samedi 20 février 2010

La France découvre l'Homme

Propositions du rapport sur le « bien-être et l’efficacité au travail » (remis le 17 au Premier ministre) :
  1. L’implication de la direction générale et du conseil d’administration est indispensable.
  2. La santé des salariés est d’abord l’affaire des managers, elle ne s’externalise pas.
  3. Il faut donner aux salariés les moyens de se réaliser dans leur travail.
  4. Il faut impliquer les partenaires sociaux dans la construction des conditions de santé.
  5. La mesure de la santé psychologique des salariés est une condition de son amélioration.
  6. Préparer et former les managers au rôle de manager doit faire partie intégrante de leur formation initiale.
  7. Il ne faut pas réduire le collectif de travail à une addition d’individus.
  8. Tout projet de réorganisation ou de restructuration doit mesurer l’impact et la faisabilité humaine du changement.
  9. La santé au travail ne se limite pas aux frontières de l’entreprise, qui a un impact en particulier sur ses fournisseurs.
  10. La détection et l’accompagnement des situations de stress sont une nécessité.
La France découvre-t-elle que l'organisation n'est pas une machine mais un groupe d'hommes, et que ce groupe obéit à des règles qui ne vont pas de soi ? Qu'il faut les analyser et les prendre en compte pour concevoir la mise en œuvre d'un changement ? Que le changement n'est pas programmatique ?
Compléments :

vendredi 19 février 2010

Impasse européenne ?

Le fonctionnement de l’Europe ne semble pas être inspiré par la rigueur : les entorses grecques sont connues depuis longtemps, mais personne n’a sévi, car chacun à quelque chose à cacher. Conclusion :

C'est le péché originel de l'UE et de la zone euro : un système de confiance mutuelle, sans garde-fou, sans instances de surveillance, sans l'autorité d'arbitre dont bénéficie le Fonds monétaire international (FMI) pour remettre au carré la comptabilité des pays.
Mais les Européens accepteraient-ils de se doter d'une telle instance qui vienne se mêler de leurs affaires statistiques ? L'interventionnisme n'est pas tout à fait du goût de cette vieille maison, l'Union européenne, où l'on aime tant les petits arrangements entre amis.

Curieusement, il semblerait que l’Allemagne soit loin d’être au dessus de tout soupçon. Elle dissimulerait un système financier malsain ; le probable futur président de la BCE serait en partie coupable de ce triste état de faits, mais il aurait l’intention d’imposer à la zone euro la rigueur dont il n'a pas été capable dans ses affaires - pour le plus grand dommage de celle-ci :

More broadly, Germany and Mr. Weber have been central in building a version of the Bretton Woods fixed exchange rate system within Europe. The entire burden of adjustment is placed on deficit countries (talk to Greece); it is considered beyond the pale to even suggest that German fiscal policy may be too tight, that Germany needs to expand domestic demand, or – heaven forbid – that Germany’s intention to export its way back to growth (with a current account surplus, in their view) is not exactly a model of enlightened economic leadership.
On top of this, and unlike Bretton Woods, there is no mechanism for adjusting exchange rates within the currency union. Given what we have learned in the past two years, is this still such a bright idea?

Nos dirigeants semblent pris dans leurs contradictions. Peuvent-ils s’en sortir ? Et, nous, que devons-nous faire ? Cultiver notre jardin ?

Silence du PS

Élections régionales. Campagne silencieuse. En particulier pour le PS.

Depuis des mois je me demande pourquoi le PS a pour seule stratégie d’attendre la chute du gouvernement. Serait-ce sa stratégie ? La France en mutation dit que les partis politiques veulent nous dissimuler leurs projets parce qu’ils pensent que nous ne pouvons pas comprendre le bien qu’ils vont nous faire. Selon cette hypothèse le débat politique ne pourrait donc pas porter sur leur programme réel, dont nous ne voulons pas.

Elle expliquerait quelque chose que je n’ai toujours pas compris : pourquoi le PS a-t-il refusé de participer au débat sur l’identité française, en disant que c’était un piège ? Intuitivement, il me semble que tout débat est bon, et que même si ses intentions sont malfaisantes il donne la possibilité de faire entendre des opinions utiles. Or, si effectivement les idées du PS ne peuvent être entendues, tout devient clair : le débat était un piège.

Le problème que ceci pose n’est peut être pas tant que nous sommes représentés par des gens qui ne pensent pas partager nos valeurs ou que les idées de nos gouvernements ont fait la preuve de leur inefficacité, que le fait que tout ceci est la négation de la démocratie.

jeudi 18 février 2010

UE passoire

Has the EU escaped a Chinese rescue? : conseillée par Goldman Sachs, la Grèce semble avoir voulu emprunter 25md€ à la Chine. C’aurait été le prix de son véto dans les décisions européennes.

Qui a dit que l’euro ou l’UE étaient des inventions inutiles ? Les trahir peut rapporter beaucoup. Preuve qu’ils ont une valeur.

On voit aussi la complexité de la création d’un groupe (l'Europe), et que ses règles de fonctionnement ne se créent que dans la crise.

Compléments :

Souffrance au travail et management

Évolution de l’opinion. Après la souffrance au travail, on découvre la responsabilité du management :

Le document remis à Matignon ce mercredi pointe la responsabilité des dirigeants d'entreprise et préconise même de réformer l'enseignement dans les écoles de commerce et d'ingénieurs, où la formation dans ce domaine "est extrêmement pauvre"

En termes de soins, de maladies et de décès, le mal coûterait 2 à 3 md€ à la France par an. Tout ceci viendrait d’un excès de préoccupation pour la performance économique. Une explication que je trouve peu crédible, quand je regarde la suite de l'article :

plus d'un travailleur sur deux travaille dans l'urgence, plus d'un sur trois reçoit des ordres ou indications contradictoires, et plus d'un sur trois déclare vivre des situations de tension dans ses rapports avec ses collègues ou sa hiérarchie.

Description d’une entreprise bien gérée, qui « maximise » ses résultats ? Peut-on parler de « responsabilité » du management ? Ou, simplement, d'incompétence ?

Compléments :

Classement des économistes

L’université du Connecticut classe les économistes.

Ils sont évalués sous 32 critères. On peut même obtenir des classements par pays. Les USA placent 5 états dans les 10 premiers. Massachussetts premier, Angleterre seconde. En économie, le génie est anglo-saxon.

mercredi 17 février 2010

Vague socratique

Hier, émission de radio avec André Tubeuf. Constatant que les artistes ne savaient pas répondre à ses questions, il leur disait ce qu’il pensait qu’ils auraient dû lui dire ; et si ceux-ci l’approuvaient, il retranscrivait leurs propos, enfin intelligents. N’était-ce pas le procédé de Socrate ?

Ne sommes-nous pas tous de plus en plus socratiques ? À commencer par nos gouvernants. Ne nous font-ils pas aussi découvrir, par une suite de questions judicieuses, les lois naturelles ? Par exemple que les dirigeants doivent être honteusement payés ?

Pourquoi la famille ?

Une question que se posent 3 chercheurs.

Ils font l’hypothèse du « gène égoïste » selon laquelle nos gènes cherchent à se reproduire. Par ailleurs, le rôle du père est d’apporter des ressources à l’enfant. Dans ces conditions, les lois sociales qui favorisent la famille ont un avantage concurrentiel. Pour deux raisons. Lorsque plusieurs pères nourrissent une même famille, ils tendent à penser que c’est plus aux autres à le faire qu’à eux. Les enfants sont sous-alimentés. Ensuite, si un mâle doit protéger la reproductrice de ses gènes de concurrents, il n’a plus de temps pour travailler.

Les auteurs en déduisent l’utilité des religions qui favorisent la famille. Ils pensent aussi que le mauvais état des enfants des familles recomposées valide leur théorie : 2 pères tendent à apporter moins qu’un.

Théorie convaincante ? Pourquoi la religion catholique, qui promeut la famille, force certains de ses membres au célibat ? Pourquoi l’homosexualité est-elle défendue par notre société ? Pourquoi réduisons-nous le nombre de nos enfants, et envisageons-nous de comprimer la population mondiale ?

Le concurrent de la théorie du gène égoïste est la théorie de la complexité. Elle veut qu’une multitude d’êtres génèrent des « propriétés émergentes » qui ont une vie indépendante de celle des êtres qui sont à leur origine. Avec une telle théorie on peut imaginer un individu égoïste qui se moque de sa progéniture, et privilégie son intérêt à court terme par rapport à celui de la société, ou une société égoïste, qui amène certains de ses membres à se sacrifier pour ses intérêts.

Compléments :

  • Je soupçonne que la théorie du gène égoïste est idéologique : l’Anglo-saxon ne se voit pas comme le jouet de ses gènes, mais comme un surhomme dont les gènes sont sortis victorieux de la sélection naturelle. D'ailleurs cette étude montre les limites de la théorie : l'égoïsme du gène favorise l'établissement de lois sociales dont il va finir par pâtir (le célibat des prêtres).
  • DAWKINS, Richard, The Selfish Gene, Oxford University Press, 2006.
  • Théorie de la complexité.

mardi 16 février 2010

AIR

France Culture parle de l’Agence Internationale de Remplacement. Si vous découvrez que vous avez pris deux engagements pour une même date, AIR peut vous remplacer à l’un de ces rendez-vous (aux deux ?).

Extraordinaire idée marketing ! Elle répond à notre principale caractéristique nationale : incapacité congénitale à tenir ses promesses.

L’euro comme cheval de Troie ?

À partir du moment où il y a solidarité dans la zone euro, les pays n’ont plus le droit de faire ce qu’ils veulent. Les autres nations peuvent leur demander des comptes.

Par conséquent, la zone euro n’a pas besoin que d’une économie commune, mais aussi d’une politique partagée…

L’économiste B.Eichengreen se demande si l’adoption de l’euro n’a pas été le Cheval de Troie du fédéralisme. Manœuvre d’un as du changement ?

Compléments :

  • Comme moi, il a l’air de dire que le Cheval est allemand, mais aussi qu’il serait malvenu que l’Allemagne oublie ses responsabilités dans la crise de l’euro :

But Germany is not innocent of responsibility for this crisis. It demanded an extraordinarily independent and unaccountable central bank that is now running an excessively tight monetary policy, aggravating the plight of the PIIGS (Portugal, Ireland, Italy, Greece, and Spain). Germany’s enormous current-account surplus aggravates their problems further. Germany has also done too little in terms of fiscal stimulus to support the European economy.
Germany has benefited enormously from the creation of the euro. It should repay the favor. It should push for the creation of an emergency lending facility, and for political integration to make that feasible. It should provide more fiscal support. And who better to press for a more accountable European Central Bank?

Armée turque

L’armée turque joue un rôle très particulier :

Elle semble dépositaire des valeurs fondatrices du pays. Et elle tend à penser, comme le gouvernement français, qu’elle sait mieux que le peuple ce qui est bon pour lui. Mais elle s’éloignerait de la politique.

Compléments :

  • En passante, je note que la Turquie est dans la rubrique « Europe » de The Economist (de même que la Russie).

Modèle nordique

Le modèle nordique semble mieux résister aux crises, et fournir à ses membres un cadre de vie plus civilisé, que le nôtre. Quelles en sont les caractéristiques ?

Contrairement au modèle anglo-saxon, qui joue sur les mécanismes monétaires pour adapter l’économie au changement, les pays nordiques comptent sur la plasticité du tissu social. Elle est rendue possible par un partage des risques (protection sociale) aussi large que possible, reposant sur un « contrat social » qui évite à la population de céder à la panique lors d’une crise, ce qui laisse à ses gouvernants le temps de réfléchir. La clé de voûte du système est « l’investissement dans le capital humain », une formation qui maintient en permanence la qualification des citoyens en fonction des besoins de l'économie. Quant au gouvernement, il doit « sauvegarder le compétitivité (du pays), et la durabilité des finances publiques », notamment en évitant déficits et dettes.

Compléments :

lundi 15 février 2010

Wall Street et la Grèce

L’Europe, que l'on croyait rétrograde, est à la pointe de l’innovation : depuis une décennie, Goldman Sachs et les banques américaines font des miracles pour masquer ses déficits :

Elles ont utilisé des techniques identiques à celles qui firent la notoriété d’Enron pour faire passer des emprunts pour des revenus.

En novembre dernier Goldman Sachs aurait proposé au gouvernement grec de réitérer l'exploit…

Compléments :

Grèce

Les Grecs vont-ils résister à la rigueur gouvernementale ?

Apparemment non : il semblerait qu’il y ait accord sur le fait qu’il faut réformer le pays ; une réforme serait acceptable si elle est juste (notamment si elle frappe le citoyen en fonction des avantages qu’il a tirés de l’ancien système). Le danger viendrait de minorités extrémistes.

Avenir de l’Europe

D’après Paul Krugman, rétablir l’équilibre entre les économies de la zone euro nous promet quelques années effroyables :

What we’ll probably see over the next few years is a painful process of muddling through: bailouts accompanied by demands for savage austerity, all against a background of very high unemployment, perpetuated by the grinding deflation I already mentioned.
It’s an ugly picture. But it’s important to understand the nature of Europe’s fatal flaw. Yes, some governments were irresponsible; but the fundamental problem was hubris, the arrogant belief that Europe could make a single currency work despite strong reasons to believe that it wasn’t ready.

L’euro, nouvel exemple de l’éthique de la conviction, qui ignore les conséquences de ses actes ?

Jeunes et alcool

N’ayant pas d’enfant, j’ai échappé aux maux de la jeunesse. Mais je suis rattrapé par ce que l’on m’en dit. Les jeunes se shooteraient à l’alcool bon marché. Cela expliquerait-il le comportement un peu bizarre et absent de mes élèves que me signalent aussi d’autres enseignants ? D’où vient ce problème nouveau pour moi ?

Les jeunes ont adopté un mode de consommation d’alcool « anglo-saxon ». En fait ce ne serait que l’expression juvénile de l’inquiétude d’une société qui fait une des plus grosses consommations d’antidépresseurs au monde. Leurs parents, et leurs exigences, sont un agent majeur de cette anxiété. La famille l’est aussi du réconfort : la fête familiale c’est l’alcool. Consommer de l’alcool c’est appartenir au groupe.

Pour soulager l’enfant de sa dépression, le « marché » fait preuve de merveilles d’inventivité marketing (cf. les « alcopops »). Il transforme en un consommateur de plus en plus gros, un client de plus en plus jeune.

Compléments :

  • Le moteur du (de notre) capitalisme serait-il la crainte ? Je me pose à nouveau la question. Grippe médiatique.

dimanche 14 février 2010

Tensions européennes

Et si le pire ennemi de l’eurozone était l’Allemagne ?

Il y a quelques années elle est parvenue à réduire les salaires de sa population de façon à prendre l’avantage sur ses concurrents. En fait, plus généralement, les pays de la zone euro ont vu les salaires de leurs ressortissants augmenter de manière très différente. Ce qui semble à l'origine des problèmes qu'elle connaît actuellement. Et ce qui semble promettre des ajustements douloureux, y compris pour la France.

Illustration : un graphique donné par Paul Krugman, qui pense que le meilleur moyen de nous tirer de ce mauvais pas serait un peu d’inflation.

Compléments :

1618

J’ai pris du retard sur ma centaine. Qu’est-ce qui l’a marquée ?

Son grand moment aura été l’étude, chapitre après chapitre, de La France en mutation. J’en retiens que mes théories sont plus justes que mon instinct. La France ne s’est probablement pas effondrée du fait d’une conspiration, mais parce qu’elle ne pouvait faire autrement. La mise en cause de Bretton Woods a produit une crise que notre système d’État providence bismarckien et surtout son mode de fonctionnement issu de l’Ancien régime ne savaient pas résoudre. L’individualisme forcené et ses théories de droite ou de gauche ne l’a pas démoli mais elles se sont trouvées être la seule solution de remplacement qui s’est présentée alors. Contrairement à ce que nous croyons, nos gouvernants seraient plus bêtes que méchants ? Quelques illustrations :

D’ailleurs le pouvoir nuit gravement à l'honnêteté intellectuelle : Hypocrisie des puissants.

L’Europe serait elle aussi en mutation ? Le monde prend conscience que sa désorganisation, qui était favorable à la régulation par le marché, lui est nuisible. Elle a besoin de devenir une puissance solidaire vis-à-vis de ses membres, coordonnée par un débat démocratique, qui conçoit des stratégies et qui les met en œuvre. Une Europe fédérale à l’Américaine. Bizarrement ce sont les Anglo-saxons qui sont les moteurs de la transformation :

  • L’élite anglaise pensait dominer un monde globalisé. La crise a fait rater son décollage. Et elle se retrouve dans une Angleterre pluvieuse et ruinée (par ses soins). Elle compte maintenant sur l’Europe comme marche-pied vers son destin.
  • B.Obama ridiculise les gouvernants européens, pour les contraindre à parler d’une seule voix.

Quant au reste du monde développé, il n’a rien à nous envier :

Les malheurs d’Haïti m'a fait me demander pourquoi la décolonisation a produit des pays qui ne se développent pas. Parce que nous ne sommes pas des « donneurs d’aide » ?

J'ai aussi suivi des travaux sur la réglementation de la finance : Basel 3. En fait, la meilleure santé des banques est un leurre. Va-t-on vers la réinvention d’un nouveau système de régulation mondiale, après destruction : Ça va péter ?

Le feuilleton Obama s'est poursuivi. La perte d’un sénateur amène un changement de stratégie à 180°. Populisme à l’intérieur et mercantilisme à l’extérieur ? Est-il vexé du revers qu’il a subi et veut-il se venger d’une planète indigne de lui, en caricaturant N.Sarkozy ?

La chronique culturelle pour finir :

  • Les Lumières. Notre société serait-elle renouvelée par des idées innocentes dont nous ne voyons pas les conséquences avant qu'elles l'aient mise sens dessus dessous ?
  • Tristes Tropiques : Claude Lévi-Strauss, don Quichotte bien de son temps ?

La France en mutation

J’ai commenté chapitre après chapitre, La France en mutation, 1980 – 2005 (Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006), une collaboration entre Harvard et Sciences Po. Qu'est-ce que j’en retire ?

Comment sommes-nous passés de ce que Galbraith appelait « la société d’abondance », à la souffrance au travail, la crise du logement, l'acceptation qu'une partie de la population est définitivement inemployable ? Un monde qui ressemble étonnamment à une société qu’il croyait révolue, celle qui avait valu à l’économie, qui la décrivait, le nom de « dismal science ». Une science lugubre qui ne prévoyait que la pénurie.
Dans cette histoire, il n’y a ni héros, ni coupables. C’est tout le système français qui s’est effondré, un système bâti sur le modèle d’Ancien régime. Avec un État omnipotent et théoricien, qui nous considère comme des assistés incapables de savoir ce qui est bon pour eux, veut tout régler et croit à la solution miracle. Faute de conscience de la complexité de la réalité, ses décisions ont une fin calamiteuse. Avec des hauts fonctionnaires qui gèrent des « champions nationaux » sans en connaître le métier. Avec une population d’exécutants sous-qualifiés fruits d’une Éducation nationale incompatible avec l’économie.
De ce fait, notre système d’État providence, basé sur l’école, l’armée, le plein emploi, qui garantissait l’intégration, un revenu, le logement, la protection sociale, l’égalité et plus généralement le respect de nos valeurs fondamentales, a sombré. Il était incompatible avec le coût d’un chômage durable. Il en a résulté un modèle proche du modèle anglo-saxon, parce que notre structure sociale est proche du modèle anglo-saxon.
Cependant la transformation n’a pas été complète : les vestiges de l’ancien système sont demeurés, parce qu’il représente ce à quoi nous croyons. Ce qui rend le fonctionnement de notre société particulièrement difficile.
De là, où faudrait-il aller ? Le Français ne ressemble pas au portrait qu’en font les journalistes et les politiques. Il est « progressiste » et ouvert. Il veut une « économie sociale », qui permette l’initiative individuelle tout en protégeant l’homme de l’anarchie du laissez-faire. Pour atteindre cet objectif, il semble qu’il faille reconstruire une sorte d’Etat providence à l’ancienne mode. En corrigeant ses failles : il doit être capable de résister aux aléas de l’économie. Probablement une forme de la flexisécurité qui a la faveur actuelle des économistes. Donc il faut des Français adaptables parce que bien formés, des dirigeants qui leur ressemblent, et un gouvernement qui apprend à mettre en œuvre les volontés de la nation, selon le modèle de la démocratie représentative.
L’Europe a certainement un rôle à jouer dans cette transformation. Elle doit évoluer vers un modèle fédéral de type américain qui permette de définir démocratiquement des politiques globales et non plus sectorielles.
Compléments :
  • Les 12 chapitres du livre tels que je les ai commentés :
  1. Protection sociale
  2. France et immigration
  3. L’Éducation nationale change
  4. France : guerre des générations
  5. Les relations de travail en France
  6. Le changement de l’économie française
  7. 5ème République et partis politiques
  8. Crise de la représentation politique
  9. Chaos européen
  10. France : crise de gouvernance ?
  11. La régionalisation de la France
  12. Transformation de l’entreprise française