lundi 24 mai 2010

BP et marée noire (suite)

Je me demandais pourquoi le gouvernement américain s’en était remis, pour l’arrêt de la marée noire, entre les mains de BP. La solution est simple :

C’est ce que lui demande la loi. Surtout, il n’a pas les moyens techniques pour boucher la fuite. (Can 'Cowboy Ken' save the day?)

En tout cas, cette affaire semble montrer que les plates-formes pétrolières présentent des risques qui avaient été nettement sous-évalués. L’erreur étant humaine, il serait peut-être bon de concevoir des moyens efficaces d’intervention à la suite de tels incidents.

Compléments :
  • Il semblerait que l'industrie de l'énergie fasse beaucoup de victimes aux USA, 58 en trois mois. Quant à BP :
BP représente 97 pour cent de toutes les violations intentionnelles trouvées par le régulateur dans l'industrie du raffinage durant les 3 dernières années.

Détérioration des conditions de travail

Une étude montrerait que les conditions de travail sont mauvaises : « (ce que les employés sont supposés faire) a augmenté d’un tiers depuis le début de la récession. »
La moitié (des interviewés) estime que leur niveau de travail actuel est intenable. Les gens sont usés par les réorganisations incessantes et par le travail supplémentaire – des masses de mémos et de réunions, des remaniements sans fin, l’exhortation à faire plus avec moins.
Image d’entreprises bien gérées, visionnaire, qui préparent l’avenir par de judicieux investissements ? 

Angleterre et Europe

Perfidious Albion again décrit l’Europe un peu comme je la vois.

D’un côté le continent, qui attend de l’Europe qu’elle le tire de ses démons. De l’autre l’Angleterre, individualiste, entreprenante et qui n’a rien à se reprocher.

Mais l’article pense que leurs intérêts sont désormais trop emmêlés pour que leurs destins ne puissent être liés. Et, peut-être que l’Europe a beaucoup à apprendre de l’Angleterre : elle doit devenir « une puissance maritime, avec les yeux rivés sur la croissance et l’horizon lointain ».

Serait-il temps que l’on conçoive l’Europe comme une fusion, dans le cadre d’une logique de blocs ? 

Geoengineering

Je viens de découvrir un nouveau terme : le « geoengineering ». Il s’agit de combattre l’effet de serre par l’ingénierie.

Par exemple, on peut faire de la Terre une anti-serre, qui réfléchit les rayons solaires. Ou encore, on peut laver l’air de son carbone et utiliser les dérivés qui en résultent (qui ont de multiples intérêts) ; une telle technologie arrêterait l’effet de serre pour un surcoût de seulement 5 centimes par litre de pétrole.

L’intérêt de ces techniques (qui cependant pourraient avoir des conséquences imprévues) est qu’elles ne nous demandent aucun changement. Non seulement l’économie n’a pas à se transformer, mais c'est une accélération du modèle actuel : par exemple, elles consomment beaucoup d’énergie. 

dimanche 23 mai 2010

Palmarès de Cannes

Un peu comme les choix de France Culture, ceux de Cannes me désignent les films à fuir.

C’est atroce, on n’y parle que de mal terminal, de famille détruite… avec une tendresse particulière pour les intellos émergents, lorsqu’ils filment l’abjecte.

Mais dans quel monde vivent donc les jurés de Cannes pour se délecter de tels cauchemars ? Quel terrorisme intellectuel a-t-il fait de Cannes le plus grand festival mondial ?

Que pensent les marchés de l’Europe ?

Les investisseurs sembleraient suivre quelques règles simples :
  • Les petits pays sont dangereux.
  • Sauf l’Irlande, parce qu’elle parle anglais (comme les investisseurs).
Il y a quelques temps encore les investisseurs ne faisaient aucune différence entre les pays européens.

Peut-on parler d’une quelconque rationalité des marchés ? Ou ceux-ci tendent-ils à adopter des règles simplistes et à les suivre comme des moutons ? Dans ces conditions les leaders d’opinion que sont les agences de notation peuvent-ils déclencher des crises ? Il y aurait du vrai dans le bon sens commun ?

Compléments :
  • Curieusement, Paul Krugman avait fait la même observation au sujet de la crise asiatique de 97 : les investisseurs avaient amalgamé les pays asiatiques, mais avaient considéré l’Australie comme sans risque. (Paul KRUGMAN, The Return of Depression Economics, Princeton 1999.)

Réforme des retraites

Des informations sur un sujet que je ne suis pas :
  • Les agences de notation commencent à s'inquiéter des dettes de la France. La réforme serait donc influencée par l'opinion du marché financier.
  • Il semblerait que le déficit du régime des retraites atteindrait de l’ordre de 35md en 2030. Pour l’annuler, il faudrait une retraite à 65 ans.
  • Contrairement à ce que je pensais, les Français seraient convaincus de la nécessité d'une réforme, et quelque peu désespérés quant à l’état de leur économie (qu’ils verraient à peine plus solide que celle de la Grèce).  

Jouer avec la vie

Depuis quelques jours on se réjouit d’avoir créé un organisme avec de l’ADN conçu par ordinateur.

The Economist fait le parallèle avec l’informatique et ses virus. Comme l’informatique, le bricolage du vivant est ouvert à tous. Comme nos ordinateurs, nous serons assaillis par des agents pathogènes malfaisants et défendus par des antivirus bienfaisants. Voilà un nouveau moteur de croissance. Et une nouvelle raison de se réjouir du progrès. 

Compléments :


1905

On retrouve, dans ma dernière centaine de billets, les thèmes que l’on trouve ordinairement dans ce blog :

Tout d’abord, la crise. Elle est entrée dans une phase incertaine, car rien de structurel ne semble avoir changé, au moment où l’effet des plans de relance s’estompe : Echec de la relance ? Déséquilibre mondial, Magot chinois. En particulier, le chômage américain ne diminue pas. Tentatives d’explications : Bénéfices et chômage en hausse, Chômage américain, Crise de l’emploi, Chômage aux USA.

À nos côtés, les pays émergents semblent vouloir guérir la pauvreté par l’économie (Les moteurs de l’économie des pays émergents, BOP). Des succès remarquables, mais aussi un modèle inquiétant s’il était généralisé (Taylorisme à outrance, notamment). D’ailleurs ces pays demeurent fragiles (Assassinats en Chine) et menacés par les inégalités. La seule issue semble être l’établissement de régimes de solidarité sociale (Inégalités émergentes).

La nouveauté, cette centaine, aura été la crise de la zone euro (Euro bulle ?). Elle se révèle exemple de changement. Nous sommes entrés dans la zone euro pour nous corriger de nos vices, et le changement commence seulement (Crise de la zone euro ?, Changement en Grèce, Changement en Europe). Il n’y aurait pas d’exception à cette règle, l’Allemagne, curieusement, étant peut-être le pays le plus concerné par le changement. (Deutschland über alles ? Crise grecque ou allemande ?) En fait, cette crise serait au moins aussi menaçante pour le reste du monde, que pour nous (Amérique, Chine, Angleterre : Pauvre Angleterre ?).

En tout cas, les techniques de conduite du changement européennes sont primitives : Changement en Europe. L’administration américaine est plus évoluée : elle a utilisé un faux pas de Goldman Sachs pour faire voter une réforme qui semblait mal engagée (Qui veut nuire à Goldman Sachs ?, Qui perd gagne ?, Réforme de Wall Street).

Et si nos efforts étaient vains parce que condamnés par la fatalité ? Mancur Olson montre que ce qui bloque le développement des nations, c’est la naissance de coalitions qui défendent leur intérêt particulier. Plus un pays vieillit, plus l’inertie le gagne (Naissance et déclin des nations).

Enquête sur la culture française (suite) : François Bayrou : le Français a peur que l’idéologie gouverne le gouvernement ; Pourquoi la France est pauvre : et si nous étions plus pauvres que les Américains parce que nous ne voulons pas nous spécialiser ? ; sur les facteurs de changement : crise économique et classe moyenne du secteur public (L'invention du développement local) ? ; et sur la direction du changement : Alain Ehrenberg, France anglo-saxonne, le Français doit apprendre l’autonomie, sans tomber dans l’individualisme ? Les femmes, elles, ont changé : la génération post MLF est arrivée : Évolution de la femme.

Enquête sur l’Amérique (suite) : De l’inégalité en Amérique, Amérique ultra-inégalitaire ; Entreprise durable. L’entreprise américaine est-elle peu durable, parce qu’elle est très isolée ? ; Héros américain : le héros américain est-il un homme du peuple ?

L’homme et la société. La culture tend à nous modeler à son image (Coévolution, Darwin et subprime). Agir sur elle peut être un moyen d’agir sur nous (Il est bien d'être égoïste ?). Elle fait de nous des héros, si nous savons tenir notre place, ou celle des autres (Jeanne d’Arc). Elle nourrit notre pensée (Épaules de géants). Mais, nous devons savoir protéger notre libre arbitre, si nous voulons éviter les catastrophes : Égarement de l’économie ?

Pour finir, réflexion sur un être étrange : l’expert. (Qu’est-ce qu’un expert ?, Dictature du court terme ?)

samedi 22 mai 2010

Robert Lafont et Bruno Coquatrix

Un billet parlant de Robert Lafont me fait penser à une émission sur Bruno Coquatrix (France Culture). Parallèles qui me frappent.

Ils comptaient mal, ils étaient poussés par leur passion. D’où une santé économique précaire, mais aussi des découvertes étonnantes : c’étaient en quelque sorte des « leaders d’opinion », au sens où ils repéraient avant tout le monde ce qui allait lui plaire.

Contraste avec aujourd’hui ? Tout est bien géré, mais aucun artiste remarquable à l’horizon ?

Sommes-nous capables de reconnaître les talents les plus exigeants, à condition qu’on nous les présente ? Est-ce la faiblesse de notre économie « sur managée » : incapable de prendre des risques, elle nous enferme dans la médiocrité, et elle empêche les réels talents d’émerger ?

Mais la culture sous cloche à la française ne donne pas de meilleurs résultats. Il semble que ce soit plus le conformisme que l’originalité qui soit encouragé.

Le mauvais artiste serait-il celui qui obéit à des règles préexistantes (de l’économie ou de l’establishment culturel français) ? Le bon artiste serait-il un éclaireur, qui nous ouvre des horizons que nous entrevoyions mais que nous étions incapables d’atteindre ?

Compléments :
  • Il en est peut-être de même de la science : c’est la société qui pense, mais il faut que quelques hommes en traduisent la pensée ? Après tout, y aurait-il des géants ? (Sur les mécanismes de stérilisation de leur talent : Égarement de l’économie.)

Darwin et subprime

Pourquoi, dans de mêmes conditions, certains emprunteurs américains n’ont pas pu rembourser leurs prêts alors que d’autres le faisaient ?

La réponse pourrait être qu’ils n’avaient pas une tête pour les chiffres.

Exemple d’interaction de la culture et de la génétique ? La « main invisible » de l’économie favorise la sélection, en particulier, de ceux qui savent compter ?

Compléments :
  • DAWKINS, Richard, The Selfish Gene, Oxford University Press, 2006.
  • Jamais l’ex devise du blog d’Hervé Kabla n’a été aussi juste : il y a trois types de personnes : celles qui savent compter, et les autres

vendredi 21 mai 2010

Réforme de Wall Street

Les sénateurs américains ont voté un encadrement de l’industrie financière qui semble sévère.

J’ai du mal à savoir ce que l’on doit en penser. Ce qui me frappe particulièrement est qu’une telle réforme semblait impossible il y a encore quelques temps. Je me souviens en particulier de débats houleux au sujet d’une agence de protection du consommateur. Elle me semblait mal partie, et pourtant elle a été apparemment adoptée sans vagues.

Ce qui a fait ce miracle, ce sont les malheurs récents de Goldman Sachs. (Voir : Thank You, Lloyd Blankfein.)

« La chance ne sourit qu’à l’esprit bien préparé » semble être la citation exacte de Pasteur. Elle paraît vérifiée ici. Elle l’est aussi pour des entrepreneurs avec qui j’ai parlé récemment et qui ne voyaient que la chance comme raison de leur succès.

C’est peut-être ce qui explique l’optimisme américain : si l’on se prépare bien, même si l’avenir semble bouché, une occasion, imprévisible, surgira, que l’on saura exploiter pour faire pencher le sort en sa faveur ? 

Erreurs de Galbraith

Galbraith s’étonnait, dans les années 50, que l’économie soit restée la « dismal science » du 19ème siècle : le monde n’avait-il pas trouvé le secret de l’opulence ? Or la science économique qu’il condamnait est celle que nous utilisons aujourd’hui. Et elle semble avoir eu les conséquences prévues.

Je me demande s’il ne commettait pas une erreur. Cette science économique n’était pas une tentative scientifique, mais la rationalisation de l’humeur individualiste du moment. C’était une tentative, qui a réussi, d’influencer les « codes de loi » implicites qui guident notre comportement.

Si j’en crois Max Weber, le rôle du savant est non d’entrer dans le débat idéologique (comme le font Paul Krugman et la plupart des économistes), mais d’indiquer ce que l’idéologie a d’objectivement inefficace. Cependant, la science aurait-elle pu s’opposer à la transformation désirée par tous ? Peut-être aurait-elle dû l’orienter, de façon à en réduire les effets négatifs ?

Compléments :
  • Sur le mécanisme de changement de la société qui fait que nous modifions ce que nous croyons avant de transformer notre comportement : Norbert Elias.

jeudi 20 mai 2010

BP : culpabilité culturelle ?

Mon hypothèse sur la culture d’entreprise de BP comme cause de la marée noire américaine pourrait avoir quelques arguments pour elle : les travaux sur la plate-forme pétrolière avaient du retard, les pertes s’accumulaient, les responsables du projet semblent avoir voulu terminer à tout prix.

Ce qui est surprenant, par contre, est qu’ils aient été insensibles aux conséquences de leurs actes, qui semblaient raisonnablement prévisibles. D’ordinaire ce type de comportement se trouve chez des gens qui ne sont pas susceptibles de payer pour leurs fautes (cf. financiers, concepteurs de projets informatiques…). Les responsables du projet auraient agi de manière quasi suicidaire ?

Explication possible ? Robert Cialdini (Influence : science and practice), effectivement, explique que la rareté (ici le manque de temps) rend l'homme fou, lui fait perdre tout sens commun. 

Compléments :

Crise grecque ou allemande ?

L’Allemagne a un problème avec l’Europe. Les banques allemandes étant jusqu’au cou dans la dette grecque, il n’était pas question que l'Allemagne n’aide pas la Grèce. Les bruits bizarres qu'elle fait seraient les signes annonciateurs d’un changement, colossal :
  • L’Europe et l’euro ressemblaient trait pour trait à l’Allemagne. L’Allemagne y était donc comme un poisson dans l’eau, d’autant plus qu’elle y gagnait beaucoup (en 8 ans les exportations de l’Allemagne vers la zone euro seraient passées de 19 à 25% du PIB allemand !). Or, elle découvre qu’Europe et zone euro ne se dirigent pas vers ce modèle, qui ne marche pas.
  • Son modèle même est en crise. Or, elle veut conserver inchangé ce qui a fait sa grandeur (formation, industrie lourde, exportation), alors que la réforme est nécessaire.
L’Allemagne serait-elle en face d’un changement d’identité ? Ferait-elle ce que nous faisons tous dans ce cas : ultra-fondamentalisme ? Attribuer ses échecs à la trahison d’un modèle sanctifié ?

Amis et épidémies

On aurait trouvé un moyen de repérer l’arrivée d’une épidémie :
  • Les personnes qui ont beaucoup d’amis sont les premières à attraper une nouvelle maladie. Comment constituer le groupe à surveiller ? Prendre un échantillon de personnes, au hasard, leur demander quels sont leurs amis, et chercher parmi ceux-ci ceux qui ont le plus d’amis. (Infectious personalities.)
Question : en est-il de même des épidémies sociales, par exemple des modes ?

mercredi 19 mai 2010

Inégalités émergentes

Les idées de C.K.Prahalad ne semblent pas suffisantes pour sortir la population des pays émergents de la pauvreté (« échec abjecte de l’Inde à créer assez d’emplois »). L’accentuation des inégalités serait même peut-être le plus grave risque que courent ces contrées (« l’exclusion soulève des tensions politiques et sociales. La preuve n’en est pas uniquement les conflits persistants, en particulier en Asie du Sud. »). Elle expliquerait que Hu Jintao ait pris comme ligne directrice la création d’une « société harmonieuse ».

La solution serait le développement de régimes de solidarité sociale (« La Chine tente une expansion radicale de la sécurité sociale et autres aides sociales »). (The elusive fruits of inclusive growth.)

Compte-tenu du manque d’organisation de ces nations, le changement s’annonce difficile. Mais j’ai l’impression que l’on n’a toujours pas trouvé mieux que l’État pour le mener.

Changement en Europe

Article sur la formation par Lady Ashton du corps diplomatique européen :
la Commission européenne est en guerre avec les gouvernements et les services diplomatiques des pays membres ; en demandant le respect dont il est avide, le Parlement européen menace d’utiliser le pouvoir qu’il a gagné pour retarder ou bloquer la création du nouveau service ; les nouveaux pays membres sont en désaccord avec les anciens ; les petits pays s’unissent contre les gros durs ; et quant aux grands ils complotent les uns contre les autres.
Quelques autres extraits : « l’affrontement fondamental a été entre la Commission et les États membres. Le combat porte sur le pouvoir, l’argent, les places et les privilèges. », « la commission s’est battue bec et ongles pour ne rien lâcher » ; « les Français ont passé le plus gros de l’année à torpiller Ashton ».

Nouvelle exemple de l’anarchie européenne, qui fait de nous la risée du monde depuis quelques temps ?

Ou changement ordinaire ? Ce qui est dit ici est que chacun défend ses intérêts, ce qui est normal. D’ailleurs la faiblesse apparente de Lady Ashton ne peut qu’amplifier le phénomène. Bien plus que l’envie d’en tirer partie (ou de lui apprendre son métier, comme semble vouloir le faire la France), c’est la peur que l’autre n’en profite à ses dépens qui donne une tel esprit combattif à chaque parti.

Si cela se voit autant c’est faute d’une technique adéquate de conduite du changement, en particulier de deux composants :
  1. Un « schéma directeur » qui définisse les grandes lignes, acceptées par tous, de ce que doit être un service diplomatique européen. Ces grandes lignes auraient été précisées, dans un second temps, par négociation. Du coup Lady Ashton serait passée du rôle d’ennemi public à celui de « donneur d’aide ».
  2. Une animation du changement. Un petit nombre de gens habitués à jouer la navette entre « hommes clés » du débat. C’est aussi ce type d’initiés qui peut identifier les lignes directrices acceptables par tous.
D’ailleurs, il semblerait que depuis que Mme Ashton a fait entrer un diplomate européen expérimenté dans son équipe, les différends se soient calmés et des compromis aient été trouvés. 

À qui profite la baisse de l’euro ?

Il y a une curieuse corrélation entre les discours et les intérêts :
  • La baisse de l’euro profite à la zone euro, et, massivement, à l’Allemagne. Elle gène considérablement les USA, qui avaient dévalué leur monnaie pour favoriser leur économie. D’autant plus que la Chine a maintenant des raisons de ne pas opérer de réévaluation.
  • Curieusement, ce sont les maladresses d’Angela Merkel qui sont accusées d’avoir créé le désastre, et c’est l’étranger qui se lamente le plus des turpitudes européennes. Turpitudes qui, étrangement, ne sont pas nouvelles (c’était le but du traité de Lisbon de les combattre !). D’ailleurs, B.Obama, qui affiche son mépris pour l’Europe, aurait été obligé de venir au secours de l’incompétence locale.
Y a-t-il de la duplicité là dedans ? Pas forcément. Beaucoup de monde en Allemagne est probablement navré du manque de rigueur européen, et comme les conséquences de ce discours ne contrarient aucun intérêt, il ne rencontre aucune opposition.

Quant à B.Obama, il est certainement agacé que la santé de son économie soit menacée par la dépression européenne, et il maudit notre incompétence, sans forcément réaliser qu’elle est en notre intérêt.

Un exemple de la rationalité de la résistance au changement, et des curieux mécanismes qu’elle emprunte ? 

Jeanne d’Arc

Comment quelqu’un d’humble extraction, comme Jeanne d'Arc, a-t-il pu gagner des batailles, me suis-je demandé ?

Mais y a-t-il besoin d’une formation, d’un talent particuliers, pour cela ? Peut-être que ce qui nuisait à la France de l’époque était les dissensions entre guerriers, pas l’incompétence de ceux-ci. Une fois d’accord pour se battre ensemble, ils savaient comment livrer bataille.

Médiocrité du roi de France, incapable d'unir ses troupes ?

En est-il de même des dirigeants ? Leur première qualité est de fournir les conditions qui permettent à leurs collaborateurs de faire ce qu’ils savent faire ? Ce n’est qu’ensuite, qu’ils peuvent, et encore subsidiairement, faire preuve de génie ?

Compléments :
  • Sur la même idée : À l’origine.
  • Galbraith observait que les dirigeants des multinationales des trente glorieuses n’avaient aucune des prétentions modernes au talent, ils administraient des « technostructures » dont la complexité les dépassait. 

mardi 18 mai 2010

Actionnariat dispersé

Article du Monde. Un des arguments majeurs utilisés par les économistes, le FMI et autres institutions respectables, pour exiger l’ouverture du capital des sociétés était, semble-t-il, que la raison de la supériorité de l’entreprise américaine sur l’entreprise européenne venait de là.

Or, une étude a montré qu’il n’y avait, en fait, pas de différence. Sur quoi se basaient donc les économistes, se demande l’article ?

Mais, au fond, n’étaient-ils pas sûrs d’avoir raison ? La validité de la preuve n’était-elle pas secondaire, comme pour le cas des armes de destruction massives irakiennes ?

Compléments :

Sanctions et Iran

Il y a quelques temps, la radio semblait se réjouir d’un succès des négociateurs turco-brésiliens dans l’affaire nucléaire iranienne.

En fait, ce serait un succès pour l’Iran, qui aurait obtenu le petit peu d’appui qui lui permettrait de diviser le front de plus en plus uni de ceux qui voulaient le sanctionner. 

In memory

Il semblerait que l’évolution des capacités de stockage en mémoire vive des PC rende beaucoup moins utile les bases de données. SAP parierait sur cette évolution et sur les moyens de l’exploiter (in-memory) pour transformer son offre.

Mauvaise nouvelle pour les éditeurs de bases de données ?

Dictature du court terme ?

Discussion avec des amis consultants. Ils reprochent aux entreprises de mal faire leur travail, de ne s’intéresser qu’à des mesures à court terme, alors qu’eux savent ce qui est bon pour elles. Mon expérience me fait les désapprouver :
  • La première chose que doit faire une personne qui entre dans une organisation est « d’acquérir une légitimité ».   C'est-à-dire de comprendre ce qu’attend d’elle l’organisation et d’y répondre.
  • En ce sens, « traiter le court terme » c’est peut-être passer un test, qui détermine si l’on peut nous faire confiance pour traiter le long terme.
Il y a quelque chose comme cela, je crois, au Japon : les nouveaux embauchés, à commencer par les surdiplômés, doivent faire des tâches stupides, le but étant de vérifier s’ils mettent bien l’intérêt du groupe avant le leur.

Compléments :

lundi 17 mai 2010

Chômage aux USA

Nouvelle tentative d’explication de la persistance du chômage aux USA (The perils of being small) :

Les PME, privées de crédit, licencieraient beaucoup. Mais la situation s’améliorerait.

Compléments :

Rationalité estonienne

Un précédent billet se demandait pourquoi l’Estonie rejoignait la zone euro, en plein doute existentiel. La réponse serait évidente : l’Estonie s’impose la rigueur qu’il faut pour vivre dans la zone euro, sans en avoir les bénéfices… (Euro not bust.)

Épaules de géants

Il y a quelques temps, un économiste important, venu présenter un livre, a commencé son intervention en disant qu’il était « un nain sur des épaules de géants ». Citation qu’il me semble avoir attribué à Pascal, que les Anglo-saxons donnent à Newton, mais qui paraît avoir son origine bien plus tôt.

Robert Merton a étudié la genèse des découvertes. Il observe (au moins) deux phénomènes curieux :
  1. Toutes les découvertes ont été faites en multiple. Ce qui distingue un « géant », au mieux, est qu’il a participé à un très grand nombre de découvertes multiples. Autrement dit, c’est la société qui produit les découvertes, tel ou tel individu ne fait qu’exprimer synthétiquement le travail de tous. (J’observe aussi qu’au cours des siècles la nationalité des découvreurs à changé, preuve que sans une bonne équipe l’intellect individuel est de peu de conséquence.)
  2. L’effet Matthew : on donne aux riches, on prend aux pauvres. Dès qu’un scientifique commence à avoir un peu de notoriété, un grand nombre de phénomènes se conjuguent pour lui en donner de plus en plus. Inversement, un homme, éventuellement d’un mérite supérieur, qui aurait mal démarré dans la vie, s’enfonce dans l'obscurité et se décourage de publier. Ce phénomène peut expliquer pourquoi certains noms paraissent avoir été sans égal.
Pasteur disait (en substance) que « la chance sourit à l’esprit éclairé ». Les grands découvreurs ont su modéliser ce que les circonstances très particulières de leur vie, et de leur milieu, leur a fait rencontrer. Ils avaient certes des prédispositions particulières, mais ce sont les mouvements de la société qui les ont faits ce qu’ils sont devenus. Et puis, comment une découverte pourrait-elle être retenue par l’histoire si la société ne peut la comprendre ?

En tout cas, voilà qui prouve, une fois de plus, que les économistes sont des individualistes forcenés qui ignorent la sociologie.

Compléments :
  • MERTON, Robert K., On Social Structure and Science, The university of Chicago press, 1996.
  • L'idée de découverte est probablement propre à la culture de l'Occident. Traditionnellement, la Chine tend à attribuer la nouveauté à un glorieux ancien. 

dimanche 16 mai 2010

Assassinats en Chine

Il semblerait que la Chine soit victime d’une épidémie de massacre d’écoliers, à l’arme blanche.

Symptôme d’un malaise social ? Une explication : « tuer les faibles était vu par les attaquants comme un moyen de revanche sur une société « qui n’a pas de sortie » ». Lone madmen without guns.

Air France

J’entendais hier un dirigeant d’Air France dire que la compagnie cherchait systématiquement à alléger ses avions, par exemple en réduisant le poids de sa moquette ou de ses chariots.

J’ai cru comprendre qu’à une époque elle avait décidé de faire passer tous ses avions par un « hub », cette politique a-t-elle été revue ? 

Twitter

Twitter vaudrait 1md$, sans avoir démontré qu’il pouvait gagner de l’argent. Ses dirigeants commencent juste à s’en préoccuper. Pas d’une façon très rassurante. (Up for promotion.)

Que de telles sociétés aient pu naître démontre la rationalité de la spéculation. Un investisseur met de l’argent dans une start up, parce qu’il sait que d’autres investisseurs seront prêts à lui acheter ses actions, et qu’ils feront de même avec d’autres collègues. L’investissement est rentable jusqu’à ce que l’on ait épuisé les capitaux disponibles. Le perdant de l’affaire est le dernier à posséder des parts de la société. Ce jeu ne crée rien, mais il redistribue l’argent de la communauté au plus habile. D’ailleurs, pouvoir perdre gros rend ce jeu follement excitant, comme me le disait un trader.

Compléments :
  • C’est en grande partie parce qu’il a créé ce mode de spéculation moderne que Goldman Sachs a connu sa fortune actuelle (Dr Strangelove and Mr Goldman Sachs.) En fait monter un mécanisme spéculatif est extrêmement complexe puisqu’il faut créer et faire connaître une sorte de signal qui, lorsqu’il est déclenché annonce à la société qu’une phase spéculative a démarré. Le signal du web social est probablement la capacité, pour une innovation, d’être adoptée gratuitement par un grand nombre de personnes. Une telle innovation trouvera des fonds, sans avoir besoin de démontrer sa rentabilité. Mécanisme identique, les mini spéculations de 29 : Crash de 29 : mécanisme.
  • Hervé Kabla, l’ethnologue du web social, définit Twitter comme « un café du commerce mondial » (voir commentaires du billet).

samedi 15 mai 2010

Évolution de la femme

L’apparition de nouveaux journaux féminins signalerait une évolution de la société :

Après avoir été libérée et hypocrite, et avoir lu Elle, la femme découvrirait la différence des sexes, la féminité et la séduction, et la consommation impulsive (mais maitrisée ?).  

France anglo-saxonne

Il y a peu, je cherchais à me renseigner sur Nick Klegg, lorsque je suis tombé sur cette citation :
I believe every single person is extraordinary. The tragedy is that we have a society where too many people never get to fulfil that extraordinary potential. My view – the liberal view – is that government’s job is to help them to do it. Not to tell people how to live their lives. But to make their choices possible, to release their potential, no matter who they are. The way to do that is to take power away from those who hoard it. To challenge vested interests. To break down privilege. To clear out the bottlenecks in our society that block opportunity and block progress. And so give everyone a chance to live the life they want.
Cette opinion est aussi celle de J.S.Mill, de la pyramide d’Abraham Maslow, et, plus curieusement, l’avenir de la France selon Alain Ehrenberg. Allons-nous devenir des Anglo-saxons ?

Je crois qu’effectivement nous devons prendre notre sort en main, et qu’un rôle de la société est de nous y aider. Mais la société ce n’est pas que cela, c’est aussi un réceptacle de savoir-faire, un « capital » social, une « organisation » qui coordonne notre comportement collectif et nous permet de changer sans nous en rendre compte. Tout ceci est indépendant des individus qui la composent. 

L’élite de New York

Film d’Antoine Fuqua.

La police de New York est-elle vraiment comme cela ? Métier dangereux et mal payé, favorable à tous les écarts ? Et la communauté noire ? Société hors de la société, culture du désœuvrement et du trafic ?

Y a-t-il une morale dans cette histoire, sinon l’absurde de ces vies ?

Pas de héros américain non plus. Et pas de magnifiques ratés. Une sorte d’ordinaire médiocrité rare à Hollywood. Surprenant Richard Gere, en particulier.

vendredi 14 mai 2010

Il est bien d'être égoïste ?

Il semblerait que l’Amérique ressemble à la France : le chômage y atteint des sommets, mais ça ne préoccupe plus personne. Dans les années 80 on s’en serait ému.

Ceci pourrait illustrer une idée fixe de ce blog : ce que nous croyons bien évolue avant nos comportements. De ce fait, ceux qui veulent changer la société cherchent d'abord à influencer notre pensée.

S’il est certain qu’il y a eu un effort délibéré pour nous « recoder » (le néoconservatisme), il est possible que le terrain ait été favorable.

Compléments :
  • Culture et changement : BCE, hypothèses fondamentales, valeurs officielles.
  • Je pense aussi que notre attitude à l’emploi a changé. Par exemple, je me trouvais il y a peu dans une queue SNCF ; des jeunes discutaient : l’un venait de donner sa démission ; il était émerveillé de savoir qu’il allait maintenant être payé à ne rien faire pendant 335 jours. 
  • Complément tardif : Paul Krugman semble penser qu'aucun argument économique ne justifiait la remise en cause du système économique d'après guerre, si l'on est convaincu qu'il a fait faillite, c'est du fait d'une manipulation des esprits. 

Qu’est-ce qu’un expert ?

Je suis entouré de gens que je qualifie « d’experts », et ce pour une particularité de leur comportement : ils « savent », ils émettent mais ne reçoivent pas. C’est au monde de s’adapter à leurs idées, pas l’inverse. Surtout, ils ne peuvent faire quelque chose que dans un ordre donné, et ne peuvent concevoir qu’on le fasse autrement.

Ce qui m’a fait penser à une modélisation de Max Weber, qui appelle ce type de comportement « ritualiste », et à ce que disaient les anciens Chinois : « celui qui ne connaît pas les rites est un barbare ». Pour l’expert, celui qui ne connaît pas le rite, effectivement, ne mérite pas de vivre.

L’inverse du ritualisme est la rationalité. Être rationnel est poursuivre une fin (le rite étant la glorification du moyen, dont on ne connaît pas la fin).

Une classification de Robert Merton identifie deux types de rationalités. La rationalité innovante, pour laquelle la fin justifie le moyen (arriver à l’heure à un rendez-vous autorise à rouler en sens interdit), et la rationalité conforme, qui sait atteindre un objectif en respectant les règles acceptées (les rites). 

jeudi 13 mai 2010

Obama anime le changement européen ?

Il semblerait que B.Obama joue les catalyseurs du changement, en appelant les dirigeants européens et en les amenant à décider de politiques communes et de politiques d’austérité nationales (billet précédent). Deux réflexions :
  1. B.Obama prend les dirigeants européens pour des gamins ? Et il a raison ?
  2. Importance du rôle de l’animateur du changement, et difficulté du changement entre égaux. 

Rigueur ?

M.Zapatero, que The Economist trouvait velléitaire, décide d’un plan de rigueur. Coup de tonnerre. Les économistes pensent que la remise en ordre des finances publiques ne doit pas survenir trop tôt. Certains estiment que les mesures de secours à la Grèce vont durablement l’enfoncer dans l’hiver nucléaire. Mais le poids des dettes publiques inquiète. Que faire ?

L’idée qui guide ce qui suit vient de la physique. On n’a aucun moyen de savoir où ira une sonde interplanétaire laissée à ses propres moyens, le monde (et la physique newtonienne) est « chaotique ». Pour la maintenir sur la trajectoire désirée, il faut procéder à un contrôle permanent. Application :
  • Les économistes prétendent prévoir l’avenir, qu’il suffit de suivre leurs recommandations et leurs modèles pour connaître le succès. Mais si la physique ne peut donner la trajectoire d’une sonde, pourquoi l’économie, qui n’est pas une science, pourrait-elle prévoir quoi que ce soit ? A-t-on l’exemple d’un économiste qui ait fait une prévision juste ? Robert Shiller, qui pourrait presque entrer dans cette catégorie, pour avoir distingué les précédentes spéculations, observe lui aussi que le monde est « chaotique ». Futur insondable.
  • Mon expérience du changement me dit cependant que « quand on veut on peut ». Si l’on ne sait prévoir l’avenir, du moins peut-on, en partie, choisir le sien. D’ailleurs l’histoire de l’Estonie ou de l’Allemagne montrent que les nations peuvent se réformer, si elles le désirent.
Lorsque l’on regarde l’histoire récente, il me semble que les nations ont essayé de fixer le cours relatif de leurs monnaies. Peut-être avaient-elles des raisons fortes pour cela ? Cette stabilité serait-elle une condition nécessaire de crises moins violentes ? Alors, faut-il condamner les efforts de la zone euro comme donquichottesques, ou, au contraire, faire tout pour qu’ils réussissent, parce qu’elle est le creuset d’une économie durable ?

Compléments :
  • Hypothèse personnelle (biaisée certainement par mon métier). La zone euro tenterait d’acquérir des techniques de conduite du changement. C'est-à-dire chercherait à adapter son tissu social aux mouvements de l’économie, en abandonnant l’usage exclusif des mesures macroéconomiques.
  • Exemples d’événements imprévisibles qui peuvent brouiller toutes les prévisions : Greekman brothers.

    Blogger contre Wordpress (2)

    Un peu par hasard, j’ai découvert qu’il existait dans Blogger des fonctionnalités en cours de mise au point qui ressemblent à celles de Wordpress.
    • Il est possible d’avoir des thèmes un peu plus variés et un peu plus beaux que par le passé et de créer des « pages » (voir les onglets).
    • Jusque-là il était fort difficile de placer des « widgets » dans la colonne latérale. Le bug a été corrigé.
    • Il demeure que l’éditeur de texte est rudimentaire, que les thèmes sont relativement peu nombreux, et, surtout, que la zone commentaire ne permet pas de saisie très confortable.
    Mais Blogspot a gagné une manche contre Wordpress.

    Jeune et innocent

    Film d’Hitchcock, 1937.

    Pas de doute, c’est un film d’Hitchcock. On y fait preuve de présence d’esprit aux moments les plus désespérés, et, on y voit le héros retenir d’une main l’héroïne qui s’enfonce dans un gouffre.

    Sinon, c’est un agréable retour vers l’Angleterre des années 30, en un temps où la vie et les mœurs semblaient moins compliquées qu’aujourd’hui. Mais ce n’est probablement qu’une impression. 

    mercredi 12 mai 2010

    Estonie et euro

    Les journalistes anglais sont décontenancés par le comportement estonien. L’Estonie rejoint la zone euro. Or l’euro n’a-t-il pas fait la preuve de son ridicule ? L’Estonie se serait-elle tirée par un miracle de rigueur de la crise pour se jeter dans le piège euro ?

    Et s’il existait des raisons que la raison calculatrice anglaise ne pouvait pas comprendre ?

    Compléments :

      Effet pervers de la subvention

      Histoire entendue il y a quelques temps : un fournisseur étranger décroche un appel d’offres à pertes auprès d’un client français, grâce aux subventions touchées pour implanter une usine sur le territoire d’un département. Ce qui met l’ancien titulaire du contrat, qui avait une usine à proximité, en situation difficile. Commentaire : « on a déshabillé Pierre pour habiller Paul ».

      Ce qui me ramène à une observation de C.K.Prahalad : la microrégulation produit la corruption. Ici il est vraisemblable que la conséquence de la subvention n'était pas mesurée, du moins immédiatement. J'imagine cependant que la subvention visait à faire de la publicité au pouvoir politique local. Il avait donc une faible incitation à en considérer les externalités. Bref, l’intérêt individuel a été plus fort que l’intérêt collectif. Une variante du dilemme du prisonnier.

      Or, le gouvernement semble microréguler dans tous les domaines. Un dirigeant, par exemple, me disait que chaque fait divers se produisant dans un secteur particulier lui valait un fonds d’aide particulier. Curieusement ce dont il parlait ressemblait à la « législation au fait divers » dont on se plaint dans le domaine public. Serions-nous en train de plomber notre économie ? Tomberions-nous dans le travers de la précédente administration américaine dont ce type de microrégulation est accusé d’avoir criminellement alourdi les dépenses de l’État ?

      Mais il y a une manière positive de voir les choses : suffirait-il à la France de rationaliser sa réglementation pour libérer de grandes richesses ?

      Équipementier automobile

      Un passage chez un équipementier me laisse croire qu’une énorme quantité de petits sous-traitants a disparu, ne laissant qu’un petit nombre de grandes sociétés dont la rentabilité s’est fort améliorée pendant la crise.

      Serais-je capable de faire des prévisions ? Il semblerait que Gros équipementier automobile : avenir radieux ? ait vu juste...

      Chasse à la potiche

      Une loi devrait forcer les conseils d’administration des entreprises cotées à être composés de plus de 40% de femmes.

      Les dites entreprises semblent chercher les femmes les moins gênantes, et les moins expérimentées, possible. Ce qui devrait avoir un triste effet sur leur gouvernance. (La vie en rose.)

      Voici l’exemple parfait du changement mal « conduit ». Quand on ne contrôle pas un changement, on obtient le contraire de ce que l’on désire. 

      mardi 11 mai 2010

      EDF

      "Faute d'investissements suffisants, le réseau de distribution d'EDF est en piteux état. Particulièrement en zone rurale. Pis, son mauvais entretien le rend de plus en plus vulnérable aux aléas climatiques"
      A périmètre et change constants, l'activité recule de 1,6 %, en raison d'une baisse des prix de l'électricité et du gaz à l'étranger. En France, le chiffre d'affaires progresse au contraire de 1,4 %, la demande ayant été stimulée par un climat rigoureux.
      Était-il judicieux d’accumuler autant de dettes pour un tel résultat ? 

      Nicolas le Grec ?

      Lors d’une formation récente, j’expliquais que les techniques de conduite du changement de Nicolas Sarkozy laissaient à désirer, mais qu’il était un animateur du changement exceptionnel. J’avais peut-être vu juste en pensant qu’il allait jouer un rôle décisif dans la réunion du week-end dernier.

      Un article du Guardian dit, effectivement, que le plan qui en sort est français :
      The Germans are sticklers for rigour, peer pressure and discipline, against coming to the aid of the stragglers, devoted to absolute independence for the central bank whose brief is confined to ensuring the stability of the currency and guarding against inflation.
      The French push a more political, expansive approach, arguing the euro rules be geared to economic growth and jobs, tighter co-ordination of national policies, and greater harmonisation of, for example, tax and spending policies.
      The Germans won in the 1990s when the euro rule book was being written. But yesterday's game changer was a French script.
      In the fighting of the past several months, Chancellor Angela Merkel of Germany has won most of the battles, but has lost this particular war. Berlin dictated the terms for the €110bn euro Greek bailout agreed last week, but had to bow to the bailout itself, which it did not want. Ditto at the weekend.
      Angela Merkel, dont la faiblesse est la lenteur de décision, a-t-elle été prise de vitesse ? En tout cas, il se pourrait que la relation franco-allemande soit abîmée.

      Heureux cinéma

      Il me semble qu’il y a encore peu on craignait que la télévision ne tue le cinéma (la télévision ne diffusait pas de films certains jours pour lui laisser un peu de public). Or, le cinéma ne se serait jamais aussi bien porté (en Amérique du nord 2/3 des revenus produits par un film viendraient du cinéma) :

      Ce serait dû à la digitalisation des films et à leur diffusion par satellite, qui seraient favorable aux films high tech à grand spectacle - appréciés par toutes les cultures. (The box office strikes back.)

      L’avenir est imprévisible… 

      Amérique insubmersible

      Comment l’Amérique qui semble être à l’origine de la crise mondiale a-t-elle pu couler l’Europe, sans apparemment subir de dommages ? Une question que je me pose depuis longtemps. La seule explication que j’avais trouvée semble être approuvée par des gens sérieux :

      Le dollar étant une monnaie de réserve, l’Amérique peut emprunter à des taux extrêmement faibles et ce quel que soit l’état de son économie. D’ailleurs on se bat pour lui prêter. L’Amérique, contrairement à la Grèce, ne peut pas connaître la faillite. (Is the US too big to fail?)

      Compléments :

      lundi 10 mai 2010

      Capitalisme chinois

      Il est demandé aux entreprises installées en Chine d’adopter l’organisation syndicale chinoise.

      Ce qui signifie notamment que les représentants du personnel participent à la direction de l’entreprise et aux décisions affectant l’emploi. Bien entendu, ces représentants sont liés au gouvernement chinois.

      Preuve de leur acculturation grandissante, les multinationales étrangères arguent de dysfonctionnements internes pour ne pas appliquer la mesure. (Join the party!)

      La Chine serait-elle en passe de réinventer le capitalisme ?

      Modeste Chine

      Les dirigeants chinois semblent craindre que le moindre faux pas fasse dérailler leur fragile course en avant. En particulier :
      Ils sont profondément conscients de la susceptibilité américaine à tout discours suggérant l’émergence d’une puissance et d’une idéologie rivales – et un conflit avec l’Amérique pourrait faire échouer la croissance économique de la Chine. (The Beijing consensus is to keep quiet.)
      Ce qui semble confirmer que l’Occident a un énorme atout : une démocratie solide. 

      BOP

      PRAHALAD, C.K., The Fortune at the Bottom of the Pyramid, Wharton School Publishing, 2009. Les pays émergents ont mis au point les moyens de faire de leurs pauvres un marché. Qu’ont-ils à nous apprendre ?

      Réinventer l’économie

      Leur originalité décisive est, justement, d’avoir décidé que les pauvres étaient un marché. À partir de là, ils ont pris les contraintes de son environnement comme une donnée. Et ils ont trouvé le moyen de le rendre rentable.

      Je me demande s’ils n’ont pas repris les recettes d’Henri Ford, face à un problème similaire : pour rendre leur produits accessibles à tous et les fabriquer aevc une main d’œuvre non qualifiée, ils ont poussé le Taylorisme à ses limites, et l’ont implanté dans les services.

      Ils ont aussi fait de la société une partie intégrante de l’entreprise. Et les technologies de communication modernes (Internet et téléphonie mobile) l’ont aidée.

      Bureaucratie contre économie de marché

      C.K. Prahalad s’intéresse surtout à l’Inde et voit son développement comme la lutte entre le bien, une économie de marché pure à la Hayek, et le mal, une bureaucratie corrompue. Il en revient d’ailleurs, sans complexe, à un bien ancien débat, qui a défait les meilleurs économistes : comment implanter une économie de marché qui fonctionne ?

      Sans loi et sans contrat, et sans le pouvoir de les faire respecter, il n’y a pas d’économie de marché. Mais il ne doit pas y avoir trop de lois, des « micro réglementation », sans quoi certains peuvent en tirer un avantage personnel. Argument délicat : comment expliquer que la réglementation occidentale soit extrêmement complexe mais ne suscite pas la corruption ?

      Ceci va avec la nécessité de « transparence » : difficile de tricher au vu et au su de tous.

      Mais la loi écrite sous-entend la capacité à lire. Donc, l’arrivée de l’écrit rend la population pauvre, massivement illettrée, encore plus facilement exploitable que par le passé.

      Il remarque aussi que l’économie de marché donne une identité aux gens, ce sont des « individus », ils sont fichés par leurs fournisseurs, ils deviennent des numéros. Bizarrement, il semblerait que l’on puisse vivre dans les sociétés traditionnelles sans cette individualisation.

      Il explique enfin comment un État Indien a cherché à rendre son fonctionnement efficace en dépit d’une bureaucratie corrompue. Cela en utilisant Internet pour que chacun ait accès à une information honnête, en effectuant une gestion par objectif de l’administration, et en la soumettant au contrôle de tous.

      Étrangement, ce qu’il décrit ressemble beaucoup au degré zéro de la conduite du changement, au passage en force. Par exemple, les bureaucrates sont ridiculisés en public. Et le changement semble donner ce que donne tout changement raté : il explique lui-même qu’il n’est pas possible au peuple d’avoir accès aux données informatiques ; les intermédiaires véreux ont de beaux jours devant eux.

      Efficacité de l’économie de marché

      Démonstration de l’efficacité de l’économie de marché, qui prouve sa fascinante rapidité et sa capacité d’adaptation aux conditions les plus difficiles.

      Mais, pour autant, l’économie de marché peut-elle être laissée à elle-même ? Très bien lorsqu’elle enrichit les pauvres, mais que serait une société taylorienne, dont les entreprises forment le peuple pour être consommateur (les filiales des multinationales lui expliquent que leurs produits sont bons pour sa santé) ?

      D’ailleurs, qu’est-ce qui a corrompu la bureaucratie, sinon l’économie de marché, dont elle a été la première à profiter ?

      Ce que raconte ce livre est peut-être l’histoire d’un changement. La société traditionnelle indienne, reposant sur l’oral, le groupe, et la coutume, absorbe la culture occidentale, une culture de règles, d’écrit et d’individualisme. Cette nouvelle société ne ressemblera pas à l’ancienne, mais elle peut être équilibrée et solidaire. L’économie de marché peut l’aider à le devenir, mais il est capital qu’un État efficace fasse rapidement contrepoids au marché, avant tout en éduquant la population.

      Retrouverais-je le raisonnement des dirigeants chinois ?

      Compléments :

      dimanche 9 mai 2010

      Crise de l’emploi

      Aux USA (et en Europe) la classe moyenne aurait été laminée par la technologie : il n’y aurait d’emploi que pour les plus diplômés.

      Comment éviter un chômage permanent à une partie croissante de la population ? (Avec l’impact que cela peut avoir sur le reste de l’économie.) Augmenter sa qualification ? (As jobs fade away.)

      Je doute que ce soit possible. Mon intuition est plutôt que nous devons développer des secteurs économiques qui fassent de la place à tout homme, comme l’industrie.

      Compléments :
      • Des bénéfices de l’industrie : FINGLETON, Eamonn, Unsustainable: How Economic Dogma Is Destroying U.S. Prosperity, Nation Books, 2003.

      Pauvre Angleterre ?

      Un de mes précédents billets disait que l’Angleterre devrait éviter le sort de la Grèce, grâce à son taux de change flottant.

      Elle en a habilement usé, puisque le taux de change effectif de la livre serait 25% plus bas que mi 2007. Ses exportateurs ont d’abord profité de cette baisse pour augmenter leurs prix, maintenant ils attendent que la demande s’affirme pour investir. Malheureusement voici la crise grecque et la chute de l’euro. (A lamentable legacy.)

      Une question me vient en tête : une telle politique monétaire est-elle habile ? Les Américains et les Anglais pensent relancer leur économie en nous exportant leur crise, mais si nous nous effondrons, ils risquent d’en pâtir, puisque nous demeurons leurs principaux clients… 

      Changement en Europe

      « Un changement de comportement a toujours fait parti du projet euro. Mario Monti (…) voulait que son pays rejoigne l’euro précisément pour qu’il soit forcé à une vision plus germanique de l’emprunt et des dépenses ». The euro's existential worries.

      Ce qui semble confirmer ce que je soupçonnais. Nous en voulons à la Grèce d’être désorganisée, mais c’est parce qu’elle était désorganisée qu’elle est avec nous. Et c’est un raisonnement qui s’applique probablement à toute la zone euro. Par conséquent, la crise actuelle n’est pas l’exception mais la règle. Le changement est devant nous. En créant la zone euro, ses pères fondateurs ont voulu brûler nos bateaux, de façon à ce nous soyons contraints à réaliser le rêve qu’ils avaient pour nous. Leur technique de conduite du changement était probablement « tout ce qui ne tue pas renforce ». 

      samedi 8 mai 2010

      Changement en Grèce

      La presse anglo-saxonne s’inquiète de l’avenir de l’Europe. Paul Krugman invite la Grèce à quitter l’euro. D’autres économistes renommés constatent que la défaillance massive des États a été la norme de tous les temps, non l’exception.

      Le plus intéressant est, peut-être, l’état de la Grèce : totalement dysfonctionnel (Grèce, corruption à tous les étages). La fraude est la norme du pays (30md€ par an ?), et l’administration participe méthodiquement au détournement du bien public.

      La Grèce peut-elle payer ses dettes sans transformer radicalement les comportements nationaux ? Un changement aussi gigantesque est-il possible ?  Avec une administration corrompue ?

      Et si la Grèce était révélatrice d’une question générale ? Un État bien rangé, bien géré est-il quelque chose qui va de soi ou, au contraire, un idéal théorique ? Un rêve qui cherche à nous transformer à son image ?

      Compléments :
      • Sur l’interaction entre nature et culture : Coévolution.

      Magot chinois

      L’excédent chinois a fait le malheur mondial, dit-on parfois. Une théorie sur son origine :
      • Le système financier fonctionnerait fort mal, ce qui ferait que les entreprises privées vivraient sur fonds propres. À ceci viendrait s’ajouter une épargne forte. Donc, les banques déborderaient de ressources qu’elles ne pourraient placer que dans des entreprises d’État vacillantes, ou dans des bons du trésor américains.
      • Si l’on veut remettre les finances mondiales en ordre, il faudrait donc aider les Chinois à améliorer le financement de leurs entreprises et à réduire l’épargne populaire, probablement en développant un système de sécurité sociale. 

      vendredi 7 mai 2010

      Complexité anglaise

      Le système électoral anglais est conçu pour donner la majorité au parti qui reçoit le plus de votes. Cette fois-ci ça n’a pas marché. Les curiosités du dispositif :
      • Gordon Brown pourrait rester en poste, simplement parce qu’il est le premier ministre en place. Pour y demeurer, il peut construire une coalition à long terme, ou au coup par coup, pour chaque vote de la chambre.
      • Les conservateurs (36% des voix) devraient, cependant, gouverner l’Angleterre. Bien qu’une coalition avec le lib-dem ait moins de chances de tenir qu’une alliance « lib-lab ».
      • Qu’est-ce qui nous garantit qu’une coalition émergera ? De nouvelles élections seraient peu goûtées par l’électeur.
      • Le lib-dem, qui semblait devoir profiter de l’événement, a moins de députés (5 au dernier comptage) que lors de la précédente élection… Et avec près de 80% du nombre de votes des travaillistes, il a un peu plus d’un cinquième de ses députés.

      ADN

      Voici ce que dit l’ADN d’une personne morte il y a 4000 ans :
      Male, short and stout, with dark skin, brown eyes, shovel-shaped teeth, type A+ blood and coarse, dark brown hair giving way to pattern baldness. 
      Ce qui me semble étonnamment précis…

      Homme, femme et orientation


      C’est ce qui expliquerait que les hommes tendent à construire des cartes mentales, alors que les femmes retiennent des repères. Et que les femmes ramassent autant de champignons que les hommes, mais en se fatigant beaucoup moins…

      Dans ce domaine, j’ai, curieusement, des caractéristiques féminines. 

      jeudi 6 mai 2010

      Roue magique

      Heureux effet du hasard : je découvre une fonctionnalité de Google qui s’appelle la « roue magique ».

      Votre recherche est représentée par un cercle dont sortent des rayons associés à ce qui doivent-être les recherches les mieux corrélées avec elle (mais je n’en suis pas sûr : une brève enquête ne m’a pas fait trouver le mode d’emploi de la fonction). On peut cliquer sur chaque rayon, qui donne un nouveau cercle avec de nouveaux rayons...

      Pour la recherche « christophe faurie », cela donne :
      • Une émission que j’anime : Trouble shooter.
      • Mon premier employeur : Dassault Systèmes.
      • Des diplômes : Insead mba, m.phil et Université de Cambridge. (Ces deux derniers sont un peu inattendus.)
      • Les thèmes de mes livres : conduite du changement, l’effet de levier, les gestes qui sauvent.
      Pour Nicolas Sarkozy (en vrac) : Ségolène Royale (sic), Jean Sarkozy, Cecilia Sarkozy, Carla Bruni Sarkozy,  Nicolas Sarkozy facebook, Nicolas Sarkozy juif, Nicolas Sarkozy taille. Critères de recherche « people » ?

      Spéculation

      Il est de bon ton de dénoncer les « spéculateurs », mais à quoi cela sert-il ?

      La « spéculation » est un aspect inhérent aux marchés financiers, un « fait social » au sens de Durkheim. Chaque membre de la profession financière est prisonnier de règles dont il ne peut pas sortir, de la pression de ses pairs, de la concurrence entre établissements…

      Plus généralement, nous sommes pris dans de grands mouvements auxquels nous ne pouvons pas faire grand-chose. Exemple. On nous dit aussi qu’une partie de l’Europe a vécu au dessus de ses moyens, que le système financier (par exemple allemand, pour l’Espagne) a alimenté les bulles immobilières… Personne n’est alors descendu dans la rue pour dénoncer les dangers que son enrichissement personnel, ou ses placements, faisaient courir à l’équilibre de la planète.

      D’ailleurs, il est probable, comme le disent les économistes, que la spéculation est un aspect négatif d'un phénomène qui peut être bénéfique. La crise grecque ressemble beaucoup à une malversation Enronienne que les gouvernements européens gèrent de manière périlleuse. La spéculation ne nous dit-elle pas que nous devrions mettre notre maison en ordre ?

      Les gouvernants doivent certainement penser comme moi. Mais faire fonctionner l’Europe est peut-être une tâche qui dépasse leur faible courage. Et la situation actuelle n’a pas que des inconvénients : la chute de l’euro pousse nos exportations, et peut relancer notre économie. Mais peut-on le dire ?

      Hurler avec les loups est un moyen aussi vieux que le monde, mais toujours aussi efficace, de donner le change au petit peuple, sans fatigue.  

      Évolution du journalisme

      Tentative de faire un « reengineering » de la production d’articles pour Internet, qui soit rentable en dépit du peu d’argent que l’on peut y gagner :
      • des logiciels repèrent les intérêts du marché, et des hordes de pigistes produisent du contenu pas cher.
      Serions-nous en train d’adopter les techniques du « bas de la pyramide » ?

      mercredi 5 mai 2010

      École primaire

      Rapport sur la réforme de l’école primaire.

      Je tends à penser que les dysfonctionnements de l’éducation française ont pour cause la maternelle et l’école primaire, ce que semble dire ce rapport. Mais j’ai du mal à comprendre l’analyse qu’il fait des causes de ce problème, et, donc, si ses recommandations ont des chances de résoudre la question.

      Je me demande surtout pourquoi le primaire semblait donner d’excellents résultats au temps de mes grands parents et du certificat d’étude, et qu’aujourd’hui l’école ne paraît plus capable d’enseigner correctement des connaissances fondamentales, y compris d’ailleurs à des gens qui poussent leurs études au maximum. Le certificat d’étude aurait-il été réservé à une petite élite ? Y a-t-il eu modification des méthodes d’enseignement ? Déclin des compétences des enseignants ?...

      Héros américain

      Ce blog me fait analyser des films. Un résultat : le héros américain.
      • L’homme idéal est un homme du peuple. La différence entre le riche et le pauvre est que le premier a réussi, le second pas encore. C’est probablement la marque d’une vraie démocratie : il n’y a rien de mieux qu’être un Américain.
      • En France, j’ai l’impression que la vie du peuple fait l’objet soit de films bienpensants et misérabilistes, soit d’une valorisation des défauts du Français, de type Astérix. Être pauvre demeure une tare ?
      Sous cet angle, je suis peut-être Américain. Serait-ce pour cela que j’apprécie Rohmer ou Welcome ? 

      New York Miami

      Film de Frank Capra, 1934.

      J’ai appris que c’était le premier exemple de « screwball comedy », et que Claudette Colbert était, comme son nom, d’origine française (je pensais qu’à l’époque il était à la mode de porter un nom français).

      Le ver de terre finit par épouser l’héritière. Mais au fond ils se ressemblent. Ce sont deux vrais Américains, pleins de ressource et d’énergie, à l’opposé du bellâtre chasseur de dotes. 

      mardi 4 mai 2010

      Entreprise durable

      Relecture de The Machine that Changed the World. Une remarque me frappe : les entreprises japonaises sont prises dans un écheveau de participations croisées. Si bien que, quand l’une va mal, elle est sûre qu’un de ses « actionnaires » saura l’aider à se redresser. Au contraire, quand une entreprise américaine connaît une mauvaise passe, son actionnariat fragmenté et financier ne peut rien faire pour elle.

      Je ne sais pas si le modèle japonais est aussi efficace que le pensaient les auteurs du livre, cependant, je me demande s’ils n’ont pas trouvé une explication au phénomène bien connu et surprenant pour un Européen, du peu de durabilité de l’entreprise américaine.

      L’explication habituelle est la « destruction créatrice » : les entreprises qui crèvent étaient les moins efficaces.

      Mon expérience me dit qu’à quelques dinosaures près, les entreprises qui crèvent ne le font pas parce que leur savoir-faire est obsolète, mais parce qu’elles n’ont pas trouvé le moyen de l’appliquer intelligemment (ou parce qu’elles ont fait une erreur de gestion). Quand elles disparaissent, ce savoir-faire, qui aurait pu être utile à l’humanité, est perdu.

      Compléments :

      Coévolution

      Comment avons-nous appris à manger ce que nous mangeons me demandé-je ? (Surtout ne pas manger ce qui est toxique.)

      Je me suis rappelé avoir entendu parler de coévolution : les plantes à pollen se sont développées en même temps que les insectes qui leur étaient nécessaires.

      Peut-être en est-il de même de nous ? Nous avons évolué avec ce qui nous sert de nourriture ?

      Peut-être ce type de lien existe-t-il aussi entre l’homme et sa culture ? Nous définissons ce qui nous paraît bien, et ce qui nous paraît bien contraint ensuite notre comportement et nous transforme physiquement ? Par exemple la fidélité qui est maintenant attendue du mâle s’accompagne d’une accentuation de son caractère féminin.

      Compléments :

      Chômage américain


      Causes structurelles : les compétences licenciées ne sont pas celles réclamées par les secteurs en hausse, en outre beaucoup d’Américains seraient incapables de se déplacer du fait des dettes qui pèsent sur leur habitation.

      Une raison qui est plus saine que celle que j’avais imaginée (une économie qui vit des subventions de l’État), mais qui a des implications tout aussi destructrices : existences définitivement fragilisées, et appauvrissement des talents nationaux. 

      Compléments : 
      • Cette expérience pourrait-elle inciter les Américains à demander un modèle social de type européen ? se demande l'article.

      lundi 3 mai 2010

      Construction navale

      • Le gros du marché est dominé par l’Orient. Mais il y aurait eu bulle. Donc chantiers durablement en difficulté.
      • L’Occident aurait adopté une stratégie de niche plus robuste aux crises.
      Y aurait-il quelque-chose à imiter ici ?

      Cellule de crise

      • Si le prêt que demande la Grèce est maintenant de 100md€, c’est qu’elle ne peut plus trouver d’argent sur les marchés financiers.
      • Il faut créer une cellule de crise pour traiter ce type d’événements et éviter que les hésitations européennes n’en fasse des désastres.
      Intéressante idée. Une cellule de crise ne demande par à l’Europe une transformation dont elle n’est pas capable.

      dimanche 2 mai 2010

      Génération perdue ?

      Les mésaventures de Fabrice Tourre me remettent en tête le souvenir suivant :

      Il y a quelques années j’ai travaillé avec des ingénieurs de la génération de Fabrice Tourre. Eux aussi étaient des financiers. Certains avaient même changé leurs plans de carrière pour cela. On leur avait dit que « c’était ce qu’il fallait faire ». Une mode, en somme.

      Un nombre considérable d’ingénieurs a dû faire comme eux. Quel a été le coût de ce détournement de talents ? 

      Faut-il y voir la cause du manque de compétitivité française, de son peu de créativité ? Ou les ingénieurs perdus ont-ils été remplacés par d’autres, sortis d’écoles moins prestigieuses, mais tout aussi utiles ?

      Goldman émissaire ?

      Les journalistes donnent du témoignage des dirigeants de Goldman Sachs l’image de gens surpris d’être victimes d’une sorte de procès en sorcellerie.

      J’ai tendance à penser comme eux. Il y a probablement disproportion entre ce qui leur est reproché et leurs éventuels torts, dont ils n’étaient d’ailleurs probablement pas conscients. Au fond, ils ressemblent aux gens que je côtoie tous les jours (JP Morgan a même cherché à me recruter, il y a fort longtemps !). Des gens respectables.

      Les banquiers de Goldman seraient-ils les Templiers modernes ? Leur succès les a conduits à s’approprier une part démesurée des richesses des nations. Celles-ci n’entendent pas se laisser faire et ont recours pour cela à une sorte de « licence politique », une certaine mauvaise foi. Ainsi, le possible écart de Goldman, subtilement mis en scène, permet à l’administration américaine de faciliter le passage de ses mesures de réglementation des banques, auxquelles le peuple semble favorable. La fin justifie les moyens ?

      C’est habile. Et c’est probablement le type de procédé que les banquiers appelaient « innovation » et pour concevoir lesquels ils recrutaient les meilleurs esprits. Quelques-uns de ces derniers leur auraient-ils échappé ?

      Compléments :