mardi 7 septembre 2010

Inflation et université américaine

« Les revenus du foyer médian ont cru d'un facteur 6,5 en 40 ans, mais le coût des cours d’une université d’État a augmenté d’un facteur 15 pour les étudiants de l’État, et de 24 pour les étudiants extérieurs à l’État ». « En 1961 les étudiants à plein temps d’une licence en 4 ans passaient 24 heures par semaine à étudier ; ça a été réduit à 14 ». « Les professeurs des universités les plus cotées obtiennent une année sabbatique tous les 3 ans, contre tous les 7 auparavant ».

Pourquoi les lois du marché ont-elles permis ce scandal ? La concurrence a joué à l’envers de ce qu’il aurait fallu. « Le gros problème est que la concurrence entre les institutions les plus prestigieuses telles que les universités se fait sur leur réputation académique (qui est renforcée par des professeurs vedettes) et le bling (des dortoirs et des stades sportifs luxueux). » (Declining by degree.)

Et si, contrairement à ce qu’on nous a dit, les acteurs de l’économie tendaient à construire des cartels, en choisissant des règles de coordination mutuellement bénéficiaires, de façon à exploiter un marché divisé ? (cf. The logic of collective action.)

Mais il y a mieux. Voici un coût de plus qui n’a pas été pris en compte par les statistiques d’inflation officielles. Après les coûts de la santé et ceux du logement et des actions, les salaires des financiers, des patrons et des cadres supérieurs… Et comment chiffrer le coût d’un chômage élevé désormais endémique ? 

Les économistes s’émerveillaient d’avoir pacifié l’inflation, sans voir que l’essentiel, ce qui détermine une existence, était en croissance explosive. Expropriation sournoise : ceux que la société avait placés en situation de faiblesse ont été tondus. 

Belgique au crépuscule

L’UE pourrait compter bientôt un ou deux nouveaux Etats, selon que la Belgique se sera divisée en 2 ou en 3.

Curieux comme ses conflits internes reflètent une histoire culturelle aussi vieille que l’Europe. D’un côté on a une communauté d’origine germanique soudée, efficace et déterminée, de l’autre une tribu gauloise qui ne sait que se chamailler, et qui est incapable de défendre les valeurs auxquelles elle croit. Allemagne / France années 30 ?

Indicateur de créativité

Comment créer des « machines à innovation » dans l’entreprise, se demandent des gourous du management, qui semblent ne pas l’avoir assez fréquentée pour savoir qu’elles portent déjà un nom : des laboratoires.

Une idée utile tout de même : comment en mesurer le succès ? « La capacité à apprendre de ses erreurs. »

lundi 6 septembre 2010

Angleterre et étudiants étrangers

J’entendais ce matin que l’Angleterre s’inquiète de ce que 20% des étudiants étrangers venus y faire des études y demeurent, concurrençant ainsi les indigènes. Problème : l’étudiant étranger rapporte beaucoup aux établissements de formation, comment faire qu’il continue à venir étudier, sans s’installer ?

La théorie ordinaire des milieux d’affaires (donc de tous les partis anglais) est
  1. Que l’immigration est une bonne chose.
  2. Que l’étudiant doit payer pour ses études. Ce qui est logique, puisqu’elles vont lui rapporter un bon salaire. C’est un investissement dont la rentabilité est garantie par les lois du marché.
Hypocrisie ?
  1. Ici, on a non seulement de l’immigration mais de l’immigration qualifiée…
  2. Il pourrait y avoir trop de d’excellents diplômés. Le diplôme ne crée pas de l’emploi, mais est un moyen de sélection  qu’utilise un édifice social dont les places sont numérotées ?

Malheurs des Roms

Curieusement, les malheurs des Roms viendraient de la défaite du communisme. Les pays de l’est ne leur offrent plus l’école, un logement et un travail comme ils le faisaient jadis. Il semblerait même que « les enfants roms sont régulièrement placés dans des institutions pour handicapés mentaux » ! Faute d’éducation, ils n’ont aucune chance de trouver un emploi, et vivent dans une pauvreté abjecte.

Rejetée par l’extérieur, cette communauté s’isolerait de plus en plus dans une forme de violence et dans des coutumes que nos valeurs réprouvent.

Solution aux maux des Roms ? L’école. Leurs pays d’origine doivent investir dans leur scolarisation. Il est possible qu'ils n'aient pas le choix : la situation pourrait devenir explosive. 

Compléments :

Juifs italiens

Entendu par hasard Alexandre Adler parler des Juifs italiens (hier). Apparemment petite communauté mais réussite étonnante. Elle est à l’origine à la fois d’une grosse partie du capitalisme italien (de Benedetti, Agnelli, Bruni-Tedeschi…) mais aussi de son opposition marxiste, de quelques-uns des scientifiques les plus fameux, émigrés aux USA (Fermi et l’économiste Modigliani, par exemple), des artistes (da Ponte et autre Modigliani), et bien sûr Christophe Collomb. J’ai aussi appris que le juif italien portait généralement un nom de ville.

Au fond, ce n’est pas surprenant qu’une telle réussite ait fait des envieux. Mais est-ce une bénédiction d’être une personne célèbre ? 

Dépenses militaires

Les faux pas technologiques freinent le développement ; les retards augmentent les coûts ; le gouvernement recule un peu plus les travaux de façon à ne pas faire éclater les budgets annuels, entraînant une augmentation des coûts à long terme. Avec le temps, la technologie se démode, si bien que l’armement doit être reconçu, donnant à l’État-major la possibilité de bricoler sans fin avec leurs spécifications. À la fin, le gouvernement réduit la taille de la commande, ce qui fait croître un peu plus les coûts unitaires. Il devait y avoir 132 bombardiers furtifs B2 mais seulement 20 ont été construits. Ils coûtent 2md$ l’unité.
Illustration d’un grand principe de gestion de projet (et de conduite du changement) : interdit de toucher au budget et aux délais d’un projet. Si une dérive apparaît (ce qui est imparable), il faut le reconcevoir, de façon à ce que l’essentiel soit conservé, mais les contraintes respectées. Analyse de la valeur. 

dimanche 5 septembre 2010

Injustice, politique et tomates

Mon billet précédent est injuste avec les hommes politiques. S’ils sont des fantoches, ridicules rouleurs de mécaniques, et de sabres, ce n’est pas du fait de leur nature, mais de celle du système auquel ils appartiennent.

Hier, j’achetais des tomates. Apparence parfaite : grosse, ronde et impeccable. Mais elles sont pleines d’eau. Impropre à la sauce tomate. Mais pourquoi n’y a-t-il pas de tomates moches mais bonnes ? Me demandé-je. Parce qu’elles ne se vendraient pas. Une convention s’est imposée : le fruit doit être beau pour être cher. Pour que la tomate change d’aspect, il faut un consensus du marché, qui demande aux marchands et aux cultivateurs de revoir leurs pratiques. Mais comment coordonner une telle masse d’individus dispersés ?

Il en est de même de nos hommes politiques : s’ils sortaient des conventions, ils n’auraient aucune chance d’être sélectionnés par leur parti.

Compléments :
  • The Economist fait un raisonnement proche, en ce qui concerne M.Strauss-Kahn. C’est le meilleur candidat socialiste, mais (donc ?) il ne sera pas sélectionné par son parti. La médiocre popularité de N.Sarkozy suscite et multiplie les ambitions. Prévoir une guerre fratricide au PS, meilleure chance de défaite. 

Catherine Ashton

Certains voulaient, pour diriger la diplomatie européenne, un Tony Blair, qui « paralyse la circulation » lorsqu’il se rend quelque part.
  • Effectivement, Tony Blair suscite des émeutes. Y compris lorsqu’il se rend dans une librairie pour dédicacer ses mémoires. (On lui reproche la guerre d’Irak.)
  • Catherine Ashton, effectivement, paraît humble et modeste, et penser que l’Europe à plus à gagner à se faire des amis qu’à délivrer des discours guerriers, voire à s’engager dans des conflits, comme l’a fait M.Blair. 
Le visage, ridicule, de l’Europe pourrait-il changer ? Il est douteux que les fantoches qui nous dirigent tolèrent longtemps un tel scandale.
    Compléments :

    Amérique fondamentaliste

    L’Amérique est une anomalie : seul pays riche ultrareligieux. (Religious Outlier.)  Tentatives d’explication :
    • Bronislaw Malinovski. Sa théorie : le rôle de la religion est d’aider l’homme à faire des choix qui correspondent aux intérêts de la société. Contrairement aux autres pays « développés » l’Amérique est ultra-individualiste. En Europe, au Japon… l’homme est encadré de près par les lois explicites de la société, pris en charge par elle. Pas aux USA.
    • Max Weber. Le fondement du capitalisme c’est le protestantisme. L’essence du modèle américain est religieux ? Sans religion l’individualisme ambiant disloque l’édifice ? (WEBER, Max, L'Ethique protestante et l'esprit du capitalisme, Pocket, 1989.)
    • Un billet récent observe que l’homme a commencé à penser que le monde était rationnel, à partir du moment où il a construit une société qui lui a permis d’éliminer l’incertitude de sa vie. Jusque-là ses religions lui disaient qu’il ne fallait pas en demander trop au monde. Le faible niveau de structure sociale américain introduit-il une haute dose d’imprévisibilité dans l’existence individuelle, qui a besoin d’aide pour supporter son sort ? 

    Contrôle de la finance

    Comment éviter aux banques de créer une faillite mondiale ? L’exercice consiste à chercher un moyen pour que la faillite d'une banque ruine ses actionnaires, mais pas le contribuable.
    • Première mesure : augmenter les réserves des banques. 
    • Mais des réserves qui élimineraient tout risque ne sont pas compatibles avec le fonctionnement de l’économie. Il faut donc pouvoir s’occuper des faillites résiduelles. Les USA ont monté une autorité qui prendra le contrôle d’une banque en difficulté et répartira ses pertes conformément à la logique économique. 
    • Mais, nouveau problème : les banques sont endettées les unes par rapport aux autres. Si certaines semblent fragiles (et les santés bancaires sont corrélées), et donc menacées d’un redressement musclé, elles ne seront plus alimentées. Nouvelle solution : pour éviter une panique, l’action du régulateur est réduite seulement à une partie (critique) du bilan de la banque administrée.
    Voilà, à mon avis, comment devrait fonctionner un monde en bonne santé : une mise au point de solution à ses problèmes par échange entre les beaux esprits expérimentés de la planète. Loin des utopies qui l’ont ravagée. 

    samedi 4 septembre 2010

    Irak et liberté

    Reportage de la BBC (From our own correspondant). Un irakien explique qu’il a perdu sa liberté. Ses opinions pourraient lui coûter la vie (il part d’ailleurs aux USA). Sous Saddam il faisait ce qu’il voulait.

    Le régime de Saddam était occidentalisé, son renversement a amené le déchaînement des forces traditionnalistes, muselées jusque-là ? Résultat d’un changement mené par des idéalistes : l’inverse de ce qu’ils en attendaient ?

    Blair l’américain

    Tony Blair a écrit ses mémoires. Curiosité : il parle comme un PDG américain. En particulier, il considère les électeurs comme des consommateurs, qui ne peuvent donc jamais se tromper. De ce fait, il est ridicule d'avoir des partis politiques : il faut évidemment des produits qui répondent à la globalité du marché.

    M.Blair, ou sa femme, n’avait pas besoin d’être un agent de la CIA pour faire la politique de George Bush : il est pénétré des valeurs de l’élite des affaires. Peut-être est-ce la séduction qu'elle opère sur ses homologues étrangers (et en particulier sur notre président) qui explique que les théories libérales ont eu un tel succès ces dernières décennies ? A quoi ressemblerait notre planète si les gouvernants chinois avaient écouté ce chant de sirènes ?

    Les carrefours de la ville

    Film de Rouben Mamoulian, 1931.

    Pour une fois, pas de leçon de morale compliquée. C’est rapide, efficace, élégant. « No hard feelings ».

    Proche du muet dans lequel l’acteur savait faire passer ses émotions par son attitude ? (« We didn’t need dialogue, we had faces » dit Gloria Swanson dans Sunset Boulevard.) Peut-être aussi des films allemands de l’époque. Mais là je n’en sais pas assez. 

    vendredi 3 septembre 2010

    Dépression américaine ?

    Les employeurs américains seraient parvenus à transférer une partie du coût de l’assurance santé de leurs salariés sur ces derniers. C'est ça ou le chômage. (Shifting the Health Cost Burden.)

    Or, si l’entreprise réduit le salaire de ses employés, elle déprime son marché. Cercle vicieux de la dépression.

    Limites d’un excès de liberté ? L’équilibre de l’offre et de la demande n’est pas un équilibre stable ? Quand l’un a un avantage sur l’autre, il pousse cette avantage à l’absurde, sans penser que leurs sorts sont liés ? 

    Fusion Deutsche Bahn SNCF

    Il existerait un joint venture entre la Deutsche Bahn et la SNCF. Mais, elles s’affrontent sur le marché européen.

    Elles feraient mieux de s’unir, les forces de l’une sont les faiblesses de l’autre. La SNCF est pauvre, son fret est calamiteux, mais le transport passagers est florissant. C’est le contraire pour Deutsche Bahn. (Trouble ahead.)

    Mais comment rapprocher deux cultures aussi différentes ? Les précédents ne sont pas brillants. EADS vit difficilement, AREVA et Siemens se sont séparés… 

    Troisième Reich

    Mosse, George L., Les racines intellectuelles du Troisième Reich, Points 2008. Histoire de la pensée « Völkish ». Elle semble avoir beaucoup en commun avec la pensée nazie.

    Elle serait née avec le romantisme du début du 19ème siècle, comme une réaction à la transformation de la société, aux bouleversements sociaux qui érodent la situation de la bourgeoisie et de l’aristocratie terrienne, et contre les idées qui sont à son origine, celles des Lumières. Elle s’est nourrie des frustrations et des épreuves subies par des hommes malmenés, méprisés, massacrés, divisés, pendant des siècles, par les événements de l’histoire, et qui aspiraient à retrouver la gloire de leur passé, et à fonder une nation.

    Au progrès, et à l’espoir de l’avenir radieux promis par les Lumières, ils préfèrent le retour vers une sorte de paradis perdu, le Moyen-âge, époque où l’Empire Germanique est le défenseur des valeurs de l’Occident. À la raison, à la science, à l’individualisme, à l’urbanisation, au libre échange, au matérialisme, on oppose l’émotion, l’intuition, le corporatisme et le protectionnisme, le paysan comme source du bien, l’enracinement dans une culture commune, le « peuple » comme essence génératrice de l’individu le liant au « cosmos ».

    C’est un mouvement bourgeois, élitiste, dont le vecteur principal a été l’intellectuel, l’enseignant, massivement victimes du chômage.

    L’antisémitisme est son compagnon de route. Parce que le juif est un agent du progrès, et l’exécuteur des basses œuvres du capitalisme ? Parce qu’on jalouse sa réussite et on veut la lui voler ? Mais la question demeure théorique. Les Juifs sont vus par certains comme un peuple, qui doit vivre une vie séparée, voire rejoindre un concert des peuples. Pour d’autres, le Juif peut s’assimiler. Curieusement les Juifs sont attirés par le mouvement Völkish, ils envoient leurs enfants dans ses écoles, la pensée sioniste paraît s’en être inspirée. Était-ce une tentative crédible de réponse à des aspirations largement partagées ?

    D’ailleurs, il semblerait que la révolution Völkish ait été perçue comme une révolution de la pensée, à l’image de la réforme de Luther. Utopie ? Mais elle faisait peur : elle refusait le capitalisme, donc l’édifice social.

    Pourtant Hitler en a fait une réalité. Il a raccroché le mouvement Völkish aux deux composants de la société qui en étaient exclus : les masses et le grand patronat. Il a réalisé la « révolution allemande » attendue par les Völkish, mais sans bouleversement social inacceptable. L’axe du mal était le Juif. L’avènement du paradis germanique ne demandait rien de plus que son élimination.

    Les sympathisants Völkish se sont ralliés au nazisme, à contrecœur et faute de mieux.

    Commentaires :

    Notre vision de la pensée Völkish est biaisée par son destin effrayant, et ses aspects ridicules (le Moyen-âge, les opéras de Wagner…). On en a fait une malédiction qui se serait abattue sur une Allemagne bouc émissaire. Une telle horreur n’est-elle pas inhumaine ?

    Or ses idées sont présentes partout, depuis longtemps. Le romantisme c’est le bien, n’est-ce pas ? Et puis, à regarder de près les concepts fondateurs de la philosophie allemande, de sa sociologie, de son économie… une pensée que nous admirons tant aujourd’hui et qui a tant inspiré la pensée mondiale d’avant et d’après guerre, ne retrouve-t-on pas ceux de la pensée Völkish ? Mieux, les films de Capra ou ceux de Clint Eastwood ne nous montrent-ils pas des héros Völkish, des gens simples venus du peuple, de la campagne, aux convictions chevillées au corps… qui ramènent dans le vrai et le bien une société décadente, corrompue par l’illusion intellectualiste ? L’affrontement entre la France d’en haut et la France d’en bas, entre ceux qui pensent et ceux qui ressentent, entre Barack Obama de Harvard et Sarah Palin d’Alaska, n’est-ce pas la même chose ?

    D’ailleurs, aussi terrible que cela puisse paraître, la solution qu’a trouvée Hitler aux aspirations allemandes n’était-elle pas la seule qui était acceptable à la société de l’époque ?

    C’est peut-être parce que l’histoire est écrite par les vainqueurs que nous la voyons comme une progression ininterrompue vers la lumière. Mais ce fut un changement terrible, auquel a tenté de s’opposer une énorme majorité de la population mondiale, sa victime. (Si un grand nombre d'Allemands se sentait Völkish, beaucoup d'autres épousaient les thèses marxistes : ça laisse peu de monde pour défendre nos valeurs actuelles...)  Depuis le 17ème siècle notre histoire n’est que révolutions. Révolution anglaise, Révolution française, Communisme (Russie, Europe de l’Est, Chine…), Nazisme, et peut-être Consensus de Washington, avènement du capitalisme sur terre. Succession d’utopies désastreuses, de pestes sociales ?

    Et si la cause de ce changement était la « raison » ? L’homme a cru qu’il devait construire le monde selon ce que lui dictait sa raison. Il n’a pas vu les conséquences de celle-ci. Comme le disait un romantique, triste victime du changement, Tocqueville :
    tous pensent qu’il convient de substituer des règles simples et élémentaires, puisées dans la raison et dans la loi naturelle, aux coutumes compliquées et traditionnelles qui régissent la société de leur temps (…) dans l’éloignement presque infini où ils vivaient de la pratique, aucune expérience ne venait tempérer les ardeurs de leur naturel.
    Et si notre histoire était celle de la découverte que la raison a des conséquences imprévues ? Et si, pour accepter cette réalité, cette raison avait eu besoin d'inventer les moyens de mesure des dites conséquences ? Et si le développement durable n’était rien d’autre que cela : la tentative de créer un monde qui obéisse à la raison, mais sans que cela ne nous retombe sur le nez ? 

    jeudi 2 septembre 2010

    Emploi français

    Un article du Monde dit la même chose de l’emploi en France qu’aux USA (voir billet précédent). D’un côté de riches qualifiés employés par des multinationales, de l’autre des chômeurs sans qualité. Il faut comprendre les multinationales : notre marché est « saturé », et nous ne sommes pas « compétitifs ». Fatalité donc.

    Comme aux USA, ce raisonnement est une prédiction auto-réalisatrice. C’est parce que les grandes entreprises ont cherché moins cher ailleurs, qu’elles ont exporté leurs compétences clés, et qu’elles ont appauvri le marché national par le chômage. Et qu’il n’a pas été jugé bon de développer les talents locaux. D’ailleurs nos ingénieurs sont devenus des employés de banque

    Comme BP, si nos multinationales sont aussi remarquablement rentables, c'est parce qu'elles ont essoré leur petit personnel et économisé sur la recherche. Elles ont hypothéqué leur durabilité. Les bénéfices exceptionnels du CAC40 sont une très mauvaise nouvelle. 

    Emploi américain

    Ce que me disait un ami qui vit aux USA se confirme : énorme déficit d’ingénieurs, peut-être, plus exactement, de scientifiques (70% des étudiants en doctorat sont d’origine étrangère). Or c’étaient eux le moteur de l’innovation nationale…

    Autre particularité : il ne semble plus y avoir de place pour les qualifications intermédiaires, qui, lorsqu’elles sont mises au chômage et parviennent à retrouver un travail, doivent accepter des petits boulots dans les services, bien moins payés que leurs anciens emplois. (New Job Means Lower Wages for Many.)

    Vers une société faite d’une petite élite riche entourée de serviteurs pauvres ? 

    Compléments :
    • Pour le moment mes prévisions semblent meilleures que celles de Madame Lagarde, qui pensait que la crise ne serait qu'une formalité pour un pays aussi admirable que les USA.

    Raison du peuple

    Influencé par un livre traitant de l’Allemagne d’avant guerre, je me suis insurgé naguère contre le héros américain humble mais droit, qui défie la raison des plus forts. Comment être sûr qu’il sait ?

    La réponse du film américain est : le peuple. Ce que dit le héros sonne juste et réveille les consciences. Faux. La plupart des grandes catastrophes mondiales résultent de l'enthousiasme populaire.

    En fait, et c’est la raison de ce nouveau billet, je crois qu’il y a un mi-chemin. Derrière ce qui nous semble naturel, se trouvent des principes enfouis dans l’inconscient collectif. Il suffit de les extraire (cf. l'ethnologie) pour pouvoir les soumettre à un traitement rationnel, qui s’assure que leur application ne conduit pas à des conséquences défavorables, et qu’ils n’entrent pas en contradiction avec d’autres principes tout aussi sacrés.  

    mercredi 1 septembre 2010

    Dehors l’immigrant

    Partout en Europe l’immigrant est un mal aimé. Le correspondant européen de la BBC émet une intéressante hypothèse sur la cause de ce phénomène : « malaise dû à la vitesse à laquelle la société change, et inquiétude que des sociétés puissent développer des communautés distinctes et parallèles ».

    Le modèle national se disloque ? Ceux qui ont la possibilité de se replier sur une identité résiduelle le font ? L’apparition de communautés distinctes suscite la rancœur de la majorité restante contre elles, ce qui accélère la séparation ?

    Faut-il redonner une identité séduisante à la nation, ou inventer une superstructure qui permette la cohabitation fructueuse de « petites » cultures, y compris non nationales ? Après tout, il y a sûrement plus à gagner qu’à perdre de la diversité.

    Si l’on veut que notre culture accepte la diversité, il faut la faire changer. Comment ? La technique habituelle pour cela est la jurisprudence. On utilise les crises que pose l’apparition de communautés distinctes. Elles révèlent un conflit entre des règles implicites des deux communautés, qu’il s’agit de pêcher dans l’inconscient collectif (d'où complexité de l'exercice que certains sociologues américains appellent « dialogue »). La « jurisprudence » consiste à élaborer des règles nouvelles qui transcendent ces oppositions apparentes. 

    Développement durable = risque

    Conversation avec un assureur de PME / PMI. Pour lui le « développement durable c’est le risque ». 

    Et le risque majeur, c’est que l’entreprise disparaisse. La performance de l’entreprise doit être durable. Elle doit, outre avoir une politique intelligente de gestion de ses risques, se différencier, innover (« créer de la valeur client »), optimiser ses processus (techniques lean), développer son image, et, plus généralement, son « capital immatériel ».

    Seules 10% des entreprises seraient sensibles à ce discours. Elles se caractérisent par une stratégie, de l’innovation, la volonté, éventuellement, d’accueillir du capital extérieur. Les autres ont, typiquement, une direction centralisatrice et une totale incapacité à offrir la moindre résistance à leurs donneurs d’ordres. 

    J'ai retrouvé mon expérience dans cette discussion !

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    Les thèmes du mois.

    Puberté précoce

    En quelques années l’âge de la puberté a reculé de manière surprenante. On soupçonne des causes environnementales plutôt que génétiques.

    Parmi celles-ci l’obésité, et des composés présents un peu partout dans ce que produit l’entreprise (nourriture, plastics…) que le corps confond avec des œstrogènes ou de la testostérone. Parmi les inconvénients, outre le fait de démarrer sa puberté à 6 ans, il y a, semble-t-il, un risque accru de cancer. (Puberty blues, Early puberty in girls doubles in a decade.)

    De telles causes « environnementales » sont de plus en plus souvent évoquées, notamment pour expliquer l’autisme.

    La question du développement durable ne serait-elle pas théorique et abstraite ? Le danger que nous fait courir notre mode de développement actuel serait-il proche et concret ?… 

    mardi 31 août 2010

    Les causes de l’obésité

    L’obésité a atteint des proportions étonnantes aux USA : 1/3 de la population est obèse. Le poids moyen des femmes d’1m62 appartenant au 90ème percentile de poids aurait augmenté de 70% en un siècle.

    Alors que le poids de l’Américain serait resté stable pendant longtemps, il aurait progressé en deux paliers, après chaque guerre. Chaque évolution serait corrélée avec une révolution technologique : d’abord la voiture et la radio, puis la télévision et les fast foods.

    Tout changement, y compris technologique, demande un accompagnement, pour qu’il n’ait pas des conséquences néfastes. 

    Avenir de l’agriculture

    The Economist estime que le monde doit s’inspirer du miracle agricole brésilien : « recherche, grandes fermes à forte intensité capitalistique, ouverture aux échanges et aux nouvelles techniques d’exploitation ». Autrement dit OGM et industrialisation à outrance. Ou encore la logique économique de la Révolution industrielle glorifiée.

    Cependant, ce type d’agriculture est-il durable ? Peut-on en juger les conséquences sur quelques décennies ? Toutes les « révolutions vertes » ne battent-elles pas de l’aile (cf. l’Inde) ? Et avant de le généraliser ne serait-il pas mieux de réinventer un modèle basé sur le gaspillage ? 

    Serge Antoine et le développement durable

    Serge Antoine est à l’origine du concept de Développement durable en France. Aménagement du territoire, parcs nationaux, Ministère de l’environnement, DATAR, Club de Rome, Stockholm, Sommet Rio… ce haut fonctionnaire est partout, et partout pionnier. N’arrivant pas à savoir ce que signifiait Développement durable, j’ai pensé qu’il pourrait m’éclairer. Voici ce qu’il dit :
    je n’ai aucune définition toute prête pour le développement durable et je ne veux pas en avoir. Les Français jugent que c’est une notion floue. Tant mieux. (…) La vraie question est de passer de l’état gazeux à l’état solide. (…) Cela signifie faire un peu plus de prospective à long terme, réintégrer des valeurs dans nos systèmes de choix, affiner des choix sociétaux, réaffirmer la solidarité entre les pays du Nord et les pays du Sud, être très attentifs aux transformations géophysiques, climatiques, environnementales. (…)
    La politique de développement durable peut s’affiner. Elle se fait en marchant, un peu comme L’Homme invisible qui devient visible quand on lui pose des bandelettes. Il faut prendre conscience au fait qu’il s’agit là d’une véritable révolution culturelle, d’une révolution dans les comportements, surtout politiques, à laquelle nos habituels schémas d’analyse sont étrangers. (Il) faut éviter de prolonger la simple approche environnementale et (…) il est nécessaire de s’alimenter de manière systémique aux sources de l’économie, de la culture, du social en même temps que de l’écologie, (…) l’allongement en prospective est indispensable, (il) faut transformer tout le monde en “acteurs” et si possible monter des opérations multiacteurs, (il) faut jouer du volontariat et (…) les indicateurs de mesure du suivi sont indispensables.
    Si je comprends bien, le « développement durable » est un concept invisible. Pour le préciser il faut procéder problème par problème, petit-à-petit, ses contours apparaîtront.

    Élégant raisonnement. Malheureusement, il conduit actuellement à un empilage hétéroclite de mesures, possiblement contradictoires (énergie nucléaire = meilleur ami du développement durable ?). Cela fait penser au « Consensus de Washington » : dans les années 90 tout le monde était d’accord sur le fait que le capitalisme avait gagné la partie, mais chacun avait une idée différente de ce que cela signifiait. D’où une série de crises, de corrections du concept… Jusqu'à ce que le consensus n'en soit plus un. 

    lundi 30 août 2010

    Sales gosses

    La vie en famille tendant à ressembler à de la conduite du changement, mes amis et mes clients me parlent de leurs enfants. Je découvre la crise de l’adolescence et surtout les dégâts que font les divorces. Une discussion récente m’a fait avoir l’idée suivante :

    Le problème de l’adolescent serait un problème de repères. Il découvre un monde nouveau dont il ne comprend pas le sens. En donnant de la tête contre les murs, l’adolescent comprend qu’ils existent, et apprend les règles de la société. Sa vie prend un sens. Il se calme.

    L’adolescent ferait donc comme certains de mes clients : ils me disent que ce qu’on leur demande n’est pas possible, afin que je leur démontre le contraire, et qu’ils en arrivent à se figurer comment mener à bien leur mission.

    Le malaise de l’adolescent (de mes clients ?) serait accentué par le fait que depuis 68 notre société nage dans un grand « relativisme », et que l’Éducation nationale est son bastion. Du coup, selon une de mes expressions favorites, nous restons au stade « jeune con » mal dans sa peau, sans parvenir à devenir de « vieux cons », suffisants et contents d’eux.

    Cela expliquerait aussi le succès de l’enseignement privé, qui a conservé quelques valeurs solides, rassurantes.  

    Changement au Pakistan

    Le Pakistan était féodal. De grandes familles possédaient les terres, les biens et gouvernaient les existences. L’urbanisation galopante fait émerger de nouveaux dirigeants politiques, issus du peuple. Seront-ils aussi favorables aux intérêts de l’Occident que leurs prédécesseurs ? (Upstarts Chip Away at Power of Feudal Pakistani Landlords.)

    Obama mauvais politique ?

    Obama et l’armée. Son salut est plus impeccable que celui du militaire de carrière, il maîtrise mieux les dossiers que lui, et il décide vite et bien, comme un militaire. Mais il ne veut pas que ça se sache, que ces guerres détournent le pays de ce qui compte pour lui : ses réformes internes. Et pour cela il s’inspire d’Eisenhower.

    Mais est-ce bonne politique ? Ce que je crois sa droiture, qui le conduit à une grande discrétion, donc à un déficit d’image, fait qu’il prête le flanc à toutes les attaques. Ne devrait-il pas, comme nos politiques français, mieux promouvoir ses actions, quitte à compromettre un peu les intérêts de la nation ?

    Peut-être pense-t-il qu’à long terme justice lui sera faite ? Une forme de respect pour son peuple ?

    Compléments :
    • Le cas d’Eisenhower. Il savait ce que nous avons appris depuis, que l'URSS était dans un état déplorable. Il ne servait donc à rien de s’engager dans un surarmement, qui ne pouvait qu’être fatal aux finances de l’Amérique. L’histoire lui a donné raison : Kennedy n’a pas eu son intelligence. D’où déficit, renoncement à Bretton Woods (Nixon), ce qui ne règle rien. Depuis un demi-siècle l’Amérique vit à crédit. (Pour Eisenhower et Kennedy, voir le livre dont parle Grand expectations.)

    Coutumes américaines

    Élections sénatoriales américaines. Des candidats sont prêts à donner 25 à 50m$ de leur poche simplement pour pouvoir être sélectionnés par les primaires de leur parti. Michael Bloomberg a payé 100m$ pour se faire élire maire de New York (à chaque élection il dépense plus…).

    Les coutumes américaines diffèrent des nôtres. Chez nous un homme riche qui ferait de la politique serait discrédité immédiatement, surtout s’il utilisait sa fortune pour se faire élire.

    Du coup les Américains ont des candidats généralement riches, mais qui sont arrivés tard en politique après une vie active qui leur a ouvert les yeux. Chez nous nous avons des politiques généralement issus de la fonction publique et qui n’ont connu que l’appareil de leur parti et sont nourris de principes artificiels. Chaque système a ses avantages et ses inconvénients, mais aucun n’est exportable. 

    dimanche 29 août 2010

    Angleterre pacifique

    Un billet récent laissait entendre division des nations et guerres fratricides étaient une fatalité.

    Les Anglais le démentent. Ils sont une des rares nations à ne pas vouloir jeter l’immigré à la mer, et ce en dépit de fortes tentations. Pourquoi ? Parce que gouvernement de coalition : une politique extrême le ferait exploser.

    Et s’il y avait là une solution à explorer ? (D’ailleurs, l’Allemagne n’est-elle pas à son meilleur quand elle est dirigée par une large coalition ?)

    Gendarme du monde

    L’Amérique dépense près de la moitié du budget militaire mondial. J’ai l’impression que l’Europe et le Japon jouent un tant soi peu les parasites, vis-à-vis d’elle, lui laissant policer le monde.

    Du coup, on doit avoir le phénomène décrit par Mancur Olson : l’Amérique nous apporte le « bien commun » qu’est la paix mondiale ; à coût faible pour nous ; mais elle le fait d’une manière un peu bancale, qui n’est pas optimale pour la planète. (De même qu’une société pourrait construire une route pour les besoins d’une de ses usines : elle ne serait pas idéale pour les besoins du reste de la communauté.)

    État carcéral

    « En 2012, le ministère du travail prévoit que les États-Unis auront plus d’agents de sécurité privés que d’enseignants du secondaire » dit une étude de la répartition entre population productive et non productive d’un pays.  (Les improductifs de l'étude sont réduits aux personnes qui font respecter la sécurité.)

    En 2002, 26% de la population américaine travaillait dans la sécurité, une proportion exceptionnellement élevée.

    Explications possibles ? Une société qui ne contrôle pas « par construction » ses membres comme le font des sociétés moins individualistes (Allemagne, Japon…), ou peut-être aussi des inégalités qui ne sont pas acceptées par la population, et que la force doit faire respecter.

    Cette organisation sociale ne vise donc pas à l’optimisation de la richesse de la nation (cf. Adam Smith), en mettant le maximum de monde au travail. L'inégalité semble plutôt son principe. Ce qui ne signifie pas forcément un complot des riches contre les pauvres, car l’individualisme semble produire naturellement ce phénomène (The logic of collective action).

    Compléments :
    • Cet article m’a particulièrement frappé parce qu’un de mes livres fait une analyse similaire de l’entreprise. L’entreprise américaine (et la nôtre par imitation) tend à s’organiser selon le modèle défini par Taylor : un très grand nombre de cols blancs (dirigeants, contrôleurs de gestion, qualiticiens, consultants, acheteurs… et leurs très coûteux progiciels de gestion) contrôlant des cols bleus et des sous-traitants sans qualification et sans défense. Ce mode d’organisation est beaucoup moins efficace qu’une démocratie de personnels qualifiés contrôlés par une culture forte. Il parait justifié non par sa compétitivité, mais parce qu’il donne aux dirigeants de ces organisations des revenus sans commune mesure avec ceux qu’ils auraient obtenus dans un modèle démocratique. 

    samedi 28 août 2010

    Rom théorique

    Je suis un Martien pavlovien. Dans un billet, Hervé Kabla décrit les Roms. Eh bien, pour moi c’étaient des êtres théoriques. Je n’avais pas mis de visages sur le concept. Ce qui ne m’a pas empêché d’écrire à leur sujet. Ce blog réagit mécaniquement à l’événement.

    Ce que dit Hervé est que le Rom est quelqu’un que je rencontre tous les jours depuis toujours, et qui fait tellement partie de mon paysage que je ne le vois pas comme quoi que ce soit de particulier. Bien sûr, un dirigeant de CCI m’a parlé des problèmes que posaient ses campements qui s’installent rarement où il faut, et qu’il a beaucoup de mal à faire déplacer. D’une manière générale les Roms semblent être une source de frustration pour certaines administrations et populations locales. Mais c’est bien peu par rapport aux calamités qui nous affligent par ailleurs ! Pourquoi faire un tel raffut à leur sujet ? (D’ailleurs raffut semble le terme adapté : le gouvernement aurait pu les déplacer sans bruit. Le bruit était certainement son objectif.)

    Mais il y a une bien plus grande surprise : c’est à quel point ce geste ridicule rencontre d’écho dans la population. Le sondage le plus favorable aux Roms donne l’exclusion à 48% contre 42. Plus exactement ce qui est inattendu est le décalage brutal entre le discours des journalistes et ce que pense une large part de l’opinion publique. Y a-t-il deux France aux valeurs antinomiques, celle qui domine étant extraordinairement minoritaire ?

    Mais pourquoi la nation devrait-elle être homogène ? Ce n’est pas parce que l’égalité est une de nos valeurs qu’elle devrait être réalisée. Au fond, le pays a toujours été divisé, il n’y a aucune raison qu’il se soit fondu en un bloc par miracle.

    Et si la nouveauté était que, justement, le gouvernement ait décidé de nier cette fiction ? Que notre division soit utilisée par lui à des fins politiques - tactique de Nixon ?

    En tout cas, l’élite des médias lui a emboîté le pas. Réaction épidermique et dogmatique totalement disproportionnée, disant, par exemple, que les Nazis ont entamé leur plongée dans l’abîme en diabolisant les Roms (une universitaire interviewée par RFI il y a quelques jours).

    Alors, à quand une élite politique qui chercherait à nous unir ? Un B.Obama français ?

    Mais qu’a-t-il gagné à vouloir rassembler sa nation ? La haine de tous. C’est un monstre pour les Républicains, alors qu’il fait leur politique, et les démocrates le haïssent, infiniment plus que leurs adversaires, pour ne pas avoir déclenché un Grand soir purificateur.

    Voici une leçon pour l’apprenti leader du changement. Celui qui veut le bien collectif court le risque quasi certain de ne se faire que des ennemis. Il est bien plus sûr de choisir un camp et de se lancer dans une saine lutte fratricide.

    Compléments :
    • Tough-guy Sarko.
    • De Gaulle voulait unifier la France. Mitterrand et Pompidou se sont mis d’accord pour se la diviser

    Solo pour une blonde

    Film de Roy Rowland, 1963. Mais comment a-t-on pu ressortir un tel navet ?

    L’acteur principal est la caricature du Peter Sellers de La Panthère rose. Tout petit, beaucoup plus large que haut, pas de cou, un chapeau ridicule et un trench-coat qui l’embarrasse. Et il est supposé être un tombeur. Explication : c’est l’auteur du livre dont est tiré le film, il a voulu jouer les héros…

    C’est curieux que l’imaginaire d’après guerre ait eu besoin de ce type de personnage, de détective privé, gros dur, imbibé d’alcool, et qui tombe amoureux comme une midinette. Peut-être reflet d’une époque sans liberté de mœurs, où l’homme rêvait à la fois de la femme idéale et de conquêtes multiples ? 

    vendredi 27 août 2010

    Intelligence collective ?

    La taille du cerveau humain ne semble pas exceptionnelle, simplement corrélée à la taille du corps. Une nouvelle fois je me demande si ce qui fait notre particularité n’est pas simplement notre capacité à créer en groupe.

    Herbert Simon définit ainsi notre « rationalité limitée » : être rationnel est obtenir ce que l’on veut, et l’homme construit un environnement (la société) dans lequel il sait ce qu’il peut vouloir et comment l’obtenir. Sa rationalité est limitée à cet environnement.

    Effectivement le règne de la raison ne s’est imposé que lorsque la société a été suffisamment organisée, pour que l’homme sache obtenir ce qu’il voulait d’un monde qui n’était plus anarchique. J’observe aussi que les sociétés chaotiques (moyens-âges occidental et chinois) ont développé des modes de pensée qui poussaient l’homme à accepter son sort (cf. Bouddhisme et Christianisme).

    Compléments :

    jeudi 26 août 2010

    Rôle du capital investissement

    Les fonds de capital investissement seraient essentiels à une économie capitaliste, la bourse n’étant pas apte à réformer les entreprises, ces fonds les sortent de la côte, ce qui leur donne la tranquillité nécessaire pour les réformer. Mais ils ont fait perdre beaucoup à ceux qui leur ont prêté l’argent de leurs montages à effet de levier. Voilà ce que dit, en substance, Less pomp and circumstance.

    Ce qui ne me convient pas tout à fait. Les fonds que j’ai rencontrés semblaient surtout chercher des gains rapides (rarement plus de 5 ans). Ils sont peuplés exclusivement de financiers dont la logique est celle de « l’arbitrage », pas de la vision stratégique.

    On n’a pas encore trouvé mieux que l’État pour sauver des industries mal gérées…

    Compléments :

    Indépendance de la presse

    Je suis régulièrement réveillé par la voix sentencieuse d’un journaliste de France Musique en lutte contre le gouvernement.

    Quel est l’intérêt de cette information ? (En dehors de me faire sortir de mon lit avant son début ?) Intérêt identique à celui de la presse communiste de mon enfance ?

    Idem pour les films que défend France Culture. J’imagine qu’elle se croit le devoir de faire connaître des personnalités méritantes. Mais c’est contre-productif : comment faire confiance à une pensée militante !

    Quand les journalistes comprendront-ils que notre capacité intellectuelle n’est pas inférieure à la leur ? Qu’ils doivent nous donner des informations, pas nous dire quoi penser ? 

    Malédiction de l’euro ?

    Les Anglo-saxons se gaussent des prétentions délirantes de la zone euro : elle veut faire revivre l’étalon or.

    Les économies des pays ne fonctionnent pas à la même vitesse. Garantir un taux de change constant force, comme l’a découvert la Grèce, le peuple au sacrifice : réduction de la protection sociale, des salaires, des emplois. La démocratie entre alors en jeu, et renverse les gouvernements qui font respecter l’orthodoxie économique. Au passage les spéculateurs auront fait des fortunes colossales.

    Pour corser les choses, et précipiter le chaos, il y a un effet pervers. Un tel système demande un ajustement à la fois de l’économie excédentaire (l’Allemagne) et de l’économie déficitaire (la Grèce ou la France). Mais la première ne voit pas pourquoi se transformer. Par conséquent les ajustements se font systématiquement vers le bas – et inutilement douloureusement, déflation. (Paper chains.)

    Certes, mais ceci signifie que le changement est difficile, non qu’il est impossible. D’ailleurs, cela fait au moins vingt ans que nous le vivons, sans qu’aucune de ses crises n’ait disloqué l’attelage. Et peut-être avons nous quelques atouts ? Une protection sociale (pour éviter des chocs trop importants) et un État (pour coordonner les ajustements) forts ? Les Anglo-saxons ne  désirent pas les acquérir. Ils espèrent donc notre échec ?

    Compléments :
    • Ce qui rend acceptable le changement européen est probablement, donc, la protection sociale. Attention, à ne pas trop l’affaiblir ? Méfions-nous du conseil de l’économiste anglo-saxon pour qui ce système plombe notre efficacité économique ?
    • Histoire du système monétaire international.




    mercredi 25 août 2010

    Angleterre inégalitaire

    D’une certaine manière la théorie de M.Sarkozy selon laquelle en imposant celui qui veut s’enrichir, on appauvrit la nation semble infirmée par l’expérience anglaise :

    Depuis les années 80 l’inégalité croit rapidement en Angleterre. Mais il n’y a pas eu la flambée de talents que l’on attendait. Les riches se sont enrichis « La Grande Bretagne est le plus socialement immobile des pays de l’OCDE, pour qui ce club de pays riches a des données », et les pauvres se sont appauvris : « « broken Britain », comme certains nomment la pauvreté endémique et le désœuvrement trouvés dans certains quartiers désolés », c’est tout. (Great aspirations.)

    Et l’économie locale, fort sinistrée, n'a pas profité d'un élan créatif sans précédent.

    Compléments :

    Schizophrénie française

    Ce qui est curieux est qu'à un moment où l'organisation de la planète traverse une zone de turbulence, où le chômage est à des sommets, où l'euro risque de nous contraindre à des révisions déchirantes, où notre modèle est en crise existentielle... notre gouvernement paraît avoir un seul programme politique, une seule idée, la sécurité. Ce qui est encore plus inattendu, compte-tenu de cette obsession, est que les budgets de la police sont en diminution marquée, si j'en crois la radio.

    De même l’État se décharge de plus en plus de ses responsabilités sur les chambres de commerce, alors qu’il leur coupe les vivres et aimerait qu'elles se comportent comme des entreprises. Nos « champions nationaux » sont encouragés à conquérir le monde à coup d’acquisitions, alors qu’ils n’ont pas d’argent…

    Comment expliquer cette schizophrénie ? Le gouvernant croit que ce qui sonne juste doit être faisable, il ne se préoccupe pas des contradictions entre ses propos ? Le Français n'a aucun sens pratique, il croit au miracle de la parole ?...

    Prison privée

    Privatiser les services de l’État est supposé les rendre plus efficaces. Le cas des prisons aux USA montre les limites de ce raisonnement.

    Une fois un contrat obtenu, la prison privée est en situation de monopole. Par conséquent, elle augmente ses tarifs, et réduit ses services. Parallèlement, ses syndicats d’employés et ses entreprises sont redoutablement efficaces pour amener le pouvoir politique à durcir sa politique de répression.

    Faire jouer les forces du marché sans effet pervers est extrêmement complexe…

    Pakistan explosif ?

    Les malheurs qui s’abattent sur le Pakistan vont-ils plonger le pays, et nous avec, dans le chaos ?
    • Son gouvernement est risiblement inefficace et corrompu, et haï par la population.
    • L’armée et des mouvements extrémistes, les seuls à agir, comptent bien tirer les fruits de leurs efforts.
    • Mais la population, dans sa grande majorité, est humble mais droite et modérée. Une fois de plus elle absorbera la calamité.
    Le pays devrait donc continuer à avancer en boitant et en souffrant.

      mardi 24 août 2010

      Roms et gens du voyage

      Ces derniers temps j’ai découvert un vocabulaire nouveau : « Roms et gens du voyage ».

      Cela m’a rappelé une chronique entendue il y a quelques années sur la BBC. On y disait, un peu tristement, que les trains anglais avaient des horaires aléatoires, mais que les compagnies ferroviaires avaient de beaux noms, et que des voix charmantes y annonçaient les retards - colossaux. Il en était de même pour Enron, qui avait un code d’éthique que les universitaires donnaient en modèle.

      Nous avons cru qu’il suffisait de repeindre les maux du monde en couleurs riantes, et de faire des autodafés de ceux qui ne parlaient pas bien, pour faire de la planète un paradis ? 

      Grand moment de l’hypocrisie bien pensante, de terrorisme intellectuel ? Ou monde dominé par des intellectuels, des diplômés, des gens dont la réalité n’est que mots ? 

      Contre la générosité.

      Une étude semble montrer que l’homme n’aime ni l’égoïste, ni le généreux, qui nous fait sentir que nous ne sommes « pas bien ». (Too good to live.)

      En fait, je me demande si ce n’est pas une illustration d’un des principes trouvés par Robert Cialdini : la logique de la société est de rendre ce que l’on a reçu, si quelqu’un donne « trop », nous devons aussi rendre « trop », ce qui ne nous va pas.

      Celui qui veut être généreux, par conséquent, doit faire comme si il n’avait rien donné, pour ne pas se faire d’ennemis.  

      M.Smith au Sénat

      Film de Frank Capra, 1939.

      Une fois de plus l’homme simple et pur fait triompher la justice, et suscite la rédemption de quelques brebis égarées, et la perte de celles qui se sont excessivement corrompues (voir par exemple Un shérif à New York). C’est la recette du Tea Party.

      Plus surprenant, je retrouve ici ce que dit l’ouvrage que je lis actuellement. Il parle du rejet par l’Allemagne d’avant guerre de la rationalité pour l’intuition et de la ville corruptrice pour la nature pure et saine. Une pensée qui a mené au Nazisme. La haine du capitalisme et du progrès était-elle massivement répandue à l’époque, partout dans le monde occidental ? 

      Vues les souffrances des peuples, alors, c’est compréhensible, mais pourquoi y aurait-il des âmes pures qui savent naturellement le bien et le mal ? Outre que c’est la faillite de la raison, comment les reconnaître de l’extérieur ?

      Autre thème récurrent : celui de la corruption. Un capitaine d’industrie fait dire ce qu’il veut à la presse d’un État entier. Effrayant qu’une nation puisse être autant soumise à l’intérêt individuel. Ce qui me rappelle une émission entendue récemment sur Werner von Braun : la marine américaine, pourtant totalement incompétente, s’était fait confier le programme de missiles américains, et von Braun, le champion mondial du sujet, était laissé oisif. En fait, c’est remarquable que l’Amérique puisse fonctionner en dépit de tant de stupidité.

      Raison ? Mon hypothèse provisoire est que l’Américain est increvable. Quand il croit être dans le vrai, il ne lâche pas. Les supérieurement magouilleurs gagnent la première manche, mais lorsque le pays est victime de leur logique poussée à l’absurde, son pragmatisme lui fait donner la parole à ceux qui ne l’avaient pas. Sorte de sélection naturelle ?

      lundi 23 août 2010

      Éloge du déclin

      Répondant à mon billet de ce matin, un professeur japonais explique que le déclin du Japon est dû  à la sagesse de son peuple.

      Il a retrouvé, un peu avant le reste du monde, ce que savaient ses ancêtres : il y a plus important dans la vie que produire pour produire.

      Mais un pays peut-il s'isoler des autres ?

      Radeau de la Méduse

      Émission de radio, hier. Je ne savais pas que La Méduse s’était échouée sur un banc de sable par beau temps. Son capitaine n’avait jamais navigué. Pour le gouvernement de la Restauration, la loyauté d’un homme était plus importante que sa compétence.

      Il en aurait fallu peu pour éviter le drame. Le capitaine semble avoir cru que commander s’était en faire à sa tête, que se fier aux autres, lire une carte (!), ou sonder le fond était preuve d’incompétence.

      Métaphore du « déchet toxique » ? Nous sommes placés dans une organisation rarement pour nos compétences, bien plus souvent pour notre adhésion à ses valeurs. Ne comprenant pas ce qui est attendu de nous, nous pensons impressionner nos collègues par nos airs avantageux. D'où erreurs fatales. L'organisation voit le danger, il en faudrait peu pour l'éviter, mais comment peut-elle nous aider sans nous froisser, et puis doit on douter d'un dirigeant ?

      Ceci est le rôle du « donneur d’aide ». En fait, le capitaine de la Méduse en avait choisi un. Mais, il s’agissait d’un philosophe qui n’avait aucune connaissance des environs. Là aussi le parallèle avec l’entreprise est frappant. 

      Japon en déclin

      Il semble que contrairement à ce que me disent les amis qui y vivent, le Japon soit devenu un pays où « l’inégalité des revenus est au dessus la moyenne des pays riches », où « 14% des enfants sont élevés dans la pauvreté », et où « le travail temporaire ou partiel (...) a cru de un cinquième à un tiers de la population active en 20 ans ».

      The Economist, à son habitude, se demande pourquoi le pays demeure paralysé et ne réagit pas.

      N’est-ce pas simplement parce qu’il ne voit rien de motivant dans les solutions qui lui sont proposées ? Il a pensé protéger sa civilisation en transcendant les valeurs de l’Ouest, or, c’est le contraire qui s’est passé. Faut-il persévérer dans l’erreur ?

      Compléments :

      Les amours d’Astrée et de Céladon

      Film de Rohmer, 2007. Seul Rohmer pouvait vouloir faire revivre un succès littéraire du XVIIème siècle, dans l’esprit de l’époque. (Mais fut-ce une bonne idée de faire jouer les acteurs dans les champs et les prés : ils ne semblent pas très à l'aise, et je ne suis pas certain que ce qu'imaginait le lecteur correspondait à cette réalité ?)

      Les personnages d’Honoré d’Urfé parlent comme ceux de Rohmer. Peut-être que ce qui rend ses films si particuliers est qu’il a saisi quelque chose de typique à notre culture, une certaine forme d’esprit, d’élégance, qui n’aurait pas sombré avec l’Ancien Régime, et que l’on trouve, par exemple, chez Madame de Sévigné ou le duc de Saint-Simon ?

      Aussi, étranges espaces que crée l’imaginaire des peuples. Alors que nous nous rêvons en sorciers ou en vampires, l’élite du 17ème siècle s’imaginait en bergers et en nymphes. L’homme a-t-il besoin de se projeter dans des univers où il lui est plus facile d’obéir aux règles sociales que dans le monde qu’il habite ? Moyen de supporter son sort, mais aussi d’intérioriser les valeurs de son temps ?

      Compléments :

      dimanche 22 août 2010

      Angleterre héréditaire

      Je tombe par hasard sur un article parlant d’une vieille famille anglaise, les Sackeville, et du château de 365 pièces qu’elle possède depuis 1603.

      Inconcevable en France qu’une famille noble ait pu se maintenir au fait de la fortune et des honneurs pendant plus de 4 siècles. Particularité de l’Angleterre que lui enviait Tocqueville : les privilèges y sont héréditaires

      Contre l’énergie éolienne

      Il semblerait que l’implantation d’éoliennes aux USA rencontre la résistance de militants écologistes. Cas classique de résistance au changement ?

      Ceux qui trouvent que les éoliennes causent des méfaits à l’environnement sont ceux qui vivent à proximité, mais ne profitent pas de leurs bénéfices financiers, et à qui, en quelque sorte, on les a imposées (cas de la famille Kennedy). Pour les convaincre, il faut que la décision d'installation vienne d’eux (qu’ils soient responsables du changement), même s’ils n’en profitent pas directement. Ou, comme en Europe, qu’obéir aux directives du gouvernement soit une caractéristique culturelle. 

      Supply chain et conséquences imprévues

      Pendant quelques décennies le monde des affaires a vécu à l’heure de la « supply chain ». Il s’agissait de configurer l’entreprise de façon à chercher, partout sur la planète, le moins disant, et à en tirer profit.

      On découvre progressivement que l’on avait oublié quelques coûts cachés dans ces calculs.
      • Une grande partie des gains viennent de ce que les pays émergents ne respectent ni les droits de l’homme, ni la durabilité de la planète. Ce que les multinationales n’avaient pas prévu, c’est que cela pourrait être découvert et rejaillir sur leur image de marque (Huile de palme).
      • Maintenant, on apprend que le tourisme médical peut ramener au pays quelques maladies contre lesquelles on ne sait pas lutter… 

      samedi 21 août 2010

      Intelligence du troupeau

      On parlait de « guerre des talents » aux USA, en France, N.Sarkozy expliquait que l’impôt décourageait ceux qui créaient la richesse, les salaires des dirigeants ont été plus que décuplés… Or, de plus en plus on découvre que les capacités de l’individu ne sont rien par rapport à celles du groupe.

      Et on en vient même à admirer les insectes, qui semblent capables d’une sorte d’intelligence de groupe ultra-efficace, et totalement dénuée des « leaders » des livres de management.

      Après les décennies du tout individuel, redécouvririons-nous les vertus de la société ? 

      Évolution du sport

      Le sport a connu un changement majeur : il est devenu une activité économique.

      Résultat ? Quelques gens extrêmement riches, beaucoup moins de spectateurs (les matchs sont diffusés par des chaînes payantes – en Angleterre l’audience des rencontres internationales de cricket a été divisée par 3), et de la publicité exclusivement pour de la nourriture qui n’est pas saine. En outre, il est l’excuse des hauts salaires des dirigeants, qui se décrivent dorénavant comme des champions.

      Le sport est à l’image de la transformation de notre société. (How did sport get so big.)

      vendredi 20 août 2010

      Soins intensifs

      On se rend compte de plus en plus que le corps est infiniment plus sophistiqué qu’on ne le pense, et que nos traitements pourraient faire plus de mal que de bien, y compris dans les cas apparemment les plus désespérés.

      D’ailleurs, il semblerait qu’en dépit des moyens extrêmement rudimentaires dont disposaient les chirurgiens, seul un faible pourcentage des blessés des batailles anciennes décédait (de l’ordre de 5%).

      L’évolution de la médecine paraît ressembler à ce que je suggère pour les changements de l’entreprise : ne pas passer en force, mais comprendre le corps et seulement alors, et si c’est utile, chercher à l’aider, et encore en utilisant ses mécanismes propres. 

      Histoire récente de l’Allemagne

      A force d'accumuler des billets, j'en arrive à une idée curieuse : et si l’Allemagne avait joué un rôle dans l’histoire récente de l’Europe dont elle n'était pas consciente ? Mon analyse du moment :
      • Réunification. Le chancelier Kohl intègre l’Allemagne de l’Est à égalité avec l'Ouest. La population de l’Est (25% de celle de l’Ouest), se révèlera fort improductive : en dépit de mille milliards d'€ d'investissement le PIB de l'Est n'a pas bougé. Pour ne pas mécontenter l’opinion, M.Kohl emprunte plutôt que de lever l’impôt. La dette de l’Allemagne rejoint le niveau de celle des USA. 
      • Pour permettre cette politique il a besoin de ne plus respecter les critères de Maastricht. Du coup toute l’Europe s’en affranchit. Ce manque de rigueur est à l’origine des problèmes actuels de la Grèce, et de l’Europe en général. Ensuite, l’économie allemande pompe énormément de capitaux (dette), le mark augmente et déstabilise la politique des changes européenne (qui tente de réaliser l’euro), d’où une série de crises, ailleurs en Europe.
      • J’imagine, à ce point, qu’il prélève tout de même sur son économie ce dont il a besoin pour payer ses dettes. Ce qui la plombe. Pour rectifier la situation, le chancelier Schröder adopte une politique libérale qui comprime le système de protection sociale, et réduit de 20% le coût du travail. D’où nouveau déséquilibre européen, et incitation à imiter les réformes allemandes. Or, l’économie de l’Allemagne était naturellement bien placée pour tirer parti de la fortune des pays émergents. (Germany's economy: Back above the bar again.)
      Contrairement à ce que pensent les Allemands, ils n’ont pas été les seuls à faire des sacrifices. Il est même possible que nous en ayons fait avant eux : la crise des années 90 n’a-t-elle pas suscité un fort chômage en France, par exemple ?

      Même si l’on se place sur le plan économique, on peut s’interroger sur la vertu des uns et des autres. Les réformes allemandes, qui maintenant sont le lot de l’Europe, semblent en grande partie due à une unification faite selon des critères politiques et non économiques : l’Europe a intégré d’autres pays de l’est, sans que cela lui fasse aussi mal.

      Compléments :

      Les rendez-vous de Paris

      Film de Rohmer, 1995. Toujours aussi dépaysant, et pourtant filmé dans les lieux où je passe ma vie.

      Éternelle question : y a-t-il vraiment des gens qui parlent comme les acteurs du film ? D’ailleurs l’évolution des mœurs n’a-t-elle pas modifié les rapports humains depuis que Rohmer a eu l'idée de son oeuvre, il y a près de 70 ans ?

      Mais il me semble que ce qui paraît son sujet, le décalage entre nos actes et nos paroles, est un fait de société durable.  

      Autre éternelle question : pourquoi est-ce reposant ? Parce, comme les films japonais, il est question de vie quotidienne, des petits tracas et bonheurs qui l’emplissent, et que cela ne demande à l'homme de se transformer, invraisemblablement ? 

      jeudi 19 août 2010

      Entrepreneuriat social

      Je découvre que l’entrepreneuriat social est à la mode aux USA et surtout en Angleterre, depuis que ces pays doivent faire des économies massives.

      La bureaucratie administrative étant évidemment inefficace, il s’agit d’utiliser le génie entrepreneurial pour la remplacer. Deux réflexions :
      • Chez nous on parle « d’économie sociale ». Elle fonctionne bien et peut recevoir des « délégations de service public ». Cependant, faire fonctionner une association, une mutuelle ou une coopérative est d’une grande complexité, et demande beaucoup de temps et d’efforts. C’est beaucoup moins une question de moyens que d’hommes. Parier sur un miracle rapide semble illusoire.
      • Le modèle anglo-saxon n’est pas clair : on y parle beaucoup d’argent, pour accélérer les succès actuels. on compte aussi sur le dévouement individuel – économies obligent. Mais n’y a-t-il pas risque d’un retour à de vieux démons : faire payer les pauvres pour les services qu’on leur rend, et essorer l’État de surcroît (cf. « workhouses » du 19ème siècle et prisons privées américaines) ? 

      Stratégie de B.Obama

      On annonce la déroute des démocrates aux prochaines élections. Que va faire B.Obama me demandé-je ? Rien. En fait, la situation est compliquée.
      • Dans son camps, il est aux prises avec des bienpensants militants qui l’accusent d’être un vendu, qui n’a pas fait les réformes radicales dont ils rêvaient – et qui révulsent la majorité du pays.
      • Il avait suscité l’intérêt de nouveaux électeurs, mais ils sont probablement déçus qu’il n’ait pas créé le paradis terrestre qu’ils attendaient.
      • À droite, il est l’incarnation du mal (= un socialiste).
      C’est peut-être là qu’est l’espoir pour lui : le Tea party et Sarah Palin semblent en passe de faire élire des candidats républicains inexpérimentés et caricaturaux. Ils pourraient susciter une réaction de rejet supérieure à celle que provoquent les démocrates. Dans tous les cas, s’ils sont élus, on peut se demander comment fonctionnera le pouvoir législatif. 

      Minuit dans le jardin du bien et du mal

      Film de Clint Eastwood, 1997.

      Je n’étais pas allé voir le film à sa sortie, en le soupçonnant d'être intello et abstrait. J’avais tort, j’ai passé un bon moment.

      Mais, au fond, n'est-ce pas un film très moral ? Il montre que l’on peut être homosexuel dans le sud des États-Unis sans pour autant être condamné pour meurtre par la société, et que l’on peut, même, être noir et homosexuel et être sympathique.

      Justification : occupons nous de ce qui est de notre niveau et laissons Dieu juger ce qui est du sien. (Et qui d'ailleurs pourrait nous paraître laid ou sans intérêt, alors qu'il contribue à la beauté du monde ? cf. la parabole du tableau ?)

      mercredi 18 août 2010

      Quel avenir pour l’Irak ?

      L’Irak est dans une situation précaire. Le pays n’est pas gouverné. Sa classe dirigeante, arrivée dans les bagages de l’armée américaine, n’était pas faite pour diriger, mais pour comploter, comme toute opposition en exile. Les voisins du pays (l’Iran, la Turquie, la Syrie, la Jordanie, l’Arabie saoudite et les pays du Golfe) tirent les ficelles du gouvernement.

      Bref, anarchie et forte possibilité de prochaine dictature.

      Ce qui est curieux dans cette histoire est l’impréparation de ce changement (mais, si on avait cherché à le préparer, l'aurait-on fait ?). Au fond c’est une illustration d’un biais de nos élites occidentales : pour elles les problèmes du monde n’ont que des solutions simples, issues de leur esprit. 

      Amérique low cost ?

      Surprenant article : du fait de la crise, les centres d’appel trouveraient l’Américain meilleur marché que l’Indien. Comment interpréter cette nouvelle ?

      Je croyais que pour des années encore le salaire des personnels indiens serait hors d’atteinte des nôtres. Dans les coûts pris en compte, y aurait-il autre chose que le salaire ? Les Américains, qui n’ont pas de salaire minimal ?, seraient-ils prêts à toutes les extrémités ? Mais peut-on vivre avec un salaire indien en Amérique ?

      Les oiseaux

      Hitchcock, 1963.

      Film surprenant, qui ne ressemble pas aux autres œuvres d’Hitchcock. D’habitude ce sont des aventures humaines interminables. Là quelques actions intenses, et c’est la nature contre l’homme.

      J’ai l’impression que cette histoire a inspiré des films d’horreur, sans rapport avec son thème, comme La nuit des morts vivants (où l’on a remplacé la mouette par le revenant), ou Fog (toujours avec des revenants).

      Aussi, comme d'habitude, une blonde glaciale saute sur un beau brun viril et une histoire psychologique compliquée, cette fois-ci de relation mère fils. Sont-ce les ressorts de processus mécaniques, « professionnels » à l’anglo-saxonne, qui garantissent le suspens, comme je le pensais dans ma jeunesse, ou faut-il y rechercher l’empreinte de l’inconscient d’Hitchcock, comme le croit l’intello français ?

      mardi 17 août 2010

      Dette européenne

      Le prix de la dette allemande et française est au plus bas. Remarques :
      • À qui profite le crime ? Qui achète cette dette ? Manœuvre des pays émergents pour maintenir l’euro à un cours élevé et rendre ses exportations sous compétitives, donc, à terme, détruire son tissu économique ?
      • Danger ? Si l’Europe fait comme la Grèce et l’Amérique et continue à vivre à crédit sans réforme structurelle, elle va connaître, comme la Grèce, des moments extrêmement désagréables ? 

      Pakistan

      Pourquoi sommes-nous indifférents au sort du Pakistan ? Pourtant son malheur semble dépasser ceux d’Haïti ou d’Indonésie, en 2004, qui ont déchaîné notre compassion ?

      D’ailleurs, égoïstement, nous aurions intérêt à aider le Pakistan, pays fragile, malmené par le sort, qui pense le plus grand mal de nos valeurs et de notre comportement, et pourrait nous causer de sérieux tracas dans les prochaines décennies.

      Période peu favorable ? Il me semble surtout que c’est une illustration d’un des grands théorèmes du marketing : l’opinion de la population est faite par des leaders d’opinion, en grande partie la presse. Or ceux-ci sont visiblement indifférents au Pakistan : ce que je capte des informations radio parle massivement de « gens du voyage » qui auraient des problèmes de parking.

      Il serait intéressant d’étudier ce qui déclenche l’intérêt des leaders d’opinion.

      En tout cas, il y a ici un enseignement : une bonne idée, un grand livre, un produit révolutionnaire… ne sont strictement rien sans un puissant marketing. Penser que le marché laissé à lui-même peut produire le meilleur des mondes innovant est une illusion ridicule.

      Compléments :
      • De même que ce qui compte dans la carrière d’un politique ne sont pas l’intelligence de ses idées (au contraire ?), mais ses capacités à s’élever dans l’appareil du parti. Fils d’appareil.

      Mosquée américaine

      Vif débat aux USA. Faut-il accepter la construction d’une mosquée à proximité de l’emplacement du World Trade Center ? Une intéressante réflexion sur le sujet :
      • D’un côté il y a les principes fondateurs et la raison : liberté de religion (probablement le fondement d’une nation conçue comme un asile contre l’intolérance) et ne pas confondre Islam et Al-Qaïda.
      • De l’autre il semble qu’il y ait quelque chose d’autre que ces grands principes, une identité nationale qui se définit par une sorte de jurisprudence. Et celle-ci impose des contraintes implicites, en particulier aux religions : les Mormons ont renoncé à la polygamie, et les Catholiques à leur zèle réformateur.
      • Peut-être que ce que reproche l’Amérique d’en bas à l’Islam, c’est de ne pas accepter ces règles culturelles implicites, c’est de demander d’être Musulman avant d’être Américain (ce que montre l'insensibilité au symbole qu'est le WTC).
      Type de raisonnement qui s’applique à la France ? Pourrait fournir un juste milieu entre le Charybde d’une gauche dogmatique et bornée, et le Scylla d’une droite qui transforme tout fait divers en appel à la haine ?

      Compléments :