samedi 14 novembre 2009

Jeux, vidéo et Internet

Les jeux électroniques sont aspirés par Internet (A giant sucking sound). Un nouveau fournisseur de contenu liquidé ?

Pas forcément, il semblerait qu’une solution de sauvetage émerge, qui pourrait s’appliquer à toute l’industrie du contenu : gratuit, fondamentalement, avec publicité, et micro paiements, pour des services supplémentaires.

En tout cas, le jeu online paraît différer du offline en ce qu’il est développé beaucoup plus vite et à moindre coût, et s’enrichit sans arrêt. Arrivée de nouveaux entrants. En outre le contenant prend une grasse commission sur les micro paiements. Vers une industrie de zombies ?

Compléments :

vendredi 13 novembre 2009

Serge Portelli

Entendu sur France Culture. M.Portelli est un juge qui a écrit un livre sur le Sarkozysme sans Sarkozy. Qu’un juge prenne aussi vivement parti contre quelqu’un me semble inhabituel. J’ai retenu deux idées :

  • Le Sarkozysme ne tient pas à N.Sarkozy mais est une tendance antérieure qui lui survivra. Ça me semble conforme à l’hypothèse que le Sarkozysme est une version du néoconservatisme, elle-même la résultante logique d’une vision du monde qui veut que celui qui réussit ait quelque chose de supérieur à son prochain.
  • M.Sarkozy croirait que cette supériorité est génétique. L’idée m’a frappée, parce qu’elle rejoint une tendance forte dans les pays anglo-saxons. Je l’avais remarquée, en l’attribuant à un individualisme ultime qui cherche une sorte de plus petit individu (qui serait le gène). Par exemple, Richard Dawkins a construit toute une théorie sur le fait que nous défendons les intérêts de nos gènes. Ce que je trouvais déprimant : nous étions donc les pantins de stupides molécules. Je viens de comprendre que cette théorie avait une autre interprétation : les gènes, issus de la sélection naturelle, expliquent nos succès. Il y a donc des bons et des ratés. Et, parce que les gènes sont héritables, un enfant peut occuper la position éminente de ses parents, sans plus de justification.

Compléments :

  • Le travail de Richard Dawkins (The selfish gene) est paradoxal, car il me semble très illogique. Notamment il démontre que le gène ne peut pas exister, en effet à chaque génération, il y a des découpes aléatoires d’ADN qui font qu’une portion donnée (= gène) n’est jamais sûre de survivre. Il fait l’hypothèse que si elle est « suffisamment » petite elle durera suffisamment longtemps pour se comporter comme sa théorie le prévoit.
  • Le pilotage par gène, au fond, ne justifie pas le statu quo, mais la révolution : celui qui renverse l’héritier prouve que ses gènes sont supérieurs. Jugement de Dieu.
  • L’inverse de la théorie du gène est celle de la société (sociologie) ou la Théorie de la complexité : il se constitue au dessus des individus élémentaires une sorte de « main invisible », qui les organise.
  • La description du livre de Serge Portelli la plus longue que j’ai trouvée.
  • Les fondements du néoconservatisme : Conservateur et bolchévisme.
  • La société anglaise est une société d’héritiers : Héritage (suite).

Xénophobes Japonais?

Un peu à l’image des PME allemandes, il existe un tissu de PME japonaises en position de quasi monopole sur certains marchés. Leurs forces illustrent la philosophie du lean manufacturing.

Tout d’abord, elles sont irremplaçables : elles ont atteint un niveau de qualité inégalable. Elles doivent cette qualité à une connaissance intime de clients extrêmement exigeants, et à une « amélioration continue » de leur savoir-faire. Le secret semble une seconde nature. Le savoir-faire de l’entreprise est immatériel, stocké dans son tissu social, incommunicable au concurrent, d’autant plus que l’on y reste à vie. Et ce qui peut être compris est caché.

Alors, pourquoi ce système ne domine-t-il pas la planète ? Parce que tout le monde ne veut pas des produits de qualité (notamment les pays émergents), parce que l’innovation c’est le mélange des idées, parce qu’un tel système n’élimine pas rapidement les mauvais projets, ni les activités que d’autres sauraient mieux faire. Il est victime du modèle xénophobe japonais qu'il reproduit à l’échelle de l’entreprise.

jeudi 12 novembre 2009

Les sondages de M.Sarkozy

J’entends vaguement parler de la grande consommation que M.Sarkozy fait du sondage. Pour une fois l’assemblée semble avoir fait son métier, en l’amenant à réduire ses dépenses, et à en éliminer les sondages qui le concernent directement. Pas de quoi en faire un billet.

Et la nature des dits sondages ? M.Sarkozy semble mesurer l’impact du moindre de ses gestes, comme si il n’y avait que l’apparence qui comptait dans l’opinion que nous avons de sa politique !

Du pain et des jeux ? C’est cela qui nous motive, selon lui ? Compterait-il ainsi détourner notre attention des ses réformes (L'étrange changement de M.Sarkozy) ?

Barack le Terrible

M.Obama avait demandé aux Israéliens de suspendre leurs implantations. Puis, devant leur résistance, il a reculé (Is Israel too strong for Barack Obama?)

Du coup, M.Abbas, qui avait cru en lui, a perdu toute crédibilité. Il a dit ne pas se présenter aux prochaines élections. Message : ne jamais faire confiance à M.Obama ? Les USA sont faibles ? Israël, qui est de plus en plus isolé, aurait-il tiré contre son camp ?

En attendant, M.Obama n’a pas trouvé le temps d’assister à l’anniversaire de la chute du mur de Berlin. Bizarrement, il l’avait eu pour défendre la candidature de Washington aux Jeux Olympiques… Ne nous aimerait-il pas ? Il nous préfère les Chinois ? Tellement qu’il ne leur parle jamais de droits de l’homme, sa grande passion d’avant les élections ?

Peut-on respecter quelqu’un qui semble avoir si peu de convictions ?

Compléments :

Providence

Film d’Alain Resnais.

Mauvais premier contact : ça commence vert, froid et délavé. C’est très anglais : discours brillant, avec un humour politesse du désespoir. Ça a un côté shakespearien, mais qui tombe à plat. Dirk Bogarde s’y caricature et John Gielgud s’est trompé de pièce.

À la réflexion, je me suis demandé si ce n’était pas tout simplement une sorte de Songe d’une nuit d’été léger, élégant et plein d’humour : le personnage principal passe une nuit de cauchemar, sa souffrance et sa solitude, la peur de la mort ?, lui font voir le monde et ses proches sous un aspect terrifiant, puis le jour se lève, il fait beau. Les personnages de son cauchemar lui rendent visite, ils sont gentils, aimables et pleins d’attentions.

Comment expliquer deux interprétations aussi différentes ? Panne de sensibilité de mon côté ? L’œuvre d’Alain Resnais demande-t-elle une explication préliminaire ? L’émotion a besoin de la courte-échelle de la raison ? L’art est avant tout culturel ?

J’ai lu ce qu’en disait Jean Tulard. Il semble considérer Alain Resnais comme un illustrateur, un réalisateur qui se cache derrière l’auteur qu’il met en scène, et dont la personnalité ne se révèle que par son humour et son élégance.

Mais n’y a-t-il pas un fil conducteur plus solide que l’illustration dans cette œuvre ? Resnais ne nous dit-il pas que ce que nous croyons les grands malheurs de notre vie ne sont que des fables un peu dérisoires ? Qu’au fond il n’y a que l’art de les raconter, de rire de nous-mêmes, qui soit sérieux, et mérite notre intérêt ?

mercredi 11 novembre 2009

L’Est après le mur

L'Europe de l'Est, vingt ans après, par Jacques Rupnik :

  1. L’Europe centrale a « trouvé son ancrage dans l’Union Européenne », mais sa vie politique s’est vite essoufflée. Les dissidents, champions de la démocratie, ont été éliminés par les ex communistes qui disposaient d’appareils politiques mieux organisés (et du soutien d’une population pas si inadaptée qu’on le pensait au communisme ?). « Les réseaux hérités du passé sont corrompus et basés sur le contournement de la loi et des institutions. Ils sapent la confiance dans l’État de droit et sont un ingrédient majeur du désenchantement démocratique à l’arrière plan des commémorations de 1989. »
  2. Les Balkans, « sous protectorat », ne peuvent construire de démocratie faute de limites nationales claires. « Des nationalistes devenus « eurocompatibles » » seraient le seul espoir de stabilité.
  3. La périphérie de l’URSS, en révolte contre un « mélange de régime autoritaire et de capitalisme mafieux », est malmenée par une Russie « en transition vers l’autocratie ».

Les pays de l’est sont « désenchantés », en un temps record, ils ont épuisé leurs illusions : démocratie, économie de marché libérale, Europe.

En Europe, comme à la roulette, rien ne va plus…

Compléments :

  • Dans le fil du billet précédent, un témoignage des naïves illusions américaines, qui ont guidé le monde dans les dernières décennies, réformé les pays de l’est, et dont M.Sarkozy ne semble pas avoir fait le deuil. Larry Summers, actuel conseiller de M.Obama, déclarait alors :
Répandez cette vérité : les lois de l’économie sont comme celles de l’ingénierie. Un même type de lois marche partout.

N.Sarkozy dernier des libéraux?

Une curieuse pensée m’est venue en lisant Poudre de Berlin pinpin d’Hervé Kabla :

D’après ce que j’ai cru entendre N.Sarkozy aurait été au pied du mur de Berlin quand il est tombé. Beaucoup en doutent (l’événement a surpris jusqu’à H.Kohl). Ce n’est pas cela qui me frappe, mais l’importance que M.Sarkozy donne à cette chute.

En ce temps, égoïstement, je pensais déjà que notre problème était les crises successives que nous rencontrions, la médiocrité des relations de travail auquel je n’étais pas préparé, et, plus généralement, l’absence de quelque chose qui puisse faire croire à un avenir radieux. La fin du communisme n'apportait pas de solution.

Ce que l’on a du mal à imaginer en Europe, c’est que les libéraux américains, et Nicolas Sarkozy ?, ont vu là un moment unique de l’histoire mondiale : la défaite du mal, la promesse de l’arrivée du Christ sur terre, et du millénaire de bonheur qui doit le suivre, comme chacun sait.

Le comportement de M.Sarkozy me fait m’interroger : serait-il le dernier des Mohicans, le plus Américain des Américains ? Son insistance d’avoir été là le jour J, quitte à être ridicule, la célébration du dit jour par un programme unique de la radio d’Etat, ne signifieraient-ils pas qu’il n’a pas compris qu’il n’y a pas lieu de se réjouir ? Que ce en quoi il croît s’est effondré aussi brutalement que le communisme ? Aurions-nous élu un extraterrestre ?

Compléments :
  • Aux USA, l’illusion s’est appelée, un moment, la Nouvelle économie. Voici ce qu’en disaient, avec beaucoup de franchise, des gens très importants : The New Economy, what it really means, Business Week, Stephen B. Shepard, 6 novembre 1997.
  • À l’extérieur c’était le Consensus de Washington.
  • Quand les libéraux étrangers doutent (Démocratie, économie et paix), M.Sarkozy réforme avec entrain et sereine conscience (L'étrange changement de M.Sarkozy).
  • En me rappelant la très démonstrative affection de M.Sarkozy pour M.Bush et l’Amérique, je pense à un passage de La promesse de l’aube : Romain Gary prend le train pour partir au front, sa mère manifeste bruyamment son enthousiasme patriotique ; ce qui fait dire à un appelé que l’on voit bien qu’elle est étrangère. M.Sarkozy aurait-il une vision idéalisée, d’enfant, de l’Amérique et du libéralisme, un enthousiasme tellement naïf et débordant qu’il paraît un peu gênant, inconvenant, aux membres de sa patrie d’adoption ?

Nationalisme et globalisation

Je n’avais pas aperçu tout ce que signifiait un président fort pour l’Europe. Le président est le représentant des nations. Sa force peut signifier une Europe des nations (le modèle anglais). Europe fédérale, sinon. (Blair's unbalancing act.)

Ces derniers siècles ont vu s’affronter deux idées concurrentes de la construction des états. D’un côté l’Europe continentale a bâti des nations par une sorte de nettoyage ethnique, en éliminant par la force ou l’école les identités locales (Bretons, Basques…).

L’Angleterre et les USA furent moins brutaux, au moins en théorie, ils ont cherché à bâtir des nébuleuses de nations (comme dans le tournoi du même nom), un Commonwealth… Ce qui fédérait tout cela, c’était moins des valeurs fortes qu’un intérêt commun pour le commerce. C’était la « globalisation ».

En ce 11 novembre, la question suivante se pose à moi. Les nations et les particularismes reviennent au galop, la Chine, la Russie et quelques autres ne semblent voir qu’un nationalisme rigide comme unique solution à leurs antagonismes internes, la France veut redécouvrir son « identité nationale »... les mêmes causes ne vont-elles pas produire les mêmes effets ? L’idéal anglo-saxon n’est-il pas supérieur au nôtre ?

Certes, mais pratiquement il ne vaut pas mieux. La globalisation n’évite pas les conflits, l’attrait du commerce et de l’argent ne pacifie, probablement, que ceux qui ont été culturellement préparés à y succomber. D’ailleurs les Indiens d’Amérique l’ont trouvé mortellement peu inspirant.

Devons-nous inventer une troisième voie ? Une sorte de culture mondiale « light », comme le libéralisme économique anglo-saxon mais sans son obsession commerçante et matérialiste, qui oriente les cultures locales dans une même direction, et désamorce le nationalisme, et plus généralement la tendance à l’hostilité que ressent le groupe à l’endroit du reste du monde ?

Compléments :

  • Nationalisme contre droits de l’homme en Chine : Chine fragile.
  • D’après J.S.Mill, le modèle fédéral américain ou suisse serait plus solide que le modèle de nations anglais, parce qu’il ne reposerait pas sur les nations (états), mais directement sur l’individu. Faut-il un fédéralisme mondial ? En tout cas, s’il arrivait à fonctionner en Russie ou en Chine, il éviterait bien des tensions et la nécessité d’hommes forts et dangereux à leur tête.

Schizophrénie

Il y a eu un temps où l’explication de la schizophrénie était sociale, puis elle est devenue exclusivement chimique. Question d’idéologie ? Aujourd’hui, la société revient :

On observe que la schizophrénie est plus fréquente en ville qu’à la campagne, plus généralement les environnements défavorisés lui sont favorables :

Les résidents des quartiers les plus délabrés et surpeuplés pourraient être plus exposés aux produits chimiques toxiques et aux infections (…) et pourraient avoir un accès moins facile au capital social capable d’enrayer les effets d’une prédisposition à la maladie mentale acquise tôt dans la vie.

Compléments

  • Pour ma part, j’ai tendance à croire, avec Martin Seligman (Learned optimism), à l’équivalence entre les effets de l’environnement et de la chimie (médicaments). Je soupçonne que si cela ne plaît pas aux scientifiques c’est parce qu’ils ne peuvent supporter l’idée que notre environnement proche puisse causer notre folie (Bateson mettait en cause la relation mère-enfant - Steps to an Ecology of Mind), c’est du moins l’impression que j’ai tirée des déclarations d’un chercheur de l’université de Cambridge.

mardi 10 novembre 2009

Chine et mur

La chute du mur de Berlin semble avoir désorienté les dirigeants chinois qui, jusqu’au bout, ont nié le danger.

Deng Xiaoping, lui, semble ne pas avoir hésité. Il a défini ainsi la stratégie du pays : « construire son économie et éviter les batailles idéologiques ».

Rare exemple de dirigeant visionnaire, qui ne perd pas ses moyens dans l’incertitude ? Toujours est-il qu’il paraît avoir vu juste. Tout est pardonné à celui qui joue selon les règles de l’économie. Et le Parti communiste a conservé le pouvoir pour l’utiliser comme bon lui semble quand la Chine n’aura plus rien à craindre du reste du monde ? (Deng Xiaoping dit : « cacher ses capacités et attendre son heure »).

Compléments :

Démocratie, économie et paix

Depuis quelques temps, j’ai noté que The Economist s’inquiétait de ce que les USA et l’Occident faisaient peu pour promouvoir la liberté politique au sein des pays émergents. Il revient sur ce sujet à l’occasion des vingt ans du mur de Berlin.

Sa conclusion : la globalisation a gagné, la liberté a perdu. Indifférence de l’Ouest. Les milieux d’affaires se satisferaient-ils de régimes peu démocratiques tant qu’ils peuvent commercer avec eux ?

Et si, une fois de plus, ils se berçaient d’illusions ? Et si la globalisation ne fonctionnait pas du fait d’un amour spontané des pays émergents pour le commerce, mais par la main de fer américaine ? Et si l’affaiblissement des USA faisait que le libre échange perde tout attrait ?

Et, alors, serait-on loin de l’affrontement ? The Economist rappelle que la première globalisation s’est interrompue en 1914.

Panne des exportations en France

How French exporters were hit by the global crisis arrive à une conclusion paradoxale :

Nos exportateurs n'auraient souffert de la crise pas tant du fait d’un marché dépressif, que par manque de financement.

Avec un certain humour, il note que cela « (confirme) l’origine financière de la crise ». Autrement dit les banques provoquent la crise en coupant les crédits, sans raison évidente, sinon la peur des conséquences de leurs précédents excès.

Alors, la finance est-elle trop importante pour être laissée au financier ? L’État devrait-il suivre l’exemple des pays émergents et contrôler les flux financiers ? Nationaliser les banques ?

lundi 9 novembre 2009

Mur de Berlin et radio

Surprise ce matin d’entendre un programme unique « mur de Berlin » sur les radios publiques (sauf RFI, qui avait son mur à elle).

Ça m’a fait penser à une grève, ou à la télévision d’état des années 60, où les programmes étaient parfois interrompus par des émissions spéciales. Le service public retrouverait-il son rôle d’éducateur de la pensée populaire ?

Drôle d’anniversaire, d’ailleurs. Il est curieux de parler de la disparition d’un régime, au milieu d’une crise. Tout est par terre, les illusions du communisme, mais aussi celles du capitalisme. Et le monde ne semble pas forcément moins menaçant depuis qu’il est devenu « multipolaire », à pôles aux réactions incertaines.

Et si la question du moment était celle que semblent se poser les ressortissants de l’est : ce qui est le mieux entre être considéré comme un inférieur soumis au risque de chômage dans une société matériellement riche et être un égal à la situation triste mais assurée dans une société dirigiste ?

Le vice est plus stable que la vertu

Dans Prise de décision collective j’observais que notre système de prise de décision était irrationnel au sens où il ne cherchait pas à utiliser le génie collectif. Le plus étrange, peut-être, est notre système politique :

J’imagine que les promoteurs de la démocratie pensaient qu’elle ne pouvait qu’amener le meilleur d’entre-nous au pouvoir. Qu’elle fonctionnerait de manière scientifique, à la recherche d’un optimum collectif qui ne peut se construire que par débat, chacun apportant ses connaissances à la fois uniques et limitées.

Or, c’est presque l’exact opposé qui se passe.

Nous n’avons aucun choix : ce sont les appareils des partis qui décident pour nous. Et ces appareils rivalisent de médiocrité. La gauche, par exemple, ne compte pas être élue parce qu’elle possède un programme qui va faire notre bonheur, mais du fait des vices du gouvernement. Et, comme le notait Tocqueville, le vote ne fait que légitimer cet équilibre entre peste et choléra.

L'arme des deux partis est la manipulation, mais d’un levier différent, social d’un côté, individuel de l’autre :
  1. La gauche a « le monopole du cœur », elle donne des leçons de morale (les « droits de l’homme »). Elle utilise les lois sociales, de notre culture, pour les retourner contre nous, pour nous dicter notre comportement. Ce qui est rapidement inconfortable : elle fait un criminel du Français (cf. le « bourgeois » de 68).
  2. La droite, elle, joue sur notre abjection, sur notre haine de l’autre, sur notre rapacité, et elle les encourage. Elle multiplie les lois qui flattent les intérêts particuliers, ou qui condamnent.
Cet équilibre de la médiocrité est fort stable : il ne permet à aucune autre pensée de surnager. Un journaliste télé me disait, par exemple, qu’il voyait défiler toujours les « cinq cents mêmes personnes ».
À y bien regarder, c'est fort curieux.
  • Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la dictature semble beaucoup moins stable qu’un tel système de frères ennemis. D’une certaine façon, c’est la haine qu'éprouvent les deux camps l'un pour l'autre qui est le moteur de leur union, et qui tue toute opposition.
  • Cette haine permet aux valeurs qu’ils partagent de tenir le haut du pavé (dans ces valeurs, il y a l’individualisme).
  • Ce qui fait la force de chacun est l’hypocrisie. Il fait le contraire de sa profession de foi. Les socialistes se servent des lois sociales contre les intérêts du peuple, les libéraux, eux, des faiblesses de l’homme pour l’asservir.
Faut-il voir ici la main de tel ou tel criminel ? Ou plutôt une caractéristique humaine, une sorte de loi mathématique ? Il est sûrement plus facile d’exploiter les faiblesses de l’homme ou de la société pour réaliser son intérêt personnel que d’utiliser leurs forces pour faire le bonheur collectif.
Compléments :
  • Il est possible que l’on ait là le phénomène de « cartel » dont il est question dans le billet précédent. Le fait que le cartel ne soit pas fondamentalement stable, qu’il puisse être victime de la voracité individuelle, est peut-être une bonne nouvelle… En tout cas, une des valeurs partagées par nos puissants est la science, et elle ne peut que les trahir.

Naissance des cartels

Le cartel est l’ennemi de la théorie économique officielle, puisqu’il rend inopérants les marchés. En conséquence, elle le dit impossible. Ce qui est bizarre puisque l’observation le montre partout.

Une étude semble donner raison aux uns et aux autres :

  • L’individualisme fait que les cartels sont très difficiles à réaliser, par contre s’ils réussissent ils sont durables et efficaces (en gros ils pratiqueraient des prix 30% supérieurs à l’optimum économique).
  • Mais, à moins d’une observation fine, de terrain, il est impossible de prévoir si un cartel va s’établir ou non.

Ma conclusion. On retrouve un résultat de la théorie du chaos : l’impossibilité de prévision, à moins d’une observation parfaite des conditions initiales d’un phénomène. Ce résultat met en déroute à la fois la théorie économique et les prétentions des gouvernements : il n’est pas possible de diriger un état de manière « macro économique », par de grandes mesures qui ignorent la réalité concrète, et qui se désintéressent du contrôle de leurs effets.

Compléments :

dimanche 8 novembre 2009

France et déficit

Dans la suite du billet précédent, j’observe une convergence de points de vue sur le sort de la France. The Economist (Recovery, of sorts), fait un bilan de l’état de l’économie européenne, mauvais. Une exception, la France :

Not so France. Its economy has been the most resilient of the big euro-area countries, because it was the least harmed by the three ills that befell Ireland. Its willingness to use fiscal means to prop up the economy has helped, too. But the commission reckons France’s budget deficit will remain above 8% of GDP next year. A country with so little practice in fiscal discipline will find this hard to correct.

Seul contre tous, N.Sarkozy va-t-il s’entêter ? Ce serait cohérent avec une caractéristique française : celle du grand patron, qui, même au fond du précipice, demeure convaincu d’être dans le vrai, et d’y être seul.

L'étrange changement de M.Sarkozy

Hier j’entends une discussion entre Daniel Cohen et Jean-Claude Casanova. Il y était question des réformes de N.Sarkozy. Elle semblait tellement bien confirmer mes thèses que j’ai cru qu’ils avaient lu ce blog. Effrayant.

N.Sarkozy n’a pas eu le courage de ses convictions. Au lieu de les annoncer clairement et de susciter un débat national. Il louvoie. Les mises en œuvre des réformes sont tortueuses, pas franches. Elles se font donc par miettes. Ce qui les rend inefficaces. Et ce notamment parce que ceux de qui en dépend le succès ont compris qu’ils pouvaient monnayer leur participation très cher. Ainsi, non seulement la réforme des taxis a été un flop, mais ils y ont gagné de nouveaux avantages.

Curieusement, ces réformes réalisent l’envers de ce qu’elles voulaient atteindre. Autre exemple, l’autonomie des universités :

  • Elle a fait de leurs présidents des despotes sans contre-pouvoirs. Ils sont supposés être l’arme d’une méritocratie dont ils sont un contre-exemple.
  • En termes de recherche et développement, la faiblesse de la France est son université, privée de moyens, pas ses entreprises dont l’investissement est comparable à celui de leurs concurrentes. Les réformes gouvernementales devaient redresser ce dysfonctionnement. Or, le gros des subventions (4,5md€) est parti en crédit impôt-recherche, chez les grandes entreprises, qui n’en avaient pas besoin ! L’Université est toujours aussi pauvre, et les grandes sociétés reçoivent une rente de situation…
  • De même on désirait redresser le déséquilibre université, grande école, en ouvrant aux premières l’accès aux fonds de l’entreprise privée. Or ce sont les grandes écoles qui sont les mieux placées pour lever ces fonds, alors qu’elles n’ont que des équipes de recherche médiocres, au mieux.

Étrangement, M.Sarkozy croirait être un efficace réformateur. Peut-être pense-t-il même qu’il fait notre bien à notre insu, et qu’il va nous mettre devant le fait accompli d’une France entreprenante et compétitive, qui aime l’argent et ses entreprises, dont la fainéantise et l’administration ont disparu ?

Ce serait drôle, si cela ne menaçait pas de plomber définitivement le pays, alors que sa part des exportations mondiales ou européennes ne fait déjà que régresser.

Car les cadeaux (sans aucune contrepartie donc) que fait le gouvernement aux gens qu’il juge méritants (TVA des restaurateurs, « grand emprunt »… à quoi on peut ajouter probablement la taxe professionnelle et le crédit impôt recherche), ont une conséquence à long terme concrète, le déficit structurel. Aujourd’hui, le déficit de la France s’expliquerait pour 50md par la crise (manque à gagner), 15md pour le plan de relance, 100md de déficit structurel (récurrent).

En fait, la crise a servi d’excuse à l’augmentation de ce déficit structurel. Ce sera lui l’héritage du gouvernement. Un héritage qui, seul, signifie que nous sommes, de manière incompressible, au double du niveau requis pour rester dans la zone euro.

Compléments :

  • Ce billet est une illustration parfaite, et surprenante, de ce que mes livres disent sur la capacité au maintien du statu quo des organisations. C’est un exemple bien meilleur que tout ce que j’avais pu trouver en près de dix ans de recherche.
  • Les réformes de notre pays vues de l’intérieur, et quelques explications techniques sur ce qui s’y passe : Changement à la française.
  • J'ai quand même un désaccord avec MM. Cohen et Casanova. Et si N.Sarkozy obtenait ce qu'il voulait ? Et s'il ne désirait, qu'apparemment, par exemple, réformer l'Université, mais, en fait, voulait sa mort ? Une fois que l'état sera perclus de dettes, nous n'aurons plus de choix, sinon de le détruire. C'est peut-être le calcul de N.Sarkozy. Sur la crise utilisée pour nous mettre devant le fait accompli de la réforme ultralibérale, et d’un état uniquement bon à être achevé d’une balle dans la tête : M.Sarkozy et l'état, Attali m’a tué.
  • Sur la technique sournoise de la mise en œuvre du changement en miettes : Taxe professionnelle.
  • La logique du déficit heureux : Sarkozy imite Bush ? Après nous le déluge. Et celle de l’évolution du monde (et accessoirement la mienne) Ce blog veut changer le monde.
  • Sur la réforme des universités : Présidence des universités, Dauphine à l’heure romaine, Changement et université.
  • Une fois de plus ce qui me frappe est que le libéralisme est sournois, il ne s’adresse jamais à notre raison, mais cherche à nous manipuler (Conservateur et bolchévisme, Irving Kristol) : ne serait-il pas sûr de lui ? Saurait-il qu’il défend des intérêts catégoriels qui ne sont pas universels ? Croit-il qu’il y a des bons et de la canaille, nuisible ?

Qu’est-ce qui cause les crises bancaires ?

Selon Calomiris on historical crisis lessons ce serait les états. Toutes les crises bancaires sont semblables :

Elles résultent bien moins d’une absence de contrôle ou d’une volonté de laisser-faire, que d’incitations volontaristes à la prise de risque, à la fois du marché, et des banques. En résultent des comportements irresponsables.