samedi 12 décembre 2009

La banque tuée par l’informatique

Silo but deadly :

  • Les services financiers sont le secteur économique qui consomme le plus de systèmes d’information (500md$/an).
  • Ils utilisent ces outils pour construire des montages de plus en plus complexes et opaques.
  • Ces systèmes leur ont fait perdre leur culture de gestion du risque. De plus, le fait qu’ils soient tous interconnectés répand les crises comme une épidémie.
  • Enfin, les banques sont simplement « trop complexes pour être gérées correctement ».

vendredi 11 décembre 2009

Culture de l’argent

Alors que notre président promet aux fonctionnaires une meilleure paie (Histoire géo), et qu’il cherche à nous inculquer la culture de l’argent, la majorité des Français semble honnir ses projets.

Une grande partie de la population est prête à gagner moins pour travailler dans une entreprise « éthique ». Encore plus nombreux sont ceux qui « veulent exercer un emploi intégrant une dimension morale, un souci de l'environnement et une politique socialement responsable ».

Le paradoxe de l’affaire, que je notais déjà dans un précédent livre, est qu’une société qui n’aime pas l’argent est économiquement efficace puisque ses entreprises coûtent peu. En outre elles sont tirées par le moteur le plus fort qui soit, la volonté de « se réaliser ».

Compléments :

  • L’article du Monde dont viennent les citations : L'économie sociale et solidaire : "Une quête de sens", et le billet auquel je le dois : C'est pas rentable!
  • Chester Barnard (The Functions of the Executive) pensait que l’amour de l’argent était une « rationalisation », il était contre nature, inculqué à l’Américain. Peut-être qu’il y a dans cet amour un germe qui transforme les sociétés en un monde favorable aux personnes qui souhaitent nous le communiquer ? En tout cas, il est probable qu’il fait exploser les solidarités et transforme la société en un Far West que dominent ceux à qui elle a donné une position stratégique (les oligarques).

Leçons de Dubaï

Les problèmes financiers de Dubaï ont amené les financiers à s’inquiéter du sort de pays qui se trouvent dans sa configuration : hyper endettés et appartenant à une union. Grèce, Irlande, Espagne et Angleterre.

La Grèce est la première concernée. Le scénario le plus probable, en cas de faillite, serait un sauvetage par l’Allemagne, seul grand pays européen solvable, qui procéderait à un nettoyage radical de l’économie locale. La Grèce resterait dans la zone euro. L’euro vacillerait, ce qui serait bon pour notre économie…

Compléments

Suisse assiégée

L’affaire des minarets ne serait que le sommet de l’iceberg :

La Suisse est assiégée par l’UE. À la fois l’UE restreint ses exportations – elle n’appartient pas à l’UE, essaie de contrôler ses banques, et la force à accepter des paquets de règlementations de plus en plus contraignantes.

L’éjection de tout ce qui lui est étranger est elle le dernier spasme d’une Suisse libre ? Va-t-elle être devoir demander l’asile économique à l’UE ? Mais n’y perdrait-elle pas son identité ?

Compléments :

jeudi 10 décembre 2009

Grève des transporteurs

J’entends ce matin dire que, devant la grève annoncée des transporteurs, le ministre va proposer de diminuer le coût de la taxe carbone qui leur est imposée.

Le gouvernement agit toujours de la même façon : chaque incident est l’occasion d’un don à l’entreprise, et ce au détriment de l’intérêt collectif (développement durable).

Il est tentant de voir ici le pendant de la pensée néoconservatrice : l’entrepreneur c’est le bien, c’est lui qui crée tout ce qui est beau et tout lui est dû, le reste n’est que parasitisme en attente de liquidation par la sélection naturelle. Mais alors, si l’effet de serre était un don de Dieu, un nouveau déluge ?

Histoire géo

France Culture ce matin. Le gouvernement voudrait alléger le programme d’histoire géographie des filières scientifiques, ce qui permettrait de réduire le nombre d’enseignants, donc de mieux payer ceux qui restent (paroles de ministre interviewé).

Curieux changement de tendance. L’histoire de l’éducation nationale a été marquée par la victoire du « secondaire », école du citoyen, sur le « primaire » école de la pratique. Du coup nous avons hérité d’un enseignement abstrait. Maintenant, non seulement il demeure toujours aussi coupé des réalités mais en plus on en retire ce qui préparait le citoyen à ses responsabilités. On veut une France de larves ?

Le gouvernement parcourt le chemin inverse du mien. Après n’avoir juré que par le mesurable, je me suis rendu compte que c’était inefficace et que le salut était dans les sciences de la pensée et de la société.

En fait, le gouvernement pourrait réussir d’une pierre deux coups. Les USA, comme l’Angleterre, et bientôt comme la France, ont des fonctionnaires très bien payés. D’où haine du peuple pour ces privilégiés dont l’emploi est protégé et pression constante pour leur éradication, et la disparition corrélative de l’état.

Compléments :

Matérialisme

Mes commentaires sur le discours de Soljenitsyne me font penser qu’il y a un double sens à matérialisme :

  1. Il y a le sens que lui attribue Soljenitsyne : l’amour des biens matériels, qui rend veule.
  2. Mais, il existe un autre sens, indépendant : notre vie est dans ce monde, pas dans le prochain, qui n’existe pas.

L’absence totale de matérialisme du second type chez une société conduit vraisemblablement au « moyen-âge » c'est-à-dire à la dislocation : elle ne résiste à rien, ne pense pas à prendre son avenir en main, puisqu’elle vit dans ses rêves et dans l’espoir d’un monde meilleur.

Le matérialisme du premier type est sûrement une dérive naturelle du matérialisme du second type, mais ce dernier n’exclut pas une forme de spiritualité : on peut se battre pour des valeurs, pour une société meilleure…

Curieusement, et contrairement à ce que dit Soljenitsyne, le second type de matérialisme rendrait plus courageux que la religion.

Compléments :

mercredi 9 décembre 2009

Taxe sur les bonus

Le gouvernement anglais vient d’annoncer que les bonus des banquiers seraient taxés à 50%.

20000 banquiers touchés dont 5000 à plus d’un million de £ de bonus, cela fait au moins 2,5md£ pour les coffres du chancelier de l’échiquier.

Récemment l’Angleterre s’est offusquée des propos de notre Président, qui, en substance, estimait que M.Barnier allait faire rendre gorge à la City. Or, en termes de réforme, l'Angleterre semble bien plus féroce que nous. Au fond, ce que l’on ne supporte pas, que l'on soit anglais ou non, c’est que l’on intente à notre liberté, que l’on cherche à nous imposer un comportement.

Si l’on étend ce raisonnement aux banquiers, on peut imaginer qu’ils vont essayer de retrouver les milliards perdus, par tous les moyens possibles. Le gouvernement anglais a donc intérêt à suivre leurs agissements comme le lait sur le feu.

Compléments :

Regard d’intellectuel

J’écoute distraitement une émission de France culture, sur le cinéma. Ce qui traverse mon indifférence parle d’un film sur la vie des « bonnes ». Misère sur tous les plans.

Il n’y a que récemment que j’ai découvert que j’étais issu d’une famille de « prolétaires ». Mes grands parents, mes grands oncles et mes grandes tantes ne se considéraient pas comme cela. Ils étaient beaux, ils s’habillaient avec recherche, ils avaient de l’esprit, dans leur petit univers on les admirait, ils étaient fiers les uns des autres. Bizarrement, certains d’entre eux, comme un de mes grands pères, côtoyaient la plus extrême des richesses, d’autres croisaient le chemin de la noblesse locale, mais, pour eux, c’était un autre monde, un monde qu’ils n’enviaient pas, dans un sens qui n’existait pas.

Quelle que soit sa situation, l’homme construit un espace où sa vie a un sens. Le jour où elle n’en a plus, où elle ressemble à ce qu’en disent les intellos, il se suicide.

L’intello a quelque chose de totalitaire : il veut nous imposer ses valeurs qu’il sait universelles. L’abjection c’est de ne pas faire ce qu'il dit être bien.

La campagne en ville

Décidément je trouve excellente l’idée de construire de gigantesques fermes en ville (Innovation et effet de serre) :

  • Il s’agirait d’élever des immeubles d’une trentaine d’étages dans lesquels pousseraient les plantes dont nous avons besoin. Ils fonctionneraient en recyclant les eaux usées et les déchets de la ville, et en utilisant une énergie renouvelable. Les conditions de développement des plantes seraient nettement plus favorables que dans la nature (protection + ensoleillement permanent) ce qui permettrait d’énormes rendements.
  • Mieux peut-être : la campagne pourrait ainsi revenir à son état primaire, moyen le plus efficace pour lutter contre l’effet de serre.

Compléments :

mardi 8 décembre 2009

Amérique et réchauffement climatique

Un journaliste de The Economist découvre les Américains au hasard d’une conférence :

Time and again, the Americans I was talking to, who were by no means a bunch of red state conservatives, expressed real puzzlement about the sense of urgency that surrounds the European debate on climate change. What is the pressure for legislation right this minute, why are the alarm bells ringing, I kept being asked? I would guess that most of the people I spoke to would say they believed in man-made global warming, and believed it was a serious problem. But I kept being told: we hope this can be fixed with technology, why are Europeans so focussed on doom and gloom? Why is there such pressure on America on this?

Attitude différente à la vie ? L’Américain est certainement plus optimiste que nous. Peut-être aussi a-t-il plus à perdre à la rigueur environnementale ? En tout cas, il a une perspective à beaucoup plus court terme que la nôtre.

Compléments :

  • Sur la vision à court terme de l’Américain : SCHEIN, Edgar H., Organizational Culture and Leadership, Jossey-Bass, 2004.
  • Pauvres Américains, Civilisation du gaspillage.
  • D’ailleurs, la crise a refroidit la planète : Who cares? De moins en moins de gens (particulièrement aux USA) croient que le réchauffement climatique est le résultat de l'activité humaine, probablement une rationalisation de la peur de perdre son emploi.
  • Le pessimisme européen : Le déclin de l’Occident.

Afghanistan (suite)

Deux articles cités par Global Europe donnent une curieuse image de l’Afghanistan.

  1. D’une part les chefs talibans construisent calmement et dans la clandestinité un état qui gère de manière expéditive un territoire qui n’arrête pas de s’étendre, ce contre quoi ne peut rien faire un gouvernement gangréné par la corruption.
  2. D’autre part, il semblerait que les USA aient de bonnes raisons de rester dans la région pour encore fort longtemps : il faut éviter au Pakistan de se disloquer et faire contrepoids à l’Iran.

Le prix d’un homme

Film anglais de 1963 (The sporting life), un des derniers exemples de la « New Wave » (Nouvelle vague anglaise) ou, plus anglais : « Kitchen sink ».

Acteurs fameux, qui m’étaient totalement inconnus (le personnage principal joue dans Harry Potter, dit-on). Ambiance boueuse (mais curieusement pas pluvieuse) et grise. Drame du prolétariat ? Ou vision du dit prolétariat par l’élite intellectuelle ?

Peut-être, à force d’analyser, je ne ressens plus rien, en tout cas j’ai surtout été intéressé par l’image que le film donne de l’Angleterre des années 60 et de cette grande vague nouvelle qui a parcouru les intellos de tous les pays.

lundi 7 décembre 2009

Fin du Bac + 5 ?

Il semblerait que certains étudiants d’écoles de commerce préfèrent obtenir un CDI que de terminer leurs études :

Les employeurs seraient-ils en train de reconnaître que les diplômes n’apportent rien aux élèves, que tout est dans la sélection ? Qu’au-delà d’une certaine étape, l’entreprise sait mieux former que l’école ? (Ou qu’il est dangereux de rester trop longtemps à l’école ?) D’ailleurs ne le dit-on pas depuis toujours ? La raison aurait pris le dessus sur le rite ?

Du coup, les Bac + 5 vont-ils trouver un emploi face à des camarades moins chers et mieux adaptés aux besoins immédiats de l’entreprise ? L’annonce de la fin de notre système Bac + 5 ?

À terme allons-nous adopter le système anglo-saxon : licence généraliste pour entrer dans la vie professionnelle, puis master, une fois que l’on a trouvé sa voie ? Transformation de la France : vers une professionnalisation des fonctions ?

Voyageur clandestin

Un intérêt d’enseigner est d’être forcé à définir ce que l’on dit. Mes élèves utilisent beaucoup « voyageur clandestin ». De quoi s’agit-il ?

D’une approximative traduction de l’anglais. En anglais on parle de « free rider ». La différence entre les deux termes est que l’un ne peut pas se payer le prix du billet, alors que l’autre ne le veut pas. C’est pour cela que ce blog traduit « free rider » par « parasite ».

En fait, un individu peut avoir deux attitudes au groupe : soit il est un membre de l’équipe, soit il joue contre ses intérêts (parasite).

Les billets de ce blog identifient deux stratégies du parasite. La plus évidente est celle de Tartuffe : il fait comme s’il appartenait au groupe, pour en profiter (c’est le free rider, à proprement parler). Une autre possibilité est de détruire le groupe. L'intérêt est plus subtil. Un groupe détruit est faible et peut être exploité par un individu ou un groupe d’individus ayant un petit avantage de départ. On obtient alors une organisation de la société de type « lutte des classes ».

Comment détruit-on un groupe ? Par la contamination de l’individualisme : dès que les membres du groupe pensent qu’ils peuvent mieux s’en sortir seuls qu’en groupe, il se dissout, et les individus sont alors à la merci des plus malins d’entre eux. Pour cela, il suffit de détruire les règles sociales, par exemple en favorisant l’affrontement.

La cité de femmes

Film de Fellini.

Ça démarre par une sorte de long cauchemar où un homme ordinaire, c'est-à-dire innocent et sans pouvoir face à la séduction féminine, se retrouve pris au piège d’une annexe du MLF qui semble préparer une guerre des sexes version « solution finale ». Happy end : il se réveille au milieu des femmes de son rêve, tout aussi manipulatrices, mais moins hostiles.

Même message que Casanova : l’homme n’est que le jouet des femmes ? Avec variante : au moins devraient-elles avoir l’honnêteté de ne pas l’accuser des faiblesses qu’elles exploitent ?

dimanche 6 décembre 2009

Modes de management

Mes élèves de Dauphine semblent avoir une tendresse particulière pour John Kotter. Mais qui peut se vanter d’avoir utilisé ses théories pour réussir quoi que ce soit ?

Elles reposent sur la notion de « leader », un homme qui sait « conduire le changement ». C'est-à-dire qui comprend, avant tout le monde, la nécessité du changement, de formule simplement ce changement, puis amène son organisation à le réussir. Or, comme le dit Kotter, c’est l’inné et l’acquis qui font de nous un leader. Le bon dirigeant doit favoriser l’émergence de telles personnalités et leur fournir la carrière qui leur permettra de se développer.

Lire Leading change est comme écouter parler de Michael Jordan : ça ne vous transforme pas en champion de basket, mais vous savez ce que fait un champion de basket. Au mieux cela peut-il inspirer un autre champion, ou un entraîneur.

Il en est de même de Blue Ocean, une mode de management récente. Tous les dirigeants que je connais qui ont voulu l’appliquer ont échoué, d’autres m’ont dit avoir découvert qu’ils avaient appliqué la technique a posteriori.

Il en est de même de toutes les modes de management. Elles décrivent ce que l’on obtient en cas de succès, mais elles ne disent pas comment réussir. Cela tient à leur mode de conception : elles sont construites sur l’analyse de succès.

Inquiétant Afghanistan?

J’ai l’impression que la plupart des commentateurs anglo-saxons pensent que la stratégie de M.Obama en Afghanistan est vouée à l’échec, et que le discours qui l'a présentée était le plus mauvais qu’il ait jamais fait. Ils sont très inquiets. (Obama, Afghanistan et discours (2))

Des raisons de penser autrement :

  1. L’Afghanistan n’est pas un Vietnam ou même ce qu’il fut sous les Soviétiques : ce n’est plus que des Talibans qu’aucune grande puissance n’appuie massivement.
  2. L’inquiétude occidentale est qu’ils donnent naissance à des terroristes internationaux. Ce qui est une menace importante mais pas de l’ordre d’une déstabilisation du monde comme dans le cas vietnamien ou coréen. Surtout l’Afghanistan est un enjeu local. Non seulement ses voisins peuvent être gênés par ses terroristes, et donc avoir intérêt à les calmer, mais en jouant sur les intérêts des dits voisins, il est aussi probablement possible de les inciter à rétablir un semblant d’ordre dans la région.
Compléments :

  • Au moins un général semble proche de partager mon point de vue.

Israël / Palestine : paix en vue ?

Je tombe sur un très inattendu article qui dit que l’état de la Cisjordanie et de ses relations avec Israël ne sont pas ce que l’on croit.

En fait, elle connaîtrait une prospérité exceptionnelle (croissance 11% ?) et aurait d’excellentes relations (informelles) avec Israël.

Tout ce qu’il faut pour que la paix survienne est que les états occidentaux laissent se poursuivre le cours des choses et ne cherchent pas à imposer leur dangereux idéalisme.

Compléments :