samedi 31 juillet 2010

Guerres de Sarkozy

J’entends le président de la République parler de « guerre ». De nouveau je suis frappé qu’il utilise une expression habituelle aux USA. Depuis la dernière guerre, les Américains appellent toute réforme ou toute action un peu marquante une « guerre » (G.Bush livrait encore récemment la « guerre à la terreur »).

Un article, d’ailleurs, dit que, depuis 10 ans, c’est une des expressions favorites de notre président.

Redécouverte indépendante ou passion dévorante pour l’Amérique ? Dans ce dernier cas, comment notre président a-t-il pu acquérir cette culture américaine, lui qui ne semble avoir eu que l’obsession du pouvoir ?

Compléments :

Média asocial

Curieuse vision de l’influence qu’ont les médias sociaux sur l’individu : ils nous poussent à projeter une image idéale de nous, à jouer la comédie en continu, et ferment notre écoute de l’autre.

Il semblerait, au moins aux USA, que ce phénomène participerait à un déclin de la capacité humaine à l’empathie.

Les médias sociaux nous transformeraient-ils en autistes ? En asociaux ? 

Points communs asiatiques

L’Asie serait plus uniforme qu’on ne le croit :

Elle se confond dans une « course au matérialisme basée sur un développement économique rapide », qui « détruit les richesses naturelles de la région », et qui produit des inégalités massives : « plus de pauvres vivent dans 8 États indiens que dans les 26 pays africains les plus pauvres ». Leaving Asia's shade.

vendredi 30 juillet 2010

Angleterre et Turquie

David Cameron fait une déclaration d’amour enflammée à la Turquie : il veut, comme les Américains, qu’elle soit européenne. Problème : elle a peu de chances de l’être, et il n’est même pas sûr qu’elle le veuille vraiment.

Puis il dénonce le Pakistan en Inde, ce qui ne risque pas de plaire au Pakistan.

Il semble avoir décidé de changer les alliances du pays. Pourquoi ? Pour des raisons économiques ? L’élite anglaise n’aurait qu’une unique obsession, l’économie, et, qu’un unique horizon : le court terme ?

Compléments :

Roms et Gens du voyage

Depuis quelques jours ma radio ne parle que de « Roms » et de « Gens du voyage ».

Qu’arrive-t-il ? Pas très clair : à la suite d’incidents le gouvernement aurait décidé de durcir les lois du pays à l’encontre des dits « Roms et Gens du voyage » (un vocable politiquement correct ?). Mais ce ne pourrait être qu’effet d’annonce.

Je m’interroge. L’information mérite-t-elle bien la place, écrasante, qui lui est donnée ? Et si c’était une manipulation du gouvernement pour faire oublier les malheurs du Ministre Woerth ? Et s’il savait que s’en prendre aux « Roms et Gens du voyage » entraînait une réaction pavlovienne de la presse (de gauche), réaction, qui, à son tour, révulse le Français moyen ? Et si les pires ennemis des « Roms et Gens du voyage » étaient la bien pensance, qui fait d’eux la cible favorite d’un gouvernement à la recherche de caisses de résonnance ? Mais verrais-je le mal et la manipulation partout ?

jeudi 29 juillet 2010

Contre la recherche fondamentale

Lord Browne est l’homme qui a mené la transformation de BP dont la planète paie actuellement les conséquences.

Ce favori de tous les gouvernements anglais (d’où son ennoblissement) a annoncé que, vu l’état désastreux de l’économie anglaise, il fallait orienter sa recherche vers ce qui lui rapporte à court terme.

Peut-être devrait-il se demander si ce n’est pas ce type de raisonnement qui a mis l’Angleterre en faillite ? Mais peut-être veut-il lui donner le coup de grâce ? La perfide Albion va-t-elle connaître le sort de Deepwater Horizon ?

Importance de la maternelle

Une étude montre qu’avoir de bons enseignants à la maternelle a un effet décisif sur le cours de la vie.

Nous préoccupons-nous suffisamment de cet enseignement ? 

Angleterre européenne ?

Les Anglais se sauraient plus européens qu’on ne le croit. Et ils auraient oublié leur rêve d’empire. Et puis, leur pouvoir d’influence sur l’Europe est peut-être la meilleure façon de s’attirer l’estime de l’Amérique…

Voilà comment j’interprète Europe and the Trojan poodle.

mercredi 28 juillet 2010

Entreprises sans homme

Curieux phénomène. Les entreprises américaines gagnent énormément d’argent, mais licencient massivement. Et elles n’investissent pas.

Elles s’enchantent d’avoir trouvé le moyen d’être de plus en plus rentable, et ce quel que soit l’environnement économique. La crise, c’est fini. L’enrichissement sera continu.

Est-ce durable ? Pourront-elles résister à une offensive de concurrents innovants ? La société américaine peut-elle vivre avec une masse de chômeurs ? L’homme est-il l’ennemi d’une forme de capitalisme ?

Les bonnes nouvelles font vendre !

Discussion ce matin avec un journaliste des Échos. Il m’apprend que les titres qui annoncent de bonnes nouvelles sont ceux qui font vendre le plus de journaux.

Ce qui me réjouit. J’avais fini par croire que seuls les drames étaient des moteurs économiques ! Enfin un peu de soleil au bout du tunnel… 

Sarkozy retourne sa veste

Contrairement, à ce que je pensais, la France n’a pas perdu toute sa puissance. The Economist affirme qu’elle dispose d’un immense pouvoir d'influence nuisible en Europe.

Le journal regrette aussi le revirement de Nicolas Sarkozy, et le cite, en des temps meilleurs : « Depuis 25 ans, la France n’a pas arrêté de décourager l’initiative et de punir le succès. » « Empêcher les plus dynamiques de devenir riches a eu pour conséquence d’appauvrir tous les autres ».

Ce qui me frappe dans cette phrase est à quel point elle est anglo-saxonne. Ce qui est aussi étonnant est à quel point elle est repose sur des hypothèses curieuses : l’idée que les progrès de l’humanité soient motivés par la volonté de s’enrichir ne me semble nullement universelle.

mardi 27 juillet 2010

Le bien être rend productif

Une étude montre que de petits événements positifs ou négatifs ont un impact notable sur la productivité du travailleur. Un impact en termes de quantité, mais pas de qualité.

Je me demande si l’existence de ce type d’études ne marque pas l’émergence d’une nouvelle espèce d’individu : celui qui ne comprend que les chiffres et que ce qui parle de productivité. 

Fraude en Chine

L’avancement du scientifique chinois se ferait à la quantité de publications, non à la qualité de celles-ci. D’où fraudes massives.

Curieux. Cela ressemble à l’affaire du lait frelaté. Le Chinois serait-il soumis à de telles contraintes qu’il en oublierait la fin de son activité ? 

lundi 26 juillet 2010

USA mal partis ?

En regardant ce qui se passe aux USA (billets précédents), j’en reviens à une de mes vieilles théories :
  • Lors de la dernière crise américaine, dans les années 80, Michel Crozier (Le mal américain) avait estimé qu’il s’agissait d’une crise culturelle, et que, pour la corriger, l’Amérique devait revoir ses valeurs.
  • J’ai l’impression que Ronald Reagan a pris le contrepied de ce point de vue, en affirmant à l’Américain qu’il n’avait pas à évoluer. Sa solution, si j’en crois Michael Moore, était la finance. Or, il semblerait bien que celle-ci ait été une fausse-amie et que l’Amérique ait vécu successivement deux bulles spéculatives.
Dans ces conditions, le changement resterait à faire. Mais ce que veulent le Tea party et l’Amérique d’en bas, si je les comprends bien, c’est un nouveau tour de passe-passe…

Compléments :

Chômage et USA

Suite de mon enquête (billet précédent, notamment) : comment les USA vont-ils se tirer de leur chômage ? Pour le moment le bout du tunnel n’est pas en vue :

Car les mécanismes de sauvetage américains étaient conçus pour un chômage faible. Et les conditions sont exceptionnelles : en particulier, la crise de l’immobilier fait que les chômeurs ne peuvent vendre leur maison pour s’expatrier. Or, le chômage à long terme est destructeur des compétences…

L’Amérique souffre

30 mois après le début de la crise aux USA :
Plus de la moitié des employés a connu un épisode de chômage, vu sa paie ou sa durée de travail diminuer, ou a été forcée à travailler à temps partiel. Le chômeur typique a été sans emploi pendant près de 6 mois. L’effondrement des actions et des prix de l’immobilier a détruit un 5ème de la fortune de la famille moyenne. Presque 6 Américains sur 10 ont annulé ou réduit leurs vacances. Environ un sur 5 dit que sa maison vaut moins que les emprunts qui ont servi à l’acheter. Un sur 4 des 18 – 29 ans est revenu chez ses parents. Moins de la moitié des adultes s’attend à ce que ses enfants aient un meilleur niveau de vie qu’elle, et plus d’un quart pense qu’il sera plus faible.
Une autre façon de formuler cela est de dire que la grande récession a été le traumatisme le plus terrible depuis la seconde guerre mondiale.
Aux USA, les crises sont d’une dureté que l’on imagine mal en Europe. C’est ce qui expliquerait que l’Amérique en veuille à son gouvernement.

Compléments :

dimanche 25 juillet 2010

Réforme de la santé anglaise

Le gouvernement anglais se préparerait à une réforme radicale. J’ai du mal à comprendre de quoi il s’agit exactement, mais il semblerait qu’il veuille confier le budget de la santé aux médecins. Ils se « grouperaient en consortiums pour acheter des services aux hôpitaux et aux autres fournisseurs ».

Objectif : éliminer la « bureaucratie » qui jusque-là en était responsable, enlever toute tentation aux hommes politiques de s’en occuper, et faire de grosses économies.

Une tentative plus modeste aurait été tentée dans les années 90, aussi par les conservateurs, mais elle n’a pas l’air d’avoir abouti à grand-chose.

Un médecin : « beaucoup de nos collègues ont vu ce cycle de changements à répétitions ». « Beaucoup vont regarder les réorganisations précédentes et les comparer à celle-ci et se demander combien va durer le changement en cours avant que le prochain n’arrive ».

Observations :
  • Le gouvernement anglais semble vouloir appliquer les techniques de reengineering, qui ont dévasté les entreprises dans les années 90. En tout cas, il en emploie le vocabulaire. Cette réforme fait penser aussi à la déréglementation de l’énergie en Californie : Enron et ses amis avaient utilisé leur pouvoir pour mettre l’État en faillite.
  • Ce type de changement présente tous les symptômes des erreurs qui tuent le changement. Il est construit sur une vision idéologique déconnectée des réalités de la vie (la bureaucratie fatalement mauvaise, les politiciens forcément malhonnêtes qui nuisent à l’économie), et il ne semble accompagné d’aucun mécanisme de contrôle qui lui permette d’arriver à bon port.  
Le gouvernement anglais, admirateur béat de l’économie de marché, qui n’a strictement rien retenu de l’histoire récente ? Apprenti sorcier plein de bonnes intentions ? Une expérimentation qu’il sera intéressant de suivre. À distance.

Compléments :

Pays de l’arbitraire ?

Les USA semblent, curieusement, un pays où la justice est arbitraire.
  • Elle enferme plus que n’importe quel pays comparable (12 fois plus qu’au Japon, et neuf fois plus qu’en Allemagne). La tendance est partout à la hausse, incarcération (4 fois mieux qu’il y a 40 ans) et violence.
  • Le problème semble culturel. Un empilage invraisemblable de lois, extrêmement difficiles à interpréter, parfois stupides, et que personne ne connaît, des juges élus qui arguent de leur dureté pour collecter les fonds nécessaires à leur élection, des politiciens qui surenchérissent dans la réglementation, une bataille gauche-droite dont sont victimes tour à tour les cols blancs et les classes défavorisées…
Seul espoir de retour à la raison : tout ceci coûte très cher, 50.000$ par emprisonné et par an.

Il n’y a pas que la justice américaine qui diffère de la nôtre. Sa police a quelque-chose d’un héritage du Far West. À la Nouvelle Orléans, à l’occasion de la tempête Katrina, des policiers ont tué, sans raison bien claire, plusieurs personnes, en ont laissé une autre mourir sans assistance, et, finalement, ont tenté de faire disparaitre les preuves de leur forfait, en faisant brûler un cadavre, et en forgeant des témoignages…

Paradoxe : comment peut-il en être ainsi au « pays de la liberté » ? Peut-être que lorsque l’homme est peu encadré par une culture évoluée, il a recours à des moyens primitifs pour en arriver à ses fins ?

Compléments :

Europe allemande ?

Un économiste se demande si l’Europe est sous la botte allemande.

Pour cela, il compare les politiques de réduction de déficit européennes, et les trouve bien coordonnées, en dépit d’une absence de coordination officielle. Par contre, elles ne tiennent pas compte du chômage, et « apparaissent inspirées par une austérité fiscale de marque de fabrique teutonique ».

Je me demande si, une fois de plus, il n’y a pas eu compromis. D’un côté la rigueur allemande, de l’autre la solidarité française, avec le Fonds de stabilisation. Il résulte peut-être d'un jeu d'action et de réaction : 
  • le besoin de solidarité était plus fort chez certains, que la résistance à cette idée chez d'autres. 
  • Et inversement en ce qui concerne la rigueur, d'autant plus que la victoire de la solidarité a probablement vidé de  son énergie la résistance à la rigueur. 

Capitalism : a love story

Film de Michael Moore.

Trouvant Michael Moore fort dogmatique, je n’avais pas vu son film à sa sortie. Mais on m’a dit qu’il semblait avoir lu ce blog. J’ai donc enquêté.

Michael Moore a du talent. Pas de temps morts. Et en plus il fait beaucoup avec peu (notamment lui en personnage principal).

Les similitudes entre le film et ce blog sont frappantes, je l'avoue. Riches qui s’enrichissent de plus en plus et pauvres qui stagnent (le % le plus riche est plus riche que les 95% les plus pauvres, combinés !). Hold up sur le gouvernement américain par Wall Street, commençant avec Donald Regan, le ministre des finances de Ronald Reagan, qui apparaît ici comme un marionnettiste.  Vices usuels du système américain, où la soif de l’argent dissout toute conscience : juge en cheville avec une prison privée, qui y expédie des gamins coupables de peccadilles (sur les images du centre, on ne voit que des Blancs très BCBG : aux USA l’amour du lucre est plus fort que le racisme ?), mais aussi grandes entreprises qui assurent leurs employés pour empocher une prime lorsqu’ils meurent.

On y déclare que le capitalisme est plus important que la démocratie ; qu’il n’y a rien de mal à ce que GM licencie tous ses employés, si cela peut augmenter ses revenus… Citigroup expédie une lettre à ses clients en leur annonçant l’avènement du règne des plus riches ; une seule menace : la démocratie, moyen pour le peuple de demander une répartition des richesses qui l’avantage un peu plus. Et les forces du marché broient jusqu’aux pilotes d’avions, dont certains gagnent 20.000$ par an, et d’autres vivent de tickets d’alimentation !

Mais voit-on ici le spectacle du capitalisme, ou celui du vol du rêve américain par une élite ? Comme le dit Michael Moore, les riches se sont enrichis non en vendant aux pauvres ce que ceux-ci avaient envie d’acheter, mais en les détroussant. D'ailleurs ces riches ne sont pas des entrepreneurs, mais des diplômés. Ce dont il nous parle, c’est d’un Etat bureaucratique, pris en otage par des oligarques, qui ont créé une classe héréditaire.

D’ailleurs, je me demande s’il n’y a pas un parallèle à faire avec notre cas. Comme le dit, encore, Michael Moore, ce qui fait tolérer d’énormes inégalités aux Américains, c’est l’espoir de pouvoir s’enrichir. Or, c’est cet espoir qui a disparu. L’Américain, comme le Français, ne demande-t-il pas que l’on remette en fonctionnement son ascenseur social ?