samedi 4 septembre 2010

Irak et liberté

Reportage de la BBC (From our own correspondant). Un irakien explique qu’il a perdu sa liberté. Ses opinions pourraient lui coûter la vie (il part d’ailleurs aux USA). Sous Saddam il faisait ce qu’il voulait.

Le régime de Saddam était occidentalisé, son renversement a amené le déchaînement des forces traditionnalistes, muselées jusque-là ? Résultat d’un changement mené par des idéalistes : l’inverse de ce qu’ils en attendaient ?

Blair l’américain

Tony Blair a écrit ses mémoires. Curiosité : il parle comme un PDG américain. En particulier, il considère les électeurs comme des consommateurs, qui ne peuvent donc jamais se tromper. De ce fait, il est ridicule d'avoir des partis politiques : il faut évidemment des produits qui répondent à la globalité du marché.

M.Blair, ou sa femme, n’avait pas besoin d’être un agent de la CIA pour faire la politique de George Bush : il est pénétré des valeurs de l’élite des affaires. Peut-être est-ce la séduction qu'elle opère sur ses homologues étrangers (et en particulier sur notre président) qui explique que les théories libérales ont eu un tel succès ces dernières décennies ? A quoi ressemblerait notre planète si les gouvernants chinois avaient écouté ce chant de sirènes ?

Les carrefours de la ville

Film de Rouben Mamoulian, 1931.

Pour une fois, pas de leçon de morale compliquée. C’est rapide, efficace, élégant. « No hard feelings ».

Proche du muet dans lequel l’acteur savait faire passer ses émotions par son attitude ? (« We didn’t need dialogue, we had faces » dit Gloria Swanson dans Sunset Boulevard.) Peut-être aussi des films allemands de l’époque. Mais là je n’en sais pas assez. 

vendredi 3 septembre 2010

Dépression américaine ?

Les employeurs américains seraient parvenus à transférer une partie du coût de l’assurance santé de leurs salariés sur ces derniers. C'est ça ou le chômage. (Shifting the Health Cost Burden.)

Or, si l’entreprise réduit le salaire de ses employés, elle déprime son marché. Cercle vicieux de la dépression.

Limites d’un excès de liberté ? L’équilibre de l’offre et de la demande n’est pas un équilibre stable ? Quand l’un a un avantage sur l’autre, il pousse cette avantage à l’absurde, sans penser que leurs sorts sont liés ? 

Fusion Deutsche Bahn SNCF

Il existerait un joint venture entre la Deutsche Bahn et la SNCF. Mais, elles s’affrontent sur le marché européen.

Elles feraient mieux de s’unir, les forces de l’une sont les faiblesses de l’autre. La SNCF est pauvre, son fret est calamiteux, mais le transport passagers est florissant. C’est le contraire pour Deutsche Bahn. (Trouble ahead.)

Mais comment rapprocher deux cultures aussi différentes ? Les précédents ne sont pas brillants. EADS vit difficilement, AREVA et Siemens se sont séparés… 

Troisième Reich

Mosse, George L., Les racines intellectuelles du Troisième Reich, Points 2008. Histoire de la pensée « Völkish ». Elle semble avoir beaucoup en commun avec la pensée nazie.

Elle serait née avec le romantisme du début du 19ème siècle, comme une réaction à la transformation de la société, aux bouleversements sociaux qui érodent la situation de la bourgeoisie et de l’aristocratie terrienne, et contre les idées qui sont à son origine, celles des Lumières. Elle s’est nourrie des frustrations et des épreuves subies par des hommes malmenés, méprisés, massacrés, divisés, pendant des siècles, par les événements de l’histoire, et qui aspiraient à retrouver la gloire de leur passé, et à fonder une nation.

Au progrès, et à l’espoir de l’avenir radieux promis par les Lumières, ils préfèrent le retour vers une sorte de paradis perdu, le Moyen-âge, époque où l’Empire Germanique est le défenseur des valeurs de l’Occident. À la raison, à la science, à l’individualisme, à l’urbanisation, au libre échange, au matérialisme, on oppose l’émotion, l’intuition, le corporatisme et le protectionnisme, le paysan comme source du bien, l’enracinement dans une culture commune, le « peuple » comme essence génératrice de l’individu le liant au « cosmos ».

C’est un mouvement bourgeois, élitiste, dont le vecteur principal a été l’intellectuel, l’enseignant, massivement victimes du chômage.

L’antisémitisme est son compagnon de route. Parce que le juif est un agent du progrès, et l’exécuteur des basses œuvres du capitalisme ? Parce qu’on jalouse sa réussite et on veut la lui voler ? Mais la question demeure théorique. Les Juifs sont vus par certains comme un peuple, qui doit vivre une vie séparée, voire rejoindre un concert des peuples. Pour d’autres, le Juif peut s’assimiler. Curieusement les Juifs sont attirés par le mouvement Völkish, ils envoient leurs enfants dans ses écoles, la pensée sioniste paraît s’en être inspirée. Était-ce une tentative crédible de réponse à des aspirations largement partagées ?

D’ailleurs, il semblerait que la révolution Völkish ait été perçue comme une révolution de la pensée, à l’image de la réforme de Luther. Utopie ? Mais elle faisait peur : elle refusait le capitalisme, donc l’édifice social.

Pourtant Hitler en a fait une réalité. Il a raccroché le mouvement Völkish aux deux composants de la société qui en étaient exclus : les masses et le grand patronat. Il a réalisé la « révolution allemande » attendue par les Völkish, mais sans bouleversement social inacceptable. L’axe du mal était le Juif. L’avènement du paradis germanique ne demandait rien de plus que son élimination.

Les sympathisants Völkish se sont ralliés au nazisme, à contrecœur et faute de mieux.

Commentaires :

Notre vision de la pensée Völkish est biaisée par son destin effrayant, et ses aspects ridicules (le Moyen-âge, les opéras de Wagner…). On en a fait une malédiction qui se serait abattue sur une Allemagne bouc émissaire. Une telle horreur n’est-elle pas inhumaine ?

Or ses idées sont présentes partout, depuis longtemps. Le romantisme c’est le bien, n’est-ce pas ? Et puis, à regarder de près les concepts fondateurs de la philosophie allemande, de sa sociologie, de son économie… une pensée que nous admirons tant aujourd’hui et qui a tant inspiré la pensée mondiale d’avant et d’après guerre, ne retrouve-t-on pas ceux de la pensée Völkish ? Mieux, les films de Capra ou ceux de Clint Eastwood ne nous montrent-ils pas des héros Völkish, des gens simples venus du peuple, de la campagne, aux convictions chevillées au corps… qui ramènent dans le vrai et le bien une société décadente, corrompue par l’illusion intellectualiste ? L’affrontement entre la France d’en haut et la France d’en bas, entre ceux qui pensent et ceux qui ressentent, entre Barack Obama de Harvard et Sarah Palin d’Alaska, n’est-ce pas la même chose ?

D’ailleurs, aussi terrible que cela puisse paraître, la solution qu’a trouvée Hitler aux aspirations allemandes n’était-elle pas la seule qui était acceptable à la société de l’époque ?

C’est peut-être parce que l’histoire est écrite par les vainqueurs que nous la voyons comme une progression ininterrompue vers la lumière. Mais ce fut un changement terrible, auquel a tenté de s’opposer une énorme majorité de la population mondiale, sa victime. (Si un grand nombre d'Allemands se sentait Völkish, beaucoup d'autres épousaient les thèses marxistes : ça laisse peu de monde pour défendre nos valeurs actuelles...)  Depuis le 17ème siècle notre histoire n’est que révolutions. Révolution anglaise, Révolution française, Communisme (Russie, Europe de l’Est, Chine…), Nazisme, et peut-être Consensus de Washington, avènement du capitalisme sur terre. Succession d’utopies désastreuses, de pestes sociales ?

Et si la cause de ce changement était la « raison » ? L’homme a cru qu’il devait construire le monde selon ce que lui dictait sa raison. Il n’a pas vu les conséquences de celle-ci. Comme le disait un romantique, triste victime du changement, Tocqueville :
tous pensent qu’il convient de substituer des règles simples et élémentaires, puisées dans la raison et dans la loi naturelle, aux coutumes compliquées et traditionnelles qui régissent la société de leur temps (…) dans l’éloignement presque infini où ils vivaient de la pratique, aucune expérience ne venait tempérer les ardeurs de leur naturel.
Et si notre histoire était celle de la découverte que la raison a des conséquences imprévues ? Et si, pour accepter cette réalité, cette raison avait eu besoin d'inventer les moyens de mesure des dites conséquences ? Et si le développement durable n’était rien d’autre que cela : la tentative de créer un monde qui obéisse à la raison, mais sans que cela ne nous retombe sur le nez ? 

jeudi 2 septembre 2010

Emploi français

Un article du Monde dit la même chose de l’emploi en France qu’aux USA (voir billet précédent). D’un côté de riches qualifiés employés par des multinationales, de l’autre des chômeurs sans qualité. Il faut comprendre les multinationales : notre marché est « saturé », et nous ne sommes pas « compétitifs ». Fatalité donc.

Comme aux USA, ce raisonnement est une prédiction auto-réalisatrice. C’est parce que les grandes entreprises ont cherché moins cher ailleurs, qu’elles ont exporté leurs compétences clés, et qu’elles ont appauvri le marché national par le chômage. Et qu’il n’a pas été jugé bon de développer les talents locaux. D’ailleurs nos ingénieurs sont devenus des employés de banque

Comme BP, si nos multinationales sont aussi remarquablement rentables, c'est parce qu'elles ont essoré leur petit personnel et économisé sur la recherche. Elles ont hypothéqué leur durabilité. Les bénéfices exceptionnels du CAC40 sont une très mauvaise nouvelle. 

Emploi américain

Ce que me disait un ami qui vit aux USA se confirme : énorme déficit d’ingénieurs, peut-être, plus exactement, de scientifiques (70% des étudiants en doctorat sont d’origine étrangère). Or c’étaient eux le moteur de l’innovation nationale…

Autre particularité : il ne semble plus y avoir de place pour les qualifications intermédiaires, qui, lorsqu’elles sont mises au chômage et parviennent à retrouver un travail, doivent accepter des petits boulots dans les services, bien moins payés que leurs anciens emplois. (New Job Means Lower Wages for Many.)

Vers une société faite d’une petite élite riche entourée de serviteurs pauvres ? 

Compléments :
  • Pour le moment mes prévisions semblent meilleures que celles de Madame Lagarde, qui pensait que la crise ne serait qu'une formalité pour un pays aussi admirable que les USA.

Raison du peuple

Influencé par un livre traitant de l’Allemagne d’avant guerre, je me suis insurgé naguère contre le héros américain humble mais droit, qui défie la raison des plus forts. Comment être sûr qu’il sait ?

La réponse du film américain est : le peuple. Ce que dit le héros sonne juste et réveille les consciences. Faux. La plupart des grandes catastrophes mondiales résultent de l'enthousiasme populaire.

En fait, et c’est la raison de ce nouveau billet, je crois qu’il y a un mi-chemin. Derrière ce qui nous semble naturel, se trouvent des principes enfouis dans l’inconscient collectif. Il suffit de les extraire (cf. l'ethnologie) pour pouvoir les soumettre à un traitement rationnel, qui s’assure que leur application ne conduit pas à des conséquences défavorables, et qu’ils n’entrent pas en contradiction avec d’autres principes tout aussi sacrés.  

mercredi 1 septembre 2010

Dehors l’immigrant

Partout en Europe l’immigrant est un mal aimé. Le correspondant européen de la BBC émet une intéressante hypothèse sur la cause de ce phénomène : « malaise dû à la vitesse à laquelle la société change, et inquiétude que des sociétés puissent développer des communautés distinctes et parallèles ».

Le modèle national se disloque ? Ceux qui ont la possibilité de se replier sur une identité résiduelle le font ? L’apparition de communautés distinctes suscite la rancœur de la majorité restante contre elles, ce qui accélère la séparation ?

Faut-il redonner une identité séduisante à la nation, ou inventer une superstructure qui permette la cohabitation fructueuse de « petites » cultures, y compris non nationales ? Après tout, il y a sûrement plus à gagner qu’à perdre de la diversité.

Si l’on veut que notre culture accepte la diversité, il faut la faire changer. Comment ? La technique habituelle pour cela est la jurisprudence. On utilise les crises que pose l’apparition de communautés distinctes. Elles révèlent un conflit entre des règles implicites des deux communautés, qu’il s’agit de pêcher dans l’inconscient collectif (d'où complexité de l'exercice que certains sociologues américains appellent « dialogue »). La « jurisprudence » consiste à élaborer des règles nouvelles qui transcendent ces oppositions apparentes. 

Développement durable = risque

Conversation avec un assureur de PME / PMI. Pour lui le « développement durable c’est le risque ». 

Et le risque majeur, c’est que l’entreprise disparaisse. La performance de l’entreprise doit être durable. Elle doit, outre avoir une politique intelligente de gestion de ses risques, se différencier, innover (« créer de la valeur client »), optimiser ses processus (techniques lean), développer son image, et, plus généralement, son « capital immatériel ».

Seules 10% des entreprises seraient sensibles à ce discours. Elles se caractérisent par une stratégie, de l’innovation, la volonté, éventuellement, d’accueillir du capital extérieur. Les autres ont, typiquement, une direction centralisatrice et une totale incapacité à offrir la moindre résistance à leurs donneurs d’ordres. 

J'ai retrouvé mon expérience dans cette discussion !

2213

Les thèmes du mois.

Puberté précoce

En quelques années l’âge de la puberté a reculé de manière surprenante. On soupçonne des causes environnementales plutôt que génétiques.

Parmi celles-ci l’obésité, et des composés présents un peu partout dans ce que produit l’entreprise (nourriture, plastics…) que le corps confond avec des œstrogènes ou de la testostérone. Parmi les inconvénients, outre le fait de démarrer sa puberté à 6 ans, il y a, semble-t-il, un risque accru de cancer. (Puberty blues, Early puberty in girls doubles in a decade.)

De telles causes « environnementales » sont de plus en plus souvent évoquées, notamment pour expliquer l’autisme.

La question du développement durable ne serait-elle pas théorique et abstraite ? Le danger que nous fait courir notre mode de développement actuel serait-il proche et concret ?… 

mardi 31 août 2010

Les causes de l’obésité

L’obésité a atteint des proportions étonnantes aux USA : 1/3 de la population est obèse. Le poids moyen des femmes d’1m62 appartenant au 90ème percentile de poids aurait augmenté de 70% en un siècle.

Alors que le poids de l’Américain serait resté stable pendant longtemps, il aurait progressé en deux paliers, après chaque guerre. Chaque évolution serait corrélée avec une révolution technologique : d’abord la voiture et la radio, puis la télévision et les fast foods.

Tout changement, y compris technologique, demande un accompagnement, pour qu’il n’ait pas des conséquences néfastes. 

Avenir de l’agriculture

The Economist estime que le monde doit s’inspirer du miracle agricole brésilien : « recherche, grandes fermes à forte intensité capitalistique, ouverture aux échanges et aux nouvelles techniques d’exploitation ». Autrement dit OGM et industrialisation à outrance. Ou encore la logique économique de la Révolution industrielle glorifiée.

Cependant, ce type d’agriculture est-il durable ? Peut-on en juger les conséquences sur quelques décennies ? Toutes les « révolutions vertes » ne battent-elles pas de l’aile (cf. l’Inde) ? Et avant de le généraliser ne serait-il pas mieux de réinventer un modèle basé sur le gaspillage ? 

Serge Antoine et le développement durable

Serge Antoine est à l’origine du concept de Développement durable en France. Aménagement du territoire, parcs nationaux, Ministère de l’environnement, DATAR, Club de Rome, Stockholm, Sommet Rio… ce haut fonctionnaire est partout, et partout pionnier. N’arrivant pas à savoir ce que signifiait Développement durable, j’ai pensé qu’il pourrait m’éclairer. Voici ce qu’il dit :
je n’ai aucune définition toute prête pour le développement durable et je ne veux pas en avoir. Les Français jugent que c’est une notion floue. Tant mieux. (…) La vraie question est de passer de l’état gazeux à l’état solide. (…) Cela signifie faire un peu plus de prospective à long terme, réintégrer des valeurs dans nos systèmes de choix, affiner des choix sociétaux, réaffirmer la solidarité entre les pays du Nord et les pays du Sud, être très attentifs aux transformations géophysiques, climatiques, environnementales. (…)
La politique de développement durable peut s’affiner. Elle se fait en marchant, un peu comme L’Homme invisible qui devient visible quand on lui pose des bandelettes. Il faut prendre conscience au fait qu’il s’agit là d’une véritable révolution culturelle, d’une révolution dans les comportements, surtout politiques, à laquelle nos habituels schémas d’analyse sont étrangers. (Il) faut éviter de prolonger la simple approche environnementale et (…) il est nécessaire de s’alimenter de manière systémique aux sources de l’économie, de la culture, du social en même temps que de l’écologie, (…) l’allongement en prospective est indispensable, (il) faut transformer tout le monde en “acteurs” et si possible monter des opérations multiacteurs, (il) faut jouer du volontariat et (…) les indicateurs de mesure du suivi sont indispensables.
Si je comprends bien, le « développement durable » est un concept invisible. Pour le préciser il faut procéder problème par problème, petit-à-petit, ses contours apparaîtront.

Élégant raisonnement. Malheureusement, il conduit actuellement à un empilage hétéroclite de mesures, possiblement contradictoires (énergie nucléaire = meilleur ami du développement durable ?). Cela fait penser au « Consensus de Washington » : dans les années 90 tout le monde était d’accord sur le fait que le capitalisme avait gagné la partie, mais chacun avait une idée différente de ce que cela signifiait. D’où une série de crises, de corrections du concept… Jusqu'à ce que le consensus n'en soit plus un. 

lundi 30 août 2010

Sales gosses

La vie en famille tendant à ressembler à de la conduite du changement, mes amis et mes clients me parlent de leurs enfants. Je découvre la crise de l’adolescence et surtout les dégâts que font les divorces. Une discussion récente m’a fait avoir l’idée suivante :

Le problème de l’adolescent serait un problème de repères. Il découvre un monde nouveau dont il ne comprend pas le sens. En donnant de la tête contre les murs, l’adolescent comprend qu’ils existent, et apprend les règles de la société. Sa vie prend un sens. Il se calme.

L’adolescent ferait donc comme certains de mes clients : ils me disent que ce qu’on leur demande n’est pas possible, afin que je leur démontre le contraire, et qu’ils en arrivent à se figurer comment mener à bien leur mission.

Le malaise de l’adolescent (de mes clients ?) serait accentué par le fait que depuis 68 notre société nage dans un grand « relativisme », et que l’Éducation nationale est son bastion. Du coup, selon une de mes expressions favorites, nous restons au stade « jeune con » mal dans sa peau, sans parvenir à devenir de « vieux cons », suffisants et contents d’eux.

Cela expliquerait aussi le succès de l’enseignement privé, qui a conservé quelques valeurs solides, rassurantes.  

Changement au Pakistan

Le Pakistan était féodal. De grandes familles possédaient les terres, les biens et gouvernaient les existences. L’urbanisation galopante fait émerger de nouveaux dirigeants politiques, issus du peuple. Seront-ils aussi favorables aux intérêts de l’Occident que leurs prédécesseurs ? (Upstarts Chip Away at Power of Feudal Pakistani Landlords.)

Obama mauvais politique ?

Obama et l’armée. Son salut est plus impeccable que celui du militaire de carrière, il maîtrise mieux les dossiers que lui, et il décide vite et bien, comme un militaire. Mais il ne veut pas que ça se sache, que ces guerres détournent le pays de ce qui compte pour lui : ses réformes internes. Et pour cela il s’inspire d’Eisenhower.

Mais est-ce bonne politique ? Ce que je crois sa droiture, qui le conduit à une grande discrétion, donc à un déficit d’image, fait qu’il prête le flanc à toutes les attaques. Ne devrait-il pas, comme nos politiques français, mieux promouvoir ses actions, quitte à compromettre un peu les intérêts de la nation ?

Peut-être pense-t-il qu’à long terme justice lui sera faite ? Une forme de respect pour son peuple ?

Compléments :
  • Le cas d’Eisenhower. Il savait ce que nous avons appris depuis, que l'URSS était dans un état déplorable. Il ne servait donc à rien de s’engager dans un surarmement, qui ne pouvait qu’être fatal aux finances de l’Amérique. L’histoire lui a donné raison : Kennedy n’a pas eu son intelligence. D’où déficit, renoncement à Bretton Woods (Nixon), ce qui ne règle rien. Depuis un demi-siècle l’Amérique vit à crédit. (Pour Eisenhower et Kennedy, voir le livre dont parle Grand expectations.)

Coutumes américaines

Élections sénatoriales américaines. Des candidats sont prêts à donner 25 à 50m$ de leur poche simplement pour pouvoir être sélectionnés par les primaires de leur parti. Michael Bloomberg a payé 100m$ pour se faire élire maire de New York (à chaque élection il dépense plus…).

Les coutumes américaines diffèrent des nôtres. Chez nous un homme riche qui ferait de la politique serait discrédité immédiatement, surtout s’il utilisait sa fortune pour se faire élire.

Du coup les Américains ont des candidats généralement riches, mais qui sont arrivés tard en politique après une vie active qui leur a ouvert les yeux. Chez nous nous avons des politiques généralement issus de la fonction publique et qui n’ont connu que l’appareil de leur parti et sont nourris de principes artificiels. Chaque système a ses avantages et ses inconvénients, mais aucun n’est exportable. 

dimanche 29 août 2010

Angleterre pacifique

Un billet récent laissait entendre division des nations et guerres fratricides étaient une fatalité.

Les Anglais le démentent. Ils sont une des rares nations à ne pas vouloir jeter l’immigré à la mer, et ce en dépit de fortes tentations. Pourquoi ? Parce que gouvernement de coalition : une politique extrême le ferait exploser.

Et s’il y avait là une solution à explorer ? (D’ailleurs, l’Allemagne n’est-elle pas à son meilleur quand elle est dirigée par une large coalition ?)

Gendarme du monde

L’Amérique dépense près de la moitié du budget militaire mondial. J’ai l’impression que l’Europe et le Japon jouent un tant soi peu les parasites, vis-à-vis d’elle, lui laissant policer le monde.

Du coup, on doit avoir le phénomène décrit par Mancur Olson : l’Amérique nous apporte le « bien commun » qu’est la paix mondiale ; à coût faible pour nous ; mais elle le fait d’une manière un peu bancale, qui n’est pas optimale pour la planète. (De même qu’une société pourrait construire une route pour les besoins d’une de ses usines : elle ne serait pas idéale pour les besoins du reste de la communauté.)

État carcéral

« En 2012, le ministère du travail prévoit que les États-Unis auront plus d’agents de sécurité privés que d’enseignants du secondaire » dit une étude de la répartition entre population productive et non productive d’un pays.  (Les improductifs de l'étude sont réduits aux personnes qui font respecter la sécurité.)

En 2002, 26% de la population américaine travaillait dans la sécurité, une proportion exceptionnellement élevée.

Explications possibles ? Une société qui ne contrôle pas « par construction » ses membres comme le font des sociétés moins individualistes (Allemagne, Japon…), ou peut-être aussi des inégalités qui ne sont pas acceptées par la population, et que la force doit faire respecter.

Cette organisation sociale ne vise donc pas à l’optimisation de la richesse de la nation (cf. Adam Smith), en mettant le maximum de monde au travail. L'inégalité semble plutôt son principe. Ce qui ne signifie pas forcément un complot des riches contre les pauvres, car l’individualisme semble produire naturellement ce phénomène (The logic of collective action).

Compléments :
  • Cet article m’a particulièrement frappé parce qu’un de mes livres fait une analyse similaire de l’entreprise. L’entreprise américaine (et la nôtre par imitation) tend à s’organiser selon le modèle défini par Taylor : un très grand nombre de cols blancs (dirigeants, contrôleurs de gestion, qualiticiens, consultants, acheteurs… et leurs très coûteux progiciels de gestion) contrôlant des cols bleus et des sous-traitants sans qualification et sans défense. Ce mode d’organisation est beaucoup moins efficace qu’une démocratie de personnels qualifiés contrôlés par une culture forte. Il parait justifié non par sa compétitivité, mais parce qu’il donne aux dirigeants de ces organisations des revenus sans commune mesure avec ceux qu’ils auraient obtenus dans un modèle démocratique.