mardi 21 septembre 2010

Insead indien

L’Institut Européen des Affaires (Insead) change de doyen et choisit, comme Harvard, un Indien.

Imitation ? Poids statistique de l’Inde, pays où l’on est aussi à l’aise dans les sciences du management qu’en informatique ? Son prédécesseur était Américain : l’Amérique n’a plus la cote ? En cette période de crise morale du libéralisme, la culture indienne - qui tempère, certainement, le capitalisme le plus pur par sa sagesse mystérieuse - ne peut qu’être salutaire ? Signe à destination des millions de clients potentiels des pays émergents ? (Qui se préoccupe encore de ces has been d’Européens ?) Et en plus cela fait discrimination positive ?...

En attendant HEC grimpe dans le classement de The Economist et entre dans les 10 premiers. Exemple d’un changement réussi, du modèle français de grande école à celui, américain, du MBA ?

Manif allemandes et anglaises

Je ne sais pas comment la France est parvenue à se forger une image internationale de révolutionnaire de rue. En comparaison aux étrangers nous sommes de bons enfants.
  • Les Anglais ont connu des années de grèves, et découvrent aujourd’hui que leurs syndicats n’ont pas été totalement liquidés, et qu’ils ont des moyens d’action redoutables. Et s’ils ne laissaient par passer sans réagir les mesures d’économie du gouvernement ? Et si le peuple les suivait ? (The comrades take on the coalition.)
  • Quant aux Allemands ils se réunissent deux fois par semaine pour protester contre la transformation de la gare de Stuttgart, qui semble surtout motivée par des intérêts économiques. Résultat d’un défaut de démocratie : pour éviter la tentation populiste, les partis politiques allemands font le bien du peuple sans lui demander son avis. (Green shooters.)

Inflation et économie de marché

L'idée m’est venue que notre histoire récente a été celle d’une expropriation. Par une vague de fausses innovations, les forts ont pris aux faibles ce qu’ils avaient et l’ont remplacé, au mieux, par des colifichets. Justification :

Inflation invisible

L’INSEE ne s’intéresse qu’aux biens de consommation. Mais il y a d’autres biens tout aussi essentiels à l’homme qui ne sont pas comptabilisés. Par exemple ? L’éducation, la santé, le travail, le logement, la sécurité. Et il se trouve que une grande partie de la population a un accès à ces biens réduit par rapport à celui de ses parents  – la définition même d’inflation :
  • Le logement, bien entendu, qui est à l’origine de la crise actuelle. Pour la plupart des classes sociales, il est plus difficile d'acquérir son habitation aujourd'hui qu'hier..
  • L’éducation. Comme le disait mon billet sur les universités américaines, leur coût a grimpé beaucoup plus vite que la richesse moyenne des Américains alors que le contenu de l'enseignement a fondu. Idem en France où le privé se substitue au public défaillant.
  • La santé. On prévoit que les dépenses de santé pourraient consommer la croissance future des USA.
  • Le travail. Les générations d’avant 68 connaissaient le plein emploi. Aujourd’hui le chômage est endémique, et certaines catégories en sont définitivement exclues.
  • La sécurité. Si j’en crois la radio et les partis politiques de tous bords, elle s’est nettement dégradée.
La liste n’est pas exhaustive (peut-elle l’être ?). Exemple, plus petit : depuis que le sport est un business, les événements internationaux sont transmis par des médias privés, ils ne sont plus accessibles à une large partie de la population.

Mécanisme de l’inflation : innovation, vessies et lanternes

Dans mon enfance, les kiwis et les avocats étaient rares. Quelques temps plus tard, nous étions submergés de ces fruits, devenus de la cochonnerie.

Le mécanisme de l’inflation qui attaque les biens qui nous sont utiles semble semblable : on conserve le nom, mais il y a substitution par moins bien : il y a toujours une école publique, mais elle ne forme plus ; les subprimes faisaient prendre pour du sans risque de l’hyper risqué…

C’est aussi le mécanisme de la spéculation selon Galbraith : parvenir à déconnecter la valeur perçue par le marché, pour un bien, de sa valeur réelle. C’est ce que les financiers nommaient il y a encore peu « innovation » : nous faire prendre des vessies pour des lanternes. 

Economie de marché et inflation

L’économie de marché c’est le mécanisme de l’offre et de la demande en environnement d’acteurs rationnels (non liés par un lien social). Mancur Olson montre que ce système conduit naturellement à l’oligopole, le petit nombre exploitant le grand nombre. Ce qui explique probablement le paragraphe ci-dessus : celui qui est en position de force extrait une « rente » du faible.

La spéculation est un mal naturel de l’économie de marché. L’inflation en résulte. 

Capitalisme et économie de marché

Une question qui se pose immédiatement est celle du capitalisme. Est-il en cause ?
D’après Schumpeter, le capitalisme c’est l’innovation, celle qui crée du nouveau. Elle conduit, comme celle du financier, au monopole (cf. Apple), mais, elle semble faire prendre plus de risques à l’inventeur qu’à la société humaine. En outre, comme le montre par exemple l’invention de l’industrie en France, ce sont plus souvent les héritiers que les innovateurs eux-mêmes qui exploitent la rente ainsi formée.

Il ne faut donc pas confondre économie de marché et capitalisme.

Communisme et contrôle de l’inflation

Comment éviter l'inflation dont il est question ici ? Plusieurs solutions viennent à l’esprit.
  • Le communisme. Il veut contrôler le capitalisme, qui n’est pas notre sujet. En outre il remplace un monopole par un autre, tue l’innovation et l’expérimentation qui en a été faite n’a pas été satisfaisante.
  • L’économiste corse semble plus proche de mon analyse que le Soviétique. L’usage du terrorisme a permis en partie à la Corse d’éviter l’influx de capitaux étrangers, qui aurait amené une inflation du prix de l’habitat, comme sur le continent, d'où expropriation des locaux de leur mode de vie traditionnel. Il y a aussi probable autocontrôle du terrorisme par la population, une formule plus démocratique que le communisme. Cependant l'option corse est une méthode de résistance au changement non de réelle conduite du changement. Il n’est pas certain, donc, qu’elle soit durable.
Sur le long terme, j’imagine que la société finira par trouver un moyen d’autocontrôle des « biens communs » nécessaires au développement de l’homme, selon le schéma défini par Elinor Ostrom, une forme de communisme sans dictature, et sans bombes. (Autrement dit la société ramène en son sein l’individu.) En attendant, il faut probablement faire avec ce que l’on a, et jouer au chat et à la souris avec l’innovation spéculative.

Compléments : 
  • WORONOFF, Denis, Histoire de l’industrie en France du XVIème siècle à nos jours, Le Seuil, 1994.

lundi 20 septembre 2010

Turquie démocratique ?

Je me demande si les élections turques nous sont favorables. N’est-ce pas un parti islamique, qui met à mal des partis liés aux militaires, certes, mais défenseurs des valeurs laïques turques ?

Le vainqueur est islamique modéré. Quelques tendances dictatoriales quand même : la presse le craint.

La meilleure garantie de modération est peut-être, simplement, que le pays est prospère, et finalement assez satisfait de son sort.

Immigration et socialisme

Partout en Europe l’immigrant est mal venu. Retour aux valeurs nationales et méfiance vis-à-vis des communautés qui ne s’intègrent pas et « des élites éloignées des préoccupations des votants ordinaires ».

Et problèmes à répétition pour les partis socialistes qui ne disent mot sur un sujet qui heurte leurs principes.

Ils ne savent qu’excommunier les mal pensants, or c’est leur électorat. Et s’ils essayaient de le comprendre ? Peut-être trouveraient-ils des solutions aux maux populaires qui respectent leurs principes ?

De l’utilité des relations presse

Les relations presse ne sont pas du tout ce que croit le Français. Mon expérience :
  • Mon sujet (le changement) intéressant le journaliste, j’ai la chance d’être sollicité. Ce qu’a changé l’emploi d’une attachée de presse n’est pas tant le nombre de contacts que j’obtiens maintenant (même s’il a nettement augmenté et surtout s’est régularisé) que leur qualité. Les questions que l’on me pose non seulement sont élégantes et pertinentes mais m’aident à préciser mon message et ma pensée.
  • Un partenaire me disait que, pour voir son nom apparaître dans la presse, il fallait payer. Bien entendu, c’est faux. J'ai découvert que les journalistes ont remarquablement peu de temps pour rédiger des articles par ailleurs vraiment complexes. Pour cela il leur faut trouver des sources fiables, compréhensibles, et pertinentes, vite. Ce qui est efficace pour eux n’est pas de connaître quelques spécialistes (comme moi), mais des gens de réseau capables de les aiguiller vers tel ou tel expert. C’est le rôle principal du bon attaché de presse. Les journalistes le voient comme un donneur d’aide.
  • Un autre partenaire, dont le métier cette fois-ci séduit la presse, me racontait qu’il n’avait eu que des désillusions avec elle. Il met en contact journaliste et client, mais tout se termine mal. Un attaché de presse lui aurait évité ces désagréments, lui ai-je dit. Il sait ce qu’attend le journaliste, les règles du jeu, comment mener une interview, c'est un animateur de rencontres. (Dans le cas de ce partenaire, il lui aurait aussi demandé de participer au rendez-vous.)
Le plus curieux n’est pas tant à quel point un attaché de presse peut être utile, et la stupidité de penser que l’on peut faire sans, qu’à quel point il est difficile d’en trouver un. Depuis toujours je suis convaincu de ce que j’ai longtemps enseigné : l’importance majeure de la communication. Mais j’ai mis 5 ans pour trouver un attaché de presse qui comprenne quelque chose à mon métier, qui ne veuille pas me donner de leçons, et qui ait plus de contacts presse que moi. (En fait mes premiers essais ont été tellement désastreux que j’ai vite arrêté de chercher, me disant que les cours de marketing que j’enseignais n’avaient pas été écrits pour la France !)

Voilà qui est significatif du changement que subit notre pays ? Nous étions des généralistes pensant tout savoir, nous devenons, lentement, des professionnels ?

(PS. Merci de ne pas me demander le nom de mon attachée de presse. Elle est victime de son succès, et ne pourra bientôt plus s'occuper de moi !)

dimanche 19 septembre 2010

Animal politique

Mon billet sur le « président qui rétrécit » m’a laissé insatisfait. Billet sans rebond. N.Sarkozy fini ?

Depuis d'autres idées me sont venues : N.Sarkozy ne serait pas arrivé aussi loin, et après un tel parcours du combattant, s’il n’avait pas eu des qualités.

Sa manœuvre anti manœuvre anti-Woerth est risquée, mais peut-être pas inefficace : elle lui a permis de moucher un grand nom européen, Mme Reding. Il a ainsi démontré qu’il avait une trempe inconnue du politicien commun (ce qui lui vaut l'admiration des Anglo-saxons).

Comme tout champion, N.Sarkozy a une intuition que ne comprend pas, ou trop tard, la raison. Mais de quoi est-il champion ? De ce qu’il a démontré ces trente dernières années : un type de manœuvre politique en environnement emberlificoté, opaque, traître, et partisan ? En tout cas, il est probable qu’il cherche, à tâton, à se ramener à des conditions qui lui soient favorables. Comme B.Obama, dont il est l’opposé, il découvre peut-être que le salut n’est pas dans son programme électoral, mais dans sa personnalité.

Compléments :
  • J’ai remarqué que nos forces sont généralement ce que nous haïssons le plus de notre personnalité. Obama est froid et calculateur. Sarkozy crée un mouvement désordonné qui pousse ses adversaires à la faute.

Noam Chomsky

Tout à l’heure j’entendais Noam Chomsky comparer l’Amérique moderne avec l’Allemagne de Weimar.

Son argumentation : un grand nombre de gens rendus désespérés par la crise économique ; des blancs fort peu éduqués et qui pensent que leur race est menacée ; des thèses du Tea Party à la droite de tout ce qui était imaginable jusque-là.

Je n’étais pas disposé à le croire, mais j’ai trouvé l’argumentation inquiétante.

Ce qui m’a rappelé un article qui parlait d’une femme qui a perdu son travail du fait d’un cancer, et qui se retrouve maintenant dépendante des soupes populaires, comme beaucoup d’autres d’ailleurs.

Tout cela parce qu’une partie de la planète a préféré croire au père Noël plutôt que de payer des impôts…

Qu’est-ce qui fait perdre les socialistes ?

Surprise : le modèle social-démocrate suédois va mal (The strange death of social-democratic Sweden).

Le socialisme, parti des intellectuels

Parmi les raisons évoquées, l’une me frappe : partout le socialisme est mal aimé. La crise, qui aurait dû le requinquer, a profité à la droite. Qu’est-il arrivé aux socialistes, me suis-je demandé ? Voici où m’a mené un enchaînement de pensées :
  • Michel Winock (Le socialisme en France et en Europe), distingue deux courants socialistes : populaire et intellectuel. En Europe du nord, ils se sont fondus dans la sociale-démocratie, en Europe du sud, ils se sont divisés entre communisme et socialisme.
  • J’ai l’impression que, progressivement, le courant intellectuel a pris la main sur l’ensemble du mouvement, et que la droite a récupéré une partie au moins du courant populaire. Aux USA, Reagan, Bush ou Palin représentent le peuple, pas Obama. Il en est certainement de même en France. Aussi curieux que c’ait pu me paraître le Mouvement Populaire porte probablement bien son nom.
Opposition entre intellectuels et peuple

Ce qui différencie les pensées intellectuelle et populaire est une question de valeurs.
  • L’intellectuel est individualiste et universaliste. Sa bible, c'est les droits de l’homme. Pour lui il existe une seule « culture » (cf. France Culture ou Ministère de LA Culture). Elle est mondiale. 
  • Le populaire croit qu’être Français ou Américain est une réalité (dont on peut être fier). Sur ce point il se rapproche de l’ethnologue : il pense qu’il y a des cultures, une par groupe humain. (Ce qui signifie que chacun d’entre nous appartient à plusieurs cultures, notamment à celle de l’entreprise qui l’emploie.)
Ce sont probablement les Allemands de l’avant seconde guerre mondiale qui ont le mieux marqué cette distinction. Ils appelaient la « culture » des intellectuels « civilisation ». C’était un monde déshumanisé d’électrons libres régulés par contrat. En face se trouvait la « culture » à proprement parler, le groupe humain uni, solidaire et amical.

On en arrive donc à un socialisme qui considère une partie de son électorat traditionnel comme le « mal ». Michel Winock va même jusqu’à dire que le socialisme est à tendance totalitaire (il nous dénie le droit de ne pas penser comme lui). Pas étonnant dans ces conditions qu’il tende à perdre les élections.  

Tactiques pour une conquête du pouvoir

Techniquement, les socialistes ont probablement deux possibilités de reprendre l’avantage :
  1. Laisser renaître un mouvement puissant à leur gauche. (Et le flouer lors des élections façon « union de la gauche »).
  2. Utiliser la méthode Blair et devenir le parti de l’individualisme et du libéralisme éthique. (Option DSK ?) Ce qui leur permet à la fois de ratisser le bobo à gauche et le libéral à visage humain de droite, plus les marges qui pensent en être. De manière équivalente, ce serait le parti du diplôme - le point commun de ces deux électorats. La droite devenant le parti de ceux qui ne se définissent pas, avant tout, par leurs études : l’ouvrier et le self made man, notamment.
Compléments :
  • Sur culture et civilisation (par exemple) : Mosse, George L., Les racines intellectuelles du Troisième Reich, Points 2008.

samedi 18 septembre 2010

Le Français juge son image

Sondage. Les Français, finalement, ont une idée exacte de ce que pense l’étranger d’eux : du mal.

Pourquoi ? Coupe du Monde, « épisodes sécuritaires », Roms, mais aussi spectacle anarchique du gréviste dans la rue (pays non réformable).

Les forces de gauche pourraient avoir tort de croire que la nouvelle est mauvaise pour le gouvernement. 
  • Le pays n’est jamais aussi uni derrière ses dirigeants que lorsqu’il est attaqué. 
  • Il peut en vouloir à l’opposition d'être un fauteur, et une caisse de résonance, de troubles : elle organise des grèves, elle fait une publicité internationale tonitruante aux agissements qu’elle désapprouve. (Qui, la première, a associé notre « politique sécuritaire » au nazisme ?)
Ce sondage pourrait être un appel à un pouvoir fort.

Compléments :

Emploi des diplômés

Il semblerait que les moyennement diplômés aient de plus en plus de mal à trouver du travail. Mais il semblerait aussi que beaucoup de « bien » diplômés soient sous employés.

Notamment en Espagne (plus de 40%), au Canada et aux USA (un tiers).

Probablement la crise est la cause de ce déclassement. Peut-être d’ailleurs que ce sont les diplômés qui chassent les qualifications intermédiaires. Serait-on dans la logique d’étudier plus pour gagner moins ?

D’ailleurs est-ce la qualité de la personne qui est jugée, ou le diplôme est-il un moyen de discrimination ? 

Angleterre athénienne

L’Angleterre, depuis des siècles, a reproduit le modèle de la démocratie grecque. L’Amérique lui ressemble de plus en plus. Curieusement, mes amis anglo-saxons ne semblent pas trouver grand-chose à redire à cette hypothèse.

Parallèle en trois points :
  • Société divisée en deux classes quasiment héréditaires. L’une fort riche et oisive, assez égalitaire, administre sa fortune et discourt agréablement. C'est une démocratie modèle, que personne n'a encore réussi à égaler. L’autre, pauvre et peu éduquée, sert la première.
  • L’Angleterre est le berceau des sports les plus pratiqués au monde (même le cricket, inconnu chez nous, est le deuxième sport le plus populaire sur la planète). Le sport était vu par les public schools comme un moyen de développer les vertus de l’honnête homme.
  • À Cambridge, il y a fort longtemps, j’ai découvert une sorte de club med où tout était fait pour l’épanouissement de l’individu. L’être supérieur brille par sa participation à une vie sociale exceptionnellement riche. Éditer la revue de l’université, jouer dans son théâtre… sont des titres de gloire éternels. D’ailleurs, tout l’enseignement ne semble viser qu’à développer l’art de la parole. Le sujet étudié est indifférent, ou, plutôt, il a l’utilité de nourrir originalement la conversation. (Je me demande même si l’on ne me considérait pas comme super habile car totalement inattendu dans mon choix de sujet : les mathématiques.)
J'en suis arrivé à penser, depuis, que ce qu’apprend l’élite anglaise est la sophistique. Je suis souvent surpris de découvrir, sous des arguments rationnels en apparence, un total manque de logique. Je ne crois pas à un vice mais une attitude délibérée. Pour l’Anglo-saxon, le monde appartient à l’esprit entreprenant. L'être supérieur est celui qui désire. Ensuite, la fin, et surtout le succès, justifie les moyens. Le langage est une arme qui permet au héros de dompter une humanité de sous-hommes.

Compléments :

vendredi 17 septembre 2010

Malheureux Anglais, et Irlandais

Près d’un Anglais, et d’un Irlandais sur 2 veut changer d’emploi.
  • Il est possible que les conditions de travail se soient dégradées depuis que les employeurs sont en situation de force, du fait de la crise.
  • Il se peut aussi que les Anglais et les Irlandais aient plus l’habitude de changer de travail que nous, qui devons accepter notre sort sans broncher. 

Répartition des revenus

Intéressant graphique. Revenus des riches, pauvres, médians de pays de l’OCDE.
  • Luxembourg : champion partout, quasiment. Pays riche et relativement égalitaire. Semble aussi le cas des pays du nord de l’Europe.
  • France, pas très aisée, mais des pauvres relativement moins pauvres qu’ailleurs.
  • Allemagne, un peu plus riche que la France, et finalement assez nettement plus inégalitaire. En particulier les pauvres y sont plus pauvres.
  • Japon un peu inattendu : des pauvres qui semblent particulièrement pauvres, compte-tenu de la richesse du pays.
  • Suède : le plus égalitaire du lot ?
  • USA : grand écart. Les plus riches mondiaux. Un revenu médian assez élevé. Mais des pauvres vraiment pauvres, derrière la Grèce, et pas loin des niveaux du tiers monde.
Commentaire sur ces graphiques :
il semble difficile de justifier l’affirmation que la prospérité requiert une répartition de revenus inégalitaire.

jeudi 16 septembre 2010

Respect des lois

Hier, Issy Val de Seine. En attendant mon rendez-vous je fais les 100 pas. Un Velib avance en sens opposé, en klaxonnant faiblement. Un homme qui marche à grandes enjambées sur la voie cyclable se range en grommelant « fait chier ce con ».

Il est midi, les bureaux se vident et le trottoir et trop étroit pour tout ce monde, qui ne peut qu’empiéter sur la voie cyclable. Curieux à quel point l’architecte français manque de sens pratique me dis-je. Tout en pensant que ce n’est pas parce que l’on est impeccablement dans son droit (comme le cycliste), que l’on est autorisé à condamner sans appel le contrevenant : certaines lois sont quasiment impossibles à appliquer. D’ailleurs l’erreur est humaine. Bref, il n’existe pas de droit absolu. 

Droit à l'information

RFI ce matin dit : 2/3 des Français soutiennent les grèves anti-réforme des retraites. Presse internationale (au moins celle que je lis) : majorité des Français favorable à l’allongement de la durée de travail, les syndicats organisent une dernière charge pour obtenir quelques concessions qui leur sauveraient la face.

Les deux informations ne sont pas contradictoires, bien sûr.

Mais est-il malin, pour la radio d’État, de s’acharner à ce point contre le gouvernement, et pour cela d’y risquer son âme de journaliste ? Que lui arrivera-t-il s’il est réélu ? Ce qui me rappelle les pouvoirs travaillistes locaux qui avaient parié sur la défaite de Mme Thatcher au terme de son premier mandat, et qui se sont trouvés à cours de munitions, voire en faillite, lorsqu’elle a emporté une seconde victoire. (Raison pour laquelle Tony Blair a pu transformer aussi radicalement le parti travailliste : il n’en restait rien ?)

Quelle est l’efficacité de cette opposition ? Les prochaines élections sont dans deux ans. Si l’économie redémarre, on en saura gré au gouvernement actuel, on trouvera qu’il a été ferme dans la tourmente – une première !, et on oubliera le mal qu’on en a pensé. Si ce n’est pas le cas, quoi qu’il ait fait, il sera probablement condamné. 

Compléments :
  • The Economist ou le blog de Jean Quatremer (Libération) me paraissent montrer ce que devrait être la presse : certes ils ont un très fort parti-pris (d'ailleurs ils représentent des tendances opposées), mais ça ne les empêche pas de relayer une grande partie de l'information qui ne leur convient pas. 

Malédiction d’Obama ?

Au sujet de la haine que semble susciter M.Obama (voir commentaire de Mosquée américaine (correction)), une curieuse idée m’est venue, probablement pas très scientifique.

B.Obama peut-être lu de deux façons : soit comme un trait d’union entre noirs et blancs ; soit comme la combinaison de ce que le petit blanc hait le plus. D'une part le noir, dont la discrimination positive a fait un concurrent injustement favorisé, d'autre part l’élite intellectuelle bien pensante, riche et hautaine, qui méprise ses valeurs et lui met des bâtons dans les roues.

Compléments :
  • L'hostilité qu'il inspire pourrait jouer en faveur de M.Obama : il n’est pas impossible qu’en donnant de la force au Tea Party, elle conduise celui-ci à doter les Républicains de candidats inéligibles…Mystères de la politique : c’est à qui tirera le plus contre son camp… Peut-être est-ce logique ? On ne peut être déçu que de ceux dont on attend beaucoup ?

Castes indiennes

Les castes indiennes semblent suivre deux stratégies : celles du sud cherchent à développer les compétences de leurs membres (formation), celles du nord à obtenir des avantages politiques de l’État.

Deux tactiques qui reflètent probablement deux visions différentes du monde, mais aussi l’importance stratégique de la caste. La première paraît mieux adaptée à un monde libéral et individualiste que la seconde. Mais elle ne signifie pas forcément dissolution de la caste : même sans conscience de caste, pouvoir disposer d’alliés est un avantage décisif dans un univers d’égoïstes.

Compléments :

mercredi 15 septembre 2010

Le Français est paresseux

Curieusement, les commentaires de la presse anglo-saxonne sur nos grèves anti-62 ans insistent bien souvent sur le farniente français.

Elle se réjouit tout aussi souvent de ce que nous devions renoncer à notre faible temps de travail, à nos vacances, à notre retraite et à notre sécurité sociale. N’est-il pas honteux que nous ne souffrions pas comme tout le monde ?

Curieusement, l’Anglo-saxon ne se demande pas pourquoi son dieu, le progrès économique, demande à l’homme de travailler de plus en plus, pour avoir de moins en moins…

En fait, l’argument n’est pas nouveau. Au 18ème siècle déjà la bourgeoisie anglaise se plaignait de la paresse du peuple, qui ne travaillait que le juste nécessaire. Lui fournir des emplois bien payés, ainsi que le suggérait Adam Smith, ne ferait, d’ailleurs, que renforcer son penchant à l’oisiveté.

Comme le disait le même Adam Smith, la classe supérieure anglo-saxonne n’a qu’une logique : son intérêt ?

Compléments :

Vive la pension !

La pension (privée ?) est méconnaissable. Ce n’est plus le camp disciplinaire où l’on crevait de faim, de froid et de manque d’affection, comme du temps de mon père. Cela semble confortable. Et on y jouit d’un cadre rassurant.

Non seulement les adolescents choisissent d'aller en pension, mais ses bénéfices se ressentent immédiatement - à en juger par l’échantillon non significatif dont on me parle actuellement. L’élève instable du système public devient immédiatement calme et serein.

L’effet n’est peut-être pas propre au privé. Condorcet, par exemple, semble fonctionner de la même façon. On y a conservé des principes intransigeants. Et l’on y a d’excellents résultats (1/3 de mentions très bien au bac, à l’époque où la fille d’un ami y résidait.)

Retrouverait-on ici le mécanisme d’inflation dont je parlais au sujet de l’université américaine ? Ce qui était jadis accessible à tous (un enseignement public porteur de valeurs fermes) ne l’est plus qu’à des privilégiés ?

Curieusement, le système qui se dessine ressemble à celui des public schools anglaises.  

Que faut-il pour être patron ?

La science s’est penchée sur ce qui fait le patron. 
  • Les qualités qui favorisent l'ascension : avoir la capacité de « projeter une impression de motivation et de confiance en soi » ; appartenir au « bon » département (celui qui monte) ; savoir utiliser ses supérieurs ; maîtriser l’art de la flatterie (jamais une faiblesse) et du réseau ; être loyal.
  • Une fois au sommet, il faut être « humble et paranoïaque » et partir avant d’avoir essuyé un échec.
Échec qui est certainement imparable, puisque rien ici ne parle de compétence. Ce que concède l’article : « il y a beaucoup de choses qui comptent plus que la compétence ».

mardi 14 septembre 2010

Mosquée américaine (correction)

Je ne m’étais pas correctement renseigné avant d’écrire mon billet concernant la « Mosquée de ground zero ». Elle a été conçue exactement avec les objectifs que je voulais lui donner !
Cordoba House (…) is the brainchild of Imam Feisal Abdul Rauf, a well-meaning American cleric who has spent years trying to promote interfaith understanding, not an apostle of religious war like Osama bin Laden. He is modelling his project on New York’s 92nd Street Y, a Jewish community centre that reaches out to other religions. The site was selected in part precisely so that it might heal some of the wounds opened by the felling of the twin towers and all that followed. (Build that mosque.)
En tout cas cette affaire illustre à quel point la réalité a peu de place dans ce que nous percevons (moi le premier). Exemple surprenant d’un mécanisme hyper puissant de résistance au changement : l’interprétation populaire juge en fonction de signes qui n’ont qu’une très lointaine relation avec la réalité. 

Compléments :
  • Dans le même ordre d’idées seulement un tiers des Américains pense que Barack Obama est chrétien. (9/11 plus nine.) Une tentation irrésistible pour la désinformation. 

French cancan

Film de Jean Renoir, 1954.

L’idée m’est venue qu’un film pouvait être une réelle œuvre d’art, et pas une simple distraction. J’ai aussi pensé que la France avait eu du génie. Et aussi que la couleur allait bien à Renoir (j’aime aussi beaucoup Le Fleuve – que je trouve très anglais !).

Film à la gloire de l’artiste (antithèse du matérialisme) et peut être aussi du peuple, artiste par nature. Curieux d’ailleurs comme le French cancan a quelque chose de païen. Il apporte un peu de vie et de chaleur à notre époque moralisatrice et lugubre. 

lundi 13 septembre 2010

Sortir de la crise

Comment sortir de crise? Mon billet précédent sur la taylorisation de l’économie me donne une autre idée bizarre :

Faisons le contraire de ce que nous avons fait. Abandonnons l’illusion de l’automatisation à outrance comme source de gain de productivité. Il faut réapprendre à exploiter le génie social, en lui faisant porter les changements (l’automatisation demeure utile, mais en appui). Et, pour cela, il faut identifier les personnels qui conservent un résidu de compétence en conduite du changement (« hommes clés »), les former, les faire intervenir comme animateurs des évolutions de la société, en utilisant ces changements pour construire leur expérience. Les DRH ont un rôle critique à jouer dans ce dispositif.

De ce fait, l’économie se remettra à créer de la « richesse » au lieu de continuer à dissiper son énergie en une lutte des classes stérile.

Que peut faire l’individu dans ce changement ? Tout. Comme le dit un de mes livres (« les gestes qui sauvent »), l’employé, même perdu dans la profondeur de la hiérarchie, a un pouvoir énorme sur la réussite des changements. Et les techniques nécessaires sont d’un gros bon sens. Il faut simplement qu’il ait la motivation d'assister son organisation en danger.

Nous devons prendre notre sort, et celui de nos entreprises, en main. Vu d’où nous partons les premiers pas sont difficiles. Mais le jeu en vaut la chandelle.

Compléments :
  • Cette transformation signifie qu’il faut se débarrasser des hordes de consultants qui aujourd’hui cherchent à apporter à l’entreprise le savoir qu’elle n’aurait jamais dû perdre. Curieusement, c’est ce qu’a fait Siemens (que j’avais critiqué pour cela !), qui, par ailleurs (?), semble métamorphosé
  • Distinguer les employés doués pour l'animation du changement permettra de les protéger du licenciement la prochaine fois qu'une fièvre d'automatisation gagnera l'Occident. 

Taylorisation de l’économie

Les qualifications intermédiaires sont victimes des transformations de l’économie dit la presse américaine. Elles ont été éliminées par l’informatique. D’où chômage structurel. Idem partout. En creusant cette découverte inattendue, j’en suis arrivé à une idée curieuse :

C’est ce management intermédiaire qui est la cheville ouvrière du changement. S’il a été liquidé, cela explique pourquoi je constate que les entreprises ne savent pas conduire le changement. Mais aussi pourquoi on me demande de plus en plus de parler de changement. (Je pensais apporter du nouveau au monde, alors que je ne fais que lui rendre la mémoire ?)

Bref, en croyant faire gagner en productivité l’entreprise, on l’a privée de ce qui lui permet d’évoluer.

Compléments :
  • Je viens de comprendre que ce diagnostic correspond exactement à ce que dit le rapport sur le bien-être au travail remis au premier ministre en début d’année. L’entreprise n’a plus d’encadrement digne de ce nom, qui ait du pouvoir et qui sache faire son travail de management.
  • Cette élimination des « contremaîtres » était la grande idée de Taylor. La raison pour laquelle il voulait s’en débarrasser explique probablement pourquoi le management intermédiaire a été victime d’une purge : il avait beaucoup trop de pouvoir et de compétences, il était difficile à manœuvrer. (KANIGEL, Robert, The One Best Way: Frederick Winslow Taylor and the Enigma of Efficiency, Viking, 1998.)
  • Sur le rôle du management intermédiaire dans le changement : HUY, Quy Nguyen, In praise of middle managers, Harvard Business Review, Septembre 2001.

Mosquée américaine

Photo de satellite : le site envisagé par la Mosquée de « Ground zero » est à deux pas de l’emplacement de l’ex World trade center. Succession de réflexions :
  • Si l’on avait voulu démontrer que l’Islam était une religion d’autistes, aurait-on pu trouver meilleur symbole ?
  • Mais quelle leçon, pour les fondamentalistes et ceux qui en souffrent, si l’Amérique acceptait cette Mosquée ! Lorsque le général Kléber a été assassiné pendant la campagne d’Égypte, les Égyptiens avaient été extrêmement surpris que ses assassins aient droit à un jugement.
  • Et pourquoi ne pas utiliser cette Mosquée comme lieu de rencontre de la pensée américaine, à l’image de ce qu’a peut-être été l’Andalousie d’Averroès ? On pourrait y réfléchir à un Islam qui aime l’Amérique et ses valeurs. 

CCI et effet de levier

La réforme des chambres de commerce est probablement typique d’une réforme à la française. 

Les chambres de commerce ont été créées par des réseaux d'entreprise pour promouvoir leurs intérêts communs (la première chambre date de 1599, à Marseille). Au cours des ans, l'adhésion des entreprises à une chambre est devenue obligatoire. Et elles se sont elles-mêmes constituées en réseau, en établissant des noeuds régionaux et nationaux. (Il existe aussi des chambres de commerce à l'étranger.)

Le gouvernement a décidé qu’il était rationnel qu’elles soient gérées comme l’État français, c'est-à-dire (pour commencer ?) que la région dirige le « territoire ». Ainsi on réaliserait de grandes économies. D'ailleurs la contribution de l'Etat au budget des CCI a été immédiatement réduite. Curieusement il semble aller de soi qu'un tel changement ne peut qu'améliorer les services des CCI, puisque rien n'est fait pour s'en assurer. 

De quel type de changement parle-t-on ? Quel en est la complexité ?
  • Les CCI aujourd’hui ressemblent à des PME, ou plutôt à des mutuelles ou à des coopératives. Avec un conseil d’administration puissant (constitué de notables de l’économie locale) et un directeur général, révocable ad nutum comme dans l’entreprise. Son rôle est de mettre en œuvre les décisions du conseil. Leurs équipes sont d’un niveau de qualification très supérieur à celui que l’on trouve dans des entreprises de taille équivalente.
  • Il s’agit donc de fusionner ces unités pour réaliser des synergies et constituer l’équivalent d’une grande entreprise de plusieurs milliers de personnes. L’équipe de la CRCI qui jusque-là avait un rôle de coordination et de représentation, pas de management, doit donc prendre le pouvoir sur des « PME » pilotées par de vrais patrons, et les fusionner. Elle doit réaliser dans le même mouvement les fameuses synergies, entre des processus hétérogènes (systèmes d'information, centres d'appels, systèmes de paie, tarifications... pas uniquement entre CCI, mais aussi entre les écoles, aéroports, ports... qu'elles administrent). Et qui dit grande entreprise dit recrutement de managers adaptés à ce type de structure (DRH, etc.). Mais les salaires de la CCI ne sont pas ceux de l’entreprise… D'ailleurs il n'y a que l'Etat qui ne sache pas que l'on doit investir pour obtenir des gains de productivité. Il prélève dès maintenant une part des économies qui ne peuvent qu'être réalisées.
  • Cette structure fonctionnant de haut en bas, à l’image de l’État français, ne risque-t-elle pas d'oublier sa mission séculaire d'aide de proximité à l'entreprise, et, devenue inutile, d'être liquidée ?
Dans le monde de l’entreprise faire réaliser par une « holding » de managers sans expérience la fusion d’une dizaine de PME d’un coup, et sans investissement, serait inconcevable. Le plus bizarre est que certaines CCI pourraient réussir.

Ainsi les CCI d’Auvergne ont trouvé un arrangement élégant : elles ont constitué un conseil d’administration qui réunit le DG de la région et les DG des territoires. Chacun continue à piloter sa CCI, tout en ayant un rôle fonctionnel régional. Ainsi elles ont évité la plupart des pièges signalés plus haut : l’ancrage reste local, pas de lutte de chefs et de résistance au changement, pas besoin d’engager une star du management pour conduire le changement et des dirigeants fonctionnels chers, et ça ne coûte rien puisque l’on reconduit les structures existantes. Tout ce monde peut paisiblement réfléchir à la stratégie de sa région, et à la réduction progressive de ses coûts structurels par synergie. Changement à « effet de levier » ?

Compléments :
  • Le rôle que pourraient jouer les CCI si elles survivent au changement. 
  • Une introduction à ce qu'est une chambre de commerce. Curieusement la France semble pionnière du concept, avec la Belgique.

dimanche 12 septembre 2010

Territoires occupés

Mon réveil matin m’apprend que la décision d’Ariel Sharon de démarrer un retrait des territoires occupés par Israël, en évacuant la bande de Gaza, a été suivie de la victoire électorale du Hamas. Ce qui aurait dû être vu comme un geste de bonne volonté a déclenché une spirale d’hostilités.

Dans ces conditions il est compréhensible qu’Israël hésite à persévérer dans ce qui semble avoir été une erreur. Et il est, probablement, remarquable qu’elle persiste effectivement.

German pride

Après un demi-siècle pendant lequel l’Allemagne a cherché à « ce que le monde l’aime à nouveau », elle semble maintenant avoir évacué sa mauvaise conscience, et vouloir affirmer sa fierté d’être elle-même « il y a un immense désir d’explorer notre contribution à la culture mondiale ».

Curieux, car elle est bien moins admirable qu’après guerre : le modèle qui faisait qu’on y vivait si bien paraît cassé. L’économie flambe sans que les salaires ne la suivent, « les nouveaux emplois paient moins et sont moins sûrs », le système de protection sociale s’est détérioré et laisse pas mal de monde dans la précarité… Sans compter la bien difficile question de l’immigration - « un cinquième de la population est immigrée ou d’origine immigrée » - pour un pays qui a passé au moins un siècle et demi à fantasmer sur la pureté de la race germanique.

Dans l’histoire allemande le nationalisme n’a jamais été associé à la prospérité. Au contraire, il a été le paradis perdu des périodes de crise économique et de frustration de son idéal d'unité. 

Les disqualifiés de l’emploi

Notre chômage est de nature structurelle. La révolution informatique a éliminé le besoin de qualifications intermédiaires. La France serait un des pays les plus touchés au monde (-12% en 13 ans). (Explication du malaise des classes moyennes, l’électorat de notre président ?) L’argument qui justifie cette mise à la porte ? Gain de productivité. Grâce à l’informatique, il faut moins de personnes pour produire la même chose.

Mais cet argument est une hérésie économique ! La logique d’un investissement est de permettre de gagner plus d’argent. Or, je n’ai encore jamais vu que ce soit le cas pour l’informatique (c’est le fameux paradoxe de Solow). Les systèmes d’information coûtent des fortunes (en consultants !), ne donnent pas ce que l'on attendait d'eux, et il faut les renouveler sans arrêt !

Curieusement, tout le travail de Taylor a été de liquider les contremaîtres. Ça a été aussi l’obsession du reengineering de Michael Hammer, et la logique des transformations des années 80, où l’on cherchait à robotiser à outrance.

Or, ces « qualifications intermédiaires » ne le sont que par leur position dans l’entreprise. En fait, ce sont elles qui la font fonctionner. D’ailleurs le problème des contremaîtres de l’époque de Taylor était justement cela : ils étaient indispensables !

Et si la logique de la transformation que nous avons vécue n’était pas celle d’une société qui optimise son organisation pour maximiser la création de richesses, mais celle d’un partage d’une richesse fixe ?

Compléments :
  • Si elle n’était pas d’accord sur la manière, la Martine Aubry des 35h était d’accord sur le diagnostic. Serait-ce cette unanimité de nos élites pour un diagnostic faux qui est la source de nos malheurs ?
  • Sur la découverte de l’importance des fonctions intermédiaires, suite à leur élimination par la mode du reengineering des années 90 : Corporate Amnesia, The Economist, 20 avril 1996.
  • KANIGEL, Robert, The One Best Way: Frederick Winslow Taylor and the Enigma of Efficiency, Viking, 1998.
  • Une précision sur l'informatique : l'informatique n'est pas un mal en elle-même. Mais nous lui en demandons trop. Le bon investissement informatique est homéopathique, en appui de l'homme, non en remplacement. 

Changement : logique de l’échec

Je prépare une intervention sur l’échec des fusions / acquisitions. Un marronnier de la littérature du management. Une idée me frappe. Acquérir une entreprise est effroyablement complexe. Et très très risqué : on ne compte plus les entreprises tuées par leur politique d’acquisition. Rappelons-nous les 70md de dettes de FT.

Confrontés à de si formidables dangers, comment se fait-il que les dirigeants puissent encore dormir ? Comment se fait-il qu’ils ne cherchent pas à apprendre à acquérir, comme ils l’ont fait pour les autres compétences qu’ils ont apprivoisées – c'est-à-dire par la pratique, par l’amélioration continue ?...

Parce qu’ils croient que leur rôle est rempli lorsqu’ils ont décidé d’une politique de croissance externe. Ensuite c’est aux banques d’affaire d’officier. Et tous nos changements obéissent à cette logique :

Pour éliminer un chômage de 10% il suffit de décréter que le temps de travail va être réduit de 10%, pour que le chercheur fasse la fortune de la nation, il suffit de décréter qu’il doit publier en marche forcée, pour rendre une entreprise rentable il suffit d’acheter un progiciel de gestion… Autrement dit, pour transformer l’entreprise ou la société, il suffit de prendre la « bonne » décision.

Or les décisions ne se mettent pas en œuvre par miracle. Elles doivent être appliquées par des hommes. Et un groupe d’hommes, une société, c’est infiniment complexe !  (Et que dire de la nature !)

A quoi peuvent servir mes livres, si personne ne comprend cette évidence ? 

samedi 11 septembre 2010

Sarkozy rétrécit

Couverture de The Economist : Carla Bruni suivie par le bicorne de Napoléon sur deux jambes minuscules. Titre : « le président qui rétrécit ».

Notre président avait de grands projets, un moment il a beaucoup fait, aujourd’hui il demeure dans un mouvement frénétique, mais il n’en sort plus rien. Conclusion « Il ne se fera probablement beaucoup d’amis en étant ferme sur la réforme des retraites. Mais il perdra ceux qu’il a s’il échoue ». (Je t'aime, moi non plus.)

Compléments :
  • Quelques données sur les enjeux de la réforme des retraites : La France serait le pays où l’on reste le plus longtemps à la retraite. Le coût du système pour l’État serait aussi particulièrement élevé (mais nous sommes battus par les Italiens) : 12,5% du PIB contre 10,7% pour l’Allemagne. Mais les comparaisons sont difficiles : aux USA (6%) et en Angleterre (5,4%), les retraites plombent les comptes des entreprises (cf. GM, Royal Mail), et les économies des particuliers. Est-ce réellement efficace ? D'ailleurs, hors retraites, les Etats américains et anglais sont plus lourds que le nôtre. Inattendu. 
  • L'article développe un parallèle intriguant avec Valéry Giscard d'Estaing. Initialement populaire et réformateur, sa fin de mandat fut calamiteuse. Elle fut aussi marquée par une scission de son camp qui a précipité la victoire de l'opposition. Ce scénario pourrait-il se répéter ?

Échec des fusions et acquisitions

Les fusions et acquisitions tendent à être des échecs. Curieusement ce fait est inconnu en France. Ne me souvenant plus si 3 acquisitions sur 4 ou 2 sur 3 échouent, j’ai fait une recherche sur Internet. J’ai trouvé une étude qui affirme que seulement 9% des acquisitions atteignent leurs objectifs ! (3% en Angleterre.)

L’écart entre ce que j’avais en tête et cette étude vient peut-être de la définition du mot échec et de ce que l’étude a été faite en 2006, à une époque où l’on achetait tout et n’importe quoi, sans se préoccuper de son prix.

Pourquoi aussi peu de réussites ? Parce que, dit l‘étude, l’acquéreur ne prend en compte que le tangible, ce qui se mesure, et pas l’intangible, les hommes. Effectivement, si les hommes de l’entreprise que vous avez achetée ne veulent pas travailler pour vous, elle ne vaut rien.

Mais cet argument culturel est-il aussi important que le dit un de mes livres ? Je pense qu’il y a plus fondamental. Acquérir des entreprises est comme n’importe quelle activité humaine. Cela s’apprend. Or, les dirigeants (comme nous tous) se croient omniscients. Du coup, ils empilent échec sur échec. 

vendredi 10 septembre 2010

Stratégie d’Obama (suite)

La tactique des Républicains étant la contestation systématique, j’ai l’impression que celle de B.Obama consiste à promettre des solutions séduisantes aux problèmes qui préoccupent le pays (le chômage), en sachant qu’elles ne passeront pas. Ainsi, les Républicains se feront des ennemis.

Une question intéressante est celle de la réduction d’impôts accordée par M.Bush. À l’époque on disait que moins il y aurait d’impôts, plus le pays s’enrichirait. L’État retrouverait donc sa mise au centuple. Le miracle n'a visiblement pas eu lieu et la mesure aurait coûté 1700md$ à l’État. Le plus curieux est qu’il n’est pas exclu de la prolonger (coût : 3300md$). (A slight reprieve?)

Ce qui semble peu intelligent est le mépris que B.Obama paraît avoir pour les Européens. Pourtant, ils ont fait beaucoup pour lui être agréable, et c’est probablement chez eux qu’il pourrait le plus facilement trouver de l’aide…

Marées noires en conserve

L’eau de mer use d’un millimètre tous les 10 ans la coque des navires coulés durant la guerre. Ce qui signifie que beaucoup de zones côtières devraient connaître des marées noires d’ici peu. Les optimistes chiffrent la quantité de pétrole à recevoir au double de la fuite de Deepwater Horizon de BP.

Nouvelle conséquence imprévue du progrès.

Par ailleurs, je note que le bateau en acier est beaucoup moins durable que le bateau en bois, qui peut rester sous l’eau pendant des siècles, voire des millénaires. (L’épave du Titanic devrait avoir disparu dans 50 ans.)

Bonheur et argent

Plus on a d’argent plus on se dit heureux. Par contre il y a un seuil (75000$/an) au-delà duquel le sentiment de bonheur ne croit pas. On s’est dégagé des principaux problèmes matériels. (Money can buy you happiness – up to a point.)

Quelle conclusion tirer ? Au-delà d’un seuil l’argent n’apporte que la satisfaction d’avoir plus d’argent ? 

jeudi 9 septembre 2010

Relatif déclin japonais

P.Krugman observe que le recul de la richesse japonaise s’explique en grande partie par la réduction du nombre d’actifs dans la population.

L’économie japonaise serait-elle moins inefficace qu’on ne le dit ?

Compléments :
  • D’ordinaire lorsque The Economist parle de l’inefficacité du Japon, il l’enjoint à se libéraliser. Prendrait-il ses désirs pour la réalité ? 

Drogué à la nourriture

« il y a maintenant des preuves irréfutables que les nourritures qui contiennent un taux élevé de sucre, de graisse et de sel (…) peuvent modifier la chimie du cerveau de la même façon que le font des drogues qui créent une forte dépendance, comme la cocaïne et l’héroïne ».

« des niveaux faibles de dépendance existent ». « ce sont ces faibles niveaux qui sont réellement préoccupants » « l’enfant qui semble en bonne santé et qui a besoin de 3 coca-cola par jour ».

La recherche montre de manière surprenante qu’un certain type de nourritures provoque les mêmes dépendances qu’une drogue. Il semblerait que les entreprises qui les produisent en aient été conscientes. Ce qui laisse croire que l’on aura bientôt une vague de procès du type de ceux qu’ont subi les fabricants de tabac.

Drôle de monde où l’on s’allège si facilement de sa conscience. Edgar Schein dans Corporate culture survival guide fait de cette inconscience un composant de la culture américaine :
Dans une société hautement morale, la réalité est souvent définie par le code moral commun, tandis que dans une société hautement pragmatique, tout finit en justice. En d’autres mots plus la société est pragmatique plus le mécanisme de résolution de conflits pour ce qui est vrai (ce qui s’est réellement passé) finit dans une cours de dernier recours basée sur la jurisprudence et l’histoire.
Aux USA, ce qui définit ce qui est permis est la jurisprudence : tant qu’il n’y en a pas, liberté totale ? 

L’extravagant Mr Deeds

Film de Frank Capra, 1936.

Copie presque conforme de Monsieur Smith au Sénat (ultérieur). Début par un décès qui propulse un homme du peuple au sommet du pouvoir et de la richesse. Jean Arthur se trouve dans les deux films avec le même type de rôle. Deux acteurs minces et de haute taille - innocents pleins de bon sens, et de sens des affaires - transforment la société par leur honnêteté. Une visite à un monument symbolique des valeurs américaines (la tombe de Grant ici, le monument de Lincoln là). Des règlements de compte à coups de poings. Une décision - de bon sens - qui peut faire beaucoup d'heureux. Une trahison du héros par un traitre. Et un sauvetage in extremis par l’acte héroïque d’une personne dont la conscience est réveillée par l’injustice. Mais aussi la complicité amicale d'une haute autorité (un juge ici, le président du Sénat là). 

Remarque. Une idée, qui va à l’encontre d’une théorie répandue aux USA, qui veut que le chômeur soit un paresseux : en période difficile, ceux qui ont de la chance doivent donner un coup de pouce à ceux qui n’en ont pas…

mercredi 8 septembre 2010

En faveur des coalitions

Un nouveau billet favorable à un gouvernement de coalition (au sujet du probable revers électoral des démocrates aux prochaines élections américaines).

J’y vois un nouvel avantage (l'ancien est ici). Lorsqu’un parti politique gagne, non seulement il ne représente qu’une partie de l’électorat (souvent minoritaire), mais en plus il tend à être emporté par ses franges extrêmes. En France le gouvernement semble attiré par le FN, aux USA les démocrates d’extrême gauche sont plus dangereux pour le président que son opposition. Un gouvernement de coalition élimine ces risques. 

Internet et lois du marché

Bizarrement l’origine du mot paradis serait un jardin entouré de murs. Internet semble propice à de tels paradis : de plus en plus d’îlots privés apparaissent (cf. Apple, Facebook ou la Chine). The Economist estime que le danger le plus sérieux à la « Net neutrality » est le manque de concurrence entre fournisseurs d’accès haut débit. (The web's new walls.)

Et si, une fois de plus, arrivait ce qui doit arriver à des individus rationnels, laissés à eux-mêmes (The logic of collective action) : formation d’oligopoles ?

D’ailleurs, loin de créer la fraternité internationale escomptée, les hommes ont reproduit sur Internet ce qu’ils vivaient sur terre : notamment, aux USA, « séparation par classe et race ». « Cela reflète une réalité ancienne, pas une sorte de nouvelle découverte ». (A cyber-house divided.)

Schopenhauer pour les nuls

Janaway, Christopher, Schopenhauer, A Very Short Introduction, Oxford University Press, 2002.

Schopenhauer était-il un philosophe ? Christopher Janaway trouve beaucoup à redire à la rigueur de son raisonnement et à la solidité de sa métaphysique, et à sa tentative de rapprocher Kant et Platon.

Il paraît plutôt avoir été un très grand écrivain, et un précurseur de la psychologie, qui a su formuler le malaise de son temps. Ses idées semblaient à tel point une évidence à la haute société viennoise que Freud s’est cru obligé de dire qu’il ne l’avait pas lu.

Pour Schopenhauer, le mal du monde c’est la « volonté » (de vivre) des êtres et des éléments qui le constituent et qui fait que nous nous jetons tous les uns contre les autres, et qu’un univers plus horrible ne pourrait pas exister. Pour l’homme cette volonté se trouve dans son inconscient, qui tire ses ficelles, et déforme sa perception. Et cet inconscient est obsédé par le sexe (i.e. par la reproduction).

Cette volonté aveugle nous enferme dans l’illusion de notre individualité, qui nous empêche de voir que nous appartenons à un tout. (Ce qui fait de l’empathie la plus grande vertu humaine.) Cependant nous entrapercevons parfois le monde tel qu’il est vraiment. L’art nous le montre. Il neutralise la « volonté » et nous ouvre les yeux sur la réalité. Certains, des saints, parviennent même à ne plus rien vouloir, donc à vivre cette réalité qui sous-tend nos illusions. C’est avant tout l’effet d’un violent accident de la vie (l’homme n’ayant pas de libre arbitre).

Commentaires :

Si l’œuvre de Schopenhauer a semblé évidente à ses contemporains, est-ce parce qu’il les a influencés ? Ou est-ce parce que la philosophie rationalise les idées de son époque ? D'ailleurs, pourquoi la très riche et très raffinée haute société à laquelle il appartenait a-t-elle pu produire une pensée aussi noire ? Élégant désespoir romantique de ceux qui ont tout ? Culture excessivement répressive, qui martyrise l’individu et fait de sa nature un mal ?...

Mais, au fond, Schopenhauer n’a-t-il pas raison ? Ne sommes nous pas victimes de la haine que nous nous portons ? Les milieux d’affaire anglo-saxons ont érigé la concurrence et l’égoïsme en dogme, les hommes politiques français sont aveuglés par leurs ambitions, au mépris de leurs nobles principes, les Allemands sont parvenus à un semblant d’union en déclarant la guerre au reste du monde. L’humanité est victime d’une malédiction : croire qu’il y a des bons et des mauvais... Malédiction ou bon sens ? La vie consomme ce qui lui est nécessaire. En l’épuisant, elle se force à se réinventer, non ?

Pour ma part, il me semble que l’homme peut arriver à comprendre que l’autre n’est pas un ennemi. Dans l’adaptation nécessaire aux évolutions de notre environnement, l'union fait la force ; le groupe est d'autant plus fort que chacun de ses membres fait ce pour quoi il est doué, ce qu’il a envie de faire (volonté). 

Compléments :
  • Le livre que cite Histoire du mariage remarque que les théories de Freud arrivent à une époque de répression sexuelle sans précédent. 
  • Curieux cheminement qui mène de Kant à Heidegger, en passant par Hegel, Schopenhauer et Nietzsche, notamment. Chacun emprunte à l'autre des idées qui semblent progressivement prendre la solidité d'une vérité scientifique. En même temps, on passe de systèmes fermés et logiques, à des travaux beaucoup moins préoccupés de consistance interne.

mardi 7 septembre 2010

Inflation et université américaine

« Les revenus du foyer médian ont cru d'un facteur 6,5 en 40 ans, mais le coût des cours d’une université d’État a augmenté d’un facteur 15 pour les étudiants de l’État, et de 24 pour les étudiants extérieurs à l’État ». « En 1961 les étudiants à plein temps d’une licence en 4 ans passaient 24 heures par semaine à étudier ; ça a été réduit à 14 ». « Les professeurs des universités les plus cotées obtiennent une année sabbatique tous les 3 ans, contre tous les 7 auparavant ».

Pourquoi les lois du marché ont-elles permis ce scandal ? La concurrence a joué à l’envers de ce qu’il aurait fallu. « Le gros problème est que la concurrence entre les institutions les plus prestigieuses telles que les universités se fait sur leur réputation académique (qui est renforcée par des professeurs vedettes) et le bling (des dortoirs et des stades sportifs luxueux). » (Declining by degree.)

Et si, contrairement à ce qu’on nous a dit, les acteurs de l’économie tendaient à construire des cartels, en choisissant des règles de coordination mutuellement bénéficiaires, de façon à exploiter un marché divisé ? (cf. The logic of collective action.)

Mais il y a mieux. Voici un coût de plus qui n’a pas été pris en compte par les statistiques d’inflation officielles. Après les coûts de la santé et ceux du logement et des actions, les salaires des financiers, des patrons et des cadres supérieurs… Et comment chiffrer le coût d’un chômage élevé désormais endémique ? 

Les économistes s’émerveillaient d’avoir pacifié l’inflation, sans voir que l’essentiel, ce qui détermine une existence, était en croissance explosive. Expropriation sournoise : ceux que la société avait placés en situation de faiblesse ont été tondus. 

Belgique au crépuscule

L’UE pourrait compter bientôt un ou deux nouveaux Etats, selon que la Belgique se sera divisée en 2 ou en 3.

Curieux comme ses conflits internes reflètent une histoire culturelle aussi vieille que l’Europe. D’un côté on a une communauté d’origine germanique soudée, efficace et déterminée, de l’autre une tribu gauloise qui ne sait que se chamailler, et qui est incapable de défendre les valeurs auxquelles elle croit. Allemagne / France années 30 ?

Indicateur de créativité

Comment créer des « machines à innovation » dans l’entreprise, se demandent des gourous du management, qui semblent ne pas l’avoir assez fréquentée pour savoir qu’elles portent déjà un nom : des laboratoires.

Une idée utile tout de même : comment en mesurer le succès ? « La capacité à apprendre de ses erreurs. »

lundi 6 septembre 2010

Angleterre et étudiants étrangers

J’entendais ce matin que l’Angleterre s’inquiète de ce que 20% des étudiants étrangers venus y faire des études y demeurent, concurrençant ainsi les indigènes. Problème : l’étudiant étranger rapporte beaucoup aux établissements de formation, comment faire qu’il continue à venir étudier, sans s’installer ?

La théorie ordinaire des milieux d’affaires (donc de tous les partis anglais) est
  1. Que l’immigration est une bonne chose.
  2. Que l’étudiant doit payer pour ses études. Ce qui est logique, puisqu’elles vont lui rapporter un bon salaire. C’est un investissement dont la rentabilité est garantie par les lois du marché.
Hypocrisie ?
  1. Ici, on a non seulement de l’immigration mais de l’immigration qualifiée…
  2. Il pourrait y avoir trop de d’excellents diplômés. Le diplôme ne crée pas de l’emploi, mais est un moyen de sélection  qu’utilise un édifice social dont les places sont numérotées ?

Malheurs des Roms

Curieusement, les malheurs des Roms viendraient de la défaite du communisme. Les pays de l’est ne leur offrent plus l’école, un logement et un travail comme ils le faisaient jadis. Il semblerait même que « les enfants roms sont régulièrement placés dans des institutions pour handicapés mentaux » ! Faute d’éducation, ils n’ont aucune chance de trouver un emploi, et vivent dans une pauvreté abjecte.

Rejetée par l’extérieur, cette communauté s’isolerait de plus en plus dans une forme de violence et dans des coutumes que nos valeurs réprouvent.

Solution aux maux des Roms ? L’école. Leurs pays d’origine doivent investir dans leur scolarisation. Il est possible qu'ils n'aient pas le choix : la situation pourrait devenir explosive. 

Compléments :

Juifs italiens

Entendu par hasard Alexandre Adler parler des Juifs italiens (hier). Apparemment petite communauté mais réussite étonnante. Elle est à l’origine à la fois d’une grosse partie du capitalisme italien (de Benedetti, Agnelli, Bruni-Tedeschi…) mais aussi de son opposition marxiste, de quelques-uns des scientifiques les plus fameux, émigrés aux USA (Fermi et l’économiste Modigliani, par exemple), des artistes (da Ponte et autre Modigliani), et bien sûr Christophe Collomb. J’ai aussi appris que le juif italien portait généralement un nom de ville.

Au fond, ce n’est pas surprenant qu’une telle réussite ait fait des envieux. Mais est-ce une bénédiction d’être une personne célèbre ? 

Dépenses militaires

Les faux pas technologiques freinent le développement ; les retards augmentent les coûts ; le gouvernement recule un peu plus les travaux de façon à ne pas faire éclater les budgets annuels, entraînant une augmentation des coûts à long terme. Avec le temps, la technologie se démode, si bien que l’armement doit être reconçu, donnant à l’État-major la possibilité de bricoler sans fin avec leurs spécifications. À la fin, le gouvernement réduit la taille de la commande, ce qui fait croître un peu plus les coûts unitaires. Il devait y avoir 132 bombardiers furtifs B2 mais seulement 20 ont été construits. Ils coûtent 2md$ l’unité.
Illustration d’un grand principe de gestion de projet (et de conduite du changement) : interdit de toucher au budget et aux délais d’un projet. Si une dérive apparaît (ce qui est imparable), il faut le reconcevoir, de façon à ce que l’essentiel soit conservé, mais les contraintes respectées. Analyse de la valeur. 

dimanche 5 septembre 2010

Injustice, politique et tomates

Mon billet précédent est injuste avec les hommes politiques. S’ils sont des fantoches, ridicules rouleurs de mécaniques, et de sabres, ce n’est pas du fait de leur nature, mais de celle du système auquel ils appartiennent.

Hier, j’achetais des tomates. Apparence parfaite : grosse, ronde et impeccable. Mais elles sont pleines d’eau. Impropre à la sauce tomate. Mais pourquoi n’y a-t-il pas de tomates moches mais bonnes ? Me demandé-je. Parce qu’elles ne se vendraient pas. Une convention s’est imposée : le fruit doit être beau pour être cher. Pour que la tomate change d’aspect, il faut un consensus du marché, qui demande aux marchands et aux cultivateurs de revoir leurs pratiques. Mais comment coordonner une telle masse d’individus dispersés ?

Il en est de même de nos hommes politiques : s’ils sortaient des conventions, ils n’auraient aucune chance d’être sélectionnés par leur parti.

Compléments :
  • The Economist fait un raisonnement proche, en ce qui concerne M.Strauss-Kahn. C’est le meilleur candidat socialiste, mais (donc ?) il ne sera pas sélectionné par son parti. La médiocre popularité de N.Sarkozy suscite et multiplie les ambitions. Prévoir une guerre fratricide au PS, meilleure chance de défaite. 

Catherine Ashton

Certains voulaient, pour diriger la diplomatie européenne, un Tony Blair, qui « paralyse la circulation » lorsqu’il se rend quelque part.
  • Effectivement, Tony Blair suscite des émeutes. Y compris lorsqu’il se rend dans une librairie pour dédicacer ses mémoires. (On lui reproche la guerre d’Irak.)
  • Catherine Ashton, effectivement, paraît humble et modeste, et penser que l’Europe à plus à gagner à se faire des amis qu’à délivrer des discours guerriers, voire à s’engager dans des conflits, comme l’a fait M.Blair. 
Le visage, ridicule, de l’Europe pourrait-il changer ? Il est douteux que les fantoches qui nous dirigent tolèrent longtemps un tel scandale.
    Compléments :

    Amérique fondamentaliste

    L’Amérique est une anomalie : seul pays riche ultrareligieux. (Religious Outlier.)  Tentatives d’explication :
    • Bronislaw Malinovski. Sa théorie : le rôle de la religion est d’aider l’homme à faire des choix qui correspondent aux intérêts de la société. Contrairement aux autres pays « développés » l’Amérique est ultra-individualiste. En Europe, au Japon… l’homme est encadré de près par les lois explicites de la société, pris en charge par elle. Pas aux USA.
    • Max Weber. Le fondement du capitalisme c’est le protestantisme. L’essence du modèle américain est religieux ? Sans religion l’individualisme ambiant disloque l’édifice ? (WEBER, Max, L'Ethique protestante et l'esprit du capitalisme, Pocket, 1989.)
    • Un billet récent observe que l’homme a commencé à penser que le monde était rationnel, à partir du moment où il a construit une société qui lui a permis d’éliminer l’incertitude de sa vie. Jusque-là ses religions lui disaient qu’il ne fallait pas en demander trop au monde. Le faible niveau de structure sociale américain introduit-il une haute dose d’imprévisibilité dans l’existence individuelle, qui a besoin d’aide pour supporter son sort ? 

    Contrôle de la finance

    Comment éviter aux banques de créer une faillite mondiale ? L’exercice consiste à chercher un moyen pour que la faillite d'une banque ruine ses actionnaires, mais pas le contribuable.
    • Première mesure : augmenter les réserves des banques. 
    • Mais des réserves qui élimineraient tout risque ne sont pas compatibles avec le fonctionnement de l’économie. Il faut donc pouvoir s’occuper des faillites résiduelles. Les USA ont monté une autorité qui prendra le contrôle d’une banque en difficulté et répartira ses pertes conformément à la logique économique. 
    • Mais, nouveau problème : les banques sont endettées les unes par rapport aux autres. Si certaines semblent fragiles (et les santés bancaires sont corrélées), et donc menacées d’un redressement musclé, elles ne seront plus alimentées. Nouvelle solution : pour éviter une panique, l’action du régulateur est réduite seulement à une partie (critique) du bilan de la banque administrée.
    Voilà, à mon avis, comment devrait fonctionner un monde en bonne santé : une mise au point de solution à ses problèmes par échange entre les beaux esprits expérimentés de la planète. Loin des utopies qui l’ont ravagée. 

    samedi 4 septembre 2010

    Irak et liberté

    Reportage de la BBC (From our own correspondant). Un irakien explique qu’il a perdu sa liberté. Ses opinions pourraient lui coûter la vie (il part d’ailleurs aux USA). Sous Saddam il faisait ce qu’il voulait.

    Le régime de Saddam était occidentalisé, son renversement a amené le déchaînement des forces traditionnalistes, muselées jusque-là ? Résultat d’un changement mené par des idéalistes : l’inverse de ce qu’ils en attendaient ?

    Blair l’américain

    Tony Blair a écrit ses mémoires. Curiosité : il parle comme un PDG américain. En particulier, il considère les électeurs comme des consommateurs, qui ne peuvent donc jamais se tromper. De ce fait, il est ridicule d'avoir des partis politiques : il faut évidemment des produits qui répondent à la globalité du marché.

    M.Blair, ou sa femme, n’avait pas besoin d’être un agent de la CIA pour faire la politique de George Bush : il est pénétré des valeurs de l’élite des affaires. Peut-être est-ce la séduction qu'elle opère sur ses homologues étrangers (et en particulier sur notre président) qui explique que les théories libérales ont eu un tel succès ces dernières décennies ? A quoi ressemblerait notre planète si les gouvernants chinois avaient écouté ce chant de sirènes ?

    Les carrefours de la ville

    Film de Rouben Mamoulian, 1931.

    Pour une fois, pas de leçon de morale compliquée. C’est rapide, efficace, élégant. « No hard feelings ».

    Proche du muet dans lequel l’acteur savait faire passer ses émotions par son attitude ? (« We didn’t need dialogue, we had faces » dit Gloria Swanson dans Sunset Boulevard.) Peut-être aussi des films allemands de l’époque. Mais là je n’en sais pas assez. 

    vendredi 3 septembre 2010

    Dépression américaine ?

    Les employeurs américains seraient parvenus à transférer une partie du coût de l’assurance santé de leurs salariés sur ces derniers. C'est ça ou le chômage. (Shifting the Health Cost Burden.)

    Or, si l’entreprise réduit le salaire de ses employés, elle déprime son marché. Cercle vicieux de la dépression.

    Limites d’un excès de liberté ? L’équilibre de l’offre et de la demande n’est pas un équilibre stable ? Quand l’un a un avantage sur l’autre, il pousse cette avantage à l’absurde, sans penser que leurs sorts sont liés ? 

    Fusion Deutsche Bahn SNCF

    Il existerait un joint venture entre la Deutsche Bahn et la SNCF. Mais, elles s’affrontent sur le marché européen.

    Elles feraient mieux de s’unir, les forces de l’une sont les faiblesses de l’autre. La SNCF est pauvre, son fret est calamiteux, mais le transport passagers est florissant. C’est le contraire pour Deutsche Bahn. (Trouble ahead.)

    Mais comment rapprocher deux cultures aussi différentes ? Les précédents ne sont pas brillants. EADS vit difficilement, AREVA et Siemens se sont séparés… 

    Troisième Reich

    Mosse, George L., Les racines intellectuelles du Troisième Reich, Points 2008. Histoire de la pensée « Völkish ». Elle semble avoir beaucoup en commun avec la pensée nazie.

    Elle serait née avec le romantisme du début du 19ème siècle, comme une réaction à la transformation de la société, aux bouleversements sociaux qui érodent la situation de la bourgeoisie et de l’aristocratie terrienne, et contre les idées qui sont à son origine, celles des Lumières. Elle s’est nourrie des frustrations et des épreuves subies par des hommes malmenés, méprisés, massacrés, divisés, pendant des siècles, par les événements de l’histoire, et qui aspiraient à retrouver la gloire de leur passé, et à fonder une nation.

    Au progrès, et à l’espoir de l’avenir radieux promis par les Lumières, ils préfèrent le retour vers une sorte de paradis perdu, le Moyen-âge, époque où l’Empire Germanique est le défenseur des valeurs de l’Occident. À la raison, à la science, à l’individualisme, à l’urbanisation, au libre échange, au matérialisme, on oppose l’émotion, l’intuition, le corporatisme et le protectionnisme, le paysan comme source du bien, l’enracinement dans une culture commune, le « peuple » comme essence génératrice de l’individu le liant au « cosmos ».

    C’est un mouvement bourgeois, élitiste, dont le vecteur principal a été l’intellectuel, l’enseignant, massivement victimes du chômage.

    L’antisémitisme est son compagnon de route. Parce que le juif est un agent du progrès, et l’exécuteur des basses œuvres du capitalisme ? Parce qu’on jalouse sa réussite et on veut la lui voler ? Mais la question demeure théorique. Les Juifs sont vus par certains comme un peuple, qui doit vivre une vie séparée, voire rejoindre un concert des peuples. Pour d’autres, le Juif peut s’assimiler. Curieusement les Juifs sont attirés par le mouvement Völkish, ils envoient leurs enfants dans ses écoles, la pensée sioniste paraît s’en être inspirée. Était-ce une tentative crédible de réponse à des aspirations largement partagées ?

    D’ailleurs, il semblerait que la révolution Völkish ait été perçue comme une révolution de la pensée, à l’image de la réforme de Luther. Utopie ? Mais elle faisait peur : elle refusait le capitalisme, donc l’édifice social.

    Pourtant Hitler en a fait une réalité. Il a raccroché le mouvement Völkish aux deux composants de la société qui en étaient exclus : les masses et le grand patronat. Il a réalisé la « révolution allemande » attendue par les Völkish, mais sans bouleversement social inacceptable. L’axe du mal était le Juif. L’avènement du paradis germanique ne demandait rien de plus que son élimination.

    Les sympathisants Völkish se sont ralliés au nazisme, à contrecœur et faute de mieux.

    Commentaires :

    Notre vision de la pensée Völkish est biaisée par son destin effrayant, et ses aspects ridicules (le Moyen-âge, les opéras de Wagner…). On en a fait une malédiction qui se serait abattue sur une Allemagne bouc émissaire. Une telle horreur n’est-elle pas inhumaine ?

    Or ses idées sont présentes partout, depuis longtemps. Le romantisme c’est le bien, n’est-ce pas ? Et puis, à regarder de près les concepts fondateurs de la philosophie allemande, de sa sociologie, de son économie… une pensée que nous admirons tant aujourd’hui et qui a tant inspiré la pensée mondiale d’avant et d’après guerre, ne retrouve-t-on pas ceux de la pensée Völkish ? Mieux, les films de Capra ou ceux de Clint Eastwood ne nous montrent-ils pas des héros Völkish, des gens simples venus du peuple, de la campagne, aux convictions chevillées au corps… qui ramènent dans le vrai et le bien une société décadente, corrompue par l’illusion intellectualiste ? L’affrontement entre la France d’en haut et la France d’en bas, entre ceux qui pensent et ceux qui ressentent, entre Barack Obama de Harvard et Sarah Palin d’Alaska, n’est-ce pas la même chose ?

    D’ailleurs, aussi terrible que cela puisse paraître, la solution qu’a trouvée Hitler aux aspirations allemandes n’était-elle pas la seule qui était acceptable à la société de l’époque ?

    C’est peut-être parce que l’histoire est écrite par les vainqueurs que nous la voyons comme une progression ininterrompue vers la lumière. Mais ce fut un changement terrible, auquel a tenté de s’opposer une énorme majorité de la population mondiale, sa victime. (Si un grand nombre d'Allemands se sentait Völkish, beaucoup d'autres épousaient les thèses marxistes : ça laisse peu de monde pour défendre nos valeurs actuelles...)  Depuis le 17ème siècle notre histoire n’est que révolutions. Révolution anglaise, Révolution française, Communisme (Russie, Europe de l’Est, Chine…), Nazisme, et peut-être Consensus de Washington, avènement du capitalisme sur terre. Succession d’utopies désastreuses, de pestes sociales ?

    Et si la cause de ce changement était la « raison » ? L’homme a cru qu’il devait construire le monde selon ce que lui dictait sa raison. Il n’a pas vu les conséquences de celle-ci. Comme le disait un romantique, triste victime du changement, Tocqueville :
    tous pensent qu’il convient de substituer des règles simples et élémentaires, puisées dans la raison et dans la loi naturelle, aux coutumes compliquées et traditionnelles qui régissent la société de leur temps (…) dans l’éloignement presque infini où ils vivaient de la pratique, aucune expérience ne venait tempérer les ardeurs de leur naturel.
    Et si notre histoire était celle de la découverte que la raison a des conséquences imprévues ? Et si, pour accepter cette réalité, cette raison avait eu besoin d'inventer les moyens de mesure des dites conséquences ? Et si le développement durable n’était rien d’autre que cela : la tentative de créer un monde qui obéisse à la raison, mais sans que cela ne nous retombe sur le nez ? 

    jeudi 2 septembre 2010

    Emploi français

    Un article du Monde dit la même chose de l’emploi en France qu’aux USA (voir billet précédent). D’un côté de riches qualifiés employés par des multinationales, de l’autre des chômeurs sans qualité. Il faut comprendre les multinationales : notre marché est « saturé », et nous ne sommes pas « compétitifs ». Fatalité donc.

    Comme aux USA, ce raisonnement est une prédiction auto-réalisatrice. C’est parce que les grandes entreprises ont cherché moins cher ailleurs, qu’elles ont exporté leurs compétences clés, et qu’elles ont appauvri le marché national par le chômage. Et qu’il n’a pas été jugé bon de développer les talents locaux. D’ailleurs nos ingénieurs sont devenus des employés de banque

    Comme BP, si nos multinationales sont aussi remarquablement rentables, c'est parce qu'elles ont essoré leur petit personnel et économisé sur la recherche. Elles ont hypothéqué leur durabilité. Les bénéfices exceptionnels du CAC40 sont une très mauvaise nouvelle.