mardi 3 novembre 2009

Neuromarketing

Grande avancée scientifique : pour savoir ce qui fait acheter un consommateur on lui fait subir un IRM. Que constate-t-on ?

si vous êtes attiré par un produit, c’est parce que vous vous identifiez à lui.

Expérience américaine : les gens préfèrent Pepsi-Cola (test en aveugle) mais achètent Coca-Cola.

Autrement dit le codage culturel est infiniment plus puissant que l’aspiration naturelle. Les caractéristiques du produit vendent moins que la communication.

De cette constatation vient de sortir le neuromarketing, une nouvelle spécialité du conseil, dont l’ambition est de programmer la culture humaine pour que nous consommions un produit donné.

Cela nous promet des lendemains qui chantent.

Compléments :

Taxe professionnelle

Michel Mercier ce matin sur France Culture : le gouvernement n’improvise pas, il s’est donné un an pour trouver de ressources de remplacement pour les collectivités locales.

Par conséquent, si j’ai bien compris, l’État a ajouté 18md€ à ses dettes…

Je suis de plus en plus en train de me demander si je n’avais pas vu juste quand, il y a longtemps, j’ai comparé N.Sarkozy à G.Bush (Sarkozy imite Bush ?) : n’allons-nous pas finir couverts de dettes ?

Il était une fois la révolution

Occasion de quelques réflexions sur Sergio Leone.

Transformation du western en une sorte d’opéra où tout est caricatural : les véhicules, les visages, les exploits… Musique guimauve. Volonté de vanter les valeurs viriles ? En tout cas ici les flash backs me semblent aussi ridicules que ceux d’OSS117.

lundi 2 novembre 2009

Liberté de circulation

The Economist observe que l’Inde a tous les droits de contrôler les entrées de capitaux sur son territoire (mais qu’elle s’y prend particulièrement mal).

Il est regrettable, en bref, que l’argument libéral pour une libre circulation des capitaux ait flanché.

The Economist reconnaît donc que la libre circulation des capitaux, élément fondamental de la pensée libérale, n’est pas un principe absolu. L’excès de capitaux produit la spéculation et la crise.

Ailleurs, il avait aussi reconnu que la libre circulation des personnes n’était pas sans conséquences déplorables.

Louable honnêteté intellectuelle de certains théoriciens du libéralisme...

Allemagne dépensière ?

L’Allemagne annonce des réductions d’impôts. Mais ce n’est pas cohérent avec sa volonté d’équilibre ! Va-t-on éviter une fracture de la zone euro : Allemagne vertueuse, France en joyeux déficit ? M.Sarkozy a-t-il raison de pavoiser ? Pas forcément :

Mme Merkel fait face à une série d’élections, extrêmement mal engagées. Il est possible qu'elle soit en train de jouer une très habile manœuvre. J’entendais, par exemple, RFI annoncer qu’elle avait nommé commissaire européen un inexpérimenté, mais qui détenait une position régionale stratégique.

Quant à la baisse des impôts, elle va rencontrer de formidables barrières : la réforme attaquerait les revenus des états, qui se mobilisent contre ; en outre, la constitution interdit les déficits. De là à y voir une concession au FDP qui ne coûte pas cher...

Si c’est le cas, c’est peut-être une bonne nouvelle pour nous : nous risquons d’être obligés à un peu de rigueur, si nous ne voulons pas être éjectés de la zone euro.

Compléments :

Chiens de paille

Rédiger un blog a des conséquences imprévues. Jadis, je ne retirais des films qu’un vague sentiment. Aujourd’hui, j’y cherche une sorte de logique. À force d’analyser cette logique, j’en suis arrivé à me demander si les réalisateurs (les grands ?) n’avaient pas une seule obsession, chaque film en étant une illustration différente. Cette idée m’est revenue en regardant Chiens de paille.

Tous les films de Peckinpah paraissent raconter la rencontre de deux populations. Elles se révèlent totalement imperméables l’une à l’autre. Et tout se finit par un effroyable carnage. Avec liquidation complète d’un des deux camps.

Une telle vision du monde est-elle compatible avec celle des droits de l’homme, me suis-je demandé ? Pourtant, je suis à peu près certain que la critique intello porte Peckinpah aux nues.

Compléments :

  • Plus curieux, ce qui m’intéresse dans le film est justement ce qui n’est pas compréhensible. Un réalisateur qui n’est que logique est mauvais, à mon goût.

dimanche 1 novembre 2009

Avenir de La Poste

La Poste anglaise est en grève, son service est mauvais, elle doit réinventer son modèle économique, mis à mal par Internet, mais n’y arrive pas… Pour The Economist l’état déplorable de Royal Mail est la démonstration qu’un état est incapable de diriger correctement une entreprise. Le journal est favorable à une privatisation, et laisser ce qui en sort « nager ou couler ».

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Il y a quelques décennies, pour une raison que j’ignore, les gouvernements occidentaux semblent avoir pensé qu’il fallait en finir avec l’état providence. Ils ont alors voulu préparer d’anciens services publics à la privatisation. La France, par exemple, a cherché à en faire des champions nationaux. Ce qui a entraîné quelques désastres comme ceux de France Télécom et ses 70md€ de dettes (avant il y avait eu le Crédit Lyonnais, le Crédit Foncier, etc.).

En fait, ce qui échoue aujourd’hui, semble bien être cette politique de conversion du public au privé. Aurait-elle mieux réussi si elle avait été plus complète ? Quand on voit l’état désastreux du rail anglais, de British Télécom, de l’industrie anglaise de l’énergie… le doute est permis.

Derrière cela se trouve une curieuse évolution idéologique. The Economist sous-entend que le secteur public est incapable d’innover. Après guerre on pensait le contraire. On croyait alors que la lumière venait d’en haut, il était donc logique de disposer d’un état bureaucratique pour la diffuser à la nation. Ce point de vue n’a pas été totalement ridiculisé par les faits : les trente glorieuses furent une extraordinaire période d’innovation et d’enrichissement pilotée par l'État. D'ailleurs, en France notamment, l'État a dû réformer une industrie décadente, qui en était totalement incapable de la moindre remise en cause. Bizarrement, The Economist reconnaît qu’en 1990 Royal Mail était un modèle d’efficacité…

Chez nous, l’avenir du service public semble hésiter entre deux voies : soit poursuivre la privatisation jusqu’à son terme soit la laisser dans son état actuel. Aucune de ces solutions ne sont défendables, puisque leur hypothèse initiale (la supériorité du privé) est aujourd’hui remise en cause. Pourquoi pas un débat qui se demanderait, eu égard à ce que l’on connaît de l’état du monde, s’il n’y a pas une (nouvelle) logique de développement de la Poste qui lui est mieux adaptée ?

Compléments :

  • Les réformes de l'après guerre en France, dans l'industrie : WORONOFF, Denis, Histoire de l'industrie en France, du XVIème siècle à nos jours, Seuil, 1998.
Ainsi se vérifiait la logique des nationalisations dans une économie demeurée capitaliste ; elles avaient pris en charge des secteurs en déclin ou à risque pour donner vigueur et profit au reste de l'appareil productif (Jean Bouvier).

Prise de décision collective

Un thème récurrent de ce blog est que notre processus de décision n’utilise pas l’intelligence du groupe, mais au contraire ses faiblesses. Ce billet tente une synthèse des défauts de notre raisonnement collectif, aperçus dans les billets précédents :

Le jugement moral domine la raison

Le débat d'opinion est devenu presque impossible dans notre pays car les déclarations des leaders d’opinion sous-entendent ce qui est bien et mal. Celui qui ne pense pas comme eux ne peut qu’être excommunié.

Or, il me semble que s’il y a un bien et un mal, ils sont à trouver en permanence, à partir de ce que notre culture et notre science nous disent pouvoir être bien ou mal, et compte-tenu du contexte de la décision, toujours unique.

Malheureusement, il est très facile de nous influencer : nous ne nous souvenons plus pourquoi nous faisons ce que nous faisons. Par exemple, je répète souvent que nous avons oublié que ce qui avait été essentiel pour nos ancêtres était la liberté et qu’elle demandait une division des pouvoirs pour qu’ils ne soient pas oppressifs. Aujourd’hui, la liberté a été remplacée par l’économie, principe qui signifie, au contraire, que l’on abatte ce qui protégeait l’homme, au nom de l’efficacité. Le passage de la liberté à l’économie n’a pas fait l’objet d’un choix conscient.

Amnésie

Le vice majeur de l’action gouvernementale en France semble suivre le mécanisme suivant :

  1. on prend une décision ambitieuse (construire un « champion national »),
  2. mais on ne se donne pas les moyens pour la mener à bien,
  3. désastre final, mais on en a oublié la cause et le gouvernement condamne l’incompétence de l’organisation résultante, qui pourtant a fait ce qu'elle a pu, et la liquide.

Plus généralement, nous oublions les raisons de notre situation actuelle, ce qui fait que nous persévérons dans l'erreur. En fait, cette amnésie prend la forme d'une prophétie auto-réalisatrice. Autre exemple :

L’état désastreux de l’économie occidentale est en grande partie due à des erreurs idéologiques, pas à la crise (qui est une conséquence des erreurs) ; or, la crise est utilisée pour justifier la poursuite de la voie ancienne. Particulièrement en France, où nous avons toujours une guerre de retard sur le reste du monde (du fait d’un défaut culturel d’honnêteté intellectuelle ?).

Le biais du jugement humain ou de classe

Ceux qui décident, décident seuls. Or, la capacité à décider correctement, et les connaissances nécessaires pour cela, ne sont pas ce que cherche le processus de sélection de ces leaders (par exemple politiques). Surtout, la connaissance est bien trop disséminée pour qu’un homme seul puisse prendre autre chose que des décisions stupides.

Pire, la classe dirigeante étant devenue extrêmement homogène partage les mêmes visions erronées : il n’y a pas un dirigeant pour sauver l'autre.

Compléments :

  • Les Lumières disaient déjà que l’homme avait été mené en bateau par des coutumes et des croyances. L’usage de la raison, c’était la sortie de l’enfance. J’ai l’impression que l’on est retombé en enfance.
  • La décision morale et ses contradictions : PNUD, Le bon plaisir de la Royale Ségolène.
  • Sous entendre ce qui est bien et mal lorsque l’on fait une déclaration (par exemple « quel est le taux de croissance qui crée de l’emploi », sous entend que la croissance crée l’emploi) est une technique de manipulation appelée « framing » en anglais. MYERS, David G., Intuition: Its Powers and Perils, Yale University Press, 2004.
  • Exemple de manipulation de l’opinion par l’amnésie : Hadopi bis, France : coupures d’électricité ? Autre exemple : le tissu industriel italien, qui pourtant semblait si flexible et efficace, est victime de la crise, à qui la faute : à la crise, ou à certaines entreprises parties chercher à l’étranger leur sous-traitance ? Business cluster.
  • Sur notre guerre de retard, et la rémanence en France d’idées enterrées ailleurs : Crédit Agricole et Société Générale.
  • Notre crise (et les précédentes) illustre les dangers de l’imperfection de l’esprit humain incontrôlé, ou plutôt les dangers que les leviers du monde soient entre les mains d’une classe qui partage les mêmes idées, puisqu’alors ses erreurs deviennent incontrôlables : Crash de 29 : contrôle impossible, Il n’y a pas que les subprimes, Crise : la culpabilité des geeks.

Gomme et crayon

Dans les changements que je croise actuellement, un terme revient souvent, et a fini par me frapper. On me parle de personnels que le changement a rendu inutiles, et qui sont inadaptables, parce que ne sachant utiliser que « la gomme et le crayon ».

J’ai fait plusieurs fois l’exercice suivant : demander à une organisation de définir ce qu’elle était en droit d’attendre des ses dirigeants fonctionnels (marketing, contrôle de gestion…), en définissant au préalable de critères objectifs (par exemple en reprenant ceux que l’on trouve dans les livres de cours), puis noter la performance des impétrants. Résultat ? Un massif zéro pointé. Le contrôle de gestion ne contrôle rien, et le marketing ne fait que répéter que l’entreprise a toujours fait. Et c’est vrai pour toutes les fonctions de l’entreprise.

Notre vision actuelle du changement demande à l’homme de se transformer personnellement, et c’est impossible. C’est à la société de faire ce travail : pourquoi ne s’est-on pas rendu compte plus tôt que gomme et crayon n’étaient pas adaptés ? Maintenant, il faut faire avec ce que l’on a.

Compléments :

samedi 31 octobre 2009

Roulette russe

Ce, qu’en substance, une société de « gestion de fonds » dit de ses faits d’armes :

(X) est l'une des rares sociétés de gestion alternative à ne pas avoir investi dans les fonds Madoff ou dégradé ses termes de liquidité.

Drôle de profession. Imaginons-nous un fournisseur d’énergie nous expliquer que, contrairement à ses concurrents, aucune de ses centrales nucléaires n’a explosé ? Si un gestionnaire de fonds ne vous fait pas perdre tout ce que vous lui avez donné, vous devez vous estimer heureux ?

On comprend mieux que ceux qui n’ont pas fait d’énormes erreurs au cours de l’année méritent une énorme récompense, un gros bonus.

vendredi 30 octobre 2009

France : coupures d’électricité ?

Ça semble vraisemblable cet hiver.

Nos centrales sont en mauvais état, notre réseau n’est pas équipé pour importer de l’électricité (nous sommes supposés être exportateurs), nous sommes massivement équipés de chauffages électriques.

Tentant de voir ici la main d’EDF et du gouvernement. Un nouvel exemple de changement à la française. Le nucléaire est supposé nous apporter de l’énergie bon marché et abondante, EDF promeut le chauffage électrique, puis ce même EDF se lance dans une ambitieuse croissance externe, internationale, dont il n’a pas les moyens, et qu’il mène au détriment du parc installé.

Simple hypothèse.

Business cluster

L’industrie de la formule 1 est dominée par la Grande Bretagne. C’est un domaine dans lequel le facteur clé de succès serait l’innovation, pas le prix. Or, l’Angleterre disposerait d’un réseau extrêmement créatif de petites entreprises (4500 entreprises, 6md£ de CA).

Une industrie sans concurrence et délocalisation ? Pour attaquer ce type de compétence sociale, il faut un investissement à long terme et les ressources d’une nation ? Le marché est insuffisant pour justifier l’intérêt d’un grand pays ? Il est difficile d’y réussir sans un transfert de compétences, apportées par des entrepreneurs désireux de réduire leurs coûts ?

Par contre en Italie ce même genre de tissu industriel, longtemps sa gloire, souffre (Sinking together). Marché plus gros qui attire plus d’appétits ? Avantage concurrentiel moins facile à défendre ? Panne d’innovation ? Manque de solidarité : les plus grosses unités (Benetton) délocalisent leur production, leurs fournisseurs coulent, le savoir-faire du groupe s’évapore ?

Compléments :

  • Les universitaires estiment que ce type de tissu économique, ou Business Cluster, en Anglais, donne un avantage décisif à ses membres. C'est, notamment, ce que dit Michael Porter.

jeudi 29 octobre 2009

L’exemplaire M.Sarkozy

Le Monde parle de la « très coûteuse » présidence française de l’Europe. Il y a des frais somptuaires, mais surtout une invraisemblable désorganisation :

Pour une raison inexpliquée (économies ?) la France a vendu son centre de conférences et doit équiper en urgence le Grand Palais pour le Sommet de l’Union de la Méditerranée. Ça coûte une fortune : pour qu’il soit prêt, on doit travailler jour et nuit, et on ne s’est pas trop embarrassé d’appels d’offres (peut-être n’en avait-on plus le temps ?).

L’article donne un aperçu de notre efficacité relative. Un encart compare l’organisation d’un même événement par la France et par l’Allemagne, 4,2m (2,5 prévus), contre 2m€…

Ça c’est de la conduite du changement à la française ! Tout est dans l’improvisation, et le stress et l’exploit. Et à la fin ? Je serais étonné que le résultat soit parfait. Ce qui est certain c’est qu’il coûte effroyablement cher.

Le gouvernement ne peut que nier en bloc sa ridicule désorganisation. C’est dommage. Parce que s’il y avait réfléchi, il aurait compris la raison des maux de la France. Notre peu d’efficacité, qu’il dénonce tous les jours, a les mêmes causes que la sienne : notre manque d’organisation. Et ce n’est pas en nous menaçant de la Schlag, comme il le fait trop souvent, que la situation s’améliorera.

Compléments :

Le problème du changement en France c’est que « changement n’est pas français ». Nous croyons qu’il suffit de le décréter pour qu’il se réalise. Le gouvernement démolit, mais ne laisse pas à ceux qui doivent reconstruire de notice de remontage. Et ceux-ci n’ont aucune idée de comment ils vont s’y prendre. Ils finissent par faire quelque chose (c’est la force de la France), mais dans des conditions de stress invraisemblables. Et comme les changements succèdent au changement (…) la situation empire fort désagréablement.
En fait, pour éviter ce désastre, il suffit, tout bêtement, de construire un plan d’action de changement (de simuler le changement), puis de le mettre en œuvre. Même dans le cas d’un gros changement, il ne faut pas plus que quelques semaines pour construire ce plan. Ensuite on sait où l’on va. Et il n’y a plus de stress.

Blair ou pas Blair

Quels critères de sélection pour le prochain président de l’Europe ? Un article reprend ce qu’on lit ça et là, mais légèrement différemment :

Tout d’abord, le premier titulaire du poste fera jurisprudence. Autant ne pas se tromper. Ensuite, il y a deux choix :

  1. Soit une star internationale, qui fera que la voix de l’Europe sera équivalente à celle de l’Amérique ou de la Chine. Ce qui signifie Tony Blair, faute de combattants.
  2. Soit un obscur, un homme de compromis permanents que demandent les processus emberlificotés et fragiles de l’Europe. (Il existe une autre définition, semble-t-il équivalente, de cette personne : quelqu’un qui ne fasse pas d’ombre aux autres chefs d’états, ce que des médiocres ne peuvent souffrir.)

Tony Blair a beaucoup contre lui. Outre qu’il appartient à un pays hostile à l’Europe, sa nomination à la tête de l’Europe serait vue comme une provocation par nombre d’Anglais (du type de celles qui déclenchent guerres et schismes) ; il a joué les va-t-en guerre d’Irak ; il n’a rien fait pour rattacher l’Angleterre à l’Europe, à un moment où c’aurait été favorable aux Britanniques (leur culture n’est plus aussi admirée aujourd’hui qu’avant crise) ; il ne comprend rien aux mécanismes subtils et compliqués de l’Europe.

Et moi ? Pas d’opinion tranchée. Et je ne suis pas sûr que les arguments dont il est question ici soient aussi indiscutables qu’on le dit.

  • La jurisprudence sera-t-elle définitive ? Leur fondateur compte beaucoup, mais les organisations savent changer.
  • L’Europe doit elle avoir une voix de star ? Notre fougue nous a joué de sales tours ; il est parfois judicieux d’avoir une attitude au monde modeste, qui sache opportunément exploiter les occasions que lui offre l’arrogance de contrées qui se croient des grandes puissances.
Serais-je, moi aussi, en train d’enterrer Blair ? Non, l’avenir est imprévisible, on apprend par essais et erreurs, c’est souvent (toujours ?) en faisant de grandes erreurs que l’on fait de grandes découvertes. Je suis contre la logique de la médiocrité.

Compléments :

Économie biophysique

La déroute de la théorie économique néoclassique, comme la disparition des dinosaures, laisse la place à de nouvelles espèces. L’économie biophysique, par exemple. Si je comprends bien, son idée est de mesurer si notre emploi d’énergie pour produire de l’énergie est efficace. Si nous consommons plus que nous ne produisons, c’est mal parti. Il semblerait que ce soit le cas pour le pétrole :

Through analyzing historical production data, experts say the petroleum sector's EROI in this country was about 100-to-1 in 1930, meaning one had to burn approximately 1 barrel of oil's worth of energy to get 100 barrels out of the ground. By the 1990s, it is thought, that number slid to less than 36-to-1, and further down to 19-to-1 by 2006. "If you go from using a 20-to-1 energy return fuel down to a 3-to-1 fuel, economic collapse is guaranteed," as nothing is left for other economic activity, said Nate Hagens, editor of the popular peak oil blog "The Oil Drum."

À la vitesse à laquelle nous perdons en productivité, nous devrions avoir des problèmes d’ici moins de 10 ans, et ce quelles que soient les ressources d’énergie qui nous restent.

L’économie semble vouloir sortir de modélisations simplistes qui ignorent les lois naturelles pour se rapprocher d’une évaluation de l’impact qu’ont nos modes de développement sur la survie de l’espèce. Il y a sûrement beaucoup de chemin à parcourir (à commencer par définir ce que l’on veut faire et mesurer), mais il faut bien commencer quelque part.

Compléments :

  • Mon intérêt pour ce sujet vient de mon billet sur le lean manufacturing : cette technique est associée à un système de coûts qui cherche, pour une fin donnée, à choisir les moyens qui gaspillent le moins les ressources naturelles, et l’effort humain.

mercredi 28 octobre 2009

Chine fragile

The Economist publie un rapport spécial sur la Chine. Le moins que l’on puisse dire c’est que ce n’est pas une « force tranquille ».

Pense-t-elle vraiment par elle-même, ou se définit-elle par rapport à l’opinion de l’Ouest ? Elle ne semble pas très assurée, pas très claire dans ses objectifs. Mais c’est cette incertitude même qui est dangereuse, comme son empilage d’armes. Surtout, sa situation interne est explosive :

the next few years could be troubled ones for the bilateral relationship. China, far more than an economically challenged America, is roiled by social tensions. Protests are on the rise, corruption is rampant, crime is surging. The leadership is fearful of its own citizens. Mr Obama is dealing with a China that is at risk of overestimating its strength relative to America’s. Its frailties—social, political and economic—could eventually imperil both its own stability and its dealings with the outside world.

Pour éviter l'explosion, les dirigeants chinois jouent du nationalisme : répression, jeux olympiques et hommes sur la lune… Pour cette politique, l’idéal des droits de l’homme et l’opinion publique occidentale sont l'étincelle près du baril de poudre : « jusqu’à maintenant, l’influence la plus perturbatrice sur les relations sino-américaines a été l’opinion publique et politique en Amérique ».

Mais peut-on reprocher à la Chine de suivre notre exemple ? Nos démocraties ont vécu des siècles de dirigisme puis de nationalisme avant de devenir ce qu'elles sont. Une démocratie ne peut bien fonctionner qu’avec des gens qui partagent l’essentiel, qui ont un « nous » commun.

Pour que la Chine ait un modèle moins dangereux, il faudrait probablement que l’Europe arrive à fonctionner.

Compléments :

Like Mr Obama, (Mr Hu) will vacillate. Copenhagen is likely to be just the beginning of a long, hard, struggle between the two countries over what the other is doing. An often defensive and secretive Chinese bureaucracy up against a bewilderingly complex mishmash of competing interests in America will not make for harmony.

Il y a mieux que la taxe carbone

Il suffirait au citoyen américain de changer un rien son comportement, pour réduire massivement les émissions de carbone du pays, dit une étude :

Based in part on how folks responded to the energy crisis in the '70s, the scientists calculated how many Americans might be willing to reform their energy-wasting ways. And they found that within 10 years, we could reasonably expect to cut our national emissions by 7.4 percent. That much carbon is slightly larger than the total amount put out by France.

Voilà qui rend très relatifs nos efforts français et qui montre à quel point les crises sont plus efficaces que la raison quant il s’agit de nous transformer.

mardi 27 octobre 2009

Séduisante Albion

Hier, je lisais un étonnant discours de David Miliband, ministre des affaires étrangères anglais. Il dit que l’UE a besoin d’un leadership fort, et que ce ne peut être qu’à l’Angleterre de le lui donner. Son argument, si je l’ai compris : c’est le seul moyen pour la Grande Bretagne d’exister encore, c'est-à-dire de conserver son influence internationale, de conquérante du monde.

J’ai trouvé l’idée séduisante :

  1. l’humanité a probablement besoin d’une forte Europe, qui défende des valeurs qui méritent l’attention ;
  2. l'UE manque de leaders charismatiques ;
  3. aurait-on trouvé un moyen d’arrimer l’Angleterre à l’Europe, et ainsi de profiter d’une culture si dissemblable de la nôtre ? (malgré tout le mal que j’en dis !)

Mais peut-on faire confiance à la perfide Albion ? Les Britanniques ne sont-ils pas, justement, des maîtres de la parole, d’un discours séduisant auquel leurs actes n’obéissent pas ?

Compléments :

  • The Economist revient sur M.Milliband : David Miliband makes friends in Luxembourg.
  • Ainsi que Jean Quatremer, qui n’a pas été sensible à la séduction anglaise. Probablement perdue par la traduction. Tony Blair et l'équation européenne.
  • Les Anglais n’ont pas la vision commune de la démocratie. Cependant, à tort ou à raison, il me semble qu’à la tête de l’Europe, ils seraient obligés de tenir compte des opinions de la majorité. Il ne demeurerait que ce que l’Angleterre a de meilleur : sa fougue conquérante.

Ce blog veut changer le monde

Bsa dit : Lentement mais surement vous comprenez que comme disait Jean Gagnepain, au cœur des puissants est le désir de tyrannie. Et oui, les faits parlent d'eux-mêmes les dirigeants ont déclaré la guerre aux peuples. La France est parait-il en 45 place pour la liberté de la presse. Parlant non? Ce qui méritait un plus long développement qu’un commentaire de réponse.

Mon métier a la particularité de me faire côtoyer aussi bien les grands que les petits. Depuis un quart de siècle je suis un « électron libre ». Or, je ne vois aucune différence, il n’y a pas d’un côté les bons et de l’autre les mauvais. Chaque jour, je rencontre plusieurs automobilistes qui passent au feu rouge ou roulent en sens interdit. Il est aisé d’imaginer ce qu’ils feraient à la tête de l’état, idem pour mes colocataires, qui se haïssent tous. Il n’y a même pas de solidarité entre membres d’une famille ou d’un même corps de l’administration, aussi prestigieux soit-il. Celui qui est, un moment, subordonné exècre l’incompétence de son supérieur, ce dernier le lui rendant au centuple.

Ce qui crée cette hostilité, ce sont les dysfonctionnements de notre système qui est en plein changement, et qui fait qu’aucun d’entre-nous n’a les moyens d’accomplir correctement sa mission. Du coup, on en veut au reste du monde.

A contrario, voilà ce que donne un changement, lorsqu’il est réussi : chacun découvre les qualités de l’autre et l’estime ; le dirigeant se débarrasse de ses courtisans, et dirige en direct ses troupes. L’entreprise devient « optimiste ». C’est pour de tels moments que je fais ce métier.

Ce que je commence à voir, c’est que la logique marxiste, qui explique que le peuple crée la richesse du monde, et est exploité par les « capitalistes », a été utilisée, à l’envers, par un remarquable travail de manipulation des esprits. Il nous a convaincu que les pauvres exploitent les riches, sans qui rien ne serait. Aujourd’hui l’économiste socialiste Attali peut dire sans rougir que les taxis bénéficient d’une « rente ».

Cette logique conduit naturellement à détruire l’état, perçu comme un outil de répression par des riches tellement habitués à ses bienfaits qu’ils ne voient pas ce qu’il leur apporte.

En réalité parler de riche et de pauvre, de lutte des classes ?, est faux. Nous voyons partout des tire-au-flanc qu’engraisse un état nourri de nos impôts. Qu’ils crèvent ! Dès que cette idée a gagné les esprits, l’état est condamné. Comme le régime soviétique.

Quand la société met en pratique ces théories, ce que nous fîmes ces dernières décennies, nous nous comportons comme l’a prévu Marx : nous exproprions le faible de son travail, à coup de machines. Cependant, dans notre cas, le bénéficiaire du système n'est pas le possédant marxiste, mais un employé, le « working rich ». Ce n’est pas le capital économique qui fait le vainqueur ou le vaincu, mais, paradoxalement, le « capital social ».

Cependant, l’homme n’est pas idiot, confronté à la faillite de son idéologie il change d’opinion. C’est ce qui est arrivé après la seconde guerre mondiale. Ce qu’on oublie aujourd’hui est que la crise d’avant guerre, les totalitarismes et la guerre, étaient vus par nos ancêtres comme la conséquence du capitalisme. Les états d'après guerre ont été résolument, lourdement, socialistes. Les pays anglo-saxons furent des pionniers de ce mouvement. D’où les lamentations de Hayek dans The road to serfdom, qui sont difficilement compréhensibles aujourd’hui.

En fait, pour le faire changer d'opinion, et de comportement, il ne faut pas que prouver à l'individu son erreur (anxiété de survie), il faut surtout lui montrer une échappatoire (anxiété d’apprentissage).

Ce blog ne croit pas à la méchanceté fondamentale des puissants, et de l’homme en général. Il cherche à comprendre ce qui ne va pas dans la logique de ce dernier, pour lui couper toute possibilité de justification, de lâche rationalisation. Il cherche surtout une « échappatoire », qui lui permette de construire une société durable. Une solution qui satisfasse tout le monde et ne fasse perdre la face à personne. Simple réflexe professionnel.

Compléments :

  • Sur les raisons qui font qu’une société d’individualistes se répartit apparemment en classes : The Logic of Collective Action.
  • Du capital social : Fils d’appareil.
  • De nos techniques de manipulation : Conservateur et bolchévisme.
  • Sur Jacques Attali : Attali m’a tué. Je me demande si le bon élève Attali n’a pas manqué d’esprit critique à l’époque où il étudiait l’économie. A-t-il suffisamment examiné ses hypothèses ? S’est-il demandé si elles étaient compatibles avec le socialisme ?
  • The Economist, héraut du libéralisme, doute : Le marché ne marche pas.
  • Ce qui fait espérer une sortie élégante de notre idéologie actuelle, c’est qu’une société amicale à l’homme l’est probablement aussi à l’économie : Lois sociales et économie de marché.
  • Sur l’expropriation par la machine : Crise occidentale : raisons structurelles.
  • Sur l’après guerre : SASSOON, Donald, One Hundred Years of Socialism: The West European Left in the Twentieth Century, New press, 1998.

Crédit Agricole et Société Générale

Le Monde annonce : Le Crédit agricole veut s'allier à la Société générale. La raison : être aussi gros que la BNP !

Que la France est un pays rafraichissant. Partout ailleurs on se demande comment vivre avec des banques tellement grosses que l’on ne peut leur permettre la faillite, ce qui les rend irresponsables et met la planète en péril. Après avoir tout tenté, on ne voit plus que la solution de 29 : les découper en morceaux, par métiers. Ne pouvant pas user de la force, gouvernements et économistes conçoivent des ruses de Sioux pour les faire exploser de l’intérieur, ou profiter de leur moindre faux pas pour les tronçonner.

Le Crédit Agricole, lui, n’a rien compris et rien vu.

« Avoir une guerre de retard » serait-il une de nos caractéristiques culturelles ? Qu’est-ce qui explique notre autisme congénital ? Notre système éducatif qui nous inculque que ce que nous pensons dans l’isolement de notre cerveau ne peut qu’être la vérité ultime ?

Compléments :

L’art de punir

D’après Mark Kleinman, ce qui cloche dans le système répressif américain c’est qu’il préfère faire souffrir le criminel que réduire la criminalité. S’il avait d’autres ambitions, comment devrait-il s’y prendre pour les satisfaire ?

Pour dissuader, une punition doit être rapide, certaine et sévère (…) il se trouve que des punitions plus légères peuvent être plus rapides et plus certaines.

Autrement dit, frapper fort est rarement une bonne idée.

lundi 26 octobre 2009

Entreprise capturée

Les économistes ont un terme amusant pour expliquer que la rémunération des dirigeants n’ait aucun rapport avec la santé de l’entreprise dirigée, ils disent qu’ils l’ont « capturée ».

Et les banques ne sont pas les seules victimes de piraterie, en Angleterre, les dirigeants des plus grosses entreprises ont compensé la réduction de leurs bonus par une grosse augmentation de leur paie.
FTSE 100 chief executives have received inflation-busting pay rises averaging 7.4 per cent over the past year, almost making up for a 29 per cent drop in their bonuses, according to a report published Monday. (…) Their total remuneration fell just 1.5 per cent in spite of collapsing profits in one of the deepest postwar recessions, it said. Chief executives were still earning, on average, as much as in 2006, when the economy was booming.

Changement à la française

J’ai rencontré il y a quelques temps un journaliste qui avait écrit un livre sur l’impossibilité du changement. Eh bien, il avait tort. La France est sans dessus dessous. Et ce changement a une bizarre caractéristique :

  • Il est théorique et simpliste. Par exemple les CCI, qui s’étaient développées à partir d’un tissu économique, sont maintenant restructurées sur le modèle de l’état français, la région dirige des départements. La commission Attali, semble-t-il, a trouvé que c’était d’une logique aveuglante : ainsi on pourrait faire des synergies et des économies. Cela rappelle la restructuration des syndicats après 68 : ils sont devenus des appareils et ont perdu toute efficacité et la quasi-totalité de leurs adhérents.
  • Mais le clou du spectacle est notre façon de mener le changement. On s'y prend de la même façon que, si, ayant découvert que notre code de la route est irrationnel, nous le supprimions, laissant les automobilistes se débrouiller pour en refaire un plus efficace.

Comment tout ceci peut-il se terminer ? On est dans le cas d’un changement qui n’est pas contrôlé. Plusieurs modèles s’appliquent.

  • Le Français résiste. Aujourd’hui les résistants sont liquidés.
  • La théorie de l’agence. Les économistes ont observé que celui qui est dans l’entreprise a un avantage sur celui qui est dehors (notamment l’actionnaire). Ils ont gagné des prix Nobel à expliquer comment graisser la patte du dirigeant de façon à ce que ses intérêts soient les mêmes que ceux de l’actionnaire. De là la mode du bonus qui marche si fort aujourd’hui. Mais le diagnostic est juste : celui qui est au cœur de l’organisation a un coup d’avance sur le gouvernement, s’il est mal intentionné (« oligarque »), il profitera du changement.
  • Le modèle de Juran. Juran est avec Deming un des experts auxquels les Japonais doivent une partie de leur miracle. Il disait que le risque du changement était le bricolage, les gens ne sachant pas quoi faire ont recours à des mesures de fortune, qui peuvent réserver de mauvaises surprises quelques temps plus tard.
  • Le modèle des Contes du Lundi. On y voit les soldats de 1870 essayer de sauver la patrie pendant que les généraux jouent au billard. Le Français a une grande autonomie et un fort sens de l’intérêt de son pays. Mais c'est rarement suffisant.

Compléments :

  • Industrial Diagnostics. A Systematic Approach to Management Problem-Solving, selected papers n°3, 1957, Juran Institute.
  • Sur le bricolage : Il y a des bombes qui se perdent.

CAMIF

Hervé Kabla (Chouette, la Camif revient) a repéré le blog du repreneur de la CAMIF.

Ce jeune HEC y raconte les débuts de sa société, Matelsom, pionnier français de la vente de matelas par correspondance, et la reprise de l’activité équipement de la maison de la Camif, dont le nom veut dire, pour lui, « C’est à Moi d’Inventer le Futur ».

Il fait beaucoup pour laisser entendre qu’il a gardé l’esprit Camif. Mais l’esprit Camif, c’était celui d’une coopérative, les idées du socialisme utopique. Pas une entreprise de droit privé. Bien sûr, je comprends qu’il ait voulu conserver le capital et l’image de marque Camif, qui sûrement valent cher, mais je ne suis pas sûr que cela ait été possible de cette façon. Peut-on construire une entreprise sur une sorte de dissimulation ?

Compléments :

dimanche 25 octobre 2009

Lois sociales et économie de marché

Des chercheurs montrent, analyse historique à l’appui, que l’économie de marché n’entraîne pas régression des lois sociales.

La raison en est que les gouvernements qui décident de protéger leur population forcent leurs voisins à faire de même de peur de pâtir de surcoûts. Or, les états avec protection sociale sont plus prospères que ceux qui n’en ont pas. Donc, ils s’enrichissent.

Consider the case of France after it adopted regulated night work of women because of domestic pressures. This increase in labour regulation was the economic equivalent of lowering French tariffs. Imports became cheaper and exports more expensive as labour standards increased the relative cost of labour. To retain its market share, France had to convince its trading partners to lower tariffs or raise labour standards. When the Swiss refused, the French retaliated and closed their borders to the import of Swiss specialty items, like gruyere cheese. Soon after, the Swiss adopted French legislation. With Italy, the French were more conciliatory. In return for implementation of labour laws in Italy that more closely matched those in France, they opened up their market to Italian wines and silks. Both parties gained. French exports rose because Italian labour costs were now higher. Italian workers were better protected and exports to France increased. By 1914, conciliation trumped retaliation via trade wars. Countries recognised that better labour laws led to improvements in integration and further gains from international trade could be realised.

Comment expliquer que nos gouvernants, qui peuvent ce qu'ils veulent, nous disent que notre état providence est au dessus de nos moyens, parce que nos concurrents n’en ont pas ? Mais pourquoi ne pas les inciter à en adopter un ? Et c’est dans l’intérêt de tous !

Voudraient-ils, alors, détruire l'état providence ? En auraient-ils contre le peuple ?

Compléments :

Le marché ne marche pas

The committee’s diagnosis was stark: the market, left to its own devices, is failing to deliver. Consumers are not buying energy-efficient appliances or insulating their houses, carmakers are failing to get emissions down and power companies still prefer fossil fuels to greener alternatives. Voilà ce que dit The Economist des résultats de la libéralisation du marché de l’énergie par la Grande Bretagne, pionnier hier encore admiré et donneur de leçons :

Britain’s markets, freed by a Conservative government in the mid-1990s, are among the most liberal in the world.
Il poursuit :

Similar doubts about the wisdom of the markets are to be found throughout the energy sector, from academics and analysts to managers at some of its biggest companies.

Et encore :

Energy-watchers now fret about possible blackouts as power stations close and are not replaced. Such tardiness lends strength to an alternative reading of the past 15 years: that low prices were as much a result of firms sweating their assets as of competition and ingenuity.

Finalement,

Yet to row back on deregulation would be intensely shaming for a country that pioneered the idea in the first place, and has been preaching its benefits ever since.

Ce texte m’inspire plusieurs réflexions :

  • J’espère que ce bilan catastrophique des dégâts que cause « l’économie de marché » laissée à elle-même inspirera nos futurs leaders. Il semble indiquer clairement le vice du modèle : la destruction (extraordinairement rapide) des actifs à long terme, à commencer par la nature, pour le bénéfice à très court terme de quelques-uns.
  • L’Angleterre a de grands défauts mais aussi de grandes qualités, en particulier l’honnêteté intellectuelle. Que nous semblons minables, nous Français, par comparaison, à nous évertuer à dissimuler que nous mettons en place chez nous un modèle qui a échoué chez elle.

Cloud computing (suite)

Un article s’intéresse aux applications grand public du cloud. S’y affronte, Google, Microsoft et Apple. Qui va gagner ? Pas clair. D’ailleurs il ne semble pas que le cloud se prête à des cercles vertueux ou vicieux. C’est une question de data centres et de gamme de terminaux, de logiciels et de services. Tous ont tout. Plus ou moins fiables, chers ou beaux.

Je découvre au passage la bonne santé d’Apple qui vaut 170md$, plus qu’IBM ou Google, mais un peu moins que Microsoft (230 md). C’est étrange comme cette société est revenue d’entre les morts. Sa compétence clé est toujours son mix matériel logiciel génial, comme à l’époque du Mac. La nouveauté c’est que le nouvel Apple se renouvelle rapidement, trouve vite de nouveaux domaines / segments où appliquer ses talents, avant que ses concurrents bas de gamme et de masse n’arrivent à les tirer vers le bas.

Apple préparerait une nouvelle innovation : une tablette-ordinateur sur laquelle il serait possible d’écrire. J’imagine que ça pourrait faire beaucoup de mal à beaucoup d’entreprises (notamment le Kindle d’Amazon, et le marché du PC).

Compléments :

samedi 24 octobre 2009

1308

Les découvertes de la dernière centaine :

  • Avec le traité de Lisbonne, l’Europe est peut-être à un point de bascule, et la recherche de son président semble l’amener à une réflexion sur ce qu’elle est, qui montre l’isolement anglais. Comment va-t-elle finir ?
  • Jusqu’ici je ne m’étais guère demandé ce que signifiaient les droits de l’homme. Je n’avais pas perçu qu’une approche fondamentaliste du sujet était incompatible avec ce qu’est une « société ».
  • Je ne connaissais pas grand-chose à l’histoire Turco-arménienne ; maintenant, je pense qu’elle a été victime de nos idéologies occidentales.
  • Quant à nos idéologies actuelles, elles étaient à deux doigts de tourner en totalitarisme. Il était grand temps que la crise nous ouvre les yeux.
  • Une réflexion sur le sort d’EdF m’a rappelé qu’un de nos maux nationaux était d’avoir de grandes ambitions mais de ne pas nous en donner les moyens, d’où les malheurs de notre société. (J'ai immédiatement éliminé une partie de mes trop nombreuses activités bénévoles pour mieux m’occuper de celles qui me restaient.)
  • Prise de conscience aussi du dynamisme entrepreneurial des pays émergents (Téléphonie mobile et pays émergents) et, par contraste, qu’une idéologie financière a tué le nôtre.
  • Je me suis longtemps demandé si Mao avait eu raison de se fâcher avec le Confucianisme et si la Chine ne nous singeait pas de manière ridicule. Je crois avoir compris qu’il y avait là le seul moyen de se transformer et de faire absorber par la culture locale les apports de la nôtre.
  • Curieusement ce qui a fait le plus progresser ma très ancienne réflexion sur la comparaison des cultures chinoise et occidentale est le livre de Bill Belt sur le Lean Manufacturing. Le lean est l’émanation d’une culture flexible et durable, mais qui, probablement, tend à se satisfaire d’elle-même. La culture occidentale est une culture de la machine et de la rupture, qui a aussi sa faiblesse : elle devient vite une culture d’héritiers qui ne savent plus que tricher avec les règles de la société.

vendredi 23 octobre 2009

Google out (2)

Une nouvelle fois Blogspot ne fonctionnait pas ce matin.

Ce n’est qu’un blog, rien d’important, me direz-vous. Pas tout à fait. Google prétend être un champion du « cloud computing » : voudriez-vous confier les données importantes de votre société à une entreprise qui a un tel sens de la qualité de service ?

D’ailleurs, peut-on confier quoi que ce soit d’important à une organisation qui a pour seul intérêt le bénéfice de l’actionnaire ? Je me posais cette question il y a peu lorsque je me suis rendu compte que les liens que j’avais faits avec des articles du Monde ne fonctionnaient plus. Normal, après tout, c’était du contenu gratuit. Oui, mais peut-on établir la moindre relation de confiance avec une entreprise qui donne et qui reprend sans crier gare ?

Serait-il temps de réfléchir à ce qui peut être confié au marché, et à ce qui ne doit absolument pas l’être ?

Compléments :

  • En fait, ce sont les avocats du libéralisme économique qui sont les plus efficaces fossoyeurs de la confiance que l'on peut lui faire : ne disent-ils pas que son fonctionnement naturel est la destruction créatrice ? L'entreprise pouvant disparaître du jour au lendemain, on ne peut se reposer sur elle pour rien de réellement important.

L’entreprise baillonne la presse

“super-injunction”, an increasingly common form of gagging order that forbids the media not only from reporting certain information, but also from reporting that they have been forbidden from reporting it. (Barbra Streisand strikes again.)

En Angleterre, une entreprise peut demander à la justice de forcer la presse à faire comme si un sujet n’existait pas (exemple de l’article : décharge de déchets toxiques en Côte d’Ivoire par un groupe pétrolier). Elle peut donc bâillonner ouvertement la presse, sans la moindre arrière-pensée, et avec l'appui de la justice.

Ai-je bien entendu, Angleterre ? Le modèle des démocraties occidentales ?

Ultralibéralisme frère jumeau du bolchevisme ? L’économie étant le bien absolu, ses dirigeants pensent pour nous ? Tout ce qui les contrarie n’existe pas, ne peut-être, comme en URSS, que le fruit d’un esprit malade ?

Compléments :
  • Je ne peux pas m’empêcher de rapprocher ces mesures des actions de notre gouvernement.
  • En tout cas nous semblons dangereusement engagés sur la piste d’une forme de totalitarisme, qui veut que l’économie soit l’alpha et l’oméga de l’univers. Je trouverais rassurant, avant que l’on prenne cette route, de s’assurer que nous voulons bien l’emprunter. Le choix se formule ainsi : quel est le principe sur lequel doit reposer notre société : économie, ou liberté, comme nous le pensions jusque-là ?
  • Monsanto, pour sa part, bâillonne la science : OGM, science et démocratie.
  • Conservateur et bolchévisme.
  • Ce type de mesure serait-il du même ordre que celle qui frappe les liens hypertextes ?

Bataille de l’Europe

Je me demande si les questions que soulève la recherche du président de l’Europe ne sont pas en train de définir ce qu’est l’Europe. Au Charybde Blair correspond le Scylla Juncker, ainsi défini :

to a certain sort of Euro-enthusiast in Brussels (…) there can be no better representative of the European Union than Mr Juncker, a member of each successive coalition government in his Grand Duchy (population 500,000) since 1982, a man who has attended EU council of ministers meetings uninterruptedly since 1984, and who is a past master of the dark EU arts of corridor deals, late night compromises and procedural ambushes. Mr Juncker is an unabashed federalist, a chain-smoking bon vivant and loathes the British with a passion (within the British government, the feeling is mutual). He speaks fluent French and German (as well as very good English), and has traditionally drawn his strength by positioning himself as an equidistant honest broker between France and Germany, those two mutually suspicious allies. He can be charming in person, and sincerely believes in Europe, but I am pretty confident the British think he could destroy the union if he ran it, and they will do all they can to torpedo him. (Tony Blair 's EU hopes go "pschiiiit": the French view.)

Il y a incompatibilité entre l’idée anglaise d’une fédération de nations et l’idée continentale d’un état fédéral (comme les USA). D’après John Stuart Mill (Representative government), qui avait regardé le sujet de près, l’idée anglaise n’a jamais marché. Pour qu’une fédération fonctionne, elle doit être arrimée au niveau du citoyen.

Il est douteux que l’Europe se sépare de l’Angleterre, par conséquent, il me semble probable que l’on va en arriver à une solution qui respecte chèvre et choux et ne tranche pas le débat. Combien de temps cela sera-t-il possible ? Lorsque l’on regarde tout ce qu’a refusé l’Angleterre, et l’exemple qu’elle donne, il semble qu’elle s’approche rapidement d’un point de rupture. D’autant plus qu’elle représente un modèle culturel qui est l’opposé de celui du continent : peut-on faire cohabiter des philosophies aussi différentes ?

Compléments :

Les Anglais et l’Europe

Is any Briton suitable for Europe's top job? dit :

Here are the reasons Mr Goebbels gives for excluding Mr Blair from the presidency of the European Union. In a written declaration open for signature by MEPs, he suggests that the European Parliament : “Demands that the European Council nominate as its permanent president a person with whom the peoples of Europe can identify. Holds that such a figure must have proved their ability to advance the European Union towards an "ever closer union of the peoples of Europe". Is convinced that this person
  • can only come from a Member State that has adopted or is determined to adopt the single European currency
  • must come from a Member State that is a member, or wishes to be a member of the Schengen area establishing the free movement of citizens
  • must come from a Member State which does not reject the application of the Charter of Fundamental Rights of the European Union on its territory.”

Tentative de définition de ce que c’est que d’appartenir à l’Union Européenne, et peut-être pas uniquement de présenter ce qui est attendu de son président ? Si c’est le cas, elle n’exclut pas seulement les Anglais de sa présidence, mais de l’Union.

Compléments :

jeudi 22 octobre 2009

Attali m’a tué

Et si j’avais une nouvelle fois tort ? Et si je faisais une mauvaise querelle au gouvernement ?

Et si la réforme de la taxe professionnelle venait de la Commission Attali ? Et si les collectivités locales étaient victimes d’une idée de gauche ?

Les économistes de tout bord, à l’époque de la commission, pensaient qu’il fallait faire sauter les rigidités de l’économie, qu’ils appelaient « privilèges » : nous étions tous des « rentiers ». L’exemple le plus symbolique était celui des taxis. Bizarrement les économistes de gauche semblaient les plus farouches promoteurs de l’idée : je me souviens d’un économiste apparemment ultralibéral qui m’a dit avoir été surpris que ses collègues de gauche aient voulu exproprier les privilégiés (les taxis, donc). Lui était pour un dédommagement.

D’ailleurs la mise en œuvre du changement semble bien avoir été conçue comme un licenciement sec : les cafouillages actuels ne montrent-ils pas que la question du financement des collectivités locales n’avait pas été envisagée ? (Ou était-ce une façon de faire d’une pierre deux coups : donner de l’argent aux entreprises, et rendre les collectivités locales dépendantes du pouvoir central ?)

Cette idée à plusieurs particularités :

  • Elle nie tout ce qui est culturel dans notre vie, comme irrationnel : pourquoi respecter le Ramadan ? Pourquoi s’arrêter de travailler le dimanche ? Pourquoi des syndicats ? Et, rapidement, pourquoi une enfance et des écoles ? Elle nie la dimension sociale de la vie (celle qu’étudient la sociologie, l’ethnologie ou la théorie de la complexité), et veut faire de nous des électrons libres. De manière amusante, c’est de l’application de ce type d’idées que l’historien anglais E.P.Thompson date l’émergence de la classe ouvrière anglaise. Ce serait curieux qu’une idée socialiste fasse de nous une masse de larves illettrées en concurrence parfaite.
  • Pour être honnête, elle s’appliquait à toutes les couches de la population. Cependant la théorie (The Logic of Collective Action) et la pratique montrent qu’elle donne de bien meilleurs résultats avec les pauvres qu’avec les riches.

La commission Attali serait-elle toujours d’accord avec son idée ? La mode chez les scientifiques de l’économie n’est-elle pas à la relance Keynésienne ? Pourquoi démolir les collectivités locales, les CCI… et mettre des gens au chômage, alors qu’on essaie de l’éviter ailleurs ? Et si, finalement, le gouvernement suivait avec détermination une idée fixe ? Ou était-il au dessus de la volonté humaine d’abandonner une idée aussi belle, et sanctionnée par l’opposition ?

Compléments :

Naissance de l’Angleterre

Les Révolutions sont des changements intéressants. Celle d’Angleterre, qui a coûté son poste à Jacques II (1688-89), en est un exemple.

Il voulait moderniser l’Angleterre en lui imposant le modèle centralisé français : souverain absolu, religion catholique, agriculture. Il a rencontré une opposition déterminée, qui l’a remplacé par sa fille et son gendre, et a installé le type de société qui a fait la gloire de l’Angleterre : monarchie contrôlée par le « peuple » (classe possédante), tolérance religieuse, industrie, et défense des « libertés européennes contre l’hégémonie française ».

La transformation a été aussi brutale (mais moins sanglante) que les révolutions russe et française, mais les autochtones ont longtemps fait croire qu’elle avait été pacifique (« glorieuse révolution ») : l’Angleterre n’était-elle pas un pays civilisé, et modéré ?

Compléments

  • Je me suis toujours demandé si l’Angleterre devait sa curieuse culture à cette élimination prématurée de son roi. Débarrassée de lui, elle se serait constituée en Grèce moderne, avec une classe dirigeante démocratique, et une classe ouvrière équivalente aux esclaves grecs. La France serait arrivée à cet état beaucoup plus tard (à la Restauration), après avoir détruit son aristocratie, et avec une classe ouvrière beaucoup moins homogène et illettrée, ce qui rendait difficile le maintien d’une classe supérieure solide et durable. L'Angleterre comme société d'héritiers : Héritage (suite).

mercredi 21 octobre 2009

Confiance facteur de performance économique

To trust or not to trust dit que notre propension à faire confiance est fixée par notre éducation. Il semblerait qu’il y ait une sorte d’optimum de confiance culturel : être au dessus ou au dessous (faire trop, ou trop peu confiance) est également nuisible. Mais ce qui m’intéresse plus dans cet article est ce qu’il explique de l’intérêt social de la confiance. Il cite Kenneth Arrow:

“virtually every commercial transaction has within itself an element of trust… it can be plausibly argued that much of the economic backwardness in the world can be explained by the lack of mutual confidence”.

Et poursuit:

The intellectual tradition stressing the importance of trust goes back to at least Banfield (1958) and Putnam (1993). In their influential books The Moral Basis of a Backward Society and Making Democracy Work, both authors show how civic attitudes and trust could account for differences in the economic and government performance between northern and southern Italy. Along these lines, sociologists, political scientists and, recently, economists, have argued – and showed – that having a higher level of trust can increase trade, promote financial development, and even foster economic growth (Knack and Keefer 1996, Algan and Cahuc 2008, Guiso, Sapienza and Zingales 2004, Fukuyama 1995, and Tabellini 2009). Hence, the more trust the better for a country’s economy.

Autrement dit, plus les membres d’une organisation (entreprise, pays…) se font confiance, plus elle est forte et prospère.

Or, les années qui viennent de s’écouler ont été des années de méfiance, les anciennes relations clients / fournisseurs, employeurs / employés ont été rompues. Quel a été le coût économique de cette transformation ? Peut-on reprendre l’expression d’Arrow et croire que loin d’être un progrès, ces derniers temps ont marqué un recul de l’économie ? De l’espèce humaine ?

Compléments :

mardi 20 octobre 2009

Taxe professionnelle

M.Fillon parle de la menace qui pèse sur l’économie française : crise, délocalisation. La taxe professionnelle handicape nos sociétés. Si les collectivités locales refusent sa suppression c’est qu’elles sont irresponsables. Cette argumentation me semble un manque de respect pour notre intelligence :

  1. Si c’est une question de crise et de trésorerie, pourquoi supprimer une ressource à long terme ? Pourquoi ne pas apporter une contribution exceptionnelle ?
  2. Nos voisins vont certainement réduire leurs prélèvements fiscaux, réduisons donc les nôtres. L’argument, on le fait parce que les autres le font, a été l’argument favori du libéralisme économique. La logique poussée à son terme, signifie que l’on supprime tous les impôts, qu’il n’y a plus d’état et que tout devient payant. D’où une classe riche et éduquée et une autre de crève la faim.
  3. L’avantage concurrentiel n’est pas lié au coût de main d’œuvre mais à un « métier », qui se construit sur des décennies, et à l’efficacité d’un tissu industriel local. Si l’industrie française n’est pas concurrentielle, c’est qu’elle a besoin de mieux faire son métier. Il ne faut pas apporter des subventions, mais la capacité d’investir sur de bons projets, ce qui n’est pas la même chose. D’ailleurs, ce que les pays émergents ont de remarquable, ce n’est pas tant leurs coûts que leur esprit entrepreneurial. (Téléphonie mobile et pays émergents.)
  4. Mon expérience me montre que les entreprises fonctionnent comme des thermostats. Elles ont une certaine ambition de rentabilité. Quand ça va bien, elles dépensent, quand ça va mal, elles font des économies. Autrement dit, s’il n’y a pas modification de leurs aspirations, les gains de taxe professionnelle seront consommés sans contrepartie en termes d’efficacité (cf. la TVA de la restauration). C’est le phénomène « jeune entreprise innovante » : les allégements fiscaux sont utilisés pour baisser les prix de vente, et lorsqu’ils disparaissent l’entreprise se trouve fort mal.

Pourquoi utiliser des arguments discrédités partout ailleurs ? Pourquoi ne pas partir du problème, que je suppose être la compétitivité des entreprises, et considérer les solutions possibles ? Cette mesure isolée, ne devrait-elle pas s’inscrire dans un programme général ? Pourquoi une tentative de législation au fait divers : profiter de l’émotion du moment pour introduire des mesures à long terme ? Pourquoi, d’ailleurs, jouer sur l’émotion et pas sur la raison ? Par mépris ?

Il y a une panne de l’intelligence sociale dans ce pays.

Compléments :

  • Toutes les réformes du gouvernement se ressemblent : ce sont des solutions à des problèmes qui ne sont pas posés, avec la manipulation comme moyen d'application. Triste. (Voir Changement et université, par exemple.)
  • La réflexion est partie de : M.Sarkozy et l'état.

Chine et Europe

Rising China, declining Europe: a tale of hubris. La Chine, fort peu chinoisement, est pleine de son succès économique. Elle méprise l’Europe, ridiculement désorganisée, et sa prétention à des valeurs universelles :

Now, a common Chinese view of Europe amounts to:

  • Europe is in decline but has not come to terms with it.
  • Yet Europe still wants to impose its values on China.
  • There are structural problems in dealing with the EU because of the difficulty in distinguishing EU from member-nation interests.
  • We have conflicting interests in Africa.

Le billet, fort peu anglo-saxonnement, fait le raisonnement suivant. La Chine se croit le maître alors qu’elle est le disciple. Si elle veut éviter de répéter les erreurs de l’Europe, elle ferait bien d’écouter les enseignements de cette dernière, qui sont ses valeurs. C’est l’échec de l’Europe, pas son succès, qui les rend respectables.

Compléments :

Travail des enfants

Is international activism increasing child labour? Comme d’habitude, l’enfer est pavé de bonnes intentions :

  1. Le travail des enfants est directement lié au problème de la pauvreté. À tel point que les pauvres tendent à avoir beaucoup d’enfants pour augmenter leurs revenus, ce qui les rend dépendants du travail des enfants.
  2. Lorsque l’Occident sanctionne l'industrie d'exportation d’un pays qui fait travailler ses enfants, il appauvrit sa population, qui a de nouvelles raisons de faire travailler ses enfants, cette fois-ci dans le secteur informel de l’économie, hors du risque de sanctions.
  3. L’Angleterre a restreint le travail des enfants sous la pression des syndicats pour qui l'enfant prenait le travail de l'adulte. Mais, lorsque l’enfant travaille avec sa famille, il y a répartition des tâches et non concurrence.

Alors, que faire ? Combattre la pauvreté ! L’article, en particulier, suggère de payer les parents pour qu’ils scolarisent leurs enfants, et de les encourager à avoir peu d’enfants.

Critique de film

Projection privée de Michel Ciment sur France Culture, samedi dernier. Discussion avec Frederick Wiseman.

Il lui parle de son dernier film, sur le ballet de l’Opéra de Paris, et du thème de la mort, point commun des créations modernes que l'on voit dans le film, qui lui semble évidemment fondamental pour le comprendre.

Réponse de F.Wiseman : il a tourné pendant quelques mois, et ce qui est dans son film est ce qui était à l’affiche de l’Opéra à l’époque.

Que la capacité d’interprétation du critique de cinéma français est admirable !

Compléments :

  • La Danse, le ballet de l'Opéra de Paris.
  • Je me demandais comment F.Wiseman avait réussi à ce que sa caméra ne soit pas vue dans les glaces qui couvrent les murs des salles de répétition de l’Opéra. Je ne suis pas sorti de l’émission mieux informé, sinon qu’il semble se déplacer comme un Sioux, en coordonnant l’action de son chef opérateur et de son assistant par des gestes, et vingt ans de pratiques communes.
  • Pour pouvoir filmer l’Opéra sans payer les danseurs, il a dû rencontrer ses 27 syndicats pour leur présenter son projet. Un exemple du rite du changement en France : si l’on sait traiter avec respect les barons du régime, on obtient ce que l’on veut pour rien. Mais ça prend du temps (3 mois ici).
  • La création moderne ne serait-elle intéressée que par la mort ? En tout cas, elle me semble esthétiquement magnifique.