samedi 26 décembre 2009

À l’origine

Curieux film, histoire vraie d’un escroc qui construit un tronçon d’autoroute.

La région est dévastée par le chômage. La construction de l’autoroute, et les emplois qu’elle promettait, ont été arrêtés par des écologistes inquiets du sort d’une colonie de scarabées. La population veut croire au miracle et le fait arriver. Au fond, l’escroc n’est que le jouet des événements, de la pression sociale. D’ailleurs l’autoroute sera poursuivie.

Dans cette histoire, il n’y a pas de chef, les ouvriers bâtissent leur autoroute sans être dirigés. Sentiment bizarre : impression que tout cet ordre qui ne demande qu’à se constituer de lui-même – tous ces gens qui ne demandent qu’à réaliser un travail collectif pour être -, est empêché par quelque chose d’irrationnel.

vendredi 25 décembre 2009

Manœuvres à Copenhague

D’après un témoin, l’échec de Copenhague serait dû à la Chine.

Le plan semble machiavélique. Le développement de la Chine est fortement lié au charbon, il ne lui fallait donc pas un accord contraignant. Or, elle savait que tout échec serait attribué mécaniquement par les ONG aux « pays riches ». Il lui suffisait donc de bloquer les négociations pour obtenir ce qu’elle voulait (retirer du traité tous les engagements contraignants) sans en subir le blâme.

Outre les ONG, elle tirerait les ficelles de pays pauvres (Soudan) qu’elle utilise comme exécuteur de basses œuvres, et pourrait compter sur la complicité de l’Inde et de l’Arabie saoudite.

Un autre article, d’un écologiste pur et dur ?, dit :

Particulièrement méprisable fut le rôle changeant des gouvernements des pays en développement rapide (…), qui prétendent représenter les pauvres, dans leurs pays et dans le monde – quand cela leur convient, mais cherchent surtout à protéger la richesse grandissante de d’une élite solidement installée.

Apparemment nous sommes dirigés par des idées préconçues selon lesquelles Ouest = mal, pays pauvres = bien. Les élites chinoises et indiennes les exploitent habilement.

Compléments :

  • Une vision qui contredit l’analyse que j’avais tirée de The Economist. Copenhague.

Bêtes élites ?

Un ami me demande de justifier ce qui me fait croire que notre modèle de société est nuisible au développement de la compétence de nos élites (Alexandre Soljenitsyne). Mon raisonnement :

  • Dans une société d’assistés (l'Ancien régime) les élites doivent faire des prodiges pour maintenir en vie un monde qu’elles tiennent à bouts de bras. Leurs talents se développent donc.
  • Si le peuple n’est pas dans un état larvaire, la tâche des élites se simplifie à tel point qu’elles n’ont plus à développer de compétences. Par contre, la santé de la société demande de compenser cette absence de compétence, et condamne le peuple à l’intelligence. Cercle vertueux.

Compléments :

  • John Stuart Mill fait une observation proche : ce sont les circonstances exceptionnelles qui développent les êtres exceptionnels.

jeudi 24 décembre 2009

Lloyd Blankfein

Après B.Obama, Nobel de la paix, voici l’homme de l’année du Financial Times : le patron de Goldman Sachs.

Beaucoup en veulent aux grandes banques américaines d’avoir causé la plus grosse crise depuis la grande dépression ; d’avoir été, contre toute logique, sauvées par leurs victimes ; de s’enrichir en spéculant, tout en privant l’économie de capitaux et donc en accentuant la crise…

Qu’est-ce que récompense le Financial Times ? Un champion de la culture de la finance anglo-saxonne, telle que l’a défini Adam Smith : un être qui pousse son intérêt aveugle, avec un mépris total de l’humanité ? (Mais qui ne refuse pas d’être aidée par celle-ci.)

C’est cette hypothèse d’utilitarisme individuel qui est au cœur de la théorie économique associée à la crise.

Compléments :

Petit monde

Mon billet précédent m’a fait découvrir que Bill Belt et Martin Seligman étaient étudiants à Princeton au même moment, et qu’ils paraissaient bien se connaître (j’ai appris aussi que Martin Seligman était quelqu’un d’universellement apprécié).

Est-ce un hasard ? Le plus curieux est que Martin Seligman est un des rares universitaires américains vivants, dont parle ce blog, que je n’ai pas contactés (d’ailleurs son livre m’a été conseillé par un autre universitaire : David Myers).

Illustration de la théorie des degrees of proximity ? J’appartiens à une communauté d’idées, et, de ce fait, les gens qui la constituent sont reliés par une sorte de lien invisible, tendent à se retrouver ?

Mais, je suis aussi très proche de gens que ce blog semble critiquer. Critiquer, c’est aussi partager des préoccupations communes ?

Compléments :

  • WATTS, Duncan J., Six Degrees: The Science of a Connected Age, W. W. Norton & Company, 2004.

Patrick Szychter

J’ai mis beaucoup de temps à comprendre ce que je ne comprenais pas dans ce que me comptait Patrick Szychter :


Le problème de l’émission était la question du grand projet « multiculturel » qui se passe mal. Il avait pris l’exemple de l'installation d’un logiciel de gestion de crédit dans les filiales d'une banque internationale. Dans certains cas, il doit remplacer des logiciels qui donnent d'excellents résultats. Les deux premières versions du projet avaient échoué, un prototype d’une troisième version est refusé, les responsables du projet, pour remporter finalement l’adhésion des entités qui doivent utiliser le logiciel, « survendent » le projet. Ça réussit. Jusqu’à ce que son responsable se rende compte qu’il ne peut pas tenir ses engagements. Troisième échec ? Perte de millions d’euros ? (de dizaines de millions ?)

C’est là que je décrochais : Patrick me parlait ensuite de cinquante interviews partout dans le monde, puis de plans de communication qui avaient remis le projet sur les rails. Mais qu’était-il arrivé au problème technique ? Après tout le logiciel ne répondait pas à ses spécifications.

J’ai fini par comprendre que l’écart entre spécifié et réalisé venait de fonctionnalités relativement secondaires, superficielles, mais qui avaient frappé les esprits. Pour que le projet soit sauvé, il fallait comprendre ce qu’attendait réellement chaque pays, et si l’on pouvait y répondre à partir d’évolutions raisonnables du système d’information envisagé. On était effectivement en face d’un problème de communication. En fait, c’était une illustration de mon premier livre : un (relativement petit) blocage empêchait le changement, mais personne ne l'avait vu.

Peut-être aussi que personne ne l'avait vu parce que personne ne savait le résoudre ? Les relations entre unités semblaient particulièrement tendues, il est possible que le talent de Patrick Szychter ait consisté, surtout, à acquérir la confiance des hommes clés du projet, qu'ils n'étaient pas prêts à donner à quelqu'un d'autre. Patrick Szychter = donneur d'aide ?

mercredi 23 décembre 2009

Testez votre optimisme

J’ai parlé dans mon cours, comme je le fais souvent dans ce blog, des travaux du psychologue Martin Seligman.

Des élèves m’ont demandé de mesurer leur optimisme. J’ai trouvé ce test : http://www.stanford.edu/class/msande271/onlinetools/LearnedOpt.html.

15 minutes pour savoir si vous êtes optimiste ou si vous avez tendance à la déprime. C’est en anglais.

Note pratique : une personne qui vient de remplir ce test me fait remarquer qu'il est facilement manipulable. Ce qui est certain. Afin qu'il donne des résultats utiles, il me semble qu'il faut accrocher les situations qu'il propose à des événements vécus récemment et chercher la réponse qui correspond le mieux à ce que vous avez pensé alors.

Voile intégral

Une ethnologue (Dounia Bouzar) parle du voile intégral dans une émission de France Culture, ce matin.

On serait en face d’un mouvement sectaire : des jeunes sans attaches, sans appartenance, issus du système d’éducation français et qui ne connaissent rien à l’Islam. Le mouvement viendrait d’une variante du Salafisme des années 30, ravivée par la CIA, qui l’avait utilisée pour combattre l’URSS. Curieusement c’est avant tout une réaction contre l’Islam. Les membres de ces sectes seraient des sortes d’élus auquel le Paradis serait promis, exclusivement.

Compléments :

  • De l'instrumentalisation de l’Islam par l’Occident dans sa lutte contre les slaves : ELSÄSSER, Jürgen, Comment le Djihad est arrivé en Europe, Xenia, 2006.

Nicolas Sarkozy

Fin d’année, heure du bilan. M.Sarkozy après M.Obama. M.Sarkozy est-il un réformateur malhabile, ou au contraire extrêmement brillant ?

Un tacticien brillant

Je tends vers la seconde hypothèse. Il me semble que sa tactique est la suivante :

  1. Utiliser chaque incident pour distribuer l’argent de l’état à l’entreprise. Ce faisant, il endette massivement l’état, outil de répartition des richesses, le condamnant à un amaigrissement radical.
  2. Désamorcer la contestation en se faisant le champion de chaque mouvement de l’opinion, surtout de ceux portés par l’opposition (croisade contre le capitalisme anglo-saxon ou pour la réduction des émissions de CO2).

Tout ceci s’expliquerait très simplement si M.Sarkozy croyait, comme Ayn Rand et les néoconservateurs américains, que le riche crée la richesse, et le pauvre le handicape, et qu’il faut détruire l’état, outil d’injustice sociale.

Par ailleurs, M.Sarkozy paraît vouloir installer une culture de l’argent, qui me semble avoir, à elle seule, le pouvoir de réaliser la transformation de la société désirée. (Des fonctionnaires qui non seulement ont un emploi garanti, mais en plus sont riches, deviennent insupportables.)

Faut-il condamner M.Sarkozy ?

Stéphane Rozès, dès 2005, disait que nous appelions M.Sarkozy de nos vœux. D’ailleurs il a sûrement raison de penser que ce qu’il fait rapidement et efficacement prolonge l’œuvre, souterraine, de ses prédécesseurs.

Nous avons voté pour N.Sarkozy pour qu’il fasse le ménage et corrige les « autres », qui sont tous des parasites. M.Sarkozy est le président que mérite notre France individualiste.

N.Sarkozy a un immense mérite : il construit une société à l’image de ce que nous sommes, de notre « identité ». Soit nous trouvons cette image suffisamment haïssable pour que nous ayons le courage de nous transformer, soit nous sombrons dans l’abjection.

Femme supérieure

Le MLF a voulu ramener la femme au niveau de l’homme, mais on ne peut rien contre les lois de la nature :

Dès qu’une crise s’annonce, dès que l’inquiétude monte, il y a augmentation relative de la proportion des naissances de femmes. Elles seraient mieux adaptées aux temps difficiles. (Girls on top.)

mardi 22 décembre 2009

Copenhague

Pourquoi la conférence de Copenhague a-t-elle suscité chez moi si peu d’intérêt ? Peut-être parce que je m’attendais à ce qui s’est passé. Le phénomène ressemble beaucoup à celui que l’on retrouve dans la conduite du changement.

Anxiété de survie artificielle

Ce qui a frappé peu d’observateurs, c’est la capacité du monde à s’inquiéter sans raison apparente. Un des succès de la science est de nous faire peur avant que quoi que ce soit nous arrive. Bien sûr, une catastrophe, par exemple un désastre en Asie du sud est déclenchant une guerre et ébrenlant cette région explosive, aurait conduit plus rapidement à un accord. Mais la science a tout de même réussi à enfermer toutes les nations du monde dans une même pièce pendant plusieurs jours.

De l’émotionnel au rationnel

Ce qui a encore moins frappé les observateurs, c’est que nous savons mettre le problème en équations.

  • Éviter une augmentation de température de plus de 2°, c’est 1000md$ / an.
  • Les techniques de réduction des émissions sont connues. Nous sommes parvenus à réduire l’émission des CFC, qui attaquaient la couche d’ozone, bien plus vite que prévu. Il peut en être de même pour les gaz à effet de serre. Parmi ceux-ci, le CO2 ne représente que 50% des émissions. Il y a aussi (Unpacking the problem) :

  1. La déforestation
  2. Le méthane, émis par les animaux, susceptible d’être réduit par un régime alimentaire adapté.
  3. Le carbone, qui résulte de l’usage du Diesel et des systèmes de chauffage des pays pauvres (bois).
  4. Les HFC produits par quelques industries et qui pourraient être traités comme les CFC.

Curieusement tous les changements procèdent de cette façon : après une phase irrationnelle, une modélisation du problème puis des équations émergent et le changement se réduit à leur résolution. C’est ce que je vois, mission après mission, c’est aussi ce qu’observe Governing the Commons.

Anxiété d’apprentissage

Si Copenhague a échoué, c’est que l’anxiété de survie n’est pas tout. Il y a aussi l’anxiété d’apprentissage. La réduction de l’émission de gaz à effet de serre demande une réorganisation de l’économie et de la vie des nations.

Le premier réflexe humain est de tricher (« innovation » de Merton). En dépit de l’accord de Kyoto les émissions ont augmenté de 20% en dix ans, notamment parce que les industries polluantes ont été installées dans les pays en développement et que l’économie russe s’étant effondrée dans les années 90 a pu vendre ses droits à émettre aux pays occidentaux. La caractéristique des énergies sales, c’est qu’elles coûtent extrêmement peu à utiliser, c’est donc le choix naturel du marché. Les énergies propres ne peuvent se développer sans volontarisme étatique. (The green slump.)

L’avenir

Finalement, peut-on faire une prévision ? Je vois ainsi les anxiétés d'apprentissage :

  • Les pays en développement ne bougeront pas s’ils ne reçoivent pas d’argent. Il y a un débat sur le montant des versements. (Closing the gaps.)
  • Le régime dictatorial chinois, contrairement aux démocraties, peut aisément mettre en œuvre un changement brutal ; en outre il semble vouloir faire de la Chine un champion de l’énergie propre. Il est possible que ce que nous percevons des réticences chinoises ait des motifs essentiellement tactiques (faire payer l’Occident pour l’affaiblir ?). (A long game.)
  • L’Amérique affronte des difficultés plus complexes : le changement appauvrirait massivement certaines catégories de sa population, dont le vote contrôle le sénat (Pauvres Américains). L’absence de structure de solidarité empêche que le choc soit réparti sur la nation. C’est le modèle américain qui gène le changement. Il risque donc d’être long. (L’Amérique et la réglementation des émissions : Cap and tirade.) Or, le monde ne bougera pas sans l’Amérique.

(à suivre)

Compléments :

  • J'ai modifié cette note a posteriori : sa première version parlait d'un montant de 1000md$ d'un coup, alors que c'est par an (j'ai mal relu mes griffonnages que j'aurais du retranscrire immédiatement !!). Du coup, je ne comprenais plus pourquoi on faisait un tel battage de cette question. (D'ailleurs, une autre partie de mes notes parle d'un pourcent du PIB/an). Merci à Julien d'avoir repéré l'erreur.

ONG et démocratie

Journaliste de France Culture ce matin, qui déplore l’échec des états à Copenhague, loue les ONG, réelle voix du peuple, et estime qu’ils montrent la voie de l’avenir.

Curieux comme il en faut peu à nos beaux esprits pour condamner les états, représentants de la démocratie. Que serait le monde si ses intérêts étaient gouvernés par les ONG, expression des intérêts d’une infime élite occidentale fortunée ?

Pot-Bouille

Film de Julien Duvivier.

Tout est follement élégant ici : le film, les dialogues et les acteurs. Zola y prend une légèreté et un esprit que je ne lui ai jamais trouvés. Par contraste que notre cinéma français moderne est lourd et ennuyeux !

lundi 21 décembre 2009

Nouvelles de la crise

Pour une fois les économistes semblent avoir été capables d’une prévision juste : faute d’avoir été nettoyée, l’économie va encore longtemps demeurer fragile.

À l’Ouest, elle est toujours tirée par l’état ; les entreprises et les particuliers les plus endettés ne sont qu’au tout début de leur cure de désintoxication, il faudra très longtemps avant que la demande reparte. Les économies émergentes sont menacées par des bulles spéculatives… (The Great Stabilisation).

Je crois surtout que l’économie a besoin de se restructurer, d’une part elle doit s’orienter vers un mode de production qui ne menace pas l’espèce humaine d’une extinction accélérée ; d’autre part, elle doit mettre au pas les industries qui avaient profité de notre inattention pour occuper une place qui n’était pas la leur (la finance, et, de plus en plus, l’industrie médicale).

Le seul moyen que les gouvernements mondiaux ont trouvé pour éviter une crise a été de maintenir le statu quo. Sans guide la réorganisation de l’économie risque d’être très longue.

Compléments :

Évaluation de B.Obama

The WYSIWYG president : les démocrates sont déçus par B.Obama. Or, il ne fait que ce qu’il promettait ; au fond il était le moins progressiste des candidats démocrates, mais les électeurs ont préféré le voir comme ils auraient aimé qu’il soit plutôt que comme il est.

Mes billets de l’année arrivent à un type de conclusion similaire.

L’idée de B.Obama est probablement de se replier sur l’Amérique et de reconstruire l’économie du pays sans laquelle rien n’est possible. Je soupçonne qu’il a essayé de liquider rapidement les dossiers internationaux coûteux et de privilégier les relations commerciales. Pour cela, il semble avoir cru qu’il fallait prendre le contre-pied des politiques antérieures, c'est-à-dire se montrer humble et ouvert. Et qu’il était le seul à savoir le faire. Ce qui expliquerait qu’on lui reproche aujourd’hui, outre l’échec de sa politique étrangère, d’avoir désorganisé sa diplomatie.

Pour le reste cela semble être de la catégorie « ni fait, ni à faire ». C’est un calculateur qui se donne les moyens d’une politique modeste et peu visionnaire ?

Gens de Dublin

Film de John Huston.

J’aime les recherches du temps perdu, et ce film entre dans cette catégorie.

Par contre, en regardant ce qu’en disait Wikipedia, qui m’a amené à lire la nouvelle de James Joyce à l'origine du film, j’ai vu que je n’avais rien compris. Alors que je pensais que le personnage masculin principal était un homme sûr de soi, ce n’est pas le cas dans la nouvelle. Pourtant le film semble très fidèle au texte. L'aurais-je mal interprété ? Ou difficulté du réalisateur à faire passer les dialogues intérieurs ?

Je n’ai pas non plus été sensible à sa fin : évolution des mœurs ?

dimanche 20 décembre 2009

Pauvre Angleterre

En lisant The Economist j’apprends deux choses sur l'Angleterre :

  1. The real windfall. Je pensais que la finance était une « compétence clé » du pays, comme le cinéma à Hollywood ou l’industrie en Allemagne. En fait, ce serait un « accident historique provoqué par la régulation américaine des années 60 ». Londres a habilement exploité sa chance en attirant les financiers en leur créant des conditions qu’ils ne pouvaient pas trouver ailleurs. Gordon Brown serait en train de tuer la poule aux œufs d’or.
  2. Falling star. British Airways va encore plus mal que ce que je pensais. Ses marchés traditionnels (classe affaire vers les USA) sont en crise, elle est attaquée par les compagnies à bas coûts, ses fonds de pension sont en déficit colossal (3,7md£ mais ça pourrait être pire) et ses 55 747 n’ont plus que 5 ans à vivre…

Ce qui me frappe dans dans le cas BA, c’est qu'elle était la plus grosse compagnie mondiale dans les années 90, qu’il en était de même de British Télécom et de bien d’autres entreprises anglaises que l’on nous présentait alors comme des modèles.

L’Angleterre ne serait-elle plus que ruines ? Sa gloire n’était-elle que façades, n’y avait-il rien derrière ?

Compléments :

Identité nationale

Pourquoi n’ai-je rien écrit sur « l’identité nationale » ? Pourtant l’identité et la nation sont des thèmes qui reviennent régulièrement dans ce blog ?

Une émission de RFI me fait m’interroger. Si j’ai bien compris, les préfets organisent des débats qui visent à définir ce qu’est être français. D’ordinaire j’aime les débats : entendre des idées diverses permet de former les siennes sans effort. Mais là il ne se passait rien. Des monologues sans intérêt et des gens qui parlaient de manipulation.

Pour les psychologues, l’identité est la façon dont nous nous voyons. Ce n’est pas ce que nous sommes. Que disons-nous de nous ? Petit pays, en déclin et vieillissement accélérés, pauvre, mal géré, endetté, intolérant, haineux, ridicule, arrogant, sans aucun poids international et encore moins un quelconque prestige. Même notre histoire et notre culture, dont nous fûmes fiers, sont maintenant tournés en dérision par nous-mêmes, dénoncés comme totalitaires, colonialistes et honteux.

On dit que ce débat est voulu de manière négative, afin de définir ce qui n’est pas français… Mais si les minorités cherchent de plus en plus à affirmer leur identité de minorité, n’est-ce pas justement parce que ce qui est perçu comme notre « identité » n’a plus rien d’attirant ?

L’identité joue un rôle déterminant dans la conduite du changement. En fait, un changement c’est une transformation de l’identité d’une organisation. Or l’identité humaine est en grande partie un construit social, et la « réalisation » de son identité et le moteur le plus fort que puisse connaître l’homme (cf. Maslow). En transformant l'identité du groupe, le changement fait que ses membres se voient « mieux » que ce qu’ils croyaient être. Chester Barnard, d’ailleurs, définit le « leader » comme celui qui est capable de transformer l’identité d’une organisation.

Tout cela me fait conclure que ce qui ne va pas dans le projet du gouvernement c’est de nous interroger sur notre « identité », que nous jugeons coupable. Il devrait plutôt nous aider à construire l’identité que nous méritons. Au lieu de remuer les eaux salles, il ferait mieux de jouer les éclaireurs. Nous avons besoin de « lumières », comme l’on disait au 18ème siècle.

Compléments

  • J’en étais là dans mes pensées quand j’ai trouvé un article de The Economist, qui semblait m’approuver. Selon lui, le progrès (une autre idée des Lumières) c’est se fixer des idéaux et chercher à les atteindre. Si nous doutons du bien fondé de ce que nous appelons progrès, c’est qu'il correspond à des idéaux usés. Il faut les réinventer et le progrès redeviendra séduisant. Onwards and upwards.

British Airways (suite)

Je profite d’un billet de Julien pour préciser ma pensée. Ce qu’il dit :

Intéressant que voir que vous cherchez à faire correspondre votre analyse, qui me semble juste (syndicat en position de force = capacité de négociation = obtention de bénéfices ou d'avantages qui semblent moralement indus) avec votre "préconception" du monde anglo-saxon (culture de l'argent). Ne constatez vous pas que c'est la même chose en France (Air France, RATP, routiers, ...) ? Et n'est-ce vraiment simplement la défense de ses propres intérêts, plutôt universelle, plutôt que la culture de l'argent ?

En fait, ce qui est à l’origine du billet, ce qui m’a frappé, c’est simplement le fait que les employés de BA coûtent deux fois plus cher que ceux d’Air France. Ce qui m’a rappelé des articles qui se plaignent du coût des employés américains syndiqués, ou de celui, difficile à imaginer pour nous Français, des fonctionnaires aux USA.

D’ailleurs un ministre du gouvernement que je cite dans un autre billet ne dit-il pas que nos enseignants sont mal payés ? (Curieusement, une augmentation de salaire n’est pas une revendication majeure des enseignants que je connais.)

Pourquoi de mêmes rapports de force ne donnent pas les mêmes résultats ? La seule explication trouvée c’est qu’ils ne cherchent pas à obtenir le même résultat : pour les Anglo-saxons c’est plus d’argent, pour nous, peut-être, des conditions de travail plus douces.

Parler de "préconception" du monde anglo-saxon (culture de l'argent) sous entend que la « culture de l’argent » est un mal, qu’en en affublant le monde anglo-saxon je lui fais du tort. Or, le monde anglo-saxon est fier de sa culture de l’argent. La richesse y est la récompense du mérite. Vouloir s’enrichir est la plus noble des motivations, c’est elle qui pousse l’homme à faire de grandes choses. Pour travailler plus, il doit vouloir gagner plus.

Mon billet n’a rien de moral. Ce n’est pas une condamnation de la culture anglo-saxonne. Il constate simplement qu’une culture de l’argent tend à construire des entreprises qui se déchirent et qui coûtent cher. Ce qui n’a rien d’évident. Et, ce qui était la découverte du billet, c’est que le bas peut s’enrichir autant que le haut.

Par ailleurs, Julien sous-entend que le « rapport de force » est dans la nature de l’homme, que chacun défend ses intérêts. Mais alors pourquoi parlerions-nous « d’identité nationale », si l’intérêt individuel était la règle du jeu ? Pourquoi aurions-nous une sociologie, une ethnologie, une science des organisations ? Qu’aurais-je à raconter à mes étudiants ? Sur quoi joueraient les conduites du changement de mes clients ? L’homme met la plupart du temps l’intérêt de la société avant le sien (parce qu’ainsi il sait qu’il fait son intérêt à long terme !), ce que matérialisent les lois. Il va jusque à obéir à des « idéaux ». Il est rarement calculateur, et quand il l’est, c’est généralement dans des circonstances de peu d’importance (un achat par exemple). Le rapport de force est exceptionnel, il s’explique par « l’anomie », l’absence de règles partagées, par le fait que les opposants n’appartiennent pas au même groupe.