lundi 10 mai 2010

Capitalisme chinois

Il est demandé aux entreprises installées en Chine d’adopter l’organisation syndicale chinoise.

Ce qui signifie notamment que les représentants du personnel participent à la direction de l’entreprise et aux décisions affectant l’emploi. Bien entendu, ces représentants sont liés au gouvernement chinois.

Preuve de leur acculturation grandissante, les multinationales étrangères arguent de dysfonctionnements internes pour ne pas appliquer la mesure. (Join the party!)

La Chine serait-elle en passe de réinventer le capitalisme ?

Modeste Chine

Les dirigeants chinois semblent craindre que le moindre faux pas fasse dérailler leur fragile course en avant. En particulier :
Ils sont profondément conscients de la susceptibilité américaine à tout discours suggérant l’émergence d’une puissance et d’une idéologie rivales – et un conflit avec l’Amérique pourrait faire échouer la croissance économique de la Chine. (The Beijing consensus is to keep quiet.)
Ce qui semble confirmer que l’Occident a un énorme atout : une démocratie solide. 

BOP

PRAHALAD, C.K., The Fortune at the Bottom of the Pyramid, Wharton School Publishing, 2009. Les pays émergents ont mis au point les moyens de faire de leurs pauvres un marché. Qu’ont-ils à nous apprendre ?

Réinventer l’économie

Leur originalité décisive est, justement, d’avoir décidé que les pauvres étaient un marché. À partir de là, ils ont pris les contraintes de son environnement comme une donnée. Et ils ont trouvé le moyen de le rendre rentable.

Je me demande s’ils n’ont pas repris les recettes d’Henri Ford, face à un problème similaire : pour rendre leur produits accessibles à tous et les fabriquer aevc une main d’œuvre non qualifiée, ils ont poussé le Taylorisme à ses limites, et l’ont implanté dans les services.

Ils ont aussi fait de la société une partie intégrante de l’entreprise. Et les technologies de communication modernes (Internet et téléphonie mobile) l’ont aidée.

Bureaucratie contre économie de marché

C.K. Prahalad s’intéresse surtout à l’Inde et voit son développement comme la lutte entre le bien, une économie de marché pure à la Hayek, et le mal, une bureaucratie corrompue. Il en revient d’ailleurs, sans complexe, à un bien ancien débat, qui a défait les meilleurs économistes : comment implanter une économie de marché qui fonctionne ?

Sans loi et sans contrat, et sans le pouvoir de les faire respecter, il n’y a pas d’économie de marché. Mais il ne doit pas y avoir trop de lois, des « micro réglementation », sans quoi certains peuvent en tirer un avantage personnel. Argument délicat : comment expliquer que la réglementation occidentale soit extrêmement complexe mais ne suscite pas la corruption ?

Ceci va avec la nécessité de « transparence » : difficile de tricher au vu et au su de tous.

Mais la loi écrite sous-entend la capacité à lire. Donc, l’arrivée de l’écrit rend la population pauvre, massivement illettrée, encore plus facilement exploitable que par le passé.

Il remarque aussi que l’économie de marché donne une identité aux gens, ce sont des « individus », ils sont fichés par leurs fournisseurs, ils deviennent des numéros. Bizarrement, il semblerait que l’on puisse vivre dans les sociétés traditionnelles sans cette individualisation.

Il explique enfin comment un État Indien a cherché à rendre son fonctionnement efficace en dépit d’une bureaucratie corrompue. Cela en utilisant Internet pour que chacun ait accès à une information honnête, en effectuant une gestion par objectif de l’administration, et en la soumettant au contrôle de tous.

Étrangement, ce qu’il décrit ressemble beaucoup au degré zéro de la conduite du changement, au passage en force. Par exemple, les bureaucrates sont ridiculisés en public. Et le changement semble donner ce que donne tout changement raté : il explique lui-même qu’il n’est pas possible au peuple d’avoir accès aux données informatiques ; les intermédiaires véreux ont de beaux jours devant eux.

Efficacité de l’économie de marché

Démonstration de l’efficacité de l’économie de marché, qui prouve sa fascinante rapidité et sa capacité d’adaptation aux conditions les plus difficiles.

Mais, pour autant, l’économie de marché peut-elle être laissée à elle-même ? Très bien lorsqu’elle enrichit les pauvres, mais que serait une société taylorienne, dont les entreprises forment le peuple pour être consommateur (les filiales des multinationales lui expliquent que leurs produits sont bons pour sa santé) ?

D’ailleurs, qu’est-ce qui a corrompu la bureaucratie, sinon l’économie de marché, dont elle a été la première à profiter ?

Ce que raconte ce livre est peut-être l’histoire d’un changement. La société traditionnelle indienne, reposant sur l’oral, le groupe, et la coutume, absorbe la culture occidentale, une culture de règles, d’écrit et d’individualisme. Cette nouvelle société ne ressemblera pas à l’ancienne, mais elle peut être équilibrée et solidaire. L’économie de marché peut l’aider à le devenir, mais il est capital qu’un État efficace fasse rapidement contrepoids au marché, avant tout en éduquant la population.

Retrouverais-je le raisonnement des dirigeants chinois ?

Compléments :

dimanche 9 mai 2010

Crise de l’emploi

Aux USA (et en Europe) la classe moyenne aurait été laminée par la technologie : il n’y aurait d’emploi que pour les plus diplômés.

Comment éviter un chômage permanent à une partie croissante de la population ? (Avec l’impact que cela peut avoir sur le reste de l’économie.) Augmenter sa qualification ? (As jobs fade away.)

Je doute que ce soit possible. Mon intuition est plutôt que nous devons développer des secteurs économiques qui fassent de la place à tout homme, comme l’industrie.

Compléments :
  • Des bénéfices de l’industrie : FINGLETON, Eamonn, Unsustainable: How Economic Dogma Is Destroying U.S. Prosperity, Nation Books, 2003.

Pauvre Angleterre ?

Un de mes précédents billets disait que l’Angleterre devrait éviter le sort de la Grèce, grâce à son taux de change flottant.

Elle en a habilement usé, puisque le taux de change effectif de la livre serait 25% plus bas que mi 2007. Ses exportateurs ont d’abord profité de cette baisse pour augmenter leurs prix, maintenant ils attendent que la demande s’affirme pour investir. Malheureusement voici la crise grecque et la chute de l’euro. (A lamentable legacy.)

Une question me vient en tête : une telle politique monétaire est-elle habile ? Les Américains et les Anglais pensent relancer leur économie en nous exportant leur crise, mais si nous nous effondrons, ils risquent d’en pâtir, puisque nous demeurons leurs principaux clients… 

Changement en Europe

« Un changement de comportement a toujours fait parti du projet euro. Mario Monti (…) voulait que son pays rejoigne l’euro précisément pour qu’il soit forcé à une vision plus germanique de l’emprunt et des dépenses ». The euro's existential worries.

Ce qui semble confirmer ce que je soupçonnais. Nous en voulons à la Grèce d’être désorganisée, mais c’est parce qu’elle était désorganisée qu’elle est avec nous. Et c’est un raisonnement qui s’applique probablement à toute la zone euro. Par conséquent, la crise actuelle n’est pas l’exception mais la règle. Le changement est devant nous. En créant la zone euro, ses pères fondateurs ont voulu brûler nos bateaux, de façon à ce nous soyons contraints à réaliser le rêve qu’ils avaient pour nous. Leur technique de conduite du changement était probablement « tout ce qui ne tue pas renforce ». 

samedi 8 mai 2010

Changement en Grèce

La presse anglo-saxonne s’inquiète de l’avenir de l’Europe. Paul Krugman invite la Grèce à quitter l’euro. D’autres économistes renommés constatent que la défaillance massive des États a été la norme de tous les temps, non l’exception.

Le plus intéressant est, peut-être, l’état de la Grèce : totalement dysfonctionnel (Grèce, corruption à tous les étages). La fraude est la norme du pays (30md€ par an ?), et l’administration participe méthodiquement au détournement du bien public.

La Grèce peut-elle payer ses dettes sans transformer radicalement les comportements nationaux ? Un changement aussi gigantesque est-il possible ?  Avec une administration corrompue ?

Et si la Grèce était révélatrice d’une question générale ? Un État bien rangé, bien géré est-il quelque chose qui va de soi ou, au contraire, un idéal théorique ? Un rêve qui cherche à nous transformer à son image ?

Compléments :
  • Sur l’interaction entre nature et culture : Coévolution.

Magot chinois

L’excédent chinois a fait le malheur mondial, dit-on parfois. Une théorie sur son origine :
  • Le système financier fonctionnerait fort mal, ce qui ferait que les entreprises privées vivraient sur fonds propres. À ceci viendrait s’ajouter une épargne forte. Donc, les banques déborderaient de ressources qu’elles ne pourraient placer que dans des entreprises d’État vacillantes, ou dans des bons du trésor américains.
  • Si l’on veut remettre les finances mondiales en ordre, il faudrait donc aider les Chinois à améliorer le financement de leurs entreprises et à réduire l’épargne populaire, probablement en développant un système de sécurité sociale. 

vendredi 7 mai 2010

Complexité anglaise

Le système électoral anglais est conçu pour donner la majorité au parti qui reçoit le plus de votes. Cette fois-ci ça n’a pas marché. Les curiosités du dispositif :
  • Gordon Brown pourrait rester en poste, simplement parce qu’il est le premier ministre en place. Pour y demeurer, il peut construire une coalition à long terme, ou au coup par coup, pour chaque vote de la chambre.
  • Les conservateurs (36% des voix) devraient, cependant, gouverner l’Angleterre. Bien qu’une coalition avec le lib-dem ait moins de chances de tenir qu’une alliance « lib-lab ».
  • Qu’est-ce qui nous garantit qu’une coalition émergera ? De nouvelles élections seraient peu goûtées par l’électeur.
  • Le lib-dem, qui semblait devoir profiter de l’événement, a moins de députés (5 au dernier comptage) que lors de la précédente élection… Et avec près de 80% du nombre de votes des travaillistes, il a un peu plus d’un cinquième de ses députés.

ADN

Voici ce que dit l’ADN d’une personne morte il y a 4000 ans :
Male, short and stout, with dark skin, brown eyes, shovel-shaped teeth, type A+ blood and coarse, dark brown hair giving way to pattern baldness. 
Ce qui me semble étonnamment précis…

Homme, femme et orientation


C’est ce qui expliquerait que les hommes tendent à construire des cartes mentales, alors que les femmes retiennent des repères. Et que les femmes ramassent autant de champignons que les hommes, mais en se fatigant beaucoup moins…

Dans ce domaine, j’ai, curieusement, des caractéristiques féminines. 

jeudi 6 mai 2010

Roue magique

Heureux effet du hasard : je découvre une fonctionnalité de Google qui s’appelle la « roue magique ».

Votre recherche est représentée par un cercle dont sortent des rayons associés à ce qui doivent-être les recherches les mieux corrélées avec elle (mais je n’en suis pas sûr : une brève enquête ne m’a pas fait trouver le mode d’emploi de la fonction). On peut cliquer sur chaque rayon, qui donne un nouveau cercle avec de nouveaux rayons...

Pour la recherche « christophe faurie », cela donne :
  • Une émission que j’anime : Trouble shooter.
  • Mon premier employeur : Dassault Systèmes.
  • Des diplômes : Insead mba, m.phil et Université de Cambridge. (Ces deux derniers sont un peu inattendus.)
  • Les thèmes de mes livres : conduite du changement, l’effet de levier, les gestes qui sauvent.
Pour Nicolas Sarkozy (en vrac) : Ségolène Royale (sic), Jean Sarkozy, Cecilia Sarkozy, Carla Bruni Sarkozy,  Nicolas Sarkozy facebook, Nicolas Sarkozy juif, Nicolas Sarkozy taille. Critères de recherche « people » ?

Spéculation

Il est de bon ton de dénoncer les « spéculateurs », mais à quoi cela sert-il ?

La « spéculation » est un aspect inhérent aux marchés financiers, un « fait social » au sens de Durkheim. Chaque membre de la profession financière est prisonnier de règles dont il ne peut pas sortir, de la pression de ses pairs, de la concurrence entre établissements…

Plus généralement, nous sommes pris dans de grands mouvements auxquels nous ne pouvons pas faire grand-chose. Exemple. On nous dit aussi qu’une partie de l’Europe a vécu au dessus de ses moyens, que le système financier (par exemple allemand, pour l’Espagne) a alimenté les bulles immobilières… Personne n’est alors descendu dans la rue pour dénoncer les dangers que son enrichissement personnel, ou ses placements, faisaient courir à l’équilibre de la planète.

D’ailleurs, il est probable, comme le disent les économistes, que la spéculation est un aspect négatif d'un phénomène qui peut être bénéfique. La crise grecque ressemble beaucoup à une malversation Enronienne que les gouvernements européens gèrent de manière périlleuse. La spéculation ne nous dit-elle pas que nous devrions mettre notre maison en ordre ?

Les gouvernants doivent certainement penser comme moi. Mais faire fonctionner l’Europe est peut-être une tâche qui dépasse leur faible courage. Et la situation actuelle n’a pas que des inconvénients : la chute de l’euro pousse nos exportations, et peut relancer notre économie. Mais peut-on le dire ?

Hurler avec les loups est un moyen aussi vieux que le monde, mais toujours aussi efficace, de donner le change au petit peuple, sans fatigue.  

Évolution du journalisme

Tentative de faire un « reengineering » de la production d’articles pour Internet, qui soit rentable en dépit du peu d’argent que l’on peut y gagner :
  • des logiciels repèrent les intérêts du marché, et des hordes de pigistes produisent du contenu pas cher.
Serions-nous en train d’adopter les techniques du « bas de la pyramide » ?

mercredi 5 mai 2010

École primaire

Rapport sur la réforme de l’école primaire.

Je tends à penser que les dysfonctionnements de l’éducation française ont pour cause la maternelle et l’école primaire, ce que semble dire ce rapport. Mais j’ai du mal à comprendre l’analyse qu’il fait des causes de ce problème, et, donc, si ses recommandations ont des chances de résoudre la question.

Je me demande surtout pourquoi le primaire semblait donner d’excellents résultats au temps de mes grands parents et du certificat d’étude, et qu’aujourd’hui l’école ne paraît plus capable d’enseigner correctement des connaissances fondamentales, y compris d’ailleurs à des gens qui poussent leurs études au maximum. Le certificat d’étude aurait-il été réservé à une petite élite ? Y a-t-il eu modification des méthodes d’enseignement ? Déclin des compétences des enseignants ?...

Héros américain

Ce blog me fait analyser des films. Un résultat : le héros américain.
  • L’homme idéal est un homme du peuple. La différence entre le riche et le pauvre est que le premier a réussi, le second pas encore. C’est probablement la marque d’une vraie démocratie : il n’y a rien de mieux qu’être un Américain.
  • En France, j’ai l’impression que la vie du peuple fait l’objet soit de films bienpensants et misérabilistes, soit d’une valorisation des défauts du Français, de type Astérix. Être pauvre demeure une tare ?
Sous cet angle, je suis peut-être Américain. Serait-ce pour cela que j’apprécie Rohmer ou Welcome ? 

New York Miami

Film de Frank Capra, 1934.

J’ai appris que c’était le premier exemple de « screwball comedy », et que Claudette Colbert était, comme son nom, d’origine française (je pensais qu’à l’époque il était à la mode de porter un nom français).

Le ver de terre finit par épouser l’héritière. Mais au fond ils se ressemblent. Ce sont deux vrais Américains, pleins de ressource et d’énergie, à l’opposé du bellâtre chasseur de dotes. 

mardi 4 mai 2010

Entreprise durable

Relecture de The Machine that Changed the World. Une remarque me frappe : les entreprises japonaises sont prises dans un écheveau de participations croisées. Si bien que, quand l’une va mal, elle est sûre qu’un de ses « actionnaires » saura l’aider à se redresser. Au contraire, quand une entreprise américaine connaît une mauvaise passe, son actionnariat fragmenté et financier ne peut rien faire pour elle.

Je ne sais pas si le modèle japonais est aussi efficace que le pensaient les auteurs du livre, cependant, je me demande s’ils n’ont pas trouvé une explication au phénomène bien connu et surprenant pour un Européen, du peu de durabilité de l’entreprise américaine.

L’explication habituelle est la « destruction créatrice » : les entreprises qui crèvent étaient les moins efficaces.

Mon expérience me dit qu’à quelques dinosaures près, les entreprises qui crèvent ne le font pas parce que leur savoir-faire est obsolète, mais parce qu’elles n’ont pas trouvé le moyen de l’appliquer intelligemment (ou parce qu’elles ont fait une erreur de gestion). Quand elles disparaissent, ce savoir-faire, qui aurait pu être utile à l’humanité, est perdu.

Compléments :

Coévolution

Comment avons-nous appris à manger ce que nous mangeons me demandé-je ? (Surtout ne pas manger ce qui est toxique.)

Je me suis rappelé avoir entendu parler de coévolution : les plantes à pollen se sont développées en même temps que les insectes qui leur étaient nécessaires.

Peut-être en est-il de même de nous ? Nous avons évolué avec ce qui nous sert de nourriture ?

Peut-être ce type de lien existe-t-il aussi entre l’homme et sa culture ? Nous définissons ce qui nous paraît bien, et ce qui nous paraît bien contraint ensuite notre comportement et nous transforme physiquement ? Par exemple la fidélité qui est maintenant attendue du mâle s’accompagne d’une accentuation de son caractère féminin.

Compléments :

Chômage américain


Causes structurelles : les compétences licenciées ne sont pas celles réclamées par les secteurs en hausse, en outre beaucoup d’Américains seraient incapables de se déplacer du fait des dettes qui pèsent sur leur habitation.

Une raison qui est plus saine que celle que j’avais imaginée (une économie qui vit des subventions de l’État), mais qui a des implications tout aussi destructrices : existences définitivement fragilisées, et appauvrissement des talents nationaux. 

Compléments : 
  • Cette expérience pourrait-elle inciter les Américains à demander un modèle social de type européen ? se demande l'article.

lundi 3 mai 2010

Construction navale

  • Le gros du marché est dominé par l’Orient. Mais il y aurait eu bulle. Donc chantiers durablement en difficulté.
  • L’Occident aurait adopté une stratégie de niche plus robuste aux crises.
Y aurait-il quelque-chose à imiter ici ?

Cellule de crise

  • Si le prêt que demande la Grèce est maintenant de 100md€, c’est qu’elle ne peut plus trouver d’argent sur les marchés financiers.
  • Il faut créer une cellule de crise pour traiter ce type d’événements et éviter que les hésitations européennes n’en fasse des désastres.
Intéressante idée. Une cellule de crise ne demande par à l’Europe une transformation dont elle n’est pas capable.

dimanche 2 mai 2010

Génération perdue ?

Les mésaventures de Fabrice Tourre me remettent en tête le souvenir suivant :

Il y a quelques années j’ai travaillé avec des ingénieurs de la génération de Fabrice Tourre. Eux aussi étaient des financiers. Certains avaient même changé leurs plans de carrière pour cela. On leur avait dit que « c’était ce qu’il fallait faire ». Une mode, en somme.

Un nombre considérable d’ingénieurs a dû faire comme eux. Quel a été le coût de ce détournement de talents ? 

Faut-il y voir la cause du manque de compétitivité française, de son peu de créativité ? Ou les ingénieurs perdus ont-ils été remplacés par d’autres, sortis d’écoles moins prestigieuses, mais tout aussi utiles ?

Goldman émissaire ?

Les journalistes donnent du témoignage des dirigeants de Goldman Sachs l’image de gens surpris d’être victimes d’une sorte de procès en sorcellerie.

J’ai tendance à penser comme eux. Il y a probablement disproportion entre ce qui leur est reproché et leurs éventuels torts, dont ils n’étaient d’ailleurs probablement pas conscients. Au fond, ils ressemblent aux gens que je côtoie tous les jours (JP Morgan a même cherché à me recruter, il y a fort longtemps !). Des gens respectables.

Les banquiers de Goldman seraient-ils les Templiers modernes ? Leur succès les a conduits à s’approprier une part démesurée des richesses des nations. Celles-ci n’entendent pas se laisser faire et ont recours pour cela à une sorte de « licence politique », une certaine mauvaise foi. Ainsi, le possible écart de Goldman, subtilement mis en scène, permet à l’administration américaine de faciliter le passage de ses mesures de réglementation des banques, auxquelles le peuple semble favorable. La fin justifie les moyens ?

C’est habile. Et c’est probablement le type de procédé que les banquiers appelaient « innovation » et pour concevoir lesquels ils recrutaient les meilleurs esprits. Quelques-uns de ces derniers leur auraient-ils échappé ?

Compléments :

Crise de la zone euro ?

Grèce et Angleterre : deux situations comparables, et pourtant l’une va connaître une décennie de purgatoire, alors que l’autre émergera de la crise plus dynamique que jamais. Raison ? Le carcan de l’euro répond Paul Krugman.

D’autres chroniqueurs anglo-saxons déplorent l’injustice grecque, qui prive de pain les bouches allemandes.

Illustration d’un double a priori ? Individualisme et économie comme maître absolu ?

Or, l’adhésion à l’euro n’a pas que des raisons d’opportunisme économique. Pour le Portugal et, peut-être aussi pour la Grèce, c’était la garantie qu’une dictature ne reviendrait pas. De même que l’adhésion à l’UE de l’Allemagne devait marquer la fin des querelles européennes fratricides.

Compléments :

Stimuler la création d’entreprise

Recettes pour susciter la création d’entreprises :
  • Aux USA de 0,1 à 0,2% des start up sont financées par capital risque. Comment pousser le reste ?
  • Il est quasiment impossible d’identifier les entreprises qui ont le plus de potentiel, donc les subventions directes ne sont pas efficaces. Sans compter qu’elles pourraient être contreproductives : les subventionnés ayant tendance à se reposer sur leurs lauriers.
  • Le mieux serait de laisser la loi de la jungle choisir les entreprises à potentiel. Pour cela il suffirait d’améliorer l’accès au crédit traditionnel, en stimulant l’efficacité du secteur financier traditionnel par plus de concurrence.

samedi 1 mai 2010

BP

L’explosion de la plate-forme de forage de BP m’amène à me poser des questions :
  • Les compagnies pétrolières ont des accidents qui font de gros dégâts. Ceux-ci pourraient-ils être prévenus ? Les énormes bénéfices de ces sociétés ne pourraient-ils pas être investis dans la prévention ? (un investissement qui permettrait des bénéfices encore plus gros) Ou l’industrie pétrolière est elle naturellement sale ? Ou relativement peu par rapport à d’autres ?
  • J’ai lu un rapport d’enquête sur une précédente explosion d’une raffinerie de BP. Il incriminait sa « culture ». C'est-à-dire des décisions guidées par des considérations financières médiocres et à court terme. Est-ce encore le cas, ou est-ce une calamité ordinaire, inévitable, du type de l’échouage d’un pétrolier ?

Pourquoi ce blog n’a pas migré sur Wordpress

Hervé Kabla était parvenu à me convaincre de faire héberger ce blog par Wordpress.

Un essai m’a montré que Blogspot est sooviétique. Le blog sous Wordpress a bien meilleure apparence, beaucoup plus de thèmes, un moteur de recherche qui fonctionne, un éditeur de texte agréable, et c’est infiniment mieux pour enregistrer des commentaires. D’ailleurs je soupçonne que Wordpress favorise une sorte d’effet communauté qui doit profiter au lectorat de ses blogs.

Mais les caractéristiques de mon blog n’ont pas été prises en compte par Wordpress : le système d’importation n’a pas prévu de traduire les liens internes entre billets, si bien qu’ils continuent à pointer vers le blog initial (j’avais envisagé de faire un changement systématique de noms dans le code HTML, mais je n’ai pas trouvé la fonction pour). Aussi, Blogspot semble bien meilleur pour me permettre de me promener dans mes centaines de billets à la recherche d’une référence (le gros de mon travail de rédaction), ou de faire mes synthèses mensuelles. En outre je trouve l’administration de Wordpress particulièrement lourde et peu intuitive. Bref, Blogspot, soviétique mais productif.

Et s'il y avait complémentarité ?
  • Blogspot s’adresse aux gens qui parlent surtout à eux-mêmes (comme moi).
  • Wordpress est fait pour ceux qui parlent surtout aux autres, qui écrivent un petit nombre de belles choses bien finies (comme Hervé).
Je vais probablement créer un blog Wordpress sur un nouveau concept, tout en conservant celui-ci, qui est mon livre d’exercices. 

vendredi 30 avril 2010

Charles Pasqua

Charles Pasqua vient d’être jugé par un jury constitué de ses pairs (6 sénateurs et 6 députés) et de magistrats (3). Cette composition peut-elle influencer le jugement ?

À en croire le vénérable sociologue Georg Simmel, oui. Il y a une différence fondamentale de nature entre le petit groupe (de pairs) et le grand groupe. Le petit groupe tient par la « cohésion personnelle », le lien qu’entretient chaque individu avec chaque autre. (De ce fait le petit groupe tend à être un bloc peu adaptable au changement.) Le grand groupe, au contraire, est maintenu ensemble par des organes (des institutions), des normes, par la neutralité et l’impartialité. Dans un cas la cohésion se fait par la proximité, dans l’autre par la « distance ».

Compléments :
  • SIMMEL, Georg, Sociologie, PUF, 1999. (Chapitre 2)

Fabrice Tourre

Dans l’enquête que mène la SEC sur Goldman Sachs et Fabrice Tourre, le Financial Times semble penser que chacun de ces derniers doit être en train de calculer – heure par heure - où se trouve son intérêt et s’il doit fausser compagnie à l’autre.

Goldman Sachs doit-il faire de Fabrice Tourre un bouc émissaire ? Ne pas le lâcher pour qu’il ne fasse pas de révélations compromettantes ? Fabrice Tourre doit-il plaider coupable ?...

Un Français, habitué à beaucoup attendre de la société, est-il préparé à un tel jeu d’individualisme à outrance ? Peut-il y être aussi bon qu’un Américain ?

L'immigré doit il éviter les risques excessifs : il sait mal en contrôler les conséquences ? (Est-ce aussi pourquoi il tend à prendre de tels risques : mauvaise évaluation de leurs conséquences ?)

Régulation bancaire

Nouvel épisode, cette fois-ci une proposition du FMI.

Le FMI voudrait faire payer aujourd’hui les banques pour la crise qu’elles causeront demain. La méthode de calcul partirait du principe que les banques les plus dangereuses peuvent emprunter à un taux anormalement bas. Il s’agirait de réintégrer cette subvention dans leurs coûts. En pratique, je ne comprends pas bien comme cela peut fonctionner.

De même qu’il semble manquer un mécanisme qui traite efficacement la faillite d’une banque, et qui « puisse pousser les pertes chez les créditeurs plutôt que chez les contribuables ».  

Mais la réflexion semble progresser.

Albert Saporta et Louis Champion

J’ai parlé avec les dirigeants de Stallergènes des conditions du changement. Contrairement à ce que disent beaucoup de consultants, la crise est peu propice au changement. Plus exactement, si elle facilite le changement, elle produit un mauvais changement, bâclé et mal réfléchi, peu propice à faire une entreprise durable.

Pour pouvoir changer en période « euphorique », il faut avoir acquis une « légitimité ». Alors, ceux dont dépend le changement vont accepter de suivre vos idées. Et pour acquérir cette légitimité, il faut, auparavant, avoir fait ce qui était important pour eux. (C'est parce que MM.Saporta et Champion avaient redressé Stallergènes qu'ils ont pu convaincre son actionnaire qu'il fallait s'engager dans la très ambitieuse transformation qui a fait de Stallergènes un des deux leaders mondiaux du traitement de l'allergie.)

Dans la formulation du changement, il faut faire preuve de « prudence », se donner un objectif certes ambitieux mais qui ne demande pas de prendre un risque insensé.

Pourquoi Stallergènes a-t-il deux dirigeants ? « C’est beaucoup plus facile de faire des choses courageuses quand on est deux » ; plus inattendu, bénéfice premier : « capacité d’écoute ».

Compléments :
  • L’importance de la légitimité se retrouve dans l’analyse de Ronald Berger-Lefébure.
  • Quant à l’importance d’être deux, je généraliserai cette idée en disant qu’avant d’affronter un changement, il faut correctement dimensionner ses moyens « d’animation ». Question : est-ce par manque de capacité de conduite du changement que les PME française ne se développent pas ?

jeudi 29 avril 2010

Deutschland über alles ?

Un billet précédent m’a remis en mémoire un article d’Ulrich Beck (Non à l’Allemagne du repli), que je n’avais pas compris.

Il opposait l’attitude de Mme Merkel, utilisant la crise grecque pour imposer le modèle allemand à l’Europe, au « multilatéralisme » de ses prédécesseurs « prêchant l’interdépendance tous azimuts, partout en quête d’amis ».

En crise, l’Allemagne devient nationaliste ? Son ouverture à l’autre d’après guerre était-elle l’antidote de ce nationalisme ? Peut-être que l’Allemagne n’a plus besoin d’amis ? Peut-être qu’elle ne sait plus profiter de l’amitié ? La réunification a asséché son cœur est ses coffres ?...

Retour des divisions d'avant-guerre ?

Compléments :
  • Daniel Cohn-Bendit, semble penser, effectivement, qu'il y a un oubli des leçons de la guerre ; que l'Allemagne se replie sur elle-même ; et que la baisse de l'euro, dont profitent ses exportations, était la véritable raison de ses hésitations.

Actionnaire roi

L’ère de l’actionnaire roi aurait commencé avec un article de MM.Jensen et Meckling en 1976. Ils pensaient que le dirigeant donnerait son meilleur si sa paie était liée à la valeur de l’action et s’il était stimulé par l’investissement privé.

Ce qui n’était pas prévu c’est que la valeur de l’action ne dit pas grand-chose sur la performance de l’entreprise. Et elle est aisément manipulée.

The Economist aimerait un système qui conserve la royauté de l’actionnaire, mais s’assure qu’elle est bien défendue par le dirigeant, que la mesure de son efficacité prend en compte la santé à long terme de leurs intérêts.

Je n’approuve pas. The Economist sous-entend que le dirigeant est tout dans le succès d’une entreprise. Or, une entreprise est un édifice social qui a demandé des années de construction, et qui dépend de manière décisive du tissu économique environnant (sous-traitance, écoles, moyens de transport…). Il est beaucoup plus facile à un dirigeant salarié (à ne pas confondre avec un fondateur) de la détruire que de lui apporter la moindre amélioration.

Compléments :

mercredi 28 avril 2010

Greekman brothers

Les commentateurs étrangers sont fort inquiets de l’avenir de l’Europe. Effet domino qui ferait s’effondrer un après l’autre tous ses pays, et dont toutes ses banques (en premier lieu allemandes) crèveraient ? Sans compter que l’UE étant le seul endroit qui n’a pas dévalué sa monnaie, elle est très importante pour la relance d’une Amérique peu solide.

La bonne nouvelle là dedans est que l’avenir est imprévisible. Il en faut infiniment peu pour retourner une situation.

Angela Merkel gagne une élection et devient, de manière imprévisible, un canard boiteux ayant recours à un populisme qui pourrait, s’il dépasse les limites, être fatal à la Grèce et enclencher l’effet domino ci-dessus. Va-t-il être accéléré par une querelle linguistique disloquant une Belgique fragile ou une élection anglaise rendant ingouvernable le pays ?…

Curieux comme parfois le sort de la planète tient à un rien.

Compléments :

Belgique dissoute

Débat entendu sur RFI. Un Flamand extrême (Bruno Valkeniers), une Wallonne.
  • Ils semblent d’accord pour se séparer. Seuls problèmes : Bruxelles, qui est francophone mais en Flandre, et quelques autres importantes minorités francophones.
  • La représentante wallonne me semble demander l’asile politique à la France pour son peuple. 

Raisons du bien-être

D’après une étude statistique :
  • Le bien être serait bien plus une question de « soutien social de la famille et des amis, (de) liberté de décider de ses choix de vie, et (de) faible niveau de corruption », que de revenus et de PIB.
  • Par ailleurs les nations les moins heureuses sont bien plus inégalitaires en termes de bien être que de fortune.

mardi 27 avril 2010

Qui perd gagne ?

Les Républicains viennent de bloquer le passage d’une loi sur le contrôle des banques. Or, deux tiers des Américains aimeraient qu’elles soient réformées.

Faut-il voir dans cette manœuvre une habile façon d’améliorer les chances des démocrates aux prochaines élections sénatoriales ?

Dans la série diabolique Obama ?

Mouvements sociaux

Il va bien falloir réduire les déficits des États occidentaux, et cela signifie de grosses économies de la part des services publics.

Or, ceux-ci ne l’entendent pas de cette oreille, et c’est chez eux que se sont maintenus les syndicats. Ailleurs ils ont été victimes de la globalisation.

The Economist observe qu’ils ne sont pas prêts à se laisser faire. Ce qui est peut-être compréhensible : la raison pour laquelle le public devrait payer pour les erreurs du privé n’est pas immédiatement évidente. 

La solution au dilemme serait celle avancée par M.Rocard, dans le cas des retraites françaises : négocier.

Compléments :
  • Comme d’habitude, The Economist semble très remonté contre les syndicats. Il se réjouit de leur disparition dans le secteur privé. Mais, si j’en crois Mancur Olson, il ne peut pas y avoir de grève sans syndicat (des personnes isolées ne savent pas s’organiser). The Economist serait-il contre le droit de grève ? Par ailleurs, il ne semble pas que les entreprises, au moins les grandes, aient un comportement particulièrement citoyen… Et les populations qui n’appartiennent à aucun de ces lobbies sont fort mal. 

Chemises rouges

En écoutant RFI, j’avais fini par penser que les Chemises rouges thaïlandaises étaient des miséreux à la solde d’un ancien premier ministre. Ce ne serait pas le cas.

Les troubles thaïlandais seraient la révolte d’un peuple plutôt éduqué et évolué qui voudrait remettre à sa place une aristocratie sortie de son rôle cérémoniel pour accaparer les richesses de la nation. 

lundi 26 avril 2010

Nations à risque

Caractérisation des économies européennes fragiles :
  • Grèce et Portugal : faible épargne, forte dépendance des capitaux extérieurs (insolvabilité)
  • Espagne et Irlande : épargne, mais bulle financière alimentée par spéculation immobilière.
C’est la Grèce qui est dans la situation la plus délicate. (Ce qui est heureux, en un sens, puisque c’est la plus petite économie.)

Déséquilibre mondial

  • Les capitaux vont vers les pays émergents, plutôt que de développer les économies occidentales. Pour relancer leur économie les Occidentaux ont une politique de bas taux. Pour calmer leurs économies en surchauffe les Orientaux élèvent leurs taux. Ce qui ne fait qu’accélérer la fuite des capitaux, et le risque de bulle financière.
  • L'article suggère aux pays émergents d'adopter une politique coordonnée d’augmentation de leurs taux de change et de contrôle des capitaux.

Nick Clegg

Soudain intérêt de l’électeur anglais pour Nick Clegg, leader des Lib-dem. Est-ce étonnant : le Britannique semble fatigué par Gordon Brown et déçu par David Cameron ?

L’élection pourrait donner de bizarres résultats. D’une part peu de rapport entre voix et sièges (les Travaillistes auront probablement le plus de députés, mais le moins d’électeurs). D’autre part, compte-tenu du manque de pratique locale et du peu d’atomes crochus entre les programmes, un parlement de coalition a peu de chances de survivre. Il devrait donc y avoir rapidement d’autres élections, qui pourraient donner une nette majorité à l’un des deux grands partis.

Compléments :
  • The granola-eaters' revengeGetting a Clegg up, The western front
  • L’autre jour, j’ai entendu un bout de débat entre les trois candidats premier ministre et j’ai été frappé par les similitudes entre Nick Klegg et David Cameron. Tous les deux semblent venir du même monde. 
  • D’après ce que disait samedi La rumeur du Monde de France Culture, Nick Klegg a été choisi pour sa ressemblance avec Tony Blair. Décidément, Tony Blair est le modèle de l’homme politique anglais. Je crois bien que David Cameron est aussi du genre Tony Blair.

L'invention du développement local

LE GALES, Patrick, Politique urbaine et développement local, L’Harmattan, 1993. Une thèse de doctorat qui aboutit à quelque chose qui me semble dépasser les ambitions que l’on aurait pu avoir pour une thèse.

Son sujet est l’invention des politiques de développement économique local par les villes. Comment, en une quinzaine d’années, les villes sont elles devenues des acteurs déterminés de l’économie ?

L’étude porte sur deux pays et deux cités : Angleterre et France, Coventry et Rennes.

On y voit les « jeux d’acteurs » qui influencent les orientations d’une ville. Curieusement, ces acteurs semblent des frères ennemis, qui partagent nombre de valeurs communes. Dans ces conditions, peut-on parler de choix démocratique ? L’élite dirigeante représente-t-elle les opinons de la population ?

Mais il y a plus surprenant. La cause de la transformation de la politique des deux villes vient de la combinaison de la crise économique et de la montée des « classes moyennes du secteur public ». Classes de gauche passées par les idéologies 68, mais converties à une forme de capitalisme.

Ce qui m’a amené à me demander si notre histoire de ces dernières décennies n’a pas été la prise de pouvoir économique par la classe des diplômés.

dimanche 25 avril 2010

Alain Ehrenberg

Voici comment transformer la France, selon Alain Ehrenberg :
  • La nouvelle règle du jeu est la compétition et elle provoque l’échec personnel. Notre malaise vient du sentiment « d’abandon des individus aux forces du marché », en « contradiction avec nos principes de solidarité ».
  • La société doit aider l’individu à réussir dans cette compétition. C’est ainsi « qu’on peut bâtir un renouveau de l’Etat providence ».
  • Application : les inégalités apparaissent dès la plus petite enfance, il faut « une politique d’investissement dans l’accueil collectif des 0-3 ans ».
Ce texte résonne avec mon expérience :
  • Par exemple, j'ai constaté que l'aide la plus efficace que l’on puisse apporter aux personnels victimes d’un licenciement, est de leur faire découvrir leurs compétences, et de leur expliquer qu’il existe des techniques de recherche d’emploi.
  • On retrouve ici probablement l'idée de la flexisécurité, dont je parle régulièrement.
  • Quant aux 0 à 3 ans, si je disais que l’inégalité se jouait à la maternelle, je n’avais pas envisagé qu’elle puisse venir d’encore plus tôt.

Echec de la relance ?

Dans un précédent billet j’observais que l’argent de la relance, au moins aux USA, semble être allé dans les poches des dirigeants et actionnaires des entreprises du pays, qui ont continué à licencier, sans investir.

Mieux : les gouvernements occidentaux subventionnent leur système financier, qui utilise cet argent pour investir dans les pays émergents, où la rentabilité est bien meilleure que chez nous. Non seulement l’Occident se vide, sans redémarrer quoi que ce soit, mais l’Orient pourrait être victime d’une bulle spéculative.

L’Occident doit recommencer à créer. L’économie financière, l'économie de l’illusion, doit laisser la place à « l’économie réelle ». Voilà le changement que nous devons réussir. Au travail !

Point Grèce

Que penser de la situation grecque ? Three years to save the euro.

Le taux des aides européennes et du FMI (5%) semble être supérieur à ce que peut supporter son économie. Ce qui signifie qu’il faudra vraisemblablement renégocier cette dette un jour.

Pourquoi pas aujourd’hui ? Probablement parce que cela aurait pu inquiéter et entraîner la faillite des autres États européens endettés, et avec elle celle des banques européennes, qui possèdent cette dette. On a reculé pour mieux sauter.

Il semble donc que l’Europe soit à la veille d’une période de changements douloureux. Et il semble douteux qu’ils puissent se faire pays par pays.

Green Zone

Film fort efficace de Paul Greengrass.

On y admire la sophistication de l’armement américain, qui permet d’identifier dans le noir, et d’un hélicoptère, qui est ami ou ennemi.

Scénario vraisemblable ? Est-ce important pour le réalisateur ? Il fait passer un message clair : la guerre d’Irak a été une aventure montée par des apprentis sorciers, menteurs et manipulateurs, en costard cravate et sortis des meilleures écoles.

Le « mauvais » du film ressemble comme un frère aux dirigeants des grandes entreprises, des banques et des fonds d’investissement. Et ses pratiques s’apparentent aux leurs, y compris l’usage de théories fumeuses pour justifier des décisions injustifiables. On se croirait chez Enron ou Goldman Sachs.

Quant au bon, c’est Matt Damon, le « vrai Américain ». Homme du peuple (sous officier), grand professionnel, qui tient dur comme fer aux valeurs américaines et qui, lorsqu’elles sont menacées, bouscule montagnes et hiérarchies pour les faire respecter.

L’Amérique a-t-elle été corrompue par une élite de diplômés à la rigueur intellectuelle et à la morale incertaines ? Sa rédemption passera-t-elle par un retour à ses valeurs éternelles, que porte en lui l’Américain du peuple ? 

vendredi 23 avril 2010

Qui veut nuire à Goldman Sachs ?

Finalement, ce n’est pas tant que Goldman Sachs ait commis une indélicatesse qui est nouveau, mais la manière dont elle est traitée : publiquement.

Ce qui peut entraîner de gros dommages. Cela semble vouloir dire qu’il y a volonté de nuire à Goldman Sachs, et que le gouvernement américain a des moyens pour ce faire qui sont plus efficaces que toutes les lois.

Grande leçon de conduite du changement.

Ne pourrait-elle être appliquée aux compagnies d’assurances, qui ont la curieuse pratique d’éliminer leurs clients lorsqu’ils sont malades - ce qui leur permet de réaliser des bénéfices considérables ?

Décidément, les entreprises s’étaient retournées contre la société. Il est temps que celle-ci découvre qu’elle peut les rappeler à leur responsabilité sociale. 

L’innovation est contagieuse


Plus généralement il semblerait que recevoir des ressortissants d’un pays innovant rende innovant.

Ce qui voudrait dire que l’innovation est un fait culturel, qui se transmet par le réseau social. Et peut être aussi que trop externaliser ce réseau, par exemple pour alléger ses coûts, peut causer des dommages qui vont bien au-delà des économies réalisées par la nation externalisatrice. 

Réforme des retraites

Julien prend l’exemple de la réforme des retraites pour se demander s’il faut mener le changement avec audace et tambour battant, comme le dit un gourou de Harvard, ou suivre l’avis de Michel Rocard et aller lentement. Quelques réflexions :

Ce qui bloque le changement, c'est la résistance de l'organisation. Elle s'explique parce qu'il ne prenait pas en compte la réalité de l’organisation. Car beaucoup d’idées semblent brillantes parce qu’elles demandent l’impossible. C’est pour cela qu’on ne les avait jamais eues avant, et c’est d’ailleurs pour cela que celui qui les a méprise ses semblables pour ne pas y avoir pensé.

Ce que reproche Michel Rocard au plan du président, c’est justement cela. C’est de foncer la tête la première dans le mur. Le gouvernement veut réformer la France comme si elle était homogène, alors qu’il existe de multiples systèmes de retraite. Le gouvernement s’est donné, comme d’habitude, un calendrier court, ce qui va le contraindre à faire des concessions pour tenir ses engagements, donc à creuser le déficit structurel du pays.

Il aurait été mieux de fixer des règles globales à la réforme, puis de négocier catégorie par catégorie.

Maintenant, je reviens au gourou. Ce qu’il prône, pour le peu que j’ai pu en lire, c’est ce que l’on appelle un « stretch goal ». C'est-à-dire un objectif qui transporte les foules. Quelque chose comme la vision d’une renaissance de la France découvrant l’avantage inespéré d’avoir une population mûre et expérimentée et mettant cette richesse au service d’un projet grandiose de renouveau de son économie et d’éradication du chômage. Le peuple aurait été emporté par l’enthousiasme, on n’aurait plus parlé de retraite mais d’offensive. C'aurait été Valmy.

Qu'avons nous en guise de stretch goal ? Un gargouillis confus. On y distingue, au mieux, « aller vite ».  

Zéro pointé. Mais c’est nous qui serons punis.

Compléments :
  • Je précise à Michel Rocard qu’il faut contrôler le changement, c’est-à-dire définir un objectif à atteindre en termes quantitatifs, puis vérifier au cours de la négociation que cet objectif est respecté.
  • Michel Rocard souligne le danger de s'en prendre de front à des symboles (la retraite à 60 ans) : ça ne peut que susciter des réactions passionnées, un climat impropre à la mise au point d'une réforme aussi importante pour notre avenir. Cette critique semble s'adresser à son camp. Mais je me demande si elle n'explique pas aussi la précipitation du gouvernement : volonté d'abattre une loi scélérate de gauche, la jumelle des 35h ?
  • L’art du changement de notre gouvernement provoque chez moi une grosse déprime. C’est pour cela que je ne me suis pas intéressé à la question des retraites. Peut être à tort. Merci à Julien pour ses questions et les liens attachés !

jeudi 22 avril 2010

Euro bulle ?

L’euro (comme tout changement incontrôlé) aurait eu des effets pervers :
This is where the Eurozone distortion lies. The single currency has transformed southern Europe from weak-currency countries into strong-currency countries. This has allowed them to issue large amounts of securities in the rest of the Eurozone without paying any significant risk premium. In Portugal, for instance, foreign borrowing has mainly financed a domestic consumption boom. This happened through Portuguese banks issuing euro liabilities in the Eurozone and using the proceeds to finance consumer loans and mortgages at home. Before the euro this was not possible – or not to the extent we have witnessed – since lending to Portuguese banks would have entailed a significant currency risk.
Et c’est en partie grâce aux économies allemandes que cette bulle financière a pu naître. 

Égarement de l’économie

« Les jeunes économistes ambitieux doivent prouver qu’ils sont meilleurs alpinistes que leurs rivaux. La montagne dont ils font l’ascension est secondaire ». Twin peaks.

Voilà ce qui expliquerait que les économistes se soient engagés comme un seul homme dans la voie de la crise, la carrière scientifique élimine ceux qui ne pensent pas comme le groupe.

Compléments :

mercredi 21 avril 2010

Externalisation des enseignants

Dernière mode : faire noter les copies anglaises par des universitaires indiens. Ça réduit les coûts de l’enseignement, et prive les étudiants anglais des moyens de payer leurs études.

Une façon de réduire le coût de l’enseignement en France ?

Étonnant que l’on n’ait pas encore pensé à remplacer nos dirigeants par des Indiens moins chers. C’est pourtant là qu’il y aurait le plus à gagner. Mais il est vrai que le salaire du patron reconnaît son mérite, et que ce mérite ne se trouve pas à l’étranger. 

Finance islamique

Il y a quelques temps on nous ventait les vertus de la finance islamique. Une mode de plus :
  • Faillites d’émetteurs.
  • Rééquilibrage des produits financiers de façon à ce que le retour sur investissement corresponde au risque prix.

Plus grand chose d’islamique là dedans.

Pourquoi la France est pauvre

Paul Krugman attribue le fait que nous soyons plus pauvres que les Américains à ce que nous avons choisi une vie de loisirs. J’ai un doute.

Mon billet sur Sarah Palin et mon observation de la vie des entreprises me font penser qu’il n’y a pas que les loisirs qui nous éloignent des Américains. Nos petites entreprises utilisent beaucoup moins d’avocats, de consultants, de publicitaires, etc. que les leurs. Les dirigeants français tendent à faire le plus de choses possibles seuls (avec parfois des conséquences regrettables, comme le dit un ami avocat).

S’ils parvenaient à dégager un peu plus de leur temps, en faisant plus appel à des experts (en supposant qu’il en existe de compétents), ils pourraient mettre au point de nouveaux produits ou découvrir de nouveaux marchés, ce qui les enrichirait et leur permettrait de payer les experts nécessaires.

Y aurait-il un marché pour les services ? Ce que nous appelons « croissance » est-il lié à une croissance de la spécialisation de la société ?

mardi 20 avril 2010

Les moteurs de l’économie des pays émergents

Parce que le Japon est un pays privé de ressources, les Japonais ont inventé le Lean (= lutte contre le gaspillage). De même, les producteurs des pays émergents doivent s’adapter à un marché énorme mais terriblement pauvre, et à un piratage permanent. À quoi s’ajoute une absence de marque, de main d’œuvre expérimentée (seuls 10 à 25% des diplômés chinois ou indiens pourraient travailler dans des multinationales occidentales) – avec problème de qualité corrélatif, de systèmes de distribution.

Tout cela conduit à une reconception des produits et des processus, de façon à ce qu’ils correspondent aux besoins locaux ; à l’utilisation de réseaux lâches d’entreprises et de distributeurs qui se reconfigurent en fonction de l'évolution des besoins, et pour lesquels la téléphonie mobile joue le rôle du rail et du télégraphe de l’épopée américaine ; à l’utilisation à outrance du taylorisme, appliqué maintenant aux services, et à la recherche systématique d’effets d’échelle monstrueux (constitutions d’énormes cités médicales) ; à une manipulation quasi skinnérienne du matériau humain, pour qu’il parvienne, en dépit de ses défauts, à faire ce qu’on exige de lui ; à une course en avant opportuniste d’entreprises qui cherchent taille, volume et compétences ; à la constitution, par croissance externe, de conglomérats gigantesques (dont certains sont alimentés par l’État), seuls moyens de tirer le maximum de ressources rares (capital, image de marque, personnel).

Pas facile de voir où vont atterrir toutes ces entreprises, présentes dans tous les secteurs économiques, chroniquement non rentables et qui ne tiennent que parce qu’elles grossissent sans répit. Va-t-on retrouver le scénario japonais : croissance rapide, puis épuisement des gains de productivité (exclusivement sociaux) ?

En tout cas, leurs techniques tombent à pic pour un Occident qui s’appauvrit et dont les coûts de santé ne font que croître.

Compléments :

De l’inégalité en Amérique

Entre 1973 et 2007 (le revenu familial moyen) a cru de seulement 22% - et ceci grâce à l’augmentation du nombre de femmes au travail. En 2004, les trentenaires touchaient 12% de moins en valeur nominale que leur parents au même âge (la cause en est) le changement technologique et en conséquence la baisse de la demande pour les travailleurs de qualification moyenne. (…) Les 10% les plus riches touchaient la moitié de l’ensemble des revenus, dépassant même le niveau de 1929. (…) Le revenu parental est un meilleur indicateur de l’avenir d’un enfant en Amérique que dans la plupart de l’Europe, ce qui signifie que la mobilité sociale y est moindre.
Face à cela, que faire ? « Partager les richesses » n’est pas acceptable, alors B.Obama a décidé « d’égaliser les chances », de faciliter l’accès à l’éducation.

Le changement est toujours rendu compliqué par les particularités culturelles, mais il existe, toujours aussi, une façon de le réaliser. 

Naissance et déclin des nations

OLSON, Mancur, The Rise and Decline of Nations, Yale University Press, 1984. Les individus tendent à former des coalitions. Et ces coalitions, en protégeant leurs intérêts, nuisent à ceux de la société. Cette thèse expliquerait l’évolution récente du monde, ainsi que des phénomènes plus anciens tels que la formation des castes en Inde, et des classes en Angleterre.
  • Lorsque les nations se constituent elles connaissent des phases explosives de croissance jusqu’à ce que les coalitions se forment et bloquent leur évolution (ce qui se passe actuellement en Occident). Ces coalitions ont un effet particulièrement pervers en phase de récession : elles conduisent au sous-emploi massif.
  • Leur perversion vient en grande partie de ce qu’une coalition se forme d’autant plus facilement qu’elle a peu de membres : de ce fait, elle défend les intérêts d’une infime partie de la société. Les coalitions majeures sont les oligopoles économiques et les syndicats. Sur le long terme, des coalitions importantes peuvent se former, elles défendent alors des intérêts larges (la sociale démocratie suédoise recouvre la quasi-totalité de la nation).
  • Conséquences ? Les politiques gouvernementales, macroéconomiques, sont contreproductives. Particulièrement, d’ailleurs, quand elles servent les intérêts de lobbies. Pour rendre efficace une société, il faut s'occuper du cas particulier de chaque coalition. On entre dans le domaine de la microéconomie. Exceptions : 
  • Il est parfois possible de tromper les réflexes des coalitions. C’est ce qu’aurait fait le Keynésianisme. Voici pourquoi. Le comportement des coalitions obéit à des règles. Les coalitions ont beaucoup de mal à s’accorder, elles décident lentement. Pour ces raisons, elles tendent à s’accrocher à des principes de cohésion simples (faciles à négocier), qui, une fois acceptés, sont quasi impossibles à remettre en cause. Ainsi, les démarrages de phase d’inflation peuvent les abuser et faire qu’elles s’approchent de l’optimum économique (de la société) sans s’en rendre compte.
  • La suppression des frontières et les révolutions sont bonnes pour l’innovation et la croissance, puisqu’elles détruisent les coalitions ou les rendent inopérantes en les ouvrant à la concurrence extérieure.
Commentaire :
  • Cela semble parler de notre crise. Simon Johnson y voit la main d’oligarques. Sommes-nous condamnés à un long déclin avec un sous emploi massif ? 
  • Le Keynésianisme de nos gouvernements a été judicieux ? Mais a-t-il été opérant ? Les oligopoles continuent à augmenter leurs bénéfices, sans relancer l’économie.
  • Il me semble que la globalisation de ces dernières décennies fut une tentative faite par les oligopoles occidentaux de construire des oligopoles mondiaux (cf. la stratégie de l’automobile ou de l’aéronautique). Alors, la réaction des pays émergents pourrait-elle amener une dislocation de ces coalitions et un redémarrage de la croissance, y compris chez nous ?
  • Ce que dit aussi ce texte, c’est que la nature a horreur des individus isolés : elle les constitue immédiatement en société. Car ce que décrit Olson, la création de coalitions de plus en plus complexes, ressemble à s’y méprendre à la constitution d’une société et de sa culture. Cela signifie-t-il qu’il ne peut y avoir de croissance sans dislocation sociale ? Que création = individualisme ? Et qu’il faut des crises pour casser le tissu social afin qu’il devienne innovant ? C’est la théorie de Schumpeter, sa vision du capitalisme. Mais, il avait fini par penser que la société bloquerait ces crises en générant des oligopoles qui se rejoindraient pour former une sorte de communisme (au sens détention collective des moyens de production, pas URSS). L’innovation deviendrait un processus comme un autre pour ces bureaucraties (à l’image de l’innovation de Bosch). Il n’y aurait plus besoin de « destruction créatrice », de crise. Peut-être qu’alors la société se sera détournée de l’économie, Dieu trop violent pour ses enfants ? L'économie sera alors devenue une préoccupation secondaire pour notre société, qui aura trouvé une autre source d’aliénation, pour reprendre le vocabulaire de Marx.
Compléments :
  • SCHUMPETER, Joseph A., Capitalism, Socialism, and Democracy, Harper Perennial, 3ème edition, 1962.
  • SCHUMPETER, Joseph A., The Theory of Economic Development: An Inquiry into Profits, Capital, Credit, Interest, and the Business Cycle, Transaction Publishers, 1982.
  • Karl Marx.

lundi 19 avril 2010

Gordon Brown et David Cameron

Les Anglais semblent vouloir éconduire M.Brown tout en préférant sa politique à celle de son rival principal.

Est-ce judicieux ? On en voudrait à M.Brown pour ses erreurs passées, et peut être aussi pour son caractère. Mais, s’il est un meilleur dirigeant que M.Cameron, dont l’inexpérience inquiète, ne faudrait-il pas mettre ses errements au compte de l’apprentissage ? Naît-on dirigeant, ou le devient-on ?  

Je connais trop mal l’Angleterre pour que mon jugement soit autre chose que théorique. 

Bénéfices et chômage en hausse

Forte augmentation de bénéfices, licenciements massifs, qu’est-ce que cela signifie, me suis-je demandé ?

Aux USA, en 2009, les bénéfices ont augmenté de 280md€ et les salaires baissé de 90, l’investissement est au plus bas. Ce qui nourrit l’économie c’est la stimulation gouvernementale.

Bref, le pays emprunte pour donner de l’argent à des sociétés qui le transforment en bénéfices. Parasitisme à grande échelle. Que le Tea Party soit mécontent de la politique gouvernementale est compréhensible.

Nouvelle crise en perspective ? 

François Bayrou

De manière inattendue je trouve des paroles de M.Bayrou dans un billet sur l’élection anglaise :
He described the French as deeply distrustful, in search of “guarantees” that reforms are “fair”. Coalition rule offers just such a guarantee, he argues. “If you do not have a broad-based government, citizens will think reforms are being pushed for reasons of ideology.”
Cette analyse me semble remarquable, au moins en ce qui me concerne. Ce que je crains plus que tout est l’idéologie de nos gouvernants, qui leur fait prendre des décisions qui n’ont pas été examinées par la raison.

Au fond, les hommes des Lumières avaient tort : ce qui nous menace n’est pas tant l’oppression des hommes que celle des idées (mais ils disaient aussi qu’il fallait se dégager de la dictature des coutumes, des idées reçues sans critique).

Est-ce qu’un gouvernement de coalition pourrait éviter ce fléau ? J’en doute, nos élites partagent une culture unique et se différencient par des détails (ne serait-ce que par leur appétit du pouvoir). Plus efficace est l’idée de Montesquieu : un équilibre des forces qui rende impossible l’oppression.

Compléments :

dimanche 18 avril 2010

Démocratie européenne

Le Monde semble confirmer ce que j’avais cru discerner : le parlement européen paraît tenir le rôle que l’on attend d’un parlement dans une démocratie :
Ce qui compte, c'est le nouvel équilibre institutionnel qui s'installe à Bruxelles. Aux côtés de la Commission et du Conseil, le Parlement s'affirme chaque jour davantage. Il codécide avec le Conseil sur un nombre de sujets sans cesse plus nombreux.
Peut-être finira-t-on par appliquer le modèle européen au gouvernement de la France ?

Internet des transports ?

L’Islandais est peu nombreux, mais teigneux : ses banques créent des catastrophes planétaires, ses volcans paralysent les avions… Un ami est bloqué à New York et ne sait pas quand il reverra sa famille…

Rappel de ce que notre économie tient à la bonne volonté d’une nature que nous prenons un peu trop pour un acquis. D’ailleurs, la mode des « supply chains » qui a eu le vent en poupe ces derniers temps ne présente-t-elle pas quelques coûts que nous n’avions pas identifiés ?

Ne serait-il pas temps de revoir notre système de transport, au moins aérien ? Il semble qu’il soit difficile de protéger les avions. Mais ne serait-il pas possible de construire le réseau aérien un peu comme Internet ? En s’assurant que les défaillances des nœuds du réseau ne lui sont pas fatales. Autrement dit, mieux répartir les aéroports (danger des « hubs »), et les relier par des TGV. (Mais aussi moins utiliser l’avion, et les transports fragiles ?)

Évolutions à droite ?

Juppé/Villepin/Séguin, même combat : la reconquête de l'électorat populaire ne passera pas par un discours plus sécuritaire ou par la chasse à l'immigré clandestin, comme semblent le croire Brice Hortefeux ou Eric Besson. Elle se fera d'abord par le social avec ce que cela suppose d'artillerie lourde en période de disette budgétaire. En clair, des impôts nouveaux et mieux répartis afin de réduire l'impression d'injustice qui pollue l'air du temps.
Bonne lecture des attentes du pays ? Quant au président, plus il essuie de revers, plus il se décale vers l’extrême droite. Tiendrait-il plus à une idéologie qu’à sa réélection ?

Compléments :

1801

Thèmes traités dans cette dernière centaine approximative :

L’évolution du monde ces derniers temps. On serait passé par une phase oligarchique. Ceux que la société a placé à des positions stratégiques en ont profité pour s’enrichir, au détriment du reste de la société  (Évolution sociale, Entreprise citoyenne, L’homme plutôt que la société, Combat aérien), cette exploitation de l’homme par l’homme a tiré parti de mécanismes non durables (Déséquilibre des échanges mondiaux (suite) Dangers de l’innovation). Ils ont eu des quantités d’effets pervers (La science tuée par l’évaluation), notamment la dégradation des conditions de travail (Nouveau taylorisme). À court terme le phénomène semble s’être amplifié (Rentabilité excessive ?, Riches banques), ce qui est inquiétant pour l’avenir proche. Que va-t-il en sortir ? Une économie assainie (Sauver l’Amérique) ? Un monde de blocs (L’Asie se ferme ?) ? Une différenciation équilibrée des savoir-faire mondiaux (Geely achète Volvo) ? Moins d’égoïsme (Avantage de l’altruisme) ? En tout cas, il est possible que nous ayons notre sort en main (Changeons la France).

Part de l’aventure précédente : le feuilleton Goldman Sachs : Condamnation par contumace, Goldman Sachs accusé. Va-t-on réussir à réformer la finance ? Réforme bancaire aux USA.

L’Angleterre, comme trou noir, qui utiliserait un libéralisme opportuniste pour vider l’Europe de sa substance ? (Laissez-faire anglais, L’Angleterre et l’Europe.)

Comme cela se dessinait dans les précédentes séries, Obama a repris du poil de la bête. Le problème qu’il avait à résoudre était de Maîtriser le parasite (Israël et Obama, Santé d’Obama). Décidément c'est un homme de « realpolitik » (Pétrole d’Obama). Quel va être son prochain coup, maintenant qu’il est libre comme l’air (Habile Obama ?) ? En tout cas, l’Amérique peut compter sur quelques honteux atouts (Heureuse Amérique).

Les hauts et bas du Tea Party ont été l’occasion d’une réflexion sur l’auto-organisation des foules (Tea party et web social , Tea Party (fin ?). Et La fortune de Sarah Palin m’a permis de découvrir le phénomène typiquement américain de célébrité.

Et la France ? Abstention : notre système politique serait-il efficace ? Coût du travail : le Français serait-il un velléitaire qui croit au père Noël ? Logique du collabo ? : modélisation de notre tendance à l’abjection ? Compétitivité française : qu’est-ce qui peut expliquer la perte de compétitivité de notre industrie, à une période faste pour les bonus au mérite ? Notre gouvernement traverse une bien mauvaise passe : Reengineering gouvernemental, Taxe carbone.

Impression que l’Europe se construit, plutôt bien : Herman Van Rompuy, Raisons de l’euro.

Nouvelles du reste du monde : Angela Merkel est plutôt mal ; l’Europe de l’est aurait fait preuve de fortitude dans la crise (Espoir à l’Est ?), mais la Russie est décidément bien étrange (Police russe). L’Inde ressemblerait-elle à l’UE (Qui est l’Inde ?) ? Il se confirme aussi qu’il faudrait moins se préoccuper de colonisation que de décolonisation (Cyriaque Magloire Mongo Dzon), et que la manière forte n’est pas la meilleure façon de traiter les troubles sociaux (Jihad et Arabie Saoudite, Séduction d’Al-Qaïda).

Les origines de notre pensée et de notre culture ? (Origines de la pensée rationnelle)

Et, pour finir ce résumé, une façon de justifier mes honoraires : Service gratuit.