mardi 3 août 2010

Sarkozy et l’immigration

Et si ses déclarations concernant les immigrés naturalisés mais mal intégrés n’étaient pas que simple politique ? Influencé par les idées de Michel Onfray sur Freud, j’en viens à les appliquer à N.Sarkozy :

Son père est un immigré de première génération qui aimerait que ses enfants se souviennent de leur passé hongrois (cf. présentation de ses mémoires), donc pas intégré du tout. Son grand-père maternel est originaire de Salonique. Sa femme est arrivée en France parce que, selon un film de sa sœur, leur père trouvait l’Italie peu sûre pour les milliardaires. Et elle a été naturalisée après leur mariage. Et lui-même n’a-t-il pas déclaré sa passion à George Bush et à l’Amérique, en début de mandat ? L’Amérique ne serait-elle pas un pays plus favorable à ses valeurs que le nôtre ? Aspirations refoulées à l’émigration ?

Politique comme rationalisation (?) d'un amour / haine pour l’immigré ? En particulier vis-à-vis de son père ?

Ceci n’a rien de scientifique, mais c’est curieux tout de même.

Compléments :

Origines du ressentiment de l’Allemagne pour la France

Pourquoi l’Allemagne nous en a-t-elle tant voulu et a-t-elle insisté pour nous faire trois guerres, qui l’ont dévastée ?

Parce que lorsqu’elle était faible, et la France forte, au XVII et XVIIIème siècles, c’était notre territoire d’exercice : « l’Allemagne devient le champ de bataille de la grandeur française. » Nos troupes la saccageaient en long, en large et en travers lors de guerres interminables qui lui firent perdre la moitié de sa population (guerre de Trente Ans), que c’est là que Louvois a expérimenté son innovation de la « terre brûlée », que les rois de France en extrayaient des territoires à l’image de ce que firent en Chine les puissances européennes.

Curieusement, « La France devient l’ennemi héréditaire de l’Allemagne », alors que de notre côté, nous n’avons pas de sentiment particulier à son endroit.

Enseignement pour tous les bienpensants ? Ce qui contente leur conscience fait le malheur d’autrui et leur vaut des ennemis mortels ?

(Suite de ma lecture d’Histoire de l’Allemagne de Joseph Rovan.)

La campagne à la ville

Une émission entendue hier sur RFI. Les insectes se réfugient dans les villes. C’est seulement là qu’ils peuvent vivre en paix, sans insecticide. À la campagne ils sont bombardés de pesticides, et leur situation est encore plus difficile dans les jardins : pesticide en masse + pelouse et thuyas qui forment une sorte d'environnement antiseptique hostile à la vie.

Peut-être est-il temps de repenser notre industrialisation de la nature ? 

Les hommes qui voulurent être rois

Je perçois l’élite anglo-saxonne comme les héros de la nouvelle de Kipling, L’homme qui voulait être roi : elle a cru pouvoir dominer le monde comme jadis l’Anglais dominait des peuples inférieurs (son prolétariat et ses colonies).

Le Consensus de Washington, la nouvelle économie, Jeffrey Skilling et Enron… c’était cette élite, fort brave d’ailleurs, à la conquête du monde. Car, contrairement à notre idéologie française qui croit à des principes universels, scientifiques, celle de l’Anglo-saxon lui dit que « qui veut, peut ». Qu’il est un élu dont la fin justifie les moyens. Contrairement à nous il n’est pas victorieux parce que juste, mais juste parce que victorieux. Il doit façonner le monde à l’image de ses rêves, de boutiquier.

Aujourd’hui la désillusion doit être grande. Cette élite doit voir avec inquiétude, comme Hayek après la seconde guerre mondiale, s'approcher de sa belle liberté l'ombre hideuse de la société de médiocres qu’elle n’a pu asservir .

Compléments :
  • HAYEK (von) Friedrich A., The Road to Serfdom, University of Chicago Press, 1994.

lundi 2 août 2010

Capital investissement en folie ?

Les fonds de capital investissement s’achètent leurs participations les uns les autres (Picard Surgelés en est à son troisième fonds). Les prix dépassent les records de 2007 ! Or, contrairement à cette époque, les fonds n’ont plus d’accès à la dette et doivent donc payer cash.

Irrationalité des marchés ? Non : les fonds ont levé énormément d’argent, et s’ils ne le dépensent pas, ils devront le rendre

Les économistes appelleraient probablement ce problème, celui de « l’agence » : le gestionnaire du fonds fait passer ses intérêts avant ceux de ses investisseurs. En tout cas, ceci est bon pour les intermédiaires financiers et pour tout ceux qui ont une entreprise à vendre.

Compléments :

Libéralisme

En réfléchissant à ce blog, je découvre que l’on y trouve deux définitions de « libéralisme », au moins dans son acception initiale :
  • Celle de Rousseau, pour qui la liberté de l’homme ne s’obtient que par une « égalité de puissance » : aucun homme ne doit pouvoir en asservir un autre. Avec regret d’un paradis perdu.
  • Celle de Mill, qui pense que la société doit, avant tout, créer des hommes de caractère. C’est de l’affrontement de leurs idées que surgira le progrès et le bien.
Il est possible qu’il faille mélanger les deux : la société doit développer des individus vigoureux, faire fructifier leurs talents, mais veiller à ce qu’ils ne puissent pas souffrir d’une insuffisance de « pouvoir ». (Ce à quoi Mill était sensible : cependant, il avait surtout peur que l’individu d’exception ne soit écrabouillé par la masse.)

dimanche 1 août 2010

Homme providentiel

Quel est le poids de l’homme providentiel dans la marche de l’histoire ? Je me pose cette question à l’occasion de la Réforme allemande (ma lecture du billet précédent).

Luther était peut-être exceptionnel, mais il était un homme de son temps. Et ses idées plaisaient beaucoup aux puissants à qui elles donnaient les biens de l’Église. D’ailleurs elles prônaient le respect de l’ordre et de la hiérarchie. Par contre, les dits puissants n’ont pas toléré des variantes de gauche, égalitaires, de la pensée de Luther, telles celle de Müntzer.

La Réforme suscite des révoltes de petits nobles et de paysans qui accélèrent le grand changement social en cours. Il voit l’Allemagne se fédérer en principautés unifiées, qui asservissent les dits nobles et paysans, et tiennent à distance un empereur faible.

Je doute de plus en plus de l’homme providentiel, les sociétés ont des cours dont il est bien difficile de les faire dévier. 

Intolérance

Lorsque nous parlons des guerres de religion et de la révocation de l’édit de Nantes, il est habituel de déplorer la stupidité de la France, son aveuglement.

Or, en lisant Histoire de l’Allemagne de Joseph Rovan, je découvre qu’il en était partout de même, « puisque tolérer l’erreur est un crime envers Dieu ». Et il faudra à l’Allemagne la boucherie de la guerre de Trente ans pour comprendre qu’elle ne peut pas uniformiser ses croyances qu’elle doit être une fédération d’unités homogènes.

Vivrions-nous à une époque ignorante et révisionniste ?

Michel Onfray et Freud

J’entends des bribes de la démolition de Freud par Michel Onfray, sur France Culture. Vu le manque d’exhaustivité de mon écoute, mon opinion ne peut être que partiale :
  • Je partage au moins son idée que Freud a abusé du terme « scientifique ». Comme Marx, Taylor et les économistes modernes, il a probablement appelé sa pensée « scientifique » pour des raisons de marketing. Mais ses « diagnostics » m’ont toujours paru risibles, d’autant plus qu’ils se prêtent à la prédiction auto-réalisatrice. Michel Onfray va plus loin et présente Freud en malade, pathologiquement pervers, qui fait une science de sa maladie.
  • Je pense aussi comme lui que Freud a été le fruit de son temps : il a surfé sur la vague de la libération sexuelle qu’a générée, en réaction, la rigueur victorienne.
  • Michel Onfray dit que la psychanalyse permet de comprendre Freud et personne d’autre. Il est certain que nous voyons tous midi à notre porte. Mais cette porte peut aussi être celle de beaucoup de gens. Et c’est pourquoi nous avons eu quelques penseurs dont les découvertes ont eu une portée universelle. Le rôle de la société est aussi de faire le tri entre ce qui marche et ce qui ne marche pas dans les travaux d’une personne, de même qu’elle a éliminé l’alchimie de l’œuvre de Newton (qui d’ailleurs était probablement une sorte d’autiste).
Et c’est peut-être là où Michel Onfray s’égare. Il affirme que l’homme est un animal comme les autres, que l’éthologie est utile à son étude. C’est faux. L’homme est un animal politique, il a la capacité de créer des sociétés, et ces sociétés, en retour, lui permettent de se spécialiser, par exemple de consacrer sa vie à la philosophie.

Complément :
  • Michel Onfray croit que l'homme a longtemps pu penser trouver dans ses idées la vérité, parce qu'il se croyait d'essence divine. Plus de Dieu, plus de certitude. L'introspection de Freud est un délire. Mais il n'y a pas besoin d'être Dieu pour approcher de la vérité (ou de quelque chose qui en fait office) : il suffit de regarder autour de soi et d'essayer d'en tirer des enseignements. D'ailleurs, l'homme appartenant à la société, il est bien placé pour comprendre les troubles de ses semblables. 

2116

Mes derniers thèmes de réflexion :

Évolution de la France
La zone euro survit
Transformation mondiale
L’Amérique face à ses contradictions ?
Changement en Angleterre
Changement en Chine
  • La Chine semble vouloir protéger et enrichir son peuple, mais le changement ne se fait pas comme dans les livres d’économie mais par une transformation sociale compliquée (Japonais en Chine, Chine et Yuan).
Changement au Japon
Internet nous transforme
Deux livres
  • La société contre l’homme : la particularité de l’homme c’est d’être une machine à créer en groupe, mais sa créature, la société, le malmène.
  • La société féodale. Les grands pays européens avaient déjà le caractère que nous leurs connaissons il y a un millénaire. 

samedi 31 juillet 2010

Guerres de Sarkozy

J’entends le président de la République parler de « guerre ». De nouveau je suis frappé qu’il utilise une expression habituelle aux USA. Depuis la dernière guerre, les Américains appellent toute réforme ou toute action un peu marquante une « guerre » (G.Bush livrait encore récemment la « guerre à la terreur »).

Un article, d’ailleurs, dit que, depuis 10 ans, c’est une des expressions favorites de notre président.

Redécouverte indépendante ou passion dévorante pour l’Amérique ? Dans ce dernier cas, comment notre président a-t-il pu acquérir cette culture américaine, lui qui ne semble avoir eu que l’obsession du pouvoir ?

Compléments :

Média asocial

Curieuse vision de l’influence qu’ont les médias sociaux sur l’individu : ils nous poussent à projeter une image idéale de nous, à jouer la comédie en continu, et ferment notre écoute de l’autre.

Il semblerait, au moins aux USA, que ce phénomène participerait à un déclin de la capacité humaine à l’empathie.

Les médias sociaux nous transformeraient-ils en autistes ? En asociaux ? 

Points communs asiatiques

L’Asie serait plus uniforme qu’on ne le croit :

Elle se confond dans une « course au matérialisme basée sur un développement économique rapide », qui « détruit les richesses naturelles de la région », et qui produit des inégalités massives : « plus de pauvres vivent dans 8 États indiens que dans les 26 pays africains les plus pauvres ». Leaving Asia's shade.

vendredi 30 juillet 2010

Angleterre et Turquie

David Cameron fait une déclaration d’amour enflammée à la Turquie : il veut, comme les Américains, qu’elle soit européenne. Problème : elle a peu de chances de l’être, et il n’est même pas sûr qu’elle le veuille vraiment.

Puis il dénonce le Pakistan en Inde, ce qui ne risque pas de plaire au Pakistan.

Il semble avoir décidé de changer les alliances du pays. Pourquoi ? Pour des raisons économiques ? L’élite anglaise n’aurait qu’une unique obsession, l’économie, et, qu’un unique horizon : le court terme ?

Compléments :

Roms et Gens du voyage

Depuis quelques jours ma radio ne parle que de « Roms » et de « Gens du voyage ».

Qu’arrive-t-il ? Pas très clair : à la suite d’incidents le gouvernement aurait décidé de durcir les lois du pays à l’encontre des dits « Roms et Gens du voyage » (un vocable politiquement correct ?). Mais ce ne pourrait être qu’effet d’annonce.

Je m’interroge. L’information mérite-t-elle bien la place, écrasante, qui lui est donnée ? Et si c’était une manipulation du gouvernement pour faire oublier les malheurs du Ministre Woerth ? Et s’il savait que s’en prendre aux « Roms et Gens du voyage » entraînait une réaction pavlovienne de la presse (de gauche), réaction, qui, à son tour, révulse le Français moyen ? Et si les pires ennemis des « Roms et Gens du voyage » étaient la bien pensance, qui fait d’eux la cible favorite d’un gouvernement à la recherche de caisses de résonnance ? Mais verrais-je le mal et la manipulation partout ?

jeudi 29 juillet 2010

Contre la recherche fondamentale

Lord Browne est l’homme qui a mené la transformation de BP dont la planète paie actuellement les conséquences.

Ce favori de tous les gouvernements anglais (d’où son ennoblissement) a annoncé que, vu l’état désastreux de l’économie anglaise, il fallait orienter sa recherche vers ce qui lui rapporte à court terme.

Peut-être devrait-il se demander si ce n’est pas ce type de raisonnement qui a mis l’Angleterre en faillite ? Mais peut-être veut-il lui donner le coup de grâce ? La perfide Albion va-t-elle connaître le sort de Deepwater Horizon ?

Importance de la maternelle

Une étude montre qu’avoir de bons enseignants à la maternelle a un effet décisif sur le cours de la vie.

Nous préoccupons-nous suffisamment de cet enseignement ? 

Angleterre européenne ?

Les Anglais se sauraient plus européens qu’on ne le croit. Et ils auraient oublié leur rêve d’empire. Et puis, leur pouvoir d’influence sur l’Europe est peut-être la meilleure façon de s’attirer l’estime de l’Amérique…

Voilà comment j’interprète Europe and the Trojan poodle.

mercredi 28 juillet 2010

Entreprises sans homme

Curieux phénomène. Les entreprises américaines gagnent énormément d’argent, mais licencient massivement. Et elles n’investissent pas.

Elles s’enchantent d’avoir trouvé le moyen d’être de plus en plus rentable, et ce quel que soit l’environnement économique. La crise, c’est fini. L’enrichissement sera continu.

Est-ce durable ? Pourront-elles résister à une offensive de concurrents innovants ? La société américaine peut-elle vivre avec une masse de chômeurs ? L’homme est-il l’ennemi d’une forme de capitalisme ?

Les bonnes nouvelles font vendre !

Discussion ce matin avec un journaliste des Échos. Il m’apprend que les titres qui annoncent de bonnes nouvelles sont ceux qui font vendre le plus de journaux.

Ce qui me réjouit. J’avais fini par croire que seuls les drames étaient des moteurs économiques ! Enfin un peu de soleil au bout du tunnel… 

Sarkozy retourne sa veste

Contrairement, à ce que je pensais, la France n’a pas perdu toute sa puissance. The Economist affirme qu’elle dispose d’un immense pouvoir d'influence nuisible en Europe.

Le journal regrette aussi le revirement de Nicolas Sarkozy, et le cite, en des temps meilleurs : « Depuis 25 ans, la France n’a pas arrêté de décourager l’initiative et de punir le succès. » « Empêcher les plus dynamiques de devenir riches a eu pour conséquence d’appauvrir tous les autres ».

Ce qui me frappe dans cette phrase est à quel point elle est anglo-saxonne. Ce qui est aussi étonnant est à quel point elle est repose sur des hypothèses curieuses : l’idée que les progrès de l’humanité soient motivés par la volonté de s’enrichir ne me semble nullement universelle.

mardi 27 juillet 2010

Le bien être rend productif

Une étude montre que de petits événements positifs ou négatifs ont un impact notable sur la productivité du travailleur. Un impact en termes de quantité, mais pas de qualité.

Je me demande si l’existence de ce type d’études ne marque pas l’émergence d’une nouvelle espèce d’individu : celui qui ne comprend que les chiffres et que ce qui parle de productivité. 

Fraude en Chine

L’avancement du scientifique chinois se ferait à la quantité de publications, non à la qualité de celles-ci. D’où fraudes massives.

Curieux. Cela ressemble à l’affaire du lait frelaté. Le Chinois serait-il soumis à de telles contraintes qu’il en oublierait la fin de son activité ? 

lundi 26 juillet 2010

USA mal partis ?

En regardant ce qui se passe aux USA (billets précédents), j’en reviens à une de mes vieilles théories :
  • Lors de la dernière crise américaine, dans les années 80, Michel Crozier (Le mal américain) avait estimé qu’il s’agissait d’une crise culturelle, et que, pour la corriger, l’Amérique devait revoir ses valeurs.
  • J’ai l’impression que Ronald Reagan a pris le contrepied de ce point de vue, en affirmant à l’Américain qu’il n’avait pas à évoluer. Sa solution, si j’en crois Michael Moore, était la finance. Or, il semblerait bien que celle-ci ait été une fausse-amie et que l’Amérique ait vécu successivement deux bulles spéculatives.
Dans ces conditions, le changement resterait à faire. Mais ce que veulent le Tea party et l’Amérique d’en bas, si je les comprends bien, c’est un nouveau tour de passe-passe…

Compléments :

Chômage et USA

Suite de mon enquête (billet précédent, notamment) : comment les USA vont-ils se tirer de leur chômage ? Pour le moment le bout du tunnel n’est pas en vue :

Car les mécanismes de sauvetage américains étaient conçus pour un chômage faible. Et les conditions sont exceptionnelles : en particulier, la crise de l’immobilier fait que les chômeurs ne peuvent vendre leur maison pour s’expatrier. Or, le chômage à long terme est destructeur des compétences…

L’Amérique souffre

30 mois après le début de la crise aux USA :
Plus de la moitié des employés a connu un épisode de chômage, vu sa paie ou sa durée de travail diminuer, ou a été forcée à travailler à temps partiel. Le chômeur typique a été sans emploi pendant près de 6 mois. L’effondrement des actions et des prix de l’immobilier a détruit un 5ème de la fortune de la famille moyenne. Presque 6 Américains sur 10 ont annulé ou réduit leurs vacances. Environ un sur 5 dit que sa maison vaut moins que les emprunts qui ont servi à l’acheter. Un sur 4 des 18 – 29 ans est revenu chez ses parents. Moins de la moitié des adultes s’attend à ce que ses enfants aient un meilleur niveau de vie qu’elle, et plus d’un quart pense qu’il sera plus faible.
Une autre façon de formuler cela est de dire que la grande récession a été le traumatisme le plus terrible depuis la seconde guerre mondiale.
Aux USA, les crises sont d’une dureté que l’on imagine mal en Europe. C’est ce qui expliquerait que l’Amérique en veuille à son gouvernement.

Compléments :

dimanche 25 juillet 2010

Réforme de la santé anglaise

Le gouvernement anglais se préparerait à une réforme radicale. J’ai du mal à comprendre de quoi il s’agit exactement, mais il semblerait qu’il veuille confier le budget de la santé aux médecins. Ils se « grouperaient en consortiums pour acheter des services aux hôpitaux et aux autres fournisseurs ».

Objectif : éliminer la « bureaucratie » qui jusque-là en était responsable, enlever toute tentation aux hommes politiques de s’en occuper, et faire de grosses économies.

Une tentative plus modeste aurait été tentée dans les années 90, aussi par les conservateurs, mais elle n’a pas l’air d’avoir abouti à grand-chose.

Un médecin : « beaucoup de nos collègues ont vu ce cycle de changements à répétitions ». « Beaucoup vont regarder les réorganisations précédentes et les comparer à celle-ci et se demander combien va durer le changement en cours avant que le prochain n’arrive ».

Observations :
  • Le gouvernement anglais semble vouloir appliquer les techniques de reengineering, qui ont dévasté les entreprises dans les années 90. En tout cas, il en emploie le vocabulaire. Cette réforme fait penser aussi à la déréglementation de l’énergie en Californie : Enron et ses amis avaient utilisé leur pouvoir pour mettre l’État en faillite.
  • Ce type de changement présente tous les symptômes des erreurs qui tuent le changement. Il est construit sur une vision idéologique déconnectée des réalités de la vie (la bureaucratie fatalement mauvaise, les politiciens forcément malhonnêtes qui nuisent à l’économie), et il ne semble accompagné d’aucun mécanisme de contrôle qui lui permette d’arriver à bon port.  
Le gouvernement anglais, admirateur béat de l’économie de marché, qui n’a strictement rien retenu de l’histoire récente ? Apprenti sorcier plein de bonnes intentions ? Une expérimentation qu’il sera intéressant de suivre. À distance.

Compléments :

Pays de l’arbitraire ?

Les USA semblent, curieusement, un pays où la justice est arbitraire.
  • Elle enferme plus que n’importe quel pays comparable (12 fois plus qu’au Japon, et neuf fois plus qu’en Allemagne). La tendance est partout à la hausse, incarcération (4 fois mieux qu’il y a 40 ans) et violence.
  • Le problème semble culturel. Un empilage invraisemblable de lois, extrêmement difficiles à interpréter, parfois stupides, et que personne ne connaît, des juges élus qui arguent de leur dureté pour collecter les fonds nécessaires à leur élection, des politiciens qui surenchérissent dans la réglementation, une bataille gauche-droite dont sont victimes tour à tour les cols blancs et les classes défavorisées…
Seul espoir de retour à la raison : tout ceci coûte très cher, 50.000$ par emprisonné et par an.

Il n’y a pas que la justice américaine qui diffère de la nôtre. Sa police a quelque-chose d’un héritage du Far West. À la Nouvelle Orléans, à l’occasion de la tempête Katrina, des policiers ont tué, sans raison bien claire, plusieurs personnes, en ont laissé une autre mourir sans assistance, et, finalement, ont tenté de faire disparaitre les preuves de leur forfait, en faisant brûler un cadavre, et en forgeant des témoignages…

Paradoxe : comment peut-il en être ainsi au « pays de la liberté » ? Peut-être que lorsque l’homme est peu encadré par une culture évoluée, il a recours à des moyens primitifs pour en arriver à ses fins ?

Compléments :

Europe allemande ?

Un économiste se demande si l’Europe est sous la botte allemande.

Pour cela, il compare les politiques de réduction de déficit européennes, et les trouve bien coordonnées, en dépit d’une absence de coordination officielle. Par contre, elles ne tiennent pas compte du chômage, et « apparaissent inspirées par une austérité fiscale de marque de fabrique teutonique ».

Je me demande si, une fois de plus, il n’y a pas eu compromis. D’un côté la rigueur allemande, de l’autre la solidarité française, avec le Fonds de stabilisation. Il résulte peut-être d'un jeu d'action et de réaction : 
  • le besoin de solidarité était plus fort chez certains, que la résistance à cette idée chez d'autres. 
  • Et inversement en ce qui concerne la rigueur, d'autant plus que la victoire de la solidarité a probablement vidé de  son énergie la résistance à la rigueur. 

Capitalism : a love story

Film de Michael Moore.

Trouvant Michael Moore fort dogmatique, je n’avais pas vu son film à sa sortie. Mais on m’a dit qu’il semblait avoir lu ce blog. J’ai donc enquêté.

Michael Moore a du talent. Pas de temps morts. Et en plus il fait beaucoup avec peu (notamment lui en personnage principal).

Les similitudes entre le film et ce blog sont frappantes, je l'avoue. Riches qui s’enrichissent de plus en plus et pauvres qui stagnent (le % le plus riche est plus riche que les 95% les plus pauvres, combinés !). Hold up sur le gouvernement américain par Wall Street, commençant avec Donald Regan, le ministre des finances de Ronald Reagan, qui apparaît ici comme un marionnettiste.  Vices usuels du système américain, où la soif de l’argent dissout toute conscience : juge en cheville avec une prison privée, qui y expédie des gamins coupables de peccadilles (sur les images du centre, on ne voit que des Blancs très BCBG : aux USA l’amour du lucre est plus fort que le racisme ?), mais aussi grandes entreprises qui assurent leurs employés pour empocher une prime lorsqu’ils meurent.

On y déclare que le capitalisme est plus important que la démocratie ; qu’il n’y a rien de mal à ce que GM licencie tous ses employés, si cela peut augmenter ses revenus… Citigroup expédie une lettre à ses clients en leur annonçant l’avènement du règne des plus riches ; une seule menace : la démocratie, moyen pour le peuple de demander une répartition des richesses qui l’avantage un peu plus. Et les forces du marché broient jusqu’aux pilotes d’avions, dont certains gagnent 20.000$ par an, et d’autres vivent de tickets d’alimentation !

Mais voit-on ici le spectacle du capitalisme, ou celui du vol du rêve américain par une élite ? Comme le dit Michael Moore, les riches se sont enrichis non en vendant aux pauvres ce que ceux-ci avaient envie d’acheter, mais en les détroussant. D'ailleurs ces riches ne sont pas des entrepreneurs, mais des diplômés. Ce dont il nous parle, c’est d’un Etat bureaucratique, pris en otage par des oligarques, qui ont créé une classe héréditaire.

D’ailleurs, je me demande s’il n’y a pas un parallèle à faire avec notre cas. Comme le dit, encore, Michael Moore, ce qui fait tolérer d’énormes inégalités aux Américains, c’est l’espoir de pouvoir s’enrichir. Or, c’est cet espoir qui a disparu. L’Américain, comme le Français, ne demande-t-il pas que l’on remette en fonctionnement son ascenseur social ? 

samedi 24 juillet 2010

Surévaluation de l’euro

Il est possible que s’il n’y a plus d’attaque contre la zone euro (billet précédent), c’est que personne n’y a vraiment intérêt : 
  • d’un côté l’euro semble nettement surévalué, par rapport à toutes les monnaies sérieuses, à commencer par le dollar (sur-évaluation de 14%) et encore plus par rapport à la livre (20%) ; 
  • de l’autre les gouvernements européens n’ont rien à gagner de l’instabilité. 
  • Quant aux marchés, leur précédente spéculation les a peut-être rendus prudents. 

Stress tests

Grande opération de communication à l’endroit des marchés. Il s’agissait de les convaincre que les banques européennes étaient raisonnablement solides.

On pensait que le test serait concluant s’il dénonçait 10 ou 12 tocards. Mais l’Europe n’en a retenu que 7, dont des coupables évidents. Les marchés semblent hésiter : doivent-ils s’affoler ou non ? Jusqu’ici c’est calme. Ce qui pourrait montrer que l’Europe a pris des risques payants : elle a fait le stricte nécessaire. Commencerait-elle à comprendre la rationalité des marchés et à savoir la manipuler ?

Compléments :

Enseignement allemand

Je me demandais pourquoi le système d’enseignement allemand tendait à faire que les enfants aient le même destin que leurs parents.

Il semblerait que cela vienne d’une sélection, qui se fait 4 ans après le début de la scolarité. Pour éviter ce phénomène, on envisagerait un tri plus tardif.

Ce qui paraît signifier que l’école allemande sélectionne en fonction de critères culturels, plutôt qu’individuels. Ce qui semble aussi dire qu’il est relativement aisé d’utiliser l’école comme outil de maintien du statu quo social. 

vendredi 23 juillet 2010

Guerre d’Irak

Enquête sur les mensonges du gouvernement anglais concernant la nécessité d’une guerre avec l’Irak. Où l’on apprend que ses services secrets l’avaient averti qu’elle favoriserait les visées de Ben Laden, et que l’Angleterre en serait victime. Il y aurait aussi eu des raisons de croire que les sanctions contre l’Irak fonctionnaient.

Plus curieusement, il semblerait que le gouvernement anglais se soit convaincu de l’honnêteté de ses déclarations par un processus progressif, qui consistait à procéder par une série de petites entorses à la rigueur intellectuelle. 

Ambassade anglaise

Les services diplomatiques anglais deviennent des services commerciaux pour l’entreprise anglaise.

Est-ce qu’une telle réorientation du Quai d'Orsay serait concevable ? Cela signifie-t-il que, dorénavant, il n’y a plus que l’économie qui compte pour l’Angleterre ? Toutes les autres fonctions d’un Etat sont négligeables ?

Une intervention aussi brutale de l’État dans la vie économique est-elle cohérente avec la pensée économique d’un gouvernement conservateur ? Avec le libre échange ? Ou cela montre-t-il que pour un Anglais la fin justifie les moyens ? Que ses principes sont pour notre usage, non pour les siens ?  

Compléments :


Front national

Je déjeune de temps à autres dans un restaurant du 5ème. Régulièrement, je me trouve à côté d’une table de gens bruyants qui, bien qu’à chaque fois différents, semblent se ressembler. Tous viennent d’une messe des environs, semblent issus de familles qui ont connu des jours meilleurs (on parle parfois d’un oncle ayant un château) et avoir une curieuse opinion sur la France.

Quelques idées retenues de mes bruyants derniers voisins. L’abbé Grégoire a assisté à (encouragé) la dispersion des restes des rois de Saint Denis par les révolutionnaires. Quelle honte que Nicolas Sarkozy soit aussi petit, cela force Carla à éviter les talons hauts, ce qui la fait paraître moins grande que les femmes des dirigeants africains. Par ailleurs, n’y a-t-il pas eu un mariage juif entre eux ? Les Africains en France ne travaillent pas, mais sont payés. Les banlieues pourraient détruire les monuments parisiens en trois heures (Notre Dame, notamment), avant que la police intervienne. Les immigrés ? Les mettre dans un bateau, et le couler. Sarkozy n’a pas remis en cause les lois socialistes.

Premier enseignement, les théories du FN sont beaucoup plus répandues que je ne pensais, et surtout dans des classes sociales inattendues.

Second enseignement : la bien pensance de gauche semble conçue comme un défi à l’électorat du FN, une sorte de formidable stimulant, qui jette de l’huile sur le feu. En particulier, j’ai appris que l’Éducation nationale avait fait passer Louis XIV en fin d’année, alors qu’elle consacrait beaucoup de temps à des royaumes africains (?!).

jeudi 22 juillet 2010

Émotion et raison

Animation d’un séminaire dans le cadre de la réforme des chambres de commerce.

L’idée de la réforme est d’organiser les chambres dans une logique régionale (elles s’étaient développées, depuis le 16ème siècle, comme un prolongement d’un tissu économique).

Ce que j’en avais vu jusqu’ici était curieux : une sorte de vent de panique semblait courir sur les CCI. Résistances au changement, coups de Jarnac, trahisons, dépressions et résignation à l’injustice du sort, paralysie et attentisme, impression de fin de monde…

Or, dans la région à laquelle je viens de rendre visite : aucune angoisse. Le changement est une sorte de non événement. Et la réforme sera effective au 31 décembre, avant même le coup d’envoi officiel de sa mise en œuvre. Plus curieux : tout ce qu’ailleurs on agitait comme excuse pour ne rien faire est ici raison d’action urgente. D’ailleurs cette région a trouvé des solutions simples et élégantes à tous les problèmes qui semblent insolubles ailleurs (plus exactement elle ne s’était pas rendu compte qu’il y avait problème, avant que je lui explique ce qu’on en disait ailleurs). Notamment, elle a construit un comité de direction constitué des dirigeants généraux des chambres. (Ailleurs, on envisage un pouvoir régional fort, alors que la région avait jusqu'ici un rôle de représentation auprès de l'État : un changement complexe.)

Cette très bizarre différence de comportements pourrait illustrer quelques-unes de mes thèses :
  • La première étape du changement est l’émotion. La plupart des CCI françaises lui sont encore soumises. Or, les CCI sont faites de gens remarquables sous quelque angle qu’on les observe : expérience, diplômes, réussites passées… l’homme est plus un être d’émotion que de raison. 
  • Le changement est un sport d’équipe. L’homme seul est perdu face à lui. Dans cette région les dirigeants de chambre se sont unis et affrontent le changement en groupe. Ils sont confiants. Impression de force tranquille. Ailleurs, chacun traverse seul la perturbation, et se replie sur lui-même. D’où dilemme du prisonnier, et stress. 

Iran et Turquie, nos amies

Thèse d’un livre : la Turquie et l’Iran sont des pays fondamentalement démocratiques, pour l’Amérique s’est elle alliée à des pays qui ne le sont pas, comme l’Arabie Saoudite ? 

mercredi 21 juillet 2010

Calme euro

Nouvel article sur la réconciliation des marchés financiers avec l’euro. (Provisoire ? On attend les stress tests des banques de sa zone.)

Qu’est-ce qui explique cette évolution ? Rien, à long terme, ne semble avoir changé dans la santé des pays européens. Mais ce n’était peut-être pas le long terme qui intéressait les spéculateurs, mais la possibilité de gains immédiats. Le fonds de consolidation les a probablement convaincus qu’il n’y avait rien à gagner.

Question : la réponse européenne un peu hésitante et malhabile a-t-elle été une mauvaise chose ? Elle peut avoir signifié qu’une absence de réaction immédiate ne devait pas être prise comme un encouragement. Pour un spéculateur, qui cherche les gains rapides, l’enlisement est peut-être le pire des maux.

Prochaine spéculation ? L’article suggère les pays anglo-saxons. Il est vrai que l’on voit apparaître de plus en plus des articles sur le déséquilibre structurel américain, donc sur une longue dépression. Quant à l’Angleterre, elle craignait, au début de la crise, une faillite, qui la force à rejoindre la zone euro. Mais je connais trop mal les mécanismes de spéculation pour savoir s’il y aurait quelque chose à gagner à parier sur la défaillance de ces économies.

Compléments :

Aventures en Birmanie

La bombe de mousse de rasage est une arme de destruction massive. Mais un fond de tube de shampoing ne serait pas suffisant pour faire sauter un avion. Voici ce que j’ai constaté à l’aller d’un voyage pour Clermont-Ferrand.

Au retour, j’ai profité d’une confusion à l’embarquement (l’équipage de l’avion prétendait y revenir, ce qui n'était pas prévu dans les procédures que suivent les agents de contrôle) pour faire entrer la bombe ci-dessus dans la cabine.

Pour ceux que ça intéresse : l’aéroport de Clermont est idéal pour organiser une conférence. Salle très correcte, restaurant (plutôt bon) à côté, hôtel à deux pas. Excessivement calme : quasiment aucun avion. (L’aéroport avait été prévu pour 3m de passagers, il en vient 300.000, et encore…)

L’optimum économique est sans but lucratif

L’efficacité n’est pas liée qu’à l’argent. La crise montre les vertus des organisations sans but lucratif, et on encourage les autres à les imiter :

Pas besoin de rémunérer chèrement un employé quand sa tâche a un sens ; des structures de management plates ; des dirigeants qui paient de leur personne ; un marketing peu coûteux qui repose sur une relation à long terme avec ses clients ; l’habile usage du réseau des anciens… (Profiting from non-profits.)

Nouveau thème de ce blog, qui est rattrapé par l’actualité…

Goldman Sachs apprivoisé ?

Goldman Sachs, le vilain de la crise, va-t-il, comme après celle de 29, être remis dans le rang ?

En tout cas, la nouvelle régulation financière, dont les effets semblent encore difficiles à prévoir, s’attaque à 80% de ses revenus. (Bombmakers bombarded.)

Ce qui pourrait signifier qu’une crise n’est pas le seul moment où un gouvernement peut agir fermement. 

mardi 20 juillet 2010

Banque centrale en bout de course ?

Jusqu’ici les nations occidentales ont attendu un miracle de l’action de leurs banques centrales, mais ce n’est pas suffisant : il faut qu’elles fassent évoluer leur structure économique et sociale, notamment la qualification de leurs populations. (The central bankers' burden, Easy-money riders.)

Difficile de voir comment elles peuvent y parvenir sans action de la main visible de l’État, comme en Chine. Et comment elles peuvent y parvenir rapidement…

Compléments :
  • Un exemple du type de changement structurel qui pourrait être nécessaire : Déséquilibre structurel américain.
  • Il semblerait qu’une des vieilles idées de ce blog commence à avoir une certaine popularité : tant qu’il n’y aura pas eu de « changement » (transformation de « l’organisation » qui dirige notre comportement collectif), la crise ne sera pas finie. 

Bicyclette libre

De plus en plus de villes offriraient la location de bicyclettes. Une mode française semble-t-il, qui serait née à La Rochelle en 74.

Finalement, la France est innovante. Mais pas partout. Surtout dans le domaine culturel (Fête de la musique…).

Je me demande, si, comme toute innovation, ce n’est pas le fruit d’un lointain et durable investissement. Après tout nous avons depuis longtemps un Ministère de la culture, un France culture, une Exception culturelle… Je ne suis pas sûr qu’il y ait l’équivalent ailleurs.

Compléments :
  • L’idée serait, un peu partout, de calmer le flux automobile. Comme les généraux, les maires lancent leurs administrés à l’assaut de l’ennemi, au péril de leurs vies ?
  • Shifting up a gear.

lundi 19 juillet 2010

La fin de Hong Kong

Hong Kong, paradis du laisser-faire, réglemente de plus en plus, et décrète un salaire minimum. (End of an experiment.)

L’article ne dit pas quelles sont les forces qui ont mis fin au statu quo. Mais il m’a fait avoir l’idée suivante : partout dans le monde, les nations construisent, quand elles le peuvent, un filet de sécurité social. Or, on nous a convaincu ces dernières décennies que les lois du marché étaient l’alpha et l’oméga de la nature. Et si ça n’avait été qu’une action de propagande ?

Car, au fond, ces lois ne profitent qu’à une petite élite. Les règles de la démocratie ne finissent-elles pas par faire entendre la voix de la majorité, qui demande de ne pas avoir toujours à courir, à se sacrifier aux intérêts d’un marché qui ne lui apporte rien ? Et si la solidarité sociale était la règle plutôt que l’exception ?

Compléments :
  • Curieusement l’expérience de laisser faire était l’œuvre d’un administrateur anglais. Un autre avait géré ainsi l’Irlande de 1850, d’où catastrophe lors de la maladie de la pomme de terre, qui a vidé un tiers de l’ile (The Little Ice Age: How Climate Made History, 1300-1850, de Brian Fagan, Basic Books, 2001).

Fortune bancaire (suite)

Éternelle question : comment le système financier a-t-il pu kidnapper l’économie sans que personne ne s’en rende compte ?

Mécanisme de la spéculation : sa fortune était relative à celle des actifs, qui ont connu une inflation non détectée. (A mirage, not a miracle.)

Et on le rémunérait en bon argent pour des opérations qui, finalement, étaient factices.

Espion jetable

Curieusement, l’électronique est l’ennemi de l’espion professionnel : elle trahit les fausses identités. De ce fait, l’espion moderne est l’homme ordinaire, qui a mené une vraie vie, électroniquement certifiée. 

L’espionnage entre dans l’ère du Kleenex ? (Pour la démonstration : A tide turns.)

dimanche 18 juillet 2010

Tamara Drewe

Film de Stephen Frears.

C’est léger et rafraichissant (anglais). Parfait pour l’été. Aussi, reflet de l’évolution des mœurs : un tel film n’aurait pu exister il y a quelques décennies. Me suis-je dit.

Or, c’est une réécriture d’un roman de Thomas Hardy, de 1874 ! (D’ailleurs on parle beaucoup de lui dans le film.) L’homme rejoue toujours la même comédie, seule l’interprétation est originale ?

Polyandrie

La coutume de la polyandrie se perdrait.

La logique de faire épouser à une femme les hommes d’une même famille était qu’ainsi la terre de ces derniers n’était pas morcelée.

Au fond, notre société a évolué de l’immobilier au mobilier, vers une sorte de communisme : nous possédons de moins en moins de biens durables propres. 

Obama le mal aimé

La côte de popularité de B.Obama n’a pas cessé de reculer depuis son élection.

Difficile à comprendre d’ici. Il semble un dirigeant efficace dans une situation effroyablement compliquée qu’il a héritée de l’aveuglement coupable des gouvernants précédents. Il fait passer de grandes réformes, dans des conditions difficiles, il est déterminé, honnête intellectuellement, incorruptible… Ses opposants semblent au pire des fantoches, au mieux n’avoir absolument rien à proposer.

Au-delà des difficultés du pays, ce qu’on semble lui reprocher c’est d’être un « socialiste ». Socialiste ? Cela signifie peut-être qu’il y a dans son comportement quelque chose qui n’est pas Américain.

Depuis longtemps, les universitaires ont constaté qu’un groupe (par exemple une entreprise) ne choisit pas ses membres en fonction de leur compétence, mais parce qu’ils partagent ses valeurs.

Compléments :
  • Qu’est-ce qu’être Américain ? C’est peut-être pouvoir déclarer : « Pensez-vous que c’est un pays de providence divine ? Un pays d’exceptionnalisme américain ? Si vous croyez que ces deux choses sont vraies, cela signifie que Dieu a un projet particulier pour cette terre de liberté. » (Where has all the greatness gone?)
  • Obama le rouge (bis).

samedi 17 juillet 2010

BP : too big to fail ?

M.Cameron part implorer la clémence américaine pour BP : de son sort dépend ceux de l’économie et des retraités anglais. (Cameron to fight BP’s corner in US.)

BP fut le héro d’un laisser faire guidé par la main invisible du marché, qui ferait le bonheur du monde. Plus d’État, plus de contrôle, des retraites par capitalisation, la « destruction créatrice », la « guerre des talents »... Et maintenant, on découvre que BP est au dessus des lois du marché qui veulent que les canards boiteux crèvent par sélection naturelle.

Le discours libéral était-il pour la consommation du peuple et des étrangers ? Les intérêts des classes supérieures anglo-saxonnes sont-ils protégés quoi qu’il arrive ? En tout cas, il serait intéressant de reconsidérer les décisions que l’influence de cette propagande nous a fait prendre. 

Déséquilibre structurel américain

L’appauvrissement d’une partie de la population américaine viendrait de ce que l’économie américaine demande de plus en plus de qualification, qui n’est accessible qu’à l’élite fortunée.

La redistribution n’étant pas acceptable aux USA, et la reconstruction du système éducatif étant une question de décennies, les gouvernements ont préféré encourager l’endettement.

Que peut faire l’Amérique pour redresser un tel déficit de ses structures sociales, elle qui abhorre l’intervention de l’État ? Ce déficit n'est-il pas culturel : l'Amérique n'est-elle pas une société de classes, qui ne peut fonctionner qu'en mode taylorien ?...

Bénéfice des vacances

Chaque année j’en reviens à la question des vacances, et, au fond, ma théorie ne change pas.

Notre vie est cadencée par la contrainte extérieure : bruits de notre immeuble, remplissage du métro, pas de la foule sur le trottoir… Bien difficile d’avoir un rythme de vie un peu original dans ces conditions. D’une certaine façon c’est la société qui nous agite.

Je soupçonne qu’obéir à cette contrainte demande un ajustement coûteux pour la santé humaine, et qu’elle a besoin de casser ces règles un moment pour sortir de ce rythme imposé, plus que pour retrouver la maîtrise de son destin. 

vendredi 16 juillet 2010

Michel Rocard optimiste

« N'enterrez pas la France. Elle va vivre de grandes secousses dans les années qui viennent. Mais elle pourrait bien être dans trente ans le seul pays d'Europe à rester debout. » dit Michel Rocard.

Le pays est effroyablement plus pessimiste que le reste du monde, et ce depuis 40 et son honteux effondrement. Mais il a beaucoup d’atouts, et peut-être une population qui a toujours la force, comme dans le passé, de compenser les défaillances chroniques d’une élite médiocre. 

Réforme aux USA

B.Obama a fait passer une nouvelle grande réforme. Parmi ce qui me semble ses particularités :
  1. L’interdiction pour le gouvernement de sauver une banque en faillite.
  2. La possibilité de découper en morceaux une banque qui devient trop grosse.
Le succès de ces mesures va probablement dépendre du courage des politiques. Une fois qu’une grande banque sera en faillite, il sera difficile de ne pas la secourir, puisque sa disparition signifierait, par effet domino, une crise internationale. Il faudra donc découper en période faste. Ce qui n’est jamais facile. (Mais la loi semble débarrasser les banques d’une partie de leurs activités à risque…)

Par ailleurs, la loi ne semble pas s’attaquer à la question du risque « systémique », qui fait que les éléments du système financier sont hautement corrélés ensemble.  

Japonais en Chine

« loyauté, docilité et sacrifice », les Japonais appliquent leur modèle culturel à l’entreprise chinoise, avec peu de succès, d’autant plus que leur mode de décision, qui passe par Tokyo, est peu approprié à une réponse rapide au mécontentements que produit cette gestion. 

Or, la Chine semble se transformer, vouloir travailler moins pour gagner plus, passer d’une société de producteurs à une société de consommateurs. (La correction des déséquilibres mondiaux serait-elle en marche ?)

jeudi 15 juillet 2010

Fusions de mutuelles

Beaucoup de mutuelles semblent fusionner, pourquoi ? me suis-je demandé.
  • On parle d’un mystérieux effet de taille. Mais personne ne semble l’avoir observé. Le plus étrange est qu’il existait des milliers de mutuelles, donc des toutes petites, et qu’elles semblaient très bien vivre… On parle aussi d’internationalisation, mais l’avantage de l’internationalisation semble encore moins clair que l’effet de taille, dont il est un cas particulier.
  • La cause réelle serait un changement de législation européenne, qui traiterait maintenant les mutuelles comme des assureurs et leur imposerait des règles de solvabilité qui les forceraient à augmenter leurs fonds propres. Les petites mutuelles ne pourraient pas avoir accès aux marchés financiers pour lever ces fonds. Pourquoi cette législation, alors que les mutuelles n’ont jamais eu de problème de solvabilité, que je sache ? Pourquoi chercher à constituer des monstres, alors que les journaux anglo-saxons se déchaînent contre le « too big to fail » accusé d’être à l’origine de la crise ? D’ailleurs pourquoi le législateur ne s’est-il pas autant inquiété des ratios de solvabilité des banques, qui n’ont pas cessé de décroître ?
L’Angleterre semble très en avance sur nous dans ce domaine. Ses « building societies » se sont même « démutualisées » en masse (ce qui n’est pas permis en France). D’après Wikipedia, des investisseurs souscrivaient à ces mutuelles, en obtenaient un droit de vote et votaient la démutualisation, ce qui leur permettait de se faire distribuer les énormes réserves accumulées par la mutuelle avant sa dissolution. On aurait constaté que les sociétés résultantes auraient été moins favorables à l’intérêt des adhérents qu’à ceux des actionnaires. Depuis 2000, cette manœuvre ne serait plus permise.

Alors, faut-il voir dans nos réformes européennes le lobbying de quelques investisseurs avisés, ou y a-t-il de solides raisons qui m'échappent ? à creuser.

Compléments :
  • Un document un peu mystérieux, qui me semble dire qu’il faut unir les mutuelles, même si l’on n’en voit pas clairement les raisons.
  • Y a-t-il un risque que ces monstres soient pris de crises de folie, comme la CAMIF ?

Suicide et Corée du Sud

Qu’est-ce qui cause le suicide ? Au moins en ce qui concerne la Corée, où il est exceptionnellement élevé, il semble que ce soit la société :

« Grande importance de l’apparence – avoir la bonne formation, le bon emploi, ou le bon niveau de réussite sociale perçue », le tout amplifié par les médias qui créent un « mythe du suicide », et peut-être aussi par un succès économique en marche forcée. 

mercredi 14 juillet 2010

Turquie européenne

L’Europe semble encourager la Turquie à la rejoindre. (Contradiction avec les positions officielles de l’Allemagne et de la France ?)

L’arrivée de la Turquie dans l’UE serait un changement intéressant. Ce serait de loin son membre le plus peuplé, donc celui qui aurait le plus de poids dans les délibérations de son parlement. Que dire de ses agriculteurs, fort nombreux ? Pourrait-il y avoir un risque de quelque effet pervers de type grec ou espagnol, suscité par l’exploitation par les marchés financiers d’une entrée un peu improvisée ?...

L’avenir est imprévisible. Et si c’était le principal intérêt d’une Turquie européenne ? Un grand moment d’incertitude et d’animation ? 

Payer les patrons en dettes

Un économiste propose de payer les patrons en dettes de leur entreprise : obligations, pensions de retraite, salaire différé…Ce qui lie leurs revenus à la santé financière au long cours de l’entreprise, alors qu’une rémunération en actions favorise la prise de risques démesurés, à court terme.

Pour ma part, il me semble que l’on n’arrivera jamais à contraindre le comportement d’un homme par quelques lois explicites, il les contournera toujours. La dissuasion efficace est sociale, je suspecte. Un demi-siècle en arrière, le dirigeant était modeste et honnête, parce que c’était ce qu’attendait de lui la société. Une citation un peu ancienne de Paul Krugman :
the section in Galbraith’s New Industrial State (1967) in which he discusses the possibilities of corporate executives using their position to enrich themselves at investors’ expense:
But these are not the sorts of thing that a good company man does; a generally effective code bans such behavior. Group decision-making ensures, moreover, that almost everyone’s actions and even thoughts are known to others. This acts to enforce the code and, more than incidentally, a high standard of personal honesty as well …

Les dangers de la lecture

Il semblerait que le cerveau soit capable de reconnaître naturellement une image dans un miroir, et qu’apprendre à lire le force, en partie, à désapprendre cette capacité, ce qui expliquerait pourquoi tous les jeunes enfants tendent à confondre b et d, p et q. Ce désapprentissage ferait que l’alphabète reconnaîtrait moins bien les visages que l’illettré. (Détail dans : The Da Vinci code.)

mardi 13 juillet 2010

Pourquoi le monde s’est-il endetté ?

Un précédent numéro de The Economist analysait les raisons de l’endettement occidental sous toutes ses coutures (premier article du dossier : Repent at leisure). Surprenant, nous sommes passés d’une culture de l’économie à une culture de la dette.

On trouve dans ses articles beaucoup de faits curieux. Par exemple que lorsqu’un dirigeant est payé en fonction de la valeur des actions de son entreprise, il a intérêt à faire acheter à ladite entreprise ses propres actions, donc à l’endetter. Mais aussi qu’aux USA le revenu médian n’aurait pas progressé depuis les années 70, ce qui a probablement amené les pauvres à se donner une illusion de richesse en empruntant. L’enquête n’est faite que de ce genre de cercles vicieux, qui nous ont d’autant plus abusés qu’ils ont mis longtemps à se révéler.

Était-ce évitable ? Je me demande si l’on n’a pas ici simplement le mouvement naturel de la vie. Le développement mondial et leur culture ont fait que certains pays ont accumulé plus qu’ils n’ont dépensé ; ce qui les a amenés à chercher un placement pour leurs épargne (aux USA et en Europe) ; ce qui a entraîné, quasi mécaniquement, une spéculation, de même que les Chinois sont amenés à produire du lait frelaté quand l’offre est inférieure à la demande. 

La crise est-elle la caractéristique du capitalisme, ou de la vie ? Peut-on arrêter ce type de mouvements avant qu’il ait fait des dégâts, ou faut-il rendre la société plus résistante à leurs conséquences ? 

BP nouvel Enron ?

Ce que je soupçonnais se confirme. Les malheurs de BP ne sont que la conséquence d’une gestion extrêmement hasardeuse.

Nouvel exemple de la façon dont on a dirigé nos entreprises ces dernières décennies. Course en avant qui amène BP, fleuron de l’Angleterre de Tony Blair, au deuxième rang mondial alors que la société était relativement modeste jusque là. Comment ? En prenant toujours plus de risques, en allant là où personne ne voulait aller, en utilisant des technologies toujours nouvelles, en éliminant des « dizaines de milliers d'employés », avec toujours plus de sous-traitance, par une gestion exclusivement « financière » qui fait valser les managers et les change de postes pour qu’ils n’affrontent pas les conséquences de leurs actes… Et elle distribue toujours plus de dividendes (triplés en 10 ans).

J’apprends, même, qu’une de ses plates-formes du golfe du Mexique a été à deux doigts de provoquer une marée noire du même volume que celle que nous vivons actuellement. Elle avait été construite en dépit du bon sens, dans l'improvisation et la frénésie. Et tout ça a coûté très cher à BP. Non seulement pour remettre sur pieds la plate-forme, mais aussi pour payer des pénalités colossales suite à de très nombreux accidents, et à ses refus répétés d’appliquer les règles de sécurité. Curieusement, tout cet argent perdu n’avait aucune influence sur son comportement. Toujours aussi dangereux.

J’espère que, contrairement à ce qui s’est passé pour Enron, les entreprises vont se reconnaître dans cette lamentable histoire, et mettre en cause leur mode de gestion.

Compléments :

Familles recomposées

Hier j’entendais débattre de la recomposition de famille chez RFI. Un journaliste écrivain s’étonnait de ce que ses enfants ne se réjouissent pas du bonheur qu’il éprouvait à avoir changé d'épouse. Par ailleurs il reconnaissait qu’il ne pouvait pas aimer les enfants de sa nouvelle femme comme il aimait les siens.

Je me suis demandé ce qu’avaient pu penser ses enfants. Peut-être n’étaient-ils pas contents du nouvel arrangement ? De l’aveu du journaliste, se retrouver dans un couple recomposé ne semble pas confortable. Les parents ont préféré leur intérêt à ceux de leurs enfants, non ?

Mais n’est-ce pas surtout un problème culturel ? 
  • Les enfants vivent leurs premières années dans une famille unie, et en tirent la conclusion logique que c'est ainsi que la nature est faite. Ils semblent justifiés de se sentir dupés lors d'un divorce. 
  • Chez les nobles d’Ancien régime, qui faisaient élever leurs enfants par leurs valets, les époux étaient relativement indépendants (le mariage étant avant tout une alliance entre familles). Les enfants ne devaient pas être étonnés par les fredaines de leurs parents, qu'ils estimaient avant tout pour leur lignage et leurs qualités personnelles. 
Ne serait-il pas logique que, dans un monde où l'individu ne voit rien au dessus de son intérêt personnel, on en revienne à des arrangements du type de ceux de l'Ancien régime ? 

Compléments :

Transformation dans l’automobile

Le carbone semble la meilleure et la pire des choses. L’effet de serre que produit son émission nous a amenés à la batterie électrique, pour transporter celle-ci, il faut une infrastructure légère, la solution de ce problème serait la fibre de carbone.

Cela donnerait, en outre, des structures infiniment plus solides que les traditionnelles, recyclables et qui ne rouillent pas. Et en plus, c’est BMW qui serait un pionnier de leur usage, alors qu’il menaçait de résister à un changement qui attaque sa raison d’être : la voiture pour la voiture. (The lighter drive.)

lundi 12 juillet 2010

Machine de résolution européenne

La mise en œuvre du traité de Lisbonne est un changement. Difficile de savoir comment il se passe. En attendant, voici ce que je comprends de la vision de Catherine Ashton :

Elle semble penser que la question qui se pose au monde est à la fois la globalisation – tout est lié - et l’adoption des valeurs occidentales. Pour cela les solutions nationales ne fonctionnent pas. Or, l’Europe est « une machine géante de résolution de conflits, qui permet aux États membres de traiter des problèmes transfrontaliers sur la base de règles approuvées ». Pourquoi ne pas appliquer cette machine aux problèmes mondiaux ?

Si bien que le service diplomatique européen devient une « plate-forme intégrée qui projette efficacement nos valeurs, et nos intérêts partout dans le monde », une mécanique pour construire des « stratégies politiques », qui orientent ensuite le déploiement de moyens qui sont nécessaires à leur mise en œuvre (moyens qui sont aujourd’hui déployés sans principe directeur, d’où leur peu de résultats).

Curieux. Et si l’Europe était une mécanique de résolution de problèmes multinationaux ? Une sorte de « donneur d’aide » qui apporte à la résolution des problèmes du globe, dont nous sommes l’origine, des méthodes issues de notre « boîte à outils » occidentale ? Et qui, résolution après résolution, diffuse et fait fonctionner le modèle occidental ?

Ce qui n’est pas clair est comment mettre en œuvre cette vision. Qui possède ce savoir-faire de résolution de problèmes intérieurs à l’Europe ? Comment peuvent-ils être utilisés pour résoudre les problèmes mondiaux ? 

D’ailleurs, l’Europe semble elle-même manquer d’un projet politique : ne devrait-elle pas s’appliquer sa propre médecine ?... 

L’entreprise programme l’homme

Souffrance au travail ne serait pas uniquement français : « un sixième des employés anglais souffre de dépression et de stress », « La recherche américaine suggère que le présentéisme (par lequel le KO debout vient au travail sans rien apporter) coûte deux fois plus que l’absentéisme ». Si bien que les entreprises anglo-saxonnes paient maintenant des soins psychologiques aux employés qui comptent le plus.

Nouvel avatar de la passion américaine pour « l’influence », l’utilisation des mécanismes de manipulation humains et sociaux au profit de l’entreprise ? Curieux combien une certaine forme de capitalisme a en commun avec le soviétisme.

dimanche 11 juillet 2010

La bataille d’Europe

The Economist fait un point sur les idéologies qui cherchent à imposer leur marque à l’Europe. La face répugnante de la France apparaît partout.

Gouvernance
  • L’Allemagne veut des règles de bonne gestion, et des sanctions pour ceux qui ne les suivent pas. Une éventuelle coordination économique doit impliquer les 27, et pas la zone euro, puisque les idées françaises semblent y avoir la majorité.
  • La France aimerait un gouvernement économique. « Traduit, ceci signifie des politiciens se mêlant de politique monétaire et un système de redistribution des pays riches vers les pauvres », mais aussi « freiner la concurrence portant sur les taux d’imposition des entreprises et le coût du travail. »
Libéralisme
  • Pour l’article libéralisme = libre marché du travail. Plus précisément, liberté de travailler partout en Europe, et surtout de profiter du faible coût du travail de certains pays. Ce serait la « globalisation à l’intérieur des frontières (de l’Europe) ».
  • L’antithèse de cela, l’axe du mal, est le modèle Français. Il protégerait l’homme de la globalisation, grâce à un lourd système de sécurité sociale, des restrictions des mouvements des travailleurs, et, pire, un salaire minimal européen.
Commentaire :

Tout ceci est bien connu. Mais il me surprend. Je ne pensais pas que le libéralisme anglo-saxon c’était aussi peu que cela. Peut-on imaginer faire fonctionner le monde simplement en y échangeant des hommes comme des biens de consommation ? En exploitant des différences de coût, par nature transitoires ? Où est la création là dedans ?

Il ne pouvait y avoir que des boutiquiers pour avoir de tels idéaux.  

Culture allemande

On en veut aux Allemands parce qu’ils ne savent qu’exporter, pas consommer. Or, le monde ne peut pas vivre en déficit. Mais l’Allemand est génétiquement frugal et considère même le service comme un gaspillage (sa qualité serait-elle pire en Allemagne qu’en France ?). Hair-shirt economics.

« Les entreprises allemandes ont pressé la zone euro comme un citron, et l’ont jetée. » L'économie allemande, qui repart à grande vitesse, s’intéresse de moins en moins à la zone euro (« à partir de 2008 les exportations de biens vers la zone euro comptaient pour 17% du PIB allemand contre 23% pour les pays extérieurs »). Son seul problème est de placer son argent. Jusqu’ici il a alimenté toutes les bulles spéculatives, d’où l’état branlant de ses banques, mais, maintenant, il a trouvé un placement sûr : la Chine. Lemon aid.

Voilà qui contredit les économistes, qui croient que le monde obéit à la raison. La culture allemande produit naturellement un déséquilibre mondial, chaque Allemand y contribue sans même le savoir. Le corriger va bien au-delà de la volonté politique, fort impuissante face à un tel mouvement de fond. 

Du silence et des ombres

Film de Robert Mulligan, 1962.

Semble être un immense classique, tiré de l’unique livre, et immense bestseller, d’une amie d’enfance de Truman Capote, Harper Lee. D’ailleurs leurs deux personnages apparaissent dans le film.

Curieuse morale me semble-t-il. Un premier procès condamne un innocent. Puis un coupable est tué, mais cette fois-ci on décrète que c’est un accident, pour ne pas répéter une expérience désagréable.

Y aurait-il des justes, et ils sont au dessus des lois ?

samedi 10 juillet 2010

Intelligence et pauvreté

Les habitants des pays pauvres seraient moins intelligents que ceux des pays riches.

Explication : les conditions de vie des pauvres empêchent leur cerveau de se développer correctement.

Cependant l’article définit l’intelligence par le QI. Ce qui me pose des questions : qu’est-ce que l’intelligence ? Y a-t-il corrélation entre le QI et une capacité utile ? Et si le QI, avec sa très bizarre mesure, était un produit culturel ?...
.
Compléments
  • Une vie trop protégée n’a pas que des bénéfices : faute d’infections, le système immunitaire se retourne contre le corps. D’où asthme et allergies. (Même article.)

vendredi 9 juillet 2010

Monde des bonnes nouvelles

Enfin. Réaction à l’humeur massacrante de la presse, qui ne se réjouit que de ce qui condamne notre raison de vivre, et pourrit notre existence.

Une artiste a eu l’idée de créer un exemplaire du monde qui ne contienne que de bonnes nouvelles. Pour cela elle a dû travailler pendant 3 mois. 1% du Monde est optimiste ?

Relations humaines en France

Étude ethnologique de Minter Dial : le service en France. Pourquoi est-il aussi détestable ?

Ce qui m’a rappelé plusieurs conversations récentes traitant de cas identiques. Ils se ramènent tous à une observation de M.Crozier : le Français utilise son rôle social pour prendre la société en otage, un peu comme les banques américaines avec l’économie ou Enron aves l’État de Californie.

À la réflexion, je crois que nous commettons une erreur. Nous pensons que nous avons le droit d’avoir un service. Alors que le Français estime, avec raison, que sans lui nous ne pouvons rien ; bref, qu’il nous rend service en accomplissant son rôle ; donc que celui-ci lui donne un droit, non un devoir. Ainsi un directeur technique que je cite dans un livre avait-il monté un centre d’appels sur le principe « ils sont en panne, ils peuvent attendre ».

Deux conséquences de cette théorie :
  1. Elle explique pourquoi le Français a toujours l’air fatigué et de mauvaise humeur. En effet, il n’arrête pas de rendre service, sans même qu’on lui en soit gré. Il est exploité.
  2. La logique de la relation de service en France est non d’exiger, sous peine de ne pas être – ou d’être mal - servi, mais d’appeler à l’aide, gentiment. 

Facebook

Intéressante conférence d’Hervé Kabla traitant du web social et dont il ressort, notamment, que Facebook est en passe de créer un Internet à lui, vivant en autarcie.

Défi pour les monstres d’Internet, Google et Amazon, par exemple, qui peuvent voir leur échapper ce monde et s’y reconstituer des monopoles locaux. 

Génétique et âge

Suite des travaux sur le génome. Comment prévoir l’espérance de vie à partir de sa composition ?

Il semblerait que l’on ait trouvé quelques gènes favorables, mais que l'on explique pas tout.

Cette recherche me semble décidément curieuse. Attendu que la société du moment est de plus en plus le principal facteur de « sélection naturelle » (que l’on ait le droit ou non de travailler selon son degré de « qualification » par exemple), il est douteux que nos gênes, qui regardent vers le passé, soient d’une grande utilité.