lundi 7 décembre 2009

Fin du Bac + 5 ?

Il semblerait que certains étudiants d’écoles de commerce préfèrent obtenir un CDI que de terminer leurs études :

Les employeurs seraient-ils en train de reconnaître que les diplômes n’apportent rien aux élèves, que tout est dans la sélection ? Qu’au-delà d’une certaine étape, l’entreprise sait mieux former que l’école ? (Ou qu’il est dangereux de rester trop longtemps à l’école ?) D’ailleurs ne le dit-on pas depuis toujours ? La raison aurait pris le dessus sur le rite ?

Du coup, les Bac + 5 vont-ils trouver un emploi face à des camarades moins chers et mieux adaptés aux besoins immédiats de l’entreprise ? L’annonce de la fin de notre système Bac + 5 ?

À terme allons-nous adopter le système anglo-saxon : licence généraliste pour entrer dans la vie professionnelle, puis master, une fois que l’on a trouvé sa voie ? Transformation de la France : vers une professionnalisation des fonctions ?

Voyageur clandestin

Un intérêt d’enseigner est d’être forcé à définir ce que l’on dit. Mes élèves utilisent beaucoup « voyageur clandestin ». De quoi s’agit-il ?

D’une approximative traduction de l’anglais. En anglais on parle de « free rider ». La différence entre les deux termes est que l’un ne peut pas se payer le prix du billet, alors que l’autre ne le veut pas. C’est pour cela que ce blog traduit « free rider » par « parasite ».

En fait, un individu peut avoir deux attitudes au groupe : soit il est un membre de l’équipe, soit il joue contre ses intérêts (parasite).

Les billets de ce blog identifient deux stratégies du parasite. La plus évidente est celle de Tartuffe : il fait comme s’il appartenait au groupe, pour en profiter (c’est le free rider, à proprement parler). Une autre possibilité est de détruire le groupe. L'intérêt est plus subtil. Un groupe détruit est faible et peut être exploité par un individu ou un groupe d’individus ayant un petit avantage de départ. On obtient alors une organisation de la société de type « lutte des classes ».

Comment détruit-on un groupe ? Par la contamination de l’individualisme : dès que les membres du groupe pensent qu’ils peuvent mieux s’en sortir seuls qu’en groupe, il se dissout, et les individus sont alors à la merci des plus malins d’entre eux. Pour cela, il suffit de détruire les règles sociales, par exemple en favorisant l’affrontement.

La cité de femmes

Film de Fellini.

Ça démarre par une sorte de long cauchemar où un homme ordinaire, c'est-à-dire innocent et sans pouvoir face à la séduction féminine, se retrouve pris au piège d’une annexe du MLF qui semble préparer une guerre des sexes version « solution finale ». Happy end : il se réveille au milieu des femmes de son rêve, tout aussi manipulatrices, mais moins hostiles.

Même message que Casanova : l’homme n’est que le jouet des femmes ? Avec variante : au moins devraient-elles avoir l’honnêteté de ne pas l’accuser des faiblesses qu’elles exploitent ?

dimanche 6 décembre 2009

Modes de management

Mes élèves de Dauphine semblent avoir une tendresse particulière pour John Kotter. Mais qui peut se vanter d’avoir utilisé ses théories pour réussir quoi que ce soit ?

Elles reposent sur la notion de « leader », un homme qui sait « conduire le changement ». C'est-à-dire qui comprend, avant tout le monde, la nécessité du changement, de formule simplement ce changement, puis amène son organisation à le réussir. Or, comme le dit Kotter, c’est l’inné et l’acquis qui font de nous un leader. Le bon dirigeant doit favoriser l’émergence de telles personnalités et leur fournir la carrière qui leur permettra de se développer.

Lire Leading change est comme écouter parler de Michael Jordan : ça ne vous transforme pas en champion de basket, mais vous savez ce que fait un champion de basket. Au mieux cela peut-il inspirer un autre champion, ou un entraîneur.

Il en est de même de Blue Ocean, une mode de management récente. Tous les dirigeants que je connais qui ont voulu l’appliquer ont échoué, d’autres m’ont dit avoir découvert qu’ils avaient appliqué la technique a posteriori.

Il en est de même de toutes les modes de management. Elles décrivent ce que l’on obtient en cas de succès, mais elles ne disent pas comment réussir. Cela tient à leur mode de conception : elles sont construites sur l’analyse de succès.

Inquiétant Afghanistan?

J’ai l’impression que la plupart des commentateurs anglo-saxons pensent que la stratégie de M.Obama en Afghanistan est vouée à l’échec, et que le discours qui l'a présentée était le plus mauvais qu’il ait jamais fait. Ils sont très inquiets. (Obama, Afghanistan et discours (2))

Des raisons de penser autrement :

  1. L’Afghanistan n’est pas un Vietnam ou même ce qu’il fut sous les Soviétiques : ce n’est plus que des Talibans qu’aucune grande puissance n’appuie massivement.
  2. L’inquiétude occidentale est qu’ils donnent naissance à des terroristes internationaux. Ce qui est une menace importante mais pas de l’ordre d’une déstabilisation du monde comme dans le cas vietnamien ou coréen. Surtout l’Afghanistan est un enjeu local. Non seulement ses voisins peuvent être gênés par ses terroristes, et donc avoir intérêt à les calmer, mais en jouant sur les intérêts des dits voisins, il est aussi probablement possible de les inciter à rétablir un semblant d’ordre dans la région.
Compléments :

  • Au moins un général semble proche de partager mon point de vue.

Israël / Palestine : paix en vue ?

Je tombe sur un très inattendu article qui dit que l’état de la Cisjordanie et de ses relations avec Israël ne sont pas ce que l’on croit.

En fait, elle connaîtrait une prospérité exceptionnelle (croissance 11% ?) et aurait d’excellentes relations (informelles) avec Israël.

Tout ce qu’il faut pour que la paix survienne est que les états occidentaux laissent se poursuivre le cours des choses et ne cherchent pas à imposer leur dangereux idéalisme.

Compléments :

samedi 5 décembre 2009

Politique : victoire du silence

Depuis quelques mois mon estime pour Martine Aubry est en hausse. Bizarrement, je ne sais pas ce qu’elle fait. Elle est calme, posée... ? Une stature de chef d’état ? Surprise : je ne suis pas le seul dans mon cas.

Plus curieux : moins un homme politique parle, plus il est haut dans les sondages : Dominique Strauss-Kahn, Jacques Chirac, Martine Aubry, François Fillon.

Effet Sarkolène ? Et si le Français était usé par l’activisme brownien de notre Président et de son ex principale opposante ? S’il voulait un retour à l’ancien régime ?

Compléments :

Obama, Afghanistan et discours (2)

J’ai exposé mon point de vue sur ce que je pensais du discours de stratégie afghane de B.Obama. Qu’en pense-t-on ailleurs ?

The Economist estime qu’il s’est exprimé « comme un politicien », qui s’adresse à sa nation, mais pas comme un « chef des armées », qui terrorise les terroristes.

Son plan en trois points aurait trois failles de mise en œuvre :

  1. L’offensive militaire repose sur l’hypothèse qu’il est possible de constituer une force armée afghane efficace. Or, on ne voit pas où elle pourrait être recrutée.
  2. La partie civile du plan requiert un gouvernement « compétent et légitime », qui n'existe pas.
  3. Une collaboration avec le Pakistan est douteuse : les Pakistanais voient les Talibans comme des alliés dans leur guerre contre l’Inde. La récente campagne militaire pakistanaise « a été dirigée contre les terroristes actifs au Pakistan, pas contre ceux qui traversent la frontière pour attaquer l’OTAN en Afghanistan ».

Le problème que beaucoup relèvent est que le discours de M.Obama indique à ses ennemis qu’il n’est pas déterminé à rester coûte que coûte. Les Talibans ont probablement entendu que ses armées seraient parties dans 18 mois.

Ai-je changé de point de vue ? Non, je continue à penser que M.Obama a donné à ses troupes un objectif très ambitieux, et qu’il est confiant dans leur succès (et dans sa capacité de décision).

Compléments :

  • D’autres opinions qui vont dans la même direction que celle de The Economist. Notamment un parlementaire afghan se demande comment les Américains vont pouvoir réussir en 18 mois ce qu’ils ont raté en 8 ans.
  • Obama, Afghanistan et discours

vendredi 4 décembre 2009

Effet Hawthorne

Curieuse idée d’élèves du CREFIGE : et si le simple fait de proposer une « expérience » à une organisation, par exemple un « challenge », était suffisant pour augmenter sa performance ? (L’effet Hawthorne.) Et si s’intéresser aux hommes décuplait leurs forces ?

En considérant mon expérience, je ne peux que penser qu’il y a un fond de vérité là dedans : une grande partie du « miracle » du changement réussi vient probablement des conditions exceptionnelles que l’on crée pour qu’il réussisse. Le dirigeant qui échoue est celui qui se désintéresse de son entreprise ?

Alexandre Soljenitsyne

Hervé Kabla a retrouvé un discours de Soljenitsyne aux élèves de Harvard, une critique bienvenue de notre civilisation dit-il. Je crois qu’Hervé est un homme qui ne voit que le bien ; et que je ne vois que le mal.

Ce discours, « le déclin du courage » me semble avoir deux aspects.

  1. La critique de l’Occident, ce qu’Hervé a retenu. Hommes politiques lâches, or il n’y a que l’élite qui compte, peuple matérialiste et veule perverti par le confort. Droits de l’homme, outils de manipulation ; légal qui étouffe le légitime ; presse, voix de la médiocrité et de la mode qui censure le génie et la pensée… « Les forces du Mal ont commencé leur offensive décisive. »
  2. La vision du monde de Soljenitsyne. Une poignée d’êtres d’exception, qui savent ce qui est bien. Un peuple de larves dont le droit « est de ne pas savoir » : « Une personne qui mène une vie pleine de travail et de sens n’a absolument pas besoin de ce flot pesant et incessant d’information ». L’humanité doit annuler l’erreur commise à la Renaissance, et revenir à un Moyen-âge « d’embrasement spirituel ».

Ce qui m’inquiète dans ce texte est qu’il reprend les critiques que l’on entend de partout sur l’Occident. Et que nous reprenons facilement à notre compte, sans en comprendre les conséquences. Mais qu’a-t-on à nous proposer en échange ? Le Moyen-âge de brutes et de boue d’Andreï Roublev ? Tout n’est pas parfait chez nous, mais est-ce la faute de nos idéaux, auxquels Soljenitsyne s’en prend, ou de leur mise en œuvre ? N’est-il pas encore temps de la corriger ? La science n’a-t-elle pas été précédée par les charlatans de Molière ?

D’ailleurs notre monde n’est-il que matérialisme lâche ? N’avons-nous pas toujours de nobles idéaux, qui comptent plus que nôtre vie et que les biens matériels ? Et notre force n’est-elle pas d’avoir un peuple qui est contraint de penser, parce qu’il ne peut faire confiance à ses élites ?

Quand au « déclin du courage », je ne sais pas dans quel camp il est. Le valeureux Soljenitsyne a peur de la « pornographie » et même de la « musique » occidentales. Quant au débat démocratique et à la bataille des idées, il n’a aucun goût pour les affronter.

jeudi 3 décembre 2009

Reprise ou non ? (2)

Ce que je croyais avoir compris (Reprise ou non ?) semble se confirmer : l’économie, au moins américaine, ne tient que grâce au plan de relance gouvernemental ; elle est au bord d’une rechute (Double dip warning). La situation semble suffisamment préoccupante pour que même les économistes libéraux envisagent un rôle actif de l’état. Pensée intéressante :

  1. Nouvelle relance. Ce qui coûte moins cher qu’une reprise de crise.
  2. Alimenter en crédit la PME (qui n’en reçoit plus du système financier) et faciliter la naissance d’entreprise : c’est là que se créent les emplois.
  3. Allonger la période d’aide au chômeur : lorsqu’il n’en a plus, il ne dépense plus.
  4. Mesures à long terme pour requalifier, et amener là où il y a un besoin, les employés des secteurs les plus fortement touchés par la crise (BTP et automobile).

Je m’interroge toujours. Le problème de la relance est qu’elle ne semble rien relancer. Les entreprises ne font que se contracter. Je continue à penser que l’on souffre d’une panne d’innovation et d’un excès de gestion financière. Est-il suffisant de mettre de l’argent dans le type d’entreprise qui par nature innove plus ? D’orienter les employés vers les secteurs qui font preuve d’un peu de dynamisme ? Mais que peut-on faire de mieux ?

Dépression

Les malheurs d’un ami me font découvrir ce qu’est la dépression. C’est surprenant parce que ce n’est pas aussi mystérieux que je le pensais :

  • La dépression semble, simplement, être qu’un certain type d’aléa devient incapacitant. Une infime contrariété, qu’on résoudrait inconsciemment ordinairement peut nous mettre au lit pour plusieurs semaines.
  • En fait, la dépression paraît une amplification des hauts et des bas de la vie. Une existence normale rencontre aussi ce type de difficultés (la dépression est notre moyen de résoudre des problèmes), mais elles n’ont pas les mêmes conséquences.
  • Le plus surprenant est que la description des symptômes de la dépression m’a immédiatement évoqué la situation du dirigeant qui n’arrive pas à prendre une décision pourtant essentielle à la survie de son entreprise. Lui aussi semble refuser l’obstacle d’une manière qui paraît incompréhensiblement irrationnelle : ce qu’il doit faire n’est-il pas évident à tous ?
  • Je me demande si la dépression n’est pas précédée par un haut qui l’est trop. Dans l’exemple de cet ami, il semble avoir vécu, au préalable à sa crise, dans une sorte d’évasion de la réalité, qui ne pouvait que mal finir. Pas plus que dans la phase de dépression il ne voulait pas voir la vérité.
  • Selon son médecin, le problème de mon ami se traite par la chimie. Est-ce aussi certain que cela ? Tout d’abord, il m’a dit que sa crise actuelle avait coïncidé avec une remarque du dit médecin lui suggérant de commencer un traitement ; il pensait être capable de dominer son mal par sa seule volonté, le conseil du médecin signifiait qu’il échouait. Ensuite, le traitement semble s’en prendre à la manifestation mais non à la cause : il paraît créer une phase d’euphorie pas plus propre à la résolution de problèmes désagréables que la crise. Enfin, au lieu de rester au fond de son lit, comme d’habitude, l’ami a continué à faire quelques tâches simples, et il s’est rendu compte qu’il les menait à bien, et qu’il s’en sentait mieux. D’ailleurs, sa raison l’aide un peu à remettre de l’ordre dans ses perceptions : il sait qu’il voit tout en noir, mais que la situation n’est pas comme cela.

mercredi 2 décembre 2009

Obama, Afghanistan et discours

Un dirigeant passe souvent des mois à concevoir une stratégie. Quand il y parvient, elle lui devient évidente. Et quand il l’annonce il est tout surpris qu’elle ne le soit pas pour ses collaborateurs. Il ne comprend pas qu’il doit leur faire vivre en accéléré le processus qui lui a permis d’atteindre sa conclusion. Je me demandais si B.Obama, qui a réfléchi pendant fort longtemps à ce qu’il allait faire en Afghanistan, allait tomber dans ce piège. Je suis donc allé lire son discours.

D’ordinaire ce type de discours doit répondre à 3 questions :

  1. Un objectif symbolique en quelques mots, si possible chiffré. L’objectif que se donne B.Obama est d’éliminer la menace terroriste que constitue l’Afghanistan (et non pas d’y installer un régime démocratique). Le retrait de ses troupes commencera en 2011, juste avant les élections.
  2. Un diagnostic qui sonne juste de la situation actuelle (le point de départ). L’Amérique ne s’est pas donné suffisamment de moyens pour combattre les Talibans (quand B.Obama est arrivé, il y avait 32.000 soldats américains contre 160.000 en Irak, au maximum).
  3. Pourquoi va-t-on atteindre l’objectif que l’on s’est donné ? 1) Plus de troupes pour combattre les « insurgés », et protéger « des centres de population clés », ce qui doit « aider à créer les conditions (…) de transfert de responsabilité aux Afghans ». 2) Assistance à des secteurs de l’économie qui « puisse avoir un impact immédiat sur la vie du peuple Afghan ». 3) Collaboration avec le Pakistan, chez qui la rébellion s’est installée.

Le discours semble ensuite vouloir aborder franchement les questions et inquiétudes. En particulier, il explique pourquoi l’Afghanistan ne sera pas le Vietnam, et il chiffre le coût de l’effort militaire. Ce discours paraît aussi vouloir répondre honnêtement aux critiques étrangères : les USA ont joué le premier rôle dans la sécurité mondiale depuis 60 ans, sans jamais chercher à le dominer, ce qui est exceptionnel ; on ne lui en a guère su gré ; il est vrai qu'il a commis quelques erreurs.

Il revient sur la stratégie de B.Obama : avant tout « reconstruire notre force ici », « parce que la nation que je suis le plus intéressé à construire est la nôtre ». Ce qui signifie réduire le prix de son engagement militaire étranger et donc le partager avec des « alliés et partenaires », d’où les efforts diplomatiques de M.Obama (qui sont donc avant tout destinés aux intérêts économiques des Américains).

Il conclut en rappelant que « quand cette guerre a commencé, nous étions unis », et qu'il aimerait que l’Amérique le soit à nouveau.

Qu’en penser ? Discours probablement intelligent, honnête et habile. Mais y a-t-il de quoi susciter l’enthousiasme des foules ? L’union sacrée qu’il appelle de ses vœux ? Le succès afghan est-il garanti ? La démonstration n’est pas très poussée. Peut-être suffit-il à B.Obama d’avoir atteint une conclusion qui le satisfait, il n’a pas besoin de la faire partager ? C'est vrai que, contrairement à mon parallèle avec la conduite du changement en entreprise, il n’a pas à convaincre son peuple pour obtenir ce qu’il veut. Un honnête discours pour quelqu’un qui n’a pas grand-chose à demander ?

Imposons efficace

Les états vont devoir retrouver ce qu’ils ont perdu en relance : quel est la bonne méthode de prélèvement ? (The state's take)

Celle qui semble conduire à la plus forte croissance est celle qui porte sur ce qui ne peut pas partir facilement à l’étranger. La propriété en premier, la consommation (TVA) ensuite, les impôts enfin.

Le système américain, qui repose exclusivement sur un impôt concentré, est un des moins efficaces au monde.

Compléments :

Qu’ai-je contre le changement ?

Je dis souvent que je n’aime pas le changement que subit le monde. Puis-je être plus précis ?

Il m’est revenu en mémoire une anecdote racontée par le trompettiste Maurice André. Il est issu d’une famille plutôt pauvre. Un père mineur, si mes souvenirs sont bons. Celui-ci lui disait : « ne sommes nous pas bien sur notre banc ? La chaise c’est le début de l’égoïsme ». Le fils n’a pas suivi l’exemple du père : je l'ai aussi entendu dire qu’il devait « ses trois maisons » au fait qu’il était le seul à pouvoir jouer un certain morceau ; il en avait profité pour essorer les organisateurs de concerts.

Ce qui m’est désagréable, probablement, c’est que chacun veuille exploiter pour son avantage personnel la position que lui a donnée la société, et qu’ainsi on ne puisse faire confiance à personne ; que l’on soit condamné à être solitaire.

mardi 1 décembre 2009

Civilisation du gaspillage

Depuis que j’ai découvert le « bas de la pyramide », je me demande si notre culture nous pousse à gaspiller. Voici, en tout cas, un article qui semble dire que notre système de production dépend, pour fonctionner, du gaspillage :

Les USA gaspillent 40% de leur production de nourriture, d’où surconsommation d’eau d’un quart, et 300m de barils de pétrole brulés pour rien, chaque année.

Pourquoi ? C’est le principe du gavage. Inonder le marché de nourriture le fait consommer plus ; il est préférable de perdre de la nourriture que de ne pas répondre à la demande, donc les chaînes d’approvisionnement ont le surstockage comme principe.

Technologie et gros succès

Les nouvelles technologies promettaient de réduire à néant le coût de création artistique, et de ce fait d’ouvrir un espace à tous les créateurs et à tous les goûts. Il semblerait qu’en grande partie ce soit le contraire qui se soit passé :

En fait les grosses productions auraient énormément profité de cette innovation, tout le reste étant atomisé. Pourquoi ?

  • Parce que les gens ont besoin d’avoir des sujets de conversation communs : l’existence de la société fait donc qu’il y a nécessairement de films à succès.
  • Parce que la technologie ouvre une multitude de nouveaux canaux de distribution et de nouveaux supports à ces films.
  • Parce que l’explosion de l’offre fait perdre tous repères, et amène le public à chercher la sécurité.

Je me demande aussi si nos mécanismes de décodage collectifs, à base de leaders d’opinion (cf. les critiques de film), ne sont pas saturés par cette complexité. Faute de filtrage, elle débouche sur une sorte de plus petit dénominateur commun (le film à succès).

1410

Quoi de neuf depuis la dernière centaine ?

  • J’ai réalisé, en lisant les travaux de deux chercheurs, que mettre en œuvre des lois de solidarité sociale était une question de volonté. Si quelques états puissants le désirent ils peuvent imposer au monde de telles lois. Le plus curieux est que les lois sociales sont favorables à l’économie. À l’inverse ceci signifie que les dernières décennies ont vu le mouvement inverse, tout aussi délibéré.
  • Une idée m’a traversé la tête en écrivant Séduisante Albion : et si l’Angleterre n’était pas qu’individualisme, laissez-faire, matérialisme et économie mais aussi volonté de puissance internationale, désir de jouer dans les affaires du monde ? Et si ce talent diplomatique pouvait être le moyen de l’intéresser à l’UE ? Et si l’UE avait à gagner à utiliser ce talent ?
  • Les vingt ans du mur de Berlin m’ont poussé à m’interroger sur ce qu’était devenu l’Est. Ces questions ont fini par déboucher sur un billet étrangement optimiste (Résoudre la question russe).
  • Autre billet optimiste à contre courant : le dernier d’une série sur B.Obama.
  • Peut-être qu’un excès de nouvelles pessimistes me force à en prendre le contre-pied ? En tout cas, troisième série qui se termine (provisoirement) bien, celle qui s’interroge sur le choix des dirigeants de l’Europe : Choix idéal pour la tête de l’UE ?
  • À la suite de ma réflexion sur le lean manufacturing, j’ai découvert « The Bottom of the pyramid », une méthode pour concevoir les meilleurs produits pour les classes les plus pauvres. Une attitude au monde qui pourrait éliminer la pauvreté du capitalisme ?
  • La réflexion de JS.Mill sur le « gouvernement représentatif » me semble, cent cinquante ans après son écriture, étonnamment en avance sur notre temps.
  • Les réformes ratées du président Sarkozy illustrent remarquablement clairement à la fois pourquoi les changements tendent à échouer, et pourquoi c’est en particulier le cas des réformes de nos gouvernements successifs. Déprimant mais instructif.

lundi 30 novembre 2009

Afghanistan, Amérique, Europe

Dans une revue de presse, je trouve cette déclaration d’un journaliste du Wall Street Journal :

It appears Europe’s preference for American casualties over their own does not really depend on who occupies the White House.

Autrement dit, le changement de président à la tête des USA n’a rien changé à la lâcheté des Européens, qui ne veulent toujours pas prendre leur part dans la guerre d’Afghanistan.

Un rapport du Sénat américain cité par Bush and Rumsfeld Let Osama Escape donne un curieux complément à cette déclaration :

“The review of existing literature, unclassified government records and interviews with central participants underlying this report removes any lingering doubts and makes it clear that Osama bin Laden was within our grasp at Tora Bora.”

Le gouvernement Bush a laissé Ben Laden se tirer d’affaires alors qu’il savait où il était. Mieux, il a délibérément choisi de ne pas envoyer des troupes en nombre suffisant sur le terrain.

Il est tentant d’y voir une volonté de laisser ainsi vivre un « axe du mal », dont les attentats justifieraient une politique américaine agressive.

Dans ces conditions, n’est-il pas compréhensible que les Européens aient une certaine réticence à s’engager dans une guerre aussi bizarrement menée ? De même que la Chine a quelques difficultés à comprendre qu’elle doive aider les USA à sortir le monde d’une crise qu’ils ont créée ?

Minaret suisse

Vote suisse interdisant les minarets des mosquées.

J’entends une émission de radio qui s’en étonne. Mais elle me semble donner la solution de l’énigme : ce que le Suisse entend de l’Islam, c’est la burqa, l’oppression de la femme, les attentats terroristes, l’intolérance et le jihad. Qui voudrait voter pour le symbole de tels maux ?

Problème de conduite du changement que l’on oublie souvent : un groupe d’hommes décide en fonction de ce qu’il sait. Si ce qu’il sait ne présente pas toute la réalité, il prendra une décision incorrecte (et inattendue).

Les médias font face à un dilemme : l’information qu’ils nous transmettent nous amène à faire des choix qui vont à l’encontre des principes qu’ils défendent. Comment se tirer de ce mauvais pas ? En laissant passer toute l’information. C’est à nous de faire un choix, pas aux journalistes.

Syrie

Article élogieux sur la Syrie, pays qui a redressé son économie, consolidé une relative paix intérieure, et qui jouit d’un prestige international retrouvé.

A quoi doit-elle ce renouveau ? Ce que je retiens de cet article c’est surtout qu’il semblerait qu’elle ait eu des convictions et qu’elle s’y soit tenue quoi qu’il lui en ait coûté.

Important enseignement ?

dimanche 29 novembre 2009

Reprise ou non ?

Ce que je comprends de Something's gotta give :

  • Ainsi que je le disais dans un précédent billet, les entreprises sont passées maître dans le contrôle de leurs marges. Ce qu’on aurait pris pour une reprise aurait été un maintien de rentabilité. Peu de croissance, pas d’embauches.
  • Personne, entreprise ou particulier, n’emprunte. Les banques utilisent leur argent pour spéculer sur des actions dont les prix sont enflés par une anticipation de croissance infondée.
  • La bonne santé des pays émergents consomme beaucoup de ressources naturelles, et en fait augmenter le prix, ce dont souffre le consommateur occidental.

Résultat : lente dépression ?

Il est tentant de penser que le problème de l’Occident est qu’il n’a plus d’entrepreneurs. Ses entreprises ne savent plus que se recroqueviller.

Obama l’innocent ?

The Economist n’est pas loin de le penser. B.Obama ne croyait-il pas que les va-t-en-guerre causaient la perte du monde, et qu’il suffisait d’être aimable pour qu’il n’y ait plus de conflits ? Et que dire de ses difficultés à décider d’une politique afghane ?

Je pensais comme The Economist avant de lire cet article, mais depuis je doute. Esprit de contradiction ?

  • Je ne suis plus certain que B.Obama ait fait preuve de faiblesse dans sa politique étrangère. Je crois comprendre que sa préoccupation est de réduire le coût de son armée, et qu’il aurait aimé que la Chine et l’Europe l’aident à gérer du monde (Superpower without a partner). Dans les deux cas, il a essuyé un refus. Mais pouvait-il présenter agressivement sa demande ? D’autant plus que ses prédécesseurs étaient responsables des dits coûts ?
  • Quant à l’Afghanistan, il ne s’agit pas de prendre une simple décision mais d’acquérir les connaissances nécessaires à une gestion à long terme de la question. C’est une sorte d’investissement rendu nécessaire par l’enjeu, et qui certainement aurait dû être fait au sujet du Vietnam.

Si ce raisonnement est juste, B.Obama pourrait être un fin stratège. Certes ses manœuvres n’ont pas eu les résultats escomptés, mais ne devait-il pas les tenter ? D’ailleurs, elles lui ont peut-être donné une expérience internationale utile. Et ce sans avoir eu à subir de revers. Regardons maintenant les prochains coups.

Compléments :

Résoudre la question russe

L’imprévisible Russie, dont la classe dirigeante semble avoir besoin d’ennemis, paraît poser une bien difficile question à l’Europe. Un article apporte une solution inattendue :

Il existerait une haine féroce entre l’Allemagne, la Pologne et la Russie, résultat de l’histoire.

Jusque-là, ce que faisaient les uns et les autres alimentait le feu en huile.

Mais le nouveau gouvernement de Donald Tusk prend à rebours la politique précédente. La Pologne chercherait à établir de saines relations avec la Russie. Pour cela, elle aurait besoin de l’aide de l’Allemagne, de ce fait préférant un ancrage européen à son amitié initiale pour l’Amérique. Si le mouvement réussit, non seulement Pologne et Allemagne pourraient connaître, dit l’article, une réconciliation semblable à celles de la France et de l’Allemagne, mais l’Europe pourrait trouver le moyen de vivre en bonne intelligence avec la Russie.

Ce scénario peut-il se réaliser ? En tout cas, la manœuvre semble étonnamment élégante, et susceptible de réussir d’une pierre de multiples coups.

samedi 28 novembre 2009

Choix idéal pour la tête de l’UE ?

L’unanimité semble se faire sur le statut de brêle du Président du conseil et du chef des affaires étrangères européens. Je trouve quelque chose de suspect, de trop facile, dans cette condamnation. Je suis heureux d’avoir découvert un texte dissonant :

Gros problème. Le traité de Lisbonne donne des deux rôles ci-dessus des définitions conflictuelles.

Or, le choix effectué élimine ce risque de conflit. Le Président travaillera à une meilleure coordination du conseil européen, la ministre des affaires étrangère, elle, construira le corps diplomatique dont l’Europe a besoin. Tous les deux élaboreront une jurisprudence qui permettra à leurs fonctions de travailler en bonne intelligence.

Autrement dit l’Europe aurait choisi deux bâtisseurs, qui vont préparer les moyens dont ont besoin les personnalités charismatiques que « l’unanimité » appelle de ses vœux.

Je ne sais pas si cette explication est juste, mais elle me plaît bien : ce blog ne répète-t-il pas qu’avant de penser à changer, il faut construire une organisation qui est capable de changer ?

Compléments :

L’eau

GALLAND, Franck, L’eau, Géopolitique, enjeux, stratégies, CNRS éditions, 2008. Dominique Delmas s’inquiète du manque d’eau et des malheurs qu’il pourrait entraîner. Il m’a envoyé ce livre qui analyse la question sous l’angle géostratégique. Souvenirs :
  • D’ores et déjà la situation est déplorable. 1,1 md de personnes n’ont pas accès à l’eau potable, et 2,6md à un assainissement. 4md pourraient être sous stress hydrique en 20025, 90% du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord souffriraient alors de pénurie d’eau. Un milliard de personnes pourraient émigrer faute d’eau. L’agriculture est le gros consommateur d’eau, 70% en moyenne, 82% chez les pays à faibles revenus. Dommage que le livre n’ait pas approfondi la question (une simple meilleure gestion des pertes et de l’évaporation pouvant régler les problèmes du monde).
  • De même, j’aurais aimé que F.Galland creuse deux autres remarques curieuses : un kilo de bœuf demande 15 fois l’eau nécessaire à un kilo de blé. 1 litre de biocarburant demande 1000 litres d’eau ! Étrangement, ce bilan apocalyptique n’a pas de conséquence dans la suite du livre, qui laisse entendre que le retraitement d’eau, et Veolia (pour lequel travaille l’auteur), sauveront la planète.
  • L’eau est devenue une arme. Par exemple, l’industrie israélienne de l’eau est en partie dirigée par d’anciens généraux. La Turquie et la Chine sont des « hydropuissances » qui utilisent leurs fleuves pour servir leurs objectifs géopolitiques.
  • Le cas de la Chine est particulièrement intéressant, comme d’habitude. Le pays donne l’impression d’un très dangereux apprenti sorcier. D’une part il est sous la menace d’une pollution monstre, d’autre part, il manque cruellement d’eau. De surcroit son désir d’exploiter le Xinjiang et le Tibet, et leurs richesses naturelles l’amène à déplacer beaucoup de monde dans des zones arides. Du coup il en est venu à reconcevoir son hydrographie, en alimentant certains fleuves vides avec le cours d’autres, et en utilisant le Tibet, Château d’eau de l’Asie, pour ses besoins. En fait, la Chine est en train d’asservir certains voisins (Birmanie, Laos, Cambodge), et de s’aliéner les autres (Vietnam, Inde), qui s’inquiètent de cet impérialisme. Mais la Chine est un pays fragile. Le mécontentement de ses populations polluées est une redoutable menace à l’ordre public. En termes d’eau, la seule bonne nouvelle vient de Chine. Afin de dominer l’industrie mondiale du secteur, elle veut utiliser les compétences qu’elle doit acquérir pour nettoyer le désastre écologique qu’elle a créé .
  • Plus généralement, le manque d’eau a transformé ceux qui en étaient affectés, notamment Singapour (qui dépend de la Malaisie avec qui il est fâché, et qui exploite donc de plus en plus eaux usées et de pluie) et Israël, sont devenus des champions du traitement d’eau.
Compléments :
  • J’ai préféré à ce livre l’article que cite A boire !

vendredi 27 novembre 2009

Leçon de changement présidentielle

Le billet précédent sonne étrangement. Ce que disent Pierre Cahuc et André Zylberberg est exactement ce que mes cours répètent, inlassablement, sur l’entreprise et le changement :

Pourquoi les changements échouent…

Techniquement les malheurs présidentiels sont une illustration curieusement parfaite de ce que donne un changement raté. On retrouve, par exemple, le « paradoxe du contrôle de gestion » du professeur Bouquin, le fait que l'organisation retourne contre leur esprit les règles qu'on veut lui imposer. Pour parvenir à ses fins, elle recourt à une sorte de grève du zèle (en utilisant la lettre de la loi contre son esprit). Michel Crozier pense que l'homme réagit ainsi à une tentative de suppression de sa liberté.

James March décrit aussi le mécanisme contrôleur / contrôlé d’une façon qui rappelle remarquablement les déboires du gouvernement.

… et comment l’éviter

Avant de vouloir changer, il faut construire une organisation capable de changer. Ce qui rend le changement aussi difficile en France, c’est que nos entreprises n’ont pas été conçues pour lui. Visiblement, il en est de même de l’Etat. Petite différence avec le livre précédent : on construit une telle organisation à l’occasion d’un changement pilote.

Ensuite, 2 idées importantes :
  1. Le changement doit être expliqué par un message de quelques mots. Il prouve son intérêt social, fondamental. Ce que demande le changement et sa mise en oeuvre est alors évident. Mieux : une telle communication met sous la pression du groupe les intérêts particuliers, dont la position devient très inconfortable.
  2. Le facteur clé de succès du changement, c’est le contrôle. Comment contrôle-t-on ? Par l’animation du changement. Son rôle est d’aider celui qui met en œuvre le changement, qui ne doit jamais être laissé seul à sa déprime. A chaque étape du changement, ses hommes clés sont en petit nombre, l’animation doit avoir des moyens « surdimensionnés » pour pouvoir en permanence ne pas être débordée par la résistance au changement (l’incapacité de surmonter l’anxiété d’apprentissage liée à un blocage).
Conseils à M.Sarkozy
D'où quelques conseils à notre président :
  • Exprimer clairement ce qu’il veut faire, et le justifier, de façon à bénéficier de l’appui de la nation. Or, il semblerait, d'après les Réformes ratées, que ses objectifs soient louables, et fassent même consensus au sein de notre élite pensante.
  • Constituer une équipe d’animation du changement, qui lui donne en permanence l’avantage sur les « hommes clés » de l’étape du changement en cours. Par conséquent, il doit concevoir ces étapes de façon à n’avoir pas trop d’hommes clés d’un coup.
Compléments :
  • CROZIER, Michel, Le phénomène bureaucratique, Seuil, 1971.
  • BOUQUIN, Henri, Le Contrôle de gestion : Contrôle de gestion, contrôle d'entreprise, PUF, 5ème édition, 2001.
  • MARCH, James G., How Decisions Happen in Organizations, Human-Computer Interaction, 1991, Volume 6.
  • Dans Transformer les organisations… j’ai pris l’exemple de la réforme des 35h, je me suis demandé comment on aurait pu faire pour que la réduction de 10% du temps travaillé réduise effectivement le chômage en totalité (il était de 10% de la population à l'époque de la réforme), ou quasiment.

Les réformes ratées du président Sarkozy

Un livre de Pierre Cahuc et André Zylberberg (Flammarion, 2009). Bilan minutieux des réformes menées par N.Sarkozy durant les 18 premiers mois de sa présidence :

Sarkozy au tapis
N.Sarkozy voulait « étouffer » les potentiels résistants au changement par la vitesse de ses réformes, combinées à des procédures d’urgence, tout en lâchant quelques « concessions » secondaires. Or, ces résistants se sont révélés judokas : connaissant mieux que les représentants du gouvernement des dossiers fort complexes, ils les ont étouffés au piège de leurs propres délais et engagements ; ils leur on fait quelques concessions secondaires pour qu’ils sauvent la face. Non seulement les résistants n'ont rien lâché, mais ils ont souvent tiré de la réforme un bénéfice, majeur et inattendu. Alors qu'ils devaient être réformés, ces groupes d'intérêt nous ont réformé à leur avantage !
En janvier 2008, les partenaires sociaux ont soi disant « modernisé » le marché du travail en permettant le départ en préretraite à 57 ans ; en avril 2008 la CGT et la CFDT ont réussi à accroître leur pouvoir aux dépens des autres syndicats sans que l’accord final ne règle la question de l’opacité du financement des organisations syndicales ; en mai les taxis ont considérablement amélioré leur situation aux dépens des usagers ; en août, les principales enseignes de la grande distribution ont consolidé leur position de monopole ; toujours en août la détaxation des heures supplémentaires dont le dispositif rappelle par son absurdité celui de l’impôt sur les portes et fenêtres institué par le Directoire en 1798, aboutit à plusieurs milliards d’euros de rentrées fiscales en moins chaque année sans aucun effet avéré sur l’activité ; enfin, en décembre 2008, les dix huit premiers mois du quinquennat s’achèvent avec le rSa, une peau de chagrin, qui contribue à opacifier la carte des minima sociaux sans accroître notablement les revenus des moins bien lotis.
La France est dans des sables mouvants. Ses mouvements l’enfoncent. Chaque réforme, subvention du peuple à un groupe d'intérêt, plombe un peu plus les finances publiques.
Que faire ?
L'examen de l'expérience internationale conduit à des suggestions simples :
  • Pour bien réformer, il est impératif d'avoir une vision claire de ses objectifs et des moyens que l'on veut utiliser. Sinon impossible de savoir si la réforme va dans la bonne direction. Et personne ne comprend ce que vous faites. A plusieurs reprises M.Sarkozy a été victime de ceux qui auraient dû être ses alliés et de l’indifférence de ceux à qui devaient profiter ses réformes (nous), parce qu’ils ne comprenaient rien à son action.
  • Surtout « le manque de transparence, la faible crédibilité du gouvernement et de l’administration ainsi que la corruption sont les pires ennemis de la réforme. » La France ne fait pas confiance à son gouvernement, ce que n’aide pas la tendance de M.Sarkozy à « négocier sous le manteau ». Avant de pouvoir faire des réformes, il faut réformer les institutions :
  1. Institutions sociales. Il faut des syndicats forts, ce qui signifie des « syndicats de service », qui attireront des foules d’adhérents en leur offrant des services qu’ils n’auraient pas ailleurs.
  2. Institutions politiques. « L’Assemblée nationale et le Sénat ont () tendance à opacifier les textes et à les vider de leur substance ». Parce que les parlementaires, surtout intéressés par des enjeux locaux (qui décident de leur élection) et n’ayant pas le temps et les moyens d’analyser des dossiers très complexes, sont manipulés par de puissants lobbies. Réforme clé : le mandat unique (comme partout dans le monde). Le parlementaire pourra enfin faire ce que l’on attend de lui.
Compléments :

jeudi 26 novembre 2009

La retraite de M.Sarkozy

France culture : interview de Francis Brochet qui vient de publier un livre sur M.Sarkozy.

Il dit que M.Sarkozy et Mmes Parisot et Royal sont les agents d’une « rupture ». Quelle rupture ? D’après une enquête ultérieure, ce serait la victoire de l’individualisme et du libre échange. La dissolution de l’état.

Plus curieux : M.Sarkozy ne serait pas candidat aux prochaines élections. Il rêve de s’enrichir immensément, et de remplir d’admiration sa compagne.

Qu’envisagerait-il ? Le modèle du président américain qui après une ou deux élections exploite sa notoriété pour faire fortune ? Ou celui, bien plus efficace, de l’oligarque russe, qui détache une partie de l’état à son profit ?

Mon enseignement

Que retient-on des formations que je donne ? Quelques réflexions à l’occasion de la dernière en date :

D’une certaine façon ce que les participants à ces formations apprécient, c’est que je ne leur apprends rien. Ils se découvrent bien plus compétents qu’ils ne le pensaient. Ils me trouvent « rassurant ».

Cependant, ils avouent avoir trop tendance à ne voir que la partie rationnelle du changement (qui est le sommet de la partie émergée de l’iceberg). Ils n’écoutent pas suffisamment ; ils ne se mettent pas suffisamment à la place des personnes avec qui ils travaillent ; ils ne « perdent pas assez de temps » avec leurs collaborateurs (ou leurs dirigeants) ; ils sont trop « pressés » ; ils ne préparent pas suffisamment le changement ; leur nature perfectionniste leur fait ignorer que le changement est question d’essais et d’erreurs ; ils ne « maintiennent pas suffisamment la pression » une fois une étape importante passée ; ils ne font pas assez attention à l’optimisme ou au pessimisme de leurs équipes…

Ils sont d’ailleurs surpris de découvrir que la résistance au changement est une chance.

Ils découvrent que la technique a pour rôle premier de « dédramatiser le changement » ; que le changement demande une très solide infrastructure méthodologique de gestion de projet, permettant notamment une « remontée d’informations ».

Une remarque m’a surpris. Un des changements étudiés en exemple était un reengineering des processus de l’entreprise au moyen d’un système d’information « révolutionnaire ». Le DSI, responsable du projet, m’a remercié d’avoir insisté sur ce que ce changement n’était pas un changement informatique, mais un changement organisationnel permis par un système d’information. Autrement dit il fallait beaucoup plus former les personnels à de nouvelles procédures de travail qu’à un logiciel. Jusque-là ce dirigeant pensait devoir mener seul le changement. Et il en était visiblement inquiet. Or, le changement était le problème de tous : « on n’est pas seuls ».

mercredi 25 novembre 2009

Déficit national

Le déficit des USA inquiète fortement leur opinion publique.

Paul Krugman mène une campagne pour la détromper en lui expliquant que l’Europe vit très bien avec beaucoup plus de dettes ; que les marchés financiers ne s’inquiètent pas ; que le chômage ne baisse pas et qu’il y a là une réelle menace ; donc qu’il faudrait à nouveau une relance.

Mais est-ce le déficit qui trouble la population américaine ? Ou la capacité du gouvernement à le réduire ?

On nous a dit qu’il suffit de mettre de l’argent dans le système pour que cela fasse des miracles. Or, il n'y a pas de miracle. Et les modèles mathématiques de P.Krugman sont mystérieux, et leurs frères ont connu de sacrées déconvenues récentes. Donc ne serait-il pas judicieux, aux USA comme ailleurs, que nos gouvernants réfléchissent à la conception de plans crédibles de réduction de leur dette, et qu’ils nous en parlent ?

Compléments :

EDF futur FT ?

La situation d’EDF semble bien plus mauvaise que ce que je craignais (Nuclear contamination).

  • Ses acquisitions causeraient 65md€ de dettes en 2017-18. Pas loin de France Télécom de la bulle Internet.
  • Il se confirme qu’EDF a oublié de s’occuper de nos centrales.
  • Son nouveau patron veut prendre le contrôle de la partie d’Areva qui bâtit des réacteurs. Mais il semble douter de l’efficacité de l’EPR (qui produirait à 70€/MW contre 30 pour une centrale traditionnelle) et vouloir proposer des modèles plus simples (étrangers) à ceux qui le désirent.

Areva serait-il aussi très mal parti ?

Compléments :

Langage Sarkozien

Il est dit que M.Sarkozy chasse sur les terres du FN (Eric Raoult). Est-ce vrai ?

Un détail me fait douter de cette théorie : la langue de M.Sarkozy. M.Le Pen parle bien, dans un Français élégant, recherché, et classique. M.Sarkozy nous inflige une sorte de charabia. Mais tous nos hommes politiques semblent lui avoir emboîté le pas.

Peut-être ont-ils raison ? Ne se mettent-ils pas à la hauteur de ce qu’ils perçoivent des capacités de notre intellect ? Ne font-ils pas preuve d’efficacité ?

Alors comment expliquer que les tribuns d’antan, les Jaurès, les de Gaulle… ont pu adresser à la France des discours qui semblent destinés aux anthologies de la littérature française, et que la France se soit enthousiasmée pour eux, comme elle ne s’enthousiasmera jamais pour leurs remplaçants modernes ? Aimons-nous ceux qui nous croient exceptionnels ?

mardi 24 novembre 2009

Pauvre Obama ?

The Pacific (and pussyfooting) president : B.Obama visite l’Asie.

Il semble infiniment inquiet de plaire à ceux qui rejettent les valeurs américaines (Chine, Birmanie, Iran). Et de leur sacrifier ses alliés, à commencer par le Tibet. Peut-on respecter un tel homme ? Est-ce bon pour son pays ?

Confirmation de la thèse de J.S.Mill selon laquelle les Américain n’élisent que des présidents inconnus et sans personnalité, les autres s’étant fait trop d’ennemis pour avoir la moindre chance de succès ?

Curieusement, les dirigeants chinois n’ont pas semblé beaucoup plus assurés que M.Obama. Explication de l’article : cela « reflète combien le système dans son ensemble craint ces libertés que M.Obama aurait dû défendre avec plus d’audace ».

Pauvre monde

Notre capitalisme mondialisé fonctionne-t-il correctement ?

  • 1md de personnes affamées.
  • L’agriculture des pays en développement a connu « un quart de siècle de négligence ».
  • « Défaillance du marché » : semences et fertilisants ne parviennent pas aux pauvres.
  • Les OGM ? Ils ont peut-être un intérêt, mais il serait rassurant qu’ils soient produits par l’état plutôt que par le privé.
  • L’explosion des prix des denrées alimentaires de 2007-2008 (qui repartirait) pousse les gouvernements à se méfier des marchés et à chercher l’autosuffisance, par exemple en confisquant les terres de contrées moins fortunées. Ce qui pourrait être pire que le mal.

Je dois ce triste bilan à The Economist.

Pauvres Américains

La politique écologique de M.Obama a peu de chances de devenir loi (Farmers v greens) :

Les fermiers américains dépendent énormément d’une énergie à très bon marché. Si son prix augmente, ils sont en faillite. Or, ils dominent l’électorat des grands états, peu peuplés, or chaque état, peuplé ou non, élit deux sénateurs. Or, il y a une majorité de grands états peu peuplés...

Ce qui me ramène aux subprimes. En permettant aux pauvres de vivre à crédit, les subprimes leur cachaient leur pauvreté, leur faisant préférer l’ombre à la proie, que leur ravissaient les riches. J’ai l’impression qu’il y a ici une escroquerie du même type : on vient de découvrir une nouvelle couche de pauvres, les fermiers, qui ne le savent pas parce qu’ils dépendent d’artifices.

Le changement que traversent les USA s’annonce exceptionnellement difficile : ce sont les fondements mêmes de leur modèle qui leur bloquent le passage.

Compléments :

lundi 23 novembre 2009

Conduite du changement live

Pour ceux qui pensent que la conduite du changement est un concept abstrait :

le « billet test », exercice de conduite du changement observe un changement en cours. On y verra, notamment, pourquoi les dirigeants désespèrent de leurs collaborateurs et pourquoi le travail peut provoquer la souffrance.

Traité de Lisbonne = changement pour rien ?

Alors que The Economist pensait (Nationalisme et globalisation) que ne pas choisir Tony Blair serait une victoire du parlement européen et du fédéralisme, le correspondant UE de la BBC juge que son échec revient au même résultat. L’argumentaire :

  • L’UE d’avant, c’était la France et l'Allemagne qui en tiraient les ficelles, et des manœuvres d’arrière salle.
  • Le choix du président du Conseil européen des chefs d’État et de gouvernement et du ministre européen des affaires étrangères s’est fait par des tractations d’arrière salle et grâce à un accord franco-allemand, qui visait, semble-t-il, à trouver quelqu’un qui ne fasse d’ombre à personne.

Plus ça change, plus c’est la même chose… comme disent les Anglais ? Nouvel exemple d'un changement mal conduit, et qui résulte en statu quo ?

Compléments :

Karl Marx (suite)

Quelques réflexions suscitées par le billet précédent :

  • Je pense que ce que disent la sociologie, l’ethnologie, la théorie de la complexité et mon expérience, c’est que vivre en société c’est suivre des règles, règles qui ont une logique d’ensemble (par exemple « main invisible » de l’économie, ou religion). Dans ce sens, nous aliénons notre liberté. Dans un autre sens, sans règles nous sommes des pantins dont on a coupé les ficelles.
  • Ces règles que nous suivons avec bonne volonté ont pour rôle de faire le bonheur collectif. La liberté, c’est donc suivre des règles acceptées. De ce fait, nous sommes généralement libres et nous réalisons naturellement l’idéal de Marx, Hegel et Kant.
  • En fait, la transformation de notre environnement, notamment du fait de notre action, et nos mutations internes (innovation), font que les règles du groupe évoluent et doivent évoluer sans fin (c’est le « changement »). Par contre il est possible qu’un jour ce mécanisme de création de règles ne soit pas assez adaptable pour résister à la sélection naturelle, et nous disparaîtront. Ça sera le terme de notre histoire.
  • Le danger qui nous menace est soit une erreur humaine malencontreuse, une innovation qui tourne mal et qui détruit l’humanité sans l’intention de lui nuire, soit un acte de parasitisme qui attaque la société au bénéfice du seul parasite. Le parasitisme est probablement la seule menace à notre liberté.
  • Notre raison, notre capacité à distinguer et à modifier les règles que nous suivons, nous sert donc à améliorer les règles du groupe quand il est en difficulté (changement), et à nous garantir des parasites.

Karl Marx

SINGER, Peter, Marx, a very short introduction, Oxford University Press, 2000, semble dire que l’œuvre de Marx s’explique simplement.

Elle est bâtie sur celle de Hegel, qui voit l’histoire comme la découverte par l’homme que son esprit fait partie d’un esprit universel. Tant qu’il ne le sait pas il se heurte à ses semblables, qu’il croit différents de lui, ce qui limite ses possibilités et sa liberté. Le jour où il comprendra son erreur, il sera libre et efficace, en faisant ce dont il a envie, il fera le bien commun.
Puis arrivent Bauer et Feuerbach. Reprenant le même type de raisonnement, ils expliquent que l’homme a affublé Dieu de ses talents, de ce fait s’en privant, se les aliénant. Il faut se débarrasser de Dieu, du coup l’homme retrouvera ce qu’il a donné à la religion.
Marx fait de même mais avec l’économie. Le propre de l’homme c’est de produire. Or, le système productif aliène la production de l’homme qui en devient esclave. Il semble aussi prendre l’argument de Hegel à l’envers : ce ne sont pas les idées, l’esprit, qui guident l’homme, mais la production qui forme l’esprit. Mais la marche de l’histoire est la même chez Marx que chez Hegel : le capitalisme produit la division des tâches, qui fait que l’homme perd de vue l'unité de sa production ; or tout système productif est dépassé par sa propre logique qui crée un autre système ; jusqu’à ce que l’homme voit clair, c'est le « communisme ». Il n'est plus esclave de la production ; fin de la division des tâches, l’homme travaille comme il l’entend ; non seulement il y gagne sa vie, mais encore il fait le bien commun.
Si cette interprétation est correcte, l’analyse que fait Marx du capitalisme et de ses maux est d’une importance secondaire. Elle cherche seulement à montrer que l’on est bien dans le mouvement qu’il prévoit. De même, il ne sert à rien de décrire ce qu’est le communisme (ce que ne fait pas Marx), puisque c’est un aboutissement nécessaire. C’est une sorte de démonstration mathématique, par laquelle on prouve qu’il existe une solution unique, sans pour autant dire laquelle.
Compléments

dimanche 22 novembre 2009

Le déclin de l’Occident

La Chine, l’Iran, la Russie sont enchantés : leur heure est arrivée, l’Occident est à son crépuscule. C’est lui-même qui le dit.

Oui, mais il le dit depuis plusieurs millénaires, remarque Thérèse Delpech.

Et si cette sorte de dépression chronique, à laquelle seule semble échapper l’Amérique, était simplement un mécanisme de remise en cause, qui permet de voir la prochaine catastrophe avant qu’elle arrive, et de la prévenir ?

Nous sommes des êtres du déclin et du gouffre qui ont soif de renaissance et de salut.

Compléments :

  • Curieusement cet article reprend ce que les psychologues disent des vertus de la dépression, et des dangers de l’optimisme militant américain : Stress américain.
  • Cette théorie pourrait enfin rendre sympathiques nos intellectuels : leur rôle social est de créer une saine dépression ? Triste radio.

Brésil

État fortement interventionniste, qui a construit ses actuels champions industriels de manière fort déterminée (en particulier Embraer). Plus curieux, ce pays semble distribuer l’argent de l’état aux riches.

Par exemple, les pauvres paient de mauvaises études, les riches vont dans des universités gratuites. Les entreprises d’état, qui sûrement lui avaient coûté fort cher, ont été privatisées. Et puis :

Brazil has a stubbornly high murder rate and a violent police force. Many of its politicians see nothing wrong with stealing public money or appointing relatives to jobs within their private kingdoms, and refuse to resign when found out. It is a place of misery where 17% of homes do not have running water and too many families live in home-made shacks by motorway bridges. A place where many people convicted of serious crimes go unpunished, and those in prison live out a brutalised existence. And a place of environmental devastation that government is powerless to stop.

Le président da Silva semble avoir rendu ce monde un peu moins injuste. Mais est-ce le miracle dont on fait un tel cas aujourd’hui ?

Compléments :

Dirigeant sans visage

The Economist se lamente (The cult of the faceless boss) : la grande entreprise n’embauche plus que des dirigeants transparents. On se croirait dans les années 50. Or, l’industrie n’a-t-elle pas été faite par des dirigeants plus grands que nature ?

J’ai fait une liste des dirigeants dont j’avais retenu le nom. Elle se divise assez nettement en deux catégories : d’un côté des entrepreneurs (Dassault, Bouygues, etc.), de l’autre des fous furieux qui ont fait sombrer leur entreprise. (Et quelques noms dans les deux catégories.)

J'en déduis qu’une fois qu’une entreprise a été fondée, et le fondateur est naturellement plus grand que nature, il est préférable qu’elle soit dirigée par un patron anonyme, c'est-à-dire qui met l’intérêt de l’organisation avant le sien. Si c’est la tendance actuelle, elle est bienvenue.

Compléments :

samedi 21 novembre 2009

Emprunt et bon sens

Certes il y a emprunt, mais, vu de très loin, pour des raisons valables (investir là où l'on n'investit pas assez pour notre bien), et auprès des marchés financiers internationaux, donc en en minimisant le coût. M.Rocard :

pour lever auprès des particuliers, il faudrait les allécher, ce qui coûte plus cher. Ça ne vaut pas le coup.

Le bon sens aurait-il prévalu, finalement ? La nation arrive-t-elle à réfléchir et à se faire entendre ?

Compléments :

TGV Est

Voyage en TGV :

Cela faisait longtemps que je n’avais pas pris le TGV. Et je ne connaissais pas le TGV est. Le pensant plus récent que les autres, et véhicule d’une contrée riche, je m'attendais à quelque chose de cossu et de technologiquement avancé. Déception. Extérieur un peu médiocre. À l’intérieur, ça vibre beaucoup. Pire, à l’aller mon wagon était plongé dans le noir toutes les dix minutes, au retour le néon de ma banquette ne marchait pas. On se serait cru en Angleterre.

La SNCF prépare-t-elle son entrée dans le monde concurrentiel en copiant l’élite financière anglo-saxonne : exploitation du « client » pour enrichir le manager supérieur ? Comme EDF qui fait de coûteux achats mais n’entretient plus son parc de centrales ? (France : coupures d’électricité ?)

John Suart Mill, du gouvernement représentatif

Considerations on representative government, John Stuart Mill. Comment faire fonctionner la démocratie ? Un traité qui donne un zéro pointé à la nôtre.

Gouvernement représentatif
Qu’est-ce qu’un « gouvernement représentatif » ? C’est un mécanisme qui fait que la volonté du peuple, dans toute sa diversité, émerge, et que ce qu’elle implique est réalisé.

Représentatif et exécutif
Un tel comportement a deux composants, le corps représentatif (les élus), l’exécutif.
Le corps représentatif est là pour faire émerger la volonté du peuple, cette volonté est un objectif que le peuple désire atteindre. C’est à l’exécutif de trouver le moyen approprié pour le satisfaire. Le corps représentatif s’assure que l’exécutif est adapté à sa tâche, le nomme, le contrôle, fait connaître au peuple ce qu’il fait, et finalement lui donne ou non l’autorisation de mettre en œuvre ses plans. Par contre le corps représentatif ne s’occupe pas de mise en œuvre (y compris de la rédaction des lois), parce qu’il n’est pas compétent pour cela. Seul sait correctement mettre en oeuvre une décision un corps d’élite de bureaucrates spécialement formés et entraînés à leur tâche.

Construire un gouvernement représentatif
Pour établir un tel gouvernement, il faut un terrain favorable. Il faut que le peuple le veuille, qu’il soit prêt à appliquer ses lois. Il faut aussi un forum de débat et le moyen de mettre en œuvre ses décisions.
Ceci résulte de l’histoire, d’une évolution par étapes successives. Elle a d’abord acclimaté le peuple à la discipline nécessaire. C’est l’œuvre d’une dictature. (Avant d’être libre en société il faut avoir été esclave.) Progressivement elle se parfait jusqu'à devenir le lieu d'un vigoureux affrontement d’idées entre esprits libres et bien formés. C’est un monde d’individualistes dont le talent est mis au service de la communauté.
Et c’est ce que doit être le corps représentatif : le forum des idées du pays. Chacun doit y trouver un homme (pas forcément toujours le même) qui est sensible à et qui va représenter ses opinions, préoccupations, doléances du moment, et faire qu’elles sont entendues et prises en compte.
Ce corps doit être constitué de représentants de la majorité, des minorités, et d’individus exceptionnels qui ont démontré une capacité à penser remarquable. Aucun ne doit pouvoir dominer par son seul poids les autres. Le débat d'idées est obligatoire.

Juger un gouvernement représentatif
Le critère de jugement d’un gouvernement représentatif est donc le progrès qu’il a permis. Il doit amener son peuple à développer une capacité de jugement de plus en plus évoluée, à libérer de plus en plus sa pensée ; il doit utiliser de plus en plus efficacement les talents individuels pour faire le bien collectif ; surtout, il doit progresser dans la direction de la perfection la plus grande de son modèle de démocratie.

Les maux
Ce qu’il faut éviter est probablement tout aussi important que ce qu’il faut atteindre.
Le mal absolu du régime représentatif est la dictature d’une classe, de la majorité, qui la conduit à faire triompher ses intérêts les plus vils. L’antidote, c’est le débat, c’est la stimulation que produit la confrontation des idées. C’est pour cela qu’il est important que toute idée soit entendue.
Autre mal : excès de ses compétences par le corps représentatif. Il sait débattre, contrôler, critiquer, il ne sait ni mettre en œuvre ses décisions, ni concevoir des lois qui prennent en compte leurs conséquences, et qui s’inscrivent correctement dans les codes existants.

Solutions pratiques
La pensée de Mill est avant tout pratique, et pour nos critères actuels, politiquement incorrecte.
  • Il est contre un homme un vote. D’une certaine façon, il cherche à forcer le débat en évitant les majorités, en donnant le même poids à toutes les opinions. Il pense qu’alors il se trouvera des gens de bon sens dans chaque camp, qui feront basculer la décision du côté du bien commun. Si un tel débat est efficace, alors il en sortira une décision dont la mise en œuvre paraîtra évidente à tous.
  • Il est contre le vote à bulletin secret. Le vote est un acte social, chacun doit dire ce qu’il pense bien pour la société, il doit donc être capable de défendre son choix.
  • Il est contre une représentation locale. Il propose un mode de scrutin qui permettrait à chaque homme de voter pour plusieurs personnes. Il propose le mécanisme suivant. Chaque élu représente un nombre égal de voix. Une fois qu’il a atteint son quota, les voix qu’il a obtenues qui excèdent le quota vont vers leur second choix, etc. Ainsi, pense-t-il, des personnalités exceptionnelles, peu connues mais universellement respectées, pourraient être élues.
  • Chacun doit avoir le rôle qui correspond à ses forces. Le représentatif doit débattre, contrôler, critiquer ; l’exécutif doit mettre en œuvre ; le représentatif local, proche des problèmes de la population, doit les traiter, mais sous le contrôle et en appliquant les directives d’un corps représentatif central qui a un accès large au talent et à l’expérience, une grande ouverture d’esprit. De même ce corps doit être une sorte d’enseignant pour le peuple. Car, si l’exercice de la démocratie locale est la meilleure formation de la pensée individuelle, il ne peut se dérouler correctement spontanément.
  • Et nos représentants ? Ils doivent partager le petit nombre de nos valeurs fondatrices. Mais être avant tout des hommes exceptionnels, des hommes d’esprit indépendant et de sain jugement. Notre responsabilité sociale est d’élire de telles personnes. Qui sont-ils ? Les moins tentés par le pouvoir, ils y viennent par peur de la menace de l'incompétence.
  • Le premier magistrat ? Élu par le corps représentatif, ainsi il sera de meilleure qualité que s'il est le choix direct du peuple.
  • Une réflexion sur le fédéralisme, qui permet de profiter du talent de peuples qui ne sont pas prêts à se constituer en nations. Le modèle efficace serait celui de la Suisse et des USA. Le citoyen obéit à deux états. La pièce clé du dispositif est la Cour suprême. Elle construit ses lois à la fin d’un long processus qui a vu un différend partir de l’individu et faire l’objet d’un débat de plus en plus riche. Ce qui lui permet de décider en ayant tous les éléments en main.
  • Et les colonies ? Elles peuvent se justifier, si elles sont une dictature éclairée et durable qui amène des peuples manquant de rigueur à une étape supérieure de progrès.

vendredi 20 novembre 2009

Nature de l’entreprise française

Je suis allé chercher l’étude qui était à l’origine de L’entreprise française doit changer ? Étonnant :

Les entreprises françaises sont parvenues à maîtriser la variation de leurs revenus. (Ils sont quasiment devenus prévisibles, le chiffre d’affaires, lui, continuait à énormément fluctuer.) Pour cela, elles n’ont gardé que le cœur de leur activité donnant le reste à la sous-traitance qui a construit sa flexibilité sur l’intérim et les CDD. Sous-traitance et travailleurs précaires encaissent les secousses.

Mais un tissu d’entreprises concentrées sur elles-mêmes est peu adaptable, il n’est pas favorable à la combinaison de talents que réclame l’innovation rendue impérative par le nécessaire renouvellement d’un modèle économique qui épuise la planète.

L’auteur du rapport est favorable à la flexisécurité.

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