samedi 6 février 2010

L’Angleterre découvre l’Europe

L’Angleterre est dans une bien mauvaise passe économique, et si elle réduisait les coûts de son armée en effectuant des synergies avec l’armée française, devenue amicale depuis qu’elle appartient à l’OTAN ?

L’idée suivante semble faire son chemin en Angleterre : elle n’a plus les moyens de son destin, le seul véhicule approprié à son rayonnement, nécessairement planétaire, est l’Europe. Une Europe qui n’est pas un chaos régulé par le marché, mais une puissance respectée, qui parle d’une seule voix.

Compléments :

Panique boursière

Beaucoup de chômage aux USA, l’économie ne démarre pas. En Europe, la Grèce inquiète, puis on a peur pour le Portugal, puis pour l’Europe du Sud, et si la zone euro explosait ? Alors ce serait le chaos pour les économies anglo-saxonnes qui battent de l’aile. Les marchés s’affolent.

Caractéristique des marchés : des poussées de fièvre aléatoires ? Greed and fear ? Ils se sont emballés alors que rien ne laissait entendre que les causes structurelles de la crise avaient été éliminées, maintenant ils paniquent à contre-sens. Voilà ce qui se passe lorsque l’individu s’affranchit de la société et prétend ne suivre que son seul intérêt, il devient irrationnel. Il est dirigé par son instinct. Il est primitif.

France et immigration

Comment la législation française a-t-elle évolué en ce qui concerne le droit des immigrants ? GUIRAUDON, Virginie, L’intégration des immigrés ou la politique de l’esquive, réformer sans changer de modèle ? in La France en mutation, 1980 – 2005, Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006.

L’étude montre que la notion d’ethnicité est commune à la droite et à la gauche. L'immigré est délinquant pour la droite, victime pour la gauche (images, d’ailleurs, relayées par les journaux). Mais la culture française lui est imperméable, son principe est que les Français sont égaux et que c’est à l’immigré de prouver qu’il veut rejoindre la communauté. L’outil d’intégration, ce sont les institutions de l’État providence (« insertion dans le marché du travail et leur participation dans les organisations sociales »). Comme elles sont en désarroi, l’immigré souffre. Cependant notre législation demeure étonnamment efficace pour donner les mêmes droits sociaux aux nationaux et non nationaux.
« par hasard, des populations issues de l’immigration sont de facto les bénéficiaires (proportionnellement) privilégiées des politiques dirigées contre l’exclusion sociale » puisque « la coïncidence entre leurs propres caractéristiques et les critères socio-économiques utilisés leur permet d’en bénéficier, sans que ces populations soient explicitement ou exclusivement ciblées ».
Par contre, il n’en est pas de même pour le droit politique, il demeure lié à la citoyenneté.
De ce fait, les partis politiques sont forcés de transformer la France en dissimulant leurs intentions :
les décideurs ont mis au point plusieurs stratégies d’esquive, pour que les électeurs ne puissent pas identifier facilement le responsable des réformes, soit en cherchant à obtenir un consensus large, soit en réduisant la visibilité des réformes
La gauche semble avoir été la plus habile à ce jeu. Elle a fait évoluer l’esprit des lois dans le sens d’une obligation de la nation à intégrer les immigrés (« lutte contre les discriminations » du gouvernement Jospin) ; Martine Aubry a exploité la montée de l’extrême droite en Autriche pour susciter un débat européen, et ensuite faire entrer en droit français ce qui en avait résulté (la mesure a été prise en un temps record, notamment parce que « la directive a été adoptée sans que les services ministériels susceptibles d’émettre des réserves aient été consultés »), à savoir les principes du droit britannique. Mais l’administration, l’INSEE en premier aurait résisté à cette attaque contre l’égalité. À la fin de l’étude (2005), il semble qu’il y ait un retour européen vers l’assimilation (l’immigré doit chercher à s’intégrer à la communauté d’accueil).

Commentaires
Je n’avais pas réfléchi à la question du traitement des immigrés avant de lire cette étude, et j’étais convaincu qu’il y avait discrimination. Ce texte m’amène à me demander si des Français de souche placés dans de mêmes conditions ne subiraient pas le même sort.
  • J’ai été frappé de voir que les personnels des SSII que je fréquente sont en énorme proportion d’origine maghrébine. Le conseil n’est-il pas un métier bien payé et intéressant ? Est-il indigne des Français de souche ? Ceux-ci demandent-ils trop ? Je n’ai pas d’explications.
  • Les immigrés de première génération que je connais et qui sont diplômés de grandes écoles font de très belles carrières (je précise que je ne connais pas Carlos Ghosn). À l’envers, d’après ce que me dit un ami issu du 93, ses camarades d’école, et son frère, Français de souche, vivent un chômage permanent et s’émerveillent « qu’il s’en soit sorti ».
Est-ce que ce qui cause les problèmes qui affectent ce que nous appelons maintenant des « minorités ethniques » ne vient pas de ce que la machine à intégrer les pauvres (l’école, l’armée et l’entreprise) a fait faillite ? D’ailleurs, est-ce que, comme le dit une citation ci-dessus, notre modèle donne « par hasard » les mêmes droits aux personnes qui se trouvent dans de mêmes situations ? Ou est-il tout simplement efficace ? Ne faudrait-il pas le faire fonctionner comme il devrait plutôt que d'essayer de le transformer ?

Compléments :

vendredi 5 février 2010

Euro erreur ?

L’euro pose des problèmes difficiles à résoudre. L’exemple de l’Espagne :

  1. Situation : une bulle immobilière produit une augmentation des salaires ; à la disparition de la bulle, ils ne sont plus concurrentiels. Pas de possibilité de dévaluer l’euro pour les ramener au niveau de ceux des économies voisines.
  2. Contrairement à la fédération américaine, les coûts de protection sociale ne sont pas répartis sur l’Europe, et les chômeurs espagnols ne peuvent pas aller trouver du travail dans un autre État.

Une monnaie unique demande-t-elle une fédération qui dissolve les nations ? En tout cas, elle semble forcer les économies européennes à marcher au même rythme, ce qui pose un curieux problème de conduite du changement, qui aurait peut-être dû être envisagé lors de l'adoption de l'euro.

Compléments :

Olympien général

Interview du général commandant les forces françaises en Afghanistan.

Surprenant. Je lis d’ordinaire la situation afghane dans les journaux américains, et je n’y vois que bruit et fureur, généraux qui critiquent le pouvoir politique et leur armée, signes avant coureurs d’un nouveau Vietnam…

Là, on a un homme modeste, calme, qui fait son travail, pas facile certes, mais qui avance, finalement comme prévu. Et qui ne demande rien à personne. Et qui essaie de comprendre la très compliquée culture afghane.

La réussite de ce processus passe par l'amélioration des conditions de vie. Encore faut-il pouvoir s'ouvrir les portes de la société afghane. Les clés se trouvent d'abord dans la multiplicité des liens entre les personnes et la constitution de réseaux qui interagissent en permanence. Elles résident ensuite au sein de l'autorité coutumière, fondée sur le pouvoir de la parole et la sagesse des anciens. En Afghanistan, tout commence et tout finit par des shuras, assemblées locales où les uns exposent leurs doléances et les autres expliquent leurs intentions. Le relais des sages, appelés "anciens" ou "barbes blanches" transmet les décisions qui se répercutent jusqu'au cœur de la population par les innombrables connexions qui unissent individus et communautés.

Mais ce sont des propos de spécialiste du changement !? L’armée française en « donneuse d’aide » ?

Compléments :

Le Suspect

Film de Richard Siodmak de 1944.

Le héros du film, marié à une épouse acariâtre dont il ne peut divorcer, est aimé, en dépit de sa bedaine et de son âge avancé, par une délicieuse beauté pleine de fantaisie. Pourquoi sacrifier un bonheur aussi extraordinaire au diktat social ? J’imagine que le père de famille de l’époque a dû se le demander. Les règles de la société ont changé et les films ont dû s’adapter.

jeudi 4 février 2010

Lazard réinvente la coopérative

À l’opposé des pratiques de ses confrères, la banque Lazard (USA) verse plus rapidement que prévu des bonus en cash à ses personnels. Conséquence : résultats négatifs.

Explication de la décision : moyen de chiper leurs employés à ses concurrents.

Voilà qui dément l’idée selon laquelle les entreprises sont esclaves du diktat de la bourse ! Pour Lazard l'employé est tout, l'actionnaire rien. Décidément l'économie sociale a le vent en poupe. Vive Proudhon!

Jérôme Chartier

France Culture porte bien son nom : on se cultive en l’écoutant. Découverte d’un nouvel homme politique : Jérôme Chartier, UMP.

Après avoir justifié le licenciement des fonctionnaires, il a expliqué le montant semble-t-il élevé de la retraite de M.Proglio au motif que c’était un « avantage acquis » au sens du président Mitterrand.

M.Mitterrand serait-il le maître à penser de l’UMP ? Qu’est-ce que le statut des fonctionnaires a de moins acquis que la retraite de M.Proglio ? M.Chartier serait-il un homme de petite logique ? La politique rendrait-elle idiot ? Sélectionnerait-elle en fonction de la négativité du QI ?

Et si ces politiques ne parlaient ni à nous, ni à la logique mais à ceux qui comptent dans leur vie : leurs supérieurs ? Et si M.Chartier faisait du N.Sarkozy ? Bien sûr en lourd et maladroit, mais n’est-ce pas la caractéristique du disciple plein de la volonté de bien faire ?

Compléments :

  • Cette hypothèse pourrait expliquer les discours affligeants de personnes qui paraîtraient par ailleurs respectables : Liem Hoang Ngoc, Nora Berra.

Conte de Printemps

Plus l’histoire est insignifiante, et plus les acteurs sont inconnus, et plus j’aime les films de Rohmer. Son génie a été de traduire ce qui fait les bonheurs de notre vie : des riens. Une réalité à côté de laquelle est passée le cinéma Hollywoodien, qui ne jure que par les catastrophes interplanétaires.

Une fois de plus, Rohmer dit à quel point nous sommes compliqués, obligés par les règles de la société de nous engager dans des méandres invraisemblables pour exprimer les sentiments les plus primaires.

Une fois de plus on y voit la naissance d’une amitié féminine. Qu’il doit-être agréable d’être une femme si l’on peut aussi facilement se faire des amies !

Plus curieusement, j’ai découvert une autre Arielle Dombasle. Un des personnages de ce film parle et se comporte exactement comme elle. Il y avait déjà une Arielle Dombasle dans La femme de l’aviateur. Arielle Dombasle serait-elle un type de femmes ordinaire ? Les héros de Rohmer seraient-ils des répétitions d’un petit nombre de personnages ? En tout cas, si j’en crois des commentaires entendus à la radio, ses films contiendraient toujours un brillant raisonneur à son image, qui se fait chiper la femme qu’il convoite par un (petit ?) brun.

Compléments :

  • J’ai aussi retenu des émissions que sa mort a provoquées qu’il avait eu l’idée des scénarios de ses œuvres avant 25 ans, seraient-elles plus atemporelles que le pensais ?, et qu’il réalisait des films sur fonds propres. Il adaptait ses moyens aux revenus qu’était susceptible de lui apporter un marché fidèle. Leçon de marketing.

mercredi 3 février 2010

Liem Hoang Ngoc

France culture. Découverte d’un inconnu dirigeant socialiste. Le journaliste insiste lourdement : c’est un économiste, attention parole divine ? En tout cas, il semble boxer dans la même catégorie oratoire que Nora Berra.

Tentative de démonstration que les 35h ont été un succès économique sans précédent, en évoquant d’hypothétiques gains, et en oubliant les coûts de la mesure ? Que maintenant on travaille 39h mais on est payé 35 ? Je n’ai rien compris.

En tout cas, je me demande si le PS ne cherche pas à tester si l’opinion ne réagirait pas favorablement à l’idée suivante : et si les 35h n’avaient pas été un désastre dont le PS devait avoir honte ? Et si le « progrès », c’était de travailler moins ?

Chaos européen

Là où Obama ne change pas c’est dans son mépris pour l’Europe. Il déserte le prochain sommet UE – USA.

Les explications varient, mais toutes montrent le spectacle affligeant des gouvernants européens prêts à se prostituer pour être vus dans l’ombre d’Obama, et le chaos qui s’ensuit.

Conséquence du vice de construction de l’Europe qui aurait instauré la division et l’impossibilité de coordination comme principe fondateur ?

Dans l’affaire le réel paradoxe viendrait des libéraux anglais : alors que le marché, leur Dieu, semble demander un tel chaos, eux se lamentent de l’impéritie européenne et réclament un pouvoir fort. Or ils étaient opposés au traité de Lisbonne qui devait le créer !

Serions-nous en passe de construire une Europe solidaire, donc sociale ?

Compléments :

Guerre froide

B.Obama renverse sa stratégie chinoise : il vend des armes à Taiwan et découvre l’importance des droits de l’homme et le Dalaï Lama. Pragmatisme de l’élite économique américaine ?

  1. Avant. Chacun pour soi. Elle pensait dominer un monde « globalisé », qui lui permettrait à la fois d’avoir accès à une demande émergente énorme et à une main d’œuvre « low cost », sans droits de l’homme. (Le réel avantage économique des pays « low cost » c’est l’absence de règlementation protégeant l’individu – ou la nature.)
  2. La Chine a refusé l’accord.
  3. Maintenant. Team USA. Reconstitution de la demande intérieure américaine ; diminution de la compétitivité relative de la Chine en lui imposant d’adopter pour ses citoyens le traitement occidental : droits de l’homme et protection sociale et de la nature. Tactique ? Rapport de force et encouragement des tensions internes (retour du thème des droits de l’homme).

L’Amérique découvre, ce qu’elle feignait d’ignorer par opportunisme, que la Chine est un tigre de papier, qui en outre a le bon goût de jouer les matamorts.

Compléments :

Dans sa missive, le sénateur demande aux entreprises concernées de décrire les mesures qu'elles prennent "pour faire en sorte que [leurs] produits ou services ne permettent pas au gouvernement chinois de violer les droits de l'homme".
Ces sociétés sont appelées en outre à détailler leurs "plans pour défendre les droits de l'homme en Chine, en particulier la liberté d'expression et la protection de la vie privée".

Crise de la représentation politique

« Sur les questions perçues comme constituant une menace importante pour leurs conditions de vie (…) les citoyens voient des partis de gouvernement désorientés et incapables d’adapter une ligne de conduite qui laisse espérer un avenir plus sûr. » Que veut le peuple ?

Il perçoit la globalisation comme le règne de l’irresponsabilité, et la promesse de désagrégation des règles sociales. D’où l’importance, pour lui, du thème de la frontière. L’État, qui était jadis perçu comme l’allié des puissants, est désormais celui des citoyens face à la globalisation, il faut le préserver. De même qu’il faut défendre le service public, garant de la solidarité et de la justice, des menaces du marché.

Les partis de gouvernement sont incapables de maintenir un État fort. D’où la haine de la nation pour ses élites (économiques et politiques). Ce qui laisse la place aux partis nationalistes ou à des mouvements tels qu’Attac d’exploiter telle ou telle manifestation de cette inquiétude (la frontière pour les nationalistes, la défense de l’Etat providence pour Attac).

L'inaptitude au changement des partis politiques semble congénitale : d’une part ces thèmes (ou du moins la façon dont ils sont exploités) contredisent leurs principes fondateurs, d’autre part, surtout ?, ce sont de lourdes hiérarchies incompatibles avec le besoin d’autonomie et de liberté du Français. Ils sont tellement rigides que plutôt que de se remettre en cause, ils veulent faire taire les voix dissonantes, en particulier en éliminant par la loi les partis qui les représentent.

Commentaire

Ce texte me pose une double question :

  • Ce que semble vouloir le pays n’est ni le FN, ni Attac, mais le maintien de la justice sociale en environnement hostile. Ça ressemble beaucoup au modèle de l’économie sociale. Est-ce hors de portée d’un parti politique ?
  • Quel est le vice du parti politique ? L’exemple de N.Sarkozy : il semble chercher à réaliser le rêve de De Gaulle en aspirant ses opposants dans un UMP – trou noir. Mais éliminer la manifestation des attentes du peuple ne signifie pas éliminer ces attentes. Le jour où la France n’aura plus qu’un parti, ce ne sera plus la fin du chaos, ce que croyait de Gaulle, mais le début de la dictature. Le gouvernement doit nous écouter et concevoir des solutions qui résolvent les problèmes que nous avons. Pour cela, il doit probablement transformer son fonctionnement bureaucratique et hiérarchique pour être capable de nous entendre, et d’agir localement.

Compléments :

  • Première partie du billet : BERGER, Suzanne, La crise de la représentation. (in La France en mutation, 1980 – 2005, Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006).

mardi 2 février 2010

Redépart de crise ?

Paul Krugman est extrêmement mécontent du réflexe populiste de B.Obama, qui parle de rigueur à un moment où l’économie n’a pas sorti la tête de l’eau.

Il y voit la répétition de l’erreur commise par Roosevelt en 37, qui avait replongé le pays dans une crise dont elle croyait émerger.

L’économie serait-elle enfin capable de faire des prévisions ?

Protection sociale

La France change beaucoup plus qu’on ne le dit. Sa conception de la protection sociale s’est transformée du tout au tout en quelques décennies :

Changement de principes

Sa finalité initiale était « l’intégration » de la nation, et notamment des pauvres. Cela signifiait une logique de plein emploi et un système d’assurance sociale payée par le salarié sur son salaire (logique de l’assurance). La préoccupation du système était la lutte contre le chômage, dont l’outil était l’augmentation des prestations sociales (d’où augmentation de la demande, qui tire l’économie - Keynésianisme). Les rôles étaient bien définis : l’État s’occupait du politique, le patronat de l’entreprise et le syndicat des institutions de protection sociale.

Aujourd’hui, une partie importante de la population dépend du RMI qui est alimenté par l’impôt, donc contrôlé par l’État et la France qui travaille est régie par un système mixte assurance sociale, assurance privée. L’anxiété nationale n’est plus le chômage, mais l’inflation, l’outil d’intervention est la relance par l’offre et la rigueur budgétaire (Monétarisme).

Les étapes du changement

Transformation progressive :

  • Le système initial est rongé par l’augmentation de ses coûts : crise, chômage, mais aussi rapide augmentation des services offerts par l’assurance sociale. Il réagit selon sa logique : en augmentant les recettes (primes d’assurance, donc prélèvements sociaux sur les salaires) - la réduction des coûts aurait été inacceptable aux syndicats ; puis en retirant du service les personnes les plus âgées (retraite ramenée de 65 à 60 ans). Deux relances keynésiennes (Chirac et Maurois) sont des échecs.
  • C’est alors que l’Europe entre en lice. Ses principes fondateurs semblent être « Monétaristes », à l’opposé de ceux qui prévalaient jusque-là dans les États européens. Leur adoption signifie l’impossibilité des déficits sociaux. C’est l’excuse (?) que trouvent alors les gouvernements pour attaquer les dépenses des systèmes sociaux.
  • Progressivement de victimes de la crise, ces systèmes sont perçus comme sa cause. On dit alors que l’augmentation des cotisations pèse sur la compétitivité des entreprises et crée le chômage ; que ces systèmes ne prévoient pas le cas du chômeur ; que la gestion paritaire encourage l’irresponsabilité.
  • Les prestations sociales sont réduites, l’appel au marché augmenté (complémentaires…), les exclus du système sont pris en charge par les allocations de revenu minimal alimentées par l’impôt (CSG), la protection sociale échappe de plus en plus aux syndicats et ses coûts sont contrôlés par l’Assemblée.

Le mécanisme du changement

Ces changements auraient été introduits « à la marge » puis étendus. Si bien que les tenants de l’État providence ne se sont pas méfiés. Il est aussi possible qu’il y ait eu marché de dupes, les intérêts que chacun y trouve étant contradictoires. Surtout ce changement est l’histoire de la construction d’un consensus, ses acteurs (notamment les syndicats, la CFDT ayant joué les premiers rôles) s’étant convaincus qu’il était le seul possible. Cette communauté d’idées serait-elle favorisée par le fait qu’ils passent leur existence ensemble, commission après commission, et finissent par penser la même chose ?

Commentaires

Voilà un constat qui me laisse avec plus de questions que de réponses :

  • Il semblerait que les théories économiques ne ressortissent pas à la science, mais à l’idéologie. Le Keynésianisme serait favorable au « peuple », le Monétarisme au « capital ».
  • Il n’y en aurait pas une qui serait meilleure que l’autre, mais toutes les deux aboutiraient à un monde particulier. Par exemple, l’application du modèle favorable au « capital » (à la production) semble de tous temps générer une population d’exclus, qui sont pris en charge par la collectivité (les paroisses pour le capitalisme anglais original, l’État et le RMI aujourd’hui).
  • Leur succès ne serait donc pas une question de lois de la nature, mais de volonté. Si nous avons renoncé à l’État providence, c’est que nous n’en voulions plus ? Peut-être aussi, comme le dit cette étude, nous n’avons pas compris où nous nous engagions, et n’avons pas fait les efforts nécessaires à la survie d'un modèle qui était incompatible avec un chômage élevé. (La solution à ce problème serait-elle la « flexisécurité » ?)
  • Ce texte pose la question du rôle de l’Europe. Elle semble avoir été conçue sur un modèle « monétariste », selon le consensus qui prévalait parmi les élites mondiales. De ce fait, il leur était facile d’arguer des contraintes européennes (à l’origine desquelles elles étaient) pour mettre un terme aux États providences nationaux, incompatibles avec elles.

Compléments :

  • L’origine de mes réflexions : PALIER, Bruno, Un long adieu à Bismarck ? Les évolutions de la protection sociale in La France en mutation, 1980 – 2005, Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006.
  • Une autre vision de l’impact de l’Europe sur l’organisation des nations : Chaos européen.
  • Le renouvellement de la logique des principes d'une société par une idée, apparemment inoffensive, rappelle ce que dit Les Lumières.

5ème République et partis politiques

L’histoire de la 5ème République est bâtie sur un conflit : de Gaulle voulait un régime présidentiel qui mettrait un terme définitif au « régime des partis », alors que la constitution est parlementaire. Marier la carpe et le lapin a été un changement de plusieurs décennies :
  • Les partisans d’un système exclusivement parlementaire ou exclusivement présidentiel sont successivement éliminés (les partisans du parlement en 62, de Gaulle en 69).
  • Pompidou et Mitterrand voient une solution au dilemme : un affrontement droite / gauche conduit par de grands partis de gouvernement, dirigés par un présidentiable, qui briguent la majorité à l’assemblée.
  • L’émergence de ces partis se fait d’abord par un rassemblement en deux camps, puis par une sorte de sélection naturelle pour la domination de son camp, dont les manœuvres principales consistent à le faire perdre (les Communistes trahissent les Socialistes en 78, J.Chirac fait de même avec V.Giscard d’Estaing en 81).
Aujourd’hui, ce système est menacé par un émiettement de l’opinion, une multitude de partis se spécialisant dans des thèmes fortement mobilisateurs pour certains citoyens (environnement…), les principes fondateurs des grands partis ne leur permettent pas de traiter correctement ces sujets, qui, d’ailleurs, les divisent.

Compléments :
  • GRUNBERG, Gérard, L’adaptation du système des partis (1965 – 2006) (in La France en mutation, 1980 – 2005, Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006).
  • Sur cette cohésion française qui a pour conséquence paradoxale de produire l’éparpillement des voix : France : crise de gouvernance ?

lundi 1 février 2010

L’Éducation nationale change

Agnès Van Zanten (La construction des politiques d’éducation, de la centralisation à la délégation au local in La France en mutation, 1980 – 2005, Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006), donne une image apocalyptique des changements subis par l’Éducation nationale :

L’Éducation nationale est à la fois dirigée par les règles de la 3ème République et par celles, contradictoires, de l’économie de marché. On n’y parle que de « projet », de « contrat », de « partenariat », « d’autonomie »… Un peu plus et on appelait l’élève « client ». Mais tout ceci n’est que verbiage marketing vide de sens (l’autonomie, par exemple, n’est accompagnée d’aucun moyen et d’aucune concurrence !) : pour « désamorcer des tensions », on masque des problèmes graves sous des concepts fumeux. On se croirait dans l’entreprise anglo-saxonne qui pense que nommer est faire. D’ailleurs l’infecte bienpensance anglo-saxonne est partout : l’école fait des « partenariats » avec les riches et veut « réconcilier » les parents pauvres avec l’école.

La raison probable est que nos gouvernements ont trouvé bon d’insuffler du libéralisme dans l’Éducation nationale, mais sachant que cela allait contre notre volonté, ils ne l’ont pas dit. Leur véhicule a été une invraisemblable succession de réformes cherchant à donner le pouvoir au local : déconcentration, territorialisation et régionalisation ! D'où incroyable anarchie dont on peut se demander comment les chefs d’établissement, les enseignants, les parents et les élèves arrivent à se tirer : dans ce monde tout est contradictoire. On a donné à tous de grands rôles sans leur consentir les moyens de les remplir, et sans s’assurer qu’ils ne contredisaient pas un fonctionnement préexistant. Et l’État ? Son forfait accompli, il a jeté l’éponge, il est impuissant !

L’État central apparait incapable d’établir des priorités et délègue au niveau local la responsabilité d’harmoniser ou de trancher entre les points de vue des acteurs en présence.

Ce qui est frappant, c’est à quel point notre élite, pourtant recrutée pour la supériorité de son intellect, ne pense pas. Toutes les réformes viennent d’ailleurs, d’Angleterre, des USA, d’Europe. Ainsi, les ZEP, zones de discrimination positive, sont la traduction littérale des Educational Priority Areas anglaises des années 60 (il a été impossible de trouver pire ?). Les programmes sont conçus entre penseurs internationaux, et la conformité de nos élèves aux normes qui sortent de ces travaux est évaluée. Le courage de nos dirigeants ne va pas jusqu’à nous le dire. Ils préfèrent parler de « l’exception française » pour mieux la torpiller !

Compléments :

  • Idéologie initiale :

Un État porteur de la rationalité et de l’intérêt général, seul capable de lutter contre les croyances irrationnelles et les logiques clientélistes s’exprimant au niveau local.

  • Valeurs : laïcité et égalité.

Chaos européen

« La faiblesse de la médiation intersectorielle, tant en France qu’au sein de l’Union dans son ensemble, est l’une des causes principales de la prévalence, dans le gouvernement de l’Union, des politiques fondées sur les théories économiques néolibérales » :

  • L’Union Européenne est gérée de façon sectorielle (agriculture…) et cela interdit à la fois les débats de fond sur les enjeux généraux, transversaux, (par exemple politique européenne de lutte contre le réchauffement climatique) et l’intervention des acteurs de la démocratie (notamment les syndicats et les parlements).
  • Ce manque de coordination européen disloque les mécanismes de solidarité nationale et encourage le chacun pour soi. La capacité de coordination intersectorielle des états est anéantie par le fait que l’Europe intervient dans leurs affaires de manière dispersée (ses subventions avantagent, par exemple, les grandes villes, rendant quasi impossible toute politique d’aménagement du territoire). La désorganisation européenne justifie la prise de décision réactive myope en petit comité gouvernemental, la diplomatie et la technocratie plutôt que le débat démocratique de fond, beaucoup trop complexe pour le bric-à-brac d’institutions européennes. Ce qui justifie l'argument selon lequel la régulation par le marché est la seule adaptée à ce chaos.
Alors, l'unique Europe viable est celle des consommateurs, pas celle des citoyens ?

Compléments :

  • Essai de synthèse de : SMITH, Andy, le gouvernement de l’union européenne et une France qui change(in La France en mutation, 1980 – 2005, Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006).

dimanche 31 janvier 2010

L’Europe ne pense pas

Contrairement à la Chine et à l’Amérique, l’Europe n’a pas de stratégie. Elle vit au jour le jour, ou presque. Comment se construit une stratégie ?

La stratégie ne vient pas des gens qui sont au gouvernement. Elle vient des gens qui vont être au gouvernement, elle vient des groupes de réflexion et de la communauté universitaire.

Comment faire que ceux qui correspondent à cette définition, partout en Europe, se mettent à penser, et, surtout, à débattre entre eux ?

Compléments :

  • L’Insead du billet précédent aurait pu être le lieu d’une telle pensée, mais elle a choisi d’appliquer des idéologies préconçues. Economie d'intellect.

Insead

J’ai cru comprendre que l’Insead cherchait un doyen qui soit un « citoyen du monde ». C’est curieux. Initialement l’INStitut Européen d’Administration avait pour objet la formation des managers dont aurait besoin l’Europe qui venait de signer le traité de Rome.

La formule était originale : un MBA d’un an (mieux adapté aux Bac + 5 d’Europe continentale que les 2 ans des MBA américains qui visent des Bac + 3), cours en 3 langues (Français, Anglais, Allemand), ouvert à des élèves expérimentés. L'école est vite jugée comme l’un des meilleurs MBA mondiaux. Exploit à retenir dans les annales du marketing, qui dit la quasi impossibilité d’entrer sur un marché dominé par le capital de marque d’entreprises telles que Harvard. Sauf lorsque, comme pour l’Insead, on a un positionnement original.

Puis, progressivement, les 3 langues ont été remplacées par l’Américain, l’âge d’entrée s’est abaissé, les promotions ont enflé (70 au début, près de 500 aujourd’hui), l’Insead a ouvert des établissements ailleurs dans le monde (d’abord à Singapour), une alliance s’est faite avec Wharton. L’Insead est devenue la World business school (aucun rapport avec la World company des guignols de l’info).

Comment interpréter ce changement ?

  • Mise en oeuvre impeccable d'une vision selon laquelle l’Europe n'est plus rien, l'avenir est à une globalisation américaine tirée par l’Asie ?
  • Parallèle avec Vivendi : transformation d’une entreprise solidement protégée en un groupe ouvert à tous les vents, ayant pour vision d’être le plus gros, pour stratégie d’être un suiveur, et pour mission de satisfaire l’ego de ses dirigeants ?

Compléments :

  • Un professeur de l’Insead révèle leur arriération à des anciens élèves français : L’économie n’est pas une science.
  • En termes de marketing on notera aussi la primauté du marketing sur la qualité du produit, médiocre en ce qui concerne l'Insead.

Extérieur nuit

Film de Jacques Bral, 1980. Un réalisateur qui m’était inconnu, mais qui paraît estimé de la critique.
Paris, la nuit, la pluie. Trois paumés, dont deux anciens soixante-huitards, sans but, sans logique, sinon le rejet d’une société aliénante ?, absurdes. Une idée curieuse : c’est peut-être l’amour aveugle d’un de ces êtres absurdes pour un autre qui donnera du sens à sa vie ?
Portrait d’une génération désabusée, qui ignorait la précarité économique ?