mardi 20 avril 2010

Les moteurs de l’économie des pays émergents

Parce que le Japon est un pays privé de ressources, les Japonais ont inventé le Lean (= lutte contre le gaspillage). De même, les producteurs des pays émergents doivent s’adapter à un marché énorme mais terriblement pauvre, et à un piratage permanent. À quoi s’ajoute une absence de marque, de main d’œuvre expérimentée (seuls 10 à 25% des diplômés chinois ou indiens pourraient travailler dans des multinationales occidentales) – avec problème de qualité corrélatif, de systèmes de distribution.

Tout cela conduit à une reconception des produits et des processus, de façon à ce qu’ils correspondent aux besoins locaux ; à l’utilisation de réseaux lâches d’entreprises et de distributeurs qui se reconfigurent en fonction de l'évolution des besoins, et pour lesquels la téléphonie mobile joue le rôle du rail et du télégraphe de l’épopée américaine ; à l’utilisation à outrance du taylorisme, appliqué maintenant aux services, et à la recherche systématique d’effets d’échelle monstrueux (constitutions d’énormes cités médicales) ; à une manipulation quasi skinnérienne du matériau humain, pour qu’il parvienne, en dépit de ses défauts, à faire ce qu’on exige de lui ; à une course en avant opportuniste d’entreprises qui cherchent taille, volume et compétences ; à la constitution, par croissance externe, de conglomérats gigantesques (dont certains sont alimentés par l’État), seuls moyens de tirer le maximum de ressources rares (capital, image de marque, personnel).

Pas facile de voir où vont atterrir toutes ces entreprises, présentes dans tous les secteurs économiques, chroniquement non rentables et qui ne tiennent que parce qu’elles grossissent sans répit. Va-t-on retrouver le scénario japonais : croissance rapide, puis épuisement des gains de productivité (exclusivement sociaux) ?

En tout cas, leurs techniques tombent à pic pour un Occident qui s’appauvrit et dont les coûts de santé ne font que croître.

Compléments :

De l’inégalité en Amérique

Entre 1973 et 2007 (le revenu familial moyen) a cru de seulement 22% - et ceci grâce à l’augmentation du nombre de femmes au travail. En 2004, les trentenaires touchaient 12% de moins en valeur nominale que leur parents au même âge (la cause en est) le changement technologique et en conséquence la baisse de la demande pour les travailleurs de qualification moyenne. (…) Les 10% les plus riches touchaient la moitié de l’ensemble des revenus, dépassant même le niveau de 1929. (…) Le revenu parental est un meilleur indicateur de l’avenir d’un enfant en Amérique que dans la plupart de l’Europe, ce qui signifie que la mobilité sociale y est moindre.
Face à cela, que faire ? « Partager les richesses » n’est pas acceptable, alors B.Obama a décidé « d’égaliser les chances », de faciliter l’accès à l’éducation.

Le changement est toujours rendu compliqué par les particularités culturelles, mais il existe, toujours aussi, une façon de le réaliser. 

Naissance et déclin des nations

OLSON, Mancur, The Rise and Decline of Nations, Yale University Press, 1984. Les individus tendent à former des coalitions. Et ces coalitions, en protégeant leurs intérêts, nuisent à ceux de la société. Cette thèse expliquerait l’évolution récente du monde, ainsi que des phénomènes plus anciens tels que la formation des castes en Inde, et des classes en Angleterre.
  • Lorsque les nations se constituent elles connaissent des phases explosives de croissance jusqu’à ce que les coalitions se forment et bloquent leur évolution (ce qui se passe actuellement en Occident). Ces coalitions ont un effet particulièrement pervers en phase de récession : elles conduisent au sous-emploi massif.
  • Leur perversion vient en grande partie de ce qu’une coalition se forme d’autant plus facilement qu’elle a peu de membres : de ce fait, elle défend les intérêts d’une infime partie de la société. Les coalitions majeures sont les oligopoles économiques et les syndicats. Sur le long terme, des coalitions importantes peuvent se former, elles défendent alors des intérêts larges (la sociale démocratie suédoise recouvre la quasi-totalité de la nation).
  • Conséquences ? Les politiques gouvernementales, macroéconomiques, sont contreproductives. Particulièrement, d’ailleurs, quand elles servent les intérêts de lobbies. Pour rendre efficace une société, il faut s'occuper du cas particulier de chaque coalition. On entre dans le domaine de la microéconomie. Exceptions : 
  • Il est parfois possible de tromper les réflexes des coalitions. C’est ce qu’aurait fait le Keynésianisme. Voici pourquoi. Le comportement des coalitions obéit à des règles. Les coalitions ont beaucoup de mal à s’accorder, elles décident lentement. Pour ces raisons, elles tendent à s’accrocher à des principes de cohésion simples (faciles à négocier), qui, une fois acceptés, sont quasi impossibles à remettre en cause. Ainsi, les démarrages de phase d’inflation peuvent les abuser et faire qu’elles s’approchent de l’optimum économique (de la société) sans s’en rendre compte.
  • La suppression des frontières et les révolutions sont bonnes pour l’innovation et la croissance, puisqu’elles détruisent les coalitions ou les rendent inopérantes en les ouvrant à la concurrence extérieure.
Commentaire :
  • Cela semble parler de notre crise. Simon Johnson y voit la main d’oligarques. Sommes-nous condamnés à un long déclin avec un sous emploi massif ? 
  • Le Keynésianisme de nos gouvernements a été judicieux ? Mais a-t-il été opérant ? Les oligopoles continuent à augmenter leurs bénéfices, sans relancer l’économie.
  • Il me semble que la globalisation de ces dernières décennies fut une tentative faite par les oligopoles occidentaux de construire des oligopoles mondiaux (cf. la stratégie de l’automobile ou de l’aéronautique). Alors, la réaction des pays émergents pourrait-elle amener une dislocation de ces coalitions et un redémarrage de la croissance, y compris chez nous ?
  • Ce que dit aussi ce texte, c’est que la nature a horreur des individus isolés : elle les constitue immédiatement en société. Car ce que décrit Olson, la création de coalitions de plus en plus complexes, ressemble à s’y méprendre à la constitution d’une société et de sa culture. Cela signifie-t-il qu’il ne peut y avoir de croissance sans dislocation sociale ? Que création = individualisme ? Et qu’il faut des crises pour casser le tissu social afin qu’il devienne innovant ? C’est la théorie de Schumpeter, sa vision du capitalisme. Mais, il avait fini par penser que la société bloquerait ces crises en générant des oligopoles qui se rejoindraient pour former une sorte de communisme (au sens détention collective des moyens de production, pas URSS). L’innovation deviendrait un processus comme un autre pour ces bureaucraties (à l’image de l’innovation de Bosch). Il n’y aurait plus besoin de « destruction créatrice », de crise. Peut-être qu’alors la société se sera détournée de l’économie, Dieu trop violent pour ses enfants ? L'économie sera alors devenue une préoccupation secondaire pour notre société, qui aura trouvé une autre source d’aliénation, pour reprendre le vocabulaire de Marx.
Compléments :
  • SCHUMPETER, Joseph A., Capitalism, Socialism, and Democracy, Harper Perennial, 3ème edition, 1962.
  • SCHUMPETER, Joseph A., The Theory of Economic Development: An Inquiry into Profits, Capital, Credit, Interest, and the Business Cycle, Transaction Publishers, 1982.
  • Karl Marx.

lundi 19 avril 2010

Gordon Brown et David Cameron

Les Anglais semblent vouloir éconduire M.Brown tout en préférant sa politique à celle de son rival principal.

Est-ce judicieux ? On en voudrait à M.Brown pour ses erreurs passées, et peut être aussi pour son caractère. Mais, s’il est un meilleur dirigeant que M.Cameron, dont l’inexpérience inquiète, ne faudrait-il pas mettre ses errements au compte de l’apprentissage ? Naît-on dirigeant, ou le devient-on ?  

Je connais trop mal l’Angleterre pour que mon jugement soit autre chose que théorique. 

Bénéfices et chômage en hausse

Forte augmentation de bénéfices, licenciements massifs, qu’est-ce que cela signifie, me suis-je demandé ?

Aux USA, en 2009, les bénéfices ont augmenté de 280md€ et les salaires baissé de 90, l’investissement est au plus bas. Ce qui nourrit l’économie c’est la stimulation gouvernementale.

Bref, le pays emprunte pour donner de l’argent à des sociétés qui le transforment en bénéfices. Parasitisme à grande échelle. Que le Tea Party soit mécontent de la politique gouvernementale est compréhensible.

Nouvelle crise en perspective ? 

François Bayrou

De manière inattendue je trouve des paroles de M.Bayrou dans un billet sur l’élection anglaise :
He described the French as deeply distrustful, in search of “guarantees” that reforms are “fair”. Coalition rule offers just such a guarantee, he argues. “If you do not have a broad-based government, citizens will think reforms are being pushed for reasons of ideology.”
Cette analyse me semble remarquable, au moins en ce qui me concerne. Ce que je crains plus que tout est l’idéologie de nos gouvernants, qui leur fait prendre des décisions qui n’ont pas été examinées par la raison.

Au fond, les hommes des Lumières avaient tort : ce qui nous menace n’est pas tant l’oppression des hommes que celle des idées (mais ils disaient aussi qu’il fallait se dégager de la dictature des coutumes, des idées reçues sans critique).

Est-ce qu’un gouvernement de coalition pourrait éviter ce fléau ? J’en doute, nos élites partagent une culture unique et se différencient par des détails (ne serait-ce que par leur appétit du pouvoir). Plus efficace est l’idée de Montesquieu : un équilibre des forces qui rende impossible l’oppression.

Compléments :

dimanche 18 avril 2010

Démocratie européenne

Le Monde semble confirmer ce que j’avais cru discerner : le parlement européen paraît tenir le rôle que l’on attend d’un parlement dans une démocratie :
Ce qui compte, c'est le nouvel équilibre institutionnel qui s'installe à Bruxelles. Aux côtés de la Commission et du Conseil, le Parlement s'affirme chaque jour davantage. Il codécide avec le Conseil sur un nombre de sujets sans cesse plus nombreux.
Peut-être finira-t-on par appliquer le modèle européen au gouvernement de la France ?

Internet des transports ?

L’Islandais est peu nombreux, mais teigneux : ses banques créent des catastrophes planétaires, ses volcans paralysent les avions… Un ami est bloqué à New York et ne sait pas quand il reverra sa famille…

Rappel de ce que notre économie tient à la bonne volonté d’une nature que nous prenons un peu trop pour un acquis. D’ailleurs, la mode des « supply chains » qui a eu le vent en poupe ces derniers temps ne présente-t-elle pas quelques coûts que nous n’avions pas identifiés ?

Ne serait-il pas temps de revoir notre système de transport, au moins aérien ? Il semble qu’il soit difficile de protéger les avions. Mais ne serait-il pas possible de construire le réseau aérien un peu comme Internet ? En s’assurant que les défaillances des nœuds du réseau ne lui sont pas fatales. Autrement dit, mieux répartir les aéroports (danger des « hubs »), et les relier par des TGV. (Mais aussi moins utiliser l’avion, et les transports fragiles ?)

Évolutions à droite ?

Juppé/Villepin/Séguin, même combat : la reconquête de l'électorat populaire ne passera pas par un discours plus sécuritaire ou par la chasse à l'immigré clandestin, comme semblent le croire Brice Hortefeux ou Eric Besson. Elle se fera d'abord par le social avec ce que cela suppose d'artillerie lourde en période de disette budgétaire. En clair, des impôts nouveaux et mieux répartis afin de réduire l'impression d'injustice qui pollue l'air du temps.
Bonne lecture des attentes du pays ? Quant au président, plus il essuie de revers, plus il se décale vers l’extrême droite. Tiendrait-il plus à une idéologie qu’à sa réélection ?

Compléments :

1801

Thèmes traités dans cette dernière centaine approximative :

L’évolution du monde ces derniers temps. On serait passé par une phase oligarchique. Ceux que la société a placé à des positions stratégiques en ont profité pour s’enrichir, au détriment du reste de la société  (Évolution sociale, Entreprise citoyenne, L’homme plutôt que la société, Combat aérien), cette exploitation de l’homme par l’homme a tiré parti de mécanismes non durables (Déséquilibre des échanges mondiaux (suite) Dangers de l’innovation). Ils ont eu des quantités d’effets pervers (La science tuée par l’évaluation), notamment la dégradation des conditions de travail (Nouveau taylorisme). À court terme le phénomène semble s’être amplifié (Rentabilité excessive ?, Riches banques), ce qui est inquiétant pour l’avenir proche. Que va-t-il en sortir ? Une économie assainie (Sauver l’Amérique) ? Un monde de blocs (L’Asie se ferme ?) ? Une différenciation équilibrée des savoir-faire mondiaux (Geely achète Volvo) ? Moins d’égoïsme (Avantage de l’altruisme) ? En tout cas, il est possible que nous ayons notre sort en main (Changeons la France).

Part de l’aventure précédente : le feuilleton Goldman Sachs : Condamnation par contumace, Goldman Sachs accusé. Va-t-on réussir à réformer la finance ? Réforme bancaire aux USA.

L’Angleterre, comme trou noir, qui utiliserait un libéralisme opportuniste pour vider l’Europe de sa substance ? (Laissez-faire anglais, L’Angleterre et l’Europe.)

Comme cela se dessinait dans les précédentes séries, Obama a repris du poil de la bête. Le problème qu’il avait à résoudre était de Maîtriser le parasite (Israël et Obama, Santé d’Obama). Décidément c'est un homme de « realpolitik » (Pétrole d’Obama). Quel va être son prochain coup, maintenant qu’il est libre comme l’air (Habile Obama ?) ? En tout cas, l’Amérique peut compter sur quelques honteux atouts (Heureuse Amérique).

Les hauts et bas du Tea Party ont été l’occasion d’une réflexion sur l’auto-organisation des foules (Tea party et web social , Tea Party (fin ?). Et La fortune de Sarah Palin m’a permis de découvrir le phénomène typiquement américain de célébrité.

Et la France ? Abstention : notre système politique serait-il efficace ? Coût du travail : le Français serait-il un velléitaire qui croit au père Noël ? Logique du collabo ? : modélisation de notre tendance à l’abjection ? Compétitivité française : qu’est-ce qui peut expliquer la perte de compétitivité de notre industrie, à une période faste pour les bonus au mérite ? Notre gouvernement traverse une bien mauvaise passe : Reengineering gouvernemental, Taxe carbone.

Impression que l’Europe se construit, plutôt bien : Herman Van Rompuy, Raisons de l’euro.

Nouvelles du reste du monde : Angela Merkel est plutôt mal ; l’Europe de l’est aurait fait preuve de fortitude dans la crise (Espoir à l’Est ?), mais la Russie est décidément bien étrange (Police russe). L’Inde ressemblerait-elle à l’UE (Qui est l’Inde ?) ? Il se confirme aussi qu’il faudrait moins se préoccuper de colonisation que de décolonisation (Cyriaque Magloire Mongo Dzon), et que la manière forte n’est pas la meilleure façon de traiter les troubles sociaux (Jihad et Arabie Saoudite, Séduction d’Al-Qaïda).

Les origines de notre pensée et de notre culture ? (Origines de la pensée rationnelle)

Et, pour finir ce résumé, une façon de justifier mes honoraires : Service gratuit.

samedi 17 avril 2010

Tea Party (fin ?)


Défaite d’une de mes théories : celle d’un mouvement par nature sans direction, qui réagirait spontanément à toute agression contre certaines valeurs sociales ?

En écrivant ce billet j’avais pensé aux observations de Tocqueville sur la révolution de 48 : le peuple avait défait l’armée et la bourgeoisie, mais n'avait pu prendre le pouvoir faute de cadres. Il se pourrait qu’il en soit de même avec le Tea Party.

Mais n'existe-t-il  pas des exemples de fronde populaire spontanée, manifestations françaises ou révoltes chinoises ? Peut-être qu’elles diffèrent avec le Tea Party en ce qu’elles ont un objectif clair (condamner une réforme ou un membre du parti corrompu), alors que le Tea Party semblait, comme 1848, plutôt le désir d’une société « meilleure », sans que l’on sache trop comment la faire fonctionner.

Pour que le changement réussisse il faut que la raison finisse par l'emporter sur l’émotion ? 

Séduction d’Al-Qaïda


Il semblerait que ce soit le cas pour des jeunes fort ignorants de la religion musulmane, et fort mal intégrés dans la société, qui y verraient le moyen d’y trouver une équipe et de l’excitation. (Phénomène identique au hooliganisme ?)

Conclusion : pour combattre Al-Qaïda, il faut montrer que c’est démodé, et inventer des exutoires moins dangereux pour la jeunesse.

Dommage que l’on n’y ait pas pensé plus tôt…

vendredi 16 avril 2010

Goldman Sachs accusé

Curieuse affaire : Goldman Sachs aurait vendu des produits prétendument sélectionnés par « un tiers objectif et indépendant », alors que ce tiers était un financier qui pariait contre les dits produits (et à qui son pari a rapporté une fortune).

Un billet disait que Goldman Sachs était trop puissant pour être attaqué. Peut-être faux. Mais les éventuelles pénalités seront-elles supérieures aux bénéfices réalisés ?

Habile Obama ?

Libéré de sa réforme de santé, B.Obama donne une image de vitesse et de détermination qui tranche étrangement avec la paralysie de gouvernants européens à la triste figure.

Que veut faire B.Obama ? Et si, au moins en partie, sa réglementation du nucléaire sapait les justifications qu'a l'Iran à créer une bombe (et l’isolait) ? Et si, après avoir fait peur à la Chine (Taiwan, le Dalaï Lama et la menace de dénoncer la sous évaluation de la monnaie chinoise), il était en position favorable pour négocier avec elle ?  Si les USA doivent se tirer de la crise par l’exportation, ne doivent-ils pas s’attirer les bonnes grâces de ses grands clients ?

Alors, explication satisfaisante du présent intérêt de B.Obama, homme de « realpolitik », pour l'étranger ?
If there is an Obama doctrine emerging, it is one much more realpolitik than his predecessor’s, focused on relations with traditional great powers and relegating issues like human rights and democracy to second-tier concerns. 
Ou surinterprétation ? Car les Chinois et les Américains ne semblent (toujours) vraiment pas se comprendre.

Japon fermé

Le Japon se refermerait-il sur lui-même ?

Il penserait (au moins ses entreprises) ne rien avoir à apprendre de l’étranger, et n’avoir aucune confiance en ce qui est étranger.

Quelles peuvent en être les conséquences ? Le japon va-t-il revenir à l’avant ère Meiji ? 

jeudi 15 avril 2010

Riches banques

Un des premiers billets de ce blog pensait que le changement qui s’annonçait ramènerait le bénéfice du secteur financier de 40% de tous les profits à sa valeur historique de 10% (au moins pour les USA).

Or, il semblerait que les profits financiers repartent vers les 40%. Depuis que les banques centrales tiennent le secteur à bouts de bras, il n’a même plus besoin de prendre des risques pour nourrir ses bonus.

S’est on ramené à une situation où l’on peut mener le changement plus sereinement que durant une crise ou reprend-on de l’altitude pour un nouveau piqué ? 

Qui est l’Inde ?


Dans les deux cas on aurait une fédération assez lâche, puissance économique et espace d’affaires, peu désireuse de (et, d'ailleurs, habile à) peser sur l’avenir du monde.

Curieusement, l’Allemagne et la France seraient des partenaires commerciaux plus importants pour l'Inde que l’Angleterre. 

Bénéfices de l’école

Démolir l’enseignement peut avoir des coûts cachés :
  • « L’école met les délinquants en puissance en contact avec la bonne sorte de pairs et d’attitudes sociales »
  • « Une année d’éducation supplémentaire réduit les crimes contre la propriété de 1 à 2% »
  • « le plus grand bénéfice de plus d’éducation était moins de crimes violents ».
Mais aussi des bénéfices : cela développerait l’esprit d’entreprise, bien mieux que les écoles de commerce :
" Il paraît que moins de 10% des jeunes passés par une école de commerce ont envie de créer leur entreprise. Dans les banlieues, ce pourcentage dépasse 50% ! C'est une chance pour l'économie ! " Un constat qui n'étonne pas Jean-Claude Volot, président de l'Agence pour la création d'entreprises (APCE) : " La création est souvent affaire de nécessité : les difficultés donnent une réactivité, une énergie qu'on ne trouve pas forcément dans les milieux plus aisés. Ces gens-là ont faim de réussite. " (Les Echos du 17 février 2010, LE CAPITAL-RISQUE SENSIBLE À LA BANLIEUE)
Si tu ne va pas à l'école, tu seras délinquant ou entrepreneur ?

mercredi 14 avril 2010

Fin de crise ?

Quel avenir pour le monde ?


Nouriel Roubini, à son habitude, broie du noir :
Les problèmes liés à la difficulté de contrôler l’endettement privé doivent être résolus par des défauts de paiement, des réductions de dette et la conversion la dette en actions. Si, au contraire, l’endettement privé est trop socialisé, les économies avancées devront s’attendre à un avenir sombre : de sérieux problèmes de contrôle de la dette privée, publique et extérieure ainsi qu’une paralysie des perspectives de croissance économique.
Quant à Robert Shiller, qui a fort bien prévu l'imminence des deux dernières crises, il estime que l’avenir, comme leurs conséquences, est insondable, car le monde est chaotique.

Ma conclusion ? Lendemains peu riants, mais le plus dangereux serait de rester paralysé.

Compléments :

Les désemparés

Max Ophüls, 1949.

Cas de conscience d’une mère de famille. Et rédemption d’un beau ténébreux. Un genre à la mode à l'époque? Toujours est-il, c'est efficace.

mardi 13 avril 2010

La fortune de Sarah Palin


L’Amérique est un pays où la célébrité rend extrêmement riche. Ventes de livres, mais aussi beaucoup de gens prêts à payer cher quelqu’un qui leur amène une foule, qui, elle même, est habituée à payer cher. 

Politique industrielle

Elle est fort à la mode et McKinsey est son prophète. Conseils de Dani Rodrik  pour bien la mener :
Premièrement, une politique industrielle est davantage un état d’esprit qu’une liste de politiques spécifiques. Ceux qui la mettent en œuvre avec succès savent qu’il est plus important de créer un climat de confiance entre le gouvernement et le secteur privé que de fournir des incitations financières. Par le biais de comités de réflexion, de forums de développement fournisseurs, de comités consultatifs sur les investissements, de tables rondes sectorielles et de fonds d’investissements mixtes privé-public, la collaboration a pour objectif de compiler les informations sur les possibilités d’investissement et les goulots d’étranglement. Il faut pour cela un gouvernement qui ait un pied dans le secteur privé, sans pour autant être à sa solde
Deuxièmement, une politique industrielle doit user à la fois de la carotte et du bâton. Compte tenu des risques et du décalage entre les avantages sociaux et privés, l’innovation doit s’accompagner d’une rentabilité – de retours sur investissements supérieurs à ceux que produisent les marchés. C’est pour cette raison que tous les pays ont un système de brevets. Mais des incitations sans restrictions ont aussi leurs coûts : elles peuvent provoquer une hausse des prix pour les consommateurs et bloquer des ressources dans des activités improductives. C’est pour cette raison que les brevets ont une durée limitée. Le même principe doit s’appliquer à toutes les mesures prises par un gouvernement pour donner naissance à de nouvelles industries. Les incitations doivent être temporaires et conditionnées aux résultats.
Troisièmement, les acteurs d’une politique industrielle doivent se souvenir qu’elle a pour but de servir la société dans son ensemble, et pas seulement les bureaucrates qui la gèrent ou les entreprises qui en sont bénéficiaires. Pour éviter les abus et l’appropriation, une politique industrielle doit être mise en ouvre de manière transparente et responsable, et être accessible autant à de nouveaux candidats qu’aux bénéficiaires en cours.
L’argument habituel contre l’adoption d’une politique industrielle est que les gouvernements ne sont pas en mesure de choisir les gagnants. Ils n’en sont évidemment pas capables, mais là n’est pas la question. Ce qui détermine le succès d’une politique industrielle n’est pas la capacité de distinguer les gagnants, mais la capacité de pouvoir se séparer des perdants – une exigence moins insurmontable. Le principe d’incertitude veut que même les politiques les plus optimales produisent des erreurs. L’idée est que les gouvernements reconnaissent ces erreurs et retirent leur soutien avant qu’elles ne deviennent trop coûteuses.

L’Asie se ferme ?

L’Asie se couvre de pipelines et de TGV. Ces nouveaux réseaux économiques semblent aussi de forts moyens d’influence. Et l’Amérique n’y participe pas.
Les pressions américaines sur l’Iran ont été sapées par les intérêts énergétiques chinois et russes.
Tandis que l’Amérique a essayé à la fois l’encerclement et l’offensive pour influencer le régime voyou de Myanmar, La Chine et l’Inde ont utilisé leurs meilleurs contacts principalement pour avancer leurs intérêts commerciaux.

Changeons la France

En expliquant la technique de « communication en environnement incertain » à des dirigeants, j’ai pensé qu’elle pouvait s’appliquer à la France. Je n’ai pas consacré beaucoup de temps à la question. Mais ce qui suit devrait donner une bonne idée de l’esprit de la méthode.

Étape 1. Revenir à ce qui est certain.

Évolutions positives :
  • La fin des idéologies (Libéralisme anglo-saxon, Communisme russe, différents mouvements gauchistes…) – une inquiétude qui rend les gens intelligents.
  • Une France et une Europe potentiellement fortes, parce qu’elles ont ce qui est nécessaire pour être fort dans les règles actuelles du jeu mondial (qui sont les nôtres !) : une société solide et un savoir-faire économique ancien et riche.
Etape 2. Un avenir motivant

La solution aux erreurs que nous avons détectées (et dont le rappel quotidien nous pourrit la vie !) :
  • Une croissante « verte » et durable, le renforcement du lien social, vecteur du « bien être » humain, et le reflux de l’obsession matérialiste.
  • Un monde équilibré, égal dans ses différences, qui commerce entre blocs.
  • L’Europe comme force, culturelle et économique, nécessaire à l’équilibre des blocs mondiaux.
  • La France comme constituant, culturel et économique, décisif de l’Europe.

Étape 3. Nous avons les capacités de réussir le changement, nous nous en donnons les moyens

Étape 3. 1 - Les problèmes à résoudre
  • Chômage endémique, souffrance au travail, inégalités croissantes, SDF, Europe divisée et vieillissante, menace des retraites, dettes structurelles croissantes, perte de compétitivité du fait d’une faiblesse de l’innovation (symptôme du vieillissement).

Étape 3.2 - Les solutions
  • Ce n’est pas parce que notre espérance de vie augmente que nous nous affaiblissons. Prendre de l’âge, c’est acquérir de l’expérience. La population occidentale peut être aussi dynamique que la population orientale, pour peu qu’elle en ait envie, et que ses conditions de travail soient adaptées à un physique plus faible, mais à une maturité supérieure.
  • Développer notre avantage concurrentiel demande de « créer de la valeur sur place » (fondement des techniques Lean), ce qui recréera le lien social (savoir-faire humain levier du développement économique / homme n’est plus un facteur de coût). Ce pourquoi nous avons les outils.
  • Quant à l’Europe et au chômage, ce n’est qu’une question de volonté et de conduite du changement. En particulier la « flexisécurité » nordique peut être adaptée chez nous et garantir une rapide adaptation de la main d’œuvre aux évolutions de l’économie.

lundi 12 avril 2010

Mercedes et Renault

Modeste rapprochement entre Mercedes et Renault. Ce que chacun y gagnerait :
  • Mercedes : un moyen de faire gagner de l’argent à ces petits modèles (pertes de 7md€ en 10 ans ?).
  • Renault : « Peut-être le plus important pour M.Ghosn est l’apparent vote de confiance de Daimler. Pendant la plus grande partie de la dernière décennie Renault a été un acteur d’une médiocrité décevante, soutenu par de substantiels dividendes du plus prospère Nissan. »

Exemple Kirghiz

Le gouvernement Kirghiz a poussé si loin l’oppression que son peuple s’est soulevé.

Pourtant le dit gouvernement avait l’appui des Russes et des Américains. Et s’il était une mauvaise idée de s’allier à un État qui fait le malheur populaire, puisqu’il n’est pas stable ?

Exemple : Vietnam, Afghanistan et quelques autres ?

Heureux comme un noir en Amérique ?

USA. « Entre les âges de 20 et 29 ans, un noir sur neuf et derrière les barreaux ».

Sur une vie, la probabilité de s’y trouver s’élève à 1/3. Conséquence les noires américaines doivent se battre pour ce qui reste.

Avec une telle incitation à rester dans le droit chemin, qu’autant de noirs finissent en prison indique clairement que la société américain est victime d’un très gros dysfonctionnement. 

Affaires en Chine

Pour faire des affaires avec la Chine : relation personnelle et respect des traditions. Et ça coûte cher : 
les dirigeants locaux des multinationales doivent dépenser 30 à 40% de leur temps à passer de la pommade aux officiels et aux régulateurs.
À ce sujet, on dit souvent que le Chinois ne comprend que la force. Je me demande si le fonctionnement de la société ne repose pas plutôt sur la dépendance réciproque. Si l’on cherche à vous nuire, vous pouvez alors menacer de ne plus donner ce à quoi on s’est habitué. C’est comme cela que procédaient les Chinois anciens avec leurs barbares frontaliers (GERNET, Jacques, Le monde chinois, Armand Colin, 4ème édition). 

dimanche 11 avril 2010

Stéphane Richard

  • Il aurait fait fortune dans un LBO de Nexity.
  • Il aurait aidé Iliad à obtenir une licence mobile.
  • Il semblerait vouloir transformer FT en une entreprise normale.
Outre les malaises sociaux actuels, il devra aussi redresser les affaires de « sa vache à lait » française : 2/3 du chiffre d’affaires attaqués par la concurrence.

Compléments :
  • D’après Wikipédia, son parcours prodigieusement rapide, et sa fortune, seraient liés à l’aventure de Jean-Marie Messier, qu’il rejoint à 31 ans. 
  • Sa carrière est une alternance de postes ministériels et de directions de grandes entreprises (il a commencé avec DSK).

Âge de la retraite

L’attitude à l’âge de la retraite ne serait pas une question d’âge mais de culture :
Presque 9 personnes interrogées sur 10, en Angleterre, Danemark, Finlande et aux Pays Bas disent qu'il faut aider les papys à travailler, s’ils le désirent. À l’autre extrême, 55% des Grecs y sont opposés.
Dans les pays nordiques l’âge de la retraite est de plus en plus lié à l’espérance de vie.

Rentabilité excessive ?

Les 500 plus grandes entreprises américaines ont licencié 821.000 personnes tout en triplant leurs bénéfices : 391md$.

En imaginant que chaque personne vaille 50K€, ne pas licencier n’aurait coûté aux dites entreprises qu’un peu plus de 10% de leurs bénéfices… (en fait, moins : ceci suppose qu’elles aient été licenciées début 2009).

Il semblerait donc que la crise a continué à massivement enrichir les riches et à appauvrir les pauvres.
Mais est-ce durable ? Qui sont les personnes qui ont été licenciées ? Étaient-elles réellement inutiles ou est-ce l’avenir des entreprises qui a été raccourci, pour cause de rentabilité ? 

Compétitivité française

On m’a donné un ancien rapport de McKinsey Donner un nouvel élan à l’industrie en France (Octobre 2006). Ce qu’il dit est curieux :

Rappel. L’industrie est importante pour nous parce qu’elle produit une grosse partie des exportations (330 md, contre 10 pour l’agriculture ; le tourisme rapporte 33md). Tout compris (services liés), c’est 22% de l’emploi, et 2 emplois sur 5 travaillent pour l’exportation.

Or, l’industrie française a perdu en compétitivité à la fois sur les marchés intérieurs et extérieurs, apparemment depuis 2000. La perte serait majeure : si l’industrie française avait conservé son ancien niveau d’efficacité, elle emploierait 720.000 personnes de plus ! (En 2006.)

Pourquoi cette perte de compétitivité ? Pas clair. Elle ne s’expliquerait pas par la concurrence des pays émergents (autrement dit ce ne serait pas un problème de coût de main d’œuvre). Une piste ? Les Allemands auraient reconçu leur système de production en développant leurs avantages concurrentiels et en procédant à des délocalisations ciblées.

Ce qui est étrange, c’est que les journaux attribuent la dégradation des conditions de travail à la quête incessante de la productivité ; et qu’au même moment les bonus des dirigeants (donc leur mérite) ont fortement augmenté.

Parmi les experts avec qui j’ai discuté du sujet, deux hypothèses sont avancées :
  1. Dégradation de l’efficacité de la grande entreprise, qui aurait gagné le reste de l’économie.
  2. Un manque d’investissement dans l’innovation : selon Eurostat nos dépenses de RetD ne progresseraient pas (augmentation de 40% par an en Chine).
Compléments :
  • Il semblerait aussi que les grandes entreprises françaises délocalisent leur RetD, et que le Crédit Impôt Recherche serait employé à cette fin ! D’où pas d’effets bénéfiques pour notre tissu social + transfert de savoir-faire aux économies concurrentes. L’idée dominante d’avant crise était que l’innovation nous permettrait de maintenir notre niveau de vie : pourquoi l’élite dirigeante a-t-elle fait l’inverse de ce qu’elle prêchait ?
  • McKinsey suggère aux entreprises d'utiliser les techniques de Lean manufacturing pour retrouver leur compétitivité et de profiter de la proximité clients / marchés européenne. 

Malheurs mongols

Bitter toll. Les aléas climatiques déciment le cheptel mongol, et réduisent les hommes à la famine. Bouleversement post communiste :
La privatisation a signifié le démembrement des grandes coopératives et les propriétaires de troupeaux regrettent maintenant quelques-uns des bénéfices, sous-estimés, liés à leur taille  – sans parler, dans de nombreux cas, de l’accès au savoir-faire technique et de gestion (soviétiques) qui facilitaient l’exploitation pendant les hivers difficiles.
Mais le regret serait mal à propos. Le communisme maintenait un équilibre contre nature.

En tout cas, comme les réformes russes, ce changement a été particulièrement mal mené. 

samedi 10 avril 2010

Angela Merkel

Depuis qu’elle a un allié à son goût, rien ne va plus pour Angela Merkel :
Paradoxalement, la coalition de droite qu'elle espérait et qu'elle dirige depuis quelques mois est un piège. Elle place la chancelière conservatrice dans une situation plus délicate qu'elle ne l'était lors de son premier mandat, à la tête d'une grande coalition avec son traditionnel adversaire social-démocrate (SPD). Elle qui excellait dans l'art du grand écart prenait prétexte de son adversaire-partenaire pour justifier son équilibre indécis. Elle y gagnait l'appui des puissants syndicats. Elle se trouve désormais titillée sur la droite par deux alliés encombrants : les libéraux du FDP et les conservateurs non-libéraux de l'Union chrétienne-sociale (CSU).
Ces difficultés expliqueraient son intransigeance à l’endroit de la Grèce : elle veut regagner l’estime populaire.

Curieux. La pensée de Mme Merkel aurait-elle besoin d’opposition et de temps pour se former ? Elle utilise le groupe pour penser ?

Compléments :

Sauver l’Amérique

The Economist se demande comment sauver l’Amérique.

L’Amérique est présentée non comme le pays dont le comportement irresponsable est à l’origine de la crise – opinion du gros de la planète, mais comme celui qui a tiré le monde par sa consommation. Nous avons tous profité de sa générosité.

Maintenant, l’Amérique doit exporter. Elle redécouvre les bénéfices de l’industrie, le protectionnisme et le rôle de l’État, et la fragilité des activités de service, menacées par des concurrents émergents. Des raisonnements que l’on avait oubliés resurgissent :
les (coûts du travail) comptent beaucoup moins dans les processus qui demandent des investissements lourds tels que la fabrication où la valeur d’un technicien ou d’un ingénieur pourrait dépendre de son efficacité à utiliser un outil de 70m$. Si un ingénieur plus productif peut obtenir 2% de plus de cet outil « ça vaut beaucoup d’employés ».
Alors, comment relancer l’économie américaine ?
  • À court terme, ce sont les entreprises qui exportent déjà beaucoup qui doivent exporter encore plus. L’État doit repérer celles à qui il manque peu pour pouvoir exporter, et leur donner un coup de pouce. Rares sont celles qui réussiront, mais elles suffiront au bonheur du pays.
  • Il serait plus efficace de jouer sur l’offre que sur la demande : s’il y a de la demande pour un produit (par exemple clean tech), l’industrie qui doit la satisfaire se développe. Le gouvernement devrait subventionner la demande et favoriser une baisse des taux de change, pour pousser les exportations.
Recettes qui ne doivent pas marcher que pour l'Amérique...

Compléments :
  • Un dossier est consacré au sujet. Action de l’Etat : Work to be done. Sources de performance économique : Trying harder. Export or die, la question des exportations. Introduction: Time to rebalance
  • Un graphique montre que le taux de change effectif du dollar est déjà quasiment au plus bas depuis plus de 30 ans…

vendredi 9 avril 2010

Pathologie organisationnelle

L’avocat du syndicat SUD, semble retrouver le raisonnement de Durkheim : le suicide est un fait social. Il en déduit que ceux qui sont à l’origine de l’organisation de France Télécom sont à l’origine de la vague de suicides qui y a eu lieu.

Voici ce que l’on disait de cette organisation :
(…) c'est l'individualisation à tout crin qui a coupé la coordination [entre personnels, qui aurait pu éviter des changements néfastes]. Quelques exemples (…). Une décision sans concertation dit qu'un service est réorganisé, tout le personnel de ce service doit postuler sur le poste qu'il occupe s'il veut rester dans le service. Dans cette restructuration on supprime un ou deux postes. Résultat chacun postule et le collègue devient un adversaire pour le poste. Au final, les plus faibles sont exclus du service et on recommence.
D'autre part, la loi dit que l'employeur doit fournir du travail à ses salariés, chez (France Télécom) c'est l'inverse, la direction demande de chercher du travail. Tout est individualisé (évidemment les salaires, promotions, primes, formation, etc.) ce qui rend encore plus difficile ce changement pour des fonctionnaires habitués aux grilles indiciaires.
Pour la coordination, la moyenne d'âge de FT est de 51 ans, avec les services nationaux (...)  qui ont une moyenne d'âge de 41 ans. Ceci veut dire que les services des directions territoriales ont des moyennes de 53 ou 54 ans avec majoritairement des fonctionnaires. Les principaux problèmes de souffrance et de suicides sont dans ces services (…). Dans tous les projets de réorganisation la partie d'accompagnement se limite à la formation. Un exemple sur une réorganisation, ou un site était fermé et le service envoyé à 30km. Dans les personnes impactées se trouvaient des divorcés avec une garde alternée. Du fait de la mobilité ils perdaient cette garde alternée. La direction est tombée des nues quand les syndicats ont présenté le cas. Elle n'avait pas imaginé ce type de problèmes.
[Des syndicats] À FT, les salariés sont plus syndiqués que dans la moyenne nationale, les grèves sont souvent suivies (taux de plus de 25% de grévistes) mais (…) le personnel (et les syndicats) pense qu'il ne peut pas changer les choses, la machine à broyer est trop puissante, les décisions ne sont jamais arrêtées ou amendées, les syndicats n'obtiennent jamais rien dans les négociations (…). Cela a affaibli les syndicats, à quoi peuvent-ils servir, ils n'ont pas de contre-pouvoir dans les négociations?
La seule arme des syndicats et ils l'utilisent et elle fonctionne, c'est l'inspection du travail et la justice. FT est régulièrement condamnée pour des pratiques illégales, les inspecteurs du travail viennent de plus en plus aux réunions de CHSCT et dès qu'ils reçoivent des courriers des syndicats sur des problèmes, ils interviennent très rapidement dans l'entreprise.
Ces techniques de management rappellent celles qui avaient cours à la même époque aux USA. Leur idée directrice, telle qu’exprimée par les consultants et les universitaires, était d’installer le marché dans l’entreprise. C’est ce que l’on voit ici : d’un côté la demande, de l'autre l'offre. Ces techniques dissolvent le lien social et rendent donc impossible la résistance au changement. (D'où leur efficacité.)

Indirectement, SUD chercherait-il à faire condamner le marché comme pouvant nuire au bien être humain ?

Compléments :

La science tuée par l’évaluation

« Partout où il y a indicateurs de performance, il y a encouragement à produire l’indicateur plutôt que la performance (…) beaucoup d’articles publiés dans les meilleurs journaux (scientifiques) sont écrits pour être comptés plutôt que pour être lus ».

Effets pervers : copinage, conformisme, autocitation (auteurs et journaux), résultats tronqués. Les premières victimes du système sont les politiques, qui croient pouvoir s’appuyer sur les experts que désigne ce système d’évaluation.

Compléments :
  • Curieux à quel point le ritualisme peut s’emparer des activités humaines, y compris de celles dont la raison d’être est la rationalité.
  • L’OMS en aurait-il été victime ? H1N1 : pandémie négative.

jeudi 8 avril 2010

Mauvais temps pour les éditeurs

Les éditeurs sont attaqués par les livres électroniques (« 25% des ventes aux USA dans 3 à 5 ans » ?), les téléphones mobiles… Bouleversements en perspective...
Les éditeurs qui survivront à ce qui s’annonce comme une transition périlleuse seront ceux dont les patrons et les employés peuvent apprendre vite à penser comme des impresarios multimédias plutôt que comme des fournisseurs de prose parfaite.
Pas tout à fait d’accord. Comme pour la presse, je crois que les survivants de l’édition auront redécouvert l’essence de leur métier. Et ce métier, s’il n’est pas le papier, c’est la qualité du contenu. En quelque sorte, c’est la « prose parfaite ». C'est aussi la promotion de cette prose.

Et c'est justement ce que certains (http://www.tor.com/) semblent avoir compris : ils utilisent le web social pour créer des communautés de passionnés.

Compléments
  • L’article : E-publish or perish. Les techniques qui s’appliquent aux environnements incertains : Se diriger dans l’incertain.
  • Les libraires, sont eux aussi dans une mauvaise posture. En plus des supports électroniques, ils doivent affronter Amazon (qui aurait saisi 19% du marché américain) et ses concurrents. Le salut serait dans l’offre de nouveaux services (exemple d’un centre de vacances littéraire). Edited out.

L’Angleterre et l’Europe

« Durant mon existence, tous nos problèmes sont venus de l’Europe continentale, et toutes les solutions sont venues des nations anglophones du monde » (Margaret Thatcher). 

Pour l'Anglais, l’UE est une puissance bureaucratique malfaisante qui emprisonne sa liberté. D’ailleurs, l’Angleterre, à commencer par son élite, ignore tout de l’Europe : « Les gens peuvent arriver au sommet dans les médias, dans les affaires ou à la Cité sans ne rien savoir de l’Union Européenne ». Et les conservateurs, qui pourraient bientôt gagner les élections, sont particulièrement mal équipés pour y travailler. Non seulement le système de compromis qui est le mode de fonctionnement naturel de l’Europe leur semble « étrange », mais, en s’étant placés dans un parti eurosceptique, ils se sont coupés de leurs équivalents européens.

Il est difficile de comprendre pourquoi les Anglais ne font pas sécession. En tout cas, s'ils y demeurent, ils veulent l’élargissement de l’Europe, afin d'en faire une zone de libre échange (l’entrée des très libéraux pays de l’Est fut une bénédiction). Ils veulent protéger la Cité de toute réglementation. Ils veulent que leur « parlement ait l’autorité ultime » (pas l’Europe). Ils veulent une exemption de la législation sociale et de l'emploi, de la charte des droits fondamentaux…

Ceci est non seulement contre l’esprit européen, mais, s’il était accepté (et il l’est au moins en partie !), on aurait là une concurrence déloyale vis-à-vis des autres populations européennes.

Je soupçonne que pendant longtemps les gouvernements européens se sont accommodés de cette position, qui leur convenait. Mais que la crise les force à un retour aux valeurs sociales de l’Europe.

L'Europe est un jeu de dupes, entre peuples, et entre électeurs et élus. Elle a été construite à la manière où la politique se conduit en France : en introduisant en douce des mesures qui vont à l’encontre des idées de la nation. Et, comme en France, on se retrouve avec un résultat bancal. Ne serait-il pas temps
  1. que chaque camp se demande s’il est mieux seul ou avec les autres ?
  2. Et, s’il veut appartenir au groupe, qu’il y ait enfin un débat sur ce que nous croyons les uns et les autres, mais aussi gouvernements et peuples. Par exemple, voulons-nous faire de l’Europe une zone de libre échange, voulons-nous renoncer aux droits de l’homme ?... Pourquoi ?

Compléments :

Un carnet de bal

Film de Julien Duvivier, 1937.

Mon vernis culturel me faisait croire à un classique. Mais ai-je vu un chef d’œuvre ? C’est une succession de sketches par des super stars de l’époque. Chacune joue son rôle favori (mon préféré est Jouvet). Et c’est interminable. Alors qu’il me semble que ça se voulait désabusé et léger. 

mercredi 7 avril 2010

Sources de la haine française ?

Je tire le fil de mon idée précédente. Qu’est-ce qui explique la haine que le Français voue au Français ?

Si j’en crois mon expérience du changement, ce que je vois dans l’entreprise, cette haine vient d’un dysfonctionnement organisationnel de notre société. Nous ne parvenons pas à faire ce que nous croyons être notre mission, et nous accusons les autres de nos échecs.

Quel dysfonctionnement ? Une piste à creuser. J’anime un club de dirigeants. J’avais imaginé un fonctionnement extrêmement simple qui permette des rencontres sans demander aucun travail, aucun engagement à chacun. À ma grande surprise, les membres du club veulent en faire une communauté, s’engager dans des actions ambitieuses. Et arrive ce qui devait arriver : personne ne faisant rien, échec piteux des grandes idées, et l’on accuse les autres de nous avoir déçus. (Et l'on m'encourage à sévir.)

Le Français est un homme de théories élégantes et pas de pratique. Il est formé pour être ainsi. Du coup, il en veut à ses semblables de l’échec de ce qui lui semblait évident.

Comment rendre le Français sympathique ? Pour que mon club fonctionne, il faudrait un infime effort de chacun (en gros contribuer à la vie d’un blog). Le jour où il s’y contraindra, le groupe fonctionnera et il donnera à ses membres infiniment plus que ce qu’ils lui ont donné. C’est peut-être pareil pour nous, Français : contribuer au bien de la nation, dans la mesure de nos capacités, corrigerait peut-être ses dysfonctionnements et permettrait la réalisation de nos belles idées. Nous aurions alors de l’estime pour notre équipe qui gagne. 

Logique du collabo ?

En ce moment je rencontre systématiquement l'étrange comportement suivant :

Réformes du gouvernement. Opposition farouche de barons. Soudainement un baron décide de jouer le jeu du gouvernement. On découvre alors qu’il demande de faire à des baronnets ce qu’il reprochait au gouvernement de lui faire.

Ce faisant, il s’est coupé de ses alliés naturels et peut avoir compromis définitivement ses chances de survie.

J’ai fini par me demander s’il n’y avait pas ici une caractéristique de la société française. La haine que nous ressentons pour notre prochain. Elle pourrait expliquer la logique du collabo, ce phénomène français que le monde a tant de mal à comprendre :

Le pouvoir est pris par un être haï, mais vengeur. Le dit pouvoir dénonce les turpitudes françaises et annonce qu’il va les punir : nous reconnaissons notre diagnostic dans le sien et lui indiquons sur qui frapper. 

mardi 6 avril 2010

L’homme plutôt que la société

Vieil article sur la « guerre des talents », doctrine de McKinsey, avec Enron pour champion. Elle voulait que l’homme soit tout, l’organisation rien.

Curieux, mais Enron fut décidément le pionnier de toutes les modes à l’origine de la crise, qu’il s’agisse des innovations financières (notamment des emprunts que l’on fait passer pour des revenus, ou des véhicules hors bilan), ou de traiter les employés comme des stars. Dommage que sa chute ait été jugée trop ignominieuse pour mériter d’être étudiée comme un mal national.

Amusant aussi comme les idées reçues peuvent évoluer rapidement. Au début de ma carrière on disait que « nul n’était irremplaçable »… 

Velib

Je vois le Velib avec des yeux neufs :

Dans un monde où l’on veut réduire la pollution, la production… tout ce que l’on possède et utilise peu pourrait être loué. Les emplois de production seraient ainsi transformés en emplois de service (opérateurs des systèmes d’information qui gèrent le système, réparateurs, livreurs…).

Compléments :

Laissez-faire anglais

L’Angleterre semble l’économie la moins protégée au monde. Ses entreprises se faisant absorber les unes après les autres, avec risque de délocalisation et de perte de savoir-faire national, elle s’interroge sur la validité de cette politique. Intéressantes considérations de The Economist :
  • Même les entreprises américaines sont plus difficiles à acheter que les anglaises.
  • L’Angleterre posséderait beaucoup de multinationales, héritage de son passé colonial. Mais l’actionnariat de celles-ci serait éparpillé (disparition depuis longtemps de l’actionnariat familial). Ce qui les rendrait à la fois prudentes dans leur gestion et des proies faciles.
  • Cependant, l’expérience semblerait indiquer que l’acquisition d’entreprises anglaises par des étrangers n’est pas mauvaise pour le tissu économique local. Certaines ont pour objet le marché en Angleterre et restent donc sur place. Les acquéreurs étrangers peuvent développer les compétences de leurs employés et apporter un savoir faire de gestion nouveau. L’Angleterre continue à attirer des quartiers généraux… Conclusion :
Éducation et compétences, plutôt que le protectionnisme, sont toujours la meilleure façon de sauvegarder les emplois anglais quand des acheteurs étrangers viennent nous rendre visite.  
  • Mais le réel argument en faveur du laissez-faire ne serait-il pas celui-là :
Empêcher les acquisitions pour protéger les emplois anglais saperait le soutien ancien du pays à un marché libre d’acquisition de sociétés, et à la liberté des marchés, plus généralement, ce qui ferait de l’Angleterre un endroit moins favorable aux affaires.
Idéologie ? Pas sûr. Ce n’est peut-être pas un argument absolu en faveur de la liberté des marchés. Mais plutôt un argument relatif. L’Angleterre est la porte d’entrée du marché européen, sans présenter les contraintes continentales. Pour les multinationales, l'Angleterre c’est les bénéfices de l’Europe, sans ses inconvénients. Si l'Angleterre est un pavillon de complaisance, elle n’a peut-être pas besoin de sa propre flotte. 

lundi 5 avril 2010

H1N1 : pandémie négative

Il semblerait que la grippe H1N1 ait pris la place de la grippe usuelle. Combinées elles ont tué moins de monde qu’à l’habitude.

Mais l’erreur a eu des conséquences économiques sérieuses et pourrait prédisposer la population à réagir incorrectement à la prochaine alarme.

Raison de cette déroute ? L’OMS n’a pas évalué le niveau exact du danger avant d’alerter la planète. Conclusion de l’article :
Les décisions contestables de l'OMS montrent que ses responsables sont soit trop rigides soit incompétents, soit les deux, pour apporter les modifications voulues au système d'alerte de pandémie - ce qui ne surprend plus d'une organisation critiquable sur le plan scientifique, arrogante et qui n'a de compte à rendre à personne. Elle est peut-être capable d'effectuer une surveillance sanitaire sur le plan mondial, mais son rôle politique doit être considérablement réduit.
L’OMS : nouvel exemple des méfaits du carriérisme ?

Tea party et web social


Il défend des valeurs conservatrices mais ne vote pas Républicain. En fait, il semble avant tout être « contre ». Il est contre l’establishment, et ne veut pas de leader. Il n’a pas de programme clair. Sa force vient surtout de ce qu’il sait mobiliser la foule (grâce au web social). Mais il n’a aucune organisation interne. Curieusement, s’organiser signifierait même la mort du mouvement. Son atout maître : être spontané ?

Parallèle avec les manifestations françaises ? Quand une mesure ne convient pas au peuple, il se manifeste et fait tomber un ministre. Peut-être en est-il de même aux USA ? Sorte de résistance au changement ? Quand certaines valeurs de la société sont menacées, il y a manifestation de mécontentement ? Moyen de manœuvrer une classe dirigeante qui n’a pas les mêmes intérêts que la classe populaire, mais qui a tous les pouvoirs ?

Compléments :
  • Contradiction avec les thèses de Mancur Olson, selon lequel seuls les petits groupes peuvent construire des coalitions, les grands ayant besoin de contrainte pour cela ? Le web 2.0 donne-t-il aux foules un moyen de coordination à coût si faible qu’il leur est possible de monter des rassemblements éphémères, mais efficaces parce qu’ils frappent à des instants critiques du processus démocratique (élections) ?

Europe de deuxième division

Dominique Strauss-Kahn aurait dit :
"Le risque pour les économies européennes, c'est qu'elles se retrouvent en deuxième division, et non pas en première, avec les Etats-Unis et l'Asie"
Ce qu’un article du monde explique ainsi :
57 % (des exportations) des Etats-Unis sont tournées vers les pays émergents à forte croissance, 23 % seulement vers la zone euro. Et du côté du marché du travail et de sa flexibilité. L'ajustement de l'emploi a été beaucoup plus rapide aux Etats-Unis qu'en Europe, ce qui permet d'y envisager une reprise plus soutenue (162000 emplois ont été créés en mars).
Très bien. Mais tout ceci est structurel. Les entreprises américaines sont conçues pour licencier et embaucher. Elles se renouvellent par la « destruction créatrice » (y compris la leur). Les nôtres sont conçues pour s’adapter au changement et demandent à leurs employés de se couler dans une culture forte. Du coup, les licenciés ne retrouvent plus d’emploi. Idem pour les exportations. Les entreprises ne peuvent par exporter du jour au lendemain, pour cela elles ont besoin, en particulier, de réseaux commerciaux préexistants, comme a su en construire l’Allemagne. Quant aux Anglo-saxons, leurs réseaux commerciaux couvrent le globe depuis des siècles.

Bref, un tel diagnostic est l’équivalent de dire que, pour être champions du monde de basket, il suffit d’avoir des joueurs qui mesurent 3m.

Si l’on veut éviter à l’Europe la seconde division, il faudra la transformer, ce qui demande une vision à long terme, et du temps. Je ne doute pas que nous bénéficierons bientôt des mesures prises par M.Strauss-Kahn, lorsqu’il était au gouvernement.

Compléments :
  • Autre idiotie : l'émerveillement de l'article devant le dynamisme chinois et indien. Pourquoi s’étonner de notre différence de croissance ? Veut-on maintenir les pays émergents dans la pauvreté ? 

Leader de Detroit

La ville de Detroit est dans un triste état. En quelques décennies elle a perdu la moitié de ses habitants, déficit (325m$), maisons abandonnées, fermetures d’écoles (45 en une année)…

Seule solution à ses malheurs, réduire la ville, réinventer son fonctionnement pour qu’il corresponde à son nouvel état. Curieusement, ses habitants considèrent cette réorganisation comme celle d’une entreprise, avec les mêmes termes. On parle d’ailleurs de « changement » comme s’il s’agissait d’entreprise, et on lui cherche un « leader », qui pourrait être le maire de la ville.

L’article : Thinking about shrinking. Et mes remarques :
  • Pourquoi les Américains parlent-ils donc systématiquement de « leaders » ? Ne sont-ils pas les apôtres du laisser-faire, de la main invisible ? Pourquoi leur faut-il quelqu’un pour les guider dès qu’ils envisagent un changement ?
  • Une hypothèse : c’est une société d’individualistes, avec fort peu de règles communes. Par conséquent, le changement les laisse désemparés, d’où risque de mouvement Brownien et nécessité d’un agent de la circulation pour organiser l’effort collectif ?
  • Cela expliquerait-il pourquoi les étudiants me disent sans arrêt que le changement ne peut réussir s’il n’est pas soutenu par le top management ? (Ce à quoi je réponds que je n’ai jamais vu un changement porté par son dirigeant.) Les livres traitant du changement viennent d’Amérique, avec leur contenu nous absorbons leurs biais culturels ?
Compléments :
  • La notion de leader semble effectivement liée à la culture anglo-saxonne, elle entendrait par là le « pasteur », celui qui guide le troupeau.  (Philippe d’IRIBARNE, La logique de l’honneur, Seuil 1993.)
  • Un aperçu de la théorie du leader : Mesurer la capacité au changement d’une entreprise.

dimanche 4 avril 2010

Mort du 3D ?

Il semblerait que Le choc des titans soit un 3D raté.

Notre mode du film 3D pourrait s’achever comme les 2 qui l’ont précédée (1950 et 1980). Les studios se sont jetés sur le 3D, parce qu’il permet d’enfler le prix des places. Or le film doit être conçu avec le 3D en tête, et, ça marche surtout avec l’animation. Conséquence : mort du 3D pour cause de navets ?

Compléments :
  • Je n’ai rien trouvé d’extraordinaire au 3D du Crime était presque parfait d’Hitchcock, et je ne suis pas subjugué par l’avancée technique survenue depuis. 

Geely achète Volvo

Illustration de la stratégie chinoise d’acquisition de compétence occidentale ? Geely, fabricant de voitures qui ne passent pas les normes de sécurité occidentales, achète Volvo, spécialiste de la sécurité, à coups de subventions gouvernementales.

Faut-il avoir peur du Chinois ? Ma théorie du moment est qu’il nous a rendu service.
  • La globalisation de ces dernières décennies ressemblait férocement à une tentative de prise de contrôle de la planète par des oligopoles. Par exemple, les constructeurs automobiles suivaient une même stratégie. C’était la mort de l’innovation. En empêchant cette entente, la Chine pourrait forcer l’industrie occidentale à redevenir intelligente.
  • La Chine semble incapable d’inventer, de nous proposer des produits que nous n’avons pas. D’ailleurs peut-être que le faire demande beaucoup de temps. En conséquence, elle a sans doute raison de partir de notre savoir-faire pour construire le sien. Ce n’est pas nécessairement dangereux pour nous. L’Allemagne et la France construisent toutes deux des voitures, et chacune a trouvé sa place sur le marché automobile. Il n’y a pas de raison qu’il n’en soit pas de même avec la Chine.
L’Occident doit sortir de sa léthargie, et ses patrons doivent montrer qu’ils méritent leur salaire.

Compléments :

The ghost writer

Film de Roman Polanski.

Exceptionnellement, je suis allé voir un film récent. Mais j’ai attendu un peu après sa sortie, que les salles se soient vidées.

Excellent moment. Film construit sur une idée d’une simplicité et d’une élégance surprenantes. Réécriture de l’histoire de Tony Blair, plus vraisemblable que la vraie. Mais qu'en pensera-t-on, une fois Tony Blair oublié ? (D’ailleurs, le film ne perd-il pas de son intérêt quand on ne connaît pas bien la vie de Blair, et de sa femme ?)

samedi 3 avril 2010

Berlusconi (suite)

Les dernières élections italiennes sont très favorables à S.Berlusconi. Y aurait-il deux façons de juger un homme politique ?
  1. Ce qu’il dit ou fait. Critère de jugement de l’intellectuel. Alors les triomphes durables de MM.Berlusconi et Reagan, ou de Mme Thatcher, sont quasi incompréhensibles.
  2. Ce qu’il est. Ce qui compte est son comportement. Il a quelque chose qui plaît.  

Heureuse Amérique

L’Amérique a un « privilège exorbitant » : ses dettes sont bon marché, et ses investissements étrangers lui rapportent plus qu’aux autres nations.

Aucune raison honnête (par exemple une rémunération d’une prise de risque) ne semble le justifier.
Seule explication : les bénéfices d’être une monnaie de réserve ?

Compléments :

vendredi 2 avril 2010

Pétrole d’Obama

B.Obama annonce qu’il va permettre les forages pétroliers au large des côtes américaines.

Ce serait idiot, à la fois écologiquement et économiquement. Mais pas politiquement : cela décoincerait un sénateur républicain nécessaire au vote des lois de réglementation des émissions et (surtout ?) cela priverait les Républicains d’un cri de guerre, juste avant les élections de Novembre. (Et, B.Obama moins inquiétant intello gauchiste, plus l’un des nôtres ?)

Illustration de l’irrationalité de la marche des sociétés ? Mais peut-être pas de celle d’Obama. Car si forer est idiot parce que n’apportant pas grand-chose, symboliquement c’est important, et, en prenant l’argument à l’envers, les dégâts sont aussi probablement secondaires. Il est idiot de le faire, mais encore plus de s’y opposer ?