mardi 5 janvier 2010

Fin de l’A400M ?

Je citais l’A400M comme succès européen, or Airbus parle d’arrêter le programme (Airbus planifierait l'abandon de l'A400M).

Airbus demande de nouveaux fonds à ses clients, qui ne veulent pas les lui donner. Le bon négociateur doit être prêt à tout perdre (« prêt à mourir » disent mes cours de négociation). Il est donc probable qu’Airbus ne bluffe pas, et que l’A400M a de bonnes chances d’être construit.

Carbone et confusion

J’entendais parler taxe carbone, ce matin. Quand la mesure a été refusée par le Conseil constitutionnel, je me demandais ce qu’elle contenait : les plus gros émetteurs en étaient exclus. Eh bien, il y avait une raison : ils sont soumis au marché du carbone européen (dont les prix n’arrêtent pas de s’effondrer). D’après ce que je comprends le gouvernement compte modifier son texte de loi en faisant payer les « mille » (?!) plus gros émetteurs, puis en les dédommageant. Subtilité difficile à comprendre.

Bref confusion. Pourquoi le Conseil constitutionnel refuse-t-il la loi, alors qu’il devrait accepter un équivalent ? Surtout, cette loi a-t-elle un peu d’efficacité ? Pas possible de se prononcer sans une étude approfondie du sujet.

Au même moment, le gouvernement réagit aux critiques suscitées par sa politique de vaccination : il annonce une annulation d’une grosse partie de ses commandes de vaccins, et permet aux généralistes de vacciner. Aucune explication de ce revirement, et de son coût. Déroute en rase campagne ? Aveu d’incompétence ?

La politique du gouvernement est-elle inspirée par la réalité, par une vision à long terme solidement étayée, ou par la rumeur ? N’est-il pas balloté par les bourrasques de l’opinion publique ? Est-ce ce que l’on attend de lui ? Comment peut-il avoir la moindre crédibilité dans ces conditions ? N’est-il pas victime des effets pervers d’une stratégie de pilotage au fait divers, qui n’est autre que celle de la girouette ?

Alors n’est-il pas temps qu’il cesse de décider seul et qu’il s’entoure d’avis compétents, et surtout qu’il fasse participer la nation à son travail. Comment pourrions-nous lui reprocher ce à quoi nous avons participé, qui nous a convaincu ? D’ailleurs n’est-ce pas le sens même de la démocratie ?

Et n’est-ce pas dans la logique des réformes que le gouvernement mène depuis 30 ans ? Il a détruit la structure bureaucratique française, il doit maintenant renoncer à son principe même : l’omniscience du gouvernant. Il est temps qu’il se demande comment faire fonctionner un tel système. (Le changement de l’économie française.)

Argent des jeux

Les jeux en ligne ont créé une véritable industrie parallèle : des entreprises de joueurs professionnels (essentiellement asiatiques) vendent leurs services à des joueurs plus fortunés (à l’Ouest).

Le chiffre d’affaires de l’industrie serait de l’ordre du md$ (entre 200m et 3md) elle emploierait de 100.000 à 1m de personnes et aurait 4 à 12m de clients. Des intermédiaires s’enrichissent (IGE réalisait à un moment de l’ordre de 10 à 20m$ par mois).

Gaming for Profits: Real Money from Virtual Worlds

lundi 4 janvier 2010

Vaccins inutilisés

D’après la radio, le gouvernement aurait calculé que 2/3 de la population devait être vaccinée, à double dose (soit 94m en tout), contre la grippe A. Il y aurait eu environ 5m de vaccinations à simple dose. Le coût de l’affaire serait très élevé (2md€ ?). Particulièrement en comparaison des déficits de la France et de la Sécurité sociale. Mais l’opposition a-telle raison de critiquer le gouvernement ?

Car, à l’époque où il a commandé le vaccin, avec ce que l’on savait, n’était-il pas justifié ? Il semblerait surtout qu’on reproche une réaction excessive : depuis plusieurs mois on s’étonne que la France ait commandé nettement plus de vaccins par personne que des pays comparables.

Voilà un problème pour contrôleur de gestion : comment utiliser au mieux les ressources de la nation ? Le contrôle de gestion choisirait la décision qui a le retour sur investissement le plus élevé.

Mais comment calculer un tel chiffre ? Comment prévoir, et surtout évaluer, toutes les conséquences d’une décision ? Notre « rationalité » ne peut être que « limitée », selon l’expression d’Herbert Simon. Du coup, nous décidons selon des heuristiques. Quelles furent celles du gouvernement ? Un journaliste de France Culture faisait tout à l’heure une curieuse hypothèse à ce sujet : le pays était inquiet, le gouvernement a voulu exploiter cette inquiétude, par un coup d’éclat qui aurait dû servir sa popularité.

Ce diagnostic (juste ?) a l’intérêt d’illustrer une modélisation de la décision humain. Selon lui, le gouvernement est obsédé par sa popularité, c’est elle qu’il cherche à optimiser. Il y a plusieurs moyens pour l’acquérir, il en aurait choisi un, très particulier : profiter de tous les événements susceptibles d’émouvoir la population, quitte à les amplifier. L’homme est comme cela : à chaque type d’événement, il associe une façon, toujours la même, d’agir.

Compléments :

Que m’achète-t-on ?

L’idée suivante vient de me traverser la tête :

Depuis le début de ma carrière, je suis confronté à un dilemme que je ne comprends pas : j’explique que je suis un homme de techniques, que je vends mes services ; or on ne veut pas acheter mes services, des heures de conseil, mais m’employer, donc contraindre mon existence, certains vont jusqu’à me proposer une partie de leur entreprise.

Cela ressortirait-il à un problème culturel : acheter / vendre des services est le propre d’une culture individualiste, où l’émotion n’entre pas dans la relation humaine ; une culture où le lien social est fort s’attache ce qui lui plaît ?

Question suivante : suis-je un individualiste qui ne s’attache pas ? Ce qui est sûr est que je n’ai pas les mécanismes de défense adaptés à la vie en société française. Je sais la transformer, mais pas ne pas me faire imposer des contraintes insupportables.

Alors, pourquoi ne suis-je pas parti aux USA ? Peut-être parce que ce qui m’intéresse le plus est de résoudre des problèmes sociaux, que l’on ne trouve pas en aussi compliqués dans une société individualiste. Et peut-être aussi parce que je suis attaché à la culture française.

dimanche 3 janvier 2010

SMS

C’est la première année que je remarque l’usage systématique du SMS pour le nouvel an. Bombardement.

C’est plus spontané que la carte de vœux, et plus facile à écrire. C’est moins sympathique que le coup de fil, mais cela évite les files d’attente. Le SMS serait-il la voie de la paresse ? Ou, au contraire, un moyen adapté à notre paresse, de garder un minimum de lien social ?

D’ailleurs j’ai noté chez mes hôtes du réveillon que le SMS suivait les pratiques de gains de productivité du capitalisme moderne : la tâche est sous-traitée à un personnel à bas coût (les enfants), et on utilise l’envoie de masse.

En tout cas, cela encourage à s’équiper d’un téléphone un rien smart : le mien ne me permet pas de répondre facilement, j’envoie des mails de mon PC, ce qui est du dernier ringard.

1500

Cette centaine fut de faible QI :

Le changement de l’économie française

Les relations de l’État français et de son économie sont une sorte d’exception mondiale. C’est notre chance : elles font l’objet d’études scientifiques sans rapport avec notre importance économique. CULPEPPER, Pepper D., le système politico économique français depuis 1985 (in La France en mutation, 1980 – 2005, Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006), tente d’analyser le changement que notre pays a connu depuis 1985.

Système de coordination des acteurs économiques

Il attaque la question sous un angle original : qu’est-ce qui guide les acteurs de l’économie ?

  • Dans le modèle anglo-saxon, c’est le marché.
  • Dans le modèle d’Europe du nord, c’est une coordination entre acteurs : constitutions de groupements d’entreprises (reliées par des contrats) ; organisations patronales et de salariés puissantes ; co gestion du système éducatif.

Jusque dans les années 80, l’économie française était dirigée par l’État. Un « plan » donnait la direction dans laquelle il voulait aller. Il influençait l’économie parce qu’il distribuait le crédit et qu’il nommait les patrons des grandes entreprises, qui venaient de la haute administration. Par ailleurs, l’école publique était le seul outil de formation du Français. Elle produisait « l’élite méritocratique » nécessaire au fonctionnement de l’administration, puis, par ordre de classement : les citoyens ordinaires et une main d’œuvre peu qualifiée (formation professionnelle pour les mauvais élèves) absorbée par une industrie « fordiste » peu exigeante.

Le changement

Pour une raison qui n’est pas entièrement claire, le gouvernement a décidé de faire évoluer ce système. La cause est peut-être européenne :

En créant les conditions d’une économie française compétitive au cœur de l’Union Européenne, les décideurs publics français se sont aperçus que l’emprise croissante des marchés rend de plus en plus difficile la tâche de diriger le développement économique.

Le changement semble alors avoir pris trois directions :

Les noyaux durs

Il y a eu une volonté (par le gouvernement Chirac, après les privatisations de 86 – 88) de création de conglomérats de grandes entreprises, autour de deux réseaux bancaires, protégés par des participations croisées des investissements étrangers et de la pression du résultat à court terme. Mais les dirigeants de ces entreprises ont dénoué ces alliances : ils cherchent leurs capitaux sur le marché financier, ont fait entrer des fonds d’investissement (surtout anglo-saxons) dans leur capital, ont retiré tout pouvoir au petit porteur, se sont versés des stocks options. Dorénavant leurs intérêts sont les mêmes que ceux de leurs principaux actionnaires. Modèle anglo-saxon.

La formation professionnelle

La prédominance écrasante de l'Education nationale dans la filière professionnelle a longtemps plombé la réactivité du système aux besoins de qualifications sur le marché du travail et aux demandes des associations patronales. Tant que les entreprises ont pu absorber des travailleurs semi-qualifiés ou non qualifiés, l'administration a pu maintenir son contrôle sur le système.

L’idée de la réforme était d’utiliser les régions pour coordonner la collecte d’informations afin d’orienter l’enseignement. Les entreprises auraient accru leur investissement dans la formation en alternance. Ce mécanisme était fondé sur des institutions cogérées où représentants du patronat et des salariés auraient débattu des besoins de l’économie locale.

Or, syndicats et patronat n’ont pas les connaissances nécessaires. Les conseils généraux sont donc impuissants. Seules les grandes entreprises sont organisées pour influencer le processus.

Parallèlement, l’ENA est devenue une « business school », qui place ses élèves au sommet des entreprises privées (alors que le Français ne rêve que d’entrer dans l’administration !).

La réduction du temps de travail

Contrairement à ce que je pensais, l’idée d’échanger réduction du temps de travail contre souplesse et emplois ne vient pas de M.Aubry mais d’A.Juppé (Loi Robien). Si M.Aubry est associée à la mesure, c’est parce qu’elle l’a rendue obligatoire.

Comme dans le cas précédent, le gouvernement tablait sur une négociation à l’amiable entre représentants des salariés et du patronat. En fait, faute d’organisations adéquates, elle a été impossible, et les grandes entreprises ont utilisé leur force pour assouplir les règles qui s’appliquaient à elles et, surtout, pour transformer les négociations qui auraient dû être sectorielles, en négociations d’entreprise.

Coordination à la française ?

Résultat du changement ? A-t-on un nouveau modèle de coordination de l’entreprise ?

  • Pas du tout. Le changement a été conduit par les acteurs les plus forts : d’une part la grande entreprise, d’autre part l’inspection des finances de l’ENA. Il a débouché sur un modèle d’organisation mû par le rapport de forces grande entreprise / salariés, qui n’est pas tourné vers les réalités économiques.
  • Plus exactement, c’est la capacité de nuisance qui caractérise le fonctionnement de la France : l’Etat, le patronat, les syndicats... peuvent bloquer une mesure, mais ils ne peuvent rien imposer.
  • Aujourd’hui les forces en présence sont d’une part la grande entreprise et d’autre part le rejet de l’économie de marché par le pays, l’attachement à la réglementation du travail, et à la négociation.

Commentaires

Curieuse analyse.

  • Contrairement à ce que je croyais, le gouvernement semble avoir voulu réformer la France sur le modèle allemand (et pas anglo-saxon). Par contre, ce qui lui est arrivé correspond parfaitement à ce que donne le changement non contrôlé : ce sont les acteurs auxquels la société place en position de force qui imposent leur marque au changement (cf. Glasnost).
  • La mise en œuvre de la réforme reposait sur la fiction d’acteurs sociaux capables de négocier entre eux, donc d’être dans un rapport de force équilibré. Or, le modèle de la France bureaucratique, d’assistanat, n’a pas permis le développement de telles organisations. De même, je me demande si les « champions nationaux » qui émergent de cette transformation sont équipés pour affronter la concurrence internationale : les hauts fonctionnaires qui les dirigent étaient formés pour appliquer les directives de l’Etat, comment vont-ils faire sans elles ? Croissance externe suicidaire (cf. Crédit Lyonnais, France Télécom, Vivendi, EDF…) ?
  • Gauche et droite ont suivi la même ligne (y compris en ce qui concerne la réduction du temps de travail !). Cela signifie qu’il n’y a probablement ni gauche, ni droite, mais une élite qui partage les mêmes idées, à quelques détails de mise en œuvre près.
  • S’il y a déni de démocratie (ces réformes n’ont pas été discutées), il n’est pas certain qu’il y ait conflit de points de vue entre notre élite et son peuple. Au fond, elle cherche à rendre l’économie nationale efficace, tout en respectant nos valeurs (protection du travailleur). Ce qui manquerait au gouvernement c’est une sorte de degré 0 de savoir-faire de mise en œuvre du changement. Est-ce l’hypothèse selon laquelle il doit faire notre bien contre notre volonté qui empêche son acquisition ? La première étape de la réforme de son art du changement est de nous considérer comme des responsables, et de nous expliquer pourquoi il fait ce qu'il fait (ce qui nous éviterait de le démolir) ? Ce qui n’est pas simple : il nous a habitués à ne pas l’être !

Compléments :

  • Cette étude corroborerait-elle Les réformes ratées du président Sarkozy : bonne direction, mauvaise mise en œuvre ? N.Sarkozy exemplifie ce mal français, mais ne lui a-t-il pas ajouté une dimension de type néo conservatrice, étrangère à la culture du pays ? N’a-t-il pas, aussi, transformé en techniques systématiques ce qui, jusque-là, était manœuvres inconscientes (cf. son double discours) ?

L’Enfer

Film sur un film que Clouzot n’a pas réussi à terminer, en 64. (Claude Chabrol a repris l’histoire plus tard, un film qui ne m’a laissé quasiment aucun souvenir.)

Déception. Contrairement à ce que j’avais compris, Clouzot avait très peu filmé, et ce qu’il a filmé n’était pas remarquable. (D’ailleurs le film est essentiellement occupé par des témoignages façon Arte.) Pour une raison inconnue, on lui avait donné un budget illimité pour une œuvre qui n’aurait pas dû avoir de grandes ambitions (banale histoire de jalousie), et il s’est perdu dans une débauche d’expérimentations en effets spéciaux (sans intérêt) visuels et sonores. Jusqu’à l’infarctus final.

Clouzot comme Duvivier semblent avoir été mis à mal par la Nouvelle vague. Ils auraient pris peur d’être effacés, et auraient voulu montrer qu’ils pouvaient rivaliser avec elle, être innovants, provocateurs, modernes…

Dans le cas de l’Enfer et de Pot-Bouille (57), j’ai été surpris de voir que les actrices se dénudaient. Mais, ai-je réfléchi, n’était-ce pas l’époque de Brigitte Bardot ? Alors, 10 ans avant 68, les mœurs commençaient-elles à se libérer ? L’Enfer, est-ce cela : les prémisses de 68, le conflit entre la libération approchante et la rigueur ancienne ? Est-ce ce conflit auquel le cœur de Clouzot n’a pas résisté ?

samedi 2 janvier 2010

Le retour du champion national

The Economist croit que notre gouvernement est repris par ses vieux démons : les « champions nationaux ».

  • Le Fonds Stratégique d’Intervention lui permettrait de défendre les entreprises nationales contre les interventions extérieures. Exemples : Valeo, et, plus bizarrement,Dailymotion (vue comme une start up Internet).
  • Les proches du président prendraient la tête de ces champions.

Parmi les motifs de ce regain d’interventionnisme, il pourrait, curieusement, y avoir un souci de publicité.

When Vivendi, a French telecoms and media group, announced a deal to buy GVT, a Brazilian telecoms firm, for €2 billion ($2.9 billion) in September, the last thing it expected was a scolding from the Elysée Palace, the official residence of France’s president, Nicolas Sarkozy. His staff complained that they should have been briefed as the deal was being negotiated, which might then have allowed Mr Sarkozy to bask in the glory during his recent visit to Brazil.

Dirigisme de rigueur.

Compléments :

Risques et nanotechnologies

J’ai dit ailleurs que les nanotechnologies présentaient le même type de risques que l’amiante. Mais je n’en avais pas compris les conséquences :

Le moindre problème pourrait entraîner la mise au ban définitive de l’ensemble des nanotechnologies, avec possibilité de poursuites judiciaires coûteuses. Ce pourrait être la fin des recherches dans ce domaine.

Nano-Risks: A Big Need for a Little Testing en appelle aux autorités sanitaires et leur demande de vérifier le plus vite possible l’innocuité des dits produits.

Compléments :

  • Aux USA, il y aurait déjà un millier de produits de grande consommation qui les emploient.

vendredi 1 janvier 2010

Copenhague optimiste

Sommet de Copenhague, raisons d’optimisme :

Planet B :

  • Jusque-là (Kyoto) seuls les pays développés s’engageaient à réduire leurs émissions ; aujourd’hui tout le monde est concerné.
  • Une négociation à 193 avait peu de chances de réussir, d’autant plus que le problème est effroyablement complexe. Des organisations plus petites, plus spécialisées, de motivés, se mettraient en place, coordonnées par l’ONU.

China's thing about numbers :

  • Confirme que la Chine a torpillé la négociation, empêchant même les pays développés de prendre des engagements. Mais :
  • Il y a accord sur un système de contrôle des émissions, dont l’Inde et la Chine ne voulaient pas. Ainsi que sur le principe d’une aide des riches aux pauvres.

Climat: l'après-Copenhague sera européen, prend le contre-pied des critiques faites à l’UE :

  • Sans elle il n’y aurait pas eu Copenhague. Surtout, c’est-elle qui a fixé le cadre dans lequel vont se dérouler les négociations mondiales futures.
  • Elle aurait une « une avance capitale en matière d’instruments économiques capables de limiter les émissions de gaz à effet de serre ». « Elle est en passe de devenir une puissance écologique (…) elle doit (…) redoubler d’efforts et consolider son avance écologique, qui se convertira progressivement en avance économique. »

Le climat est en déplacement

Velocity of Climate Change Varies from Mountain to Marsh. Du fait du réchauffement de la planète, les zones climatiques se déplaceraient relativement rapidement (en moyenne 420m/an, parfois un km).

Au lieu de s’adapter, la nature semble chercher à suivre le climat. Ce qui pose des problèmes curieux :

  • Tout ce qui est solidement enraciné peine à appliquer cette stratégie. De même que ce qui en dépend (certains animaux et insectes).
  • La transhumance peut être bloquée par des obstacles, souvent humains (villes, champs…). Il faudra peut-être laisser à la nature des voies de traversée de nos ouvrages.

jeudi 31 décembre 2009

Taxe carbone : entourloupe ?

Le Conseil constitutionnel juge non constitutionnelle la taxe carbone. Arguments :

Le texte prévoyait d’épargner les transports aérien et routier de voyageurs, ainsi qu’un millier des sites industriels les plus émetteurs de CO2, comme "les centrales thermiques, les raffineries, cimenteries, cokeries, verreries". "93 % des émissions de dioxyde de carbone d’origine industrielle, hors carburant, seront totalement exonérées de contribution carbone", précise la décision. Ces régimes d’exemption "sont contraires à l’objectif de lutte contre le réchauffement climatique et créent une rupture caractérisée de l’égalité devant les charges publiques".

Mais qui avait-il dans cette loi, alors ? Communication pure ? Ou masquait-elle une nouvelle subvention de la nation à quelque « intérêt spécial » ? Répétition du mécanisme décrit par Les réformes ratées du président Sarkozy ?

Changement et entreprise : un bilan

Qu’il s’agisse de mon expérience personnelle ou de celle des (nombreux) consultants que je rencontre, je vois des thèmes récurrents quant aux problèmes que le changement pose à l’entreprise :

Souffrance

Ce qui était inattendu est que ce que l’on dit de France Télécom se retrouve quasiment partout, aussi bien dans le public que dans le privé. Avec des manifestations qui se répètent : employés stressés, perdus ; managers qui « ne communiquent pas » ; syndicats qui revendiquent ; dirigeants agacés, interloqués et inquiets de ces manifestations menaçantes…

Paradoxalement, alors que les entreprises semblent tétanisées, incapables d’initiative et d’innovation, beaucoup de gens me parlent de dirigeants qui, incompréhensiblement, se désintéressent des sujets de survie essentiels, qui ne savent pas trancher, et qui pourtant ont une fièvre d’activité, donnant sans arrêt des ordres contradictoires, chacun devant être accompagné d’une mise en œuvre immédiate et dans des conditions irréalistes…

On me dit aussi que les organisations n’ont que la peau sur les os : les courroies de transmission internes ont disparu. Il devient quasiment impossible de réaliser des changements sans ressources externes.

Pourquoi les changements échouent

Ces derniers temps, je rencontrais surtout de grands changements stratégiques. Je n’avais pas compris à quel point l’entreprise était parcourue de changements organisationnels. En fait, elle semble effectuer un reengineering permanent de ses procédures. On retrouve partout des caractéristiques similaires :

  • Une excellente méthodologie de gestion de projet qui cale très vite du fait d’une sous-estimation de la complexité du changement. Ce qui fait échouer le changement n’est pas tant la résistance de l’organisation que la nouvelle procédure que l’on veut mettre en place qui n’est pas au point (sous estimation de la complexité des procédures à remplacer d’où système d’information mal paramétré, bugs, etc.). D’où retards (généralement +50 à 100%), dysfonctionnements, malaises sociaux, action syndicale, etc. Quand la procédure finit par marcher, on ne se souvient plus que du calvaire qu’a été le changement.
  • Un manque de courage terrifiant. Tous ces projets, qui coûtent très cher, ont pour but des gains de productivité : faire la même chose avec moins de personnel. Mais, on a peur d’un « mouvement social », on ne le dit donc pas. D’où deux effets redoutablement pervers :
  1. l’organisation se rend compte du danger, et contribue le moins possible à son succès, or, c’est elle qui a le savoir qui permettrait de détecter et de corriger rapidement ce que les nouvelles procédures ont d’irréaliste ;
  2. les gains n’étant pas annoncés, ils ne sont pas réalisés : les ressources qui devaient être dégagées sont souterrainement captées par d’autres besoins.

La gestion de projet immobilise des surdiplômés à gros salaires, il faut des logiciels et des consultants, on doit compenser les surcharges de travail dues aux dysfonctionnements ci-dessus par des embauches d’intérimaires… tout cela pour économiser des salaires de Smicards !… L’argent consommé par ces projets n’aurait-il pas été mieux employé ailleurs ?

Gestes qui sauvent

Que faire ?

  1. Pas possible d’y couper : il faut annoncer à l’organisation le gain de productivité : dans deux ans nous aurons réduit les effectifs dédiés à telle procédure de X%. Or, pour que le projet réussisse, on a besoin que les X% travaillent avec une motivation exceptionnellement grande à éliminer leur emploi ! Pour y parvenir, il faut annoncer clairement ce que l’on attend d’eux, et le processus de « réorientation » qui leur est proposé, et qui demandera leur participation active (qu’il y ait licenciement ou pas). Le succès du projet dépend de si oui ou non l’organisation trouve ce qui lui est proposé crédible et motivant. Le concevoir demande une bonne connaissance de la culture de l’entreprise et de ses personnels, et un peu de talent.
  2. À ce point, le plus gros est fait. On peut alors utiliser l’organisation pour construire un plan d’action de déploiement du projet qui lui évitera l’essentiel des problèmes qu’il aurait eus sinon.

Tous les changements peuvent être rattrapés

Il y a cependant une très bonne nouvelle dans ce bilan : ce que l’entreprise prend pour un échec n’en est pas un.

Les conditions de gestion de projet sont telles que ceux qui en sont responsables sont usés, ils n’ont qu’une hâte : achever le projet. Du coup, ils oublient d'appliquer la méthodologie prévue. Par exemple, les formations ayant été impossibles, il n’est plus question de formation !

Or, même s’il ne s’est pas déroulé comme désiré, le projet a quasiment réussi : les moyens (par exemple système d’information) sont là et fonctionnent ; les personnels les utilisent, mal, mais les utilisent quand même. Il ne reste donc qu’à apporter le petit peu nécessaire à une appropriation définitive. Ce qui signifie, simplement, appliquer les procédures de « conduite du changement » prévues, mais que l’on a oubliées du fait des aléas du projet.

Changement et dirigeants

Un paradoxe pour finir. Cette année m’a fait rencontrer tous types de populations confrontées au changement : groupes de dirigeants généraux, comités de direction, cadres intermédiaires, employés. L’aptitude au changement d’une personne était à l’exact opposé des a priori. J’avance les hypothèses suivantes :

  1. Les employés sont soumis à des changements permanents (France Télécom traverse des changements majeurs depuis une quinzaine d’années), du coup ils ont appris à changer. Par ailleurs leur niveau d’éducation est beaucoup plus élevé qu’il ne l’était il y a 20 ans, ce qui est très favorable au changement. Enfin, les changements sont souvent informatiques, or Internet est partout. À noter que j’ai rencontré quelques entreprises de culture ancienne, jusque-là protégées, et que je prenais pour des cas désespérés.
  2. Les dirigeants, eux, font un travail qui finalement a peu évolué au cours des décennies : réunions, déjeuners, gestion financière… Le personnel important qui les entoure leur évite souvent d’entrer en contact avec ce qui fait l’ordinaire des changements : ordinateurs, logiciels… Je me demande même si la rupture électronique ne s’est pas faite à l’envers de ce que l’on craignait. Cela explique peut-être pourquoi ils sont aussi mal à l’aise quand le changement les concerne. Leur premier réflexe est de le refuser.
Compléments :

  • En fait, ce billet ne fait que répéter ce que disaient d'autres billets vieux de plus d'un an ! Comme quoi sans l'expérience vécue les mots ne sont que de la théorie. Un article sur l'application du Toyotisme en France, et l'analyse d'un médecin du travail.


mercredi 30 décembre 2009

Iran (suite)

J’entendais ce matin que le gouvernement iranien semblait vouloir faire taire son opposition par une répression féroce.

C’est l’équivalent du « passage en force » de la conduite du changement. Cela peut marcher, ou conduire à une radicalisation du mouvement. Dent pour dent. Demain des attentats terroristes en Iran ? Ils seraient d’autant plus efficaces que le pays à quelques ennemis qui ont envie de l’ébranler.

Curieusement, alors que la contestation se fait entre gens qui semblent partager de mêmes valeurs religieuses, la révolte conduirait alors à la victoire d'extrémistes, qui n’apprécient probablement pas ces valeurs.

Tout dépendra certainement de l’attitude des opposants : s’ils se crispent et résistent, le régime pourrait connaître le chaos.

Complément :

  • Enchaînement d’idées : pourquoi la répression chinoise semble-t-elle fonctionner ? Le régime chinois ne ressemble pas pourtant aux régimes dictatoriaux qui font régner la terreur. Peut-être est-il habile pour trouver des échappatoires à sa population ? La stratégie chinoise après Tien An Men : Chine et mur.

France en panne

Hier RFI contrastait les succès du marché automobile français et l’échec d’Areva en Arabie Saoudite. Avant-hier Le Monde observait que nos champions nationaux essuyaient revers après revers.

Les pessimistes remarqueront que, face à une concurrence de plus en plus féroce, mondialisation oblige, l'équipe France semble décidément avoir bien du mal à renouveler ses élites et à produire les champions industriels de demain.

N’y aurait-il que ce qui est tiré par l’État (l’automobile) qui fonctionne ? Les grandes entreprises sont essoufflées, les petites soufrent, je ne vois pas vraiment de grand élan de création… La France semble désorganisée.

Or, tout change autour d'elle, non seulement les pays émergents sont redoutablement efficaces, mais le développement de l’UE semble parti pour s’accélérer (2020, l’Union des 37 ?), ce qui va poser de gros problèmes d’intégration, notamment lorsqu’arrivera le tour de l’Ukraine et de la Biélorussie (des parties intégrantes de l’histoire russe, pas encore très à l’aise avec notre acception de démocratie).

Peut-être serait-il utile que nous fassions un point sur l'état du pays, ce qui ne marche pas et comment le reconstruire ?

Denise Colomb

Exposition de photographies sur les Antilles d’après guerre à l’hôtel de Sully.

Photographe qui a eu une logue vie (1902 – 2004), mais que je ne connaissais pas. Photographies qui ne m’inspirent pas grand-chose, sinon qu’il est étrange de voir les Antilles en noir et blanc. D’ailleurs je me demande si les tirages ne sont pas trop foncés : je les trouve bien mieux sur la page web dédiée à l’exposition, ou dans les journaux qui les reproduisent.

La première série vient d’un reportage à visée ethnologique commandé par Aimé Césaire. Pensait-on à l’époque que les Antilles étaient habitées par des peuplades curieuses aux mœurs singulières ?

mardi 29 décembre 2009

Démocratie américaine

The tyranny of the majority. L’Amérique fait un gros usage de la démocratie directe, dont elle a importé les techniques de Suisse :

Au 19ème siècle la politique américaine tendait à être dominée par la corruption et les « intérêts spéciaux » des grandes entreprises, la démocratie directe semblait un moyen d’éviter ce vice. Elle l’aurait été jusqu’en 1978. Aujourd’hui elle serait « devenue l’outil de ces mêmes intérêts spéciaux qu’elle était destinée à contrôler, et une entrave au fonctionnement efficace d’un réel processus démocratique ». Des réformes seraient en cours.

Prolongement de ce qui précède et de la réflexion de M.Crozier (Le mal américain) : un univers individualiste, où la contrainte sociale est minimale n’est-il pas menacé par le chaos ?

Qu’est-ce que l’Amérique ?

L'Amérique est, pour l'éternité, une terre d’immigrés et un paradis pour individualistes (A Ponzi scheme that works) :

  1. Chacun y trouve facilement une « niche », qui lui permet de gagner sa vie.
  2. Il peut aussi choisir le voisinage (des compatriotes), le paysage, le climat et même les lois qui lui conviennent : l’Amérique c’est la cohabitation de toutes les diversités.
  3. Qui y vient ? Celui qui fuit, un régime oppressif ou une culture étouffante. Et ce d’autant plus facilement qu’il est chrétien ou juif.
  4. L’Amérique pourrait atteindre 1md d’habitants en 2100. Compte-tenu du déclin démographique du reste du monde, cela signifierait le maintien de son influence.

Mais peut-on construire un pays sur la fuite, l’entrepreneuriat et l’inconfort ? L’Amérique aura-t-elle toujours un tel succès quand le reste du monde aura atteint son niveau de vie ? Je suis surpris de voir mes amis businessmen américains être aussi attachés à la France (tout en la critiquant passionnément), et à l’Europe. Je les entends même parler de la nécessité de défendre une culture ou des mérites de l’assurance chômage ! Je suis aussi surpris de voir à quel point les Français, qui étaient partis pour une Amérique qu’ils croyaient moins ringarde que la France et plus favorable à leur génie, semblent maintenant peu sûrs de leurs choix…

Capitaine Blood

Film de Michael Curtiz, 1935.

Histoire bien ficelée, qui respecte (ou définit ?) le genre du film de pirate.

J’y ai aussi vu une allégorie des valeurs américaines. Il y a un procès où l’individu défend avec courage ses droits bafoués par une justice inique (anglaise). Le pirate c’est le self made man, qui fait fortune en partant de zéro, grâce à son seul talent. Et il n’est pas sans valeurs : il ne tue que le strict nécessaire. L’héroïne est une femme de caractère, qui n’a pas froid aux yeux. Et le vaisseau est une entreprise, où chacun reçoit les dividendes de son investissement, et s’appelle par son prénom.

Compléments :

lundi 28 décembre 2009

Iran incertain

Interview d’un spécialiste de l’Iran par RFI :
  • D’après ce que je comprends, la célébration de la mort et du martyr serait au cœur des rites chiites. L’opposition aux gouvernants du pays aurait réussi à inscrire ses manifestations de mécontentement dans ces rites. Est-ce que les victimes des manifestations deviennent des martyrs, qui suscitent de nouvelles manifestations ? L’opposition aurait-elle subtilisé le rite qui légitime le gouvernement ? Les martyrs, la religion donc, sont-ils maintenant de son côté ?
  • Le gouvernement procéderait à des exécutions, masquées en accidents, des proches des opposants du régime.
Les deux camps seraient dans une sorte de « pat » ?
Compléments :
  • Un article du New York Times, qui décrit les derniers événements, et un autre, du Monde, qui pense que le gouvernement iranien a de bonnes chances de tenir.

Quoi de neuf au Japon ?

Dans Changement au Japon (suite) j’avais fait des hypothèses sur la signification des changements qui se jouent au Japon. Avais-je vu juste ?

Le gouvernement Hatoyama semble avoir des difficultés. Plus curieusement, le pays serait piloté dans l’ombre par une sorte de « parrain », à la réputation sulfureuse, M.Ozawa. Il organiserait un rapprochement accéléré avec la Chine (et l'éloignement des USA ?). (The shogun and the emperor.)

Un autre article (You are what you eat) montre à quel point la culture du riz a marqué les usages collectifs japonais. On y apprend qu’à l’origine de sa population seraient des fermiers coréens, qui lui apportèrent le riz (en 400 avant JC) ; que la culture du riz réclame un jeu d’équipe, une répartition égalitaire, l’effacement de l’individu en faveur du groupe… qui serait le principe de l’organisation sociale japonaise ; qu’elle est à l’origine de son nationalisme et de sa haine du libre-échange.

Est-ce la seule raison à cette haine ? J’entendais RFI dire qu’un traité de libre échange aérien avait été signé entre les USA et le Japon, alors que les compagnies américaines détenaient déjà une grosse part du transport aérien Japon / USA. Et que JAL allait probablement passer sous la coupe des Américains. Le libre-échange serait-il un jeu aussi équitable qu’on le dit ? Ou profiterait-il à ceux qui l’on inventé ? Les Japonais n’auraient-ils pas quelques raisons de s’en méfier ?

Compléments :

Inde fédérale

Dans un commentaire sur le livre d’histoire de l’Inde, je disais que le pays était une fédération.

Elle semble ne pas arrêter de se diviser : « l’Inde avait 16 états en 1971. Aujourd’hui, elle en a 28, dont 3 (…) ont été créés pas plus tard qu’en 2000 ». Et pas mal d’autres aimeraient naître. (Divide but not rule?)

Liberté, égalité, fraternité

Petit à petit, j’ai compris que la devise de la France n’était pas ce qu’elle signifiait pour moi. Cela s’est fait en 3 étapes :

  1. Histoire intellectuelle du libéralisme de Pierre Manent affirme que le libéralisme a été le problème central de la réflexion des philosophes des Lumières : comment faire que l’homme ne puisse pas être asservi par un autre homme ? La « liberté », c’est ne pas pouvoir être asservi, et ne pas en avoir le désir, ajoute Rousseau.
  2. Ensuite, c’est le Contrat Social. Rousseau y explique que pour que l’homme ne puisse pas être asservi, il doit y avoir une « égalité de puissance ». « L’égalité », c’est avoir la même force que l'autre, ce n’est pas lui être semblable.
  3. Enfin, ce matin, en lisant The Enlightenment de Peter Gay, j’observe que l’on y parle de « brotherhood ». Et si la fraternité était cela : pas un sentiment fraternel mais la conviction que nous sommes tous frères, avec tout ce que cela implique ? Avec l’égalité on peut avoir une liberté guerrière (équilibre de la terreur), avec la fraternité, elle n’est plus possible.

Dans Liberté, égalité, fraternité, liberté est l’objectif, égalité et fraternité seraient deux conditions nécessaires, espérées suffisantes ?

Promenades de Rousseau

Les rêveries d’un promeneur solitaire ont été mon livre de poche de la semaine dernière.

Inconsciemment, je pensais que le livre serait à l’image de son titre : des considérations agréables et vagues sur la vie, la nature. Or, j’ai trouvé une suite des Confessions. Rousseau se lamente insupportablement sur son sort, dans une sorte de délire de persécution que j’ai du mal à comprendre : alors qu’il croit que l’humanité lui est hostile, elle lui accordera le panthéon seize ans après sa mort.

La curieuse idée suivante m’est venue. Rousseau semble s’être brouillé avec les autres philosophes des Lumières, lorsqu’il s’est coupé d’eux. J’ai l’impression qu’il a voulu alors appliquer ses théories, en quelque sorte « revenir à la nature ». Ce que je comprends de ce livre, c’est que la tentative a été un échec, qui aurait été raillé par ses amis. Les rêveries ne seraient rien d’autre qu’une tentative de défense.

Bien maladroite me semble-t-il. Non seulement il ne paraît pas capable de rester longtemps à la campagne, mais encore, il y mène la vie d’un riche oisif. D’ailleurs, un de ses plaisirs est de s’acheter l’affection des enfants de pauvres en leur offrant des cadeaux. Le plus étonnant est ce qu’il dit des raisons pour lesquelles il a mis ses enfants aux Enfants trouvés : il avait peur que sa femme les élève mal !

Rousseau était-il un dangereux idéologue ? Un bobo ?

dimanche 27 décembre 2009

Emmanuel Todd

Un article qui semble un cri de révolte (désespéré ?) contre N.Sarkozy :

Tout d’abord une analyse qui contredit ce que j’entends de la radio :

en 1994, la carte du vote FN était statistiquement déterminée par la présence d'immigrés d'origine maghrébine, qui cristallisaient une anxiété spécifique en raison de problèmes anthropologiques réels, liés à des différences de système de mœurs ou de statut de la femme. Depuis, les tensions se sont apaisées. Tous les sondages d'opinion le montrent : les thématiques de l'immigration, de l'islam sont en chute libre et sont passées largement derrière les inquiétudes économiques.

La réalité de la France est qu'elle est en train de réussir son processus d'intégration. Les populations d'origine musulmane de France sont globalement les plus laïcisées et les plus intégrées d'Europe, grâce à un taux élevé de mariages mixtes. Pour moi, le signe de cet apaisement est précisément l'effondrement du Front national.

Sur les moteurs de l’élection de 2007 :

La poussée à droite de 2007, à la suite des émeutes de banlieue de 2005, n'était pas une confrontation sur l'immigration, mais davantage un ressentiment anti-jeunes exprimé par une population qui vieillit. N'oublions pas que Sarkozy est l'élu des vieux.

Sur N.Sarkozy (avant un parallèle avec les méthodes fascistes) :

Je n'ose plus dire une droite de gouvernement. Ce n'est plus la droite, ce n'est pas juste la droite... Extrême droite, ultra-droite ? C'est quelque chose d'autre. Je n'ai pas de mot. Je pense de plus en plus que le sarkozysme est une pathologie sociale et relève d'une analyse durkheimienne - en termes d'anomie, de désintégration religieuse, de suicide - autant que d'une analyse marxiste - en termes de classes, avec des concepts de capital-socialisme ou d'émergence oligarchique.

Que va devenir la France, si M.Sarkozy suscite de telles réactions de rejet, de son propre camp, et se maintient au pouvoir ? Un nouveau type de guerre de religion ?

Compléments :

Éthique bancaire

J’ai noté il y a quelques mois que Goldman Sachs avait trouvé le moyen de faire des affaires de plus en plus risquées, tout en se protégeant du risque. Une autre interprétation de cette histoire émerge :

Goldman Sachs aurait très tôt (2005) vu que les subprimes allaient mal tourner, il aurait alors parié massivement contre.

Comment pouvait-il vendre des produits dans lesquels il ne croyait pas ? Les clients le voulaient, et c’étaient des gens intelligents et bien informés…

L’idée mérite d’être reprise. Le constructeur automobile pourrait, d’un côté, vendre des voitures déficientes, et, de l’autre, acheter des hôpitaux. Le dirigeant salarié pourrait mettre son entreprise en faillite pour l’acquérir à vil prix. Plus généralement, la société nous donne à tous une position, il suffit de mal remplir notre rôle pour en tirer les plus grands profits !

Réglementation financière

Pourquoi la réglementation financière ne marche-t-elle pas ? se demande un économiste. Parce que contrôleurs et contrôlés ne peuvent pas s’empêcher de penser la même chose. Solution ? Diversité.

  1. Plus il y a de réglementations différentes (nationales), moins il y a de risque d’un biais systématique.
  2. La stabilité financière est un bien public, les organismes financiers doivent être contrôlés par les représentants de la démocratie, qui leur apporteront, en outre, un point de vue différent de celui des financiers.

Curieusement, les tendances actuelles vont à l’encontre de ces idées : une réglementation unique, des banques centrales indépendantes de la démocratie.

Compléments :

samedi 26 décembre 2009

À l’origine

Curieux film, histoire vraie d’un escroc qui construit un tronçon d’autoroute.

La région est dévastée par le chômage. La construction de l’autoroute, et les emplois qu’elle promettait, ont été arrêtés par des écologistes inquiets du sort d’une colonie de scarabées. La population veut croire au miracle et le fait arriver. Au fond, l’escroc n’est que le jouet des événements, de la pression sociale. D’ailleurs l’autoroute sera poursuivie.

Dans cette histoire, il n’y a pas de chef, les ouvriers bâtissent leur autoroute sans être dirigés. Sentiment bizarre : impression que tout cet ordre qui ne demande qu’à se constituer de lui-même – tous ces gens qui ne demandent qu’à réaliser un travail collectif pour être -, est empêché par quelque chose d’irrationnel.

vendredi 25 décembre 2009

Manœuvres à Copenhague

D’après un témoin, l’échec de Copenhague serait dû à la Chine.

Le plan semble machiavélique. Le développement de la Chine est fortement lié au charbon, il ne lui fallait donc pas un accord contraignant. Or, elle savait que tout échec serait attribué mécaniquement par les ONG aux « pays riches ». Il lui suffisait donc de bloquer les négociations pour obtenir ce qu’elle voulait (retirer du traité tous les engagements contraignants) sans en subir le blâme.

Outre les ONG, elle tirerait les ficelles de pays pauvres (Soudan) qu’elle utilise comme exécuteur de basses œuvres, et pourrait compter sur la complicité de l’Inde et de l’Arabie saoudite.

Un autre article, d’un écologiste pur et dur ?, dit :

Particulièrement méprisable fut le rôle changeant des gouvernements des pays en développement rapide (…), qui prétendent représenter les pauvres, dans leurs pays et dans le monde – quand cela leur convient, mais cherchent surtout à protéger la richesse grandissante de d’une élite solidement installée.

Apparemment nous sommes dirigés par des idées préconçues selon lesquelles Ouest = mal, pays pauvres = bien. Les élites chinoises et indiennes les exploitent habilement.

Compléments :

  • Une vision qui contredit l’analyse que j’avais tirée de The Economist. Copenhague.

Bêtes élites ?

Un ami me demande de justifier ce qui me fait croire que notre modèle de société est nuisible au développement de la compétence de nos élites (Alexandre Soljenitsyne). Mon raisonnement :

  • Dans une société d’assistés (l'Ancien régime) les élites doivent faire des prodiges pour maintenir en vie un monde qu’elles tiennent à bouts de bras. Leurs talents se développent donc.
  • Si le peuple n’est pas dans un état larvaire, la tâche des élites se simplifie à tel point qu’elles n’ont plus à développer de compétences. Par contre, la santé de la société demande de compenser cette absence de compétence, et condamne le peuple à l’intelligence. Cercle vertueux.

Compléments :

  • John Stuart Mill fait une observation proche : ce sont les circonstances exceptionnelles qui développent les êtres exceptionnels.

jeudi 24 décembre 2009

Lloyd Blankfein

Après B.Obama, Nobel de la paix, voici l’homme de l’année du Financial Times : le patron de Goldman Sachs.

Beaucoup en veulent aux grandes banques américaines d’avoir causé la plus grosse crise depuis la grande dépression ; d’avoir été, contre toute logique, sauvées par leurs victimes ; de s’enrichir en spéculant, tout en privant l’économie de capitaux et donc en accentuant la crise…

Qu’est-ce que récompense le Financial Times ? Un champion de la culture de la finance anglo-saxonne, telle que l’a défini Adam Smith : un être qui pousse son intérêt aveugle, avec un mépris total de l’humanité ? (Mais qui ne refuse pas d’être aidée par celle-ci.)

C’est cette hypothèse d’utilitarisme individuel qui est au cœur de la théorie économique associée à la crise.

Compléments :

Petit monde

Mon billet précédent m’a fait découvrir que Bill Belt et Martin Seligman étaient étudiants à Princeton au même moment, et qu’ils paraissaient bien se connaître (j’ai appris aussi que Martin Seligman était quelqu’un d’universellement apprécié).

Est-ce un hasard ? Le plus curieux est que Martin Seligman est un des rares universitaires américains vivants, dont parle ce blog, que je n’ai pas contactés (d’ailleurs son livre m’a été conseillé par un autre universitaire : David Myers).

Illustration de la théorie des degrees of proximity ? J’appartiens à une communauté d’idées, et, de ce fait, les gens qui la constituent sont reliés par une sorte de lien invisible, tendent à se retrouver ?

Mais, je suis aussi très proche de gens que ce blog semble critiquer. Critiquer, c’est aussi partager des préoccupations communes ?

Compléments :

  • WATTS, Duncan J., Six Degrees: The Science of a Connected Age, W. W. Norton & Company, 2004.

Patrick Szychter

J’ai mis beaucoup de temps à comprendre ce que je ne comprenais pas dans ce que me comptait Patrick Szychter :


Le problème de l’émission était la question du grand projet « multiculturel » qui se passe mal. Il avait pris l’exemple de l'installation d’un logiciel de gestion de crédit dans les filiales d'une banque internationale. Dans certains cas, il doit remplacer des logiciels qui donnent d'excellents résultats. Les deux premières versions du projet avaient échoué, un prototype d’une troisième version est refusé, les responsables du projet, pour remporter finalement l’adhésion des entités qui doivent utiliser le logiciel, « survendent » le projet. Ça réussit. Jusqu’à ce que son responsable se rende compte qu’il ne peut pas tenir ses engagements. Troisième échec ? Perte de millions d’euros ? (de dizaines de millions ?)

C’est là que je décrochais : Patrick me parlait ensuite de cinquante interviews partout dans le monde, puis de plans de communication qui avaient remis le projet sur les rails. Mais qu’était-il arrivé au problème technique ? Après tout le logiciel ne répondait pas à ses spécifications.

J’ai fini par comprendre que l’écart entre spécifié et réalisé venait de fonctionnalités relativement secondaires, superficielles, mais qui avaient frappé les esprits. Pour que le projet soit sauvé, il fallait comprendre ce qu’attendait réellement chaque pays, et si l’on pouvait y répondre à partir d’évolutions raisonnables du système d’information envisagé. On était effectivement en face d’un problème de communication. En fait, c’était une illustration de mon premier livre : un (relativement petit) blocage empêchait le changement, mais personne ne l'avait vu.

Peut-être aussi que personne ne l'avait vu parce que personne ne savait le résoudre ? Les relations entre unités semblaient particulièrement tendues, il est possible que le talent de Patrick Szychter ait consisté, surtout, à acquérir la confiance des hommes clés du projet, qu'ils n'étaient pas prêts à donner à quelqu'un d'autre. Patrick Szychter = donneur d'aide ?

mercredi 23 décembre 2009

Testez votre optimisme

J’ai parlé dans mon cours, comme je le fais souvent dans ce blog, des travaux du psychologue Martin Seligman.

Des élèves m’ont demandé de mesurer leur optimisme. J’ai trouvé ce test : http://www.stanford.edu/class/msande271/onlinetools/LearnedOpt.html.

15 minutes pour savoir si vous êtes optimiste ou si vous avez tendance à la déprime. C’est en anglais.

Note pratique : une personne qui vient de remplir ce test me fait remarquer qu'il est facilement manipulable. Ce qui est certain. Afin qu'il donne des résultats utiles, il me semble qu'il faut accrocher les situations qu'il propose à des événements vécus récemment et chercher la réponse qui correspond le mieux à ce que vous avez pensé alors.

Voile intégral

Une ethnologue (Dounia Bouzar) parle du voile intégral dans une émission de France Culture, ce matin.

On serait en face d’un mouvement sectaire : des jeunes sans attaches, sans appartenance, issus du système d’éducation français et qui ne connaissent rien à l’Islam. Le mouvement viendrait d’une variante du Salafisme des années 30, ravivée par la CIA, qui l’avait utilisée pour combattre l’URSS. Curieusement c’est avant tout une réaction contre l’Islam. Les membres de ces sectes seraient des sortes d’élus auquel le Paradis serait promis, exclusivement.

Compléments :

  • De l'instrumentalisation de l’Islam par l’Occident dans sa lutte contre les slaves : ELSÄSSER, Jürgen, Comment le Djihad est arrivé en Europe, Xenia, 2006.

Nicolas Sarkozy

Fin d’année, heure du bilan. M.Sarkozy après M.Obama. M.Sarkozy est-il un réformateur malhabile, ou au contraire extrêmement brillant ?

Un tacticien brillant

Je tends vers la seconde hypothèse. Il me semble que sa tactique est la suivante :

  1. Utiliser chaque incident pour distribuer l’argent de l’état à l’entreprise. Ce faisant, il endette massivement l’état, outil de répartition des richesses, le condamnant à un amaigrissement radical.
  2. Désamorcer la contestation en se faisant le champion de chaque mouvement de l’opinion, surtout de ceux portés par l’opposition (croisade contre le capitalisme anglo-saxon ou pour la réduction des émissions de CO2).

Tout ceci s’expliquerait très simplement si M.Sarkozy croyait, comme Ayn Rand et les néoconservateurs américains, que le riche crée la richesse, et le pauvre le handicape, et qu’il faut détruire l’état, outil d’injustice sociale.

Par ailleurs, M.Sarkozy paraît vouloir installer une culture de l’argent, qui me semble avoir, à elle seule, le pouvoir de réaliser la transformation de la société désirée. (Des fonctionnaires qui non seulement ont un emploi garanti, mais en plus sont riches, deviennent insupportables.)

Faut-il condamner M.Sarkozy ?

Stéphane Rozès, dès 2005, disait que nous appelions M.Sarkozy de nos vœux. D’ailleurs il a sûrement raison de penser que ce qu’il fait rapidement et efficacement prolonge l’œuvre, souterraine, de ses prédécesseurs.

Nous avons voté pour N.Sarkozy pour qu’il fasse le ménage et corrige les « autres », qui sont tous des parasites. M.Sarkozy est le président que mérite notre France individualiste.

N.Sarkozy a un immense mérite : il construit une société à l’image de ce que nous sommes, de notre « identité ». Soit nous trouvons cette image suffisamment haïssable pour que nous ayons le courage de nous transformer, soit nous sombrons dans l’abjection.

Femme supérieure

Le MLF a voulu ramener la femme au niveau de l’homme, mais on ne peut rien contre les lois de la nature :

Dès qu’une crise s’annonce, dès que l’inquiétude monte, il y a augmentation relative de la proportion des naissances de femmes. Elles seraient mieux adaptées aux temps difficiles. (Girls on top.)

mardi 22 décembre 2009

Copenhague

Pourquoi la conférence de Copenhague a-t-elle suscité chez moi si peu d’intérêt ? Peut-être parce que je m’attendais à ce qui s’est passé. Le phénomène ressemble beaucoup à celui que l’on retrouve dans la conduite du changement.

Anxiété de survie artificielle

Ce qui a frappé peu d’observateurs, c’est la capacité du monde à s’inquiéter sans raison apparente. Un des succès de la science est de nous faire peur avant que quoi que ce soit nous arrive. Bien sûr, une catastrophe, par exemple un désastre en Asie du sud est déclenchant une guerre et ébrenlant cette région explosive, aurait conduit plus rapidement à un accord. Mais la science a tout de même réussi à enfermer toutes les nations du monde dans une même pièce pendant plusieurs jours.

De l’émotionnel au rationnel

Ce qui a encore moins frappé les observateurs, c’est que nous savons mettre le problème en équations.

  • Éviter une augmentation de température de plus de 2°, c’est 1000md$ / an.
  • Les techniques de réduction des émissions sont connues. Nous sommes parvenus à réduire l’émission des CFC, qui attaquaient la couche d’ozone, bien plus vite que prévu. Il peut en être de même pour les gaz à effet de serre. Parmi ceux-ci, le CO2 ne représente que 50% des émissions. Il y a aussi (Unpacking the problem) :

  1. La déforestation
  2. Le méthane, émis par les animaux, susceptible d’être réduit par un régime alimentaire adapté.
  3. Le carbone, qui résulte de l’usage du Diesel et des systèmes de chauffage des pays pauvres (bois).
  4. Les HFC produits par quelques industries et qui pourraient être traités comme les CFC.

Curieusement tous les changements procèdent de cette façon : après une phase irrationnelle, une modélisation du problème puis des équations émergent et le changement se réduit à leur résolution. C’est ce que je vois, mission après mission, c’est aussi ce qu’observe Governing the Commons.

Anxiété d’apprentissage

Si Copenhague a échoué, c’est que l’anxiété de survie n’est pas tout. Il y a aussi l’anxiété d’apprentissage. La réduction de l’émission de gaz à effet de serre demande une réorganisation de l’économie et de la vie des nations.

Le premier réflexe humain est de tricher (« innovation » de Merton). En dépit de l’accord de Kyoto les émissions ont augmenté de 20% en dix ans, notamment parce que les industries polluantes ont été installées dans les pays en développement et que l’économie russe s’étant effondrée dans les années 90 a pu vendre ses droits à émettre aux pays occidentaux. La caractéristique des énergies sales, c’est qu’elles coûtent extrêmement peu à utiliser, c’est donc le choix naturel du marché. Les énergies propres ne peuvent se développer sans volontarisme étatique. (The green slump.)

L’avenir

Finalement, peut-on faire une prévision ? Je vois ainsi les anxiétés d'apprentissage :

  • Les pays en développement ne bougeront pas s’ils ne reçoivent pas d’argent. Il y a un débat sur le montant des versements. (Closing the gaps.)
  • Le régime dictatorial chinois, contrairement aux démocraties, peut aisément mettre en œuvre un changement brutal ; en outre il semble vouloir faire de la Chine un champion de l’énergie propre. Il est possible que ce que nous percevons des réticences chinoises ait des motifs essentiellement tactiques (faire payer l’Occident pour l’affaiblir ?). (A long game.)
  • L’Amérique affronte des difficultés plus complexes : le changement appauvrirait massivement certaines catégories de sa population, dont le vote contrôle le sénat (Pauvres Américains). L’absence de structure de solidarité empêche que le choc soit réparti sur la nation. C’est le modèle américain qui gène le changement. Il risque donc d’être long. (L’Amérique et la réglementation des émissions : Cap and tirade.) Or, le monde ne bougera pas sans l’Amérique.

(à suivre)

Compléments :

  • J'ai modifié cette note a posteriori : sa première version parlait d'un montant de 1000md$ d'un coup, alors que c'est par an (j'ai mal relu mes griffonnages que j'aurais du retranscrire immédiatement !!). Du coup, je ne comprenais plus pourquoi on faisait un tel battage de cette question. (D'ailleurs, une autre partie de mes notes parle d'un pourcent du PIB/an). Merci à Julien d'avoir repéré l'erreur.

ONG et démocratie

Journaliste de France Culture ce matin, qui déplore l’échec des états à Copenhague, loue les ONG, réelle voix du peuple, et estime qu’ils montrent la voie de l’avenir.

Curieux comme il en faut peu à nos beaux esprits pour condamner les états, représentants de la démocratie. Que serait le monde si ses intérêts étaient gouvernés par les ONG, expression des intérêts d’une infime élite occidentale fortunée ?

Pot-Bouille

Film de Julien Duvivier.

Tout est follement élégant ici : le film, les dialogues et les acteurs. Zola y prend une légèreté et un esprit que je ne lui ai jamais trouvés. Par contraste que notre cinéma français moderne est lourd et ennuyeux !

lundi 21 décembre 2009

Nouvelles de la crise

Pour une fois les économistes semblent avoir été capables d’une prévision juste : faute d’avoir été nettoyée, l’économie va encore longtemps demeurer fragile.

À l’Ouest, elle est toujours tirée par l’état ; les entreprises et les particuliers les plus endettés ne sont qu’au tout début de leur cure de désintoxication, il faudra très longtemps avant que la demande reparte. Les économies émergentes sont menacées par des bulles spéculatives… (The Great Stabilisation).

Je crois surtout que l’économie a besoin de se restructurer, d’une part elle doit s’orienter vers un mode de production qui ne menace pas l’espèce humaine d’une extinction accélérée ; d’autre part, elle doit mettre au pas les industries qui avaient profité de notre inattention pour occuper une place qui n’était pas la leur (la finance, et, de plus en plus, l’industrie médicale).

Le seul moyen que les gouvernements mondiaux ont trouvé pour éviter une crise a été de maintenir le statu quo. Sans guide la réorganisation de l’économie risque d’être très longue.

Compléments :

Évaluation de B.Obama

The WYSIWYG president : les démocrates sont déçus par B.Obama. Or, il ne fait que ce qu’il promettait ; au fond il était le moins progressiste des candidats démocrates, mais les électeurs ont préféré le voir comme ils auraient aimé qu’il soit plutôt que comme il est.

Mes billets de l’année arrivent à un type de conclusion similaire.

L’idée de B.Obama est probablement de se replier sur l’Amérique et de reconstruire l’économie du pays sans laquelle rien n’est possible. Je soupçonne qu’il a essayé de liquider rapidement les dossiers internationaux coûteux et de privilégier les relations commerciales. Pour cela, il semble avoir cru qu’il fallait prendre le contre-pied des politiques antérieures, c'est-à-dire se montrer humble et ouvert. Et qu’il était le seul à savoir le faire. Ce qui expliquerait qu’on lui reproche aujourd’hui, outre l’échec de sa politique étrangère, d’avoir désorganisé sa diplomatie.

Pour le reste cela semble être de la catégorie « ni fait, ni à faire ». C’est un calculateur qui se donne les moyens d’une politique modeste et peu visionnaire ?

Gens de Dublin

Film de John Huston.

J’aime les recherches du temps perdu, et ce film entre dans cette catégorie.

Par contre, en regardant ce qu’en disait Wikipedia, qui m’a amené à lire la nouvelle de James Joyce à l'origine du film, j’ai vu que je n’avais rien compris. Alors que je pensais que le personnage masculin principal était un homme sûr de soi, ce n’est pas le cas dans la nouvelle. Pourtant le film semble très fidèle au texte. L'aurais-je mal interprété ? Ou difficulté du réalisateur à faire passer les dialogues intérieurs ?

Je n’ai pas non plus été sensible à sa fin : évolution des mœurs ?

dimanche 20 décembre 2009

Pauvre Angleterre

En lisant The Economist j’apprends deux choses sur l'Angleterre :

  1. The real windfall. Je pensais que la finance était une « compétence clé » du pays, comme le cinéma à Hollywood ou l’industrie en Allemagne. En fait, ce serait un « accident historique provoqué par la régulation américaine des années 60 ». Londres a habilement exploité sa chance en attirant les financiers en leur créant des conditions qu’ils ne pouvaient pas trouver ailleurs. Gordon Brown serait en train de tuer la poule aux œufs d’or.
  2. Falling star. British Airways va encore plus mal que ce que je pensais. Ses marchés traditionnels (classe affaire vers les USA) sont en crise, elle est attaquée par les compagnies à bas coûts, ses fonds de pension sont en déficit colossal (3,7md£ mais ça pourrait être pire) et ses 55 747 n’ont plus que 5 ans à vivre…

Ce qui me frappe dans dans le cas BA, c’est qu'elle était la plus grosse compagnie mondiale dans les années 90, qu’il en était de même de British Télécom et de bien d’autres entreprises anglaises que l’on nous présentait alors comme des modèles.

L’Angleterre ne serait-elle plus que ruines ? Sa gloire n’était-elle que façades, n’y avait-il rien derrière ?

Compléments :