lundi 30 novembre 2009

Afghanistan, Amérique, Europe

Dans une revue de presse, je trouve cette déclaration d’un journaliste du Wall Street Journal :

It appears Europe’s preference for American casualties over their own does not really depend on who occupies the White House.

Autrement dit, le changement de président à la tête des USA n’a rien changé à la lâcheté des Européens, qui ne veulent toujours pas prendre leur part dans la guerre d’Afghanistan.

Un rapport du Sénat américain cité par Bush and Rumsfeld Let Osama Escape donne un curieux complément à cette déclaration :

“The review of existing literature, unclassified government records and interviews with central participants underlying this report removes any lingering doubts and makes it clear that Osama bin Laden was within our grasp at Tora Bora.”

Le gouvernement Bush a laissé Ben Laden se tirer d’affaires alors qu’il savait où il était. Mieux, il a délibérément choisi de ne pas envoyer des troupes en nombre suffisant sur le terrain.

Il est tentant d’y voir une volonté de laisser ainsi vivre un « axe du mal », dont les attentats justifieraient une politique américaine agressive.

Dans ces conditions, n’est-il pas compréhensible que les Européens aient une certaine réticence à s’engager dans une guerre aussi bizarrement menée ? De même que la Chine a quelques difficultés à comprendre qu’elle doive aider les USA à sortir le monde d’une crise qu’ils ont créée ?

Minaret suisse

Vote suisse interdisant les minarets des mosquées.

J’entends une émission de radio qui s’en étonne. Mais elle me semble donner la solution de l’énigme : ce que le Suisse entend de l’Islam, c’est la burqa, l’oppression de la femme, les attentats terroristes, l’intolérance et le jihad. Qui voudrait voter pour le symbole de tels maux ?

Problème de conduite du changement que l’on oublie souvent : un groupe d’hommes décide en fonction de ce qu’il sait. Si ce qu’il sait ne présente pas toute la réalité, il prendra une décision incorrecte (et inattendue).

Les médias font face à un dilemme : l’information qu’ils nous transmettent nous amène à faire des choix qui vont à l’encontre des principes qu’ils défendent. Comment se tirer de ce mauvais pas ? En laissant passer toute l’information. C’est à nous de faire un choix, pas aux journalistes.

Syrie

Article élogieux sur la Syrie, pays qui a redressé son économie, consolidé une relative paix intérieure, et qui jouit d’un prestige international retrouvé.

A quoi doit-elle ce renouveau ? Ce que je retiens de cet article c’est surtout qu’il semblerait qu’elle ait eu des convictions et qu’elle s’y soit tenue quoi qu’il lui en ait coûté.

Important enseignement ?

dimanche 29 novembre 2009

Reprise ou non ?

Ce que je comprends de Something's gotta give :

  • Ainsi que je le disais dans un précédent billet, les entreprises sont passées maître dans le contrôle de leurs marges. Ce qu’on aurait pris pour une reprise aurait été un maintien de rentabilité. Peu de croissance, pas d’embauches.
  • Personne, entreprise ou particulier, n’emprunte. Les banques utilisent leur argent pour spéculer sur des actions dont les prix sont enflés par une anticipation de croissance infondée.
  • La bonne santé des pays émergents consomme beaucoup de ressources naturelles, et en fait augmenter le prix, ce dont souffre le consommateur occidental.

Résultat : lente dépression ?

Il est tentant de penser que le problème de l’Occident est qu’il n’a plus d’entrepreneurs. Ses entreprises ne savent plus que se recroqueviller.

Obama l’innocent ?

The Economist n’est pas loin de le penser. B.Obama ne croyait-il pas que les va-t-en-guerre causaient la perte du monde, et qu’il suffisait d’être aimable pour qu’il n’y ait plus de conflits ? Et que dire de ses difficultés à décider d’une politique afghane ?

Je pensais comme The Economist avant de lire cet article, mais depuis je doute. Esprit de contradiction ?

  • Je ne suis plus certain que B.Obama ait fait preuve de faiblesse dans sa politique étrangère. Je crois comprendre que sa préoccupation est de réduire le coût de son armée, et qu’il aurait aimé que la Chine et l’Europe l’aident à gérer du monde (Superpower without a partner). Dans les deux cas, il a essuyé un refus. Mais pouvait-il présenter agressivement sa demande ? D’autant plus que ses prédécesseurs étaient responsables des dits coûts ?
  • Quant à l’Afghanistan, il ne s’agit pas de prendre une simple décision mais d’acquérir les connaissances nécessaires à une gestion à long terme de la question. C’est une sorte d’investissement rendu nécessaire par l’enjeu, et qui certainement aurait dû être fait au sujet du Vietnam.

Si ce raisonnement est juste, B.Obama pourrait être un fin stratège. Certes ses manœuvres n’ont pas eu les résultats escomptés, mais ne devait-il pas les tenter ? D’ailleurs, elles lui ont peut-être donné une expérience internationale utile. Et ce sans avoir eu à subir de revers. Regardons maintenant les prochains coups.

Compléments :

Résoudre la question russe

L’imprévisible Russie, dont la classe dirigeante semble avoir besoin d’ennemis, paraît poser une bien difficile question à l’Europe. Un article apporte une solution inattendue :

Il existerait une haine féroce entre l’Allemagne, la Pologne et la Russie, résultat de l’histoire.

Jusque-là, ce que faisaient les uns et les autres alimentait le feu en huile.

Mais le nouveau gouvernement de Donald Tusk prend à rebours la politique précédente. La Pologne chercherait à établir de saines relations avec la Russie. Pour cela, elle aurait besoin de l’aide de l’Allemagne, de ce fait préférant un ancrage européen à son amitié initiale pour l’Amérique. Si le mouvement réussit, non seulement Pologne et Allemagne pourraient connaître, dit l’article, une réconciliation semblable à celles de la France et de l’Allemagne, mais l’Europe pourrait trouver le moyen de vivre en bonne intelligence avec la Russie.

Ce scénario peut-il se réaliser ? En tout cas, la manœuvre semble étonnamment élégante, et susceptible de réussir d’une pierre de multiples coups.

samedi 28 novembre 2009

Choix idéal pour la tête de l’UE ?

L’unanimité semble se faire sur le statut de brêle du Président du conseil et du chef des affaires étrangères européens. Je trouve quelque chose de suspect, de trop facile, dans cette condamnation. Je suis heureux d’avoir découvert un texte dissonant :

Gros problème. Le traité de Lisbonne donne des deux rôles ci-dessus des définitions conflictuelles.

Or, le choix effectué élimine ce risque de conflit. Le Président travaillera à une meilleure coordination du conseil européen, la ministre des affaires étrangère, elle, construira le corps diplomatique dont l’Europe a besoin. Tous les deux élaboreront une jurisprudence qui permettra à leurs fonctions de travailler en bonne intelligence.

Autrement dit l’Europe aurait choisi deux bâtisseurs, qui vont préparer les moyens dont ont besoin les personnalités charismatiques que « l’unanimité » appelle de ses vœux.

Je ne sais pas si cette explication est juste, mais elle me plaît bien : ce blog ne répète-t-il pas qu’avant de penser à changer, il faut construire une organisation qui est capable de changer ?

Compléments :

L’eau

GALLAND, Franck, L’eau, Géopolitique, enjeux, stratégies, CNRS éditions, 2008. Dominique Delmas s’inquiète du manque d’eau et des malheurs qu’il pourrait entraîner. Il m’a envoyé ce livre qui analyse la question sous l’angle géostratégique. Souvenirs :
  • D’ores et déjà la situation est déplorable. 1,1 md de personnes n’ont pas accès à l’eau potable, et 2,6md à un assainissement. 4md pourraient être sous stress hydrique en 20025, 90% du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord souffriraient alors de pénurie d’eau. Un milliard de personnes pourraient émigrer faute d’eau. L’agriculture est le gros consommateur d’eau, 70% en moyenne, 82% chez les pays à faibles revenus. Dommage que le livre n’ait pas approfondi la question (une simple meilleure gestion des pertes et de l’évaporation pouvant régler les problèmes du monde).
  • De même, j’aurais aimé que F.Galland creuse deux autres remarques curieuses : un kilo de bœuf demande 15 fois l’eau nécessaire à un kilo de blé. 1 litre de biocarburant demande 1000 litres d’eau ! Étrangement, ce bilan apocalyptique n’a pas de conséquence dans la suite du livre, qui laisse entendre que le retraitement d’eau, et Veolia (pour lequel travaille l’auteur), sauveront la planète.
  • L’eau est devenue une arme. Par exemple, l’industrie israélienne de l’eau est en partie dirigée par d’anciens généraux. La Turquie et la Chine sont des « hydropuissances » qui utilisent leurs fleuves pour servir leurs objectifs géopolitiques.
  • Le cas de la Chine est particulièrement intéressant, comme d’habitude. Le pays donne l’impression d’un très dangereux apprenti sorcier. D’une part il est sous la menace d’une pollution monstre, d’autre part, il manque cruellement d’eau. De surcroit son désir d’exploiter le Xinjiang et le Tibet, et leurs richesses naturelles l’amène à déplacer beaucoup de monde dans des zones arides. Du coup il en est venu à reconcevoir son hydrographie, en alimentant certains fleuves vides avec le cours d’autres, et en utilisant le Tibet, Château d’eau de l’Asie, pour ses besoins. En fait, la Chine est en train d’asservir certains voisins (Birmanie, Laos, Cambodge), et de s’aliéner les autres (Vietnam, Inde), qui s’inquiètent de cet impérialisme. Mais la Chine est un pays fragile. Le mécontentement de ses populations polluées est une redoutable menace à l’ordre public. En termes d’eau, la seule bonne nouvelle vient de Chine. Afin de dominer l’industrie mondiale du secteur, elle veut utiliser les compétences qu’elle doit acquérir pour nettoyer le désastre écologique qu’elle a créé .
  • Plus généralement, le manque d’eau a transformé ceux qui en étaient affectés, notamment Singapour (qui dépend de la Malaisie avec qui il est fâché, et qui exploite donc de plus en plus eaux usées et de pluie) et Israël, sont devenus des champions du traitement d’eau.
Compléments :
  • J’ai préféré à ce livre l’article que cite A boire !

vendredi 27 novembre 2009

Leçon de changement présidentielle

Le billet précédent sonne étrangement. Ce que disent Pierre Cahuc et André Zylberberg est exactement ce que mes cours répètent, inlassablement, sur l’entreprise et le changement :

Pourquoi les changements échouent…

Techniquement les malheurs présidentiels sont une illustration curieusement parfaite de ce que donne un changement raté. On retrouve, par exemple, le « paradoxe du contrôle de gestion » du professeur Bouquin, le fait que l'organisation retourne contre leur esprit les règles qu'on veut lui imposer. Pour parvenir à ses fins, elle recourt à une sorte de grève du zèle (en utilisant la lettre de la loi contre son esprit). Michel Crozier pense que l'homme réagit ainsi à une tentative de suppression de sa liberté.

James March décrit aussi le mécanisme contrôleur / contrôlé d’une façon qui rappelle remarquablement les déboires du gouvernement.

… et comment l’éviter

Avant de vouloir changer, il faut construire une organisation capable de changer. Ce qui rend le changement aussi difficile en France, c’est que nos entreprises n’ont pas été conçues pour lui. Visiblement, il en est de même de l’Etat. Petite différence avec le livre précédent : on construit une telle organisation à l’occasion d’un changement pilote.

Ensuite, 2 idées importantes :
  1. Le changement doit être expliqué par un message de quelques mots. Il prouve son intérêt social, fondamental. Ce que demande le changement et sa mise en oeuvre est alors évident. Mieux : une telle communication met sous la pression du groupe les intérêts particuliers, dont la position devient très inconfortable.
  2. Le facteur clé de succès du changement, c’est le contrôle. Comment contrôle-t-on ? Par l’animation du changement. Son rôle est d’aider celui qui met en œuvre le changement, qui ne doit jamais être laissé seul à sa déprime. A chaque étape du changement, ses hommes clés sont en petit nombre, l’animation doit avoir des moyens « surdimensionnés » pour pouvoir en permanence ne pas être débordée par la résistance au changement (l’incapacité de surmonter l’anxiété d’apprentissage liée à un blocage).
Conseils à M.Sarkozy
D'où quelques conseils à notre président :
  • Exprimer clairement ce qu’il veut faire, et le justifier, de façon à bénéficier de l’appui de la nation. Or, il semblerait, d'après les Réformes ratées, que ses objectifs soient louables, et fassent même consensus au sein de notre élite pensante.
  • Constituer une équipe d’animation du changement, qui lui donne en permanence l’avantage sur les « hommes clés » de l’étape du changement en cours. Par conséquent, il doit concevoir ces étapes de façon à n’avoir pas trop d’hommes clés d’un coup.
Compléments :
  • CROZIER, Michel, Le phénomène bureaucratique, Seuil, 1971.
  • BOUQUIN, Henri, Le Contrôle de gestion : Contrôle de gestion, contrôle d'entreprise, PUF, 5ème édition, 2001.
  • MARCH, James G., How Decisions Happen in Organizations, Human-Computer Interaction, 1991, Volume 6.
  • Dans Transformer les organisations… j’ai pris l’exemple de la réforme des 35h, je me suis demandé comment on aurait pu faire pour que la réduction de 10% du temps travaillé réduise effectivement le chômage en totalité (il était de 10% de la population à l'époque de la réforme), ou quasiment.

Les réformes ratées du président Sarkozy

Un livre de Pierre Cahuc et André Zylberberg (Flammarion, 2009). Bilan minutieux des réformes menées par N.Sarkozy durant les 18 premiers mois de sa présidence :

Sarkozy au tapis
N.Sarkozy voulait « étouffer » les potentiels résistants au changement par la vitesse de ses réformes, combinées à des procédures d’urgence, tout en lâchant quelques « concessions » secondaires. Or, ces résistants se sont révélés judokas : connaissant mieux que les représentants du gouvernement des dossiers fort complexes, ils les ont étouffés au piège de leurs propres délais et engagements ; ils leur on fait quelques concessions secondaires pour qu’ils sauvent la face. Non seulement les résistants n'ont rien lâché, mais ils ont souvent tiré de la réforme un bénéfice, majeur et inattendu. Alors qu'ils devaient être réformés, ces groupes d'intérêt nous ont réformé à leur avantage !
En janvier 2008, les partenaires sociaux ont soi disant « modernisé » le marché du travail en permettant le départ en préretraite à 57 ans ; en avril 2008 la CGT et la CFDT ont réussi à accroître leur pouvoir aux dépens des autres syndicats sans que l’accord final ne règle la question de l’opacité du financement des organisations syndicales ; en mai les taxis ont considérablement amélioré leur situation aux dépens des usagers ; en août, les principales enseignes de la grande distribution ont consolidé leur position de monopole ; toujours en août la détaxation des heures supplémentaires dont le dispositif rappelle par son absurdité celui de l’impôt sur les portes et fenêtres institué par le Directoire en 1798, aboutit à plusieurs milliards d’euros de rentrées fiscales en moins chaque année sans aucun effet avéré sur l’activité ; enfin, en décembre 2008, les dix huit premiers mois du quinquennat s’achèvent avec le rSa, une peau de chagrin, qui contribue à opacifier la carte des minima sociaux sans accroître notablement les revenus des moins bien lotis.
La France est dans des sables mouvants. Ses mouvements l’enfoncent. Chaque réforme, subvention du peuple à un groupe d'intérêt, plombe un peu plus les finances publiques.
Que faire ?
L'examen de l'expérience internationale conduit à des suggestions simples :
  • Pour bien réformer, il est impératif d'avoir une vision claire de ses objectifs et des moyens que l'on veut utiliser. Sinon impossible de savoir si la réforme va dans la bonne direction. Et personne ne comprend ce que vous faites. A plusieurs reprises M.Sarkozy a été victime de ceux qui auraient dû être ses alliés et de l’indifférence de ceux à qui devaient profiter ses réformes (nous), parce qu’ils ne comprenaient rien à son action.
  • Surtout « le manque de transparence, la faible crédibilité du gouvernement et de l’administration ainsi que la corruption sont les pires ennemis de la réforme. » La France ne fait pas confiance à son gouvernement, ce que n’aide pas la tendance de M.Sarkozy à « négocier sous le manteau ». Avant de pouvoir faire des réformes, il faut réformer les institutions :
  1. Institutions sociales. Il faut des syndicats forts, ce qui signifie des « syndicats de service », qui attireront des foules d’adhérents en leur offrant des services qu’ils n’auraient pas ailleurs.
  2. Institutions politiques. « L’Assemblée nationale et le Sénat ont () tendance à opacifier les textes et à les vider de leur substance ». Parce que les parlementaires, surtout intéressés par des enjeux locaux (qui décident de leur élection) et n’ayant pas le temps et les moyens d’analyser des dossiers très complexes, sont manipulés par de puissants lobbies. Réforme clé : le mandat unique (comme partout dans le monde). Le parlementaire pourra enfin faire ce que l’on attend de lui.
Compléments :

jeudi 26 novembre 2009

La retraite de M.Sarkozy

France culture : interview de Francis Brochet qui vient de publier un livre sur M.Sarkozy.

Il dit que M.Sarkozy et Mmes Parisot et Royal sont les agents d’une « rupture ». Quelle rupture ? D’après une enquête ultérieure, ce serait la victoire de l’individualisme et du libre échange. La dissolution de l’état.

Plus curieux : M.Sarkozy ne serait pas candidat aux prochaines élections. Il rêve de s’enrichir immensément, et de remplir d’admiration sa compagne.

Qu’envisagerait-il ? Le modèle du président américain qui après une ou deux élections exploite sa notoriété pour faire fortune ? Ou celui, bien plus efficace, de l’oligarque russe, qui détache une partie de l’état à son profit ?

Mon enseignement

Que retient-on des formations que je donne ? Quelques réflexions à l’occasion de la dernière en date :

D’une certaine façon ce que les participants à ces formations apprécient, c’est que je ne leur apprends rien. Ils se découvrent bien plus compétents qu’ils ne le pensaient. Ils me trouvent « rassurant ».

Cependant, ils avouent avoir trop tendance à ne voir que la partie rationnelle du changement (qui est le sommet de la partie émergée de l’iceberg). Ils n’écoutent pas suffisamment ; ils ne se mettent pas suffisamment à la place des personnes avec qui ils travaillent ; ils ne « perdent pas assez de temps » avec leurs collaborateurs (ou leurs dirigeants) ; ils sont trop « pressés » ; ils ne préparent pas suffisamment le changement ; leur nature perfectionniste leur fait ignorer que le changement est question d’essais et d’erreurs ; ils ne « maintiennent pas suffisamment la pression » une fois une étape importante passée ; ils ne font pas assez attention à l’optimisme ou au pessimisme de leurs équipes…

Ils sont d’ailleurs surpris de découvrir que la résistance au changement est une chance.

Ils découvrent que la technique a pour rôle premier de « dédramatiser le changement » ; que le changement demande une très solide infrastructure méthodologique de gestion de projet, permettant notamment une « remontée d’informations ».

Une remarque m’a surpris. Un des changements étudiés en exemple était un reengineering des processus de l’entreprise au moyen d’un système d’information « révolutionnaire ». Le DSI, responsable du projet, m’a remercié d’avoir insisté sur ce que ce changement n’était pas un changement informatique, mais un changement organisationnel permis par un système d’information. Autrement dit il fallait beaucoup plus former les personnels à de nouvelles procédures de travail qu’à un logiciel. Jusque-là ce dirigeant pensait devoir mener seul le changement. Et il en était visiblement inquiet. Or, le changement était le problème de tous : « on n’est pas seuls ».

mercredi 25 novembre 2009

Déficit national

Le déficit des USA inquiète fortement leur opinion publique.

Paul Krugman mène une campagne pour la détromper en lui expliquant que l’Europe vit très bien avec beaucoup plus de dettes ; que les marchés financiers ne s’inquiètent pas ; que le chômage ne baisse pas et qu’il y a là une réelle menace ; donc qu’il faudrait à nouveau une relance.

Mais est-ce le déficit qui trouble la population américaine ? Ou la capacité du gouvernement à le réduire ?

On nous a dit qu’il suffit de mettre de l’argent dans le système pour que cela fasse des miracles. Or, il n'y a pas de miracle. Et les modèles mathématiques de P.Krugman sont mystérieux, et leurs frères ont connu de sacrées déconvenues récentes. Donc ne serait-il pas judicieux, aux USA comme ailleurs, que nos gouvernants réfléchissent à la conception de plans crédibles de réduction de leur dette, et qu’ils nous en parlent ?

Compléments :

EDF futur FT ?

La situation d’EDF semble bien plus mauvaise que ce que je craignais (Nuclear contamination).

  • Ses acquisitions causeraient 65md€ de dettes en 2017-18. Pas loin de France Télécom de la bulle Internet.
  • Il se confirme qu’EDF a oublié de s’occuper de nos centrales.
  • Son nouveau patron veut prendre le contrôle de la partie d’Areva qui bâtit des réacteurs. Mais il semble douter de l’efficacité de l’EPR (qui produirait à 70€/MW contre 30 pour une centrale traditionnelle) et vouloir proposer des modèles plus simples (étrangers) à ceux qui le désirent.

Areva serait-il aussi très mal parti ?

Compléments :

Langage Sarkozien

Il est dit que M.Sarkozy chasse sur les terres du FN (Eric Raoult). Est-ce vrai ?

Un détail me fait douter de cette théorie : la langue de M.Sarkozy. M.Le Pen parle bien, dans un Français élégant, recherché, et classique. M.Sarkozy nous inflige une sorte de charabia. Mais tous nos hommes politiques semblent lui avoir emboîté le pas.

Peut-être ont-ils raison ? Ne se mettent-ils pas à la hauteur de ce qu’ils perçoivent des capacités de notre intellect ? Ne font-ils pas preuve d’efficacité ?

Alors comment expliquer que les tribuns d’antan, les Jaurès, les de Gaulle… ont pu adresser à la France des discours qui semblent destinés aux anthologies de la littérature française, et que la France se soit enthousiasmée pour eux, comme elle ne s’enthousiasmera jamais pour leurs remplaçants modernes ? Aimons-nous ceux qui nous croient exceptionnels ?

mardi 24 novembre 2009

Pauvre Obama ?

The Pacific (and pussyfooting) president : B.Obama visite l’Asie.

Il semble infiniment inquiet de plaire à ceux qui rejettent les valeurs américaines (Chine, Birmanie, Iran). Et de leur sacrifier ses alliés, à commencer par le Tibet. Peut-on respecter un tel homme ? Est-ce bon pour son pays ?

Confirmation de la thèse de J.S.Mill selon laquelle les Américain n’élisent que des présidents inconnus et sans personnalité, les autres s’étant fait trop d’ennemis pour avoir la moindre chance de succès ?

Curieusement, les dirigeants chinois n’ont pas semblé beaucoup plus assurés que M.Obama. Explication de l’article : cela « reflète combien le système dans son ensemble craint ces libertés que M.Obama aurait dû défendre avec plus d’audace ».

Pauvre monde

Notre capitalisme mondialisé fonctionne-t-il correctement ?

  • 1md de personnes affamées.
  • L’agriculture des pays en développement a connu « un quart de siècle de négligence ».
  • « Défaillance du marché » : semences et fertilisants ne parviennent pas aux pauvres.
  • Les OGM ? Ils ont peut-être un intérêt, mais il serait rassurant qu’ils soient produits par l’état plutôt que par le privé.
  • L’explosion des prix des denrées alimentaires de 2007-2008 (qui repartirait) pousse les gouvernements à se méfier des marchés et à chercher l’autosuffisance, par exemple en confisquant les terres de contrées moins fortunées. Ce qui pourrait être pire que le mal.

Je dois ce triste bilan à The Economist.

Pauvres Américains

La politique écologique de M.Obama a peu de chances de devenir loi (Farmers v greens) :

Les fermiers américains dépendent énormément d’une énergie à très bon marché. Si son prix augmente, ils sont en faillite. Or, ils dominent l’électorat des grands états, peu peuplés, or chaque état, peuplé ou non, élit deux sénateurs. Or, il y a une majorité de grands états peu peuplés...

Ce qui me ramène aux subprimes. En permettant aux pauvres de vivre à crédit, les subprimes leur cachaient leur pauvreté, leur faisant préférer l’ombre à la proie, que leur ravissaient les riches. J’ai l’impression qu’il y a ici une escroquerie du même type : on vient de découvrir une nouvelle couche de pauvres, les fermiers, qui ne le savent pas parce qu’ils dépendent d’artifices.

Le changement que traversent les USA s’annonce exceptionnellement difficile : ce sont les fondements mêmes de leur modèle qui leur bloquent le passage.

Compléments :

lundi 23 novembre 2009

Conduite du changement live

Pour ceux qui pensent que la conduite du changement est un concept abstrait :

le « billet test », exercice de conduite du changement observe un changement en cours. On y verra, notamment, pourquoi les dirigeants désespèrent de leurs collaborateurs et pourquoi le travail peut provoquer la souffrance.

Traité de Lisbonne = changement pour rien ?

Alors que The Economist pensait (Nationalisme et globalisation) que ne pas choisir Tony Blair serait une victoire du parlement européen et du fédéralisme, le correspondant UE de la BBC juge que son échec revient au même résultat. L’argumentaire :

  • L’UE d’avant, c’était la France et l'Allemagne qui en tiraient les ficelles, et des manœuvres d’arrière salle.
  • Le choix du président du Conseil européen des chefs d’État et de gouvernement et du ministre européen des affaires étrangères s’est fait par des tractations d’arrière salle et grâce à un accord franco-allemand, qui visait, semble-t-il, à trouver quelqu’un qui ne fasse d’ombre à personne.

Plus ça change, plus c’est la même chose… comme disent les Anglais ? Nouvel exemple d'un changement mal conduit, et qui résulte en statu quo ?

Compléments :

Karl Marx (suite)

Quelques réflexions suscitées par le billet précédent :

  • Je pense que ce que disent la sociologie, l’ethnologie, la théorie de la complexité et mon expérience, c’est que vivre en société c’est suivre des règles, règles qui ont une logique d’ensemble (par exemple « main invisible » de l’économie, ou religion). Dans ce sens, nous aliénons notre liberté. Dans un autre sens, sans règles nous sommes des pantins dont on a coupé les ficelles.
  • Ces règles que nous suivons avec bonne volonté ont pour rôle de faire le bonheur collectif. La liberté, c’est donc suivre des règles acceptées. De ce fait, nous sommes généralement libres et nous réalisons naturellement l’idéal de Marx, Hegel et Kant.
  • En fait, la transformation de notre environnement, notamment du fait de notre action, et nos mutations internes (innovation), font que les règles du groupe évoluent et doivent évoluer sans fin (c’est le « changement »). Par contre il est possible qu’un jour ce mécanisme de création de règles ne soit pas assez adaptable pour résister à la sélection naturelle, et nous disparaîtront. Ça sera le terme de notre histoire.
  • Le danger qui nous menace est soit une erreur humaine malencontreuse, une innovation qui tourne mal et qui détruit l’humanité sans l’intention de lui nuire, soit un acte de parasitisme qui attaque la société au bénéfice du seul parasite. Le parasitisme est probablement la seule menace à notre liberté.
  • Notre raison, notre capacité à distinguer et à modifier les règles que nous suivons, nous sert donc à améliorer les règles du groupe quand il est en difficulté (changement), et à nous garantir des parasites.

Karl Marx

SINGER, Peter, Marx, a very short introduction, Oxford University Press, 2000, semble dire que l’œuvre de Marx s’explique simplement.

Elle est bâtie sur celle de Hegel, qui voit l’histoire comme la découverte par l’homme que son esprit fait partie d’un esprit universel. Tant qu’il ne le sait pas il se heurte à ses semblables, qu’il croit différents de lui, ce qui limite ses possibilités et sa liberté. Le jour où il comprendra son erreur, il sera libre et efficace, en faisant ce dont il a envie, il fera le bien commun.
Puis arrivent Bauer et Feuerbach. Reprenant le même type de raisonnement, ils expliquent que l’homme a affublé Dieu de ses talents, de ce fait s’en privant, se les aliénant. Il faut se débarrasser de Dieu, du coup l’homme retrouvera ce qu’il a donné à la religion.
Marx fait de même mais avec l’économie. Le propre de l’homme c’est de produire. Or, le système productif aliène la production de l’homme qui en devient esclave. Il semble aussi prendre l’argument de Hegel à l’envers : ce ne sont pas les idées, l’esprit, qui guident l’homme, mais la production qui forme l’esprit. Mais la marche de l’histoire est la même chez Marx que chez Hegel : le capitalisme produit la division des tâches, qui fait que l’homme perd de vue l'unité de sa production ; or tout système productif est dépassé par sa propre logique qui crée un autre système ; jusqu’à ce que l’homme voit clair, c'est le « communisme ». Il n'est plus esclave de la production ; fin de la division des tâches, l’homme travaille comme il l’entend ; non seulement il y gagne sa vie, mais encore il fait le bien commun.
Si cette interprétation est correcte, l’analyse que fait Marx du capitalisme et de ses maux est d’une importance secondaire. Elle cherche seulement à montrer que l’on est bien dans le mouvement qu’il prévoit. De même, il ne sert à rien de décrire ce qu’est le communisme (ce que ne fait pas Marx), puisque c’est un aboutissement nécessaire. C’est une sorte de démonstration mathématique, par laquelle on prouve qu’il existe une solution unique, sans pour autant dire laquelle.
Compléments

dimanche 22 novembre 2009

Le déclin de l’Occident

La Chine, l’Iran, la Russie sont enchantés : leur heure est arrivée, l’Occident est à son crépuscule. C’est lui-même qui le dit.

Oui, mais il le dit depuis plusieurs millénaires, remarque Thérèse Delpech.

Et si cette sorte de dépression chronique, à laquelle seule semble échapper l’Amérique, était simplement un mécanisme de remise en cause, qui permet de voir la prochaine catastrophe avant qu’elle arrive, et de la prévenir ?

Nous sommes des êtres du déclin et du gouffre qui ont soif de renaissance et de salut.

Compléments :

  • Curieusement cet article reprend ce que les psychologues disent des vertus de la dépression, et des dangers de l’optimisme militant américain : Stress américain.
  • Cette théorie pourrait enfin rendre sympathiques nos intellectuels : leur rôle social est de créer une saine dépression ? Triste radio.

Brésil

État fortement interventionniste, qui a construit ses actuels champions industriels de manière fort déterminée (en particulier Embraer). Plus curieux, ce pays semble distribuer l’argent de l’état aux riches.

Par exemple, les pauvres paient de mauvaises études, les riches vont dans des universités gratuites. Les entreprises d’état, qui sûrement lui avaient coûté fort cher, ont été privatisées. Et puis :

Brazil has a stubbornly high murder rate and a violent police force. Many of its politicians see nothing wrong with stealing public money or appointing relatives to jobs within their private kingdoms, and refuse to resign when found out. It is a place of misery where 17% of homes do not have running water and too many families live in home-made shacks by motorway bridges. A place where many people convicted of serious crimes go unpunished, and those in prison live out a brutalised existence. And a place of environmental devastation that government is powerless to stop.

Le président da Silva semble avoir rendu ce monde un peu moins injuste. Mais est-ce le miracle dont on fait un tel cas aujourd’hui ?

Compléments :

Dirigeant sans visage

The Economist se lamente (The cult of the faceless boss) : la grande entreprise n’embauche plus que des dirigeants transparents. On se croirait dans les années 50. Or, l’industrie n’a-t-elle pas été faite par des dirigeants plus grands que nature ?

J’ai fait une liste des dirigeants dont j’avais retenu le nom. Elle se divise assez nettement en deux catégories : d’un côté des entrepreneurs (Dassault, Bouygues, etc.), de l’autre des fous furieux qui ont fait sombrer leur entreprise. (Et quelques noms dans les deux catégories.)

J'en déduis qu’une fois qu’une entreprise a été fondée, et le fondateur est naturellement plus grand que nature, il est préférable qu’elle soit dirigée par un patron anonyme, c'est-à-dire qui met l’intérêt de l’organisation avant le sien. Si c’est la tendance actuelle, elle est bienvenue.

Compléments :

samedi 21 novembre 2009

Emprunt et bon sens

Certes il y a emprunt, mais, vu de très loin, pour des raisons valables (investir là où l'on n'investit pas assez pour notre bien), et auprès des marchés financiers internationaux, donc en en minimisant le coût. M.Rocard :

pour lever auprès des particuliers, il faudrait les allécher, ce qui coûte plus cher. Ça ne vaut pas le coup.

Le bon sens aurait-il prévalu, finalement ? La nation arrive-t-elle à réfléchir et à se faire entendre ?

Compléments :

TGV Est

Voyage en TGV :

Cela faisait longtemps que je n’avais pas pris le TGV. Et je ne connaissais pas le TGV est. Le pensant plus récent que les autres, et véhicule d’une contrée riche, je m'attendais à quelque chose de cossu et de technologiquement avancé. Déception. Extérieur un peu médiocre. À l’intérieur, ça vibre beaucoup. Pire, à l’aller mon wagon était plongé dans le noir toutes les dix minutes, au retour le néon de ma banquette ne marchait pas. On se serait cru en Angleterre.

La SNCF prépare-t-elle son entrée dans le monde concurrentiel en copiant l’élite financière anglo-saxonne : exploitation du « client » pour enrichir le manager supérieur ? Comme EDF qui fait de coûteux achats mais n’entretient plus son parc de centrales ? (France : coupures d’électricité ?)

John Suart Mill, du gouvernement représentatif

Considerations on representative government, John Stuart Mill. Comment faire fonctionner la démocratie ? Un traité qui donne un zéro pointé à la nôtre.

Gouvernement représentatif
Qu’est-ce qu’un « gouvernement représentatif » ? C’est un mécanisme qui fait que la volonté du peuple, dans toute sa diversité, émerge, et que ce qu’elle implique est réalisé.

Représentatif et exécutif
Un tel comportement a deux composants, le corps représentatif (les élus), l’exécutif.
Le corps représentatif est là pour faire émerger la volonté du peuple, cette volonté est un objectif que le peuple désire atteindre. C’est à l’exécutif de trouver le moyen approprié pour le satisfaire. Le corps représentatif s’assure que l’exécutif est adapté à sa tâche, le nomme, le contrôle, fait connaître au peuple ce qu’il fait, et finalement lui donne ou non l’autorisation de mettre en œuvre ses plans. Par contre le corps représentatif ne s’occupe pas de mise en œuvre (y compris de la rédaction des lois), parce qu’il n’est pas compétent pour cela. Seul sait correctement mettre en oeuvre une décision un corps d’élite de bureaucrates spécialement formés et entraînés à leur tâche.

Construire un gouvernement représentatif
Pour établir un tel gouvernement, il faut un terrain favorable. Il faut que le peuple le veuille, qu’il soit prêt à appliquer ses lois. Il faut aussi un forum de débat et le moyen de mettre en œuvre ses décisions.
Ceci résulte de l’histoire, d’une évolution par étapes successives. Elle a d’abord acclimaté le peuple à la discipline nécessaire. C’est l’œuvre d’une dictature. (Avant d’être libre en société il faut avoir été esclave.) Progressivement elle se parfait jusqu'à devenir le lieu d'un vigoureux affrontement d’idées entre esprits libres et bien formés. C’est un monde d’individualistes dont le talent est mis au service de la communauté.
Et c’est ce que doit être le corps représentatif : le forum des idées du pays. Chacun doit y trouver un homme (pas forcément toujours le même) qui est sensible à et qui va représenter ses opinions, préoccupations, doléances du moment, et faire qu’elles sont entendues et prises en compte.
Ce corps doit être constitué de représentants de la majorité, des minorités, et d’individus exceptionnels qui ont démontré une capacité à penser remarquable. Aucun ne doit pouvoir dominer par son seul poids les autres. Le débat d'idées est obligatoire.

Juger un gouvernement représentatif
Le critère de jugement d’un gouvernement représentatif est donc le progrès qu’il a permis. Il doit amener son peuple à développer une capacité de jugement de plus en plus évoluée, à libérer de plus en plus sa pensée ; il doit utiliser de plus en plus efficacement les talents individuels pour faire le bien collectif ; surtout, il doit progresser dans la direction de la perfection la plus grande de son modèle de démocratie.

Les maux
Ce qu’il faut éviter est probablement tout aussi important que ce qu’il faut atteindre.
Le mal absolu du régime représentatif est la dictature d’une classe, de la majorité, qui la conduit à faire triompher ses intérêts les plus vils. L’antidote, c’est le débat, c’est la stimulation que produit la confrontation des idées. C’est pour cela qu’il est important que toute idée soit entendue.
Autre mal : excès de ses compétences par le corps représentatif. Il sait débattre, contrôler, critiquer, il ne sait ni mettre en œuvre ses décisions, ni concevoir des lois qui prennent en compte leurs conséquences, et qui s’inscrivent correctement dans les codes existants.

Solutions pratiques
La pensée de Mill est avant tout pratique, et pour nos critères actuels, politiquement incorrecte.
  • Il est contre un homme un vote. D’une certaine façon, il cherche à forcer le débat en évitant les majorités, en donnant le même poids à toutes les opinions. Il pense qu’alors il se trouvera des gens de bon sens dans chaque camp, qui feront basculer la décision du côté du bien commun. Si un tel débat est efficace, alors il en sortira une décision dont la mise en œuvre paraîtra évidente à tous.
  • Il est contre le vote à bulletin secret. Le vote est un acte social, chacun doit dire ce qu’il pense bien pour la société, il doit donc être capable de défendre son choix.
  • Il est contre une représentation locale. Il propose un mode de scrutin qui permettrait à chaque homme de voter pour plusieurs personnes. Il propose le mécanisme suivant. Chaque élu représente un nombre égal de voix. Une fois qu’il a atteint son quota, les voix qu’il a obtenues qui excèdent le quota vont vers leur second choix, etc. Ainsi, pense-t-il, des personnalités exceptionnelles, peu connues mais universellement respectées, pourraient être élues.
  • Chacun doit avoir le rôle qui correspond à ses forces. Le représentatif doit débattre, contrôler, critiquer ; l’exécutif doit mettre en œuvre ; le représentatif local, proche des problèmes de la population, doit les traiter, mais sous le contrôle et en appliquant les directives d’un corps représentatif central qui a un accès large au talent et à l’expérience, une grande ouverture d’esprit. De même ce corps doit être une sorte d’enseignant pour le peuple. Car, si l’exercice de la démocratie locale est la meilleure formation de la pensée individuelle, il ne peut se dérouler correctement spontanément.
  • Et nos représentants ? Ils doivent partager le petit nombre de nos valeurs fondatrices. Mais être avant tout des hommes exceptionnels, des hommes d’esprit indépendant et de sain jugement. Notre responsabilité sociale est d’élire de telles personnes. Qui sont-ils ? Les moins tentés par le pouvoir, ils y viennent par peur de la menace de l'incompétence.
  • Le premier magistrat ? Élu par le corps représentatif, ainsi il sera de meilleure qualité que s'il est le choix direct du peuple.
  • Une réflexion sur le fédéralisme, qui permet de profiter du talent de peuples qui ne sont pas prêts à se constituer en nations. Le modèle efficace serait celui de la Suisse et des USA. Le citoyen obéit à deux états. La pièce clé du dispositif est la Cour suprême. Elle construit ses lois à la fin d’un long processus qui a vu un différend partir de l’individu et faire l’objet d’un débat de plus en plus riche. Ce qui lui permet de décider en ayant tous les éléments en main.
  • Et les colonies ? Elles peuvent se justifier, si elles sont une dictature éclairée et durable qui amène des peuples manquant de rigueur à une étape supérieure de progrès.

vendredi 20 novembre 2009

Nature de l’entreprise française

Je suis allé chercher l’étude qui était à l’origine de L’entreprise française doit changer ? Étonnant :

Les entreprises françaises sont parvenues à maîtriser la variation de leurs revenus. (Ils sont quasiment devenus prévisibles, le chiffre d’affaires, lui, continuait à énormément fluctuer.) Pour cela, elles n’ont gardé que le cœur de leur activité donnant le reste à la sous-traitance qui a construit sa flexibilité sur l’intérim et les CDD. Sous-traitance et travailleurs précaires encaissent les secousses.

Mais un tissu d’entreprises concentrées sur elles-mêmes est peu adaptable, il n’est pas favorable à la combinaison de talents que réclame l’innovation rendue impérative par le nécessaire renouvellement d’un modèle économique qui épuise la planète.

L’auteur du rapport est favorable à la flexisécurité.

Compléments :

Changement : concepts principaux

La préparation d’une présentation sur le changement me permet de mettre ensemble quelques principes dispersés dans ce blog, et fondamentaux :

Un souvenir de mon service militaire. Le samedi matin de la première semaine de mon incorporation, personne n’est venu chercher notre chambrée pour la conduire déjeuner, contrairement à l’habitude. Diagnostic immédiat ? Dysfonctionnement de l’armée française. Depuis une semaine nous en avions vu beaucoup. Et les poches de nos parkas fournissent une génération spontanée de morceaux de pain, gâteaux et pots de confiture… À dix heures arrive un sous-officier, qui nous emmène nous faire vacciner. Nous étions supposés être à jeun.

Changement : définition

Le changement c’est faire changer de comportement collectif un groupe d’hommes, ou organisation. Le soldat a l’habitude de déjeuner, eh bien on va l’emmener se faire vacciner, ce qui signifie le faire jeuner.

Ce que donne le changement est généralement le statu quo, la victoire de la « résistance au changement » : le soldat déjeune quoi qu’il arrive.

Raisons d’échec

Implicitement nous pensons que si nous n’emmenons pas l’homme déjeuner, il ne déjeune pas. Nous le considérons comme une chose. Cette hypothèse est au cœur de la culture occidentale. Les économistes March et Simon l’ont appelée le « modèle de l’organisation machine ». Nous nous comportons avec les entreprises, les nations, etc. comme avec des machines, que l’on commande. De ce fait nous commettons deux erreurs fatales :

  1. Nous imposons le changement aux membres de l’organisation. On les met donc dans une situation naturelle de résistance à un changement dont ils ne sont pas responsables. Qui est fait contre eux.
  2. Pensant que notre idée se suffit à elle-même nous ne faisons rien pour contrôler que le changement est correctement mis en œuvre. Au mieux nous « communiquons », nous organisons des formations, nous faisons des discours… qui rebondissent sur la méfiance du groupe.

Le blocage

La question centrale du changement c’est le blocage entre fin et moyen :

  1. La fin c’est faire vacciner les troupes, donc les maintenir à jeun.
  2. Le moyen c’est ne pas les emmener déjeuner. Le choix de ce moyen résulte d’un raisonnement inconscient qui part du principe que l’appelé est une machine (ou de quelque chose de similaire).
  3. Le blocage : l’homme déjeune quoi qu’il arrive.

Ce qui rend le blocage difficile à combattre, c’est qu’il résulte d’une cause inconsciente. C’est pour cela que les psychologues appellent sa résolution « insight ». Ces blocages et insights ont une explication simple. Une organisation est efficace parce que ses membres ont un comportement collectif dirigé par des règles inconscientes (cf. la politesse). Pour changer (= modifier ce comportement), il faut faire évoluer les règles inconscientes.

Un changement, c’est une succession de résolutions de blocages. Cette suite de blocages se rencontre de la conception du changement jusqu’aux petits problèmes de mise en œuvre. Faire sauter des blocages ne demande quasiment aucun moyen (effet de levier).

Principes des techniques de conduite du changement

Conduire le changement se ramène donc à installer des procédures qui vont « contrôler le changement » c'est-à-dire qui mettront l’organisation dans des conditions qui lui permettront d’éliminer blocage après blocage de façon maîtrisée. Les principes des techniques employées :

  • Ne pas s’engager dans le changement, bille en tête, comme on le fait aujourd’hui. Mais demander à ceux qui vont le mettre en œuvre, aux opérationnels, comment ils vont s’y prendre. Autrement dit, leur demander un plan de mise en œuvre du changement. Ainsi on simule ce que va donner le changement. On élimine donc les problèmes qui l’auraient tué. D’ailleurs il ne viendrait à l’idée de personne de s’opposer à un changement qu’il a conçu.
  • La clé de voûte du processus de contrôle, c’est l’animation du changement. L’animation c’est un dispositif léger qui aide les responsables à construire leur plan d’action puis à le mettre en œuvre. Mais son rôle réel n’est pas là. L’animation aide ceux qui affrontent le changement à vaincre le blocage, la cause de résistance au changement.

Un changement peut être contrôlé avec très peu de ressources et se faire vite parce qu’il procède par étapes. Or, les personnes clés pour le franchissement d’une étape sont en petit nombre. On peut donc mener de très gros changements, très rapidement, même pour des multinationales. Et ce sans quasiment aucune ressource externe, à part quelques experts des compétences qui peuvent manquer à l’organisation.

Compléments :

  • L’exemple vient de mon livre : Conduire le changement : transformer les organisations sans bouleverser les hommes, L’Harmattan, 2008.
  • MARCH, James G., SIMON, Herbert A., Organizations, Blackwell Publishers, 2ème edition, 1993.

jeudi 19 novembre 2009

The Bottom of the pyramid

Produire pour les pauvres m’a poussé à enquêter sur les origines des idées de Bill Belt. J’ai trouvé C.K.Prahalad, gourou du management. Il a écrit que l’industrie sortirait le monde de la pauvreté si elle s'intéressait au bas de la pyramide, aux besoins des moins riches. Et, au passage, elle s’enrichirait colossalement.

Comment faire, est, au fond, simple. Il faut se demander ce que les pauvres ne peuvent pas avoir et concevoir nos processus de production et de vente pour qu’ils puissent se l’offrir.

Cette démarche semble ancrée dans la culture indienne. Sa médecine, en particulier, est remarquablement efficace. Elle est terriblement inventive, elle ne se laisse pas tenter par des matériels inutilement sophistiqués, et elle construit ses hôpitaux autour de systèmes d’information bien conçus. Qu'attendons-nous pour l'imiter ?

Compléments :

  • Paradoxalement cette démarche semble aussi ancrée dans ma nature. J'ai fait une étude en 82 sur l’énergie solaire, dans laquelle j’ai constaté qu’exploiter les énergies renouvelables était avant tout une question de bon sens et de procédés rustiques, ce qui les mettaient à la portée des pays pauvres. Alors que l’on s’épuisait à concevoir des technologies compliquées.
  • C.K.Prahalad a écrit sur le sujet en 2004 : Profits and poverty.
  • La médecine indienne : Lessons from a frugal innovator.
  • C’est une extraordinairement bonne nouvelle pour nous : l’Inde nous montre que notre système de santé est excessivement coûteux ; que le déficit de la sécurité sociale n’est pas une malédiction ; que l’on peut apporter les meilleurs soins aux plus pauvres. Curieusement, l’article ci-dessus donne l’explication suivante à l’escalade de nos coûts médicaux : la pression des laboratoires pharmaceutiques sur un tissu social qui n’a pas la force de résister.
  • Le système de santé américain : Le marché contre l’homme.

Red riding trilogy II

Un groupe de policiers travaillant sur une longue affaire de meurtres en série semble avoir un comportement bizarre. Un enquêteur est dépêché pour diriger l’enquête, mais surtout pour tirer les choses au clair.

Pour moi ce film est désagréable. Il évoque mon expérience professionnelle. Le type d’attitude des policiers est celui que l’on rencontre souvent chez les cadres intermédiaires d’une société qui doit changer. Ils pensent avoir quelque chose à se reprocher et sont prêts à flinguer celui qui peut menacer de le dévoiler (même involontairement).

Une technique permet d’éviter cette menace : montrer que le problème dont ils croient souffrir est organisationnel, non individuel. En résolvant cette question, ils trouvent naturellement une place où leurs compétences sont utilisées au mieux.

Ce film montre que, dans certains cas, l’exercice n’est pas loin d’être impossible. Quand les personnes concernées ont consciemment enfreint les règles de la société ?

mercredi 18 novembre 2009

Défibrillateur financier

Sudden financial arrest. La crise financière ressemble à une crise cardiaque, d’un seul coup panique, plus rien n’est alimenté. Il faut un défibrillateur dit Ricardo Caballero ?

Celui-ci doit apporter une dose massive de sécurité d’état, pour, à nouveau donner envie à un marché financier prostré de faire des folies.

On lui rétorque que l’existence d’un tel défibrillateur va encourager le banquier à l’irresponsabilité. Il répond que le défibrillateur n’a pas cet effet sur nous.

Pas d’accord. Le défibrillateur ne marche pas à tous les coups, le banquier ne risque pas sa vie.

L’idée du défibrillateur est bonne : il faut sauver l’humanité. Mais, tout le monde doit savoir que c’est la solution de la dernière chance. Une solution redoutable et brutale. Le banquier, en particulier, a peu de chance d’y survivre.

Compléments :

Globalisation financière

Did financial globalisation make the US crisis worse?. Des économistes examinent le lien globalisation / crise.

Si j’ai bien compris, la globalisation aurait amplifié la crise, la bulle financière ayant été gonflée à au moins 50% par des capitaux étrangers attirés par les subprimes et autres innovations financières. Ensuite, quand elle a crevé, les USA ont amorti la crise, en la déversant sur l’étranger, second intérêt de la globalisation. Ce phénomène s’expliquerait par la supériorité de la sophistication de leur finance (ce que j’appelais « innovations » plus haut ?) sur celle du reste du monde.

Étrange image : l’innovation financière dont on parlait tant au USA avait elle pour objet de prendre notre argent au profit de tout ou partie des USA ?

Apprentissage de la télé

Moi qui n’aime pas le changement, je passe ma vie à apprendre de nouveaux métiers. Après le blogging qui occupe désormais une partie de mon temps, voici la réalisation d’émissions pour décideurs TV. Pourquoi ne pas faire comme pour ce blog, décortiquer ce nouvel apprentissage ?

Être en face de plusieurs caméras est stressant, d’autant plus que c’est un direct (le film est monté mais non coupé) différé. Ce qui élimine le stress, c’est de préparer (et aussi l’habitude). Il me faut une très grosse préparation pour me sentir bien.

Pour préparer il faut se donner du temps, et une technique. Pour avoir ce temps j’ai supprimé mon activité d’animation de clubs des anciens de l’INSEAD, et j’ai espacé les sessions d’enregistrement. Quant à la technique, elle s’est construite. Initialement, je me contentais d’un entretien téléphonique avec l’invité pour identifier le sujet de l'émission et le type de questions que j’allais poser. J’étais inquiet de lui faire perdre son temps. Dorénavant, je rédige avec lui un texte d’une page et demi (ce qui correspond à la durée de l’enregistrement). Curieusement, je ne pose pas tout à fait les questions que j’avais prévues, l’invité sort lui aussi du cadre, nous faisons mêmes des découvertes pendant l’entretien, mais l’échange semble fonctionner. Improviser demande une grosse préparation.

Grâce à Thomas Blard, jeune vieux routier de la télé, j’ai appris qu’il fallait que la conversation soit rapide, spontanée, imprévue, si l’on veut que celui qui la regarde ne se lasse pas. Nouvelle difficulté : ma technique d’animation de conférence visait jusque-là à m’effacer derrière mon ou mes invités. Je dois maintenant être beaucoup plus agressif. Pas naturel.

Le plus dur certainement est que je ne peux pas me supporter en images. Pour éviter mon jugement, je me suis toujours vu au travers du regard des autres. Il me semble que pour vivre en société, il faut occuper un rôle qu’elle est prête à accepter. Dans mon cas, mais c’est probablement général, ce rôle n’est pas celui que j’aurais voulu jouer. Je n’aime pas ce que les gens semblent apprécier en moi. Mais il ne faut pas être trop exigeant : trouver une place en société est compliqué, sa nature est secondaire. La difficulté est donc de faire ce que l’on désire (en ce qui me concerne : résoudre des problèmes d’organisation), avec l’image que l’on projette. Beaucoup d’acteurs doivent être dans mon cas, ils rêvaient de rôles de jeunes premiers, ils sont devenus des comiques, mais ils jouent, et c’est ce qui comptait vraiment pour eux.

Dernier problème : regarder la caméra pour s’adresser au spectateur. Totalement contrintuitif.

mardi 17 novembre 2009

Eric Raoult

J’ai entendu parler de M.Raoult rappelant à Marie NDiayé son « devoir de réserve ». Une succession d’idées m’est venue.

  • Nos plus grands écrivains ont pour la plupart été violemment critiques de la France et de son gouvernement. D’ailleurs, il en est de même pour beaucoup d’intellectuels étrangers : la production d’Hollywood, par exemple, paraît condamner sans appel la civilisation anglo-saxonne.
  • Cette critique est généralement utilisée, comme le sous-entend M.Raoult, par ceux qui n’aiment pas le peuple concerné, contre ses intérêts. Cependant, sans cette critique, il y a peut de chances que le dit peuple évolue. Surtout, elle est la preuve d’une liberté qui est sûrement l’arme la plus efficace des démocraties contre leurs ennemis.
  • Arrivé ici, j'ai pensé que personne n’aurait fait attention aux propos (anciens !) de Mme NDiaye sans l’intervention de M.Raoult. Certainement il leur a donné un retentissement international. N’était-ce pas à lui que l’on devrait rappeler son devoir de réserve ?
  • Alors, manœuvre politique, pour faire hurler les intellectuels et valoir au gouvernement l’affection d’une partie stratégique de l’électorat ?

Compléments :

  • Le Monde semble penser, un peu comme moi, que la manœuvre vise les ex votants FN. De manière inquiétante l'article croit qu'il y a surtout là l'expression de la nature profonde du parti de gouvernement. Un gouvernement contre la liberté d'expression ? Confirmation de mon analyse précédente ?

Vive l’Écosse libre

Je croyais que la crise avait enterré les velléités indépendantistes écossaises. Il semblerait qu’il n’en soit rien, même si la scission a peu de chances de réussir. (The conjuror's bluff)

L’avantage du mouvement nationaliste continental, au 19ème, c’est qu’il a imprimé dans les populations locales un fort sentiment d’identité nationale. La Grande Bretagne a été épargnée par ce phénomène, mais, en conséquence, son unité ne semble pas totalement assurée. Comme celle du Canada, d’ailleurs.

Red riding trilogy

Série de films TV sur des meurtres en série, sortie en salles récemment (Reflet Médicis).

Je pensais y trouver du dépaysement anglais, mais il y en a fort peu. Certes c’est l’Angleterre, mais les personnages ne s’y expriment pas. Action, violence, pas de temps morts.

Ce qui est surtout curieux c’est ce que ce film révèle de ce qu’on ne trouve plus au cinéma : une sorte d’émotion primitive. Le cinéma ne parle plus qu’à l’intellect ? La télé seule saurait encore s’adresser à l’instinct ?

lundi 16 novembre 2009

Silvio Berlusconi

J’entendais dire ce matin que M.Berlusconi déployait son génie pour réformer la justice de son pays, afin qu’elle ne puisse le poursuivre. Bizarre, me suis-je dis, mais les démocraties tendent à élire leurs pires ennemis.

Il m’est venu une curieuse idée d’explication. Le processus de sélection de nos hommes politiques est extrêmement éprouvant. Seuls les plus déterminés peuvent réussir. Et vouloir détruire un système est probablement un moteur extrêmement efficace.

Donc si nous voulons donner aux gens compétents une chance de nous diriger, il faut réduire la difficulté de l’élection ?

De Gaulle

Que penser de De Gaulle? C’est une question que je me pose régulièrement depuis ma lecture de son interminable biographie par Jean Lacouture.

Visionnaire ou pendule arrêtée qui a marqué l’heure deux fois dans sa vie (2ème guerre mondiale, guerre d’Algérie) ? Ce qui m’a frappé dans ce livre, c’est que de Gaulle n’était pas un homme d’action. Dans les moments importants, il me semblait immobile. Il ne réussissait pas par ses actes décisifs, mais parce qu’il « était ».

À la réflexion, je me demande s'il n'avait pas l'obsession de garder une France unie. La constitution de la 5ème République avait pour but de mettre un terme aux querelles politiques d’avant guerre. Il n’y a pas eu d’épuration après guerre, pas de règlement de comptes, la France avait gagné et elle n’était faite que de héros. À nouveau durant la guerre d’Algérie, il évite la guerre civile.

Pourquoi, alors, a-t-il été abattu par 68 ? Par quelques jeunes hystériques, qui, en outre, avaient fini par se taire ?

Petit à petit, j’en suis venu à penser que les dirigeants d'après guerre, atterrés par l’égoïsme mesquin qui l’avait causée, avaient voulu construire un monde solidaire, « l’état providence ». Peut être pensaient-ils que l’homme ne serait plus occupé que de son intérêt matériel et oublierait de se haïr. 68 leur a démontré leur erreur. De cette première victoire Gauche et Droite (libéralisme financier) ont marché main dans la main pour mettre en pièce la société solidaire, unis dans leur médiocrité individualiste et dans leur haine réciproque.

Ce qui a abattu de Gaulle n’est-il pas là ? Il a compris que la nature de la France était de s’entredéchirer, et qu’il était impossible d’en faire une grande nation civilisée, qu’elle ne serait jamais que petitesse et mesquinerie, que le rêve de sa vie était une chimère ? Paradoxalement, c’est peut-être autant les contre manifestations de soutien, qui annonçaient l'affrontement gauche / droite, qui l’ont miné, que les manifestations gauchistes.

Les dirigeants occidentaux d’après guerre étaient sûrement des gens au grand cœur. D’ailleurs, il n’y a peut-être qu’une guerre qui puisse donner le pouvoir à de tels hommes. Mais on ne transforme pas l'humanité à son corps défendant, surtout lorsque l’on veut son bien. On ne peut pas changer sa nature contre sa volonté.

Il me semble que l'individu n’arrêtera de s’entrégorger que le jour où il comprendra que sa petite personne ne crée pas tout ce que le monde a de beau, et que le monde ne lui doit pas tout. Que ses semblables ne sont pas des parasites dont il faut se débarrasser. Qu’ils constituent la société et qu’il n’est rien sans la société. Que cette société est minée, justement, par son égoïsme-parasitisme (qu’il voit si bien chez les autres et si mal chez lui). Alors, il y a des chances que les institutions qu’il choisira de construire soient durables.

Compléments :

  • Une autre façon de formuler ce que dit ce billet est la suivante. Nous avons longtemps massacré ceux que nous pensions coupables. Puis, de l'après guerre à la crise actuelle, nous avons amnistié généreusement, la plupart des Nazis, leurs collaborateurs et délateurs aussi bien que les dirigeants de la finance mondiale. C'est un progrès : on ne peut pas punir une partie de la population sans que l'autre n'en souffre. Mais, si l'on fait comme si de rien n'était, comment éviter de recommencer ? La solution est de ne pas s'en prendre à l'homme, mais de réparer la société, qui a été victime d'un défaut collectif.
  • 68 : victoire de l’individualisme ?
  • Irving Kristol : 68 a été un coup d’envoi à la fois à gauche et à droite (en quelque sorte la gauche a fait signe à la droite qu’elle devait se mettre en mouvement) ?

dimanche 15 novembre 2009

L’entreprise française doit changer ?

Face à la crise, les entreprises se sont protégées aux dépens des salariés les plus fragiles voit d’un côté des Français en situation précaire (intérim, CDD, employés de sous-traitants), et de l’autre des Français au cœur de grandes entreprises et que celles-ci protègent.

La sortie de crise ne devrait pas être facile pour les entreprises survivantes : elles devront faire évoluer leurs métiers, et donc leurs salariés. Or, ce serait les employés protégés et qualifiés qui sauraient changer, et il n’en reste plus beaucoup.

Curieux. L’entreprise française aurait-elle basculé dans un modèle de sous-qualification qui fait qu’elle n’a pas d’avenir ? Avons-nous maintenant des entreprises jetables ?

Licencier ou ne pas licencier

Paul Krugman revient sur un ancien différend entre libéraux et moins libéraux :

Les premiers disent qu’en crise les lois sociales sont mauvaises pour l’économie, et pour l’homme. On licencie et on embauche avec mal, du coup, les entreprises les moins performantes gardent trop longtemps du personnel, et les nouveaux secteurs n’arrivent pas à en recruter. Relançons l’économie, les chômeurs trouveront vite un travail.

Paul Krugman pense que cette fois-ci la relance risque de ne pas créer d’emplois aux USA, ceux qui resteront trop au chômage perdront toute compétence. L’Europe, avec ses mesures de chômage partiel, a trouvé une solution efficace.

Compléments :

  • Je ne vois pas comment, dans le modèle libéral, une personne qui a été formée pour travailler dans un secteur peut se convertir à un emploi franchement différent. Je me demande si ce modèle ne réclame pas une économie faite d'emplois peu spécialisés, du haut en bas de la pyramide. Ce qui est probablement le modèle américain.

Produire pour les pauvres

L’Inde est un étrange pays, contrairement à l’Occident, elle semble avoir orienté son économie vers les besoins des pauvres.

Comme ces pauvres sont très pauvres, ses entreprises ont dû être extrêmement intelligentes. La surprise est là : on peut apporter des services sophistiqués à un coût extrêmement faible. À l’inverse cela signifie que ce que nous produisons, nous Occidentaux, pourrait être invraisemblablement simplifié. Nous avons des gains de productivité colossaux à effectuer. Nous sommes une société de gaspillage.

Bill Belt, qui a écrit un article sur la question, semble penser que notre erreur est de concevoir nos produits pour la classe moyenne. Comme elle a de l’argent, nous n’avons pas besoin d’être très malins.

Compléments :

  • J’avais déjà repéré ce curieux phénomène au sujet de la téléphonie mobile (Téléphonie mobile et pays émergents) : alors que chez nous elle est un gadget inutile et coûteux, elle est un produit de première nécessité pour les pays pauvres.
  • Y aurait-il quelque chose de culturel là dedans ? La Grameen bank fait du micro crédit, l’Inde serait-elle naturellement douée pour créer des produits ramenés à leur essence même, au gaspillage minimal ? Savoir faire précieux en ces temps de crise et de développement peu durable ?

Bill Belt et Karine Blanc

Deux séances de Trouble shooter ayant deux sujets éloignés : planifier à très long terme, et l’intérêt et le bon usage des relations presse.


J’avais trouvé le livre de Bill Belt passionnant, et je lui ai demandé de choisir un sujet que l’on pourrait traiter en dix minutes. Il a parlé planification. Ce qui tombait bien, en période de crise où tout semble imprévisible. À partir de l'exemple d'une usine, il a expliqué comment passer d’une prévision à vue (à effets désastreux), à une planification à deux ans, suffisamment précise, et comment, du même coup, éliminer les stocks. Et le tout sans besoin du très coûteux ERP qu’avait acheté l’entreprise. Le plus surprenant est que lorsque j’explique comment il s’y est pris, on me répond « c’était évident ». Mais alors pourquoi les entreprises ne le font pas ? Pourquoi sont-elles aussi inefficaces ? (Questions que me posait déjà l'expérience de B.Delage.)

En fait, il est probable qu’elles ont perdu beaucoup de savoir-faire. Lors de la préparation de l’enregistrement, Bill Belt m’a dit que les USA essayaient de reconstruire leur industrie, mais qu’ils ne trouvent plus de sous-traitants locaux. Ils ont tous crevé. Seule solution : importer. Il semblerait aussi qu’une étude d’un cabinet de conseil ait montré que la rentabilité des actifs ne serait plus qu’un quart de ce qu’elle était en 1965.

Quant à Karine Blanc, elle m’a prouvé que, oui, il fallait communiquer, et que ça rapportait beaucoup. Mais il ne faut peut-être pas chercher à concevoir un message très précis, comme j'aurais eu tendance à le faire, que le simple fait d’apparaître dans la presse était suffisant pour créer une notoriété utile. Mais, comment choisir une agence de RP ? En fait, c’est une question de confiance, un bon consultant en RP utilise ce qui fait la particularité de son client (il doit le « comprendre »), et sa connaissance de ce qui intéresse les médias à un moment donné, pour concevoir un message efficace. Le dirigeant doit donc passer beaucoup de temps avec le consultant (en particulier pour le sélectionner). C’est là le vrai coût des relations presse. Penser acheter un service clé en main c’est l’échec garanti.