mardi 9 février 2010

Qu’est-ce qui pousse le PS ?

France et immigration m’a fait découvrir que pour la gauche la lutte contre la discrimination vis-à-vis des immigrants était une cause quasiment religieuse.

J’en suis même arrivé à me demander si elle n’inventerait pas cette discrimination si elle n’existait pas. J’ai été particulièrement surpris de la sorte de Blitzkrieg menée par Martine Aubry, convaincant l’Europe de voter une loi sur la discrimination, qu’elle a cherché ensuite à nous imposer. Pour ne pas nous avoir consultés, elle devait être particulièrement sûre de son fait.

Ce soir j’entendais le fondateur de L’Harmattan, qui parlait de son engagement, lui aussi quasi religieux, dans la décolonisation. Et l’idée suivante m’est venue : est-ce que ce qui pousse l’intellectuel socialiste n’est pas une vision du « bien », des valeurs à faire entrer dans la société quel qu’en soit le coût pour les peuples du monde ?

N’est-ce pas pour cela que la décolonisation a joué un rôle aussi fondamental dans l’imaginaire de gauche : les anciennes colonies étaient des terrains d'expérimentation de son idéologie ?

Mais alors n’y a-t-il pas contradiction entre un PS qui se voit comme devant nous apporter la lumière, et le rôle d’un parti de gouvernement qui doit représenter la volonté du peuple ? À moins que l’intellectuel socialiste ne pense que cette volonté ne s’exprime qu’un instant : quand nous lui donnons notre vote ?

Compléments :

La France arme l’URSS

Pourquoi la France vend-elle des bateaux à la Russie ? se demandent les Anglo-saxons avec consternation. Il y a toujours quelque chose de honteux à être français.

Et pourtant nos actes ont peut-être une explication simple : la France ne peut vendre à personne d’autre que la Russie, simplement parce que sur les marchés honorables, elle est écrasée par l'influence politique américaine. Or, il se trouve qu’à un moment où l’Amérique nous déverse sa crise, en dévaluant sa monnaie, notre économie a plus que jamais besoin de débouchés.

Les Anglo-saxons sont les champions absolus du bien, tout ce que nous pouvons faire ne peut qu’être mal. Ils devraient en prendre conscience et aussi comprendre que nous pourrions un jour leur être utiles, et nous laisser un peu de leur « bien » pour survivre…

Compléments :

  • Comment l’Anglo-saxon a su mettre le bien à son service : Perfide Albion.

Le Chinois est économe

Le Chinois est économe, et cela déséquilibrerait le système financier international. Pourquoi épargne-t-il ? Explication d’un économiste :

Parce qu’il préfère les garçons. La corrélation entre le déséquilibre garçons / filles (122 à 100 à la naissance) et le taux d’épargne semble avéré.

Sensibiliser le Chinois aux droits de la femme pourrait rétablir l’équilibre de la finance mondiale ?

Anne Sophie Cruque-Merle

Anne-Sophie Cruque-Merle est DG de 6AM. Sujet de notre conversation : dans le domaine de la pub, Internet va-t-il tuer la télé ?

Selon toutes les mesures d’impact, dit-elle, Internet semble équivalent à la télé. Et parfois c’est bien mieux (ça a rajeuni l’image de Tati, par exemple). Toutes les populations paraissent également touchées. Par exemple, les retraités seraient une cible particulièrement intéressante : ils verraient Internet comme un lien avec leurs petits enfants ; surtout ils ne sautent pas de page en page comme les jeunes, mais les parcourent avec soin, et seraient plus joueurs et disposeraient de bien plus de temps que ces derniers.

Internet est surtout deux fois moins cher que la télé (cela sera-t-il toujours le cas si la demande augmente ?). Les multinationales de la grande consommation pourraient ainsi réduire massivement leurs budgets publicitaires, un des principaux postes de leurs dépenses. Cela donnerait, aussi, accès à la discipline reine de la communication à de plus petites entreprises. Le marché de la publicité va-t-il grossir ?

Mauvaise nouvelle pour les télévisions ? Quid des agences de communication ? Beaucoup pourraient subir le sort de la presse : Internet signifie une réactivité (mesures d’impact en quasi temps réel, qui demandent des modifications des publicités) qu’elles n’ont pas ?

Compléments :
  • Les réseaux sociaux sembleraient être propices à la publicité.
  • La femme serait-elle l’avenir du management ? Je suis frappé par le talent des dirigeantes que je rencontre. Esprit de décision, courage, compréhension des mécanismes humains qui mettent en mouvement les organisations : portrait de leader du changement ? Une femme doit être un champion du changement pour émerger ?

lundi 8 février 2010

Soviétique Amérique

« L’Amérique a projeté une image de modernité, de supériorité technologique, cachant un honteux petit secret. Derrière le chrome, ça tombe en ruines. (…) Beaucoup d’Américains ne voyagent pas beaucoup et peuvent ainsi croire leur propre propagande ». Voici ce que dit le correspondant de la BBC à Washington, qui a été privé d’électricité pendant 48h.

Raison ? Fils électriques aériens, si bien que dès que le temps se gâte, ils sont coupés.

C’est étrange comme cette description ressemble à celle que l’on aurait pu faire de l’URSS, il y a quelques décennies. C’est aussi bizarre que l’on ait pu nous donner en exemple de tels pays pendant aussi longtemps, et que nous ayons pu croire ce que l'on nous disait.

Crise mondiale ?

L’euro est attaqué, et si les USA devaient venir à son secours ?

Car tout le mécanisme de sortie de crise des USA et de la Grande Bretagne repose sur une monnaie sous-évaluée et sur un euro surévalué (le Yuan étant sous-évalué par rapport au dollar). La baisse de l’euro fait donc les affaires de l’Allemagne et de la France, qui n’ont aucun intérêt à intervenir, mais compromet celles du couple anglo-saxon, qui est d’autant plus fragile qu’il n’a pas consolidé ses banques. Bien entendu, tout étant lié, cela pourrait se terminer par une catastrophe globale, mais, à court terme et pour une fois, la situation est favorable à l’Europe.

Amusant que ce qui pourrait être l’action égoïste de quelques organismes financiers américains puisse retomber sur le nez de leur nation, et finalement sur le leur. (Sur le nôtre aussi, mais il y a parfois un sentiment de justice à périr avec les criminels – c’est probablement ça la vengeance.)

Compléments :

Anvil

Film sur un groupe d’Heavy metal oublié.

Début de succès dans les années 80, puis plus rien. Mais le groupe continue d’exister, de déconvenue en échec, fidèle à ses valeurs, en jouant pour le plaisir, et en vivant de petits boulots.

Plongée dans une culture inconnue, celle des rockers vieillissants. Accoutrements et comportements provocants semblent appartenir à la révolte de la jeunesse. Chez des vieux le spectacle est pitoyable. Tentative désespérée d’arrêter le cours du temps ? Pourtant, il suffit qu’ils montent sur une scène pour que leurs ridicules disparaissent. Où l’on découvre aussi que ces affreux peuvent être des gentils profondément pacifiques et respectueux.

dimanche 7 février 2010

Différences culturelles

RFI parlait ce matin d’Ukraine et d’USA :

  • En Ukraine, le peuple semble se désoler de la corruption généralisée et regretter le temps de la rigueur soviétique (de Staline ?).
  • Aux USA, c’est le contraire : on craint l’État et la réglementation, même si elle vise à protéger l’individu des banques. La liberté individuelle est au cœur de la culture nationale.

La culture (au sens ethnologique du terme) est un paramètre déterminant de tout changement, les gouvernants feraient bien d’en tenir compte.

Banques contre Europe

« une grande banque d’investissement américaine (qui a bénéficié du plan de sauvetage des banques US) et deux très importants hedge funds seraient derrière les attaques contre la Grèce, le Portugal et l’Espagne. » dit Les marchés financiers américains attaquent l'euro.

Ces organismes financiers profiteraient de la panique qu’ils ont déclenchée. Croient-ils réellement à la dissolution de l’Europe ? Ou leur suffit-il que les marchés y croient suffisamment pour réaliser de belles affaires ?

Cet article m’a rappelé les techniques utilisées par les financiers de 29, décrites par Galbraith. Les financiers d'hier et d'aujourd'hui semblent posséder un savoir-faire qui leur permet de manipuler le marché selon leur intérêt du moment. Au fond, ils ne voient pas les hommes qui sont derrière lui, pour eux il s’agit d’exploiter un phénomène abstrait. Et ils se pensent extrêmement intelligents quand ils réussissent. C’est une « innovation ».

Réglementer la finance internationale peut-il réussir tant que les banquiers n'ont pas pris conscience des conséquences humaines de leurs actes ?

Compléments :

Politique Économique Européenne

Comment éviter que la zone euro ne se disloque sous des forces centrifuges ? Je reviens au billet que m’avaient suggéré les idées de Paul Krugman :

  • Il est plus facile d’augmenter ses revenus en situation de monopole que de concurrence parfaite : il me semble que l’Europe devrait coordonner sa politique économique de façon à encourager chaque pays à développer ses compétences locales, pour acquérir un avantage unique qui lui permette de mieux s’ajuster aux déséquilibres occasionnels entre membres de la zone (et protéger les salaires de ses citoyens). Si l’on suit l’argument de P.Krugman, il est aussi sûrement nécessaire d’uniformiser les politiques sociales de l’eurozone, et de favoriser la solidarité entre États.
  • Il est aussi probable qu’il faille que les États acquièrent des techniques d’ajustement de leurs économies (« conduite du changement ») qui ressemblent à celles que possèdent les entreprises, i.e. microéconomiques et non uniquement macroéconomiques.

En tout cas, l’adoption de l’euro semble signifier qu’il faut poursuivre le chemin du fédéralisme à l’américaine, et de l’intégration.

Complément :

Guerre des générations

Attente : je jette un coup d’œil à Challenge, le salaire des vedettes de la musique. Surprise : les mieux payées sont des antiquités (Johnny n°1), dont je pensais que beaucoup étaient oubliées depuis longtemps.

Explication d’un ami journaliste : les vieux chanteurs ont un public de vieux, donc riches, qui achète des CD et ne télécharge pas frauduleusement leurs chansons, comme le font les jeunes.

Pour lui ce n’est qu’un exemple de la lutte des générations qui se prépare, et qui va faire rendre gorge aux soixante-huitards, coupables d’avoir détruit la solidarité nationale à leur profit.

Compléments :

samedi 6 février 2010

L’Angleterre découvre l’Europe

L’Angleterre est dans une bien mauvaise passe économique, et si elle réduisait les coûts de son armée en effectuant des synergies avec l’armée française, devenue amicale depuis qu’elle appartient à l’OTAN ?

L’idée suivante semble faire son chemin en Angleterre : elle n’a plus les moyens de son destin, le seul véhicule approprié à son rayonnement, nécessairement planétaire, est l’Europe. Une Europe qui n’est pas un chaos régulé par le marché, mais une puissance respectée, qui parle d’une seule voix.

Compléments :

Panique boursière

Beaucoup de chômage aux USA, l’économie ne démarre pas. En Europe, la Grèce inquiète, puis on a peur pour le Portugal, puis pour l’Europe du Sud, et si la zone euro explosait ? Alors ce serait le chaos pour les économies anglo-saxonnes qui battent de l’aile. Les marchés s’affolent.

Caractéristique des marchés : des poussées de fièvre aléatoires ? Greed and fear ? Ils se sont emballés alors que rien ne laissait entendre que les causes structurelles de la crise avaient été éliminées, maintenant ils paniquent à contre-sens. Voilà ce qui se passe lorsque l’individu s’affranchit de la société et prétend ne suivre que son seul intérêt, il devient irrationnel. Il est dirigé par son instinct. Il est primitif.

France et immigration

Comment la législation française a-t-elle évolué en ce qui concerne le droit des immigrants ? GUIRAUDON, Virginie, L’intégration des immigrés ou la politique de l’esquive, réformer sans changer de modèle ? in La France en mutation, 1980 – 2005, Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006.

L’étude montre que la notion d’ethnicité est commune à la droite et à la gauche. L'immigré est délinquant pour la droite, victime pour la gauche (images, d’ailleurs, relayées par les journaux). Mais la culture française lui est imperméable, son principe est que les Français sont égaux et que c’est à l’immigré de prouver qu’il veut rejoindre la communauté. L’outil d’intégration, ce sont les institutions de l’État providence (« insertion dans le marché du travail et leur participation dans les organisations sociales »). Comme elles sont en désarroi, l’immigré souffre. Cependant notre législation demeure étonnamment efficace pour donner les mêmes droits sociaux aux nationaux et non nationaux.
« par hasard, des populations issues de l’immigration sont de facto les bénéficiaires (proportionnellement) privilégiées des politiques dirigées contre l’exclusion sociale » puisque « la coïncidence entre leurs propres caractéristiques et les critères socio-économiques utilisés leur permet d’en bénéficier, sans que ces populations soient explicitement ou exclusivement ciblées ».
Par contre, il n’en est pas de même pour le droit politique, il demeure lié à la citoyenneté.
De ce fait, les partis politiques sont forcés de transformer la France en dissimulant leurs intentions :
les décideurs ont mis au point plusieurs stratégies d’esquive, pour que les électeurs ne puissent pas identifier facilement le responsable des réformes, soit en cherchant à obtenir un consensus large, soit en réduisant la visibilité des réformes
La gauche semble avoir été la plus habile à ce jeu. Elle a fait évoluer l’esprit des lois dans le sens d’une obligation de la nation à intégrer les immigrés (« lutte contre les discriminations » du gouvernement Jospin) ; Martine Aubry a exploité la montée de l’extrême droite en Autriche pour susciter un débat européen, et ensuite faire entrer en droit français ce qui en avait résulté (la mesure a été prise en un temps record, notamment parce que « la directive a été adoptée sans que les services ministériels susceptibles d’émettre des réserves aient été consultés »), à savoir les principes du droit britannique. Mais l’administration, l’INSEE en premier aurait résisté à cette attaque contre l’égalité. À la fin de l’étude (2005), il semble qu’il y ait un retour européen vers l’assimilation (l’immigré doit chercher à s’intégrer à la communauté d’accueil).

Commentaires
Je n’avais pas réfléchi à la question du traitement des immigrés avant de lire cette étude, et j’étais convaincu qu’il y avait discrimination. Ce texte m’amène à me demander si des Français de souche placés dans de mêmes conditions ne subiraient pas le même sort.
  • J’ai été frappé de voir que les personnels des SSII que je fréquente sont en énorme proportion d’origine maghrébine. Le conseil n’est-il pas un métier bien payé et intéressant ? Est-il indigne des Français de souche ? Ceux-ci demandent-ils trop ? Je n’ai pas d’explications.
  • Les immigrés de première génération que je connais et qui sont diplômés de grandes écoles font de très belles carrières (je précise que je ne connais pas Carlos Ghosn). À l’envers, d’après ce que me dit un ami issu du 93, ses camarades d’école, et son frère, Français de souche, vivent un chômage permanent et s’émerveillent « qu’il s’en soit sorti ».
Est-ce que ce qui cause les problèmes qui affectent ce que nous appelons maintenant des « minorités ethniques » ne vient pas de ce que la machine à intégrer les pauvres (l’école, l’armée et l’entreprise) a fait faillite ? D’ailleurs, est-ce que, comme le dit une citation ci-dessus, notre modèle donne « par hasard » les mêmes droits aux personnes qui se trouvent dans de mêmes situations ? Ou est-il tout simplement efficace ? Ne faudrait-il pas le faire fonctionner comme il devrait plutôt que d'essayer de le transformer ?

Compléments :

vendredi 5 février 2010

Euro erreur ?

L’euro pose des problèmes difficiles à résoudre. L’exemple de l’Espagne :

  1. Situation : une bulle immobilière produit une augmentation des salaires ; à la disparition de la bulle, ils ne sont plus concurrentiels. Pas de possibilité de dévaluer l’euro pour les ramener au niveau de ceux des économies voisines.
  2. Contrairement à la fédération américaine, les coûts de protection sociale ne sont pas répartis sur l’Europe, et les chômeurs espagnols ne peuvent pas aller trouver du travail dans un autre État.

Une monnaie unique demande-t-elle une fédération qui dissolve les nations ? En tout cas, elle semble forcer les économies européennes à marcher au même rythme, ce qui pose un curieux problème de conduite du changement, qui aurait peut-être dû être envisagé lors de l'adoption de l'euro.

Compléments :

Olympien général

Interview du général commandant les forces françaises en Afghanistan.

Surprenant. Je lis d’ordinaire la situation afghane dans les journaux américains, et je n’y vois que bruit et fureur, généraux qui critiquent le pouvoir politique et leur armée, signes avant coureurs d’un nouveau Vietnam…

Là, on a un homme modeste, calme, qui fait son travail, pas facile certes, mais qui avance, finalement comme prévu. Et qui ne demande rien à personne. Et qui essaie de comprendre la très compliquée culture afghane.

La réussite de ce processus passe par l'amélioration des conditions de vie. Encore faut-il pouvoir s'ouvrir les portes de la société afghane. Les clés se trouvent d'abord dans la multiplicité des liens entre les personnes et la constitution de réseaux qui interagissent en permanence. Elles résident ensuite au sein de l'autorité coutumière, fondée sur le pouvoir de la parole et la sagesse des anciens. En Afghanistan, tout commence et tout finit par des shuras, assemblées locales où les uns exposent leurs doléances et les autres expliquent leurs intentions. Le relais des sages, appelés "anciens" ou "barbes blanches" transmet les décisions qui se répercutent jusqu'au cœur de la population par les innombrables connexions qui unissent individus et communautés.

Mais ce sont des propos de spécialiste du changement !? L’armée française en « donneuse d’aide » ?

Compléments :

Le Suspect

Film de Richard Siodmak de 1944.

Le héros du film, marié à une épouse acariâtre dont il ne peut divorcer, est aimé, en dépit de sa bedaine et de son âge avancé, par une délicieuse beauté pleine de fantaisie. Pourquoi sacrifier un bonheur aussi extraordinaire au diktat social ? J’imagine que le père de famille de l’époque a dû se le demander. Les règles de la société ont changé et les films ont dû s’adapter.

jeudi 4 février 2010

Lazard réinvente la coopérative

À l’opposé des pratiques de ses confrères, la banque Lazard (USA) verse plus rapidement que prévu des bonus en cash à ses personnels. Conséquence : résultats négatifs.

Explication de la décision : moyen de chiper leurs employés à ses concurrents.

Voilà qui dément l’idée selon laquelle les entreprises sont esclaves du diktat de la bourse ! Pour Lazard l'employé est tout, l'actionnaire rien. Décidément l'économie sociale a le vent en poupe. Vive Proudhon!

Jérôme Chartier

France Culture porte bien son nom : on se cultive en l’écoutant. Découverte d’un nouvel homme politique : Jérôme Chartier, UMP.

Après avoir justifié le licenciement des fonctionnaires, il a expliqué le montant semble-t-il élevé de la retraite de M.Proglio au motif que c’était un « avantage acquis » au sens du président Mitterrand.

M.Mitterrand serait-il le maître à penser de l’UMP ? Qu’est-ce que le statut des fonctionnaires a de moins acquis que la retraite de M.Proglio ? M.Chartier serait-il un homme de petite logique ? La politique rendrait-elle idiot ? Sélectionnerait-elle en fonction de la négativité du QI ?

Et si ces politiques ne parlaient ni à nous, ni à la logique mais à ceux qui comptent dans leur vie : leurs supérieurs ? Et si M.Chartier faisait du N.Sarkozy ? Bien sûr en lourd et maladroit, mais n’est-ce pas la caractéristique du disciple plein de la volonté de bien faire ?

Compléments :

  • Cette hypothèse pourrait expliquer les discours affligeants de personnes qui paraîtraient par ailleurs respectables : Liem Hoang Ngoc, Nora Berra.

Conte de Printemps

Plus l’histoire est insignifiante, et plus les acteurs sont inconnus, et plus j’aime les films de Rohmer. Son génie a été de traduire ce qui fait les bonheurs de notre vie : des riens. Une réalité à côté de laquelle est passée le cinéma Hollywoodien, qui ne jure que par les catastrophes interplanétaires.

Une fois de plus, Rohmer dit à quel point nous sommes compliqués, obligés par les règles de la société de nous engager dans des méandres invraisemblables pour exprimer les sentiments les plus primaires.

Une fois de plus on y voit la naissance d’une amitié féminine. Qu’il doit-être agréable d’être une femme si l’on peut aussi facilement se faire des amies !

Plus curieusement, j’ai découvert une autre Arielle Dombasle. Un des personnages de ce film parle et se comporte exactement comme elle. Il y avait déjà une Arielle Dombasle dans La femme de l’aviateur. Arielle Dombasle serait-elle un type de femmes ordinaire ? Les héros de Rohmer seraient-ils des répétitions d’un petit nombre de personnages ? En tout cas, si j’en crois des commentaires entendus à la radio, ses films contiendraient toujours un brillant raisonneur à son image, qui se fait chiper la femme qu’il convoite par un (petit ?) brun.

Compléments :

  • J’ai aussi retenu des émissions que sa mort a provoquées qu’il avait eu l’idée des scénarios de ses œuvres avant 25 ans, seraient-elles plus atemporelles que le pensais ?, et qu’il réalisait des films sur fonds propres. Il adaptait ses moyens aux revenus qu’était susceptible de lui apporter un marché fidèle. Leçon de marketing.

mercredi 3 février 2010

Liem Hoang Ngoc

France culture. Découverte d’un inconnu dirigeant socialiste. Le journaliste insiste lourdement : c’est un économiste, attention parole divine ? En tout cas, il semble boxer dans la même catégorie oratoire que Nora Berra.

Tentative de démonstration que les 35h ont été un succès économique sans précédent, en évoquant d’hypothétiques gains, et en oubliant les coûts de la mesure ? Que maintenant on travaille 39h mais on est payé 35 ? Je n’ai rien compris.

En tout cas, je me demande si le PS ne cherche pas à tester si l’opinion ne réagirait pas favorablement à l’idée suivante : et si les 35h n’avaient pas été un désastre dont le PS devait avoir honte ? Et si le « progrès », c’était de travailler moins ?

Chaos européen

Là où Obama ne change pas c’est dans son mépris pour l’Europe. Il déserte le prochain sommet UE – USA.

Les explications varient, mais toutes montrent le spectacle affligeant des gouvernants européens prêts à se prostituer pour être vus dans l’ombre d’Obama, et le chaos qui s’ensuit.

Conséquence du vice de construction de l’Europe qui aurait instauré la division et l’impossibilité de coordination comme principe fondateur ?

Dans l’affaire le réel paradoxe viendrait des libéraux anglais : alors que le marché, leur Dieu, semble demander un tel chaos, eux se lamentent de l’impéritie européenne et réclament un pouvoir fort. Or ils étaient opposés au traité de Lisbonne qui devait le créer !

Serions-nous en passe de construire une Europe solidaire, donc sociale ?

Compléments :

Guerre froide

B.Obama renverse sa stratégie chinoise : il vend des armes à Taiwan et découvre l’importance des droits de l’homme et le Dalaï Lama. Pragmatisme de l’élite économique américaine ?

  1. Avant. Chacun pour soi. Elle pensait dominer un monde « globalisé », qui lui permettrait à la fois d’avoir accès à une demande émergente énorme et à une main d’œuvre « low cost », sans droits de l’homme. (Le réel avantage économique des pays « low cost » c’est l’absence de règlementation protégeant l’individu – ou la nature.)
  2. La Chine a refusé l’accord.
  3. Maintenant. Team USA. Reconstitution de la demande intérieure américaine ; diminution de la compétitivité relative de la Chine en lui imposant d’adopter pour ses citoyens le traitement occidental : droits de l’homme et protection sociale et de la nature. Tactique ? Rapport de force et encouragement des tensions internes (retour du thème des droits de l’homme).

L’Amérique découvre, ce qu’elle feignait d’ignorer par opportunisme, que la Chine est un tigre de papier, qui en outre a le bon goût de jouer les matamorts.

Compléments :

Dans sa missive, le sénateur demande aux entreprises concernées de décrire les mesures qu'elles prennent "pour faire en sorte que [leurs] produits ou services ne permettent pas au gouvernement chinois de violer les droits de l'homme".
Ces sociétés sont appelées en outre à détailler leurs "plans pour défendre les droits de l'homme en Chine, en particulier la liberté d'expression et la protection de la vie privée".

Crise de la représentation politique

« Sur les questions perçues comme constituant une menace importante pour leurs conditions de vie (…) les citoyens voient des partis de gouvernement désorientés et incapables d’adapter une ligne de conduite qui laisse espérer un avenir plus sûr. » Que veut le peuple ?

Il perçoit la globalisation comme le règne de l’irresponsabilité, et la promesse de désagrégation des règles sociales. D’où l’importance, pour lui, du thème de la frontière. L’État, qui était jadis perçu comme l’allié des puissants, est désormais celui des citoyens face à la globalisation, il faut le préserver. De même qu’il faut défendre le service public, garant de la solidarité et de la justice, des menaces du marché.

Les partis de gouvernement sont incapables de maintenir un État fort. D’où la haine de la nation pour ses élites (économiques et politiques). Ce qui laisse la place aux partis nationalistes ou à des mouvements tels qu’Attac d’exploiter telle ou telle manifestation de cette inquiétude (la frontière pour les nationalistes, la défense de l’Etat providence pour Attac).

L'inaptitude au changement des partis politiques semble congénitale : d’une part ces thèmes (ou du moins la façon dont ils sont exploités) contredisent leurs principes fondateurs, d’autre part, surtout ?, ce sont de lourdes hiérarchies incompatibles avec le besoin d’autonomie et de liberté du Français. Ils sont tellement rigides que plutôt que de se remettre en cause, ils veulent faire taire les voix dissonantes, en particulier en éliminant par la loi les partis qui les représentent.

Commentaire

Ce texte me pose une double question :

  • Ce que semble vouloir le pays n’est ni le FN, ni Attac, mais le maintien de la justice sociale en environnement hostile. Ça ressemble beaucoup au modèle de l’économie sociale. Est-ce hors de portée d’un parti politique ?
  • Quel est le vice du parti politique ? L’exemple de N.Sarkozy : il semble chercher à réaliser le rêve de De Gaulle en aspirant ses opposants dans un UMP – trou noir. Mais éliminer la manifestation des attentes du peuple ne signifie pas éliminer ces attentes. Le jour où la France n’aura plus qu’un parti, ce ne sera plus la fin du chaos, ce que croyait de Gaulle, mais le début de la dictature. Le gouvernement doit nous écouter et concevoir des solutions qui résolvent les problèmes que nous avons. Pour cela, il doit probablement transformer son fonctionnement bureaucratique et hiérarchique pour être capable de nous entendre, et d’agir localement.

Compléments :

  • Première partie du billet : BERGER, Suzanne, La crise de la représentation. (in La France en mutation, 1980 – 2005, Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006).

mardi 2 février 2010

Redépart de crise ?

Paul Krugman est extrêmement mécontent du réflexe populiste de B.Obama, qui parle de rigueur à un moment où l’économie n’a pas sorti la tête de l’eau.

Il y voit la répétition de l’erreur commise par Roosevelt en 37, qui avait replongé le pays dans une crise dont elle croyait émerger.

L’économie serait-elle enfin capable de faire des prévisions ?

Protection sociale

La France change beaucoup plus qu’on ne le dit. Sa conception de la protection sociale s’est transformée du tout au tout en quelques décennies :

Changement de principes

Sa finalité initiale était « l’intégration » de la nation, et notamment des pauvres. Cela signifiait une logique de plein emploi et un système d’assurance sociale payée par le salarié sur son salaire (logique de l’assurance). La préoccupation du système était la lutte contre le chômage, dont l’outil était l’augmentation des prestations sociales (d’où augmentation de la demande, qui tire l’économie - Keynésianisme). Les rôles étaient bien définis : l’État s’occupait du politique, le patronat de l’entreprise et le syndicat des institutions de protection sociale.

Aujourd’hui, une partie importante de la population dépend du RMI qui est alimenté par l’impôt, donc contrôlé par l’État et la France qui travaille est régie par un système mixte assurance sociale, assurance privée. L’anxiété nationale n’est plus le chômage, mais l’inflation, l’outil d’intervention est la relance par l’offre et la rigueur budgétaire (Monétarisme).

Les étapes du changement

Transformation progressive :

  • Le système initial est rongé par l’augmentation de ses coûts : crise, chômage, mais aussi rapide augmentation des services offerts par l’assurance sociale. Il réagit selon sa logique : en augmentant les recettes (primes d’assurance, donc prélèvements sociaux sur les salaires) - la réduction des coûts aurait été inacceptable aux syndicats ; puis en retirant du service les personnes les plus âgées (retraite ramenée de 65 à 60 ans). Deux relances keynésiennes (Chirac et Maurois) sont des échecs.
  • C’est alors que l’Europe entre en lice. Ses principes fondateurs semblent être « Monétaristes », à l’opposé de ceux qui prévalaient jusque-là dans les États européens. Leur adoption signifie l’impossibilité des déficits sociaux. C’est l’excuse (?) que trouvent alors les gouvernements pour attaquer les dépenses des systèmes sociaux.
  • Progressivement de victimes de la crise, ces systèmes sont perçus comme sa cause. On dit alors que l’augmentation des cotisations pèse sur la compétitivité des entreprises et crée le chômage ; que ces systèmes ne prévoient pas le cas du chômeur ; que la gestion paritaire encourage l’irresponsabilité.
  • Les prestations sociales sont réduites, l’appel au marché augmenté (complémentaires…), les exclus du système sont pris en charge par les allocations de revenu minimal alimentées par l’impôt (CSG), la protection sociale échappe de plus en plus aux syndicats et ses coûts sont contrôlés par l’Assemblée.

Le mécanisme du changement

Ces changements auraient été introduits « à la marge » puis étendus. Si bien que les tenants de l’État providence ne se sont pas méfiés. Il est aussi possible qu’il y ait eu marché de dupes, les intérêts que chacun y trouve étant contradictoires. Surtout ce changement est l’histoire de la construction d’un consensus, ses acteurs (notamment les syndicats, la CFDT ayant joué les premiers rôles) s’étant convaincus qu’il était le seul possible. Cette communauté d’idées serait-elle favorisée par le fait qu’ils passent leur existence ensemble, commission après commission, et finissent par penser la même chose ?

Commentaires

Voilà un constat qui me laisse avec plus de questions que de réponses :

  • Il semblerait que les théories économiques ne ressortissent pas à la science, mais à l’idéologie. Le Keynésianisme serait favorable au « peuple », le Monétarisme au « capital ».
  • Il n’y en aurait pas une qui serait meilleure que l’autre, mais toutes les deux aboutiraient à un monde particulier. Par exemple, l’application du modèle favorable au « capital » (à la production) semble de tous temps générer une population d’exclus, qui sont pris en charge par la collectivité (les paroisses pour le capitalisme anglais original, l’État et le RMI aujourd’hui).
  • Leur succès ne serait donc pas une question de lois de la nature, mais de volonté. Si nous avons renoncé à l’État providence, c’est que nous n’en voulions plus ? Peut-être aussi, comme le dit cette étude, nous n’avons pas compris où nous nous engagions, et n’avons pas fait les efforts nécessaires à la survie d'un modèle qui était incompatible avec un chômage élevé. (La solution à ce problème serait-elle la « flexisécurité » ?)
  • Ce texte pose la question du rôle de l’Europe. Elle semble avoir été conçue sur un modèle « monétariste », selon le consensus qui prévalait parmi les élites mondiales. De ce fait, il leur était facile d’arguer des contraintes européennes (à l’origine desquelles elles étaient) pour mettre un terme aux États providences nationaux, incompatibles avec elles.

Compléments :

  • L’origine de mes réflexions : PALIER, Bruno, Un long adieu à Bismarck ? Les évolutions de la protection sociale in La France en mutation, 1980 – 2005, Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006.
  • Une autre vision de l’impact de l’Europe sur l’organisation des nations : Chaos européen.
  • Le renouvellement de la logique des principes d'une société par une idée, apparemment inoffensive, rappelle ce que dit Les Lumières.

5ème République et partis politiques

L’histoire de la 5ème République est bâtie sur un conflit : de Gaulle voulait un régime présidentiel qui mettrait un terme définitif au « régime des partis », alors que la constitution est parlementaire. Marier la carpe et le lapin a été un changement de plusieurs décennies :
  • Les partisans d’un système exclusivement parlementaire ou exclusivement présidentiel sont successivement éliminés (les partisans du parlement en 62, de Gaulle en 69).
  • Pompidou et Mitterrand voient une solution au dilemme : un affrontement droite / gauche conduit par de grands partis de gouvernement, dirigés par un présidentiable, qui briguent la majorité à l’assemblée.
  • L’émergence de ces partis se fait d’abord par un rassemblement en deux camps, puis par une sorte de sélection naturelle pour la domination de son camp, dont les manœuvres principales consistent à le faire perdre (les Communistes trahissent les Socialistes en 78, J.Chirac fait de même avec V.Giscard d’Estaing en 81).
Aujourd’hui, ce système est menacé par un émiettement de l’opinion, une multitude de partis se spécialisant dans des thèmes fortement mobilisateurs pour certains citoyens (environnement…), les principes fondateurs des grands partis ne leur permettent pas de traiter correctement ces sujets, qui, d’ailleurs, les divisent.

Compléments :
  • GRUNBERG, Gérard, L’adaptation du système des partis (1965 – 2006) (in La France en mutation, 1980 – 2005, Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006).
  • Sur cette cohésion française qui a pour conséquence paradoxale de produire l’éparpillement des voix : France : crise de gouvernance ?

lundi 1 février 2010

L’Éducation nationale change

Agnès Van Zanten (La construction des politiques d’éducation, de la centralisation à la délégation au local in La France en mutation, 1980 – 2005, Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006), donne une image apocalyptique des changements subis par l’Éducation nationale :

L’Éducation nationale est à la fois dirigée par les règles de la 3ème République et par celles, contradictoires, de l’économie de marché. On n’y parle que de « projet », de « contrat », de « partenariat », « d’autonomie »… Un peu plus et on appelait l’élève « client ». Mais tout ceci n’est que verbiage marketing vide de sens (l’autonomie, par exemple, n’est accompagnée d’aucun moyen et d’aucune concurrence !) : pour « désamorcer des tensions », on masque des problèmes graves sous des concepts fumeux. On se croirait dans l’entreprise anglo-saxonne qui pense que nommer est faire. D’ailleurs l’infecte bienpensance anglo-saxonne est partout : l’école fait des « partenariats » avec les riches et veut « réconcilier » les parents pauvres avec l’école.

La raison probable est que nos gouvernements ont trouvé bon d’insuffler du libéralisme dans l’Éducation nationale, mais sachant que cela allait contre notre volonté, ils ne l’ont pas dit. Leur véhicule a été une invraisemblable succession de réformes cherchant à donner le pouvoir au local : déconcentration, territorialisation et régionalisation ! D'où incroyable anarchie dont on peut se demander comment les chefs d’établissement, les enseignants, les parents et les élèves arrivent à se tirer : dans ce monde tout est contradictoire. On a donné à tous de grands rôles sans leur consentir les moyens de les remplir, et sans s’assurer qu’ils ne contredisaient pas un fonctionnement préexistant. Et l’État ? Son forfait accompli, il a jeté l’éponge, il est impuissant !

L’État central apparait incapable d’établir des priorités et délègue au niveau local la responsabilité d’harmoniser ou de trancher entre les points de vue des acteurs en présence.

Ce qui est frappant, c’est à quel point notre élite, pourtant recrutée pour la supériorité de son intellect, ne pense pas. Toutes les réformes viennent d’ailleurs, d’Angleterre, des USA, d’Europe. Ainsi, les ZEP, zones de discrimination positive, sont la traduction littérale des Educational Priority Areas anglaises des années 60 (il a été impossible de trouver pire ?). Les programmes sont conçus entre penseurs internationaux, et la conformité de nos élèves aux normes qui sortent de ces travaux est évaluée. Le courage de nos dirigeants ne va pas jusqu’à nous le dire. Ils préfèrent parler de « l’exception française » pour mieux la torpiller !

Compléments :

  • Idéologie initiale :

Un État porteur de la rationalité et de l’intérêt général, seul capable de lutter contre les croyances irrationnelles et les logiques clientélistes s’exprimant au niveau local.

  • Valeurs : laïcité et égalité.

Chaos européen

« La faiblesse de la médiation intersectorielle, tant en France qu’au sein de l’Union dans son ensemble, est l’une des causes principales de la prévalence, dans le gouvernement de l’Union, des politiques fondées sur les théories économiques néolibérales » :

  • L’Union Européenne est gérée de façon sectorielle (agriculture…) et cela interdit à la fois les débats de fond sur les enjeux généraux, transversaux, (par exemple politique européenne de lutte contre le réchauffement climatique) et l’intervention des acteurs de la démocratie (notamment les syndicats et les parlements).
  • Ce manque de coordination européen disloque les mécanismes de solidarité nationale et encourage le chacun pour soi. La capacité de coordination intersectorielle des états est anéantie par le fait que l’Europe intervient dans leurs affaires de manière dispersée (ses subventions avantagent, par exemple, les grandes villes, rendant quasi impossible toute politique d’aménagement du territoire). La désorganisation européenne justifie la prise de décision réactive myope en petit comité gouvernemental, la diplomatie et la technocratie plutôt que le débat démocratique de fond, beaucoup trop complexe pour le bric-à-brac d’institutions européennes. Ce qui justifie l'argument selon lequel la régulation par le marché est la seule adaptée à ce chaos.
Alors, l'unique Europe viable est celle des consommateurs, pas celle des citoyens ?

Compléments :

  • Essai de synthèse de : SMITH, Andy, le gouvernement de l’union européenne et une France qui change(in La France en mutation, 1980 – 2005, Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006).

dimanche 31 janvier 2010

L’Europe ne pense pas

Contrairement à la Chine et à l’Amérique, l’Europe n’a pas de stratégie. Elle vit au jour le jour, ou presque. Comment se construit une stratégie ?

La stratégie ne vient pas des gens qui sont au gouvernement. Elle vient des gens qui vont être au gouvernement, elle vient des groupes de réflexion et de la communauté universitaire.

Comment faire que ceux qui correspondent à cette définition, partout en Europe, se mettent à penser, et, surtout, à débattre entre eux ?

Compléments :

  • L’Insead du billet précédent aurait pu être le lieu d’une telle pensée, mais elle a choisi d’appliquer des idéologies préconçues. Economie d'intellect.

Insead

J’ai cru comprendre que l’Insead cherchait un doyen qui soit un « citoyen du monde ». C’est curieux. Initialement l’INStitut Européen d’Administration avait pour objet la formation des managers dont aurait besoin l’Europe qui venait de signer le traité de Rome.

La formule était originale : un MBA d’un an (mieux adapté aux Bac + 5 d’Europe continentale que les 2 ans des MBA américains qui visent des Bac + 3), cours en 3 langues (Français, Anglais, Allemand), ouvert à des élèves expérimentés. L'école est vite jugée comme l’un des meilleurs MBA mondiaux. Exploit à retenir dans les annales du marketing, qui dit la quasi impossibilité d’entrer sur un marché dominé par le capital de marque d’entreprises telles que Harvard. Sauf lorsque, comme pour l’Insead, on a un positionnement original.

Puis, progressivement, les 3 langues ont été remplacées par l’Américain, l’âge d’entrée s’est abaissé, les promotions ont enflé (70 au début, près de 500 aujourd’hui), l’Insead a ouvert des établissements ailleurs dans le monde (d’abord à Singapour), une alliance s’est faite avec Wharton. L’Insead est devenue la World business school (aucun rapport avec la World company des guignols de l’info).

Comment interpréter ce changement ?

  • Mise en oeuvre impeccable d'une vision selon laquelle l’Europe n'est plus rien, l'avenir est à une globalisation américaine tirée par l’Asie ?
  • Parallèle avec Vivendi : transformation d’une entreprise solidement protégée en un groupe ouvert à tous les vents, ayant pour vision d’être le plus gros, pour stratégie d’être un suiveur, et pour mission de satisfaire l’ego de ses dirigeants ?

Compléments :

  • Un professeur de l’Insead révèle leur arriération à des anciens élèves français : L’économie n’est pas une science.
  • En termes de marketing on notera aussi la primauté du marketing sur la qualité du produit, médiocre en ce qui concerne l'Insead.

Extérieur nuit

Film de Jacques Bral, 1980. Un réalisateur qui m’était inconnu, mais qui paraît estimé de la critique.
Paris, la nuit, la pluie. Trois paumés, dont deux anciens soixante-huitards, sans but, sans logique, sinon le rejet d’une société aliénante ?, absurdes. Une idée curieuse : c’est peut-être l’amour aveugle d’un de ces êtres absurdes pour un autre qui donnera du sens à sa vie ?
Portrait d’une génération désabusée, qui ignorait la précarité économique ?

samedi 30 janvier 2010

France : crise de gouvernance ?

La population française est étonnamment homogène par rapport à ce à quoi elle croit. Non seulement la scission gauche droite chère à nos politiques ne correspond à rien pour nous mais le portrait que font de nous les journalistes n'est pas ressemblant :
L’analyse des données laisse apparaître un espace triangulaire de consensus politique, dont les trois sommets sont le libéralisme culturel, le libéralisme économique (liberté des entreprises, réduction des taxes et des dépenses publiques) et la protection sociale (Sécurité sociale, emploi et revenus).
Nous sommes, aussi, en majorité, « progressistes » (droit des homosexuels, opposition à la peine de mort…), peu nationalistes, l’Europe ne nous menace pas (même lorsque nous votons contre).

Peut-être plus curieusement, les gouvernants comprennent ce que veut le peuple, et le FN est totalement hors cible (et il l’était déjà en 2002 lorsqu’il a mis KO Jospin). Alors pourquoi vote-t-on FN ? Pourquoi demande-t-on une législation répressive, plus de discipline à l’école ?...

Mauvaises solutions à de vrais problèmes : l’opinion perçoit, justement, que ce qui est important pour elle (l’éducation, l’emploi…) se désintègre, et que le gouvernement est incapable d’y remédier.
La baisse de soutien aux responsables politiques est due à une perte d’efficacité de l’action publique.
Résultat :
La capacité démocratique du régime s’est détériorée de manière substantielle au cours des vingt années étudiées.
Compléments :
  • Ce qu’on demande au gouvernement est compliqué :
Une forte majorité de français voulant à la fois des d’impôts moins élevés et le maintien des services publics et des prestations sociales, la marge de manœuvre s’avère pour le moins réduite. Un gouvernement de droite ayant pour objectif une baisse importante des impôts devra réduire les services publics et les prestations sociales, et se trouvera confronté à une opposition de gauche. De son côté un gouvernement de gauche voulant accroître – ou même seulement maintenir – le niveau de prestation sociale sans modifier les critères de distribution devra, compte tenu des évolutions démographiques et professionnelles, augmenter fortement les impôts et s’opposer ainsi à la formation de coalition d’opposition de droite.
  • Base de ce billet : BALME, richard, Convergences, fragmentation et majorités cycliques dans l’opinion publique ? (in La France en mutation, 1980 – 2005, Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006).

vendredi 29 janvier 2010

Industrie anglaise

L’industrie anglaise disparaît :

  • Elle ne représente plus que 12% du PIB du pays, et encore cela semble inclure les services qui vont avec les produits.
  • 2/5 des fabricants anglais sont détenus par des étrangers.
  • Le reste n’est pas brillant. Problème majeur : personnel et management peu qualifié.
  • Il reste fort peu de grandes sociétés : les multinationales anglaises ont pour beaucoup été achetées par des concurrents étrangers, qui en ont délocalisé la main d’œuvre.
  • L’industrie représente environ 40md£ de profits (gross operating surplus), les services non financiers fluctuent autour de 100 depuis une décennie et les services financiers, qui étaient à moins de 20md en 2000, on dépassé 60 en 2008.

Ce qui me pose une double question :

  • Est-il judicieux pour un pays de laisser acheter ses grandes entreprises ? Si leur production est délocalisée, la sous-traitance et les compétences qu’elles employaient disparaissent, or ce tissu économique a la capacité à créer d’autres entreprises (cf. la Silicon Valley avec ses ingénieurs qui quittent une entreprise pour en créer une autre, en s’appuyant sur « l’écosystème » local). En vendant l’entreprise vend-on la capacité créatrice du pays ?
  • Les services financiers tireront-ils éternellement le pays ? Il semble que leur avantage concurrentiel ne soit pas excessivement solide : Pauvre Angleterre.

Compléments :

  • Quelque chose de cet ordre ne s’est-il pas passé en Italie ? Ses grandes entreprises ont commencé à sous-traiter en orient, ce qui aurait fait crever le tissu économique local (Business cluster).

jeudi 28 janvier 2010

De l’importance d’être Sarkozy

À tort ou à raison, j’ai l’impression que B.Obama pense l’opposition républicaine trop stupide pour s’accorder avec elle. Et, c’est vrai que l’argumentation de celle-ci est affligeante, haïssable. Mais est-ce sa faute ?

Je me demande, si, comme tout parti d’opposition, les Républicains ne cherchent pas, par essai / erreur, ce qui peut déséquilibrer le gouvernement. Ce qu’il tente d’abord est le plus classique, souvent le plus bas (la moralité du président, les peurs les plus grossières de la population, les valeurs fondamentales de l’opposition). En France, le PS n’a pas trouvé la faille de la majorité, ses succès ne sont que de courte durée. Aux USA, les tactiques simplistes ont tout de suite marché. Les Républicains s’y sont donc tenus.

L'échec de sa politique palestinienne me conforte dans cette idée. Le plan de B.Obama a été immédiatement mis KO par Israël. Je ne suis pas sûr que les Israéliens s’attendaient à un succès aussi facile.

Tout cela me fait croire que B.Obama a un colossal point faible : il n’est pas N.Sarkozy, une « bête politique ».

iPad

Steve Jobs est un génie du marketing. Va-t-il réussir de nouveau ?

J’ai trouvé une vidéo sur l’iPad. Est-ce convaincant ? En tout cas, j’aime beaucoup la façon qu'a cette machine de tourner les pages des livres.

Cela me rappelle une lointaine conclusion de mes travaux d’intelligence artificielle, début 80 : intelligence artificielle, non, réalité virtuelle, oui.

Nora Berra

France culture ce matin. Découverte d’un ministre :

Quels sont ces « aînés » dont elle est la secrétaire d’état ? Sommes-nous victimes de l’hypocrisie anglo-saxonne ? Depuis quand est-ce une tare d’être « âgé » ? Pensons nous régler les problèmes de la nation par le marketing, à la manière des entreprises industrielles dont la pub vente la nature qu'elles asphyxient, ou du rail anglais qui affuble de noms ronflants des trains toujours en retard ?

Quant à Mme Berra, impression effroyable. Quelque chose comme la voix de Fanny Ardant qui s’engagerait dans une sorte d’argumentation gauche droite digne du PC de mon enfance. Sans la séduction de Fanny Ardant, et le talent de Georges Marchais. Juste avant j’avais entendu le président de la République raillant les patrons de Davos. Décidément, c’est Sarkozy et le désert de l’UMP.

Compléments :

  • Autre exemple d'hypocrisie anglo-saxonne : l'Insead appelle ses retraités jubilados.

France : guerre des générations

« Pour la première fois en période de paix, la génération qui précède ne laisse pas aux suivantes un monde meilleur à l’entrée de la vie » (Chauvel, Louis, générations sociales perspective de vie et soutenabilité du régime de protection sociale in La France en mutation, 1980 – 2005, Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006).

Inégalités générationnelles

  • Taux de chômage 24 mois ou moins après la fin de la scolarité : 4% en 85, 35% en 1996, 18% en 2002, en augmentation depuis.
  • Écart des salaires 30 – 35 ans et 50 – 55 ans : 15% en 77, 40% début 2000.
  • Nombre de syndiqués parmi les 30 ans : 14% dans les années 80, 2% début 2000.
  • Âge moyen d’un syndicaliste ayant des fonctions électives : 45 ans en 82, 59 en 2000.
  • Députés de moins de 45 ans : 38,1% en 81, 15, 1 en 2002.

Les nouvelles générations trouvent difficilement un emploi et sont soumises à des crises successives, elles ne peuvent pas connaître une carrière qui leur permettrait d’apprendre et de développer une compétence ; le diplôme a perdu énormément de sa valeur (pour cause d’inflation du nombre de diplômés), ce qui les conduit au pessimisme et à douter du progrès ; ne croyant pas à un système qui les rejette, elles ne s’intéressent plus à la politique, d’ailleurs les soixante-huitards étant entrés très tôt en politique la monopolise.

Les générations âgées, privilégiées, ayant donc tous les pouvoirs, s'en servent pour améliorer leur situation au détriment de celle de leurs descendants. Manifestation :

l’inégalité intercohorte qui se caractérise par le fait que les nouvelles générations financent lourdement un système de protection sociale qui risque de s’effondrer avant qu’elles aient pu en bénéficier.

Changement de nos valeurs fondatrices

Ce sont les principes selon lesquels s’organisait notre société qui se sont transformés :

changement d’un compromis collectif qui s’est produit au milieu des années 70 et au début des années 1980. Cette évolution de la valeur sociale des générations nous a fait passer d’une valorisation relative des générations les plus récentes d’un avenir positif dans lequel nous pourrions investir, à une valorisation relative de la protection de la stabilité des adultes et des personnes âgées.

à quoi il faut ajouter la remise en cause du principe de protection des générations ayant charge d’enfants : leur taux de chômage a doublé de 90 à 2000.

La fin du modèle français ?

Conséquence : les nouvelles générations n’ont pas appris à faire fonctionner notre modèle social. Elles n’ont pas acquis les compétences nécessaires à une économie prospère, ni les habitudes utiles à la démocratie (« éloignement des institutions », « instabilité forte », « violence spontanée »). Dislocation sociale et guerre des générations ?

Commentaires :

Tableau cohérent avec celui d’une France qui a cédé à l’individualisme. Dans un tel monde, l'avantage social est déterminant : les soixante-huitards qui partaient d’une position solide ont profité de la désorganisation qu’ils ont contribué à installer. Sans le vouloir, ils ont vidé la société de sa substance pour en profiter.

Compléments :

  • Cette étude rejoint une lointaine interrogation : comment l’enfant, d’innocent, a-t-il pu devenir un criminel en puissance ? Dans une société où les vieux ont le pouvoir, et les jeunes n’ont pas d’avenir, les premiers ont logiquement (et avec raison) peur des seconds, et légifèrent en conséquence.
  • L’étude parle aussi de la société américaine. « Depuis le début des années 80, la société américaine a connu une polarisation sans équivoque (…) les individus placés au sommet de l’échelle sociale semblent jouir d’un courant de prospérité sans fin » (de 80 à 2000 les revenus du 99ème centile ont augmenté de 23,9% alors que les revenus médians n’ont cru que de 1,7%), chaque crise leur profite. Comme en France il y a désagrégation de la société, mais elle se fait au sein même des générations : « divergence totale des riches, des pauvres, et des médians ».

mercredi 27 janvier 2010

Chine : géant fragile ?

Après une phase fiévreuse, l’intensité de l'esprit entrepreneurial chinois reviendrait au niveau européen :

Moins d’entrepreneurs donc, les Chinois partent vers les grandes entreprises, qui monopolisent les terrains, la législation protège de mieux en mieux l’employé, peu d’investissement en technologie innovante et des banques qui prêtent aux entreprises d’État… Pourtant l'économie est en surchauffe.

Grande solidité ? Or, l'Occident découvre que la Chine veut imposer en force son point de vue, sans suivre les usages internationaux établis. Allons nous passer de la collaboration à l'affrontement ? Repli de la globalisation et ère de reconstruction des tissus économiques locaux ? Qui a le plus à y perdre ?

Compléments :


Trompeuses banques

Les banques sont bien plus dangereuses qu’on ne le pense :

  • Les normes comptables américaines (GAAP) masquent l’exposition des banques aux produits dérivés, divisant de ce fait leur risque apparent par un facteur de l’ordre de 2 (en ce qui concerne la Deutsche Bank, une des rares banques avec double comptabilité GAAP / IFRS).
  • Mais le niveau de risque des banques européennes n’a pas baissé depuis fin 2007.

Senso

Chef d'oeuvre de Visconti.

Ça ressemble à un opéra, les décors sont probablement très beaux, plus opéra que cinéma ?, mais tout cela m’a laissé indifférent. Une fois de plus c’est l’histoire d’une société au crépuscule, et qui s’y complaît. Mais, alors que les déclins du Guépard, de Mort à Venise ou de Violence et passion sont calmes, dignes et beaux, ici on a droit aux grands transports démonstratifs du cinéma italien de l’époque, que je n’ai jamais pu supporter. Et les personnages sont des pantins ridicules. Dans ces conditions le déclin n'a plus rien de regrettable.

Je ne suis pas sensible au drame, ou il n'est plus de notre temps.

mardi 26 janvier 2010

Obama en Clinton

Les commentateurs encouragent M.Obama, depuis qu’il a perdu la majorité absolue au Sénat, à suivre l’exemple de M.Clinton.

Pourtant, quand il le fait, en s’en prenant aux banques et en gelant les dépenses de l’État, demande de la vox populi ?, on parle de populisme grossier. Non seulement il contredit ses propos de campagne, mais il fait l’inverse de ce que réclame le traitement de la crise.

Explication possible ? M.Obama n’est pas un politicien ordinaire, il est froid et rationnel. L’atout du grand politique est d’être un grand séducteur et un survivant : il n’est jamais aussi bon que lorsqu’il est en difficulté et il a un sixième sens qui lui dit ce que le peuple est prêt à croire.

Compléments :

  • The Second Clinton?, President Obama concedes defeat.
  • La stratégie de M.Obama, réponse à mon billet précédent : pas possible de négocier avec son opposition ?
  • Illustration des théories sur l'optimisme de M.Seligman : le champion est celui qui voit la déconvenue comme une chance (définition d'optimisme). B.Obama a subi un revers : va-t-il se replier sur soi, ou se transcender ?

Négociations d’Obama

Maintenant qu’il n’a plus de majorité absolue, M.Obama va devoir négocier avec son opposition. Données du problème.

  • Réforme de santé bloquée. La majorité des votants est satisfaite du système et ne voit pas pourquoi elle ferait acte de solidarité.
  • Inquiétude quant aux déficits de l’État.
  • Et pas d’appui républicain aux réformes climatiques sans nucléaire.

Question de l’article : « l’olympien » M.Obama saura-t-il s’abaisser à une négociation ? Je me demande surtout si les Républicains sauront s’y élever.

Sarkozy et les salaires

Un extrait, entendu sur France Culture, des propos qu’a tenus N.Sarkozy hier soir. Si je comprends bien il justifie le salaire de H.Proglio par le fait que, comme Bill Gates, il crée des emplois. L’alternative est « l’Union soviétique ». Par contre, il trouve honteux le salaire des joueurs de football. Intéressante question théorique :

  • M.Sarkozy s’arrête-il aux footballers, aux sportifs, aux artistes... ? Quid des héritiers ? Et de sa belle famille ?
  • Confusions. Bill Gates est un entrepreneur, il a créé son entreprise ; Henri Proglio est un manager professionnel, un gestionnaire. De même la France de De Gaulle n’était pas l’Union soviétique et pourtant elle ne rémunérait pas autant que la nôtre ses P-DG.
  • Si la création d’emplois fixe la rémunération du dirigeant, comment expliquer que depuis que nous payons cher nos dirigeants l’emploi ne progresse pas en France, au contraire ? D’ailleurs, un footballer ne crée-t-il pas des emplois ? Le B A BA du marketing c’est le leader d’opinion : le bon sportif qui porte les couleurs d’une entreprise fait vendre. Et, contrairement au P-DG, il ne restera pas longtemps en place s’il n’est pas en permanence au sommet de sa forme, ou même de la morale, comme l’a démontré le malheur récent de Tiger Woods.

Compléments :

  • La théorie économique classique justifie le revenu de l’entrepreneur (plutôt que du manager) par le fait qu’il joue le rôle d’assurance pour son entreprise.
  • L’inflation récente du salaire de la classe financière (manager, banquier…) semble expliquée par la théorie de la « capture » : une partie de la population à utilisé sa position sociale pour servir ses intérêts personnels (cf. les oligarques).

Les Lumières

GAY, Peter, The Enlightenment, the rise of modern paganism, Norton, 1995. 

L’avènement des Lumières

L’histoire avait une part essentielle dans la vision du monde des philosophes. Pour eux elle était l’affrontement de l’obscurantisme et de la raison.

Les premières Lumières furent grecques puis romaines. Alors la société se disloque, l’élite se sépare d’une masse d’ignorants dont elle se désintéresse, ou dont elle exploite la crédulité.

Le Moyen-âge est dominé par le mythe, négation (volontaire) de la raison. Tout est lié : le Christianisme justifie la hiérarchie, fondement de l’organisation sociale (le drame shakespearien, c'est l'individu qui trouble cet ordre). La science ne disparaît pas, mais elle joue un rôle subordonné, comme les autres symboles d’une société qui n’est que symboles.

La Renaissance est la préhistoire des Lumières. Les Humanistes préparent l’arrivée des philosophes. Comme eux, ils admirent l’antiquité, sont énergiques, libres d’esprit, ont un grand sens moral. Ce sont les professeurs de pensée des philosophes. Mais ils n’ont pas leur optimisme. Ils se battent contre un destin qu’ils pensent invincible.

Peut-être est-ce le succès de la science qui va transformer le point de vue des hommes sur leur avenir ? Celle-ci sera précédée par des « propagandistes », Bacon et Descartes, qui définissent la méthode scientifique. Les découvertes, en particulier de Newton, suivent.

Les guerres de religion font avancer la cause de la tolérance et émerger le désir de fonder la société sur autre chose que le sectarisme, sur une sorte de droit immanent, le droit naturel.

Puis c’est le tour des libertins, qui, en sous-marin, vont saper les fondements de la société, et forger l’argumentation des philosophes, qui seront bien moins des penseurs originaux que des vulgarisateurs et de redoutables polémistes.

L’Église leur a facilité la tâche : non seulement elle est gagnée par leurs idées, dont elle ne perçoit pas la nocivité, mais elle sert la cause de ses ennemis en donnant une image peu chrétienne d’elle-même. D’ailleurs la ferveur religieuse de la société décline.

Les idées des Lumières

Les Lumières sont avant tout une lutte à mort avec le Christianisme, vu comme le pire des fanatismes. C’est l’affrontement de l’esprit critique et du mythe.

Les philosophes semblent avoir deux objectifs. Le premier est de mettre la nature au service de l’homme, au moyen de la science ; le second est de faire le bien.

L’homme est ce qu’il fait. Philosopher c’est agir, trouver puis faire ce qui est juste. Cette pensée est construite sur l’expérience pratique, c’est une pensée de bon sens. Elle veut débarrasser le monde du mythe, de ce qui est accepté sans réfléchir, donner à l’homme ce qui lui est accessible, et lui faire renoncer à ce qui est hors de sa portée (métaphysique).

Ses parents sont :
  • Stoïcisme : devoir de l’homme envers la société, identité éthique et politique, et théorie et pratique, fraternité des hommes, car partageant la raison universelle ;
  • Éclectisme : tous les systèmes ont une part de vérité, pour trouver la vérité il faut les combiner - justification de la tolérance ;
  • Scepticisme : le doute comme attitude première.
Commentaires :

2 réflexions
  1. La société serait-elle renouvelée périodiquement par des idées, apparemment inoffensives, qui, poussées dans leur logique, produisent une révolution ? Adoptées par tous, car séduisantes, elles sont fatales à certains, parce qu’elles contredisent les principes qui font leur légitimité ; leurs purs produits sortent vainqueurs de la transformation. (Cf. les bouleversements Internet, la libéralisation du monde, et les malheurs de l’URSS.)
  2. Le mal de l’Occident serait-il le Moyen-âge - une division de la société en classes, celle du bas étant asservie par la superstition ? Parallèle avec nos dernières décennies ?

lundi 25 janvier 2010

Haïti et colonialisme

Nouvel article sur la transformation d’Haïti en une nation saine : Jeffrey Sachs explique qu’elle n’est pas aussi complexe qu’on le croit.

Si l’on ne l’a jamais réussie, c’est que notre politique « d’aide » a pensé à tout sauf au simple et fondamental.

Réflexion qui pousse la mienne dans un chemin qu’elle avait commencé à emprunter. Au fond, si nos ex colonies sont des pays qui n’arrivent pas à se développer, n’est-ce pas parce que nous avons tout fait pour qu’elles ne se développent pas ? Elles ont absorbé les beaux principes que nous avions conçus pour notre usage, qui ne correspondaient pas à leur culture, mais que nous nous sommes bien gardés de les aider à mettre en œuvre. Tout le monde n’y trouvait-il pas son compte : les bien pensants y voyaient la victoire de leurs nobles valeurs, et les déçus de la décolonisation une juste vengeance ?

Obama réforme la banque

À la suite de sa perte de « super majorité », B.Obama a annoncé une réforme des banques. Il y aurait deux mesures :

  1. Faire payer les banques pour les frais de leur sauvetage. Ce qui rapporterait 117md$ sur 12 ans.
  2. Séparer les activités « sociales » des banques (activité de crédit nécessaires à l’économie) des autres, et interdire certaines de ces dernières (opérations de bourse pour leur propre compte, hedge funds, capital investissement).

Difficile de savoir quelles en seront les conséquences, d’autant plus que la compétence clé des banquiers est de contourner les règles, et que le traitement que le congrès fait subir aux lois semble plus motivé par l’intérêt de ses membres que par celui de la nation.

Cependant ces mesures paraissent aller dans le bon sens : le facteur principal de risque serait la complexité des établissements financiers, qui les rend incompréhensibles donc incontrôlables ; les simplifier diminuerait la menace qu’ils représentent. En fait, ce serait un retour à la législation post 29 dite Glass Steagall.

Jusque-là le gouvernement américain ne voulait pas s’y résoudre. D’ailleurs Larry Summers et Tim Geithner, conseiller du président et ministre des finances, mais aussi promoteur de la révocation de Glass Steagall et ancien lobbyiste de Goldman Sachs, n’approuveraient pas le projet de réforme. Autre signe positif ?

Compléments :

Basel 3

Les régulateurs mondiaux cherchent à éviter la répétition de notre crise. Ils illustrent une des théories de ce blog : intelligence d’un groupe qui réfléchit.

Niveau des réserves que doit conserver une banque pour ne pas être prise au dépourvu. Résultat (expérimental) : en moyenne 9% des actifs. Mais 20 ou 25% si on veut éviter tous les pépins. Ce qui, du fait de l’interdépendance des banques, semble obligatoire. On en reviendrait au 19ème siècle, quand elles devaient se défendre seules sans l’assurance de l’État. Si 9% est acceptable, 25% ne l’est pas.

Alors ? Des dettes qui se transformeraient en actions en cas de malheur ? Effets pervers. Mieux peut-être : ne protéger par la garantie de l’État que les activités essentielles au fonctionnement de l’économie (banque de dépôts), et laisser les activités à risque sombrer, le cas échéant.

(à suivre)

Compléments

Domicile conjugal

Film de François Truffaut, 1970.

J’ai beau prendre ce film sous tous les angles, je ne le trouve pas intéressant.

  • À la recherche du temps perdu ? Il en dit peu sur les années 60, sinon que l’on n’avait vraiment aucune difficulté à trouver un emploi (idiot, d’ailleurs), et qu'il fallait des années pour obtenir un téléphone.
  • Les fantasmes de l’auteur ? Glorifier un Antoine Doinel qui ne partage pas les règles de la société ? Mais jamais Jean-Pierre Léaud n’a été aussi conventionnel, et peu décalé. Message du film : le peu de solidité de l’originalité soumise aux conforts de la société ?

dimanche 24 janvier 2010

Réformer l’État

Mon billet sur l’État m’a laissé au milieu du gué. Je dis qu’il faut en faire un « reengineering », les mêmes services (ou un peu mieux), mais en moins coûteux. Oui, mais comment procéder ?

Au fond, le gouvernement a raison : il faut jouer sur les synergies. La décentralisation et, plus généralement, le mouvement d’individualisation de la société, fait qu’il y a concurrence entre énormément de structures qui font la même chose (chaque collectivité, par exemple, veut son école de commerce), et parfois de l’inutile (la communication est devenue un poste significatif du budget des communes). En outre, en forçant l’individu à se défendre seul, à s’assurer, à payer des cours à ses enfants… on adopte une organisation de la société inefficace, puisque ces coûts, mutualisés, seraient nettement inférieurs.

Si le gouvernement a raison sur le fond, il a tort sur la forme. Il est demeuré dans l’idéologie du dirigeant de droit divin. D’un État qui impose d’une main de fer ce qu’il sait bon pour la population. Je me demande si l’histoire de l’après guerre n’a pas été celle de notre rébellion contre cette idéologie étouffante, personnalisée par de Gaulle. C’était le message de la décentralisation : comprendre les besoins des citoyens.

Tout le monde avait raison : la centralisation et la décentralisation. La question est : comment les faire cohabiter ?

Appliquer à l’État le modèle de « l’entreprise qui marche » est une solution à cet apparent dilemme d’une centralisation des moyens accompagnée d’une délocalisation des besoins. L’analyse des conditions extérieures de la nation, combinée à celle de la volonté générale qu’elle exprime, débouche sur une stratégie, puis sur la mise en œuvre de celle-ci. L’État, comme l’entreprise, doit concevoir des outils généraux que le niveau politique local appliquera à la résolution des problèmes spécifiques qu’il rencontre. (C’est ainsi qu’est conçu le « marketing mix » d’une entreprise : des outils généraux que les opérationnels adaptent aux conditions particulières qu’ils rencontrent).

Mais cette transformation ne peut se faire sans une volonté de la population de sortir de l’égoïsme individualiste, d’adopter un comportement collectivement responsable et solidaire, d'abandonner le chacun pour soi.

Compléments :