samedi 20 mars 2010

Shabbat

Le correspondant de Libération s’emporte contre Lady Ashton. Ne prétend-elle pas consacrer son week-end à sa famille ?

Madame Ashton est différente des politiciens ordinaires. Elle bâtit. Elle construit l’infrastructure européenne.
Le politicien ordinaire, comme le dirigeant d’ailleurs, a fait de sa vie privée une vie publique. Il s'étale dans les journaux, il a une opinion sur tout, il ne pense pas, il ne fait rien, il parle. Il réagit aux courants d’air, aux idées du dernier gourou sans lendemain ou à la prétendue « volonté » de la bourse. C’est une girouette, un pantin.

Je souhaite beaucoup de succès à Mme Ashton. Il montrera peut-être que l’agitation fébrile qui a gagné l’État et l’entreprise, que l’on a glorifiée comme comme efficacité ultime, et que l’on prétend nous imposer, est grossièrement stupide ; qu’une vie équilibrée est favorable au développement sain de l'individu et aux intérêts de la société.

Compléments :
  • L’économiste Galbraith estimait il y a déjà fort longtemps que les puissants de ce monde étaient parvenus à nous faire prendre leur vie sociale pour un travail, et à nous la faire richement subventionner. 

Origines de la pensée rationnelle

VERNANT, Jean-Pierre, Les origines de la pensée grecque, PUF, 2009. Les invasions doriennes mettent fin à l’ère mycénienne. C’est de là que naît la civilisation grecque. La société mycénienne obéit à un ordre hiérarchique rigide. Le roi a tous les pouvoirs, il contrôle tout dans le plus petit détail. Au contraire, la civilisation grecque est bâtie sur le conflit d’intérêts, mais sur le même plan. Conséquences inattendues :


Pensée grecque

Alors que les Mycéniens avaient construit un panthéon de dieux hiérarchisé identique à leur organisation sociale, les Grecs ne gardent de cet édifice qu’un souvenir vague, leurs dieux sont loin de leur vie. Leur société est faite sur le principe de l’égalité, de la complémentarité entre fonctions spécialisées et de l’affrontement d’intérêts individuels. Leur souci est d’assurer l’équilibre de cet édifice instable, dont l’ennemi est « l’hubris » (surtout vu comme soif d'enrichissement, mais que j’interprète, plus généralement, comme la folie de démesure de l’individu, qui oublie qu’il n’est rien sans la société).

Ils confient les anciennes prérogatives du roi à l’État, qui représente la communauté, le « bien commun ».
Le roi ne dit plus le droit, c’est la loi qui s’en charge, et le débat, dont le principe est la parole, la démonstration. De même, la monnaie, la force, l’écriture, la religion deviennent l’apanage de l’État, donc de tous.

La stabilité de ce monde, fait de forces antagonistes, est assurée par des principes géométriques, visant à équilibrer ces influences, et non plus par des mythes. C’est en cela que l’on peut parler de pensée « rationnelle ».

Cependant cette pensée, la philosophie, contrairement à la nôtre, ne cherche pas à agir sur la nature, mais seulement sur le groupe humain. Sa matérialisation est la cité, qui est l’image de l’équilibre. En son centre est l’Agora, symbole de l’État et du bien commun, qui appartient à tous et à personne en particulier. C’est là que se décident les affaires de l’État, et de l’individu. Autour d’elle, les citoyens (pour le Grec citoyen = homme) occupent des positions interchangeables et symétriques.


Commentaires

Je retiens de ce livre le lien entre la pensée individuelle et la structure de notre société. Notre édifice social est accompagné « de modélisations » (mythes ou science) qui en justifient l’organisation. Par conséquent, l’émergence de toutes les grandes pensées et religions, il y a 25 siècles, s’explique peut-être par l’avènement de modèles « modernes » d’organisations sociales.

D’ailleurs, inversement, comme le montre l’exemple des Lumières, l’évolution de la pensée d’une société conduit à celle de son organisation (marquée par la Révolution, dans ce cas).

Enseignement ? Penser c’est transformer l’organisation sociale. Travail de titan ! Plutôt que de prétendre penser par ses propres moyens (hubris ?), serait-il plus habile de chercher à convaincre la société de s’en charger ? De son évolution résultera, sans efforts, une pensée neuve ?

vendredi 19 mars 2010

Santé d’Obama

La réforme de la santé proposée par B.Obama a suscité la haine spontanée d’une partie de l’Amérique qui juge qu’elle bafoue ses valeurs, et, qu’en outre, le président ne tient pas ses promesses électorales (des débats transparents) :

Le président a laissé aux élus la liberté de lui proposer le texte de la réforme. Les Démocrates, en particulier, firent preuve d'une grande indiscipline (n’est-ce pas des demandes inconsidérées de leur gauche, se croyant en force, qui a suscité les inquiétudes du peuple ?). Pour obtenir les derniers votes, il a fallu faire des concessions, en douce. Opacité et texte emberlificoté. Arrive le vote final, les élus démocrates ont peur pour leur réélection. Vont-ils voter le texte ?

MM les démocrates, vous semblez ne pas voir plus loin que votre intérêt immédiat. (Mais les Républicains n’ont rien à vous envier.)

Mais c’est B.Obama le coupable en chef : en n’encadrant pas l’écriture du texte (« en ne contrôlant pas le changement »), il a laissé s’installer le chaos, dont il a beaucoup de mal à se tirer. Cependant, l'erreur est humaine, et ce qui ne tue pas renforce…

Compléments :
  • La description de la situation vient en grande partie d’un billet du correspondant local de la BBC.

FMI et Grèce

Il semblerait qu’il y ait un différend entre gouvernants européens sur quel organisme doit apporter des fonds à la Grèce.
  • Depuis le début de la crise, les économistes anglo-saxons semblent favorables au FMI.
  • Les gouvernants français préféreraient semble-t-il une solution européenne, au motif que la zone euro se ridiculisera si elle n’est pas capable de régler ses propres problèmes.
Mais, l’Europe ne se ridiculise-t-elle pas tous les jours, du fait de sa désorganisation, de son absence de ligne directrice, d’armées, de tout ? Alors, un peu plus, un peu moins ?

Compléments :

Israël et Obama (suite)

Poursuite du feuilleton. D’après un nouveau billet, M.Obama aurait marqué des points contre M. Netanyahu (ce qui irait dans le sens de mes thèses).

Les forces américaines pro-Israël n’auraient pas réagi très vigoureusement au mouvement d’humeur américain, et l’opinion israélienne n’aurait pas fait bloc.

M.Obama aurait remporté une manche.

Discrimination positive

Beaucoup de pays européens (dont la France) imposent maintenant aux grandes entreprises que 40% de leurs administrateurs soient des femmes (la moyenne actuelle est autour de 10%).

Problème : du fait du type de carrière que connaissent les femmes, le nombre de celles qui ont pu acquérir l’expérience nécessaire à la fonction est réduit. À tel point que les Norvégiens, qui ont pris les devants, se sont mis à recruter des étrangères.

The Economist pense qu’il aurait été moins dangereux, mais tout aussi efficace, de procéder différemment :

Le meilleur moyen d’augmenter le nombre de femmes dans les conseils d’administration est de s’assurer que plus de femmes acquièrent la bonne expérience plus bas dans la hiérarchie de l’entreprise.

jeudi 18 mars 2010

Israël et Obama

Une de mes théories est que B.Obama a modifié sa stratégie internationale. La gentillesse ayant échoué, il deviendrait méchant, pour retrouver une position de négociation favorable. Qu’en est-il en ce qui concerne Israël ? Compliqué :
  • Comme je le disais dans un ancien billet, les camouflets à répétition que B.Obama essuie des Israélien sont dangereux pour Israël. Ils montrent que son principal allié (son assurance sur la vie ?) est faible.
  • Mais le gouvernement israélien serait prisonnier d’une aile droite sans laquelle il ne peut pas grand-chose.
  • B.Obama serait particulièrement remonté contre les Israéliens, mais il ne peut s’aliéner le lobby juif américain, au moment où l'avenir de sa réforme de la santé tient à quelques voix, ni son opinion, majoritairement favorable à Israël. Selon certains, il manœuvrerait pour amener Israël à adopter une coalition gouvernementale un peu plus « pliante ».
Idées tirées des articles cités par Morning Brief (18-3) de Global Europe.

Évolution sociale

Beaucoup de foyers recrutant des hommes à tout faire emploient déjà une petite armée de nourrices, de personnels de ménage et de jardiniers.
La société anglaise a connu une intéressante évolution en quelques décennies. Si elle ne s’est pas globalement enrichie, les riches se portent bien mieux, et les pauvres ont retrouvé une situation qu’ils n’auraient jamais dû quitter : serviteurs.

Loulou

Pialat 1980.

Impression d’une histoire d’extraterrestres. Plus de repères connus. Les années 80 sont-elles si loin de moi ?

Après un difficile travail de modélisation, je me suis demandé si ce n’était pas une histoire de rencontre entre classes sociales. D’un côté la bourgeoisie, violente, irrationnelle, et impuissante, de l’autre le prolétariat, riche d’instincts primaires et d’inconséquence.

J’ai enquêté alors sur Pialat. On le disait violent, imprévisible, et cinéaste de la « vérité ». J’imagine que sa violence se retrouve dans les scènes bourgeoises. Quant à la partie populaire du film, j’ai du mal à y voir de la vérité. La « vérité » serait-elle la vision qu’a le bourgeois du peuple ?

Compléments :

mercredi 17 mars 2010

Herman Van Rompuy

Son expérience de la Belgique, pays cimenté par la haine que se portent ses composants, semble avoir été un terrain d’entraînement idéal. M. Van Rompuy pourrait être l’homme qu'attendait l’Europe.

Contrairement à ceux qu’on lui préférait jadis, il ne semble pas vouloir imposer son point de vue à l’Europe, sur tel ou tel sujet. Ce qu’il semble désirer, c’est faire de l’Europe quelque chose qui marche.

M.Van Rompuy est-il un homme d’ambitions désireux de pousser les gouvernements nationaux vers une plus forte intégration européenne ? Ou est-il un pragmatique, soucieux de ne pas imposer des idées à des gouvernements élus ? Les deux : il est un homme de compromis.

Juggling Europe's stars.

Portrait de l’Allemagne

Une étude sur l’état actuel de l’Allemagne :

  • La force du modèle allemand semble venir de ses PME, qui fabriquent des composants critiques, de son personnel hautement qualifié et autonome, de ses dirigeants qui réinvestissent le gros de leurs bénéfices, d’une vision nationale à long terme dont la dernière version est un mouvement combiné écologie / ingénierie vers les technologies vertes.
  • Difficulté démographique : En 2050, la population allemande devrait avoir diminué de 8 à 14 m d’habitants, la moitié de ce qui restera sera d'origine immigrée. De surcroît, le coût de la protection sociale, aujourd’hui de 65% du PIB, devrait atteindre 250% si rien n’est fait.
  • Son mécanisme de formation qui explique « pourquoi (l’Allemagne est) le champion du monde de l’exportation », et qui donne une « identité » tout autant qu’une formation à ses élèves, serait en panne. Il est divisé en trois morceaux, l’un forme les cols bleus, un autre les cols blancs, le troisième envoie à l’université. En dépit d’une égalité de revenus certaine, la position sociale tendrait à être héréditaire (« castes »). En outre ce système intègre mal les immigrés, et son principe fondamental, la formation en alternance, est victime d’un manque croissant d’offre des entreprises. Une partie de la population (particulièrement immigrés, Allemands de l’est) vivrait de la solidarité nationale, sans espoir de travail.
  • L’unification est / ouest aurait mis à terre le miracle économique de la RFA (« nettoyage économique »). Son coût social aurait forcé à une terrible politique de rigueur, à l’origine de l’efficacité économique allemande actuelle, mais aussi de tensions internes, qui rendent difficiles de nouvelles réformes (selon un sondage « 61% des votants désiraient plus de protection sociale et juste 21% plus de marché »).

Les Allemands semblent fiers de leur modèle, pourtant il paraît bien fragile…

Compléments :

  • Ces considérations viennent d’un dossier de The Economist : Older and wiser.

Les trois jours du Condor

Film de Sidney Pollack de 1975.

Un film illustrant une des caractéristiques culturelles de l’Amérique : la fin justifie le coup tordu, y compris de flinguer ses propres collègues, dont le travail menace ce que l'on juge être le bien supérieur.

Malheureusement pour l’intérêt du film, il est très en deçà de la réalité. Car c’est généralement avec la planète que jouent les « innovations » de l’élite américaine bien pensante. Les armes de destruction massive irakiennes et la relance du fondamentalisme musulman, n’en sont que de modestes exemples.

Compléments :

  • Comment Al-Qaïda et quelques guerres au cœur de l’Europe ont résulté du désir d’ennuyer l’URSS en Afghanistan : ELSÄSSER, Jürgen, Comment le Djihad est arrivé en Europe, Xenia, 2006. La Burqa en aurait été une conséquence imprévue : Voile intégral.
  • Le même trait culturel, ailleurs : Lehman Brothers.
  • Mon billet Liberté de la presse relate une histoire qui entre dans la catégorie de celle du Condor : coup tordu monté par un sous-traitant de l'armée, responsable de la collecte d'informations sur l'ennemi. Contrairement à ce que dit le film, il n'y a pas une (autre) CIA au sein de la CIA, il semble que chaque Américain soit potentiellement une CIA à lui seul.

mardi 16 mars 2010

Condamnation par contumace

Pourquoi les dirigeants de Lehman Brothers sont-ils susceptibles de poursuite, pourquoi ceux d’ENRON sont en prison, pourquoi Goldman Sachs est-il inattaquable ?

Parce que, compte-tenu de ses moyens, un procès serait trop coûteux. La justice ne s’en prend qu’aux dirigeants à terre, post faillite.

Incitation à ne pas faillir. Mais aussi explication des dissimulations de plus en plus gigantesques que font les entreprises américaines dans leurs derniers instants.

Compléments :

  • Comme le fait remarquer aussi l'article, le dirigeant n'est pas le seul à tomber, mais aussi ses complices, notamment les cabinets d'audit qui auraient dû contrôler l'entreprise (Ernst et Young pour Lehman, Andersen pour Enron).
  • A notre modeste échelle, c'est aussi ce qui se passe chez nous : c'est lorsqu'une entreprise est en faillite que les forces du bien, emmenées par le Fisc, se déchaînent sur elle. Elles la soumettent à un check up complet du droit français. MIELLET, Dominique, RICHARD, Bertrand, Dirigeant de société : un métier à risques, Editions d'Organisation, 1995.

Expulsions

D’après ce que j’entends, les locataires qui ne paient pas leurs loyers peuvent désormais être expulsés. Les journalistes semblent indignés. Cela me paraît soulever un problème qui n’a pas l’air d’être perçu :

  • Le droit de propriété n’est-il pas un droit fondamental ? Ne plus permettre d’expulsions ne signifie-t-il pas la fin de ce droit ? Dans ce cas, ne faudrait-il pas aussi dire comment réorganiser une société sans droit de propriété, et surtout comment opérer la transition vers cette nouvelle organisation ?
  • Si le droit à l’expulsion n’existait plus, n’y aurait-il pas beaucoup de gens qui ne paieraient plus leur loyer ?
  • Le droit donné aux locataires qui ne paient pas de ne pas être expulsés, n’a-t-il pas des conséquences sur l’offre de logements, restreinte et prudente ? N’empiète-t-il pas sur d’autres droits, notamment ceux d’avoir une offre de logement de location correcte ?
  • Pourquoi n’entend-on pas s’exprimer les partisans des « propriétaires » ? Ont-ils honte ? Ne sont-ils pas organisés ? Pourquoi, de ce fait, ne peut-on pas avoir de débat sur le sujet ?
  • Si l’on décide que tout le monde a droit à un logement, pourquoi faire payer ce droit au (petit ?) propriétaire, et pas à la collectivité ? D’ailleurs pourquoi tolère-t-on les SDF ?
  • Pourquoi n’en vient-on pas à la cause ultime : le chômage, et son maintien à un niveau élevé, et ne se demande-t-on pas comment l’éliminer ?

1705

Je complète le billet précédent par un type de réflexion que j’ai abandonné trop vite : qu’ai-je appris de mon blog ?

Ce qui le fait avancer, ce sont mes réactions aux nouvelles, généralement désagréables. J’ai fini par croire que le changement auquel équivalait son écriture c’était cela : survivre aux désagréments de l’actualité. En quelque sorte, la déminer sans se recroqueviller. Au fond, ce blog me force peut-être simplement à penser, c'est-à-dire à utiliser un semblant de raison plutôt que d'évacuer ce qui choque par quelques expédients faciles.

Le changement est-il réussi ? Non. Je ne suis pas curieux et je tends à ne pas lire les articles qui s’annoncent sinistres. Autrement dit, je ne suis pas « optimiste » au sens de Seligman : l’imprévu n’est pas promesse d’aventures délicieuses. Et l'optimisme est le seul indicateur du changement réussi, si l'on en croit mes livres...

En fait, tout dans ce blog est marqué par l'égoïsme. Il ne dit plus grand chose sur les techniques de changement. L'important, pour moi, c'est d'enregistrer des événements, marques-pages d'un raisonnement en construction. De même, mes chroniques de livre séparent de plus en plus ce que j'en ai retenu de mes commentaires - qui m'ennuient à la relecture.

Compléments :

1704

Quelques sujets traités cette centaine :

  1. Décidément la reconfiguration d’après guerre a été un montage théorique, anticapitaliste ?, qui ne tenait aucun cas des lois de l’économie (Drame de la Presse). Notre avenir immédiat n’est pas rose : La crise va-t-elle se poursuivre ? Ce qui ne devrait qu’augmenter l’anxiété ambiante, qui a des conséquences préoccupantes (Jeunes et alcool). Peut-être, quand même, une lueur au bout du tunnel ? Prendrions-nous conscience que l’homme n’est pas une machine, et que le changement doit tenir compte de sa complexité ? La France découvre l'Homme. Autre raison d’espérer : et si les CCI étaient le moyen qui avait manqué à l’État pour mettre en œuvre la transformation économique de la nation, qui désormais passe par la région ?
  2. Réflexion sur le rôle de l’industrie dans l’avenir de notre économie. Je n’avais pas compris ce qu’était la « lean production », orientation actuelle des techniques de production. Ensuite, l’industrie, contrairement à ce que l’on nous a seriné pendant des décennies, pourrait être l’avantage comparatif de l’Occident. Enfin, ce sont peut-être les « petits boulots », ceux que l’on délocalise les premiers, qui seraient le rempart de l’avantage concurrentiel d’une nation, et des « grands boulots », ceux de service et de direction, qui sont les plus faciles à acquérir pour un nouvel entrant.
  3. Conséquences des élections régionales. Le PS et ce qui le pousse me préoccupent. Serait-ce le « parti du bien », une machine à nous imposer ce que dicte la bien-pensance, sans se soucier de ses conséquences (Repentance) ? Par ailleurs, le spectacle, apparemment lamentable, de nos partis politiques cache-t-il un fait social qui pourrait être un bien pour le pays ? J’en suis arrivé à une idée fort surprenante

  • Les malheurs de la Grèce m’ont fait voir la zone euro comme l’effet d’un changement approximatif (une coutume locale : Lady Ashton), et à me pencher sur ses vertus, comparées à celles de taux de change variables. Si la zone euro veut tenir, elle devra apprendre à faire évoluer son tissu économique à l’unisson, donc à « conduire le changement ». (Voir notamment : Euro et Anglo-saxon.)
  • La conquête de l’espace serait-elle contre nature ? Hugo Boris.
  • Aux origines de la pensée occidentale : Cicéron.

lundi 15 mars 2010

Liberté de la presse

L’armée américaine aurait utilisé des journalistes, à leur insu, pour collecter des informations sur les Talibans.

Voici une nouvelle « innovation » américaine : détourner la liberté de la presse au profit de ce que quelques individus estiment une cause juste.

Le lombric d’Hollywood

De nombreux états et pays attirent les tournages de film à coups de subventions. À Hollywood, l’hémorragie est sévère (« la part de la Californie du marché mondial des films de studio (…) est tombée de 66% en 2003 à 34% en 2008 »).

Raison ? En moyenne 566 emplois créés par film, mais aussi « à chaque fois qu’un film est tourné dans un autre État, les gens du coin acquièrent des compétences qui rendent les tournages suivants plus faciles ».

Va-t-on assister à une reprise de la « théorie du lombric » dont parle Hervé Kabla ? Les décideurs d’Hollywood, trouvant qu’ils peuvent avoir le « petit boulot » moins cher ailleurs, vont laisser péricliter les compétences locales ? Puis ce sera au tour des acteurs, et enfin des « décideurs » remplacés par une génération spontanée de volontaires apparue là où les « petits boulots » se seront implantés ?

Et si, ici comme ailleurs, le « petit boulot » sans grade était le défenseur du savoir-faire national ? Le meilleur ami du grand ponte, qui pourtant le massacre, pensant ainsi augmenter ses bénéfices ?

Élections régionales (fin)

Avant d’aller voter, j’ai lu les dépliants des candidats. Comparaison UMP / PS :

Découverte. Les régions sont riches (4,5md de budget dit l’UMP) et ont une impressionnante capacité d’intervention (le PS parle d’investir un md€ pour la santé), y compris en appui de l’économie (le PS veut investir dans des PME, l’UMP annonce un « plan de relance »). Tout cela aurait dû donner un débat passionnant : pour une fois, il est question de sujets qui nous concernent tous les jours (par exemple la ligne 13 du métro, repérée par PS et UMP). Pourquoi n’a-t-on rien entendu ?

L’UMP semble proposer pas mal de choses en commun avec le PS, mais plus vague, plus brouillon, moins de chiffres, tentation de jouer sur la crainte (vidéo protection) ? Surtout une brochette d’extraterrestres, des « people » parachutés de ministères ou de secrétariats d’État (qu’ils occupent pour une raison difficile à saisir).

Je me suis demandé si l’UMP avait parié sur la communication, plutôt que sur le fond.

Compléments :

  • Un de mes anciens collègues, qui vit aujourd’hui à Montpellier, m’a dit que l’immense force de Georges Frêche était de croire en sa région, d’avoir de grands projets pour elle.
  • Je ne suis pas sûr que le poids des régions soit pris en compte dans le fonctionnement du pays. Quid du bon usage, et du contrôle démocratique, de leurs ressources énormes ? De l’articulation des actions nationales et régionales ?...

Fracture numérique

Il y a une dizaine d’années notre élite pensante s’effrayait que le peuple puisse être coupé des merveilles des nouvelles technologies. Ses craintes étaient elles vérifiées ? Les générations qui vivent d’Internet ont-elles un avantage concurrentiel décisif ? Font-elles passer leurs parents pour des dinosaures ?

Il semblerait qu’il soit difficile de distinguer les bénéfices d’être né en face d’un écran. Par contre cela pourrait annoncer une génération superficielle. L’exemple des questions politiques : elle abreuve les réseaux sociaux de ses avis. Mais aucune action n’en résulte.

Plutôt que d’être sincèrement plus engagés politiquement, il se peut qu’ils désirent simplement faire connaître leur activisme à leurs pairs.

dimanche 14 mars 2010

Lehman Brothers

Rapport d’enquête sur la faillite de Lehman Brothers :

Une fois de plus on a fait passer, légalement, des emprunts pour des entrées d’argent (une astuce dissimulait le remboursement). 50md$ tout de même. Ce qui était supposé être liquide, et mobilisable en cas de crise, ne l’était que très peu. Et plus l’on s’approchait d’une issue fatale, plus Lehman brassait de subprimes. Son désir d’être toujours plus gros lui avait fait oublier tout sens commun.

Pénible air de déjà vu. Ambitions invraisemblables d’une part et, d’autre part, quand ça commence à roussir, course en avant de dissimulation créative, qui trahit l’esprit en respectant la lettre.

Ce cercle vicieux est le mal américain, susceptible d’atteindre tout natif ?

Compléments :

  • Sur ENRON, exemple du coup de folie américain : EICHENWALD, Kurt, Conspiracy of Fools: A True Story, Broadway Books, 2005.

Élections régionales (suite)

Un complément à mon billet précédent :

Le résultat des régionales serait aussi une question d’hommes. Ceux du PS sont forts en région, faibles nationalement. C’est le contraire pour l’UMP.

Il y aurait en outre une question de tactique, M.Fillon se serait habilement placé dans la roue de M.Sarkozy, qui essuierait la bourrasque.

Le temps court du mandat présidentiel combiné avec ce que l'on a appelé "l'hyperprésidence" exposent davantage le président de la République. Celui-ci, d'ailleurs, n'est plus protégé comme il l'était traditionnellement sous la Ve République par le premier ministre. On assiste à une quasi-inversion : le président est au premier plan de la gestion de multiples dossiers, et c'est lui qui cristallise les mouvements d'humeur, alors que le premier ministre est davantage épargné. S'y ajoute le fait que le mode d'exercice de la fonction par Nicolas Sarkozy peut provoquer un trouble qui n'est pas essentiel mais qui peut brouiller les repères de certains électeurs de droite.

Il reste que l’électeur chercherait une « troisième » voie, hors des partis actuels. (Mais comment y parvenir : ceux-ci semblent sourds à l’appel, et vouloir tuer toute velléité de concurrence ?)

Élections régionales

On annonce que l’électorat va sanctionner le gouvernement. Raison : chômage fort, supérieur à ce qu’il est ailleurs. Malgré une plutôt bonne résistance à la crise.

Alors pourquoi n’a-t-on pas parlé de chômage lors de ces élections ? C’est surtout de discrimination qu’il me semble avoir été question. Un moyen de noyer le poisson ?

En tout cas, voilà qui contredit M.Huchon. Le peuple ne demande pas plus de démocratie locale, mais, au contraire, un État fort. À tel point que la « sanction », un conseil régional de gauche, est sans conséquence !

Mais, donc, pourquoi avoir constitué des régions ? Était-ce pour le bien de la nation, ou pour trouver un petit boulot à des hommes politiques en surnombre ? à creuser.

Compléments :

samedi 13 mars 2010

John Wayne et Clint Eastwood

Ils seraient l’Amérique de leur époque :

Wayne, celle qui est sûre d’elle-même et n’a peur de rien. Eastwood, l’Amérique méfiante, qui tire sur tout ce qui bouge, pour se rassurer.

Recherche du temps passé

Mon premier employeur invite son club d’anciens. Je retrouve une société laissée il y a 17 ans :

Grand succès de la soirée : bonheur inattendu de rencontrer d’anciens collègues, qui n’ont pas changés. Ils ont l’air bien dans leur fonction.

En les voyant, je me suis demandé pourquoi j’ai eu plus d’exigence qu’eux vis-à-vis de mes employeurs. Pourquoi leur ai-je demandé de me fournir un travail passionnant ? Pourquoi en ai-je épuisé si vite les charmes ? D’ailleurs pourquoi suis-je devenu si difficile à satisfaire ?

Le DS pour lequel je travaillais était minuscule et pourtant je le trouvais épatant. Je m’enthousiasmais pour un rien. Je pensais que nous allions révolutionner la construction navale, le placement de robots, l’usinage des pièces de tôleries… Aujourd’hui, DS est un gros succès qui emploiera sous peu 10.000 personnes, pourtant ça me laisse tiède. Ai-je vu trop de multinationales ? Je ne perçois plus que banalisation, « commoditization ». Le siège de la société évoque celui de Microsoft, son marché inclut la grande consommation, ses rapports annuels parlent de développement durable, les titres de ses dirigeants s’allongent comme ailleurs (« senior executive vice president » !)...

Quand aux applications informatiques elles me paraissent plus tirées par les effets spéciaux du cinéma, ou inspirées par la gestion, que par la conception de produits. Une vidéo qui parle de prêt-à-porter : on clique sans arrêt sur des lignes « coût », on entraperçoit à peine deux ou trois dessins, et encore c’est un 2D qui ne fait pas rêver. Jadis, je voulais transformer le métier de nos clients.

Étonnant aussi de trouver des gens de Procter et Gamble dans ce qui fut le temple de l’ingénierie française. La poudre à laver a défait les mathématiques ? Ou bonne nouvelle ? La culture si imperméable de DS (le langage y était codé : on y parlait en jeux de mots sur les noms de programme) laisse-t-elle enfin entrer des étrangers ? Beaucoup de noms américains en effet. Mais, au sommet, une équipe d’amis soudés par 25 ans de vie commune.

À force de vivre de crises et de changement, je ne sais plus apprécier le calme et le succès ?

vendredi 12 mars 2010

Le PS contre l’État ?

Déclaration de Jean-Paul Huchon, à l’occasion des élections régionales. Je n'ai rien compris. Je suis incapable de raccorder ses mots à quelque chose de concret. Quelles en seront les conséquences ? Bien, pas bien ? En tout cas un bout de la déclaration était totalement inattendu :

il me semble que face à un Etat jacobin, centralisateur, autoritaire et qui veut imposer en Ile-de-France les recettes que Nicolas Sarkozy applique à la France, il fallait un président expérimenté, rompu au dialogue avec l'Etat, capable de lui résister et surtout, capable de rassembler autour de lui non seulement toute la gauche, mais l'ensemble des élus qui croient que la décentralisation, la proximité, la démocratie locale sont des valeurs modernes, des valeurs d'avenir.

J’en étais resté à l’État jacobin. Qui l’a liquidé ? Quand ? Avons-nous été consultés ? Par quoi est-il remplacé ? Par une « démocratie locale » ? Sans plus d’explications (c’est moderne !? qui le dit ?), ça me semble léger, voire inquiétant. Surtout lorsque l’on y ajoute cette vision du « dialogue avec l’État » : « capable de lui résister ». Ni Dieu ni maître, l'anarchie vaincra ?

Gordon Brown

Pourquoi Gordon Brown revient-il (de très loin) dans l’estime populaire ?

  • La façon dont ses opposants exploitent les faiblesses et maladresses de Gordon Brown le rendent sympathique.
  • Les conservateurs ont voulu proposer un plan dont les défauts se retournent contre eux.
  • Curieusement, le parti travailliste est parvenu à se placer en position de contre.

Leçon de judo ? Il vaut mieux être attaqué qu’attaquant ? Alors on peut utiliser l’énergie de l’adversaire contre lui ?

jeudi 11 mars 2010

Dictature en Irak ?

La dictature est un scénario d’avenir pour l’Irak :

Plus probable qu’un coup d’état est une prise de pouvoir par des politiciens et des généraux agissant de concert.

Aurait-on fait une guerre et tué autant de gens pour revenir au statu quo ?

No promised land at the end of all this.

CCI

Vendredi, un P-DG me demande : à quoi servent les CCI ? J’ai eu deux jours pour me faire une opinion.

  • Elles savent mettre en œuvre le changement. C’est quasiment unique en France, pays où l’on dirige par ordonnance, à coups de principes théoriques et sans souci des conséquences de ses actes – qui annulent l’effet de ses intentions. (L'étrange changement de M.Sarkozy).
  • C’est elles qui développent le tissu économique français. Pas la grande entreprise, qui n’a pas besoin d’aide (sauf lorsqu’elle consomme les diplômés de leurs écoles), mais la PME et la TPE. Les CCI leur apportent les compétences qu’elles ne peuvent se payer, et dont le principal bénéficiaire est, en dernière analyse, la grande entreprise.
  • La CCI est le seul organisme potentiellement capable de construire une filière de formation professionnelle, le point faible endémique de la France, et la source de la domination économique allemande. (Transformation de l’entreprise française.)
  • La CCI est le relai naturel de la politique économique régionale de l’État. (Le changement de l’économie française.)

Mais le gouvernement n’a vu, dans ce qui semblerait devoir être un allié capital, qu’une source de coût. Il cherche à la réduire, à l’inimitable manière française.

Beau fixe sur New York

Film de Stanley Donen et Gene Kelly, 1955.

Temps éternellement froid et nouvelles constamment détestables, pourquoi ne pas voir une comédie musicale ? Me suis-je dit.

Réussite incomplète. Le film a un je ne sais quoi d’un peu triste. Et pourtant il devrait être vraiment sympathique. Son sujet est l’amitié, l’importance d’être fidèle à soi même, et le courage d’affronter ses fantômes. Et puis il y a quelques moments techniquement étonnants : Gene Kelly faisant des claquettes sur patins à roulette et Cyd Charisse soulevée d’un côté à l’autre des cordes d’un ring, au milieu d'un numéro de danse, un défi aux lois de la physique.

mercredi 10 mars 2010

Précieuses ridicules

René de Obaldia parle de sa vie. J’apprends que le « figurant » s’appelle maintenant « acteur de complément ».

Je ne sais pas qui a eu l’idée de ce nom, certainement de Précieuses ridicules. L’hypocrisie a le vent en poupe.

(Idée américaine ? « L’extra » y est maintenant « background actor ».)

Lady Ashton

Pensant qu’il est ridicule de commenter un changement en cours, je n’ai rien dit des aventures de Lady Ashton et des critiques qu’elle suscitait. Dommage, c’est une illustration édifiante du changement tel que conçu par l’UE.

Voici comment a été recruté le « leader du changement », et comment tout a commencé :

For anyone it would be a big ask. But for someone with little or no experience of foreign affairs to be tasked with setting up a diplomatic service and to expound foreign policy on behalf of 500 million people the hurdle is immense. Welcome to the world of Catherine Ashton.
She did not seek the job of EU foreign minister and she was not first choice. She emerged from the chrysalis of a euro-compromise

Et maintenant, le changement :

One of Catherine Ashton's main tasks is to build a diplomatic service or what the EU calls its External Action Service. What it would entail was left surprisingly vague by the Lisbon Treaty and Catherine Ashton has to set out her plans at the beginning of April.

Autrement dit, le changement a été de nommer Lady Ashton. Pour le reste, c'est à elle de décider, et à ce qui faisait office de service diplomatique, et qui demeure. Et il n’y en avait pas un, mais deux : la Commission et le Conseil de l’Europe ayant chacun le sien. D'ailleurs les nations continuent à gérer leurs affaires comme si de rien n'était.

À croire que ce changement a été conçu par un Français. Toujours est-il qu’à en juger par la maturité de ses techniques de conduite du changement, l’UE ne devrait pas être en état de lire mes travaux avant quelques siècles…

Compléments :

  • En dépit de ses malheurs, Catherine Ashton ne devrait pas échouer. Après s’être moqués d’elle, les États et les organes européens compétents découvrent qu’elle ne peut perdre sans qu’ils se ridiculisent :
What Catherine Ashton has going for her is that both MEPs and most of Europe's leaders have a vested interest in making her job work. The consequence of failure is not just humiliation for Catherine Ashton but recognition that the long years of arguing have failed to deliver a stronger voice for Europe on the world stage. Few want to see that.

  • Ceci est tiré des idées du correspondant européen de la BBC.

Validation sociale

On essaie trois types d’arguments sur une population : « gagnez de l’argent en économisant de l’énergie », « protégez l’environnement », « voici la consommation d’énergie de vos voisins ». Le dernier est le plus efficace pour réduire la consommation du groupe.

Ce qui semble un appui à la théorie de la « validation sociale » (nous tendons à imiter la société) de Robert Cialdini, qui est à l’origine de l’expérience.

Ce qui montre aussi qu’il existe des mécanismes invisibles qui « changent » le groupe humain.

Compléments :

  • CIALDINI, Robert B., Influence: Science and Practice, Allyn and Bacon, 4ème édition, 2000.

Goldman ou l’Arnaque ?

Décortiquer les techniques utilisées par Goldman Sachs pour s’enrichir est devenu un genre. Cette banque aurait acquis un curieux savoir-faire : escroquer ses clients et l’État.

  • Il aurait mis à terre AIG, de connivence avec la Société Générale (?), en lui demandant des remboursements en cash. (L’assureur a été sauvé par le gouvernement. Il a alors pu à nouveau dédommager Goldman Sachs de ses pertes.)
  • Il a adopté le statu de banque de détail, qui lui a permis l’accès à un financement quasiment à taux nul, qu’il a réinvesti dans des bons du trésor.
  • Mais, alors que la mesure précédente avait pour but l’aide à l’économie. Il a refusé d’obtempérer. Ce qui a forcé le gouvernement à une relance qui s’apparente à de la comptabilité créative. Et, aussi, à acheter des crédits hypothécaires pour soutenir le secteur immobilier. Nouveau marché juteux, et sans risques, pour les banques.
  • Les règles comptables ont été modifiées par le gouvernement, si bien que certains actifs à risque ne le paraissent plus. D’où des bénéfices (et des bonus) surévalués.
  • Le gouvernement a voulu débarrasser les banques des actifs risqués. Du coup elles en ont acheté, pour pouvoir les lui revendre.
  • Du fait de leurs multiples activités, les banques, et Goldman Sachs en particulier, utiliseraient les informations que leur donnent leurs clients contre eux (par exemple quand une entreprise veut passer un gros ordre, la banque le passe avant lui, de façon à pouvoir faire une revente avec une plus-value assurée).

Ainsi, Goldman Sachs profiterait de sa position par rapport à l’état et à ses clients pour se lancer spéculation de très grande ampleur.

Quelle est l’innovation qui explique fait sa fortune ? L’article propose une curieuse solution : « Le système suppose un certain niveau minimum de comportement éthique et d’instinct civique, en plus de se qui est exprimé par la réglementation ». Pour s’enrichir, il suffit de ne pas faire ce que la société attend de vous !

Compléments :

mardi 9 mars 2010

Le petit blanc contre Obama

La côte d’Obama est faible dans l’électorat masculin blanc (elle a reculé de 60 à 40%).

Les actions du gouvernement Obama « renforcent le stéréotype selon lesquels le parti démocrate favorise tout le monde sauf les mâles blancs ». Heureusement pour les Démocrates, les hommes blancs occupent une part de la population américaine en diminution rapide (« 36% en 2008, contre 43% en 1994 »).

Au fond, ce mécontentement n’a rien d’étonnant : qu’il s’agisse de discrimination positive ou d’égalité des sexes, les mesures que favorisent les démocrates tendent à retirer aux petits blancs les positions sociales qu’ils occupaient.

La conduite du changement c’est faire évoluer une société, sans faire de perdants. Les Démocrates ne lisent pas ce blog.

Compléments :

Taux de change

Une étude sur les durables écarts de prix entre livres vendus sur Internet :

Il semblerait que pour qu’un taux de change ait un impact sur les affaires d’un pays, il doive-t-être significativement et longuement abaissé par rapport à ceux des nations avec lesquelles il commerce.

J’observe que c’est le cas pour la Chine, vis-à-vis du dollar et de l’euro. Ça pourrait être donc le cas de la livre et du dollar par rapport à l’euro.

lundi 8 mars 2010

Qu’est-ce que le Lean ?

Échange avec Bill Belt, qui me fait comprendre que je n’ai rien compris au « Lean » et, d’ailleurs, à ce que j’ai lu (il y a fort longtemps) sur le sujet.

À la fin des années 80 une très célèbre étude menée par le MIT (et qui a donné le livre The Machine that Changed the World) a montré une évolution historique des techniques de production :
  1. « Craft production », fabrication artisanale.
  2. « Mass production » dont le pionnier est Ford et qui va être le mode de production qui va faire la fortune de l’Occident du 20ème siècle.
  3. les techniques japonaises, qui obéissent à une logique nouvelle. Par opposition à « Mass production », ils l’appellent « Lean production ».
D’après Bill Belt, la « Lean production » est la formalisation par les Occidentaux de ce qui était en fait partie intégrante intransportable de la culture industrielle japonaise, elle-même inspirée par les techniques du management scientifique.
Bref « Lean » est l’évolution moderne des techniques de production. En quelque sorte toute l’industrie tend à être « Lean ». Lean n’est donc pas une sorte de mode de management comme je le pensais, une technique très particulière. C’est une philosophie générale.
Selon Bill Belt, il ne faudrait pas entendre « Lean » sous sa traduction littérale « maigre ». Il signifierait « sans gaspillage », son objectif est l’utilisation optimale des ressources de l’entreprise. Or, la ressource la plus mal employée est l’homme. Aujourd’hui, c’est un facteur de production, qui « exécute », qui applique des procédures, et, donc, dont on cherche à réduire le coût par tous les moyens. Le point clé du « Lean » serait que c’est l’homme, ou plutôt le tissu social, qui accumule le savoir-faire. Plus on développe ses compétences plus l’avantage concurrentiel de l’entreprise grandit.
En relisant rapidement The Machine that Changed the World, je constate que, contrairement à ce que je pensais, les recommandations des chercheurs du MIT se retrouvent, plus ou moins bien appliquées, dans l’entreprise moderne (notamment dans l’industrie automobile).
Une exception : le rôle central de l’homme.
Serait-ce pour cela que les promesses du Lean n’ont pas été réalisées ?

Prix de la vertu

Suite de la série sur les taux de change. Les pays se livrent à une surenchère de dépréciation de leur monnaie.

Mais la vertu pourrait finir par être récompensée : l’inflation ne semble pas partie pour démarrer, mais les marchés financiers pourraient s’inquiéter de l’affaiblissement de certaines économies et exiger d’elles une augmentation de la rémunération de leur dette…

Exclusion scolaire

Recherches d’un économiste. Environ 25% des Américains ne finissent pas le collège, 35% pour les noirs et hispaniques. Les filles réussissent significativement mieux que les garçons. La situation s'est dégradée depuis les années 60.

Résultat : une main d’œuvre dont la qualité baisse nettement, et une économie qui en pâtit nécessairement.

Explication ? Probablement des familles fragiles.

Voilà qui ressemble beaucoup à la situation française. Avec un peu d’avance.

dimanche 7 mars 2010

Euro et Anglo-saxon

Depuis quelques semaines, et la crise grecque, l’Anglo-saxon discute des vertus de l’euro et de celles (qu’il préfère souvent) de taux de change flottants. Jusqu’ici la question me laissait inerte. Une idée émerge cependant :

Grèce, Irlande, Espagne et Portugal montrent en quoi un taux de change immuable est douloureux : s’y adapter demande une transformation du tissu social. Par opposition, un taux de change flottant produit, à quelques risques d’inflation près, un équilibrage automatique.

Il y a plus subtil. La zone euro doit ajuster les salaires de ceux de ses membres qui se sont décalés par rapport à ceux de l’Allemagne (Euro erreur ?). Si j’en crois ce que disent Grecs et Irlandais, cet ajustement va porter principalement sur les moins fortunés (par exemple la masse des fonctionnaires). Or, moult statistiques (cf. Inégalités françaises ?) montrent que les dernières décennies ont vu une stagnation des revenus du gros de la population, et même un appauvrissement par rapport à des critères de bien être tels qu'emploi et accès au logement. Plus on était riche, plus on s’enrichissait. Alors, s’il y a eu perte de compétitivité c’est du fait des salaires les plus élevés ?

N’est-ce pas ce que risque de montrer les ajustements que va devoir subir la zone euro ?

L’avantage d’un taux de change adaptable serait-il là : il masque une vérité inconvenante ?

Compléments :

Drame de la Presse

Une méchante fée s’est penchée sur le berceau de la Presse dit Le Nouvel Économiste. L’État :

  • Pour qu’elle ne puisse pas tomber sous la coupe des puissances d’argent, après guerre, il en a fait une sorte de service public, subventionné à tort et à travers (12% de ses revenus plus une TVA de 2,1% qui couvre même les 90% de la presse qui ne s’intéressent pas à l’information – 2,9md€/an en tout). Mieux, elle l’a placée entre les mains « d’actionnaires sans capitaux ». Des idéologues qui ne comprenaient rien au fonctionnement d’une entreprise. Ils ont cru que leur indépendance passait par la possession des moyens de production, et ils ont manqué toutes les chances que leur ouvrait le marché (supplément du week-end, annonces). Internet est la dernière goutte : ils s’y sont jetés sans réfléchir. Et ils ont convaincu le marché que la presse devait être gratuite.
  • À cela s’ajoute des réglementations et protections dans tous les sens : ex NMPP, acquis sociaux du Syndicat du Livre, etc.

Alors comment s’en tire-t-on ? Le Nouvel Économiste n’est pas français pour rien. Il en appelle à l’État, pour « accompagner », voire « contraindre », « une profonde réforme dans tous les domaines ».

Je ne suis pas convaincu. Pour ma part, je crois que la Presse sera sauvée le jour où la France produira des journalistes dont on aura envie de lire les articles, ou d’écouter les reportages.

Compléments :

Faut-il voter?

Voyant arriver les élections régionales, je me suis demandé comment faire un choix rationnel. Voici où j’en suis de ma réflexion :

  • Quoi qu’il arrive, le choix politique en France se fera probablement entre un matamore ridicule et un groupe de Tartuffes qui se haïssent (Silvio Berlusconi). Ça ne tient pas aux hommes, certainement délicieux vus de près, mais à la nature de notre société. C’est un « fait social » au sens de Durkheim.
  • Gauche, droite même résultat. Ils sont victimes d’une sorte de fatalité qui fait que la France évolue indépendamment de qui nous dirige (La France en mutation).
  • Ce n’est pas pour autant qu’il faut se désintéresser de la politique. Nos gouvernants ont en tête des idées qui vont à contre courant de nos intérêts et de nos valeurs (N.Sarkozy dernier des libéraux?, Qu’est-ce qui pousse le PS ?). S’ils pensaient être légitimes, ils les appliqueraient. Nous sommes un nécessaire contre-pouvoir.
  • Ce n’est pas pour autant que le pays est paralysé. Nos gouvernants sont incapables de réflexion à long terme. Le mieux qu’ils puissent faire c’est le « coup médiatique », en espérant nous faire confondre lard et cochon (Bricolage industriel). Que nous n’ayons aucune confiance en eux nous force à prendre notre sort en main, à réfléchir. Une fois que la société aura une idée de ce qui est bon pour elle, elle saura l’imposer à ses dirigeants.
  • Finalement, je soupçonne qu’il est préférable, au moins dans l’état de maturité actuel de notre société, d’avoir un gouvernement en qui nous n’avons pas confiance. Ainsi nous sommes forcés de le contrôler, donc de penser. Car, aussi dévoué qu’il soit, l’homme ne peut pas diriger seul une nation. C'est trop compliqué.

L’inefficacité du système serait donc sa qualité : elle empêche toute décision insuffisamment réfléchie.

samedi 6 mars 2010

Hugo Boris

Entendu chez RFI. Roman enquête sur la vie d’un cosmonaute russe.

Pourquoi russe ? Parce que les Américains sont tout imprégnés du mythe de la conquête de l’espace. Ils ne savent que tenir un langage convenu. Les Russes eux ne masquent pas la réalité. Elle est effroyable. Le cosmonaute souffre, se déforme, perd tout ce qui fait le beau de l’existence, et tente de se suicider.

La conquête de l’espace est contre nature ?

Administrer un dirigeant

Un de mes anciens grands patrons est devenu administrateur de sociétés. Il se demande comment faire entendre raison à l’un de leurs P-DG.

Il est certain que la rentabilité de son entreprise pourrait être 5 fois ce qu’elle est. Mais voilà, le P-DG refuse qu’on lui donne des leçons. Il commence même à regarder de travers son administrateur. N'est-ce pas un cas de résistance au changement ? me demande mon ancien dirigeant.

Ce qu'il me semble :

  1. Quand un dirigeant est nommé pour contrebalancer un dirigeant, les deux hommes se battent pour le gouvernail. Un dirigeant n’est-il pas fait pour diriger ?
  2. Pour que quelqu’un vous écoute, il faut qu’entre vous se soit établie une « relation d’aide ». Vous devez en devenir le confident. Il vous parlera de ses inquiétudes. Et il y a de fortes chances pour qu’elles retrouvent, en d’autres mots, votre diagnostic. Mais, alors, la personne aimera vos conseils, qui arriveront à point.

Compléments :

  • Sur la constitution d’une « relation d’aide » : SCHEIN, Edgar, Process Consultation Revisited: Building the Helping Relationship, Prentice Hall, 1999.

vendredi 5 mars 2010

Silvio Berlusconi

J’entends dire que la RAI ne diffusera pas de débats politiques. Ce qui réduit un peu plus l’espace d’expression de l’opposition à Silvio Berlusconi.

Bizarre. Silvio Berlusconi a une image internationale effroyable et pourtant il se maintient au pouvoir. Cela pose de curieuses questions :

  • Les Italiens sont-ils idiots ? L’opposition est en proie aux divisions. Berlusconi n’est peut-être pas un aussi mauvais choix qu’il y paraît.
  • Parallèle avec la France ? Une droite soumise à un « mâle dominant » fanfaron, qui donne au pays une image internationale ridicule, une gauche bien pensante victime d’une guerre des chefs incessante qui prépare mal au gouvernement ? (Et dont le seul programme est de dénoncer les malversations du dit « mâle dominant ».)
Qu’est-ce, dans nos cultures, qui peut expliquer ce bizarre équilibre ?

Fondamentaux

Ce billet récapitule quelques billets illustrant les sciences du changement.
  • Changement : définition. Qu’appelle-t-on changement ? Généralement pas ce que nous entendons par ce mot.
  • Erreurs qui tuent le changement. Curieusement, le changement étant inhérent à la vie, nous savons tous conduire le changement. Ses échecs viennent de quelques erreurs « grossières », inscrites dans notre culture. Apprendre à conduire le changement, c’est avant tout apprendre à ne pas faire ces erreurs. (En particulier, le changement est souvent pour nous une vengeance ou une punition : La punition est inefficace.)
  • Contrôlez le changement ! S’il n’y a qu’une chose à retenir sur le changement, c’est qu’il faut le contrôler. Le facteur clé de succès du changement c’est cela. Et la clé de voûte du contrôle, c’est l’animateur du changement. Comment le reconnaître ? Donneur d'aide et animateur du changement.
  • L’objet du contrôle de gestion est, justement, de contrôler le comportement de l’organisation. Mais, au fait, de quoi parle-t-on ? PME et contrôle de gestion.
  • Vaincre sa résistance au changement. Le « grand théorème du changement ». Le changement est une question d’anxiétés.
  • Les résistances organisationnelles au changement. L’organisation est un tissu de mécanismes de contrôles invisibles. S’ils résistent, c’est que le changement veut détruire l’édifice. Ce qui paraît contre-intuitif dans les techniques de conduite du changement devient évident quand on a compris cela.
  • Effet de levier. Le changement se fait « à effet de levier », c’est-à-dire qu’il ne demande aucun moyen. Et ce pour la bonne raison que les organisations sont faites pour changer (sinon elles crèveraient !). Seulement le mécanisme qui le permet est caché.
  • Ordinateur social. Le changement est une prise de judo. On ne peut pas faire changer une organisation si elle ne veut pas changer. Pour cela on doit l’utiliser en « ordinateur social », c'est-à-dire l’utiliser pour concevoir la nouvelle organisation que demande le changement.
  • Que faire dans l'incertain ? L’incertain désoriente l’individu, le dirigeant en particulier. Soit il est paralysé, soit il s’accroche à une décision, sans vouloir rien entendre. Catastrophe assurée. Solution ? Transformer l’incertain en certain.
  • Culture et changement. Ce que les ethnologues appellent « culture », c'est-à-dire les règles (essentiellement implicites) qui guident nos comportements (cf. la politesse), joue un rôle capital dans le changement. Exemple et techniques.
  • Technique du paradoxe. Le paradoxe est la boussole du changement. L’idée est de repérer ce qui est « bizarre ». Cela signifie une logique qui n’est pas la nôtre. Si l’on arrive à reconstituer cette logique, il ne reste plus qu’à concevoir le changement de façon à ce qu’il s’y conforme et le tour et joué.
  • Ce que vous avez toujours voulu savoir. Quelques questions habituelles sur le changement.
  • Consultant en conduite du changement. Y a-t-il un marché pour le conseil en conduite du changement ?
  • Changer de changement. Les techniques de conduite du changement enseignées et utilisées le plus couramment appartiennent à deux familles : dirigisme bureaucratique et marché. À quoi ressembleraient des techniques inspirées de la démocratie ?
  • Pourquoi l’univers peut-il changer, sans que ce changement ne soit une anarchie ? Autrement dit, pourquoi la vie ? Le changement est la question la mieux étudiée par les sciences. Quelques références bibliographiques : Changement : textes de référence (début) et Changement : textes de référence (thèse).

jeudi 4 mars 2010

Bricolage industriel

"Je lis parfois des interrogations sur ma politique économique : est-elle libérale ? Est-elle interventionniste ? Protectionniste ? A ceux qui s'interrogent, je livre aujourd'hui un principe fondateur de toute la politique que j'ai voulu mener, dès avant 2007, et plus encore depuis : la priorité absolue donnée au redressement de l'industrie française"
Le Président de la République annonce que l’industrie française produira 25% de plus dans 5 ans. Ce qui, semble-t-il, correspond à la remettre au niveau d’avant crise (il y a deux ans).

Dans ces conditions, il n’est peut-être pas étonnant que les mesures prises laissent dubitatifs les observateurs. L’industrie devrait se remettre d’elle-même.

D’ailleurs, comment un gouvernement peut-il relancer tout un secteur ? À moins, peut-être, d’une politique industrielle à l’Allemande. Et cela demande plus qu'une réflexion de cinq minutes.

Compléments :
  • Quelqu’un qui défendait l’industrie à l’époque où cela n’était pas bien vu : FINGLETON, Eamonn, Unsustainable: How Economic Dogma Is Destroying U.S. Prosperity, Nation Books, 2003.

Revues de livres

Liste des principaux commentaires de livres que j’ai faits depuis que ce blog existe. (Jusque-là cette liste occupait la marge de droite du blog.) On trouvera d’autres commentaires de livres, mais moins détaillés, sur Amazon.fr.

Économie
USA
Chine
Inde
Russie
Europe
France
Civilisation romaine
  • Cicéron / Grimal. Biographie de Cicéron, qui en synthétisant les pensées grecques et romaines à peut-être posé les bases de la nôtre.

Civilisation grecque
Sociologie
Philosophie

mercredi 3 mars 2010

Disparition de l’industrie ?

J’entends vaguement une journaliste expliquer les malheurs de l’industrie française. N’étant pas concentré, j’ai dû faire appel à mon inconscient pour écrire ce qui suit :

L’industrie représenterait 13% de l’emploi (25% en Allemagne). Elle aurait fondu. Mais ce pourrait être essentiellement une question de mesure.

En effet, dès que le marketing ou les études sont externalisés, ils deviennent des services. Ce type de « services » aurait cru de 7 à 13% (?) de l’emploi national. Et l’industrie utilise 50% des intérimaires, qui sont aussi considérés comme des services… (Les intérimaires étaient 624.000 en 2008, 405.000 en 2009 ; en 2008, il y avait 28m d’actifs dont 2m de chômeurs d’après l’INSEE).

La crise va-t-elle se poursuivre ?

Jean-Hervé Lorenzi, important économiste, résume notre situation – critique - d’une manière qui a le mérite d’être claire, et propose quelques solutions qui ont le mérite de ne pas être compliquées :

  • Cela devrait mal se passer au second semestre 2010 : les effets de la relance se seront essoufflés et rien n’aura repris. Non seulement les banques ne prêtent pas mais il y a surcapacité de production, d’où guerre des prix et délocalisations. Curieusement il y a beaucoup de liquidités, d’où peu de risque d’inflation, mais gros risque de spéculation…
  • Dans ces conditions une politique de rigueur budgétaire ne ferait qu’accélérer le cercle vicieux. Par conséquent, il faut continuer à aider l’économie tout en rassurant les marchés financiers quant à la capacité de l’État à éliminer les déficits publics.
  • Suggestions : généralisation de la LOLF et suppression des barrières entre corps de fonctionnaires ; résoudre le problème des chômeurs (massivement) en fin de droits (comment ?) ; prévenir le (massif) chômage des nouveaux arrivants sur le marché du travail – et son effet destructeur du talent national - en amenant les grandes entreprises (qui ne recrutent pas) à offrir des formations professionnelles ; relancer la construction de logements (fournit immédiatement des emplois) ; adosser Oséo à la Banque Postale pour prendre le relai d’un secteur bancaire défaillant.

Curieux bilan. Il donne l’impression que l’État doit empêcher de nuire une économie de marché qui a créée la crise (non seulement la crise est financière, mais la surproduction vient du crédit facile). Ainsi, le secteur financier est « inquiet » de l’endettement des États, dont il est la cause ; il faut le rassurer ; il ne joue plus son rôle : il spécule mais n’alimente plus les entreprises ; entreprises qui ont augmenté leurs capacités de manière irréfléchie et qui maintenant réduisent leurs coûts de la même façon (ce qui ne donne à personne d'avantage), ce faisant démolissant leur marché...

Victoire du court-termisme

Un cadre qui faisait apparemment une carrière exceptionnelle dans une apparemment très belle multinationale démissionne, à la surprise de son directeur général, qui l’estimait beaucoup. Voici ses raisons :

Depuis que je suis arrivé je n'ai eu aucun parcours d'intégration, de formation [à ma nouvelle spécialité] (j'ai été « livré à moi-même »), de visite d'usine, de visite de [distributeur] ou de formation quelconque, toutes ces choses qui donnent un sentiment d'appartenance à une entreprise. Pas une seule fois je n'ai eu une discussion avec les RH pour parler d'un plan de carrière éventuel. A aucun moment je n'ai été convoqué à un amphithéâtre pour que les dirigeants me parlent de ce qu'ils attendent de moi ou en quoi notre force de travail est importante pour l'entreprise.

Ce n'est que depuis [mon dernier poste] que je découvre cela avec mon nouveau DG et je vois à quel point il est important de développer un sentiment d'appartenance. Même si cela a un coût, et c'est la raison pour laquelle l'Entreprise réduit autant ce type de prestations, je pense que le retour sur investissement est élevé pour qui souhaite conserver ses compétences.

Je ne remets pas en question tout ce que [la société] m'a appris (car j'ai énormément appris) mais j'estime ne rien devoir car j'ai rendu service en échange.

Enfin, mes conditions financières actuelles, pour des raisons de réductions de coût et de moyenne d'âge et en aucun cas de prise en compte d'un facteur performance, ont également contribué à dégrader ce sentiment d'appartenance.

À quoi l'on peut ajouter que le dit cadre avait pris la place d’un autre cadre qui avait démissionné. Une entreprise dont les employés partent à peine formés peut-elle prétendre qu’elle réduit ses coûts au maximum ? Ou n’est-elle plus que coûts et zéro activité ?

Probablement une entreprise comme beaucoup d’autres. Le management moderne voit certainement l’entreprise comme une collection d’individus que l’on juge en fonction de leur coût. Et le personnel a bien saisi le message : il prend ce qu’il peut, et quitte l’entreprise au plus vite. Pas sûr qu’elle y gagne.

Il n’est plus question de tout ce qui fait le groupe humain, c’est-à-dire d’un capital social, d’un savoir-faire – informel – partagé. C’est pourtant ça la valeur de l’entreprise, son avantage concurrentiel. Les dirigeants ne soupçonnent certainement pas qu’ils dissipent leur héritage et que le jour où il se sera évaporé, il ne restera rien de l’entreprise.

Shutter Island

Je vois généralement des films anciens. Tentative pour être de mon temps. Dernier film de Martin Scorsese.

Première impression : mais pourquoi di Caprio a-t-il cette barbe mal rasée, miteuse, mais toujours de même longueur, inconcevable en 1950 ?

Sinon ça ressemble au dernier Lynch, une sorte de spirale qui transforme notre perception du monde sans qu’elle puisse retomber sur ses pieds – tout n’est qu’illusion ? Éléments déchaînés, puis calme après la tempête. Ça donne l’occasion à de grands acteurs de jouer des rôles de grands acteurs, c'est-à-dire double, voire triple, jeu.

Ce film est-il le grand drame, avec un rebondissement de rebondissement inattendu, qu’il prétend être ? Pour que je le pense, il aurait fallu que je ne sois pas rebuté par une vision, américaine et bien pensante (i.e. repentante), de Dachau, et que j’éprouve de la sympathie pour le héros, et surtout pour son épouse.

Les bons sentiments, le professionnalisme et le métier ne sont pas suffisants pour faire un bon film.

mardi 2 mars 2010

Blues anglais

La livre est faiblarde, la presse anglaise est dépressive :

La situation des finances publiques ne serait pas meilleure que celle de la Grèce. Son gouvernement aurait dépensé inconsidérément pendant les belles années et aurait eu recours à une comptabilité créative enronienne. Il n’aurait pas su contenir un secteur bancaire, maintenant hypertrophié (4 fois le PIB du pays), et que la nation s'est épuisée à remettre à flot.

La Grande Bretagne a quatre caractéristiques inconsistantes. C’est une petite économie, ouverte, avec un secteur financier important et internationalement exposé, une monnaie de seconde division qui lui est propre, et une capacité fiscale de secours limitée. Cela lui donne une vulnérabilité unique.

À cela s’ajoute des sondages qui annoncent de plus en plus un parlement de coalition, promesse d’indécision selon les marchés.

Thomas Legrand

Avant-hier, Thomas Legrand, chroniqueur de France Inter, parlait de son dernier livre. Selon lui N.Sarkozy serait un « Chirac en sueur » : un président qui s’agite mais fait peu.

C’est ce que disait déjà Les réformes ratées du président Sarkozy. Ce qui ne signifie pas d’ailleurs une totale innocuité de l’effort : Édouard Balladur observait dimanche sur France Culture que les déficits structurels de la France avaient une tendance naturelle, indépendante de la couleur du gouvernement, à empirer. (Voir aussi : L'étrange changement de M.Sarkozy.)

Le plus curieux peut-être est que l’image d’un Sarkozy efficace serait poussée par l’opposition, qui l’utiliserait pour faire peur à l’opinion publique.

Si c’est le cas, c’est franchement affligeant. À quand une opposition qui s’intéresse à nos problèmes et nous explique que nous devons voter pour elle parce qu’elle sait les résoudre mieux que le gouvernement ?

Compléments :

Corée du Nord

Une sorte d’ingénieux équilibre de la famine :

  • La Corée du Nord aurait emprunté l’idéologie du Japon d’avant guerre. Le gouvernant serait la mère du peuple.
  • Il ne lui promettrait pas la satisfaction de ses besoins (ce dont il est incapable) mais la protection contre l’ennemi américain, dont il s’assure de l’hostilité grâce à ses provocations.
  • L’aide internationale serait interprétée comme tribut à la supériorité coréenne.

lundi 1 mars 2010

Afghanistan : bout du tunnel ?

L’OTAN tiendrait le haut du pavé en Afghanistan :

  • Les Talibans seraient soutenus par une minorité (30% des Pashtouns qui représentent 2/5ème de la population) et honnis par une majorité.
  • La majorité du peuple désirerait un minimum de confort matériel et de risques de se faire tuer. Et l’OTAN serait vu comme meilleur que les Talibans pour chaque critère de satisfaction (en particulier, il tuerait beaucoup moins de civils).
  • L’offensive en cours vise à éliminer le cœur du dispositif taliban.

Les calculs du général McChrystal auraient-ils été corrects ?

Comment Toyota perdit son âme

L’erreur de Toyota est d’avoir voulu être plus gros que GM.

Course en avant. La méthode qui faisait la gloire de Toyota ne peut suivre. Croissance excessive du nombre de sous-traitants, qui ne partagent plus la culture très particulière de Toyota. Pas assez de personnels qualifiés pour les encadrer. Une centralisation excessive qui paralyse la communication.