mardi 24 août 2010

Roms et gens du voyage

Ces derniers temps j’ai découvert un vocabulaire nouveau : « Roms et gens du voyage ».

Cela m’a rappelé une chronique entendue il y a quelques années sur la BBC. On y disait, un peu tristement, que les trains anglais avaient des horaires aléatoires, mais que les compagnies ferroviaires avaient de beaux noms, et que des voix charmantes y annonçaient les retards - colossaux. Il en était de même pour Enron, qui avait un code d’éthique que les universitaires donnaient en modèle.

Nous avons cru qu’il suffisait de repeindre les maux du monde en couleurs riantes, et de faire des autodafés de ceux qui ne parlaient pas bien, pour faire de la planète un paradis ? 

Grand moment de l’hypocrisie bien pensante, de terrorisme intellectuel ? Ou monde dominé par des intellectuels, des diplômés, des gens dont la réalité n’est que mots ? 

Contre la générosité.

Une étude semble montrer que l’homme n’aime ni l’égoïste, ni le généreux, qui nous fait sentir que nous ne sommes « pas bien ». (Too good to live.)

En fait, je me demande si ce n’est pas une illustration d’un des principes trouvés par Robert Cialdini : la logique de la société est de rendre ce que l’on a reçu, si quelqu’un donne « trop », nous devons aussi rendre « trop », ce qui ne nous va pas.

Celui qui veut être généreux, par conséquent, doit faire comme si il n’avait rien donné, pour ne pas se faire d’ennemis.  

M.Smith au Sénat

Film de Frank Capra, 1939.

Une fois de plus l’homme simple et pur fait triompher la justice, et suscite la rédemption de quelques brebis égarées, et la perte de celles qui se sont excessivement corrompues (voir par exemple Un shérif à New York). C’est la recette du Tea Party.

Plus surprenant, je retrouve ici ce que dit l’ouvrage que je lis actuellement. Il parle du rejet par l’Allemagne d’avant guerre de la rationalité pour l’intuition et de la ville corruptrice pour la nature pure et saine. Une pensée qui a mené au Nazisme. La haine du capitalisme et du progrès était-elle massivement répandue à l’époque, partout dans le monde occidental ? 

Vues les souffrances des peuples, alors, c’est compréhensible, mais pourquoi y aurait-il des âmes pures qui savent naturellement le bien et le mal ? Outre que c’est la faillite de la raison, comment les reconnaître de l’extérieur ?

Autre thème récurrent : celui de la corruption. Un capitaine d’industrie fait dire ce qu’il veut à la presse d’un État entier. Effrayant qu’une nation puisse être autant soumise à l’intérêt individuel. Ce qui me rappelle une émission entendue récemment sur Werner von Braun : la marine américaine, pourtant totalement incompétente, s’était fait confier le programme de missiles américains, et von Braun, le champion mondial du sujet, était laissé oisif. En fait, c’est remarquable que l’Amérique puisse fonctionner en dépit de tant de stupidité.

Raison ? Mon hypothèse provisoire est que l’Américain est increvable. Quand il croit être dans le vrai, il ne lâche pas. Les supérieurement magouilleurs gagnent la première manche, mais lorsque le pays est victime de leur logique poussée à l’absurde, son pragmatisme lui fait donner la parole à ceux qui ne l’avaient pas. Sorte de sélection naturelle ?

lundi 23 août 2010

Éloge du déclin

Répondant à mon billet de ce matin, un professeur japonais explique que le déclin du Japon est dû  à la sagesse de son peuple.

Il a retrouvé, un peu avant le reste du monde, ce que savaient ses ancêtres : il y a plus important dans la vie que produire pour produire.

Mais un pays peut-il s'isoler des autres ?

Radeau de la Méduse

Émission de radio, hier. Je ne savais pas que La Méduse s’était échouée sur un banc de sable par beau temps. Son capitaine n’avait jamais navigué. Pour le gouvernement de la Restauration, la loyauté d’un homme était plus importante que sa compétence.

Il en aurait fallu peu pour éviter le drame. Le capitaine semble avoir cru que commander s’était en faire à sa tête, que se fier aux autres, lire une carte (!), ou sonder le fond était preuve d’incompétence.

Métaphore du « déchet toxique » ? Nous sommes placés dans une organisation rarement pour nos compétences, bien plus souvent pour notre adhésion à ses valeurs. Ne comprenant pas ce qui est attendu de nous, nous pensons impressionner nos collègues par nos airs avantageux. D'où erreurs fatales. L'organisation voit le danger, il en faudrait peu pour l'éviter, mais comment peut-elle nous aider sans nous froisser, et puis doit on douter d'un dirigeant ?

Ceci est le rôle du « donneur d’aide ». En fait, le capitaine de la Méduse en avait choisi un. Mais, il s’agissait d’un philosophe qui n’avait aucune connaissance des environs. Là aussi le parallèle avec l’entreprise est frappant. 

Japon en déclin

Il semble que contrairement à ce que me disent les amis qui y vivent, le Japon soit devenu un pays où « l’inégalité des revenus est au dessus la moyenne des pays riches », où « 14% des enfants sont élevés dans la pauvreté », et où « le travail temporaire ou partiel (...) a cru de un cinquième à un tiers de la population active en 20 ans ».

The Economist, à son habitude, se demande pourquoi le pays demeure paralysé et ne réagit pas.

N’est-ce pas simplement parce qu’il ne voit rien de motivant dans les solutions qui lui sont proposées ? Il a pensé protéger sa civilisation en transcendant les valeurs de l’Ouest, or, c’est le contraire qui s’est passé. Faut-il persévérer dans l’erreur ?

Compléments :

Les amours d’Astrée et de Céladon

Film de Rohmer, 2007. Seul Rohmer pouvait vouloir faire revivre un succès littéraire du XVIIème siècle, dans l’esprit de l’époque. (Mais fut-ce une bonne idée de faire jouer les acteurs dans les champs et les prés : ils ne semblent pas très à l'aise, et je ne suis pas certain que ce qu'imaginait le lecteur correspondait à cette réalité ?)

Les personnages d’Honoré d’Urfé parlent comme ceux de Rohmer. Peut-être que ce qui rend ses films si particuliers est qu’il a saisi quelque chose de typique à notre culture, une certaine forme d’esprit, d’élégance, qui n’aurait pas sombré avec l’Ancien Régime, et que l’on trouve, par exemple, chez Madame de Sévigné ou le duc de Saint-Simon ?

Aussi, étranges espaces que crée l’imaginaire des peuples. Alors que nous nous rêvons en sorciers ou en vampires, l’élite du 17ème siècle s’imaginait en bergers et en nymphes. L’homme a-t-il besoin de se projeter dans des univers où il lui est plus facile d’obéir aux règles sociales que dans le monde qu’il habite ? Moyen de supporter son sort, mais aussi d’intérioriser les valeurs de son temps ?

Compléments :

dimanche 22 août 2010

Angleterre héréditaire

Je tombe par hasard sur un article parlant d’une vieille famille anglaise, les Sackeville, et du château de 365 pièces qu’elle possède depuis 1603.

Inconcevable en France qu’une famille noble ait pu se maintenir au fait de la fortune et des honneurs pendant plus de 4 siècles. Particularité de l’Angleterre que lui enviait Tocqueville : les privilèges y sont héréditaires

Contre l’énergie éolienne

Il semblerait que l’implantation d’éoliennes aux USA rencontre la résistance de militants écologistes. Cas classique de résistance au changement ?

Ceux qui trouvent que les éoliennes causent des méfaits à l’environnement sont ceux qui vivent à proximité, mais ne profitent pas de leurs bénéfices financiers, et à qui, en quelque sorte, on les a imposées (cas de la famille Kennedy). Pour les convaincre, il faut que la décision d'installation vienne d’eux (qu’ils soient responsables du changement), même s’ils n’en profitent pas directement. Ou, comme en Europe, qu’obéir aux directives du gouvernement soit une caractéristique culturelle. 

Supply chain et conséquences imprévues

Pendant quelques décennies le monde des affaires a vécu à l’heure de la « supply chain ». Il s’agissait de configurer l’entreprise de façon à chercher, partout sur la planète, le moins disant, et à en tirer profit.

On découvre progressivement que l’on avait oublié quelques coûts cachés dans ces calculs.
  • Une grande partie des gains viennent de ce que les pays émergents ne respectent ni les droits de l’homme, ni la durabilité de la planète. Ce que les multinationales n’avaient pas prévu, c’est que cela pourrait être découvert et rejaillir sur leur image de marque (Huile de palme).
  • Maintenant, on apprend que le tourisme médical peut ramener au pays quelques maladies contre lesquelles on ne sait pas lutter… 

samedi 21 août 2010

Intelligence du troupeau

On parlait de « guerre des talents » aux USA, en France, N.Sarkozy expliquait que l’impôt décourageait ceux qui créaient la richesse, les salaires des dirigeants ont été plus que décuplés… Or, de plus en plus on découvre que les capacités de l’individu ne sont rien par rapport à celles du groupe.

Et on en vient même à admirer les insectes, qui semblent capables d’une sorte d’intelligence de groupe ultra-efficace, et totalement dénuée des « leaders » des livres de management.

Après les décennies du tout individuel, redécouvririons-nous les vertus de la société ? 

Évolution du sport

Le sport a connu un changement majeur : il est devenu une activité économique.

Résultat ? Quelques gens extrêmement riches, beaucoup moins de spectateurs (les matchs sont diffusés par des chaînes payantes – en Angleterre l’audience des rencontres internationales de cricket a été divisée par 3), et de la publicité exclusivement pour de la nourriture qui n’est pas saine. En outre, il est l’excuse des hauts salaires des dirigeants, qui se décrivent dorénavant comme des champions.

Le sport est à l’image de la transformation de notre société. (How did sport get so big.)

vendredi 20 août 2010

Soins intensifs

On se rend compte de plus en plus que le corps est infiniment plus sophistiqué qu’on ne le pense, et que nos traitements pourraient faire plus de mal que de bien, y compris dans les cas apparemment les plus désespérés.

D’ailleurs, il semblerait qu’en dépit des moyens extrêmement rudimentaires dont disposaient les chirurgiens, seul un faible pourcentage des blessés des batailles anciennes décédait (de l’ordre de 5%).

L’évolution de la médecine paraît ressembler à ce que je suggère pour les changements de l’entreprise : ne pas passer en force, mais comprendre le corps et seulement alors, et si c’est utile, chercher à l’aider, et encore en utilisant ses mécanismes propres. 

Histoire récente de l’Allemagne

A force d'accumuler des billets, j'en arrive à une idée curieuse : et si l’Allemagne avait joué un rôle dans l’histoire récente de l’Europe dont elle n'était pas consciente ? Mon analyse du moment :
  • Réunification. Le chancelier Kohl intègre l’Allemagne de l’Est à égalité avec l'Ouest. La population de l’Est (25% de celle de l’Ouest), se révèlera fort improductive : en dépit de mille milliards d'€ d'investissement le PIB de l'Est n'a pas bougé. Pour ne pas mécontenter l’opinion, M.Kohl emprunte plutôt que de lever l’impôt. La dette de l’Allemagne rejoint le niveau de celle des USA. 
  • Pour permettre cette politique il a besoin de ne plus respecter les critères de Maastricht. Du coup toute l’Europe s’en affranchit. Ce manque de rigueur est à l’origine des problèmes actuels de la Grèce, et de l’Europe en général. Ensuite, l’économie allemande pompe énormément de capitaux (dette), le mark augmente et déstabilise la politique des changes européenne (qui tente de réaliser l’euro), d’où une série de crises, ailleurs en Europe.
  • J’imagine, à ce point, qu’il prélève tout de même sur son économie ce dont il a besoin pour payer ses dettes. Ce qui la plombe. Pour rectifier la situation, le chancelier Schröder adopte une politique libérale qui comprime le système de protection sociale, et réduit de 20% le coût du travail. D’où nouveau déséquilibre européen, et incitation à imiter les réformes allemandes. Or, l’économie de l’Allemagne était naturellement bien placée pour tirer parti de la fortune des pays émergents. (Germany's economy: Back above the bar again.)
Contrairement à ce que pensent les Allemands, ils n’ont pas été les seuls à faire des sacrifices. Il est même possible que nous en ayons fait avant eux : la crise des années 90 n’a-t-elle pas suscité un fort chômage en France, par exemple ?

Même si l’on se place sur le plan économique, on peut s’interroger sur la vertu des uns et des autres. Les réformes allemandes, qui maintenant sont le lot de l’Europe, semblent en grande partie due à une unification faite selon des critères politiques et non économiques : l’Europe a intégré d’autres pays de l’est, sans que cela lui fasse aussi mal.

Compléments :

Les rendez-vous de Paris

Film de Rohmer, 1995. Toujours aussi dépaysant, et pourtant filmé dans les lieux où je passe ma vie.

Éternelle question : y a-t-il vraiment des gens qui parlent comme les acteurs du film ? D’ailleurs l’évolution des mœurs n’a-t-elle pas modifié les rapports humains depuis que Rohmer a eu l'idée de son oeuvre, il y a près de 70 ans ?

Mais il me semble que ce qui paraît son sujet, le décalage entre nos actes et nos paroles, est un fait de société durable.  

Autre éternelle question : pourquoi est-ce reposant ? Parce, comme les films japonais, il est question de vie quotidienne, des petits tracas et bonheurs qui l’emplissent, et que cela ne demande à l'homme de se transformer, invraisemblablement ? 

jeudi 19 août 2010

Entrepreneuriat social

Je découvre que l’entrepreneuriat social est à la mode aux USA et surtout en Angleterre, depuis que ces pays doivent faire des économies massives.

La bureaucratie administrative étant évidemment inefficace, il s’agit d’utiliser le génie entrepreneurial pour la remplacer. Deux réflexions :
  • Chez nous on parle « d’économie sociale ». Elle fonctionne bien et peut recevoir des « délégations de service public ». Cependant, faire fonctionner une association, une mutuelle ou une coopérative est d’une grande complexité, et demande beaucoup de temps et d’efforts. C’est beaucoup moins une question de moyens que d’hommes. Parier sur un miracle rapide semble illusoire.
  • Le modèle anglo-saxon n’est pas clair : on y parle beaucoup d’argent, pour accélérer les succès actuels. on compte aussi sur le dévouement individuel – économies obligent. Mais n’y a-t-il pas risque d’un retour à de vieux démons : faire payer les pauvres pour les services qu’on leur rend, et essorer l’État de surcroît (cf. « workhouses » du 19ème siècle et prisons privées américaines) ? 

Stratégie de B.Obama

On annonce la déroute des démocrates aux prochaines élections. Que va faire B.Obama me demandé-je ? Rien. En fait, la situation est compliquée.
  • Dans son camps, il est aux prises avec des bienpensants militants qui l’accusent d’être un vendu, qui n’a pas fait les réformes radicales dont ils rêvaient – et qui révulsent la majorité du pays.
  • Il avait suscité l’intérêt de nouveaux électeurs, mais ils sont probablement déçus qu’il n’ait pas créé le paradis terrestre qu’ils attendaient.
  • À droite, il est l’incarnation du mal (= un socialiste).
C’est peut-être là qu’est l’espoir pour lui : le Tea party et Sarah Palin semblent en passe de faire élire des candidats républicains inexpérimentés et caricaturaux. Ils pourraient susciter une réaction de rejet supérieure à celle que provoquent les démocrates. Dans tous les cas, s’ils sont élus, on peut se demander comment fonctionnera le pouvoir législatif. 

Minuit dans le jardin du bien et du mal

Film de Clint Eastwood, 1997.

Je n’étais pas allé voir le film à sa sortie, en le soupçonnant d'être intello et abstrait. J’avais tort, j’ai passé un bon moment.

Mais, au fond, n'est-ce pas un film très moral ? Il montre que l’on peut être homosexuel dans le sud des États-Unis sans pour autant être condamné pour meurtre par la société, et que l’on peut, même, être noir et homosexuel et être sympathique.

Justification : occupons nous de ce qui est de notre niveau et laissons Dieu juger ce qui est du sien. (Et qui d'ailleurs pourrait nous paraître laid ou sans intérêt, alors qu'il contribue à la beauté du monde ? cf. la parabole du tableau ?)

mercredi 18 août 2010

Quel avenir pour l’Irak ?

L’Irak est dans une situation précaire. Le pays n’est pas gouverné. Sa classe dirigeante, arrivée dans les bagages de l’armée américaine, n’était pas faite pour diriger, mais pour comploter, comme toute opposition en exile. Les voisins du pays (l’Iran, la Turquie, la Syrie, la Jordanie, l’Arabie saoudite et les pays du Golfe) tirent les ficelles du gouvernement.

Bref, anarchie et forte possibilité de prochaine dictature.

Ce qui est curieux dans cette histoire est l’impréparation de ce changement (mais, si on avait cherché à le préparer, l'aurait-on fait ?). Au fond c’est une illustration d’un biais de nos élites occidentales : pour elles les problèmes du monde n’ont que des solutions simples, issues de leur esprit. 

Amérique low cost ?

Surprenant article : du fait de la crise, les centres d’appel trouveraient l’Américain meilleur marché que l’Indien. Comment interpréter cette nouvelle ?

Je croyais que pour des années encore le salaire des personnels indiens serait hors d’atteinte des nôtres. Dans les coûts pris en compte, y aurait-il autre chose que le salaire ? Les Américains, qui n’ont pas de salaire minimal ?, seraient-ils prêts à toutes les extrémités ? Mais peut-on vivre avec un salaire indien en Amérique ?

Les oiseaux

Hitchcock, 1963.

Film surprenant, qui ne ressemble pas aux autres œuvres d’Hitchcock. D’habitude ce sont des aventures humaines interminables. Là quelques actions intenses, et c’est la nature contre l’homme.

J’ai l’impression que cette histoire a inspiré des films d’horreur, sans rapport avec son thème, comme La nuit des morts vivants (où l’on a remplacé la mouette par le revenant), ou Fog (toujours avec des revenants).

Aussi, comme d'habitude, une blonde glaciale saute sur un beau brun viril et une histoire psychologique compliquée, cette fois-ci de relation mère fils. Sont-ce les ressorts de processus mécaniques, « professionnels » à l’anglo-saxonne, qui garantissent le suspens, comme je le pensais dans ma jeunesse, ou faut-il y rechercher l’empreinte de l’inconscient d’Hitchcock, comme le croit l’intello français ?

mardi 17 août 2010

Dette européenne

Le prix de la dette allemande et française est au plus bas. Remarques :
  • À qui profite le crime ? Qui achète cette dette ? Manœuvre des pays émergents pour maintenir l’euro à un cours élevé et rendre ses exportations sous compétitives, donc, à terme, détruire son tissu économique ?
  • Danger ? Si l’Europe fait comme la Grèce et l’Amérique et continue à vivre à crédit sans réforme structurelle, elle va connaître, comme la Grèce, des moments extrêmement désagréables ? 

Pakistan

Pourquoi sommes-nous indifférents au sort du Pakistan ? Pourtant son malheur semble dépasser ceux d’Haïti ou d’Indonésie, en 2004, qui ont déchaîné notre compassion ?

D’ailleurs, égoïstement, nous aurions intérêt à aider le Pakistan, pays fragile, malmené par le sort, qui pense le plus grand mal de nos valeurs et de notre comportement, et pourrait nous causer de sérieux tracas dans les prochaines décennies.

Période peu favorable ? Il me semble surtout que c’est une illustration d’un des grands théorèmes du marketing : l’opinion de la population est faite par des leaders d’opinion, en grande partie la presse. Or ceux-ci sont visiblement indifférents au Pakistan : ce que je capte des informations radio parle massivement de « gens du voyage » qui auraient des problèmes de parking.

Il serait intéressant d’étudier ce qui déclenche l’intérêt des leaders d’opinion.

En tout cas, il y a ici un enseignement : une bonne idée, un grand livre, un produit révolutionnaire… ne sont strictement rien sans un puissant marketing. Penser que le marché laissé à lui-même peut produire le meilleur des mondes innovant est une illusion ridicule.

Compléments :
  • De même que ce qui compte dans la carrière d’un politique ne sont pas l’intelligence de ses idées (au contraire ?), mais ses capacités à s’élever dans l’appareil du parti. Fils d’appareil.

Mosquée américaine

Vif débat aux USA. Faut-il accepter la construction d’une mosquée à proximité de l’emplacement du World Trade Center ? Une intéressante réflexion sur le sujet :
  • D’un côté il y a les principes fondateurs et la raison : liberté de religion (probablement le fondement d’une nation conçue comme un asile contre l’intolérance) et ne pas confondre Islam et Al-Qaïda.
  • De l’autre il semble qu’il y ait quelque chose d’autre que ces grands principes, une identité nationale qui se définit par une sorte de jurisprudence. Et celle-ci impose des contraintes implicites, en particulier aux religions : les Mormons ont renoncé à la polygamie, et les Catholiques à leur zèle réformateur.
  • Peut-être que ce que reproche l’Amérique d’en bas à l’Islam, c’est de ne pas accepter ces règles culturelles implicites, c’est de demander d’être Musulman avant d’être Américain (ce que montre l'insensibilité au symbole qu'est le WTC).
Type de raisonnement qui s’applique à la France ? Pourrait fournir un juste milieu entre le Charybde d’une gauche dogmatique et bornée, et le Scylla d’une droite qui transforme tout fait divers en appel à la haine ?

Compléments :

Histoire du système monétaire international

Eichengreen, Barry, Globalizing Capital, Princeton University Press, 2008.

Le système monétaire international passe par plusieurs étapes :
  • Newton fait une erreur dans ses calculs de prix relatifs des métaux, qui va amener l’Angleterre à avoir pour seule monnaie l’or. Révolution industrielle, l'Angleterre est la super puissance économique mondiale et le monde adopte l’étalon or.
  • Il fonctionne jusque en 1914, en quelque sorte par un heureux hasard. L’Angleterre est à la fois le pays qui fournit son équipement (machines, bateaux...) au monde et qui lui prête, d’où équilibre de son taux de change. En outre celui-ci est la seule préoccupation de la banque centrale anglaise.
  • Ce n’est plus le cas après guerre. L’arrivée de la démocratie et des syndicats fait que de nouvelles préoccupations entrent en jeux (emploi, salaires) qui bloquent les ajustements de taux. De même la banque centrale doit jouer les prêteurs de dernier ressort et sauver le système bancaire quand il menace d’être en faillite. Les marchés financiers ne trouvent plus le système crédible. L’entre deux guerres sera une période d’instabilité et de crise.
  • Bretton Woods tire les conséquences de cette période agitée. Il prévoit un système d’ajustement des taux de change, le FMI qui supervise les politiques économiques nationales et fournit des financements, et un mécanisme de contrôle des flux financiers qui permette de tenir compte des intérêts humains. Contrairement à ce que l’on croit aujourd’hui, le système est mal conçu et tient par miracle. Seul le système de contrôles est relativement efficace. Mais il s’écroule sous la montée des flux de capitaux internationaux. Il semblerait que l'ensemble ait tenu tant que l’Europe et le Japon, en développement, ont accepté de payer l’effort militaire américain. Il a sombré quand ils ont jugé qu’ils avaient d’autres intérêts.
  • Et ce qui a suivi ressemble beaucoup à un nouveau Bretton Woods. Cette fois-ci, les pays émergents remplacent Europe et Japon pour financer le déficit et la consommation américains. Les nations ont adopté plusieurs types de gestion de leurs taux de change : ceux pour qui l’exportation jouait un rôle relativement faible ont des taux flottants ; l’Europe qui échange beaucoup entre soi a adopté une monnaie unique (l’équivalent de l’étalon or) ; ce qui reste a cherché à ancrer sa monnaie à celle d’un partenaire économique majeur.
Ce que montre surtout cette étude est que ce système est en changement permanent et que les nations s’y adaptent par essai et erreur. Une fois qu’une technique semble fonctionner elle est adoptée par tous. Par ailleurs, les pays ressemblent à des dominos : impossible de poursuivre seul une stratégie, fatalement on doit se plier au modèle qui s’est imposé chez les autres. Enfin, il existe une dimension majeure d’expérience : les institutions des pays s’adaptent progressivement aux exigences de la globalisation. Il y a apprentissage.

Commentaires :
  • Un livre qui n’a pas grand-chose à voir avec ceux d’économie. Ici pas d’équilibres automatiques et miraculeux, mais des changements permanents où l’on voit le rôle déterminant des variables humaines, non économiques, négligées par les économistes.
  • J’en garde l’image d’un système économique qui passe de déséquilibre en déséquilibre, et qui s’ajuste par crise. Nous sommes tous dépendants les uns des autres, les choix d’un pays pouvant devenir les nôtres, demain, par contagion (cf. le cas des réformes allemandes). Dans ces conditions l’autisme français, notre fermeture sur nous même, notre insensibilité aux autres, notre croyance en notre pouvoir, est suicidaire. Cela nous condamne à subir les bouleversements du monde. Il faut regarder ce qui se passe ailleurs, ce qui doit nous permettre d’intervenir pour éviter qu’un changement étranger ne nous soit défavorable. (Par exemple, il aurait peut-être été intelligent de donner un coup de main à l’Allemagne lors de sa réunification, ça nous aurait évité aujourd’hui de devoir subir sa politique de rigueur.) Et même lorsque nous ne pouvons pas influer sur le cours des événements, au moins en les voyant arriver nous pouvons nous y préparer.
  • Plus généralement, le monde n’a pas besoin de quelque dispositif miracle, mais d’un système d’ajustement dynamique qui cherche à trouver des solutions ad hoc aux problèmes que posent les transformations, imprévisibles, du monde.
Compléments :
  • Par ailleurs, ce texte montre que l’analyse de Galbraith sur la période de Bretton Woods était à la fois juste et fausse. Oui, l’économie américaine était tirée par ses dépenses militaires, mais, non, le système n’était pas stable, on n’avait pas trouvé la recette de la « société d’opulence ». 
  • Quant à la zone euro, elle semble avoir une vraie logique et être bâtie sur du solide, ayant été construite à une période particulièrement peu favorable. Ses obligations jouiraient d'un effet d'échelle (d'où peut être la spéculation qui a plombé les « PIGS »), ce qui en ferait une alternative forte à la dette américaine. Mais est-ce une bénédiction ?

lundi 16 août 2010

France.fr

France.fr, qui semble être le portail Internet de la France, est à nouveau en fonctionnement après un lancement raté le 14 juillet. Hervé Kabla devrait être satisfait.

Lancement raté ou louable honnêteté ? Notre culture n’est elle pas celle du bricolage et de l’approximation ? De la prétention à la grandeur, et des moyens qui ne la suivent pas ? Or, France.fr n’est-il pas l’image de notre nation ?

En tout cas l’affaire fait s’interroger sur les procédures d’appel d’offres de l’administration. En effet, le mal de France.fr aurait été un simple problème d’hébergement (qui n’a pas résisté à 25.000 connexions !?). La capacité à faire son travail n’était pas en haut des critères de sélection ? Sans compter qu’OVH, le plus gros hébergeur français, n’était pas dans l’appel d’offres… ce n’était pas une question de prix, non plus ?… 

Baisse des prix de la restauration

Alors que les restaurateurs tendaient à méchamment dépasser l’inflation, ils sont maintenant au dessous. Rupture de tendance. Un changement gouvernemental qui aurait réussi ? 

Mais le changement attendu s’est-il produit ? Les restaurateurs ont-ils embauché comme prévu ? Dans quelle poche est allé l’argent que leur a versé l’Etat (dont il a aujourd’hui fort besoin) ? Difficile de répondre.

D’ailleurs, qui est responsable du changement ? La mesure gouvernementale seule ? Le mécontentement de voir des prix en éternelle hausse, et la pression sociale qu’il sous-entend ? La crise qui a réduit la capacité à dépenser du Français ?...

Et si l’efficacité de la mesure avait, simplement, été d’attirer notre attention sur les tarifs des restaurants, de faire de ces derniers des ennemis publics ? 

Réforme de l’Éducation nationale

À la réflexion, je pense que j’ai été injuste avec mon instituteur de CM2. L’Éducation nationale d’avant 68 ne faisait, effectivement, pas appel à l’intelligence. Elle était coupable de ce qui fait échouer le changement : elle nous disait comment et pas pourquoi. C’est la logique de l’ordre.

Au fond, un enseignement qui ne s’adresse pas à l’intelligence est totalitaire. Il forme, par l’échec répété, des « collaborateurs », qui obéissent sans comprendre. Il me semble aussi créer des hypocrites, qui disent adhérer à des valeurs auxquelles ils ne croient pas : je constate régulièrement que le premier talent du bon élève est de plaire à l’enseignant ; quant à ce que dit son cours, ils n’en a pas la moindre idée – quelle importance ?

Les « gauchistes » réformateurs de l’Éducation nationale ont dû essayer de dire « pourquoi ». Ils étaient plein de bonne volonté. Malheureusement, ils ont échoué. Ils ont rendu l’enseignement encore plus incompréhensible qu’avant, et ont donné un avantage décisif à l’enfant qui pouvait être aidé.

D’où vient leur échec ? Certaines choses doivent être apprises d’abord et comprises ensuite ? Pour les autres, ils ont été incapables d’arriver au pourquoi ? Ils ont continué à faire du « comment », en apparemment plus facile, en fait en beaucoup plus délayé, et beaucoup moins compréhensible ?

Compléments :
  • Ce type d’enseignement explique aussi peut-être que nous ayons nous aussi tendance à donner des ordres, à nos enfants ou à nos entreprises : « apprend l’anglais, mettez en place ce logiciel ». D’où la résistance que rencontrent nos changements : ils sont vus comme dictatoriaux et arbitraires. (Délinquance juvénileRéforme des hôpitaux et malédiction du moyen.)
  • Une organisation qui impose à ses membres des règles fortes et incompréhensibles peut être une explication du taux de suicides élevé de pays apparemment fort civilisés comme le Japon : une formation par l’échec est destructrice. 

Histoire de l’Allemagne

Rovan, Joseph, Histoire de l’Allemagne, Seuil, 1999. Voici l’histoire de l’Allemagne vue par un Allemand. J’en retiens :
  • Une définition inattendue de la germanité, à laquelle pas grand-chose de l’Europe n’échappe. C’est avant tout l’empire de Charlemagne, dont la vocation était d’être le protecteur du christianisme et de la civilisation occidentale, d’être « au dessus » des autres États. C’est aussi les territoires qui ont été conquis par les Germains. L’Allemagne et l’Autriche en premier, mais aussi, pas loin, Les Pays Bas, la Suisse, la Flandre, l’Alsace, la Lorraine, la Bourgogne, la Provence (ex Lotharingie). Et les pays frères : Angleterre et les pays nordiques. La France a mal tourné, ses rois francs ayant été assimilés par leurs administrés. Mais il y a aussi les anciennes colonies de l’Est.
  • Ces prétentions à l’immensité se sont heurtées à une structure étatique fragile. Empereurs faibles, élus, trois siècles de lutte avec le Pape… Puis, réforme de Luther, qui débarrasse l’Allemagne de son lien avec Rome, et éclatement de l’empire en principautés fortes et homogènes. Depuis toujours, l’essence de l’Allemagne c’est le fédéralisme. La guerre de Trente ans puis les guerres révolutionnaires transforment l’Allemagne en une sorte de non man’s land. Elles suscitent une réaction de révolte contre la France, qui devient l’ennemi héréditaire.
  • La nation allemande se construit contre les principes de la France révolutionnaire, démocratie, raison, individualisme, universalisme. C’est avant tout un montage théorique, fait par des universitaires. On réinvente un passé moyenâgeux glorieux, « une communauté de sang et de destin », un peuple ayant une supériorité biologique, un droit à l’hégémonie européenne, qui « devra se donner un mode d’être politique qui lui soit propre », une histoire tragique faite de « machinations et de trahisons ». Tout ceci est mû par une volonté de « force et de puissance », mais aussi par le succès matériel.
  • Bismarck tente de réaliser cette nation. Mais, bien que brillamment orchestrées, ses manœuvres séparent définitivement Allemagne et Autriche, et laissent un édifice fragile aux prises aux forces centrifuges (notamment Alsace Lorraine, qu’il a été forcé à acquérir par son opinion), causes des futurs conflits et de l’extension territoriale actuelle, réduite au minimum, de l’Allemagne.
  • Le demi-siècle d’après guerre a été avant tout motivé par la recherche de « calme » et « d’ordre ». Mais, quelles seront les forces qui pousseront l’Allemagne dans les prochaines décennies ? Joseph Rovan semble penser que sans Europe forte, « une vraie puissance politique et militaire », l’Allemagne pourrait choisir « une voie nationale particulière ». Mais laquelle ?

dimanche 15 août 2010

Net neutrality

Avant-hier, je parcours un article de The Economist sur une manip de Google et Verizon. Si je comprends bien, il s’agit de construire un Internet a plusieurs vitesses, de faire ce que les économistes appellent de la « discrimination » : mauvais service pour les pauvres, bon pour les riche. (Tristes) réflexions spontanées :
  • Hypocrisie anglo-saxonne : la devise de Google « don’t be evil » ne tient pas longtemps face à ses intérêts. Une fois de plus la fin justifie les moyens. Zéro de conscience.
  • Comment survivre dans un monde libéral où l’individu isolé doit faire face à des monstres comme Google, qui ont des moyens et des connaissances infiniment supérieurs aux siennes et qui peuvent le déposséder sans même qu’il s’en rende compte ?
Sur ce, hier, je tombe sur un article qui parle de manifestations contre cette manœuvre. Elles reprennent mon argument « don’t be evil », mais, plus subtilement, elles rappellent à Google qu’il doit son existence même à un Internet gratuit. Nouvelles réflexions :
  • Force de la démocratie américaine, qui s’est adaptée aux conditions du libéralisme.
  • Investissement que cela représente : le peuple doit avoir la capacité de décoder les manœuvres de multinationales peuplées d’équipes d’experts surpayés qui ne poursuivent qu’un intérêt unique, et ont une capacité au coup de Jarnac colossale (lobbying) ; il faut aussi que des gens veuillent bien se mobiliser et passer leur week-end à manifester.
Curieuse culture double : d’un côté l’intérêt aveugle et monomaniaque, de l’autre une abnégation totale, et une détermination toute aussi monomaniaque, le héros des films hollywoodiens et le Tea Party. 

Nietzsche

Tanner, Michael, Nietzsche, A Very Short Introduction, Oxford University Press, 2000.

Nietzsche n’a pas construit de « système » : son œuvre n’est pas cohérente. Chaque ouvrage débouche sur une impossibilité que le suivant essaie de résoudre – d’ailleurs ses textes ne prétendent même pas à la cohérence interne ; les concepts pour lesquels il est fameux (le surhomme par exemple) n’ont pas de descendance dans son œuvre… Parmi les idées que j’ai cru comprendre :
  • Le problème à résoudre serait : comment vivre dans un monde inhumain (absurde ?) ?
  • Première solution (mauvaise) : se lamenter sur son sort (romantisme).
  • Seconde solution (meilleure) : renoncer à son individualité et à la raison, se dissoudre dans un groupe en quelque sorte façonné par une sorte de tragédie totale, qu’a essayé d’écrire Wagner.
  • Troisième solution : le surhomme. Le surhomme est celui qui transcende l’abjection du monde. (Serait-ce l’optimiste au sens de Seligman ?)
Le mal de la société serait sa culture, les règles qui guident nos comportements. Elles nous (Allemands ?) font souffrir. Il faudrait les détruire et en réinventer de nouvelles. Travail de surhomme. Qu’est-ce qui ne va pas ? Elles auraient été conçues par les esclaves, à l’insu de leurs maîtres, pour réduire en esclavage ces derniers.

Commentaires :

D’ordinaire, je dis que les philosophes mettent en équation l’expérience de leur âge, et que leur enseignement est utile à condition de se trouver (au moins partiellement) dans les conditions dans lesquelles ils ont vécu. Pas facile de tester cette théorie avec un livre aussi court et qui donne aussi peu d’éléments de contexte. D’ailleurs, la philosophie de Nietzsche semble plus indiquer des pistes que des solutions (systèmes).

Mais il est tentant de reconnaître l’idée, courante en Allemagne à l’époque, selon laquelle la race germanique, supérieure, est aux prises, depuis un millénaire, avec une sorte de fatalité. De même on retrouve la négation de la raison, l’homme fusionnant avec le groupe, et le surhomme, qui ailleurs est le guide du groupe.

Quant aux enseignements utiles, j’ai du mal à les distinguer, sinon en négatif. Les solutions aux problèmes du monde ne passent ni par une destruction de notre culture – effectivement manipulable - ni par un abandon de la raison, mais, à mon avis, par l’usage de la raison pour faire évoluer notre culture, autrement dit par la conduite du changement.

Compléments :

samedi 14 août 2010

Performance économique de l’Allemagne

On entend partout parler de la performance économique exceptionnelle de l’Allemagne. Il semblerait qu’elle en ait déduit qu’elle avait eu raison contre l’avis du reste du monde, et qu’il serait bien qu’elle s’en détache, à commencer par les tires-au-flanc européens.

Ce qui est curieux est que l’on oublie que l’Allemagne a connu une grosse récession. Et si l’un était lié à l’autre ? L’Allemagne a structuré son économie pour qu’elle exporte : elle navigue donc avec celle des pays étrangers ?

Mais ce n’est pas la raison qui ramènera l’Allemagne sur terre, comme le dit le billet précédent. The Economist se demande si la mauvaise santé des USA ne pourrait pas lui rappeler plus vite que prévu qu’elle n’est pas un extraterrestre.

Compléments :
  • Le premier article que cite ce billet explique pourquoi les Allemands sont devenus brutalement aussi peu généreux. Plus que l’oubli de la honte hitlérienne la raison en serait le traitement libéral que leur a fait subir G. Schröder. Pour rendre l’économie allemande compétitive, il a fort affaibli son système de protection sociale. L’Allemand étant conscient désormais de la précarité de son sort est devenu mesquin. 

Prison

L’Amérique et l’Angleterre parlent de plus en plus de moins enfermer. Intéressante question de conduite du changement.
  • Il est bien connu qu’une politique répressive est contreproductive. Mais voilà, frapper fort gonfle une côte de popularité politique. Défaite de la raison.
  • Aujourd’hui le ratio de prisonniers par rapport à la population est 9 fois plus grand aux USA qu’en Allemagne. Le coût de cette politique est devenu insupportable. Soudainement la raison revient. Un exemple de changement par la crise.
Quant à la France elle est encore dans l’âge des ténèbres.

Compléments :
  • Un billet sur le sujet, Glorious failures, décrit plusieurs expériences qui auraient dû réussir, et qui pourtant ont échoué. Toutes montrent que le changement est fragile dans un environnement qui lui est hostile. 

École

Période de films japonais. On y parle beaucoup des études du futur époux. Le système scolaire japonais semble avoir le même objectif premier que le nôtre : trouver une place à l’individu dans la société.

Chez nous un de ses soucis est d’éviter à une classe dominante de se reproduire, par conséquent ses critères de sélection sont aussi peu que possible liés à la culture (d’où l’importance des mathématiques, la capacité à y réussir semblant faiblement génétiquement transmissible).

J’entendais il y a peu N.Sarkozy dire que notre processus d’intégration ne fonctionnait plus. Il me semble que la cause principale en est la désagrégation de ce système scolaire.

Je me souviens d’un instituteur déclarant à sa classe, à la rentrée de 1969, que dorénavant l’école ne serait plus idiote, qu’elle ferait appel à l’intelligence. Le principal défaut de notre système éducatif est qu'il est irrationnel. Il fait subir à l’enfant un traitement inhumain, d’autant plus que ce qu’il enseigne et ses critères de sélection sont sans rapport avec les talents utiles à la fonction à laquelle il prépare (cf. le commentaire de JP. Schmitt sur l’incompétence de nos managers). Plus la qualité de la formation dispensée par l’Éducation nationale s’est dégradée et plus ce mode de sélection est devenu ridicule, et plus on a cherché à le court-circuiter (cf. enseignement privé, cours particulier, voire formation à l’étranger).

Mais en cherchant à améliorer l'Education nationale nous lui avons fait perdre sa fonction essentielle : l'intégration sociale. Éternel problème : notre intérêt personnel s’oppose à celui du groupe, donc à notre intérêt à long terme. Et aussi danger de la raison, qui est myope. (C'est un exemple de ce que le sociologue Robert Merton a appelé unintended consequences of social action.)

Reconstruire une société égalitaire semble un exercice difficile. De formidables privilèges ont été reconstitués, or il a fallu une révolution pour abolir ceux qui les ont précédés. 

Été précoce

Film d’Ozu, 1951.

Les films d’Ozu se ressemblent : mêmes décors, mêmes acteurs, même histoire : l’éclatement de la famille lorsque les enfants se marient. Ce qui semble indiquer qu’il y a, au Japon, un lien parent / enfant exceptionnellement fort.

Culture complexe dans laquelle l’homme a beaucoup de devoirs. Pas facile de faire passer ses sentiments dans ces conditions, d’autant plus que ce que l’on dit est généralement le contraire de ce que l’on ressent. Les membres de cette société doivent certainement être doués d’une grande empathie pour faire la part des choses. D’où, peut-être, l’importance des signaux (brefs échanges de regard, sourires) qui échappent aux conventions.

L’héroïne décide seule de son époux. Réaction contrariée de sa famille : « elle ne s’est pas faite toute seule », on ne peut pas prendre une décision aussi importante que le mariage seul. Mariage comme acte social ? Ou, plutôt, le mariage qui réussit demande un travail de préparation qui exige l'intelligence collective, vue la complexité de la vie et des règles sociales ?

vendredi 13 août 2010

Canicule russe

L’été en France a été frais, alors que l’on m’avait parlé de canicule. Incertitudes de la météo ? Ou la canicule s’est-elle arrêtée en chemin, en Russie ? Erreur géographique ? Pas de réponse à cette question, mais ce type de bouleversement météo semble avoir deux explications possibles :
  1. « Événement bloquant », qui stoppe une zone de haute pression, et qui serait lié à la basse activité solaire actuelle.
  2. El niño, un réchauffement du Pacifique de début d’année, qui produit une vague de chaleur qui se déplace lentement autour de la planète.  

Intervention de l’État

The Economist s’inquiète d’un nouvel accès d’interventionnisme étatique. Il est vrai que créer des champions nationaux aboutit régulièrement à des désastres (cf. Bull, FT, Crédit Lyonnais…).

Mais ce qui est aussi vrai est que ce qui semble l’innovation du demi-siècle, Internet, a été portée par l’État, et que si 45% de l’électricité portugaise est renouvelable, cela est dû (notamment) à l’achat, et à la fusion, par le gouvernement portugais des réseaux de distributions d’énergie, privés jusque-là. Aussi, le gouvernement français a rénové, au sortir de la guerre, une industrie nationale paralysée dans son arriération.

Il y a certaines actions économiques qui demandent une coordination nationale, et l’État est seul placé pour la réaliser.

Compléments :
  • Sur la France : WORONOFF, Denis, Histoire de l’industrie en France du XVIème siècle à nos jours, Le Seuil, 1994. 

jeudi 12 août 2010

Transformation de l’entreprise japonaise

La culture japonaise ne connaît pas le conflit social, elle n’aime pas l’étranger, elle décide infiniment lentement, par consensus… Pour profiter des énormes bénéfices des marchés émergents les entreprises japonaises veulent réformer leur culture. Pour cela elles cherchent à recruter des étrangers. (The new frontier for corporate Japan.)

Ce n’est pas forcément une bonne idée, à mon avis. En effet, il est extrêmement difficile de faire cohabiter des cultures différentes, d’autant plus que la culture japonaise demeurera dominante. Il est mieux de rechercher, dans la culture concernée, ce qui est favorable au changement que l’on veut effectuer, plutôt que de la transformer artificiellement.

Fin d’automne

Film d’Ozu, 1960.

Le film américain a besoin d’extraordinaire, de guerre des mondes, et de transformation victorieuse. L’homme y fait plier l’univers. Le film japonais se contente de la vie quotidienne, et de ses problèmes, sans solution. La vie est une aventure dont chaque instant est émotion discrète. Peut-être que ce qu’il aime n’est pas tant la réussite exceptionnelle que l’homme face aux infimes changements auxquels son existence le confronte ?

Compléments :
  • Comme dans Voyage à Tokyo, il y a incommunicabilité entre parents et enfants, mais un étranger essaie de reconstituer un peu de l'affection manquante. Obsession d'Ozu ou fait social japonais ?

mercredi 11 août 2010

Économie manquante

Discussion avec Jean-Pierre Schmitt : pourquoi autant de chômage ?
  1. Et si la réponse était que les forces créatrices de la nation ont été emmenées loin des contingences de l’économie réelle et se sont égarées dans un rêve non durable, à la fois financier, mais aussi immobilier et industriel (surcapacité). Bref des secteurs économiques se sont trop développés et ont empêché d’autres plus utiles de naître et de créer des emplois ?
  2. Mais ce raisonnement américain est-il juste pour la France ? Une étude dont je parle ailleurs explique notre chômage endémique bien plus simplement. L’État d’après guerre a construit des conglomérats dont une partie subventionnait l’autre. Dans les années 80 les hauts fonctionnaires qui les administraient, incapables de développer les activités en perte – car pas formés pour cela, s’en sont débarrassés.
  3. Pas totalement satisfaisant. Les Allemands, qui semblent avoir eu de meilleurs managers que les nôtres, ont défendu leurs conglomérats. Mais ils ont néanmoins un niveau de chômage comparable au nôtre. Une autre solution est chez Eamon Fingleton : la disparition de l’industrie. Le tertiaire crée le chômage, parce qu’il demande un haut niveau de qualification accessible à peu. En outre, il ne construit pas de solides avantages concurrentiels. L’industrie, elle, permet de conserver des emplois peu qualifiés. Or, l’industrie a fondu en Occident, y compris, semble-t-il, en Allemagne, qui aurait délocalisé à l’est.
  4. Autre analyse : notre économie, comme l'Amérique mais de façon moins marquée, est excessivement tirée par la demande de notre propre marché. Peut-être faudrait-il l’orienter plus vers les besoins de nos entreprises (gains de productivité) et des pays émergents, marchés excédentaires ?
À creuser.

Schizophrénie de gauche ?

Voilà qui a fini par me frapper dans la communication socialiste :  d’une part, elle dit que la politique de sécurité du gouvernement a échoué, donc que le Français doit avoir peur, d’autre part, elle prend la défense instantanée des étrangers lorsque le gouvernement utilise un fait divers qui n’est pas à leur avantage pour en tirer matière à communication martiale.

Erreur funeste ? L’insécurité perçue appelle naturellement, semble-t-il, une politique répressive qui ne peut que heurter l’éthique des valeurs de gauche, et lui faire se mettre à dos la nation. Or, cette insécurité perçue me semble avoir une cause : un pays qui fonctionne mal. Alors, pourquoi ne pas proposer de reconstruire, par exemple, le plein emploi ?

Mais proposer quoi que ce soit d'original n'est-il pas au dessus du parti politique ? N'a-t-il pas besoin d'idéologie pré mâchée ? 

mardi 10 août 2010

Changement en Angleterre (suite)

Nouvelles du programme de réduction des coûts anglais. Le secteur public devrait perdre 600.000 emplois ! Plus surprenant, l’improvisation est totale : annonces et démentis de fermeture se succèdent à rythme accéléré. Or tous les services de l'État sont concernés. Le lobbying est à son comble. (Britain Reels as Austerity Cuts Begin.)

Les Anglais moins bons que nous en conduite du changement ? Toujours est-il que mon hypothèse selon laquelle des apprentis-sorciers les dirigent semble tenir de mieux en mieux.

Compléments :
  • Vers un éclatement du gouvernement suivi du retour des travaillistes (dont la côte est en hausse alors qu’ils n’ont pas même encore élu leur chef) ? (Sure start.)

Stratégie nationale de développement durable

La France aurait adopté une « Stratégie nationale de développement durable ». Il semblerait qu’elle le fasse, comme beaucoup d’autres pays, depuis quelques années (2003). C’est une application (tardive ?) du sommet de Rio de 1992.

Je n’avais pas vu passer l’événement, qui ne doit pas être très haut dans l’agenda d’un gouvernement qui pourtant cherche désespérément à nous parler.

Comment va-t-il « mener le changement » ? En se donnant des « indicateurs » et en nommant un responsable du dossier par ministère. Ce sera probablement ce que mes cours appellent un « animateur du changement » : quelqu’un qui est capable d’avoir du pouvoir sans pouvoir (formel)… et sans moyens.

Édition et changement

Barnes et Noble, un spécialiste américain de la vente de livres et ancien énorme concurrent d’Amazon, n’est plus que l’ombre de lui-même (il vaut un peu plus d’un pourcent d’Amazon…). Il cherche un repreneur.

Occasion de revenir sur le changement que connaît l’édition : sa grande affaire semble le livre électronique, et les lecteurs, les librairies ne seraient maintenant que des lieux où discuter littérature ou culture. Barnes et Noble semble désirer se transformer radicalement, et, curieusement, l’article observe que : « de tels investissements lourds ne s’entendent pas bien avec l’obsession du court terme de la bourse ». L’intérêt de l’actionnaire ne serait-il pas, après tout, l’intérêt de l’entreprise ?

lundi 9 août 2010

Dislocation de l’État

Paul Krugman donne une image inquiétante de l’Amérique : on y démolit les routes, on rogne sur l’éclairage de celles qui restent, on réduit l’année scolaire et on licencie les enseignants… pour ne pas avoir à augmenter les impôts (principalement des plus riches). Quel peut-être l’avenir d’un pays sans infrastructure et dont les ressortissants sont incultes ? Est-ce cela le triomphe du capitalisme ?

L’Amérique s’est convaincue que l’État n’était qu’incompétence, qu’il fallait le démonter. Plus possible maintenant de revenir en arrière.

Curieux comme notre pensée a pu évoluer en quelques décennies. Jadis, l’État c’était le bien et l’efficacité. C’était la lumière qui éclairait la nation. Au moins en France, les fonctionnaires étaient issus de l’élite intellectuelle (cf. les instituteurs et les polytechniciens). Ils avaient choisi de « servir le pays » en renonçant aux bénéfices financiers qu’auraient pu leur apporter leurs talents employés ailleurs.

Comment expliquer ce changement ? Mon hypothèse du moment est qu’il n’y a pas eu manipulation. Les idées qui dominent actuellement le monde sont extrêmement anciennes, Galbraith les trouvait dépassées dans les années 50. Ce qui a changé est peut-être les forces qui s’y opposaient : les contraintes de la société nous sont devenues insupportables. Victoire de l'individualisme. Dans ce nouvel environnement a triomphé ceux qui étaient le plus déterminés et les mieux préparés.

Compléments :

Chômage structurel aux USA

Nouvel épisode de l’enquête sur le chômage aux USA. Je révise ma position :

Certes les entreprises augmentent leurs bénéfices, réduisent leurs emplois, n’investissent pas… Mais ce serait parce qu’elle juge que leur marché va se contracter. Effectivement, dans de nombreux domaines (notamment l’automobile – peut-être aussi le transport aérien), l’industrie était en surcapacité.

Ce qui signifie peut-être qu’un changement structurel est en cours : les précédentes décennies ont vécu d’illusions (dette, poids des banques…), l’économie se redéploierait. Problème : vers où ?

Compléments :

Où recruter un dirigeant ?

Nokia, dépassé par ses concurrents, veut changer de dirigeant. À cette occasion, The Economist fait une revue des travaux universitaires sur le sujet et montre que l’opération a, selon une source, 9 chances sur 10 de rater : il est préférable de choisir ses dirigeants à l’intérieur…

Compléments :
  • Par ailleurs, la tâche semble redoutablement difficile, ne serait-ce que parce que Nokia risque de lâcher la proie pour l’ombre : un marché de masse pour une éventuelle présence sur celui du smartphone (Nokia).

Inception

Film de Christopher Nolan.

C’est compliqué. Différents niveaux de rêves dans lesquels ont résout les problèmes en cascade de rêveurs en réseau. Ça ressemble à Matrix, en moins nouveau, et avec une distribution internationale prestigieuse. Je me demande si je ne préfère pas mes rêves à ceux du film : ils sont moins concrets.

Il y a quand même une idée intéressante ici : combiner un spectacle intello avec une distraction grand public. On utilise les conventions du film à grand spectacle pour le renouveler : dorénavant, et de plus en plus, ce n’est pas la réalité qui fait le héro mais son inconscient. Qu’est-ce que cela signifie ? Nous entrons dans un univers où l’action ne compte plus, un monde cérébral ? Et pour construire l’art qui correspond nous devons l’inscrire dans les conventions de la phase précédente ?...  à moins que ce ne soit, au contraire, le monde décérébré des jeux en réseau ?...

Compléments :
  • Christopher Nolan aurait gagné à lire ce blog : ses héros font des pieds et des mains pour implanter une idée dans la tête d'un seul individu, alors qu'il est relativement facile de modifier le comportement de l'humanité. 
  • Par ailleurs, parmi les bandes annonces de films français précédant celui-ci : deux sur le monde de l’entreprise, dont l’une apparemment sur une histoire de traders français aux USA. L’entreprise entre dans notre art, français, donc dans notre culture ? 

dimanche 8 août 2010

Dangereux régime

Il semblerait que, du fait de notre alimentation occidentale (trop de sucres et de graisses), notre faune intestinale ne soit pas assez riche. Deux conséquences : elle nous défend mal et elle ne produit pas autant de composés bénéfiques qu’il le faudrait. D’où « risque d’asthme, d’allergies et autres maladies inflammatoires ».

C’est curieux mais, une fois de plus, notre économie semble être l’ennemie de la diversité. Qu’est-ce qui peut expliquer ce biais funeste ? Une concurrence qui ne laisse survivre qu’un vainqueur ? Et si, contrairement à ce que disent certains, la sélection naturelle n’avait pas grand-chose à voir avec l’économie ? Ne crée-t-elle pas des écosystèmes plutôt qu’elle sélectionne des individus ? 

Société et santé

Si l’action d’un individu est jugée négativement par son groupe social, il s’ensuit, chez le dit individu, une réaction inflammatoire (pouvant entraîner des maladies telles que l'arthrite).

Un article qui rapporte cette recherche conclut qu’elle et ses semblables permettent d’envisager la mise au point de traitements. Je me demande si le traitement n’est pas à chercher, d’abord, dans une modification du fonctionnement de la société.

Compléments :
  • Semble aller dans le sens de : La société contre l’homme.
  • Ce type de travaux pourrait-il entraîner des poursuites contre les dirigeants d'entreprise qui créent des conditions de travail nuisibles à la santé humaine (et qui, ainsi, creusent le déficit de la Sécurité sociale) ? 

Sable bitumineux

Le sable bitumineux est une source de pétrole qui s’est développée récemment. Il fait la fortune du Canada, dont le pétrole constitue 22% des importations des USA (le Canada a la seconde réserve de pétrole au monde).

Mais le traitement de ce sable est redoutablement polluant : il « produit 82% de gaz à effet de serre de plus que le baril moyen raffiné aux USA », et expliquerait pourquoi le Canada est très au dessus de ses engagements de Kyoto. Et les intérêts en jeu sont trop importants pour qu’il y ait un quelconque changement : cela rapporte beaucoup à l’Alberta, les exploitants sont Américains… Seul espoir : que le prix de l’énergie passe au dessous du seuil de rentabilité du dit sable.

Un shérif à New York

Film de Don Siegel, 1968.

Clint Eastwood, l’Américain d’en bas simple et pur, rend visite à un New York décadent. Il fait éclater le vernis des apparences et révèle à chacun son être réel : la canaille est massacrée, les bons, qui s’étaient laissé aller, se reprennent ; au contact d’un homme véritable, chevalier servant viril, les intellectuelles retrouvent leur place d’objet, inférieur et aimant.

Intéressant portrait du juste : il est au dessus des lois et de la morale, il sait le bien et le mal. Il en est ainsi des lois sexuelles : il a une femme dans chaque foyer. Son appétit est un guide infaillible.

Sinon, beaucoup de clichés et une poursuite en moto sans intérêt. 

samedi 7 août 2010

Chômage en France

C’est bizarre que l’on parle si peu de chômage. Pourtant il semblerait que la population active vienne de prendre son plus gros choc depuis 1976 ! Va-t-elle redresser la tête ou rester définitivement déprimée ?

Risque-t-on d’avoir des problèmes structurels comme aux USA ? Les emplois perdus semblent venir d’entreprises disparues : étaient-ce des constituants importants du tissu économique victimes d’un trou d’air, ou des inefficaces tués par la sélection naturelle ? En tout cas, c’est à nouveau l’industrie qui a trinqué (168.000 pertes d’emplois)…

Moteur de l’économie

J’écoutais, hier, des fragments d’émission sur la future conquête spatiale. Elle me semblait bien plus passionnante il y a 30 ans.

Ce qui me frappe à répétition est à quel point l’avenir est moins intéressant maintenant qu’alors. Pourquoi sommes-nous moins créatifs ?

D’ordinaire je pense que la science est dans sa phase de « rendements décroissants », elle a épuisé tout ce qu’il y avait de beau à découvrir, et à désirer acquérir. La voiture, le téléphone, le réfrigérateur, le congélateur, la télévision… c’est derrière nous.

Mais, il y a peut-être une autre explication. Jadis l’enrichissement était la récompense (éventuelle) de ceux qui avaient été utiles à la société. Aujourd’hui, il est devenu une motivation première. Peut-être est elle peu créative ? Peut-être aussi qu’en conduisant la minorité à détrousser la majorité, celle-ci n’est plus le marché dont a besoin la création ?

Compléments :
  • Point de vue complémentaire de celui de The Economist pour qui la dette est la nouveauté des dernières décennies ?

Capital investissement

Curieusement, le succès du capital investissement est peut-être basé sur une entourloupe faite aux fonds qui lui ont fourni leur argent :

Le capital investissement a réalisé des gains exceptionnels ces dernières années en jouant sur « l’effet de levier » de la dette (donc sur une prise de risque interdite aux fonds), et la montée des cours. Pour profiter de ces effets mécaniques ses dirigeants ont été énormément rémunérés. (Paying the price.)

Compléments :

vendredi 6 août 2010

L’informatique se réorganise

Le progrès technique aurait sapé le monopole de Microsoft et d’Intel, laissant à sa place des « géants plus ou moins intégrés verticalement » (en plus d’eux deux, Apple, Google, HP, IBM, Oracle et Cisco). (The end of Wintel.)

« Destruction créatrice » ? 

Chine en transformation

Il semblerait que la Chine soit aux prises avec deux phénomènes :
  • Une augmentation rapide des salaires qui amène les multinationales étrangères à s’enfoncer toujours plus profondément dans les terres, à la recherche de personnels à peu payer.
  • Un vieillissement de sa population, qui renforce le phénomène précédent, et pousse l’économie du pays à se transformer : moins exportatrice, plus consommatrice. Ce qui devrait être bon pour les exportations, et l’épargne, du reste du monde.  

jeudi 5 août 2010

Subventionner l’accession à la propriété

Ce qu’il y a de curieux dans la dernière manœuvre du gouvernement, ce n’est pas qu’il revienne sur ses mesures d’aides à l’accès à la propriété (qui nous coûtaient une fortune), mais à quel point la France ressemble à l’Amérique :

Aux USA comme en France la hausse du prix du logement a fortement dépassé la croissance du revenu moyen. Aux USA comme en France, on cherche à compenser cet appauvrissement par l’endettement. Aux USA l’affaire s’est mal terminée, en France on s’entête.

Mais, si l'on veut faire du Français un propriétaire, au lieu de s’en prendre à la demande (et en la sponsorisant, ce qui produit l’effet pervers de stimuler la spéculation !), pourquoi ne pas augmenter l’offre ?

Compléments :

Les pauvres sont généreux

Discussion avec mon coiffeur, ce matin. Ses propos sont confirmés par la science :

Oui, les pauvres sont beaucoup plus généreux que les riches ! Plus curieusement, penser être pauvre, ou riche, modifie notre propension à la générosité. (The rich are different from you and me.)

Mais les milliardaires américains semblent des exceptions à la règle ? Ou suivent-ils d’autres règles ? Leur fortune ne leur appartient pas ? La générosité est une question de pression sociale ?...

Développement durable

Je découvre un document, un peu ancien, faisant l’historique des engagements internationaux concernant le développement durable.

Derrière « développement durable », il semble y avoir un fouillis de nobles causes, ce qui fait que l’on ne sait pas très clairement de quoi il s’agit. Mais le seul fait de reconnaître que notre développement peut ne pas être durable est une révolution : au cœur de la pensée anglo-saxonne, qui a eu la haute main sur notre destin ces derniers temps, il y a l’idée que Dieu a donné la Terre à l’homme pour qu’il la modèle à sa fantaisie. Par conséquent, il n’a pas à se préoccuper des conséquences de ses actes, nécessairement bonnes. (Pour Adam Smith, l’homme fait le bonheur collectif en suivant son intérêt individuel. La notion de progrès va probablement dans la même direction.)

Depuis 1995, les gouvernements décident d’Accords Multilatéraux sur l’Environnement. J’y découvre les phrases suivantes, avec surprise :
  • « la conservation de la diversité est une « préoccupation commune de l’humanité » ».
  • « les êtres humains (…) ont droit à une vie saine et productive en harmonie avec la nature ».
  • « Développ(er) la responsabilité de ceux qui causent des dommages (…) tout en évitant le transfert d’activités polluantes ».
  • « l’implication des citoyens est indispensable »
  • « Les États s’engagent à faire de la lutte contre la pauvreté, de la réalisation du plein emploi et de l’instauration d’une société où règneront la stabilité, la sécurité et la justice, leur objectif suprême ».
  • « le droit au logement est reconnu comme partie intégrante des droits de l’homme ».
Le texte répète inlassablement « les États s’engagent », mais en quoi cet engagement a-t-il été suivi d’actions ? Les États d’après guerre ont jugé le plein emploi comme une priorité, et ils l’ont réalisé : pourquoi n’a-t-on même pas vu un frémissement gouvernemental dans cette direction ? Et le droit au logement : pourquoi autant de SDF dans les rues ? Et la diversité : pourquoi dépendons-nous d’une seule espèce de blé ? Et le transfert d’activités polluantes ? Toute l’histoire économique récente a été un transfert de ce qui polluait et était dangereux pour l’homme vers les pays émergents ! Et l’implication des citoyens ?...

Gigantesque hypocrisie ? Absurde même ? Le développement durable c’est, en premier, prendre en compte la conséquence de ses actes, ici on a des actes sans conséquences ! Application des théories d’Edgar Schein sur la culture : nous concevons l’idéal en espérant que notre comportement saura s’y adapter ?

Compléments :

Copie conforme

Film d’Abbas Kiarostami.

Où est la vérité, où est le mensonge ? Ne serait-il pas bien, parfois, de s’échapper du carcan des conventions et de faire de sa vie ce que l’on a envie qu’elle soit ?

Histoire en spirale comme dans les films de Lynch. Elle permet à Juliette Binoche de se transformer sans fin et de multiplier les numéros d’acteur dans toutes les langues.

La copie est-elle conforme à la vie ? Film qui parle aux sentiments ou à l'intellect ?  

Compléments :
  • Il paraît que c’est une variation sur Voyage en Italie de Rossellini. Film qui ne me tentait pas jusque-là. Peut-être faudrait-il que j’aille le voir, après tout. 

mercredi 4 août 2010

Portrait du dirigeant

Voici comment The Economist voit le dirigeant :
  • Le nouveau doyen de Harvard veut donner une éthique à ses élèves, The Economist trouve l’idée ridicule : ce qui fait avancer l’entreprise c’est la « destruction créatrice » : changer les règles, pas les appliquer.
  • Parlant de la rémunération du P-DG démissionné de BP, The Economist observe que « le capitalisme est une question de prise de risque », et sanctionner un P-DG pour une mauvaise gestion rendrait ses confrères prudents, en ferait des « bureaucrates ».
The Economist voit-il le dirigeant comme une tête brûlée qui joue le sort de l’entreprise et de l’économie à pile ou face, mais qui, lui, ne prend aucun risque ?

Psychanalyse

Idée extraite d'une fin d'émission sur la psychanalyse (France Culture, hier) : on ne peut rien comprendre à la psychanalyse, si l’on n’a pas subi d’analyse.

Idée intéressante, qui est peut-être vraie pour beaucoup d’autres de nos activités humaines. Mais c’est une idée que n’a pas eue l’Éducation nationale qui ne croit qu'en la théorie. Ou, plutôt, qu'il faut des dons innés pour exercer une fonction (diriger une entreprise, ou être médecin) et que son rôle est de détecter ceux qui les ont.

J’ai aussi continué à écouter Michel Onfray démolir Freud. La démonstration ne marche pas : je trouve Freud scientifique dans sa démarche. Il s’examine et en recherchant des enseignements généraux. Sa théorie des pulsions et du refoulement me parait simple bon sens : notre nature n’arrête pas de se heurter aux règles de notre culture, ça ne peut être sans conséquence sévère. De même, il semble avoir vu que le refoulement pathologique de son époque avait pour origine des contraintes sexuelles exagérées. Il suggérait semble-t-il la contraception, pour relâcher la pression. Une idée originale et intelligente, me semble-t-il.

Michel Onfray remarque que Freud n’a pu que s’autoanalyser, faute de psychanalyste. Puisqu’il n’y a pas d’analyste sans analyse, il y a un pêché originel ici, non ? En fait, non seulement Freud ne fait que s’écouter, mais en plus il semble avoir passé sa vie à parler de soi à ses amis, notamment à Fliess, ce qui me semble un genre d’analyse dans laquelle il transforme progressivement en analystes des gens doués pour ce travail. C’est un exemple de poule et d’œuf.

Il reste qu’il a sûrement des ridicules et des faiblesses, que sa théorie n’est certainement par parfaite – à mon goût, et à celui de Bronislaw Malinovski, il a sous-estimé l’impact sur ses travaux de la culture dans laquelle il vivait, mais n’est-ce pas le propre de l'homme d’être imparfait ? N’est-ce pas, même, une illustration de la théorie de Freud ?

Changer le monde

Échanges de mails avec une amie, qui me dit en substance : nous allons manquer de pétrole, comment mener le changement qui s’impose, alors que personne ne s’en préoccupe ?

Ma réponse, qui la déprime, est qu’il y a tellement de catastrophes imminentes, qu’on ne s’occupera de celle-ci que lorsque nous serons au bord du précipice.

Depuis, j’ai eu une idée plus positive : « la méthode du vaccin ».

Il est probable que tout ce qui nous menace appartient au même type de problèmes, systémiques et s’attaquant aux fondations mêmes de notre être social, et que lorsque nous saurons en résoudre un, même petit, nous saurons tous les résoudre, même grands. 

mardi 3 août 2010

Sarkozy et l’immigration

Et si ses déclarations concernant les immigrés naturalisés mais mal intégrés n’étaient pas que simple politique ? Influencé par les idées de Michel Onfray sur Freud, j’en viens à les appliquer à N.Sarkozy :

Son père est un immigré de première génération qui aimerait que ses enfants se souviennent de leur passé hongrois (cf. présentation de ses mémoires), donc pas intégré du tout. Son grand-père maternel est originaire de Salonique. Sa femme est arrivée en France parce que, selon un film de sa sœur, leur père trouvait l’Italie peu sûre pour les milliardaires. Et elle a été naturalisée après leur mariage. Et lui-même n’a-t-il pas déclaré sa passion à George Bush et à l’Amérique, en début de mandat ? L’Amérique ne serait-elle pas un pays plus favorable à ses valeurs que le nôtre ? Aspirations refoulées à l’émigration ?

Politique comme rationalisation (?) d'un amour / haine pour l’immigré ? En particulier vis-à-vis de son père ?

Ceci n’a rien de scientifique, mais c’est curieux tout de même.

Compléments :

Origines du ressentiment de l’Allemagne pour la France

Pourquoi l’Allemagne nous en a-t-elle tant voulu et a-t-elle insisté pour nous faire trois guerres, qui l’ont dévastée ?

Parce que lorsqu’elle était faible, et la France forte, au XVII et XVIIIème siècles, c’était notre territoire d’exercice : « l’Allemagne devient le champ de bataille de la grandeur française. » Nos troupes la saccageaient en long, en large et en travers lors de guerres interminables qui lui firent perdre la moitié de sa population (guerre de Trente Ans), que c’est là que Louvois a expérimenté son innovation de la « terre brûlée », que les rois de France en extrayaient des territoires à l’image de ce que firent en Chine les puissances européennes.

Curieusement, « La France devient l’ennemi héréditaire de l’Allemagne », alors que de notre côté, nous n’avons pas de sentiment particulier à son endroit.

Enseignement pour tous les bienpensants ? Ce qui contente leur conscience fait le malheur d’autrui et leur vaut des ennemis mortels ?

(Suite de ma lecture d’Histoire de l’Allemagne de Joseph Rovan.)

La campagne à la ville

Une émission entendue hier sur RFI. Les insectes se réfugient dans les villes. C’est seulement là qu’ils peuvent vivre en paix, sans insecticide. À la campagne ils sont bombardés de pesticides, et leur situation est encore plus difficile dans les jardins : pesticide en masse + pelouse et thuyas qui forment une sorte d'environnement antiseptique hostile à la vie.

Peut-être est-il temps de repenser notre industrialisation de la nature ? 

Les hommes qui voulurent être rois

Je perçois l’élite anglo-saxonne comme les héros de la nouvelle de Kipling, L’homme qui voulait être roi : elle a cru pouvoir dominer le monde comme jadis l’Anglais dominait des peuples inférieurs (son prolétariat et ses colonies).

Le Consensus de Washington, la nouvelle économie, Jeffrey Skilling et Enron… c’était cette élite, fort brave d’ailleurs, à la conquête du monde. Car, contrairement à notre idéologie française qui croit à des principes universels, scientifiques, celle de l’Anglo-saxon lui dit que « qui veut, peut ». Qu’il est un élu dont la fin justifie les moyens. Contrairement à nous il n’est pas victorieux parce que juste, mais juste parce que victorieux. Il doit façonner le monde à l’image de ses rêves, de boutiquier.

Aujourd’hui la désillusion doit être grande. Cette élite doit voir avec inquiétude, comme Hayek après la seconde guerre mondiale, s'approcher de sa belle liberté l'ombre hideuse de la société de médiocres qu’elle n’a pu asservir .

Compléments :
  • HAYEK (von) Friedrich A., The Road to Serfdom, University of Chicago Press, 1994.

lundi 2 août 2010

Capital investissement en folie ?

Les fonds de capital investissement s’achètent leurs participations les uns les autres (Picard Surgelés en est à son troisième fonds). Les prix dépassent les records de 2007 ! Or, contrairement à cette époque, les fonds n’ont plus d’accès à la dette et doivent donc payer cash.

Irrationalité des marchés ? Non : les fonds ont levé énormément d’argent, et s’ils ne le dépensent pas, ils devront le rendre

Les économistes appelleraient probablement ce problème, celui de « l’agence » : le gestionnaire du fonds fait passer ses intérêts avant ceux de ses investisseurs. En tout cas, ceci est bon pour les intermédiaires financiers et pour tout ceux qui ont une entreprise à vendre.

Compléments :