samedi 19 juin 2010

Histoire du mariage

COONTZ, Stephanie, Marriage, a History, Penguin books, 2005.

Chez les chasseurs cueilleurs, on ne stocke pas, on consomme ce que le groupe trouve au jour le jour. Le « mariage » sert à créer des alliances pour étendre le groupe. Puis l’homme se sédentarise, et accumule des biens, le mariage lui sert à augmenter sa richesse. La guerre et la charrue amènent la subordination de la femme. Dans les sociétés guerrières, elle est un outil d’alliance et de pacification ; dans les sociétés pacifiques et prospères, elle permet de construire des réseaux d’affaire et de lever des capitaux. À partir du 16ème siècle, le mariage passe du privé au public. La tradition du consentement, propre à l’Occident, installe la notion de choix individuel. Le mariage a aussi un rôle régulateur : grâce à ses règles, la population évolue en fonction des aléas économiques.

Les Lumières et l’avènement de l’économie de marché voient émerger l’emploi salarié et disparaître l’organisation monarchique de la société et de la famille. Mais l’égalité entre homme et femme est alors dans la différence. Ils sont supposés occuper deux sphères séparées : raison, économie d’un côté, sentiments et maison de l’autre. La cellule familiale d’unité de production devient foyer « d’âmes sœurs ». Puis c’est l’époque victorienne où le mariage est expérience centrale à la vie, et le début du vingtième siècle lors duquel les frustrations victoriennes font place à une invasion sexuelle que l’époque cherche à contenir dans le mariage. L’après guerre donne naissance à une vision idéalisée d’une famille où le père travaille et la mère est au foyer. Ce modèle est victime de l’inflation des années 70, qui rend obligatoire le second salaire, de l’électroménager qui réduit les tâches ménagères, du contrôle des naissances et d’une perte d’intérêt pour la légitimité, une des raisons d’être du mariage. De la conformité, le monde aspire à la satisfaction personnelle. Il devient un équilibre entre désirs de deux égaux que plus aucune règle sociale ne contraint. Notre société (notamment son organisation du travail) bâtie sur un schéma ancien est peu favorable à la nouvelle réalité. Ce qui fait du mariage un lien fragile, qui ne sourit qu’aux âmes déjà favorisées par le sort.

Commentaire :

L’histoire du mariage témoin de l’histoire de la société ? Elle est façonnée par des forces qui s’opposent et qui grandissent et disparaissent laissant la place à d’autres qui se développent à leur tour et transforment notre vie.

Quant à notre monde actuel il ressemble effectivement à celui que décrit Stephanie Coontz. Un monde d’individus, fragile, sans la certitude de la morale ancienne. Un monde qui ne sourit qu’à une élite privilégiée, et dans lequel le reste de la population souffre de ce que l’organisation sociale ne correspond pas à ce qu’on lui demande. Et c’est peut-être pour cela que des gens comme moi parlent désormais autant de changement : l’individu a besoin qu’on l’aide à faire évoluer un environnement inadapté. Comme celle de Freud, qui fut concomitante avec la révolution sexuelle du début du XXème, ma science serait-elle de mon temps ? 

vendredi 18 juin 2010

Foot, BP et Kerviel

La BBC ce matin déplorait que l’équipe de France de football ait été choisie à la place de celle d’Irlande : l’Irlande, elle, sait jouer au football.

Ce que nos joueurs savent faire, c’est gagner beaucoup d’argent. D’ailleurs, partout, gagner de l’argent est devenu une fin en soi. Et pour cela, le plus efficace n’est pas de bien faire son travail. Pour les financiers, le retour sur un investissement est fonction du risque. Pour s’enrichir il suffit donc de faire courir des risques à une entreprise. Bien sûr elle finira par le payer. Espérons que l’on ne sera pas là quand elle le fera. 

C’est peut-être cela l’enseignement des affaires Kerviel et BP, qui ne sont probablement que des cas extrêmes d’un comportement général.

Compléments :
  • Ce que je vois de l’affaire Kerviel me fait penser à l’affaire Madoff. Si Bernard Madoff a aussi bien réussi, c’est que ses investisseurs soupçonnaient qu’il était un escroc, mais pas le type d’escroquerie qu’il commettait. Jérôme Kerviel aussi semble avoir été entouré de l’estime de tous. On soupçonnait, semble-t-il, que ce qu’il faisait était louche, mais on n’en imaginait pas les conséquences.
  • D’ailleurs, les choses ne semblent pas parties pour changer : les grandes entreprises américaines nagent dans le cash. Plutôt que de l’investir dans leur activité, elles ont décidé d’acheter leurs actions, qui sont au plus haut. 

18 juin

La tradition gaullienne du programme unique de la radio d’État revient, après le mur de Berlin, c’est le tour du 18 juin.

J’entendais hier « l’appel » de De Gaulle. C’était bref, pas d’envolée littéraire ordinaire à de Gaulle. Pas grand-chose de plus qu’un appel. Mais osé, quand on y réfléchit bien. Un modeste général de brigade à titre provisoire qui demande à ses supérieurs de lui faire allégeance…

Les gens déterminés plient nos volontés aux leurs ? Une forme de conduite du changement ?

Obama le rouge

Par l'intimidation, B.Obama a contraint BP à constituer un fonds de 20md$. Pourquoi le peuple, qui l’accusait d’impuissance, ne le porte-t-il pas en triomphe ?

Parce qu’il a déjà imposé sa volonté à l’industrie automobile, qu’il a mise en faillite et dont il a liquidé quelques dirigeants, et au monde de la santé. Aux USA ceci s’appelle communisme.  

En réalité, Obama joue les équilibristes. Car son attaque contre BP est aussi dans la culture américaine, culture de karchérisation du mal, qu’il s’appelle Enron ou Arthur Andersen. Un sénateur américain, qui a voulu défendre BP, a dû être désavoué par son parti…

En tout cas ceci montre que B.Obama est un homme redoutable, et que peu d’organisations humaines peuvent lui résister. 

Dommages de BP

Discussion avec un expert qui m’explique que les dommages que va subir BP sont fonction de la quantité de pétrole déversé sur les plages américaines. Compte-tenu de ce que l’on en sait, il estime le coût de l’affaire à 20 ou 30md$.

Ce qui est très supérieur aux estimations initiales, supérieur à ce que contiendra le fonds de dédommagement qu’a prévu BP (20md$), et pas loin du montant maximum (40md$), que j’ai vu apparaître ici ou là. La baisse de cours de la société ne semble plus excessivement irrationnelle.

Par ailleurs, il confirme un changement des pratiques en matière de dommages écologiques : dorénavant, le pollueur paie d’abord, avant d’être engagé dans des procès. 

Éliminer la mafia

Certaines zones de Rio sous la coupe de bandes mafieuses sont en train de se transformer.

Raison ? Probablement moins la police que l’économie. « L’insécurité et la pauvreté ont marché main dans la main à Rio ».

Je continue à croire que la Mafia est un mode d’organisation d’une société relativement efficace, quand elle manque de tout. Il est certainement utile de la combattre, mais le combat est vain si on ne propose pas à la population d’améliorer son sort. 

jeudi 17 juin 2010

Priceminister et Rakuten

Priceminister est acheté par Rakuten, grande société japonaise.

J’apprends que Priceminister n’est pas ce que je croyais. Légères pertes, relativement petit chiffre d’affaires (40m€). Prix d’achat : 200m€.

Succès des, très jeunes, fondateurs de Priceminister, qui vendent très cher quelque chose qui n’est pas rentable, ou manque d’ambition française, qui ne cherche pas, comme l’aurait fait un Américain, la domination mondiale ?

Compléments :

Dépression française

Le Nouvel Économiste a un article sur la déprime française, qui semble mondialement unique et en plongée continue.

Edgar Schein dit que le rôle de la culture est de rendre l’homme heureux. (La culture est l’ensemble des règles qui guident notre comportement collectif.) Effectivement, l’idéal social que nous nous sommes formés ne correspond en rien à notre société, nos conditions de travail sont inadaptées à une vie familiale correcte… Nous ne rencontrons que des désagréments usants. Ce qui fait que nous avons beaucoup de mal à obtenir ce que nous désirons. C’est la définition même de la dépression.

J’ai fini par me demander si nous n’étions pas en train de remettre en cause le modèle bureaucratique français, qui semble aussi vieux que le pays. Un modèle qui veut que nous soyons tous des assistés. Vivrions-nous un bouleversement millénaire ?

Compléments :
  • SCHEIN, Edgar H., Organizational Culture and Leadership, Jossey-Bass, 2004.

Retour à la raison

Degré 0 du marketing, et de l’intelligence. Depuis des années je vitupère nos entreprises, qui semblent croire que plus un produit à de fonctionnalités meilleur il est. D’où complexité effroyable. Degré 0 de l’envie d’acheter.

Eh bien, il semblerait que le marché m’ait entendu et qu’Apple, mon champion, soit de plus en plus imité.  

Il est aussi possible que « l’innovation frugale » des industries émergentes fasse des émules. 

mercredi 16 juin 2010

Obama et la marée

La marée noire de BP met en difficulté B.Obama. Une fois de plus on lui reproche son manque de compassion, sa froideur. C’est un homme d’équations.

Et, en quelque sorte, il semble avoir cherché à résoudre la crise actuelle comme une équation, et à remplacer son manque de cœur par son art consommé du discours. Principe central : surprendre la nation par la force de la riposte. Ainsi qu’il semble l’avoir conseillé aux dirigeants européens lors de la crise grecque.

Il a pris un ton grave, a parlé de guerre, s’est adressé au peuple du lieu des décisions des moments historiques. Et, à nouveau, un retournement de situation : justification de ses projets de législation environnementale.

Cette affaire montre que la communication de crise n’est pas la seule technique adaptée à la crise. Il y a le bouc émissaire et l’autodafé. Infliger une peine exceptionnellement cruelle à BP peut calmer le peuple (cf. la mise en faillite d’Arthur Andersen lors du scandale d’Enron). En ce sens, l’idée d’un énorme fonds alimenté par BP et destiné à dédommager les victimes de la marée noire est efficace (et intelligent : lors des précédentes marées noires les dédommagements sont arrivés après des décennies). De même que d’accrocher ses dirigeants au pilori. 

Exemple Lean

Il y a quelques temps j’ai rendu visite à une entreprise que je n’avais pas vue depuis longtemps. Surprise, de canard boiteux dont on n’arrivait pas à se débarrasser, une de ses divisions est devenue un champion de rentabilité. Plus curieux : il semblerait que ce soit dû à une innocente idée sortie d’une mission ancienne. À la réflexion, je me demande si l’on n’a pas là une illustration du principe même de Lean production :

La mission consistait à améliorer la rentabilité d’un gros groupe industriel. J’avais proposé de mettre en place un processus de « target costing » (mesure de marge) en amont des appels d’offres. Et d’appliquer, à titre d’apprentissage, la méthode à un gros appel d’offres.

Lors de l’exercice, la première proposition de la division est refusée. Elle arrive alors avec une offre modifiée. L’innovation principale consiste à ne plus coller les deux éléments du produit avant de les découper, mais à les découper d’abord, puis à les coller. De ce fait les « pertes » sont récupérables. En fait, il n’y a plus de pertes. Le taux de rentabilité interne (TRI) du projet passe de 0 à 13%.

Pourquoi n’y avait-on pas pensé plus tôt ? demande le directeur financier du groupe. Jusqu'ici on se contentait de demander un devis à la direction technique de la division, et l’on bataillait avec le client à partir de ces chiffres. Cette fois-ci on a dit aux experts de la société que leur proposition n’était pas satisfaisante, on les a informés de ce que veut le marché.

Nos techniques de production occidentales considèrent l’homme comme un exécutant. Au contraire, pour le « Lean » il est responsable de l'amélioration continue des processus de production dans lesquels il travaille. Il le met en face des problèmes que l’organisation rencontre, et lui demande de les résoudre.

Mes techniques de conduite du changement, dont c’est le principe, font du « Lean » sans le savoir !

mardi 15 juin 2010

Spéculation contre l’Europe

Jean Quatremer exhume un curieux épisode de la spéculation contre les monnaies européennes : l’attaque de 92, 93.

L’événement ressemble étonnamment à ce que nous vivons, mais en infiniment plus féroce. La lire est dévaluée, l’Angleterre est humiliée, même l’Autriche et le Luxembourg sont contraints de décrocher leur monnaie du mark, et la France est à un cheveu de la Bérézina. Comme actuellement, elle accuse l’Allemagne d’intransigeance, et implore un peu de souplesse. Incompréhension et procès d’intentions sont partout entre les deux pays.

La stratégie des spéculateurs (emmenés par George Soros) est aussi digne d’intérêt. Ils semblent chercher la faille dans la solidarité humaine, à faire éclater les liens sociaux fragiles. Et en détruisant la société, ils récoltent beaucoup d’argent. Dans ce cas, l’instabilité vient de l’unification allemande qui coûte extrêmement cher au pays, pousse ses taux d’intérêt à la hausse, et détache le mark des autres monnaies. Le calcul des spéculateurs est que la défense de ces monnaies va étrangler les économies concernées. Les gouvernements devront céder et les dévaluer. Il y a chômage massif, mais le franc tient.

Épisode plein d’enseignements ? L’Europe a subi beaucoup de crises financières, et a survécu : les économistes anglo-saxons nous enterrent un peu vite ? Et si la crise actuelle était moins terrible que ce qu’elle aurait pu être ? « D’une certaine façon, éviter de telles crises est le meilleur argument qui soit, en faveur de l’union monétaire» dit Helmut Schlesinger, à l’époque président de la Bundesbank. Enfin, on retrouve ici le financier du Galbraith du crash de 29,  parasite de la société qui fait fortune en la détruisant ? Mais, si elle ne périt pas, elle se renforce. C’est probablement pour cela que les Anglo-saxons vénèrent les marchés… 

Bulle euro

Prise de conscience. Les marchés ne sont pas irrationnels maintenant, mais l’ont été hier. Ils ont fait un pari qui a mal tourné (pour nous ?). Exemple européen :
  • (les spéculateurs) ont acheté les obligations des gouvernements de la périphérie européenne dans l’espoir que leurs taux convergeraient vers ceux de l’Allemagne.
  • Résultat. Les pays concernés n’ont pas fait les réformes nécessaires, et aujourd’hui ils subissent une double peine.
Conclusion ? Il faut être raisonnable pour deux et refuser les cadeaux qu’offre le marché ?

Compléments :
  • Curieusement, Paul Krugman explique au gouvernement américain qu’il n’a aucune raison d’envisager un plan de rigueur puisqu’il peut emprunter bon marché… 

Innovation en Europe

L’industrie high tech commencerait à bien se porter en Europe.

Ce serait le fruit de la lente émergence d’un « écosystème » favorable : entrepreneurs, capital risque, avocats, agences de relation presse…

Mais il reste encore des étapes à franchir. Les entreprises clientes doivent être plus aventureuses dans leurs choix, faire plus confiance aux petites entreprises, et, surtout ?, ne pas vouloir tout réinventer ; le capital risque ne doit plus être dirigé par des banquiers, mais par des entrepreneurs ; l’entrepreneur doit acquérir la compétence, et l’envie, de bâtir des multinationales.

Ce que je vois en France serait-il donc aussi vrai pour l'Europe ?

Trahis par Galbraith ?

En écrivant billet après billet, j’ai la curieuse impression que Galbraith a tiré contre son camp.

Dans les années 50, il expliquait pourquoi les théories économiques, qui ne prévoient que la pénurie, le chômage et la crise, avaient été défaites par la réalité de la société d’abondance de l’époque. Et qu’il n’y avait que quelques théoriciens ridicules qui osaient encore les défendre. Il disait, par exemple, que c’était l’État qui régulait l’économie par son poids, et par ses dépenses d’armement, que nous acceptions de lui payer des taxes indirectes, mais pas des impôts, que l’entreprise s’était éloignée du risque en s’autofinançant… (L’ère de la planification.)

Or tout ceci a été retourné. L’opinion a été convaincue que l’État était sans utilité ; tout ce qui le légitimait a été attaqué (l’armée) sans être remplacé, les taxes indirectes ont été liquidées si bien que le contribuable ne voit plus que l’inacceptable : l’impôt ; et les entreprises se sont surendettées, pour pouvoir verser de gras dividendes à leurs actionnaires. Du coup, la réalité a justifié les prévisions de l’économie – « dismal science ».

Tout s’est passé comme si la vision que dessinait Galbraith avait été inacceptable à certains et qu’ils avaient utilisé son diagnostic pour la torpiller.

lundi 14 juin 2010

Séquençage du génome

Le projet de séquençage du génome humain a dix ans. C’est un échec thérapeutique mais un succès pour la science :
  • L'on aurait cru que les maladies avaient une cause génétique simple. Tous les cancéreux, par exemple, devaient avoir la même anomalie génétique. Or, il semblerait, au mieux, que « chaque maladie commune est causée par un grand nombre de variantes rares ». Bref, l’industrie pharmaceutique est bredouille.
  • Par contre, ce projet à but lucratif a fait faire des pas de géants à la compréhension du fonctionnement, et de l’histoire, de l’homme et du règne animal.

Compléments :

Juger un plan de rigueur

On parle de rigueur en France. Difficile de juger un tel plan, faute de comprendre ce qu’il compte faire pour en évaluer les conséquences. Quelques idées de bon sens :
  • « Les marchés » ont un pouvoir indéniable, même s’il semble irrationnel à certains économistes, il est donc intelligent de chercher à les rassurer (ce qui n’a rien d’une science exacte…).
  • Bien qu’il n'y ait rien de certain en économie, il est vraisemblable qu’une réduction de déficit trop brutale peut la stopper, donc réduire les recettes de l’État, augmenter les déficits… jusqu’à ce que mort s’ensuive. Donc, pas d’excès.
  • Sur le long terme, le problème de la France est son déficit structurel qu’elle n’arrive pas à résorber. Il serait bien que le gouvernement explique comment il compte venir à bout de ce qui semble un mal endémique.
  • La rigueur ne doit pas attaquer les investissements nécessaires à l’avenir du pays (par exemple détériorer le système d’éducation). Au contraire. Est-ce le cas ?
  • Le gouvernement peut se tromper, mais ce n’est pas la fin du monde. Notre sort est en grande partie entre nos mains. La société a une grande capacité d’adaptation. D’ailleurs elle est peut-être en train de se transformer. 

Sécession belge

Une grande majorité de la Flandre serait en faveur d’une dissolution du royaume.

The Economist y voit le sort de l’Europe. Même problème : « déficit démocratique ». Les Flamands ne peuvent que se lamenter des déficits wallons, mais n’ont aucun pouvoir sur eux, et les wallons ne peuvent rien faire contre les séparatistes flamands, parce que leur vote ne compte pas en Flandre. De même l’Allemagne ne peut imposer sa rigueur aux Grecs.

L’argument me semble fallacieux. Ce que l’on voit en Belgique ce sont deux communautés qui se replient sur elles-mêmes. C’était la situation de l’Europe avant la construction européenne : hostilité.

Si les peuples ne veulent pas s’unir, aucun mécanisme ne pourra les y contraindre. L’Europe est une volonté d’union. 

Angleterre et coupe du monde

La coupe du monde de football nous rappelle que le Royaume Uni est une sorte de fédération.

C’est l’Angleterre, un de ses membres, qui y sera représentée. Ses supporters agiteront la « croix de Saint George » et non l’Union Jack, que l’on aurait attendu, nous Français incultes.

Compléments :
  • En quoi l’équipe d’Angleterre représente l’esprit du pays : This England.

Énigme turque

J’entends des bruits discordants. Pour certains la Turquie, repoussée par l’Europe, se jihadiserait, pour d’autres elle chercherait à retrouver sa gloire ottomane.

Il se pourrait qu’il n’en soit rien ; que la Turquie désire toujours rejoindre l’Europe ; qu’elle devienne plus démocratique à mesure que les réformes inspirée par l’Europe s’installent ; qu’elle ait une politique de bon voisinage très favorable à son économie (croissance de 7% l’an) ; qu’elle doive ménager l’Iran, du pétrole duquel elle dépend ; que les coûts d’une brouille avec Israël soient trop élevés pour qu’elle laisse une dispute avec ce pays s’envenimer ; que son influence nouvelle sur le monde arabe soit donc une bonne chose pour l’Occident… Mais un accident peut toujours arriver. 

Développement durable

Je me penche actuellement sur la question du développement durable et j’en reviens à des idées que j’ai eues il y a 7 ans :

Edgar Schein, « l’inventeur » du terme « culture d’entreprise », dit que le comportement des membres de l’organisation est guidé par ce qu’ils ont pensé être les raisons du succès de son fondateur. Je constate régulièrement que les entreprises sont construites sur des valeurs présentes dans l’inconscient collectif, qui sont liées au succès de l’entreprise, et qui suscitent un renouveau de motivation lorsqu’on les révèle.

Qu’est-ce qui menace ces valeurs ? Ce sont les aléas de l’histoire de l’entreprise, les « changements » qu’elle traverse. Alors, elle se trouve en face de situation nouvelles, et elle peut ne pas savoir y répondre en demeurant fidèle à ses valeurs. Elle triche. C’est que Robert Merton appelle « innovation ».

Autrement dit, il me semble qu’une entreprise est durable si elle sait respecter ses valeurs fondatrices. Autrement dit, « changer pour ne pas changer » :
  • Je soupçonne que les difficultés qu’ont connues récemment France Télécom, BP et la Société Générale viennent de là : ces sociétés n’ont pas su comprendre comment leurs valeurs fondatrices leur permettaient de prospérer.
  • Exception : je crois que les entreprises américaines ne sont pas durables, parce qu’elles ne sont pas faites pour l’être. La plupart d’entre-elles ne servent qu’à enrichir, le plus vite possible, leurs fondateurs et leurs investisseurs.

Compléments :
  • SCHEIN, Edgar H., Organizational Culture and Leadership, Jossey-Bass, 2004.
  • MERTON, Robert K., On Social Structure and Science, The university of Chicago press, 1996.

dimanche 13 juin 2010

La presse ressuscitée ?

La presse étrangère semblerait renaître. Elle aurait sévèrement réduit ses coûts. Surtout elle se serait concentrée sur le type d’information qu’elle est la seule à fournir, laissant le reste à Internet ou à des fournisseurs de gros (les agences de presse).

L’incapacité du Monde à faire cet exercice pourrait expliquer ses interminables difficultés. 

Obama président !

Que penser de l’action de B.Obama ? On ne pourra en juger les conséquences que dans bien des années. Mais on craint le pire. En conséquence, il est peu populaire. Ce qui devrait coûter à son parti les prochaines élections.

Par contre, il a de bonnes chances d’être réélu : les revendications extrêmes du Tea Party, notamment, devraient pousser les Républicains à lui opposer des candidats radicaux (Sarah Palin), que n’aiment pas une majorité d’électeurs.

Décidément, le comportement de la société est imprévisible !

Réductions de déficit : effets d’annonce

On s’inquiète de l’impact de la réduction des déficits publics européens sur les affaires du monde, mais il semblerait que ce ne soit qu’une annonce devant calmer les marchés financiers, y compris en Allemagne.

Mais ce qui effraie les marchés est que personne ne sait ce qui fait fonctionner l’économie. Les marchés sautent d’une certitude à une autre, au gré de leur fantaisie. Les économistes, et les gouvernants, n’ont aucun moyen de connaître les conséquences des idées simplistes qu’ils nous assènent. Leur foi est aveugle.

Je me demande s’il ne serait pas souhaitable que les États se comportent comme les entreprises : qu’ils cherchent une configuration qui leur plaît et qu’ils se donnent les moyens de contrôler la transformation du pays dans la direction désirée. L’économie doit devenir une science du contrôle ? Ainsi elle fera survenir ses prévisions ?