mardi 22 juin 2010

Bérézina footballistique

Hervé Kabla a bien joué, mais il a perdu. Il avait vu que le Mexique et l’Uruguay ne feraient pas match nul, ce qui laisserait la place à la France de se qualifier. Le début était juste, mais pas la fin.

En tout cas, le spectacle international qu’a donné l’équipe nationale est affligeant. Y a-t-il là quelque chose de la situation de notre pays ?

J’écoutais ce soir un morceau d’émission sur la défaite de 40 que la France de l’époque avait vue comme la sanction méritée des désordres de la troisième république (et même de la république tout court), et je me demandais si l’on n’était pas à nouveau aux prises de mêmes forces de dislocation… 

Néo Sarko

Je suis amené à me pencher sur la réforme des retraites, et à revoir mes positions sur le sujet :
  1. Augmenter l’âge de la retraite est injuste : les personnes qui ont commencé jeune doivent travailler plus, accentuation des privilèges des retraités actuels, à la solidarité desquels il n’est pas fait appel, par rapport aux (fort peu) actifs… Vers une guerre des générations ?
  2. Économiquement, ça paraît inefficace : cela ne peut qu’augmenter le coût du chômage, et déprimer un peu plus un marché intérieur dont dépend massivement l’entreprise. Il y a fort à parier que cette réforme ne fera qu’accentuer les problèmes du pays, qui ne vont qu’en s’amplifiant depuis 40 ans.
En tout cas cela serait conforme à l’hypothèse selon laquelle N.Sarkozy applique, volontairement ou non, un programme néo conservateur. Dont la logique est qu'être pauvre est une tare. Chaque occasion serait exploitée pour faire passer des mesures favorables aux riches, vus comme créateurs de richesse parasités par une racaille pauvre ? Programme diamétralement opposé à celui de M.Aubry, tout aussi idéologique ?

Mais alors pourquoi M.Sarkozy est-il aussi haï par la presse anglo-saxonne, qui le voit comme un pourfendeur du capitalisme ? Serait-ce une simple gesticulation dans notre direction pour masquer la réalité de ses manœuvres ?...

Efficacité allemande

Une partie des problèmes de la zone euro vient de l’efficacité allemande. Elle aurait deux causes :
  1. Une très nette baisse de salaires (20% par rapport à l’UE, entre 1994 et 2007).
  2. Des délocalisations vers l’est de l’Europe, qui auraient à la fois abaissé ses coûts, contribué au phénomène ci-dessus (concurrence avec la main d’œuvre allemande), mais aussi corrigé son déficit démographique. 

Deux mille

Ce blog a 2000 billets. Curieux. Lorsque j’ai franchi le centième billet j’étais tellement surpris que j’ai décidé de marquer toutes les centaines. Il était alors inconcevable que j’atteigne 2000.

L’intérêt du blog est de me forcer à réfléchir. Pour l’écrire, j’ai besoin d’être stimulé par la nouveauté. Et ce travail m’oblige à une réflexion qui procède par une sorte d’accumulation. D’une vitrine pour mes travaux sur le changement, ce blog s’est transformé en une enquête sur les changements que subit la société humaine depuis ses origines, et les lois qu’ils semblent suivre.

Le plus difficile est de faire entrer lecture et écriture dans ma vie. J’ai procédé selon les techniques que j’utilise pour l’entreprise : par le gain de productivité et le rite. J’écris de manière asynchrone : certains moments de la semaine sont réservés au blog. Les billets sont ensuite étalés sur les jours suivants. Il m’arrive aussi de réagir à l’actualité, n’ayant pas totalement réussi à me déconnecter d’Internet quand je travaille.

Parmi les changements dus à ce blog : je ne lis plus un livre ni ne regarde un film de la même façon que par le passé… 

lundi 21 juin 2010

Risque et alimentation

Les gens qui mangent mal ou fument beaucoup tendent à « percevoir récompenses et gratifications immédiates comme plus importantes que leurs coûts à venir ». (Are you what you eat?)

Une population désespérée ferait-elle une économie prospère ?

Culture et football

Henry Kissinger parlant du football allemand :
L’équipe nationale allemande joue de la façon dont son état major s’est préparée pour la guerre ; les matchs sont méticuleusement planifiés, chaque joueur est qualifié à la fois en attaque et en défense. Des combinaisons de passes complexes évoluent, partant juste en face de la cage du gardien de but allemand. Tout ce qui est possible par la prévoyance humaine, la préparation et le travail acharné est pris en compte.
La particularité de l’Allemagne est aussi de « vouloir gagner quelque en soit le prix », ce qui fait qu’elle peut marquer des buts quand tout semble perdu, au risque d’en encaisser.

Astaxanthine

Le saumon d’élevage n’est pas rose comme le saumon en liberté.

Alors, on lui fait ingérer un ingrédient artificiel, « tiré de dérivés pétroliers, au moyen d’un processus chimique complexe », qui fait croire au consommateur qu’il mange l’espèce d’origine.

Le consommateur est-il informé de ce tour de passe-passe ? Le manque de sens civique de l’entreprise est curieux.

(Information venant de WELLS, Spencer, Pandora’s seed, Random House, 2010.)

dimanche 20 juin 2010

Lobbying et démocratie

Le lobbying américain a quelque chose d’inquiétant.
  • La réforme du système financier inquiète la profession concernée. Elle aurait « dépensé 125m$ en lobbying ». Rien que les services financiers emploieraient plus de 3000 lobbyistes. Plus inquiétants : les 12 sénateurs qui doivent concevoir la loi définitive « ont reçu plus de 57m$ des secteurs en question pendant leur carrière ». Et un sénateur qui vient de proposer un assouplissement de la loi compte parmi ses plus gros donateurs KKR, un fonds d’investissement gigantesque. (Cheques and imbalances.)
  • L’entreprise américaine possède des techniques extrêmement efficaces pour faire douter le public des travaux scientifiques qui la desservent. Elles auraient été mises au point dans les années 50, à l’époque où les fabricants de cigarettes étaient menacés. « Les techniques utilisées incluaient différents types de désinformation combinés à une durable et honteuse habitude de coller aux arguments discrédités qui semblaient bien marcher ». (All guns blazing.)
Le plus étrange, peut-être, et que la démocratie américaine fonctionne en dépit de tout cela…

Obama le rouge (bis)

Un article confirme le malaise que suscite B.Obama chez beaucoup d’Américains :
La droite américaine n’a pas vu le vrai défaut de M.Obama. Il n’est pas un « socialiste », mais il ne comprend pas le monde des affaires. Même les directeurs généraux de gauche se plaignent qu’il n’exprime pas assez d’estime pour le capitalisme, et qu’il n’est pas sur la longueur d’onde de ceux qui le pratiquent. On fait entrer les patrons pour la photo, puis on les oublie. C’est une chose d’exiger des réparations de BP, c’en est une autre de le traiter comme un envahisseur étranger. Il a de l’intérêt pour l’économie et la technologie, mais pas pour la manière de gagner de l’argent.  
En fait, tout ceci me frappe comme étant un peu communiste. Le communisme c’est un capitalisme d’État. C’est un grand intérêt pour la science et la technologie, pour une production à outrance, mais une défiance envers l’enrichissement privé. C’est aussi très français : après guerre l’administration gérait l’économie et la petite entreprise était vue comme une sorte de « variable d’ajustement » un peu magouilleuse et pas très propre (cf. les travaux de M.Crozier sur la bureaucratie). B.Obama serait-il de l’espèce des planificateurs d’après-guerre ?

De la soumission de la femme

Le livre dont je parlais dernièrement dit ceci des sociétés à forte culture paternaliste :
La meilleure stratégie pour une femme qui veut soulager sa subordination à son mari, beau-père ou belle-mère est d’élever beaucoup de garçons et d’établir une relation forte de telle façon à ce que, lorsqu’ils amèneront leur épouse à la maison, elle puisse exercer son autorité sur ses belles-filles.
L’observation d’un de mes anciens collègues libanais m’a amené à cette même conclusion. Sa mère l’avait réduit en une sorte de dépendance totale, qui faisait qu’à 35 ans il se précipitait dans ses bras dès qu’il soupçonnait l’attaque du plus innocent microbe. À quoi s’ajoutait le mépris absolu de la femme, considérée comme un objet. Il me décrivait la France, avec ses femmes libérées mais en déficit d’affection, comme une gigantesque maison de passe, gratuite.

Ce qu’il y a de surprenant dans ce modèle, c’est comment il se perpétue : par la femme, qui fait de l’homme un pantin ridicule, arme de sa vengeance contre une société injuste. 

samedi 19 juin 2010

Histoire du mariage

COONTZ, Stephanie, Marriage, a History, Penguin books, 2005.

Chez les chasseurs cueilleurs, on ne stocke pas, on consomme ce que le groupe trouve au jour le jour. Le « mariage » sert à créer des alliances pour étendre le groupe. Puis l’homme se sédentarise, et accumule des biens, le mariage lui sert à augmenter sa richesse. La guerre et la charrue amènent la subordination de la femme. Dans les sociétés guerrières, elle est un outil d’alliance et de pacification ; dans les sociétés pacifiques et prospères, elle permet de construire des réseaux d’affaire et de lever des capitaux. À partir du 16ème siècle, le mariage passe du privé au public. La tradition du consentement, propre à l’Occident, installe la notion de choix individuel. Le mariage a aussi un rôle régulateur : grâce à ses règles, la population évolue en fonction des aléas économiques.

Les Lumières et l’avènement de l’économie de marché voient émerger l’emploi salarié et disparaître l’organisation monarchique de la société et de la famille. Mais l’égalité entre homme et femme est alors dans la différence. Ils sont supposés occuper deux sphères séparées : raison, économie d’un côté, sentiments et maison de l’autre. La cellule familiale d’unité de production devient foyer « d’âmes sœurs ». Puis c’est l’époque victorienne où le mariage est expérience centrale à la vie, et le début du vingtième siècle lors duquel les frustrations victoriennes font place à une invasion sexuelle que l’époque cherche à contenir dans le mariage. L’après guerre donne naissance à une vision idéalisée d’une famille où le père travaille et la mère est au foyer. Ce modèle est victime de l’inflation des années 70, qui rend obligatoire le second salaire, de l’électroménager qui réduit les tâches ménagères, du contrôle des naissances et d’une perte d’intérêt pour la légitimité, une des raisons d’être du mariage. De la conformité, le monde aspire à la satisfaction personnelle. Il devient un équilibre entre désirs de deux égaux que plus aucune règle sociale ne contraint. Notre société (notamment son organisation du travail) bâtie sur un schéma ancien est peu favorable à la nouvelle réalité. Ce qui fait du mariage un lien fragile, qui ne sourit qu’aux âmes déjà favorisées par le sort.

Commentaire :

L’histoire du mariage témoin de l’histoire de la société ? Elle est façonnée par des forces qui s’opposent et qui grandissent et disparaissent laissant la place à d’autres qui se développent à leur tour et transforment notre vie.

Quant à notre monde actuel il ressemble effectivement à celui que décrit Stephanie Coontz. Un monde d’individus, fragile, sans la certitude de la morale ancienne. Un monde qui ne sourit qu’à une élite privilégiée, et dans lequel le reste de la population souffre de ce que l’organisation sociale ne correspond pas à ce qu’on lui demande. Et c’est peut-être pour cela que des gens comme moi parlent désormais autant de changement : l’individu a besoin qu’on l’aide à faire évoluer un environnement inadapté. Comme celle de Freud, qui fut concomitante avec la révolution sexuelle du début du XXème, ma science serait-elle de mon temps ? 

vendredi 18 juin 2010

Foot, BP et Kerviel

La BBC ce matin déplorait que l’équipe de France de football ait été choisie à la place de celle d’Irlande : l’Irlande, elle, sait jouer au football.

Ce que nos joueurs savent faire, c’est gagner beaucoup d’argent. D’ailleurs, partout, gagner de l’argent est devenu une fin en soi. Et pour cela, le plus efficace n’est pas de bien faire son travail. Pour les financiers, le retour sur un investissement est fonction du risque. Pour s’enrichir il suffit donc de faire courir des risques à une entreprise. Bien sûr elle finira par le payer. Espérons que l’on ne sera pas là quand elle le fera. 

C’est peut-être cela l’enseignement des affaires Kerviel et BP, qui ne sont probablement que des cas extrêmes d’un comportement général.

Compléments :
  • Ce que je vois de l’affaire Kerviel me fait penser à l’affaire Madoff. Si Bernard Madoff a aussi bien réussi, c’est que ses investisseurs soupçonnaient qu’il était un escroc, mais pas le type d’escroquerie qu’il commettait. Jérôme Kerviel aussi semble avoir été entouré de l’estime de tous. On soupçonnait, semble-t-il, que ce qu’il faisait était louche, mais on n’en imaginait pas les conséquences.
  • D’ailleurs, les choses ne semblent pas parties pour changer : les grandes entreprises américaines nagent dans le cash. Plutôt que de l’investir dans leur activité, elles ont décidé d’acheter leurs actions, qui sont au plus haut. 

18 juin

La tradition gaullienne du programme unique de la radio d’État revient, après le mur de Berlin, c’est le tour du 18 juin.

J’entendais hier « l’appel » de De Gaulle. C’était bref, pas d’envolée littéraire ordinaire à de Gaulle. Pas grand-chose de plus qu’un appel. Mais osé, quand on y réfléchit bien. Un modeste général de brigade à titre provisoire qui demande à ses supérieurs de lui faire allégeance…

Les gens déterminés plient nos volontés aux leurs ? Une forme de conduite du changement ?

Obama le rouge

Par l'intimidation, B.Obama a contraint BP à constituer un fonds de 20md$. Pourquoi le peuple, qui l’accusait d’impuissance, ne le porte-t-il pas en triomphe ?

Parce qu’il a déjà imposé sa volonté à l’industrie automobile, qu’il a mise en faillite et dont il a liquidé quelques dirigeants, et au monde de la santé. Aux USA ceci s’appelle communisme.  

En réalité, Obama joue les équilibristes. Car son attaque contre BP est aussi dans la culture américaine, culture de karchérisation du mal, qu’il s’appelle Enron ou Arthur Andersen. Un sénateur américain, qui a voulu défendre BP, a dû être désavoué par son parti…

En tout cas ceci montre que B.Obama est un homme redoutable, et que peu d’organisations humaines peuvent lui résister. 

Dommages de BP

Discussion avec un expert qui m’explique que les dommages que va subir BP sont fonction de la quantité de pétrole déversé sur les plages américaines. Compte-tenu de ce que l’on en sait, il estime le coût de l’affaire à 20 ou 30md$.

Ce qui est très supérieur aux estimations initiales, supérieur à ce que contiendra le fonds de dédommagement qu’a prévu BP (20md$), et pas loin du montant maximum (40md$), que j’ai vu apparaître ici ou là. La baisse de cours de la société ne semble plus excessivement irrationnelle.

Par ailleurs, il confirme un changement des pratiques en matière de dommages écologiques : dorénavant, le pollueur paie d’abord, avant d’être engagé dans des procès. 

Éliminer la mafia

Certaines zones de Rio sous la coupe de bandes mafieuses sont en train de se transformer.

Raison ? Probablement moins la police que l’économie. « L’insécurité et la pauvreté ont marché main dans la main à Rio ».

Je continue à croire que la Mafia est un mode d’organisation d’une société relativement efficace, quand elle manque de tout. Il est certainement utile de la combattre, mais le combat est vain si on ne propose pas à la population d’améliorer son sort. 

jeudi 17 juin 2010

Priceminister et Rakuten

Priceminister est acheté par Rakuten, grande société japonaise.

J’apprends que Priceminister n’est pas ce que je croyais. Légères pertes, relativement petit chiffre d’affaires (40m€). Prix d’achat : 200m€.

Succès des, très jeunes, fondateurs de Priceminister, qui vendent très cher quelque chose qui n’est pas rentable, ou manque d’ambition française, qui ne cherche pas, comme l’aurait fait un Américain, la domination mondiale ?

Compléments :

Dépression française

Le Nouvel Économiste a un article sur la déprime française, qui semble mondialement unique et en plongée continue.

Edgar Schein dit que le rôle de la culture est de rendre l’homme heureux. (La culture est l’ensemble des règles qui guident notre comportement collectif.) Effectivement, l’idéal social que nous nous sommes formés ne correspond en rien à notre société, nos conditions de travail sont inadaptées à une vie familiale correcte… Nous ne rencontrons que des désagréments usants. Ce qui fait que nous avons beaucoup de mal à obtenir ce que nous désirons. C’est la définition même de la dépression.

J’ai fini par me demander si nous n’étions pas en train de remettre en cause le modèle bureaucratique français, qui semble aussi vieux que le pays. Un modèle qui veut que nous soyons tous des assistés. Vivrions-nous un bouleversement millénaire ?

Compléments :
  • SCHEIN, Edgar H., Organizational Culture and Leadership, Jossey-Bass, 2004.

Retour à la raison

Degré 0 du marketing, et de l’intelligence. Depuis des années je vitupère nos entreprises, qui semblent croire que plus un produit à de fonctionnalités meilleur il est. D’où complexité effroyable. Degré 0 de l’envie d’acheter.

Eh bien, il semblerait que le marché m’ait entendu et qu’Apple, mon champion, soit de plus en plus imité.  

Il est aussi possible que « l’innovation frugale » des industries émergentes fasse des émules. 

mercredi 16 juin 2010

Obama et la marée

La marée noire de BP met en difficulté B.Obama. Une fois de plus on lui reproche son manque de compassion, sa froideur. C’est un homme d’équations.

Et, en quelque sorte, il semble avoir cherché à résoudre la crise actuelle comme une équation, et à remplacer son manque de cœur par son art consommé du discours. Principe central : surprendre la nation par la force de la riposte. Ainsi qu’il semble l’avoir conseillé aux dirigeants européens lors de la crise grecque.

Il a pris un ton grave, a parlé de guerre, s’est adressé au peuple du lieu des décisions des moments historiques. Et, à nouveau, un retournement de situation : justification de ses projets de législation environnementale.

Cette affaire montre que la communication de crise n’est pas la seule technique adaptée à la crise. Il y a le bouc émissaire et l’autodafé. Infliger une peine exceptionnellement cruelle à BP peut calmer le peuple (cf. la mise en faillite d’Arthur Andersen lors du scandale d’Enron). En ce sens, l’idée d’un énorme fonds alimenté par BP et destiné à dédommager les victimes de la marée noire est efficace (et intelligent : lors des précédentes marées noires les dédommagements sont arrivés après des décennies). De même que d’accrocher ses dirigeants au pilori. 

Exemple Lean

Il y a quelques temps j’ai rendu visite à une entreprise que je n’avais pas vue depuis longtemps. Surprise, de canard boiteux dont on n’arrivait pas à se débarrasser, une de ses divisions est devenue un champion de rentabilité. Plus curieux : il semblerait que ce soit dû à une innocente idée sortie d’une mission ancienne. À la réflexion, je me demande si l’on n’a pas là une illustration du principe même de Lean production :

La mission consistait à améliorer la rentabilité d’un gros groupe industriel. J’avais proposé de mettre en place un processus de « target costing » (mesure de marge) en amont des appels d’offres. Et d’appliquer, à titre d’apprentissage, la méthode à un gros appel d’offres.

Lors de l’exercice, la première proposition de la division est refusée. Elle arrive alors avec une offre modifiée. L’innovation principale consiste à ne plus coller les deux éléments du produit avant de les découper, mais à les découper d’abord, puis à les coller. De ce fait les « pertes » sont récupérables. En fait, il n’y a plus de pertes. Le taux de rentabilité interne (TRI) du projet passe de 0 à 13%.

Pourquoi n’y avait-on pas pensé plus tôt ? demande le directeur financier du groupe. Jusqu'ici on se contentait de demander un devis à la direction technique de la division, et l’on bataillait avec le client à partir de ces chiffres. Cette fois-ci on a dit aux experts de la société que leur proposition n’était pas satisfaisante, on les a informés de ce que veut le marché.

Nos techniques de production occidentales considèrent l’homme comme un exécutant. Au contraire, pour le « Lean » il est responsable de l'amélioration continue des processus de production dans lesquels il travaille. Il le met en face des problèmes que l’organisation rencontre, et lui demande de les résoudre.

Mes techniques de conduite du changement, dont c’est le principe, font du « Lean » sans le savoir !

mardi 15 juin 2010

Spéculation contre l’Europe

Jean Quatremer exhume un curieux épisode de la spéculation contre les monnaies européennes : l’attaque de 92, 93.

L’événement ressemble étonnamment à ce que nous vivons, mais en infiniment plus féroce. La lire est dévaluée, l’Angleterre est humiliée, même l’Autriche et le Luxembourg sont contraints de décrocher leur monnaie du mark, et la France est à un cheveu de la Bérézina. Comme actuellement, elle accuse l’Allemagne d’intransigeance, et implore un peu de souplesse. Incompréhension et procès d’intentions sont partout entre les deux pays.

La stratégie des spéculateurs (emmenés par George Soros) est aussi digne d’intérêt. Ils semblent chercher la faille dans la solidarité humaine, à faire éclater les liens sociaux fragiles. Et en détruisant la société, ils récoltent beaucoup d’argent. Dans ce cas, l’instabilité vient de l’unification allemande qui coûte extrêmement cher au pays, pousse ses taux d’intérêt à la hausse, et détache le mark des autres monnaies. Le calcul des spéculateurs est que la défense de ces monnaies va étrangler les économies concernées. Les gouvernements devront céder et les dévaluer. Il y a chômage massif, mais le franc tient.

Épisode plein d’enseignements ? L’Europe a subi beaucoup de crises financières, et a survécu : les économistes anglo-saxons nous enterrent un peu vite ? Et si la crise actuelle était moins terrible que ce qu’elle aurait pu être ? « D’une certaine façon, éviter de telles crises est le meilleur argument qui soit, en faveur de l’union monétaire» dit Helmut Schlesinger, à l’époque président de la Bundesbank. Enfin, on retrouve ici le financier du Galbraith du crash de 29,  parasite de la société qui fait fortune en la détruisant ? Mais, si elle ne périt pas, elle se renforce. C’est probablement pour cela que les Anglo-saxons vénèrent les marchés… 

Bulle euro

Prise de conscience. Les marchés ne sont pas irrationnels maintenant, mais l’ont été hier. Ils ont fait un pari qui a mal tourné (pour nous ?). Exemple européen :
  • (les spéculateurs) ont acheté les obligations des gouvernements de la périphérie européenne dans l’espoir que leurs taux convergeraient vers ceux de l’Allemagne.
  • Résultat. Les pays concernés n’ont pas fait les réformes nécessaires, et aujourd’hui ils subissent une double peine.
Conclusion ? Il faut être raisonnable pour deux et refuser les cadeaux qu’offre le marché ?

Compléments :
  • Curieusement, Paul Krugman explique au gouvernement américain qu’il n’a aucune raison d’envisager un plan de rigueur puisqu’il peut emprunter bon marché… 

Innovation en Europe

L’industrie high tech commencerait à bien se porter en Europe.

Ce serait le fruit de la lente émergence d’un « écosystème » favorable : entrepreneurs, capital risque, avocats, agences de relation presse…

Mais il reste encore des étapes à franchir. Les entreprises clientes doivent être plus aventureuses dans leurs choix, faire plus confiance aux petites entreprises, et, surtout ?, ne pas vouloir tout réinventer ; le capital risque ne doit plus être dirigé par des banquiers, mais par des entrepreneurs ; l’entrepreneur doit acquérir la compétence, et l’envie, de bâtir des multinationales.

Ce que je vois en France serait-il donc aussi vrai pour l'Europe ?

Trahis par Galbraith ?

En écrivant billet après billet, j’ai la curieuse impression que Galbraith a tiré contre son camp.

Dans les années 50, il expliquait pourquoi les théories économiques, qui ne prévoient que la pénurie, le chômage et la crise, avaient été défaites par la réalité de la société d’abondance de l’époque. Et qu’il n’y avait que quelques théoriciens ridicules qui osaient encore les défendre. Il disait, par exemple, que c’était l’État qui régulait l’économie par son poids, et par ses dépenses d’armement, que nous acceptions de lui payer des taxes indirectes, mais pas des impôts, que l’entreprise s’était éloignée du risque en s’autofinançant… (L’ère de la planification.)

Or tout ceci a été retourné. L’opinion a été convaincue que l’État était sans utilité ; tout ce qui le légitimait a été attaqué (l’armée) sans être remplacé, les taxes indirectes ont été liquidées si bien que le contribuable ne voit plus que l’inacceptable : l’impôt ; et les entreprises se sont surendettées, pour pouvoir verser de gras dividendes à leurs actionnaires. Du coup, la réalité a justifié les prévisions de l’économie – « dismal science ».

Tout s’est passé comme si la vision que dessinait Galbraith avait été inacceptable à certains et qu’ils avaient utilisé son diagnostic pour la torpiller.

lundi 14 juin 2010

Séquençage du génome

Le projet de séquençage du génome humain a dix ans. C’est un échec thérapeutique mais un succès pour la science :
  • L'on aurait cru que les maladies avaient une cause génétique simple. Tous les cancéreux, par exemple, devaient avoir la même anomalie génétique. Or, il semblerait, au mieux, que « chaque maladie commune est causée par un grand nombre de variantes rares ». Bref, l’industrie pharmaceutique est bredouille.
  • Par contre, ce projet à but lucratif a fait faire des pas de géants à la compréhension du fonctionnement, et de l’histoire, de l’homme et du règne animal.

Compléments :

Juger un plan de rigueur

On parle de rigueur en France. Difficile de juger un tel plan, faute de comprendre ce qu’il compte faire pour en évaluer les conséquences. Quelques idées de bon sens :
  • « Les marchés » ont un pouvoir indéniable, même s’il semble irrationnel à certains économistes, il est donc intelligent de chercher à les rassurer (ce qui n’a rien d’une science exacte…).
  • Bien qu’il n'y ait rien de certain en économie, il est vraisemblable qu’une réduction de déficit trop brutale peut la stopper, donc réduire les recettes de l’État, augmenter les déficits… jusqu’à ce que mort s’ensuive. Donc, pas d’excès.
  • Sur le long terme, le problème de la France est son déficit structurel qu’elle n’arrive pas à résorber. Il serait bien que le gouvernement explique comment il compte venir à bout de ce qui semble un mal endémique.
  • La rigueur ne doit pas attaquer les investissements nécessaires à l’avenir du pays (par exemple détériorer le système d’éducation). Au contraire. Est-ce le cas ?
  • Le gouvernement peut se tromper, mais ce n’est pas la fin du monde. Notre sort est en grande partie entre nos mains. La société a une grande capacité d’adaptation. D’ailleurs elle est peut-être en train de se transformer. 

Sécession belge

Une grande majorité de la Flandre serait en faveur d’une dissolution du royaume.

The Economist y voit le sort de l’Europe. Même problème : « déficit démocratique ». Les Flamands ne peuvent que se lamenter des déficits wallons, mais n’ont aucun pouvoir sur eux, et les wallons ne peuvent rien faire contre les séparatistes flamands, parce que leur vote ne compte pas en Flandre. De même l’Allemagne ne peut imposer sa rigueur aux Grecs.

L’argument me semble fallacieux. Ce que l’on voit en Belgique ce sont deux communautés qui se replient sur elles-mêmes. C’était la situation de l’Europe avant la construction européenne : hostilité.

Si les peuples ne veulent pas s’unir, aucun mécanisme ne pourra les y contraindre. L’Europe est une volonté d’union. 

Angleterre et coupe du monde

La coupe du monde de football nous rappelle que le Royaume Uni est une sorte de fédération.

C’est l’Angleterre, un de ses membres, qui y sera représentée. Ses supporters agiteront la « croix de Saint George » et non l’Union Jack, que l’on aurait attendu, nous Français incultes.

Compléments :
  • En quoi l’équipe d’Angleterre représente l’esprit du pays : This England.

Énigme turque

J’entends des bruits discordants. Pour certains la Turquie, repoussée par l’Europe, se jihadiserait, pour d’autres elle chercherait à retrouver sa gloire ottomane.

Il se pourrait qu’il n’en soit rien ; que la Turquie désire toujours rejoindre l’Europe ; qu’elle devienne plus démocratique à mesure que les réformes inspirée par l’Europe s’installent ; qu’elle ait une politique de bon voisinage très favorable à son économie (croissance de 7% l’an) ; qu’elle doive ménager l’Iran, du pétrole duquel elle dépend ; que les coûts d’une brouille avec Israël soient trop élevés pour qu’elle laisse une dispute avec ce pays s’envenimer ; que son influence nouvelle sur le monde arabe soit donc une bonne chose pour l’Occident… Mais un accident peut toujours arriver. 

Développement durable

Je me penche actuellement sur la question du développement durable et j’en reviens à des idées que j’ai eues il y a 7 ans :

Edgar Schein, « l’inventeur » du terme « culture d’entreprise », dit que le comportement des membres de l’organisation est guidé par ce qu’ils ont pensé être les raisons du succès de son fondateur. Je constate régulièrement que les entreprises sont construites sur des valeurs présentes dans l’inconscient collectif, qui sont liées au succès de l’entreprise, et qui suscitent un renouveau de motivation lorsqu’on les révèle.

Qu’est-ce qui menace ces valeurs ? Ce sont les aléas de l’histoire de l’entreprise, les « changements » qu’elle traverse. Alors, elle se trouve en face de situation nouvelles, et elle peut ne pas savoir y répondre en demeurant fidèle à ses valeurs. Elle triche. C’est que Robert Merton appelle « innovation ».

Autrement dit, il me semble qu’une entreprise est durable si elle sait respecter ses valeurs fondatrices. Autrement dit, « changer pour ne pas changer » :
  • Je soupçonne que les difficultés qu’ont connues récemment France Télécom, BP et la Société Générale viennent de là : ces sociétés n’ont pas su comprendre comment leurs valeurs fondatrices leur permettaient de prospérer.
  • Exception : je crois que les entreprises américaines ne sont pas durables, parce qu’elles ne sont pas faites pour l’être. La plupart d’entre-elles ne servent qu’à enrichir, le plus vite possible, leurs fondateurs et leurs investisseurs.

Compléments :
  • SCHEIN, Edgar H., Organizational Culture and Leadership, Jossey-Bass, 2004.
  • MERTON, Robert K., On Social Structure and Science, The university of Chicago press, 1996.

dimanche 13 juin 2010

La presse ressuscitée ?

La presse étrangère semblerait renaître. Elle aurait sévèrement réduit ses coûts. Surtout elle se serait concentrée sur le type d’information qu’elle est la seule à fournir, laissant le reste à Internet ou à des fournisseurs de gros (les agences de presse).

L’incapacité du Monde à faire cet exercice pourrait expliquer ses interminables difficultés. 

Obama président !

Que penser de l’action de B.Obama ? On ne pourra en juger les conséquences que dans bien des années. Mais on craint le pire. En conséquence, il est peu populaire. Ce qui devrait coûter à son parti les prochaines élections.

Par contre, il a de bonnes chances d’être réélu : les revendications extrêmes du Tea Party, notamment, devraient pousser les Républicains à lui opposer des candidats radicaux (Sarah Palin), que n’aiment pas une majorité d’électeurs.

Décidément, le comportement de la société est imprévisible !

Réductions de déficit : effets d’annonce

On s’inquiète de l’impact de la réduction des déficits publics européens sur les affaires du monde, mais il semblerait que ce ne soit qu’une annonce devant calmer les marchés financiers, y compris en Allemagne.

Mais ce qui effraie les marchés est que personne ne sait ce qui fait fonctionner l’économie. Les marchés sautent d’une certitude à une autre, au gré de leur fantaisie. Les économistes, et les gouvernants, n’ont aucun moyen de connaître les conséquences des idées simplistes qu’ils nous assènent. Leur foi est aveugle.

Je me demande s’il ne serait pas souhaitable que les États se comportent comme les entreprises : qu’ils cherchent une configuration qui leur plaît et qu’ils se donnent les moyens de contrôler la transformation du pays dans la direction désirée. L’économie doit devenir une science du contrôle ? Ainsi elle fera survenir ses prévisions ?

samedi 12 juin 2010

Iran et la bombe ?


Augmenter, énormément, le coût de la mise au point d’une bombe atomique. 

La crise comme folie

Une étude sur les causes de la crise financière montre que les autorités de régulation américaines ont vu les dangers auxquels s’exposait l’économie, pouvaient empêcher la catastrophe, et ont choisi de ne rien faire, et même de démanteler leurs moyens d’intervention.

Qu’est-ce qui peut expliquer cette défaite de la raison ? Illusion collective selon laquelle les marchés s’autoréguleraient ? La rationalité de l’homme se débranche-t-elle lorsqu’il croit que ses rêves les plus fous sont réalisés ? Sommes-nous tous des illuminés suicidaires en puissance ?

Compléments :
  • Je repense à un ancien billet, et je m’interroge : et si la marée noire de BP venait d’une absence délibérée de contrôle par les instances concernées ? Et si la folie ci-dessus avait atteint l’ensemble de l’économie ?

Un condamné à mort s’est échappé

Film de Robert Bresson, 1956.

Ce qui est étonnant n’est pas tant que le condamné à mort parvienne à s’échapper, mais qu’il le fasse avec si peu de moyens. Mais c’est un officier. Et l’officier de l’époque avait l’évasion dans le sang. C’est probablement cette préparation psychologique qui lui permet de saisir les infimes chances qui se présentent à lui.

Les personnages de Bresson semblent à la fois fragiles et poussés par une force qui les dépasse, et que rien ne peut décourager. On parle de « dépouillement » pour ses films, mais je me demande si ce ne sont pas ses personnages qui sont dépouillés. Ils ne sont plus que ce qu’ils croient. 

vendredi 11 juin 2010

Affaire Kerviel

À ses débuts je soupçonnais l’affaire Kerviel de n’être que le simple effet d’une culture fautive (je faisais alors un parallèle avec celle de BP…).

Pour le moment, ce que dit le procès ne semble pas vraiment contredire mon a priori. Un trader en litige avec la SG dit que les résultats de J.Kerviel ne correspondaient pas à ce qu’aurait dû dégager son activité, et que le comportement de la société était marqué par « une prise de risque grandissante au fil des années ».

Et, en ce qui concerne plus précisément la culture de la société, une note interne précise : « consigne générale : ne pas reconnaître une quelconque déficience interne, même sous vive pression, en les (?) noyant dans les éléments positifs et en utilisant la complexité technique ». 

BP à nouveau

BP cause d'une guerre entre Américains et Anglais ?

En tout cas, on apprend que la société, distribue beaucoup de dividendes, qu’elle investit moins que ses concurrents (70% des investissements de Shell), qu’elle a une histoire récente peu reluisante, qu’elle risque de perdre 40md$ du fait de la marée noire dont elle est la cause, et que la sécurité des forages de grande profondeur n’est pas maîtrisée par les pétroliers, ce qui ne semble avoir suscité aucune inquiétude, nulle part…

Manque de culture américain

Curieusement Paul Krugman compare le projet européen à la fondation des États-Unis d’Amérique et l’Euro à la guerre de sécession (le premier un échec, la seconde une réussite).

Effrayant manque de culture ? L’Europe est faite de nations aux histoires séparées et dont les composants ont connu des guerres incessantes depuis plus d’un millénaire, les USA ont été immédiatement une nation.

Et qu’ils aient subir une guerre intestine d'une férocité sans précédent n’est pas à leur gloire.

Quant à l’euro, c’est une construction qui a l’avenir devant elle. 

Construction de l’Afghanistan ?

Contrairement à ce que je croyais, l’ISAF tenterait de construire un Afghanistan qui fonctionne. En remplaçant les gouvernements Talibans, construisant des routes et des écoles, et en assurant la sécurité.

Mais l’Afghan ne s’exprime pas. Et ce qui est allié à l’ISAF (la famille Karzaï) est peu reluisant. Peut-on conduire un tel changement en étant aussi peu familier de la culture locale ? En ayant aussi peu de prise sur elle ?

jeudi 10 juin 2010

Adolescent et mobile

Les adolescents américains semblent vissés à leur téléphone mobile : 1/3 envoie plus de 100 SMS par jour, et c’est le moyen le plus utilisé pour entrer en contact avec quelqu’un. 1/3 de ceux qui ont à la fois une voiture et un mobile ont envoyé au moins un SMS en conduisant… 

Turquie et Europe

Le ministre de la défense américain et une partie de l’élite locale semblent penser que l’Europe est la cause des récents malheurs israéliens. En n’admettant pas la Turquie en son sein, l’UE a poussé la Turquie au radicalisme, d’où flottille de la paix, qui a contraint Israël à faire usage de la force…

Comportements anglais et français

Un parasite passe du chat à la souris. La souris l’attrape en consommant les déjections du chat. Le parasite brouille son comportement, l’amenant à rechercher les chats…

L’homme est aussi affecté par ce parasite. Ici aussi altération du comportement : névrose, baisse de la rapidité des réflexes, peu d’intérêt pour la nouveauté, schizophrénie.

La France serait infectée à 45%, l’Angleterre à 6,6%...

mercredi 9 juin 2010

Budget de la défense

Parmi les divergences du moment voilà les budgets militaires. Les USA augmentent le leur, pour des raisons de relance. Les Européens le réduisent, pour des raisons de dettes (dont le niveau est inférieur à celui des USA).

Certes dépenser de l’argent en armées semble un gaspillage. Mais le monde est-il réellement sûr ? D’ailleurs l’économie obéit-elle à ce type de logique ? Quel est l’impact de l’industrie de l’armement sur l’économie ? Ne disait-on pas que c’était son moteur ?

La manière dont le changement est mené est curieuse :
Le risque est donc de disposer d’armes nouvelles et sophistiquées sans avoir les moyens de les gérer, comme c’est déjà le cas en Italie, où l’argent manque pour réparer les équipements endommagés en Afghanistan, mais aussi pour acheter le carburant des avions et des navires.
N'est-ce pas le procédé qu’utilise l’entrepreneur peu scrupuleux avant de vendre une entreprise : liquidation des investissements à long terme pour améliorer sa rentabilité apparente ? Nos gouvernants céderaient-ils à la panique ?

Compléments :
  • Souvenir d’une histoire que l’on se racontait dans la cours de l'école. Un petit Corse échange son revolver contre une montre. Son père : quand on te traitera d’imbécile, tu donneras l’heure ? L’État serait-il en passe de disparaître, nous laissant entre les mains du marché ?

Folie européenne ?

Nous vivons des temps incertains. Le monde financier se demande quel mal est le plus terrible : des déficits élevés, ou leur réduction massive, qui conduirait à une nouvelle crise ?
  • Les organismes de notation ont choisi leur camp : dette = danger.
  • Paul Krugman est inquiet de notre irrationalité. Selon lui un plan de rigueur européen devrait conduire à une baisse de l’euro, qui va, à son tour, affaiblir les autres économies.
Et si le monde était fait de multiples forces, qui n’apparaissent pas toutes dans les modèles des économiste ? Et si elles avaient une logique qui défie leur logique ?

Aviation et Golf

Les pays du Golf (Abou Dhabi, Doha et Dubaï) se spécialisent dans le transport aérien long courrier. Leur position semble un « hub » mondial idéal, et leurs déserts sans voisins se prêtent aux mégas aéroports. Tout ceci combiné à l’invention d’une aviation à longue distance et de gros transporteurs (Émirats a commandé 50 A380), à l’attaque des aéroports régionaux négligés par leurs concurrents et au développement des marchés asiatiques et africains semble leur garantir un avenir glorieux.(Super-duper-connectors from the Gulf, Rulers of the new silk road.)

Les compagnies aériennes traditionnelles, déjà peu rentables, et attaquées par les compagnies « low cost », devraient souffrir.

Question : n’y a-t-il pas de moyens de se différencier dans ce marché ?

mardi 8 juin 2010

Gouvernance européenne ?

On parle de gouvernance européenne, mais quelque chose avance-t-il dans ce domaine ?
  • Il y a un fonds de solidarité, qui promet des prêts peu coûteux aux États de l’UE en difficulté financière.
  • La zone euro devrait débattre des budgets respectifs de chaque pays avant leur adoption par les parlements nationaux. La mesure aurait pu être étendue à la totalité de l’UE, mais les Anglais n’en veulent pas.
  • La France parlerait d’un « comité de pilotage ». De quoi s’agit-il ?
Et, biais de notre information ?, Angela Merkel obéirait plus aux aléas qu’elle ne commanderait aux éléments, ce qui n’est pas propice à un débat efficace.

Compléments :
  • Panorama de ce qui semble être tenté pour régir la zone euro, l’aspect confus de l’ensemble et la perte de crédibilité de Mme Merkel, l’indignation des Anglais à l’idée de perdre leur souveraineté. 

Angleterre et Europe

No laughing matter : la France serait-elle en train de manœuvrer pour créer une double Europe ? Fédéraliste et fiscalement coordonnée au centre, et isolée, mais dépendante et sans pouvoirs à la périphérie ?

L’Angleterre, pas très habile au jeu politique européen, aurait-elle commis l’erreur de croire que la crise de l’euro ne la concernait pas, qu’elle sonnait le glas du fédéralisme, et qu’elle pouvait s’abstraire de l’Europe ?

lundi 7 juin 2010

Emploi des séniors

Le terme sénior a pris une connotation désagréable depuis quelques temps. Ce sont les vieux de plus de 50 ans (ou moins ?) qui pèsent sur l’économie. En France, le taux d’emploi des 50 – 64 ans serait particulièrement faible (53,2% en 2008), ce qui s’accommode mal de la réforme des retraites : allonger la durée de cotisation de personnes au chômage ne peut que garantir l’émergence d’une masse de retraités pauvres.

Le gouvernement fait le diagnostic que la cause de faible emploi est le coût. Il propose d’éliminer les charges sur les salaires des séniors. Parallèlement, il va encourager le tutorat, transfert des connaissances des vieux vers les jeunes. Logique ?
  • L’élimination des charges sociales est une attaque au principe même de notre système « bismarckien ». Une attaque contre un principe aussi fondamental demande un minimum de débat démocratique. Ce n’est pas à l’exécutif de prendre l’initiative de détruire ce qui fonde une démocratie.
  • Tous nos patrons et gouvernants sont des ultra-séniors qui ne se considèrent pas comme des déchets bons pour la poubelle. (Pour preuve : ils n’arrêtent pas d’augmenter le coût qu’ils représentent.) Pourquoi ? Parce qu’ils jugent qu’ils ont appris de leur carrière. La solution est là : si l’entreprise sait utiliser la capacité d’apprentissage humaine, elle tirera bien plus des « séniors » qu’ils ne lui coûtent. Ce qui est en cause aujourd’hui, c’est le processus de déqualification dans lequel elle s’est engagée.

Compléments :
  • Le gouvernement a-t-il intérêt à débattre des principes de notre système d’assurance sociale ? Probablement pas : il montrerait que nos gouvernants sont bien mal placés pour nous critiquer, ils ont été incapables de défendre le système auquel nous tenons. Sont-ils trop âgés pour être compétents ?
  • Je soupçonne que le mal de la nation tient à des croyances nocives et contre nature, qui ont perverti notre pensée.

Curieux Japon

Le Japon a perdu un nouveau premier ministre. Et la situation ne semble pas se clarifier. Le monde politique japonais a l’air peu propice à l’émergence de fortes personnalités, ou même d’une pensée originale. (Leaderless Japan.)

Faisons-nous l’erreur d’attendre du Japon qu’il se comporte comme une nation occidentale ? En tout cas, il ne semble toujours pas prêt à sortir de son mouvement de contraction… 

Banques européennes

Bizarre, on parle peu des banques européennes, et pourtant elles semblent dans un état aussi (plus ?) précaire que celui des banques américaines :
Elles peuvent facilement emprunter à la BCE et investir cet argent dans des obligations d’état à taux plus élevé
Les banques ont aussi réduit la maturité de leurs propres emprunts, plutôt que de payer des taux plus élevés pour des fonds à long terme plus sûrs. Quand toutes les banques prennent la même décision, c’est une forme de folie collective, parce que cela rend le système vulnérable à une défaillance du marché. 

dimanche 6 juin 2010

Fortune bancaire ?

Pourquoi la rentabilité des banques a-t-elle brutalement cru ces dernières décennies ? Situation de monopole :
  • Elles sont implicitement soutenues par l’Etat, ce qui réduirait massivement le coût de leur financement (une subvention supérieure à leurs bénéfices, en Angleterre…).
  • L’adoption de taux de changes flottants a conduit à la création d’une industrie du produit dérivé, produit d’une telle complexité qu’il est difficile d’en juger le prix.
  • Le plus curieux peut-être est que les grands fonds (notamment de pension) possèdent le marché, et que leurs achats / ventes incessants (qui cherchent à augmenter la valeur de leur portefeuille) ne servent à rien, sinon à enrichir les intermédiaires.

iPad

J’ai eu en main il y a quelques temps un iPad. J’ai été un peu déçu. En tout cas, il semble bien se vendre. Usages possibles ? vidéo interactive et magazines (ce que j’envisageais, effectivement).

Il a suscité une foule de produits concurrents. 0 innovation chez eux, me semble-t-il. L’objectif des concurrents d’Apple serait simplement d’être présents sur le marché. (Not written in stone.) C’est ce que j’appelle dans mes cours la « stratégie de l’option ».

C’est triste. J’ai l’impression que l’entreprise, à l’exception d’Apple, ne cherche plus à inventer ce que nous aurions envie d’acheter. Elle ne parle plus que de prix et de coûts. A la réflexion, et contrairement à ce que j’ai dit dans un précédent billet, il y a peut-être là une des raisons de la crise actuelle. La demande n’est tirée par rien.

Moyen orient compliqué

Le blocus de Gaza aurait donné un résultat inattendu. Sa population se serait installée dans une mentalité de siège. Le territoire serait stable, bien géré, bien organisé, ne manquerait de rien, grâce à ses tunnels. Il serait dirigé d’une main de fer par le Hamas, qui créerait un peuple « à son image ».

La férocité de la répression israélienne aurait fait cesser les tirs de rockets (encouragement à user de la force ?). Et Israël serait satisfait d’avoir une Palestine divisée. (Israel's siege mentality, How Israel plays into Hamas's hands.)

En dépit des crises récurrentes, la situation serait-elle relativement stable ? La crise serait-elle un élément de l’équilibre ?

samedi 5 juin 2010

Démographie russe

Les années 90 ont dû être terribles en Russie : le taux de natalité y est tombé à 1,2. (Le taux de mortalité, lui, augmentant nettement.)

La situation s’améliorerait timidement. La cause en serait un programme d'encouragement à la natalité, et peut-être surtout l’amélioration de la stabilité du pays. D’ailleurs ce serait, contrairement à ailleurs, les diplômés qui auraient le plus d’enfants, justement parce que leur situation est plus solide que celle des autres catégories de la population.

Artiste et entreprise

Curieusement, je rencontre beaucoup d’artistes ces temps derniers. Ils utilisent l’art pour illustrer les mécanismes du changement. Pourquoi pas ?

Cet échantillon peu significatif me fait me poser quelques questions. L’artiste comprendrait-il qu’il doit sortir de son existence d’intermittent ? Que s’il veut gagner sa vie, il doit se rapprocher de l’entreprise ? Effet de la défaillance de l’État providence, une fois de plus ?

Intéressant changement aussi, qui ressemble à ceux dont parle ce blog. Il s’agit pour ces artistes de continuer à faire ce qu’ils aiment, dans un environnement qui n'est pas prévu à cet effet. Changer pour ne pas changer. 

vendredi 4 juin 2010

Israël : drame du désespoir ?

Israël pris au piège d’un cercle vicieux ?
(Les dirigeants israéliens) se comportent comme s’ils pensaient (…) que le monde dans son intégralité hait les Juifs et qu’il n’y a rien à y faire.
Compléments :

Électronique chinoise

Taiwan domine le marché de l’électronique mondiale (« plus de 50% des puces électroniques, près de 70% des écrans d’ordinateurs, plus de 90% des ordinateurs portables »). Son tissu économique (« un réseau de centaines d’entreprises spécialisées ») et la qualification de sa main d’œuvre sont exceptionnels. Ils sont les fruits d’une politique à long terme de l’État. Pourtant, ceci est peu rentable, car l’industrie taiwanaise est écrasée par ses clients occidentaux et japonais.

Ce qui la pousse dans les bras de la Chine continentale.

Je me demande si l’Occident fera toujours d’aussi bonnes affaires le jour ou l’électronique mondiale sera entre les mains de la Chine. 

jeudi 3 juin 2010

Moody’s et Warren Buffett

J’entendais ce matin Warren Buffett, qui possède un gros morceau de Moody’s, dire que les agences de notation se sont trompées comme tout le monde.

Mais à quoi servent-elles si elles ne font pas mieux que nous ?

Il y a quelques années, M.Buffett et ses collègues rêvaient d’un monde merveilleux où notre vie serait entre les mains de l’entreprise, qui tiendrait infiniment mieux que lui le rôle de l’État. Illusion en faillite ?

Prudential et AIG

Depuis quelques temps l’assureur Prudential veut acheter la partie asiatique d’AIG. Après plusieurs rebondissements, échec : les actionnaires de Prudential ont trouvé le prix d’achat trop élevé. Résultat : Prudential doit payer 660m$ pour différents frais liés à cette tentative avortée.

660 million reasons to be angry décompose cette somme et découvre qu’une grosse partie ira aux intermédiaires financiers. Il y aurait collusion entre dirigeants et financiers :
Le secteur financier « trait » l’entreprise, et les patrons ont peu de raisons de l’arrêter.
Ce qui rejoint une idée qui m’est venue ce matin, en écrivant sur le changement. Quand on conduit un changement on découvre que l’entreprise manque cruellement de compétences. D’une certaine façon elle semble optimisée pour faire toujours la même chose. Pour prendre ses virages, elle a maintenant l’habitude d'utiliser de très grosses équipes de consultants extrêmement chers, et terriblement peu efficaces (voire totalement inefficaces). De ce fait les cabinets de conseil internationaux sont devenus monstrueux.

L’économie aurait-elle été mise en coupe-réglée par l’élite universitaire, qu’elle dirige l’entreprise ou les cabinets de conseil en management, ou encore le secteur financier ? L’entreprise sortant de ce traitement réduite au minimum, sans plus de savoir-faire, transformée en une machine à exploiter une position dominante (et donc à nous essorer) ?

Compléments :

Relance keynésienne

Pourquoi notre relance ne fonctionne pas, alors qu’elle a réussi sous Roosevelt ? se demande The Economist.
Peut-être parce que la guerre imminente atténuait la peur des déficits, et qu’après les privations de la guerre, étaient ivres de consommation et surtout avaient des produits séduisants à acheter. Aujourd’hui, il n’y a plus rien de tentant. Ou ce qui l’est est du ressort de l’investissement d’État (santé, transport…), pour lequel plus personne ne veut payer.

Galbraith s’étonnait que la consommation soit la seule chose qui échappe à la loi des rendements décroissants. Et s’il avait vu juste ?

Et s'il fallait le moteur de l’État à l’économie ? Ce que disait aussi Galbraith, qui croyait que ce qui faisait la stabilité des 30 glorieuses était les dépenses militaires (il aurait préféré, d’ailleurs, qu’elles soient remplacées par un investissement moins dangereux, comme la recherche spatiale).

Compléments :

Omega 3

Fish and no chips : je viens de comprendre ce qu’était l’Omega 3 :

Il transforme la lumière en électricité, et serait à l’origine d’une « forme grossière de vision ». Sa présence aurait un impact fort sur l’intelligence, la tendance à « la dépression, au suicide et au meurtre ».

Les huiles de cuisine contiennent de l’Omega 6 qui « déplace » l’Omega 3. L’Omega-6 stimule l’appétit, et « comme (…) la nourriture riche en Omega 6 est moins chère que celle riche en Omega 3, c’est elle (que les hommes) sont susceptibles de consommer ». Donc, en plus d’un QI réduit, de la dépression, du suicide et du meurtre, il y a obésité. 

Mais l’Omega 6 est bon pour les affaires, c'est certainement pour cela que la main invisible du marché en fait un tel usage. 

mercredi 2 juin 2010

Valeur de BP

La valorisation boursière de BP aurait baissé de 1/3 ce qui correspond à beaucoup plus que l’évaluation pessimiste des pertes que la société devra essuyer.

Le marché penserait-il que l’entreprise va subir d’autres dommages que les réparations des effets de la marée noire ? Ou l’investisseur vend-il parce que ses collègues vendent ?

Compléments :

Salaire du haut fonctionnaire

Les Anglais viennent de découvrir que plus d’une centaine de hauts fonctionnaires étaient mieux payés que leur premier ministre (le plus haut salaire serait de 280.000£, 400.000 l’année dernière).

La justification de ces paies serait, comme ailleurs, le « talent ». Ce qui est nouveau est que l’on s’en préoccupe, alors que la pratique date d’une quinzaine d’années. On lui reprocherait de ne pas correspondre aux restrictions budgétaires du moment. Mais n’est-ce pas justement quand tout va mal que le dirigeant doit être récompensé pour ses efforts ?

Nos critères de jugement sont-ils en train d’évoluer ? Va-t-on finir par penser que le salaire ne fait pas le talent ? 

iCar

Audi aurait en projet une voiture que l’on pourrait concevoir à son goût en téléchargeant des applications informatiques. Un type d’iPod.

Curieux qu’Apple n’y ait pas pensé le premier.

Retraite et changement

Comme tout Français, je pense que la réforme est fatale et que le gouvernement la mènera comme il le fait en de telles circonstances : en rallongeant le temps de travail. Mon fatalisme est coupable.

Le problème de fond n’est pas une question d’argent, mais notre attitude à l’âge et à notre avenir. L’Europe se croit vieille, et se pense finie. Or, ceci ne repose sur aucune raison physique, comme le répète ce blog quasiment depuis sa création.

On a jeté les gens à la rue (droite), on les a mis à la retraite anticipée (gauche), de plus en plus tôt. L’idée que seul le jeune est efficace s’est installée. Comme si, comme au 19ème siècle, il ne s’agissait que de force de travail, et que nous étions des prolétaires sans instruction. Et l’on découvre, effectivement, que les entreprises sont devenues tayloriennes ! Qu’elles ont « déqualifié » leurs personnels. Or, ceux qui ont mené cette politique sont des gérontocrates si l’on s’en tient aux critères qu’ils nous fixent ! Nouveau parallèle avec le 19ème siècle : la classe dirigeante jugeait que la classe ouvrière n’était pas de même nature qu’elle. Le monde devait sa richesse à l’élite. Le peuple, c’était la racaille.

Ce qui explique les déclarations de gauche et de droite. Si le travail est taylorien, le patron doit contraindre l’employé au travail, et le socialisme doit défendre l’exploité. Le progrès social c’est l’abolition du travail.

Les mêmes causes produisent les mêmes effets : la pensée individualiste du 19ème siècle anglais nous a contaminés et elle a eu les mêmes conséquences qu’alors, et elle a été accompagnée de la même idéologie – « l’économie néo-classique ».

Si l’on veut faire de l’Europe un champion, il faut changer d’état d’esprit. Non, il n’y a pas une élite et une masse de prolo à la tête vide. Il y a des gens remarquables qui deviennent de plus en plus efficaces avec l’expérience. Et notre tissu économique a accumulé un « capital social » sans équivalent ailleurs dans le monde.

En passant, on aura résolu la question de la retraite : quand on se plait à travailler on ne veut pas s’arrêter, et on crée des choses que le monde trouve utile, le pays s’enrichit donc, et les caisses de l’État se remplissent.

Compléments :
  • Exemple de néo taylorisme : Taylorisme chez FT
  • Sur le 19ème siècle anglais : THOMPSON, E.P., The Making of the English Working Class, Vintage Books USA, 1966.
  • Au passage, on notera un enseignement de conduite du changement. Le changement se fait en jouant sur les règles de la culture (non sur des curseurs physiques, comme l’âge de la retraite), par une réinterprétation, mais non en les niant. SCHEIN, Edgar H., The Corporate Culture Survival Guide, Jossey-Bass, 1999.

mardi 1 juin 2010

Decommedia

« Le théâtre pour sensibiliser à l’accueil, l’intégration et le management des personnes en situation de handicap » : présentation de Decommedia à laquelle j’étais convié ce matin. Beaucoup de monde. L'entreprise s'intéresserait-elle au théâtre ?

J’en retiens que handicap a eu d’abord le sens d’un échange entre biens de différentes valeurs (le procédé s'appelait hand in cap), puis l’acception sportive : une difficulté imposée au meilleur. Le handicapé nous serait supérieur ? Probablement : pour compenser un handicap, il faut développer ses capacités au-delà de la normale.

Je retiens surtout que nous ne connaissons rien au handicap (il va bien au delà de ce que je pensais) et à la législation qui l’accompagne. Les gouvernements votent des lois et semblent s’attendre à ce qu’elles soient mises en œuvre par miracle. Idem pour les dirigeants qui recrutent des handicapés sans se préoccuper de leur accueil dans l’entreprise, et de préparer leurs personnels. Éternelle et déprimante question de notre incapacité génétique à la mise en œuvre du changement.

En fait, Decommedia, c’est le changement par le théâtre. Et ce changement se fait en utilisant la technique que j’ai appelée « ordinateur social » dans mon dernier livre. La pièce de théâtre provoque l’identification, met au jour un problème qu’on ne voulait pas voir, parce qu’on ne savait pas le résoudre (le handicap n’est qu’une des questions que traite Decommedia). C’est alors à la salle, aux membres de l’entreprise, de lui trouver une solution. Solution fatalement unique, puisque la culture de l’entreprise est unique. Pour animer ce changement, un expert – donneur d’aide - est là. Il apporte une information (sur la réglementation, sur ce qu’est le handicap…) et il anime le processus de résolution collective en lui apportant la ligne directrice d’une méthodologie.

Paix en Israël

L’attaque par l’armée israélienne de la flottille d’aide à Gaza est difficile à comprendre. J’avais entendu parler de l’opération quelques temps avant et il semblait évident que la flottille serait bloquée, mais pas attaquée, de peur de la mauvaise publicité que subirait Israël.

Une revue de presse ne m’éclaire pas beaucoup plus. Il semblerait qu’Israël ait pensé que ne pas réagir aurait été une preuve de faiblesse.

Ce qui me ramènerait à une ancienne théorie (le « mur de fer ») : une des valeurs fondatrices de l’État israélien serait que sa force est son assurance sur la vie… 

USA : nouvelle relance

L’économie américaine est en bien plus mauvais état que celle de la zone euro, avec un déficit structurel estimé à 6% (contre 4 pour la zone euro). Surtout, sa politique de relance par l’exportation a été victime de la baisse de l’euro.

Résultat : nouvelle relance, et augmentation des déficits. Car les conditions sont bonnes pour une telle politique : la crise de l’euro ramène les capitaux vers les USA, le dollar est monnaie de réserve, le pays emprunte très bon marché.

Très curieusement, son économie dépend à nouveau de la consommation intérieure, et a cessé d’économiser. On en est revenu à la situation d’avant la crise. Bombe à retardement ?

lundi 31 mai 2010

Rationalité des marchés

Je crois simplement que certains investisseurs internationaux peinent à comprendre l'Europe et ses mécanismes de décisions. Ils ont du mal à prendre la mesure de la dimension historique de la construction européenne et à anticiper la capacité des Européens à prendre des décisions aussi importantes que celles qui ont été prises il y a quelques jours.
Effectivement, il semble que les investisseurs anglo-saxons ne comprennent rien à la zone euro et s’imaginent, probablement comme ils l’ont toujours cru, qu’elle va voler en éclats.

Il n’y a pas de rationalité là dedans, juste des préjugés. Parce que les marchés sont faits d’individus isolés, ils ne peuvent accumuler de savoir partagé, comme les peuples, ils sont stupides et obéissent à la mode du moment ?

Compléments :

Les insectes au secours de l’homme

Dans notre alimentation, les animaux vont-ils être remplacés par des insectes ? Manger des insectes semble bon pour la santé, et leur élevage demanderait infiniment moins de nourriture et d’eau que celui des vaches.

En tout cas, cela montre que l’homme n’est pas encore au bout de ses ressources. 

Droit du plus fort

Curieuse coutume américaine. Pour remplir ses coffres, la police peut saisir les biens des suspects.

Elle n’aurait d’ailleurs pas à prouver leur culpabilité. Et elle est habile : un tiers des billets de banque portant des traces de cocaïne, ses chiens identifient beaucoup de suspects. Généralement des pauvres : n’ayant pas de cartes de crédit, ils transportent du liquide, qui peut-être saisi.

dimanche 30 mai 2010

N.Sarkozy showman mondial ?

The Economist tremble. N.Sarkozy va transformer le monde en une salle de spectacle à sa gloire. Hold up sur le G20 et le G8, dont la France devrait prendre la tête prochainement. Deux raisons pour cela :
  • Lorsque notre Président tente de réformer la France, sa côte de popularité baisse, elle repart quand il s’éloigne de chez nous. (La réforme des retraites serait la dernière grande réforme, et elle devrait utiliser la couverture du mondial de foot pour passer inaperçue.)
  • M.Strauss-Kahn l’inquiète, il aimerait se créer une stature internationale comme la sienne.
Cependant, il y a un inconvénient pour nous dans cette stratégie : lorsque M.Sarkozy gesticule en notre direction, pour faire admirer ses exploits, il donne du pays une image ridicule…


BBC 4

Les mauvaises nouvelles de la radio d’Etat m’usent. J’écoute, quand la météo le permet, BBC 4.

BBC 4 ne change pas. Toujours les mêmes émissions. Desert Island Disks, You and Yours, Any Questions, The Archers, feuilleton qui a commencé dans les années 50... et les tests matches de cricket (monde mystérieux et fascinant de termes incompréhensibles : LBW, Off stump, leg off...), grands drames d'émotion...

Même la société ne semble pas bouger, depuis quelques temps j’entends parler d’un nouveau « Jack l’éventreur », qui aurait assassiné plusieurs prostituées (quand il ne tuait pas il écrivait une thèse de criminologie, semble-t-il). Comme à l’époque de Victoria. Hier un ministre lib-dem était accusé d’avoir fait payer à l’État le loyer de son amant, dont il voulait taire l’existence (pour vivre avec lui il le faisait passer pour son logeur), lui-même ayant un foyer officiel, tout à fait respectable…La classe supérieure anglaise demeurera éternellement au dessus des règles de la société.

Tocqueville admirait l’Angleterre, et cette classe supérieure, d’avoir su ne pas changer. Il avait certainement raison. Elle s'est adaptée aux temps pour ne pas avoir à toucher à ce qui comptait réellement pour elle. On lui appartient de parent en enfant. En fait, plus qu’une différence de fortunes, pourtant colossale, ce qui sépare riches et pauvres est une différence de cultures.

Compléments :
  • Le ministre (David Laws) ci-dessus a démissionné presque immédiatement après l'annonce.


Entreprise citoyenne

Un collègue m’écrit :
Le Magazine l'Entreprise vient de faire un sondage sur la trésorerie des entreprises. Les priorités 2010-2011 des DG :
- Garnir le carnet de commandes (bien sûr, car chute du CA de 20 à 40% en 2009)
- Maîtriser les coûts (éternel sujet)
- Se renforcer sur le cœur de métier
- Trouver de nouvelles sources de financement
- Sécuriser les ventes (fidélisation, qualité de services, ...)
- Rester focaliser sur le core-business
- Se déployer à l'International
- Investir en RetD
- Investir en équipements
NB : les trois derniers points sont dramatiquement classés en fin de liste ...  et les actions sur la transformation des organisations ne ressortent pas directement (lié probablement au questionnaire du magazine L'Entreprise).
Toute la crise en un sondage : tant que l’entreprise se repliera sur elle-même, l’économie la suivra.

Compléments :
  • On serait même au coeur du mal français : l'entreprise est dans un cercle vicieux, parce qu'elle n'investit pas suffisamment, sa position concurrentielle s'érode, et elle peut encore moins investir. Le succès de l'Allemagne serait d'avoir fait l'inverse. Le danger chinois viendrait plus de son innovation que de ses coûts... (La France est en passe de faire moins bien, et plus cher... brillant !)

samedi 29 mai 2010

Obama et BP

J’ai réussi à formuler ce que je reproche à B.Obama en ce qui concerne la marée noire de BP :

Il s’est vite satisfait de ce que c’était à BP de réparer ses dégâts, et que les USA n’avaient pas de moyens pour colmater la fuite. Ensuite, il s’est contenté de dénoncer BP, et de prendre quelques mesures.

Il aurait pu, avec les mêmes moyens, convoquer des experts à poigne, qui auraient travaillé avec BP au choix des contre-mesures appropriées. Le tout avec suivi anxieux du président, et explication par le détail de l’avancée de leurs efforts, et des raisons de leurs décisions. C’est ça la technique de « communication de crise ». 

Conquête féminine

L’homme choisit-il la femme, ou l’inverse ?

Il semblerait que le mâle humain ait conquis ses épouses en éliminant ses rivaux, plutôt qu’en laissant à celles-ci le soin de le choisir. Cette conclusion viendrait des caractéristiques physiques de l’homme, identiques à celles des espèces qui ne laissent pas de choix aux femelles.

Une fois de plus la culture serait-elle en train de remodeler la génétique ?

vendredi 28 mai 2010

Grève et retraite

Les nouvelles ce matin disent que la grève d’hier ayant été faible, le gouvernement en a déduit que sa réforme des retraites était approuvée par le peuple.

Mais depuis quand les manifestations sont-elles un vote populaire ?

De quoi sont-elles représentatives, d'ailleurs ? Des rites qu’entretiennent les syndicats, des organes qui ne représentent rien sinon le carriérisme de membres qui n'ont plus de cause ?

Compléments :

Pourquoi le soldat combat-il ?

Il ne se battrait pas pour sa patrie, des idéaux, le goût du risque... mais par « amour » pour son groupe. C’est ce qui lui ferait commettre des actes héroïques et suicidaires. (What is it good for?)

L’individualisme et la peur de la mort seraient-ils solubles dans l’équipe ?

Asie centrale

Intérêt nouveau pour l’Asie centrale, zone tampon avec l’Islam, ses immenses richesses minérales, ses dictatures. 

jeudi 27 mai 2010

Lamentable Microsoft ?

Il y a 3 ans, le patron de Microsoft déclarait que l’iPhone n’aurait « aucune part de marché significative » et qu’il préférait à celle d'Apple la stratégie de Microsoft, qui était d’équiper 60 à 80% des mobiles. Résultat actuel ? 6,8% de part de marché, en net recul. (Why Does Steve Ballmer Still Have a Job?)

Je ne peux m’empêcher de penser que la seule force de Microsoft est d’exploiter un monopole qui lui permet de vendre très cher des logiciels pour PC qu’il n’a jamais appris à programmer correctement, et que tous ses autres investissements n’ont été que gaspillages.

Je dis souvent aux créateurs d’entreprise que plus leurs débuts seront difficiles, plus leur entreprise sera durable : ils auront appris beaucoup. Microsoft, quant à lui, a réussi à s’imposer par beaucoup de bluff et un logiciel « ni fait ni à faire ». Quelles sont les compétences acquises pendant son histoire qu’il puisse utiliser aujourd’hui pour se transformer ?

Compléments :

Banques centrales

D’anciens billets se demandaient si l’on n’allait pas sortir de l’ère de la banque centrale indépendante, qui règle l’économie par une saine politique monétaire. Point :
  • Ce serait ce qui se passerait pour la FED, qui perdrait de son indépendance et s’occuperait de plus en plus de réglementation.
  • Le cas de la BCE est plus curieux. Récemment, j’avais l’impression qu’elle tendait à faire la même politique de « quantitative easing » (absorber les obligations des Etats) que la FED, qu’elle se transformait même en une sorte de FED, et que la zone euro allait avoir une politique à l’Américaine (euro faible, notamment). Mais l’arrivée d’un gouverneur allemand pourrait la ramener à son état initial. Crise en perspective ? 

Tribus irakiennes

L’avenir de l’Irak semble toujours aussi incertain. Il serait maintenant aux mains des tribus.
  • Ce pourrait être une bonne chose, parce qu’elles sont inter confessionnelles, et pragmatiques.
  • Ce pourrait être l’anarchie (« une sorte de Somalie qui aurait du pétrole ») si aucune force n’est capable de contenir leurs intérêts divergents.
Il semblerait que Saddam Hussein et l’Empire Ottoman aient déjà rencontré cette situation. Curieux comme l'histoire se répète (voir aussi : Dictature en Irak ?).

mercredi 26 mai 2010

Taylorisme chez FT

Par hasard je tombe sur une synthèse (confidentielle, mais sur Internet ?) d’une étude menée chez France Télécom. Grosse surprise. On y parle de « Taylorisme », c’aurait même été le nom du changement chez FT.

Je ne m’attendais pas à ce que le retour aux « Temps modernes » soit vu, et en plus par une entreprise de high tech, comme un changement génialissime. Quel est l’intérêt d’utiliser des personnels hautement qualifiés, et relativement bien payés, comme des machines ?

Dans certains cas, on serait même tombé dans le ridicule : la « relation client » aurait été saupoudrée entre un grand nombre de personnes (« 60% des salariés disent être en contact avec les clients »), mais sans aucun pourvoir (« interdiction à l'administration des ventes d’appeler le client pour clarifier ses besoins »). FT n’avait pas saisi l’importance du client pour ses affaires ?

Curieuse histoire que celle de FT. La privatisation devait amener l'efficacité. Elle l'a criblée de 70md de dettes, avant de se livrer à ce nettoyage ethnique dont je ne saisis pas la rationalité économique. Si FT survit après un tel traitement c'est qu'elle avait un grand mérite. 

Compléments :
  • J’ai beaucoup de mal à comprendre comment on en est arrivé là.
  • Autre surprise : « de 45 à 55 ans (les salariés) sont considérés comme des séniors (…) l’impression qui domine est que l’entreprise cherche à les faire partir ». Où vont la réforme des retraites et l’économie du pays si l’on est inemployable à 45 ans ?