mardi 24 novembre 2009

Pauvre Obama ?

The Pacific (and pussyfooting) president : B.Obama visite l’Asie.

Il semble infiniment inquiet de plaire à ceux qui rejettent les valeurs américaines (Chine, Birmanie, Iran). Et de leur sacrifier ses alliés, à commencer par le Tibet. Peut-on respecter un tel homme ? Est-ce bon pour son pays ?

Confirmation de la thèse de J.S.Mill selon laquelle les Américain n’élisent que des présidents inconnus et sans personnalité, les autres s’étant fait trop d’ennemis pour avoir la moindre chance de succès ?

Curieusement, les dirigeants chinois n’ont pas semblé beaucoup plus assurés que M.Obama. Explication de l’article : cela « reflète combien le système dans son ensemble craint ces libertés que M.Obama aurait dû défendre avec plus d’audace ».

Pauvre monde

Notre capitalisme mondialisé fonctionne-t-il correctement ?

  • 1md de personnes affamées.
  • L’agriculture des pays en développement a connu « un quart de siècle de négligence ».
  • « Défaillance du marché » : semences et fertilisants ne parviennent pas aux pauvres.
  • Les OGM ? Ils ont peut-être un intérêt, mais il serait rassurant qu’ils soient produits par l’état plutôt que par le privé.
  • L’explosion des prix des denrées alimentaires de 2007-2008 (qui repartirait) pousse les gouvernements à se méfier des marchés et à chercher l’autosuffisance, par exemple en confisquant les terres de contrées moins fortunées. Ce qui pourrait être pire que le mal.

Je dois ce triste bilan à The Economist.

Pauvres Américains

La politique écologique de M.Obama a peu de chances de devenir loi (Farmers v greens) :

Les fermiers américains dépendent énormément d’une énergie à très bon marché. Si son prix augmente, ils sont en faillite. Or, ils dominent l’électorat des grands états, peu peuplés, or chaque état, peuplé ou non, élit deux sénateurs. Or, il y a une majorité de grands états peu peuplés...

Ce qui me ramène aux subprimes. En permettant aux pauvres de vivre à crédit, les subprimes leur cachaient leur pauvreté, leur faisant préférer l’ombre à la proie, que leur ravissaient les riches. J’ai l’impression qu’il y a ici une escroquerie du même type : on vient de découvrir une nouvelle couche de pauvres, les fermiers, qui ne le savent pas parce qu’ils dépendent d’artifices.

Le changement que traversent les USA s’annonce exceptionnellement difficile : ce sont les fondements mêmes de leur modèle qui leur bloquent le passage.

Compléments :

lundi 23 novembre 2009

Conduite du changement live

Pour ceux qui pensent que la conduite du changement est un concept abstrait :

le « billet test », exercice de conduite du changement observe un changement en cours. On y verra, notamment, pourquoi les dirigeants désespèrent de leurs collaborateurs et pourquoi le travail peut provoquer la souffrance.

Traité de Lisbonne = changement pour rien ?

Alors que The Economist pensait (Nationalisme et globalisation) que ne pas choisir Tony Blair serait une victoire du parlement européen et du fédéralisme, le correspondant UE de la BBC juge que son échec revient au même résultat. L’argumentaire :

  • L’UE d’avant, c’était la France et l'Allemagne qui en tiraient les ficelles, et des manœuvres d’arrière salle.
  • Le choix du président du Conseil européen des chefs d’État et de gouvernement et du ministre européen des affaires étrangères s’est fait par des tractations d’arrière salle et grâce à un accord franco-allemand, qui visait, semble-t-il, à trouver quelqu’un qui ne fasse d’ombre à personne.

Plus ça change, plus c’est la même chose… comme disent les Anglais ? Nouvel exemple d'un changement mal conduit, et qui résulte en statu quo ?

Compléments :

Karl Marx (suite)

Quelques réflexions suscitées par le billet précédent :

  • Je pense que ce que disent la sociologie, l’ethnologie, la théorie de la complexité et mon expérience, c’est que vivre en société c’est suivre des règles, règles qui ont une logique d’ensemble (par exemple « main invisible » de l’économie, ou religion). Dans ce sens, nous aliénons notre liberté. Dans un autre sens, sans règles nous sommes des pantins dont on a coupé les ficelles.
  • Ces règles que nous suivons avec bonne volonté ont pour rôle de faire le bonheur collectif. La liberté, c’est donc suivre des règles acceptées. De ce fait, nous sommes généralement libres et nous réalisons naturellement l’idéal de Marx, Hegel et Kant.
  • En fait, la transformation de notre environnement, notamment du fait de notre action, et nos mutations internes (innovation), font que les règles du groupe évoluent et doivent évoluer sans fin (c’est le « changement »). Par contre il est possible qu’un jour ce mécanisme de création de règles ne soit pas assez adaptable pour résister à la sélection naturelle, et nous disparaîtront. Ça sera le terme de notre histoire.
  • Le danger qui nous menace est soit une erreur humaine malencontreuse, une innovation qui tourne mal et qui détruit l’humanité sans l’intention de lui nuire, soit un acte de parasitisme qui attaque la société au bénéfice du seul parasite. Le parasitisme est probablement la seule menace à notre liberté.
  • Notre raison, notre capacité à distinguer et à modifier les règles que nous suivons, nous sert donc à améliorer les règles du groupe quand il est en difficulté (changement), et à nous garantir des parasites.

Karl Marx

SINGER, Peter, Marx, a very short introduction, Oxford University Press, 2000, semble dire que l’œuvre de Marx s’explique simplement.

Elle est bâtie sur celle de Hegel, qui voit l’histoire comme la découverte par l’homme que son esprit fait partie d’un esprit universel. Tant qu’il ne le sait pas il se heurte à ses semblables, qu’il croit différents de lui, ce qui limite ses possibilités et sa liberté. Le jour où il comprendra son erreur, il sera libre et efficace, en faisant ce dont il a envie, il fera le bien commun.
Puis arrivent Bauer et Feuerbach. Reprenant le même type de raisonnement, ils expliquent que l’homme a affublé Dieu de ses talents, de ce fait s’en privant, se les aliénant. Il faut se débarrasser de Dieu, du coup l’homme retrouvera ce qu’il a donné à la religion.
Marx fait de même mais avec l’économie. Le propre de l’homme c’est de produire. Or, le système productif aliène la production de l’homme qui en devient esclave. Il semble aussi prendre l’argument de Hegel à l’envers : ce ne sont pas les idées, l’esprit, qui guident l’homme, mais la production qui forme l’esprit. Mais la marche de l’histoire est la même chez Marx que chez Hegel : le capitalisme produit la division des tâches, qui fait que l’homme perd de vue l'unité de sa production ; or tout système productif est dépassé par sa propre logique qui crée un autre système ; jusqu’à ce que l’homme voit clair, c'est le « communisme ». Il n'est plus esclave de la production ; fin de la division des tâches, l’homme travaille comme il l’entend ; non seulement il y gagne sa vie, mais encore il fait le bien commun.
Si cette interprétation est correcte, l’analyse que fait Marx du capitalisme et de ses maux est d’une importance secondaire. Elle cherche seulement à montrer que l’on est bien dans le mouvement qu’il prévoit. De même, il ne sert à rien de décrire ce qu’est le communisme (ce que ne fait pas Marx), puisque c’est un aboutissement nécessaire. C’est une sorte de démonstration mathématique, par laquelle on prouve qu’il existe une solution unique, sans pour autant dire laquelle.
Compléments

dimanche 22 novembre 2009

Le déclin de l’Occident

La Chine, l’Iran, la Russie sont enchantés : leur heure est arrivée, l’Occident est à son crépuscule. C’est lui-même qui le dit.

Oui, mais il le dit depuis plusieurs millénaires, remarque Thérèse Delpech.

Et si cette sorte de dépression chronique, à laquelle seule semble échapper l’Amérique, était simplement un mécanisme de remise en cause, qui permet de voir la prochaine catastrophe avant qu’elle arrive, et de la prévenir ?

Nous sommes des êtres du déclin et du gouffre qui ont soif de renaissance et de salut.

Compléments :

  • Curieusement cet article reprend ce que les psychologues disent des vertus de la dépression, et des dangers de l’optimisme militant américain : Stress américain.
  • Cette théorie pourrait enfin rendre sympathiques nos intellectuels : leur rôle social est de créer une saine dépression ? Triste radio.

Brésil

État fortement interventionniste, qui a construit ses actuels champions industriels de manière fort déterminée (en particulier Embraer). Plus curieux, ce pays semble distribuer l’argent de l’état aux riches.

Par exemple, les pauvres paient de mauvaises études, les riches vont dans des universités gratuites. Les entreprises d’état, qui sûrement lui avaient coûté fort cher, ont été privatisées. Et puis :

Brazil has a stubbornly high murder rate and a violent police force. Many of its politicians see nothing wrong with stealing public money or appointing relatives to jobs within their private kingdoms, and refuse to resign when found out. It is a place of misery where 17% of homes do not have running water and too many families live in home-made shacks by motorway bridges. A place where many people convicted of serious crimes go unpunished, and those in prison live out a brutalised existence. And a place of environmental devastation that government is powerless to stop.

Le président da Silva semble avoir rendu ce monde un peu moins injuste. Mais est-ce le miracle dont on fait un tel cas aujourd’hui ?

Compléments :

Dirigeant sans visage

The Economist se lamente (The cult of the faceless boss) : la grande entreprise n’embauche plus que des dirigeants transparents. On se croirait dans les années 50. Or, l’industrie n’a-t-elle pas été faite par des dirigeants plus grands que nature ?

J’ai fait une liste des dirigeants dont j’avais retenu le nom. Elle se divise assez nettement en deux catégories : d’un côté des entrepreneurs (Dassault, Bouygues, etc.), de l’autre des fous furieux qui ont fait sombrer leur entreprise. (Et quelques noms dans les deux catégories.)

J'en déduis qu’une fois qu’une entreprise a été fondée, et le fondateur est naturellement plus grand que nature, il est préférable qu’elle soit dirigée par un patron anonyme, c'est-à-dire qui met l’intérêt de l’organisation avant le sien. Si c’est la tendance actuelle, elle est bienvenue.

Compléments :

samedi 21 novembre 2009

Emprunt et bon sens

Certes il y a emprunt, mais, vu de très loin, pour des raisons valables (investir là où l'on n'investit pas assez pour notre bien), et auprès des marchés financiers internationaux, donc en en minimisant le coût. M.Rocard :

pour lever auprès des particuliers, il faudrait les allécher, ce qui coûte plus cher. Ça ne vaut pas le coup.

Le bon sens aurait-il prévalu, finalement ? La nation arrive-t-elle à réfléchir et à se faire entendre ?

Compléments :

TGV Est

Voyage en TGV :

Cela faisait longtemps que je n’avais pas pris le TGV. Et je ne connaissais pas le TGV est. Le pensant plus récent que les autres, et véhicule d’une contrée riche, je m'attendais à quelque chose de cossu et de technologiquement avancé. Déception. Extérieur un peu médiocre. À l’intérieur, ça vibre beaucoup. Pire, à l’aller mon wagon était plongé dans le noir toutes les dix minutes, au retour le néon de ma banquette ne marchait pas. On se serait cru en Angleterre.

La SNCF prépare-t-elle son entrée dans le monde concurrentiel en copiant l’élite financière anglo-saxonne : exploitation du « client » pour enrichir le manager supérieur ? Comme EDF qui fait de coûteux achats mais n’entretient plus son parc de centrales ? (France : coupures d’électricité ?)

John Suart Mill, du gouvernement représentatif

Considerations on representative government, John Stuart Mill. Comment faire fonctionner la démocratie ? Un traité qui donne un zéro pointé à la nôtre.

Gouvernement représentatif
Qu’est-ce qu’un « gouvernement représentatif » ? C’est un mécanisme qui fait que la volonté du peuple, dans toute sa diversité, émerge, et que ce qu’elle implique est réalisé.

Représentatif et exécutif
Un tel comportement a deux composants, le corps représentatif (les élus), l’exécutif.
Le corps représentatif est là pour faire émerger la volonté du peuple, cette volonté est un objectif que le peuple désire atteindre. C’est à l’exécutif de trouver le moyen approprié pour le satisfaire. Le corps représentatif s’assure que l’exécutif est adapté à sa tâche, le nomme, le contrôle, fait connaître au peuple ce qu’il fait, et finalement lui donne ou non l’autorisation de mettre en œuvre ses plans. Par contre le corps représentatif ne s’occupe pas de mise en œuvre (y compris de la rédaction des lois), parce qu’il n’est pas compétent pour cela. Seul sait correctement mettre en oeuvre une décision un corps d’élite de bureaucrates spécialement formés et entraînés à leur tâche.

Construire un gouvernement représentatif
Pour établir un tel gouvernement, il faut un terrain favorable. Il faut que le peuple le veuille, qu’il soit prêt à appliquer ses lois. Il faut aussi un forum de débat et le moyen de mettre en œuvre ses décisions.
Ceci résulte de l’histoire, d’une évolution par étapes successives. Elle a d’abord acclimaté le peuple à la discipline nécessaire. C’est l’œuvre d’une dictature. (Avant d’être libre en société il faut avoir été esclave.) Progressivement elle se parfait jusqu'à devenir le lieu d'un vigoureux affrontement d’idées entre esprits libres et bien formés. C’est un monde d’individualistes dont le talent est mis au service de la communauté.
Et c’est ce que doit être le corps représentatif : le forum des idées du pays. Chacun doit y trouver un homme (pas forcément toujours le même) qui est sensible à et qui va représenter ses opinions, préoccupations, doléances du moment, et faire qu’elles sont entendues et prises en compte.
Ce corps doit être constitué de représentants de la majorité, des minorités, et d’individus exceptionnels qui ont démontré une capacité à penser remarquable. Aucun ne doit pouvoir dominer par son seul poids les autres. Le débat d'idées est obligatoire.

Juger un gouvernement représentatif
Le critère de jugement d’un gouvernement représentatif est donc le progrès qu’il a permis. Il doit amener son peuple à développer une capacité de jugement de plus en plus évoluée, à libérer de plus en plus sa pensée ; il doit utiliser de plus en plus efficacement les talents individuels pour faire le bien collectif ; surtout, il doit progresser dans la direction de la perfection la plus grande de son modèle de démocratie.

Les maux
Ce qu’il faut éviter est probablement tout aussi important que ce qu’il faut atteindre.
Le mal absolu du régime représentatif est la dictature d’une classe, de la majorité, qui la conduit à faire triompher ses intérêts les plus vils. L’antidote, c’est le débat, c’est la stimulation que produit la confrontation des idées. C’est pour cela qu’il est important que toute idée soit entendue.
Autre mal : excès de ses compétences par le corps représentatif. Il sait débattre, contrôler, critiquer, il ne sait ni mettre en œuvre ses décisions, ni concevoir des lois qui prennent en compte leurs conséquences, et qui s’inscrivent correctement dans les codes existants.

Solutions pratiques
La pensée de Mill est avant tout pratique, et pour nos critères actuels, politiquement incorrecte.
  • Il est contre un homme un vote. D’une certaine façon, il cherche à forcer le débat en évitant les majorités, en donnant le même poids à toutes les opinions. Il pense qu’alors il se trouvera des gens de bon sens dans chaque camp, qui feront basculer la décision du côté du bien commun. Si un tel débat est efficace, alors il en sortira une décision dont la mise en œuvre paraîtra évidente à tous.
  • Il est contre le vote à bulletin secret. Le vote est un acte social, chacun doit dire ce qu’il pense bien pour la société, il doit donc être capable de défendre son choix.
  • Il est contre une représentation locale. Il propose un mode de scrutin qui permettrait à chaque homme de voter pour plusieurs personnes. Il propose le mécanisme suivant. Chaque élu représente un nombre égal de voix. Une fois qu’il a atteint son quota, les voix qu’il a obtenues qui excèdent le quota vont vers leur second choix, etc. Ainsi, pense-t-il, des personnalités exceptionnelles, peu connues mais universellement respectées, pourraient être élues.
  • Chacun doit avoir le rôle qui correspond à ses forces. Le représentatif doit débattre, contrôler, critiquer ; l’exécutif doit mettre en œuvre ; le représentatif local, proche des problèmes de la population, doit les traiter, mais sous le contrôle et en appliquant les directives d’un corps représentatif central qui a un accès large au talent et à l’expérience, une grande ouverture d’esprit. De même ce corps doit être une sorte d’enseignant pour le peuple. Car, si l’exercice de la démocratie locale est la meilleure formation de la pensée individuelle, il ne peut se dérouler correctement spontanément.
  • Et nos représentants ? Ils doivent partager le petit nombre de nos valeurs fondatrices. Mais être avant tout des hommes exceptionnels, des hommes d’esprit indépendant et de sain jugement. Notre responsabilité sociale est d’élire de telles personnes. Qui sont-ils ? Les moins tentés par le pouvoir, ils y viennent par peur de la menace de l'incompétence.
  • Le premier magistrat ? Élu par le corps représentatif, ainsi il sera de meilleure qualité que s'il est le choix direct du peuple.
  • Une réflexion sur le fédéralisme, qui permet de profiter du talent de peuples qui ne sont pas prêts à se constituer en nations. Le modèle efficace serait celui de la Suisse et des USA. Le citoyen obéit à deux états. La pièce clé du dispositif est la Cour suprême. Elle construit ses lois à la fin d’un long processus qui a vu un différend partir de l’individu et faire l’objet d’un débat de plus en plus riche. Ce qui lui permet de décider en ayant tous les éléments en main.
  • Et les colonies ? Elles peuvent se justifier, si elles sont une dictature éclairée et durable qui amène des peuples manquant de rigueur à une étape supérieure de progrès.

vendredi 20 novembre 2009

Nature de l’entreprise française

Je suis allé chercher l’étude qui était à l’origine de L’entreprise française doit changer ? Étonnant :

Les entreprises françaises sont parvenues à maîtriser la variation de leurs revenus. (Ils sont quasiment devenus prévisibles, le chiffre d’affaires, lui, continuait à énormément fluctuer.) Pour cela, elles n’ont gardé que le cœur de leur activité donnant le reste à la sous-traitance qui a construit sa flexibilité sur l’intérim et les CDD. Sous-traitance et travailleurs précaires encaissent les secousses.

Mais un tissu d’entreprises concentrées sur elles-mêmes est peu adaptable, il n’est pas favorable à la combinaison de talents que réclame l’innovation rendue impérative par le nécessaire renouvellement d’un modèle économique qui épuise la planète.

L’auteur du rapport est favorable à la flexisécurité.

Compléments :

Changement : concepts principaux

La préparation d’une présentation sur le changement me permet de mettre ensemble quelques principes dispersés dans ce blog, et fondamentaux :

Un souvenir de mon service militaire. Le samedi matin de la première semaine de mon incorporation, personne n’est venu chercher notre chambrée pour la conduire déjeuner, contrairement à l’habitude. Diagnostic immédiat ? Dysfonctionnement de l’armée française. Depuis une semaine nous en avions vu beaucoup. Et les poches de nos parkas fournissent une génération spontanée de morceaux de pain, gâteaux et pots de confiture… À dix heures arrive un sous-officier, qui nous emmène nous faire vacciner. Nous étions supposés être à jeun.

Changement : définition

Le changement c’est faire changer de comportement collectif un groupe d’hommes, ou organisation. Le soldat a l’habitude de déjeuner, eh bien on va l’emmener se faire vacciner, ce qui signifie le faire jeuner.

Ce que donne le changement est généralement le statu quo, la victoire de la « résistance au changement » : le soldat déjeune quoi qu’il arrive.

Raisons d’échec

Implicitement nous pensons que si nous n’emmenons pas l’homme déjeuner, il ne déjeune pas. Nous le considérons comme une chose. Cette hypothèse est au cœur de la culture occidentale. Les économistes March et Simon l’ont appelée le « modèle de l’organisation machine ». Nous nous comportons avec les entreprises, les nations, etc. comme avec des machines, que l’on commande. De ce fait nous commettons deux erreurs fatales :

  1. Nous imposons le changement aux membres de l’organisation. On les met donc dans une situation naturelle de résistance à un changement dont ils ne sont pas responsables. Qui est fait contre eux.
  2. Pensant que notre idée se suffit à elle-même nous ne faisons rien pour contrôler que le changement est correctement mis en œuvre. Au mieux nous « communiquons », nous organisons des formations, nous faisons des discours… qui rebondissent sur la méfiance du groupe.

Le blocage

La question centrale du changement c’est le blocage entre fin et moyen :

  1. La fin c’est faire vacciner les troupes, donc les maintenir à jeun.
  2. Le moyen c’est ne pas les emmener déjeuner. Le choix de ce moyen résulte d’un raisonnement inconscient qui part du principe que l’appelé est une machine (ou de quelque chose de similaire).
  3. Le blocage : l’homme déjeune quoi qu’il arrive.

Ce qui rend le blocage difficile à combattre, c’est qu’il résulte d’une cause inconsciente. C’est pour cela que les psychologues appellent sa résolution « insight ». Ces blocages et insights ont une explication simple. Une organisation est efficace parce que ses membres ont un comportement collectif dirigé par des règles inconscientes (cf. la politesse). Pour changer (= modifier ce comportement), il faut faire évoluer les règles inconscientes.

Un changement, c’est une succession de résolutions de blocages. Cette suite de blocages se rencontre de la conception du changement jusqu’aux petits problèmes de mise en œuvre. Faire sauter des blocages ne demande quasiment aucun moyen (effet de levier).

Principes des techniques de conduite du changement

Conduire le changement se ramène donc à installer des procédures qui vont « contrôler le changement » c'est-à-dire qui mettront l’organisation dans des conditions qui lui permettront d’éliminer blocage après blocage de façon maîtrisée. Les principes des techniques employées :

  • Ne pas s’engager dans le changement, bille en tête, comme on le fait aujourd’hui. Mais demander à ceux qui vont le mettre en œuvre, aux opérationnels, comment ils vont s’y prendre. Autrement dit, leur demander un plan de mise en œuvre du changement. Ainsi on simule ce que va donner le changement. On élimine donc les problèmes qui l’auraient tué. D’ailleurs il ne viendrait à l’idée de personne de s’opposer à un changement qu’il a conçu.
  • La clé de voûte du processus de contrôle, c’est l’animation du changement. L’animation c’est un dispositif léger qui aide les responsables à construire leur plan d’action puis à le mettre en œuvre. Mais son rôle réel n’est pas là. L’animation aide ceux qui affrontent le changement à vaincre le blocage, la cause de résistance au changement.

Un changement peut être contrôlé avec très peu de ressources et se faire vite parce qu’il procède par étapes. Or, les personnes clés pour le franchissement d’une étape sont en petit nombre. On peut donc mener de très gros changements, très rapidement, même pour des multinationales. Et ce sans quasiment aucune ressource externe, à part quelques experts des compétences qui peuvent manquer à l’organisation.

Compléments :

  • L’exemple vient de mon livre : Conduire le changement : transformer les organisations sans bouleverser les hommes, L’Harmattan, 2008.
  • MARCH, James G., SIMON, Herbert A., Organizations, Blackwell Publishers, 2ème edition, 1993.

jeudi 19 novembre 2009

The Bottom of the pyramid

Produire pour les pauvres m’a poussé à enquêter sur les origines des idées de Bill Belt. J’ai trouvé C.K.Prahalad, gourou du management. Il a écrit que l’industrie sortirait le monde de la pauvreté si elle s'intéressait au bas de la pyramide, aux besoins des moins riches. Et, au passage, elle s’enrichirait colossalement.

Comment faire, est, au fond, simple. Il faut se demander ce que les pauvres ne peuvent pas avoir et concevoir nos processus de production et de vente pour qu’ils puissent se l’offrir.

Cette démarche semble ancrée dans la culture indienne. Sa médecine, en particulier, est remarquablement efficace. Elle est terriblement inventive, elle ne se laisse pas tenter par des matériels inutilement sophistiqués, et elle construit ses hôpitaux autour de systèmes d’information bien conçus. Qu'attendons-nous pour l'imiter ?

Compléments :

  • Paradoxalement cette démarche semble aussi ancrée dans ma nature. J'ai fait une étude en 82 sur l’énergie solaire, dans laquelle j’ai constaté qu’exploiter les énergies renouvelables était avant tout une question de bon sens et de procédés rustiques, ce qui les mettaient à la portée des pays pauvres. Alors que l’on s’épuisait à concevoir des technologies compliquées.
  • C.K.Prahalad a écrit sur le sujet en 2004 : Profits and poverty.
  • La médecine indienne : Lessons from a frugal innovator.
  • C’est une extraordinairement bonne nouvelle pour nous : l’Inde nous montre que notre système de santé est excessivement coûteux ; que le déficit de la sécurité sociale n’est pas une malédiction ; que l’on peut apporter les meilleurs soins aux plus pauvres. Curieusement, l’article ci-dessus donne l’explication suivante à l’escalade de nos coûts médicaux : la pression des laboratoires pharmaceutiques sur un tissu social qui n’a pas la force de résister.
  • Le système de santé américain : Le marché contre l’homme.

Red riding trilogy II

Un groupe de policiers travaillant sur une longue affaire de meurtres en série semble avoir un comportement bizarre. Un enquêteur est dépêché pour diriger l’enquête, mais surtout pour tirer les choses au clair.

Pour moi ce film est désagréable. Il évoque mon expérience professionnelle. Le type d’attitude des policiers est celui que l’on rencontre souvent chez les cadres intermédiaires d’une société qui doit changer. Ils pensent avoir quelque chose à se reprocher et sont prêts à flinguer celui qui peut menacer de le dévoiler (même involontairement).

Une technique permet d’éviter cette menace : montrer que le problème dont ils croient souffrir est organisationnel, non individuel. En résolvant cette question, ils trouvent naturellement une place où leurs compétences sont utilisées au mieux.

Ce film montre que, dans certains cas, l’exercice n’est pas loin d’être impossible. Quand les personnes concernées ont consciemment enfreint les règles de la société ?

mercredi 18 novembre 2009

Défibrillateur financier

Sudden financial arrest. La crise financière ressemble à une crise cardiaque, d’un seul coup panique, plus rien n’est alimenté. Il faut un défibrillateur dit Ricardo Caballero ?

Celui-ci doit apporter une dose massive de sécurité d’état, pour, à nouveau donner envie à un marché financier prostré de faire des folies.

On lui rétorque que l’existence d’un tel défibrillateur va encourager le banquier à l’irresponsabilité. Il répond que le défibrillateur n’a pas cet effet sur nous.

Pas d’accord. Le défibrillateur ne marche pas à tous les coups, le banquier ne risque pas sa vie.

L’idée du défibrillateur est bonne : il faut sauver l’humanité. Mais, tout le monde doit savoir que c’est la solution de la dernière chance. Une solution redoutable et brutale. Le banquier, en particulier, a peu de chance d’y survivre.

Compléments :

Globalisation financière

Did financial globalisation make the US crisis worse?. Des économistes examinent le lien globalisation / crise.

Si j’ai bien compris, la globalisation aurait amplifié la crise, la bulle financière ayant été gonflée à au moins 50% par des capitaux étrangers attirés par les subprimes et autres innovations financières. Ensuite, quand elle a crevé, les USA ont amorti la crise, en la déversant sur l’étranger, second intérêt de la globalisation. Ce phénomène s’expliquerait par la supériorité de la sophistication de leur finance (ce que j’appelais « innovations » plus haut ?) sur celle du reste du monde.

Étrange image : l’innovation financière dont on parlait tant au USA avait elle pour objet de prendre notre argent au profit de tout ou partie des USA ?

Apprentissage de la télé

Moi qui n’aime pas le changement, je passe ma vie à apprendre de nouveaux métiers. Après le blogging qui occupe désormais une partie de mon temps, voici la réalisation d’émissions pour décideurs TV. Pourquoi ne pas faire comme pour ce blog, décortiquer ce nouvel apprentissage ?

Être en face de plusieurs caméras est stressant, d’autant plus que c’est un direct (le film est monté mais non coupé) différé. Ce qui élimine le stress, c’est de préparer (et aussi l’habitude). Il me faut une très grosse préparation pour me sentir bien.

Pour préparer il faut se donner du temps, et une technique. Pour avoir ce temps j’ai supprimé mon activité d’animation de clubs des anciens de l’INSEAD, et j’ai espacé les sessions d’enregistrement. Quant à la technique, elle s’est construite. Initialement, je me contentais d’un entretien téléphonique avec l’invité pour identifier le sujet de l'émission et le type de questions que j’allais poser. J’étais inquiet de lui faire perdre son temps. Dorénavant, je rédige avec lui un texte d’une page et demi (ce qui correspond à la durée de l’enregistrement). Curieusement, je ne pose pas tout à fait les questions que j’avais prévues, l’invité sort lui aussi du cadre, nous faisons mêmes des découvertes pendant l’entretien, mais l’échange semble fonctionner. Improviser demande une grosse préparation.

Grâce à Thomas Blard, jeune vieux routier de la télé, j’ai appris qu’il fallait que la conversation soit rapide, spontanée, imprévue, si l’on veut que celui qui la regarde ne se lasse pas. Nouvelle difficulté : ma technique d’animation de conférence visait jusque-là à m’effacer derrière mon ou mes invités. Je dois maintenant être beaucoup plus agressif. Pas naturel.

Le plus dur certainement est que je ne peux pas me supporter en images. Pour éviter mon jugement, je me suis toujours vu au travers du regard des autres. Il me semble que pour vivre en société, il faut occuper un rôle qu’elle est prête à accepter. Dans mon cas, mais c’est probablement général, ce rôle n’est pas celui que j’aurais voulu jouer. Je n’aime pas ce que les gens semblent apprécier en moi. Mais il ne faut pas être trop exigeant : trouver une place en société est compliqué, sa nature est secondaire. La difficulté est donc de faire ce que l’on désire (en ce qui me concerne : résoudre des problèmes d’organisation), avec l’image que l’on projette. Beaucoup d’acteurs doivent être dans mon cas, ils rêvaient de rôles de jeunes premiers, ils sont devenus des comiques, mais ils jouent, et c’est ce qui comptait vraiment pour eux.

Dernier problème : regarder la caméra pour s’adresser au spectateur. Totalement contrintuitif.

mardi 17 novembre 2009

Eric Raoult

J’ai entendu parler de M.Raoult rappelant à Marie NDiayé son « devoir de réserve ». Une succession d’idées m’est venue.

  • Nos plus grands écrivains ont pour la plupart été violemment critiques de la France et de son gouvernement. D’ailleurs, il en est de même pour beaucoup d’intellectuels étrangers : la production d’Hollywood, par exemple, paraît condamner sans appel la civilisation anglo-saxonne.
  • Cette critique est généralement utilisée, comme le sous-entend M.Raoult, par ceux qui n’aiment pas le peuple concerné, contre ses intérêts. Cependant, sans cette critique, il y a peut de chances que le dit peuple évolue. Surtout, elle est la preuve d’une liberté qui est sûrement l’arme la plus efficace des démocraties contre leurs ennemis.
  • Arrivé ici, j'ai pensé que personne n’aurait fait attention aux propos (anciens !) de Mme NDiaye sans l’intervention de M.Raoult. Certainement il leur a donné un retentissement international. N’était-ce pas à lui que l’on devrait rappeler son devoir de réserve ?
  • Alors, manœuvre politique, pour faire hurler les intellectuels et valoir au gouvernement l’affection d’une partie stratégique de l’électorat ?

Compléments :

  • Le Monde semble penser, un peu comme moi, que la manœuvre vise les ex votants FN. De manière inquiétante l'article croit qu'il y a surtout là l'expression de la nature profonde du parti de gouvernement. Un gouvernement contre la liberté d'expression ? Confirmation de mon analyse précédente ?

Vive l’Écosse libre

Je croyais que la crise avait enterré les velléités indépendantistes écossaises. Il semblerait qu’il n’en soit rien, même si la scission a peu de chances de réussir. (The conjuror's bluff)

L’avantage du mouvement nationaliste continental, au 19ème, c’est qu’il a imprimé dans les populations locales un fort sentiment d’identité nationale. La Grande Bretagne a été épargnée par ce phénomène, mais, en conséquence, son unité ne semble pas totalement assurée. Comme celle du Canada, d’ailleurs.

Red riding trilogy

Série de films TV sur des meurtres en série, sortie en salles récemment (Reflet Médicis).

Je pensais y trouver du dépaysement anglais, mais il y en a fort peu. Certes c’est l’Angleterre, mais les personnages ne s’y expriment pas. Action, violence, pas de temps morts.

Ce qui est surtout curieux c’est ce que ce film révèle de ce qu’on ne trouve plus au cinéma : une sorte d’émotion primitive. Le cinéma ne parle plus qu’à l’intellect ? La télé seule saurait encore s’adresser à l’instinct ?

lundi 16 novembre 2009

Silvio Berlusconi

J’entendais dire ce matin que M.Berlusconi déployait son génie pour réformer la justice de son pays, afin qu’elle ne puisse le poursuivre. Bizarre, me suis-je dis, mais les démocraties tendent à élire leurs pires ennemis.

Il m’est venu une curieuse idée d’explication. Le processus de sélection de nos hommes politiques est extrêmement éprouvant. Seuls les plus déterminés peuvent réussir. Et vouloir détruire un système est probablement un moteur extrêmement efficace.

Donc si nous voulons donner aux gens compétents une chance de nous diriger, il faut réduire la difficulté de l’élection ?

De Gaulle

Que penser de De Gaulle? C’est une question que je me pose régulièrement depuis ma lecture de son interminable biographie par Jean Lacouture.

Visionnaire ou pendule arrêtée qui a marqué l’heure deux fois dans sa vie (2ème guerre mondiale, guerre d’Algérie) ? Ce qui m’a frappé dans ce livre, c’est que de Gaulle n’était pas un homme d’action. Dans les moments importants, il me semblait immobile. Il ne réussissait pas par ses actes décisifs, mais parce qu’il « était ».

À la réflexion, je me demande s'il n'avait pas l'obsession de garder une France unie. La constitution de la 5ème République avait pour but de mettre un terme aux querelles politiques d’avant guerre. Il n’y a pas eu d’épuration après guerre, pas de règlement de comptes, la France avait gagné et elle n’était faite que de héros. À nouveau durant la guerre d’Algérie, il évite la guerre civile.

Pourquoi, alors, a-t-il été abattu par 68 ? Par quelques jeunes hystériques, qui, en outre, avaient fini par se taire ?

Petit à petit, j’en suis venu à penser que les dirigeants d'après guerre, atterrés par l’égoïsme mesquin qui l’avait causée, avaient voulu construire un monde solidaire, « l’état providence ». Peut être pensaient-ils que l’homme ne serait plus occupé que de son intérêt matériel et oublierait de se haïr. 68 leur a démontré leur erreur. De cette première victoire Gauche et Droite (libéralisme financier) ont marché main dans la main pour mettre en pièce la société solidaire, unis dans leur médiocrité individualiste et dans leur haine réciproque.

Ce qui a abattu de Gaulle n’est-il pas là ? Il a compris que la nature de la France était de s’entredéchirer, et qu’il était impossible d’en faire une grande nation civilisée, qu’elle ne serait jamais que petitesse et mesquinerie, que le rêve de sa vie était une chimère ? Paradoxalement, c’est peut-être autant les contre manifestations de soutien, qui annonçaient l'affrontement gauche / droite, qui l’ont miné, que les manifestations gauchistes.

Les dirigeants occidentaux d’après guerre étaient sûrement des gens au grand cœur. D’ailleurs, il n’y a peut-être qu’une guerre qui puisse donner le pouvoir à de tels hommes. Mais on ne transforme pas l'humanité à son corps défendant, surtout lorsque l’on veut son bien. On ne peut pas changer sa nature contre sa volonté.

Il me semble que l'individu n’arrêtera de s’entrégorger que le jour où il comprendra que sa petite personne ne crée pas tout ce que le monde a de beau, et que le monde ne lui doit pas tout. Que ses semblables ne sont pas des parasites dont il faut se débarrasser. Qu’ils constituent la société et qu’il n’est rien sans la société. Que cette société est minée, justement, par son égoïsme-parasitisme (qu’il voit si bien chez les autres et si mal chez lui). Alors, il y a des chances que les institutions qu’il choisira de construire soient durables.

Compléments :

  • Une autre façon de formuler ce que dit ce billet est la suivante. Nous avons longtemps massacré ceux que nous pensions coupables. Puis, de l'après guerre à la crise actuelle, nous avons amnistié généreusement, la plupart des Nazis, leurs collaborateurs et délateurs aussi bien que les dirigeants de la finance mondiale. C'est un progrès : on ne peut pas punir une partie de la population sans que l'autre n'en souffre. Mais, si l'on fait comme si de rien n'était, comment éviter de recommencer ? La solution est de ne pas s'en prendre à l'homme, mais de réparer la société, qui a été victime d'un défaut collectif.
  • 68 : victoire de l’individualisme ?
  • Irving Kristol : 68 a été un coup d’envoi à la fois à gauche et à droite (en quelque sorte la gauche a fait signe à la droite qu’elle devait se mettre en mouvement) ?

dimanche 15 novembre 2009

L’entreprise française doit changer ?

Face à la crise, les entreprises se sont protégées aux dépens des salariés les plus fragiles voit d’un côté des Français en situation précaire (intérim, CDD, employés de sous-traitants), et de l’autre des Français au cœur de grandes entreprises et que celles-ci protègent.

La sortie de crise ne devrait pas être facile pour les entreprises survivantes : elles devront faire évoluer leurs métiers, et donc leurs salariés. Or, ce serait les employés protégés et qualifiés qui sauraient changer, et il n’en reste plus beaucoup.

Curieux. L’entreprise française aurait-elle basculé dans un modèle de sous-qualification qui fait qu’elle n’a pas d’avenir ? Avons-nous maintenant des entreprises jetables ?

Licencier ou ne pas licencier

Paul Krugman revient sur un ancien différend entre libéraux et moins libéraux :

Les premiers disent qu’en crise les lois sociales sont mauvaises pour l’économie, et pour l’homme. On licencie et on embauche avec mal, du coup, les entreprises les moins performantes gardent trop longtemps du personnel, et les nouveaux secteurs n’arrivent pas à en recruter. Relançons l’économie, les chômeurs trouveront vite un travail.

Paul Krugman pense que cette fois-ci la relance risque de ne pas créer d’emplois aux USA, ceux qui resteront trop au chômage perdront toute compétence. L’Europe, avec ses mesures de chômage partiel, a trouvé une solution efficace.

Compléments :

  • Je ne vois pas comment, dans le modèle libéral, une personne qui a été formée pour travailler dans un secteur peut se convertir à un emploi franchement différent. Je me demande si ce modèle ne réclame pas une économie faite d'emplois peu spécialisés, du haut en bas de la pyramide. Ce qui est probablement le modèle américain.

Produire pour les pauvres

L’Inde est un étrange pays, contrairement à l’Occident, elle semble avoir orienté son économie vers les besoins des pauvres.

Comme ces pauvres sont très pauvres, ses entreprises ont dû être extrêmement intelligentes. La surprise est là : on peut apporter des services sophistiqués à un coût extrêmement faible. À l’inverse cela signifie que ce que nous produisons, nous Occidentaux, pourrait être invraisemblablement simplifié. Nous avons des gains de productivité colossaux à effectuer. Nous sommes une société de gaspillage.

Bill Belt, qui a écrit un article sur la question, semble penser que notre erreur est de concevoir nos produits pour la classe moyenne. Comme elle a de l’argent, nous n’avons pas besoin d’être très malins.

Compléments :

  • J’avais déjà repéré ce curieux phénomène au sujet de la téléphonie mobile (Téléphonie mobile et pays émergents) : alors que chez nous elle est un gadget inutile et coûteux, elle est un produit de première nécessité pour les pays pauvres.
  • Y aurait-il quelque chose de culturel là dedans ? La Grameen bank fait du micro crédit, l’Inde serait-elle naturellement douée pour créer des produits ramenés à leur essence même, au gaspillage minimal ? Savoir faire précieux en ces temps de crise et de développement peu durable ?

Bill Belt et Karine Blanc

Deux séances de Trouble shooter ayant deux sujets éloignés : planifier à très long terme, et l’intérêt et le bon usage des relations presse.


J’avais trouvé le livre de Bill Belt passionnant, et je lui ai demandé de choisir un sujet que l’on pourrait traiter en dix minutes. Il a parlé planification. Ce qui tombait bien, en période de crise où tout semble imprévisible. À partir de l'exemple d'une usine, il a expliqué comment passer d’une prévision à vue (à effets désastreux), à une planification à deux ans, suffisamment précise, et comment, du même coup, éliminer les stocks. Et le tout sans besoin du très coûteux ERP qu’avait acheté l’entreprise. Le plus surprenant est que lorsque j’explique comment il s’y est pris, on me répond « c’était évident ». Mais alors pourquoi les entreprises ne le font pas ? Pourquoi sont-elles aussi inefficaces ? (Questions que me posait déjà l'expérience de B.Delage.)

En fait, il est probable qu’elles ont perdu beaucoup de savoir-faire. Lors de la préparation de l’enregistrement, Bill Belt m’a dit que les USA essayaient de reconstruire leur industrie, mais qu’ils ne trouvent plus de sous-traitants locaux. Ils ont tous crevé. Seule solution : importer. Il semblerait aussi qu’une étude d’un cabinet de conseil ait montré que la rentabilité des actifs ne serait plus qu’un quart de ce qu’elle était en 1965.

Quant à Karine Blanc, elle m’a prouvé que, oui, il fallait communiquer, et que ça rapportait beaucoup. Mais il ne faut peut-être pas chercher à concevoir un message très précis, comme j'aurais eu tendance à le faire, que le simple fait d’apparaître dans la presse était suffisant pour créer une notoriété utile. Mais, comment choisir une agence de RP ? En fait, c’est une question de confiance, un bon consultant en RP utilise ce qui fait la particularité de son client (il doit le « comprendre »), et sa connaissance de ce qui intéresse les médias à un moment donné, pour concevoir un message efficace. Le dirigeant doit donc passer beaucoup de temps avec le consultant (en particulier pour le sélectionner). C’est là le vrai coût des relations presse. Penser acheter un service clé en main c’est l’échec garanti.

samedi 14 novembre 2009

Jeux, vidéo et Internet

Les jeux électroniques sont aspirés par Internet (A giant sucking sound). Un nouveau fournisseur de contenu liquidé ?

Pas forcément, il semblerait qu’une solution de sauvetage émerge, qui pourrait s’appliquer à toute l’industrie du contenu : gratuit, fondamentalement, avec publicité, et micro paiements, pour des services supplémentaires.

En tout cas, le jeu online paraît différer du offline en ce qu’il est développé beaucoup plus vite et à moindre coût, et s’enrichit sans arrêt. Arrivée de nouveaux entrants. En outre le contenant prend une grasse commission sur les micro paiements. Vers une industrie de zombies ?

Compléments :

vendredi 13 novembre 2009

Serge Portelli

Entendu sur France Culture. M.Portelli est un juge qui a écrit un livre sur le Sarkozysme sans Sarkozy. Qu’un juge prenne aussi vivement parti contre quelqu’un me semble inhabituel. J’ai retenu deux idées :

  • Le Sarkozysme ne tient pas à N.Sarkozy mais est une tendance antérieure qui lui survivra. Ça me semble conforme à l’hypothèse que le Sarkozysme est une version du néoconservatisme, elle-même la résultante logique d’une vision du monde qui veut que celui qui réussit ait quelque chose de supérieur à son prochain.
  • M.Sarkozy croirait que cette supériorité est génétique. L’idée m’a frappée, parce qu’elle rejoint une tendance forte dans les pays anglo-saxons. Je l’avais remarquée, en l’attribuant à un individualisme ultime qui cherche une sorte de plus petit individu (qui serait le gène). Par exemple, Richard Dawkins a construit toute une théorie sur le fait que nous défendons les intérêts de nos gènes. Ce que je trouvais déprimant : nous étions donc les pantins de stupides molécules. Je viens de comprendre que cette théorie avait une autre interprétation : les gènes, issus de la sélection naturelle, expliquent nos succès. Il y a donc des bons et des ratés. Et, parce que les gènes sont héritables, un enfant peut occuper la position éminente de ses parents, sans plus de justification.

Compléments :

  • Le travail de Richard Dawkins (The selfish gene) est paradoxal, car il me semble très illogique. Notamment il démontre que le gène ne peut pas exister, en effet à chaque génération, il y a des découpes aléatoires d’ADN qui font qu’une portion donnée (= gène) n’est jamais sûre de survivre. Il fait l’hypothèse que si elle est « suffisamment » petite elle durera suffisamment longtemps pour se comporter comme sa théorie le prévoit.
  • Le pilotage par gène, au fond, ne justifie pas le statu quo, mais la révolution : celui qui renverse l’héritier prouve que ses gènes sont supérieurs. Jugement de Dieu.
  • L’inverse de la théorie du gène est celle de la société (sociologie) ou la Théorie de la complexité : il se constitue au dessus des individus élémentaires une sorte de « main invisible », qui les organise.
  • La description du livre de Serge Portelli la plus longue que j’ai trouvée.
  • Les fondements du néoconservatisme : Conservateur et bolchévisme.
  • La société anglaise est une société d’héritiers : Héritage (suite).

Xénophobes Japonais?

Un peu à l’image des PME allemandes, il existe un tissu de PME japonaises en position de quasi monopole sur certains marchés. Leurs forces illustrent la philosophie du lean manufacturing.

Tout d’abord, elles sont irremplaçables : elles ont atteint un niveau de qualité inégalable. Elles doivent cette qualité à une connaissance intime de clients extrêmement exigeants, et à une « amélioration continue » de leur savoir-faire. Le secret semble une seconde nature. Le savoir-faire de l’entreprise est immatériel, stocké dans son tissu social, incommunicable au concurrent, d’autant plus que l’on y reste à vie. Et ce qui peut être compris est caché.

Alors, pourquoi ce système ne domine-t-il pas la planète ? Parce que tout le monde ne veut pas des produits de qualité (notamment les pays émergents), parce que l’innovation c’est le mélange des idées, parce qu’un tel système n’élimine pas rapidement les mauvais projets, ni les activités que d’autres sauraient mieux faire. Il est victime du modèle xénophobe japonais qu'il reproduit à l’échelle de l’entreprise.

jeudi 12 novembre 2009

Les sondages de M.Sarkozy

J’entends vaguement parler de la grande consommation que M.Sarkozy fait du sondage. Pour une fois l’assemblée semble avoir fait son métier, en l’amenant à réduire ses dépenses, et à en éliminer les sondages qui le concernent directement. Pas de quoi en faire un billet.

Et la nature des dits sondages ? M.Sarkozy semble mesurer l’impact du moindre de ses gestes, comme si il n’y avait que l’apparence qui comptait dans l’opinion que nous avons de sa politique !

Du pain et des jeux ? C’est cela qui nous motive, selon lui ? Compterait-il ainsi détourner notre attention des ses réformes (L'étrange changement de M.Sarkozy) ?

Barack le Terrible

M.Obama avait demandé aux Israéliens de suspendre leurs implantations. Puis, devant leur résistance, il a reculé (Is Israel too strong for Barack Obama?)

Du coup, M.Abbas, qui avait cru en lui, a perdu toute crédibilité. Il a dit ne pas se présenter aux prochaines élections. Message : ne jamais faire confiance à M.Obama ? Les USA sont faibles ? Israël, qui est de plus en plus isolé, aurait-il tiré contre son camp ?

En attendant, M.Obama n’a pas trouvé le temps d’assister à l’anniversaire de la chute du mur de Berlin. Bizarrement, il l’avait eu pour défendre la candidature de Washington aux Jeux Olympiques… Ne nous aimerait-il pas ? Il nous préfère les Chinois ? Tellement qu’il ne leur parle jamais de droits de l’homme, sa grande passion d’avant les élections ?

Peut-on respecter quelqu’un qui semble avoir si peu de convictions ?

Compléments :

Providence

Film d’Alain Resnais.

Mauvais premier contact : ça commence vert, froid et délavé. C’est très anglais : discours brillant, avec un humour politesse du désespoir. Ça a un côté shakespearien, mais qui tombe à plat. Dirk Bogarde s’y caricature et John Gielgud s’est trompé de pièce.

À la réflexion, je me suis demandé si ce n’était pas tout simplement une sorte de Songe d’une nuit d’été léger, élégant et plein d’humour : le personnage principal passe une nuit de cauchemar, sa souffrance et sa solitude, la peur de la mort ?, lui font voir le monde et ses proches sous un aspect terrifiant, puis le jour se lève, il fait beau. Les personnages de son cauchemar lui rendent visite, ils sont gentils, aimables et pleins d’attentions.

Comment expliquer deux interprétations aussi différentes ? Panne de sensibilité de mon côté ? L’œuvre d’Alain Resnais demande-t-elle une explication préliminaire ? L’émotion a besoin de la courte-échelle de la raison ? L’art est avant tout culturel ?

J’ai lu ce qu’en disait Jean Tulard. Il semble considérer Alain Resnais comme un illustrateur, un réalisateur qui se cache derrière l’auteur qu’il met en scène, et dont la personnalité ne se révèle que par son humour et son élégance.

Mais n’y a-t-il pas un fil conducteur plus solide que l’illustration dans cette œuvre ? Resnais ne nous dit-il pas que ce que nous croyons les grands malheurs de notre vie ne sont que des fables un peu dérisoires ? Qu’au fond il n’y a que l’art de les raconter, de rire de nous-mêmes, qui soit sérieux, et mérite notre intérêt ?

mercredi 11 novembre 2009

L’Est après le mur

L'Europe de l'Est, vingt ans après, par Jacques Rupnik :

  1. L’Europe centrale a « trouvé son ancrage dans l’Union Européenne », mais sa vie politique s’est vite essoufflée. Les dissidents, champions de la démocratie, ont été éliminés par les ex communistes qui disposaient d’appareils politiques mieux organisés (et du soutien d’une population pas si inadaptée qu’on le pensait au communisme ?). « Les réseaux hérités du passé sont corrompus et basés sur le contournement de la loi et des institutions. Ils sapent la confiance dans l’État de droit et sont un ingrédient majeur du désenchantement démocratique à l’arrière plan des commémorations de 1989. »
  2. Les Balkans, « sous protectorat », ne peuvent construire de démocratie faute de limites nationales claires. « Des nationalistes devenus « eurocompatibles » » seraient le seul espoir de stabilité.
  3. La périphérie de l’URSS, en révolte contre un « mélange de régime autoritaire et de capitalisme mafieux », est malmenée par une Russie « en transition vers l’autocratie ».

Les pays de l’est sont « désenchantés », en un temps record, ils ont épuisé leurs illusions : démocratie, économie de marché libérale, Europe.

En Europe, comme à la roulette, rien ne va plus…

Compléments :

  • Dans le fil du billet précédent, un témoignage des naïves illusions américaines, qui ont guidé le monde dans les dernières décennies, réformé les pays de l’est, et dont M.Sarkozy ne semble pas avoir fait le deuil. Larry Summers, actuel conseiller de M.Obama, déclarait alors :
Répandez cette vérité : les lois de l’économie sont comme celles de l’ingénierie. Un même type de lois marche partout.

N.Sarkozy dernier des libéraux?

Une curieuse pensée m’est venue en lisant Poudre de Berlin pinpin d’Hervé Kabla :

D’après ce que j’ai cru entendre N.Sarkozy aurait été au pied du mur de Berlin quand il est tombé. Beaucoup en doutent (l’événement a surpris jusqu’à H.Kohl). Ce n’est pas cela qui me frappe, mais l’importance que M.Sarkozy donne à cette chute.

En ce temps, égoïstement, je pensais déjà que notre problème était les crises successives que nous rencontrions, la médiocrité des relations de travail auquel je n’étais pas préparé, et, plus généralement, l’absence de quelque chose qui puisse faire croire à un avenir radieux. La fin du communisme n'apportait pas de solution.

Ce que l’on a du mal à imaginer en Europe, c’est que les libéraux américains, et Nicolas Sarkozy ?, ont vu là un moment unique de l’histoire mondiale : la défaite du mal, la promesse de l’arrivée du Christ sur terre, et du millénaire de bonheur qui doit le suivre, comme chacun sait.

Le comportement de M.Sarkozy me fait m’interroger : serait-il le dernier des Mohicans, le plus Américain des Américains ? Son insistance d’avoir été là le jour J, quitte à être ridicule, la célébration du dit jour par un programme unique de la radio d’Etat, ne signifieraient-ils pas qu’il n’a pas compris qu’il n’y a pas lieu de se réjouir ? Que ce en quoi il croît s’est effondré aussi brutalement que le communisme ? Aurions-nous élu un extraterrestre ?

Compléments :
  • Aux USA, l’illusion s’est appelée, un moment, la Nouvelle économie. Voici ce qu’en disaient, avec beaucoup de franchise, des gens très importants : The New Economy, what it really means, Business Week, Stephen B. Shepard, 6 novembre 1997.
  • À l’extérieur c’était le Consensus de Washington.
  • Quand les libéraux étrangers doutent (Démocratie, économie et paix), M.Sarkozy réforme avec entrain et sereine conscience (L'étrange changement de M.Sarkozy).
  • En me rappelant la très démonstrative affection de M.Sarkozy pour M.Bush et l’Amérique, je pense à un passage de La promesse de l’aube : Romain Gary prend le train pour partir au front, sa mère manifeste bruyamment son enthousiasme patriotique ; ce qui fait dire à un appelé que l’on voit bien qu’elle est étrangère. M.Sarkozy aurait-il une vision idéalisée, d’enfant, de l’Amérique et du libéralisme, un enthousiasme tellement naïf et débordant qu’il paraît un peu gênant, inconvenant, aux membres de sa patrie d’adoption ?

Nationalisme et globalisation

Je n’avais pas aperçu tout ce que signifiait un président fort pour l’Europe. Le président est le représentant des nations. Sa force peut signifier une Europe des nations (le modèle anglais). Europe fédérale, sinon. (Blair's unbalancing act.)

Ces derniers siècles ont vu s’affronter deux idées concurrentes de la construction des états. D’un côté l’Europe continentale a bâti des nations par une sorte de nettoyage ethnique, en éliminant par la force ou l’école les identités locales (Bretons, Basques…).

L’Angleterre et les USA furent moins brutaux, au moins en théorie, ils ont cherché à bâtir des nébuleuses de nations (comme dans le tournoi du même nom), un Commonwealth… Ce qui fédérait tout cela, c’était moins des valeurs fortes qu’un intérêt commun pour le commerce. C’était la « globalisation ».

En ce 11 novembre, la question suivante se pose à moi. Les nations et les particularismes reviennent au galop, la Chine, la Russie et quelques autres ne semblent voir qu’un nationalisme rigide comme unique solution à leurs antagonismes internes, la France veut redécouvrir son « identité nationale »... les mêmes causes ne vont-elles pas produire les mêmes effets ? L’idéal anglo-saxon n’est-il pas supérieur au nôtre ?

Certes, mais pratiquement il ne vaut pas mieux. La globalisation n’évite pas les conflits, l’attrait du commerce et de l’argent ne pacifie, probablement, que ceux qui ont été culturellement préparés à y succomber. D’ailleurs les Indiens d’Amérique l’ont trouvé mortellement peu inspirant.

Devons-nous inventer une troisième voie ? Une sorte de culture mondiale « light », comme le libéralisme économique anglo-saxon mais sans son obsession commerçante et matérialiste, qui oriente les cultures locales dans une même direction, et désamorce le nationalisme, et plus généralement la tendance à l’hostilité que ressent le groupe à l’endroit du reste du monde ?

Compléments :

  • Nationalisme contre droits de l’homme en Chine : Chine fragile.
  • D’après J.S.Mill, le modèle fédéral américain ou suisse serait plus solide que le modèle de nations anglais, parce qu’il ne reposerait pas sur les nations (états), mais directement sur l’individu. Faut-il un fédéralisme mondial ? En tout cas, s’il arrivait à fonctionner en Russie ou en Chine, il éviterait bien des tensions et la nécessité d’hommes forts et dangereux à leur tête.

Schizophrénie

Il y a eu un temps où l’explication de la schizophrénie était sociale, puis elle est devenue exclusivement chimique. Question d’idéologie ? Aujourd’hui, la société revient :

On observe que la schizophrénie est plus fréquente en ville qu’à la campagne, plus généralement les environnements défavorisés lui sont favorables :

Les résidents des quartiers les plus délabrés et surpeuplés pourraient être plus exposés aux produits chimiques toxiques et aux infections (…) et pourraient avoir un accès moins facile au capital social capable d’enrayer les effets d’une prédisposition à la maladie mentale acquise tôt dans la vie.

Compléments

  • Pour ma part, j’ai tendance à croire, avec Martin Seligman (Learned optimism), à l’équivalence entre les effets de l’environnement et de la chimie (médicaments). Je soupçonne que si cela ne plaît pas aux scientifiques c’est parce qu’ils ne peuvent supporter l’idée que notre environnement proche puisse causer notre folie (Bateson mettait en cause la relation mère-enfant - Steps to an Ecology of Mind), c’est du moins l’impression que j’ai tirée des déclarations d’un chercheur de l’université de Cambridge.

mardi 10 novembre 2009

Chine et mur

La chute du mur de Berlin semble avoir désorienté les dirigeants chinois qui, jusqu’au bout, ont nié le danger.

Deng Xiaoping, lui, semble ne pas avoir hésité. Il a défini ainsi la stratégie du pays : « construire son économie et éviter les batailles idéologiques ».

Rare exemple de dirigeant visionnaire, qui ne perd pas ses moyens dans l’incertitude ? Toujours est-il qu’il paraît avoir vu juste. Tout est pardonné à celui qui joue selon les règles de l’économie. Et le Parti communiste a conservé le pouvoir pour l’utiliser comme bon lui semble quand la Chine n’aura plus rien à craindre du reste du monde ? (Deng Xiaoping dit : « cacher ses capacités et attendre son heure »).

Compléments :

Démocratie, économie et paix

Depuis quelques temps, j’ai noté que The Economist s’inquiétait de ce que les USA et l’Occident faisaient peu pour promouvoir la liberté politique au sein des pays émergents. Il revient sur ce sujet à l’occasion des vingt ans du mur de Berlin.

Sa conclusion : la globalisation a gagné, la liberté a perdu. Indifférence de l’Ouest. Les milieux d’affaires se satisferaient-ils de régimes peu démocratiques tant qu’ils peuvent commercer avec eux ?

Et si, une fois de plus, ils se berçaient d’illusions ? Et si la globalisation ne fonctionnait pas du fait d’un amour spontané des pays émergents pour le commerce, mais par la main de fer américaine ? Et si l’affaiblissement des USA faisait que le libre échange perde tout attrait ?

Et, alors, serait-on loin de l’affrontement ? The Economist rappelle que la première globalisation s’est interrompue en 1914.

Panne des exportations en France

How French exporters were hit by the global crisis arrive à une conclusion paradoxale :

Nos exportateurs n'auraient souffert de la crise pas tant du fait d’un marché dépressif, que par manque de financement.

Avec un certain humour, il note que cela « (confirme) l’origine financière de la crise ». Autrement dit les banques provoquent la crise en coupant les crédits, sans raison évidente, sinon la peur des conséquences de leurs précédents excès.

Alors, la finance est-elle trop importante pour être laissée au financier ? L’État devrait-il suivre l’exemple des pays émergents et contrôler les flux financiers ? Nationaliser les banques ?

lundi 9 novembre 2009

Mur de Berlin et radio

Surprise ce matin d’entendre un programme unique « mur de Berlin » sur les radios publiques (sauf RFI, qui avait son mur à elle).

Ça m’a fait penser à une grève, ou à la télévision d’état des années 60, où les programmes étaient parfois interrompus par des émissions spéciales. Le service public retrouverait-il son rôle d’éducateur de la pensée populaire ?

Drôle d’anniversaire, d’ailleurs. Il est curieux de parler de la disparition d’un régime, au milieu d’une crise. Tout est par terre, les illusions du communisme, mais aussi celles du capitalisme. Et le monde ne semble pas forcément moins menaçant depuis qu’il est devenu « multipolaire », à pôles aux réactions incertaines.

Et si la question du moment était celle que semblent se poser les ressortissants de l’est : ce qui est le mieux entre être considéré comme un inférieur soumis au risque de chômage dans une société matériellement riche et être un égal à la situation triste mais assurée dans une société dirigiste ?

Le vice est plus stable que la vertu

Dans Prise de décision collective j’observais que notre système de prise de décision était irrationnel au sens où il ne cherchait pas à utiliser le génie collectif. Le plus étrange, peut-être, est notre système politique :

J’imagine que les promoteurs de la démocratie pensaient qu’elle ne pouvait qu’amener le meilleur d’entre-nous au pouvoir. Qu’elle fonctionnerait de manière scientifique, à la recherche d’un optimum collectif qui ne peut se construire que par débat, chacun apportant ses connaissances à la fois uniques et limitées.

Or, c’est presque l’exact opposé qui se passe.

Nous n’avons aucun choix : ce sont les appareils des partis qui décident pour nous. Et ces appareils rivalisent de médiocrité. La gauche, par exemple, ne compte pas être élue parce qu’elle possède un programme qui va faire notre bonheur, mais du fait des vices du gouvernement. Et, comme le notait Tocqueville, le vote ne fait que légitimer cet équilibre entre peste et choléra.

L'arme des deux partis est la manipulation, mais d’un levier différent, social d’un côté, individuel de l’autre :
  1. La gauche a « le monopole du cœur », elle donne des leçons de morale (les « droits de l’homme »). Elle utilise les lois sociales, de notre culture, pour les retourner contre nous, pour nous dicter notre comportement. Ce qui est rapidement inconfortable : elle fait un criminel du Français (cf. le « bourgeois » de 68).
  2. La droite, elle, joue sur notre abjection, sur notre haine de l’autre, sur notre rapacité, et elle les encourage. Elle multiplie les lois qui flattent les intérêts particuliers, ou qui condamnent.
Cet équilibre de la médiocrité est fort stable : il ne permet à aucune autre pensée de surnager. Un journaliste télé me disait, par exemple, qu’il voyait défiler toujours les « cinq cents mêmes personnes ».
À y bien regarder, c'est fort curieux.
  • Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la dictature semble beaucoup moins stable qu’un tel système de frères ennemis. D’une certaine façon, c’est la haine qu'éprouvent les deux camps l'un pour l'autre qui est le moteur de leur union, et qui tue toute opposition.
  • Cette haine permet aux valeurs qu’ils partagent de tenir le haut du pavé (dans ces valeurs, il y a l’individualisme).
  • Ce qui fait la force de chacun est l’hypocrisie. Il fait le contraire de sa profession de foi. Les socialistes se servent des lois sociales contre les intérêts du peuple, les libéraux, eux, des faiblesses de l’homme pour l’asservir.
Faut-il voir ici la main de tel ou tel criminel ? Ou plutôt une caractéristique humaine, une sorte de loi mathématique ? Il est sûrement plus facile d’exploiter les faiblesses de l’homme ou de la société pour réaliser son intérêt personnel que d’utiliser leurs forces pour faire le bonheur collectif.
Compléments :
  • Il est possible que l’on ait là le phénomène de « cartel » dont il est question dans le billet précédent. Le fait que le cartel ne soit pas fondamentalement stable, qu’il puisse être victime de la voracité individuelle, est peut-être une bonne nouvelle… En tout cas, une des valeurs partagées par nos puissants est la science, et elle ne peut que les trahir.