samedi 2 janvier 2010

Le retour du champion national

The Economist croit que notre gouvernement est repris par ses vieux démons : les « champions nationaux ».

  • Le Fonds Stratégique d’Intervention lui permettrait de défendre les entreprises nationales contre les interventions extérieures. Exemples : Valeo, et, plus bizarrement,Dailymotion (vue comme une start up Internet).
  • Les proches du président prendraient la tête de ces champions.

Parmi les motifs de ce regain d’interventionnisme, il pourrait, curieusement, y avoir un souci de publicité.

When Vivendi, a French telecoms and media group, announced a deal to buy GVT, a Brazilian telecoms firm, for €2 billion ($2.9 billion) in September, the last thing it expected was a scolding from the Elysée Palace, the official residence of France’s president, Nicolas Sarkozy. His staff complained that they should have been briefed as the deal was being negotiated, which might then have allowed Mr Sarkozy to bask in the glory during his recent visit to Brazil.

Dirigisme de rigueur.

Compléments :

Risques et nanotechnologies

J’ai dit ailleurs que les nanotechnologies présentaient le même type de risques que l’amiante. Mais je n’en avais pas compris les conséquences :

Le moindre problème pourrait entraîner la mise au ban définitive de l’ensemble des nanotechnologies, avec possibilité de poursuites judiciaires coûteuses. Ce pourrait être la fin des recherches dans ce domaine.

Nano-Risks: A Big Need for a Little Testing en appelle aux autorités sanitaires et leur demande de vérifier le plus vite possible l’innocuité des dits produits.

Compléments :

  • Aux USA, il y aurait déjà un millier de produits de grande consommation qui les emploient.

vendredi 1 janvier 2010

Copenhague optimiste

Sommet de Copenhague, raisons d’optimisme :

Planet B :

  • Jusque-là (Kyoto) seuls les pays développés s’engageaient à réduire leurs émissions ; aujourd’hui tout le monde est concerné.
  • Une négociation à 193 avait peu de chances de réussir, d’autant plus que le problème est effroyablement complexe. Des organisations plus petites, plus spécialisées, de motivés, se mettraient en place, coordonnées par l’ONU.

China's thing about numbers :

  • Confirme que la Chine a torpillé la négociation, empêchant même les pays développés de prendre des engagements. Mais :
  • Il y a accord sur un système de contrôle des émissions, dont l’Inde et la Chine ne voulaient pas. Ainsi que sur le principe d’une aide des riches aux pauvres.

Climat: l'après-Copenhague sera européen, prend le contre-pied des critiques faites à l’UE :

  • Sans elle il n’y aurait pas eu Copenhague. Surtout, c’est-elle qui a fixé le cadre dans lequel vont se dérouler les négociations mondiales futures.
  • Elle aurait une « une avance capitale en matière d’instruments économiques capables de limiter les émissions de gaz à effet de serre ». « Elle est en passe de devenir une puissance écologique (…) elle doit (…) redoubler d’efforts et consolider son avance écologique, qui se convertira progressivement en avance économique. »

Le climat est en déplacement

Velocity of Climate Change Varies from Mountain to Marsh. Du fait du réchauffement de la planète, les zones climatiques se déplaceraient relativement rapidement (en moyenne 420m/an, parfois un km).

Au lieu de s’adapter, la nature semble chercher à suivre le climat. Ce qui pose des problèmes curieux :

  • Tout ce qui est solidement enraciné peine à appliquer cette stratégie. De même que ce qui en dépend (certains animaux et insectes).
  • La transhumance peut être bloquée par des obstacles, souvent humains (villes, champs…). Il faudra peut-être laisser à la nature des voies de traversée de nos ouvrages.

jeudi 31 décembre 2009

Taxe carbone : entourloupe ?

Le Conseil constitutionnel juge non constitutionnelle la taxe carbone. Arguments :

Le texte prévoyait d’épargner les transports aérien et routier de voyageurs, ainsi qu’un millier des sites industriels les plus émetteurs de CO2, comme "les centrales thermiques, les raffineries, cimenteries, cokeries, verreries". "93 % des émissions de dioxyde de carbone d’origine industrielle, hors carburant, seront totalement exonérées de contribution carbone", précise la décision. Ces régimes d’exemption "sont contraires à l’objectif de lutte contre le réchauffement climatique et créent une rupture caractérisée de l’égalité devant les charges publiques".

Mais qui avait-il dans cette loi, alors ? Communication pure ? Ou masquait-elle une nouvelle subvention de la nation à quelque « intérêt spécial » ? Répétition du mécanisme décrit par Les réformes ratées du président Sarkozy ?

Changement et entreprise : un bilan

Qu’il s’agisse de mon expérience personnelle ou de celle des (nombreux) consultants que je rencontre, je vois des thèmes récurrents quant aux problèmes que le changement pose à l’entreprise :

Souffrance

Ce qui était inattendu est que ce que l’on dit de France Télécom se retrouve quasiment partout, aussi bien dans le public que dans le privé. Avec des manifestations qui se répètent : employés stressés, perdus ; managers qui « ne communiquent pas » ; syndicats qui revendiquent ; dirigeants agacés, interloqués et inquiets de ces manifestations menaçantes…

Paradoxalement, alors que les entreprises semblent tétanisées, incapables d’initiative et d’innovation, beaucoup de gens me parlent de dirigeants qui, incompréhensiblement, se désintéressent des sujets de survie essentiels, qui ne savent pas trancher, et qui pourtant ont une fièvre d’activité, donnant sans arrêt des ordres contradictoires, chacun devant être accompagné d’une mise en œuvre immédiate et dans des conditions irréalistes…

On me dit aussi que les organisations n’ont que la peau sur les os : les courroies de transmission internes ont disparu. Il devient quasiment impossible de réaliser des changements sans ressources externes.

Pourquoi les changements échouent

Ces derniers temps, je rencontrais surtout de grands changements stratégiques. Je n’avais pas compris à quel point l’entreprise était parcourue de changements organisationnels. En fait, elle semble effectuer un reengineering permanent de ses procédures. On retrouve partout des caractéristiques similaires :

  • Une excellente méthodologie de gestion de projet qui cale très vite du fait d’une sous-estimation de la complexité du changement. Ce qui fait échouer le changement n’est pas tant la résistance de l’organisation que la nouvelle procédure que l’on veut mettre en place qui n’est pas au point (sous estimation de la complexité des procédures à remplacer d’où système d’information mal paramétré, bugs, etc.). D’où retards (généralement +50 à 100%), dysfonctionnements, malaises sociaux, action syndicale, etc. Quand la procédure finit par marcher, on ne se souvient plus que du calvaire qu’a été le changement.
  • Un manque de courage terrifiant. Tous ces projets, qui coûtent très cher, ont pour but des gains de productivité : faire la même chose avec moins de personnel. Mais, on a peur d’un « mouvement social », on ne le dit donc pas. D’où deux effets redoutablement pervers :
  1. l’organisation se rend compte du danger, et contribue le moins possible à son succès, or, c’est elle qui a le savoir qui permettrait de détecter et de corriger rapidement ce que les nouvelles procédures ont d’irréaliste ;
  2. les gains n’étant pas annoncés, ils ne sont pas réalisés : les ressources qui devaient être dégagées sont souterrainement captées par d’autres besoins.

La gestion de projet immobilise des surdiplômés à gros salaires, il faut des logiciels et des consultants, on doit compenser les surcharges de travail dues aux dysfonctionnements ci-dessus par des embauches d’intérimaires… tout cela pour économiser des salaires de Smicards !… L’argent consommé par ces projets n’aurait-il pas été mieux employé ailleurs ?

Gestes qui sauvent

Que faire ?

  1. Pas possible d’y couper : il faut annoncer à l’organisation le gain de productivité : dans deux ans nous aurons réduit les effectifs dédiés à telle procédure de X%. Or, pour que le projet réussisse, on a besoin que les X% travaillent avec une motivation exceptionnellement grande à éliminer leur emploi ! Pour y parvenir, il faut annoncer clairement ce que l’on attend d’eux, et le processus de « réorientation » qui leur est proposé, et qui demandera leur participation active (qu’il y ait licenciement ou pas). Le succès du projet dépend de si oui ou non l’organisation trouve ce qui lui est proposé crédible et motivant. Le concevoir demande une bonne connaissance de la culture de l’entreprise et de ses personnels, et un peu de talent.
  2. À ce point, le plus gros est fait. On peut alors utiliser l’organisation pour construire un plan d’action de déploiement du projet qui lui évitera l’essentiel des problèmes qu’il aurait eus sinon.

Tous les changements peuvent être rattrapés

Il y a cependant une très bonne nouvelle dans ce bilan : ce que l’entreprise prend pour un échec n’en est pas un.

Les conditions de gestion de projet sont telles que ceux qui en sont responsables sont usés, ils n’ont qu’une hâte : achever le projet. Du coup, ils oublient d'appliquer la méthodologie prévue. Par exemple, les formations ayant été impossibles, il n’est plus question de formation !

Or, même s’il ne s’est pas déroulé comme désiré, le projet a quasiment réussi : les moyens (par exemple système d’information) sont là et fonctionnent ; les personnels les utilisent, mal, mais les utilisent quand même. Il ne reste donc qu’à apporter le petit peu nécessaire à une appropriation définitive. Ce qui signifie, simplement, appliquer les procédures de « conduite du changement » prévues, mais que l’on a oubliées du fait des aléas du projet.

Changement et dirigeants

Un paradoxe pour finir. Cette année m’a fait rencontrer tous types de populations confrontées au changement : groupes de dirigeants généraux, comités de direction, cadres intermédiaires, employés. L’aptitude au changement d’une personne était à l’exact opposé des a priori. J’avance les hypothèses suivantes :

  1. Les employés sont soumis à des changements permanents (France Télécom traverse des changements majeurs depuis une quinzaine d’années), du coup ils ont appris à changer. Par ailleurs leur niveau d’éducation est beaucoup plus élevé qu’il ne l’était il y a 20 ans, ce qui est très favorable au changement. Enfin, les changements sont souvent informatiques, or Internet est partout. À noter que j’ai rencontré quelques entreprises de culture ancienne, jusque-là protégées, et que je prenais pour des cas désespérés.
  2. Les dirigeants, eux, font un travail qui finalement a peu évolué au cours des décennies : réunions, déjeuners, gestion financière… Le personnel important qui les entoure leur évite souvent d’entrer en contact avec ce qui fait l’ordinaire des changements : ordinateurs, logiciels… Je me demande même si la rupture électronique ne s’est pas faite à l’envers de ce que l’on craignait. Cela explique peut-être pourquoi ils sont aussi mal à l’aise quand le changement les concerne. Leur premier réflexe est de le refuser.
Compléments :

  • En fait, ce billet ne fait que répéter ce que disaient d'autres billets vieux de plus d'un an ! Comme quoi sans l'expérience vécue les mots ne sont que de la théorie. Un article sur l'application du Toyotisme en France, et l'analyse d'un médecin du travail.


mercredi 30 décembre 2009

Iran (suite)

J’entendais ce matin que le gouvernement iranien semblait vouloir faire taire son opposition par une répression féroce.

C’est l’équivalent du « passage en force » de la conduite du changement. Cela peut marcher, ou conduire à une radicalisation du mouvement. Dent pour dent. Demain des attentats terroristes en Iran ? Ils seraient d’autant plus efficaces que le pays à quelques ennemis qui ont envie de l’ébranler.

Curieusement, alors que la contestation se fait entre gens qui semblent partager de mêmes valeurs religieuses, la révolte conduirait alors à la victoire d'extrémistes, qui n’apprécient probablement pas ces valeurs.

Tout dépendra certainement de l’attitude des opposants : s’ils se crispent et résistent, le régime pourrait connaître le chaos.

Complément :

  • Enchaînement d’idées : pourquoi la répression chinoise semble-t-elle fonctionner ? Le régime chinois ne ressemble pas pourtant aux régimes dictatoriaux qui font régner la terreur. Peut-être est-il habile pour trouver des échappatoires à sa population ? La stratégie chinoise après Tien An Men : Chine et mur.

France en panne

Hier RFI contrastait les succès du marché automobile français et l’échec d’Areva en Arabie Saoudite. Avant-hier Le Monde observait que nos champions nationaux essuyaient revers après revers.

Les pessimistes remarqueront que, face à une concurrence de plus en plus féroce, mondialisation oblige, l'équipe France semble décidément avoir bien du mal à renouveler ses élites et à produire les champions industriels de demain.

N’y aurait-il que ce qui est tiré par l’État (l’automobile) qui fonctionne ? Les grandes entreprises sont essoufflées, les petites soufrent, je ne vois pas vraiment de grand élan de création… La France semble désorganisée.

Or, tout change autour d'elle, non seulement les pays émergents sont redoutablement efficaces, mais le développement de l’UE semble parti pour s’accélérer (2020, l’Union des 37 ?), ce qui va poser de gros problèmes d’intégration, notamment lorsqu’arrivera le tour de l’Ukraine et de la Biélorussie (des parties intégrantes de l’histoire russe, pas encore très à l’aise avec notre acception de démocratie).

Peut-être serait-il utile que nous fassions un point sur l'état du pays, ce qui ne marche pas et comment le reconstruire ?

Denise Colomb

Exposition de photographies sur les Antilles d’après guerre à l’hôtel de Sully.

Photographe qui a eu une logue vie (1902 – 2004), mais que je ne connaissais pas. Photographies qui ne m’inspirent pas grand-chose, sinon qu’il est étrange de voir les Antilles en noir et blanc. D’ailleurs je me demande si les tirages ne sont pas trop foncés : je les trouve bien mieux sur la page web dédiée à l’exposition, ou dans les journaux qui les reproduisent.

La première série vient d’un reportage à visée ethnologique commandé par Aimé Césaire. Pensait-on à l’époque que les Antilles étaient habitées par des peuplades curieuses aux mœurs singulières ?

mardi 29 décembre 2009

Démocratie américaine

The tyranny of the majority. L’Amérique fait un gros usage de la démocratie directe, dont elle a importé les techniques de Suisse :

Au 19ème siècle la politique américaine tendait à être dominée par la corruption et les « intérêts spéciaux » des grandes entreprises, la démocratie directe semblait un moyen d’éviter ce vice. Elle l’aurait été jusqu’en 1978. Aujourd’hui elle serait « devenue l’outil de ces mêmes intérêts spéciaux qu’elle était destinée à contrôler, et une entrave au fonctionnement efficace d’un réel processus démocratique ». Des réformes seraient en cours.

Prolongement de ce qui précède et de la réflexion de M.Crozier (Le mal américain) : un univers individualiste, où la contrainte sociale est minimale n’est-il pas menacé par le chaos ?

Qu’est-ce que l’Amérique ?

L'Amérique est, pour l'éternité, une terre d’immigrés et un paradis pour individualistes (A Ponzi scheme that works) :

  1. Chacun y trouve facilement une « niche », qui lui permet de gagner sa vie.
  2. Il peut aussi choisir le voisinage (des compatriotes), le paysage, le climat et même les lois qui lui conviennent : l’Amérique c’est la cohabitation de toutes les diversités.
  3. Qui y vient ? Celui qui fuit, un régime oppressif ou une culture étouffante. Et ce d’autant plus facilement qu’il est chrétien ou juif.
  4. L’Amérique pourrait atteindre 1md d’habitants en 2100. Compte-tenu du déclin démographique du reste du monde, cela signifierait le maintien de son influence.

Mais peut-on construire un pays sur la fuite, l’entrepreneuriat et l’inconfort ? L’Amérique aura-t-elle toujours un tel succès quand le reste du monde aura atteint son niveau de vie ? Je suis surpris de voir mes amis businessmen américains être aussi attachés à la France (tout en la critiquant passionnément), et à l’Europe. Je les entends même parler de la nécessité de défendre une culture ou des mérites de l’assurance chômage ! Je suis aussi surpris de voir à quel point les Français, qui étaient partis pour une Amérique qu’ils croyaient moins ringarde que la France et plus favorable à leur génie, semblent maintenant peu sûrs de leurs choix…

Capitaine Blood

Film de Michael Curtiz, 1935.

Histoire bien ficelée, qui respecte (ou définit ?) le genre du film de pirate.

J’y ai aussi vu une allégorie des valeurs américaines. Il y a un procès où l’individu défend avec courage ses droits bafoués par une justice inique (anglaise). Le pirate c’est le self made man, qui fait fortune en partant de zéro, grâce à son seul talent. Et il n’est pas sans valeurs : il ne tue que le strict nécessaire. L’héroïne est une femme de caractère, qui n’a pas froid aux yeux. Et le vaisseau est une entreprise, où chacun reçoit les dividendes de son investissement, et s’appelle par son prénom.

Compléments :

lundi 28 décembre 2009

Iran incertain

Interview d’un spécialiste de l’Iran par RFI :
  • D’après ce que je comprends, la célébration de la mort et du martyr serait au cœur des rites chiites. L’opposition aux gouvernants du pays aurait réussi à inscrire ses manifestations de mécontentement dans ces rites. Est-ce que les victimes des manifestations deviennent des martyrs, qui suscitent de nouvelles manifestations ? L’opposition aurait-elle subtilisé le rite qui légitime le gouvernement ? Les martyrs, la religion donc, sont-ils maintenant de son côté ?
  • Le gouvernement procéderait à des exécutions, masquées en accidents, des proches des opposants du régime.
Les deux camps seraient dans une sorte de « pat » ?
Compléments :
  • Un article du New York Times, qui décrit les derniers événements, et un autre, du Monde, qui pense que le gouvernement iranien a de bonnes chances de tenir.

Quoi de neuf au Japon ?

Dans Changement au Japon (suite) j’avais fait des hypothèses sur la signification des changements qui se jouent au Japon. Avais-je vu juste ?

Le gouvernement Hatoyama semble avoir des difficultés. Plus curieusement, le pays serait piloté dans l’ombre par une sorte de « parrain », à la réputation sulfureuse, M.Ozawa. Il organiserait un rapprochement accéléré avec la Chine (et l'éloignement des USA ?). (The shogun and the emperor.)

Un autre article (You are what you eat) montre à quel point la culture du riz a marqué les usages collectifs japonais. On y apprend qu’à l’origine de sa population seraient des fermiers coréens, qui lui apportèrent le riz (en 400 avant JC) ; que la culture du riz réclame un jeu d’équipe, une répartition égalitaire, l’effacement de l’individu en faveur du groupe… qui serait le principe de l’organisation sociale japonaise ; qu’elle est à l’origine de son nationalisme et de sa haine du libre-échange.

Est-ce la seule raison à cette haine ? J’entendais RFI dire qu’un traité de libre échange aérien avait été signé entre les USA et le Japon, alors que les compagnies américaines détenaient déjà une grosse part du transport aérien Japon / USA. Et que JAL allait probablement passer sous la coupe des Américains. Le libre-échange serait-il un jeu aussi équitable qu’on le dit ? Ou profiterait-il à ceux qui l’on inventé ? Les Japonais n’auraient-ils pas quelques raisons de s’en méfier ?

Compléments :

Inde fédérale

Dans un commentaire sur le livre d’histoire de l’Inde, je disais que le pays était une fédération.

Elle semble ne pas arrêter de se diviser : « l’Inde avait 16 états en 1971. Aujourd’hui, elle en a 28, dont 3 (…) ont été créés pas plus tard qu’en 2000 ». Et pas mal d’autres aimeraient naître. (Divide but not rule?)

Liberté, égalité, fraternité

Petit à petit, j’ai compris que la devise de la France n’était pas ce qu’elle signifiait pour moi. Cela s’est fait en 3 étapes :

  1. Histoire intellectuelle du libéralisme de Pierre Manent affirme que le libéralisme a été le problème central de la réflexion des philosophes des Lumières : comment faire que l’homme ne puisse pas être asservi par un autre homme ? La « liberté », c’est ne pas pouvoir être asservi, et ne pas en avoir le désir, ajoute Rousseau.
  2. Ensuite, c’est le Contrat Social. Rousseau y explique que pour que l’homme ne puisse pas être asservi, il doit y avoir une « égalité de puissance ». « L’égalité », c’est avoir la même force que l'autre, ce n’est pas lui être semblable.
  3. Enfin, ce matin, en lisant The Enlightenment de Peter Gay, j’observe que l’on y parle de « brotherhood ». Et si la fraternité était cela : pas un sentiment fraternel mais la conviction que nous sommes tous frères, avec tout ce que cela implique ? Avec l’égalité on peut avoir une liberté guerrière (équilibre de la terreur), avec la fraternité, elle n’est plus possible.

Dans Liberté, égalité, fraternité, liberté est l’objectif, égalité et fraternité seraient deux conditions nécessaires, espérées suffisantes ?

Promenades de Rousseau

Les rêveries d’un promeneur solitaire ont été mon livre de poche de la semaine dernière.

Inconsciemment, je pensais que le livre serait à l’image de son titre : des considérations agréables et vagues sur la vie, la nature. Or, j’ai trouvé une suite des Confessions. Rousseau se lamente insupportablement sur son sort, dans une sorte de délire de persécution que j’ai du mal à comprendre : alors qu’il croit que l’humanité lui est hostile, elle lui accordera le panthéon seize ans après sa mort.

La curieuse idée suivante m’est venue. Rousseau semble s’être brouillé avec les autres philosophes des Lumières, lorsqu’il s’est coupé d’eux. J’ai l’impression qu’il a voulu alors appliquer ses théories, en quelque sorte « revenir à la nature ». Ce que je comprends de ce livre, c’est que la tentative a été un échec, qui aurait été raillé par ses amis. Les rêveries ne seraient rien d’autre qu’une tentative de défense.

Bien maladroite me semble-t-il. Non seulement il ne paraît pas capable de rester longtemps à la campagne, mais encore, il y mène la vie d’un riche oisif. D’ailleurs, un de ses plaisirs est de s’acheter l’affection des enfants de pauvres en leur offrant des cadeaux. Le plus étonnant est ce qu’il dit des raisons pour lesquelles il a mis ses enfants aux Enfants trouvés : il avait peur que sa femme les élève mal !

Rousseau était-il un dangereux idéologue ? Un bobo ?

dimanche 27 décembre 2009

Emmanuel Todd

Un article qui semble un cri de révolte (désespéré ?) contre N.Sarkozy :

Tout d’abord une analyse qui contredit ce que j’entends de la radio :

en 1994, la carte du vote FN était statistiquement déterminée par la présence d'immigrés d'origine maghrébine, qui cristallisaient une anxiété spécifique en raison de problèmes anthropologiques réels, liés à des différences de système de mœurs ou de statut de la femme. Depuis, les tensions se sont apaisées. Tous les sondages d'opinion le montrent : les thématiques de l'immigration, de l'islam sont en chute libre et sont passées largement derrière les inquiétudes économiques.

La réalité de la France est qu'elle est en train de réussir son processus d'intégration. Les populations d'origine musulmane de France sont globalement les plus laïcisées et les plus intégrées d'Europe, grâce à un taux élevé de mariages mixtes. Pour moi, le signe de cet apaisement est précisément l'effondrement du Front national.

Sur les moteurs de l’élection de 2007 :

La poussée à droite de 2007, à la suite des émeutes de banlieue de 2005, n'était pas une confrontation sur l'immigration, mais davantage un ressentiment anti-jeunes exprimé par une population qui vieillit. N'oublions pas que Sarkozy est l'élu des vieux.

Sur N.Sarkozy (avant un parallèle avec les méthodes fascistes) :

Je n'ose plus dire une droite de gouvernement. Ce n'est plus la droite, ce n'est pas juste la droite... Extrême droite, ultra-droite ? C'est quelque chose d'autre. Je n'ai pas de mot. Je pense de plus en plus que le sarkozysme est une pathologie sociale et relève d'une analyse durkheimienne - en termes d'anomie, de désintégration religieuse, de suicide - autant que d'une analyse marxiste - en termes de classes, avec des concepts de capital-socialisme ou d'émergence oligarchique.

Que va devenir la France, si M.Sarkozy suscite de telles réactions de rejet, de son propre camp, et se maintient au pouvoir ? Un nouveau type de guerre de religion ?

Compléments :

Éthique bancaire

J’ai noté il y a quelques mois que Goldman Sachs avait trouvé le moyen de faire des affaires de plus en plus risquées, tout en se protégeant du risque. Une autre interprétation de cette histoire émerge :

Goldman Sachs aurait très tôt (2005) vu que les subprimes allaient mal tourner, il aurait alors parié massivement contre.

Comment pouvait-il vendre des produits dans lesquels il ne croyait pas ? Les clients le voulaient, et c’étaient des gens intelligents et bien informés…

L’idée mérite d’être reprise. Le constructeur automobile pourrait, d’un côté, vendre des voitures déficientes, et, de l’autre, acheter des hôpitaux. Le dirigeant salarié pourrait mettre son entreprise en faillite pour l’acquérir à vil prix. Plus généralement, la société nous donne à tous une position, il suffit de mal remplir notre rôle pour en tirer les plus grands profits !

Réglementation financière

Pourquoi la réglementation financière ne marche-t-elle pas ? se demande un économiste. Parce que contrôleurs et contrôlés ne peuvent pas s’empêcher de penser la même chose. Solution ? Diversité.

  1. Plus il y a de réglementations différentes (nationales), moins il y a de risque d’un biais systématique.
  2. La stabilité financière est un bien public, les organismes financiers doivent être contrôlés par les représentants de la démocratie, qui leur apporteront, en outre, un point de vue différent de celui des financiers.

Curieusement, les tendances actuelles vont à l’encontre de ces idées : une réglementation unique, des banques centrales indépendantes de la démocratie.

Compléments :