, qui permet un assemblage d’une infinité de variantes en dernière minute, ou presque. Par contraste, l’approche occidentale conçoit des années avant la mise sur le marché, produit en grande série, puis oriente le marché vers ses produits par la publicité. Le grand avantage du lean est qu’il nous évite le lavage de cerveau.

L’union fait la force
Mais il y a beaucoup plus fort. Le principe occidental est « diviser pour régner » : les fournisseurs sont mis en concurrence parfaite pour en tirer le maximum, c’est la loi de l’offre et de la demande. Dans le lean, c’est « l’union fait la force ». Les entreprises constituent une « chaîne logistique » solidaire, qui va du fournisseur du fournisseur au client du client (en fait, si tout le monde applique le principe, toute la société appartient à la même chaîne logistique). Les activités sont alors placées dans cette chaîne au meilleur endroit pour l’ensemble. En optimisant l'intérêt global des membres de la chaîne logistique, on évite le « dilemme du prisonnier » occidental, ce qui, finalement, profite à chacun.

Élimination de l’incertitude
Autre avantage, la demande devient quasi prévisible. D’où l’importance, en lean, de la notion de « demande dépendante » (que l’on peut prévoir). Ce qu’améliore encore le concept de « famille », sur laquelle se font toutes les prévisions (la décomposition en produits réels ayant lieu en « dernière minute » - cf. plus haut). De ce fait, des prévisions à 18 mois sont possibles et relativement fiables, alors qu’il est courant, avec nos techniques, que l’on ne puisse pas prévoir à plus d’un jour. Paradoxalement, cette prévisibilité vient de ce que le dispositif lean est flexible et adaptable, qu'il absorbe l'incertitude. De plus, pas d’incertitude = pas de stocks. Nouveau bénéfice économique.

Le système de coûts qu’exige le développement durable ?
Ce n’est pas tout. Le système de coûts lean est l’antithèse du nôtre. Pour le lean tout ce qui n’apporte pas de la valeur est inadmissible. Ce qui revient à dire que le travail de tout homme a le même coût (pas de low cost country), que le coût de l’énergie est infini (pas de transport, qui n’apporte rien)… D’une certaine façon c’est ce vers quoi tend notre système de coûts : épuisement des ressources, uniformisation des salaires. En fait, le lean n'a pas réellement un système de coûts (on ne calcule pas), mais compare différents processus de fabrication, et retient celui qui gaspille le moins. Ensuite, ce processus s’améliore en permanence grâce au savoir de celui qui est au plus proche de l’action.
Je crois que, de ce fait, l’organisation profite de la capacité d’apprentissage du groupe humain, qui donne des gains de productivité colossaux. Ce qui est impossible avec l’hyper-automatisation de la production de masse : la machine n’apprend pas.
Au fond tout notre système occidental joue sur les défaillances d'un calcul de « valeur » basé sur l’offre et la demande (qui fait qu’un Chinois « vaille » moins qu’un Américain, ou que le coût de la pollution est nul), pour gaspiller les ressources naturelles et enrichir ceux qui savent le mieux en tirer parti (en termes économiques américains « arbitragers » ou, en français, « capitalistes »). Le système lean n'est probablement pas loin de ce que demande le développement durable de l’espèce humaine.

Un système imperméable à l’innovation de rupture ?
Reste une question. Pourquoi les Japonais, inventeurs du lean, ne dominent-ils pas le monde ? Pour Paul Krugman leur faiblesse était qu’ils n’arrivaient pas à gagner en productivité. La seule explication que j’ai trouvée à cela est : la machine. Il est possible que les Japonais n’aient pas suffisamment pensé en termes de machines capables de révolutionner un processus. Ils sont dans l’amélioration incrémentale, alors que l’Occident cherche la rupture. Leurs améliorations viennent de l’intérieur de l’organisation, alors qu’une telle machine ne peut venir que de l’extérieur. C’est la destruction créatrice.
Les deux approches ne sont pas incompatibles, mais difficiles à faire cohabiter. L’entrée d’une machine révolutionnaire dans un dispositif lean n’est qu’une question de conduite du changement classique ; une fois reconçu, le processus bénéficiera de tous les bénéfices du lean. Par contre, l’organisation lean n’est pas naturellement demandeuse d’innovation de rupture, c'est un terrain défavorable à l'entrepreneur.

Compléments :
  • KRUGMAN, Paul, The Return of Depression Economics, Princeton 1999.
  • Modélisation de l'organisation occidentale.

Amadeus

Exploration de l’œuvre de Milos Forman (suite). Mon opinion ne s’améliore pas.

J’ai trouvé ce film extrêmement désagréable, comme le rire qu’il prête à Mozart. Le médiocre jaloux du génie, et qui le rend fou.

Peut-être est-ce une parabole ? Parlerait-elle du régime soviétique dont il vient ? En tout cas cela évoque bien trop les manœuvres des couches « politiques » aussi bien de l’état que de l’entreprise pour ne pas mal tomber un jour où je veux me changer les idées.

Compléments :

  • Du coup, je me suis rappelé Vol au dessus d’un nid de coucou, que j’ai vu il y a très longtemps, la société en asile de fous ? Et Larry Flynt ? L'affrontement de la liberté et des forces répressives de la société ?
  • Mozart semble pouvoir être sauvé par le vaudeville et par le peuple (bizarre pour un art de cour) : le peuple comme source du bien, le mal = les puissants qui veulent nous imposer leur morale ?
  • Les amours d’une blonde

dimanche 18 octobre 2009

Énorme Carlos Ghosn ?

Mr Ghosn bets the company. Renault et Nissan semblent vouloir transformer l’automobile. Ce sera du tout électrique en marche forcée. M.Ghosn prédit qu’en 2020, 10% du marché sera électrique, 20% des ventes de sa société. Le reste du monde penche pour 5 à 10 fois moins.

Face à un avenir incertain, il y a trois stratégies (Que faire dans l'incertain ?) : modifier l’avenir à son avantage, comme tente de le faire M.Ghosn, adopter une structure adaptable, l’option (acquérir le savoir faire nécessaire pour attaquer le marché, s’il se développe effectivement).

Alors, rien à dire ? Si : le pari de M.Ghosn peut-il réellement lui donner un avantage déterminant ? Renault ne va-t-il pas devoir bâtir des infrastructures (recharge de batterie) qui profiteront aux autres constructeurs ? Une fois le marché là, aura-t-il une réelle barrière à l’entrée ? Le problème actuel de Renault me semble surtout être son métier : ses voitures ne sont pas fantastiques. Une éventuelle avance en termes de batterie éliminera-t-il ce handicap ? Mais je suis peu compétent.

Cependant, une généralisation de mon expérience restreinte me fait entrapercevoir une autre hypothèse (fantaisiste ?) qui pourrait expliquer de manière plus satisfaisante que la précédente la stratégie de Renault.

J’ai eu beaucoup d’amis libanais et j’ai cru identifier chez eux et leurs compatriotes une tendance culturelle, indépendante de leur confession : vouloir devenir énorme. Le Libanais est increvable quand il s’agit d’affaires, vous pouvez lui faire faire plusieurs fois le tour du monde sans qu’il ressente le jet lag, ou même qu’il prête la moindre attention au changement de paysage. Cette formidable énergie lui permet de bâtir des empires. Mais ils ont la curieuse propriété d’être des baudruches. Le Libanais ne semble pas connaître la notion de coût, mais juste celle de chiffre d’affaires. Si bien que, la veille il peut-être le plus grand, et le lendemain, ruiné.

À suivre.

Compléments :

  • Jusqu'ici la stratégie de M.Ghosn semblait uniquement financière.

Changement au Sénat

D’habitude ce blog se lamente du manque de compétence en changement de nos élites. Pas cette fois-ci. Gérard Larcher, qui dirige, le Sénat semble l’avoir transformé, avec talent :

Sans brusquer les choses ni braquer ceux qui pouvaient s'opposer au changement, (Gérard Larcher) est parvenu à ses fins. Ce n'est pas un dépoussiérage, c'est une vraie rupture qui est en train de s'opérer. (…) Une révolution feutrée.

Il y a peut-être beaucoup mieux. Contrairement à ce qui se passe à l’assemblée nationale, il serait désormais possible d’y entendre toutes les voix, et de construire à partir d’elles des solutions qui tirent le meilleur parti du génie collectif…

La majorité n'étant pas arithmétiquement acquise, elle doit être politiquement gagnée. Bien sûr, cela ne bannit pas les combinazione. Il n'empêche : le débat législatif ne s'y limite pas à une "coproduction" à guichet fermé entre hyperego. On l'a vu encore récemment, sur le projet de loi pénitentiaire et la question de l'encellulement individuel : le Sénat peut non seulement infléchir un texte du gouvernement, mais également faire prévaloir son point de vue.

Si c’était le cas, y aurait-il un espoir pour notre démocratie ?

Compléments :

Choix Afghan

Le chef de l’armée américaine en Afghanistan demande d’importants renforts. L’hésitation de M.Obama est interminable. Plus intéressant peut-être est ce qu’elle révèle des considérations qui s’affrontent :

  1. Lors des élections, M.Obama paraissait inflexible : il fallait gagner la guerre afghane. Et si cela avait été une manœuvre pour s’attirer les faveurs de l’électorat ? Ses promesses de retrait d’Irak, quant à elles, visaient les pacifistes.
  2. Les multiples groupes qui constituent le parti démocrate voudraient que l’argent de la campagne afghane serve leurs intérêts.

N’y aurait-il rien d’autre dans la politique américaine qu’égoïsme et calculs minables ? Les belles paroles de M.Obama et des démocrates seraient elles pure hypocrisie, et même des outils de manipulation ? Conclusion de l’article :

« Peut-être la principale conclusion de la guerre du Vietnam », disait Robert Thompson, « est, ne comptez pas sur les États Unis comme allié ».

Compléments :

  • To surge or not to surge.
  • En récompensant M.Obama pour ses promesses, le comité Nobel a été habile. Même si sa manœuvre a peu de chances de succès, au moins a-t-il le mérite d’avoir essayé de faire tenir ses engagements à M.Obama.
  • Stratégie afghane : une proposition.

samedi 17 octobre 2009

Héritage et démocratie

Les deux précédents billets me remettent en mémoire la défense par M.Sarkozy de son fils. Il dit qu’il a été élu conseiller général à la loyale, et que son accession à la direction de l’EPAD est légitime.

Oui, mais combien de Français peuvent-ils être élus conseiller général, à 21 ans ? Mes élèves de DESS (encore appelé Master2) de Dauphine ont 21 ou 22 ans, ils ont passé leur temps à étudier (dans ce domaine, ils ont 3 ans d’avance sur J.Sarkozy, qui en a 23) ; et quelle serait la probabilité de succès politique d’un jeune peu diplômé ?

D’après Dominique Rousseau, Tocqueville avait déjà identifié la question :

Il est intéressant de relire Alexis de Tocqueville. A son retour des États-Unis, vers 1830, Alexis de Tocqueville défendait l'introduction du suffrage universel. A ses amis qui le traitaient de fou, il disait en substance : "Ne vous inquiétez pas, le suffrage universel ne fait que légitimer l'exercice du pouvoir par ceux qui l'ont déjà."

Le phénomène ne se limite pas à la famille présidentielle, il est partout en politique, y compris au sein des syndicats. Comment parvenir à une démocratie qui soit réellement représentative ?

Compléments :

  • L’état de mes réflexions sur la réforme de la démocratie : Fils d’appareil.
  • Pour l'importance de la loi dans le renouvellement des élites, voir le billet précédent.
  • Et si Jean Sarkozy était effectivement le meilleur candidat en présence ? Après tout, c’est ce qu’on nous dit. Imaginons que l’on décrive le poste, les capacités qu’il demande et que l’on mette en face le CV des Français, combien seraient jugés meilleurs que celui de M.Sarkozy ? ça se chiffrerait en milliers ? millions ? Bien entendu, il n’y a pas que la compétence intrinsèque de l’homme, il faut aussi prendre en compte des facteurs sociaux dans la sélection : un candidat exceptionnel pourrait ne pas survivre dans l’écosystème de l’EPAD. Ceci donne une curieuse image de nos processus de sélection des plus hautes fonctions de la nation.

Héritage (suite)

En termes de droit de succession, l’Europe des 27 est divisée en deux écoles, d’un côté Angleterre et Pays de Galles, de l’autre le reste de l’Europe et l’Écosse. La logique anglaise est que chaque individu fait ce qu’il veut de sa fortune (« liberté »). Pour les 26+ pays restants, la fortune de l’individu appartient à ses descendants.

D’un côté, l’homme crée ce qu’il y a de beau dans la nature, de l’autre, il ne fait que l’emprunter à ses enfants. Logique individualiste et logique sociale.

Bizarrement, il semblerait que les révolutionnaires français aient pensé que le système anglais, qui était celui de l’ancien régime, permettait au féodalisme de se perpétuer. Probablement parce qu’il évite le morcellement de l’héritage. Cela explique peut-être pourquoi la classe dominante anglaise a été aussi durable (les familles nobles ont toujours d’immenses richesses).

Je soupçonne de plus en plus que la logique individualiste, qui veut que l’on ne doive son succès qu’à son effort, est une logique d’héritiers.

Compléments :

  • Where there's a will there's a row.
  • L'article dit aussi que la même division européenne se retrouve en ce qui concerne les lois du travail : d’un côté on veut qu’elles favorisent la concurrence, de l’autre, qu’elles protègent l’homme. Dans un monde d’héritiers, la « concurrence » s’entend entre « ressources », elle ne concerne pas l’héritier qui doit sa fortune à son talent, à l’élection divine. Dans un monde de laissés pour compte, l’individu est probablement conscient de sa fragilité et de l’incertitude de sa position, et il réclame une protection.

La logique des héritiers ?

Ma première interprétation du cas Jean Sarkozy a fait place à une autre idée. Une intervention de Mme Parisot en est à l’origine : si mes souvenirs sont bons, elle semblait trouver la jeunesse et l’enthousiasme de Jean Sarkozy sympathiques.

Le déséquilibre entre le ton de l’encouragement, les qualités qu’il sous-entendait (quelques centaines de milliers de jeunes s’y reconnaitraient), et l’ampleur des responsabilités revendiquées était inattendu.

D’ailleurs j’ai toujours été frappé par Madame Parisot : contrairement aux anciens grands patrons, austères et secrets, son art du discours et son aspect me font penser au professionnalisme anglo-saxon. Il y a de la « star » en elle.

Il y a autre chose de commun entre nos dirigeants et leurs équivalents américains : ce sont des héritiers. J.Sarkozy, son épouse, Mme Parisot, Mme N.Sarkozy... Et des héritiers qui s'ignorent, parce que leur vie est active et qu'elle est un succès. Ils ne comprennent pas que sans le capital social avec lequel ils sont partis, leurs efforts auraient été vains.

Alors, si notre élite gouvernante se trouve belle et admirable, pourquoi ne jugerait-elle pas naturel que ses rejetons occupent les plus hautes fonctions ? D'ailleurs ne lui appartiennent-elles pas ?

Compléments :

  • La presse étrangère semble croire à un drame de l’isolement : We're in it up to here.
  • Au passage, je note que F.Mitterrand, lui aussi en situation délicate avec l'opinion, est un héritier. Cela peut-il expliquer pourquoi il ne voit pas le monde et ses règles de la même façon qu'elle ?
  • Un exemple d'héritage américain. Et une citation de Paul Krugman :
students with low test scores from high-income families are slightly more likely to finish college than students with high test scores from low-income families.

vendredi 16 octobre 2009

Risque hypertexte

Peut-on interdire les liens hypertextes vers un site ? dit que cette pratique, qui se répandrait, n’a pas de fondement juridique. Un avocat interviewé révèle cependant que le lien hypertexte peut être risqué :

"On ne peut pas faire n'importe quoi avec un lien hypertexte : par exemple, faire un lien pointant vers le site d'une société sur les mots 'bande d'escrocs' peut être assimilable à de la diffamation (…) C'est seulement si le lien est utilisé pour diffamer, parasiter économiquement un site, permettre d'accéder à un contenu en évitant la publicité, par exemple, que l'entreprise peut porter plainte."

Il serait peut être bien, avant de faire quoi que ce soit sur Internet, d’apprendre le droit…

Tensions aux USA

From Wall Street to Main Street to Skid Row pose une question épineuse:

Les banques américaines ont été renflouées au motif que sans cela la crise allait dévaster le pays. Or, aujourd’hui elles font des profits record, mais le chômage est partout (10%, ce qui est beaucoup pour les USA, qui n’ont pas nos systèmes de protection).

Peut-être qu’autrement c’aurait été pire ? Vu de loin, ça ressemble plutôt à un changement qui n’a pas été fait : le statu quo a été maintenu. Le gouvernement américain a attaqué les symptômes mais pas les causes ?

Remis en contexte historique, le phénomène est beaucoup plus curieux. La crise actuelle suit une dizaine de crises locales résultant de la libéralisation par les experts américains des pays émergents. Chaque crise a été circonscrite à une zone géographique mais n’a pas atteint l’Occident, et les USA en particulier. Puis il y a eu la bulle Internet dont les conséquences de l'explosion ont été évitées par le gonflage de la bulle à l'origine de notre crise. Cette fois-ci les USA sont touchés. Avec une exception : leur système financier (plus exactement une partie de celui-ci peuplé d'une sorte d'élite universitaire). Alors, y aurait-il un mécanisme de défense qui protège le système financier américain, représenté par une étroite élite serrée autour du gouvernement ? Ce groupe d'hommes serait-il le moteur de la libéralisation financière mondiale ?

Compléments :

  • Trou noir.
  • L'action du ministère Paulson, telle que vue de l'intérieur du ministère (Chronique d’une crise annoncée), semble confirmer mon dernier paragraphe. Or, l’administration Obama a mis en oeuvre les idées de ses prédécesseurs.

Formation continue

Hier soir, j’étais invité à parler de changement aux étudiants d’un master de Sciences Po, des cadres supérieurs. L’ambiance était très sympathique. Ce type de formation crée des groupes d’entre-aide très utiles par les temps qui courent, ai-je pensé :

Notre problème national est l’isolement de l’individu, qui est pris dans un environnement de travail extrêmement hostile, pour lequel il n’est pas préparé. Appartenir à un tel groupe permet de parler de ses tourments professionnels et de leur trouver des solutions.

jeudi 15 octobre 2009

Fils d’appareil

J’ai entendu M.Fromantin dire que Jean Sarkozy n’a pas de projet pour l’EPAD. D’après ce que l’on m’a expliqué des hommes politiques, ils sont tous ainsi : ils n’ont pas d’objectif pour la nation, ce qu’ils aiment c’est le « pouvoir » : notoriété, grand train de vie, discours, élections, intrigues, coups de théâtre…

Une classe politique peu préoccupée de nos intérêts

Et le résultat n’est pas très bon pour nous. Par exemple, voici ce que je perçois des trois leaders politiques français les plus remarqués :

  1. N.Sarkozy et S.Royal sont faits sur un modèle identique d’agitation brownienne.
  2. M.Aubry (fille de son père) possède une pensée politique qui s’est apparemment épuisée avec les 35h. D’ailleurs ce qu’elle a d’exceptionnel n’est-il pas sa capacité à diriger le PS, en dépit de luttes de factions incessantes, et d’un soutien minoritaire ? Autrement dit sa maîtrise des rouages de l’appareil ?

Jean Sarkozy pourrait être vu comme une illustration de la théorie du capital social de Pierre Bourdieu (selon laquelle la fortune, au sens ancien du terme, d’un homme dépend de sa place dans la société), cependant je me demande si celle de Merton sur la bureaucratie n’est pas plus appropriée :

La politique française victime des partis politiques

Robert Merton avait remarqué que les strates bureaucratiques suivaient des objectifs qui leur étaient propres. C’est le « détournement de but ». Il y avait « ritualisation », le moyen était révéré plutôt que la fin, l’intérêt de l’organisation globale. C’est ainsi que les directions de la communication font de belles campagnes de communication, sans toujours s’inquiéter de l’utilité d’une campagne de communication pour l’entreprise, que les directions techniques aiment la technique pour la technique, etc.

Notre système politique semble fonctionner de même. Il a une existence indépendante de celle de la nation. Il produit des êtres à son image, qui a leur tour le reproduisent. La raison du phénomène, comme pour la bureaucratie, est la professionnalisation. L’homme politique est un rouage d’une organisation, le parti politique.

En fait, le parti est fruit de la nécessité :

  • Pour se faire élire, il faut se faire connaître. Le coût de la publicité nécessaire est colossal.
  • La carrière politique ne peut être que continue, car un politique aura beaucoup de mal à trouver un autre type d’emploi.

Jadis les hommes politiques avaient une fortune, aujourd'hui ils ne l'ont plus, et ont besoin de l'aide d'un appareil.

Or, le parti et ses rouages vont probablement à l’encontre des principes de notre démocratie : nos élus ne devraient-ils pas être une sorte d’échantillon représentatif de la nation, qui exprime ce que Rousseau appelait « la volonté générale » ?

Une politique sans partis ?

Quelques pistes, à creuser, pour éliminer les structures politiques, dissoudre appareils et professionnels :

  • Réduire le besoin d’hommes politiques à plein temps. Découper les fonctions électives, de façon à ce qu’une grande partie d’entre elles soit accessible au bénévolat.
  • Faciliter la publicité aux actions et à la pensée des « meilleurs d’entre nous », probablement des gens dévoués à la cause commune sans être engagés dans la politique professionnelle. Le web social a peut-être des choses à dire sur le sujet.
  • Réduire les coûts de reconversion en fin de mandat électif.

Compléments :

mercredi 14 octobre 2009

Restauration et TVA

Les journaux confirment mon impression : beaucoup de restaurants n’ont appliqué aucune baisse de prix, en dépit d’une réduction de leur TVA de 19,6% à 5,5%.

Une phrase remarquable d’un article du Monde :

Enfin, selon Mme Pujol, une fraction des restaurateurs "estimait que ce taux de TVA – à 19,6 % – était une injustice fiscale" et "ne (se) sent donc pas concernée par de quelconques contreparties". Une injustice dont le coût pour l'Etat est estimé à 3 milliards d'euros.

Voici la France à son meilleur. Ça ne fait ni chaud ni froid au restaurateur d’avoir pris 3md€ au reste de la nation (par an ?). Et en plus à un moment où elle ploie sous les dettes.

Compléments :

  • Autre exemple des vertus françaises.

Portable à l’école

Il paraît que le portable a été interdit aux élèves. La mesure ne semblait pas aller d’elle-même : une mère aurait giflé une enseignante qui avait demandé à une petite fille de se passer de son portable, au motif que la mère voulait pouvoir être jointe immédiatement (France Culture, ce matin).

Elle aurait dû savoir que le portable et toutes ses applications (échange de SMS, accès Internet, triche…) n’est pas compatible avec l’enseignement, et que l’école prend soin de la petite fille aussi bien que sa maman, voire mieux. Celle-ci n’a donc pas à s’inquiéter.

Je me demande si le raisonnement un peu rapide de la mère n’illustre pas l’isolement dans lequel nous vivons. Nous sommes seuls, nous ne profitons pas de l’intelligence collective, si bien que nous sommes victimes de la première idée qui nous passe par la tête. Et c’est ce qui nous rend manipulables par les faiseurs d’opinion. Ils peuvent ainsi démolir les bases sur lesquelles notre société est construite, et que nous avons oubliées, pour servir leurs intérêts.

Crise occidentale : raisons structurelles

Au début des années 90, une lecture obligée en MBA était The Machine that Changed the World. Le livre expliquait pourquoi la production de masse était condamnée car économiquement ridicule. Or, elle a gagné…

Nette supériorité du lean manufacturing…

  • La production de masse (aussi appelée taylorienne ou fordiste), repose sur un découplage entre offre et demande. Les produits sont conçus des années avant d’être vendus, fabriqués par des machines, ou des hommes suivant des procédures (la procédure est le fondement des travaux de Taylor) et mis sur le marché. La publicité sert alors à former les goûts du marché à ce que l’entreprise sait produire.
  • Le lean manufacturing, que lui opposait The Machine that Changed the World, est une philosophie de production dont l’idée centrale est de coller au besoin du client, de lui répondre immédiatement. Pour satisfaire cette exigence, la chaîne de conception / fabrication / vente doit être flexible, ce qui fait employer plus d’hommes, mais des machines moins sophistiquées que dans la production de masse, et élimine les stocks. Contrairement au processus taylorien où l’homme est une machine, ici il a un rôle décisif : les processus sont améliorés par ceux qui les mettent en oeuvre. On profite ainsi de l’énorme capacité d’apprentissage de l’individu et du groupe social (que n’a pas la machine).

Ces procédés conduisent à des améliorations massives de qualité et de productivité par rapport à la production de masse.

… et les raisons de son échec

Or, ces 15 dernières années ont été un retour à la production de masse. Comment une technique économiquement inférieure peut-elle survivre à la sélection naturelle ? Parce que cette sélection a été entre parenthèses :

  • Nous avons vécu deux bulles spéculatives qui ont isolé les entreprises de la pression concurrentielle, d’ailleurs, comme dans le monde des télécoms et de l’automobile, toutes les entreprises ont adopté la même stratégie.
  • En particulier, les dirigeants ont cru que l’ordinateur permettrait de rendre flexible l’organisation. Les logiciels de CRM étaient supposés « orienter client » l’entreprise , les ERP infléchir ses processus internes en fonction du besoin du marché.

La production de masse a un autre atout : l’intelligence est dans la machine. Ceci permet d’une part d’avoir des dirigeants qui ne connaissent pas le métier de l’entreprise (ils achètent des machines), et des ouvriers sans qualification, donc en « concurrence parfaite », donc pauvres. De ce fait, la valeur qui est accumulée par l’entreprise profite massivement aux dirigeants, ce qui n’est pas le cas dans le modèle « lean », évidemment plus égalitaire.

Pourquoi une crise, alors ? Si l’on regarde ce qui s’est passé aux USA, il semblerait que le moteur de l’économie ait été la consommation, nourrie par la dette : les pauvres s’endettaient et les inégalités s’accroissaient. Peut-être parce qu’un tel édifice devient de plus en plus fragile, il a fini par s’effondrer. Aujourd’hui le marché reconstitue ses économies, et n'achète plus, ce qui paralyse le fonctionnement de la nation.

Hiver nucléaire

Le résultat de ce qui précède :

  • Les multinationales, qui avaient parié sur des effets de taille, la délocalisation et la promesse des marchés émergents, ont négligé leur recherche et développement ; ayant cru que les ordinateurs et les consultants géreraient leurs employés à leur place elles ont laissé péricliter le métier qui faisait leur efficacité. Par exemple les audits d’usines que je vois passer montrent des équipes stressées, sous pression, mais des prévisions de fabrication à un jour, production en grande partie inutile (!), stocks gigantesques (et vols), locaux de travail mal tenus et organisés de manière irrationnelle, logiciels de gestion utilisés invraisemblablement (faute de formation ?)… Conclusion : employés laissés à eux-mêmes, démission du management.
  • Les PME ont été dévastées indirectement. Elles sont pour beaucoup des sous-traitants des multinationales. La concurrence organisée par les services d’achat des grandes entreprises les ont mises à genoux et leur ont fait perdre leur savoir-faire (notamment licenciement des personnels les plus coûteux, car les plus expérimentés).

La menace émergente

Si notre tissu économique n'est plus que l'ombre de lui-même, celui des pays émergents se développe à plein régime :

  • Ils sont nationalistes : ils refusent la globalisation qui permet la collusion entre multinationales (l’élimination de concurrence) nécessaire au maintien de la technique production de masse, économiquement inefficace.
  • Ils se comportent comme des entrepreneurs. Ils investissent, innovent, apprennent.

En résumé, que les bonnes volontés à qui il reste un rien de compétence de gestion ou technique se réjouissent : elles ont un champ de ruines à relever ; et il va falloir faire vite. Et le lean manufacturing (en fait, le lean tout court) a de beaux jours devant lui.

Compléments :

  • WOMACK James P., JONES Daniel T., ROOS Daniel, The Machine That Changed the World: Based on the Massachusetts Institute of Technology 5-Million-Dollar 5-Year Study on the Future of the Automobile, Scribner Book Company, 1995.
  • L’exemple du comportement moutonnier de l’automobile : Recomposition de l’industrie automobile ?
  • La révolution précédente de l’automobile avait été l’adoption des techniques de lean manufacturing. Sur le mode projet et la Twingo : MIDLER, Christophe, L'Auto qui n'existait pas : Management des projets et transformation de l'entreprise, Dunod, 2004.
  • Sur le dynamisme émergent, dans les télécoms : Téléphonie mobile et pays émergents.
  • L’Amérique tirée par la consommation, une économie bâtie sur du vent et des petits boulots : Le Mal américain (analyse de Jacques Mistral, au second point). Il ne reste plus rien de l’industrie américaine : Désert industriel américain.
  • Nos dernières années ont vu une augmentation sans précédent des inégalités sociales : Hold up ? et Inégalités françaises ?

mardi 13 octobre 2009

Jean Sarkozy nommé par la gauche

Le plus surprenant dans la nomination de Jean Sarkozy à la tête de l’EPAD est que son père ne craigne pas la publicité qu’elle puisse lui faire.

Il est possible que s’il se sent capable des mesures les plus impopulaires, c’est parce qu’il ne redoute pas son opposition, que la France juge incapable de gouverner.

Or, celle-ci n’a aucune raison de se réformer, et toutes les raisons au contraire de se relâcher, puisque, probablement, elle fonde tous ses espoirs sur un discrédit du gouvernement. (François Holland.)

Selon cette curieuse hypothèse, gauche et droite seraient entrées dans une sorte de cercle vicieux de médiocrité croissante. Et si la nomination de Jean Sarkozy était une manœuvre machiavélique pour ensevelir la gauche ?

Stratégie de Carrefour

Édifiante histoire :

  • Des investisseurs (dont Bernard Arnault) entrent au capital de Carrefour. Leur objectif : vendre ses magasins pour récupérer cet argent par les dividendes. Mais le prix de l’immobilier et l’action chutent.
  • Ces investisseurs, qui possèdent 13% des actions et 20% des droits de vote, voudraient maintenant céder les magasins non européens de la société (Chine, Brésil, etc.), un remarquable succès, pour la ramener au marché européen, qui va très mal. Là aussi, l’idée est de récupérer l’argent de la vente via un (seul) versement de dividendes.

Retour à Carrefour dans l’impasse ?: l’actionnaire indélicat peut détruire l’entreprise. Or, contrairement à l’employé qui fait l’objet d’un long procédé d’acculturation (après sélection), l’actionnaire ne passe pas de test qui garantisse qu’il partage les intérêts de l’entreprise.

Du bon usage des experts

Une citation qu’il est bon de connaître (A goat with medals) :

Winston Churchill’s dictum about experts: they should be “on tap, not on top”.

lundi 12 octobre 2009

Les Américains contre l’état

Je n’arrivais pas à comprendre pourquoi la crise a rendu l’Américain encore plus fâché avec l’état qu’il l’était auparavant. Je viens de découvrir qu’il avait raison : le fonctionnaire américain tend à être étonnamment riche et peu compétent :

With overtime, one tenth of the police in Massachusetts made more than the governor’s annual salary in 2006, according to the Boston Globe. Including benefits, the average employee of New York City makes more than $100,000, according to Forbes, while some Californian prison guards “sock away $300,000 a year”.

And what do taxpayers get for their generosity? The bad bargains get all the publicity. Union contracts force the postal service to pay thousands of unneeded workers to do nothing. In New York, public-school teachers who can’t be trusted to teach but can’t be sacked either are paid to sit and do crosswords.

L’Américain est-il incapable d’être un bon bureaucrate ? C'est pourquoi il pense que les bureaucraties sont à abattre ?

En tout cas, il y a peut-être une explication à son inefficacité : pour qu’une administration fonctionne, elle demande de ses membres qu’ils fassent passer l’intérêt collectif avant le leur, si ce n’est pas le cas, ils ont un formidable outil pour essorer les ressources de la nation. Une culture individualiste ne peut avoir d’administration.

Compléments :

Elinor Ostrom

Elinor Ostrom reçoit le prix Nobel d’économie.

Je cite sans arrêt un de ses livres (Governing the Commons), mais il ne m’était jamais venu en tête que le comité Nobel puisse s’intéresser à ce type de travaux.

Décidément c’est un repère de communistes (Obama prix Nobel.)

Remettre la Chine dans le rang

La zone euro est dans une situation inconfortable : la monnaie des pays anglo-saxons est sous-valorisée, et celle de la Chine est elle-même sous valorisée par rapport au dollar, doublement donc par rapport à l’euro. L’Europe est-elle condamnée à la désertification ? La nouvelle science de la spéculation pourrait nous aider (A bubble in Beijing?) :

La Chine est dans une situation propice à la spéculation : « beaucoup de liquidités, faible inflation et forte croissance sont les ingrédients parfaits d’une inflation soutenue du prix des actifs. Et il manque à la Chine un instrument anti-bulle essentiel : la capacité d’augmenter ses taux d’intérêt. »

En outre le réajustement étant inévitable, « le spectre d’un yen fort va temporairement renforcer le risque de bulle spéculative, puisque les capitaux étrangers rentreront dans le pays en anticipation d’un enchérissement de la monnaie. »

Comme dans La guerre des mondes, l’Occident pourrait-il être sauvé par ses maladies ?

Compléments :

  • La spéculation est naturellement causée par un excès de capitaux arrivant dans un pays. Trou noir.

Traité de Lisbonne, ce mystère

Quoi de plus barbant que le traité de Lisbonne ? Eh bien c’est une bombe :

Contrairement à ce que je pensais, le parlement européen n’est pas un bidule informe, mais une machine infernale à nous transformer en fédération. Tous ceux qui y entrent (du moins les partis de gouvernement) perdent leur identité et se fondent dans le combat commun : dissoudre les états et leurs particularités, leur imposer une législation unique.

Or, le traité a donné des pouvoirs nouveaux et forts à l’assemblée européenne. Elle va s'en servir certainement pour mettre un terme aux petits arrangements entre états, au conseil de l'Europe, qui protégeaient leurs intérêts particuliers (la réglementation de la City, peut-être aussi nos exceptions françaises?). Cela au moment même où le nationalisme prend du poil de la bête. Risque de conflit et d’explosion ?

Le traité a aussi installé un président (volonté de la France et de l’Angleterre) et un ministre des affaires étrangères (volonté de l’Allemagne). Mais pour ménager la chèvre et le chou, leurs rôles sont mal définis et empiètent l’un sur l’autre ainsi que sur celui d’autres institutions. Leur contenu va être déterminé vraisemblablement par la jurisprudence et l’exemple des premiers titulaires.

Bref, rien ne va plus, l’avenir de l’Europe peut prendre plusieurs directions : fédération, libéralisme triomphant, débâcle.

Compléments :

  • Finalement nous nous sommes tous cassés la tête pour comprendre la signification du traité de Lisbonne alors qu'il s'agissait peut-être seulement de donner le pouvoir de fédérer l'Europe au champion de cette fédération, l'assemblée européenne. Ne serait-il pas plus démocratique de présenter à l'électeur des modèles possibles pour l'avenir de l'Europe et de lui demander de choisir celui qui lui va, que de recourir à des nuages de fumée comme le font nos politiques ?
  • Le scénario d’avenir libéral : Wake up Europe! (Grand marché européen, réduction du coût des états - mais maintien des nations, extension de l'UE pour stabiliser ses voisins.)
  • L’Europe pourrait être à un tournant de son histoire : Forte Europe ?
  • Suite de ma réflexion sur les « droits de l’homme », je découvre une nouvelle charte des « droits fondamentaux », dont la Grande Bretagne a demandé d’être exclue. The Economist observe que le droit de grève et le droit à des soins préventifs menaçaient d’être « coûteux ».

dimanche 11 octobre 2009

Suicide et libéralisme économique

On se suicide beaucoup en France, pas que chez France Télécom. The Economist explique pourquoi :

Unable to shed staff, firms give employees meaningless jobs instead, to try to nudge them out. And big French firms, many one-time branches of the civil service, have been opened up to market competition, bringing new pressures to perform in the office or factory floor.

Un autre article dit que les conditions de travail se sont partout dégradées, le suicide n’étant que « le bout de l’iceberg » des conséquences qui en résultent.

America’s Bureau of Labour Statistics calculates that work-related suicides increased by 28% between 2007 and 2008, although the rate is lower than in Europe.

Les raisons:

  • La crise, et en particulier les transformations des secteurs des télécoms et de l’automobile.
  • Une recherche de performance croissante, déshumanisée, taylorienne. « Au Japon des entreprises vérifient même que les employés sourient suffisamment aux clients. »
  • Des entreprises qui demandent à la fois un dévouement absolu, de travailler sans compter, mais qui n’hésitent pas à se débarrasser de leurs employés.

Most employees understand that their firms do not feel much responsibility to protect jobs. But they nevertheless find it wrenching to leave a post that has consumed so much of their lives.

Compléments:

M. le maudit

Le PS attaque M. Mitterrand pour un passage d’un ancien livre, et se trouve aux côtés du Front National à défendre les bonnes mœurs.

Ce qu’il y a de curieux, c’est que le coupable me paraît parler d’une histoire d’amour, de ce qu’il y a peut-être de plus important dans une vie humaine ; d’un être pris, comme dans toutes les tragédies, dans un conflit entre passion et devoir, et qui perd, comme dans toutes les tragédies. Il y aussi l’espoir fou qu’il est peut-être aimé en retour. Est-ce une illusion ?

Je me suis demandé s’il n’y avait pas là quelque chose de l’artiste maudit, que d’ordinaire l’intellectuel de gauche aime à défendre contre la morale bourgeoise.

Au même moment j’entendais la radio dire que le taux de mortalité sur la route a augmenté du fait du relâchement du comportement du conducteur. J’en suis arrivé à m’interroger sur la hiérarchisation des vices.

Compléments :

La Danse, le ballet de l'Opéra de Paris

Film sur l’Opéra de Paris.

La directrice artistique serait-elle communiste ? Elle parle beaucoup de son corps de ballet, presque pas de ses étoiles, et elle dit à ses danseurs que ce qui fait leur force est moins leur génie individuel que la compétence collective de leur groupe, qui est exceptionnelle, l’une des meilleures au monde. S’ils veulent se défendre, ils doivent la défendre.

Heureusement peut-être le spectacle n’est pas aussi beau qu’à l’Opéra, la caméra introduit un écran avec les êtres vivants qui me semblent le réel intérêt du spectacle. Mais c’est remarquablement bien filmé, à tel point que l’on n’a pas l’impression que c’est filmé. Le mieux, le plus rare, est sûrement les séances de répétition, des séances sans conflit ou surviennent parfois des moments de grâce, qui laissent le maître de ballet sans voix.

À côté de ce monde d’artisans plus que d’artistes, tant ils paraissent rechercher une perfection anonyme, qui vivent en vase clos (aux danseurs, il faut ajouter les accessoiristes et les couturiers), des ouvriers (tous noirs ?) bouchent les fissures d’un bâtiment vétuste, et une cantine aussi mauvaise que toutes les cantines.

samedi 10 octobre 2009

Hold up ?

Les revenus aux USA :

le "Top 1 %" a accaparé sous Clinton 45 % de la croissance des revenus, un pourcentage évidemment déjà élevé mais qui a bondi à 65 % sous George W. Bush (…) en 2007 le Top 1 % a accaparé 23,5 % des revenus, un record depuis 1913 à l'exception de... 1928 (23,9 %) (…) le Top 0,01 %, c'est-à-dire les 14 998 familles qui ont déclaré plus de 11,5 millions de dollars de revenus, possédait 6,04 % du total, soit davantage qu'en 1928 (5,04 %). (…) "Ce ne sont pas des rentiers qui tirent leurs revenus d'une fortune passée, mais plutôt des "working rich", des salariés très bien payés ou des nouveaux entrepreneurs."

Vu l’état de l’économie américaine, on peut se demander si les riches américains méritaient vraiment leur fortune, si une partie de la société n’a pas réussi à en dépecer une autre et si son arme n’a pas été, plutôt que ses compétences supérieures, une habile manipulation des esprits.

Compléments :

Public contre privé

Une étude a été menée pour comparer l’efficacité des entreprises privées employées par l’état et du public (ANPE) dans le replacement des chômeurs.

D’un côté le CVE (public), de l’autre l’OPP (privé)

Par rapport à un accompagnement classique, expliquent les auteurs, "CVE permet d'augmenter de 9 points les taux de sortie dès le troisième mois, tandis qu'à cet horizon, l'effet des OPP est toujours non-significatif. A douze mois, CVE a un impact de 8,5 points et les OPP un impact de 6,4 points". Avantage pour le public, donc. En y regardant de plus près, les chercheurs du Crest ont remarqué que l'accompagnement par un OPP bénéficiait, en revanche, de meilleurs résultats si l'on considérait la reprise d'une activité réduite et non la sortie complète des listes du chômage.

(…) Ils se sont aperçus que l'accompagnement par les OPP, à l'inverse du programme public, ne réduisait pas le nombre de journées d'indemnisation payées. Comment se fait-il que les chômeurs trouvent plus rapidement du travail sans toutefois engendrer d'économie ? "La raison, explique M. Crépon, est que les OPP diminuent les sorties des listes du chômage pour des motifs autres que le retour à l'emploi – maladie, radiation, formation, etc." Le programme fonctionne puisqu'il "apporte une plus-value pour le chômeur", mais du point de vue de l'Unédic, "cette opération a vraisemblablement été coûteuse, puisqu'elle n'a pas réduit le nombre de jours passés en chômage et qu'il a bien fallu payer les OPP", reconnaît M. Crépon.

Le privé serait efficace (mais moins que l’ANPE ?) parce qu'il sait jouer sur la lettre (sortie des listes de chômeurs) pour trahir l’esprit de son contrat (le retour à l’emploi) ?

En outre, on n’a aucune idée des coûts comparés des programmes.

vendredi 9 octobre 2009

Obama prix Nobel

Surprenant. M.Obama est dans une situation très difficile (réforme de la santé, Afghanistan), et il reçoit le prix Nobel.

D’après Barack Obama Prix Nobel de la paix, il aurait été récompensé pour ne pas être George Bush :

En poste depuis moins d'un an, il a déjà fortement infléchi la politique étrangère américaine en optant pour une approche plus consensuelle et multilatérale. "En tant que président, Obama a créé un nouveau climat dans la politique internationale", a déclaré le président du comité Nobel norvégien, Thorbjoern Jagland, soulignant sa quête de solutions négociées.

Le Comité Nobel aurait-il tellement peur d’un retour au statu quo ante qu’il a décidé de noter dans la mémoire du monde, avant que l’histoire présidentielle ne tourne mal, qu’elle avait été marquée par des intentions louables, qui doivent impérativement inspirer les successeurs de M.Obama ?

En tout cas, il semblerait équitable qu’il partage le montant de son prix avec son prédécesseur.

Complément postérieur :

  • Le correspondant de la BBC me semble confirmer que ce prix est un encouragement à M.Obama dans son combat pour faire de l'Amérique un pays civilisé. D'ailleurs, il partage entièrement mon point de vue selon lequel c'est un prix anti-Bush.

Parapluie

Déjeuner un jour de pluie. Le tenancier du restaurant exige mon parapluie. À la sortie il ne l’a plus. Il l’a donné à un client. D’ailleurs il a un déficit de deux parapluies. Il me prête un moche à la place du mien. Que je lui rends le lendemain, après m’en être acheté un bien (même modèle que le disparu).

Et voilà la France. Notre art national est de rationaliser le vol. Notre conscience ne fonctionne que si nous risquons une sanction. Belle éducation. Et qu’arrive-t-il quand ce même Français est au sommet du pouvoir économique ou financier ? Qui vole un parapluie vole quoi ? Je préfère ne pas y penser.

jeudi 8 octobre 2009

Contrôler le banquier

Depuis la crise, les économistes se demandent comment maîtriser les banquiers. Nouvelle tentative :

  • Problème : le système de motivation des contrôleurs les encourage à ne rien contrôler, d’ailleurs leurs contacts fréquents avec les contrôlés leur fait partager leur point de vue.
  • Solution : un système de contrôle supranational, si possible une banque centrale.

Réflexion :

  • Une banque centrale a une structure hiérarchique ce qui donne un pouvoir disproportionné à un homme seul. Or l’erreur est humaine…
  • Toutes les crises aux USA viennent de ce que le pays croit en même temps au père Noël. Dégager le contrôleur de la culture nationale est sûrement une bonne idée. Mais évidemment pas applicable à l’Amérique (d’ailleurs la suggestion est faite pour l’Europe). Pourquoi ne pas créer une force de contrôle sur le modèle de la police ? Les policiers sont mal payés, mais ils ne deviennent généralement pas des voleurs, et ils les attrapent. Maslow observe que l’argent motive peu, et mal. Ce qui motive ultimement c’est « l’auto réalisation », l’éclosion de son identité. Or, cette identité est surtout sociale. Donc si la lutte contre le crime financier est une vertu nationale, s’il existe un organisme qui porte cette mission, il recrutera une élite efficace, motivée et incorruptible.

Culturellement impossible ? Seul moyen de contrôler la finance américaine c’est une crise si terrible qu’elle modifie sa culture, ou un affaiblissement tel du pays qu’il ne pose plus de risques ?

Compléments :

The September Issue

Ce film fut une déception. J’ai compris pourquoi :

Finalement ce que j’aime dans mon travail, c’est que j’y suis l’ethnologue de cultures mystérieuses, celles que développent les métiers un peu ancien. C'est ce que j'attendais de ce film. Je pensais qu'il me montrerait le monde de la mode. Mais rien du tout. Il s’agit juste de la conception d’un journal.

En plus je m’attendais à ce que ce soit beau, et ça ne l’est pas. Les images du film sont moches. Même les photos du magazine. Une mission chez Picto m’a laissé une tendresse pour le tirage photo. Une déception de plus. Les photos sortent d’imprimantes ! D’ailleurs tout est numérique et retouché, surtout les stars.

Au fond le sujet du film, et là il est probablement habile, c'est la relation entre une rédactrice en chef et sa directrice de la création. Tout les sépare.

  • La rédactrice en chef qui fait et défait les maisons de couture, qui est crainte, et qui semble fort riche est à l’image de notre crise : certains se sont placés à des goulots d’étranglement de la création de valeur (ici la publicité) mondiale, et, comme les traders, ils prélèvent une proportion démesurée de ce qui y passe. Dans ce capitalisme de Robber-barons, les classes dominantes sont éternelles : elle est la fille d’un rédacteur en chef de l’Evening standard, ses frères et sœur sont tous importants (dont le rédacteur en chef du Guardian), sa fille étudie le droit probablement dans la meilleure université. Et puis, si j’en crois Wikipedia, il y aurait un grand père général, et quelques ancêtres ducs ou autres. C'est une peste dont le titre de gloire aurait été d'avoir flairé la pipolisation avant l'heure et photographié des stars.
  • La directrice de la création. Elle est sortie du rang. Enfance pauvre, mannequin, accident de voiture puis début chez Vogue, tout en bas, et ascension. Absorbe l'arbitraire du rédacteur en chef pour pouvoir conserver un emploi où elle exprime son talent.
Compléments :

  • Occasion de découvrir une star inconnue : Sienna Miller. Le film ne l'avantage pas beaucoup. D'ailleurs les photos d'elles sont retouchées (sans compter qu'on lui demande de porter une perruque). Bizarrement, elle aussi est une fille de famille.

mercredi 7 octobre 2009

L’avenir est au service ?

Les fabricants de matériels informatiques (Xerox, Dell, sur les pas de HP) achètent des entreprises de service, seul moyen de protéger leur rentabilité. Le matériel est en voie de banalisation, à commencer par les « smartphones ».

  • Que va-t-il arriver à Apple ? Répétition du scénario Mac : un début tonitruant puis niche rentable ? Le gros du marché étant occupé par des dumbphones équivalents du PC ?
  • Pourquoi en arriver à une stratégie de service ? D’ordinaire les avantages industriels sont indestructibles et peuvent se maintenir des décennies (jusqu’à une innovation majeure). Comment se fait-il que les terminaux aient échappé à cette règle ? Stratégie financière exclusive qui ne comprend rien au marché et ne sait que copier en moins cher et en moins fiable ? Pas seulement : il suffit qu’un fabricant s’acoquine à une entreprise de service pour que les autres soient obligés de l’imiter : il réduit mécaniquement le marché ouvert à concurrence (HP aurait vendu 4md$ de matériel avec son service, son partenaire, EDS, recommandant jusque-là des produits concurrents).
  • Les entreprises ont-elles quelque chose à y gagner ? Dorénavant lorsqu’elles choisiront un cabinet de conseil, il arrivera avec ses équipements. Pas sûr que ce soit une bonne affaire : l’offre matérielle étant ainsi protégée de la concurrence risque aussi d’être oubliée de l’innovation.
  • L’affrontement ne portant plus que sur le service, va-t-il être soumis à une guerre des coûts ? Indiens ou salaires indiens partout ?

Compléments :

Les amours d’une blonde

Un des premiers films de Milos Forman.

C’est gris. Et c’est une histoire ordinaire dans le monde ordinaire des années 60, qui semble avoir été assez identique à l’Est et à l’Ouest. Cela se voulait-il léger et gentiment amusant, et impertinent à l'endroit du régime communiste ? Je n'ai pas accroché. Pour apprécier ce film fallait-il vivre en Tchécoslovaquie en 1965 ?

mardi 6 octobre 2009

PNUD

Hier, j’entends parler d’un rapport du PNUD sur l’immigration. Dans ce rapport, l’immigration n’avait que du bon. Ce qui enchantait France Culture.

Ça me paraît idiot. L’entrée dans un groupe humain est un processus extrêmement complexe, dont l’examen fait d’ailleurs l’objet de nombreux travaux scientifiques. Les entreprises, par exemple, recrutent en fonction de valeurs partagées plus que pour une performance objective (elles choisissent des gens qui leur ressemblent). L’immigration, comme toute entrée dans une communauté, pose des problèmes « culturels » (sens ethnologique) : les aspirations des immigrés et des indigènes peuvent ne pas cohabiter harmonieusement. Et l’histoire ne fait que nous le répéter.

Ça ne signifie pas que l’immigration est interdite, mais qu’elle ne doit pas être faite n’importe comment.

Pourquoi le PNUD ne s’en rend pas compte ? Deux hypothèses me viennent en tête :

  1. Vision « ultralibérale » du sujet : il n’aperçoit que l’aspect économique de la question. Hommes = « facteurs de production », 0 sentiment, culture… D’ailleurs les arguments que l’on emploie pour justifier l’immigration sont assez fallacieux. Par exemple, on nous parle du vieillissement de la population. Certes, mais nous avons un énorme chômage avec, à côté, des emplois qui ne trouvent pas preneurs. Une réorganisation des emplois, des aspirations et des carrières peut modifier nettement le besoin d’immigration, comme ont essayé de le faire les Japonais.
  2. Norbert Elias a montré la force de nos rêves sur notre existence. Nous commençons par imaginer le désirable avant de nous y conformer. Je me demande si l’Occident n’a pas fini par croire que tout ce qui lui passait par la tête pouvait être imposé à l’humanité. C’est comme cela qu’il a conçu « la déclaration des droits de l’homme ». Eh bien non, il y a des lois de la nature qui ne peuvent pas être transgressées.

Compléments :

  • Le PNUD veut "bousculer" les idées reçues
  • Et la mise en échec de l’idéologie PNUDienne : Fondamentalisme et libéralisme.
  • En fait, ma conclusion est un peu fausse : les droits de l’homme ne sont pas fatalement une impossibilité, mais ils demandent pour être mis en œuvre une « conduite du changement » qui respecte les lois culturelles. Les ultralibéraux et France Culture croient le monde simple, vide, transparent, malléable. En fait il est d’une extrême complexité. (Théorie de la complexité.)
  • L’idéologie qui a précédé les droits de l’homme (version moderne) a été le nationalisme, elle aussi a fait de fameux dégâts : Turcs et Arméniens.

François Hollande

Il était interviewé hier par France Culture. Souvenirs :
  • Une remarque assassine sur le référendum organisé par Martine Aubry (moins de 50% de participation) semble laisser entendre qu’il n’est pas de son bord. D’après ce que je retiens de précédents épisodes, il n’est pas non plus de celui de Ségolène Royal. Pas grande unité au PS. Que des individualistes ?
  • Que pense-t-il du cumul des mandats ? Attendons une loi. Car, si le PS bouge le premier ses élus seront défavorisés par rapport à ceux de l’UMP. Logique inaccessible à mon esprit. Ce qui l’est moins est que M.Holland a deux mandats.
  • Le plus beau pour la fin : la stratégie. C’est l’alternance. Les Français vont se lasser de l’UMP. Ça c’est un programme. Je me demandais à quoi un politique pouvait occuper ses années d’opposition. J’ai compris : c’est à s’interroger sur le sort du pays. Une inquiétude toutefois : la dette nationale. Quand le PS sera au pouvoir, il ne pourra plus dépenser.
Avec des gens comme cela, on est bien parti.

Protestants

Pour Bsa ce que je dis du nouvel ordre mondial qu’a voulu imposer l’Amérique semble résulter de la pensée protestante.

Ce qui m’a fait penser à Tawney qui voyait le protestantisme, ou au moins ses tendances anglo-saxonnes, comme une adaptation du Christianisme par les classes commerçantes. Alors qu’il refusait leurs valeurs (par exemple l’emprunt à intérêt), d’une certaine manière ils ont construit une religion qui reconnaissait l’évident : que leur succès était d'essence divine.

Il semble qu’il existe une population de personnes, bien représentée dans l’élite anglo-saxonne, qui possède l’absolue certitude d’avoir raison, ou, de manière équivalente, que le monde appartient au plus fort. Tout, alors, n’est que moyen d’imposer son point de vue : religion, science…

On comprend que cette population ait eu en sainte horreur l’Église catholique et continue à en conserver un souvenir inquiet. Car l’Église a l’ambition d’asservir les âmes. Du pape au prêtre la vocation des hommes d’Église est de dire au fidèle ce qu’il doit penser. Contrôle par l’homme de l’âme de l’homme. Et l’Église a été une pieuvre : les nations qu’elle conquérait se liguaient pour en convertir de nouvelles. C’est pour cela que les Russes en ont toujours eu une peur bleue.

Compléments :

In other words, models succeed because they meet the needs of real human beings, and VaR was just what they needed during the boom. And we should assume that a profit-seeking financial sector will continue to invent models that further the objectives of the individuals and institutions that use them. The implication is that regulators need to resist the group think of large financial institutions. If everyone involved is using the same roadmap of risks, we will all drive off the cliff again together.

lundi 5 octobre 2009

Défilé chinois

Le 60ème anniversaire de la Révolution Populaire s’est résumé à un défilé militaire (Party like it's '49). Mais à un défilé qui mérite une réflexion. Car tout l’armement qui parade est chinois, et il est au top mondial.

C’est étrange, me suis-je dit, mais la Chine n’est qu’au début de son ascension et déjà son armement est bien meilleur que le nôtre. Et en plus elle paraît remarquablement innovante dans des industries stratégiques, mais qui ont disparu ou disparaissent de nos territoires (cf. l’électronique).

C’est probablement ce qu’a compris le Président brésilien : à quoi lui serviraient nos Rafales, même si on lui fait cadeau du savoir-faire de notre industrie aéronautique, comme le veut notre Président ?

EDF

Energetic manoeuvres : y aurait-il lieu de se préoccuper de l’état d’EDF ?

  • La société se serait engagée dans une très ambitieuses stratégie d’expansion internationale (ce qui ferait monter les intérêts de sa dette à 2,5md€) : achat de British Energy (£12,5md) + Constellation (4,5md$).
  • Ses centrales marchent moins bien que celles de ses concurrents (âge, grèves…). Ce qui force EDF à leur acheter de l’énergie.

Retour d’un des vieux démons français, le champion national ? On l’élève à coup d’achats ruineux, dont la société n’a pas les moyens. On pense à France Télécom et à ses 70md€ de dettes, au Crédit Lyonnais et à sa faillite, mais aussi à Thomson que M.Juppé voulait vendre pour 1F. Et à quelques autres.

EDF n’aurait-il pas mieux fait d’investir dans ses installations et de s’occuper de son personnel ?

Compléments :

  • L'article dit aussi que le nouveau dirigeant d’EDF présente l’avantage d’être un ami de N.Sarkozy, mais l’inconvénient de vouloir conserver la direction de Veolia, ce qui pourrait présenter un conflit d’intérêts.
  • Faut il voir dans le peu d’efficacité de la production d’EDF une répétition des problèmes que l’on prête à FT (Efficacité de France Télécom) ?

Désert industriel américain

Vision d’horreur :

  • L’industrie américaine n’emploie plus que 12m de personnes.
  • Sa production vise surtout la consommation intérieure du pays (voitures, BTP), bien qu’il importe 37% de celle-ci (notamment électronique).
  • Des 15 principales économies industrielles elle est la moins tournée vers l’exportation.

Tout ceci à un moment où les USA doivent passer d'une économie de la consommation à une économie de l'exportation. Ils ont commencé à rapatrier les emplois délocalisés. Et maintenant c'est au tour du protectionnisme :

“To keep manufacturing, and manufacturing jobs, in the country, it is essential that the US government vigorously enforce our trade laws, especially during hard economic times like we are experiencing now,” said Nucor’s lawyer.

Compléments :

  • Informations et citation de Wanted: new customers ?
  • Comment on en est arrivé là : Grande illusion.
  • La chronique du démantèlement de l’industrie américaine, pour cause idéologique : FINGLETON, Eamonn,Unsustainable: How Economic Dogma Is Destroying U.S. Prosperity, Nation Books, 2003.