samedi 31 octobre 2009

Roulette russe

Ce, qu’en substance, une société de « gestion de fonds » dit de ses faits d’armes :

(X) est l'une des rares sociétés de gestion alternative à ne pas avoir investi dans les fonds Madoff ou dégradé ses termes de liquidité.

Drôle de profession. Imaginons-nous un fournisseur d’énergie nous expliquer que, contrairement à ses concurrents, aucune de ses centrales nucléaires n’a explosé ? Si un gestionnaire de fonds ne vous fait pas perdre tout ce que vous lui avez donné, vous devez vous estimer heureux ?

On comprend mieux que ceux qui n’ont pas fait d’énormes erreurs au cours de l’année méritent une énorme récompense, un gros bonus.

vendredi 30 octobre 2009

France : coupures d’électricité ?

Ça semble vraisemblable cet hiver.

Nos centrales sont en mauvais état, notre réseau n’est pas équipé pour importer de l’électricité (nous sommes supposés être exportateurs), nous sommes massivement équipés de chauffages électriques.

Tentant de voir ici la main d’EDF et du gouvernement. Un nouvel exemple de changement à la française. Le nucléaire est supposé nous apporter de l’énergie bon marché et abondante, EDF promeut le chauffage électrique, puis ce même EDF se lance dans une ambitieuse croissance externe, internationale, dont il n’a pas les moyens, et qu’il mène au détriment du parc installé.

Simple hypothèse.

Business cluster

L’industrie de la formule 1 est dominée par la Grande Bretagne. C’est un domaine dans lequel le facteur clé de succès serait l’innovation, pas le prix. Or, l’Angleterre disposerait d’un réseau extrêmement créatif de petites entreprises (4500 entreprises, 6md£ de CA).

Une industrie sans concurrence et délocalisation ? Pour attaquer ce type de compétence sociale, il faut un investissement à long terme et les ressources d’une nation ? Le marché est insuffisant pour justifier l’intérêt d’un grand pays ? Il est difficile d’y réussir sans un transfert de compétences, apportées par des entrepreneurs désireux de réduire leurs coûts ?

Par contre en Italie ce même genre de tissu industriel, longtemps sa gloire, souffre (Sinking together). Marché plus gros qui attire plus d’appétits ? Avantage concurrentiel moins facile à défendre ? Panne d’innovation ? Manque de solidarité : les plus grosses unités (Benetton) délocalisent leur production, leurs fournisseurs coulent, le savoir-faire du groupe s’évapore ?

Compléments :

  • Les universitaires estiment que ce type de tissu économique, ou Business Cluster, en Anglais, donne un avantage décisif à ses membres. C'est, notamment, ce que dit Michael Porter.

jeudi 29 octobre 2009

L’exemplaire M.Sarkozy

Le Monde parle de la « très coûteuse » présidence française de l’Europe. Il y a des frais somptuaires, mais surtout une invraisemblable désorganisation :

Pour une raison inexpliquée (économies ?) la France a vendu son centre de conférences et doit équiper en urgence le Grand Palais pour le Sommet de l’Union de la Méditerranée. Ça coûte une fortune : pour qu’il soit prêt, on doit travailler jour et nuit, et on ne s’est pas trop embarrassé d’appels d’offres (peut-être n’en avait-on plus le temps ?).

L’article donne un aperçu de notre efficacité relative. Un encart compare l’organisation d’un même événement par la France et par l’Allemagne, 4,2m (2,5 prévus), contre 2m€…

Ça c’est de la conduite du changement à la française ! Tout est dans l’improvisation, et le stress et l’exploit. Et à la fin ? Je serais étonné que le résultat soit parfait. Ce qui est certain c’est qu’il coûte effroyablement cher.

Le gouvernement ne peut que nier en bloc sa ridicule désorganisation. C’est dommage. Parce que s’il y avait réfléchi, il aurait compris la raison des maux de la France. Notre peu d’efficacité, qu’il dénonce tous les jours, a les mêmes causes que la sienne : notre manque d’organisation. Et ce n’est pas en nous menaçant de la Schlag, comme il le fait trop souvent, que la situation s’améliorera.

Compléments :

Le problème du changement en France c’est que « changement n’est pas français ». Nous croyons qu’il suffit de le décréter pour qu’il se réalise. Le gouvernement démolit, mais ne laisse pas à ceux qui doivent reconstruire de notice de remontage. Et ceux-ci n’ont aucune idée de comment ils vont s’y prendre. Ils finissent par faire quelque chose (c’est la force de la France), mais dans des conditions de stress invraisemblables. Et comme les changements succèdent au changement (…) la situation empire fort désagréablement.
En fait, pour éviter ce désastre, il suffit, tout bêtement, de construire un plan d’action de changement (de simuler le changement), puis de le mettre en œuvre. Même dans le cas d’un gros changement, il ne faut pas plus que quelques semaines pour construire ce plan. Ensuite on sait où l’on va. Et il n’y a plus de stress.

Blair ou pas Blair

Quels critères de sélection pour le prochain président de l’Europe ? Un article reprend ce qu’on lit ça et là, mais légèrement différemment :

Tout d’abord, le premier titulaire du poste fera jurisprudence. Autant ne pas se tromper. Ensuite, il y a deux choix :

  1. Soit une star internationale, qui fera que la voix de l’Europe sera équivalente à celle de l’Amérique ou de la Chine. Ce qui signifie Tony Blair, faute de combattants.
  2. Soit un obscur, un homme de compromis permanents que demandent les processus emberlificotés et fragiles de l’Europe. (Il existe une autre définition, semble-t-il équivalente, de cette personne : quelqu’un qui ne fasse pas d’ombre aux autres chefs d’états, ce que des médiocres ne peuvent souffrir.)

Tony Blair a beaucoup contre lui. Outre qu’il appartient à un pays hostile à l’Europe, sa nomination à la tête de l’Europe serait vue comme une provocation par nombre d’Anglais (du type de celles qui déclenchent guerres et schismes) ; il a joué les va-t-en guerre d’Irak ; il n’a rien fait pour rattacher l’Angleterre à l’Europe, à un moment où c’aurait été favorable aux Britanniques (leur culture n’est plus aussi admirée aujourd’hui qu’avant crise) ; il ne comprend rien aux mécanismes subtils et compliqués de l’Europe.

Et moi ? Pas d’opinion tranchée. Et je ne suis pas sûr que les arguments dont il est question ici soient aussi indiscutables qu’on le dit.

  • La jurisprudence sera-t-elle définitive ? Leur fondateur compte beaucoup, mais les organisations savent changer.
  • L’Europe doit elle avoir une voix de star ? Notre fougue nous a joué de sales tours ; il est parfois judicieux d’avoir une attitude au monde modeste, qui sache opportunément exploiter les occasions que lui offre l’arrogance de contrées qui se croient des grandes puissances.
Serais-je, moi aussi, en train d’enterrer Blair ? Non, l’avenir est imprévisible, on apprend par essais et erreurs, c’est souvent (toujours ?) en faisant de grandes erreurs que l’on fait de grandes découvertes. Je suis contre la logique de la médiocrité.

Compléments :

Économie biophysique

La déroute de la théorie économique néoclassique, comme la disparition des dinosaures, laisse la place à de nouvelles espèces. L’économie biophysique, par exemple. Si je comprends bien, son idée est de mesurer si notre emploi d’énergie pour produire de l’énergie est efficace. Si nous consommons plus que nous ne produisons, c’est mal parti. Il semblerait que ce soit le cas pour le pétrole :

Through analyzing historical production data, experts say the petroleum sector's EROI in this country was about 100-to-1 in 1930, meaning one had to burn approximately 1 barrel of oil's worth of energy to get 100 barrels out of the ground. By the 1990s, it is thought, that number slid to less than 36-to-1, and further down to 19-to-1 by 2006. "If you go from using a 20-to-1 energy return fuel down to a 3-to-1 fuel, economic collapse is guaranteed," as nothing is left for other economic activity, said Nate Hagens, editor of the popular peak oil blog "The Oil Drum."

À la vitesse à laquelle nous perdons en productivité, nous devrions avoir des problèmes d’ici moins de 10 ans, et ce quelles que soient les ressources d’énergie qui nous restent.

L’économie semble vouloir sortir de modélisations simplistes qui ignorent les lois naturelles pour se rapprocher d’une évaluation de l’impact qu’ont nos modes de développement sur la survie de l’espèce. Il y a sûrement beaucoup de chemin à parcourir (à commencer par définir ce que l’on veut faire et mesurer), mais il faut bien commencer quelque part.

Compléments :

  • Mon intérêt pour ce sujet vient de mon billet sur le lean manufacturing : cette technique est associée à un système de coûts qui cherche, pour une fin donnée, à choisir les moyens qui gaspillent le moins les ressources naturelles, et l’effort humain.

mercredi 28 octobre 2009

Chine fragile

The Economist publie un rapport spécial sur la Chine. Le moins que l’on puisse dire c’est que ce n’est pas une « force tranquille ».

Pense-t-elle vraiment par elle-même, ou se définit-elle par rapport à l’opinion de l’Ouest ? Elle ne semble pas très assurée, pas très claire dans ses objectifs. Mais c’est cette incertitude même qui est dangereuse, comme son empilage d’armes. Surtout, sa situation interne est explosive :

the next few years could be troubled ones for the bilateral relationship. China, far more than an economically challenged America, is roiled by social tensions. Protests are on the rise, corruption is rampant, crime is surging. The leadership is fearful of its own citizens. Mr Obama is dealing with a China that is at risk of overestimating its strength relative to America’s. Its frailties—social, political and economic—could eventually imperil both its own stability and its dealings with the outside world.

Pour éviter l'explosion, les dirigeants chinois jouent du nationalisme : répression, jeux olympiques et hommes sur la lune… Pour cette politique, l’idéal des droits de l’homme et l’opinion publique occidentale sont l'étincelle près du baril de poudre : « jusqu’à maintenant, l’influence la plus perturbatrice sur les relations sino-américaines a été l’opinion publique et politique en Amérique ».

Mais peut-on reprocher à la Chine de suivre notre exemple ? Nos démocraties ont vécu des siècles de dirigisme puis de nationalisme avant de devenir ce qu'elles sont. Une démocratie ne peut bien fonctionner qu’avec des gens qui partagent l’essentiel, qui ont un « nous » commun.

Pour que la Chine ait un modèle moins dangereux, il faudrait probablement que l’Europe arrive à fonctionner.

Compléments :

Like Mr Obama, (Mr Hu) will vacillate. Copenhagen is likely to be just the beginning of a long, hard, struggle between the two countries over what the other is doing. An often defensive and secretive Chinese bureaucracy up against a bewilderingly complex mishmash of competing interests in America will not make for harmony.

Il y a mieux que la taxe carbone

Il suffirait au citoyen américain de changer un rien son comportement, pour réduire massivement les émissions de carbone du pays, dit une étude :

Based in part on how folks responded to the energy crisis in the '70s, the scientists calculated how many Americans might be willing to reform their energy-wasting ways. And they found that within 10 years, we could reasonably expect to cut our national emissions by 7.4 percent. That much carbon is slightly larger than the total amount put out by France.

Voilà qui rend très relatifs nos efforts français et qui montre à quel point les crises sont plus efficaces que la raison quant il s’agit de nous transformer.

mardi 27 octobre 2009

Séduisante Albion

Hier, je lisais un étonnant discours de David Miliband, ministre des affaires étrangères anglais. Il dit que l’UE a besoin d’un leadership fort, et que ce ne peut être qu’à l’Angleterre de le lui donner. Son argument, si je l’ai compris : c’est le seul moyen pour la Grande Bretagne d’exister encore, c'est-à-dire de conserver son influence internationale, de conquérante du monde.

J’ai trouvé l’idée séduisante :

  1. l’humanité a probablement besoin d’une forte Europe, qui défende des valeurs qui méritent l’attention ;
  2. l'UE manque de leaders charismatiques ;
  3. aurait-on trouvé un moyen d’arrimer l’Angleterre à l’Europe, et ainsi de profiter d’une culture si dissemblable de la nôtre ? (malgré tout le mal que j’en dis !)

Mais peut-on faire confiance à la perfide Albion ? Les Britanniques ne sont-ils pas, justement, des maîtres de la parole, d’un discours séduisant auquel leurs actes n’obéissent pas ?

Compléments :

  • The Economist revient sur M.Milliband : David Miliband makes friends in Luxembourg.
  • Ainsi que Jean Quatremer, qui n’a pas été sensible à la séduction anglaise. Probablement perdue par la traduction. Tony Blair et l'équation européenne.
  • Les Anglais n’ont pas la vision commune de la démocratie. Cependant, à tort ou à raison, il me semble qu’à la tête de l’Europe, ils seraient obligés de tenir compte des opinions de la majorité. Il ne demeurerait que ce que l’Angleterre a de meilleur : sa fougue conquérante.

Ce blog veut changer le monde

Bsa dit : Lentement mais surement vous comprenez que comme disait Jean Gagnepain, au cœur des puissants est le désir de tyrannie. Et oui, les faits parlent d'eux-mêmes les dirigeants ont déclaré la guerre aux peuples. La France est parait-il en 45 place pour la liberté de la presse. Parlant non? Ce qui méritait un plus long développement qu’un commentaire de réponse.

Mon métier a la particularité de me faire côtoyer aussi bien les grands que les petits. Depuis un quart de siècle je suis un « électron libre ». Or, je ne vois aucune différence, il n’y a pas d’un côté les bons et de l’autre les mauvais. Chaque jour, je rencontre plusieurs automobilistes qui passent au feu rouge ou roulent en sens interdit. Il est aisé d’imaginer ce qu’ils feraient à la tête de l’état, idem pour mes colocataires, qui se haïssent tous. Il n’y a même pas de solidarité entre membres d’une famille ou d’un même corps de l’administration, aussi prestigieux soit-il. Celui qui est, un moment, subordonné exècre l’incompétence de son supérieur, ce dernier le lui rendant au centuple.

Ce qui crée cette hostilité, ce sont les dysfonctionnements de notre système qui est en plein changement, et qui fait qu’aucun d’entre-nous n’a les moyens d’accomplir correctement sa mission. Du coup, on en veut au reste du monde.

A contrario, voilà ce que donne un changement, lorsqu’il est réussi : chacun découvre les qualités de l’autre et l’estime ; le dirigeant se débarrasse de ses courtisans, et dirige en direct ses troupes. L’entreprise devient « optimiste ». C’est pour de tels moments que je fais ce métier.

Ce que je commence à voir, c’est que la logique marxiste, qui explique que le peuple crée la richesse du monde, et est exploité par les « capitalistes », a été utilisée, à l’envers, par un remarquable travail de manipulation des esprits. Il nous a convaincu que les pauvres exploitent les riches, sans qui rien ne serait. Aujourd’hui l’économiste socialiste Attali peut dire sans rougir que les taxis bénéficient d’une « rente ».

Cette logique conduit naturellement à détruire l’état, perçu comme un outil de répression par des riches tellement habitués à ses bienfaits qu’ils ne voient pas ce qu’il leur apporte.

En réalité parler de riche et de pauvre, de lutte des classes ?, est faux. Nous voyons partout des tire-au-flanc qu’engraisse un état nourri de nos impôts. Qu’ils crèvent ! Dès que cette idée a gagné les esprits, l’état est condamné. Comme le régime soviétique.

Quand la société met en pratique ces théories, ce que nous fîmes ces dernières décennies, nous nous comportons comme l’a prévu Marx : nous exproprions le faible de son travail, à coup de machines. Cependant, dans notre cas, le bénéficiaire du système n'est pas le possédant marxiste, mais un employé, le « working rich ». Ce n’est pas le capital économique qui fait le vainqueur ou le vaincu, mais, paradoxalement, le « capital social ».

Cependant, l’homme n’est pas idiot, confronté à la faillite de son idéologie il change d’opinion. C’est ce qui est arrivé après la seconde guerre mondiale. Ce qu’on oublie aujourd’hui est que la crise d’avant guerre, les totalitarismes et la guerre, étaient vus par nos ancêtres comme la conséquence du capitalisme. Les états d'après guerre ont été résolument, lourdement, socialistes. Les pays anglo-saxons furent des pionniers de ce mouvement. D’où les lamentations de Hayek dans The road to serfdom, qui sont difficilement compréhensibles aujourd’hui.

En fait, pour le faire changer d'opinion, et de comportement, il ne faut pas que prouver à l'individu son erreur (anxiété de survie), il faut surtout lui montrer une échappatoire (anxiété d’apprentissage).

Ce blog ne croit pas à la méchanceté fondamentale des puissants, et de l’homme en général. Il cherche à comprendre ce qui ne va pas dans la logique de ce dernier, pour lui couper toute possibilité de justification, de lâche rationalisation. Il cherche surtout une « échappatoire », qui lui permette de construire une société durable. Une solution qui satisfasse tout le monde et ne fasse perdre la face à personne. Simple réflexe professionnel.

Compléments :

  • Sur les raisons qui font qu’une société d’individualistes se répartit apparemment en classes : The Logic of Collective Action.
  • Du capital social : Fils d’appareil.
  • De nos techniques de manipulation : Conservateur et bolchévisme.
  • Sur Jacques Attali : Attali m’a tué. Je me demande si le bon élève Attali n’a pas manqué d’esprit critique à l’époque où il étudiait l’économie. A-t-il suffisamment examiné ses hypothèses ? S’est-il demandé si elles étaient compatibles avec le socialisme ?
  • The Economist, héraut du libéralisme, doute : Le marché ne marche pas.
  • Ce qui fait espérer une sortie élégante de notre idéologie actuelle, c’est qu’une société amicale à l’homme l’est probablement aussi à l’économie : Lois sociales et économie de marché.
  • Sur l’expropriation par la machine : Crise occidentale : raisons structurelles.
  • Sur l’après guerre : SASSOON, Donald, One Hundred Years of Socialism: The West European Left in the Twentieth Century, New press, 1998.

Crédit Agricole et Société Générale

Le Monde annonce : Le Crédit agricole veut s'allier à la Société générale. La raison : être aussi gros que la BNP !

Que la France est un pays rafraichissant. Partout ailleurs on se demande comment vivre avec des banques tellement grosses que l’on ne peut leur permettre la faillite, ce qui les rend irresponsables et met la planète en péril. Après avoir tout tenté, on ne voit plus que la solution de 29 : les découper en morceaux, par métiers. Ne pouvant pas user de la force, gouvernements et économistes conçoivent des ruses de Sioux pour les faire exploser de l’intérieur, ou profiter de leur moindre faux pas pour les tronçonner.

Le Crédit Agricole, lui, n’a rien compris et rien vu.

« Avoir une guerre de retard » serait-il une de nos caractéristiques culturelles ? Qu’est-ce qui explique notre autisme congénital ? Notre système éducatif qui nous inculque que ce que nous pensons dans l’isolement de notre cerveau ne peut qu’être la vérité ultime ?

Compléments :

L’art de punir

D’après Mark Kleinman, ce qui cloche dans le système répressif américain c’est qu’il préfère faire souffrir le criminel que réduire la criminalité. S’il avait d’autres ambitions, comment devrait-il s’y prendre pour les satisfaire ?

Pour dissuader, une punition doit être rapide, certaine et sévère (…) il se trouve que des punitions plus légères peuvent être plus rapides et plus certaines.

Autrement dit, frapper fort est rarement une bonne idée.

lundi 26 octobre 2009

Entreprise capturée

Les économistes ont un terme amusant pour expliquer que la rémunération des dirigeants n’ait aucun rapport avec la santé de l’entreprise dirigée, ils disent qu’ils l’ont « capturée ».

Et les banques ne sont pas les seules victimes de piraterie, en Angleterre, les dirigeants des plus grosses entreprises ont compensé la réduction de leurs bonus par une grosse augmentation de leur paie.
FTSE 100 chief executives have received inflation-busting pay rises averaging 7.4 per cent over the past year, almost making up for a 29 per cent drop in their bonuses, according to a report published Monday. (…) Their total remuneration fell just 1.5 per cent in spite of collapsing profits in one of the deepest postwar recessions, it said. Chief executives were still earning, on average, as much as in 2006, when the economy was booming.

Changement à la française

J’ai rencontré il y a quelques temps un journaliste qui avait écrit un livre sur l’impossibilité du changement. Eh bien, il avait tort. La France est sans dessus dessous. Et ce changement a une bizarre caractéristique :

  • Il est théorique et simpliste. Par exemple les CCI, qui s’étaient développées à partir d’un tissu économique, sont maintenant restructurées sur le modèle de l’état français, la région dirige des départements. La commission Attali, semble-t-il, a trouvé que c’était d’une logique aveuglante : ainsi on pourrait faire des synergies et des économies. Cela rappelle la restructuration des syndicats après 68 : ils sont devenus des appareils et ont perdu toute efficacité et la quasi-totalité de leurs adhérents.
  • Mais le clou du spectacle est notre façon de mener le changement. On s'y prend de la même façon que, si, ayant découvert que notre code de la route est irrationnel, nous le supprimions, laissant les automobilistes se débrouiller pour en refaire un plus efficace.

Comment tout ceci peut-il se terminer ? On est dans le cas d’un changement qui n’est pas contrôlé. Plusieurs modèles s’appliquent.

  • Le Français résiste. Aujourd’hui les résistants sont liquidés.
  • La théorie de l’agence. Les économistes ont observé que celui qui est dans l’entreprise a un avantage sur celui qui est dehors (notamment l’actionnaire). Ils ont gagné des prix Nobel à expliquer comment graisser la patte du dirigeant de façon à ce que ses intérêts soient les mêmes que ceux de l’actionnaire. De là la mode du bonus qui marche si fort aujourd’hui. Mais le diagnostic est juste : celui qui est au cœur de l’organisation a un coup d’avance sur le gouvernement, s’il est mal intentionné (« oligarque »), il profitera du changement.
  • Le modèle de Juran. Juran est avec Deming un des experts auxquels les Japonais doivent une partie de leur miracle. Il disait que le risque du changement était le bricolage, les gens ne sachant pas quoi faire ont recours à des mesures de fortune, qui peuvent réserver de mauvaises surprises quelques temps plus tard.
  • Le modèle des Contes du Lundi. On y voit les soldats de 1870 essayer de sauver la patrie pendant que les généraux jouent au billard. Le Français a une grande autonomie et un fort sens de l’intérêt de son pays. Mais c'est rarement suffisant.

Compléments :

  • Industrial Diagnostics. A Systematic Approach to Management Problem-Solving, selected papers n°3, 1957, Juran Institute.
  • Sur le bricolage : Il y a des bombes qui se perdent.

CAMIF

Hervé Kabla (Chouette, la Camif revient) a repéré le blog du repreneur de la CAMIF.

Ce jeune HEC y raconte les débuts de sa société, Matelsom, pionnier français de la vente de matelas par correspondance, et la reprise de l’activité équipement de la maison de la Camif, dont le nom veut dire, pour lui, « C’est à Moi d’Inventer le Futur ».

Il fait beaucoup pour laisser entendre qu’il a gardé l’esprit Camif. Mais l’esprit Camif, c’était celui d’une coopérative, les idées du socialisme utopique. Pas une entreprise de droit privé. Bien sûr, je comprends qu’il ait voulu conserver le capital et l’image de marque Camif, qui sûrement valent cher, mais je ne suis pas sûr que cela ait été possible de cette façon. Peut-on construire une entreprise sur une sorte de dissimulation ?

Compléments :

dimanche 25 octobre 2009

Lois sociales et économie de marché

Des chercheurs montrent, analyse historique à l’appui, que l’économie de marché n’entraîne pas régression des lois sociales.

La raison en est que les gouvernements qui décident de protéger leur population forcent leurs voisins à faire de même de peur de pâtir de surcoûts. Or, les états avec protection sociale sont plus prospères que ceux qui n’en ont pas. Donc, ils s’enrichissent.

Consider the case of France after it adopted regulated night work of women because of domestic pressures. This increase in labour regulation was the economic equivalent of lowering French tariffs. Imports became cheaper and exports more expensive as labour standards increased the relative cost of labour. To retain its market share, France had to convince its trading partners to lower tariffs or raise labour standards. When the Swiss refused, the French retaliated and closed their borders to the import of Swiss specialty items, like gruyere cheese. Soon after, the Swiss adopted French legislation. With Italy, the French were more conciliatory. In return for implementation of labour laws in Italy that more closely matched those in France, they opened up their market to Italian wines and silks. Both parties gained. French exports rose because Italian labour costs were now higher. Italian workers were better protected and exports to France increased. By 1914, conciliation trumped retaliation via trade wars. Countries recognised that better labour laws led to improvements in integration and further gains from international trade could be realised.

Comment expliquer que nos gouvernants, qui peuvent ce qu'ils veulent, nous disent que notre état providence est au dessus de nos moyens, parce que nos concurrents n’en ont pas ? Mais pourquoi ne pas les inciter à en adopter un ? Et c’est dans l’intérêt de tous !

Voudraient-ils, alors, détruire l'état providence ? En auraient-ils contre le peuple ?

Compléments :

Le marché ne marche pas

The committee’s diagnosis was stark: the market, left to its own devices, is failing to deliver. Consumers are not buying energy-efficient appliances or insulating their houses, carmakers are failing to get emissions down and power companies still prefer fossil fuels to greener alternatives. Voilà ce que dit The Economist des résultats de la libéralisation du marché de l’énergie par la Grande Bretagne, pionnier hier encore admiré et donneur de leçons :

Britain’s markets, freed by a Conservative government in the mid-1990s, are among the most liberal in the world.
Il poursuit :

Similar doubts about the wisdom of the markets are to be found throughout the energy sector, from academics and analysts to managers at some of its biggest companies.

Et encore :

Energy-watchers now fret about possible blackouts as power stations close and are not replaced. Such tardiness lends strength to an alternative reading of the past 15 years: that low prices were as much a result of firms sweating their assets as of competition and ingenuity.

Finalement,

Yet to row back on deregulation would be intensely shaming for a country that pioneered the idea in the first place, and has been preaching its benefits ever since.

Ce texte m’inspire plusieurs réflexions :

  • J’espère que ce bilan catastrophique des dégâts que cause « l’économie de marché » laissée à elle-même inspirera nos futurs leaders. Il semble indiquer clairement le vice du modèle : la destruction (extraordinairement rapide) des actifs à long terme, à commencer par la nature, pour le bénéfice à très court terme de quelques-uns.
  • L’Angleterre a de grands défauts mais aussi de grandes qualités, en particulier l’honnêteté intellectuelle. Que nous semblons minables, nous Français, par comparaison, à nous évertuer à dissimuler que nous mettons en place chez nous un modèle qui a échoué chez elle.

Cloud computing (suite)

Un article s’intéresse aux applications grand public du cloud. S’y affronte, Google, Microsoft et Apple. Qui va gagner ? Pas clair. D’ailleurs il ne semble pas que le cloud se prête à des cercles vertueux ou vicieux. C’est une question de data centres et de gamme de terminaux, de logiciels et de services. Tous ont tout. Plus ou moins fiables, chers ou beaux.

Je découvre au passage la bonne santé d’Apple qui vaut 170md$, plus qu’IBM ou Google, mais un peu moins que Microsoft (230 md). C’est étrange comme cette société est revenue d’entre les morts. Sa compétence clé est toujours son mix matériel logiciel génial, comme à l’époque du Mac. La nouveauté c’est que le nouvel Apple se renouvelle rapidement, trouve vite de nouveaux domaines / segments où appliquer ses talents, avant que ses concurrents bas de gamme et de masse n’arrivent à les tirer vers le bas.

Apple préparerait une nouvelle innovation : une tablette-ordinateur sur laquelle il serait possible d’écrire. J’imagine que ça pourrait faire beaucoup de mal à beaucoup d’entreprises (notamment le Kindle d’Amazon, et le marché du PC).

Compléments :