lundi 5 juillet 2010

Les entreprises amassent

Il semblerait que les entreprises, au moins anglo-saxonnes, amassent le cash et n’investissent plus… Reprise en difficulté. Raisons évoquées :
  • Il demeurerait des dettes importantes, de l’ère des dépenses inconsidérées (achats d’entreprises ou d’actions propres). L’entreprise accumulerait des réserves.
  • « Les entreprises semblent en manque d’idées de développement. La technologie n’est plus l’investissement essentiel qu’il fut à la fin des années 90. » Les entreprises avaient-elles fini par voir leur métier comme une éternelle réduction de coûts ? Plus besoin de chercher ce dont nous avons besoin ?
  • Elles sont inquiètes de l’inquiétude du marché, qu’elles provoquent...
Les entreprises ont l'air d'être des moutons de Panurge, ne faudrait-il pas leur faire connaître des exemples de consoeurs qui investissent avec succès, pour leur donner les idées qui leur manquent ?

Compléments :

L’État perd 100md€

Il semblerait qu’en 10 ans, l’État français soit à l’origine de 100 à 120md€ de pertes de recettes, non compensées. Funeste idée, que nous payons cher aujourd’hui. Stupidité ?

Je soupçonne que non. Il est possible que gauche et droite aient pensé, avec le reste du monde, que moins de pression fiscale signifiait une économie plus saine, un pays plus riche et donc plus de revenus pour l’État.  

Dois-je en déduire une fois de plus que les techniques de conduite du changement de nos gouvernements pêchent ? Ils croient que la société évolue par miracle ? Alors que les structures sociales tendent à maintenir le statu quo, et qu’il n’y a pas de changement sans « contrôle du changement » ?

Guerre et Internet

Une guerre touchant Internet pourrait arrêter le fonctionnement de l’humanité, semble-t-il. On commencerait à s’en préoccuper.

Si l’on ne l’a pas fait plus tôt, c’est parce que ceux qui ont le plus à y perdre (notamment les USA) étaient aussi ceux qui avaient le plus à y gagner. (voir Cyberwar et War in the fifth domain).

La société féodale

BLOCH, Marc, La société féodale, Albin Michel, 1989. « L’Europe fut une création du haut moyen-âge ». Écrit en 1939, ce livre semble rechercher, à son origine, ce qui caractérise les cultures des nations qui vont s’affronter. « L’époque (…) ne vit pas seulement se former les États. Elle vit aussi se confirmer ou se constituer (…) les patries. » Car, après une période de chaos marquée par les offensives des Musulmans des Hongrois et des Scandinaves, l’Europe connaît un arrêt définitif des invasions « d’où la possibilité d’une évolution culturelle et sociale beaucoup plus régulière, sans la brisure d’aucune attaque extérieure ni d’aucun afflux humain étranger. »

Le premier âge féodal (900 – 1050) est pauvre, peu peuplé, sans institutions capables de structurer une société. Faute d’argent, le salariat est impossible. C’est une société d’échange en nature, de lien direct. C’est, pour la classe supérieure, la vassalité, pour la classe inférieure, le servage.

Le second âge féodal (1050 -1200) est celui d’une « révolution économique ». « L’Occident s’est fait puissant exportateur de produits ouvrés », « les draps jouèrent le même rôle directeur qu’au XIXème siècle, dans celle de l’Angleterre, la métallurgie et les cotonnades. » La population croît, les lois se développent, les liens qui tiennent ensemble la société, le fief en particulier, deviennent financiers, les villes et la bourgeoisie – antithèse de la féodalité – apparaissent.

L’Angleterre s’affirme comme une société de classes. En haut, une classe assez égale et solidaire d’hommes libres qui jouissent de la justice du roi. Elle est ouverte et proche des « réalités », ce qui lui assurera une survie jusqu’à notre époque. En bas une classe laborieuse « abandonnée à l’arbitraire seigneurial ». Le fief y est entendu comme le droit réel de l’homme libre. L’autorité royale y est relativement forte et indépendante des puissants, elle déploie des institutions nationales, sheriffs, chartes, assemblées d’hommes libres origine de la chambre des communes. Déjà l’île se veut tête de pont d’un empire.

C’est en France que l’on trouve la féodalité la plus pure. L’État y est faible, « les abus de force des maîtres n’avaient plus guère d’autre contrepoids  (…) que la merveilleuse capacité à l’inertie de la masse rurale et le désordre de leur propre administration », et ne parviendra jamais à créer l’unité anglaise « les rois rassemblèrent la France bien plus qu’ils ne l’unifièrent », d’où multitudes de particularismes locaux. La France est un pays de seigneurs, chevaliers, hommes de guerres et de droit, ancêtres des nobles, qui existent dans un tissu incertain et changeant de relations les uns aux autres. Ce « lien humain caractéristique (…) attache du subordonné à un chef tout proche » est certainement la marque de fabrique d’une époque « résultat de la brutale dissolution de sociétés plus anciennes ». « L’hommage vassalique (est un) vrai contrat (…) bilatéral (qui accorde notamment) un droit de résistance ».

L’Allemagne est la moins bien définie des trois nations étudiées. Elle semble adopter les solutions trouvées en France avec deux siècles de retard. Mais elle a aussi ses particularités. Elle respecte la hiérarchie. Elle se constitue en duchés « fonctionnarisés » plus grands et solides que les seigneuries françaises, mais sans lien fort entre eux. Enfin, au droit réel anglais, elle préfère un droit de la société.

Commentaires :
  • Cette étude comme d’autres (Histoire du mariage, Les Lumières, Chine et Occident : dialogue de sourds) montre une société dont les règles directrices, jamais sans exceptions, vivent et meurent, et sont remplacées par de nouvelles, ou réinterprétées – et trahies.
  • Plus curieusement, elle semble dire que certaines caractéristiques culturelles définissent nos sociétés depuis fort longtemps.  

dimanche 4 juillet 2010

Crédits d’impôts pétroliers

Le gouvernement américain tente d’utiliser les fuites de BP pour récupérer 4md$ de crédit d’impôts qu’il donne chaque année aux compagnies pétrolières.

Ceux-ci viennent de lois qui remontent à la nuit des temps, et d’astuces comptables. Pourquoi continuer à les octroyer à des entreprises aussi riches ? Parce que, depuis 2008, elles ont dépensé 340m$ en lobbying… 

Compléments :

Rouille et blé

La terre dépend du blé, or, il serait attaqué par la rouille, maladie que l’on croyait éteinte depuis un demi-siècle. On avait trouvé une variante à haut rendement, qui semblait inattaquable. Du coup, on ne plantait plus que celle-là. Mais la rouille aurait trouvé une faille.

Il y aurait des parades approximatives (des variétés moins productives, et des pesticides), mais il n’est pas certain que les pays pauvres y aient accès à temps. Et les ressources des institutions d’État compétentes ont été fortement réduites, depuis longtemps. (Détail : The disease eating away our daily bread, Rust in the bread basket.)

Notre économie de marché n’aurait-elle pas la fâcheuse tendance de tuer la diversité ? De parier un peu trop vite sur ce qui semble réussir à court terme, et d’éliminer tous les garde-fous, jugés trop coûteux ? En particulier, nous sommes devenus colossalement dépendants du blé, et lui-même ne tient qu’à une seule espèce…

Ce qui est étrange, aussi,  est que les écologistes se soient autant émus du sort des ours des Pyrénées, et aussi peu de celui des plantes et du nôtre. 

Du bon usage du Front national

Hier j’écoutais la Rumeur du monde. On y parlait stratégie des partis politiques français.

L’UMP est menacé par le Front national, qui n’est plus séduit par N.Sarkozy. Or, plus les Français sont mécontents de leurs politiques plus ils tendent à voter FN.

La conséquence que j’en tire, et que je n’avais pas vue jusque-là, est que, tactiquement parlant, N.Sarkozy a intérêt à émettre des idées qui plaisent au FN, et le PS à dénoncer bruyamment les turpitudes réelles ou imaginées du gouvernement.

C’est un cercle vicieux de ce type qui a dû jouer en Allemagne avant guerre. 

samedi 3 juillet 2010

L’Angleterre à l’assaut de l’Europe

Les Conservateurs anglais menaçaient de quitter l’UE, maintenant ils veulent la noyauter de l’intérieur.

L’Angleterre vient de comprendre que son sort est lié à celui de l’UE. Par conséquent, il s’agit d’influencer sa politique. La crise lui semble propice. Il va falloir faire des économies, et les institutions et réglementations qui agacent l’Angleterre sont donc fragiles. Tactique : infiltrer des fonctionnaires porteurs des valeurs de l’île (le fonctionnaire européen est ordinairement supposé neutre), trouver des alliés, notamment auprès des « petits pays ».
Le nouveau gouvernement britannique sera pragmatique dans son approche de l’Europe, étant coopératif quand il le peut et choisissant avec soin les moments où il se battra pour ce qu’il voit comme étant l’intérêt national.
La culture bureaucratique de l’UE va-t-elle annihiler l’envahisseur, ou va-t-elle devenir un non man’s land à l’image des nations qui ont subi le « diviser pour régner » anglais ?

France et entreprise

Un ami m’envoie un article d'un professeur émérite. Les Français et l’entreprise qu’en savent-ils ?, Commentaire, n°126, été 2009. Un « test de connaissances » portant sur l’entreprise a été proposé à la population. Il était noté sur 20.

« La note moyenne s’est établie à 6 sur 20 ». Ce qui désole l’auteur. Mais pas autant qu’il le faudrait car le test est un QCM. Par conséquent, imaginons qu’il y ait eu 5 réponses possibles par question, la note moyenne d’une personne répondant au hasard aurait été 4… Bref, nous n’étions pas loin du zéro pointé.

Et je n’aurais pas fait mieux que la moyenne lorsque je vois les questions posées. Pour rendre compréhensible le questionnaire « « richesse produite » a remplacé (les expressions) valeur ajoutée ou PIB ». C’est certain que si l’on me parle de « richesse produite », c’est la déroute. A croire que le professeur émérite est contemporain d'Adam Smith ! Et la place de l’Europe dans nos échanges ? Intérim et CDD dans l’emploi ? « Part des salaires et des cotisations sociales dans les richesses produites » ?...

Le professeur émérite en déduit que le Français est imperméable à l'économie. Il faut augmenter la dose d’entreprise à l’école.

Mais qu’aurait répondu l’entrepreneur de l’Arkansas à ces questions ? On a ici la culture française à son meilleur. Les professeurs de lycée qui ont écrit ce test se sont crus dans leur salle de classe, où ils disent la loi. Ils ont décidé de ce qu'était l'entreprise, et ils nous ont jugés, nous qui contrairement à eux travaillons en entreprise, par rapport à leurs normes.

Mais ont-ils la moindre idée de ce que signifierait le règne libéral qu'ils appellent de leurs voeux ? Finie l'Education nationale et ses fonctionnaires. Et le professeur émérite ? Comment serait-il évalué par la science mondiale ?

vendredi 2 juillet 2010

Changement de culture

The Economist rappelle qu’alors qu’au 18ème siècle on allait en prison pour dettes, la dette est devenue un style de vie branché.

« En Amérique, la dette du secteur privé seul est passée d’environ 50% du PIB en 1950 à près de 300% lors de son pic récent ». La note moyenne des obligations des entreprises, donnée par les agences de notation, est passée de A à BBB- (de moyen à juste au dessus de « junk bond » - spéculatif). Les gouvernements ont encouragé ce mouvement en abaissant à chaque crise les taux d’intérêt pour faciliter toujours plus d’emprunt. Ce que, d’après The Economist, viendrait aggraver des promesses de retraites beaucoup trop généreuses. Une autre forme de dette.

Un changement compliqué s’annonce. Non seulement, il va falloir modifier notre attitude à la dette, mais aider ceux dont la vie en dépend à décrocher. Sans compter que pour que nous puissions économiser, il faut que les pays émergents dépensent, ce qu’ils ne font pas.

Deux réflexions :
  • Curieux qu’une société puisse ainsi se persuader qu’elle peut repousser ses obligations sur ses descendants. Mais qui en a profité ? Pas la majorité de la population française, me semble-t-il. Et si tout s’était joué comme dans l’affaire Enron ? Jeffrey Skilling, constatant que ses brillantes idées ne rapportaient pas assez à sa société, a eu l’idée d’en modifier la comptabilité, traitant comme présents les flux de revenus futurs (ce qui est légal). Comme lui, l’élite financière internationale poussée par la volonté de s’enrichir a-t-elle cru que l’endettement maquillé était le moyen le plus rapide de réussir ? Ce qu’elle a appelé, comme Enron, une « innovation » ?
  • Faut-il incriminer la finance internationale où fut-ce un mouvement global ? Une volonté de jouissance immédiate, de libération 68arde, qui a pris une forme particulière chez les puissants ?

Compléments :
  • EICHENWALD, Kurt, Conspiracy of Fools: A True Story, Broadway Books, 2005.
  • McKinsey explique la crise : où l’on voit une justification de l’endettement comme moteur du capitalisme.

Chômage et qualification

Les usines américaines embauchent à nouveau. Malheureusement, elles ne trouvent pas de personnel qualifié.

Elles se sont équipées de machines sophistiquées que peu de personnes savent faire marcher…

L’entreprise va-t-elle finir par comprendre qu’elle ne peut se passer d’hommes ? Qu’elle doit consacrer un peu de temps à faire évoluer leur qualification, et qu’elle doit choisir ses machines en fonction de ce qu’ils peuvent faire et non de considérations abstraites ?

Compléments :
  • Le problème n’est certainement pas récent. Il y a plus d’une décennie, un dirigeant d’usine italienne m'en parlait déjà. Il était prêt à payer le salaire de diplômés de maîtrise, mais ceux-ci ne voulaient pas travailler dans une usine… 
  • Si l'entreprise continue à créer des emplois que seule une élite peut remplir, qu'allons-nous faire du reste de la population ? 

Méfaits d’Internet

Notre environnement, les outils que nous utilisons, ont une influence sur le câblage de notre cerveau. Internet a pour effet de le transformer « en un esprit social qui place la vitesse et l’approbation du groupe au dessus de l’originalité et de la créativité », « la technologie numérique a déjà commencé à endommager le mécanisme de consolidation de la mémoire à long terme, qui est la base de la véritable intelligence ».

J’ai l’impression qu’il y a quelque chose qui s’applique à moi là-dedans. Mais qui n’est pas lié qu’à Internet. Pour moi écrire est comme ranger. Cela me procure la satisfaction du devoir accompli, et ce que je viens de faire disparaît dans les oubliettes. Ce nettoyage est certainement nuisible à l’empilage d’idées qui produit les intuitions originales. 

jeudi 1 juillet 2010

Nouvelles d’Afghanistan

La guerre semble au milieu du gué :
  • Contrairement à ce que je pensais, elle ne se passe pas bien. La dernière offensive n’aurait pas donné ce que l’on en attendait.
  • Le principal problème vient de ce que B.Obama a dit qu’il retirerait ses troupes à partir de 2011. Ce qui semble trop court.
  • Mais tout n’est pas perdu : « Il y a des raisons de penser que beaucoup d’Afghans aimeraient être débarrassés des Talibans, si seulement ils pouvaient croire en une alternative ».

Chine et Yuan

La Chine réévalue modestement le Yuan. Bouffée d’air pour nous ?

En tout, cas, le mouvement des taux de change ne se fait pas aussi aisément que ce que croient les économistes. L’augmentation du Yuan freine les entreprises exportatrices et demande à une partie de leurs salariés de trouver d’autres employeurs. Pour que ces départs n’entraînent pas un gros chômage, il faut des réformes structurelles compliquées et longues. 

Entreprise et art

En travaillant avec un spécialiste du théâtre d’entreprise, j’ai eu une curieuse pensée : pourquoi l’art ne s’est-il pas intéressé plus tôt à l’entreprise ? Pourquoi nos films, par exemple, sont-ils ridicules lorsqu’ils parlent d’entreprise, contrairement aux films américains ?

À force de me demander ce qu’est l’art. Je lui ai vu, comme toute notre activité, une fonction d’entraînement à notre rôle social. Il nous transmet les codes de notre culture et nous fait vivre et nous apprend les émotions utiles à ce rôle.

Dans cette théorie, le peu d’intérêt de l’art pour l’entreprise vient probablement de ce qu’elle n’a jamais occupé une place très grande dans notre culture. Une prise de pouvoir de l’économie devrait donc se traduire par un art qui parle d’entreprise, et qui nous apporte peut-être le « bien être au travail » qui nous manque. L’art comme médecine ?

mercredi 30 juin 2010

Violences primitives

Étude du comportement des chimpanzés. Ils sont extrêmement agressifs, tuant de grands nombres de congénères. Et ils se battent pour des territoires – entrepôts de nourritures. Et ils font une guerre d’équipe, non de duels. L’homme primitif, qui devait s’apparenter au Chimpanzé, doit-il sa « tendance à se réunir autour de concepts abstraits » à ces dispositifs guerriers ? La société serait-elle née de la guerre ?

Cela signifie-t-il, contrairement à ce que croyait Rousseau, que nous avons la guerre dans le sang ? Et qu’il n’y a pas besoin d’être agriculteur pour avoir des biens à défendre ? 

La course du déficit

D’après Martin Wolf, les nations, le public, le privé, le financier et le non financier joueraient au jeu du déficit, en essayant de le passer à l’autre à son insu.

Par exemple beaucoup d’États semblaient modèles jusqu’à peu. Faible endettement. Puis il y eût la crise, puis on découvrit que leurs entreprises étaient surendettées (l’endettement était masqué par une augmentation spéculative de leurs actifs), puis les États intervinrent et se chargèrent de dettes. À l’origine ces dettes avaient été transmises par des pays maladivement excédentaires.

Il me semble retrouver ici un mécanisme qui revient régulièrement dans ce blog. Une sorte de spéculation sournoise qui cherche en permanence une faille par laquelle se faufiler.

Ce mécanisme semble poser une question compliquée : comment s’assurer qu’il n’y a pas quelque part quelque chose qui enfle exagérément ? 

Arrogance européenne ?

Curieux. Les Anglo-saxons voient l’euro comme la manifestation de l’arrogance stupide d’une Europe qui pensait, grâce à lui, dominer le monde. Heureusement la crise est passée par là. (Exemple.)

Pour ma part, j’ai l’impression que nous sommes dans une crise permanente depuis près de 40 ans. Je n’ai jamais vu l’euro que comme un pas de plus vers une union européenne dont je n’ai jamais attendu grand-chose, et surtout pas une « nouvelle économie ».

Ne suis-je représentatif que de moi-même ? Les Anglo-saxons ne connaissent-ils de l’Europe continentale que quelques hommes politiques décalés ? Ou ne comprennent-ils pas les langues étrangères ?... 

Huile de palme

J’apprends que l’huile de palme est utilisée dans 50% des produits que l’on trouve en supermarché. Or sa production détruirait les forêts d’où colère des écologistes qui s’en prennent aux multinationales qui l’utilisent. Elles doivent battre en retraite.

Les multinationales se trouvent de plus en plus responsables de l’ensemble de leur chaîne logistique. Or le grand changement des dernières décennies semble avoir consisté à construire une « supply chain » qui évite les contraintes environnementales et les droits de l’homme, et réduise ainsi les coûts de fabrication.

Nouvel exemple de la lutte entre la finance internationale et la société ? La première prend toujours la seconde par surprise, mais cette dernière parvient quand même, à long terme, à remettre au pas les contrevenants ?

Compléments :

mardi 29 juin 2010

Tricher

Il semblerait que si l’on amène une personne à faire une entorse à la morale, cela affecte son comportement et l’amène à faire de l’entorse une règle de vie (ce qui rejoint le principe de cohérence de Robert Cialdini).

Peut-être aussi qu’il y a un lien bijectif entre notre morale et notre comportement. Un changement de comportement implique un changement de morale. Qui vole un œuf vole un bœuf. 

Pauvre Irlande

L’Irlande a été la première à adopter un plan de rigueur, mais « les marchés » ne semblent pas lui en avoir été gré : elle paie fort cher ses emprunts. Et le pays est dévasté. Il semble paralysé, dans l’attente d’une reprise économique qui tarde.

Difficile de se remettre d’une méga spéculation. C’est le type d’expérience qui marque les cultures nationales.

La société contre l’homme

WELLS, Spencer, Pandora’s seed, the unforeseen cost of civilization, Random House, 2010. L’homme a inventé la société pour le protéger de l’extinction, mais il l’a payé de sa santé et de son équilibre psychologique. C’est, en substance, ce que dit Spencer Wells, éminent généticien.

La particularité de l’espèce humaine est son adaptabilité quasi infinie. Celle-ci tiendrait aux caractéristiques du cerveau qui fait de l’homme un être social : il innove par la culture. Depuis les assemblées de chasseurs cueilleurs, le groupe humain est une « machine sociale » qui produit des idées, les teste et les affine.

Cette capacité d’adaptation culturelle se serait révélée il y a 70.000 ans, lorsque l’explosion d’un volcan transforme le climat terrestre et réduit nos ancêtres à quelques milliers de personnes. Mais elle donne sa pleine dimension il y a 10.000 ans : invention de l’agriculture. Celle-ci résulterait d’une autre catastrophe climatique. Un réchauffement étend le territoire des céréales. La nourriture devenant abondante, les chasseurs cueilleurs se sédentarisent et se multiplient. Nouvel âge glacière : ils sont piégés, ils ne peuvent plus partir. C’est alors qu’ils créent l’agriculture, un moyen de maintenir ce dont ils ont besoin pour vivre sur place. En découle une explosion démographique, l’apparition des formes modernes de l’État, et la guerre : plus question de fuir, il faut défendre ses biens.

Si la société a protégé l’espèce elle prive l’individu de sa liberté et le soumet à une succession accélérée de fléaux. Tout d’abord, elle provoque un nombre étonnant de mutations de son génome. On lui doit aussi toutes les épidémies - elles ont pour origine la cohabitation de l’homme et des animaux, sauf la malaria, qui, elle, doit son succès moderne aux transformations de l’environnement provoquées par l’agriculture. Et il y a l’hypertension et le diabète, inadaptations de notre être à notre alimentation. C’est maintenant le tour du stress, des maladies psychologiques qui font la fortune de l’industrie du tranquillisant « pour la première fois dans notre histoire, nous nous droguons pour paraître normaux ». Notre système immunitaire vit la société comme une agression permanente. Enfin, le génie génétique donne désormais à celle-ci les moyens de manipuler notre génome et de construire ainsi notre descendance. L’être humain étant le fruit d’une évolution de plusieurs millions d’années, il est probable que ce bricolage eugénique dépasse en conséquences dévastatrices tout ce que la société a commis jusque-là.

Que faire ? La crise environnementale qui nous tend les bras sera un grand moment de créativité sociale. Il faut en profiter pour sortir de nos erreurs, et adapter notre culture à notre biologie, non plus l’inverse. Pour cela il nous faut comprendre que nos malheurs viennent de notre cupidité qui nous fait en vouloir toujours plus, ce qui déclenche des conséquences de plus en plus désastreuses pour l’homme, nous devons « apprendre à vouloir moins », et prendre un peu de leur sagesse aux derniers chasseurs cueilleurs qui nous restent.

Commentaires :
  • Dynamitage du mythe du progrès. Antithèse de la pensée dominant le monde financier anglo-saxon, et la théorie économique, qui pense que la société est faite d’individus laissés à eux-mêmes, qu’il n’y a rien de tel que la « culture ». Retour aussi aux thèses de Rousseau et de Lévi-Strauss, cette fois-ci appuyées par toute la batterie de l’argumentation scientifique moderne.
  • J’y retrouve les idées que développent mes livres sous un angle inattendu. En particulier, j’y parle « d’ordinateur social », moyen de transformation d'une « organisation ». Spencer Wells en fait la caractéristique même de l’homme. Plus curieusement, je trouve un écho à ma théorie selon laquelle ce qui a fait la différence entre nous et l’homme de Neandertal est notre aptitude sociale.
  • Ce livre me fait me demander si les « droits de l’homme » ne sont pas une révolte de l’individu contre la main invisible de la société, et s’ils n’annoncent pas, effectivement, que nous allons chercher à la faire aller dans une direction qui nous brutalise un peu moins. Au fond, c’est le but des techniques de conduite du changement. 

lundi 28 juin 2010

De Gaulle et Churchill

Il a longtemps été dit que de Gaulle avait un comportement que Churchill trouvait irritant (sentiment largement partagé, d’ailleurs).

J’entendais tout à l’heure une émission qui donnait une explication intrigante de ce désagrément.

À partir du moment où l’Amérique est entrée en guerre. Churchill a dû obéir à Roosevelt, ce qui l’a contraint à renier des engagements qu’il avait pris auparavant avec les Français. La seule présence de De Gaulle lui rappelait son statut de puissance de second rang. Ce qu’il n’aimait pas. Exemple de conditionnement pavlovien ?

Dassault Systèmes et Exalead

Hasard d’une attente. Vieux numéro des Échos. Dassault Systèmes achète Exalead, 135m€, alors que la société a un chiffre d’affaires de 16m€. Priceminister a-t-il été bradé ?

Je me suis penché sur Exalead, et ses concurrents, il y a quelques années. J’en avais déduit qu’il y avait un marché intéressant pour les applications des moteurs de recherche de type Google « multi supports » à l’entreprise. La difficulté de leur vente était la prise de conscience par l’entreprise qu’il existait de tels produits, et probable nécessaire « conduite du changement » pour les implanter. Seconde difficulté : besoin de fonctionnalités Google et pas beaucoup plus.

Bref, il fallait probablement à Exalead une force de vente capable de démarcher l’entreprise. Dassault Systèmes et son marché de la CAO est évidemment un cheval de Troie. Mais ses forces commerciales ont-elles le métier et la motivation nécessaires ? Quant au prix il semble vraiment très élevé, il intègre probablement les résultats d’un développement commercial dont Exalead, seul, est incapable. D’ailleurs, il y a deux ans, Microsoft achetait Fast, un gros concurrent. Je ne suis pas sûr que c’ait été un grand succès.

Il est loin le temps où Charles Edelstenne vérifiait les achats de fournitures et où les ingénieurs de DS voulaient tout développer eux-mêmes, et où je devais me battre pour que nous signions nos premiers partenariats. Peut-être ai-je trop bien réussi ? 

Commissariat pour enfants

Histoire racontée par un ami. Il apprend par la maitresse d’école de son fils de 6 ans que des poursuites ont été entamées par les parents d’une de ses camarades contre lui.

Choc et surprise, d’autant plus que l’enfant est exceptionnellement pacifique. On découvre alors qu’un groupe de 6 élèves est accusé. Et qu’ils doivent se présenter au commissariat avec leurs parents.

L’affaire, finalement, n’ira nulle part, un enfant de 6 ans est jugé irresponsable par la loi. Mais mon ami s’interroge encore sur la raison qui fait que les parents de la plaignante n’aient même pas pensé à s’expliquer avec ceux des accusés.

Une hypothèse : nous sommes devenus totalement dépendants de la société que nous lui demandons de nous protéger contre tout. Société d’irresponsables ?

En tout cas cet ami envisage de déménager d’un lieu aussi hostile à l’enfant et de s’installer plus près de la civilisation. 

Rigueur ou relance ?

La rigueur européenne fait face à un tir de missiles de l’élite économique et nobélisée américaine. L’Europe est-elle irrationnelle ? Pas de conclusions, mais quelques idées :
  • Divers billets de ce blog semblent dire que le système monétaire international est déréglé, qu’il pousse à la spéculation et aux crises, et qu’il tend à vivre aux crochets de l’avenir, accumulant un passif de plus en plus lourd sur les épaules des générations futures.
  • L’Europe semble désirer remettre les choses en ordre, quel qu’en soit le coût, et peut-être la durée. Pour cela elle dispose d’une tradition dirigiste, d’action directe sur la société, qui peut lui permettre d’amortir les conséquences les plus néfastes d’un tel changement (paupérisation de larges parts de la société).
  • Les USA n’ont pas de telles traditions. Ils estiment, faute d’avoir trouvé comment l’éliminer, que l’État doit créer les conditions de la prospérité. Par conséquent, ils ne possèdent que des moyens d’action macro-économiques – plans de relance en particulier.
D’un côté on joue sur la société, de l’autre sur les mécanismes financiers.

Cela m’amène à deux questions :
  1. L’Europe semble vouloir faire marcher une sorte d’étalon or : peut-elle réussir alors que la première version de l’idée a échoué ? Ne cherche-t-elle pas à éliminer les crises, alors qu’elles semblent inhérentes au capitalisme ?
  2. Les USA ne fonctionnent-ils pas comme les spéculateurs dont je parle ailleurs : leur incapacité à agir sur leur société, ne les force-t-elle pas à créer une croissance artificielle, spéculative, non durable, qui exploite les failles de la régulation mondiale ? La réforme du système monétaire international des années 70 n’a-t-il pas été un tel gigantesque tour de passe-passe ?
Compléments :
  • Le principal défenseur de la rigueur de l’administration Obama vient de donner sa démission. Ce qui met les USA et l’Europe dans des directions opposées. 

dimanche 27 juin 2010

Chômage et culture

Un graphe sur l’impact de la crise sur l’emploi dans différents pays occidentaux.

La plupart (y compris le Canada et l’Angleterre) ont fait absorber le choc à leur société, il y a eu une forme de solidarité. Par contre, aux USA, il y a eu mise au chômage massive. Différences culturelles. 

Rigueur en Angleterre

Le plan de rigueur du nouveau gouvernement anglais semble violent. Il compte ramener les dépenses de l’État de 47% du PIB à 41%, en 5 ans. Il signifie une réduction de 25% du budget de la plupart des services publics. (Going for broke.)

Est-ce du courage ou de l’inconscience ? Travail de jeunes théoriciens coupés de la réalité ? « Derrière les élégants ratios entre réduction des dépenses et augmentation des taxes de M.Osborne, il y a des êtres humains ». La réaction de la population pourrait être extrêmement violente, lorsqu’elle prendra conscience, en octobre, de la réalité des mesures. (The imperial moment.)

Blog : spécialisation

« le trafic vers deux des plates-formes de blog les plus populaires, Blogger et Wordpress, stagne ». Le blog serait victime de Twitter et de Facebook.

On voit apparaître des groupes de blogs, reliés, au sein des pays, autour de « petites poches de sites densément liés ». « Ces poches se forment autour des sujets généraux : politique, droit, économie et disciplines spécialisées ». Les billets « deviendraient plus longs ».

Le blog deviendrait-il l’affaire de communautés de spécialistes ?

2014

Quelques thèmes traités dans la dernière centaine de billets :

samedi 26 juin 2010

Football et France

Dominique Moïsi parle de la dépression française et de la faillite de son équipe de football. Elle le fait penser aux raisons de la défaite française d’avant guerre.

Drôle de pays. Depuis plusieurs décennies, réforme après réforme, il ne semble capable que de s’enfoncer. Plus d’idéaux, plus personne d’admirable, surtout pas les hommes politiques, encore moins les sportifs. Nous traversons une époque de doute. 

Risque prénatal

Les conditions prénatales (épidémie, pollution…) semblent avoir un fort impact sur l’avenir de l’homme fait.

Par conséquent, il est important de prendre soin des femmes enceintes.

vendredi 25 juin 2010

Obama et McChrystal

Le général McChrystal manque à son devoir de réserve, et le président Obama le licencie.

Ce qui confirme que le dit président est un homme de décisions rapides.

Capitalisme au grand coeur

Bill Gates et Warren Buffett tentent de convaincre les milliardaires américains de donner la moitié de leur fortune pour de bonnes œuvres.

S’ils réussissent, elles gagneront plus de 600md$.

Tradition américaine de la vocation sociale de l’entrepreneur, qui semble avoir été laissée pour compte par le tournant libéral qu’a connu récemment l’Europe. 

jeudi 24 juin 2010

Chine communiste

The permanent party se pose deux questions que je me posais : comment se fait-il que le parti communiste chinois soit toujours solidement au pouvoir après tous les dégâts qu’il a commis, et comment peut-il encore s’appeler « communiste » ?

Pour la seconde, réponse élégante : c’est le parti qui définit ce que signifie « communisme ».

En dépit d’une sorte d’économie de marché, la Chine semble totalement sous son contrôle. Ses représentants dirigent les entreprises, et l’armée est là pour le protéger. La corruption même serait « la colle qui rend solidaire le système ». D’où « paradoxe fondamental » : « Qu’un parti fort et tout puissant donne un gouvernement faible et des institutions douteuses ».

Il semblerait que le changement qui s’annonce (une économie tirée par la consommation intérieure et protégée par un système de sécurité sociale), ne puisse se faire sans « s’en prendre aux intérêts acquis qui profitent actuellement des distorsions ». Changement délicat, vraisemblablement… 



Ennui des réunions

Des sociologues se demandent pourquoi les réunions sont ennuyeuses.

Selon moi, elles ne devraient pas l’être. Spencer Wells explique que l’originalité de l’espèce humaine est d’avoir la capacité sociale à créer. La société est une sorte de machine à innover. Et l’outil de l’innovation est une petite assemblée identique à celle que formaient les chasseurs cueilleurs le soir autour du feu. C’était déjà là qu’ils échangeaient ce qu’ils avaient appris de leur journée et qu’ils avaient des idées nouvelles.

Depuis, les groupes sont demeurés de formidables outils de création. Débats démocratiques, jugement par jury, « focus group » marketing, mode projet de l’industrie…

Mais, si la créativité de groupe est l’acte différenciateur de notre espèce, pourquoi certaines réunions sont elles mortelles ? Justement parce qu’elles ne se veulent pas créatives ? Qu’un ou plusieurs participants pensent détenir le savoir et veut l’imposer aux autres ?...

mercredi 23 juin 2010

195 km/h

Compte rendu d’audience de l’affaire Kerviel. M.Bouton dit à M.Kerviel qu’il est coupable d’avoir roulé à 195km/h sur une route au seul motif qu’elle n’avait pas de radars. Ce qui est probablement juste.

Mais c’est une accusation bien plus grave pour M.Bouton que pour M.Kerviel.

En effet, elle signifie que M.Bouton n’avait pas construit les contrôles nécessaires dans son entreprise. Or le rôle d’un dirigeant c’est cela. Surtout dans une industrie aussi risquée que la banque.

D’ailleurs, le gouvernement l’a bien compris, qui a mis des radars partout, pour réduire la vitesse des automobilistes et les dangers qu’ils représentaient. Et je doute que la population ne soit pas encline à le condamner si elle apprend qu’il a laissé un chauffard rouler pendant plusieurs années sans l’arrêter, chauffard qui a écrasé quelques innocentes familles…  

Prix de la marée

Complément à un précédent billet concernant le coût de la marée noire produite par BP :
Les autorités estiment que le pétrole s’écoule au rythme de 60.000 barils par jour (…) l’équivalent d’un Exxon Valdez tous les quatre jours.
Effectivement, ça risque de coûter cher.

Compléments :
  • En me renseignant sur l’Exxon Valdez, j’ai découvert qu’il naviguait toujours, mais sous pavillon panaméen, et avec un propriétaire chinois…

Gouvernement anglais

Hier, le gouvernement anglais annonçait un plan de rigueur qui semble sévère. Bien que difficile à juger.

A-t-il profité d’une sorte d’état de grâce ? C’était maintenant ou jamais ? Toujours est-il qu’il paraît jouer profil bas, dans ses relations internationales :
à l’étranger, l’estime pour et l’influence de la Grande-Bretagne ont été dégonflés par la fin désastreuse de son boom économique. Le tant vanté miracle du capitalisme anglo-saxon s’est révélé un mirage. (…) Dans de telles circonstances politiques et économiques, la modestie et la gentillesse sont des stratégies sensées. 
Ah, si nous pouvions avoir un tel gouvernement, modeste et discret, me dis-je !

Inégalités et marchés

Une étude sur la réduction des inégalités en Amérique latine.

Elle serait principalement due à l’amélioration de l’éducation primaire de la population, à « l’échec du changement vers une technologie de hautes qualifications, des années 90, qui était associé à l’ouverture au commerce et à l’investissement, qui profitait de manière disproportionnée à ceux qui avaient une bonne éducation », et à des transferts en direction des plus pauvres.

Décidément, les marchés semblent avoir besoin d’un coup de pouce pour faire la prospérité collective. 

mardi 22 juin 2010

Bérézina footballistique

Hervé Kabla a bien joué, mais il a perdu. Il avait vu que le Mexique et l’Uruguay ne feraient pas match nul, ce qui laisserait la place à la France de se qualifier. Le début était juste, mais pas la fin.

En tout cas, le spectacle international qu’a donné l’équipe nationale est affligeant. Y a-t-il là quelque chose de la situation de notre pays ?

J’écoutais ce soir un morceau d’émission sur la défaite de 40 que la France de l’époque avait vue comme la sanction méritée des désordres de la troisième république (et même de la république tout court), et je me demandais si l’on n’était pas à nouveau aux prises de mêmes forces de dislocation… 

Néo Sarko

Je suis amené à me pencher sur la réforme des retraites, et à revoir mes positions sur le sujet :
  1. Augmenter l’âge de la retraite est injuste : les personnes qui ont commencé jeune doivent travailler plus, accentuation des privilèges des retraités actuels, à la solidarité desquels il n’est pas fait appel, par rapport aux (fort peu) actifs… Vers une guerre des générations ?
  2. Économiquement, ça paraît inefficace : cela ne peut qu’augmenter le coût du chômage, et déprimer un peu plus un marché intérieur dont dépend massivement l’entreprise. Il y a fort à parier que cette réforme ne fera qu’accentuer les problèmes du pays, qui ne vont qu’en s’amplifiant depuis 40 ans.
En tout cas cela serait conforme à l’hypothèse selon laquelle N.Sarkozy applique, volontairement ou non, un programme néo conservateur. Dont la logique est qu'être pauvre est une tare. Chaque occasion serait exploitée pour faire passer des mesures favorables aux riches, vus comme créateurs de richesse parasités par une racaille pauvre ? Programme diamétralement opposé à celui de M.Aubry, tout aussi idéologique ?

Mais alors pourquoi M.Sarkozy est-il aussi haï par la presse anglo-saxonne, qui le voit comme un pourfendeur du capitalisme ? Serait-ce une simple gesticulation dans notre direction pour masquer la réalité de ses manœuvres ?...

Efficacité allemande

Une partie des problèmes de la zone euro vient de l’efficacité allemande. Elle aurait deux causes :
  1. Une très nette baisse de salaires (20% par rapport à l’UE, entre 1994 et 2007).
  2. Des délocalisations vers l’est de l’Europe, qui auraient à la fois abaissé ses coûts, contribué au phénomène ci-dessus (concurrence avec la main d’œuvre allemande), mais aussi corrigé son déficit démographique. 

Deux mille

Ce blog a 2000 billets. Curieux. Lorsque j’ai franchi le centième billet j’étais tellement surpris que j’ai décidé de marquer toutes les centaines. Il était alors inconcevable que j’atteigne 2000.

L’intérêt du blog est de me forcer à réfléchir. Pour l’écrire, j’ai besoin d’être stimulé par la nouveauté. Et ce travail m’oblige à une réflexion qui procède par une sorte d’accumulation. D’une vitrine pour mes travaux sur le changement, ce blog s’est transformé en une enquête sur les changements que subit la société humaine depuis ses origines, et les lois qu’ils semblent suivre.

Le plus difficile est de faire entrer lecture et écriture dans ma vie. J’ai procédé selon les techniques que j’utilise pour l’entreprise : par le gain de productivité et le rite. J’écris de manière asynchrone : certains moments de la semaine sont réservés au blog. Les billets sont ensuite étalés sur les jours suivants. Il m’arrive aussi de réagir à l’actualité, n’ayant pas totalement réussi à me déconnecter d’Internet quand je travaille.

Parmi les changements dus à ce blog : je ne lis plus un livre ni ne regarde un film de la même façon que par le passé… 

lundi 21 juin 2010

Risque et alimentation

Les gens qui mangent mal ou fument beaucoup tendent à « percevoir récompenses et gratifications immédiates comme plus importantes que leurs coûts à venir ». (Are you what you eat?)

Une population désespérée ferait-elle une économie prospère ?

Culture et football

Henry Kissinger parlant du football allemand :
L’équipe nationale allemande joue de la façon dont son état major s’est préparée pour la guerre ; les matchs sont méticuleusement planifiés, chaque joueur est qualifié à la fois en attaque et en défense. Des combinaisons de passes complexes évoluent, partant juste en face de la cage du gardien de but allemand. Tout ce qui est possible par la prévoyance humaine, la préparation et le travail acharné est pris en compte.
La particularité de l’Allemagne est aussi de « vouloir gagner quelque en soit le prix », ce qui fait qu’elle peut marquer des buts quand tout semble perdu, au risque d’en encaisser.

Astaxanthine

Le saumon d’élevage n’est pas rose comme le saumon en liberté.

Alors, on lui fait ingérer un ingrédient artificiel, « tiré de dérivés pétroliers, au moyen d’un processus chimique complexe », qui fait croire au consommateur qu’il mange l’espèce d’origine.

Le consommateur est-il informé de ce tour de passe-passe ? Le manque de sens civique de l’entreprise est curieux.

(Information venant de WELLS, Spencer, Pandora’s seed, Random House, 2010.)

dimanche 20 juin 2010

Lobbying et démocratie

Le lobbying américain a quelque chose d’inquiétant.
  • La réforme du système financier inquiète la profession concernée. Elle aurait « dépensé 125m$ en lobbying ». Rien que les services financiers emploieraient plus de 3000 lobbyistes. Plus inquiétants : les 12 sénateurs qui doivent concevoir la loi définitive « ont reçu plus de 57m$ des secteurs en question pendant leur carrière ». Et un sénateur qui vient de proposer un assouplissement de la loi compte parmi ses plus gros donateurs KKR, un fonds d’investissement gigantesque. (Cheques and imbalances.)
  • L’entreprise américaine possède des techniques extrêmement efficaces pour faire douter le public des travaux scientifiques qui la desservent. Elles auraient été mises au point dans les années 50, à l’époque où les fabricants de cigarettes étaient menacés. « Les techniques utilisées incluaient différents types de désinformation combinés à une durable et honteuse habitude de coller aux arguments discrédités qui semblaient bien marcher ». (All guns blazing.)
Le plus étrange, peut-être, et que la démocratie américaine fonctionne en dépit de tout cela…

Obama le rouge (bis)

Un article confirme le malaise que suscite B.Obama chez beaucoup d’Américains :
La droite américaine n’a pas vu le vrai défaut de M.Obama. Il n’est pas un « socialiste », mais il ne comprend pas le monde des affaires. Même les directeurs généraux de gauche se plaignent qu’il n’exprime pas assez d’estime pour le capitalisme, et qu’il n’est pas sur la longueur d’onde de ceux qui le pratiquent. On fait entrer les patrons pour la photo, puis on les oublie. C’est une chose d’exiger des réparations de BP, c’en est une autre de le traiter comme un envahisseur étranger. Il a de l’intérêt pour l’économie et la technologie, mais pas pour la manière de gagner de l’argent.  
En fait, tout ceci me frappe comme étant un peu communiste. Le communisme c’est un capitalisme d’État. C’est un grand intérêt pour la science et la technologie, pour une production à outrance, mais une défiance envers l’enrichissement privé. C’est aussi très français : après guerre l’administration gérait l’économie et la petite entreprise était vue comme une sorte de « variable d’ajustement » un peu magouilleuse et pas très propre (cf. les travaux de M.Crozier sur la bureaucratie). B.Obama serait-il de l’espèce des planificateurs d’après-guerre ?

De la soumission de la femme

Le livre dont je parlais dernièrement dit ceci des sociétés à forte culture paternaliste :
La meilleure stratégie pour une femme qui veut soulager sa subordination à son mari, beau-père ou belle-mère est d’élever beaucoup de garçons et d’établir une relation forte de telle façon à ce que, lorsqu’ils amèneront leur épouse à la maison, elle puisse exercer son autorité sur ses belles-filles.
L’observation d’un de mes anciens collègues libanais m’a amené à cette même conclusion. Sa mère l’avait réduit en une sorte de dépendance totale, qui faisait qu’à 35 ans il se précipitait dans ses bras dès qu’il soupçonnait l’attaque du plus innocent microbe. À quoi s’ajoutait le mépris absolu de la femme, considérée comme un objet. Il me décrivait la France, avec ses femmes libérées mais en déficit d’affection, comme une gigantesque maison de passe, gratuite.

Ce qu’il y a de surprenant dans ce modèle, c’est comment il se perpétue : par la femme, qui fait de l’homme un pantin ridicule, arme de sa vengeance contre une société injuste. 

samedi 19 juin 2010

Histoire du mariage

COONTZ, Stephanie, Marriage, a History, Penguin books, 2005.

Chez les chasseurs cueilleurs, on ne stocke pas, on consomme ce que le groupe trouve au jour le jour. Le « mariage » sert à créer des alliances pour étendre le groupe. Puis l’homme se sédentarise, et accumule des biens, le mariage lui sert à augmenter sa richesse. La guerre et la charrue amènent la subordination de la femme. Dans les sociétés guerrières, elle est un outil d’alliance et de pacification ; dans les sociétés pacifiques et prospères, elle permet de construire des réseaux d’affaire et de lever des capitaux. À partir du 16ème siècle, le mariage passe du privé au public. La tradition du consentement, propre à l’Occident, installe la notion de choix individuel. Le mariage a aussi un rôle régulateur : grâce à ses règles, la population évolue en fonction des aléas économiques.

Les Lumières et l’avènement de l’économie de marché voient émerger l’emploi salarié et disparaître l’organisation monarchique de la société et de la famille. Mais l’égalité entre homme et femme est alors dans la différence. Ils sont supposés occuper deux sphères séparées : raison, économie d’un côté, sentiments et maison de l’autre. La cellule familiale d’unité de production devient foyer « d’âmes sœurs ». Puis c’est l’époque victorienne où le mariage est expérience centrale à la vie, et le début du vingtième siècle lors duquel les frustrations victoriennes font place à une invasion sexuelle que l’époque cherche à contenir dans le mariage. L’après guerre donne naissance à une vision idéalisée d’une famille où le père travaille et la mère est au foyer. Ce modèle est victime de l’inflation des années 70, qui rend obligatoire le second salaire, de l’électroménager qui réduit les tâches ménagères, du contrôle des naissances et d’une perte d’intérêt pour la légitimité, une des raisons d’être du mariage. De la conformité, le monde aspire à la satisfaction personnelle. Il devient un équilibre entre désirs de deux égaux que plus aucune règle sociale ne contraint. Notre société (notamment son organisation du travail) bâtie sur un schéma ancien est peu favorable à la nouvelle réalité. Ce qui fait du mariage un lien fragile, qui ne sourit qu’aux âmes déjà favorisées par le sort.

Commentaire :

L’histoire du mariage témoin de l’histoire de la société ? Elle est façonnée par des forces qui s’opposent et qui grandissent et disparaissent laissant la place à d’autres qui se développent à leur tour et transforment notre vie.

Quant à notre monde actuel il ressemble effectivement à celui que décrit Stephanie Coontz. Un monde d’individus, fragile, sans la certitude de la morale ancienne. Un monde qui ne sourit qu’à une élite privilégiée, et dans lequel le reste de la population souffre de ce que l’organisation sociale ne correspond pas à ce qu’on lui demande. Et c’est peut-être pour cela que des gens comme moi parlent désormais autant de changement : l’individu a besoin qu’on l’aide à faire évoluer un environnement inadapté. Comme celle de Freud, qui fut concomitante avec la révolution sexuelle du début du XXème, ma science serait-elle de mon temps ? 

vendredi 18 juin 2010

Foot, BP et Kerviel

La BBC ce matin déplorait que l’équipe de France de football ait été choisie à la place de celle d’Irlande : l’Irlande, elle, sait jouer au football.

Ce que nos joueurs savent faire, c’est gagner beaucoup d’argent. D’ailleurs, partout, gagner de l’argent est devenu une fin en soi. Et pour cela, le plus efficace n’est pas de bien faire son travail. Pour les financiers, le retour sur un investissement est fonction du risque. Pour s’enrichir il suffit donc de faire courir des risques à une entreprise. Bien sûr elle finira par le payer. Espérons que l’on ne sera pas là quand elle le fera. 

C’est peut-être cela l’enseignement des affaires Kerviel et BP, qui ne sont probablement que des cas extrêmes d’un comportement général.

Compléments :
  • Ce que je vois de l’affaire Kerviel me fait penser à l’affaire Madoff. Si Bernard Madoff a aussi bien réussi, c’est que ses investisseurs soupçonnaient qu’il était un escroc, mais pas le type d’escroquerie qu’il commettait. Jérôme Kerviel aussi semble avoir été entouré de l’estime de tous. On soupçonnait, semble-t-il, que ce qu’il faisait était louche, mais on n’en imaginait pas les conséquences.
  • D’ailleurs, les choses ne semblent pas parties pour changer : les grandes entreprises américaines nagent dans le cash. Plutôt que de l’investir dans leur activité, elles ont décidé d’acheter leurs actions, qui sont au plus haut. 

18 juin

La tradition gaullienne du programme unique de la radio d’État revient, après le mur de Berlin, c’est le tour du 18 juin.

J’entendais hier « l’appel » de De Gaulle. C’était bref, pas d’envolée littéraire ordinaire à de Gaulle. Pas grand-chose de plus qu’un appel. Mais osé, quand on y réfléchit bien. Un modeste général de brigade à titre provisoire qui demande à ses supérieurs de lui faire allégeance…

Les gens déterminés plient nos volontés aux leurs ? Une forme de conduite du changement ?

Obama le rouge

Par l'intimidation, B.Obama a contraint BP à constituer un fonds de 20md$. Pourquoi le peuple, qui l’accusait d’impuissance, ne le porte-t-il pas en triomphe ?

Parce qu’il a déjà imposé sa volonté à l’industrie automobile, qu’il a mise en faillite et dont il a liquidé quelques dirigeants, et au monde de la santé. Aux USA ceci s’appelle communisme.  

En réalité, Obama joue les équilibristes. Car son attaque contre BP est aussi dans la culture américaine, culture de karchérisation du mal, qu’il s’appelle Enron ou Arthur Andersen. Un sénateur américain, qui a voulu défendre BP, a dû être désavoué par son parti…

En tout cas ceci montre que B.Obama est un homme redoutable, et que peu d’organisations humaines peuvent lui résister. 

Dommages de BP

Discussion avec un expert qui m’explique que les dommages que va subir BP sont fonction de la quantité de pétrole déversé sur les plages américaines. Compte-tenu de ce que l’on en sait, il estime le coût de l’affaire à 20 ou 30md$.

Ce qui est très supérieur aux estimations initiales, supérieur à ce que contiendra le fonds de dédommagement qu’a prévu BP (20md$), et pas loin du montant maximum (40md$), que j’ai vu apparaître ici ou là. La baisse de cours de la société ne semble plus excessivement irrationnelle.

Par ailleurs, il confirme un changement des pratiques en matière de dommages écologiques : dorénavant, le pollueur paie d’abord, avant d’être engagé dans des procès. 

Éliminer la mafia

Certaines zones de Rio sous la coupe de bandes mafieuses sont en train de se transformer.

Raison ? Probablement moins la police que l’économie. « L’insécurité et la pauvreté ont marché main dans la main à Rio ».

Je continue à croire que la Mafia est un mode d’organisation d’une société relativement efficace, quand elle manque de tout. Il est certainement utile de la combattre, mais le combat est vain si on ne propose pas à la population d’améliorer son sort. 

jeudi 17 juin 2010

Priceminister et Rakuten

Priceminister est acheté par Rakuten, grande société japonaise.

J’apprends que Priceminister n’est pas ce que je croyais. Légères pertes, relativement petit chiffre d’affaires (40m€). Prix d’achat : 200m€.

Succès des, très jeunes, fondateurs de Priceminister, qui vendent très cher quelque chose qui n’est pas rentable, ou manque d’ambition française, qui ne cherche pas, comme l’aurait fait un Américain, la domination mondiale ?

Compléments :

Dépression française

Le Nouvel Économiste a un article sur la déprime française, qui semble mondialement unique et en plongée continue.

Edgar Schein dit que le rôle de la culture est de rendre l’homme heureux. (La culture est l’ensemble des règles qui guident notre comportement collectif.) Effectivement, l’idéal social que nous nous sommes formés ne correspond en rien à notre société, nos conditions de travail sont inadaptées à une vie familiale correcte… Nous ne rencontrons que des désagréments usants. Ce qui fait que nous avons beaucoup de mal à obtenir ce que nous désirons. C’est la définition même de la dépression.

J’ai fini par me demander si nous n’étions pas en train de remettre en cause le modèle bureaucratique français, qui semble aussi vieux que le pays. Un modèle qui veut que nous soyons tous des assistés. Vivrions-nous un bouleversement millénaire ?

Compléments :
  • SCHEIN, Edgar H., Organizational Culture and Leadership, Jossey-Bass, 2004.

Retour à la raison

Degré 0 du marketing, et de l’intelligence. Depuis des années je vitupère nos entreprises, qui semblent croire que plus un produit à de fonctionnalités meilleur il est. D’où complexité effroyable. Degré 0 de l’envie d’acheter.

Eh bien, il semblerait que le marché m’ait entendu et qu’Apple, mon champion, soit de plus en plus imité.  

Il est aussi possible que « l’innovation frugale » des industries émergentes fasse des émules. 

mercredi 16 juin 2010

Obama et la marée

La marée noire de BP met en difficulté B.Obama. Une fois de plus on lui reproche son manque de compassion, sa froideur. C’est un homme d’équations.

Et, en quelque sorte, il semble avoir cherché à résoudre la crise actuelle comme une équation, et à remplacer son manque de cœur par son art consommé du discours. Principe central : surprendre la nation par la force de la riposte. Ainsi qu’il semble l’avoir conseillé aux dirigeants européens lors de la crise grecque.

Il a pris un ton grave, a parlé de guerre, s’est adressé au peuple du lieu des décisions des moments historiques. Et, à nouveau, un retournement de situation : justification de ses projets de législation environnementale.

Cette affaire montre que la communication de crise n’est pas la seule technique adaptée à la crise. Il y a le bouc émissaire et l’autodafé. Infliger une peine exceptionnellement cruelle à BP peut calmer le peuple (cf. la mise en faillite d’Arthur Andersen lors du scandale d’Enron). En ce sens, l’idée d’un énorme fonds alimenté par BP et destiné à dédommager les victimes de la marée noire est efficace (et intelligent : lors des précédentes marées noires les dédommagements sont arrivés après des décennies). De même que d’accrocher ses dirigeants au pilori. 

Exemple Lean

Il y a quelques temps j’ai rendu visite à une entreprise que je n’avais pas vue depuis longtemps. Surprise, de canard boiteux dont on n’arrivait pas à se débarrasser, une de ses divisions est devenue un champion de rentabilité. Plus curieux : il semblerait que ce soit dû à une innocente idée sortie d’une mission ancienne. À la réflexion, je me demande si l’on n’a pas là une illustration du principe même de Lean production :

La mission consistait à améliorer la rentabilité d’un gros groupe industriel. J’avais proposé de mettre en place un processus de « target costing » (mesure de marge) en amont des appels d’offres. Et d’appliquer, à titre d’apprentissage, la méthode à un gros appel d’offres.

Lors de l’exercice, la première proposition de la division est refusée. Elle arrive alors avec une offre modifiée. L’innovation principale consiste à ne plus coller les deux éléments du produit avant de les découper, mais à les découper d’abord, puis à les coller. De ce fait les « pertes » sont récupérables. En fait, il n’y a plus de pertes. Le taux de rentabilité interne (TRI) du projet passe de 0 à 13%.

Pourquoi n’y avait-on pas pensé plus tôt ? demande le directeur financier du groupe. Jusqu'ici on se contentait de demander un devis à la direction technique de la division, et l’on bataillait avec le client à partir de ces chiffres. Cette fois-ci on a dit aux experts de la société que leur proposition n’était pas satisfaisante, on les a informés de ce que veut le marché.

Nos techniques de production occidentales considèrent l’homme comme un exécutant. Au contraire, pour le « Lean » il est responsable de l'amélioration continue des processus de production dans lesquels il travaille. Il le met en face des problèmes que l’organisation rencontre, et lui demande de les résoudre.

Mes techniques de conduite du changement, dont c’est le principe, font du « Lean » sans le savoir !

mardi 15 juin 2010

Spéculation contre l’Europe

Jean Quatremer exhume un curieux épisode de la spéculation contre les monnaies européennes : l’attaque de 92, 93.

L’événement ressemble étonnamment à ce que nous vivons, mais en infiniment plus féroce. La lire est dévaluée, l’Angleterre est humiliée, même l’Autriche et le Luxembourg sont contraints de décrocher leur monnaie du mark, et la France est à un cheveu de la Bérézina. Comme actuellement, elle accuse l’Allemagne d’intransigeance, et implore un peu de souplesse. Incompréhension et procès d’intentions sont partout entre les deux pays.

La stratégie des spéculateurs (emmenés par George Soros) est aussi digne d’intérêt. Ils semblent chercher la faille dans la solidarité humaine, à faire éclater les liens sociaux fragiles. Et en détruisant la société, ils récoltent beaucoup d’argent. Dans ce cas, l’instabilité vient de l’unification allemande qui coûte extrêmement cher au pays, pousse ses taux d’intérêt à la hausse, et détache le mark des autres monnaies. Le calcul des spéculateurs est que la défense de ces monnaies va étrangler les économies concernées. Les gouvernements devront céder et les dévaluer. Il y a chômage massif, mais le franc tient.

Épisode plein d’enseignements ? L’Europe a subi beaucoup de crises financières, et a survécu : les économistes anglo-saxons nous enterrent un peu vite ? Et si la crise actuelle était moins terrible que ce qu’elle aurait pu être ? « D’une certaine façon, éviter de telles crises est le meilleur argument qui soit, en faveur de l’union monétaire» dit Helmut Schlesinger, à l’époque président de la Bundesbank. Enfin, on retrouve ici le financier du Galbraith du crash de 29,  parasite de la société qui fait fortune en la détruisant ? Mais, si elle ne périt pas, elle se renforce. C’est probablement pour cela que les Anglo-saxons vénèrent les marchés… 

Bulle euro

Prise de conscience. Les marchés ne sont pas irrationnels maintenant, mais l’ont été hier. Ils ont fait un pari qui a mal tourné (pour nous ?). Exemple européen :
  • (les spéculateurs) ont acheté les obligations des gouvernements de la périphérie européenne dans l’espoir que leurs taux convergeraient vers ceux de l’Allemagne.
  • Résultat. Les pays concernés n’ont pas fait les réformes nécessaires, et aujourd’hui ils subissent une double peine.
Conclusion ? Il faut être raisonnable pour deux et refuser les cadeaux qu’offre le marché ?

Compléments :
  • Curieusement, Paul Krugman explique au gouvernement américain qu’il n’a aucune raison d’envisager un plan de rigueur puisqu’il peut emprunter bon marché… 

Innovation en Europe

L’industrie high tech commencerait à bien se porter en Europe.

Ce serait le fruit de la lente émergence d’un « écosystème » favorable : entrepreneurs, capital risque, avocats, agences de relation presse…

Mais il reste encore des étapes à franchir. Les entreprises clientes doivent être plus aventureuses dans leurs choix, faire plus confiance aux petites entreprises, et, surtout ?, ne pas vouloir tout réinventer ; le capital risque ne doit plus être dirigé par des banquiers, mais par des entrepreneurs ; l’entrepreneur doit acquérir la compétence, et l’envie, de bâtir des multinationales.

Ce que je vois en France serait-il donc aussi vrai pour l'Europe ?

Trahis par Galbraith ?

En écrivant billet après billet, j’ai la curieuse impression que Galbraith a tiré contre son camp.

Dans les années 50, il expliquait pourquoi les théories économiques, qui ne prévoient que la pénurie, le chômage et la crise, avaient été défaites par la réalité de la société d’abondance de l’époque. Et qu’il n’y avait que quelques théoriciens ridicules qui osaient encore les défendre. Il disait, par exemple, que c’était l’État qui régulait l’économie par son poids, et par ses dépenses d’armement, que nous acceptions de lui payer des taxes indirectes, mais pas des impôts, que l’entreprise s’était éloignée du risque en s’autofinançant… (L’ère de la planification.)

Or tout ceci a été retourné. L’opinion a été convaincue que l’État était sans utilité ; tout ce qui le légitimait a été attaqué (l’armée) sans être remplacé, les taxes indirectes ont été liquidées si bien que le contribuable ne voit plus que l’inacceptable : l’impôt ; et les entreprises se sont surendettées, pour pouvoir verser de gras dividendes à leurs actionnaires. Du coup, la réalité a justifié les prévisions de l’économie – « dismal science ».

Tout s’est passé comme si la vision que dessinait Galbraith avait été inacceptable à certains et qu’ils avaient utilisé son diagnostic pour la torpiller.

lundi 14 juin 2010

Séquençage du génome

Le projet de séquençage du génome humain a dix ans. C’est un échec thérapeutique mais un succès pour la science :
  • L'on aurait cru que les maladies avaient une cause génétique simple. Tous les cancéreux, par exemple, devaient avoir la même anomalie génétique. Or, il semblerait, au mieux, que « chaque maladie commune est causée par un grand nombre de variantes rares ». Bref, l’industrie pharmaceutique est bredouille.
  • Par contre, ce projet à but lucratif a fait faire des pas de géants à la compréhension du fonctionnement, et de l’histoire, de l’homme et du règne animal.

Compléments :

Juger un plan de rigueur

On parle de rigueur en France. Difficile de juger un tel plan, faute de comprendre ce qu’il compte faire pour en évaluer les conséquences. Quelques idées de bon sens :
  • « Les marchés » ont un pouvoir indéniable, même s’il semble irrationnel à certains économistes, il est donc intelligent de chercher à les rassurer (ce qui n’a rien d’une science exacte…).
  • Bien qu’il n'y ait rien de certain en économie, il est vraisemblable qu’une réduction de déficit trop brutale peut la stopper, donc réduire les recettes de l’État, augmenter les déficits… jusqu’à ce que mort s’ensuive. Donc, pas d’excès.
  • Sur le long terme, le problème de la France est son déficit structurel qu’elle n’arrive pas à résorber. Il serait bien que le gouvernement explique comment il compte venir à bout de ce qui semble un mal endémique.
  • La rigueur ne doit pas attaquer les investissements nécessaires à l’avenir du pays (par exemple détériorer le système d’éducation). Au contraire. Est-ce le cas ?
  • Le gouvernement peut se tromper, mais ce n’est pas la fin du monde. Notre sort est en grande partie entre nos mains. La société a une grande capacité d’adaptation. D’ailleurs elle est peut-être en train de se transformer. 

Sécession belge

Une grande majorité de la Flandre serait en faveur d’une dissolution du royaume.

The Economist y voit le sort de l’Europe. Même problème : « déficit démocratique ». Les Flamands ne peuvent que se lamenter des déficits wallons, mais n’ont aucun pouvoir sur eux, et les wallons ne peuvent rien faire contre les séparatistes flamands, parce que leur vote ne compte pas en Flandre. De même l’Allemagne ne peut imposer sa rigueur aux Grecs.

L’argument me semble fallacieux. Ce que l’on voit en Belgique ce sont deux communautés qui se replient sur elles-mêmes. C’était la situation de l’Europe avant la construction européenne : hostilité.

Si les peuples ne veulent pas s’unir, aucun mécanisme ne pourra les y contraindre. L’Europe est une volonté d’union. 

Angleterre et coupe du monde

La coupe du monde de football nous rappelle que le Royaume Uni est une sorte de fédération.

C’est l’Angleterre, un de ses membres, qui y sera représentée. Ses supporters agiteront la « croix de Saint George » et non l’Union Jack, que l’on aurait attendu, nous Français incultes.

Compléments :
  • En quoi l’équipe d’Angleterre représente l’esprit du pays : This England.

Énigme turque

J’entends des bruits discordants. Pour certains la Turquie, repoussée par l’Europe, se jihadiserait, pour d’autres elle chercherait à retrouver sa gloire ottomane.

Il se pourrait qu’il n’en soit rien ; que la Turquie désire toujours rejoindre l’Europe ; qu’elle devienne plus démocratique à mesure que les réformes inspirée par l’Europe s’installent ; qu’elle ait une politique de bon voisinage très favorable à son économie (croissance de 7% l’an) ; qu’elle doive ménager l’Iran, du pétrole duquel elle dépend ; que les coûts d’une brouille avec Israël soient trop élevés pour qu’elle laisse une dispute avec ce pays s’envenimer ; que son influence nouvelle sur le monde arabe soit donc une bonne chose pour l’Occident… Mais un accident peut toujours arriver. 

Développement durable

Je me penche actuellement sur la question du développement durable et j’en reviens à des idées que j’ai eues il y a 7 ans :

Edgar Schein, « l’inventeur » du terme « culture d’entreprise », dit que le comportement des membres de l’organisation est guidé par ce qu’ils ont pensé être les raisons du succès de son fondateur. Je constate régulièrement que les entreprises sont construites sur des valeurs présentes dans l’inconscient collectif, qui sont liées au succès de l’entreprise, et qui suscitent un renouveau de motivation lorsqu’on les révèle.

Qu’est-ce qui menace ces valeurs ? Ce sont les aléas de l’histoire de l’entreprise, les « changements » qu’elle traverse. Alors, elle se trouve en face de situation nouvelles, et elle peut ne pas savoir y répondre en demeurant fidèle à ses valeurs. Elle triche. C’est que Robert Merton appelle « innovation ».

Autrement dit, il me semble qu’une entreprise est durable si elle sait respecter ses valeurs fondatrices. Autrement dit, « changer pour ne pas changer » :
  • Je soupçonne que les difficultés qu’ont connues récemment France Télécom, BP et la Société Générale viennent de là : ces sociétés n’ont pas su comprendre comment leurs valeurs fondatrices leur permettaient de prospérer.
  • Exception : je crois que les entreprises américaines ne sont pas durables, parce qu’elles ne sont pas faites pour l’être. La plupart d’entre-elles ne servent qu’à enrichir, le plus vite possible, leurs fondateurs et leurs investisseurs.

Compléments :
  • SCHEIN, Edgar H., Organizational Culture and Leadership, Jossey-Bass, 2004.
  • MERTON, Robert K., On Social Structure and Science, The university of Chicago press, 1996.