mardi 26 janvier 2010

Obama en Clinton

Les commentateurs encouragent M.Obama, depuis qu’il a perdu la majorité absolue au Sénat, à suivre l’exemple de M.Clinton.

Pourtant, quand il le fait, en s’en prenant aux banques et en gelant les dépenses de l’État, demande de la vox populi ?, on parle de populisme grossier. Non seulement il contredit ses propos de campagne, mais il fait l’inverse de ce que réclame le traitement de la crise.

Explication possible ? M.Obama n’est pas un politicien ordinaire, il est froid et rationnel. L’atout du grand politique est d’être un grand séducteur et un survivant : il n’est jamais aussi bon que lorsqu’il est en difficulté et il a un sixième sens qui lui dit ce que le peuple est prêt à croire.

Compléments :

  • The Second Clinton?, President Obama concedes defeat.
  • La stratégie de M.Obama, réponse à mon billet précédent : pas possible de négocier avec son opposition ?
  • Illustration des théories sur l'optimisme de M.Seligman : le champion est celui qui voit la déconvenue comme une chance (définition d'optimisme). B.Obama a subi un revers : va-t-il se replier sur soi, ou se transcender ?

Négociations d’Obama

Maintenant qu’il n’a plus de majorité absolue, M.Obama va devoir négocier avec son opposition. Données du problème.

  • Réforme de santé bloquée. La majorité des votants est satisfaite du système et ne voit pas pourquoi elle ferait acte de solidarité.
  • Inquiétude quant aux déficits de l’État.
  • Et pas d’appui républicain aux réformes climatiques sans nucléaire.

Question de l’article : « l’olympien » M.Obama saura-t-il s’abaisser à une négociation ? Je me demande surtout si les Républicains sauront s’y élever.

Sarkozy et les salaires

Un extrait, entendu sur France Culture, des propos qu’a tenus N.Sarkozy hier soir. Si je comprends bien il justifie le salaire de H.Proglio par le fait que, comme Bill Gates, il crée des emplois. L’alternative est « l’Union soviétique ». Par contre, il trouve honteux le salaire des joueurs de football. Intéressante question théorique :

  • M.Sarkozy s’arrête-il aux footballers, aux sportifs, aux artistes... ? Quid des héritiers ? Et de sa belle famille ?
  • Confusions. Bill Gates est un entrepreneur, il a créé son entreprise ; Henri Proglio est un manager professionnel, un gestionnaire. De même la France de De Gaulle n’était pas l’Union soviétique et pourtant elle ne rémunérait pas autant que la nôtre ses P-DG.
  • Si la création d’emplois fixe la rémunération du dirigeant, comment expliquer que depuis que nous payons cher nos dirigeants l’emploi ne progresse pas en France, au contraire ? D’ailleurs, un footballer ne crée-t-il pas des emplois ? Le B A BA du marketing c’est le leader d’opinion : le bon sportif qui porte les couleurs d’une entreprise fait vendre. Et, contrairement au P-DG, il ne restera pas longtemps en place s’il n’est pas en permanence au sommet de sa forme, ou même de la morale, comme l’a démontré le malheur récent de Tiger Woods.

Compléments :

  • La théorie économique classique justifie le revenu de l’entrepreneur (plutôt que du manager) par le fait qu’il joue le rôle d’assurance pour son entreprise.
  • L’inflation récente du salaire de la classe financière (manager, banquier…) semble expliquée par la théorie de la « capture » : une partie de la population à utilisé sa position sociale pour servir ses intérêts personnels (cf. les oligarques).

Les Lumières

GAY, Peter, The Enlightenment, the rise of modern paganism, Norton, 1995. 

L’avènement des Lumières

L’histoire avait une part essentielle dans la vision du monde des philosophes. Pour eux elle était l’affrontement de l’obscurantisme et de la raison.

Les premières Lumières furent grecques puis romaines. Alors la société se disloque, l’élite se sépare d’une masse d’ignorants dont elle se désintéresse, ou dont elle exploite la crédulité.

Le Moyen-âge est dominé par le mythe, négation (volontaire) de la raison. Tout est lié : le Christianisme justifie la hiérarchie, fondement de l’organisation sociale (le drame shakespearien, c'est l'individu qui trouble cet ordre). La science ne disparaît pas, mais elle joue un rôle subordonné, comme les autres symboles d’une société qui n’est que symboles.

La Renaissance est la préhistoire des Lumières. Les Humanistes préparent l’arrivée des philosophes. Comme eux, ils admirent l’antiquité, sont énergiques, libres d’esprit, ont un grand sens moral. Ce sont les professeurs de pensée des philosophes. Mais ils n’ont pas leur optimisme. Ils se battent contre un destin qu’ils pensent invincible.

Peut-être est-ce le succès de la science qui va transformer le point de vue des hommes sur leur avenir ? Celle-ci sera précédée par des « propagandistes », Bacon et Descartes, qui définissent la méthode scientifique. Les découvertes, en particulier de Newton, suivent.

Les guerres de religion font avancer la cause de la tolérance et émerger le désir de fonder la société sur autre chose que le sectarisme, sur une sorte de droit immanent, le droit naturel.

Puis c’est le tour des libertins, qui, en sous-marin, vont saper les fondements de la société, et forger l’argumentation des philosophes, qui seront bien moins des penseurs originaux que des vulgarisateurs et de redoutables polémistes.

L’Église leur a facilité la tâche : non seulement elle est gagnée par leurs idées, dont elle ne perçoit pas la nocivité, mais elle sert la cause de ses ennemis en donnant une image peu chrétienne d’elle-même. D’ailleurs la ferveur religieuse de la société décline.

Les idées des Lumières

Les Lumières sont avant tout une lutte à mort avec le Christianisme, vu comme le pire des fanatismes. C’est l’affrontement de l’esprit critique et du mythe.

Les philosophes semblent avoir deux objectifs. Le premier est de mettre la nature au service de l’homme, au moyen de la science ; le second est de faire le bien.

L’homme est ce qu’il fait. Philosopher c’est agir, trouver puis faire ce qui est juste. Cette pensée est construite sur l’expérience pratique, c’est une pensée de bon sens. Elle veut débarrasser le monde du mythe, de ce qui est accepté sans réfléchir, donner à l’homme ce qui lui est accessible, et lui faire renoncer à ce qui est hors de sa portée (métaphysique).

Ses parents sont :
  • Stoïcisme : devoir de l’homme envers la société, identité éthique et politique, et théorie et pratique, fraternité des hommes, car partageant la raison universelle ;
  • Éclectisme : tous les systèmes ont une part de vérité, pour trouver la vérité il faut les combiner - justification de la tolérance ;
  • Scepticisme : le doute comme attitude première.
Commentaires :

2 réflexions
  1. La société serait-elle renouvelée périodiquement par des idées, apparemment inoffensives, qui, poussées dans leur logique, produisent une révolution ? Adoptées par tous, car séduisantes, elles sont fatales à certains, parce qu’elles contredisent les principes qui font leur légitimité ; leurs purs produits sortent vainqueurs de la transformation. (Cf. les bouleversements Internet, la libéralisation du monde, et les malheurs de l’URSS.)
  2. Le mal de l’Occident serait-il le Moyen-âge - une division de la société en classes, celle du bas étant asservie par la superstition ? Parallèle avec nos dernières décennies ?

lundi 25 janvier 2010

Haïti et colonialisme

Nouvel article sur la transformation d’Haïti en une nation saine : Jeffrey Sachs explique qu’elle n’est pas aussi complexe qu’on le croit.

Si l’on ne l’a jamais réussie, c’est que notre politique « d’aide » a pensé à tout sauf au simple et fondamental.

Réflexion qui pousse la mienne dans un chemin qu’elle avait commencé à emprunter. Au fond, si nos ex colonies sont des pays qui n’arrivent pas à se développer, n’est-ce pas parce que nous avons tout fait pour qu’elles ne se développent pas ? Elles ont absorbé les beaux principes que nous avions conçus pour notre usage, qui ne correspondaient pas à leur culture, mais que nous nous sommes bien gardés de les aider à mettre en œuvre. Tout le monde n’y trouvait-il pas son compte : les bien pensants y voyaient la victoire de leurs nobles valeurs, et les déçus de la décolonisation une juste vengeance ?

Obama réforme la banque

À la suite de sa perte de « super majorité », B.Obama a annoncé une réforme des banques. Il y aurait deux mesures :

  1. Faire payer les banques pour les frais de leur sauvetage. Ce qui rapporterait 117md$ sur 12 ans.
  2. Séparer les activités « sociales » des banques (activité de crédit nécessaires à l’économie) des autres, et interdire certaines de ces dernières (opérations de bourse pour leur propre compte, hedge funds, capital investissement).

Difficile de savoir quelles en seront les conséquences, d’autant plus que la compétence clé des banquiers est de contourner les règles, et que le traitement que le congrès fait subir aux lois semble plus motivé par l’intérêt de ses membres que par celui de la nation.

Cependant ces mesures paraissent aller dans le bon sens : le facteur principal de risque serait la complexité des établissements financiers, qui les rend incompréhensibles donc incontrôlables ; les simplifier diminuerait la menace qu’ils représentent. En fait, ce serait un retour à la législation post 29 dite Glass Steagall.

Jusque-là le gouvernement américain ne voulait pas s’y résoudre. D’ailleurs Larry Summers et Tim Geithner, conseiller du président et ministre des finances, mais aussi promoteur de la révocation de Glass Steagall et ancien lobbyiste de Goldman Sachs, n’approuveraient pas le projet de réforme. Autre signe positif ?

Compléments :

Basel 3

Les régulateurs mondiaux cherchent à éviter la répétition de notre crise. Ils illustrent une des théories de ce blog : intelligence d’un groupe qui réfléchit.

Niveau des réserves que doit conserver une banque pour ne pas être prise au dépourvu. Résultat (expérimental) : en moyenne 9% des actifs. Mais 20 ou 25% si on veut éviter tous les pépins. Ce qui, du fait de l’interdépendance des banques, semble obligatoire. On en reviendrait au 19ème siècle, quand elles devaient se défendre seules sans l’assurance de l’État. Si 9% est acceptable, 25% ne l’est pas.

Alors ? Des dettes qui se transformeraient en actions en cas de malheur ? Effets pervers. Mieux peut-être : ne protéger par la garantie de l’État que les activités essentielles au fonctionnement de l’économie (banque de dépôts), et laisser les activités à risque sombrer, le cas échéant.

(à suivre)

Compléments

Domicile conjugal

Film de François Truffaut, 1970.

J’ai beau prendre ce film sous tous les angles, je ne le trouve pas intéressant.

  • À la recherche du temps perdu ? Il en dit peu sur les années 60, sinon que l’on n’avait vraiment aucune difficulté à trouver un emploi (idiot, d’ailleurs), et qu'il fallait des années pour obtenir un téléphone.
  • Les fantasmes de l’auteur ? Glorifier un Antoine Doinel qui ne partage pas les règles de la société ? Mais jamais Jean-Pierre Léaud n’a été aussi conventionnel, et peu décalé. Message du film : le peu de solidité de l’originalité soumise aux conforts de la société ?

dimanche 24 janvier 2010

Réformer l’État

Mon billet sur l’État m’a laissé au milieu du gué. Je dis qu’il faut en faire un « reengineering », les mêmes services (ou un peu mieux), mais en moins coûteux. Oui, mais comment procéder ?

Au fond, le gouvernement a raison : il faut jouer sur les synergies. La décentralisation et, plus généralement, le mouvement d’individualisation de la société, fait qu’il y a concurrence entre énormément de structures qui font la même chose (chaque collectivité, par exemple, veut son école de commerce), et parfois de l’inutile (la communication est devenue un poste significatif du budget des communes). En outre, en forçant l’individu à se défendre seul, à s’assurer, à payer des cours à ses enfants… on adopte une organisation de la société inefficace, puisque ces coûts, mutualisés, seraient nettement inférieurs.

Si le gouvernement a raison sur le fond, il a tort sur la forme. Il est demeuré dans l’idéologie du dirigeant de droit divin. D’un État qui impose d’une main de fer ce qu’il sait bon pour la population. Je me demande si l’histoire de l’après guerre n’a pas été celle de notre rébellion contre cette idéologie étouffante, personnalisée par de Gaulle. C’était le message de la décentralisation : comprendre les besoins des citoyens.

Tout le monde avait raison : la centralisation et la décentralisation. La question est : comment les faire cohabiter ?

Appliquer à l’État le modèle de « l’entreprise qui marche » est une solution à cet apparent dilemme d’une centralisation des moyens accompagnée d’une délocalisation des besoins. L’analyse des conditions extérieures de la nation, combinée à celle de la volonté générale qu’elle exprime, débouche sur une stratégie, puis sur la mise en œuvre de celle-ci. L’État, comme l’entreprise, doit concevoir des outils généraux que le niveau politique local appliquera à la résolution des problèmes spécifiques qu’il rencontre. (C’est ainsi qu’est conçu le « marketing mix » d’une entreprise : des outils généraux que les opérationnels adaptent aux conditions particulières qu’ils rencontrent).

Mais cette transformation ne peut se faire sans une volonté de la population de sortir de l’égoïsme individualiste, d’adopter un comportement collectivement responsable et solidaire, d'abandonner le chacun pour soi.

Compléments :

Hypocrisie des puissants

Une étude montre pourquoi les puissants sont hypocrites :

  1. Ils pensent qu’ils ont le droit de faire ce qu’ils trouvent mal chez les autres.
  2. De manière plus inattendue, ceux qui occupent une position de pouvoir mais croient que ce n’est pas mérité font le contraire : ils sont plus exigeants envers eux-mêmes qu’envers les autres.

Étude riche d’implications :

  • En disant à des gamins qu’ils étaient des génies de la finance, seuls maîtres après Dieu, on peut les avoir poussés à trafiquer, en toute bonne conscience, les règles de la société. Idem pour le gouvernement Bush et Guantanamo. Idem pour nos gouvernants et hauts fonctionnaires, qui n’hésitent jamais devant un coup tordu pour faire passer des mesures auxquelles résiste la démocratie.
  • Comment donner le pouvoir à ceux qui pensent ne pas le mériter ? Sortir de la sélection par le succès et faire éprouver aux apprentis la petitesse de leurs capacités ?
  • Ce biais n’a peut-être pas que des inconvénients. Il est possible qu’il soit lié à la question de l’optimisme. Pour des raisons évidentes, il est utile à la société que ceux qui exercent ses métiers les plus risqués se croient surhommes.

Dominique Delmas et Jean-Pierre Schmitt

Dernier enregistrement de Trouble Shooter :

Dominique Delmas, du cabinet EQUAD, a parlé de la question du risque. Plus exactement du sinistre. J’ai appris que, selon la façon qu’une organisation a de traiter un sinistre, son coût peuvent varier de 1 à 100 voire même beaucoup plus. Ce qui cause le risque, est, de manière inattendue, un problème de logique humaine. Celui qui gère le sinistre est dans une logique dangereuse. Par exemple il peut être dans une logique technique, de réparation du sinistre, alors que le plaignant est dans une logique procédurière : du coup le technicien donne des informations qui servent à prouver sa faute. Un second exemple montrait une agence qui voulait conserver un client à n’importe quel prix, alors que ce n’était pas dans l’intérêt de l’entreprise. Dominique Delmas aide les entreprises à créer une culture de gestion des risques en utilisant une méthode qui ressemble beaucoup à celle dont parlent mes livres : il se sert des sinistres comme exercices de formation. Quand une unité rencontre un sinistre, lui et ses équipes travaillent avec elle à sa résolution. Ils servent aussi de système de communication entre elle et les services du groupe. À la fin de l’exercice, l’unité sait non seulement traiter ce type de problème, mais, surtout, le faire du point de vue de l’intérêt commun. De proche en proche, il « recode » la culture de l’organisation. C’est un exemple de ce qu’Henri Bouquin appelle la construction d’un système de contrôle de gestion informel, le contrôle par la culture.

Jean-Pierre Schmitt, professeur honoraire d’organisation au CNAM, lui, modèlise des organisations. En quelques semaines il est capable de représenter les processus de fonctionnement d’une organisation complexe (dans son exemple la maintenance des sous-marins nucléaires) sur un seul transparent. En termes de conduite du changement c’est remarquable : son schéma partant de la réalité de la réalisation du métier de l’entreprise, il peut voir les changements qui sont ou non réalisables, et d’en proposer qui se font immédiatement, parce qu’ils sont « évidents ». Effet de levier bluffant !

samedi 23 janvier 2010

Le retour de l’État

The Economist est inquiet. L’État n’a jamais été aussi fort.

Énorme surprise : la grande période de libéralisme économique a paradoxalement conduit à une croissance sans précédent de l’État. Particulièrement dans les pays ultralibéraux, USA et Angleterre. Le poids de l’État anglais est passé de 37 à 52% du PIB de 2000 à aujourd’hui. Il n’a rien à envier au nôtre.

Explication du paradoxe ? L’homme veut les gains du laisser faire, mais pas ses risques. Il a donc fallu secourir ses nombreuses victimes ; multiplier les lois pour protéger les uns et les autres ; réparer les « défaillances de marché » provoquées par l’irresponsabilité d’acteurs économiques incontrôlés ; et, finalement, les sauver de la crise financière, conséquence d’une inconscience qui menaçait de nous faire disparaître avec eux.

Alors qu’après cette ère ultralibérale on s’attendrait au retour d’un État fort, il n’en est pas question : celui-ci est déjà hypertrophié, et, en plus, il va devoir faire face au vieillissement massif de la population !

Curieusement, il se pourrait bien que notre tâche principale soit désormais de trouver un moyen d’alléger radicalement l’État sans le faire perdre en efficacité. Il est probable qu'une condition nécessaire à ce changement soit un comportement un peu plus solidaire, et un peu plus responsable, de la part de la population : elle aura alors moins besoin de l’État pour réparer ses erreurs.

Compléments :

  • Cette constatation surprenante corrobore celle de l’étude que cite mon précédent billet.

Les relations de travail en France

Après guerre, les relations de travail étaient réglées par la loi, négociées au plus haut niveau. Une carrière correspondait au franchissement d’échelons. Le travail était garanti, mais ennuyeux. Aujourd’hui il fait souffrir.

De la lutte des classes on en est venu à la « lutte des places ». La relation contractuelle a pris le dessus sur la loi dans la réglementation des conditions de travail : « la firme s’est imposée comme un nouveau foyer de régulation sociale à part entière ». L’organisation sociale s’est individualisée. Tout y a contribué, les entreprises qui ne veulent plus être contraintes par des règles générales, les employés qui désirent des carrières individualisées, l’État qui veut la décentralisation, les tribunaux qui n’appliquent plus la loi mais l’inventent (« variabilité de jurisprudence »).

Seuls les syndicats ont été incapables de suivre le mouvement. Sous perfusion de l’État et des entreprises (60% de leurs revenus), ils n’ont pas les moyens d’une présence de proximité. En fait, sous la poussée de l’individualisme, plus aucun organe collectif n’est représentatif de quoi que ce soit – qu’il s’agisse des organisations salariales ou patronales.

En trente ans les fondements de notre vision du monde ont totalement changé. Les cotisations sociales, par exemple, jadis perçues comme « moyen de solidarité nationale ou d’alimenter la croissance » sont devenues les « ennemis de l’emploi », marquant ainsi le « désengagement de l’entreprise de la solidarité nationale ».

Et la situation n’est pas sans paradoxes. Alors que l’on ne voulait plus d’un traitement général et déshumanisé, jamais les conditions locales n’ont été aussi mauvaises (cf. les banlieues). Et jamais l’État n’a été aussi présent, contraint de venir au secours d’exclus en nombre croissant. D’ailleurs il a pris « acte de la mise à l’écart durable (…) de populations employables », et a créé le RMI pour les protéger (1 Français sur 10 le touchait en 2003). « le rôle de l’État dans la régulation du marché du travail français n’a cessé de croître au fil des années ». Si son importance est si grande c’est aussi parce que ceux à qui il était supposé remettre ses pouvoir n’ont pas de ressources, manquent de moyens de coordination, et qu’une telle délégation ne correspond pas à une « culture jacobine qui incite à faire remonter aux niveaux hiérarchiques élevés les dossiers les plus délicats ».

En outre, jamais nous n’avons autant été soumis à des règles supranationales.

Commentaires

Quelques réflexions que suscite ce qui précède, qui est tiré de LALLEMENT, Michel, Transformation des relations du travail et nouvelles formes d’action politique (in La France en mutation, 1980 – 2005, Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006).

  • Notre histoire récente est celle de la désolidarisation, de la désagrégation de la société, provoquée par un formidable mouvement de « libération », une tentative d’affranchissement de l’individu des contraintes sociales. C’était une illusion. Pour réussir le groupe, l’entreprise en particulier, a besoin de discipline collective.
  • Impression de chaos : non seulement l’existence d’assurée est devenue précaire, mais encore le pays semble dans une désorganisation complète, même la performance économique, qui a servi de rationalisation à la transformation, n’a jamais été aussi préoccupante.
  • L’État providence est un paradis perdu. Les dommages sont tellement grands qu’il n’est plus possible de revenir à la situation antérieure. D’ailleurs, le pire est devant nous : la France précaire, toujours plus faible, nourrit une France de retraités hyperprotégés, toujours plus lourde. Ce n’est pas durable.
  • Il est possible que tout ceci se transforme en nouveau sous-développement : une nation inefficace car désolidarisée, une population divisée entre oligarques et crève la faim. Mais nous ne méritions pas l’État providence. Au fond, sans inquiétude l’intelligence de l’homme ne fonctionne pas.

Compléments :

vendredi 22 janvier 2010

Haïti (suite)

Dans la ligne de pensée de mon dernier billet sur Haïti, un article propose de prendre en compte ses culture et histoire avant de proposer une solution à ses maux.

  • Jadis Haïti fut riche. Mais, après son indépendance, les USA (avec les autres puissances de l’époque), qui avaient peur que leurs esclaves soient gagnés par l’envie de liberté, lui imposèrent un embargo, ainsi que de très lourdes « réparations ». Ils envahirent le pays en 1915, y restant 20 ans, histoire notamment de collecter les reliquats des dites réparations.
  • L’organisation du pays est coloniale. L’objectif des cliques qui rivalisent pour s’emparer du gouvernement est de s’enrichir au détriment du peuple. Mais, plutôt que d’utiliser le système plantation / esclaves, puisqu’il n’y a plus d’esclaves, ils imposent massivement la population.
  • Faute d’investissement les ressources du pays ne peuvent se renouveler, elles ne lui permettent plus de vivre sans aide étrangère. C’est elle qui maintient la corruption au pouvoir.
  • Il faut prendre le contrepied de ces tendances à long terme : ouvrir le marché des États-Unis aux produits d’Haïti et s’assurer que le peuple haïtien participe à la reconstruction du pays et touche un honnête salaire.

Solution simpliste ? Surtout, tient-on là le vice qui fait que nos anciennes colonies sont incapables de sortir de la pauvreté : elles sont bâties sur le principe que le gouvernant exploite le gouverné ?

La mariée était en noir

Film de Truffaut de 68.

Ça me semble surtout un exercice de style : comment tuer 5 acteurs fameux, sans répétition ? Solution : l'homme est un pantin entre les mains de la femme de ses rêves.

Complément :

jeudi 21 janvier 2010

Obama blues

Obama n’est pas celui que nous attendions : alors qu’il s’est dit l’homme du changement, il est incapable de leadership !

L’idée semble faire consensus. Et il l’a entendue. Il avoue qu’il s’est trompé : il a cru que son rôle était de prendre de bonnes décisions, selon un processus rationnel, et que la nation lui en serait reconnaissante.

Est-ce suffisant pour qu’il se transforme ? En tout cas, c’est un homme exceptionnel. Le fantasme de la décision rationnelle, « the one best way », affecte tous les dirigeants politiques et les patrons occidentaux. Mais aucun d’entre eux n’est à la veille de la moindre remise en cause.

Bretton Woods

Avant 1970, les taux de change étaient fixes. Cela ne permettait pas de déficits durables aux nations. Elles devaient modifier l’efficacité de leurs économies pour les compenser. Le système actuel semble s’auto ajuster : si un pays importe plus qu’il n’exporte, sa monnaie se dévalue et son économie gagne en compétitivité.

Ce qui n’était pas prévu, c’est que le déficit américain n’a pas entraîné un affaiblissement de sa monnaie, puisque les Chinois n’y avaient pas intérêt. La compétitivité de l’économie américaine peut donc s’affaiblir sans sanction, à moyen terme.

Plus curieusement, il a semblé que l’inflation avait disparu, qu’elle était contenue par les banques centrales, qui, de ce fait, laissaient leurs taux d’intérêt à un niveau faible. En fait, elle s’est déplacée de la consommation vers le patrimoine (bulles spéculatives).

Les réserves de change ont cru de 55% entre 1949 et 1969. Elles ont alors cru de 2000% entre 1969 et 2000. L’argent supplémentaire a été utilisé pour faire monter le prix des actifs, plutôt que celui des biens de consommation.

Compléments :

  • Par contre la zone euro est une zone à échange fixe : ce qui promet des ajustements douloureux à court terme.
  • Le rôle de ce système de taux de change dans notre crise : Devises. Et une raison de croire que le système serait vicié par construction : Paradoxe de Triffin.
  • L’article dont sont tirées ces considérations : Floating all boats.

mercredi 20 janvier 2010

Massachussetts

B.Obama avait beaucoup de mal à faire adopter ses réformes, or, il vient de perdre le sénateur qui lui assurait de ne pas avoir à discuter avec l’opposition…

Ce qu’il y a de curieux est qu’il s’agit du sénateur du Massachussetts, un état ultra-démocrate. Alors erreur tactique, les Démocrates ayant présenté une femme, pour des raisons de parité, les Républicains, un bon candidat, pour des raisons d’efficacité ?

Je tente une autre hypothèse. Les gouvernants veulent des « super majorités » ou des « hyper présidences » pour faire passer leurs réformes sans rencontrer les complexités affolantes de la démocratie. Ne savent-ils pas ce qui est bon pour le peuple ? Ce faisant, ils ne l'écoutent plus. Logiquement, dès que celui-ci le peut il démolit ces amorces de dictatures. Les politiciens, ne sachant pas gouverner dans ces conditions, crient à l'anarchie et cherchent à reconstituer leur avantage.

Compléments :

Aide aux pays pauvres

Comment faire qu’il n’y ait pas de nouveau désastre haïtien ? Comment ce désastre a-t-il été possible après des décennies d’aide ? Quelques remarques de David Brooks :

  1. Les pays pauvres qui se sont développés n’ont pas reçu d’aide.
  2. Aucun des types d’aides connus, aussi bien grandes subventions, que le pays n’est pas organisé pour recevoir, que micro-crédit, ne donnent de résultats significatifs.
  3. La question est culturelle : les peuples qui demeurent pauvres sont « résistants au progrès ».
  4. Solution : transformer cette culture en force, sans la respecter, en construisant des structures sociales « paternalistes ».

These programs, like the Harlem Children’s Zone and the No Excuses schools, are led by people who figure they don’t understand all the factors that have contributed to poverty, but they don’t care. They are going to replace parts of the local culture with a highly demanding, highly intensive culture of achievement — involving everything from new child-rearing practices to stricter schools to better job performance.

Voilà que le pays du laisser faire parle de « révolution culturelle » ! Le mal a un visage, c’est la « résistance au progrès ». Il faut la balayer par la force, par le recodage ethnique. (Au fait, qu’est-ce que le progrès ?)

Et si Haïti, comme les Indiens d’Amérique, n’arrivait pas à s’adapter à la culture occidentale dominante ?

Pour que le processus d’adaptation puisse commencer, il faut, comme au Japon, en Inde ou en Chine, qu’il y ait un minimum de désir collectif, qui ne peut exister que si un chemin de transformation acceptable pour le peuple est visible.

Le problème d’Haïti et des pays pauvres est certainement extrêmement compliqué. Mais, ce dont ils ont besoin, ce n’est pas d’une révolution culturelle, ni d’aide financière, mais d’une aide culturelle : de ce qu’Edgar Schein appelle des « process consultants », qui accompagnent les éventuels organes du pays ayant un peu de pouvoir dans la recherche d’un changement culturellement acceptable.

Compléments :

Coût de la justice

L’Angleterre se demande si elle doit faire une entorse à son principe du procès par jury.

  • Pour : dans certains cas les jurés coûtent cher à protéger.
  • Contre : le droit à être jugé par ses pairs est un des piliers de la société anglaise, il n’a pas de prix.

Qu'un quotidien libéral (The Economist), qui met les valeurs sociales en équations économiques pour montrer qu’elles méritent la poubelle, utilise un tel argument est inattendu.

Compléments :

  • Dans le prolongement des idées de The Economist, je pense que ce que cherchent les terroristes, c’est à détruire les valeurs démocratiques : Terrorisme.
  • A Trial by Jury.

Cours de manipulation

Comment manipuler une société ?

Il faut partir de ce qu’elle croit, et l’amplifier dans la direction voulue. On lui fournit donc des informations partiellement vraies. Le message doit être, si possible, « visuel » et « répété avec toujours le même type de langage et de discours ».

Mais c'est la peur qui met l'homme à votre merci. « C’est pourquoi la peur est devenue une partie aussi importante de nos moyens d’information, de notre industrie du loisir, et de plus en plus, de notre politique publique ».

La manipulation n’est pas tant une arme de terroristes, que celle des affaires, des journalistes ou des gouvernants ? La manipulation comme moteur de notre société ?

Compléments :

  • Est-ce pour cela que la grippe A a eu un tel succès ? Grippe médiatique.
  • Le mécanisme de la manipulation, correctement utilisé, sert au changement : Polémique.

mardi 19 janvier 2010

New York, New York

New York : « Le nombre de personnes ayant du mal à payer leur nourriture a augmenté de 60%, à 3,3m, depuis 2003 ».

« Plus de la moitié des foyers avec enfants de New York ont des difficultés à se procurer assez de nourriture », « un stupéfiant un cinquième des enfants de la ville (…) dépend des soupes populaires ». « un nombre surprenant de New yorkais est vulnérable, presque 20% d'entre-eux ne pourraient pas se payer leur nourriture s’ils perdaient leur travail ». The Big Apple is hungry.

Question. Le modèle libéral, dont l’Amérique semble le plus fidèle exemple, ne mérite-t-il pas quelques aménagements ?

Compléments :

Polémique

La « bonne polémique » c’est « énoncer des propositions contraires aux convictions des intérêts régnants ». C’est l’essence d’une « littérature de combat (…) qui est combattante sans être combative ». Réflexion de Jean-François Revel, 1964, dans l’Express.

Cependant dans notre ère de « communication de masse », dans laquelle le polémiste « d’aujourd’hui doit se débattre au sein d’un océan de boue qui se referme sans arrêt au dessus de sa tête », « la polémique de fond doit aussi se faire polémique de ton ».

Il est vrai qu’être provoquant permet d’être entendu. (C’était déjà le cas au temps de Voltaire !) Mais cela sert-il sa cause ? La provocation augmente l’anxiété de survie. Mais elle ne dit pas comment conduire le changement. D’où le succès des « polémistes de droite », les conservateurs, dont on trouve les arguments admirables parce qu’ils justifient qu’il ne faut rien faire.

Jean-François Revel croit pouvoir dire que « malheureusement, dans notre Moyen-âge, notre tête est entrée dans l’ère de la preuve alors que notre cœur est resté dans l’ère de la force et du mensonge ». Erreur. Ce n’est pas notre cœur qui est en tort, mais notre tête : à un moment de notre histoire, elle s’est détachée de la réalité. Ce qui explique qu’elle puisse penser l'ignorer. Car, les « intérêts régnants » assurent l’équilibre de la société. Quand la tête croit pouvoir s’en abstraire, c’est la révolution.

S'il est utile de stimuler l’anxiété de survie de la population, pour réussir un changement sans bain de sang, il faut surtout savoir utiliser ce qui lui est favorable dans la culture de la société.

Compléments :

Jeanne Bordeau

Jeanne Bordeau a créé et dirige l’Institut de la qualité de l’expression. L’analyse de la presse est une de ses activités. La répétition des mots qu’elle rencontre lui donne l’idée de tableaux, dans lesquels ils se regroupent par affinité et forment une image qui est leur esprit commun. Surprenant moyen de synthèse (un exemple ancien).

Qu’est-ce que cela donne pour 2009 ? Incertitude, inquiétude et suivisme :

  • « une économie bouleversée (…) une absence de logique » ;
  • « le stress, plus encore que le suicide, arrive en force » ;
  • la crise « la presse hésite et se divise entre pessimisme et optimisme » ;
  • « tout est « éco » » ; communication : « l’usager devient un directeur de programmes » ;
  • la politique comme théâtre « gauche (…) dont on n’arrive pas à faire émerger les propositions », « la sphère présidentielle se resserre (…) royauté » ;
  • la société : « on doit tout savoir, tout comprendre, tout pouvoir », « nous sommes pris en main par des « guides » et des « coachs » », « le business est partout » ;
  • « décèle-t-on (…) une véritable politique culturelle ? (…) L’absence de perception en la matière interroge sur la capacité de la France à conceptualiser sa culture » ;
  • les verbes : « la crainte (…) et le mouvement » ;
  • les femmes : « elles sont tout à la fois » mais rien en particulier.

lundi 18 janvier 2010

Défendre la démocratie

Reprenant un thème de ce blog, The Economist constate que l’autoritarisme est de plus en plus sûr de soi, que la démocratie est partout critiquée. Comme moi, il pense qu’il faut en démontrer l’efficacité supérieure. Mais pas grand-chose de neuf dans son argumentaire :

  • Je continue à croire que ce qui fait la force de la démocratie est sa capacité à mobiliser tous les talents d’une nation, et que ce qui fait l’échec des démocraties, c’est qu’elles ne se comportent pas comme si elles en étaient : elles sont victimes d’idéologies.
  • Comme J.S.Mill, je crois que la démocratie est une question de culture et d’apprentissage. Ce qui explique les difficultés d’Haïti et de l’Afghanistan, par exemple, à trouver un modèle démocratique efficace.
  • The Economist, bizarrement, pense que la démocratie est liée à l’économie de marché (« la démocratie n’a jamais duré dans des pays qui n’ont pas des économies de marché »). Ce n’était pas l’image que j’avais de la Grèce, ni ce que je retire de mon expérience. Il me semble en effet qu’une entreprise qui fonctionne efficacement, le fait selon la « volonté générale » ; que la « résistance au changement » est justement la manifestation de cette volonté (contrariée). Il n’y a pas rejet du concept de démocratie mais de la manière de le mettre en oeuvre, en particulier du modèle anglo-saxon individualiste, matérialiste et commercial ? Il faut adapter la démocratie à chaque culture ?

Complément :

Obama bilan

Que penser de la première année de Barak Obama ? se demandent les journaux.

  1. En ce qui concerne les réformes internes, ça passe, mais pas de manière optimale. Il est trop loin du ballon, en d’autres termes, il ne contrôle pas suffisamment le changement.
  2. À l’extérieur, sa politique de main tendue a été un échec.

M.Obama apparaît comme un calculateur froid, un homme de techniques, de montages théoriques élégants, pas un homme de sentiments. D’ailleurs, il n’hésite pas à frapper militairement quand il le faut. Pour moi, ces échecs, qui ne compromettent en rien ses chances, font partie de son apprentissage.

Par contre, je soupçonne toujours que sa principale faiblesse est une ambition modeste pour l’Amérique, et surtout un excès de confiance en son intellect. D’où à la fois des plans d’action simplistes et un manque de contrôle de (d’engagement dans) leur mise en œuvre.

Compléments :

Furie

Film de Fritz Lang de 1936.

Début de la période américaine, très proche de M. le maudit, mais aussi du muet : importance des visages, foules démentes, Spencer Tracy en sorte de Dr Jekyll et happy end concession aux usages américains ? En tout cas très réussie.

dimanche 17 janvier 2010

Voile et loi

Faut-il interdire le voile intégral par la loi ? J’ai entendu hier, sur France Culture, un reportage qui m’a plu :

On y suivait le travail de la commission parlementaire qui examine le sujet. Pour une fois, j’ai entendu des gens qui semblaient avoir des convictions. On sentait de l’émotion. J’avais fini pas croire que les politiques n’étaient que de froids calculateurs, qui obéissent, au mieux, à des idéaux théoriques. Surtout, le groupe semblait réellement chercher une solution à une question qui le préoccupait, et non vouloir imposer je ne sais quelle idée préconçue. Les experts n’étaient pas là pour dire la loi, mais pour proposer des outils et signaler des contraintes. De la différence ne surgissait pas l’affrontement mais l’idée. Enfin un débat digne de ce nom ?

Je me suis demandé si ce n’était pas une leçon donnée à ceux qui, comme M.Peillon, refusent la discussion quand ils croient y voir une manipulation : toutes les manipulations peuvent être retournées contre leurs intentions ; et, si l’on ne parle pas, on ne peut pas être entendu. Mais encore faut-il avoir quelque chose à dire.

Qu’en tirer sur le fond ? Ce voile me semble poser des difficultés quotidiennes au fonctionnement de la société : à l’Éducation nationale, aux hôpitaux, à l’état civil, etc. Et peut-être aussi à l’assistance sociale : dans certains cas, il semble pris sous la contrainte - c'est une atteinte à la liberté de l'individu.

Il y a alors conflits. Ne serait-ce pas ces conflits qu’il faudrait apprendre à traiter avec tolérance, mais aussi dans le respect des règles qui organisent la société ?

Au fond, n’est-ce pas le problème que révèle le voile : une désagrégation du lien social, qui laisse se former des communautés hostiles ?

Compléments :

Déclin du Front National

Pourquoi les thèses du FN ne sont-elles plus goûtées par le Français ? Curieuse explication :

Parce qu’elles sont maintenant défendues par le pouvoir et que le Français s’en méfie.

C’est ce que j’appelle le « théorème de Parmentier » : si le gouvernement désire que le peuple fasse quelque-chose, il doit le lui interdire.

Raison ou pas

Mes réflexions sur Claude Lévi-Strauss me ramènent à une idée qui m’est venue en lisant Gregory Bateson, et qui m’est revenue avec Heidegger : n’est-il pas idiot d’utiliser la raison pour montrer qu’elle est malfaisante ? C’est idiot, mais ça ne ridiculise pas leur travail :

  • Penser que la raison est nuisible n’est pas plus défendable que croire que l’homme n’est que raison. Il y a des choses qui le dirigent et qu’il ne comprend pas (les lois de la société). Mais s’il se laisse diriger en renonçant à comprendre, il se fera manipuler.
  • De même utiliser la raison pour l’amener à ses limites me semble n’avoir rien de contradictoire, cela montre, justement, qu’un monde de raison est utopique.

Compléments :

samedi 16 janvier 2010

Robert Solow

Robert Solow is not quite up to speed soulève un curieux paradoxe : Robert Solow, prix Nobel d’économie, vient, indirectement, de critiquer le fondement de l’économie moderne :

Celle-ci dit que plus les acteurs cherchent à exploiter les failles du marché, plus ils le rendent efficace, c'est « l'arbitrage ». Lui, reprenant les arguments du bon sens populaire, répond que l’avantage tiré de l'arbitrage n’est pas ponctuel, mais définitif. Résultat : exploitation du faible par le fort.

Si quelqu’un avait parlé comme Robert Solow ne serait-ce qu’il y a un an, on l’aurait cru fou, prix Nobel ou non. Or, à y bien réfléchir, les deux points de vue semblent se défendre. Pourquoi n’y a-t-il pas eu débat sur leurs mérites respectifs ? Comment se fait-il que notre société et sa science absorbent ainsi des idéologies, sans même les discuter ?

Compléments :

Tristes Tropiques

Livre de Claude Lévi-Strauss que j’ai retrouvé après un oubli de 9 ans. Je n’avais pas été convaincu par ses réflexions sur la vie et le monde, qui ne me semblaient pas étayées. Ses tentatives de prospective me paraissaient malheureuses. Des idées qui lui avaient traversé la tête ? Je n’ai pas changé d’avis.

C’est un grand et agréable écrivain, lorsqu’il compte ses aventures. Ce n’est pas un ethnologue mais un homme dont la vie est réflexion, et qui utilise la vie pour stimuler cette réflexion. Tocqueville était parti en Amérique pour analyser sa démocratie afin de comprendre l'avenir de la France, de même Claude Lévi-Strauss part à la recherche du rêve de Rousseau, qu’il admire immensément. Il cherche un idéal humain, présent en partie chez tous les peuples, particulièrement chez les peuplades néolithiques, et fort peu chez nous. Un « âge d’or » qu’il ne tient qu’à nous d’approcher.

L’écriture, l’effacement du mythe au profit de la raison (autrement dit la victoire des Lumières) nous auraient éloignés de cet âge d’or, pas loin duquel serait arrivé le Bouddhisme, « religion du non savoir ».
Les religions suivantes, Christianisme et Islam seraient allées de mal en pis. Particulièrement l’Islam, « où toutes les difficultés sont justiciables d’une logique artificieuse », qui aurait dressé un mur entre Orient et Occident empêchant une jonction, salutaire pour le second, entre Bouddhisme et Christianisme. 

Vision crépusculaire de l’histoire humaine, et particulièrement de notre civilisation, machine infernale à produire de l’entropie, du désordre (qu’il appelle « inertie »), et entre-temps à passer avec obstination à côté de ce qui fait le beau de la vie.

La seule activité digne de l’humanité, si je le comprends bien, consiste « à saisir l’essence de ce qu’elle fut et continue d’être, en deçà de la pensée et au-delà de la société ». Inspiration proche de celle des intellectuels de l’époque, gens de néant et d’absurde, Heidegger, Sartre ou Camus ? (La philosophie n’est pas un acte individuel mais une mode collective ?)

Et le structuralisme là dedans ? Une démonstration qui m’a laissé perplexe. Une tentative d’interprétation de l’art de la décoration d’un groupe d’indiens en fonction des règles organisant sa vie. Le fait qu’une fois peints ils ressemblent à des « cartes à jouer » semble avoir été l’intuition qui lui a permis sa découverte. Tout cela me semble fort peu scientifique car bien peu « falsifiable », comme disent les Anglo-saxons. Sans compter que je doute de la représentativité des « sauvages » qu’il a étudiés, et qui ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes.

Mais pourquoi donc s’est-il engagé dans ces théories compliquées et ne s’est-il pas contenté, lui qui semblait béni des Dieux, de profiter de la vie, sans explication ? N’était-ce pas le plus sûr moyen d’atteindre son idéal ?

vendredi 15 janvier 2010

Haïti

Hier j’entendais que Barak Obama avait envoyé ses portes avions au secours d’Haïti, j’ai pensé qu’un tel déplacement militaire n’aurait pas pu se faire pendant la guerre froide. Aujourd’hui, un universitaire observe, sur France Culture, que l’Amérique a non seulement ignoré l’ONU, mais aussi le gouvernement, certes branlant, mais quand même démocratiquement élu, d’Haïti.

Les principes démocratiques de B.Obama n’ont pas résisté à l’urgence ? Pourtant, ça ne devait pas être compliqué, pour les énormes moyens des USA, de débattre en procédure accélérée (par téléphone ?) des projets de l’Amérique avec le président haïtien et l’ONU. La perte de temps aurait été infime, et la démocratie préservée. Peut-être, d’ailleurs, l’ONU et le président auraient-ils pu être de bons conseils ? Après tout ils connaissent probablement mieux l’ile que M.Obama. Mais peut-être que l'universitaire est mal informé.

En tout cas, j'en suis arrivé à m'interroger sur les motivations américaines. Solidarité humaine, ou peur du désordre près de chez soi ?

CFA, banque coopérative

« L'idée, née en 2008 et soutenue depuis peu par la Banque de France et le Trésor, prend forme » : des entreprises auraient créé leur propre banque coopérative :

L’organisme prendrait l’exact contre-pied des tendances bancaires : il remédierait au manque de crédit ; introduirait de la concurrence au sein de l’oligopole bancaire ; ferait un travail traditionnel de prêteur, sans pratiquer aucun des métiers sophistiqués qui enrichissent les traders et causent les crises. Surtout c’est le retour de l’économie sociale, qui prône « la primauté de l’homme sur le capital ».

On en revient aux idées de Proudhon ? Qu'est-ce que ça signifie ?

  • En temps de crise, il y a besoin de solidarité, l’État et les partis politiques ne l’ayant pas compris, ou ne sachant rien faire ?, ce sont des communautés d’intérêt qui se regroupent et se protègent ?
  • Un spécialiste du secteur m’a envoyé ce commentaire : « Cependant, il faut lire aussi entre les lignes la montée en charge de l’économie sociale. Le gouvernement est en train de (re)prendre la main sur le secteur, historiquement maîtrisé par la gauche. » Effectivement le gouvernement est dans le coup. Dossier à creuser.

Pourquoi nos élites nous haïssent-elles ?

Un expert américain voit un paradoxe dans le fait que les robots français, « pays socialiste », cherchent à remplacer l’homme (ce qui les rend complexes et fragiles). Je soupçonne que c’est une question de conduite du changement :

  • Je me souviens d’une émission de la BBC, je crois, où l’on parlait des ouvrières de l’industrie de l’armement anglaise qui, bien que mises au chômage par la fin de la guerre, ne voulaient pas d'un emploi de domestique, d’où une pénurie de bonnes, qui enrageait la haute société et lui faisait maudire la paresse de la classe ouvrière. Je crois que ce qui rend folle la droite, c’est que nous ne voulions pas faire ce qui est en son intérêt.
  • Si j’en crois France Culture, ce qu’il y a de plus important pour la gauche, ce sont les sans-papiers. J’entends rarement parler de chômage ou de SDF, sauf quand, pour ces derniers, il s’agit de les placer dans des logements inoccupés. Le Français, lui, a peur du chômage et ne veut pas qu’on lui confisque sa propriété. Ce qui fait penser au bel esprit de gauche, avec un délicieux frisson d'angoisse, qu’il est le dernier des justes entouré de fascistes.

Imaginons que l’on arrive à donner au Français ce qu’il demande - une existence prévisible, où il n’est plus un pion (autrement dit, la situation de notre élite), ne travaillerait-il pas avec bonne volonté, et ne serait-il pas plus hospitalier aux étrangers en détresse ? Tout le monde ne s’en trouverait-il pas bien ?

jeudi 14 janvier 2010

PC ramollo

Interview du numéro deux du PC ce matin par France Culture.

On parle des élections régionales en région parisienne. Probablement n’étais-je pas bien attentif, je n’ai retenu de la discussion que deux choses. Qu’il y avait de la place à la gauche du PS et une grande idée de réforme : fusionner les zones 1 et 2 du métro.

Se souvient-on encore du PC d’après guerre ? Et comment expliquer une telle modération ? La France est inquiète, elle est mécontente des partis de gouvernement qui ne l’écoutent pas, or, ils se rejoignent dans leur approbation aveugle d'une version d'un modèle libéral, qui, de l’aveu même des experts, connaît des vices de forme fatals (billet précédent). N’y avait-il pas une extraordinaire faille à utiliser ? N’y avait-il pas de quoi construire un discours anticapitaliste tonitruant, accompagné d'un peu de mauvaise foi et de quelques solutions de facilité (nationalisation ?), qui aurait donné un exutoire bienvenu au vote protestataire ?

Anton Brender

Interview d’Anton Brender, professeur d’économie à Dauphine, par les Enjeux Internationaux de France Culture : BCE et banques.

La BCE a prêté beaucoup d’argent aux banques (400md€ à 1%). Était-ce une bonne idée ? L’interview modélise simplement ce qui s’est passé.

En bref, les organismes financiers se retrouvent, lors de la crise, avec des actifs dangereux. Pour éviter la faillite du système les banques centrales leur font des crédits extrêmement favorables afin qu'elles constituent les garanties qu’elles avaient oublié de prendre en contrepartie des actifs risqués. La BCE pouvait-elle faire autrement ?

L’interviewer semble ne pas partager son point de vue. Il est vrai que

  1. c’est la mauvaise gestion des banques qui est en cause,
  2. les taux faibles des banques centrales sont utilisés pour spéculer (pas seulement pour constituer des garanties),
  3. les banques n’assument pas leur rôle qui est d’alimenter le marché en crédit,
  4. elles utilisent les bénéfices réalisés pour verser d’énormes bonus à leurs personnels.
  5. Parmi les solutions à la crise, la recapitalisation des banques n’était pas la seule. On a parlé alors de la méthode « bagehot », une remise en état des banques par les gouvernements. Ils les rendaient au privé une fois assainies et ayant retrouvé leur fonction économique.

Mais les banques centrales pouvaient elles avoir ce rôle ? Anton Brender a probablement raison de dire que l'on respecte la logique du système. Mais est-il favorable aux intérêts de la société ? Ne faudrait-il pas, alors, le corriger ? En particulier, quid du dogme d'une économie régulée par des banques centrales indépendantes ?

Compléments :

  • Autre billet sur l’avenir sombre des banques centrales : Ça va péter ?
  • Atmosphère spéculative : Bubble warning.
  • Le système financier, aurait-il été capturé par ses membres pour qu'il servent leurs intérêts, au lieu de remplir son rôle social ?

Lait

Il y a quelques mois ce blog dénonçait les malversations des grandes surfaces de mon voisinage, et de leurs fournisseurs : un packaging modifié produisait une brutale augmentation du prix du lait.

J’ai remarqué peu après que la grande surface avait placé à proximité le lait de sa marque, bien moins cher. Plutôt que de céder à la manœuvre, j’ai acheté du lait frais, maintenant au prix du lait repackagé. Et voilà que je constate le retour de l’ancien packaging. N’aurais-je pas été le seul à procéder à des mesures de rétorsion ? Mais, entre-temps, je me suis habitué au lait frais…

Cette histoire me montre que je suis un de ces êtres qui causent les crises économiques parce que leur comportement n’est pas prévu par les logiciels financiers : je suis mu par le désir de vengeance plutôt que par l'optimisation d'une « fonction d’utilité ».

mercredi 13 janvier 2010

Taiseur

J’entendais dire, hier, que la société Taser commercialisait un système qui permet de contrôler les communications téléphoniques mobiles de ses enfants, de les filtrer, de les couper, d’effectuer des écoutes… Je me suis interrogé :

  • Est-ce qu’un contrôle policier est une bonne façon d’élever ses enfants ? Est-ce efficace ou cela peut-il avoir l’effet inverse de celui cherché ? (Enfant qui vole pour pouvoir s’acheter un téléphone sans mouchard ?)
  • Dans une société d’individualistes, le contrôle social est-il remplacé par les machines : caméra, écoutes… ?
  • L’entreprise Taser a-t-elle pour mission de fabriquer les machines qui contraignent le libre arbitre humain ? Les outils du changement par le passage en force ?

Qu’est-ce qu’une crise

Quand j’ai commencé ce blog, je disais que la crise venait d’un excès d’individualisme de la société, incapable d’amortir des chocs inévitables. Dernières idées sur le sujet :

  • Au fond, Malthus ne peut qu’avoir raison : quand une société ne parle que de croissance, il ne peut qu’y avoir des crises. Croissance signifie augmentation exponentielle, or tout a des limites. On ne peut donc que les atteindre. Ce qui contraint à des ajustements périodiques.
  • D’ailleurs ces limites ne sont pas que celles de la nature : la crise actuelle est en grande partie due à une croissance incontrôlée du secteur financier. De même, l’expansion du secteur médical semble en passe de déséquilibrer l’économie américaine.
  • L’apparition de ces facteurs de crise fait penser à la théorie du chaos : une cause microscopique a une conséquence macroscopique. Elle fait aussi penser à ce qui se passe lors d’une révolution : la disparition d’un pouvoir laisse la place à l’émergence de tels phénomènes. La créativité occidentale, nécessaire à l'économie, viendrait-elle d’un défaut d’encadrement social ?
  • Mes derniers billets montrent que les gouvernements sont incapables de réformer la société, il leur manque un savoir faire de conduite du changement (élémentaire ?), du coup ils empruntent la pente de moindre résistance qui rend inévitable un ajustement dans la douleur.
Une question se pose à moi : qu’arriverait-il si nous avions les moyens d’absorber les crises ? Cela signifierait-il une réapparition d’un lien social fort (cf. la Flexisécurité) ? Et la disparition corrélative de notre créativité ? Pour que la planète ne s’endorme pas faut-il laisser une zone d’individualisme créatif (USA), entourée de zones de solidarité, qui absorbent périodiquement les chocs créés par la première, le tout fonctionnant comme une sorte de cœur ?

Compléments :

mardi 12 janvier 2010

Contrôle de gestion

Mais que fait le contrôle de gestion ? demande une étudiante du CREFIGE, dans un commentaire à une vidéo traitant d’audit interne délégué. Pourquoi faire appel à des consultants alors que c’est du ressort du contrôle de gestion ?

Je soupçonne que l’explication principale est que fort peu de gens savent ce qu’est le contrôle de gestion. Soit on ne pense pas qu’il faille en faire (le dirigeant de la PME contrôle l’entreprise du regard, il ne comprend pas que ce n’est possible qu’en deçà d’une certaine taille), soit on croit que le contrôle de gestion c’est des tableaux de bord sur tout et n’importe quoi.

Alors, qu’est-ce que le contrôle de gestion ? C’est deux ou trois « facteurs clés de succès », des choses que l’entreprise doit réussir, à tout prix, à un instant donné (par exemple faire payer ses clients). Ensuite viennent les indicateurs qui permettent de mesurer leur réalisation. C’est l’équivalent du tableau de bord de la voiture : pour la conduire nous avons besoin de deux indicateurs, vitesse et essence.

Performance économique et création d’emploi

En exactement 10 ans, l’emploi est passé de 130,5m à 130,9m aux USA, alors que la population a cru de 30m.

Nous sommes en crise, mais quand même c’est surprenant : ne nous dit-on pas que plus une économie est dynamique, plus elle crée de l’emploi, or l’Amérique n’est-elle pas la plus dynamique des économies ?

Grand froid

Dans une discussion avec une étudiante, qui s’étonnait de l’impréparation de la France, j’ai repris l’argument de The Economist selon lequel il n’était pas rentable de se préparer à un froid rare. En constatant ma propre impréparation, je persévère dans cette opinion :

Mon équipement d’hiver n’est pas adapté à un froid qui se prolongerait. D’ailleurs, j'ai réalisé lors d'une sortie nocturne que ce dernier est à la limite de ce que peut supporter l’épaisseur de mes vêtements. Du coup, j’ai adopté les techniques canadiennes : empiler des couches d’habits. Car, à quoi cela me servirait-il d’acheter plus gros ? ça ne ferait qu’encombrer inutilement mon peu de place.

Ce n’est pas l’Etat qui est le seul coupable du chaos que provoque la neige, mais toute la société qui n'en a pas l'habitude : aéroports, automobilistes… Faire apprendre à tout ce monde un comportement collectif qui ne serve qu’aussi rarement est-il un changement qui en vaut la peine ?

En tout cas, la solution de remplacement que nous avons trouvée : accuser l’Etat, Eurotunnel ou autre, de nos infortunes, est efficace : à défaut de résoudre la question elle nous fournit un merveilleux sujet de discussion et un délicieux sentiment de supériorité.

lundi 11 janvier 2010

Transformation politique américaine

La forte croissance de l’immigration latino-américaine (déjà 16% de la population) pourrait avoir un effet paradoxal sur la politique américaine :

Les latinos adhèrent aux valeurs conservatrices, mais pas au discours xénophobe des républicains (qui sont « en train de se confiner aux électeurs blancs et aux états du Sud »), du coup ils votent démocrate, en masse.

Performance scolaire

Des chercheurs montrent que la performance scolaire est liée au nombre d’étudiants dans un cours :

Par rapport à l’écart entre la note la plus haute et la plus basse d’un étudiant, une variation du nombre d’élèves d’un cours de 10 à 25 fait baisser en moyenne les notes des élèves d’un huitième de cet écart ; 25 à 45, perte d’un nouveau huitième ; 45 à 80, rien et 80 à 150 : nouvelle perte d’un quart. (Si vous aviez des notes entre 10 et 14, avec une moyenne de 12, lorsque la classe passe de 10 à 150 élèves, votre moyenne tend à régresser de 12 à 10.)

Le plus inattendu, pour moi, est que les meilleurs élèves sont les plus touchés. « l’effet est presque quatre fois plus grand pour les étudiants dans les 10 meilleurs pourcents que pour ceux qui sont dans les dix moins bons, et à peu près 50% plus important que pour l’étudiant moyen ».

L’explication pourrait être que « les meilleurs élèves sont aussi ceux qui bénéficient le plus (en termes à la fois de connaissances et de motivation) du contact avec les enseignants ».

Serait-ce un appui à la thèse d’Hervé Kabla, selon laquelle la performance scolaire est fonction de la motivation de l’enseignant ? (Voir commentaire de Quotas et grandes écoles.)

En tout cas, elle ne semble pas dépendre de celle des parents : une expérience faite dans des collèges français indique qu’il en faut très peu pour « accroître très sensiblement l’implication des parents dans les scolarités de leurs enfants », que « ce surcroît d’implication a vraiment un effet très bénéfique sur le comportement des enfants au collège », mais n’a pas d’impact notable sur leurs résultats.

Nokia

Nokia demeure le plus gros producteur de téléphones mobiles, parce qu’elle en vend beaucoup, de très simples, aux pays en développement. Mais l’entreprise a raté la vague du smartphone à valeur ajoutée. C’était une spécialiste du matériel alors que le jeu est maintenant logiciel et services. Changement en perspective :

Until now, it has excelled in making and distributing hardware. This has trained the organisation to focus on planning and logistics. Deadlines are often set 18 months in advance. Teams developing a new device also work in relative isolation and even competitively, to make each product more original. And although Nokia has always done a lot of market research and built phones for every conceivable type of customer, it sells most of its wares to telecoms operators and designs its products to meet their demands.
With the rise of the smart-phone, however, software and services are becoming much more important. They require different skills. Development cycles are not counted in quarters and years, but in months or even weeks. New services do not have to be perfect, since they can be improved after their launch if consumers like them. Teams have to collaborate more closely, so that the same services and software can run on different handsets. Nokia also has to establish a direct relationship with its users like Apple’s or Google’s.

dimanche 10 janvier 2010

Ça va péter ?

Selon The Economist nous connaissons une bulle spéculative financière (Bubble warning). Rien de neuf. Ce qui l’est, c’est l'idée suivante :

Pour éviter les dommages de la crise, les gouvernements se sont massivement endettés. Pour résorber ces dettes ils devront prendre des mesures inacceptables par leurs administrés. Ils tricheront. Ceux qui le peuvent dévalueront leur monnaie (comme le font l’Angleterre, et les USA), d’autres ne paieront pas ce qu'ils doivent aux étrangers (ce que tente de faire l’Islande), j’imagine que l’inflation doit aussi être efficace…

Comme lors des crises précédentes, le système de contrôle de la finance mondiale (aujourd’hui les banques centrales indépendantes) sera victime de cette manœuvre, qu’il était supposé empêcher.

The gold standard broke down in the 1930s because countries would not pay the political price, in the form of austerity, to maintain the link. They chose domestic workers over foreign creditors. The Bretton Woods system broke down because America was unwilling to bear the burden of being the linchpin of the system. Now, the system that prevailed in the 1980s, 1990s and 2000s, in which creditors trusted central banks to maintain the value of debtor countries’ currencies, is breaking down as well.

Paying the price

On en réinventera un nouveau sur les ruines fumantes de l’économie mondiale ?

De ceci sort une image cohérente, conforme aux réflexes innés de l’homme face au changement : le refuser. On espère qu’il suffit de dépenser pour régler les problèmes du monde, puis lorsque l’on a trop de dettes on les élimine par un tour de passe-passe.

Compléments :

  • Traduit autrement, ce billet dit que nos gouvernements n’ont pas le savoir faire de conduite du changement qui évite une crise destructrice pour une partie de la société.
  • Sur l’Islande : Is it a blizzard?
  • Voting away your debts.

Quotas et grandes écoles

Le gouvernement voudrait qu’il y ait 30% de boursiers en Grandes Ecoles, ce à quoi leurs directeurs répondent que les quotas diminuent le niveau du recrutement, ils sont désignés à la vindicte populaire. Curieux, me suis-je dit : les grandes écoles se sont toujours affirmées élitistes, or, brutalement, elles sont accusées de l’être ! Et pourquoi les boursiers n’arrivent-ils pas à entrer en Grande Ecole : du temps de mes parents, c’étaient les meilleurs élèves ? Pourquoi la discrimination réussirait-elle en France alors qu’elle échoue aux USA ?...

Un problème mal posé

J’ai voulu creuser la question (la suite repose principalement sur : Les grandes écoles incitées à repenser leurs concours - LeMonde.fr). En fait le raisonnement suivi implicitement semble être :

  1. les grandes écoles fournissent les positions sociales les plus désirables ;
  2. l’on veut que ces positions ne reviennent pas de fait aux enfants de ceux qui les détiennent déjà, qu’il y ait un certain brassage de la société ;
  3. les matières qui servent à la sélection des élèves des grandes écoles (de l’orthographe aux mathématiques, selon Mme Pécresse) favorisent les enfants aisés.

Rien dans ce raisonnement ne va de soi. Les hypothèses qui le sous-tendent paraîtraient contre nature partout ailleurs qu’en France. Elles expriment, en particulier, la vision d’un monde organisé comme une bureaucratie.

Implicitement, l’objectif du gouvernement serait de revenir à la situation des années 50 où, d’après un député PS cité par l’article, 29% des diplômés de grandes écoles étaient de milieux populaires (définition ?), contre 9 aujourd’hui.

Comment expliquer ce revirement ? Les mathématiques, les langues, la culture générale étaient-ils moins discriminants dans les années 50 ? Ou l’éduction nationale ne sait plus les enseigner à tous comme jadis. Il semblerait que Mme Pécresse en vienne à se demander si elle n’a pas parlé un peu vite : « il faut repérer les talents, comme cela se faisait sous la IIIème République et les faire grandir ».

Mais elle dit aussi « qu’il faudrait réfléchir à des épreuves qui valoriseraient l’intensité du parcours du jeune, son mérite réel ». Comment évaluer objectivement un mérite ? (Que signifie « mérite » ?) Les critères de sélection du mérite ne sont-ils pas beaucoup plus facilement manipulables que les mathématiques ?

D’ailleurs, dans l’inconscient français le mérite est inné, l’Education nationale est là pour l’identifier. Dans l’inconscient anglo-saxon, le mérite se démontre par la réussite de l’action individuelle, l’école doit (éventuellement) apporter des outils utils à l’élu. Sans le dire nous sommes en train de basculer d’un modèle vers l’autre. Si nous le faisons, il faudra procéder avec prudence : le système américain est, selon nos critères, inacceptablement inégalitaire. Il tend, paradoxalement, à être un régime d’héritiers.

En résumé, le problème que pose implicitement le gouvernement semble être :

  • Faut-il conserver le modèle culturel français traditionnel, et alors comment ramener l’éducation nationale à son niveau d’efficacité des années 50 ?
  • Faut-il adopter un nouveau modèle culturel ? Lequel ? Comment l’adapter chez nous sans qu’il ait des conséquences que nous refusons ?

L’erreur est humaine…

Au fil de ses réformes, l'algorithme suivant paraît expliquer le comportement du gouvernement :

  • Il identifie un problème, trouve un coupable qui en serait la cause (mais pourquoi ne l’avait-on pas vu plus tôt ? se dit-il, que le monde est donc stupide !) déclenche une guerre civile, et découvre alors que le dit coupable n’est que la partie émergée d’un phénomène extrêmement complexe.
  • Surtout, il semble schizophrène : il parle d’un retour à la IIIème République, tout en rêvant de basculer dans le modèle anglo-saxon.

Qu’a donc appris l’Education nationale à nos gouvernants ? à penser ? à agir ? Est-ce ses critères de sélection ou son enseignement qu’il faut réformer ?

Compléments :

  • C’est Hervé Kabla qui m’a lancé dans cette réflexion.
  • Au passage, un exemple de changement réussi, à la française : « l’objectif de 30% de boursiers en classes préparatoires, déjà atteint en partie grâce au relèvement du seuil d’obtention des bourses ». (Les grandes écoles dans la tourmente.)