samedi 16 janvier 2010

Robert Solow

Robert Solow is not quite up to speed soulève un curieux paradoxe : Robert Solow, prix Nobel d’économie, vient, indirectement, de critiquer le fondement de l’économie moderne :

Celle-ci dit que plus les acteurs cherchent à exploiter les failles du marché, plus ils le rendent efficace, c'est « l'arbitrage ». Lui, reprenant les arguments du bon sens populaire, répond que l’avantage tiré de l'arbitrage n’est pas ponctuel, mais définitif. Résultat : exploitation du faible par le fort.

Si quelqu’un avait parlé comme Robert Solow ne serait-ce qu’il y a un an, on l’aurait cru fou, prix Nobel ou non. Or, à y bien réfléchir, les deux points de vue semblent se défendre. Pourquoi n’y a-t-il pas eu débat sur leurs mérites respectifs ? Comment se fait-il que notre société et sa science absorbent ainsi des idéologies, sans même les discuter ?

Compléments :

Tristes Tropiques

Livre de Claude Lévi-Strauss que j’ai retrouvé après un oubli de 9 ans. Je n’avais pas été convaincu par ses réflexions sur la vie et le monde, qui ne me semblaient pas étayées. Ses tentatives de prospective me paraissaient malheureuses. Des idées qui lui avaient traversé la tête ? Je n’ai pas changé d’avis.

C’est un grand et agréable écrivain, lorsqu’il compte ses aventures. Ce n’est pas un ethnologue mais un homme dont la vie est réflexion, et qui utilise la vie pour stimuler cette réflexion. Tocqueville était parti en Amérique pour analyser sa démocratie afin de comprendre l'avenir de la France, de même Claude Lévi-Strauss part à la recherche du rêve de Rousseau, qu’il admire immensément. Il cherche un idéal humain, présent en partie chez tous les peuples, particulièrement chez les peuplades néolithiques, et fort peu chez nous. Un « âge d’or » qu’il ne tient qu’à nous d’approcher.

L’écriture, l’effacement du mythe au profit de la raison (autrement dit la victoire des Lumières) nous auraient éloignés de cet âge d’or, pas loin duquel serait arrivé le Bouddhisme, « religion du non savoir ».
Les religions suivantes, Christianisme et Islam seraient allées de mal en pis. Particulièrement l’Islam, « où toutes les difficultés sont justiciables d’une logique artificieuse », qui aurait dressé un mur entre Orient et Occident empêchant une jonction, salutaire pour le second, entre Bouddhisme et Christianisme. 

Vision crépusculaire de l’histoire humaine, et particulièrement de notre civilisation, machine infernale à produire de l’entropie, du désordre (qu’il appelle « inertie »), et entre-temps à passer avec obstination à côté de ce qui fait le beau de la vie.

La seule activité digne de l’humanité, si je le comprends bien, consiste « à saisir l’essence de ce qu’elle fut et continue d’être, en deçà de la pensée et au-delà de la société ». Inspiration proche de celle des intellectuels de l’époque, gens de néant et d’absurde, Heidegger, Sartre ou Camus ? (La philosophie n’est pas un acte individuel mais une mode collective ?)

Et le structuralisme là dedans ? Une démonstration qui m’a laissé perplexe. Une tentative d’interprétation de l’art de la décoration d’un groupe d’indiens en fonction des règles organisant sa vie. Le fait qu’une fois peints ils ressemblent à des « cartes à jouer » semble avoir été l’intuition qui lui a permis sa découverte. Tout cela me semble fort peu scientifique car bien peu « falsifiable », comme disent les Anglo-saxons. Sans compter que je doute de la représentativité des « sauvages » qu’il a étudiés, et qui ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes.

Mais pourquoi donc s’est-il engagé dans ces théories compliquées et ne s’est-il pas contenté, lui qui semblait béni des Dieux, de profiter de la vie, sans explication ? N’était-ce pas le plus sûr moyen d’atteindre son idéal ?

vendredi 15 janvier 2010

Haïti

Hier j’entendais que Barak Obama avait envoyé ses portes avions au secours d’Haïti, j’ai pensé qu’un tel déplacement militaire n’aurait pas pu se faire pendant la guerre froide. Aujourd’hui, un universitaire observe, sur France Culture, que l’Amérique a non seulement ignoré l’ONU, mais aussi le gouvernement, certes branlant, mais quand même démocratiquement élu, d’Haïti.

Les principes démocratiques de B.Obama n’ont pas résisté à l’urgence ? Pourtant, ça ne devait pas être compliqué, pour les énormes moyens des USA, de débattre en procédure accélérée (par téléphone ?) des projets de l’Amérique avec le président haïtien et l’ONU. La perte de temps aurait été infime, et la démocratie préservée. Peut-être, d’ailleurs, l’ONU et le président auraient-ils pu être de bons conseils ? Après tout ils connaissent probablement mieux l’ile que M.Obama. Mais peut-être que l'universitaire est mal informé.

En tout cas, j'en suis arrivé à m'interroger sur les motivations américaines. Solidarité humaine, ou peur du désordre près de chez soi ?

CFA, banque coopérative

« L'idée, née en 2008 et soutenue depuis peu par la Banque de France et le Trésor, prend forme » : des entreprises auraient créé leur propre banque coopérative :

L’organisme prendrait l’exact contre-pied des tendances bancaires : il remédierait au manque de crédit ; introduirait de la concurrence au sein de l’oligopole bancaire ; ferait un travail traditionnel de prêteur, sans pratiquer aucun des métiers sophistiqués qui enrichissent les traders et causent les crises. Surtout c’est le retour de l’économie sociale, qui prône « la primauté de l’homme sur le capital ».

On en revient aux idées de Proudhon ? Qu'est-ce que ça signifie ?

  • En temps de crise, il y a besoin de solidarité, l’État et les partis politiques ne l’ayant pas compris, ou ne sachant rien faire ?, ce sont des communautés d’intérêt qui se regroupent et se protègent ?
  • Un spécialiste du secteur m’a envoyé ce commentaire : « Cependant, il faut lire aussi entre les lignes la montée en charge de l’économie sociale. Le gouvernement est en train de (re)prendre la main sur le secteur, historiquement maîtrisé par la gauche. » Effectivement le gouvernement est dans le coup. Dossier à creuser.

Pourquoi nos élites nous haïssent-elles ?

Un expert américain voit un paradoxe dans le fait que les robots français, « pays socialiste », cherchent à remplacer l’homme (ce qui les rend complexes et fragiles). Je soupçonne que c’est une question de conduite du changement :

  • Je me souviens d’une émission de la BBC, je crois, où l’on parlait des ouvrières de l’industrie de l’armement anglaise qui, bien que mises au chômage par la fin de la guerre, ne voulaient pas d'un emploi de domestique, d’où une pénurie de bonnes, qui enrageait la haute société et lui faisait maudire la paresse de la classe ouvrière. Je crois que ce qui rend folle la droite, c’est que nous ne voulions pas faire ce qui est en son intérêt.
  • Si j’en crois France Culture, ce qu’il y a de plus important pour la gauche, ce sont les sans-papiers. J’entends rarement parler de chômage ou de SDF, sauf quand, pour ces derniers, il s’agit de les placer dans des logements inoccupés. Le Français, lui, a peur du chômage et ne veut pas qu’on lui confisque sa propriété. Ce qui fait penser au bel esprit de gauche, avec un délicieux frisson d'angoisse, qu’il est le dernier des justes entouré de fascistes.

Imaginons que l’on arrive à donner au Français ce qu’il demande - une existence prévisible, où il n’est plus un pion (autrement dit, la situation de notre élite), ne travaillerait-il pas avec bonne volonté, et ne serait-il pas plus hospitalier aux étrangers en détresse ? Tout le monde ne s’en trouverait-il pas bien ?

jeudi 14 janvier 2010

PC ramollo

Interview du numéro deux du PC ce matin par France Culture.

On parle des élections régionales en région parisienne. Probablement n’étais-je pas bien attentif, je n’ai retenu de la discussion que deux choses. Qu’il y avait de la place à la gauche du PS et une grande idée de réforme : fusionner les zones 1 et 2 du métro.

Se souvient-on encore du PC d’après guerre ? Et comment expliquer une telle modération ? La France est inquiète, elle est mécontente des partis de gouvernement qui ne l’écoutent pas, or, ils se rejoignent dans leur approbation aveugle d'une version d'un modèle libéral, qui, de l’aveu même des experts, connaît des vices de forme fatals (billet précédent). N’y avait-il pas une extraordinaire faille à utiliser ? N’y avait-il pas de quoi construire un discours anticapitaliste tonitruant, accompagné d'un peu de mauvaise foi et de quelques solutions de facilité (nationalisation ?), qui aurait donné un exutoire bienvenu au vote protestataire ?

Anton Brender

Interview d’Anton Brender, professeur d’économie à Dauphine, par les Enjeux Internationaux de France Culture : BCE et banques.

La BCE a prêté beaucoup d’argent aux banques (400md€ à 1%). Était-ce une bonne idée ? L’interview modélise simplement ce qui s’est passé.

En bref, les organismes financiers se retrouvent, lors de la crise, avec des actifs dangereux. Pour éviter la faillite du système les banques centrales leur font des crédits extrêmement favorables afin qu'elles constituent les garanties qu’elles avaient oublié de prendre en contrepartie des actifs risqués. La BCE pouvait-elle faire autrement ?

L’interviewer semble ne pas partager son point de vue. Il est vrai que

  1. c’est la mauvaise gestion des banques qui est en cause,
  2. les taux faibles des banques centrales sont utilisés pour spéculer (pas seulement pour constituer des garanties),
  3. les banques n’assument pas leur rôle qui est d’alimenter le marché en crédit,
  4. elles utilisent les bénéfices réalisés pour verser d’énormes bonus à leurs personnels.
  5. Parmi les solutions à la crise, la recapitalisation des banques n’était pas la seule. On a parlé alors de la méthode « bagehot », une remise en état des banques par les gouvernements. Ils les rendaient au privé une fois assainies et ayant retrouvé leur fonction économique.

Mais les banques centrales pouvaient elles avoir ce rôle ? Anton Brender a probablement raison de dire que l'on respecte la logique du système. Mais est-il favorable aux intérêts de la société ? Ne faudrait-il pas, alors, le corriger ? En particulier, quid du dogme d'une économie régulée par des banques centrales indépendantes ?

Compléments :

  • Autre billet sur l’avenir sombre des banques centrales : Ça va péter ?
  • Atmosphère spéculative : Bubble warning.
  • Le système financier, aurait-il été capturé par ses membres pour qu'il servent leurs intérêts, au lieu de remplir son rôle social ?

Lait

Il y a quelques mois ce blog dénonçait les malversations des grandes surfaces de mon voisinage, et de leurs fournisseurs : un packaging modifié produisait une brutale augmentation du prix du lait.

J’ai remarqué peu après que la grande surface avait placé à proximité le lait de sa marque, bien moins cher. Plutôt que de céder à la manœuvre, j’ai acheté du lait frais, maintenant au prix du lait repackagé. Et voilà que je constate le retour de l’ancien packaging. N’aurais-je pas été le seul à procéder à des mesures de rétorsion ? Mais, entre-temps, je me suis habitué au lait frais…

Cette histoire me montre que je suis un de ces êtres qui causent les crises économiques parce que leur comportement n’est pas prévu par les logiciels financiers : je suis mu par le désir de vengeance plutôt que par l'optimisation d'une « fonction d’utilité ».

mercredi 13 janvier 2010

Taiseur

J’entendais dire, hier, que la société Taser commercialisait un système qui permet de contrôler les communications téléphoniques mobiles de ses enfants, de les filtrer, de les couper, d’effectuer des écoutes… Je me suis interrogé :

  • Est-ce qu’un contrôle policier est une bonne façon d’élever ses enfants ? Est-ce efficace ou cela peut-il avoir l’effet inverse de celui cherché ? (Enfant qui vole pour pouvoir s’acheter un téléphone sans mouchard ?)
  • Dans une société d’individualistes, le contrôle social est-il remplacé par les machines : caméra, écoutes… ?
  • L’entreprise Taser a-t-elle pour mission de fabriquer les machines qui contraignent le libre arbitre humain ? Les outils du changement par le passage en force ?

Qu’est-ce qu’une crise

Quand j’ai commencé ce blog, je disais que la crise venait d’un excès d’individualisme de la société, incapable d’amortir des chocs inévitables. Dernières idées sur le sujet :

  • Au fond, Malthus ne peut qu’avoir raison : quand une société ne parle que de croissance, il ne peut qu’y avoir des crises. Croissance signifie augmentation exponentielle, or tout a des limites. On ne peut donc que les atteindre. Ce qui contraint à des ajustements périodiques.
  • D’ailleurs ces limites ne sont pas que celles de la nature : la crise actuelle est en grande partie due à une croissance incontrôlée du secteur financier. De même, l’expansion du secteur médical semble en passe de déséquilibrer l’économie américaine.
  • L’apparition de ces facteurs de crise fait penser à la théorie du chaos : une cause microscopique a une conséquence macroscopique. Elle fait aussi penser à ce qui se passe lors d’une révolution : la disparition d’un pouvoir laisse la place à l’émergence de tels phénomènes. La créativité occidentale, nécessaire à l'économie, viendrait-elle d’un défaut d’encadrement social ?
  • Mes derniers billets montrent que les gouvernements sont incapables de réformer la société, il leur manque un savoir faire de conduite du changement (élémentaire ?), du coup ils empruntent la pente de moindre résistance qui rend inévitable un ajustement dans la douleur.
Une question se pose à moi : qu’arriverait-il si nous avions les moyens d’absorber les crises ? Cela signifierait-il une réapparition d’un lien social fort (cf. la Flexisécurité) ? Et la disparition corrélative de notre créativité ? Pour que la planète ne s’endorme pas faut-il laisser une zone d’individualisme créatif (USA), entourée de zones de solidarité, qui absorbent périodiquement les chocs créés par la première, le tout fonctionnant comme une sorte de cœur ?

Compléments :

mardi 12 janvier 2010

Contrôle de gestion

Mais que fait le contrôle de gestion ? demande une étudiante du CREFIGE, dans un commentaire à une vidéo traitant d’audit interne délégué. Pourquoi faire appel à des consultants alors que c’est du ressort du contrôle de gestion ?

Je soupçonne que l’explication principale est que fort peu de gens savent ce qu’est le contrôle de gestion. Soit on ne pense pas qu’il faille en faire (le dirigeant de la PME contrôle l’entreprise du regard, il ne comprend pas que ce n’est possible qu’en deçà d’une certaine taille), soit on croit que le contrôle de gestion c’est des tableaux de bord sur tout et n’importe quoi.

Alors, qu’est-ce que le contrôle de gestion ? C’est deux ou trois « facteurs clés de succès », des choses que l’entreprise doit réussir, à tout prix, à un instant donné (par exemple faire payer ses clients). Ensuite viennent les indicateurs qui permettent de mesurer leur réalisation. C’est l’équivalent du tableau de bord de la voiture : pour la conduire nous avons besoin de deux indicateurs, vitesse et essence.

Performance économique et création d’emploi

En exactement 10 ans, l’emploi est passé de 130,5m à 130,9m aux USA, alors que la population a cru de 30m.

Nous sommes en crise, mais quand même c’est surprenant : ne nous dit-on pas que plus une économie est dynamique, plus elle crée de l’emploi, or l’Amérique n’est-elle pas la plus dynamique des économies ?

Grand froid

Dans une discussion avec une étudiante, qui s’étonnait de l’impréparation de la France, j’ai repris l’argument de The Economist selon lequel il n’était pas rentable de se préparer à un froid rare. En constatant ma propre impréparation, je persévère dans cette opinion :

Mon équipement d’hiver n’est pas adapté à un froid qui se prolongerait. D’ailleurs, j'ai réalisé lors d'une sortie nocturne que ce dernier est à la limite de ce que peut supporter l’épaisseur de mes vêtements. Du coup, j’ai adopté les techniques canadiennes : empiler des couches d’habits. Car, à quoi cela me servirait-il d’acheter plus gros ? ça ne ferait qu’encombrer inutilement mon peu de place.

Ce n’est pas l’Etat qui est le seul coupable du chaos que provoque la neige, mais toute la société qui n'en a pas l'habitude : aéroports, automobilistes… Faire apprendre à tout ce monde un comportement collectif qui ne serve qu’aussi rarement est-il un changement qui en vaut la peine ?

En tout cas, la solution de remplacement que nous avons trouvée : accuser l’Etat, Eurotunnel ou autre, de nos infortunes, est efficace : à défaut de résoudre la question elle nous fournit un merveilleux sujet de discussion et un délicieux sentiment de supériorité.

lundi 11 janvier 2010

Transformation politique américaine

La forte croissance de l’immigration latino-américaine (déjà 16% de la population) pourrait avoir un effet paradoxal sur la politique américaine :

Les latinos adhèrent aux valeurs conservatrices, mais pas au discours xénophobe des républicains (qui sont « en train de se confiner aux électeurs blancs et aux états du Sud »), du coup ils votent démocrate, en masse.

Performance scolaire

Des chercheurs montrent que la performance scolaire est liée au nombre d’étudiants dans un cours :

Par rapport à l’écart entre la note la plus haute et la plus basse d’un étudiant, une variation du nombre d’élèves d’un cours de 10 à 25 fait baisser en moyenne les notes des élèves d’un huitième de cet écart ; 25 à 45, perte d’un nouveau huitième ; 45 à 80, rien et 80 à 150 : nouvelle perte d’un quart. (Si vous aviez des notes entre 10 et 14, avec une moyenne de 12, lorsque la classe passe de 10 à 150 élèves, votre moyenne tend à régresser de 12 à 10.)

Le plus inattendu, pour moi, est que les meilleurs élèves sont les plus touchés. « l’effet est presque quatre fois plus grand pour les étudiants dans les 10 meilleurs pourcents que pour ceux qui sont dans les dix moins bons, et à peu près 50% plus important que pour l’étudiant moyen ».

L’explication pourrait être que « les meilleurs élèves sont aussi ceux qui bénéficient le plus (en termes à la fois de connaissances et de motivation) du contact avec les enseignants ».

Serait-ce un appui à la thèse d’Hervé Kabla, selon laquelle la performance scolaire est fonction de la motivation de l’enseignant ? (Voir commentaire de Quotas et grandes écoles.)

En tout cas, elle ne semble pas dépendre de celle des parents : une expérience faite dans des collèges français indique qu’il en faut très peu pour « accroître très sensiblement l’implication des parents dans les scolarités de leurs enfants », que « ce surcroît d’implication a vraiment un effet très bénéfique sur le comportement des enfants au collège », mais n’a pas d’impact notable sur leurs résultats.

Nokia

Nokia demeure le plus gros producteur de téléphones mobiles, parce qu’elle en vend beaucoup, de très simples, aux pays en développement. Mais l’entreprise a raté la vague du smartphone à valeur ajoutée. C’était une spécialiste du matériel alors que le jeu est maintenant logiciel et services. Changement en perspective :

Until now, it has excelled in making and distributing hardware. This has trained the organisation to focus on planning and logistics. Deadlines are often set 18 months in advance. Teams developing a new device also work in relative isolation and even competitively, to make each product more original. And although Nokia has always done a lot of market research and built phones for every conceivable type of customer, it sells most of its wares to telecoms operators and designs its products to meet their demands.
With the rise of the smart-phone, however, software and services are becoming much more important. They require different skills. Development cycles are not counted in quarters and years, but in months or even weeks. New services do not have to be perfect, since they can be improved after their launch if consumers like them. Teams have to collaborate more closely, so that the same services and software can run on different handsets. Nokia also has to establish a direct relationship with its users like Apple’s or Google’s.

dimanche 10 janvier 2010

Ça va péter ?

Selon The Economist nous connaissons une bulle spéculative financière (Bubble warning). Rien de neuf. Ce qui l’est, c’est l'idée suivante :

Pour éviter les dommages de la crise, les gouvernements se sont massivement endettés. Pour résorber ces dettes ils devront prendre des mesures inacceptables par leurs administrés. Ils tricheront. Ceux qui le peuvent dévalueront leur monnaie (comme le font l’Angleterre, et les USA), d’autres ne paieront pas ce qu'ils doivent aux étrangers (ce que tente de faire l’Islande), j’imagine que l’inflation doit aussi être efficace…

Comme lors des crises précédentes, le système de contrôle de la finance mondiale (aujourd’hui les banques centrales indépendantes) sera victime de cette manœuvre, qu’il était supposé empêcher.

The gold standard broke down in the 1930s because countries would not pay the political price, in the form of austerity, to maintain the link. They chose domestic workers over foreign creditors. The Bretton Woods system broke down because America was unwilling to bear the burden of being the linchpin of the system. Now, the system that prevailed in the 1980s, 1990s and 2000s, in which creditors trusted central banks to maintain the value of debtor countries’ currencies, is breaking down as well.

Paying the price

On en réinventera un nouveau sur les ruines fumantes de l’économie mondiale ?

De ceci sort une image cohérente, conforme aux réflexes innés de l’homme face au changement : le refuser. On espère qu’il suffit de dépenser pour régler les problèmes du monde, puis lorsque l’on a trop de dettes on les élimine par un tour de passe-passe.

Compléments :

  • Traduit autrement, ce billet dit que nos gouvernements n’ont pas le savoir faire de conduite du changement qui évite une crise destructrice pour une partie de la société.
  • Sur l’Islande : Is it a blizzard?
  • Voting away your debts.

Quotas et grandes écoles

Le gouvernement voudrait qu’il y ait 30% de boursiers en Grandes Ecoles, ce à quoi leurs directeurs répondent que les quotas diminuent le niveau du recrutement, ils sont désignés à la vindicte populaire. Curieux, me suis-je dit : les grandes écoles se sont toujours affirmées élitistes, or, brutalement, elles sont accusées de l’être ! Et pourquoi les boursiers n’arrivent-ils pas à entrer en Grande Ecole : du temps de mes parents, c’étaient les meilleurs élèves ? Pourquoi la discrimination réussirait-elle en France alors qu’elle échoue aux USA ?...

Un problème mal posé

J’ai voulu creuser la question (la suite repose principalement sur : Les grandes écoles incitées à repenser leurs concours - LeMonde.fr). En fait le raisonnement suivi implicitement semble être :

  1. les grandes écoles fournissent les positions sociales les plus désirables ;
  2. l’on veut que ces positions ne reviennent pas de fait aux enfants de ceux qui les détiennent déjà, qu’il y ait un certain brassage de la société ;
  3. les matières qui servent à la sélection des élèves des grandes écoles (de l’orthographe aux mathématiques, selon Mme Pécresse) favorisent les enfants aisés.

Rien dans ce raisonnement ne va de soi. Les hypothèses qui le sous-tendent paraîtraient contre nature partout ailleurs qu’en France. Elles expriment, en particulier, la vision d’un monde organisé comme une bureaucratie.

Implicitement, l’objectif du gouvernement serait de revenir à la situation des années 50 où, d’après un député PS cité par l’article, 29% des diplômés de grandes écoles étaient de milieux populaires (définition ?), contre 9 aujourd’hui.

Comment expliquer ce revirement ? Les mathématiques, les langues, la culture générale étaient-ils moins discriminants dans les années 50 ? Ou l’éduction nationale ne sait plus les enseigner à tous comme jadis. Il semblerait que Mme Pécresse en vienne à se demander si elle n’a pas parlé un peu vite : « il faut repérer les talents, comme cela se faisait sous la IIIème République et les faire grandir ».

Mais elle dit aussi « qu’il faudrait réfléchir à des épreuves qui valoriseraient l’intensité du parcours du jeune, son mérite réel ». Comment évaluer objectivement un mérite ? (Que signifie « mérite » ?) Les critères de sélection du mérite ne sont-ils pas beaucoup plus facilement manipulables que les mathématiques ?

D’ailleurs, dans l’inconscient français le mérite est inné, l’Education nationale est là pour l’identifier. Dans l’inconscient anglo-saxon, le mérite se démontre par la réussite de l’action individuelle, l’école doit (éventuellement) apporter des outils utils à l’élu. Sans le dire nous sommes en train de basculer d’un modèle vers l’autre. Si nous le faisons, il faudra procéder avec prudence : le système américain est, selon nos critères, inacceptablement inégalitaire. Il tend, paradoxalement, à être un régime d’héritiers.

En résumé, le problème que pose implicitement le gouvernement semble être :

  • Faut-il conserver le modèle culturel français traditionnel, et alors comment ramener l’éducation nationale à son niveau d’efficacité des années 50 ?
  • Faut-il adopter un nouveau modèle culturel ? Lequel ? Comment l’adapter chez nous sans qu’il ait des conséquences que nous refusons ?

L’erreur est humaine…

Au fil de ses réformes, l'algorithme suivant paraît expliquer le comportement du gouvernement :

  • Il identifie un problème, trouve un coupable qui en serait la cause (mais pourquoi ne l’avait-on pas vu plus tôt ? se dit-il, que le monde est donc stupide !) déclenche une guerre civile, et découvre alors que le dit coupable n’est que la partie émergée d’un phénomène extrêmement complexe.
  • Surtout, il semble schizophrène : il parle d’un retour à la IIIème République, tout en rêvant de basculer dans le modèle anglo-saxon.

Qu’a donc appris l’Education nationale à nos gouvernants ? à penser ? à agir ? Est-ce ses critères de sélection ou son enseignement qu’il faut réformer ?

Compléments :

  • C’est Hervé Kabla qui m’a lancé dans cette réflexion.
  • Au passage, un exemple de changement réussi, à la française : « l’objectif de 30% de boursiers en classes préparatoires, déjà atteint en partie grâce au relèvement du seuil d’obtention des bourses ». (Les grandes écoles dans la tourmente.)

Réglementation financière

Il semblerait que les Européens veulent réglementer la finance mondiale, les Américains non. Mais est-ce certain ? Le congrès américain a nommé une commission d’enquête sur les causes de la crise (That 1930s show).

Ce type de commission (son esprit semble proche de celui du procès de Nuremberg) reprend la formule utilisée lors de la grande dépression. Il pourrait donc en sortir des mesures radicales : « la commission semble devoir découvrir quelques malversations corsées qui influenceront les prochaines réformes ».

Alors quel serait le différend entre Europe et Amérique, si tous veulent réglementer ? Un désaccord sur la façon de faire ?

Albert Camus

J’ai lu quelques livres de Camus, il y a vraiment très longtemps. Je n’en ai pas gardé grand-chose sinon le sentiment d’une sorte de bercement de l’esprit agréable. Caligula, découverte plus récente, injonction d’un ami, m’a semblé prétentieux, sans grand intérêt. Pas d’autre souvenir.

De ce que j’entends ou lit, au hasard et sans désir d’approfondissement, sort plus que le portrait de Camus, l’image de sa confrontation avec Sartre et Beauvoir, et l’intelligentsia parisienne.

D’un côté un homme du peuple qui n’a jamais renié ses attaches, de l’autre l’inquisition de la bien pensance intellectuelle bourgeoise qui sait ce qui est bien et mal et condamne sans appel.