lundi 19 juillet 2010

La fin de Hong Kong

Hong Kong, paradis du laisser-faire, réglemente de plus en plus, et décrète un salaire minimum. (End of an experiment.)

L’article ne dit pas quelles sont les forces qui ont mis fin au statu quo. Mais il m’a fait avoir l’idée suivante : partout dans le monde, les nations construisent, quand elles le peuvent, un filet de sécurité social. Or, on nous a convaincu ces dernières décennies que les lois du marché étaient l’alpha et l’oméga de la nature. Et si ça n’avait été qu’une action de propagande ?

Car, au fond, ces lois ne profitent qu’à une petite élite. Les règles de la démocratie ne finissent-elles pas par faire entendre la voix de la majorité, qui demande de ne pas avoir toujours à courir, à se sacrifier aux intérêts d’un marché qui ne lui apporte rien ? Et si la solidarité sociale était la règle plutôt que l’exception ?

Compléments :
  • Curieusement l’expérience de laisser faire était l’œuvre d’un administrateur anglais. Un autre avait géré ainsi l’Irlande de 1850, d’où catastrophe lors de la maladie de la pomme de terre, qui a vidé un tiers de l’ile (The Little Ice Age: How Climate Made History, 1300-1850, de Brian Fagan, Basic Books, 2001).

Fortune bancaire (suite)

Éternelle question : comment le système financier a-t-il pu kidnapper l’économie sans que personne ne s’en rende compte ?

Mécanisme de la spéculation : sa fortune était relative à celle des actifs, qui ont connu une inflation non détectée. (A mirage, not a miracle.)

Et on le rémunérait en bon argent pour des opérations qui, finalement, étaient factices.

Espion jetable

Curieusement, l’électronique est l’ennemi de l’espion professionnel : elle trahit les fausses identités. De ce fait, l’espion moderne est l’homme ordinaire, qui a mené une vraie vie, électroniquement certifiée. 

L’espionnage entre dans l’ère du Kleenex ? (Pour la démonstration : A tide turns.)

dimanche 18 juillet 2010

Tamara Drewe

Film de Stephen Frears.

C’est léger et rafraichissant (anglais). Parfait pour l’été. Aussi, reflet de l’évolution des mœurs : un tel film n’aurait pu exister il y a quelques décennies. Me suis-je dit.

Or, c’est une réécriture d’un roman de Thomas Hardy, de 1874 ! (D’ailleurs on parle beaucoup de lui dans le film.) L’homme rejoue toujours la même comédie, seule l’interprétation est originale ?

Polyandrie

La coutume de la polyandrie se perdrait.

La logique de faire épouser à une femme les hommes d’une même famille était qu’ainsi la terre de ces derniers n’était pas morcelée.

Au fond, notre société a évolué de l’immobilier au mobilier, vers une sorte de communisme : nous possédons de moins en moins de biens durables propres. 

Obama le mal aimé

La côte de popularité de B.Obama n’a pas cessé de reculer depuis son élection.

Difficile à comprendre d’ici. Il semble un dirigeant efficace dans une situation effroyablement compliquée qu’il a héritée de l’aveuglement coupable des gouvernants précédents. Il fait passer de grandes réformes, dans des conditions difficiles, il est déterminé, honnête intellectuellement, incorruptible… Ses opposants semblent au pire des fantoches, au mieux n’avoir absolument rien à proposer.

Au-delà des difficultés du pays, ce qu’on semble lui reprocher c’est d’être un « socialiste ». Socialiste ? Cela signifie peut-être qu’il y a dans son comportement quelque chose qui n’est pas Américain.

Depuis longtemps, les universitaires ont constaté qu’un groupe (par exemple une entreprise) ne choisit pas ses membres en fonction de leur compétence, mais parce qu’ils partagent ses valeurs.

Compléments :
  • Qu’est-ce qu’être Américain ? C’est peut-être pouvoir déclarer : « Pensez-vous que c’est un pays de providence divine ? Un pays d’exceptionnalisme américain ? Si vous croyez que ces deux choses sont vraies, cela signifie que Dieu a un projet particulier pour cette terre de liberté. » (Where has all the greatness gone?)
  • Obama le rouge (bis).

samedi 17 juillet 2010

BP : too big to fail ?

M.Cameron part implorer la clémence américaine pour BP : de son sort dépend ceux de l’économie et des retraités anglais. (Cameron to fight BP’s corner in US.)

BP fut le héro d’un laisser faire guidé par la main invisible du marché, qui ferait le bonheur du monde. Plus d’État, plus de contrôle, des retraites par capitalisation, la « destruction créatrice », la « guerre des talents »... Et maintenant, on découvre que BP est au dessus des lois du marché qui veulent que les canards boiteux crèvent par sélection naturelle.

Le discours libéral était-il pour la consommation du peuple et des étrangers ? Les intérêts des classes supérieures anglo-saxonnes sont-ils protégés quoi qu’il arrive ? En tout cas, il serait intéressant de reconsidérer les décisions que l’influence de cette propagande nous a fait prendre. 

Déséquilibre structurel américain

L’appauvrissement d’une partie de la population américaine viendrait de ce que l’économie américaine demande de plus en plus de qualification, qui n’est accessible qu’à l’élite fortunée.

La redistribution n’étant pas acceptable aux USA, et la reconstruction du système éducatif étant une question de décennies, les gouvernements ont préféré encourager l’endettement.

Que peut faire l’Amérique pour redresser un tel déficit de ses structures sociales, elle qui abhorre l’intervention de l’État ? Ce déficit n'est-il pas culturel : l'Amérique n'est-elle pas une société de classes, qui ne peut fonctionner qu'en mode taylorien ?...

Bénéfice des vacances

Chaque année j’en reviens à la question des vacances, et, au fond, ma théorie ne change pas.

Notre vie est cadencée par la contrainte extérieure : bruits de notre immeuble, remplissage du métro, pas de la foule sur le trottoir… Bien difficile d’avoir un rythme de vie un peu original dans ces conditions. D’une certaine façon c’est la société qui nous agite.

Je soupçonne qu’obéir à cette contrainte demande un ajustement coûteux pour la santé humaine, et qu’elle a besoin de casser ces règles un moment pour sortir de ce rythme imposé, plus que pour retrouver la maîtrise de son destin. 

vendredi 16 juillet 2010

Michel Rocard optimiste

« N'enterrez pas la France. Elle va vivre de grandes secousses dans les années qui viennent. Mais elle pourrait bien être dans trente ans le seul pays d'Europe à rester debout. » dit Michel Rocard.

Le pays est effroyablement plus pessimiste que le reste du monde, et ce depuis 40 et son honteux effondrement. Mais il a beaucoup d’atouts, et peut-être une population qui a toujours la force, comme dans le passé, de compenser les défaillances chroniques d’une élite médiocre. 

Réforme aux USA

B.Obama a fait passer une nouvelle grande réforme. Parmi ce qui me semble ses particularités :
  1. L’interdiction pour le gouvernement de sauver une banque en faillite.
  2. La possibilité de découper en morceaux une banque qui devient trop grosse.
Le succès de ces mesures va probablement dépendre du courage des politiques. Une fois qu’une grande banque sera en faillite, il sera difficile de ne pas la secourir, puisque sa disparition signifierait, par effet domino, une crise internationale. Il faudra donc découper en période faste. Ce qui n’est jamais facile. (Mais la loi semble débarrasser les banques d’une partie de leurs activités à risque…)

Par ailleurs, la loi ne semble pas s’attaquer à la question du risque « systémique », qui fait que les éléments du système financier sont hautement corrélés ensemble.  

Japonais en Chine

« loyauté, docilité et sacrifice », les Japonais appliquent leur modèle culturel à l’entreprise chinoise, avec peu de succès, d’autant plus que leur mode de décision, qui passe par Tokyo, est peu approprié à une réponse rapide au mécontentements que produit cette gestion. 

Or, la Chine semble se transformer, vouloir travailler moins pour gagner plus, passer d’une société de producteurs à une société de consommateurs. (La correction des déséquilibres mondiaux serait-elle en marche ?)

jeudi 15 juillet 2010

Fusions de mutuelles

Beaucoup de mutuelles semblent fusionner, pourquoi ? me suis-je demandé.
  • On parle d’un mystérieux effet de taille. Mais personne ne semble l’avoir observé. Le plus étrange est qu’il existait des milliers de mutuelles, donc des toutes petites, et qu’elles semblaient très bien vivre… On parle aussi d’internationalisation, mais l’avantage de l’internationalisation semble encore moins clair que l’effet de taille, dont il est un cas particulier.
  • La cause réelle serait un changement de législation européenne, qui traiterait maintenant les mutuelles comme des assureurs et leur imposerait des règles de solvabilité qui les forceraient à augmenter leurs fonds propres. Les petites mutuelles ne pourraient pas avoir accès aux marchés financiers pour lever ces fonds. Pourquoi cette législation, alors que les mutuelles n’ont jamais eu de problème de solvabilité, que je sache ? Pourquoi chercher à constituer des monstres, alors que les journaux anglo-saxons se déchaînent contre le « too big to fail » accusé d’être à l’origine de la crise ? D’ailleurs pourquoi le législateur ne s’est-il pas autant inquiété des ratios de solvabilité des banques, qui n’ont pas cessé de décroître ?
L’Angleterre semble très en avance sur nous dans ce domaine. Ses « building societies » se sont même « démutualisées » en masse (ce qui n’est pas permis en France). D’après Wikipedia, des investisseurs souscrivaient à ces mutuelles, en obtenaient un droit de vote et votaient la démutualisation, ce qui leur permettait de se faire distribuer les énormes réserves accumulées par la mutuelle avant sa dissolution. On aurait constaté que les sociétés résultantes auraient été moins favorables à l’intérêt des adhérents qu’à ceux des actionnaires. Depuis 2000, cette manœuvre ne serait plus permise.

Alors, faut-il voir dans nos réformes européennes le lobbying de quelques investisseurs avisés, ou y a-t-il de solides raisons qui m'échappent ? à creuser.

Compléments :
  • Un document un peu mystérieux, qui me semble dire qu’il faut unir les mutuelles, même si l’on n’en voit pas clairement les raisons.
  • Y a-t-il un risque que ces monstres soient pris de crises de folie, comme la CAMIF ?

Suicide et Corée du Sud

Qu’est-ce qui cause le suicide ? Au moins en ce qui concerne la Corée, où il est exceptionnellement élevé, il semble que ce soit la société :

« Grande importance de l’apparence – avoir la bonne formation, le bon emploi, ou le bon niveau de réussite sociale perçue », le tout amplifié par les médias qui créent un « mythe du suicide », et peut-être aussi par un succès économique en marche forcée. 

mercredi 14 juillet 2010

Turquie européenne

L’Europe semble encourager la Turquie à la rejoindre. (Contradiction avec les positions officielles de l’Allemagne et de la France ?)

L’arrivée de la Turquie dans l’UE serait un changement intéressant. Ce serait de loin son membre le plus peuplé, donc celui qui aurait le plus de poids dans les délibérations de son parlement. Que dire de ses agriculteurs, fort nombreux ? Pourrait-il y avoir un risque de quelque effet pervers de type grec ou espagnol, suscité par l’exploitation par les marchés financiers d’une entrée un peu improvisée ?...

L’avenir est imprévisible. Et si c’était le principal intérêt d’une Turquie européenne ? Un grand moment d’incertitude et d’animation ? 

Payer les patrons en dettes

Un économiste propose de payer les patrons en dettes de leur entreprise : obligations, pensions de retraite, salaire différé…Ce qui lie leurs revenus à la santé financière au long cours de l’entreprise, alors qu’une rémunération en actions favorise la prise de risques démesurés, à court terme.

Pour ma part, il me semble que l’on n’arrivera jamais à contraindre le comportement d’un homme par quelques lois explicites, il les contournera toujours. La dissuasion efficace est sociale, je suspecte. Un demi-siècle en arrière, le dirigeant était modeste et honnête, parce que c’était ce qu’attendait de lui la société. Une citation un peu ancienne de Paul Krugman :
the section in Galbraith’s New Industrial State (1967) in which he discusses the possibilities of corporate executives using their position to enrich themselves at investors’ expense:
But these are not the sorts of thing that a good company man does; a generally effective code bans such behavior. Group decision-making ensures, moreover, that almost everyone’s actions and even thoughts are known to others. This acts to enforce the code and, more than incidentally, a high standard of personal honesty as well …

Les dangers de la lecture

Il semblerait que le cerveau soit capable de reconnaître naturellement une image dans un miroir, et qu’apprendre à lire le force, en partie, à désapprendre cette capacité, ce qui expliquerait pourquoi tous les jeunes enfants tendent à confondre b et d, p et q. Ce désapprentissage ferait que l’alphabète reconnaîtrait moins bien les visages que l’illettré. (Détail dans : The Da Vinci code.)

mardi 13 juillet 2010

Pourquoi le monde s’est-il endetté ?

Un précédent numéro de The Economist analysait les raisons de l’endettement occidental sous toutes ses coutures (premier article du dossier : Repent at leisure). Surprenant, nous sommes passés d’une culture de l’économie à une culture de la dette.

On trouve dans ses articles beaucoup de faits curieux. Par exemple que lorsqu’un dirigeant est payé en fonction de la valeur des actions de son entreprise, il a intérêt à faire acheter à ladite entreprise ses propres actions, donc à l’endetter. Mais aussi qu’aux USA le revenu médian n’aurait pas progressé depuis les années 70, ce qui a probablement amené les pauvres à se donner une illusion de richesse en empruntant. L’enquête n’est faite que de ce genre de cercles vicieux, qui nous ont d’autant plus abusés qu’ils ont mis longtemps à se révéler.

Était-ce évitable ? Je me demande si l’on n’a pas ici simplement le mouvement naturel de la vie. Le développement mondial et leur culture ont fait que certains pays ont accumulé plus qu’ils n’ont dépensé ; ce qui les a amenés à chercher un placement pour leurs épargne (aux USA et en Europe) ; ce qui a entraîné, quasi mécaniquement, une spéculation, de même que les Chinois sont amenés à produire du lait frelaté quand l’offre est inférieure à la demande. 

La crise est-elle la caractéristique du capitalisme, ou de la vie ? Peut-on arrêter ce type de mouvements avant qu’il ait fait des dégâts, ou faut-il rendre la société plus résistante à leurs conséquences ? 

BP nouvel Enron ?

Ce que je soupçonnais se confirme. Les malheurs de BP ne sont que la conséquence d’une gestion extrêmement hasardeuse.

Nouvel exemple de la façon dont on a dirigé nos entreprises ces dernières décennies. Course en avant qui amène BP, fleuron de l’Angleterre de Tony Blair, au deuxième rang mondial alors que la société était relativement modeste jusque là. Comment ? En prenant toujours plus de risques, en allant là où personne ne voulait aller, en utilisant des technologies toujours nouvelles, en éliminant des « dizaines de milliers d'employés », avec toujours plus de sous-traitance, par une gestion exclusivement « financière » qui fait valser les managers et les change de postes pour qu’ils n’affrontent pas les conséquences de leurs actes… Et elle distribue toujours plus de dividendes (triplés en 10 ans).

J’apprends, même, qu’une de ses plates-formes du golfe du Mexique a été à deux doigts de provoquer une marée noire du même volume que celle que nous vivons actuellement. Elle avait été construite en dépit du bon sens, dans l'improvisation et la frénésie. Et tout ça a coûté très cher à BP. Non seulement pour remettre sur pieds la plate-forme, mais aussi pour payer des pénalités colossales suite à de très nombreux accidents, et à ses refus répétés d’appliquer les règles de sécurité. Curieusement, tout cet argent perdu n’avait aucune influence sur son comportement. Toujours aussi dangereux.

J’espère que, contrairement à ce qui s’est passé pour Enron, les entreprises vont se reconnaître dans cette lamentable histoire, et mettre en cause leur mode de gestion.

Compléments :

Familles recomposées

Hier j’entendais débattre de la recomposition de famille chez RFI. Un journaliste écrivain s’étonnait de ce que ses enfants ne se réjouissent pas du bonheur qu’il éprouvait à avoir changé d'épouse. Par ailleurs il reconnaissait qu’il ne pouvait pas aimer les enfants de sa nouvelle femme comme il aimait les siens.

Je me suis demandé ce qu’avaient pu penser ses enfants. Peut-être n’étaient-ils pas contents du nouvel arrangement ? De l’aveu du journaliste, se retrouver dans un couple recomposé ne semble pas confortable. Les parents ont préféré leur intérêt à ceux de leurs enfants, non ?

Mais n’est-ce pas surtout un problème culturel ? 
  • Les enfants vivent leurs premières années dans une famille unie, et en tirent la conclusion logique que c'est ainsi que la nature est faite. Ils semblent justifiés de se sentir dupés lors d'un divorce. 
  • Chez les nobles d’Ancien régime, qui faisaient élever leurs enfants par leurs valets, les époux étaient relativement indépendants (le mariage étant avant tout une alliance entre familles). Les enfants ne devaient pas être étonnés par les fredaines de leurs parents, qu'ils estimaient avant tout pour leur lignage et leurs qualités personnelles. 
Ne serait-il pas logique que, dans un monde où l'individu ne voit rien au dessus de son intérêt personnel, on en revienne à des arrangements du type de ceux de l'Ancien régime ? 

Compléments :

Transformation dans l’automobile

Le carbone semble la meilleure et la pire des choses. L’effet de serre que produit son émission nous a amenés à la batterie électrique, pour transporter celle-ci, il faut une infrastructure légère, la solution de ce problème serait la fibre de carbone.

Cela donnerait, en outre, des structures infiniment plus solides que les traditionnelles, recyclables et qui ne rouillent pas. Et en plus, c’est BMW qui serait un pionnier de leur usage, alors qu’il menaçait de résister à un changement qui attaque sa raison d’être : la voiture pour la voiture. (The lighter drive.)

lundi 12 juillet 2010

Machine de résolution européenne

La mise en œuvre du traité de Lisbonne est un changement. Difficile de savoir comment il se passe. En attendant, voici ce que je comprends de la vision de Catherine Ashton :

Elle semble penser que la question qui se pose au monde est à la fois la globalisation – tout est lié - et l’adoption des valeurs occidentales. Pour cela les solutions nationales ne fonctionnent pas. Or, l’Europe est « une machine géante de résolution de conflits, qui permet aux États membres de traiter des problèmes transfrontaliers sur la base de règles approuvées ». Pourquoi ne pas appliquer cette machine aux problèmes mondiaux ?

Si bien que le service diplomatique européen devient une « plate-forme intégrée qui projette efficacement nos valeurs, et nos intérêts partout dans le monde », une mécanique pour construire des « stratégies politiques », qui orientent ensuite le déploiement de moyens qui sont nécessaires à leur mise en œuvre (moyens qui sont aujourd’hui déployés sans principe directeur, d’où leur peu de résultats).

Curieux. Et si l’Europe était une mécanique de résolution de problèmes multinationaux ? Une sorte de « donneur d’aide » qui apporte à la résolution des problèmes du globe, dont nous sommes l’origine, des méthodes issues de notre « boîte à outils » occidentale ? Et qui, résolution après résolution, diffuse et fait fonctionner le modèle occidental ?

Ce qui n’est pas clair est comment mettre en œuvre cette vision. Qui possède ce savoir-faire de résolution de problèmes intérieurs à l’Europe ? Comment peuvent-ils être utilisés pour résoudre les problèmes mondiaux ? 

D’ailleurs, l’Europe semble elle-même manquer d’un projet politique : ne devrait-elle pas s’appliquer sa propre médecine ?... 

L’entreprise programme l’homme

Souffrance au travail ne serait pas uniquement français : « un sixième des employés anglais souffre de dépression et de stress », « La recherche américaine suggère que le présentéisme (par lequel le KO debout vient au travail sans rien apporter) coûte deux fois plus que l’absentéisme ». Si bien que les entreprises anglo-saxonnes paient maintenant des soins psychologiques aux employés qui comptent le plus.

Nouvel avatar de la passion américaine pour « l’influence », l’utilisation des mécanismes de manipulation humains et sociaux au profit de l’entreprise ? Curieux combien une certaine forme de capitalisme a en commun avec le soviétisme.

dimanche 11 juillet 2010

La bataille d’Europe

The Economist fait un point sur les idéologies qui cherchent à imposer leur marque à l’Europe. La face répugnante de la France apparaît partout.

Gouvernance
  • L’Allemagne veut des règles de bonne gestion, et des sanctions pour ceux qui ne les suivent pas. Une éventuelle coordination économique doit impliquer les 27, et pas la zone euro, puisque les idées françaises semblent y avoir la majorité.
  • La France aimerait un gouvernement économique. « Traduit, ceci signifie des politiciens se mêlant de politique monétaire et un système de redistribution des pays riches vers les pauvres », mais aussi « freiner la concurrence portant sur les taux d’imposition des entreprises et le coût du travail. »
Libéralisme
  • Pour l’article libéralisme = libre marché du travail. Plus précisément, liberté de travailler partout en Europe, et surtout de profiter du faible coût du travail de certains pays. Ce serait la « globalisation à l’intérieur des frontières (de l’Europe) ».
  • L’antithèse de cela, l’axe du mal, est le modèle Français. Il protégerait l’homme de la globalisation, grâce à un lourd système de sécurité sociale, des restrictions des mouvements des travailleurs, et, pire, un salaire minimal européen.
Commentaire :

Tout ceci est bien connu. Mais il me surprend. Je ne pensais pas que le libéralisme anglo-saxon c’était aussi peu que cela. Peut-on imaginer faire fonctionner le monde simplement en y échangeant des hommes comme des biens de consommation ? En exploitant des différences de coût, par nature transitoires ? Où est la création là dedans ?

Il ne pouvait y avoir que des boutiquiers pour avoir de tels idéaux.  

Culture allemande

On en veut aux Allemands parce qu’ils ne savent qu’exporter, pas consommer. Or, le monde ne peut pas vivre en déficit. Mais l’Allemand est génétiquement frugal et considère même le service comme un gaspillage (sa qualité serait-elle pire en Allemagne qu’en France ?). Hair-shirt economics.

« Les entreprises allemandes ont pressé la zone euro comme un citron, et l’ont jetée. » L'économie allemande, qui repart à grande vitesse, s’intéresse de moins en moins à la zone euro (« à partir de 2008 les exportations de biens vers la zone euro comptaient pour 17% du PIB allemand contre 23% pour les pays extérieurs »). Son seul problème est de placer son argent. Jusqu’ici il a alimenté toutes les bulles spéculatives, d’où l’état branlant de ses banques, mais, maintenant, il a trouvé un placement sûr : la Chine. Lemon aid.

Voilà qui contredit les économistes, qui croient que le monde obéit à la raison. La culture allemande produit naturellement un déséquilibre mondial, chaque Allemand y contribue sans même le savoir. Le corriger va bien au-delà de la volonté politique, fort impuissante face à un tel mouvement de fond. 

Du silence et des ombres

Film de Robert Mulligan, 1962.

Semble être un immense classique, tiré de l’unique livre, et immense bestseller, d’une amie d’enfance de Truman Capote, Harper Lee. D’ailleurs leurs deux personnages apparaissent dans le film.

Curieuse morale me semble-t-il. Un premier procès condamne un innocent. Puis un coupable est tué, mais cette fois-ci on décrète que c’est un accident, pour ne pas répéter une expérience désagréable.

Y aurait-il des justes, et ils sont au dessus des lois ?

samedi 10 juillet 2010

Intelligence et pauvreté

Les habitants des pays pauvres seraient moins intelligents que ceux des pays riches.

Explication : les conditions de vie des pauvres empêchent leur cerveau de se développer correctement.

Cependant l’article définit l’intelligence par le QI. Ce qui me pose des questions : qu’est-ce que l’intelligence ? Y a-t-il corrélation entre le QI et une capacité utile ? Et si le QI, avec sa très bizarre mesure, était un produit culturel ?...
.
Compléments
  • Une vie trop protégée n’a pas que des bénéfices : faute d’infections, le système immunitaire se retourne contre le corps. D’où asthme et allergies. (Même article.)

vendredi 9 juillet 2010

Monde des bonnes nouvelles

Enfin. Réaction à l’humeur massacrante de la presse, qui ne se réjouit que de ce qui condamne notre raison de vivre, et pourrit notre existence.

Une artiste a eu l’idée de créer un exemplaire du monde qui ne contienne que de bonnes nouvelles. Pour cela elle a dû travailler pendant 3 mois. 1% du Monde est optimiste ?

Relations humaines en France

Étude ethnologique de Minter Dial : le service en France. Pourquoi est-il aussi détestable ?

Ce qui m’a rappelé plusieurs conversations récentes traitant de cas identiques. Ils se ramènent tous à une observation de M.Crozier : le Français utilise son rôle social pour prendre la société en otage, un peu comme les banques américaines avec l’économie ou Enron aves l’État de Californie.

À la réflexion, je crois que nous commettons une erreur. Nous pensons que nous avons le droit d’avoir un service. Alors que le Français estime, avec raison, que sans lui nous ne pouvons rien ; bref, qu’il nous rend service en accomplissant son rôle ; donc que celui-ci lui donne un droit, non un devoir. Ainsi un directeur technique que je cite dans un livre avait-il monté un centre d’appels sur le principe « ils sont en panne, ils peuvent attendre ».

Deux conséquences de cette théorie :
  1. Elle explique pourquoi le Français a toujours l’air fatigué et de mauvaise humeur. En effet, il n’arrête pas de rendre service, sans même qu’on lui en soit gré. Il est exploité.
  2. La logique de la relation de service en France est non d’exiger, sous peine de ne pas être – ou d’être mal - servi, mais d’appeler à l’aide, gentiment. 

Facebook

Intéressante conférence d’Hervé Kabla traitant du web social et dont il ressort, notamment, que Facebook est en passe de créer un Internet à lui, vivant en autarcie.

Défi pour les monstres d’Internet, Google et Amazon, par exemple, qui peuvent voir leur échapper ce monde et s’y reconstituer des monopoles locaux. 

Génétique et âge

Suite des travaux sur le génome. Comment prévoir l’espérance de vie à partir de sa composition ?

Il semblerait que l’on ait trouvé quelques gènes favorables, mais que l'on explique pas tout.

Cette recherche me semble décidément curieuse. Attendu que la société du moment est de plus en plus le principal facteur de « sélection naturelle » (que l’on ait le droit ou non de travailler selon son degré de « qualification » par exemple), il est douteux que nos gênes, qui regardent vers le passé, soient d’une grande utilité. 

jeudi 8 juillet 2010

Contre Internet

Hier j’entendais des politiques incriminer Internet. Faillite du journalisme, nid de rumeurs non vérifiées… 

Surprenant. Ne condamnent-ils pas le mécanisme même de la démocratie ? me suis-je demandé. Une tactique pour ouvrir un contre-feu ? Sorte de communication de crise ?

Mais il y a peut être effectivement du nouveau dans le paysage médiatique français. Jusqu’ici notre conception de la liberté de la presse garantissait les journalistes des pressions du marché, d’autant mieux que l’État la subventionnait et eux avec. La presse doit maintenant se préoccuper de ses revenus. Et un des moyens les plus efficaces de faire des ventes est le scandale. C’est cela l’économie de marché. Il va falloir s'y adapter. 

Compléments :

Douleur d’être parents

Déjeuner avec un ami, qui me dit s’inquiéter pour l’avenir de ses enfants, alors qu’il est d’un naturel exceptionnellement optimiste. Ce qui m’a rappelé un billet parlant de l’Amérique. Là aussi, les parents sont malheureux.

Explication : dans une société terriblement inégalitaire, toute la vie de l’homme se joue dans son enfance, dans les études qu’il suit. Il ne doit pas faire de faux pas. Le livre que cite un autre de mes billets, va jusqu’à dire que l’enfant devient un investissement capital pour ses parents, qui peut même justifier un renforcement de son potentiel génétique…

Il est possible que la France bascule dans cette voie, avec le désagrément supplémentaire qu’elle est un petit pays mal défendu des influences extérieures et que la formation que fournit l’Éducation nationale n’est pas ce que demande le monde actuel.

Mais cet ami s’inquiète plutôt pour l’avenir de l’humanité, dont il soupçonne qu’elle est guidée par une idéologie en crise, et qu’elle est dirigée par des incompétents. Il n’écoute plus la radio, qui ne sourit que quand il tonne.

J’ai essayé de le rassurer en lui disant que son impression de « rien ne va plus » était le symptôme d’un changement en cours, et que l’avenir était à ceux qui sauraient prendre leur sort en main. 

Changement au Japon (suite)

Au détour d’un article sur un scandale chez les sumotoris :
Le scandale en dit long sur le Japon d’aujourd’hui, un pays traversant une transition radicale, de règles informelles et implicites à des règles formelles et explicites. Des institutions longtemps interdites au regard du public doivent rendre plus de comptes. 

mercredi 7 juillet 2010

Chaîne logistique et changement

Bill Belt dit que la passion des entreprises pour les « chaînes logistiques » fut une brève folie. Il semblerait effectivement qu’elles soient en passe d’être démantelées.

Un article analyse celle de l’iPod. La part du lion dans la valeur de l’iPod est prise par Apple, ensuite, quelques fournisseurs de composants occidentaux, plus ou moins habiles, font probablement de beaux bénéfices. Tout en bas, de gigantesques entreprises (800.000 employés) assemblent. Elles vivent d’infimes marges et se déplacent continument vers les confins de la pauvreté au fur et à mesure que le salaire de leurs employés est gagné par une inflation galopante (dans certains cas, augmentation de 20 à 30% cette année).

Le changement est de plusieurs ordres.
  • La montée des salaires va attaquer les revenus des électroniciens qui vivent de petites marges (notamment les fabricants de PC).
  • La Chine, elle, ne veut plus être l’atelier du monde, la terre des exploités, et va donc attaquer le marché des électroniciens à grosse marge.
Bref, si c’est partout pareil, il s’annonce difficile. Beaucoup d’entreprises occidentales vont-elles traverser un gros trou d’air ? Faudra-t-il réinstaller chez nous ce que ne voudront plus faire les Chinois ?…

Eric Woerth

Depuis quelques temps la radio ne parle plus que d’Eric Woerth et de Madame Bettencourt. Qu’en penser ? Me dis-je.

La manœuvre est habile. Le gouvernement semblait en passe de réussir à faire accepter la réforme des retraites, maintenant l’exécutif pourrait être paralysé. D’autant plus que je soupçonne que cette tactique peut être utilisée contre tout homme politique, et même contre tout Français. Car nous sommes un peuple du système D, de petites entorses à la rigueur…

Donc si elle réussit cela signifie que les affaires succèderont aux affaires et le pays sera ingouvernable. Retour de la 3ème République. Nos politiques auront démontré qu'ils trichent avec le fonctionnement, bon ou mauvais, que s’est donné la démocratie française, qu’ils mettent leur médiocrité au dessus de l’intérêt collectif. Navrant.

Le marché des services

Il y a beaucoup d’interrogations concernant le marché des services. Notamment parce que, contrairement à ce que l’on a cru longtemps, il porte sur les qualifications élevées (études, recherche et développement…). À quoi ressemblent les entreprises qui font ce commerce ?

En Angleterre, elles sont extrêmement concentrées « 0,039% des entreprises du Royaume uni expliquent près de 80% des importations de services du pays ». Elles emploient plus de personnel, et un personnel plus qualifié que les autres entreprises.

mardi 6 juillet 2010

Stratégie de France Télécom

Annonce par la nouvelle direction de FT de sa stratégie. Difficile de juger. Mais ça ne donne pas une image très flatteuse du passé.
  • Baisse de chiffre d’affaires, mais « taux de rentabilité en progression de 35,5% ». Stratégie de « vache à lait » ? (Serait-ce nous, les Français, la vache à lait ?)
  • Services clients qui n’ont pas l’air brillants, mais où il y a de l’argent à gagner.
  • Marché des entreprises sous exploité et potentiellement énorme. Surprise. C’est déjà ce qui me paraissait évident quand je faisais des études de marché sur le sujet, il y a plus de dix ans.
  • Dans beaucoup de domaines, présentés comme désormais stratégiques, ce qui domine semble être le « trop tard » : mobile, fibre haut débit, marchés émergents (comment entrer sur des marchés certes en grosse croissance, mais coupe-gorge, où la productivité me semble poussée à l’extrême, quand on vient de l’étranger, et sans préparation à l’esprit combattif qui les caractérise ?).
  • La seule chose un peu innovante dans la politique de l’équipe sortante, « les contenus audiovisuels », passerait à la trappe. Était-ce une erreur ?
France Télécom semble donc partir de très loin, en étant très abîmée. Que faire ? 2 idées :
  • Reconstruction de l’entreprise, de sa culture, et de ses hommes. La direction ne peut avoir une stratégie ambitieuse si ses collaborateurs ne sont pas en état de la suivre, et de mettre en œuvre ses décisions avec intelligence et efficacité.
  • Apprendre. FT semble distancé par son marché. Pour reconstruire des « compétences clés », l’achat d’entreprises est probablement moins efficace que l’expérimentation avec des clients dont les besoins sont en avance sur leur temps.
Tout cela se fait par projets pilotes, éventuellement en parallèle de développements plus ambitieux. Mais changement bien difficile à mener d’en haut, quand on n’est pas aussi familier du métier, du marché et de l’entreprise que Steve Jobs. Espérons qu’il existe encore au sein de FT des « hommes clés », sur lesquels la nouvelle direction pourra s’appuyer pour renouveler ses avantages concurrentiels. 

Compléments :

Sport et identité nationale

Pour Chris Riddell (The sporting life, CAM n°60), quand nous assistons à une représentation de notre sport national, nous affirmons notre adhésion à ce que notre pays prétend être. Rome et les jeux du cirque :
les spectateurs donnaient un gage d’allégeance publique à une certaine image de Rome, à une citoyenneté hiérarchique mais en interaction, chacun se regardant et étant regardé. Faire partie d’un groupe, un moment, simplifie un monde complexe et y rend la vie plus facile.
Le Super Bowl est le grand moment sportif américain, un moment lors duquel la publicité compte au moins autant que le sport :
l’Amérique et le football américain sont relativement jeunes mais obsédés par la célébration de leur propre histoire ; ils parlent hautement d’idéaux et de caractère tout en affichant ouvertement leur préoccupation de gagner de l’argent. Le Super Bowl fait comme si le reste du monde n’existait pas.
La compétition d’aviron entre Oxford et Cambridge marque l’année anglaise : selon les interprétations, elle signifie « équité, persévérance et subordonner l’intérêt personnel à celui du groupe » ou est « un symbole d’élitisme et de privilège ».

La sport national français serait le Tour de France. Lui ne parle ni d’élite ni d’une nation repliée sur elle-même : « Le Tour de France accueille le monde et le rend français », « Les coureurs du Tour viennent traditionnellement de milieux pauvres, et les gens s’identifient à eux ». Ce symbole vient des profondeurs de l'histoire. « Le Tour a ses origines dans les processions monarchiques, qui démontraient la grandeur de la France ; dans le tour de France du compagnon ; et dans la technique pédagogique qui permettait d’enseigner la France aux élèves grâce à un tour de France virtuel ». Il se réinventerait sans cesse en fonction des aspirations de la nation.

Tout ceci me surprend. Le Tour de France, avec ses coureurs surdopés, est-il une communion nationale ? N’est-il pas dénoncé comme ringard par Canal+ qui lui préfère le football et ses revenus ?

Si le mythe fondateur de notre nation est quelque chose qui s’appelle la « France », détentrice bienveillante de valeurs universelles, je comprends mieux notre dépression actuelle : si la France n’existait pas, tout serait permis ? Sans ce qui nous faisait nous transcender dans les grands moments, sans ce que Montesquieu appelait « honneur »,  plus rien ne fait oublier notre médiocrité mesquine, que nous renvoient en miroir notre gouvernement et notre équipe de football ? 

Indicateurs de crise

Comment savoir si un pays va être méchamment touché par une crise ? Une étude trouve dans l’histoire quelques indicateurs significatifs :
  1. Le niveau (bas) de réserve de devises étrangères comparé aux dettes à court terme.
  2. Le taux de change effectif (monnaie surévaluée, danger).
  3. Déficit de la balance des paiements.
  4. Une nation qui économise peu.
Ce qui semble les conclusions d’une étude sur les risques de l’entreprise : l’entreprise à risque est celle qui a peu de fonds propres (Crise : que faire ? rendre l’entreprise flexible).

lundi 5 juillet 2010

Les entreprises amassent

Il semblerait que les entreprises, au moins anglo-saxonnes, amassent le cash et n’investissent plus… Reprise en difficulté. Raisons évoquées :
  • Il demeurerait des dettes importantes, de l’ère des dépenses inconsidérées (achats d’entreprises ou d’actions propres). L’entreprise accumulerait des réserves.
  • « Les entreprises semblent en manque d’idées de développement. La technologie n’est plus l’investissement essentiel qu’il fut à la fin des années 90. » Les entreprises avaient-elles fini par voir leur métier comme une éternelle réduction de coûts ? Plus besoin de chercher ce dont nous avons besoin ?
  • Elles sont inquiètes de l’inquiétude du marché, qu’elles provoquent...
Les entreprises ont l'air d'être des moutons de Panurge, ne faudrait-il pas leur faire connaître des exemples de consoeurs qui investissent avec succès, pour leur donner les idées qui leur manquent ?

Compléments :

L’État perd 100md€

Il semblerait qu’en 10 ans, l’État français soit à l’origine de 100 à 120md€ de pertes de recettes, non compensées. Funeste idée, que nous payons cher aujourd’hui. Stupidité ?

Je soupçonne que non. Il est possible que gauche et droite aient pensé, avec le reste du monde, que moins de pression fiscale signifiait une économie plus saine, un pays plus riche et donc plus de revenus pour l’État.  

Dois-je en déduire une fois de plus que les techniques de conduite du changement de nos gouvernements pêchent ? Ils croient que la société évolue par miracle ? Alors que les structures sociales tendent à maintenir le statu quo, et qu’il n’y a pas de changement sans « contrôle du changement » ?

Guerre et Internet

Une guerre touchant Internet pourrait arrêter le fonctionnement de l’humanité, semble-t-il. On commencerait à s’en préoccuper.

Si l’on ne l’a pas fait plus tôt, c’est parce que ceux qui ont le plus à y perdre (notamment les USA) étaient aussi ceux qui avaient le plus à y gagner. (voir Cyberwar et War in the fifth domain).

La société féodale

BLOCH, Marc, La société féodale, Albin Michel, 1989. « L’Europe fut une création du haut moyen-âge ». Écrit en 1939, ce livre semble rechercher, à son origine, ce qui caractérise les cultures des nations qui vont s’affronter. « L’époque (…) ne vit pas seulement se former les États. Elle vit aussi se confirmer ou se constituer (…) les patries. » Car, après une période de chaos marquée par les offensives des Musulmans des Hongrois et des Scandinaves, l’Europe connaît un arrêt définitif des invasions « d’où la possibilité d’une évolution culturelle et sociale beaucoup plus régulière, sans la brisure d’aucune attaque extérieure ni d’aucun afflux humain étranger. »

Le premier âge féodal (900 – 1050) est pauvre, peu peuplé, sans institutions capables de structurer une société. Faute d’argent, le salariat est impossible. C’est une société d’échange en nature, de lien direct. C’est, pour la classe supérieure, la vassalité, pour la classe inférieure, le servage.

Le second âge féodal (1050 -1200) est celui d’une « révolution économique ». « L’Occident s’est fait puissant exportateur de produits ouvrés », « les draps jouèrent le même rôle directeur qu’au XIXème siècle, dans celle de l’Angleterre, la métallurgie et les cotonnades. » La population croît, les lois se développent, les liens qui tiennent ensemble la société, le fief en particulier, deviennent financiers, les villes et la bourgeoisie – antithèse de la féodalité – apparaissent.

L’Angleterre s’affirme comme une société de classes. En haut, une classe assez égale et solidaire d’hommes libres qui jouissent de la justice du roi. Elle est ouverte et proche des « réalités », ce qui lui assurera une survie jusqu’à notre époque. En bas une classe laborieuse « abandonnée à l’arbitraire seigneurial ». Le fief y est entendu comme le droit réel de l’homme libre. L’autorité royale y est relativement forte et indépendante des puissants, elle déploie des institutions nationales, sheriffs, chartes, assemblées d’hommes libres origine de la chambre des communes. Déjà l’île se veut tête de pont d’un empire.

C’est en France que l’on trouve la féodalité la plus pure. L’État y est faible, « les abus de force des maîtres n’avaient plus guère d’autre contrepoids  (…) que la merveilleuse capacité à l’inertie de la masse rurale et le désordre de leur propre administration », et ne parviendra jamais à créer l’unité anglaise « les rois rassemblèrent la France bien plus qu’ils ne l’unifièrent », d’où multitudes de particularismes locaux. La France est un pays de seigneurs, chevaliers, hommes de guerres et de droit, ancêtres des nobles, qui existent dans un tissu incertain et changeant de relations les uns aux autres. Ce « lien humain caractéristique (…) attache du subordonné à un chef tout proche » est certainement la marque de fabrique d’une époque « résultat de la brutale dissolution de sociétés plus anciennes ». « L’hommage vassalique (est un) vrai contrat (…) bilatéral (qui accorde notamment) un droit de résistance ».

L’Allemagne est la moins bien définie des trois nations étudiées. Elle semble adopter les solutions trouvées en France avec deux siècles de retard. Mais elle a aussi ses particularités. Elle respecte la hiérarchie. Elle se constitue en duchés « fonctionnarisés » plus grands et solides que les seigneuries françaises, mais sans lien fort entre eux. Enfin, au droit réel anglais, elle préfère un droit de la société.

Commentaires :
  • Cette étude comme d’autres (Histoire du mariage, Les Lumières, Chine et Occident : dialogue de sourds) montre une société dont les règles directrices, jamais sans exceptions, vivent et meurent, et sont remplacées par de nouvelles, ou réinterprétées – et trahies.
  • Plus curieusement, elle semble dire que certaines caractéristiques culturelles définissent nos sociétés depuis fort longtemps.  

dimanche 4 juillet 2010

Crédits d’impôts pétroliers

Le gouvernement américain tente d’utiliser les fuites de BP pour récupérer 4md$ de crédit d’impôts qu’il donne chaque année aux compagnies pétrolières.

Ceux-ci viennent de lois qui remontent à la nuit des temps, et d’astuces comptables. Pourquoi continuer à les octroyer à des entreprises aussi riches ? Parce que, depuis 2008, elles ont dépensé 340m$ en lobbying… 

Compléments :

Rouille et blé

La terre dépend du blé, or, il serait attaqué par la rouille, maladie que l’on croyait éteinte depuis un demi-siècle. On avait trouvé une variante à haut rendement, qui semblait inattaquable. Du coup, on ne plantait plus que celle-là. Mais la rouille aurait trouvé une faille.

Il y aurait des parades approximatives (des variétés moins productives, et des pesticides), mais il n’est pas certain que les pays pauvres y aient accès à temps. Et les ressources des institutions d’État compétentes ont été fortement réduites, depuis longtemps. (Détail : The disease eating away our daily bread, Rust in the bread basket.)

Notre économie de marché n’aurait-elle pas la fâcheuse tendance de tuer la diversité ? De parier un peu trop vite sur ce qui semble réussir à court terme, et d’éliminer tous les garde-fous, jugés trop coûteux ? En particulier, nous sommes devenus colossalement dépendants du blé, et lui-même ne tient qu’à une seule espèce…

Ce qui est étrange, aussi,  est que les écologistes se soient autant émus du sort des ours des Pyrénées, et aussi peu de celui des plantes et du nôtre. 

Du bon usage du Front national

Hier j’écoutais la Rumeur du monde. On y parlait stratégie des partis politiques français.

L’UMP est menacé par le Front national, qui n’est plus séduit par N.Sarkozy. Or, plus les Français sont mécontents de leurs politiques plus ils tendent à voter FN.

La conséquence que j’en tire, et que je n’avais pas vue jusque-là, est que, tactiquement parlant, N.Sarkozy a intérêt à émettre des idées qui plaisent au FN, et le PS à dénoncer bruyamment les turpitudes réelles ou imaginées du gouvernement.

C’est un cercle vicieux de ce type qui a dû jouer en Allemagne avant guerre. 

samedi 3 juillet 2010

L’Angleterre à l’assaut de l’Europe

Les Conservateurs anglais menaçaient de quitter l’UE, maintenant ils veulent la noyauter de l’intérieur.

L’Angleterre vient de comprendre que son sort est lié à celui de l’UE. Par conséquent, il s’agit d’influencer sa politique. La crise lui semble propice. Il va falloir faire des économies, et les institutions et réglementations qui agacent l’Angleterre sont donc fragiles. Tactique : infiltrer des fonctionnaires porteurs des valeurs de l’île (le fonctionnaire européen est ordinairement supposé neutre), trouver des alliés, notamment auprès des « petits pays ».
Le nouveau gouvernement britannique sera pragmatique dans son approche de l’Europe, étant coopératif quand il le peut et choisissant avec soin les moments où il se battra pour ce qu’il voit comme étant l’intérêt national.
La culture bureaucratique de l’UE va-t-elle annihiler l’envahisseur, ou va-t-elle devenir un non man’s land à l’image des nations qui ont subi le « diviser pour régner » anglais ?

France et entreprise

Un ami m’envoie un article d'un professeur émérite. Les Français et l’entreprise qu’en savent-ils ?, Commentaire, n°126, été 2009. Un « test de connaissances » portant sur l’entreprise a été proposé à la population. Il était noté sur 20.

« La note moyenne s’est établie à 6 sur 20 ». Ce qui désole l’auteur. Mais pas autant qu’il le faudrait car le test est un QCM. Par conséquent, imaginons qu’il y ait eu 5 réponses possibles par question, la note moyenne d’une personne répondant au hasard aurait été 4… Bref, nous n’étions pas loin du zéro pointé.

Et je n’aurais pas fait mieux que la moyenne lorsque je vois les questions posées. Pour rendre compréhensible le questionnaire « « richesse produite » a remplacé (les expressions) valeur ajoutée ou PIB ». C’est certain que si l’on me parle de « richesse produite », c’est la déroute. A croire que le professeur émérite est contemporain d'Adam Smith ! Et la place de l’Europe dans nos échanges ? Intérim et CDD dans l’emploi ? « Part des salaires et des cotisations sociales dans les richesses produites » ?...

Le professeur émérite en déduit que le Français est imperméable à l'économie. Il faut augmenter la dose d’entreprise à l’école.

Mais qu’aurait répondu l’entrepreneur de l’Arkansas à ces questions ? On a ici la culture française à son meilleur. Les professeurs de lycée qui ont écrit ce test se sont crus dans leur salle de classe, où ils disent la loi. Ils ont décidé de ce qu'était l'entreprise, et ils nous ont jugés, nous qui contrairement à eux travaillons en entreprise, par rapport à leurs normes.

Mais ont-ils la moindre idée de ce que signifierait le règne libéral qu'ils appellent de leurs voeux ? Finie l'Education nationale et ses fonctionnaires. Et le professeur émérite ? Comment serait-il évalué par la science mondiale ?

vendredi 2 juillet 2010

Changement de culture

The Economist rappelle qu’alors qu’au 18ème siècle on allait en prison pour dettes, la dette est devenue un style de vie branché.

« En Amérique, la dette du secteur privé seul est passée d’environ 50% du PIB en 1950 à près de 300% lors de son pic récent ». La note moyenne des obligations des entreprises, donnée par les agences de notation, est passée de A à BBB- (de moyen à juste au dessus de « junk bond » - spéculatif). Les gouvernements ont encouragé ce mouvement en abaissant à chaque crise les taux d’intérêt pour faciliter toujours plus d’emprunt. Ce que, d’après The Economist, viendrait aggraver des promesses de retraites beaucoup trop généreuses. Une autre forme de dette.

Un changement compliqué s’annonce. Non seulement, il va falloir modifier notre attitude à la dette, mais aider ceux dont la vie en dépend à décrocher. Sans compter que pour que nous puissions économiser, il faut que les pays émergents dépensent, ce qu’ils ne font pas.

Deux réflexions :
  • Curieux qu’une société puisse ainsi se persuader qu’elle peut repousser ses obligations sur ses descendants. Mais qui en a profité ? Pas la majorité de la population française, me semble-t-il. Et si tout s’était joué comme dans l’affaire Enron ? Jeffrey Skilling, constatant que ses brillantes idées ne rapportaient pas assez à sa société, a eu l’idée d’en modifier la comptabilité, traitant comme présents les flux de revenus futurs (ce qui est légal). Comme lui, l’élite financière internationale poussée par la volonté de s’enrichir a-t-elle cru que l’endettement maquillé était le moyen le plus rapide de réussir ? Ce qu’elle a appelé, comme Enron, une « innovation » ?
  • Faut-il incriminer la finance internationale où fut-ce un mouvement global ? Une volonté de jouissance immédiate, de libération 68arde, qui a pris une forme particulière chez les puissants ?

Compléments :
  • EICHENWALD, Kurt, Conspiracy of Fools: A True Story, Broadway Books, 2005.
  • McKinsey explique la crise : où l’on voit une justification de l’endettement comme moteur du capitalisme.

Chômage et qualification

Les usines américaines embauchent à nouveau. Malheureusement, elles ne trouvent pas de personnel qualifié.

Elles se sont équipées de machines sophistiquées que peu de personnes savent faire marcher…

L’entreprise va-t-elle finir par comprendre qu’elle ne peut se passer d’hommes ? Qu’elle doit consacrer un peu de temps à faire évoluer leur qualification, et qu’elle doit choisir ses machines en fonction de ce qu’ils peuvent faire et non de considérations abstraites ?

Compléments :
  • Le problème n’est certainement pas récent. Il y a plus d’une décennie, un dirigeant d’usine italienne m'en parlait déjà. Il était prêt à payer le salaire de diplômés de maîtrise, mais ceux-ci ne voulaient pas travailler dans une usine… 
  • Si l'entreprise continue à créer des emplois que seule une élite peut remplir, qu'allons-nous faire du reste de la population ? 

Méfaits d’Internet

Notre environnement, les outils que nous utilisons, ont une influence sur le câblage de notre cerveau. Internet a pour effet de le transformer « en un esprit social qui place la vitesse et l’approbation du groupe au dessus de l’originalité et de la créativité », « la technologie numérique a déjà commencé à endommager le mécanisme de consolidation de la mémoire à long terme, qui est la base de la véritable intelligence ».

J’ai l’impression qu’il y a quelque chose qui s’applique à moi là-dedans. Mais qui n’est pas lié qu’à Internet. Pour moi écrire est comme ranger. Cela me procure la satisfaction du devoir accompli, et ce que je viens de faire disparaît dans les oubliettes. Ce nettoyage est certainement nuisible à l’empilage d’idées qui produit les intuitions originales. 

jeudi 1 juillet 2010

Nouvelles d’Afghanistan

La guerre semble au milieu du gué :
  • Contrairement à ce que je pensais, elle ne se passe pas bien. La dernière offensive n’aurait pas donné ce que l’on en attendait.
  • Le principal problème vient de ce que B.Obama a dit qu’il retirerait ses troupes à partir de 2011. Ce qui semble trop court.
  • Mais tout n’est pas perdu : « Il y a des raisons de penser que beaucoup d’Afghans aimeraient être débarrassés des Talibans, si seulement ils pouvaient croire en une alternative ».

Chine et Yuan

La Chine réévalue modestement le Yuan. Bouffée d’air pour nous ?

En tout, cas, le mouvement des taux de change ne se fait pas aussi aisément que ce que croient les économistes. L’augmentation du Yuan freine les entreprises exportatrices et demande à une partie de leurs salariés de trouver d’autres employeurs. Pour que ces départs n’entraînent pas un gros chômage, il faut des réformes structurelles compliquées et longues. 

Entreprise et art

En travaillant avec un spécialiste du théâtre d’entreprise, j’ai eu une curieuse pensée : pourquoi l’art ne s’est-il pas intéressé plus tôt à l’entreprise ? Pourquoi nos films, par exemple, sont-ils ridicules lorsqu’ils parlent d’entreprise, contrairement aux films américains ?

À force de me demander ce qu’est l’art. Je lui ai vu, comme toute notre activité, une fonction d’entraînement à notre rôle social. Il nous transmet les codes de notre culture et nous fait vivre et nous apprend les émotions utiles à ce rôle.

Dans cette théorie, le peu d’intérêt de l’art pour l’entreprise vient probablement de ce qu’elle n’a jamais occupé une place très grande dans notre culture. Une prise de pouvoir de l’économie devrait donc se traduire par un art qui parle d’entreprise, et qui nous apporte peut-être le « bien être au travail » qui nous manque. L’art comme médecine ?

mercredi 30 juin 2010

Violences primitives

Étude du comportement des chimpanzés. Ils sont extrêmement agressifs, tuant de grands nombres de congénères. Et ils se battent pour des territoires – entrepôts de nourritures. Et ils font une guerre d’équipe, non de duels. L’homme primitif, qui devait s’apparenter au Chimpanzé, doit-il sa « tendance à se réunir autour de concepts abstraits » à ces dispositifs guerriers ? La société serait-elle née de la guerre ?

Cela signifie-t-il, contrairement à ce que croyait Rousseau, que nous avons la guerre dans le sang ? Et qu’il n’y a pas besoin d’être agriculteur pour avoir des biens à défendre ? 

La course du déficit

D’après Martin Wolf, les nations, le public, le privé, le financier et le non financier joueraient au jeu du déficit, en essayant de le passer à l’autre à son insu.

Par exemple beaucoup d’États semblaient modèles jusqu’à peu. Faible endettement. Puis il y eût la crise, puis on découvrit que leurs entreprises étaient surendettées (l’endettement était masqué par une augmentation spéculative de leurs actifs), puis les États intervinrent et se chargèrent de dettes. À l’origine ces dettes avaient été transmises par des pays maladivement excédentaires.

Il me semble retrouver ici un mécanisme qui revient régulièrement dans ce blog. Une sorte de spéculation sournoise qui cherche en permanence une faille par laquelle se faufiler.

Ce mécanisme semble poser une question compliquée : comment s’assurer qu’il n’y a pas quelque part quelque chose qui enfle exagérément ? 

Arrogance européenne ?

Curieux. Les Anglo-saxons voient l’euro comme la manifestation de l’arrogance stupide d’une Europe qui pensait, grâce à lui, dominer le monde. Heureusement la crise est passée par là. (Exemple.)

Pour ma part, j’ai l’impression que nous sommes dans une crise permanente depuis près de 40 ans. Je n’ai jamais vu l’euro que comme un pas de plus vers une union européenne dont je n’ai jamais attendu grand-chose, et surtout pas une « nouvelle économie ».

Ne suis-je représentatif que de moi-même ? Les Anglo-saxons ne connaissent-ils de l’Europe continentale que quelques hommes politiques décalés ? Ou ne comprennent-ils pas les langues étrangères ?... 

Huile de palme

J’apprends que l’huile de palme est utilisée dans 50% des produits que l’on trouve en supermarché. Or sa production détruirait les forêts d’où colère des écologistes qui s’en prennent aux multinationales qui l’utilisent. Elles doivent battre en retraite.

Les multinationales se trouvent de plus en plus responsables de l’ensemble de leur chaîne logistique. Or le grand changement des dernières décennies semble avoir consisté à construire une « supply chain » qui évite les contraintes environnementales et les droits de l’homme, et réduise ainsi les coûts de fabrication.

Nouvel exemple de la lutte entre la finance internationale et la société ? La première prend toujours la seconde par surprise, mais cette dernière parvient quand même, à long terme, à remettre au pas les contrevenants ?

Compléments :

mardi 29 juin 2010

Tricher

Il semblerait que si l’on amène une personne à faire une entorse à la morale, cela affecte son comportement et l’amène à faire de l’entorse une règle de vie (ce qui rejoint le principe de cohérence de Robert Cialdini).

Peut-être aussi qu’il y a un lien bijectif entre notre morale et notre comportement. Un changement de comportement implique un changement de morale. Qui vole un œuf vole un bœuf. 

Pauvre Irlande

L’Irlande a été la première à adopter un plan de rigueur, mais « les marchés » ne semblent pas lui en avoir été gré : elle paie fort cher ses emprunts. Et le pays est dévasté. Il semble paralysé, dans l’attente d’une reprise économique qui tarde.

Difficile de se remettre d’une méga spéculation. C’est le type d’expérience qui marque les cultures nationales.

La société contre l’homme

WELLS, Spencer, Pandora’s seed, the unforeseen cost of civilization, Random House, 2010. L’homme a inventé la société pour le protéger de l’extinction, mais il l’a payé de sa santé et de son équilibre psychologique. C’est, en substance, ce que dit Spencer Wells, éminent généticien.

La particularité de l’espèce humaine est son adaptabilité quasi infinie. Celle-ci tiendrait aux caractéristiques du cerveau qui fait de l’homme un être social : il innove par la culture. Depuis les assemblées de chasseurs cueilleurs, le groupe humain est une « machine sociale » qui produit des idées, les teste et les affine.

Cette capacité d’adaptation culturelle se serait révélée il y a 70.000 ans, lorsque l’explosion d’un volcan transforme le climat terrestre et réduit nos ancêtres à quelques milliers de personnes. Mais elle donne sa pleine dimension il y a 10.000 ans : invention de l’agriculture. Celle-ci résulterait d’une autre catastrophe climatique. Un réchauffement étend le territoire des céréales. La nourriture devenant abondante, les chasseurs cueilleurs se sédentarisent et se multiplient. Nouvel âge glacière : ils sont piégés, ils ne peuvent plus partir. C’est alors qu’ils créent l’agriculture, un moyen de maintenir ce dont ils ont besoin pour vivre sur place. En découle une explosion démographique, l’apparition des formes modernes de l’État, et la guerre : plus question de fuir, il faut défendre ses biens.

Si la société a protégé l’espèce elle prive l’individu de sa liberté et le soumet à une succession accélérée de fléaux. Tout d’abord, elle provoque un nombre étonnant de mutations de son génome. On lui doit aussi toutes les épidémies - elles ont pour origine la cohabitation de l’homme et des animaux, sauf la malaria, qui, elle, doit son succès moderne aux transformations de l’environnement provoquées par l’agriculture. Et il y a l’hypertension et le diabète, inadaptations de notre être à notre alimentation. C’est maintenant le tour du stress, des maladies psychologiques qui font la fortune de l’industrie du tranquillisant « pour la première fois dans notre histoire, nous nous droguons pour paraître normaux ». Notre système immunitaire vit la société comme une agression permanente. Enfin, le génie génétique donne désormais à celle-ci les moyens de manipuler notre génome et de construire ainsi notre descendance. L’être humain étant le fruit d’une évolution de plusieurs millions d’années, il est probable que ce bricolage eugénique dépasse en conséquences dévastatrices tout ce que la société a commis jusque-là.

Que faire ? La crise environnementale qui nous tend les bras sera un grand moment de créativité sociale. Il faut en profiter pour sortir de nos erreurs, et adapter notre culture à notre biologie, non plus l’inverse. Pour cela il nous faut comprendre que nos malheurs viennent de notre cupidité qui nous fait en vouloir toujours plus, ce qui déclenche des conséquences de plus en plus désastreuses pour l’homme, nous devons « apprendre à vouloir moins », et prendre un peu de leur sagesse aux derniers chasseurs cueilleurs qui nous restent.

Commentaires :
  • Dynamitage du mythe du progrès. Antithèse de la pensée dominant le monde financier anglo-saxon, et la théorie économique, qui pense que la société est faite d’individus laissés à eux-mêmes, qu’il n’y a rien de tel que la « culture ». Retour aussi aux thèses de Rousseau et de Lévi-Strauss, cette fois-ci appuyées par toute la batterie de l’argumentation scientifique moderne.
  • J’y retrouve les idées que développent mes livres sous un angle inattendu. En particulier, j’y parle « d’ordinateur social », moyen de transformation d'une « organisation ». Spencer Wells en fait la caractéristique même de l’homme. Plus curieusement, je trouve un écho à ma théorie selon laquelle ce qui a fait la différence entre nous et l’homme de Neandertal est notre aptitude sociale.
  • Ce livre me fait me demander si les « droits de l’homme » ne sont pas une révolte de l’individu contre la main invisible de la société, et s’ils n’annoncent pas, effectivement, que nous allons chercher à la faire aller dans une direction qui nous brutalise un peu moins. Au fond, c’est le but des techniques de conduite du changement. 

lundi 28 juin 2010

De Gaulle et Churchill

Il a longtemps été dit que de Gaulle avait un comportement que Churchill trouvait irritant (sentiment largement partagé, d’ailleurs).

J’entendais tout à l’heure une émission qui donnait une explication intrigante de ce désagrément.

À partir du moment où l’Amérique est entrée en guerre. Churchill a dû obéir à Roosevelt, ce qui l’a contraint à renier des engagements qu’il avait pris auparavant avec les Français. La seule présence de De Gaulle lui rappelait son statut de puissance de second rang. Ce qu’il n’aimait pas. Exemple de conditionnement pavlovien ?

Dassault Systèmes et Exalead

Hasard d’une attente. Vieux numéro des Échos. Dassault Systèmes achète Exalead, 135m€, alors que la société a un chiffre d’affaires de 16m€. Priceminister a-t-il été bradé ?

Je me suis penché sur Exalead, et ses concurrents, il y a quelques années. J’en avais déduit qu’il y avait un marché intéressant pour les applications des moteurs de recherche de type Google « multi supports » à l’entreprise. La difficulté de leur vente était la prise de conscience par l’entreprise qu’il existait de tels produits, et probable nécessaire « conduite du changement » pour les implanter. Seconde difficulté : besoin de fonctionnalités Google et pas beaucoup plus.

Bref, il fallait probablement à Exalead une force de vente capable de démarcher l’entreprise. Dassault Systèmes et son marché de la CAO est évidemment un cheval de Troie. Mais ses forces commerciales ont-elles le métier et la motivation nécessaires ? Quant au prix il semble vraiment très élevé, il intègre probablement les résultats d’un développement commercial dont Exalead, seul, est incapable. D’ailleurs, il y a deux ans, Microsoft achetait Fast, un gros concurrent. Je ne suis pas sûr que c’ait été un grand succès.

Il est loin le temps où Charles Edelstenne vérifiait les achats de fournitures et où les ingénieurs de DS voulaient tout développer eux-mêmes, et où je devais me battre pour que nous signions nos premiers partenariats. Peut-être ai-je trop bien réussi ? 

Commissariat pour enfants

Histoire racontée par un ami. Il apprend par la maitresse d’école de son fils de 6 ans que des poursuites ont été entamées par les parents d’une de ses camarades contre lui.

Choc et surprise, d’autant plus que l’enfant est exceptionnellement pacifique. On découvre alors qu’un groupe de 6 élèves est accusé. Et qu’ils doivent se présenter au commissariat avec leurs parents.

L’affaire, finalement, n’ira nulle part, un enfant de 6 ans est jugé irresponsable par la loi. Mais mon ami s’interroge encore sur la raison qui fait que les parents de la plaignante n’aient même pas pensé à s’expliquer avec ceux des accusés.

Une hypothèse : nous sommes devenus totalement dépendants de la société que nous lui demandons de nous protéger contre tout. Société d’irresponsables ?

En tout cas cet ami envisage de déménager d’un lieu aussi hostile à l’enfant et de s’installer plus près de la civilisation. 

Rigueur ou relance ?

La rigueur européenne fait face à un tir de missiles de l’élite économique et nobélisée américaine. L’Europe est-elle irrationnelle ? Pas de conclusions, mais quelques idées :
  • Divers billets de ce blog semblent dire que le système monétaire international est déréglé, qu’il pousse à la spéculation et aux crises, et qu’il tend à vivre aux crochets de l’avenir, accumulant un passif de plus en plus lourd sur les épaules des générations futures.
  • L’Europe semble désirer remettre les choses en ordre, quel qu’en soit le coût, et peut-être la durée. Pour cela elle dispose d’une tradition dirigiste, d’action directe sur la société, qui peut lui permettre d’amortir les conséquences les plus néfastes d’un tel changement (paupérisation de larges parts de la société).
  • Les USA n’ont pas de telles traditions. Ils estiment, faute d’avoir trouvé comment l’éliminer, que l’État doit créer les conditions de la prospérité. Par conséquent, ils ne possèdent que des moyens d’action macro-économiques – plans de relance en particulier.
D’un côté on joue sur la société, de l’autre sur les mécanismes financiers.

Cela m’amène à deux questions :
  1. L’Europe semble vouloir faire marcher une sorte d’étalon or : peut-elle réussir alors que la première version de l’idée a échoué ? Ne cherche-t-elle pas à éliminer les crises, alors qu’elles semblent inhérentes au capitalisme ?
  2. Les USA ne fonctionnent-ils pas comme les spéculateurs dont je parle ailleurs : leur incapacité à agir sur leur société, ne les force-t-elle pas à créer une croissance artificielle, spéculative, non durable, qui exploite les failles de la régulation mondiale ? La réforme du système monétaire international des années 70 n’a-t-il pas été un tel gigantesque tour de passe-passe ?
Compléments :
  • Le principal défenseur de la rigueur de l’administration Obama vient de donner sa démission. Ce qui met les USA et l’Europe dans des directions opposées. 

dimanche 27 juin 2010

Chômage et culture

Un graphe sur l’impact de la crise sur l’emploi dans différents pays occidentaux.

La plupart (y compris le Canada et l’Angleterre) ont fait absorber le choc à leur société, il y a eu une forme de solidarité. Par contre, aux USA, il y a eu mise au chômage massive. Différences culturelles. 

Rigueur en Angleterre

Le plan de rigueur du nouveau gouvernement anglais semble violent. Il compte ramener les dépenses de l’État de 47% du PIB à 41%, en 5 ans. Il signifie une réduction de 25% du budget de la plupart des services publics. (Going for broke.)

Est-ce du courage ou de l’inconscience ? Travail de jeunes théoriciens coupés de la réalité ? « Derrière les élégants ratios entre réduction des dépenses et augmentation des taxes de M.Osborne, il y a des êtres humains ». La réaction de la population pourrait être extrêmement violente, lorsqu’elle prendra conscience, en octobre, de la réalité des mesures. (The imperial moment.)

Blog : spécialisation

« le trafic vers deux des plates-formes de blog les plus populaires, Blogger et Wordpress, stagne ». Le blog serait victime de Twitter et de Facebook.

On voit apparaître des groupes de blogs, reliés, au sein des pays, autour de « petites poches de sites densément liés ». « Ces poches se forment autour des sujets généraux : politique, droit, économie et disciplines spécialisées ». Les billets « deviendraient plus longs ».

Le blog deviendrait-il l’affaire de communautés de spécialistes ?

2014

Quelques thèmes traités dans la dernière centaine de billets :