lundi 17 mai 2010

Chômage aux USA

Nouvelle tentative d’explication de la persistance du chômage aux USA (The perils of being small) :

Les PME, privées de crédit, licencieraient beaucoup. Mais la situation s’améliorerait.

Compléments :

Rationalité estonienne

Un précédent billet se demandait pourquoi l’Estonie rejoignait la zone euro, en plein doute existentiel. La réponse serait évidente : l’Estonie s’impose la rigueur qu’il faut pour vivre dans la zone euro, sans en avoir les bénéfices… (Euro not bust.)

Épaules de géants

Il y a quelques temps, un économiste important, venu présenter un livre, a commencé son intervention en disant qu’il était « un nain sur des épaules de géants ». Citation qu’il me semble avoir attribué à Pascal, que les Anglo-saxons donnent à Newton, mais qui paraît avoir son origine bien plus tôt.

Robert Merton a étudié la genèse des découvertes. Il observe (au moins) deux phénomènes curieux :
  1. Toutes les découvertes ont été faites en multiple. Ce qui distingue un « géant », au mieux, est qu’il a participé à un très grand nombre de découvertes multiples. Autrement dit, c’est la société qui produit les découvertes, tel ou tel individu ne fait qu’exprimer synthétiquement le travail de tous. (J’observe aussi qu’au cours des siècles la nationalité des découvreurs à changé, preuve que sans une bonne équipe l’intellect individuel est de peu de conséquence.)
  2. L’effet Matthew : on donne aux riches, on prend aux pauvres. Dès qu’un scientifique commence à avoir un peu de notoriété, un grand nombre de phénomènes se conjuguent pour lui en donner de plus en plus. Inversement, un homme, éventuellement d’un mérite supérieur, qui aurait mal démarré dans la vie, s’enfonce dans l'obscurité et se décourage de publier. Ce phénomène peut expliquer pourquoi certains noms paraissent avoir été sans égal.
Pasteur disait (en substance) que « la chance sourit à l’esprit éclairé ». Les grands découvreurs ont su modéliser ce que les circonstances très particulières de leur vie, et de leur milieu, leur a fait rencontrer. Ils avaient certes des prédispositions particulières, mais ce sont les mouvements de la société qui les ont faits ce qu’ils sont devenus. Et puis, comment une découverte pourrait-elle être retenue par l’histoire si la société ne peut la comprendre ?

En tout cas, voilà qui prouve, une fois de plus, que les économistes sont des individualistes forcenés qui ignorent la sociologie.

Compléments :
  • MERTON, Robert K., On Social Structure and Science, The university of Chicago press, 1996.
  • L'idée de découverte est probablement propre à la culture de l'Occident. Traditionnellement, la Chine tend à attribuer la nouveauté à un glorieux ancien. 

dimanche 16 mai 2010

Assassinats en Chine

Il semblerait que la Chine soit victime d’une épidémie de massacre d’écoliers, à l’arme blanche.

Symptôme d’un malaise social ? Une explication : « tuer les faibles était vu par les attaquants comme un moyen de revanche sur une société « qui n’a pas de sortie » ». Lone madmen without guns.

Air France

J’entendais hier un dirigeant d’Air France dire que la compagnie cherchait systématiquement à alléger ses avions, par exemple en réduisant le poids de sa moquette ou de ses chariots.

J’ai cru comprendre qu’à une époque elle avait décidé de faire passer tous ses avions par un « hub », cette politique a-t-elle été revue ? 

Twitter

Twitter vaudrait 1md$, sans avoir démontré qu’il pouvait gagner de l’argent. Ses dirigeants commencent juste à s’en préoccuper. Pas d’une façon très rassurante. (Up for promotion.)

Que de telles sociétés aient pu naître démontre la rationalité de la spéculation. Un investisseur met de l’argent dans une start up, parce qu’il sait que d’autres investisseurs seront prêts à lui acheter ses actions, et qu’ils feront de même avec d’autres collègues. L’investissement est rentable jusqu’à ce que l’on ait épuisé les capitaux disponibles. Le perdant de l’affaire est le dernier à posséder des parts de la société. Ce jeu ne crée rien, mais il redistribue l’argent de la communauté au plus habile. D’ailleurs, pouvoir perdre gros rend ce jeu follement excitant, comme me le disait un trader.

Compléments :
  • C’est en grande partie parce qu’il a créé ce mode de spéculation moderne que Goldman Sachs a connu sa fortune actuelle (Dr Strangelove and Mr Goldman Sachs.) En fait monter un mécanisme spéculatif est extrêmement complexe puisqu’il faut créer et faire connaître une sorte de signal qui, lorsqu’il est déclenché annonce à la société qu’une phase spéculative a démarré. Le signal du web social est probablement la capacité, pour une innovation, d’être adoptée gratuitement par un grand nombre de personnes. Une telle innovation trouvera des fonds, sans avoir besoin de démontrer sa rentabilité. Mécanisme identique, les mini spéculations de 29 : Crash de 29 : mécanisme.
  • Hervé Kabla, l’ethnologue du web social, définit Twitter comme « un café du commerce mondial » (voir commentaires du billet).

samedi 15 mai 2010

Évolution de la femme

L’apparition de nouveaux journaux féminins signalerait une évolution de la société :

Après avoir été libérée et hypocrite, et avoir lu Elle, la femme découvrirait la différence des sexes, la féminité et la séduction, et la consommation impulsive (mais maitrisée ?).  

France anglo-saxonne

Il y a peu, je cherchais à me renseigner sur Nick Klegg, lorsque je suis tombé sur cette citation :
I believe every single person is extraordinary. The tragedy is that we have a society where too many people never get to fulfil that extraordinary potential. My view – the liberal view – is that government’s job is to help them to do it. Not to tell people how to live their lives. But to make their choices possible, to release their potential, no matter who they are. The way to do that is to take power away from those who hoard it. To challenge vested interests. To break down privilege. To clear out the bottlenecks in our society that block opportunity and block progress. And so give everyone a chance to live the life they want.
Cette opinion est aussi celle de J.S.Mill, de la pyramide d’Abraham Maslow, et, plus curieusement, l’avenir de la France selon Alain Ehrenberg. Allons-nous devenir des Anglo-saxons ?

Je crois qu’effectivement nous devons prendre notre sort en main, et qu’un rôle de la société est de nous y aider. Mais la société ce n’est pas que cela, c’est aussi un réceptacle de savoir-faire, un « capital » social, une « organisation » qui coordonne notre comportement collectif et nous permet de changer sans nous en rendre compte. Tout ceci est indépendant des individus qui la composent. 

L’élite de New York

Film d’Antoine Fuqua.

La police de New York est-elle vraiment comme cela ? Métier dangereux et mal payé, favorable à tous les écarts ? Et la communauté noire ? Société hors de la société, culture du désœuvrement et du trafic ?

Y a-t-il une morale dans cette histoire, sinon l’absurde de ces vies ?

Pas de héros américain non plus. Et pas de magnifiques ratés. Une sorte d’ordinaire médiocrité rare à Hollywood. Surprenant Richard Gere, en particulier.

vendredi 14 mai 2010

Il est bien d'être égoïste ?

Il semblerait que l’Amérique ressemble à la France : le chômage y atteint des sommets, mais ça ne préoccupe plus personne. Dans les années 80 on s’en serait ému.

Ceci pourrait illustrer une idée fixe de ce blog : ce que nous croyons bien évolue avant nos comportements. De ce fait, ceux qui veulent changer la société cherchent d'abord à influencer notre pensée.

S’il est certain qu’il y a eu un effort délibéré pour nous « recoder » (le néoconservatisme), il est possible que le terrain ait été favorable.

Compléments :
  • Culture et changement : BCE, hypothèses fondamentales, valeurs officielles.
  • Je pense aussi que notre attitude à l’emploi a changé. Par exemple, je me trouvais il y a peu dans une queue SNCF ; des jeunes discutaient : l’un venait de donner sa démission ; il était émerveillé de savoir qu’il allait maintenant être payé à ne rien faire pendant 335 jours. 
  • Complément tardif : Paul Krugman semble penser qu'aucun argument économique ne justifiait la remise en cause du système économique d'après guerre, si l'on est convaincu qu'il a fait faillite, c'est du fait d'une manipulation des esprits. 

Qu’est-ce qu’un expert ?

Je suis entouré de gens que je qualifie « d’experts », et ce pour une particularité de leur comportement : ils « savent », ils émettent mais ne reçoivent pas. C’est au monde de s’adapter à leurs idées, pas l’inverse. Surtout, ils ne peuvent faire quelque chose que dans un ordre donné, et ne peuvent concevoir qu’on le fasse autrement.

Ce qui m’a fait penser à une modélisation de Max Weber, qui appelle ce type de comportement « ritualiste », et à ce que disaient les anciens Chinois : « celui qui ne connaît pas les rites est un barbare ». Pour l’expert, celui qui ne connaît pas le rite, effectivement, ne mérite pas de vivre.

L’inverse du ritualisme est la rationalité. Être rationnel est poursuivre une fin (le rite étant la glorification du moyen, dont on ne connaît pas la fin).

Une classification de Robert Merton identifie deux types de rationalités. La rationalité innovante, pour laquelle la fin justifie le moyen (arriver à l’heure à un rendez-vous autorise à rouler en sens interdit), et la rationalité conforme, qui sait atteindre un objectif en respectant les règles acceptées (les rites). 

jeudi 13 mai 2010

Obama anime le changement européen ?

Il semblerait que B.Obama joue les catalyseurs du changement, en appelant les dirigeants européens et en les amenant à décider de politiques communes et de politiques d’austérité nationales (billet précédent). Deux réflexions :
  1. B.Obama prend les dirigeants européens pour des gamins ? Et il a raison ?
  2. Importance du rôle de l’animateur du changement, et difficulté du changement entre égaux. 

Rigueur ?

M.Zapatero, que The Economist trouvait velléitaire, décide d’un plan de rigueur. Coup de tonnerre. Les économistes pensent que la remise en ordre des finances publiques ne doit pas survenir trop tôt. Certains estiment que les mesures de secours à la Grèce vont durablement l’enfoncer dans l’hiver nucléaire. Mais le poids des dettes publiques inquiète. Que faire ?

L’idée qui guide ce qui suit vient de la physique. On n’a aucun moyen de savoir où ira une sonde interplanétaire laissée à ses propres moyens, le monde (et la physique newtonienne) est « chaotique ». Pour la maintenir sur la trajectoire désirée, il faut procéder à un contrôle permanent. Application :
  • Les économistes prétendent prévoir l’avenir, qu’il suffit de suivre leurs recommandations et leurs modèles pour connaître le succès. Mais si la physique ne peut donner la trajectoire d’une sonde, pourquoi l’économie, qui n’est pas une science, pourrait-elle prévoir quoi que ce soit ? A-t-on l’exemple d’un économiste qui ait fait une prévision juste ? Robert Shiller, qui pourrait presque entrer dans cette catégorie, pour avoir distingué les précédentes spéculations, observe lui aussi que le monde est « chaotique ». Futur insondable.
  • Mon expérience du changement me dit cependant que « quand on veut on peut ». Si l’on ne sait prévoir l’avenir, du moins peut-on, en partie, choisir le sien. D’ailleurs l’histoire de l’Estonie ou de l’Allemagne montrent que les nations peuvent se réformer, si elles le désirent.
Lorsque l’on regarde l’histoire récente, il me semble que les nations ont essayé de fixer le cours relatif de leurs monnaies. Peut-être avaient-elles des raisons fortes pour cela ? Cette stabilité serait-elle une condition nécessaire de crises moins violentes ? Alors, faut-il condamner les efforts de la zone euro comme donquichottesques, ou, au contraire, faire tout pour qu’ils réussissent, parce qu’elle est le creuset d’une économie durable ?

Compléments :
  • Hypothèse personnelle (biaisée certainement par mon métier). La zone euro tenterait d’acquérir des techniques de conduite du changement. C'est-à-dire chercherait à adapter son tissu social aux mouvements de l’économie, en abandonnant l’usage exclusif des mesures macroéconomiques.
  • Exemples d’événements imprévisibles qui peuvent brouiller toutes les prévisions : Greekman brothers.

    Blogger contre Wordpress (2)

    Un peu par hasard, j’ai découvert qu’il existait dans Blogger des fonctionnalités en cours de mise au point qui ressemblent à celles de Wordpress.
    • Il est possible d’avoir des thèmes un peu plus variés et un peu plus beaux que par le passé et de créer des « pages » (voir les onglets).
    • Jusque-là il était fort difficile de placer des « widgets » dans la colonne latérale. Le bug a été corrigé.
    • Il demeure que l’éditeur de texte est rudimentaire, que les thèmes sont relativement peu nombreux, et, surtout, que la zone commentaire ne permet pas de saisie très confortable.
    Mais Blogspot a gagné une manche contre Wordpress.

    Jeune et innocent

    Film d’Hitchcock, 1937.

    Pas de doute, c’est un film d’Hitchcock. On y fait preuve de présence d’esprit aux moments les plus désespérés, et, on y voit le héros retenir d’une main l’héroïne qui s’enfonce dans un gouffre.

    Sinon, c’est un agréable retour vers l’Angleterre des années 30, en un temps où la vie et les mœurs semblaient moins compliquées qu’aujourd’hui. Mais ce n’est probablement qu’une impression. 

    mercredi 12 mai 2010

    Estonie et euro

    Les journalistes anglais sont décontenancés par le comportement estonien. L’Estonie rejoint la zone euro. Or l’euro n’a-t-il pas fait la preuve de son ridicule ? L’Estonie se serait-elle tirée par un miracle de rigueur de la crise pour se jeter dans le piège euro ?

    Et s’il existait des raisons que la raison calculatrice anglaise ne pouvait pas comprendre ?

    Compléments :

      Effet pervers de la subvention

      Histoire entendue il y a quelques temps : un fournisseur étranger décroche un appel d’offres à pertes auprès d’un client français, grâce aux subventions touchées pour implanter une usine sur le territoire d’un département. Ce qui met l’ancien titulaire du contrat, qui avait une usine à proximité, en situation difficile. Commentaire : « on a déshabillé Pierre pour habiller Paul ».

      Ce qui me ramène à une observation de C.K.Prahalad : la microrégulation produit la corruption. Ici il est vraisemblable que la conséquence de la subvention n'était pas mesurée, du moins immédiatement. J'imagine cependant que la subvention visait à faire de la publicité au pouvoir politique local. Il avait donc une faible incitation à en considérer les externalités. Bref, l’intérêt individuel a été plus fort que l’intérêt collectif. Une variante du dilemme du prisonnier.

      Or, le gouvernement semble microréguler dans tous les domaines. Un dirigeant, par exemple, me disait que chaque fait divers se produisant dans un secteur particulier lui valait un fonds d’aide particulier. Curieusement ce dont il parlait ressemblait à la « législation au fait divers » dont on se plaint dans le domaine public. Serions-nous en train de plomber notre économie ? Tomberions-nous dans le travers de la précédente administration américaine dont ce type de microrégulation est accusé d’avoir criminellement alourdi les dépenses de l’État ?

      Mais il y a une manière positive de voir les choses : suffirait-il à la France de rationaliser sa réglementation pour libérer de grandes richesses ?

      Équipementier automobile

      Un passage chez un équipementier me laisse croire qu’une énorme quantité de petits sous-traitants a disparu, ne laissant qu’un petit nombre de grandes sociétés dont la rentabilité s’est fort améliorée pendant la crise.

      Serais-je capable de faire des prévisions ? Il semblerait que Gros équipementier automobile : avenir radieux ? ait vu juste...

      Chasse à la potiche

      Une loi devrait forcer les conseils d’administration des entreprises cotées à être composés de plus de 40% de femmes.

      Les dites entreprises semblent chercher les femmes les moins gênantes, et les moins expérimentées, possible. Ce qui devrait avoir un triste effet sur leur gouvernance. (La vie en rose.)

      Voici l’exemple parfait du changement mal « conduit ». Quand on ne contrôle pas un changement, on obtient le contraire de ce que l’on désire. 

      mardi 11 mai 2010

      EDF

      "Faute d'investissements suffisants, le réseau de distribution d'EDF est en piteux état. Particulièrement en zone rurale. Pis, son mauvais entretien le rend de plus en plus vulnérable aux aléas climatiques"
      A périmètre et change constants, l'activité recule de 1,6 %, en raison d'une baisse des prix de l'électricité et du gaz à l'étranger. En France, le chiffre d'affaires progresse au contraire de 1,4 %, la demande ayant été stimulée par un climat rigoureux.
      Était-il judicieux d’accumuler autant de dettes pour un tel résultat ? 

      Nicolas le Grec ?

      Lors d’une formation récente, j’expliquais que les techniques de conduite du changement de Nicolas Sarkozy laissaient à désirer, mais qu’il était un animateur du changement exceptionnel. J’avais peut-être vu juste en pensant qu’il allait jouer un rôle décisif dans la réunion du week-end dernier.

      Un article du Guardian dit, effectivement, que le plan qui en sort est français :
      The Germans are sticklers for rigour, peer pressure and discipline, against coming to the aid of the stragglers, devoted to absolute independence for the central bank whose brief is confined to ensuring the stability of the currency and guarding against inflation.
      The French push a more political, expansive approach, arguing the euro rules be geared to economic growth and jobs, tighter co-ordination of national policies, and greater harmonisation of, for example, tax and spending policies.
      The Germans won in the 1990s when the euro rule book was being written. But yesterday's game changer was a French script.
      In the fighting of the past several months, Chancellor Angela Merkel of Germany has won most of the battles, but has lost this particular war. Berlin dictated the terms for the €110bn euro Greek bailout agreed last week, but had to bow to the bailout itself, which it did not want. Ditto at the weekend.
      Angela Merkel, dont la faiblesse est la lenteur de décision, a-t-elle été prise de vitesse ? En tout cas, il se pourrait que la relation franco-allemande soit abîmée.

      Heureux cinéma

      Il me semble qu’il y a encore peu on craignait que la télévision ne tue le cinéma (la télévision ne diffusait pas de films certains jours pour lui laisser un peu de public). Or, le cinéma ne se serait jamais aussi bien porté (en Amérique du nord 2/3 des revenus produits par un film viendraient du cinéma) :

      Ce serait dû à la digitalisation des films et à leur diffusion par satellite, qui seraient favorable aux films high tech à grand spectacle - appréciés par toutes les cultures. (The box office strikes back.)

      L’avenir est imprévisible… 

      Amérique insubmersible

      Comment l’Amérique qui semble être à l’origine de la crise mondiale a-t-elle pu couler l’Europe, sans apparemment subir de dommages ? Une question que je me pose depuis longtemps. La seule explication que j’avais trouvée semble être approuvée par des gens sérieux :

      Le dollar étant une monnaie de réserve, l’Amérique peut emprunter à des taux extrêmement faibles et ce quel que soit l’état de son économie. D’ailleurs on se bat pour lui prêter. L’Amérique, contrairement à la Grèce, ne peut pas connaître la faillite. (Is the US too big to fail?)

      Compléments :

      lundi 10 mai 2010

      Capitalisme chinois

      Il est demandé aux entreprises installées en Chine d’adopter l’organisation syndicale chinoise.

      Ce qui signifie notamment que les représentants du personnel participent à la direction de l’entreprise et aux décisions affectant l’emploi. Bien entendu, ces représentants sont liés au gouvernement chinois.

      Preuve de leur acculturation grandissante, les multinationales étrangères arguent de dysfonctionnements internes pour ne pas appliquer la mesure. (Join the party!)

      La Chine serait-elle en passe de réinventer le capitalisme ?

      Modeste Chine

      Les dirigeants chinois semblent craindre que le moindre faux pas fasse dérailler leur fragile course en avant. En particulier :
      Ils sont profondément conscients de la susceptibilité américaine à tout discours suggérant l’émergence d’une puissance et d’une idéologie rivales – et un conflit avec l’Amérique pourrait faire échouer la croissance économique de la Chine. (The Beijing consensus is to keep quiet.)
      Ce qui semble confirmer que l’Occident a un énorme atout : une démocratie solide. 

      BOP

      PRAHALAD, C.K., The Fortune at the Bottom of the Pyramid, Wharton School Publishing, 2009. Les pays émergents ont mis au point les moyens de faire de leurs pauvres un marché. Qu’ont-ils à nous apprendre ?

      Réinventer l’économie

      Leur originalité décisive est, justement, d’avoir décidé que les pauvres étaient un marché. À partir de là, ils ont pris les contraintes de son environnement comme une donnée. Et ils ont trouvé le moyen de le rendre rentable.

      Je me demande s’ils n’ont pas repris les recettes d’Henri Ford, face à un problème similaire : pour rendre leur produits accessibles à tous et les fabriquer aevc une main d’œuvre non qualifiée, ils ont poussé le Taylorisme à ses limites, et l’ont implanté dans les services.

      Ils ont aussi fait de la société une partie intégrante de l’entreprise. Et les technologies de communication modernes (Internet et téléphonie mobile) l’ont aidée.

      Bureaucratie contre économie de marché

      C.K. Prahalad s’intéresse surtout à l’Inde et voit son développement comme la lutte entre le bien, une économie de marché pure à la Hayek, et le mal, une bureaucratie corrompue. Il en revient d’ailleurs, sans complexe, à un bien ancien débat, qui a défait les meilleurs économistes : comment implanter une économie de marché qui fonctionne ?

      Sans loi et sans contrat, et sans le pouvoir de les faire respecter, il n’y a pas d’économie de marché. Mais il ne doit pas y avoir trop de lois, des « micro réglementation », sans quoi certains peuvent en tirer un avantage personnel. Argument délicat : comment expliquer que la réglementation occidentale soit extrêmement complexe mais ne suscite pas la corruption ?

      Ceci va avec la nécessité de « transparence » : difficile de tricher au vu et au su de tous.

      Mais la loi écrite sous-entend la capacité à lire. Donc, l’arrivée de l’écrit rend la population pauvre, massivement illettrée, encore plus facilement exploitable que par le passé.

      Il remarque aussi que l’économie de marché donne une identité aux gens, ce sont des « individus », ils sont fichés par leurs fournisseurs, ils deviennent des numéros. Bizarrement, il semblerait que l’on puisse vivre dans les sociétés traditionnelles sans cette individualisation.

      Il explique enfin comment un État Indien a cherché à rendre son fonctionnement efficace en dépit d’une bureaucratie corrompue. Cela en utilisant Internet pour que chacun ait accès à une information honnête, en effectuant une gestion par objectif de l’administration, et en la soumettant au contrôle de tous.

      Étrangement, ce qu’il décrit ressemble beaucoup au degré zéro de la conduite du changement, au passage en force. Par exemple, les bureaucrates sont ridiculisés en public. Et le changement semble donner ce que donne tout changement raté : il explique lui-même qu’il n’est pas possible au peuple d’avoir accès aux données informatiques ; les intermédiaires véreux ont de beaux jours devant eux.

      Efficacité de l’économie de marché

      Démonstration de l’efficacité de l’économie de marché, qui prouve sa fascinante rapidité et sa capacité d’adaptation aux conditions les plus difficiles.

      Mais, pour autant, l’économie de marché peut-elle être laissée à elle-même ? Très bien lorsqu’elle enrichit les pauvres, mais que serait une société taylorienne, dont les entreprises forment le peuple pour être consommateur (les filiales des multinationales lui expliquent que leurs produits sont bons pour sa santé) ?

      D’ailleurs, qu’est-ce qui a corrompu la bureaucratie, sinon l’économie de marché, dont elle a été la première à profiter ?

      Ce que raconte ce livre est peut-être l’histoire d’un changement. La société traditionnelle indienne, reposant sur l’oral, le groupe, et la coutume, absorbe la culture occidentale, une culture de règles, d’écrit et d’individualisme. Cette nouvelle société ne ressemblera pas à l’ancienne, mais elle peut être équilibrée et solidaire. L’économie de marché peut l’aider à le devenir, mais il est capital qu’un État efficace fasse rapidement contrepoids au marché, avant tout en éduquant la population.

      Retrouverais-je le raisonnement des dirigeants chinois ?

      Compléments :

      dimanche 9 mai 2010

      Crise de l’emploi

      Aux USA (et en Europe) la classe moyenne aurait été laminée par la technologie : il n’y aurait d’emploi que pour les plus diplômés.

      Comment éviter un chômage permanent à une partie croissante de la population ? (Avec l’impact que cela peut avoir sur le reste de l’économie.) Augmenter sa qualification ? (As jobs fade away.)

      Je doute que ce soit possible. Mon intuition est plutôt que nous devons développer des secteurs économiques qui fassent de la place à tout homme, comme l’industrie.

      Compléments :
      • Des bénéfices de l’industrie : FINGLETON, Eamonn, Unsustainable: How Economic Dogma Is Destroying U.S. Prosperity, Nation Books, 2003.

      Pauvre Angleterre ?

      Un de mes précédents billets disait que l’Angleterre devrait éviter le sort de la Grèce, grâce à son taux de change flottant.

      Elle en a habilement usé, puisque le taux de change effectif de la livre serait 25% plus bas que mi 2007. Ses exportateurs ont d’abord profité de cette baisse pour augmenter leurs prix, maintenant ils attendent que la demande s’affirme pour investir. Malheureusement voici la crise grecque et la chute de l’euro. (A lamentable legacy.)

      Une question me vient en tête : une telle politique monétaire est-elle habile ? Les Américains et les Anglais pensent relancer leur économie en nous exportant leur crise, mais si nous nous effondrons, ils risquent d’en pâtir, puisque nous demeurons leurs principaux clients… 

      Changement en Europe

      « Un changement de comportement a toujours fait parti du projet euro. Mario Monti (…) voulait que son pays rejoigne l’euro précisément pour qu’il soit forcé à une vision plus germanique de l’emprunt et des dépenses ». The euro's existential worries.

      Ce qui semble confirmer ce que je soupçonnais. Nous en voulons à la Grèce d’être désorganisée, mais c’est parce qu’elle était désorganisée qu’elle est avec nous. Et c’est un raisonnement qui s’applique probablement à toute la zone euro. Par conséquent, la crise actuelle n’est pas l’exception mais la règle. Le changement est devant nous. En créant la zone euro, ses pères fondateurs ont voulu brûler nos bateaux, de façon à ce nous soyons contraints à réaliser le rêve qu’ils avaient pour nous. Leur technique de conduite du changement était probablement « tout ce qui ne tue pas renforce ». 

      samedi 8 mai 2010

      Changement en Grèce

      La presse anglo-saxonne s’inquiète de l’avenir de l’Europe. Paul Krugman invite la Grèce à quitter l’euro. D’autres économistes renommés constatent que la défaillance massive des États a été la norme de tous les temps, non l’exception.

      Le plus intéressant est, peut-être, l’état de la Grèce : totalement dysfonctionnel (Grèce, corruption à tous les étages). La fraude est la norme du pays (30md€ par an ?), et l’administration participe méthodiquement au détournement du bien public.

      La Grèce peut-elle payer ses dettes sans transformer radicalement les comportements nationaux ? Un changement aussi gigantesque est-il possible ?  Avec une administration corrompue ?

      Et si la Grèce était révélatrice d’une question générale ? Un État bien rangé, bien géré est-il quelque chose qui va de soi ou, au contraire, un idéal théorique ? Un rêve qui cherche à nous transformer à son image ?

      Compléments :
      • Sur l’interaction entre nature et culture : Coévolution.

      Magot chinois

      L’excédent chinois a fait le malheur mondial, dit-on parfois. Une théorie sur son origine :
      • Le système financier fonctionnerait fort mal, ce qui ferait que les entreprises privées vivraient sur fonds propres. À ceci viendrait s’ajouter une épargne forte. Donc, les banques déborderaient de ressources qu’elles ne pourraient placer que dans des entreprises d’État vacillantes, ou dans des bons du trésor américains.
      • Si l’on veut remettre les finances mondiales en ordre, il faudrait donc aider les Chinois à améliorer le financement de leurs entreprises et à réduire l’épargne populaire, probablement en développant un système de sécurité sociale. 

      vendredi 7 mai 2010

      Complexité anglaise

      Le système électoral anglais est conçu pour donner la majorité au parti qui reçoit le plus de votes. Cette fois-ci ça n’a pas marché. Les curiosités du dispositif :
      • Gordon Brown pourrait rester en poste, simplement parce qu’il est le premier ministre en place. Pour y demeurer, il peut construire une coalition à long terme, ou au coup par coup, pour chaque vote de la chambre.
      • Les conservateurs (36% des voix) devraient, cependant, gouverner l’Angleterre. Bien qu’une coalition avec le lib-dem ait moins de chances de tenir qu’une alliance « lib-lab ».
      • Qu’est-ce qui nous garantit qu’une coalition émergera ? De nouvelles élections seraient peu goûtées par l’électeur.
      • Le lib-dem, qui semblait devoir profiter de l’événement, a moins de députés (5 au dernier comptage) que lors de la précédente élection… Et avec près de 80% du nombre de votes des travaillistes, il a un peu plus d’un cinquième de ses députés.

      ADN

      Voici ce que dit l’ADN d’une personne morte il y a 4000 ans :
      Male, short and stout, with dark skin, brown eyes, shovel-shaped teeth, type A+ blood and coarse, dark brown hair giving way to pattern baldness. 
      Ce qui me semble étonnamment précis…

      Homme, femme et orientation


      C’est ce qui expliquerait que les hommes tendent à construire des cartes mentales, alors que les femmes retiennent des repères. Et que les femmes ramassent autant de champignons que les hommes, mais en se fatigant beaucoup moins…

      Dans ce domaine, j’ai, curieusement, des caractéristiques féminines. 

      jeudi 6 mai 2010

      Roue magique

      Heureux effet du hasard : je découvre une fonctionnalité de Google qui s’appelle la « roue magique ».

      Votre recherche est représentée par un cercle dont sortent des rayons associés à ce qui doivent-être les recherches les mieux corrélées avec elle (mais je n’en suis pas sûr : une brève enquête ne m’a pas fait trouver le mode d’emploi de la fonction). On peut cliquer sur chaque rayon, qui donne un nouveau cercle avec de nouveaux rayons...

      Pour la recherche « christophe faurie », cela donne :
      • Une émission que j’anime : Trouble shooter.
      • Mon premier employeur : Dassault Systèmes.
      • Des diplômes : Insead mba, m.phil et Université de Cambridge. (Ces deux derniers sont un peu inattendus.)
      • Les thèmes de mes livres : conduite du changement, l’effet de levier, les gestes qui sauvent.
      Pour Nicolas Sarkozy (en vrac) : Ségolène Royale (sic), Jean Sarkozy, Cecilia Sarkozy, Carla Bruni Sarkozy,  Nicolas Sarkozy facebook, Nicolas Sarkozy juif, Nicolas Sarkozy taille. Critères de recherche « people » ?

      Spéculation

      Il est de bon ton de dénoncer les « spéculateurs », mais à quoi cela sert-il ?

      La « spéculation » est un aspect inhérent aux marchés financiers, un « fait social » au sens de Durkheim. Chaque membre de la profession financière est prisonnier de règles dont il ne peut pas sortir, de la pression de ses pairs, de la concurrence entre établissements…

      Plus généralement, nous sommes pris dans de grands mouvements auxquels nous ne pouvons pas faire grand-chose. Exemple. On nous dit aussi qu’une partie de l’Europe a vécu au dessus de ses moyens, que le système financier (par exemple allemand, pour l’Espagne) a alimenté les bulles immobilières… Personne n’est alors descendu dans la rue pour dénoncer les dangers que son enrichissement personnel, ou ses placements, faisaient courir à l’équilibre de la planète.

      D’ailleurs, il est probable, comme le disent les économistes, que la spéculation est un aspect négatif d'un phénomène qui peut être bénéfique. La crise grecque ressemble beaucoup à une malversation Enronienne que les gouvernements européens gèrent de manière périlleuse. La spéculation ne nous dit-elle pas que nous devrions mettre notre maison en ordre ?

      Les gouvernants doivent certainement penser comme moi. Mais faire fonctionner l’Europe est peut-être une tâche qui dépasse leur faible courage. Et la situation actuelle n’a pas que des inconvénients : la chute de l’euro pousse nos exportations, et peut relancer notre économie. Mais peut-on le dire ?

      Hurler avec les loups est un moyen aussi vieux que le monde, mais toujours aussi efficace, de donner le change au petit peuple, sans fatigue.  

      Évolution du journalisme

      Tentative de faire un « reengineering » de la production d’articles pour Internet, qui soit rentable en dépit du peu d’argent que l’on peut y gagner :
      • des logiciels repèrent les intérêts du marché, et des hordes de pigistes produisent du contenu pas cher.
      Serions-nous en train d’adopter les techniques du « bas de la pyramide » ?

      mercredi 5 mai 2010

      École primaire

      Rapport sur la réforme de l’école primaire.

      Je tends à penser que les dysfonctionnements de l’éducation française ont pour cause la maternelle et l’école primaire, ce que semble dire ce rapport. Mais j’ai du mal à comprendre l’analyse qu’il fait des causes de ce problème, et, donc, si ses recommandations ont des chances de résoudre la question.

      Je me demande surtout pourquoi le primaire semblait donner d’excellents résultats au temps de mes grands parents et du certificat d’étude, et qu’aujourd’hui l’école ne paraît plus capable d’enseigner correctement des connaissances fondamentales, y compris d’ailleurs à des gens qui poussent leurs études au maximum. Le certificat d’étude aurait-il été réservé à une petite élite ? Y a-t-il eu modification des méthodes d’enseignement ? Déclin des compétences des enseignants ?...

      Héros américain

      Ce blog me fait analyser des films. Un résultat : le héros américain.
      • L’homme idéal est un homme du peuple. La différence entre le riche et le pauvre est que le premier a réussi, le second pas encore. C’est probablement la marque d’une vraie démocratie : il n’y a rien de mieux qu’être un Américain.
      • En France, j’ai l’impression que la vie du peuple fait l’objet soit de films bienpensants et misérabilistes, soit d’une valorisation des défauts du Français, de type Astérix. Être pauvre demeure une tare ?
      Sous cet angle, je suis peut-être Américain. Serait-ce pour cela que j’apprécie Rohmer ou Welcome ? 

      New York Miami

      Film de Frank Capra, 1934.

      J’ai appris que c’était le premier exemple de « screwball comedy », et que Claudette Colbert était, comme son nom, d’origine française (je pensais qu’à l’époque il était à la mode de porter un nom français).

      Le ver de terre finit par épouser l’héritière. Mais au fond ils se ressemblent. Ce sont deux vrais Américains, pleins de ressource et d’énergie, à l’opposé du bellâtre chasseur de dotes. 

      mardi 4 mai 2010

      Entreprise durable

      Relecture de The Machine that Changed the World. Une remarque me frappe : les entreprises japonaises sont prises dans un écheveau de participations croisées. Si bien que, quand l’une va mal, elle est sûre qu’un de ses « actionnaires » saura l’aider à se redresser. Au contraire, quand une entreprise américaine connaît une mauvaise passe, son actionnariat fragmenté et financier ne peut rien faire pour elle.

      Je ne sais pas si le modèle japonais est aussi efficace que le pensaient les auteurs du livre, cependant, je me demande s’ils n’ont pas trouvé une explication au phénomène bien connu et surprenant pour un Européen, du peu de durabilité de l’entreprise américaine.

      L’explication habituelle est la « destruction créatrice » : les entreprises qui crèvent étaient les moins efficaces.

      Mon expérience me dit qu’à quelques dinosaures près, les entreprises qui crèvent ne le font pas parce que leur savoir-faire est obsolète, mais parce qu’elles n’ont pas trouvé le moyen de l’appliquer intelligemment (ou parce qu’elles ont fait une erreur de gestion). Quand elles disparaissent, ce savoir-faire, qui aurait pu être utile à l’humanité, est perdu.

      Compléments :

      Coévolution

      Comment avons-nous appris à manger ce que nous mangeons me demandé-je ? (Surtout ne pas manger ce qui est toxique.)

      Je me suis rappelé avoir entendu parler de coévolution : les plantes à pollen se sont développées en même temps que les insectes qui leur étaient nécessaires.

      Peut-être en est-il de même de nous ? Nous avons évolué avec ce qui nous sert de nourriture ?

      Peut-être ce type de lien existe-t-il aussi entre l’homme et sa culture ? Nous définissons ce qui nous paraît bien, et ce qui nous paraît bien contraint ensuite notre comportement et nous transforme physiquement ? Par exemple la fidélité qui est maintenant attendue du mâle s’accompagne d’une accentuation de son caractère féminin.

      Compléments :

      Chômage américain


      Causes structurelles : les compétences licenciées ne sont pas celles réclamées par les secteurs en hausse, en outre beaucoup d’Américains seraient incapables de se déplacer du fait des dettes qui pèsent sur leur habitation.

      Une raison qui est plus saine que celle que j’avais imaginée (une économie qui vit des subventions de l’État), mais qui a des implications tout aussi destructrices : existences définitivement fragilisées, et appauvrissement des talents nationaux. 

      Compléments : 
      • Cette expérience pourrait-elle inciter les Américains à demander un modèle social de type européen ? se demande l'article.

      lundi 3 mai 2010

      Construction navale

      • Le gros du marché est dominé par l’Orient. Mais il y aurait eu bulle. Donc chantiers durablement en difficulté.
      • L’Occident aurait adopté une stratégie de niche plus robuste aux crises.
      Y aurait-il quelque-chose à imiter ici ?

      Cellule de crise

      • Si le prêt que demande la Grèce est maintenant de 100md€, c’est qu’elle ne peut plus trouver d’argent sur les marchés financiers.
      • Il faut créer une cellule de crise pour traiter ce type d’événements et éviter que les hésitations européennes n’en fasse des désastres.
      Intéressante idée. Une cellule de crise ne demande par à l’Europe une transformation dont elle n’est pas capable.

      dimanche 2 mai 2010

      Génération perdue ?

      Les mésaventures de Fabrice Tourre me remettent en tête le souvenir suivant :

      Il y a quelques années j’ai travaillé avec des ingénieurs de la génération de Fabrice Tourre. Eux aussi étaient des financiers. Certains avaient même changé leurs plans de carrière pour cela. On leur avait dit que « c’était ce qu’il fallait faire ». Une mode, en somme.

      Un nombre considérable d’ingénieurs a dû faire comme eux. Quel a été le coût de ce détournement de talents ? 

      Faut-il y voir la cause du manque de compétitivité française, de son peu de créativité ? Ou les ingénieurs perdus ont-ils été remplacés par d’autres, sortis d’écoles moins prestigieuses, mais tout aussi utiles ?

      Goldman émissaire ?

      Les journalistes donnent du témoignage des dirigeants de Goldman Sachs l’image de gens surpris d’être victimes d’une sorte de procès en sorcellerie.

      J’ai tendance à penser comme eux. Il y a probablement disproportion entre ce qui leur est reproché et leurs éventuels torts, dont ils n’étaient d’ailleurs probablement pas conscients. Au fond, ils ressemblent aux gens que je côtoie tous les jours (JP Morgan a même cherché à me recruter, il y a fort longtemps !). Des gens respectables.

      Les banquiers de Goldman seraient-ils les Templiers modernes ? Leur succès les a conduits à s’approprier une part démesurée des richesses des nations. Celles-ci n’entendent pas se laisser faire et ont recours pour cela à une sorte de « licence politique », une certaine mauvaise foi. Ainsi, le possible écart de Goldman, subtilement mis en scène, permet à l’administration américaine de faciliter le passage de ses mesures de réglementation des banques, auxquelles le peuple semble favorable. La fin justifie les moyens ?

      C’est habile. Et c’est probablement le type de procédé que les banquiers appelaient « innovation » et pour concevoir lesquels ils recrutaient les meilleurs esprits. Quelques-uns de ces derniers leur auraient-ils échappé ?

      Compléments :

      Crise de la zone euro ?

      Grèce et Angleterre : deux situations comparables, et pourtant l’une va connaître une décennie de purgatoire, alors que l’autre émergera de la crise plus dynamique que jamais. Raison ? Le carcan de l’euro répond Paul Krugman.

      D’autres chroniqueurs anglo-saxons déplorent l’injustice grecque, qui prive de pain les bouches allemandes.

      Illustration d’un double a priori ? Individualisme et économie comme maître absolu ?

      Or, l’adhésion à l’euro n’a pas que des raisons d’opportunisme économique. Pour le Portugal et, peut-être aussi pour la Grèce, c’était la garantie qu’une dictature ne reviendrait pas. De même que l’adhésion à l’UE de l’Allemagne devait marquer la fin des querelles européennes fratricides.

      Compléments :

      Stimuler la création d’entreprise

      Recettes pour susciter la création d’entreprises :
      • Aux USA de 0,1 à 0,2% des start up sont financées par capital risque. Comment pousser le reste ?
      • Il est quasiment impossible d’identifier les entreprises qui ont le plus de potentiel, donc les subventions directes ne sont pas efficaces. Sans compter qu’elles pourraient être contreproductives : les subventionnés ayant tendance à se reposer sur leurs lauriers.
      • Le mieux serait de laisser la loi de la jungle choisir les entreprises à potentiel. Pour cela il suffirait d’améliorer l’accès au crédit traditionnel, en stimulant l’efficacité du secteur financier traditionnel par plus de concurrence.

      samedi 1 mai 2010

      BP

      L’explosion de la plate-forme de forage de BP m’amène à me poser des questions :
      • Les compagnies pétrolières ont des accidents qui font de gros dégâts. Ceux-ci pourraient-ils être prévenus ? Les énormes bénéfices de ces sociétés ne pourraient-ils pas être investis dans la prévention ? (un investissement qui permettrait des bénéfices encore plus gros) Ou l’industrie pétrolière est elle naturellement sale ? Ou relativement peu par rapport à d’autres ?
      • J’ai lu un rapport d’enquête sur une précédente explosion d’une raffinerie de BP. Il incriminait sa « culture ». C'est-à-dire des décisions guidées par des considérations financières médiocres et à court terme. Est-ce encore le cas, ou est-ce une calamité ordinaire, inévitable, du type de l’échouage d’un pétrolier ?

      Pourquoi ce blog n’a pas migré sur Wordpress

      Hervé Kabla était parvenu à me convaincre de faire héberger ce blog par Wordpress.

      Un essai m’a montré que Blogspot est sooviétique. Le blog sous Wordpress a bien meilleure apparence, beaucoup plus de thèmes, un moteur de recherche qui fonctionne, un éditeur de texte agréable, et c’est infiniment mieux pour enregistrer des commentaires. D’ailleurs je soupçonne que Wordpress favorise une sorte d’effet communauté qui doit profiter au lectorat de ses blogs.

      Mais les caractéristiques de mon blog n’ont pas été prises en compte par Wordpress : le système d’importation n’a pas prévu de traduire les liens internes entre billets, si bien qu’ils continuent à pointer vers le blog initial (j’avais envisagé de faire un changement systématique de noms dans le code HTML, mais je n’ai pas trouvé la fonction pour). Aussi, Blogspot semble bien meilleur pour me permettre de me promener dans mes centaines de billets à la recherche d’une référence (le gros de mon travail de rédaction), ou de faire mes synthèses mensuelles. En outre je trouve l’administration de Wordpress particulièrement lourde et peu intuitive. Bref, Blogspot, soviétique mais productif.

      Et s'il y avait complémentarité ?
      • Blogspot s’adresse aux gens qui parlent surtout à eux-mêmes (comme moi).
      • Wordpress est fait pour ceux qui parlent surtout aux autres, qui écrivent un petit nombre de belles choses bien finies (comme Hervé).
      Je vais probablement créer un blog Wordpress sur un nouveau concept, tout en conservant celui-ci, qui est mon livre d’exercices. 

      vendredi 30 avril 2010

      Charles Pasqua

      Charles Pasqua vient d’être jugé par un jury constitué de ses pairs (6 sénateurs et 6 députés) et de magistrats (3). Cette composition peut-elle influencer le jugement ?

      À en croire le vénérable sociologue Georg Simmel, oui. Il y a une différence fondamentale de nature entre le petit groupe (de pairs) et le grand groupe. Le petit groupe tient par la « cohésion personnelle », le lien qu’entretient chaque individu avec chaque autre. (De ce fait le petit groupe tend à être un bloc peu adaptable au changement.) Le grand groupe, au contraire, est maintenu ensemble par des organes (des institutions), des normes, par la neutralité et l’impartialité. Dans un cas la cohésion se fait par la proximité, dans l’autre par la « distance ».

      Compléments :
      • SIMMEL, Georg, Sociologie, PUF, 1999. (Chapitre 2)

      Fabrice Tourre

      Dans l’enquête que mène la SEC sur Goldman Sachs et Fabrice Tourre, le Financial Times semble penser que chacun de ces derniers doit être en train de calculer – heure par heure - où se trouve son intérêt et s’il doit fausser compagnie à l’autre.

      Goldman Sachs doit-il faire de Fabrice Tourre un bouc émissaire ? Ne pas le lâcher pour qu’il ne fasse pas de révélations compromettantes ? Fabrice Tourre doit-il plaider coupable ?...

      Un Français, habitué à beaucoup attendre de la société, est-il préparé à un tel jeu d’individualisme à outrance ? Peut-il y être aussi bon qu’un Américain ?

      L'immigré doit il éviter les risques excessifs : il sait mal en contrôler les conséquences ? (Est-ce aussi pourquoi il tend à prendre de tels risques : mauvaise évaluation de leurs conséquences ?)

      Régulation bancaire

      Nouvel épisode, cette fois-ci une proposition du FMI.

      Le FMI voudrait faire payer aujourd’hui les banques pour la crise qu’elles causeront demain. La méthode de calcul partirait du principe que les banques les plus dangereuses peuvent emprunter à un taux anormalement bas. Il s’agirait de réintégrer cette subvention dans leurs coûts. En pratique, je ne comprends pas bien comme cela peut fonctionner.

      De même qu’il semble manquer un mécanisme qui traite efficacement la faillite d’une banque, et qui « puisse pousser les pertes chez les créditeurs plutôt que chez les contribuables ».  

      Mais la réflexion semble progresser.

      Albert Saporta et Louis Champion

      J’ai parlé avec les dirigeants de Stallergènes des conditions du changement. Contrairement à ce que disent beaucoup de consultants, la crise est peu propice au changement. Plus exactement, si elle facilite le changement, elle produit un mauvais changement, bâclé et mal réfléchi, peu propice à faire une entreprise durable.

      Pour pouvoir changer en période « euphorique », il faut avoir acquis une « légitimité ». Alors, ceux dont dépend le changement vont accepter de suivre vos idées. Et pour acquérir cette légitimité, il faut, auparavant, avoir fait ce qui était important pour eux. (C'est parce que MM.Saporta et Champion avaient redressé Stallergènes qu'ils ont pu convaincre son actionnaire qu'il fallait s'engager dans la très ambitieuse transformation qui a fait de Stallergènes un des deux leaders mondiaux du traitement de l'allergie.)

      Dans la formulation du changement, il faut faire preuve de « prudence », se donner un objectif certes ambitieux mais qui ne demande pas de prendre un risque insensé.

      Pourquoi Stallergènes a-t-il deux dirigeants ? « C’est beaucoup plus facile de faire des choses courageuses quand on est deux » ; plus inattendu, bénéfice premier : « capacité d’écoute ».

      Compléments :
      • L’importance de la légitimité se retrouve dans l’analyse de Ronald Berger-Lefébure.
      • Quant à l’importance d’être deux, je généraliserai cette idée en disant qu’avant d’affronter un changement, il faut correctement dimensionner ses moyens « d’animation ». Question : est-ce par manque de capacité de conduite du changement que les PME française ne se développent pas ?

      jeudi 29 avril 2010

      Deutschland über alles ?

      Un billet précédent m’a remis en mémoire un article d’Ulrich Beck (Non à l’Allemagne du repli), que je n’avais pas compris.

      Il opposait l’attitude de Mme Merkel, utilisant la crise grecque pour imposer le modèle allemand à l’Europe, au « multilatéralisme » de ses prédécesseurs « prêchant l’interdépendance tous azimuts, partout en quête d’amis ».

      En crise, l’Allemagne devient nationaliste ? Son ouverture à l’autre d’après guerre était-elle l’antidote de ce nationalisme ? Peut-être que l’Allemagne n’a plus besoin d’amis ? Peut-être qu’elle ne sait plus profiter de l’amitié ? La réunification a asséché son cœur est ses coffres ?...

      Retour des divisions d'avant-guerre ?

      Compléments :
      • Daniel Cohn-Bendit, semble penser, effectivement, qu'il y a un oubli des leçons de la guerre ; que l'Allemagne se replie sur elle-même ; et que la baisse de l'euro, dont profitent ses exportations, était la véritable raison de ses hésitations.

      Actionnaire roi

      L’ère de l’actionnaire roi aurait commencé avec un article de MM.Jensen et Meckling en 1976. Ils pensaient que le dirigeant donnerait son meilleur si sa paie était liée à la valeur de l’action et s’il était stimulé par l’investissement privé.

      Ce qui n’était pas prévu c’est que la valeur de l’action ne dit pas grand-chose sur la performance de l’entreprise. Et elle est aisément manipulée.

      The Economist aimerait un système qui conserve la royauté de l’actionnaire, mais s’assure qu’elle est bien défendue par le dirigeant, que la mesure de son efficacité prend en compte la santé à long terme de leurs intérêts.

      Je n’approuve pas. The Economist sous-entend que le dirigeant est tout dans le succès d’une entreprise. Or, une entreprise est un édifice social qui a demandé des années de construction, et qui dépend de manière décisive du tissu économique environnant (sous-traitance, écoles, moyens de transport…). Il est beaucoup plus facile à un dirigeant salarié (à ne pas confondre avec un fondateur) de la détruire que de lui apporter la moindre amélioration.

      Compléments :

      mercredi 28 avril 2010

      Greekman brothers

      Les commentateurs étrangers sont fort inquiets de l’avenir de l’Europe. Effet domino qui ferait s’effondrer un après l’autre tous ses pays, et dont toutes ses banques (en premier lieu allemandes) crèveraient ? Sans compter que l’UE étant le seul endroit qui n’a pas dévalué sa monnaie, elle est très importante pour la relance d’une Amérique peu solide.

      La bonne nouvelle là dedans est que l’avenir est imprévisible. Il en faut infiniment peu pour retourner une situation.

      Angela Merkel gagne une élection et devient, de manière imprévisible, un canard boiteux ayant recours à un populisme qui pourrait, s’il dépasse les limites, être fatal à la Grèce et enclencher l’effet domino ci-dessus. Va-t-il être accéléré par une querelle linguistique disloquant une Belgique fragile ou une élection anglaise rendant ingouvernable le pays ?…

      Curieux comme parfois le sort de la planète tient à un rien.

      Compléments :

      Belgique dissoute

      Débat entendu sur RFI. Un Flamand extrême (Bruno Valkeniers), une Wallonne.
      • Ils semblent d’accord pour se séparer. Seuls problèmes : Bruxelles, qui est francophone mais en Flandre, et quelques autres importantes minorités francophones.
      • La représentante wallonne me semble demander l’asile politique à la France pour son peuple. 

      Raisons du bien-être

      D’après une étude statistique :
      • Le bien être serait bien plus une question de « soutien social de la famille et des amis, (de) liberté de décider de ses choix de vie, et (de) faible niveau de corruption », que de revenus et de PIB.
      • Par ailleurs les nations les moins heureuses sont bien plus inégalitaires en termes de bien être que de fortune.

      mardi 27 avril 2010

      Qui perd gagne ?

      Les Républicains viennent de bloquer le passage d’une loi sur le contrôle des banques. Or, deux tiers des Américains aimeraient qu’elles soient réformées.

      Faut-il voir dans cette manœuvre une habile façon d’améliorer les chances des démocrates aux prochaines élections sénatoriales ?

      Dans la série diabolique Obama ?

      Mouvements sociaux

      Il va bien falloir réduire les déficits des États occidentaux, et cela signifie de grosses économies de la part des services publics.

      Or, ceux-ci ne l’entendent pas de cette oreille, et c’est chez eux que se sont maintenus les syndicats. Ailleurs ils ont été victimes de la globalisation.

      The Economist observe qu’ils ne sont pas prêts à se laisser faire. Ce qui est peut-être compréhensible : la raison pour laquelle le public devrait payer pour les erreurs du privé n’est pas immédiatement évidente. 

      La solution au dilemme serait celle avancée par M.Rocard, dans le cas des retraites françaises : négocier.

      Compléments :
      • Comme d’habitude, The Economist semble très remonté contre les syndicats. Il se réjouit de leur disparition dans le secteur privé. Mais, si j’en crois Mancur Olson, il ne peut pas y avoir de grève sans syndicat (des personnes isolées ne savent pas s’organiser). The Economist serait-il contre le droit de grève ? Par ailleurs, il ne semble pas que les entreprises, au moins les grandes, aient un comportement particulièrement citoyen… Et les populations qui n’appartiennent à aucun de ces lobbies sont fort mal. 

      Chemises rouges

      En écoutant RFI, j’avais fini par penser que les Chemises rouges thaïlandaises étaient des miséreux à la solde d’un ancien premier ministre. Ce ne serait pas le cas.

      Les troubles thaïlandais seraient la révolte d’un peuple plutôt éduqué et évolué qui voudrait remettre à sa place une aristocratie sortie de son rôle cérémoniel pour accaparer les richesses de la nation. 

      lundi 26 avril 2010

      Nations à risque

      Caractérisation des économies européennes fragiles :
      • Grèce et Portugal : faible épargne, forte dépendance des capitaux extérieurs (insolvabilité)
      • Espagne et Irlande : épargne, mais bulle financière alimentée par spéculation immobilière.
      C’est la Grèce qui est dans la situation la plus délicate. (Ce qui est heureux, en un sens, puisque c’est la plus petite économie.)

      Déséquilibre mondial

      • Les capitaux vont vers les pays émergents, plutôt que de développer les économies occidentales. Pour relancer leur économie les Occidentaux ont une politique de bas taux. Pour calmer leurs économies en surchauffe les Orientaux élèvent leurs taux. Ce qui ne fait qu’accélérer la fuite des capitaux, et le risque de bulle financière.
      • L'article suggère aux pays émergents d'adopter une politique coordonnée d’augmentation de leurs taux de change et de contrôle des capitaux.

      Nick Clegg

      Soudain intérêt de l’électeur anglais pour Nick Clegg, leader des Lib-dem. Est-ce étonnant : le Britannique semble fatigué par Gordon Brown et déçu par David Cameron ?

      L’élection pourrait donner de bizarres résultats. D’une part peu de rapport entre voix et sièges (les Travaillistes auront probablement le plus de députés, mais le moins d’électeurs). D’autre part, compte-tenu du manque de pratique locale et du peu d’atomes crochus entre les programmes, un parlement de coalition a peu de chances de survivre. Il devrait donc y avoir rapidement d’autres élections, qui pourraient donner une nette majorité à l’un des deux grands partis.

      Compléments :
      • The granola-eaters' revengeGetting a Clegg up, The western front
      • L’autre jour, j’ai entendu un bout de débat entre les trois candidats premier ministre et j’ai été frappé par les similitudes entre Nick Klegg et David Cameron. Tous les deux semblent venir du même monde. 
      • D’après ce que disait samedi La rumeur du Monde de France Culture, Nick Klegg a été choisi pour sa ressemblance avec Tony Blair. Décidément, Tony Blair est le modèle de l’homme politique anglais. Je crois bien que David Cameron est aussi du genre Tony Blair.

      L'invention du développement local

      LE GALES, Patrick, Politique urbaine et développement local, L’Harmattan, 1993. Une thèse de doctorat qui aboutit à quelque chose qui me semble dépasser les ambitions que l’on aurait pu avoir pour une thèse.

      Son sujet est l’invention des politiques de développement économique local par les villes. Comment, en une quinzaine d’années, les villes sont elles devenues des acteurs déterminés de l’économie ?

      L’étude porte sur deux pays et deux cités : Angleterre et France, Coventry et Rennes.

      On y voit les « jeux d’acteurs » qui influencent les orientations d’une ville. Curieusement, ces acteurs semblent des frères ennemis, qui partagent nombre de valeurs communes. Dans ces conditions, peut-on parler de choix démocratique ? L’élite dirigeante représente-t-elle les opinons de la population ?

      Mais il y a plus surprenant. La cause de la transformation de la politique des deux villes vient de la combinaison de la crise économique et de la montée des « classes moyennes du secteur public ». Classes de gauche passées par les idéologies 68, mais converties à une forme de capitalisme.

      Ce qui m’a amené à me demander si notre histoire de ces dernières décennies n’a pas été la prise de pouvoir économique par la classe des diplômés.

      dimanche 25 avril 2010

      Alain Ehrenberg

      Voici comment transformer la France, selon Alain Ehrenberg :
      • La nouvelle règle du jeu est la compétition et elle provoque l’échec personnel. Notre malaise vient du sentiment « d’abandon des individus aux forces du marché », en « contradiction avec nos principes de solidarité ».
      • La société doit aider l’individu à réussir dans cette compétition. C’est ainsi « qu’on peut bâtir un renouveau de l’Etat providence ».
      • Application : les inégalités apparaissent dès la plus petite enfance, il faut « une politique d’investissement dans l’accueil collectif des 0-3 ans ».
      Ce texte résonne avec mon expérience :
      • Par exemple, j'ai constaté que l'aide la plus efficace que l’on puisse apporter aux personnels victimes d’un licenciement, est de leur faire découvrir leurs compétences, et de leur expliquer qu’il existe des techniques de recherche d’emploi.
      • On retrouve ici probablement l'idée de la flexisécurité, dont je parle régulièrement.
      • Quant aux 0 à 3 ans, si je disais que l’inégalité se jouait à la maternelle, je n’avais pas envisagé qu’elle puisse venir d’encore plus tôt.

      Echec de la relance ?

      Dans un précédent billet j’observais que l’argent de la relance, au moins aux USA, semble être allé dans les poches des dirigeants et actionnaires des entreprises du pays, qui ont continué à licencier, sans investir.

      Mieux : les gouvernements occidentaux subventionnent leur système financier, qui utilise cet argent pour investir dans les pays émergents, où la rentabilité est bien meilleure que chez nous. Non seulement l’Occident se vide, sans redémarrer quoi que ce soit, mais l’Orient pourrait être victime d’une bulle spéculative.

      L’Occident doit recommencer à créer. L’économie financière, l'économie de l’illusion, doit laisser la place à « l’économie réelle ». Voilà le changement que nous devons réussir. Au travail !

      Point Grèce

      Que penser de la situation grecque ? Three years to save the euro.

      Le taux des aides européennes et du FMI (5%) semble être supérieur à ce que peut supporter son économie. Ce qui signifie qu’il faudra vraisemblablement renégocier cette dette un jour.

      Pourquoi pas aujourd’hui ? Probablement parce que cela aurait pu inquiéter et entraîner la faillite des autres États européens endettés, et avec elle celle des banques européennes, qui possèdent cette dette. On a reculé pour mieux sauter.

      Il semble donc que l’Europe soit à la veille d’une période de changements douloureux. Et il semble douteux qu’ils puissent se faire pays par pays.

      Green Zone

      Film fort efficace de Paul Greengrass.

      On y admire la sophistication de l’armement américain, qui permet d’identifier dans le noir, et d’un hélicoptère, qui est ami ou ennemi.

      Scénario vraisemblable ? Est-ce important pour le réalisateur ? Il fait passer un message clair : la guerre d’Irak a été une aventure montée par des apprentis sorciers, menteurs et manipulateurs, en costard cravate et sortis des meilleures écoles.

      Le « mauvais » du film ressemble comme un frère aux dirigeants des grandes entreprises, des banques et des fonds d’investissement. Et ses pratiques s’apparentent aux leurs, y compris l’usage de théories fumeuses pour justifier des décisions injustifiables. On se croirait chez Enron ou Goldman Sachs.

      Quant au bon, c’est Matt Damon, le « vrai Américain ». Homme du peuple (sous officier), grand professionnel, qui tient dur comme fer aux valeurs américaines et qui, lorsqu’elles sont menacées, bouscule montagnes et hiérarchies pour les faire respecter.

      L’Amérique a-t-elle été corrompue par une élite de diplômés à la rigueur intellectuelle et à la morale incertaines ? Sa rédemption passera-t-elle par un retour à ses valeurs éternelles, que porte en lui l’Américain du peuple ? 

      vendredi 23 avril 2010

      Qui veut nuire à Goldman Sachs ?

      Finalement, ce n’est pas tant que Goldman Sachs ait commis une indélicatesse qui est nouveau, mais la manière dont elle est traitée : publiquement.

      Ce qui peut entraîner de gros dommages. Cela semble vouloir dire qu’il y a volonté de nuire à Goldman Sachs, et que le gouvernement américain a des moyens pour ce faire qui sont plus efficaces que toutes les lois.

      Grande leçon de conduite du changement.

      Ne pourrait-elle être appliquée aux compagnies d’assurances, qui ont la curieuse pratique d’éliminer leurs clients lorsqu’ils sont malades - ce qui leur permet de réaliser des bénéfices considérables ?

      Décidément, les entreprises s’étaient retournées contre la société. Il est temps que celle-ci découvre qu’elle peut les rappeler à leur responsabilité sociale. 

      L’innovation est contagieuse


      Plus généralement il semblerait que recevoir des ressortissants d’un pays innovant rende innovant.

      Ce qui voudrait dire que l’innovation est un fait culturel, qui se transmet par le réseau social. Et peut être aussi que trop externaliser ce réseau, par exemple pour alléger ses coûts, peut causer des dommages qui vont bien au-delà des économies réalisées par la nation externalisatrice. 

      Réforme des retraites

      Julien prend l’exemple de la réforme des retraites pour se demander s’il faut mener le changement avec audace et tambour battant, comme le dit un gourou de Harvard, ou suivre l’avis de Michel Rocard et aller lentement. Quelques réflexions :

      Ce qui bloque le changement, c'est la résistance de l'organisation. Elle s'explique parce qu'il ne prenait pas en compte la réalité de l’organisation. Car beaucoup d’idées semblent brillantes parce qu’elles demandent l’impossible. C’est pour cela qu’on ne les avait jamais eues avant, et c’est d’ailleurs pour cela que celui qui les a méprise ses semblables pour ne pas y avoir pensé.

      Ce que reproche Michel Rocard au plan du président, c’est justement cela. C’est de foncer la tête la première dans le mur. Le gouvernement veut réformer la France comme si elle était homogène, alors qu’il existe de multiples systèmes de retraite. Le gouvernement s’est donné, comme d’habitude, un calendrier court, ce qui va le contraindre à faire des concessions pour tenir ses engagements, donc à creuser le déficit structurel du pays.

      Il aurait été mieux de fixer des règles globales à la réforme, puis de négocier catégorie par catégorie.

      Maintenant, je reviens au gourou. Ce qu’il prône, pour le peu que j’ai pu en lire, c’est ce que l’on appelle un « stretch goal ». C'est-à-dire un objectif qui transporte les foules. Quelque chose comme la vision d’une renaissance de la France découvrant l’avantage inespéré d’avoir une population mûre et expérimentée et mettant cette richesse au service d’un projet grandiose de renouveau de son économie et d’éradication du chômage. Le peuple aurait été emporté par l’enthousiasme, on n’aurait plus parlé de retraite mais d’offensive. C'aurait été Valmy.

      Qu'avons nous en guise de stretch goal ? Un gargouillis confus. On y distingue, au mieux, « aller vite ».  

      Zéro pointé. Mais c’est nous qui serons punis.

      Compléments :
      • Je précise à Michel Rocard qu’il faut contrôler le changement, c’est-à-dire définir un objectif à atteindre en termes quantitatifs, puis vérifier au cours de la négociation que cet objectif est respecté.
      • Michel Rocard souligne le danger de s'en prendre de front à des symboles (la retraite à 60 ans) : ça ne peut que susciter des réactions passionnées, un climat impropre à la mise au point d'une réforme aussi importante pour notre avenir. Cette critique semble s'adresser à son camp. Mais je me demande si elle n'explique pas aussi la précipitation du gouvernement : volonté d'abattre une loi scélérate de gauche, la jumelle des 35h ?
      • L’art du changement de notre gouvernement provoque chez moi une grosse déprime. C’est pour cela que je ne me suis pas intéressé à la question des retraites. Peut être à tort. Merci à Julien pour ses questions et les liens attachés !