samedi 24 juillet 2010

Surévaluation de l’euro

Il est possible que s’il n’y a plus d’attaque contre la zone euro (billet précédent), c’est que personne n’y a vraiment intérêt : 
  • d’un côté l’euro semble nettement surévalué, par rapport à toutes les monnaies sérieuses, à commencer par le dollar (sur-évaluation de 14%) et encore plus par rapport à la livre (20%) ; 
  • de l’autre les gouvernements européens n’ont rien à gagner de l’instabilité. 
  • Quant aux marchés, leur précédente spéculation les a peut-être rendus prudents. 

Stress tests

Grande opération de communication à l’endroit des marchés. Il s’agissait de les convaincre que les banques européennes étaient raisonnablement solides.

On pensait que le test serait concluant s’il dénonçait 10 ou 12 tocards. Mais l’Europe n’en a retenu que 7, dont des coupables évidents. Les marchés semblent hésiter : doivent-ils s’affoler ou non ? Jusqu’ici c’est calme. Ce qui pourrait montrer que l’Europe a pris des risques payants : elle a fait le stricte nécessaire. Commencerait-elle à comprendre la rationalité des marchés et à savoir la manipuler ?

Compléments :

Enseignement allemand

Je me demandais pourquoi le système d’enseignement allemand tendait à faire que les enfants aient le même destin que leurs parents.

Il semblerait que cela vienne d’une sélection, qui se fait 4 ans après le début de la scolarité. Pour éviter ce phénomène, on envisagerait un tri plus tardif.

Ce qui paraît signifier que l’école allemande sélectionne en fonction de critères culturels, plutôt qu’individuels. Ce qui semble aussi dire qu’il est relativement aisé d’utiliser l’école comme outil de maintien du statu quo social. 

vendredi 23 juillet 2010

Guerre d’Irak

Enquête sur les mensonges du gouvernement anglais concernant la nécessité d’une guerre avec l’Irak. Où l’on apprend que ses services secrets l’avaient averti qu’elle favoriserait les visées de Ben Laden, et que l’Angleterre en serait victime. Il y aurait aussi eu des raisons de croire que les sanctions contre l’Irak fonctionnaient.

Plus curieusement, il semblerait que le gouvernement anglais se soit convaincu de l’honnêteté de ses déclarations par un processus progressif, qui consistait à procéder par une série de petites entorses à la rigueur intellectuelle. 

Ambassade anglaise

Les services diplomatiques anglais deviennent des services commerciaux pour l’entreprise anglaise.

Est-ce qu’une telle réorientation du Quai d'Orsay serait concevable ? Cela signifie-t-il que, dorénavant, il n’y a plus que l’économie qui compte pour l’Angleterre ? Toutes les autres fonctions d’un Etat sont négligeables ?

Une intervention aussi brutale de l’État dans la vie économique est-elle cohérente avec la pensée économique d’un gouvernement conservateur ? Avec le libre échange ? Ou cela montre-t-il que pour un Anglais la fin justifie les moyens ? Que ses principes sont pour notre usage, non pour les siens ?  

Compléments :


Front national

Je déjeune de temps à autres dans un restaurant du 5ème. Régulièrement, je me trouve à côté d’une table de gens bruyants qui, bien qu’à chaque fois différents, semblent se ressembler. Tous viennent d’une messe des environs, semblent issus de familles qui ont connu des jours meilleurs (on parle parfois d’un oncle ayant un château) et avoir une curieuse opinion sur la France.

Quelques idées retenues de mes bruyants derniers voisins. L’abbé Grégoire a assisté à (encouragé) la dispersion des restes des rois de Saint Denis par les révolutionnaires. Quelle honte que Nicolas Sarkozy soit aussi petit, cela force Carla à éviter les talons hauts, ce qui la fait paraître moins grande que les femmes des dirigeants africains. Par ailleurs, n’y a-t-il pas eu un mariage juif entre eux ? Les Africains en France ne travaillent pas, mais sont payés. Les banlieues pourraient détruire les monuments parisiens en trois heures (Notre Dame, notamment), avant que la police intervienne. Les immigrés ? Les mettre dans un bateau, et le couler. Sarkozy n’a pas remis en cause les lois socialistes.

Premier enseignement, les théories du FN sont beaucoup plus répandues que je ne pensais, et surtout dans des classes sociales inattendues.

Second enseignement : la bien pensance de gauche semble conçue comme un défi à l’électorat du FN, une sorte de formidable stimulant, qui jette de l’huile sur le feu. En particulier, j’ai appris que l’Éducation nationale avait fait passer Louis XIV en fin d’année, alors qu’elle consacrait beaucoup de temps à des royaumes africains (?!).

jeudi 22 juillet 2010

Émotion et raison

Animation d’un séminaire dans le cadre de la réforme des chambres de commerce.

L’idée de la réforme est d’organiser les chambres dans une logique régionale (elles s’étaient développées, depuis le 16ème siècle, comme un prolongement d’un tissu économique).

Ce que j’en avais vu jusqu’ici était curieux : une sorte de vent de panique semblait courir sur les CCI. Résistances au changement, coups de Jarnac, trahisons, dépressions et résignation à l’injustice du sort, paralysie et attentisme, impression de fin de monde…

Or, dans la région à laquelle je viens de rendre visite : aucune angoisse. Le changement est une sorte de non événement. Et la réforme sera effective au 31 décembre, avant même le coup d’envoi officiel de sa mise en œuvre. Plus curieux : tout ce qu’ailleurs on agitait comme excuse pour ne rien faire est ici raison d’action urgente. D’ailleurs cette région a trouvé des solutions simples et élégantes à tous les problèmes qui semblent insolubles ailleurs (plus exactement elle ne s’était pas rendu compte qu’il y avait problème, avant que je lui explique ce qu’on en disait ailleurs). Notamment, elle a construit un comité de direction constitué des dirigeants généraux des chambres. (Ailleurs, on envisage un pouvoir régional fort, alors que la région avait jusqu'ici un rôle de représentation auprès de l'État : un changement complexe.)

Cette très bizarre différence de comportements pourrait illustrer quelques-unes de mes thèses :
  • La première étape du changement est l’émotion. La plupart des CCI françaises lui sont encore soumises. Or, les CCI sont faites de gens remarquables sous quelque angle qu’on les observe : expérience, diplômes, réussites passées… l’homme est plus un être d’émotion que de raison. 
  • Le changement est un sport d’équipe. L’homme seul est perdu face à lui. Dans cette région les dirigeants de chambre se sont unis et affrontent le changement en groupe. Ils sont confiants. Impression de force tranquille. Ailleurs, chacun traverse seul la perturbation, et se replie sur lui-même. D’où dilemme du prisonnier, et stress. 

Iran et Turquie, nos amies

Thèse d’un livre : la Turquie et l’Iran sont des pays fondamentalement démocratiques, pour l’Amérique s’est elle alliée à des pays qui ne le sont pas, comme l’Arabie Saoudite ? 

mercredi 21 juillet 2010

Calme euro

Nouvel article sur la réconciliation des marchés financiers avec l’euro. (Provisoire ? On attend les stress tests des banques de sa zone.)

Qu’est-ce qui explique cette évolution ? Rien, à long terme, ne semble avoir changé dans la santé des pays européens. Mais ce n’était peut-être pas le long terme qui intéressait les spéculateurs, mais la possibilité de gains immédiats. Le fonds de consolidation les a probablement convaincus qu’il n’y avait rien à gagner.

Question : la réponse européenne un peu hésitante et malhabile a-t-elle été une mauvaise chose ? Elle peut avoir signifié qu’une absence de réaction immédiate ne devait pas être prise comme un encouragement. Pour un spéculateur, qui cherche les gains rapides, l’enlisement est peut-être le pire des maux.

Prochaine spéculation ? L’article suggère les pays anglo-saxons. Il est vrai que l’on voit apparaître de plus en plus des articles sur le déséquilibre structurel américain, donc sur une longue dépression. Quant à l’Angleterre, elle craignait, au début de la crise, une faillite, qui la force à rejoindre la zone euro. Mais je connais trop mal les mécanismes de spéculation pour savoir s’il y aurait quelque chose à gagner à parier sur la défaillance de ces économies.

Compléments :

Aventures en Birmanie

La bombe de mousse de rasage est une arme de destruction massive. Mais un fond de tube de shampoing ne serait pas suffisant pour faire sauter un avion. Voici ce que j’ai constaté à l’aller d’un voyage pour Clermont-Ferrand.

Au retour, j’ai profité d’une confusion à l’embarquement (l’équipage de l’avion prétendait y revenir, ce qui n'était pas prévu dans les procédures que suivent les agents de contrôle) pour faire entrer la bombe ci-dessus dans la cabine.

Pour ceux que ça intéresse : l’aéroport de Clermont est idéal pour organiser une conférence. Salle très correcte, restaurant (plutôt bon) à côté, hôtel à deux pas. Excessivement calme : quasiment aucun avion. (L’aéroport avait été prévu pour 3m de passagers, il en vient 300.000, et encore…)

L’optimum économique est sans but lucratif

L’efficacité n’est pas liée qu’à l’argent. La crise montre les vertus des organisations sans but lucratif, et on encourage les autres à les imiter :

Pas besoin de rémunérer chèrement un employé quand sa tâche a un sens ; des structures de management plates ; des dirigeants qui paient de leur personne ; un marketing peu coûteux qui repose sur une relation à long terme avec ses clients ; l’habile usage du réseau des anciens… (Profiting from non-profits.)

Nouveau thème de ce blog, qui est rattrapé par l’actualité…

Goldman Sachs apprivoisé ?

Goldman Sachs, le vilain de la crise, va-t-il, comme après celle de 29, être remis dans le rang ?

En tout cas, la nouvelle régulation financière, dont les effets semblent encore difficiles à prévoir, s’attaque à 80% de ses revenus. (Bombmakers bombarded.)

Ce qui pourrait signifier qu’une crise n’est pas le seul moment où un gouvernement peut agir fermement. 

mardi 20 juillet 2010

Banque centrale en bout de course ?

Jusqu’ici les nations occidentales ont attendu un miracle de l’action de leurs banques centrales, mais ce n’est pas suffisant : il faut qu’elles fassent évoluer leur structure économique et sociale, notamment la qualification de leurs populations. (The central bankers' burden, Easy-money riders.)

Difficile de voir comment elles peuvent y parvenir sans action de la main visible de l’État, comme en Chine. Et comment elles peuvent y parvenir rapidement…

Compléments :
  • Un exemple du type de changement structurel qui pourrait être nécessaire : Déséquilibre structurel américain.
  • Il semblerait qu’une des vieilles idées de ce blog commence à avoir une certaine popularité : tant qu’il n’y aura pas eu de « changement » (transformation de « l’organisation » qui dirige notre comportement collectif), la crise ne sera pas finie. 

Bicyclette libre

De plus en plus de villes offriraient la location de bicyclettes. Une mode française semble-t-il, qui serait née à La Rochelle en 74.

Finalement, la France est innovante. Mais pas partout. Surtout dans le domaine culturel (Fête de la musique…).

Je me demande, si, comme toute innovation, ce n’est pas le fruit d’un lointain et durable investissement. Après tout nous avons depuis longtemps un Ministère de la culture, un France culture, une Exception culturelle… Je ne suis pas sûr qu’il y ait l’équivalent ailleurs.

Compléments :
  • L’idée serait, un peu partout, de calmer le flux automobile. Comme les généraux, les maires lancent leurs administrés à l’assaut de l’ennemi, au péril de leurs vies ?
  • Shifting up a gear.

lundi 19 juillet 2010

La fin de Hong Kong

Hong Kong, paradis du laisser-faire, réglemente de plus en plus, et décrète un salaire minimum. (End of an experiment.)

L’article ne dit pas quelles sont les forces qui ont mis fin au statu quo. Mais il m’a fait avoir l’idée suivante : partout dans le monde, les nations construisent, quand elles le peuvent, un filet de sécurité social. Or, on nous a convaincu ces dernières décennies que les lois du marché étaient l’alpha et l’oméga de la nature. Et si ça n’avait été qu’une action de propagande ?

Car, au fond, ces lois ne profitent qu’à une petite élite. Les règles de la démocratie ne finissent-elles pas par faire entendre la voix de la majorité, qui demande de ne pas avoir toujours à courir, à se sacrifier aux intérêts d’un marché qui ne lui apporte rien ? Et si la solidarité sociale était la règle plutôt que l’exception ?

Compléments :
  • Curieusement l’expérience de laisser faire était l’œuvre d’un administrateur anglais. Un autre avait géré ainsi l’Irlande de 1850, d’où catastrophe lors de la maladie de la pomme de terre, qui a vidé un tiers de l’ile (The Little Ice Age: How Climate Made History, 1300-1850, de Brian Fagan, Basic Books, 2001).

Fortune bancaire (suite)

Éternelle question : comment le système financier a-t-il pu kidnapper l’économie sans que personne ne s’en rende compte ?

Mécanisme de la spéculation : sa fortune était relative à celle des actifs, qui ont connu une inflation non détectée. (A mirage, not a miracle.)

Et on le rémunérait en bon argent pour des opérations qui, finalement, étaient factices.

Espion jetable

Curieusement, l’électronique est l’ennemi de l’espion professionnel : elle trahit les fausses identités. De ce fait, l’espion moderne est l’homme ordinaire, qui a mené une vraie vie, électroniquement certifiée. 

L’espionnage entre dans l’ère du Kleenex ? (Pour la démonstration : A tide turns.)

dimanche 18 juillet 2010

Tamara Drewe

Film de Stephen Frears.

C’est léger et rafraichissant (anglais). Parfait pour l’été. Aussi, reflet de l’évolution des mœurs : un tel film n’aurait pu exister il y a quelques décennies. Me suis-je dit.

Or, c’est une réécriture d’un roman de Thomas Hardy, de 1874 ! (D’ailleurs on parle beaucoup de lui dans le film.) L’homme rejoue toujours la même comédie, seule l’interprétation est originale ?

Polyandrie

La coutume de la polyandrie se perdrait.

La logique de faire épouser à une femme les hommes d’une même famille était qu’ainsi la terre de ces derniers n’était pas morcelée.

Au fond, notre société a évolué de l’immobilier au mobilier, vers une sorte de communisme : nous possédons de moins en moins de biens durables propres. 

Obama le mal aimé

La côte de popularité de B.Obama n’a pas cessé de reculer depuis son élection.

Difficile à comprendre d’ici. Il semble un dirigeant efficace dans une situation effroyablement compliquée qu’il a héritée de l’aveuglement coupable des gouvernants précédents. Il fait passer de grandes réformes, dans des conditions difficiles, il est déterminé, honnête intellectuellement, incorruptible… Ses opposants semblent au pire des fantoches, au mieux n’avoir absolument rien à proposer.

Au-delà des difficultés du pays, ce qu’on semble lui reprocher c’est d’être un « socialiste ». Socialiste ? Cela signifie peut-être qu’il y a dans son comportement quelque chose qui n’est pas Américain.

Depuis longtemps, les universitaires ont constaté qu’un groupe (par exemple une entreprise) ne choisit pas ses membres en fonction de leur compétence, mais parce qu’ils partagent ses valeurs.

Compléments :
  • Qu’est-ce qu’être Américain ? C’est peut-être pouvoir déclarer : « Pensez-vous que c’est un pays de providence divine ? Un pays d’exceptionnalisme américain ? Si vous croyez que ces deux choses sont vraies, cela signifie que Dieu a un projet particulier pour cette terre de liberté. » (Where has all the greatness gone?)
  • Obama le rouge (bis).