samedi 27 février 2010

Obama négocie

B.Obama était adoré de la foule. Il avait une majorité absolue partout. Son opposition était ridiculisée et désorganisée. Or sa première année de mandature a tourné à la Bérézina. Aujourd'hui, les Démocrates se sabordent plutôt que de se présenter aux prochaines élections. Obama devient impopulaire. Les ténors de son camp l’insultent. Comment en est-on arrivé là ? Voici ce que j’ai retenu de ce que j'ai lu :


La déroute
  • Ses partisans ont fait des caprices, se sont montrés peu unis, d’où frein au processus de réforme, mais aussi réformes encombrées par des demandes populistes ou idéologiques, qui les vident de leur efficacité et inquiètent les foules.
  • « Tea party ». Ce mouvement populaire dénonce la remise en cause des valeurs de la nation américaine. Il voit du « socialisme » dans les réformes d’Obama et elles menacent d’augmenter la taille de l’État.
Ce mécontentement produit la perte d’un siège de sénateur. Fin de la « super majorité » démocrate. Échec et mat ?


Stratégie des Républicains

Curieuse position des Républicains.
  • Leur stratégie depuis Reagan est « d’affamer la bête », d’éliminer les ressources de l’État pour le forcer à se réformer. Mais, le gros de ses coûts, c’est l’armée et la protection sociale, des dépenses auxquelles les Américains tiennent plus qu’à tout. Si les Républicains sont contraints à expliquer comment réduire la taille de l’État, ils seront fatalement impopulaires (et on découvrira qu’ils ont énormément contribué aux dépenses).
  • Leur jeu est donc d’empêcher le processus de réforme d’en arriver là. Ils attisent le procès d’intention populaire.
Le succès est grand. Les prochaines élections sénatoriales vont-être fatales aux démocrates. N’ont-ils pas collaboré à une réforme honnie ? Les sénateurs démocrates, terrorisés, annoncent leur retraite. Ça devient une épidémie.

Pas encore convaincu que l’Américain est un veau seulement digne de la dictature ? Le coup de grâce :
Pourquoi le Massachussetts, état hyper démocrate, vient-il d’élire un Républicain ? Par peur que la réforme du système de santé compromette le sien. Or le principe même de cette réforme est d’étendre le système de santé du Massachussetts aux USA !


Obama aux nerfs d’acier ?

Mais B.Obama ne perd pas son calme, et ne claque pas la porte. Il a réuni les deux camps et leur a demandé d’identifier leurs accords et désaccords :
  • Comme on peut s’y attendre, il y a accord sur les objectifs de la réforme. Il ne reste plus à B.Obama qu’à demander aux Républicains comment ils comptent les mettre en œuvre. Un piège dans lequel ils ne veulent pas tomber. Ils recourent à des sophismes (notre système est le meilleur : le premier ministre canadien se fait soigner chez nous), qu’il n’est pas difficile à l’esprit rationnel d’Obama de ridiculiser (je ne parle pas d’une personne, riche, mais de toute la population, pauvre). Encore faut-il que cela soit perçu par l’électeur. Et c’est là qu’Obama semble retourner la situation :
  • Une sorte de gentleman agreement voulait que le vote d'une loi au Sénat demande une « super majorité ». En droit, une majorité simple suffit. B.Obama estime que, contrairement à ce que l’on croyait, le peuple ne lui tiendra pas rigueur du procédé : il veut des résultats.
  • On disait que, le peuple n’aimant pas la réforme de la santé, les chances de réélection de celui qui y contribuait étaient nulles. B.Obama explique qu’une absence de réformes est une preuve d’impuissance bien plus dangereuse.
Et si le peuple récompensait les démocrates d’avoir fait passer une loi servant le bien public ? Et s'il finissait par tenir rigueur du refus tactique de collaboration des Républicains ? L’union sacrée pour servir la cause commune n’est-elle pas une valeur américaine ?

B.Obama va-t-il amener les Démocrates à moins d’idéologie ? Les Républicains à moins de tactique politicienne ? Va-t-il les amener à la raison ?


Commentaires

B.Obama semble changer de stratégie. Il a joué la séduction, il a démontré son manque de charisme. C’est un calculateur à sang froid. Aujourd’hui il paraît attirer ses opposants sur son terrain. Celui de la rationalité.
Ce qui précède est caricatural. J’ai « surinterprété » les événements. Mais, au moins, c’est une position de départ pour décoder la suite de la négociation.

Compléments :
  • Ce qui peut expliquer un éventuel biais de mon interprétation, est que ce que j’écris ici ressemble beaucoup à ce que je dis, de par ma profession :
  1. Ce qui bloque une négociation est que l’on s’affronte sur le moyen, pas la fin. Il faut donc savoir revenir à cette dernière. Une fois que l’on a un objectif commun, il faut chercher une solution qui satisfasse les contraintes des deux camps. La démarche s’exprime en deux principes : passer de l’émotionnel au rationnel et du face-à-face au côte-à-côte. (FISHER, Roger, URY, William L., Getting to Yes: Negotiating Agreement Without Giving In, Penguin, 1991.)
  2. La remise en cause d’hypothèses inconscientes, que B.Obama semble avoir provoquée, est l’étape initiale de tout changement (« insight » des psychologues).
  3. B.Obama serait-il un optimiste ?

Quai Branly

De l’extérieur le musée me fait penser à un porte-conteneurs. Et ça ne donne pas l’impression d’un bon état. À un endroit la pluie traversait le toit et tombait sur l’œuvre d’aborigènes australiens.

Jadis, chaque roi ou empereur donnait un nom au style de son époque. Il faudrait reprendre la tradition. La Grande bibliothèque, le Front de Seine, le Musée du Quai Branly… sont du style Vème République. À l’image du goût de nos présidents : laid et prétentieux. Probablement le style que Tocqueville avait en tête lorsqu’il prévoyait la disparition de ce que son époque avait de beau et de grand.

L’intérieur est sombre. Lugubre même. J’ai trouvé les objets petits et tristes. Un peu comme si l’on avait pris les jouets de nos ancêtres pauvres.

S’il y a musée, c’est que l’on s’attend de nous que nous nous émerveillions. Que nous trouvions ce qui y est aussi beau que ce que nous avons produit. Ne sommes nous pas la quintessence de la bienpensance ?

Mais que sont ces objets sans la société qui était autour d’eux, sans la signification et l’amour qu’elle leur apportait ? Pas beaucoup plus que le jouet qui a fait le bonheur de nos ancêtres ?

vendredi 26 février 2010

L’invention d’Israël

Pierre Assouline fait état d’une thèse selon laquelle, si j’ai bien compris, le peuple juif actuel ne résulterait pas d’une migration venue de Palestine mais de la conversion de multiples populations. Les juifs des origines seraient restés sur place, et se seraient convertis aux religions dominantes.

La thèse officielle aurait été inventée au 19ème siècle pour justifier le droit des juifs à faire d’Israël leur pays.

Ces travaux, qui semblent fort discutés, peuvent-ils remettre en cause la légitimité d’Israël ?

Le 19ème siècle a vu « l’invention » de la notion de nation, en Europe. C’est à cette période que nous avons décidé que nous descendions des Gaulois. Que ce mythe soit maintenant tourné en ridicule n’a pas pour autant déséquilibré le pays. Et qui croit encore à la pureté génétique des nations ?

Et si le but de ces travaux était, plutôt, de montrer que les peuples qui vivent en Palestine n’ont pas de raison de s’affronter ?

Compléments :

  • THIESSE Anne-Marie, La création des identités nationales, Seuil, 2001.

jeudi 25 février 2010

Tournant mondial ?

Curieux. Il y a peu, on était ridicule si l’on n’affirmait pas que l’avenir était aux services. Or, voilà que Coca-Cola, machine de marketing, achète les usines qui produisent ses boissons. Ce qu’avait déjà fait Pepsi.

Raison ?

Wal-Mart Stores’ emergence as the dominant retailer, new trends in consumer tastes and the onset of hundreds of new beverage brands have chipped away at the benefits Coke and PepsiCo enjoyed in keeping their biggest bottlers at arms’ length.
The separation gave bottlers little incentive to take risks with new products, and left the two sides haggling over how to share sales.

Après les achats par Boeing, hier encore champion de l’idéologie de la délocalisation, de ses sous-traitants, serait-on en face d’une phase d’intégration verticale ? Avec, en plus, la fin des délocalisations à tour de bras ?

Compléments :

  • Je soupçonne que l’on va brutalement découvrir que les pays émergents ne sont pas sûrs

Lutte des sexes

Une étude montre qu’il y a une nette amélioration de le performance économique d’une entreprise, si son encadrement est féminin à plus de 35%.

Ce seuil correspondrait à celui qui permet à une minorité de se faire entendre.

L’homme pourrait donc connaître le chômage de manière disproportionnée. Comme cela est déjà le cas d’ailleurs. Son destin, s’il veut éviter d’être SDF : homme au foyer ?

Compléments :

  • L'homme doit se rendre désirable ? Marché d'avenir : la cosmétique masculine ?

Ethnologie du journalisme

Je suis réveillé par le journal de France Musique. Le présentateur se réjouit de l’augmentation du chômage : N.Sarkozy n’a pas tenu ses promesses.

Un ami me disait il y a peu qu’il trouvait les nouvelles déprimantes. Pas étonnant : les journalistes veulent nous démontrer l’incompétence de ceux qui nous gouvernent. Ce serait bien s’ils pensaient à nous expliquer pourquoi leurs élus vont faire notre bonheur. Mais non. Au mieux ce qu’ils nous en disent annonce l’avènement d'une morale sévère et de la contrition : nous paierons pour nos crimes.

Je ne suis pas honnête : j’écoute la radio publique, affiliée au PS, pas représentative de tous les journalismes. Mais la radio privée est-elle différente ? Les journalistes pensent que le capitalisme c’est l’homme loup pour l’homme. Ceux restés à gauche se battent contre son avènement ; ceux qui ont retourné leur veste se comportent selon les règles qu’ils prêtent à leur maître.

Compléments :

Cicéron

Les philosophes des Lumières admiraient Cicéron, pourquoi ? me suis-je demandé. GRIMAL, Pierre, Cicéron, Fayard, 1986.

Résistant
Cicéron fut un grand résistant au changement, il s’est arcbouté pour que la République romaine ne devienne pas un Empire. Paradoxalement, sa pensée aurait été à l’origine de l’idéologie sur laquelle s’est reposé, et qui a justifié, l’Empire. Mais aussi ses conquêtes : Rome ayant pour mission d’étendre la justice au monde.
Cicéron voulait que la République romaine soit éternelle. Ses principes fondateurs étaient parfaits, il suffisait de bien les utiliser.
Pour lui, Rome était une combinaison idéale entre monarchie, oligarchie (aristocratie) et démocratie. Chaque système a ses avantages et ses inconvénients, les combiner judicieusement permettait de profiter des premiers sans avoir les seconds. Pour cela il devait y avoir dans la cité des sages qui l’orientent dans la bonne direction, qui lui donnent de bonnes lois. Plutôt des intermédiaires que des dirigeants. Leurs choix devaient être guidés par la philosophie, héritage des pensées grecques et romaines (chaque courant philosophique ayant son utilité).
Est-ce l’égoïsme qui a fait s’effondrer l’édifice ? Les Romains, ne ressentant plus la nécessité d’une solidarité justifiée par la menace extérieure, ont commencé à se disputer pour ses acquis. Le Sénat, paralysé par les intérêts des familles qui le constituaient, semblait incapable de diriger la nation. Les tentatives de coup de force se multiplient jusqu’à ce que César, et surtout Auguste, installent définitivement l'Empire.
Ce qui est peut-être le plus surprenant est que Cicéron ait pu leur tenir tête et qu’il ait même semblé un moment sur le point de défaire Antoine. Avait-il compris quelque chose de fondamental sur le fonctionnement de Rome, qui lui permettait de faire jeu égal avec les généraux ? Était-ce son art oratoire (« éloquence (…) perfection d’une pensée sage »), qui semble avoir été sans égal ?

Lumières
Que lui trouvaient les Lumières ?
  • Son œuvre fait la synthèse de la pensée, notamment grecque, qui le précède. Première raison possible d’estime ?
  • Surtout son combat est celui de la raison, de la loi, de la morale, de la société, contre la force, la cupidité, l’égoïsme, les instincts les plus primaires de l’individu. Sous cet aspect sa pensée, plutôt stoïcienne, rappelle le Confucianisme. Certains grands hommes, après avoir cultivé leur esprit (philosophie), ont accès à la raison universelle (dont tout individu a reçu une étincelle). C’est ainsi qu’ils peuvent prendre des décisions justes. Car si la nature guide l’humanité, elle laisse au libre arbitre humain le choix (bon ou mauvais) de l’embranchement à suivre. « Le pilote d’un navire cède au vent (…) mais peut en même temps (…) amener son bateau au port ». D’ailleurs les décisions de ces sages participent à l’équilibre de l’univers. Il est aussi question, comme en Chine, de l’intangibilité des rites, antidote contre l’arbitraire.
En tout cas, ses aventures laissent penser que, quand une société est viciée, la raison a bien du mal à la régénérer. Peut-être alors n’y a-t-il d’issue que dans la dislocation, afin de pouvoir rebâtir des fondations plus solides ?

mercredi 24 février 2010

Repentance

J’écoute distraitement RFI. Une journaliste reproche à la France de ne pas s’être repentie de ses actes en Afrique. Elle répète « repentance », « repentance »… et en contre-point on entend la voix de N.Sarkozy dire (en substance) : « pourquoi se repentir de son histoire » ?

C’est curieux que cette journaliste emploie un vocabulaire religieux et ne fasse pas appel à notre raison. Pourquoi ne répond-elle pas à N.Sarkozy ? S’il y a eu pêché, la « repentance » est elle suffisante pour l’effacer ? Ou y a-t-il risque de tartufferie ? D’ailleurs puisque nous sommes concernés par l’affaire pourquoi ne pas lui consacrer un grand débat public, qui nous permettrait de comprendre la nature de notre culpabilité, et les décisions qui doivent en résulter ?...

Ségolène Royal avait aussi fait acte de repentance, au nom de la France, je ne sais plus pourquoi. La « repentance » serait-elle une valeur socialiste ?

Mais comment expliquer cette intimité entre Christianisme et Socialisme ? Simple coïncidence ?

À creuser.

Ali Soumaré

Des candidats UMP aux régionales affirment qu’un candidat du PS a subi de multiples condamnations. Ils auraient eu accès à des informations secrètes (en partie erronées). En outre, ils violeraient les principes du droit français. Les fondements de notre démocratie. Le PS peut pavoiser. Mais, voici ce que l’on apprend :

Concernant une infraction pour conduite sans permis relevée par M.Delattre, "aucune ordonnance n'a été signifiée à M. Soumaré. Le dossier est en cours", a-t-elle ajouté. Enfin, M.Soumaré ayant fait appel des deux mois de prison ferme auquel il a été condamné en 2009 pour rébellion à agent de la force publique, "il est donc présumé innocent. C'est un principe de notre droit", a rappelé Mme de Givry.

Reste une accusation de "violence" contre deux femmes en 2008. M. Soumaré nie en être l'auteur. Le candidat PS reconnaît, en revanche, un vol en 1999 pour lequel il a écopé de six mois de prison ferme. Selon son avocat, Jean-Pierre Mignard, "comme le prévoit la loi, cinq ans après l'exécution d'une peine, M.Soumaré a été réhabilité. Il est donc interdit d'en faire état".

Le PS se met-il à la place de la personne non avertie qui reçoit cette information ? Que va-t-elle penser de la combinaison d’un nom étranger avec autant d’accusations, récentes en plus, même si elles sont couvertes par la présomption d’innocence ?

Que le PS ait choisit un candidat aussi facilement attaquable montre à quel point les calculs politiques sont loin de lui, et à quel point il tient à ses principes. C’est courageux.

Mais, nos partis de gouvernement (aveuglés par les coups qu’ils se portent ?) se rendent-ils compte du spectacle qu’ils nous offrent ?

Ancien testament

Il semblerait qu’il n’y ait pas de version originale de l’ancien testament, mais différentes variantes qui auraient cohabité.

Il faut douter de tout, rien n'est assurément certain !

Always

Film de Spielberg, 1989.

Les films obéissent à des modes, à l’époque c’était celle des morts protégeant les vivants : l’année d’après Ghost a connu un gros succès. Peut-être y avait-il alors un climat favorable ?

Ce film m’a semblé surtout très « pro », très américain, suite de grands moments d’émotion et d’effroi (on traverse les arbres, l’eau et les flammes). Ça m’a ne m’a pas enthousiasmé. Aurais-je vu trop de films ?

mardi 23 février 2010

Jean-Paul Delevoye

J’entends parler le médiateur de la République à plusieurs reprises. Tristes propos. Notamment :

J'estime à 15 millions le nombre de personnes pour lesquelles les fins de mois se jouent à 50 ou 150 euros près. Je suis inquiet de voir que des personnes surendettées peuvent se retrouver en plan de redressement personnel (PRP) pour la deuxième ou troisième fois parce que leurs dépenses dépassent structurellement le montant de leurs ressources.

Je suis frappé par la cohabitation de deux types de sociétés : l'une officielle, que nous connaissons tous, l'autre plus souterraine qui vit d'aides, de travail au noir et de réseaux. Ces deux sociétés ont des fonctionnements parallèles, elles ont leur propre langage, leur propre hiérarchie, leur propre chaîne de responsabilité.

Depuis des décennies, nos gouvernements successifs ont réformé la France en silence, parce que nous étions les ennemis de notre bien. Pensaient-ils arriver à ce résultat ? N’aurait-il pas été au moins aussi efficace de respecter les principes de la démocratie ?

Compléments :

  • La France en mutation.
  • Ce que j’ai entendu de ses idées sur le management des entreprises retrouvait le ton du rapport sur le « bien-être et l’efficacité au travail ».

Euro dupes ?

Une étude sur l’UE disait que, pour parvenir à faire entrer des opinions divergentes dans de mêmes traités, ils étaient bâtis sur l’ambigüité. Il semblerait que ce soit la même chose pour l’euro :

L’Allemagne voulait quelque chose qui ressemble à l’Allemagne, en particulier une BCE – Bundesbank, et la France quelque chose qui ressemble à la France, c'est-à-dire un « gouvernement économique européen » dans lequel la BCE aurait tenu compte de l’avis d’élus du peuple.

Ai-je raison de penser que l’Allemagne a gagné ? Penserais-je différemment si j’étais allemand ? D’ailleurs une victoire est-elle définitive ? Un système ne tend-il pas à s’ajuster en fonction des événements ?

Logique de la gauche

Un tortueux enchaînement de pensées m’a amené à me demander si la gauche n’est pas une machine à nous imposer de beaux principes théoriques. Mais y a-t-il une logique derrière ces principes ?

L’insistance sur le droit des immigrés signifie probablement que la gauche pourrait en avoir contre la notion de citoyen, donc de nation. « Droits de l’homme » signifiant l’impossibilité de tout édifice social ? Idéal d’Hegel et de Marx d’une fin de l’histoire où tous les hommes seraient frères ? Mais pourquoi alors cette insistance sur la culture, concept social par excellence ? La gauche penserait-elle qu’il y a une culture unique, qui serait celle de la société finale ?

À creuser

Compléments :

Le retour de la raison

Ce blog ne connaît que des méandres : ma réflexion sur ce qui guide la gauche me fait approuver les néoconservateurs :

Ils avaient sans doute raison de penser que la gauche, ayant instrumentalisé le bien et le mal, était parvenue à faire que notre morale soit de son bord. Mais, je continue à leur reprocher d’avoir voulu utiliser les mêmes procédés à leur profit.

Bref, d’un côté comme dans l’autre, on ne nous croit bons qu’au sophisme et au lavage de cerveau. Que signifierait une humanité qui utilise sa raison, comme le voulaient les Lumières ?

Il faut sortir de l’éthique des valeurs, et analyser les conséquences que peuvent avoir nos beaux principes. Comment prévoir ? 4 idées :

  1. Pas de décision sans débat.
  2. Voir si la science n’a pas quelque chose à dire sur le sujet, si elle ne condamne pas certaines options.
  3. Identifier les principes sur lesquels repose notre société et regarder s’il n’y a pas incompatibilité entre nos décisions et eux. Et, si oui, chercher à les faire s’entendre. À défaut d’entente, l’élimination du principe initial sera faite en connaissance de cause.
  4. Surtout, dans la mesure du possible, contrôler que les conséquences désirées surviennent comme prévu.

lundi 22 février 2010

Obama se fait des amis ?

Les réformes de B.Obama sont dans une mauvaise passe. Non seulement son camp se comporte de manière irresponsable, mais il a perdu le sénateur sans lequel ses lois n’ont aucune chance. La situation semble si désespérée qu'une vague de sénateurs démocrates déclare forfait pour les prochaines élections.

Que faire quand on a besoin de la collaboration de l’ennemi, mais que celui-ci veut vous faire perdre ?

Rejouer la tactique chinoise, ou afghane, c'est-à-dire devenir méchant. Plutôt que de chercher à se faire des amis des Républicains, Obama semble vouloir leur faire perdre les prochaines élections.

But Mr Obama doesn't need many Republican defectors: having all the Democrats plus one Republican on his side would do the trick. The president badly needs something that either looks like a victory or, and perhaps this could be more important in an election year, something that allows him to paint the Republicans as the bad guys.

Ce qui pourrait les encourager à voter ses lois.

Au fond, je me demande si être méchant ne convient pas mieux à B.Obama, qu’on dit froid et calculateur, que son attitude « peace and love » initiale. Mais était-ce habile d’être immédiatement désagréable ? En tout cas, être gentil, puis méchant si l'autre l'est, est le meilleur moyen de se faire des amis selon Robert Axelrod (Théorie de la complexité).

Compléments :

Colonialisme paisible

Émission entendue hier matin sur RFI, dont je n’ai pas réussi à trouver la trace sur son site web, d’où le flou du propos :

Il était question d’un docteur de l’Islam africain, me semble-t-il, qui avait joué une sorte de rôle de préfet à l’époque coloniale. Une période qu’il aurait vécue avec bonheur : il pensait que l’Islam devait se nourrir du progrès occidental. Qu’il semblait voir comme une bénédiction.

Il se trouve qu’au même moment, je lisais la vie de Cicéron, et l’opinion que le Romain avait de la conquête : le conquis était le protégé du conquérant, des liens de dépendance se tissaient ainsi.

Je m’interroge de plus en plus : des deux lequel est le plus condamnable : le colonialisme occidental ou la décolonisation ?

Comme un torrent

Chef d’œuvre de Vincente Minelli (1958).

Mélo interminable. Frank Sinatra a 20 ans de plus que son personnage, et paraît plus vieux que son frère aîné, supposé nettement plus âgé. Chaque acteur caricature le rôle auquel il est ordinairement associé.

Sinatra est un intello qui se croyait raté jusqu’à ce qu’il rencontre une intello qui reconnaît son génie. Il arrête l’alcool et lui déclare sa passion. Mais elle n’est que théorie, elle a le cœur sec. Il est aussi follement aimé par une traînée au cœur d’or, qui n’a rien dans la tête. Choix cornélien. Et film moral : ceux que la société admire sont d’effroyables hypocrites ; les justes, des débauchés à l’espérance de vie réduite à rien. Appel à la révolution ?

dimanche 21 février 2010

Le miracle n’en était pas un

Ça se confirme : ce que l’on nous a présenté durant des années comme un renouveau de l’économie n’était que poudre aux yeux :

Pendant la dernière décennie, la croissance de l’emploi aux USA a été inférieure à celle de la population, en très net décalage par rapport aux précédentes périodes de croissance.

Aujourd’hui, le chômage long a atteint un niveau inconnu depuis près de 40 ans (le double du précédent maximum).

Bug de l’eurozone ?

Le problème que l’Allemagne pose à la zone euro :

Durant la dernière décennie, ses entreprises se sont modernisées et ses salariés ont accepté des augmentations de salaire misérables, ce qui a stimulé sa compétitivité. Dans une Europe sans euro, ses partenaires commerciaux auraient pu effacer une partie de cet avantage en dévaluant leur monnaie.

Et l’Allemagne a pour stratégie d’exporter et de maintenir des excédents commerciaux. Ce qui signifie mécaniquement que le reste du monde doit être en déficit.

La zone euro serait-elle, par conception, bancale : l’Allemagne en excédent, les autres membres, qui absorbent une grande partie de ses exportations, en pertes ?

La situation est-elle durable ? L’Allemagne ne risque-t-elle pas de mettre en faillite ses clients ? Pour l’éviter, ne devrait-elle pas leur ouvrir ses marchés ?

Compléments :

War of generations

Le problème de la guerre des générations semble se poser en Angleterre dans les mêmes termes que chez nous. Les baby boomers ont la puissance et la gloire, ils nous laissent une terre dévastée, et leur imprévoyance est en partie coupable de la crise actuelle :

En comparant la richesse financière et immobilière des différents groupes d’âges entre 1995 et 2005, la Banque d’Angleterre a découvert que les 25 – 34 ans avaient vu leur richesse chuter, tandis que les 55 – 64 ans avaient vu la leur tripler.

Un résultat d’un taux d’épargne (des baby boomers) au plus bas, fut que les banques britanniques (...) se mirent en danger en s’appuyant trop fortement sur le marché de gros pour leur argent.

À mesure que la société connaît une ségrégation croissante par âge, certains lotissements sociaux ont maintenant des ratios adultes – adolescents débordants d’hormones plus typiques des violents Yémen ou Somalie que d’un pays occidental développé.

Une question demeure : « les baby boomers sont-ils une génération chanceuse ou égoïste ? ».

Et s'ils avaient été innovants. Ils ont cru qu’ils se devaient ce qu’ils possédaient, pas qu’ils l’avaient emprunté aux générations futures ?

Banque et risque

La gestion prudente du risque par une banque serait une question de culture observe The Economist (et aussi : A matter of principle). Ce qui rejoint les conclusions d’un des premiers billets de ce blog (Société Générale et contrôle culturel).

Ce qui est plus inattendu, c’est que Goldman Sachs, un des méchants préférés des journalistes, a une très solide culture de gestion des risques.

Ce qui nous ramène à une remarque de Galbraith concernant le crash de 29. Les banques (dont Goldman Sachs) qui s’étaient lancées dans la spéculation dont il résulte étaient confiantes qu’elles tireraient profit du retournement de la situation. Or, c’est ce que Goldman Sachs a fait lors de la dernière crise, il a été un des premiers à comprendre que les subprimes menaient au désastre, et, tout en les vendant à ses clients, il a parié contre.

Ces banques sont insubmersibles ? Elles sont programmées pour vivre du risque qu’elles font courir à la planète ? Définition du parasite ?