mardi 6 avril 2010

L’homme plutôt que la société

Vieil article sur la « guerre des talents », doctrine de McKinsey, avec Enron pour champion. Elle voulait que l’homme soit tout, l’organisation rien.

Curieux, mais Enron fut décidément le pionnier de toutes les modes à l’origine de la crise, qu’il s’agisse des innovations financières (notamment des emprunts que l’on fait passer pour des revenus, ou des véhicules hors bilan), ou de traiter les employés comme des stars. Dommage que sa chute ait été jugée trop ignominieuse pour mériter d’être étudiée comme un mal national.

Amusant aussi comme les idées reçues peuvent évoluer rapidement. Au début de ma carrière on disait que « nul n’était irremplaçable »… 

Velib

Je vois le Velib avec des yeux neufs :

Dans un monde où l’on veut réduire la pollution, la production… tout ce que l’on possède et utilise peu pourrait être loué. Les emplois de production seraient ainsi transformés en emplois de service (opérateurs des systèmes d’information qui gèrent le système, réparateurs, livreurs…).

Compléments :

Laissez-faire anglais

L’Angleterre semble l’économie la moins protégée au monde. Ses entreprises se faisant absorber les unes après les autres, avec risque de délocalisation et de perte de savoir-faire national, elle s’interroge sur la validité de cette politique. Intéressantes considérations de The Economist :
  • Même les entreprises américaines sont plus difficiles à acheter que les anglaises.
  • L’Angleterre posséderait beaucoup de multinationales, héritage de son passé colonial. Mais l’actionnariat de celles-ci serait éparpillé (disparition depuis longtemps de l’actionnariat familial). Ce qui les rendrait à la fois prudentes dans leur gestion et des proies faciles.
  • Cependant, l’expérience semblerait indiquer que l’acquisition d’entreprises anglaises par des étrangers n’est pas mauvaise pour le tissu économique local. Certaines ont pour objet le marché en Angleterre et restent donc sur place. Les acquéreurs étrangers peuvent développer les compétences de leurs employés et apporter un savoir faire de gestion nouveau. L’Angleterre continue à attirer des quartiers généraux… Conclusion :
Éducation et compétences, plutôt que le protectionnisme, sont toujours la meilleure façon de sauvegarder les emplois anglais quand des acheteurs étrangers viennent nous rendre visite.  
  • Mais le réel argument en faveur du laissez-faire ne serait-il pas celui-là :
Empêcher les acquisitions pour protéger les emplois anglais saperait le soutien ancien du pays à un marché libre d’acquisition de sociétés, et à la liberté des marchés, plus généralement, ce qui ferait de l’Angleterre un endroit moins favorable aux affaires.
Idéologie ? Pas sûr. Ce n’est peut-être pas un argument absolu en faveur de la liberté des marchés. Mais plutôt un argument relatif. L’Angleterre est la porte d’entrée du marché européen, sans présenter les contraintes continentales. Pour les multinationales, l'Angleterre c’est les bénéfices de l’Europe, sans ses inconvénients. Si l'Angleterre est un pavillon de complaisance, elle n’a peut-être pas besoin de sa propre flotte. 

lundi 5 avril 2010

H1N1 : pandémie négative

Il semblerait que la grippe H1N1 ait pris la place de la grippe usuelle. Combinées elles ont tué moins de monde qu’à l’habitude.

Mais l’erreur a eu des conséquences économiques sérieuses et pourrait prédisposer la population à réagir incorrectement à la prochaine alarme.

Raison de cette déroute ? L’OMS n’a pas évalué le niveau exact du danger avant d’alerter la planète. Conclusion de l’article :
Les décisions contestables de l'OMS montrent que ses responsables sont soit trop rigides soit incompétents, soit les deux, pour apporter les modifications voulues au système d'alerte de pandémie - ce qui ne surprend plus d'une organisation critiquable sur le plan scientifique, arrogante et qui n'a de compte à rendre à personne. Elle est peut-être capable d'effectuer une surveillance sanitaire sur le plan mondial, mais son rôle politique doit être considérablement réduit.
L’OMS : nouvel exemple des méfaits du carriérisme ?

Tea party et web social


Il défend des valeurs conservatrices mais ne vote pas Républicain. En fait, il semble avant tout être « contre ». Il est contre l’establishment, et ne veut pas de leader. Il n’a pas de programme clair. Sa force vient surtout de ce qu’il sait mobiliser la foule (grâce au web social). Mais il n’a aucune organisation interne. Curieusement, s’organiser signifierait même la mort du mouvement. Son atout maître : être spontané ?

Parallèle avec les manifestations françaises ? Quand une mesure ne convient pas au peuple, il se manifeste et fait tomber un ministre. Peut-être en est-il de même aux USA ? Sorte de résistance au changement ? Quand certaines valeurs de la société sont menacées, il y a manifestation de mécontentement ? Moyen de manœuvrer une classe dirigeante qui n’a pas les mêmes intérêts que la classe populaire, mais qui a tous les pouvoirs ?

Compléments :
  • Contradiction avec les thèses de Mancur Olson, selon lequel seuls les petits groupes peuvent construire des coalitions, les grands ayant besoin de contrainte pour cela ? Le web 2.0 donne-t-il aux foules un moyen de coordination à coût si faible qu’il leur est possible de monter des rassemblements éphémères, mais efficaces parce qu’ils frappent à des instants critiques du processus démocratique (élections) ?

Europe de deuxième division

Dominique Strauss-Kahn aurait dit :
"Le risque pour les économies européennes, c'est qu'elles se retrouvent en deuxième division, et non pas en première, avec les Etats-Unis et l'Asie"
Ce qu’un article du monde explique ainsi :
57 % (des exportations) des Etats-Unis sont tournées vers les pays émergents à forte croissance, 23 % seulement vers la zone euro. Et du côté du marché du travail et de sa flexibilité. L'ajustement de l'emploi a été beaucoup plus rapide aux Etats-Unis qu'en Europe, ce qui permet d'y envisager une reprise plus soutenue (162000 emplois ont été créés en mars).
Très bien. Mais tout ceci est structurel. Les entreprises américaines sont conçues pour licencier et embaucher. Elles se renouvellent par la « destruction créatrice » (y compris la leur). Les nôtres sont conçues pour s’adapter au changement et demandent à leurs employés de se couler dans une culture forte. Du coup, les licenciés ne retrouvent plus d’emploi. Idem pour les exportations. Les entreprises ne peuvent par exporter du jour au lendemain, pour cela elles ont besoin, en particulier, de réseaux commerciaux préexistants, comme a su en construire l’Allemagne. Quant aux Anglo-saxons, leurs réseaux commerciaux couvrent le globe depuis des siècles.

Bref, un tel diagnostic est l’équivalent de dire que, pour être champions du monde de basket, il suffit d’avoir des joueurs qui mesurent 3m.

Si l’on veut éviter à l’Europe la seconde division, il faudra la transformer, ce qui demande une vision à long terme, et du temps. Je ne doute pas que nous bénéficierons bientôt des mesures prises par M.Strauss-Kahn, lorsqu’il était au gouvernement.

Compléments :
  • Autre idiotie : l'émerveillement de l'article devant le dynamisme chinois et indien. Pourquoi s’étonner de notre différence de croissance ? Veut-on maintenir les pays émergents dans la pauvreté ? 

Leader de Detroit

La ville de Detroit est dans un triste état. En quelques décennies elle a perdu la moitié de ses habitants, déficit (325m$), maisons abandonnées, fermetures d’écoles (45 en une année)…

Seule solution à ses malheurs, réduire la ville, réinventer son fonctionnement pour qu’il corresponde à son nouvel état. Curieusement, ses habitants considèrent cette réorganisation comme celle d’une entreprise, avec les mêmes termes. On parle d’ailleurs de « changement » comme s’il s’agissait d’entreprise, et on lui cherche un « leader », qui pourrait être le maire de la ville.

L’article : Thinking about shrinking. Et mes remarques :
  • Pourquoi les Américains parlent-ils donc systématiquement de « leaders » ? Ne sont-ils pas les apôtres du laisser-faire, de la main invisible ? Pourquoi leur faut-il quelqu’un pour les guider dès qu’ils envisagent un changement ?
  • Une hypothèse : c’est une société d’individualistes, avec fort peu de règles communes. Par conséquent, le changement les laisse désemparés, d’où risque de mouvement Brownien et nécessité d’un agent de la circulation pour organiser l’effort collectif ?
  • Cela expliquerait-il pourquoi les étudiants me disent sans arrêt que le changement ne peut réussir s’il n’est pas soutenu par le top management ? (Ce à quoi je réponds que je n’ai jamais vu un changement porté par son dirigeant.) Les livres traitant du changement viennent d’Amérique, avec leur contenu nous absorbons leurs biais culturels ?
Compléments :
  • La notion de leader semble effectivement liée à la culture anglo-saxonne, elle entendrait par là le « pasteur », celui qui guide le troupeau.  (Philippe d’IRIBARNE, La logique de l’honneur, Seuil 1993.)
  • Un aperçu de la théorie du leader : Mesurer la capacité au changement d’une entreprise.

dimanche 4 avril 2010

Mort du 3D ?

Il semblerait que Le choc des titans soit un 3D raté.

Notre mode du film 3D pourrait s’achever comme les 2 qui l’ont précédée (1950 et 1980). Les studios se sont jetés sur le 3D, parce qu’il permet d’enfler le prix des places. Or le film doit être conçu avec le 3D en tête, et, ça marche surtout avec l’animation. Conséquence : mort du 3D pour cause de navets ?

Compléments :
  • Je n’ai rien trouvé d’extraordinaire au 3D du Crime était presque parfait d’Hitchcock, et je ne suis pas subjugué par l’avancée technique survenue depuis. 

Geely achète Volvo

Illustration de la stratégie chinoise d’acquisition de compétence occidentale ? Geely, fabricant de voitures qui ne passent pas les normes de sécurité occidentales, achète Volvo, spécialiste de la sécurité, à coups de subventions gouvernementales.

Faut-il avoir peur du Chinois ? Ma théorie du moment est qu’il nous a rendu service.
  • La globalisation de ces dernières décennies ressemblait férocement à une tentative de prise de contrôle de la planète par des oligopoles. Par exemple, les constructeurs automobiles suivaient une même stratégie. C’était la mort de l’innovation. En empêchant cette entente, la Chine pourrait forcer l’industrie occidentale à redevenir intelligente.
  • La Chine semble incapable d’inventer, de nous proposer des produits que nous n’avons pas. D’ailleurs peut-être que le faire demande beaucoup de temps. En conséquence, elle a sans doute raison de partir de notre savoir-faire pour construire le sien. Ce n’est pas nécessairement dangereux pour nous. L’Allemagne et la France construisent toutes deux des voitures, et chacune a trouvé sa place sur le marché automobile. Il n’y a pas de raison qu’il n’en soit pas de même avec la Chine.
L’Occident doit sortir de sa léthargie, et ses patrons doivent montrer qu’ils méritent leur salaire.

Compléments :

The ghost writer

Film de Roman Polanski.

Exceptionnellement, je suis allé voir un film récent. Mais j’ai attendu un peu après sa sortie, que les salles se soient vidées.

Excellent moment. Film construit sur une idée d’une simplicité et d’une élégance surprenantes. Réécriture de l’histoire de Tony Blair, plus vraisemblable que la vraie. Mais qu'en pensera-t-on, une fois Tony Blair oublié ? (D’ailleurs, le film ne perd-il pas de son intérêt quand on ne connaît pas bien la vie de Blair, et de sa femme ?)

samedi 3 avril 2010

Berlusconi (suite)

Les dernières élections italiennes sont très favorables à S.Berlusconi. Y aurait-il deux façons de juger un homme politique ?
  1. Ce qu’il dit ou fait. Critère de jugement de l’intellectuel. Alors les triomphes durables de MM.Berlusconi et Reagan, ou de Mme Thatcher, sont quasi incompréhensibles.
  2. Ce qu’il est. Ce qui compte est son comportement. Il a quelque chose qui plaît.  

Heureuse Amérique

L’Amérique a un « privilège exorbitant » : ses dettes sont bon marché, et ses investissements étrangers lui rapportent plus qu’aux autres nations.

Aucune raison honnête (par exemple une rémunération d’une prise de risque) ne semble le justifier.
Seule explication : les bénéfices d’être une monnaie de réserve ?

Compléments :

vendredi 2 avril 2010

Pétrole d’Obama

B.Obama annonce qu’il va permettre les forages pétroliers au large des côtes américaines.

Ce serait idiot, à la fois écologiquement et économiquement. Mais pas politiquement : cela décoincerait un sénateur républicain nécessaire au vote des lois de réglementation des émissions et (surtout ?) cela priverait les Républicains d’un cri de guerre, juste avant les élections de Novembre. (Et, B.Obama moins inquiétant intello gauchiste, plus l’un des nôtres ?)

Illustration de l’irrationalité de la marche des sociétés ? Mais peut-être pas de celle d’Obama. Car si forer est idiot parce que n’apportant pas grand-chose, symboliquement c’est important, et, en prenant l’argument à l’envers, les dégâts sont aussi probablement secondaires. Il est idiot de le faire, mais encore plus de s’y opposer ?

Olivier Ferrand

Entendu ce matin, sur France Culture, ce qui semble être un membre du PS. Enfin quelqu’un qui parle des problèmes de la France :
  • Déficits structurels
  • Elle investit beaucoup trop peu.
C’était court, et je n’ai pas retenu grand-chose d’autre. Mais c’est bien. Nous avons besoin de poser clairement les problèmes avant de considérer quelles solutions nous devrions leur donner.

Compléments :
  • Le sujet de l’État et du rôle du service public me semblent aussi devoir être posés. Je soupçonne que, pour faire des économies, le gouvernement enlève actuellement le personnel de là où il est utile, sans attaquer les réelles causes d’inefficacité du système.
  • En outre, il faut mettre un terme au chômage, qui fait que 10% de notre population doit être alimentée sans qu’elle puisse contribuer à l’assurance sociale. Ce qui me semble passer par la flexisécurité. Elle est difficile à mettre en place, mais l’enjeu est colossal, et d'autres ont réussi (pays nordiques), pourquoi pas nous ? Mais là, j’avance des solutions. 

Homme multiple

Les modélisations économiques de l’homme le considéreraient comme 
une entité multi-systèmes (avec des objectifs conflictuels, une information réduite, etc.) et par conséquent le décideur doit être modélisé comme une organisation.
Ce qui semblerait expliquer pourquoi James March m’a suggéré de publier mes idées : j’avais justement fait cette hypothèse. (Qui, par ailleurs, s’oppose au modèle d’Herbert Simon, qui voit l’organisation comme un ensemble de moyens qui doivent satisfaire une fin.)

Compléments :
  • En tout cas, l’économie s’entête toujours à modéliser la société comme un ensemble d’individus, sans se rendre compte que des lois propres au groupe règlent ses comportements (cf. sociologie ou théorie de la complexité).

jeudi 1 avril 2010

Service gratuit

Depuis longtemps je me demande pourquoi les services sont comptés dans le PIB. Beaucoup de « services payants », ne sont-ils pas des services que la société fournissait gratuitement jusque-là ? Maslow ne disait-il pas que l’amitié était la psychanalyse de l’homme bien portant ? Si l’on paie pour la psychanalyse va-t-on payer pour l’amitié ? Création de « valeur » illusoire ?

Je viens d’avoir l’idée suivante. Au fond ce que paie la société, c’est la spécialisation, la professionnalisation. C’est pour que des gens deviennent des amis spécialisés qu’il faut les payer pour qu’ils n’aient pas l’obligation de faire autre chose pour vivre (donc d’être des amis amateurs). L'innovation c'est cela : une spécialisation reconnue par la société. 

Ce qui semble aller dans la direction de l’idée d’Adam Smith selon laquelle la « la division du travail est limitée par l’étendue du marché » : pour maximiser la richesse du monde, il faut éliminer les barrières à l’échange, ainsi chacun pourra se concentrer sur son talent, et laisser le reste à d’autres, plus doués. C’est la justification de la globalisation.

Compléments :

Mondialisation

Guy Sorman conteste l’idée reçue d’un siècle asiatique :
  • L’Asie n’est pas homogène (peu de ses pays, même, le sont), elle est fort instable, la sécurité d’une partie de ses routes commerciales dépend de l’armée américaine. Surtout l’Asie est plus capable d’améliorer que d’innover. Et l’avenir de sa culture ne semble pas avoir trouvé d’autre option que l’absorption, contre nature ?, des valeurs occidentales.
  • Mais l’avenir n’est à personne en particulier. L’échange a fait disparaître l’identité des nations. Nous sommes mondialisés.
J’en doute. La Chine est attachée à sa culture, comme l’est le Japon. La crise économique me semble avoir été celle d’une illusion, occidentale, de la globalisation, d’un monde gagné au capitalisme. Les nations se replient sur elles-mêmes, à commencer par l’Amérique. L’avenir proche est au bloc, je soupçonne.

Dangers de l’innovation

L’innovation financière fut un grand coupable de la crise, dit-on. Elle aurait poussé au crime d’une curieuse façon :

Plus l’innovation rapporte moins ceux qui en sont responsables la mettent en œuvre correctement (par exemple les gestionnaires de fonds ne se préoccupent plus d’évaluer ce qu’ils vendent mais en laissent le soin aux agences de notation). L’innovation devient un moyen d’extraire de l’argent du public. Jusqu’à ce que ça ne soit plus viable. L'innovation disparaît alors avec le forfait.

En fait, en modifiant les règles du jeu, l’innovation désorganise le contrôle social, ce qui permet de tels phénomènes de parasitisme.

La science serait-elle devenue un moyen de détrousser la société ?

Compléments :
  • Je décris quelque chose comme cela dans un livre que j’ai failli publier. La mauvaise qualité du logiciel produit à partir des années 80 (notamment de Microsoft) me semble venir de ce que le « ni fait ni à faire » était devenu la meilleure stratégie de carrière. Là aussi il y avait eu détournement d’innovation.
  • OGM, science et démocratie.

mercredi 31 mars 2010

Invention de la société moderne

J. Bradford DeLong se demande quelles sont les raisons qui ont fait de notre société ce qu’elle est. Réponse :

Fin 19ème, invention du processus systématique d’invention et d’innovation (invention de l’inventeur et du laboratoire), permise par deux révolutions : des moyens de communication et de transport globaux. Désormais une nouvelle idée peut être connue partout, et un nouveau produit vendu partout, permettant ainsi des fortunes sans précédent.

Compléments :

Déséquilibre des échanges mondiaux (suite)

Certains disent que le déséquilibre des échanges mondiaux a été créé par une soudaine passion pour l’épargne. Désaccord de chercheurs :

Ils constatent que si les Chinois se sont mis à épargner, il n’y a pas eu augmentation de l’épargne mondiale. Par contre, là où il y a eu spéculation immobilière, il y a eu déficit. Pourquoi ? Parce que les peuples se sont crus riches, et qu’ils ont dépensé ce qu’ils ne possédaient pas.

En particulier, la corrélation semble se vérifier particulièrement bien pour les pays européens. Confirmation du point de vue allemand : le salut est dans la rigueur ?

Compléments :

mardi 30 mars 2010

Point Angleterre

Curieux. Mettant un terme à son pessimisme, The Economist voit à l’Angleterre des lendemains qui chantent.
  • Après avoir rappelé qu’il y a 3 ans « l’économie britannique était la plus forte d'Europe », il explique qu’elle n’est pas une seconde Grèce, mais qu’elle a de solides fondamentaux (dus à Margaret Thatcher), à savoir, des salaires modérés, des syndicats « petits et faibles » et un taux de change flottant. Bref le paradis sur terre.
  • Quant à l’économie, elle n’est pas aussi dévastée que d’autres articles le prétendaient, l’industrie « qui compte encore pour la moitié des exportations », demeure la 6ème du monde, et « les services financiers, même à leur pic, constituaient seulement 8% de l’économie, contre 12% pour l’industrie ».
  • Un seul point noir : le surpoids de l’État. Mais les conservateurs vont réduire sa taille (« les dépenses du gouvernement ont cru de 44% du PIB en 2006 à 52% en 2009, à comparer avec les 48% de la soi-disant étatiste Allemagne. »).
Compléments :

Point Grèce

L’Europe a mis au point un plan financier d'aide à la Grèce. La poussière retombe. Dans quel état est le pays ?
  • Apparemment, pas de révolte, gouvernement toujours populaire.
  • Quant à son plan de rigueur, il n’est réalisable que si la Grèce peut emprunter à un taux réduit. L’accord européen est arrivé à temps. Par contre il y aurait besoin de 3 fois plus d’argent qu’envisagé (75md€ et non 25) et de 5 ans au lieu de 3 pour arriver au niveau d’endettement voulu.
  • Dans quel état cela laissera-t-il le pays ? L’histoire ne le dit pas.
Compléments :

Jihad et Arabie Saoudite

Le Jihadisme saoudien semble avoir une curieuse histoire :

Naissance : conjonction d’intérêts favorables à l’Ouest et d’une volonté de quelques-uns d’accomplir des actions glorieuses au nom de l’Islam. Puis erreurs du pouvoir qui conduisent au conflit, et aussi révolte au spectacle des souffrances du monde musulman. Devenu plus adroit, le gouvernement saoudien ferait entrer la situation dans l’ordre.

Enseignement ? Dans la lutte contre Al Qaeda « il est plus urgent de se préoccuper des symboles de la souffrance musulmane, que de réformer économiquement et politiquement les pays arabes ».

lundi 29 mars 2010

Cyriaque Magloire Mongo Dzon

Entendu (partiellement) avant-hier chez RFI. Jugement sur la décolonisation.

Ce n’est pas la colonisation qui a pêché, mais la décolonisation. La France cheminait avec l’Afrique, pourquoi l’a-t-elle abandonnée aux mains d’élites corrompues et rétrogrades, qui ont mis un terme à son voyage vers la démocratie ? Voilà ce que j’ai cru comprendre.

Compléments :
  • Si mon interprétation est correcte, Cyriaque Magloire Mongo Dzon partagerait la vision de J.S.Mill d’un colonisateur qui guide le colonisé dans son évolution culturelle. 

Nouveau taylorisme

Dans l’émission que je cite dans le billet précédent, il est question d’un « nouveau taylorisme ».

Des employés d’un centre de recouvrement de FT témoignaient. Certains étaient d’anciens techniciens, qui avaient été fiers de leur état, et maîtres de leur sort et d’un petit royaume technique. Aujourd’hui, ils sont téléopérateurs, une pièce dans un rouage. Plus exactement, ils sont en bout d’un mécanisme dysfonctionnel qui crée l’incompréhension du client (les commerciaux de FT semblent vendre n’importe quoi), qui éclate sur eux.

Un des interviewés explique qu’il préférerait travailler à la chaîne, parce qu’au moins là il serait sûr de ne pas avoir de surprises. Dans le taylorisme des services la menace de la crise est permanente.

Et on ne parle que de rendement, de rentabilité. C’est étrange. Massacre des employés au nom de la rentabilité. Mais quel peut-être la qualité du service au client dans ces conditions ? Et l’avenir de l’entreprise ? Décidément, le culte de la rentabilité rend idiot.

Compléments :
  • Le rapport « Bien être et efficacité au travail », note : « La santé n’est pas l’absence de stress ou de maladie : c’est « un état de complet bien être physique, mental et social, [qui] ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité », selon la définition donnée par l’organisation mondiale de la santé. » Autrement dit, si l’employé ne se sent pas bien à son travail, cela signifie qu’il est mauvais pour la santé.
  • Plus loin : « L’employeur est légalement responsable de la santé et de la sécurité de ses salariés et a une obligation de résultat en la matière. » Bien lourde responsabilité, qui explique certainement des délocalisations vers des contrées où le travail dans les mines peut tuer des milliers de personnes, sans que qui que ce soit ne s’en préoccupe. 

Conditions de travail

J’ai lu le rapport « Bien être et efficacité au travail » remis au premier ministre le mois dernier. Le diagnostic initial est particulièrement déprimant :
Les grandes « familles » de facteurs de stress ont fait l’objet de nombreux travaux d’experts. Dans notre perspective de praticiens, nous retenons en particulier :
- la fréquence accrue des réorganisations, restructurations et changements de périmètre des entreprises, qui impactent tout ou partie de l’organisation et modifient parfois brutalement les conditions dans lesquelles les salariés exercent leur activité ;
- la peur du chômage et l’incertitude sur l’avenir, qui génèrent chez les salariés un sentiment d’insécurité et les rendent plus démunis face aux difficultés rencontrées sur le lieu de travail ;
- l’accélération et l’augmentation des exigences des clients dans une économie fortement tertiarisée depuis trente ans, marquée par de nouveaux modes de services (call centers, guichets, caissières…) ;
- l’utilisation parfois à mauvais escient des nouvelles technologies, qui « cannibalise » les relations humaines : elle fragilise la frontière entre vie privée et vie professionnelle, dépersonnalise la relation de travail au profit d’échanges virtuels et accélère le rapport au temps de travail – introduisant une confusion entre ce qui est urgent et ce qui est important. En une génération, on est passé d’un collectif de travail physiquement réuni
à une communauté d’individus connectés mais isolés et éloignés les uns des autres ;
- le développement de nouvelles formes de taylorisme dans le domaine tertiaire. Caractérisées par la standardisation et la parcellisation des tâches et des relations, elles peuvent faire perdre le sens du travail. Lorsque les méthodes de management incitentsimultanément à la prise d’initiative, les salariés se trouvent en situation d’injonction paradoxale. Les process doivent rester un moyen : ils ne règlent pas les enjeux humains, qui se jouent dans la proximité du management ;
- l’intériorisation par le management de la financiarisation accrue de l’économie. Elle fait de la performance financière la seule échelle de valeur dans les comportements managériaux et dans la mesure de la performance, sans prise en compte suffisante de la performance sociale ;
- la mondialisation, conjuguée avec une centralisation des organisations, qui éloigne les salariés des centres de décision, décrédibilise le management de proximité et crée un sentiment d’impuissance collective et individuelle ;
- le développement des organisations matricielles et du reporting permanent, ainsi que certains comportements managériaux, qui contribuent au sentiment de perte d’autonomie, d’efficacité et d’utilité des équipes ;
- les difficultés dans les relations de travail, au sein d’une équipe ou avec le supérieur hiérarchique, notamment lorsque l’isolement réduit les occasions d’échange ou d’écoute ;
- les contraintes de transport, notamment dans les grandes agglomérations ou dans les zones géographiques mal desservies, qui créent de nouvelles tensions – surtout lorsqu’elles se cumulent avec des questions d’organisation personnelle qui pèsent particulièrement sur les femmes (modes de garde des enfants etc.) ;
- l’augmentation des attentes en matière de lien social vis-à-vis des entreprises, avec la diminution des autres formes de lien social (famille, école, cité, églises…), qui devient critique lorsque difficultés personnelles et professionnelles se cumulent.
Suivent des recommandations. Mais j’ai du mal à imaginer qu’une situation aussi catastrophique puisse être corrigée facilement.

Cette liste me donne le même sentiment qu'un reportage sur le travail chez France Télécom entendu tout à l'heure (Les pieds sur terre, de France culture). L’entreprise marche sur la tête, parce que ses dirigeants se sont coupés de la réalité.

Je crois que tout rentrera dans l’ordre le jour où ils comprendront que leurs salariés sont au cœur des processus critiques de l’entreprise et que ce sont eux qui savent comment les transformer pour l'enrichir. Quand les salariés seront à nouveau devenus une richesse, toute cette irrationalité suicidaire disparaîtra.

Changement chez les dinosaures

Le changement biologique :
L'ordre ancien est détruit. Il y a une période de confusion. Alors un nouvel écosystème émerge, qui ressemble de manière surprenante à l’ancien, mais avec des acteurs différents.
Easy come, easy go.

Compléments :
  • Les révolutions procèdent de même dit l'article. Tocqueville aurait approuvé (L'Ancien régime et la Révolution).

dimanche 28 mars 2010

Journée du changement

Comme deux fois par an, nous subissons aujourd’hui un décalage horaire.

Cela a-t-il la moindre utilité ? Je n’ai jamais rien  vu qui le démontre indubitablement. Mais je suis attaché à cette journée, parce qu’elle est symbolique. C’est notre journée du changement, comme il y a une journée de la femme. Deux fois par an nous sommes amenés à réfléchir à ce qu’est un changement technocratique. Ma contribution :
  • Le changement technocratique est conçu par un être supérieur. Il modélise le monde par une équation, et en déduit ce qui va faire son bonheur. Si mes souvenirs sont bons, le changement d’horaire devait faire gagner à la France « 100.000 tonnes de pétrole ». De même, pour créer des dizaines de milliers d’emplois, il suffisait de mettre les taxis en concurrence parfaite, et la taxe carbone élimine l’effet de serre. (Les 35h auraient dû supprimer définitivement le chômage.)
  • Le secret du changement technocratique, c’est de faire abstraction de tout ce qui n’est pas mesurable. C'est-à-dire de la réalité de la vie. C’est d’ailleurs pour cela que le changement paraît aussi miraculeux : on en a oublié le coût réel ! C’est aussi pour cela que l’échec de la mesure est incompréhensible : le gain n’était-il pas évident ? Seule explication : malveillance d’un peuple de retardés. 

Reengineering gouvernemental

Nathalie Segaunes a mené une enquête auprès de nos ministres. L’agitation de l’omniprésident les laisse désœuvrés. Tout leur effort consiste à imaginer des actions de communication qui les fassent remarquer. N’y a-t-il pas que cela qui compte pour le président ?

Alors qu’il n’est question que de réduction de déficit, pourquoi le gouvernement ne réduit-il pas le nombre de ses ministres et secrétaires d’État ? Ce serait fort et symbolique, non ?

Il pourrait suivre les recommandations de Michael Hammer, le gourou du reengineering : un reengineering doit viser à diviser par deux les effectifs d’une entreprise. Deux fois moins de ministères, donc. Cela ferait de grosses économies : car les ministres sont fort bien payés, et s’entourent de gens qui le sont aussi.

Compléments :
  • Il y a ici une méthode extrêmement efficace de réduction de coût, que j’ai utilisée quelques fois, mais qui semble peu connue : réduire le haut de la pyramide. Ça touche relativement peu de monde, mais ça diminue massivement les dépenses de personnel. Il y a probablement quelque chose de culturel dans notre imperméabilité à cette idée. Il y a quelques années j’ai demandé au patron des achats de PSA pourquoi son service n’était pas fait de « low cost people ». C’était dans sa logique et ces personnes, à proximité des fournisseurs, auraient été idéalement placées pour négocier avec eux. Bizarrement, il n’a pas semblé comprendre ce que je lui disais. 

Archéologie culturelle


Les migrations au sein de l’Allemagne se feraient toujours en fonction des zones d’implantation des dialectes anciens.

Faiblesse de l’intégration allemande qui n’a pas su constituer de culture unique ? Ou les cultures anciennes se maintiennent-elles longtemps, et influencent-elles nos comportements à notre insu ? 

samedi 27 mars 2010

Crash stratégie de Sarkozy ?

Dans un précédent billet je m’interrogeais sur les réactions de B.Obama et de N.Sarkozy face au revers. Je me demandais s’il n’y avait pas quelque-chose de culturel dans leur comportement :

B.Obama, comme un champion sportif américain, sort le grand jeu quand il est au plus mal. Alors que N.Sarkozy, comme le champion sportif français ?, perd ses moyens et s’enfonce dans la caricature ?

N.Sarkozy, qui semble un excellent animateur du changement, est un mauvais leader du changement. Il est trop impulsif, alors que tout le succès d’un changement est dans sa préparation. (Surtout lorsque l’on travaille avec une organisation aussi complexe qu’une nation !) Cette préparation consiste essentiellement à définir ce qui va mettre la nation en mouvement, et à construire l’infrastructure de contrôle du changement.

Il aurait besoin de quelqu’un, d’une équipe, qui lui apporte des propositions de réforme réfléchies, et qui fasse émerger, dans l’administration, les réseaux nécessaires à la mise en œuvre des dites réformes.

Comment va se terminer le mandat présidentiel ? Canard boiteux enfermé dans un bunker ? Renaissance une fois la logique fautive poussée à l’absurde, et le fonds de l’abîme de la déprime atteint ?...

Compléments :
  • D’ailleurs, je me demande si la nation n’a pas amélioré ses mécanismes de résistance au changement. En début de mandat, elle était surprise par la vitesse d’exécution du Président, maintenant, elle paraît voir dans chaque annonce présidentielle un coup de bluff. Elle cherche des contradictions et ridicules dans le discours, et elle les dénonce immédiatement, ce qui coupe l’élan présidentiel. Bricolage industriel.

Coût du travail

Encadré de la page 66 de L'Usine Nouvelle (n° 3184 du 18 mars 2010) :
Les états généraux (de l’industrie) ont permis de soulever le manque de compétitivité français. Le poids des charges sociales handicape les entreprises à l'export. La réflexion sur le financement de la protection sociale doit avoir lieu rapidement. Faute de quoi, inutile d'espérer un redressement de l'industrie française !
Bref, si la France ne se débarrasse pas de son système de protection sociale, ses entreprises ne seront pas performantes. L’article parle ensuite de primes de l’État et de robotisation. Voici comment un Américain lit cet article :
Cette réaction quasi-nationale quasi-unanime pourrait prendre racine dans l'absence de l'éthique protestante du salut par le travail et la domination par l'éthique catholique du salut par la grâce, de Dieu ou de l'État.  Si on met tout sur le dos des charges sociales, que personne ne pourra changer sans allumer une révolution dans les rues, c'est aussi une excuse pour ne rien faire. Appeler l'État pour légiférer OK, mais on attend toujours le salut d'en-haut. Ce qui conduit à inscrire l'assistanat jusque dans les chromosomes. La réaction d'un Américain est, "Nous n'avons pas les moyens ?  Eh bien, on va les créer... par la force de notre pensée et de notre travail." Malgré les charges sociales. Après tout, je crois savoir que les Allemands ont à peu près les mêmes charges, mais cela ne les bloque pas comme ici.
Compléments :

  • Le sus-nommé Américain ajoute ceci à sa déclaration :
Dans l'Usine Nouvelle du 11 mars, je lis à la page 22 que "Selon Eurostat en 2008 (les charges sociales) pèsent 42,5% des réumnérations brutes en France, contre 23,5% en Allemagne."  Mais le coût horaire des deux pays est le même: environ 33 euros l'heure. 

vendredi 26 mars 2010

Avantage de l’altruisme

À l’envers des théories qui prônent l’égoïsme, il semblerait qu’il soit un handicap économique :
Au fur et à mesure que les sociétés sont devenues plus complexes, celles qui ont développé des systèmes sanitaires, de transport, de fourniture d’énergie, etc. ont mieux réussi que celles qui ne l’avaient pas fait. Il se peut que la notion d’équité soit équivalente à ces systèmes.

Compléments :
  • L’égoïsme est à la base du modèle d’Adam Smith, de l’économie néoclassique (homme rationnel, qui optimise son intérêt), et des théories néoconservatrices

jeudi 25 mars 2010

Euro

La baisse de l’euro semble ébranler la journaliste qui m’annonce les nouvelles, ce matin. Je ne comprends pas. Le monde entier cherche à dévaluer sa monnaie, pour relancer son économie, pourquoi alors se lamenter d’un euro faible, qui ne peut qu’aider nos chômeurs ?

Et si c’était un moyen, maladroit, de se plaindre du manque de solidarité européen, de l’égoïsme allemand ?
Mais pourquoi l’Allemagne n’aurait-elle pas le droit de donner son point de vue ? Pourquoi serait-il fatalement moins bon que le nôtre ? N’est-elle pas fondée à dire qu’il est anormal qu’un pays puisse trafiquer ses chiffres ?

Ce que l’Europe est en train de faire, c’est de créer une jurisprudence. Une fois construite, elle servira, immédiatement, lors d’une prochaine crise. Pour cela elle a besoin de réfléchir. Ce qui demande un échange d’idées. C'est cela la démocratie.

En fait, on reproche à l’Europe de ne pas être solidaire, alors qu’elle est en train de construire cette solidarité ! Mais quand aura-t-on fini de croire à la génération spontanée (autrement dit au père Noël) ?

Le mâle est démodé

Les femmes ont le choix entre :
  1. Des hommes virils, garants d’une descendance en bonne santé, mais qui sont infidèles.
  2. Des efféminés plus fidèles mais moins bons reproducteurs.
Le progrès scientifique serait nuisible aux premiers : « L’hygiène et les mauviettes, semble-t-il, vont main dans la main ». (Face off)

mercredi 24 mars 2010

Taxe carbone

Les mésaventures de la taxe carbone paraissent une illustration des « réformes ratées ». La réforme est lancée sans être très bien ficelée. Résistance de lobbies. Attaque par le camp du président. Les incompréhensions se multiplient. Elle est vidée de sa substance. Le conseil constitutionnel l'achève. Le président s'en désintéresse.

Cependant, les « réformes ratées » semblaient correspondre à des projets mûrement réfléchis. Celle-ci apparaît comme une improvisation opportuniste :
M.Sarkozy est victime de lui-même, d'un coup tenté au lendemain des élections européennes de juin2009. Europe Ecologie a réalisé un score historique de 16,3%. Se projetant sur les régionales de 2010 qui s'annoncent difficiles, M.Sarkozy exhume alors une idée de Nicolas Hulot, celle d'une taxe carbone, censée taxer l'énergie, pour récupérer l'électorat Vert. Le chef de l'Etat rêve aussi d'arriver fin décembre en champion de l'environnement au sommet de Copenhague sur le climat. L'enjeu est historique. Au Brésil, en septembre, M.Sarkozy compare cette révolution aux débats sur la décolonisation, l'élection du président de la République au suffrage universel… ou la peine de mort.
Bizarre contraste avec B.Obama. Le président américain, se transcende dans l’adversité, se transforme, et renaît triomphant. M.Sarkozy, lui, paraît perdre ses moyens. Jusqu’à caricaturer ses propres défauts. Différence culturelle ?

Nanoparticules

On s’inquiète de leur nocivité. On a des doutes.

Le plus curieux est à quel point elles sont répandues : chaussettes, ciment, sucre en poudre et sel, crème solaire. 

Les bénéfices associés semblent infimes, et surtout pouvoir être obtenus par d’autres moyens (par exemple modification de comportements, pour les chaussettes et les crèmes).

L’innovation est trop importante pour être laissée aux industriels ?

Compléments :

Combat aérien

Airbus et Boeing agiraient comme un oligopole, au moins en ce qui concerne les A320 / B737 (respectivement 81% et 77% des appareils vendus). Ils n’auraient pas envie de les remplacer.

Mais ils pourraient y être contraints : un nouveau type de moteurs ultra-performants est apparu, et il équipe une nouvelle génération d’avions : Mitsubishi, Bombardier, C919 chinois et Irkut MS-21 russe.

Compléments :

mardi 23 mars 2010

Réforme bancaire aux USA

Un des feuilletons de ce blog : comment contrôler le danger financier américain ? Point d’étape :

Il semblerait que l’on s’oriente vers un suivi par la Réserve Fédérale des établissements les plus dangereux. En cas de risque de faillite, l’établissement serait découpé en morceaux et remis en ordre (les actionnaires, en particulier, essuieraient les pertes). Ces grands établissements alimenteraient, aussi, ce qui semble un fonds d’assurance. Enfin les échanges de produits dérivés, aujourd’hui difficiles à connaître, se feraient par le biais d’une chambre de compensation.

Commentaire :

Nombre d’économistes pensaient que le système financier américain aurait dû subir ce traitement lors de la crise. Mais le gouvernement américain a choisi de le renflouer sans contrepartie, d’où réémergence des comportements criminels antérieurs. Or, le combat n’est pas perdu. Le législateur semble se préparer à utiliser les prochaines crises pour faire entrer, les uns après les autres, les contrevenants dans le rang. Le procédé n’est peut-être pas idiot : une crise imprévue n’est pas un bon moment de réforme. En agissant en deux temps le gouvernement américain peut avoir évité une crise dévastatrice, sans pour autant avoir renoncé à civiliser le système financier.

Encore faut-il que le nouveau mécanisme d’intervention soit bien conçu.

Compléments :

Police russe

Le système policier russe serait bâti sur un modèle original :
  • Il serait dirigé par l’ex KGB, qui exerce la « fonction de répression de l’État », hors de tout contrôle, et dont le fonctionnement « repose sur ses liens traditionnels avec le crime organisé ».
  • « La fonction principale des agences de respect de la loi en Russie n’est pas de protéger le public du crime et de la corruption, mais de protéger la bureaucratie (dont elles-mêmes) du public ».
  • « Pour s’assurer la loyauté, le système permet aux services de police et de sécurité de gagner de l’argent avec leur permis de violence ».
  • Résultat : « les services policiers, judiciaires et pénitenciers sont des composants d’une industrie dont le métier et la violence légitime et qui utilise les gens comme matière première ».
Après Goldman Sachs, le KGB ? Nouvel exemple de parasitisme, d’un organe social qui se retourne contre la société ? 

lundi 22 mars 2010

Concurrence internationale

Le Monde consacre un article à la conquête du marché des centrales nucléaires par les pays émergents. Un extrait :
"Les Chinois sont capables de les construire", constatait Hervé Machenaud, le nouveau responsable de la production et de l'ingénierie d'EDF, quand il dirigeait sa branche Asie-Pacifique. Le directeur général de CGNPC, Quian Zhimin, n'en fait pas mystère. Aux journalistes qu'il rencontre, il glisse un document sans ambiguïté sur ses ambitions : "Acquérir la technologie grâce à l'ouverture du marché, importer la technologie avancée de l'étranger, en coordonner l'assimilation et favoriser l'innovation afin de devenir autonome dans la conception." La CGNPC doit, selon lui, "acquérir les compétences nécessaires pour construire des centrales 100 % chinoises". C'est cette capitalisation des savoir-faire, à partir des technologies françaises en particulier, qui a permis à Séoul de s'imposer face aux Français.
Ce qui pose de curieux problèmes. Par exemple, le savoir-faire français nous a coûté des décennies de recherche, de longs investissements à perte, et beaucoup de risques humains. Quel prix cela a-t-il été payé par nos clients émergents ?

Ils semblent vouloir utiliser ce que nous leur avons vendu pour nous éliminer du marché : que ferons-nous quand tous nos savoir-faire auront été rayés de la carte ? Un autre article (voir page 40) dit :
Leurs champions (des pays émergents) réécrivent les règles du jeu en se battant sur l’innovation, la carte maîtresse qui était supposée permettre aux entreprises européennes et américaines de rester concurrentielles en dépit de coûts élevés, du poids énorme des retraites futures, et de contrats sociaux douillets.
Plus loin
Ceux qui affrontent la concurrence directe (ou indirecte) du (…) grand nombre de diplômés que produisent la Chine et l’Inde souffrent. (…) Les personnes qui sont dans les 40% du bas de la distribution des revenus aux USA n’ont connu aucune amélioration dans leurs conditions de vie réelles en 20 ans – en dépit de la plus longue période de croissance économique connue en un siècle.
Serait-il temps de mettre un terme à la politique qui a consisté à laisser faire tout et n’importe quoi aux dirigeants de nos grandes entreprises, et de réfléchir à comment affronter un monde émergent peu amical ?

Raisons de l’euro

The Economist raconte une curieuse histoire :

Mario Soares convoque les meilleurs économistes portugais et leur demande ce qu’ils pensent de l’adhésion à l’UE. Tous sont contre. Il leur dit alors qu’il vient d’envoyer une demande d’adhésion. Pourquoi leur avoir demandé leur avis ? Pour montrer qu’il ne s’agissait pas d’une décision économique. Dans l’UE, le Portugal ne sera jamais plus une dictature.

N’a-t-on pas tort de juger la zone euro en termes économiques ? Comme l’UE n’a-t-elle pas été créée pour nous débarrasser de nos vices ? Une monnaie commune ne devait-elle pas imposer une homogénéisation sociale, de ce fait éliminant notre pêché capital : la guerre ?

La zone euro aurait-elle était créée, non parce qu’on a sous-estimé la complexité de son établissement, mais justement à cause de l’effort qu’elle allait demander ?

Entreprise citoyenne

Discussion avec un avocat fiscaliste très occupé d’acquisitions : les entreprises sont riches et s’achètent les unes les autres.

Je venais juste de voir un article qui disait : « Beaucoup d’entreprises sont sorties de la crise avec des niveaux record de liquidités, cependant elles voient peu de possibilités de croissance interne ». D’où dividendes, croissance externe ou achat de leurs propres actions…

Victoire de la gestion financière ? Les entreprises ne créent plus : elles licencient quand ça va mal, et inquiètes du peu de dynamisme d’un marché au chômage, dépensent leur argent en usages improductifs, ensuite ? Cercle vicieux ?

Compléments :
IF YOU need an explanation as to why political discontent is so widespread on both sides of the Atlantic, take a look at figures compiled by Dhaval Joshi of the hedge fund RAB Capital. This recovery has benefited companies a lot and workers not at all.  In the US, Joshi calculates that, in cash terms, national income has risen $200 billion since the depths of the recession in March 2009. But corporate profits have risen by $280 billion over that period, while wages are down by $90 billion. One would have to go back to the 1950s to find profits outperforming wages in absolute (cash) terms, and even then it was on a much smaller scale. In Britain, national income rose $27 billion in the last two quarters of last year. Profits were up £24 billion and wages just £2 billion.

Réforme de santé américaine : point

Point sur la réforme de la santé aux USA :
  1. Le problème qu’elle doit résoudre résulte du « vice » de l’économie de marché et de la culture américaine. Pour l’Anglo-saxon, économie de marché = innovation. Plus souvent, économie de marché = monopole. Dans ce cas : pas de concurrence entre hôpitaux, ou entre assurances, qui assurent de moins en moins de monde. En outre, les hommes de la santé font payer cher à leurs patients l’habitude locale d’intenter des procès et de réclamer des « dommages punitifs ».
  2. La réforme semble mal fichue, mais elle répare une injustice sociale (le nombre de non assurés est de l’ordre de grandeur de notre population), elle pourrait lancer un processus d’amélioration continue (véhicule nécessaire aux projets républicains ?). Surtout, pas de réforme maintenant aurait signifié réforme dos au mur, en situation de crise.
Compléments :
  • Du « vice » : Montesquieu, Tocqueville, et plus récemment, Crozier et d’Iribarne, ont dit que tout modèle social a des vices de construction, l’inverse de leurs forces (leur logique constitutive poussée à l’absurde ?).
  • Cette réforme a illustré l’abjection de l'élu américain, qui ne voit pas plus loin que son intérêt personnel, et surtout une erreur de débutant de B.Obama, excusable.
  • Mes informations viennent de : Pass the bill.

Espoir à l’Est ?

Dans mon bilan de santé des économies de début de crise, j’avais laissé l’Europe de l’Est dans une situation quasi désespérée (Europe de l’est : bombe à retardement ?). Que lui est-il arrivé ?

Cette situation n’était pas homogène, mais une menace planait sur beaucoup d'États : leur économie dépendait des banques étrangères, qui risquaient de se replier sur leur territoire d’origine. Vu de loin, la question semblait bien plus critique que celle de la Grèce.

Mais il n’y a pas eu de drame. Exemple de solidarité sociale, même internationale ?
  • Les États les plus touchés ont procédé à des plans de rigueur redoutables. Mais le peuple n’a pas bronché, pas plus que les fragiles coalitions gouvernementales.
  • Le FMI et la BCE, notamment, sont venus au secours des banques européennes, afin d’éviter leur désertion.
Grâce à la chance, à un sain jugement, et à une aide amicale, l’Europe de l’Est a conjuré le désastre.

dimanche 21 mars 2010

Christine Lagarde

J'ai appris que Christine Lagarde est le meilleur ministre des finances européen selon le Financial Times. (Ancienne nouvelle, à laquelle je n’avais pas fait attention – ou qui n’a pas fait de bruit.)

Je sais peu de choses de Mme Lagarde, sinon qu’elle parle parfaitement anglais et que ses propos sont dans la logique de ceux de la presse anglo-saxonne. Même si je la perçois plutôt du côté de ceux qui lisent l’information que de ceux qui la font, c’est une première en France.

Nouveau « Nobel Obama » ? On récompense un ressortissant d’un peuple de sauvages pour sembler, presque, être « l’un des nôtres » ?

Chômage :

Cette semaine j’ai parlé de chômage. Qu’en sais-je ?
  • Ce dont on nous a rebattu les oreilles depuis 30 ans est faux. On nous a dit qu’une économie performante créerait de l’emploi. Or, les économistes les plus orthodoxes affirment qu’il y a un taux naturel de chômage (courbe de Phillips), et qu’il est élevé. Or, chacun d’entre nous, et les économistes de plus en plus, sait que si un homme ne trouve pas un emploi à son entrée dans la vie active, ou si sa vie professionnelle est troublée, il a de fortes chances de devenir éternellement inemployable. L’économie de marché créerait naturellement l’exclusion.
  • Une erreur commune est de penser que plus l’on produit de richesses, moins il y a de pauvres. En imaginant que le PIB soit autre chose qu’une vue de l’esprit, nous sommes beaucoup plus riches que nos parents. Pourtant ils connaissaient le plein emploi, nous connaissons la précarité.
  • En fait, le chômage est une question d'entraide sociale. S’il y avait de l’emploi pour tous dans les années 60, c’est simplement que l’État le répartissait. Mais ce système n’a pas su s’adapter aux transformations de l’économie mondiale.
Conclusions provisoires :
  • En l’absence d’une organisation mondiale viable, la nation demeure le niveau pertinent de solidarité sociale, de protection de l’individu.
  • Si elle juge que le chômage est un fléau, elle doit s’organiser pour répartir le travail, mais en le faisant de manière à ce que, globalement, elle résiste à la dislocation de la moins disance internationale.
  • Cela passe probablement, en interne, par la mise au point d’un système de « flexisécurité », et, en externe, en l’imposition aux États concurrents de systèmes de protection sociale équivalents aux nôtres.
Compléments :

Maîtriser le parasite

Quel que soit le problème auquel B.Obama est confronté, à commencer par celui du système financier, il semble qu’il ne rencontre que des individus qui jouent leur intérêt à court terme contre celui de la société. Parasitisme. (Ou peut-être « hubris » grec, le vice qui disloque les sociétés ?)

Je me souviens d’une caricature de l’époque de la « Nouvelle économie », où l’on voyait un informaticien travaillant à son ordinateur et se demandant à quoi lui servait la vieille économie. Image suivante : coupure de courant (on était à l’époque où Enron rançonnait le marché de l’électricité californienne). Application :
  • Le mécanisme du parasitisme, tel qu’illustré par Goldman Sachs, c’est ne pas jouer son rôle social, afin de tirer un profit de la société. Exemple pratique : la banque que vous dirigez adopte un comportement suicidaire, qui vous enrichit incalculablement. Au bord du précipice, l'État doit la sauver sous peine d'une crise mondiale (too big to fail). Il vous donne de l'argent qu'il s'attend à ce que vous utilisiez pour faire accomplir votre rôle social, financer les entreprises. Vous refusez d'obtempérer, vous vous versez cet argent...
  • Que Goldman Sachs ou que les Démocrates le veuillent ou non, ils appartiennent à une société, et une société c’est l’interdépendance. Pour ramener un contrevenant à l’ordre, il suffit de trouver ce qui lui est essentiel, et qu’il croit, inconsciemment, un acquis, et de l’en priver. De ce fait, on s’est donné un moyen de négociation : nuisance contre nuisance.  

Compléments :

Abstention

L'abstention serait devenue une manifestation politique. Elle dit à nos éligibles que nous ne les aimons pas, qu’ils ne sont pas légitimes, que nous voudrions élire d'autres qu'eux, mais que notre démocratie ne les laisse pas naître.

Il me semble depuis longtemps que nos éligibles sont des individualistes, des « libéraux », qui ne partagent pas les valeurs, essentiellement sociales, du pays (France : crise de gouvernance ?). Ils croient que notre vote leur prouve notre confiance. Alors que, pour nous, le choix se fait entre peste et choléra.

Cependant, esprit de contradiction ?, je me demande si nous devons leur en vouloir. Quel homme bien constitué voudrait d’une vie de pouvoir ? Ne sommes-nous pas contraints à le donner à des extraterrestres ? D’ailleurs ces extraterrestres parviennent-ils à mener des politiques d’extraterrestres ? La société ne réussit-elle pas, malgré leurs efforts et à la longue, à les faire marcher droit, à les orienter dans le sens du bien commun (« res publica » comme disaient les Romains) ?

Compléments :

samedi 20 mars 2010

Shabbat

Le correspondant de Libération s’emporte contre Lady Ashton. Ne prétend-elle pas consacrer son week-end à sa famille ?

Madame Ashton est différente des politiciens ordinaires. Elle bâtit. Elle construit l’infrastructure européenne.
Le politicien ordinaire, comme le dirigeant d’ailleurs, a fait de sa vie privée une vie publique. Il s'étale dans les journaux, il a une opinion sur tout, il ne pense pas, il ne fait rien, il parle. Il réagit aux courants d’air, aux idées du dernier gourou sans lendemain ou à la prétendue « volonté » de la bourse. C’est une girouette, un pantin.

Je souhaite beaucoup de succès à Mme Ashton. Il montrera peut-être que l’agitation fébrile qui a gagné l’État et l’entreprise, que l’on a glorifiée comme comme efficacité ultime, et que l’on prétend nous imposer, est grossièrement stupide ; qu’une vie équilibrée est favorable au développement sain de l'individu et aux intérêts de la société.

Compléments :
  • L’économiste Galbraith estimait il y a déjà fort longtemps que les puissants de ce monde étaient parvenus à nous faire prendre leur vie sociale pour un travail, et à nous la faire richement subventionner. 

Origines de la pensée rationnelle

VERNANT, Jean-Pierre, Les origines de la pensée grecque, PUF, 2009. Les invasions doriennes mettent fin à l’ère mycénienne. C’est de là que naît la civilisation grecque. La société mycénienne obéit à un ordre hiérarchique rigide. Le roi a tous les pouvoirs, il contrôle tout dans le plus petit détail. Au contraire, la civilisation grecque est bâtie sur le conflit d’intérêts, mais sur le même plan. Conséquences inattendues :


Pensée grecque

Alors que les Mycéniens avaient construit un panthéon de dieux hiérarchisé identique à leur organisation sociale, les Grecs ne gardent de cet édifice qu’un souvenir vague, leurs dieux sont loin de leur vie. Leur société est faite sur le principe de l’égalité, de la complémentarité entre fonctions spécialisées et de l’affrontement d’intérêts individuels. Leur souci est d’assurer l’équilibre de cet édifice instable, dont l’ennemi est « l’hubris » (surtout vu comme soif d'enrichissement, mais que j’interprète, plus généralement, comme la folie de démesure de l’individu, qui oublie qu’il n’est rien sans la société).

Ils confient les anciennes prérogatives du roi à l’État, qui représente la communauté, le « bien commun ».
Le roi ne dit plus le droit, c’est la loi qui s’en charge, et le débat, dont le principe est la parole, la démonstration. De même, la monnaie, la force, l’écriture, la religion deviennent l’apanage de l’État, donc de tous.

La stabilité de ce monde, fait de forces antagonistes, est assurée par des principes géométriques, visant à équilibrer ces influences, et non plus par des mythes. C’est en cela que l’on peut parler de pensée « rationnelle ».

Cependant cette pensée, la philosophie, contrairement à la nôtre, ne cherche pas à agir sur la nature, mais seulement sur le groupe humain. Sa matérialisation est la cité, qui est l’image de l’équilibre. En son centre est l’Agora, symbole de l’État et du bien commun, qui appartient à tous et à personne en particulier. C’est là que se décident les affaires de l’État, et de l’individu. Autour d’elle, les citoyens (pour le Grec citoyen = homme) occupent des positions interchangeables et symétriques.


Commentaires

Je retiens de ce livre le lien entre la pensée individuelle et la structure de notre société. Notre édifice social est accompagné « de modélisations » (mythes ou science) qui en justifient l’organisation. Par conséquent, l’émergence de toutes les grandes pensées et religions, il y a 25 siècles, s’explique peut-être par l’avènement de modèles « modernes » d’organisations sociales.

D’ailleurs, inversement, comme le montre l’exemple des Lumières, l’évolution de la pensée d’une société conduit à celle de son organisation (marquée par la Révolution, dans ce cas).

Enseignement ? Penser c’est transformer l’organisation sociale. Travail de titan ! Plutôt que de prétendre penser par ses propres moyens (hubris ?), serait-il plus habile de chercher à convaincre la société de s’en charger ? De son évolution résultera, sans efforts, une pensée neuve ?

vendredi 19 mars 2010

Santé d’Obama

La réforme de la santé proposée par B.Obama a suscité la haine spontanée d’une partie de l’Amérique qui juge qu’elle bafoue ses valeurs, et, qu’en outre, le président ne tient pas ses promesses électorales (des débats transparents) :

Le président a laissé aux élus la liberté de lui proposer le texte de la réforme. Les Démocrates, en particulier, firent preuve d'une grande indiscipline (n’est-ce pas des demandes inconsidérées de leur gauche, se croyant en force, qui a suscité les inquiétudes du peuple ?). Pour obtenir les derniers votes, il a fallu faire des concessions, en douce. Opacité et texte emberlificoté. Arrive le vote final, les élus démocrates ont peur pour leur réélection. Vont-ils voter le texte ?

MM les démocrates, vous semblez ne pas voir plus loin que votre intérêt immédiat. (Mais les Républicains n’ont rien à vous envier.)

Mais c’est B.Obama le coupable en chef : en n’encadrant pas l’écriture du texte (« en ne contrôlant pas le changement »), il a laissé s’installer le chaos, dont il a beaucoup de mal à se tirer. Cependant, l'erreur est humaine, et ce qui ne tue pas renforce…

Compléments :
  • La description de la situation vient en grande partie d’un billet du correspondant local de la BBC.

FMI et Grèce

Il semblerait qu’il y ait un différend entre gouvernants européens sur quel organisme doit apporter des fonds à la Grèce.
  • Depuis le début de la crise, les économistes anglo-saxons semblent favorables au FMI.
  • Les gouvernants français préféreraient semble-t-il une solution européenne, au motif que la zone euro se ridiculisera si elle n’est pas capable de régler ses propres problèmes.
Mais, l’Europe ne se ridiculise-t-elle pas tous les jours, du fait de sa désorganisation, de son absence de ligne directrice, d’armées, de tout ? Alors, un peu plus, un peu moins ?

Compléments :

Israël et Obama (suite)

Poursuite du feuilleton. D’après un nouveau billet, M.Obama aurait marqué des points contre M. Netanyahu (ce qui irait dans le sens de mes thèses).

Les forces américaines pro-Israël n’auraient pas réagi très vigoureusement au mouvement d’humeur américain, et l’opinion israélienne n’aurait pas fait bloc.

M.Obama aurait remporté une manche.

Discrimination positive

Beaucoup de pays européens (dont la France) imposent maintenant aux grandes entreprises que 40% de leurs administrateurs soient des femmes (la moyenne actuelle est autour de 10%).

Problème : du fait du type de carrière que connaissent les femmes, le nombre de celles qui ont pu acquérir l’expérience nécessaire à la fonction est réduit. À tel point que les Norvégiens, qui ont pris les devants, se sont mis à recruter des étrangères.

The Economist pense qu’il aurait été moins dangereux, mais tout aussi efficace, de procéder différemment :

Le meilleur moyen d’augmenter le nombre de femmes dans les conseils d’administration est de s’assurer que plus de femmes acquièrent la bonne expérience plus bas dans la hiérarchie de l’entreprise.

jeudi 18 mars 2010

Israël et Obama

Une de mes théories est que B.Obama a modifié sa stratégie internationale. La gentillesse ayant échoué, il deviendrait méchant, pour retrouver une position de négociation favorable. Qu’en est-il en ce qui concerne Israël ? Compliqué :
  • Comme je le disais dans un ancien billet, les camouflets à répétition que B.Obama essuie des Israélien sont dangereux pour Israël. Ils montrent que son principal allié (son assurance sur la vie ?) est faible.
  • Mais le gouvernement israélien serait prisonnier d’une aile droite sans laquelle il ne peut pas grand-chose.
  • B.Obama serait particulièrement remonté contre les Israéliens, mais il ne peut s’aliéner le lobby juif américain, au moment où l'avenir de sa réforme de la santé tient à quelques voix, ni son opinion, majoritairement favorable à Israël. Selon certains, il manœuvrerait pour amener Israël à adopter une coalition gouvernementale un peu plus « pliante ».
Idées tirées des articles cités par Morning Brief (18-3) de Global Europe.

Évolution sociale

Beaucoup de foyers recrutant des hommes à tout faire emploient déjà une petite armée de nourrices, de personnels de ménage et de jardiniers.
La société anglaise a connu une intéressante évolution en quelques décennies. Si elle ne s’est pas globalement enrichie, les riches se portent bien mieux, et les pauvres ont retrouvé une situation qu’ils n’auraient jamais dû quitter : serviteurs.

Loulou

Pialat 1980.

Impression d’une histoire d’extraterrestres. Plus de repères connus. Les années 80 sont-elles si loin de moi ?

Après un difficile travail de modélisation, je me suis demandé si ce n’était pas une histoire de rencontre entre classes sociales. D’un côté la bourgeoisie, violente, irrationnelle, et impuissante, de l’autre le prolétariat, riche d’instincts primaires et d’inconséquence.

J’ai enquêté alors sur Pialat. On le disait violent, imprévisible, et cinéaste de la « vérité ». J’imagine que sa violence se retrouve dans les scènes bourgeoises. Quant à la partie populaire du film, j’ai du mal à y voir de la vérité. La « vérité » serait-elle la vision qu’a le bourgeois du peuple ?

Compléments :

mercredi 17 mars 2010

Herman Van Rompuy

Son expérience de la Belgique, pays cimenté par la haine que se portent ses composants, semble avoir été un terrain d’entraînement idéal. M. Van Rompuy pourrait être l’homme qu'attendait l’Europe.

Contrairement à ceux qu’on lui préférait jadis, il ne semble pas vouloir imposer son point de vue à l’Europe, sur tel ou tel sujet. Ce qu’il semble désirer, c’est faire de l’Europe quelque chose qui marche.

M.Van Rompuy est-il un homme d’ambitions désireux de pousser les gouvernements nationaux vers une plus forte intégration européenne ? Ou est-il un pragmatique, soucieux de ne pas imposer des idées à des gouvernements élus ? Les deux : il est un homme de compromis.

Juggling Europe's stars.

Portrait de l’Allemagne

Une étude sur l’état actuel de l’Allemagne :

  • La force du modèle allemand semble venir de ses PME, qui fabriquent des composants critiques, de son personnel hautement qualifié et autonome, de ses dirigeants qui réinvestissent le gros de leurs bénéfices, d’une vision nationale à long terme dont la dernière version est un mouvement combiné écologie / ingénierie vers les technologies vertes.
  • Difficulté démographique : En 2050, la population allemande devrait avoir diminué de 8 à 14 m d’habitants, la moitié de ce qui restera sera d'origine immigrée. De surcroît, le coût de la protection sociale, aujourd’hui de 65% du PIB, devrait atteindre 250% si rien n’est fait.
  • Son mécanisme de formation qui explique « pourquoi (l’Allemagne est) le champion du monde de l’exportation », et qui donne une « identité » tout autant qu’une formation à ses élèves, serait en panne. Il est divisé en trois morceaux, l’un forme les cols bleus, un autre les cols blancs, le troisième envoie à l’université. En dépit d’une égalité de revenus certaine, la position sociale tendrait à être héréditaire (« castes »). En outre ce système intègre mal les immigrés, et son principe fondamental, la formation en alternance, est victime d’un manque croissant d’offre des entreprises. Une partie de la population (particulièrement immigrés, Allemands de l’est) vivrait de la solidarité nationale, sans espoir de travail.
  • L’unification est / ouest aurait mis à terre le miracle économique de la RFA (« nettoyage économique »). Son coût social aurait forcé à une terrible politique de rigueur, à l’origine de l’efficacité économique allemande actuelle, mais aussi de tensions internes, qui rendent difficiles de nouvelles réformes (selon un sondage « 61% des votants désiraient plus de protection sociale et juste 21% plus de marché »).

Les Allemands semblent fiers de leur modèle, pourtant il paraît bien fragile…

Compléments :

  • Ces considérations viennent d’un dossier de The Economist : Older and wiser.