samedi 7 novembre 2009

Nanotechnologies

Émission de France Culture, partiellement entendue :

  • D’un côté des sortes de microstructures ou machines, faites atome par atome. De l’autre des modifications du vivant aussi atome par atome.
  • Tout cela serait déjà entré dans notre vie. Notamment des composés d’argent qui permettent de combattre les odeurs (réfrigérateurs…).
  • Le tout ne serait pas sans risques, ces microstructures présenteraient les mêmes caractéristiques que l’amiante, et seraient en passe de polluer beaucoup de choses (eau, air).
  • Par ailleurs 50% des budgets seraient militaires, avec, j’ai cru comprendre, un intérêt pour les applications de ces travaux au cerveau.
  • Globalement aucun contrôle, les nanotechnologies sont le terrain de jeu de sympathiques bricoleurs.

Réflexions :

  • Les nanotechnologies paraissent une sorte d'étape ultime de l’idéologie occidentale : c’est l’illusion de pouvoir reconstruire le monde brique à brique, élément élémentaire par élément élémentaire. Par contraste, la pensée orientale perçoit le monde comme continu, et croit que l’homme doit l’utiliser, s’y inscrire, mais non le modifier.
  • Notre pensée est fondamentalement incorrecte : elle ignore la « complexité » du monde, le fait que la somme des composants n’a rien à voir avec ces composants, et d’ailleurs qu’il n’y a pas de composants insécables. Mais elle a eu des résultats, imprévus (notre science et notre technologie moderne), qui nous ont donné l’avantage sur l’Orient. L’Occident est innovant. D’ailleurs, impossible d’échapper à notre innovation : elle peut donner un avantage décisif. Nous sommes tous obligés de nous y livrer.
  • Pour parvenir à éviter des conséquences désastreuses pour la planète, il faut donc une coordination globale. Or, notre idéologie individualiste n’y est pas propice : elle crée des spécialistes, qui, n’ayant qu’une vision extrêmement réduite du monde (expert jamais sorti de son laboratoire), sont incompréhensibles, et incontrôlables à la fois par la société et par leur propre conscience.
  • Les nanotechnologies pourraient produire, comme les dernières innovations financières, le phénomène culturellement usuel d’une crise de folie américaine ; cette technologie étant aux mains d’apprentis sorciers, il y a de bonnes chances qu’elle suscite rapidement un malheur. Si nous y survivons, nous trouverons l’envie de contrôler notre élan innovateur.

Compléments :

Claude Lévi-Strauss

Je pensais ne rien dire sur Claude Lévi-Strauss n’ayant qu’une vision partielle de son œuvre. Quand même, deux souvenirs de quelques phrases d’une émission que France Culture lui consacrait :

Il semblait obsédé par la disparition des cultures. Le structuralisme aurait eu pour objet de comprendre comment les cultures parvenaient, malgré tout, à se maintenir.

Il n’aurait pas aimé l’art moderne pour cette raison : destruction du métier et de la tradition par l’individualisme débridé.

Compléments :

  • Sur l’art moderne, il semble avoir eu raison : L’art moderne expliqué.
  • Lévi-Strauss et Rousseau : La Dentellière (compléments).
  • Mon intérêt pour le sujet vient de ce que la conduite du changement c’est utiliser les « structures » d’une société (des règles qui guident notre comportement collectif, et qui la maintiennent telle que, tout en lui permettant d’évoluer).

vendredi 6 novembre 2009

Immigration anglaise

L’Angleterre a longtemps pensé qu'une immigration massive était bonne pour la santé de l'économie. Plus de 300.000 nouveaux immigrés y entreraient chaque année. D’ailleurs, c’est un dogme libéral, qui est aussi goûté de la gauche française.

Il semblerait que l’on commence à voir les inconvénients de cette idée. Martin Wolf du Financial Times constate que l’immigration n’a pas que des intérêts, elle a aussi un prix, notamment en termes d’infrastructure. Mais surtout, « La diversité apporte (…) des coûts. Ces coûts proviennent d’une baisse de confiance et du sens des valeurs partagées. De tels coûts sont susceptibles d’être particulièrement élevés quand les immigrants se rassemblent en communautés qui rejettent certaines valeurs de la communauté d’ensemble, la moindre d’entre elles n’étant pas le rôle de la femme dans la société. Il n’est pas déraisonnable de se sentir concerné par de telles divisions. »

Il en veut au gouvernement anglais d’avoir encouragé l’immigration sans avoir au préalable demandé à la nation si elle approuvait ses choix.

Compléments :

  • L’idéologie libérale, de gauche ou de droite, semble oublier qu’il n’est peut-être pas acceptable que des personnes bien intégrées dans leur société deviennent des sous-hommes dans la nôtre. Plutôt que de les encourager à se couper de leurs racines, afin de nous fournir une main d’œuvre sous-payée, ne serait-il pas mieux qu’elles soient heureuses chez elles ? Le combat de toutes les bonnes âmes ne devrait-il donc pas être l’éradication de la pauvreté ?
  • PNUD.

Pierre Moscovici

M.Moscovici a écrit un livre, il en parlait ce matin à France Culture.

N.Sarkozy n’est pas invincible. La France ne l’aime pas. D’ailleurs N.Sarkozy est un mauvais (népotisme, etc.). Le PS peut donc gagner.

Pour que le PS retrouve goût à la vie, il faut que son ennemi soit à terre ? C’est beau de croire ainsi en la force de ses idées !

D’ailleurs, pourquoi M.Moscovici, qui est pourtant doté d’un intellect supérieur (c’est un énarque), ne poursuit-il pas son raisonnement et ne se demande-t-il pas ce qui fait que le PS est, dans l’opinion des électeurs, à des années lumières derrière un président qui a autant de vices et qu’elle aime si peu ?

Compléments :

Intelligent Life

Magazine du groupe The Economist, que je reçois gratuitement, probablement lorsqu’il y a des invendus.

On y parle voitures de sport, hôtels luxueux et pittoresques, destinations lointaines, musées cachés et rares, nostalgie de l’Angleterre passée et de l'heureux temps de ses études…

Le ton, les sujets d’intérêt… sont les mêmes que ceux du journal de l’université de Cambridge. On y entend la voix très particulière de l’aristocratie anglaise, celle qui fréquente les public schools et Oxbridge. C’est à la fois une aristocratie des affaires et une aristocratie intellectuelle. Et The Economist et Intelligent Life représentent probablement chacun un aspect de cette très particulière classe dirigeante.

Compléments :

  • Il est paradoxal qu'une élite qui a une si forte culture prêche le plus libre des libéralismes, une globalisation où l’homme n’aurait pas de nation, pas de famille, pas d'histoire, qui ne serait mû que par son seul intérêt.
  • La classe supérieure anglaise comme classe d’héritiers : Héritage (suite), The September Issue.
  • Une autre vision de cette élite aristocratique : Zardoz.

jeudi 5 novembre 2009

M.Lellouche guerroie en Angleterre

M.Lellouche semble avoir violemment critiqué le projet de politique européenne de M.Cameron, prochain premier ministre anglais. Why have the French gone nuclear with the Tories? se demande pourquoi.

Le problème est franchement compliqué.

La position des conservateurs est jugée modérée par les Anglais, parce que s’ils se plaignent bruyamment de l’UE, ils ne font rien pour la quitter. Mieux, ils ont déjà ce qu’ils demandent. Épisode de grand art politique, qui laisse pantois :

Ils exigent des dérogations par rapport aux lois sociales européennes concernant notamment certains « services publics vitaux » (comme les pompiers). Or les lois européennes prévoient de telles dérogations, mais la Grande Bretagne a choisi de ne pas les appliquer (pour satisfaire ses syndicats) ! Encore plus fort : l’Europe a décidé de ne pas dévoiler le pot aux roses pour ne pas paraître encourager les états à la dérogation !

Qu’est-ce qui explique l'offensive française, alors ? Hypothèse du billet : les Français ont compris qu’ils ne pouvaient travailler avec les conservateurs ; en les attaquant, ils provoquent les anti-européens britanniques qui vont forcer les conservateurs à se radicaliser, les rendant infréquentables par Mme Merkel, qui n’aura plus d’autre allié possible que la France.

Que nos hommes politiques français soient capables d’une manœuvre aussi perverse, brillante et sophistiquée me confond d’admiration.

Compléments :

Jacques Cousteau

Ses films m’ont toujours ennuyé et je découvre avec étonnement qu’ils ont eu un succès international. Peut-être dans une langue étrangère gagnaient-ils en mystère ?

A creature of the shallows dit que Cousteau aurait été moins un plongeur que le réalisateur (talentueux ? au moins malin) d’une œuvre de fiction. D’ailleurs, il paraît vite avoir épuisé les attraits des profondeurs : il venait en hélicoptère sur la Calypso, et passait le plus clair de son temps à faire des conférences, à collecter des fonds, et à entretenir deux familles.

mercredi 4 novembre 2009

Grippe médiatique

Je me disais : curieuse grippe, virus d’un nouveau type, qui sait mieux faire parler de lui qu’aliter la population. D’ailleurs, il ne supporte pas le silence : à peine se fait-il sur son compte qu’on nous annonce une recrudescence de la contagion. Denis Duclos semble penser que cette grippe serait, effectivement, un révélateur de la nature profonde de notre société.

Notre société présenterait des caractéristiques structurelles favorables aux épidémies réelles et médiatiques :

  • Elle est globale, elle empile les hommes, et les pauvres en particulier, dans les villes, sa doctrine du « laisser faire » la prédispose peu à la prévention, bref elle fournit les conditions idéales pour que le « creuset asiatique », zone où cohabitent hommes, volailles et porcs, diffuse au monde les nouvelles souches de grippe qui s’y combinent sans cesse. Or, la peur fait vendre, des journaux aussi bien que des médicaments.
  • Elle serait parcourue d’un « désir mortifère qui travaille aujourd’hui tout sujet de cette société mondiale oppressante et dangereuse, incertaine et désorientée ». C’est cette inquiétude même qui accroîtrait les menaces en nous rendant incapables de nous défendre : « La dérive de nos sociétés vers l’obsession sécuritaire peut (être un risque des plus graves) notamment parce qu’interdisant toute politique de santé raisonnable et concertée ».

Compléments :

  • Des « épidémies sociales » : GLADWELL, Malcolm, The Tipping Point: How Little Things Can Make a Big Difference, Back Bay Books, 2002.

Angleterre hors d’Europe

Jean Quatremer révèle qu’un pays membre de l’UE peut assez facilement en sortir :

Il faut un acte de son parlement ou un référendum. Par conséquent, rien de sérieux ne retient les Anglais, et les conservateurs eurosceptiques qui vont bientôt les gouverner, à l’UE.

Alors, si ces conservateurs ne parlent pas d’utiliser cette procédure, c’est qu’ils trouvent quelque utilité à l’Europe ?

Bertrand Delage

Hier j’ai reçu Bertrand Delage dans Trouble Shooter. C’est un spécialiste du management de projets complexes. Il avait choisi de parler de « design to cost » et de la conception de l’Espace, dans des conditions rocambolesques.

Bertrand Delage cite Saint-Exupéry : « Dans la vie il n’y a pas de solutions. Il y a des forces en marche : il faut les créer et les solutions suivent ». Un principe du design to cost, c’est que le projet ne sera que succession de résolutions de problèmes imprévisibles et, qu’en conséquence, il faut se donner les moyens de les repérer très tôt et des processus puissants de résolution.

La méthode, d’une certaine façon, fait confiance au talent humain, alors que le Taylorisme (qui inspire les méthodes modernes de management) considère l’homme au mieux comme juste bon à appliquer des procédures prédéfinies.

L’histoire était un peu triste. L’Espace était un produit hyper innovant, conçu avec très peu de moyens et en 15 mois (contre plus de 24 aujourd’hui pour une simple nouvelle version d’un modèle existant), comment se fait-il que nous ayons perdu ce savoir-faire ? Comment se fait-il que ceux qui nous l’ont fait perdre soient admirés alors que ceux qui ont conçu l’Espace n'ont jamais été que des anonymes peu considérés ?

Compléments :
  • Note de M.Delage sur le Design to cost.

Réseaux sociaux et entreprise

Une brève de The Economist de cette semaine :
A survey of British employees by Morse, a technology firm, found that 57% of staff use Twitter, Facebook or other social-networking websites for personal use during office hours, sometimes divulging sensitive business information. The average worker spends almost one working week a year on such sites.
Les réseaux sociaux ont un impact économique qui, finalement, n’est pas aussi faible qu’on aurait pu le penser : si j’interprète correctement cet article, ils coûteraient à l’entreprise au moins 2 ou 3% de sa masse salariale.

mardi 3 novembre 2009

Neuromarketing

Grande avancée scientifique : pour savoir ce qui fait acheter un consommateur on lui fait subir un IRM. Que constate-t-on ?

si vous êtes attiré par un produit, c’est parce que vous vous identifiez à lui.

Expérience américaine : les gens préfèrent Pepsi-Cola (test en aveugle) mais achètent Coca-Cola.

Autrement dit le codage culturel est infiniment plus puissant que l’aspiration naturelle. Les caractéristiques du produit vendent moins que la communication.

De cette constatation vient de sortir le neuromarketing, une nouvelle spécialité du conseil, dont l’ambition est de programmer la culture humaine pour que nous consommions un produit donné.

Cela nous promet des lendemains qui chantent.

Compléments :

Taxe professionnelle

Michel Mercier ce matin sur France Culture : le gouvernement n’improvise pas, il s’est donné un an pour trouver de ressources de remplacement pour les collectivités locales.

Par conséquent, si j’ai bien compris, l’État a ajouté 18md€ à ses dettes…

Je suis de plus en plus en train de me demander si je n’avais pas vu juste quand, il y a longtemps, j’ai comparé N.Sarkozy à G.Bush (Sarkozy imite Bush ?) : n’allons-nous pas finir couverts de dettes ?

Il était une fois la révolution

Occasion de quelques réflexions sur Sergio Leone.

Transformation du western en une sorte d’opéra où tout est caricatural : les véhicules, les visages, les exploits… Musique guimauve. Volonté de vanter les valeurs viriles ? En tout cas ici les flash backs me semblent aussi ridicules que ceux d’OSS117.

lundi 2 novembre 2009

Liberté de circulation

The Economist observe que l’Inde a tous les droits de contrôler les entrées de capitaux sur son territoire (mais qu’elle s’y prend particulièrement mal).

Il est regrettable, en bref, que l’argument libéral pour une libre circulation des capitaux ait flanché.

The Economist reconnaît donc que la libre circulation des capitaux, élément fondamental de la pensée libérale, n’est pas un principe absolu. L’excès de capitaux produit la spéculation et la crise.

Ailleurs, il avait aussi reconnu que la libre circulation des personnes n’était pas sans conséquences déplorables.

Louable honnêteté intellectuelle de certains théoriciens du libéralisme...

Allemagne dépensière ?

L’Allemagne annonce des réductions d’impôts. Mais ce n’est pas cohérent avec sa volonté d’équilibre ! Va-t-on éviter une fracture de la zone euro : Allemagne vertueuse, France en joyeux déficit ? M.Sarkozy a-t-il raison de pavoiser ? Pas forcément :

Mme Merkel fait face à une série d’élections, extrêmement mal engagées. Il est possible qu'elle soit en train de jouer une très habile manœuvre. J’entendais, par exemple, RFI annoncer qu’elle avait nommé commissaire européen un inexpérimenté, mais qui détenait une position régionale stratégique.

Quant à la baisse des impôts, elle va rencontrer de formidables barrières : la réforme attaquerait les revenus des états, qui se mobilisent contre ; en outre, la constitution interdit les déficits. De là à y voir une concession au FDP qui ne coûte pas cher...

Si c’est le cas, c’est peut-être une bonne nouvelle pour nous : nous risquons d’être obligés à un peu de rigueur, si nous ne voulons pas être éjectés de la zone euro.

Compléments :

Chiens de paille

Rédiger un blog a des conséquences imprévues. Jadis, je ne retirais des films qu’un vague sentiment. Aujourd’hui, j’y cherche une sorte de logique. À force d’analyser cette logique, j’en suis arrivé à me demander si les réalisateurs (les grands ?) n’avaient pas une seule obsession, chaque film en étant une illustration différente. Cette idée m’est revenue en regardant Chiens de paille.

Tous les films de Peckinpah paraissent raconter la rencontre de deux populations. Elles se révèlent totalement imperméables l’une à l’autre. Et tout se finit par un effroyable carnage. Avec liquidation complète d’un des deux camps.

Une telle vision du monde est-elle compatible avec celle des droits de l’homme, me suis-je demandé ? Pourtant, je suis à peu près certain que la critique intello porte Peckinpah aux nues.

Compléments :

  • Plus curieux, ce qui m’intéresse dans le film est justement ce qui n’est pas compréhensible. Un réalisateur qui n’est que logique est mauvais, à mon goût.

dimanche 1 novembre 2009

Avenir de La Poste

La Poste anglaise est en grève, son service est mauvais, elle doit réinventer son modèle économique, mis à mal par Internet, mais n’y arrive pas… Pour The Economist l’état déplorable de Royal Mail est la démonstration qu’un état est incapable de diriger correctement une entreprise. Le journal est favorable à une privatisation, et laisser ce qui en sort « nager ou couler ».

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Il y a quelques décennies, pour une raison que j’ignore, les gouvernements occidentaux semblent avoir pensé qu’il fallait en finir avec l’état providence. Ils ont alors voulu préparer d’anciens services publics à la privatisation. La France, par exemple, a cherché à en faire des champions nationaux. Ce qui a entraîné quelques désastres comme ceux de France Télécom et ses 70md€ de dettes (avant il y avait eu le Crédit Lyonnais, le Crédit Foncier, etc.).

En fait, ce qui échoue aujourd’hui, semble bien être cette politique de conversion du public au privé. Aurait-elle mieux réussi si elle avait été plus complète ? Quand on voit l’état désastreux du rail anglais, de British Télécom, de l’industrie anglaise de l’énergie… le doute est permis.

Derrière cela se trouve une curieuse évolution idéologique. The Economist sous-entend que le secteur public est incapable d’innover. Après guerre on pensait le contraire. On croyait alors que la lumière venait d’en haut, il était donc logique de disposer d’un état bureaucratique pour la diffuser à la nation. Ce point de vue n’a pas été totalement ridiculisé par les faits : les trente glorieuses furent une extraordinaire période d’innovation et d’enrichissement pilotée par l'État. D'ailleurs, en France notamment, l'État a dû réformer une industrie décadente, qui en était totalement incapable de la moindre remise en cause. Bizarrement, The Economist reconnaît qu’en 1990 Royal Mail était un modèle d’efficacité…

Chez nous, l’avenir du service public semble hésiter entre deux voies : soit poursuivre la privatisation jusqu’à son terme soit la laisser dans son état actuel. Aucune de ces solutions ne sont défendables, puisque leur hypothèse initiale (la supériorité du privé) est aujourd’hui remise en cause. Pourquoi pas un débat qui se demanderait, eu égard à ce que l’on connaît de l’état du monde, s’il n’y a pas une (nouvelle) logique de développement de la Poste qui lui est mieux adaptée ?

Compléments :

  • Les réformes de l'après guerre en France, dans l'industrie : WORONOFF, Denis, Histoire de l'industrie en France, du XVIème siècle à nos jours, Seuil, 1998.
Ainsi se vérifiait la logique des nationalisations dans une économie demeurée capitaliste ; elles avaient pris en charge des secteurs en déclin ou à risque pour donner vigueur et profit au reste de l'appareil productif (Jean Bouvier).

Prise de décision collective

Un thème récurrent de ce blog est que notre processus de décision n’utilise pas l’intelligence du groupe, mais au contraire ses faiblesses. Ce billet tente une synthèse des défauts de notre raisonnement collectif, aperçus dans les billets précédents :

Le jugement moral domine la raison

Le débat d'opinion est devenu presque impossible dans notre pays car les déclarations des leaders d’opinion sous-entendent ce qui est bien et mal. Celui qui ne pense pas comme eux ne peut qu’être excommunié.

Or, il me semble que s’il y a un bien et un mal, ils sont à trouver en permanence, à partir de ce que notre culture et notre science nous disent pouvoir être bien ou mal, et compte-tenu du contexte de la décision, toujours unique.

Malheureusement, il est très facile de nous influencer : nous ne nous souvenons plus pourquoi nous faisons ce que nous faisons. Par exemple, je répète souvent que nous avons oublié que ce qui avait été essentiel pour nos ancêtres était la liberté et qu’elle demandait une division des pouvoirs pour qu’ils ne soient pas oppressifs. Aujourd’hui, la liberté a été remplacée par l’économie, principe qui signifie, au contraire, que l’on abatte ce qui protégeait l’homme, au nom de l’efficacité. Le passage de la liberté à l’économie n’a pas fait l’objet d’un choix conscient.

Amnésie

Le vice majeur de l’action gouvernementale en France semble suivre le mécanisme suivant :

  1. on prend une décision ambitieuse (construire un « champion national »),
  2. mais on ne se donne pas les moyens pour la mener à bien,
  3. désastre final, mais on en a oublié la cause et le gouvernement condamne l’incompétence de l’organisation résultante, qui pourtant a fait ce qu'elle a pu, et la liquide.

Plus généralement, nous oublions les raisons de notre situation actuelle, ce qui fait que nous persévérons dans l'erreur. En fait, cette amnésie prend la forme d'une prophétie auto-réalisatrice. Autre exemple :

L’état désastreux de l’économie occidentale est en grande partie due à des erreurs idéologiques, pas à la crise (qui est une conséquence des erreurs) ; or, la crise est utilisée pour justifier la poursuite de la voie ancienne. Particulièrement en France, où nous avons toujours une guerre de retard sur le reste du monde (du fait d’un défaut culturel d’honnêteté intellectuelle ?).

Le biais du jugement humain ou de classe

Ceux qui décident, décident seuls. Or, la capacité à décider correctement, et les connaissances nécessaires pour cela, ne sont pas ce que cherche le processus de sélection de ces leaders (par exemple politiques). Surtout, la connaissance est bien trop disséminée pour qu’un homme seul puisse prendre autre chose que des décisions stupides.

Pire, la classe dirigeante étant devenue extrêmement homogène partage les mêmes visions erronées : il n’y a pas un dirigeant pour sauver l'autre.

Compléments :

  • Les Lumières disaient déjà que l’homme avait été mené en bateau par des coutumes et des croyances. L’usage de la raison, c’était la sortie de l’enfance. J’ai l’impression que l’on est retombé en enfance.
  • La décision morale et ses contradictions : PNUD, Le bon plaisir de la Royale Ségolène.
  • Sous entendre ce qui est bien et mal lorsque l’on fait une déclaration (par exemple « quel est le taux de croissance qui crée de l’emploi », sous entend que la croissance crée l’emploi) est une technique de manipulation appelée « framing » en anglais. MYERS, David G., Intuition: Its Powers and Perils, Yale University Press, 2004.
  • Exemple de manipulation de l’opinion par l’amnésie : Hadopi bis, France : coupures d’électricité ? Autre exemple : le tissu industriel italien, qui pourtant semblait si flexible et efficace, est victime de la crise, à qui la faute : à la crise, ou à certaines entreprises parties chercher à l’étranger leur sous-traitance ? Business cluster.
  • Sur notre guerre de retard, et la rémanence en France d’idées enterrées ailleurs : Crédit Agricole et Société Générale.
  • Notre crise (et les précédentes) illustre les dangers de l’imperfection de l’esprit humain incontrôlé, ou plutôt les dangers que les leviers du monde soient entre les mains d’une classe qui partage les mêmes idées, puisqu’alors ses erreurs deviennent incontrôlables : Crash de 29 : contrôle impossible, Il n’y a pas que les subprimes, Crise : la culpabilité des geeks.

Gomme et crayon

Dans les changements que je croise actuellement, un terme revient souvent, et a fini par me frapper. On me parle de personnels que le changement a rendu inutiles, et qui sont inadaptables, parce que ne sachant utiliser que « la gomme et le crayon ».

J’ai fait plusieurs fois l’exercice suivant : demander à une organisation de définir ce qu’elle était en droit d’attendre des ses dirigeants fonctionnels (marketing, contrôle de gestion…), en définissant au préalable de critères objectifs (par exemple en reprenant ceux que l’on trouve dans les livres de cours), puis noter la performance des impétrants. Résultat ? Un massif zéro pointé. Le contrôle de gestion ne contrôle rien, et le marketing ne fait que répéter que l’entreprise a toujours fait. Et c’est vrai pour toutes les fonctions de l’entreprise.

Notre vision actuelle du changement demande à l’homme de se transformer personnellement, et c’est impossible. C’est à la société de faire ce travail : pourquoi ne s’est-on pas rendu compte plus tôt que gomme et crayon n’étaient pas adaptés ? Maintenant, il faut faire avec ce que l’on a.

Compléments :