lundi 12 juillet 2010

Machine de résolution européenne

La mise en œuvre du traité de Lisbonne est un changement. Difficile de savoir comment il se passe. En attendant, voici ce que je comprends de la vision de Catherine Ashton :

Elle semble penser que la question qui se pose au monde est à la fois la globalisation – tout est lié - et l’adoption des valeurs occidentales. Pour cela les solutions nationales ne fonctionnent pas. Or, l’Europe est « une machine géante de résolution de conflits, qui permet aux États membres de traiter des problèmes transfrontaliers sur la base de règles approuvées ». Pourquoi ne pas appliquer cette machine aux problèmes mondiaux ?

Si bien que le service diplomatique européen devient une « plate-forme intégrée qui projette efficacement nos valeurs, et nos intérêts partout dans le monde », une mécanique pour construire des « stratégies politiques », qui orientent ensuite le déploiement de moyens qui sont nécessaires à leur mise en œuvre (moyens qui sont aujourd’hui déployés sans principe directeur, d’où leur peu de résultats).

Curieux. Et si l’Europe était une mécanique de résolution de problèmes multinationaux ? Une sorte de « donneur d’aide » qui apporte à la résolution des problèmes du globe, dont nous sommes l’origine, des méthodes issues de notre « boîte à outils » occidentale ? Et qui, résolution après résolution, diffuse et fait fonctionner le modèle occidental ?

Ce qui n’est pas clair est comment mettre en œuvre cette vision. Qui possède ce savoir-faire de résolution de problèmes intérieurs à l’Europe ? Comment peuvent-ils être utilisés pour résoudre les problèmes mondiaux ? 

D’ailleurs, l’Europe semble elle-même manquer d’un projet politique : ne devrait-elle pas s’appliquer sa propre médecine ?... 

L’entreprise programme l’homme

Souffrance au travail ne serait pas uniquement français : « un sixième des employés anglais souffre de dépression et de stress », « La recherche américaine suggère que le présentéisme (par lequel le KO debout vient au travail sans rien apporter) coûte deux fois plus que l’absentéisme ». Si bien que les entreprises anglo-saxonnes paient maintenant des soins psychologiques aux employés qui comptent le plus.

Nouvel avatar de la passion américaine pour « l’influence », l’utilisation des mécanismes de manipulation humains et sociaux au profit de l’entreprise ? Curieux combien une certaine forme de capitalisme a en commun avec le soviétisme.

dimanche 11 juillet 2010

La bataille d’Europe

The Economist fait un point sur les idéologies qui cherchent à imposer leur marque à l’Europe. La face répugnante de la France apparaît partout.

Gouvernance
  • L’Allemagne veut des règles de bonne gestion, et des sanctions pour ceux qui ne les suivent pas. Une éventuelle coordination économique doit impliquer les 27, et pas la zone euro, puisque les idées françaises semblent y avoir la majorité.
  • La France aimerait un gouvernement économique. « Traduit, ceci signifie des politiciens se mêlant de politique monétaire et un système de redistribution des pays riches vers les pauvres », mais aussi « freiner la concurrence portant sur les taux d’imposition des entreprises et le coût du travail. »
Libéralisme
  • Pour l’article libéralisme = libre marché du travail. Plus précisément, liberté de travailler partout en Europe, et surtout de profiter du faible coût du travail de certains pays. Ce serait la « globalisation à l’intérieur des frontières (de l’Europe) ».
  • L’antithèse de cela, l’axe du mal, est le modèle Français. Il protégerait l’homme de la globalisation, grâce à un lourd système de sécurité sociale, des restrictions des mouvements des travailleurs, et, pire, un salaire minimal européen.
Commentaire :

Tout ceci est bien connu. Mais il me surprend. Je ne pensais pas que le libéralisme anglo-saxon c’était aussi peu que cela. Peut-on imaginer faire fonctionner le monde simplement en y échangeant des hommes comme des biens de consommation ? En exploitant des différences de coût, par nature transitoires ? Où est la création là dedans ?

Il ne pouvait y avoir que des boutiquiers pour avoir de tels idéaux.  

Culture allemande

On en veut aux Allemands parce qu’ils ne savent qu’exporter, pas consommer. Or, le monde ne peut pas vivre en déficit. Mais l’Allemand est génétiquement frugal et considère même le service comme un gaspillage (sa qualité serait-elle pire en Allemagne qu’en France ?). Hair-shirt economics.

« Les entreprises allemandes ont pressé la zone euro comme un citron, et l’ont jetée. » L'économie allemande, qui repart à grande vitesse, s’intéresse de moins en moins à la zone euro (« à partir de 2008 les exportations de biens vers la zone euro comptaient pour 17% du PIB allemand contre 23% pour les pays extérieurs »). Son seul problème est de placer son argent. Jusqu’ici il a alimenté toutes les bulles spéculatives, d’où l’état branlant de ses banques, mais, maintenant, il a trouvé un placement sûr : la Chine. Lemon aid.

Voilà qui contredit les économistes, qui croient que le monde obéit à la raison. La culture allemande produit naturellement un déséquilibre mondial, chaque Allemand y contribue sans même le savoir. Le corriger va bien au-delà de la volonté politique, fort impuissante face à un tel mouvement de fond. 

Du silence et des ombres

Film de Robert Mulligan, 1962.

Semble être un immense classique, tiré de l’unique livre, et immense bestseller, d’une amie d’enfance de Truman Capote, Harper Lee. D’ailleurs leurs deux personnages apparaissent dans le film.

Curieuse morale me semble-t-il. Un premier procès condamne un innocent. Puis un coupable est tué, mais cette fois-ci on décrète que c’est un accident, pour ne pas répéter une expérience désagréable.

Y aurait-il des justes, et ils sont au dessus des lois ?

samedi 10 juillet 2010

Intelligence et pauvreté

Les habitants des pays pauvres seraient moins intelligents que ceux des pays riches.

Explication : les conditions de vie des pauvres empêchent leur cerveau de se développer correctement.

Cependant l’article définit l’intelligence par le QI. Ce qui me pose des questions : qu’est-ce que l’intelligence ? Y a-t-il corrélation entre le QI et une capacité utile ? Et si le QI, avec sa très bizarre mesure, était un produit culturel ?...
.
Compléments
  • Une vie trop protégée n’a pas que des bénéfices : faute d’infections, le système immunitaire se retourne contre le corps. D’où asthme et allergies. (Même article.)

vendredi 9 juillet 2010

Monde des bonnes nouvelles

Enfin. Réaction à l’humeur massacrante de la presse, qui ne se réjouit que de ce qui condamne notre raison de vivre, et pourrit notre existence.

Une artiste a eu l’idée de créer un exemplaire du monde qui ne contienne que de bonnes nouvelles. Pour cela elle a dû travailler pendant 3 mois. 1% du Monde est optimiste ?

Relations humaines en France

Étude ethnologique de Minter Dial : le service en France. Pourquoi est-il aussi détestable ?

Ce qui m’a rappelé plusieurs conversations récentes traitant de cas identiques. Ils se ramènent tous à une observation de M.Crozier : le Français utilise son rôle social pour prendre la société en otage, un peu comme les banques américaines avec l’économie ou Enron aves l’État de Californie.

À la réflexion, je crois que nous commettons une erreur. Nous pensons que nous avons le droit d’avoir un service. Alors que le Français estime, avec raison, que sans lui nous ne pouvons rien ; bref, qu’il nous rend service en accomplissant son rôle ; donc que celui-ci lui donne un droit, non un devoir. Ainsi un directeur technique que je cite dans un livre avait-il monté un centre d’appels sur le principe « ils sont en panne, ils peuvent attendre ».

Deux conséquences de cette théorie :
  1. Elle explique pourquoi le Français a toujours l’air fatigué et de mauvaise humeur. En effet, il n’arrête pas de rendre service, sans même qu’on lui en soit gré. Il est exploité.
  2. La logique de la relation de service en France est non d’exiger, sous peine de ne pas être – ou d’être mal - servi, mais d’appeler à l’aide, gentiment. 

Facebook

Intéressante conférence d’Hervé Kabla traitant du web social et dont il ressort, notamment, que Facebook est en passe de créer un Internet à lui, vivant en autarcie.

Défi pour les monstres d’Internet, Google et Amazon, par exemple, qui peuvent voir leur échapper ce monde et s’y reconstituer des monopoles locaux. 

Génétique et âge

Suite des travaux sur le génome. Comment prévoir l’espérance de vie à partir de sa composition ?

Il semblerait que l’on ait trouvé quelques gènes favorables, mais que l'on explique pas tout.

Cette recherche me semble décidément curieuse. Attendu que la société du moment est de plus en plus le principal facteur de « sélection naturelle » (que l’on ait le droit ou non de travailler selon son degré de « qualification » par exemple), il est douteux que nos gênes, qui regardent vers le passé, soient d’une grande utilité. 

jeudi 8 juillet 2010

Contre Internet

Hier j’entendais des politiques incriminer Internet. Faillite du journalisme, nid de rumeurs non vérifiées… 

Surprenant. Ne condamnent-ils pas le mécanisme même de la démocratie ? me suis-je demandé. Une tactique pour ouvrir un contre-feu ? Sorte de communication de crise ?

Mais il y a peut être effectivement du nouveau dans le paysage médiatique français. Jusqu’ici notre conception de la liberté de la presse garantissait les journalistes des pressions du marché, d’autant mieux que l’État la subventionnait et eux avec. La presse doit maintenant se préoccuper de ses revenus. Et un des moyens les plus efficaces de faire des ventes est le scandale. C’est cela l’économie de marché. Il va falloir s'y adapter. 

Compléments :

Douleur d’être parents

Déjeuner avec un ami, qui me dit s’inquiéter pour l’avenir de ses enfants, alors qu’il est d’un naturel exceptionnellement optimiste. Ce qui m’a rappelé un billet parlant de l’Amérique. Là aussi, les parents sont malheureux.

Explication : dans une société terriblement inégalitaire, toute la vie de l’homme se joue dans son enfance, dans les études qu’il suit. Il ne doit pas faire de faux pas. Le livre que cite un autre de mes billets, va jusqu’à dire que l’enfant devient un investissement capital pour ses parents, qui peut même justifier un renforcement de son potentiel génétique…

Il est possible que la France bascule dans cette voie, avec le désagrément supplémentaire qu’elle est un petit pays mal défendu des influences extérieures et que la formation que fournit l’Éducation nationale n’est pas ce que demande le monde actuel.

Mais cet ami s’inquiète plutôt pour l’avenir de l’humanité, dont il soupçonne qu’elle est guidée par une idéologie en crise, et qu’elle est dirigée par des incompétents. Il n’écoute plus la radio, qui ne sourit que quand il tonne.

J’ai essayé de le rassurer en lui disant que son impression de « rien ne va plus » était le symptôme d’un changement en cours, et que l’avenir était à ceux qui sauraient prendre leur sort en main. 

Changement au Japon (suite)

Au détour d’un article sur un scandale chez les sumotoris :
Le scandale en dit long sur le Japon d’aujourd’hui, un pays traversant une transition radicale, de règles informelles et implicites à des règles formelles et explicites. Des institutions longtemps interdites au regard du public doivent rendre plus de comptes. 

mercredi 7 juillet 2010

Chaîne logistique et changement

Bill Belt dit que la passion des entreprises pour les « chaînes logistiques » fut une brève folie. Il semblerait effectivement qu’elles soient en passe d’être démantelées.

Un article analyse celle de l’iPod. La part du lion dans la valeur de l’iPod est prise par Apple, ensuite, quelques fournisseurs de composants occidentaux, plus ou moins habiles, font probablement de beaux bénéfices. Tout en bas, de gigantesques entreprises (800.000 employés) assemblent. Elles vivent d’infimes marges et se déplacent continument vers les confins de la pauvreté au fur et à mesure que le salaire de leurs employés est gagné par une inflation galopante (dans certains cas, augmentation de 20 à 30% cette année).

Le changement est de plusieurs ordres.
  • La montée des salaires va attaquer les revenus des électroniciens qui vivent de petites marges (notamment les fabricants de PC).
  • La Chine, elle, ne veut plus être l’atelier du monde, la terre des exploités, et va donc attaquer le marché des électroniciens à grosse marge.
Bref, si c’est partout pareil, il s’annonce difficile. Beaucoup d’entreprises occidentales vont-elles traverser un gros trou d’air ? Faudra-t-il réinstaller chez nous ce que ne voudront plus faire les Chinois ?…

Eric Woerth

Depuis quelques temps la radio ne parle plus que d’Eric Woerth et de Madame Bettencourt. Qu’en penser ? Me dis-je.

La manœuvre est habile. Le gouvernement semblait en passe de réussir à faire accepter la réforme des retraites, maintenant l’exécutif pourrait être paralysé. D’autant plus que je soupçonne que cette tactique peut être utilisée contre tout homme politique, et même contre tout Français. Car nous sommes un peuple du système D, de petites entorses à la rigueur…

Donc si elle réussit cela signifie que les affaires succèderont aux affaires et le pays sera ingouvernable. Retour de la 3ème République. Nos politiques auront démontré qu'ils trichent avec le fonctionnement, bon ou mauvais, que s’est donné la démocratie française, qu’ils mettent leur médiocrité au dessus de l’intérêt collectif. Navrant.

Le marché des services

Il y a beaucoup d’interrogations concernant le marché des services. Notamment parce que, contrairement à ce que l’on a cru longtemps, il porte sur les qualifications élevées (études, recherche et développement…). À quoi ressemblent les entreprises qui font ce commerce ?

En Angleterre, elles sont extrêmement concentrées « 0,039% des entreprises du Royaume uni expliquent près de 80% des importations de services du pays ». Elles emploient plus de personnel, et un personnel plus qualifié que les autres entreprises.

mardi 6 juillet 2010

Stratégie de France Télécom

Annonce par la nouvelle direction de FT de sa stratégie. Difficile de juger. Mais ça ne donne pas une image très flatteuse du passé.
  • Baisse de chiffre d’affaires, mais « taux de rentabilité en progression de 35,5% ». Stratégie de « vache à lait » ? (Serait-ce nous, les Français, la vache à lait ?)
  • Services clients qui n’ont pas l’air brillants, mais où il y a de l’argent à gagner.
  • Marché des entreprises sous exploité et potentiellement énorme. Surprise. C’est déjà ce qui me paraissait évident quand je faisais des études de marché sur le sujet, il y a plus de dix ans.
  • Dans beaucoup de domaines, présentés comme désormais stratégiques, ce qui domine semble être le « trop tard » : mobile, fibre haut débit, marchés émergents (comment entrer sur des marchés certes en grosse croissance, mais coupe-gorge, où la productivité me semble poussée à l’extrême, quand on vient de l’étranger, et sans préparation à l’esprit combattif qui les caractérise ?).
  • La seule chose un peu innovante dans la politique de l’équipe sortante, « les contenus audiovisuels », passerait à la trappe. Était-ce une erreur ?
France Télécom semble donc partir de très loin, en étant très abîmée. Que faire ? 2 idées :
  • Reconstruction de l’entreprise, de sa culture, et de ses hommes. La direction ne peut avoir une stratégie ambitieuse si ses collaborateurs ne sont pas en état de la suivre, et de mettre en œuvre ses décisions avec intelligence et efficacité.
  • Apprendre. FT semble distancé par son marché. Pour reconstruire des « compétences clés », l’achat d’entreprises est probablement moins efficace que l’expérimentation avec des clients dont les besoins sont en avance sur leur temps.
Tout cela se fait par projets pilotes, éventuellement en parallèle de développements plus ambitieux. Mais changement bien difficile à mener d’en haut, quand on n’est pas aussi familier du métier, du marché et de l’entreprise que Steve Jobs. Espérons qu’il existe encore au sein de FT des « hommes clés », sur lesquels la nouvelle direction pourra s’appuyer pour renouveler ses avantages concurrentiels. 

Compléments :

Sport et identité nationale

Pour Chris Riddell (The sporting life, CAM n°60), quand nous assistons à une représentation de notre sport national, nous affirmons notre adhésion à ce que notre pays prétend être. Rome et les jeux du cirque :
les spectateurs donnaient un gage d’allégeance publique à une certaine image de Rome, à une citoyenneté hiérarchique mais en interaction, chacun se regardant et étant regardé. Faire partie d’un groupe, un moment, simplifie un monde complexe et y rend la vie plus facile.
Le Super Bowl est le grand moment sportif américain, un moment lors duquel la publicité compte au moins autant que le sport :
l’Amérique et le football américain sont relativement jeunes mais obsédés par la célébration de leur propre histoire ; ils parlent hautement d’idéaux et de caractère tout en affichant ouvertement leur préoccupation de gagner de l’argent. Le Super Bowl fait comme si le reste du monde n’existait pas.
La compétition d’aviron entre Oxford et Cambridge marque l’année anglaise : selon les interprétations, elle signifie « équité, persévérance et subordonner l’intérêt personnel à celui du groupe » ou est « un symbole d’élitisme et de privilège ».

La sport national français serait le Tour de France. Lui ne parle ni d’élite ni d’une nation repliée sur elle-même : « Le Tour de France accueille le monde et le rend français », « Les coureurs du Tour viennent traditionnellement de milieux pauvres, et les gens s’identifient à eux ». Ce symbole vient des profondeurs de l'histoire. « Le Tour a ses origines dans les processions monarchiques, qui démontraient la grandeur de la France ; dans le tour de France du compagnon ; et dans la technique pédagogique qui permettait d’enseigner la France aux élèves grâce à un tour de France virtuel ». Il se réinventerait sans cesse en fonction des aspirations de la nation.

Tout ceci me surprend. Le Tour de France, avec ses coureurs surdopés, est-il une communion nationale ? N’est-il pas dénoncé comme ringard par Canal+ qui lui préfère le football et ses revenus ?

Si le mythe fondateur de notre nation est quelque chose qui s’appelle la « France », détentrice bienveillante de valeurs universelles, je comprends mieux notre dépression actuelle : si la France n’existait pas, tout serait permis ? Sans ce qui nous faisait nous transcender dans les grands moments, sans ce que Montesquieu appelait « honneur »,  plus rien ne fait oublier notre médiocrité mesquine, que nous renvoient en miroir notre gouvernement et notre équipe de football ? 

Indicateurs de crise

Comment savoir si un pays va être méchamment touché par une crise ? Une étude trouve dans l’histoire quelques indicateurs significatifs :
  1. Le niveau (bas) de réserve de devises étrangères comparé aux dettes à court terme.
  2. Le taux de change effectif (monnaie surévaluée, danger).
  3. Déficit de la balance des paiements.
  4. Une nation qui économise peu.
Ce qui semble les conclusions d’une étude sur les risques de l’entreprise : l’entreprise à risque est celle qui a peu de fonds propres (Crise : que faire ? rendre l’entreprise flexible).

lundi 5 juillet 2010

Les entreprises amassent

Il semblerait que les entreprises, au moins anglo-saxonnes, amassent le cash et n’investissent plus… Reprise en difficulté. Raisons évoquées :
  • Il demeurerait des dettes importantes, de l’ère des dépenses inconsidérées (achats d’entreprises ou d’actions propres). L’entreprise accumulerait des réserves.
  • « Les entreprises semblent en manque d’idées de développement. La technologie n’est plus l’investissement essentiel qu’il fut à la fin des années 90. » Les entreprises avaient-elles fini par voir leur métier comme une éternelle réduction de coûts ? Plus besoin de chercher ce dont nous avons besoin ?
  • Elles sont inquiètes de l’inquiétude du marché, qu’elles provoquent...
Les entreprises ont l'air d'être des moutons de Panurge, ne faudrait-il pas leur faire connaître des exemples de consoeurs qui investissent avec succès, pour leur donner les idées qui leur manquent ?

Compléments :

L’État perd 100md€

Il semblerait qu’en 10 ans, l’État français soit à l’origine de 100 à 120md€ de pertes de recettes, non compensées. Funeste idée, que nous payons cher aujourd’hui. Stupidité ?

Je soupçonne que non. Il est possible que gauche et droite aient pensé, avec le reste du monde, que moins de pression fiscale signifiait une économie plus saine, un pays plus riche et donc plus de revenus pour l’État.  

Dois-je en déduire une fois de plus que les techniques de conduite du changement de nos gouvernements pêchent ? Ils croient que la société évolue par miracle ? Alors que les structures sociales tendent à maintenir le statu quo, et qu’il n’y a pas de changement sans « contrôle du changement » ?

Guerre et Internet

Une guerre touchant Internet pourrait arrêter le fonctionnement de l’humanité, semble-t-il. On commencerait à s’en préoccuper.

Si l’on ne l’a pas fait plus tôt, c’est parce que ceux qui ont le plus à y perdre (notamment les USA) étaient aussi ceux qui avaient le plus à y gagner. (voir Cyberwar et War in the fifth domain).

La société féodale

BLOCH, Marc, La société féodale, Albin Michel, 1989. « L’Europe fut une création du haut moyen-âge ». Écrit en 1939, ce livre semble rechercher, à son origine, ce qui caractérise les cultures des nations qui vont s’affronter. « L’époque (…) ne vit pas seulement se former les États. Elle vit aussi se confirmer ou se constituer (…) les patries. » Car, après une période de chaos marquée par les offensives des Musulmans des Hongrois et des Scandinaves, l’Europe connaît un arrêt définitif des invasions « d’où la possibilité d’une évolution culturelle et sociale beaucoup plus régulière, sans la brisure d’aucune attaque extérieure ni d’aucun afflux humain étranger. »

Le premier âge féodal (900 – 1050) est pauvre, peu peuplé, sans institutions capables de structurer une société. Faute d’argent, le salariat est impossible. C’est une société d’échange en nature, de lien direct. C’est, pour la classe supérieure, la vassalité, pour la classe inférieure, le servage.

Le second âge féodal (1050 -1200) est celui d’une « révolution économique ». « L’Occident s’est fait puissant exportateur de produits ouvrés », « les draps jouèrent le même rôle directeur qu’au XIXème siècle, dans celle de l’Angleterre, la métallurgie et les cotonnades. » La population croît, les lois se développent, les liens qui tiennent ensemble la société, le fief en particulier, deviennent financiers, les villes et la bourgeoisie – antithèse de la féodalité – apparaissent.

L’Angleterre s’affirme comme une société de classes. En haut, une classe assez égale et solidaire d’hommes libres qui jouissent de la justice du roi. Elle est ouverte et proche des « réalités », ce qui lui assurera une survie jusqu’à notre époque. En bas une classe laborieuse « abandonnée à l’arbitraire seigneurial ». Le fief y est entendu comme le droit réel de l’homme libre. L’autorité royale y est relativement forte et indépendante des puissants, elle déploie des institutions nationales, sheriffs, chartes, assemblées d’hommes libres origine de la chambre des communes. Déjà l’île se veut tête de pont d’un empire.

C’est en France que l’on trouve la féodalité la plus pure. L’État y est faible, « les abus de force des maîtres n’avaient plus guère d’autre contrepoids  (…) que la merveilleuse capacité à l’inertie de la masse rurale et le désordre de leur propre administration », et ne parviendra jamais à créer l’unité anglaise « les rois rassemblèrent la France bien plus qu’ils ne l’unifièrent », d’où multitudes de particularismes locaux. La France est un pays de seigneurs, chevaliers, hommes de guerres et de droit, ancêtres des nobles, qui existent dans un tissu incertain et changeant de relations les uns aux autres. Ce « lien humain caractéristique (…) attache du subordonné à un chef tout proche » est certainement la marque de fabrique d’une époque « résultat de la brutale dissolution de sociétés plus anciennes ». « L’hommage vassalique (est un) vrai contrat (…) bilatéral (qui accorde notamment) un droit de résistance ».

L’Allemagne est la moins bien définie des trois nations étudiées. Elle semble adopter les solutions trouvées en France avec deux siècles de retard. Mais elle a aussi ses particularités. Elle respecte la hiérarchie. Elle se constitue en duchés « fonctionnarisés » plus grands et solides que les seigneuries françaises, mais sans lien fort entre eux. Enfin, au droit réel anglais, elle préfère un droit de la société.

Commentaires :
  • Cette étude comme d’autres (Histoire du mariage, Les Lumières, Chine et Occident : dialogue de sourds) montre une société dont les règles directrices, jamais sans exceptions, vivent et meurent, et sont remplacées par de nouvelles, ou réinterprétées – et trahies.
  • Plus curieusement, elle semble dire que certaines caractéristiques culturelles définissent nos sociétés depuis fort longtemps.  

dimanche 4 juillet 2010

Crédits d’impôts pétroliers

Le gouvernement américain tente d’utiliser les fuites de BP pour récupérer 4md$ de crédit d’impôts qu’il donne chaque année aux compagnies pétrolières.

Ceux-ci viennent de lois qui remontent à la nuit des temps, et d’astuces comptables. Pourquoi continuer à les octroyer à des entreprises aussi riches ? Parce que, depuis 2008, elles ont dépensé 340m$ en lobbying… 

Compléments :

Rouille et blé

La terre dépend du blé, or, il serait attaqué par la rouille, maladie que l’on croyait éteinte depuis un demi-siècle. On avait trouvé une variante à haut rendement, qui semblait inattaquable. Du coup, on ne plantait plus que celle-là. Mais la rouille aurait trouvé une faille.

Il y aurait des parades approximatives (des variétés moins productives, et des pesticides), mais il n’est pas certain que les pays pauvres y aient accès à temps. Et les ressources des institutions d’État compétentes ont été fortement réduites, depuis longtemps. (Détail : The disease eating away our daily bread, Rust in the bread basket.)

Notre économie de marché n’aurait-elle pas la fâcheuse tendance de tuer la diversité ? De parier un peu trop vite sur ce qui semble réussir à court terme, et d’éliminer tous les garde-fous, jugés trop coûteux ? En particulier, nous sommes devenus colossalement dépendants du blé, et lui-même ne tient qu’à une seule espèce…

Ce qui est étrange, aussi,  est que les écologistes se soient autant émus du sort des ours des Pyrénées, et aussi peu de celui des plantes et du nôtre. 

Du bon usage du Front national

Hier j’écoutais la Rumeur du monde. On y parlait stratégie des partis politiques français.

L’UMP est menacé par le Front national, qui n’est plus séduit par N.Sarkozy. Or, plus les Français sont mécontents de leurs politiques plus ils tendent à voter FN.

La conséquence que j’en tire, et que je n’avais pas vue jusque-là, est que, tactiquement parlant, N.Sarkozy a intérêt à émettre des idées qui plaisent au FN, et le PS à dénoncer bruyamment les turpitudes réelles ou imaginées du gouvernement.

C’est un cercle vicieux de ce type qui a dû jouer en Allemagne avant guerre. 

samedi 3 juillet 2010

L’Angleterre à l’assaut de l’Europe

Les Conservateurs anglais menaçaient de quitter l’UE, maintenant ils veulent la noyauter de l’intérieur.

L’Angleterre vient de comprendre que son sort est lié à celui de l’UE. Par conséquent, il s’agit d’influencer sa politique. La crise lui semble propice. Il va falloir faire des économies, et les institutions et réglementations qui agacent l’Angleterre sont donc fragiles. Tactique : infiltrer des fonctionnaires porteurs des valeurs de l’île (le fonctionnaire européen est ordinairement supposé neutre), trouver des alliés, notamment auprès des « petits pays ».
Le nouveau gouvernement britannique sera pragmatique dans son approche de l’Europe, étant coopératif quand il le peut et choisissant avec soin les moments où il se battra pour ce qu’il voit comme étant l’intérêt national.
La culture bureaucratique de l’UE va-t-elle annihiler l’envahisseur, ou va-t-elle devenir un non man’s land à l’image des nations qui ont subi le « diviser pour régner » anglais ?

France et entreprise

Un ami m’envoie un article d'un professeur émérite. Les Français et l’entreprise qu’en savent-ils ?, Commentaire, n°126, été 2009. Un « test de connaissances » portant sur l’entreprise a été proposé à la population. Il était noté sur 20.

« La note moyenne s’est établie à 6 sur 20 ». Ce qui désole l’auteur. Mais pas autant qu’il le faudrait car le test est un QCM. Par conséquent, imaginons qu’il y ait eu 5 réponses possibles par question, la note moyenne d’une personne répondant au hasard aurait été 4… Bref, nous n’étions pas loin du zéro pointé.

Et je n’aurais pas fait mieux que la moyenne lorsque je vois les questions posées. Pour rendre compréhensible le questionnaire « « richesse produite » a remplacé (les expressions) valeur ajoutée ou PIB ». C’est certain que si l’on me parle de « richesse produite », c’est la déroute. A croire que le professeur émérite est contemporain d'Adam Smith ! Et la place de l’Europe dans nos échanges ? Intérim et CDD dans l’emploi ? « Part des salaires et des cotisations sociales dans les richesses produites » ?...

Le professeur émérite en déduit que le Français est imperméable à l'économie. Il faut augmenter la dose d’entreprise à l’école.

Mais qu’aurait répondu l’entrepreneur de l’Arkansas à ces questions ? On a ici la culture française à son meilleur. Les professeurs de lycée qui ont écrit ce test se sont crus dans leur salle de classe, où ils disent la loi. Ils ont décidé de ce qu'était l'entreprise, et ils nous ont jugés, nous qui contrairement à eux travaillons en entreprise, par rapport à leurs normes.

Mais ont-ils la moindre idée de ce que signifierait le règne libéral qu'ils appellent de leurs voeux ? Finie l'Education nationale et ses fonctionnaires. Et le professeur émérite ? Comment serait-il évalué par la science mondiale ?

vendredi 2 juillet 2010

Changement de culture

The Economist rappelle qu’alors qu’au 18ème siècle on allait en prison pour dettes, la dette est devenue un style de vie branché.

« En Amérique, la dette du secteur privé seul est passée d’environ 50% du PIB en 1950 à près de 300% lors de son pic récent ». La note moyenne des obligations des entreprises, donnée par les agences de notation, est passée de A à BBB- (de moyen à juste au dessus de « junk bond » - spéculatif). Les gouvernements ont encouragé ce mouvement en abaissant à chaque crise les taux d’intérêt pour faciliter toujours plus d’emprunt. Ce que, d’après The Economist, viendrait aggraver des promesses de retraites beaucoup trop généreuses. Une autre forme de dette.

Un changement compliqué s’annonce. Non seulement, il va falloir modifier notre attitude à la dette, mais aider ceux dont la vie en dépend à décrocher. Sans compter que pour que nous puissions économiser, il faut que les pays émergents dépensent, ce qu’ils ne font pas.

Deux réflexions :
  • Curieux qu’une société puisse ainsi se persuader qu’elle peut repousser ses obligations sur ses descendants. Mais qui en a profité ? Pas la majorité de la population française, me semble-t-il. Et si tout s’était joué comme dans l’affaire Enron ? Jeffrey Skilling, constatant que ses brillantes idées ne rapportaient pas assez à sa société, a eu l’idée d’en modifier la comptabilité, traitant comme présents les flux de revenus futurs (ce qui est légal). Comme lui, l’élite financière internationale poussée par la volonté de s’enrichir a-t-elle cru que l’endettement maquillé était le moyen le plus rapide de réussir ? Ce qu’elle a appelé, comme Enron, une « innovation » ?
  • Faut-il incriminer la finance internationale où fut-ce un mouvement global ? Une volonté de jouissance immédiate, de libération 68arde, qui a pris une forme particulière chez les puissants ?

Compléments :
  • EICHENWALD, Kurt, Conspiracy of Fools: A True Story, Broadway Books, 2005.
  • McKinsey explique la crise : où l’on voit une justification de l’endettement comme moteur du capitalisme.

Chômage et qualification

Les usines américaines embauchent à nouveau. Malheureusement, elles ne trouvent pas de personnel qualifié.

Elles se sont équipées de machines sophistiquées que peu de personnes savent faire marcher…

L’entreprise va-t-elle finir par comprendre qu’elle ne peut se passer d’hommes ? Qu’elle doit consacrer un peu de temps à faire évoluer leur qualification, et qu’elle doit choisir ses machines en fonction de ce qu’ils peuvent faire et non de considérations abstraites ?

Compléments :
  • Le problème n’est certainement pas récent. Il y a plus d’une décennie, un dirigeant d’usine italienne m'en parlait déjà. Il était prêt à payer le salaire de diplômés de maîtrise, mais ceux-ci ne voulaient pas travailler dans une usine… 
  • Si l'entreprise continue à créer des emplois que seule une élite peut remplir, qu'allons-nous faire du reste de la population ? 

Méfaits d’Internet

Notre environnement, les outils que nous utilisons, ont une influence sur le câblage de notre cerveau. Internet a pour effet de le transformer « en un esprit social qui place la vitesse et l’approbation du groupe au dessus de l’originalité et de la créativité », « la technologie numérique a déjà commencé à endommager le mécanisme de consolidation de la mémoire à long terme, qui est la base de la véritable intelligence ».

J’ai l’impression qu’il y a quelque chose qui s’applique à moi là-dedans. Mais qui n’est pas lié qu’à Internet. Pour moi écrire est comme ranger. Cela me procure la satisfaction du devoir accompli, et ce que je viens de faire disparaît dans les oubliettes. Ce nettoyage est certainement nuisible à l’empilage d’idées qui produit les intuitions originales. 

jeudi 1 juillet 2010

Nouvelles d’Afghanistan

La guerre semble au milieu du gué :
  • Contrairement à ce que je pensais, elle ne se passe pas bien. La dernière offensive n’aurait pas donné ce que l’on en attendait.
  • Le principal problème vient de ce que B.Obama a dit qu’il retirerait ses troupes à partir de 2011. Ce qui semble trop court.
  • Mais tout n’est pas perdu : « Il y a des raisons de penser que beaucoup d’Afghans aimeraient être débarrassés des Talibans, si seulement ils pouvaient croire en une alternative ».

Chine et Yuan

La Chine réévalue modestement le Yuan. Bouffée d’air pour nous ?

En tout, cas, le mouvement des taux de change ne se fait pas aussi aisément que ce que croient les économistes. L’augmentation du Yuan freine les entreprises exportatrices et demande à une partie de leurs salariés de trouver d’autres employeurs. Pour que ces départs n’entraînent pas un gros chômage, il faut des réformes structurelles compliquées et longues. 

Entreprise et art

En travaillant avec un spécialiste du théâtre d’entreprise, j’ai eu une curieuse pensée : pourquoi l’art ne s’est-il pas intéressé plus tôt à l’entreprise ? Pourquoi nos films, par exemple, sont-ils ridicules lorsqu’ils parlent d’entreprise, contrairement aux films américains ?

À force de me demander ce qu’est l’art. Je lui ai vu, comme toute notre activité, une fonction d’entraînement à notre rôle social. Il nous transmet les codes de notre culture et nous fait vivre et nous apprend les émotions utiles à ce rôle.

Dans cette théorie, le peu d’intérêt de l’art pour l’entreprise vient probablement de ce qu’elle n’a jamais occupé une place très grande dans notre culture. Une prise de pouvoir de l’économie devrait donc se traduire par un art qui parle d’entreprise, et qui nous apporte peut-être le « bien être au travail » qui nous manque. L’art comme médecine ?

mercredi 30 juin 2010

Violences primitives

Étude du comportement des chimpanzés. Ils sont extrêmement agressifs, tuant de grands nombres de congénères. Et ils se battent pour des territoires – entrepôts de nourritures. Et ils font une guerre d’équipe, non de duels. L’homme primitif, qui devait s’apparenter au Chimpanzé, doit-il sa « tendance à se réunir autour de concepts abstraits » à ces dispositifs guerriers ? La société serait-elle née de la guerre ?

Cela signifie-t-il, contrairement à ce que croyait Rousseau, que nous avons la guerre dans le sang ? Et qu’il n’y a pas besoin d’être agriculteur pour avoir des biens à défendre ? 

La course du déficit

D’après Martin Wolf, les nations, le public, le privé, le financier et le non financier joueraient au jeu du déficit, en essayant de le passer à l’autre à son insu.

Par exemple beaucoup d’États semblaient modèles jusqu’à peu. Faible endettement. Puis il y eût la crise, puis on découvrit que leurs entreprises étaient surendettées (l’endettement était masqué par une augmentation spéculative de leurs actifs), puis les États intervinrent et se chargèrent de dettes. À l’origine ces dettes avaient été transmises par des pays maladivement excédentaires.

Il me semble retrouver ici un mécanisme qui revient régulièrement dans ce blog. Une sorte de spéculation sournoise qui cherche en permanence une faille par laquelle se faufiler.

Ce mécanisme semble poser une question compliquée : comment s’assurer qu’il n’y a pas quelque part quelque chose qui enfle exagérément ? 

Arrogance européenne ?

Curieux. Les Anglo-saxons voient l’euro comme la manifestation de l’arrogance stupide d’une Europe qui pensait, grâce à lui, dominer le monde. Heureusement la crise est passée par là. (Exemple.)

Pour ma part, j’ai l’impression que nous sommes dans une crise permanente depuis près de 40 ans. Je n’ai jamais vu l’euro que comme un pas de plus vers une union européenne dont je n’ai jamais attendu grand-chose, et surtout pas une « nouvelle économie ».

Ne suis-je représentatif que de moi-même ? Les Anglo-saxons ne connaissent-ils de l’Europe continentale que quelques hommes politiques décalés ? Ou ne comprennent-ils pas les langues étrangères ?... 

Huile de palme

J’apprends que l’huile de palme est utilisée dans 50% des produits que l’on trouve en supermarché. Or sa production détruirait les forêts d’où colère des écologistes qui s’en prennent aux multinationales qui l’utilisent. Elles doivent battre en retraite.

Les multinationales se trouvent de plus en plus responsables de l’ensemble de leur chaîne logistique. Or le grand changement des dernières décennies semble avoir consisté à construire une « supply chain » qui évite les contraintes environnementales et les droits de l’homme, et réduise ainsi les coûts de fabrication.

Nouvel exemple de la lutte entre la finance internationale et la société ? La première prend toujours la seconde par surprise, mais cette dernière parvient quand même, à long terme, à remettre au pas les contrevenants ?

Compléments :

mardi 29 juin 2010

Tricher

Il semblerait que si l’on amène une personne à faire une entorse à la morale, cela affecte son comportement et l’amène à faire de l’entorse une règle de vie (ce qui rejoint le principe de cohérence de Robert Cialdini).

Peut-être aussi qu’il y a un lien bijectif entre notre morale et notre comportement. Un changement de comportement implique un changement de morale. Qui vole un œuf vole un bœuf. 

Pauvre Irlande

L’Irlande a été la première à adopter un plan de rigueur, mais « les marchés » ne semblent pas lui en avoir été gré : elle paie fort cher ses emprunts. Et le pays est dévasté. Il semble paralysé, dans l’attente d’une reprise économique qui tarde.

Difficile de se remettre d’une méga spéculation. C’est le type d’expérience qui marque les cultures nationales.

La société contre l’homme

WELLS, Spencer, Pandora’s seed, the unforeseen cost of civilization, Random House, 2010. L’homme a inventé la société pour le protéger de l’extinction, mais il l’a payé de sa santé et de son équilibre psychologique. C’est, en substance, ce que dit Spencer Wells, éminent généticien.

La particularité de l’espèce humaine est son adaptabilité quasi infinie. Celle-ci tiendrait aux caractéristiques du cerveau qui fait de l’homme un être social : il innove par la culture. Depuis les assemblées de chasseurs cueilleurs, le groupe humain est une « machine sociale » qui produit des idées, les teste et les affine.

Cette capacité d’adaptation culturelle se serait révélée il y a 70.000 ans, lorsque l’explosion d’un volcan transforme le climat terrestre et réduit nos ancêtres à quelques milliers de personnes. Mais elle donne sa pleine dimension il y a 10.000 ans : invention de l’agriculture. Celle-ci résulterait d’une autre catastrophe climatique. Un réchauffement étend le territoire des céréales. La nourriture devenant abondante, les chasseurs cueilleurs se sédentarisent et se multiplient. Nouvel âge glacière : ils sont piégés, ils ne peuvent plus partir. C’est alors qu’ils créent l’agriculture, un moyen de maintenir ce dont ils ont besoin pour vivre sur place. En découle une explosion démographique, l’apparition des formes modernes de l’État, et la guerre : plus question de fuir, il faut défendre ses biens.

Si la société a protégé l’espèce elle prive l’individu de sa liberté et le soumet à une succession accélérée de fléaux. Tout d’abord, elle provoque un nombre étonnant de mutations de son génome. On lui doit aussi toutes les épidémies - elles ont pour origine la cohabitation de l’homme et des animaux, sauf la malaria, qui, elle, doit son succès moderne aux transformations de l’environnement provoquées par l’agriculture. Et il y a l’hypertension et le diabète, inadaptations de notre être à notre alimentation. C’est maintenant le tour du stress, des maladies psychologiques qui font la fortune de l’industrie du tranquillisant « pour la première fois dans notre histoire, nous nous droguons pour paraître normaux ». Notre système immunitaire vit la société comme une agression permanente. Enfin, le génie génétique donne désormais à celle-ci les moyens de manipuler notre génome et de construire ainsi notre descendance. L’être humain étant le fruit d’une évolution de plusieurs millions d’années, il est probable que ce bricolage eugénique dépasse en conséquences dévastatrices tout ce que la société a commis jusque-là.

Que faire ? La crise environnementale qui nous tend les bras sera un grand moment de créativité sociale. Il faut en profiter pour sortir de nos erreurs, et adapter notre culture à notre biologie, non plus l’inverse. Pour cela il nous faut comprendre que nos malheurs viennent de notre cupidité qui nous fait en vouloir toujours plus, ce qui déclenche des conséquences de plus en plus désastreuses pour l’homme, nous devons « apprendre à vouloir moins », et prendre un peu de leur sagesse aux derniers chasseurs cueilleurs qui nous restent.

Commentaires :
  • Dynamitage du mythe du progrès. Antithèse de la pensée dominant le monde financier anglo-saxon, et la théorie économique, qui pense que la société est faite d’individus laissés à eux-mêmes, qu’il n’y a rien de tel que la « culture ». Retour aussi aux thèses de Rousseau et de Lévi-Strauss, cette fois-ci appuyées par toute la batterie de l’argumentation scientifique moderne.
  • J’y retrouve les idées que développent mes livres sous un angle inattendu. En particulier, j’y parle « d’ordinateur social », moyen de transformation d'une « organisation ». Spencer Wells en fait la caractéristique même de l’homme. Plus curieusement, je trouve un écho à ma théorie selon laquelle ce qui a fait la différence entre nous et l’homme de Neandertal est notre aptitude sociale.
  • Ce livre me fait me demander si les « droits de l’homme » ne sont pas une révolte de l’individu contre la main invisible de la société, et s’ils n’annoncent pas, effectivement, que nous allons chercher à la faire aller dans une direction qui nous brutalise un peu moins. Au fond, c’est le but des techniques de conduite du changement. 

lundi 28 juin 2010

De Gaulle et Churchill

Il a longtemps été dit que de Gaulle avait un comportement que Churchill trouvait irritant (sentiment largement partagé, d’ailleurs).

J’entendais tout à l’heure une émission qui donnait une explication intrigante de ce désagrément.

À partir du moment où l’Amérique est entrée en guerre. Churchill a dû obéir à Roosevelt, ce qui l’a contraint à renier des engagements qu’il avait pris auparavant avec les Français. La seule présence de De Gaulle lui rappelait son statut de puissance de second rang. Ce qu’il n’aimait pas. Exemple de conditionnement pavlovien ?

Dassault Systèmes et Exalead

Hasard d’une attente. Vieux numéro des Échos. Dassault Systèmes achète Exalead, 135m€, alors que la société a un chiffre d’affaires de 16m€. Priceminister a-t-il été bradé ?

Je me suis penché sur Exalead, et ses concurrents, il y a quelques années. J’en avais déduit qu’il y avait un marché intéressant pour les applications des moteurs de recherche de type Google « multi supports » à l’entreprise. La difficulté de leur vente était la prise de conscience par l’entreprise qu’il existait de tels produits, et probable nécessaire « conduite du changement » pour les implanter. Seconde difficulté : besoin de fonctionnalités Google et pas beaucoup plus.

Bref, il fallait probablement à Exalead une force de vente capable de démarcher l’entreprise. Dassault Systèmes et son marché de la CAO est évidemment un cheval de Troie. Mais ses forces commerciales ont-elles le métier et la motivation nécessaires ? Quant au prix il semble vraiment très élevé, il intègre probablement les résultats d’un développement commercial dont Exalead, seul, est incapable. D’ailleurs, il y a deux ans, Microsoft achetait Fast, un gros concurrent. Je ne suis pas sûr que c’ait été un grand succès.

Il est loin le temps où Charles Edelstenne vérifiait les achats de fournitures et où les ingénieurs de DS voulaient tout développer eux-mêmes, et où je devais me battre pour que nous signions nos premiers partenariats. Peut-être ai-je trop bien réussi ? 

Commissariat pour enfants

Histoire racontée par un ami. Il apprend par la maitresse d’école de son fils de 6 ans que des poursuites ont été entamées par les parents d’une de ses camarades contre lui.

Choc et surprise, d’autant plus que l’enfant est exceptionnellement pacifique. On découvre alors qu’un groupe de 6 élèves est accusé. Et qu’ils doivent se présenter au commissariat avec leurs parents.

L’affaire, finalement, n’ira nulle part, un enfant de 6 ans est jugé irresponsable par la loi. Mais mon ami s’interroge encore sur la raison qui fait que les parents de la plaignante n’aient même pas pensé à s’expliquer avec ceux des accusés.

Une hypothèse : nous sommes devenus totalement dépendants de la société que nous lui demandons de nous protéger contre tout. Société d’irresponsables ?

En tout cas cet ami envisage de déménager d’un lieu aussi hostile à l’enfant et de s’installer plus près de la civilisation. 

Rigueur ou relance ?

La rigueur européenne fait face à un tir de missiles de l’élite économique et nobélisée américaine. L’Europe est-elle irrationnelle ? Pas de conclusions, mais quelques idées :
  • Divers billets de ce blog semblent dire que le système monétaire international est déréglé, qu’il pousse à la spéculation et aux crises, et qu’il tend à vivre aux crochets de l’avenir, accumulant un passif de plus en plus lourd sur les épaules des générations futures.
  • L’Europe semble désirer remettre les choses en ordre, quel qu’en soit le coût, et peut-être la durée. Pour cela elle dispose d’une tradition dirigiste, d’action directe sur la société, qui peut lui permettre d’amortir les conséquences les plus néfastes d’un tel changement (paupérisation de larges parts de la société).
  • Les USA n’ont pas de telles traditions. Ils estiment, faute d’avoir trouvé comment l’éliminer, que l’État doit créer les conditions de la prospérité. Par conséquent, ils ne possèdent que des moyens d’action macro-économiques – plans de relance en particulier.
D’un côté on joue sur la société, de l’autre sur les mécanismes financiers.

Cela m’amène à deux questions :
  1. L’Europe semble vouloir faire marcher une sorte d’étalon or : peut-elle réussir alors que la première version de l’idée a échoué ? Ne cherche-t-elle pas à éliminer les crises, alors qu’elles semblent inhérentes au capitalisme ?
  2. Les USA ne fonctionnent-ils pas comme les spéculateurs dont je parle ailleurs : leur incapacité à agir sur leur société, ne les force-t-elle pas à créer une croissance artificielle, spéculative, non durable, qui exploite les failles de la régulation mondiale ? La réforme du système monétaire international des années 70 n’a-t-il pas été un tel gigantesque tour de passe-passe ?
Compléments :
  • Le principal défenseur de la rigueur de l’administration Obama vient de donner sa démission. Ce qui met les USA et l’Europe dans des directions opposées. 

dimanche 27 juin 2010

Chômage et culture

Un graphe sur l’impact de la crise sur l’emploi dans différents pays occidentaux.

La plupart (y compris le Canada et l’Angleterre) ont fait absorber le choc à leur société, il y a eu une forme de solidarité. Par contre, aux USA, il y a eu mise au chômage massive. Différences culturelles. 

Rigueur en Angleterre

Le plan de rigueur du nouveau gouvernement anglais semble violent. Il compte ramener les dépenses de l’État de 47% du PIB à 41%, en 5 ans. Il signifie une réduction de 25% du budget de la plupart des services publics. (Going for broke.)

Est-ce du courage ou de l’inconscience ? Travail de jeunes théoriciens coupés de la réalité ? « Derrière les élégants ratios entre réduction des dépenses et augmentation des taxes de M.Osborne, il y a des êtres humains ». La réaction de la population pourrait être extrêmement violente, lorsqu’elle prendra conscience, en octobre, de la réalité des mesures. (The imperial moment.)

Blog : spécialisation

« le trafic vers deux des plates-formes de blog les plus populaires, Blogger et Wordpress, stagne ». Le blog serait victime de Twitter et de Facebook.

On voit apparaître des groupes de blogs, reliés, au sein des pays, autour de « petites poches de sites densément liés ». « Ces poches se forment autour des sujets généraux : politique, droit, économie et disciplines spécialisées ». Les billets « deviendraient plus longs ».

Le blog deviendrait-il l’affaire de communautés de spécialistes ?

2014

Quelques thèmes traités dans la dernière centaine de billets :

samedi 26 juin 2010

Football et France

Dominique Moïsi parle de la dépression française et de la faillite de son équipe de football. Elle le fait penser aux raisons de la défaite française d’avant guerre.

Drôle de pays. Depuis plusieurs décennies, réforme après réforme, il ne semble capable que de s’enfoncer. Plus d’idéaux, plus personne d’admirable, surtout pas les hommes politiques, encore moins les sportifs. Nous traversons une époque de doute. 

Risque prénatal

Les conditions prénatales (épidémie, pollution…) semblent avoir un fort impact sur l’avenir de l’homme fait.

Par conséquent, il est important de prendre soin des femmes enceintes.

vendredi 25 juin 2010

Obama et McChrystal

Le général McChrystal manque à son devoir de réserve, et le président Obama le licencie.

Ce qui confirme que le dit président est un homme de décisions rapides.

Capitalisme au grand coeur

Bill Gates et Warren Buffett tentent de convaincre les milliardaires américains de donner la moitié de leur fortune pour de bonnes œuvres.

S’ils réussissent, elles gagneront plus de 600md$.

Tradition américaine de la vocation sociale de l’entrepreneur, qui semble avoir été laissée pour compte par le tournant libéral qu’a connu récemment l’Europe. 

jeudi 24 juin 2010

Chine communiste

The permanent party se pose deux questions que je me posais : comment se fait-il que le parti communiste chinois soit toujours solidement au pouvoir après tous les dégâts qu’il a commis, et comment peut-il encore s’appeler « communiste » ?

Pour la seconde, réponse élégante : c’est le parti qui définit ce que signifie « communisme ».

En dépit d’une sorte d’économie de marché, la Chine semble totalement sous son contrôle. Ses représentants dirigent les entreprises, et l’armée est là pour le protéger. La corruption même serait « la colle qui rend solidaire le système ». D’où « paradoxe fondamental » : « Qu’un parti fort et tout puissant donne un gouvernement faible et des institutions douteuses ».

Il semblerait que le changement qui s’annonce (une économie tirée par la consommation intérieure et protégée par un système de sécurité sociale), ne puisse se faire sans « s’en prendre aux intérêts acquis qui profitent actuellement des distorsions ». Changement délicat, vraisemblablement… 



Ennui des réunions

Des sociologues se demandent pourquoi les réunions sont ennuyeuses.

Selon moi, elles ne devraient pas l’être. Spencer Wells explique que l’originalité de l’espèce humaine est d’avoir la capacité sociale à créer. La société est une sorte de machine à innover. Et l’outil de l’innovation est une petite assemblée identique à celle que formaient les chasseurs cueilleurs le soir autour du feu. C’était déjà là qu’ils échangeaient ce qu’ils avaient appris de leur journée et qu’ils avaient des idées nouvelles.

Depuis, les groupes sont demeurés de formidables outils de création. Débats démocratiques, jugement par jury, « focus group » marketing, mode projet de l’industrie…

Mais, si la créativité de groupe est l’acte différenciateur de notre espèce, pourquoi certaines réunions sont elles mortelles ? Justement parce qu’elles ne se veulent pas créatives ? Qu’un ou plusieurs participants pensent détenir le savoir et veut l’imposer aux autres ?...

mercredi 23 juin 2010

195 km/h

Compte rendu d’audience de l’affaire Kerviel. M.Bouton dit à M.Kerviel qu’il est coupable d’avoir roulé à 195km/h sur une route au seul motif qu’elle n’avait pas de radars. Ce qui est probablement juste.

Mais c’est une accusation bien plus grave pour M.Bouton que pour M.Kerviel.

En effet, elle signifie que M.Bouton n’avait pas construit les contrôles nécessaires dans son entreprise. Or le rôle d’un dirigeant c’est cela. Surtout dans une industrie aussi risquée que la banque.

D’ailleurs, le gouvernement l’a bien compris, qui a mis des radars partout, pour réduire la vitesse des automobilistes et les dangers qu’ils représentaient. Et je doute que la population ne soit pas encline à le condamner si elle apprend qu’il a laissé un chauffard rouler pendant plusieurs années sans l’arrêter, chauffard qui a écrasé quelques innocentes familles…  

Prix de la marée

Complément à un précédent billet concernant le coût de la marée noire produite par BP :
Les autorités estiment que le pétrole s’écoule au rythme de 60.000 barils par jour (…) l’équivalent d’un Exxon Valdez tous les quatre jours.
Effectivement, ça risque de coûter cher.

Compléments :
  • En me renseignant sur l’Exxon Valdez, j’ai découvert qu’il naviguait toujours, mais sous pavillon panaméen, et avec un propriétaire chinois…

Gouvernement anglais

Hier, le gouvernement anglais annonçait un plan de rigueur qui semble sévère. Bien que difficile à juger.

A-t-il profité d’une sorte d’état de grâce ? C’était maintenant ou jamais ? Toujours est-il qu’il paraît jouer profil bas, dans ses relations internationales :
à l’étranger, l’estime pour et l’influence de la Grande-Bretagne ont été dégonflés par la fin désastreuse de son boom économique. Le tant vanté miracle du capitalisme anglo-saxon s’est révélé un mirage. (…) Dans de telles circonstances politiques et économiques, la modestie et la gentillesse sont des stratégies sensées. 
Ah, si nous pouvions avoir un tel gouvernement, modeste et discret, me dis-je !

Inégalités et marchés

Une étude sur la réduction des inégalités en Amérique latine.

Elle serait principalement due à l’amélioration de l’éducation primaire de la population, à « l’échec du changement vers une technologie de hautes qualifications, des années 90, qui était associé à l’ouverture au commerce et à l’investissement, qui profitait de manière disproportionnée à ceux qui avaient une bonne éducation », et à des transferts en direction des plus pauvres.

Décidément, les marchés semblent avoir besoin d’un coup de pouce pour faire la prospérité collective. 

mardi 22 juin 2010

Bérézina footballistique

Hervé Kabla a bien joué, mais il a perdu. Il avait vu que le Mexique et l’Uruguay ne feraient pas match nul, ce qui laisserait la place à la France de se qualifier. Le début était juste, mais pas la fin.

En tout cas, le spectacle international qu’a donné l’équipe nationale est affligeant. Y a-t-il là quelque chose de la situation de notre pays ?

J’écoutais ce soir un morceau d’émission sur la défaite de 40 que la France de l’époque avait vue comme la sanction méritée des désordres de la troisième république (et même de la république tout court), et je me demandais si l’on n’était pas à nouveau aux prises de mêmes forces de dislocation… 

Néo Sarko

Je suis amené à me pencher sur la réforme des retraites, et à revoir mes positions sur le sujet :
  1. Augmenter l’âge de la retraite est injuste : les personnes qui ont commencé jeune doivent travailler plus, accentuation des privilèges des retraités actuels, à la solidarité desquels il n’est pas fait appel, par rapport aux (fort peu) actifs… Vers une guerre des générations ?
  2. Économiquement, ça paraît inefficace : cela ne peut qu’augmenter le coût du chômage, et déprimer un peu plus un marché intérieur dont dépend massivement l’entreprise. Il y a fort à parier que cette réforme ne fera qu’accentuer les problèmes du pays, qui ne vont qu’en s’amplifiant depuis 40 ans.
En tout cas cela serait conforme à l’hypothèse selon laquelle N.Sarkozy applique, volontairement ou non, un programme néo conservateur. Dont la logique est qu'être pauvre est une tare. Chaque occasion serait exploitée pour faire passer des mesures favorables aux riches, vus comme créateurs de richesse parasités par une racaille pauvre ? Programme diamétralement opposé à celui de M.Aubry, tout aussi idéologique ?

Mais alors pourquoi M.Sarkozy est-il aussi haï par la presse anglo-saxonne, qui le voit comme un pourfendeur du capitalisme ? Serait-ce une simple gesticulation dans notre direction pour masquer la réalité de ses manœuvres ?...

Efficacité allemande

Une partie des problèmes de la zone euro vient de l’efficacité allemande. Elle aurait deux causes :
  1. Une très nette baisse de salaires (20% par rapport à l’UE, entre 1994 et 2007).
  2. Des délocalisations vers l’est de l’Europe, qui auraient à la fois abaissé ses coûts, contribué au phénomène ci-dessus (concurrence avec la main d’œuvre allemande), mais aussi corrigé son déficit démographique. 

Deux mille

Ce blog a 2000 billets. Curieux. Lorsque j’ai franchi le centième billet j’étais tellement surpris que j’ai décidé de marquer toutes les centaines. Il était alors inconcevable que j’atteigne 2000.

L’intérêt du blog est de me forcer à réfléchir. Pour l’écrire, j’ai besoin d’être stimulé par la nouveauté. Et ce travail m’oblige à une réflexion qui procède par une sorte d’accumulation. D’une vitrine pour mes travaux sur le changement, ce blog s’est transformé en une enquête sur les changements que subit la société humaine depuis ses origines, et les lois qu’ils semblent suivre.

Le plus difficile est de faire entrer lecture et écriture dans ma vie. J’ai procédé selon les techniques que j’utilise pour l’entreprise : par le gain de productivité et le rite. J’écris de manière asynchrone : certains moments de la semaine sont réservés au blog. Les billets sont ensuite étalés sur les jours suivants. Il m’arrive aussi de réagir à l’actualité, n’ayant pas totalement réussi à me déconnecter d’Internet quand je travaille.

Parmi les changements dus à ce blog : je ne lis plus un livre ni ne regarde un film de la même façon que par le passé… 

lundi 21 juin 2010

Risque et alimentation

Les gens qui mangent mal ou fument beaucoup tendent à « percevoir récompenses et gratifications immédiates comme plus importantes que leurs coûts à venir ». (Are you what you eat?)

Une population désespérée ferait-elle une économie prospère ?

Culture et football

Henry Kissinger parlant du football allemand :
L’équipe nationale allemande joue de la façon dont son état major s’est préparée pour la guerre ; les matchs sont méticuleusement planifiés, chaque joueur est qualifié à la fois en attaque et en défense. Des combinaisons de passes complexes évoluent, partant juste en face de la cage du gardien de but allemand. Tout ce qui est possible par la prévoyance humaine, la préparation et le travail acharné est pris en compte.
La particularité de l’Allemagne est aussi de « vouloir gagner quelque en soit le prix », ce qui fait qu’elle peut marquer des buts quand tout semble perdu, au risque d’en encaisser.

Astaxanthine

Le saumon d’élevage n’est pas rose comme le saumon en liberté.

Alors, on lui fait ingérer un ingrédient artificiel, « tiré de dérivés pétroliers, au moyen d’un processus chimique complexe », qui fait croire au consommateur qu’il mange l’espèce d’origine.

Le consommateur est-il informé de ce tour de passe-passe ? Le manque de sens civique de l’entreprise est curieux.

(Information venant de WELLS, Spencer, Pandora’s seed, Random House, 2010.)

dimanche 20 juin 2010

Lobbying et démocratie

Le lobbying américain a quelque chose d’inquiétant.
  • La réforme du système financier inquiète la profession concernée. Elle aurait « dépensé 125m$ en lobbying ». Rien que les services financiers emploieraient plus de 3000 lobbyistes. Plus inquiétants : les 12 sénateurs qui doivent concevoir la loi définitive « ont reçu plus de 57m$ des secteurs en question pendant leur carrière ». Et un sénateur qui vient de proposer un assouplissement de la loi compte parmi ses plus gros donateurs KKR, un fonds d’investissement gigantesque. (Cheques and imbalances.)
  • L’entreprise américaine possède des techniques extrêmement efficaces pour faire douter le public des travaux scientifiques qui la desservent. Elles auraient été mises au point dans les années 50, à l’époque où les fabricants de cigarettes étaient menacés. « Les techniques utilisées incluaient différents types de désinformation combinés à une durable et honteuse habitude de coller aux arguments discrédités qui semblaient bien marcher ». (All guns blazing.)
Le plus étrange, peut-être, et que la démocratie américaine fonctionne en dépit de tout cela…

Obama le rouge (bis)

Un article confirme le malaise que suscite B.Obama chez beaucoup d’Américains :
La droite américaine n’a pas vu le vrai défaut de M.Obama. Il n’est pas un « socialiste », mais il ne comprend pas le monde des affaires. Même les directeurs généraux de gauche se plaignent qu’il n’exprime pas assez d’estime pour le capitalisme, et qu’il n’est pas sur la longueur d’onde de ceux qui le pratiquent. On fait entrer les patrons pour la photo, puis on les oublie. C’est une chose d’exiger des réparations de BP, c’en est une autre de le traiter comme un envahisseur étranger. Il a de l’intérêt pour l’économie et la technologie, mais pas pour la manière de gagner de l’argent.  
En fait, tout ceci me frappe comme étant un peu communiste. Le communisme c’est un capitalisme d’État. C’est un grand intérêt pour la science et la technologie, pour une production à outrance, mais une défiance envers l’enrichissement privé. C’est aussi très français : après guerre l’administration gérait l’économie et la petite entreprise était vue comme une sorte de « variable d’ajustement » un peu magouilleuse et pas très propre (cf. les travaux de M.Crozier sur la bureaucratie). B.Obama serait-il de l’espèce des planificateurs d’après-guerre ?

De la soumission de la femme

Le livre dont je parlais dernièrement dit ceci des sociétés à forte culture paternaliste :
La meilleure stratégie pour une femme qui veut soulager sa subordination à son mari, beau-père ou belle-mère est d’élever beaucoup de garçons et d’établir une relation forte de telle façon à ce que, lorsqu’ils amèneront leur épouse à la maison, elle puisse exercer son autorité sur ses belles-filles.
L’observation d’un de mes anciens collègues libanais m’a amené à cette même conclusion. Sa mère l’avait réduit en une sorte de dépendance totale, qui faisait qu’à 35 ans il se précipitait dans ses bras dès qu’il soupçonnait l’attaque du plus innocent microbe. À quoi s’ajoutait le mépris absolu de la femme, considérée comme un objet. Il me décrivait la France, avec ses femmes libérées mais en déficit d’affection, comme une gigantesque maison de passe, gratuite.

Ce qu’il y a de surprenant dans ce modèle, c’est comment il se perpétue : par la femme, qui fait de l’homme un pantin ridicule, arme de sa vengeance contre une société injuste. 

samedi 19 juin 2010

Histoire du mariage

COONTZ, Stephanie, Marriage, a History, Penguin books, 2005.

Chez les chasseurs cueilleurs, on ne stocke pas, on consomme ce que le groupe trouve au jour le jour. Le « mariage » sert à créer des alliances pour étendre le groupe. Puis l’homme se sédentarise, et accumule des biens, le mariage lui sert à augmenter sa richesse. La guerre et la charrue amènent la subordination de la femme. Dans les sociétés guerrières, elle est un outil d’alliance et de pacification ; dans les sociétés pacifiques et prospères, elle permet de construire des réseaux d’affaire et de lever des capitaux. À partir du 16ème siècle, le mariage passe du privé au public. La tradition du consentement, propre à l’Occident, installe la notion de choix individuel. Le mariage a aussi un rôle régulateur : grâce à ses règles, la population évolue en fonction des aléas économiques.

Les Lumières et l’avènement de l’économie de marché voient émerger l’emploi salarié et disparaître l’organisation monarchique de la société et de la famille. Mais l’égalité entre homme et femme est alors dans la différence. Ils sont supposés occuper deux sphères séparées : raison, économie d’un côté, sentiments et maison de l’autre. La cellule familiale d’unité de production devient foyer « d’âmes sœurs ». Puis c’est l’époque victorienne où le mariage est expérience centrale à la vie, et le début du vingtième siècle lors duquel les frustrations victoriennes font place à une invasion sexuelle que l’époque cherche à contenir dans le mariage. L’après guerre donne naissance à une vision idéalisée d’une famille où le père travaille et la mère est au foyer. Ce modèle est victime de l’inflation des années 70, qui rend obligatoire le second salaire, de l’électroménager qui réduit les tâches ménagères, du contrôle des naissances et d’une perte d’intérêt pour la légitimité, une des raisons d’être du mariage. De la conformité, le monde aspire à la satisfaction personnelle. Il devient un équilibre entre désirs de deux égaux que plus aucune règle sociale ne contraint. Notre société (notamment son organisation du travail) bâtie sur un schéma ancien est peu favorable à la nouvelle réalité. Ce qui fait du mariage un lien fragile, qui ne sourit qu’aux âmes déjà favorisées par le sort.

Commentaire :

L’histoire du mariage témoin de l’histoire de la société ? Elle est façonnée par des forces qui s’opposent et qui grandissent et disparaissent laissant la place à d’autres qui se développent à leur tour et transforment notre vie.

Quant à notre monde actuel il ressemble effectivement à celui que décrit Stephanie Coontz. Un monde d’individus, fragile, sans la certitude de la morale ancienne. Un monde qui ne sourit qu’à une élite privilégiée, et dans lequel le reste de la population souffre de ce que l’organisation sociale ne correspond pas à ce qu’on lui demande. Et c’est peut-être pour cela que des gens comme moi parlent désormais autant de changement : l’individu a besoin qu’on l’aide à faire évoluer un environnement inadapté. Comme celle de Freud, qui fut concomitante avec la révolution sexuelle du début du XXème, ma science serait-elle de mon temps ? 

vendredi 18 juin 2010

Foot, BP et Kerviel

La BBC ce matin déplorait que l’équipe de France de football ait été choisie à la place de celle d’Irlande : l’Irlande, elle, sait jouer au football.

Ce que nos joueurs savent faire, c’est gagner beaucoup d’argent. D’ailleurs, partout, gagner de l’argent est devenu une fin en soi. Et pour cela, le plus efficace n’est pas de bien faire son travail. Pour les financiers, le retour sur un investissement est fonction du risque. Pour s’enrichir il suffit donc de faire courir des risques à une entreprise. Bien sûr elle finira par le payer. Espérons que l’on ne sera pas là quand elle le fera. 

C’est peut-être cela l’enseignement des affaires Kerviel et BP, qui ne sont probablement que des cas extrêmes d’un comportement général.

Compléments :
  • Ce que je vois de l’affaire Kerviel me fait penser à l’affaire Madoff. Si Bernard Madoff a aussi bien réussi, c’est que ses investisseurs soupçonnaient qu’il était un escroc, mais pas le type d’escroquerie qu’il commettait. Jérôme Kerviel aussi semble avoir été entouré de l’estime de tous. On soupçonnait, semble-t-il, que ce qu’il faisait était louche, mais on n’en imaginait pas les conséquences.
  • D’ailleurs, les choses ne semblent pas parties pour changer : les grandes entreprises américaines nagent dans le cash. Plutôt que de l’investir dans leur activité, elles ont décidé d’acheter leurs actions, qui sont au plus haut.