lundi 4 octobre 2010

Changement en Angleterre (suite)

L’Anglais retient son souffle. Le coup d’envoi du plan gouvernemental de réduction du déficit public est pour dans quelques jours.

Les nouvelles ne sont pas bonnes. L’Irlande, qui a précédé l’Angleterre dans la rigueur radicale, pique du nez. Et la dévaluation de la livre est de peu d’utilité : difficile de relancer l’économie anglaise aux dépens d’une Europe qui se serre, aussi, la ceinture.

Alors, il va falloir jouer sur les mécanismes fiscaux (ne pas augmenter les impôts) et monétaires (Quantitative easing), pour éviter le pire. (On the tight side.)

Autrement dit, donner aux riches et aux banques, pendant que les classes inférieures seront mises au chômage ?

L’Inde dépasse la Chine ?

The Economist croit pouvoir dire que l’Inde dépassera bientôt la Chine. Raisons : démographie galopante et démocratie. Un État faible, mais des entreprises dynamiques. « Le capitalisme individualiste indien pourrait être plus robuste que le dirigisme chinois ».

Les arguments sont recevables mais je ne les trouve pas décisifs. 
  • L’Inde est avant tout un pays déstructuré. Peut-on construire longtemps sur du sable mouvant ? Même la conquête du Far West était guidée par l’éthique protestante. Le passé indien ne semble pas non plus bien augurer de l’avenir. L’Inde semble avoir toujours été une sorte d’édifice féodal assez informe, et pas franchement expansionniste. 
  • Peut-on confier un peuple à des entreprises ? Le Taylorisme des services qui lui est imposé pourra-t-il longtemps durer ? S’il y a transition, comment se passera-t-elle ? D’ailleurs, le capitalisme indien sera-t-il longtemps créatif ? Ne risque-t-il pas de tourner à l’exploitation de l’homme par l’homme, vice de tout « capitalisme individualiste » ?
  • Le pays est dans un état sanitaire critique, où va conduire la pression démographique ?
Compléments :
  • John Stuart Mill pensait que pour qu’une démocratie fonctionne, il faut qu’elle ait appris une forme de discipline. Je ne suis pas sûr que ce soit le cas de l’Inde.
  • Histoire de l’Inde.
  • L'estime de The Economist viendrait-elle de ce que l'Inde est le meilleur élève émergent du capitalisme anglo-saxon ?

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Quelques thèmes du mois.

Une idée inattendue d’abord. Les classes moyennes auraient subi un nettoyage ethnique. Ce qui expliquerait à la fois la montée de sentiments extrémistes et le peu de succès des thèses de gauche. Cette attaque au centre pourrait aussi expliquer la crise : c’est lui qui produit et qui donne à l’entreprise sa capacité d’évolution. On a tué la poule aux œufs d’or ? L’enquête :
Une seconde idée qui m’est venue est qu’en environnement « néoclassique » (individus rationnels laissés à eux-mêmes), l’économie fonctionne comme un mécanisme d’expropriation par une inflation masquée : Inflation et université américaine, Inflation et économie de marché.

Parmi les faits divers du mois. Les USA semblent se replier sur leur économie (Obama le visionnaire) ; les travaillistes ont élu un nouveau leader (Ed Miliband, Ed Miliband (suite)) ; la nouvelle fierté allemande cache peut-être un malaise profond (German pride – à relier à la question des classes moyennes ?) ; les Roms méritent mieux que l’éjection ou la bienpensance (Malheurs des Roms), ils méritent qu’on les aide à trouver leur place en Europe ; l’Inde organise des jeux qui donnent une image d’elle préoccupante (Jeux du Commonwealth (suite), Castes indiennes). Manœuvres financières : Quantitative easing ? Contrôle de la finance. Et évolutions d’Internet, aux prises avec les lois du marché ? (Internet et lois du marché, Stuxnet.)

Dans la série « c’est fantastique ce que l’on a pu nous prendre pour des imbéciles ». Relatif déclin japonais, ou l’épouvantail anglo-saxon ne va peut-être pas aussi mal qu’on le dit ; Que faut-il pour être patron ? Flatter pour réussir, Intelligence collective, ou ce n’est pas l’individu exceptionnel qui fait le succès de l’entreprise, d’ailleurs seul le courtisan réussit ; De l’importance d’être heureux, ou la psychologie montre que l’économie néoclassique marche sur la tête (aussi Bonheur et argent) ; Drogué à la nourriture, ou l’économie de marché contre l’homme ; Répartition des revenus, ou l’inégalité des revenus n’est pas bonne pour l’économie ; L’économie découvre l’habitude, ou l’échange peut faire le malheur des peuples. Manipulation par des idéologues (Blair l’américain) ? Je crois plutôt que nous avons rationalisé notre individualisme, en corrompant la science au passage.

Une fois n’est pas coutume : quelques réflexions sur les techniques de conduite du changement. Culture d’entreprise, Changement sexiste, Apprendre à manager. Mais aussi sur les limites de notre raison (Mosquée américaine (correction)), et sur les caractéristiques comparées des cultures individualistes et collectivistes (Avantage compétitif de l’individualisme).

Pour finir, suite de ma réflexion sur le développement durable (Développement durable = risque) ; sur la démocratie (En faveur des coalitions) ; et livres : Troisième Reich, ou l’Allemagne d’avant guerre a peut-être des choses à nous enseigner, et Schopenhauer, ou la source des tourments de l’Occident ?

dimanche 3 octobre 2010

Stuxnet bis

The Economist remarque que Stuxnet, outre tout ce que l’on en a dit, pourrait inaugurer une nouvelle forme de guerre entre entreprises. Le virus informatique va-t-il devenir un « big business » ?

Microsoft pourrait en devenir la plaque tournante : on lui a déjà emprunté sa clé de cryptage, pour Stuxnet, selon Hervé Kabla.  

Classes moyennes sans parti ?

Les classes moyennes anglaises ont été les victimes de la crise. Elles sont prises en sandwich entre les couches supérieures qui se sont considérablement enrichies, et les couches inférieures objet de toutes les attentions de l’État. Elles accusent les travaillistes de trahison.

Le hasard fait qu'on m'a parlé plusieurs fois, à peu d'intervalle, de gens qui se feraient payer au noir, des sommes importantes, pour ne pas perdre des allocations qui semblent couvrir énormément de choses (y compris le logement). J’en arrive à me demander s’il n’y a pas un fond de vérité dans des arguments que je croyais fous.

La gauche défend les « exclus », la droite l’économie, l’administration est protégée et possède ses syndicats ? Ça laisse un gros électorat potentiel au FN ou au Tea Party ?

Les classes moyennes auraient été les principales victimes du recul de l’État ? Mais alors, pourquoi n’en veulent-elles plus, ou n’appuient-elles pas les partis de gauche ? Parce que l’État sert de manière disproportionnée d’autres qu’elles ? Elles n'attendent plus le salut que de l'économie, et ne voteront que pour ceux qui sembleront capables de la faire marcher ?

De l’importance d’être heureux

Être heureux se construit par empilage de petits bonheur, et nous rend résistant à l’adversité. Aussi « il a été montré que se sentir bien améliore la créativité et la capacité à résoudre des problèmes ».

Et l’on peut s’entrainer. Écrire un journal qui parle de ce que l’on trouve bien dans sa vie ; combattre les idées noires ; méditer (la force des moines ?) ; développer des liens sociaux riches (« être socialement isolé est à peu près aussi mauvais pour votre santé que fumer ou boire excessivement, et bien pire que l’obésité ») ; dépenser son argent non en biens de consommation mais « dans des activités sociales ou dans des expériences nouvelles et enthousiasmantes ».

L’inquiétude, au contraire, rapetisserait notre horizon, spatial et temporel.

Ce qui me ramène à mes Charybde et Scylla favoris :
  • L’hypothèse fondamentale de l’économie est que l’homme optimise son « utilité » personnelle - il est égoïste. C’est l’antithèse de la réalité. L’homme est bien quand il donne, quand il médite, et quand il est en société ! Quand il est seul, il crève. Est-ce que les économistes veulent créer un monde inhumain ?
  • La bienpensance et sa voix, les informations de la radio publique, sans relâche dénoncent nos vices et nous annoncent les punitions terribles qu'ils méritent. L’anxiété qu’ils créent ne nous rend-elle pas un peu plus incapables de résoudre les dits problèmes ?
Compléments :
  • L’article dont sont tirées ces idées dit aussi que le niveau de bonheur atteignable est en partie génétique, et qu’un excès de satisfaction, la béatitude ?, n'est pas bon.
  • Il contredit, par ailleurs, une thèse favorite du consultant anglo-saxon : pour faire bouger les gens, il faut une crise (« burning platform »). Ils bougent peut-être, mais ils prennent des décisions idiotes. 

samedi 2 octobre 2010

Bill Clinton

Demander des sacrifices ne fait pas un programme politique, remarque Bill Clinton, il faut trouver un moyen de promettre un « nouvel investissement et l’espoir ».

Il y a quelque chose de curieux. Les États européens doivent dégrader les conditions de vie du citoyen, parce qu’ils ont accumulé des dettes pour sauver l’économie de ses propres inconséquences. Pourquoi la population ne proteste-t-elle pas ?

Parce qu’une société individualiste n’a pas les mécanismes sociaux nécessaires pour cela ?  Parce que les politiques ne savent pas faire ce que leur demande Bill Clinton : comprendre nos problèmes et leur chercher des solutions ? Ils sont enfermés dans des dogmes d’une autre ère ?

Compléments :
  • De même qu’Internet a permis au opérateurs de télécom de détrousser les fournisseurs de contenu en leur faisant croire que leur fortune était dans la gratuité, je me demande si l’État n'a pas vécu des revenus d’une bulle spéculative, qui permettait à certains de s’enrichir sans que les autres, protégés par le dit État, s’en rendent compte. La poussière retombe. Un petit groupe a gagné, le grand nombre a perdu. Mais c'est maintenant qu'il faut payer l’addition. Et à l’avenir ce sera chacun pour soi. 

Intelligence collective

Ce qui rend un groupe intelligent n’est pas l’intelligence moyenne de ses membres, ou l’intelligence particulière d’un de ceux-ci, mais leur « sensibilité sociale », une forme d’empathie. Compter une majorité de femmes est aussi recommandé.

Un pavé de plus dans la marre de la guerre des talents qui a conduit à augmenter considérablement le salaire des dirigeants ? (L’économie s’en est-elle mieux portée, d’ailleurs ?)

Compléments :
  • Curieusement, j’étais arrivé à ce type de conclusion en ce qui concerne mon ancienne équipe d’aviron : lorsque ses membres ont pris conscience qu’ils ramaient avec des êtres humains fort susceptibles, elle est devenue compétitive.

Flatter pour réussir

Des universitaires ont cherché à connaître les qualités qui portaient aux sommets de l’entreprise.

Il faut maîtriser un art extrêmement sophistiqué de la flatterie, de la manipulation indétectable.

Il n’y a pas meilleur entraînement que d’appartenir à une culture pour laquelle la flatterie est une seconde nature, c'est-à-dire venir du monde de la vente, du droit, ou de la politique, ou encore de la haute société.

Compléments :

Apprendre à manager

Le rapport sur le bien être au travail porte la souffrance de l’employé au compte d’un management qui n’a ni pouvoir ni capacité à diriger. L’Éducation nationale devrait enseigner le management, poursuit-il. Alors, pour avoir un peu de bien être, faudra-t-il attendre une réforme de l’Éducation nationale, et le départ à la retraite de tous ceux qu’elle aura formés jusque-là ?

Je me demande si être un manager acceptable ne tient pas simplement à éviter quelques d’erreurs :

Erreur 1 : vouloir avoir le dernier mot

Le principal défaut du mauvais manager, et du Français en particulier, est qu’il veut décider de tout. Ce qui a des inconvénients sérieux : il connaît moins bien leur métier que ses collaborateurs : il est en grand danger de se ridiculiser ; ses décisions se contredisent ; vouloir penser à la place des autres s’appelle le totalitarisme, ce n’est pas économiquement efficace (cela fait de ses collaborateurs des pantins).

En fait, le manager devrait ressembler au capitaine d’un navire. Il doit donner le cap, et faire ce qu’il faut pour que le navire soit en bon état de marche. Il ne doit pas dire comment mettre du charbon dans la chaudière. Le rôle du manager est de faire fonctionner, et respecter, les procédures qui permettent à son organisation et à ses collaborateurs d’accomplir le rôle pour lequel ils ont été choisis.

Erreur 2 : voir le mal partout

On reproche au management de « hurler avec les loups ». Étant incapable de défendre les orientations prises par la direction de la société, il se fait l’écho des critiques de ses équipes. Il pense ainsi en être le champion, alors qu’elles le méprisent.

Explication. Il croit, comme beaucoup de Français, qu’il est dirigé par l’incompétence et le mal. Par conséquent c’est ainsi qu’il interprète les messages confus qui lui parviennent. Pas étonnant alors qu’il ne sache rien en faire.

Mais il est dirigé par des gens intelligents, qui pensent bien. Il lui suffit d’interpréter ce qui lui parvient à la lumière de l’intérêt de l’entreprise pour en tirer une ligne directrice claire, que ses équipes lui diront comment mettre en œuvre. S’il demeure des obstacles, il pourra alors demander à ses supérieurs les informations et moyens manquants avec des arguments qui prouvent sa bonne volonté et sa compétence.

Erreur 3 : penser que l’incompétence de son manager est incurable

Éviter l’erreur 2 est compliqué quand on est placé à la base d’un empilage de gens qui n’ont pas lu ce billet : on reçoit des messages incompréhensibles. D’ailleurs, comment éviter que son initiative ne soit victime des mauvais réflexes des mauvais managers (qui veulent dicter leur conduite à leurs subalternes – cf. Erreur 1)  ?...

Il faut rechercher des canaux d’information fiables qui remontent le plus haut possible. Et, surtout, établir un lien étroit avec son propre manager. (De plus, en l’assistant dans ses décisions, on réduit les chances qu’il se laisse imposer une tâche infaisable, sans demander les moyens nécessaires. On peut aussi espérer que le lien s’étende au manager supérieur et que, de proche en proche, on atteigne l’origine des stratégies.)

Le pas décisif pour ce faire est de reconnaître des qualités à ce manager. Or, cela paraît au dessus des forces humaines : ses actes ne démontrent-ils pas tous les jours son incompétence ?

Erreur. La première qualité d’un manager est le poste qu’il occupe. La société lui a donné un pouvoir que nous n’avons pas. Ses compétences et son caractère ont une importance négligeable par rapport à ce pouvoir.

Une fois cette prise de conscience réalisée, les faiblesses de l’être supérieur prennent un visage nouveau. Sans elles, il n’aurait pas besoin d’aide, il n’y aurait pas de fondement à un partenariat !  

vendredi 1 octobre 2010

Tony Curtis

Hier soir j’entendais une ancienne interview de Tony Curtis. J’ai été frappé par sa voix. Celle d’un parrain de la mafia, sorti de la rue. Ça ne collait pas avec l’image du séducteur élégant et inconséquent que ses films m’ont laissée.

Les ravages de l’âge ?

J’ai découvert qu’il était né Bernard Schwarz, avait eu une enfance particulièrement difficile, et qu’il devait sa carrière à l’ascenseur social de la guerre, qui l’avait expédié à l’université, et à un « chasseur de talents ».

Relations inhumaines

Un ingénieur de France télécom témoigne sur ce qu’il a vécu. Kafkaïen. Surtout, il décrit un mécanisme implacable, scientifiquement conçu, méthodiquement appliqué (avec formation du management, harcèlement par lettre recommandée…) et qui a pour but de broyer les employés. Terriblement, irrationnellement ?,  ça m’évoque les deux mots « solution finale ».

Il y a quelque temps je lisais un article qui disait que le manager qui impose à son subordonné un traitement dégradant n’a aucune idée des dégâts psychologiques, parfois irréparables, qu’il lui inflige. (Il peut même penser le motiver.) Mais dans ce que montre cet ingénieur, il y a quelque chose de délibéré, de réfléchi, de froid. Comment est-il concevable que l’on puisse planifier la destruction d’êtres humains ?

Gide, je crois, disait qu’un « ennemi est un ami vu de dos ». Nous haïssons beaucoup de gens parce que nous ne les connaissons pas, parce que nous leur attribuons à tort les problèmes qui nous affectent. Ne sommes nous pas tous convaincus que l’autre (notre voisin bruyant, la gauche bienpensante, la droite la plus bête du monde, un patronat d’exploiteurs, les syndicats qui ne savent que paralyser le pays…) est « l’axe du mal » ? Qu’arriverait-il si nous avions les moyens de l’éliminer ? Or, il existe des gens qui possèdent effectivement ces moyens.

La conquête de l’Ouest

Film de Henry Hathaway, John Ford et George Marshall, 1962.

Une quantité d’acteurs fameux, un écran divisé en trois (les restes d’un procédé cinématographique qui permettait d’utiliser un très grand écran), une succession continue d’affrontements de toutes sortes. Presque plus d’ailleurs avec des criminels qui exploitent leurs semblables qu’avec les Indiens.

Au sujet des Indiens. Nous avions envie d’aller dans l’Ouest, il se trouve qu’ils y étaient. (On notera au passage que pour l’Anglo-saxon le droit de propriété est sacré.) Plus pacifiquement : ils devront faire ce que tous les immigrés ont fait, s’adapter à notre culture. 

jeudi 30 septembre 2010

Hélicoptère révolutionnaire

Il y a quelque temps, j’ai découvert l’existence d’une nouvelle génération d’hélicoptères, aux USA (le X2 de Sikorsky). Ils ont plusieurs rotors et peuvent atteindre 460km/h. Je me suis demandé ce qu’avait fait EADS en attendant.

Réponse : pareil. Il vient de présenter un hélicoptère à hélices (le X3 !), qui promet les mêmes performances que son concurrent (mais qui semble moins original, et les tests paraissent moins avancés).

Une fois de plus, l'innovation apparaît à plusieurs endroits à la fois. Phénomène social, dans lequel le génie individuel a une place mineure ?

France corrompue ?

Une étude traite de l’avantage injuste donné aux entreprises qui comptent des membres du gouvernement ou leurs proches dans leurs rangs, et dans le même souffle parle de corruption.

Ma première pensée est allée à la France avec sa tradition de passage du public au privé. Cela se justifiait à l’époque où l’État dirigeait l’économie. Mais est-ce toujours approprié ? Maintenant que l’État veut laisser libre cours à l’économie, ne doit-il pas, pour être cohérent, réinventer son fonctionnement pour ne pas sombrer dans l’oligarchie ? 

Les Runaways

Film de Floria Sigismondi. Scènes de concert remarquablement filmées. Cela change de l’ordinaire du cinéma qu’un film parle de musique.

Histoire ? Celle du premier groupe de (hard) rock féminin. Un groupe de filles d’une quinzaine d’années construit par un producteur (génial ?). Succès immédiat. Sa chanteuse sombre tout aussi vite dans la drogue. En un an le groupe est fini. Portrait de l’Amérique, aussi :

Je me suis souvenu de ma première rencontre avec une famille anglaise. Contrairement à chez nous, l’éducation compte peu, l’enfant est très vite laissé à lui-même. Ce qui conduit à une spécialisation précoce, rock star, futur prix Nobel, ou ouvrier non qualifié. En fait, à 15 ans, il est probablement beaucoup plus mur et adulte qu’un Français de 25 ans.

Ce qu’il y a de remarquable ici est aussi le producteur. Illustration parfaite du cours de MBA. Il a une « vision », il comprend que le marché attend un hard rock féminin porteur de sexe et de violence. La « mission » du groupe, c’est cela : sexe et violence. Comme hier celle des fabricants de tabac américains était la nicotine (voir le film Révélations). Il parle d’ailleurs de « produit ». Quant à sa stratégie, c’est une démonstration de marketing. Il demande au groupe fort peu de capacité musicale : il le façonne pour obtenir l’effet voulu. Et il lui ajoute une chanteuse, qu’il veut sur le modèle de Brigitte Bardot. C’est le « look » qui compte. Par chance elle parvient à chanter. Puis il joue du scandale pour faire une publicité fracassante. Elle disloquera, avec la drogue, le groupe.

Encore une fois, je note que ce que l’Amérique a déversé sur le monde n’est pas une science de l’efficacité de l’entreprise, mais ce qu’elle a dans le sang, sa culture. 

mercredi 29 septembre 2010

Stuxnet

Le virus informatique Stuxnet a l’intéressante caractéristique de jouer sur 4 failles de Windows pour ensuite pouvoir s’en prendre à un logiciel de Siemens, utilisé pour superviser les processus d’une centrale nucléaire. Il est particulièrement présent en Iran, mais aussi en Indonésie, en Inde, en Azerbaïdjan, et même aux USA.

Alors, doit-on se passer d’Internet et des logiciels du marché, pour certains systèmes critiques ? Ne serait-il pas justifié de développer des logiciels spécifiques, comme on le faisait jadis ? J’imagine que l’on me répondra non, ça coûterait trop cher. Oui, mais quel est le prix d’un accident nucléaire ou de l’arrêt de l’approvisionnement en énergie d’un pays ?

Compléments :
  • C'est curieux mais toutes les innovations semblent avoir un coût caché. Parfois monstrueux. Leur attrait vient de ce que nous ne le voyons pas. 
  • Hervé Kabla, sur le même sujet.

Des primaires

Les partis politiques français, toujours innovants, désirent choisir leurs candidats par des primaires, comme les Anglo-saxons. Mais est-ce judicieux ? Les travaillistes ne semblent pas avoir choisi le candidat le plus éligible. Idem pour les Républicains en ce qui concerne les prochaines sénatoriales.

D'ailleurs, pourquoi s'en étonner ? Les idées des fans d’un parti ne sont elles pas fatalement différentes de celles de la majorité du peuple ? Pire, ceux qui votent ne sont-ils pas les plus motivés (les candidats sénateurs américains sont choisis par quelques milliers de personnes, le leader du parti travailliste par un peu plus de 200.000 votants) ? Avec un avantage décisif aux minorités bien organisées (Tea Party aux USA, Syndicats en Angleterre) ?

Le système des primaires semble donc donner un candidat susceptible de plaire à la majorité de la population si le parti est relativement uni et ses membres pensent avant tout à son intérêt. S’il est divisé en factions, les chances de la victoire d’un extrémiste isolé sont sérieuses. Il dirigera le pays si l’opinion rejette son adversaire.

Compléments :

Éolien en panne

La crise a été fatale à l’éolien. Plus de crédits pour les petits entrepreneurs du vent (40% des installations), consommation électrique en baisse, amélioration des moyens de production traditionnels, et, par conséquent, plus aucune difficulté à remplir les quotas d’énergie renouvelable. Seuls les gros industriels du secteur devraient survivre.

Décidément, le secteur des énergies renouvelables est fort cyclique… 

mardi 28 septembre 2010

Stephen Hawking prix Nobel ?

Il se trouve que j’ai rencontré Stephen Hawking, il y a un quart de siècle. Lorsque j’ai demandé qui était cet handicapé que je croisais régulièrement, on m’a dit que c’était l’homme qui avait démontré que les trous noirs fuyaient et qu’il recevrait le prix Nobel le jour où l’on aurait observé le phénomène.

Eh bien il semblerait que ce soit le cas. Mais c’est un peu incertain…

Jeux du Commonwealth (suite)

Les premières équipes nationales qui ont reçu un logement à Delhi en disent du bien. Les rumeurs sur la désorganisation indienne étaient elles exagérées ?

En fait, les « grandes équipes » ont des appartements luxueux, les pays pauvres, eux, ont droit à du pas fini. Après tout n’y sont-ils pas habitués ?

Et il reste le problème de la sécurité, qui n’est pas résolu.

Mon billet sur Nungesser et Coli avait tort. Les peuples modernes n’ont pas perdu le goût du danger.

(D’après la BBC ce matin.)

Ed Miliband (suite)

Sondage : l’Anglais pense qu’Ed Miliband fera un nettement moins bon premier ministre que son frère (36% contre 53%). (Mais les travaillistes prennent le dessus sur les conservateurs.)
Explication : capacité à gérer l’économie.

J'ai entendu Benoit Hamon dire que l'élection travailliste montrait que le PS devait partir à gauche. Ça ne semble pas le cas. L’économie est devenue un élément majeur de notre vie. Aucun parti ne peut plus l’oublier.

Compléments :
  • L’information vient de la BBC. Quelques résultats du sondage.
  • Mon billet sur Ed Miliband, n’avait pas vu tous les aspects de l’équation. Un Ed trop à gauche peut être bon pour le gouvernement au pouvoir. 

Succession en Corée

La Chine serait le seul appui de la Corée, et désireuse de lui faire suivre le chemin chinois post Mao. Ce qui éviterait au pays l’effondrement. 

lundi 27 septembre 2010

Obama le visionnaire

Pour B.Obama, il n’y a que l’Asie qui compte. Pour sauver l’économie américaine, il faut vendre à l’Asie, seul marché en plein boom. Pourquoi diable ses prédécesseurs ont-ils passé autant de temps à s’occuper du Moyen-Orient ?

Court-termisme de l’homme qui n’est que raison ? Est-ce avec de telles stratégies que l’on bâtit une nation ?...En tout cas, le comportement de M.Obama semble suivre le scénario qu’avait prévu pour lui Et l’Amérique créa le monde à son image….

Compléments :
  • Aux USA comme en Angleterre, « Politique étrangère » signifie maintenant promouvoir les produits locaux. 

Avantage compétitif de l’individualisme

Les cultures individualistes sont plus innovantes que les autres, et croissent plus. (Culture can determine long-run growth.)

Mais les cultures collectivistes ne sont pas sans qualités. Elles sont meilleures dans la « coordination des processus de production ». Elles sont surtout plus adaptées aux périodes difficiles, « Malthusiennes » où l’homme n’a pas de quoi manger.

Plus curieux (mais y a-t-il indépendance ?), les cultures collectives sont associées à des populations susceptibles au « risque de dépression », « à un fort stress en cas de rejet social », « à certaines maladies graves » (une population fermée offre moins de prise à l’épidémie, liée aux migrations).

En résumé il apparaît que l'individualisme c'est l'attaque, le collectivisme la défense. 

Observations en vrac :
  • Pour que l’individualisme puisse surnager, il faut qu’il y ait eu une phase de collectivisme qui ait procuré un niveau de sécurité suffisant ? Ce serait un peu notre histoire récente, crises, guerre et chaos, phase collectiviste puis 68 et victoire de l’individualisme…
  • La notion de « croissance » est une notion culturelle, anglo-saxonne. Juger les cultures par rapport à ce critère est donc quelque peu déplacé. (Pour beaucoup de monde, le bien matériel est ruine de l’âme.)
  • Si les innovations individualistes se diffusent dans les cultures collectivistes, ces dernières devraient avoir un avantage, puisqu’elles tendent à enrichir uniformément leur population.
  • Comme le dit régulièrement ce blog, le parasitisme est une forme d'innovation. Je me demande si une grande partie de la croissance récente des pays anglo-saxons, qui ont connu une succession de bulles spéculatives et vivent à crédit, ne vient pas de là.
Compléments :

Carrefour vend

Carrefour vend ses unités d'Asie. Il n’y avait pas atteint la taille critique, paraît-il. Mais le marché est en plein boom, probablement pour longtemps. (Exit Carrefour.)

Stratégie bien pensée ou volonté « d’investisseurs activistes » de dépecer une bête dont ils n’arrivent pas à se débarrasser ?

Complément :

Nungesser et Coli

Au hasard d’un coup d’œil donné à Wikipedia, je découvre l’histoire de Nungesser et Coli, qui ont disparu en tentant de traverser l’Atlantique en avion quelques semaines avant Lindbergh.

Le plus surprenant n’est peut-être pas les risques qu’ils ont pris (pour des raisons symboliques ils avaient choisi le sens de traversée le moins favorable, sachant en outre qu’ils volaient très bas), que l'histoire de ces deux as de la guerre de 14. Nungesser avait été victime d’un très grave accident d’avion, mais avait continué à combattre, tout en suivant un traitement à l’hôpital. Coli était devenu aviateur après avoir perdu un œil.

En ces temps là, le risque n’était pas vu de la même façon qu’aujourd’hui. 

dimanche 26 septembre 2010

L’économie découvre l’habitude

Grande avancée de l’économie mondiale. On vient de comprendre que les hommes consommaient selon des habitudes qu’ils acquièrent très tôt et qu’ils conservent, presque inchangées, toute leur vie.

Ça pourrait paraître ridicule, si ça ne mettait pas au jour un curieux phénomène. Pour l’économie, sous quelque angle que l’on regarde l’échange, il ne peut qu’enrichir ceux qui s’y livrent. Mais l’échange tend à conduire à un enchérissement de ce que les gens ont l’habitude de consommer. Jusque là la théorie voulait qu’ils y substituent d’autres choses, et qu’ils s’en trouvent mieux. Or, au moins à l’échelle d’une vie, ce n'est pas le cas.

Voilà un énorme argument en faveur du protectionnisme.

Compléments :
  • En des termes familiers à ce blog, démarrer des échanges est un changement, et il faut « conduire le changement », si l’on veut qu’il ne fasse des malheureux.
  • On peut espérer qu’une prochaine avancée de la science économique découvrira que les ajustements que l’économie demande à l’homme sont douloureux, parce qu’il a été formé pour faire un certain type de travail, pour voir sa vie d’une certaine façon. Une autre forme d’habitude. 

Ingénieur mal aimé

Une émission de la BBC, ce matin, se demandait pourquoi l’ingénieur, qui a fait la fortune de l’Angleterre, n’est plus aimé.Réponse d’un interviewé : « faire » n’intéresse plus.

Il me semble effectivement que ce qui plaît, notamment au surdiplômé, n’est plus de créer, mais de diriger. D’où le développement spectaculaire des écoles de commerce et des MBA.

Cause de cette mode ? Il est tentant de voir un parallèle avec le triomphe de l’individualisme. Pour celui qui ne pense qu’à son intérêt, une carrière de dirigeant rapporte bien plus et avec beaucoup moins d’efforts que le parcours du combattant de l’innovateur ou de l’entrepreneur - qui doivent transformer la société pour réussir. En outre, elle gratifie immédiatement la soif matérialiste moderne.

Compléments :
  • Exemple annonciateur de la victoire de ceux qui exploitent sur ceux qui font : La fiancée du pirate.
  • Dans un monde ou « faire » n’est pas noble, on ne travaille que sous la contrainte. D'où lutte des classes peu créative, et pauvre humanité. 

Ed Miliband

Ed Miliband est élu leader du parti travailliste, d’un cheveu. Il a défait son frère aîné, qui était favori, et qui a été en tête de chaque tour de l’élection. Car on ne comptabilisait pas seulement les premiers choix, mais les seconds, troisièmes, quatrièmes… Or les supporters des autres candidats avaient en majorité placé le petit frère devant le grand.

Conséquence de l’élection ? La particularité d’Ed Miliband est d’avoir l’appui des syndicats, celle de David Miliband, celui des milieux d’affaires (il était le favori de The Economist, par exemple). Il est donc probable que les Travaillistes reviennent à leurs origines, et s’éloignent, un peu, du libéralisme économique dans lequel Tony Blair les avait emmenés.

Conséquence ? Compliqué. Ce sur quoi se jouera l’avenir politique de la Grande Bretagne semble dépendre du succès des réformes à la hussarde annoncées par le gouvernement de coalition. Dans ces conditions, un travaillisme de gauche sous-entend probablement des conflits sociaux durs. Ce qui peut favoriser la débâcle gouvernementale ou faire peur à l’opinion. Et quid du pouvoir d’attraction d’un travaillisme de gauche sur les Lib-dem de la coalition ?

Compléments :
  • Si j’ai bien compris, ce mode d'élection tend à retenir celui des candidats qui a le moins d’électeurs contre lui. Lorsque je l'ai rencontré pour la première fois, c’était chez John Stuart Mill. J’avais cru que c’avait été une idée originale sans lendemain. Mais depuis j’en ai entendu parler à plusieurs reprises. (Notamment au sujet de l'Australie ?)

Tea Party et fondamentalisme

Le Tea Party vénère la Déclaration d’Indépendance et la constitution américaine, vestige de la « plus grande expérimentation d’autogestion au monde, écrasée par un Léviathan monstrueux ». Sans se préoccuper du fait qu’elles avaient pour but une centralisation de l’État et que les pères fondateurs étaient des « aristocrates, gens de leur temps, inquiets de ce que les États étaient saisis de ce qu’ils considéraient comme un excès de démocratie ». (The perils of constitution-worship.)

Les Allemands d’avant guerre vénéraient le Moyen-âge de Charlemagne. Il semble que l’individu qui souffre excessivement du changement ait besoin d’un paradis perdu. Le fondamentalisme est un appel à l’aide, qu’il ne faut surtout par prendre au pied de la lettre ?

Compléments :

Je ne peux pas vivre sans toi

Un film de Léon Dai, 2009, que je n’ai pas vu.

Le film raconte un fait divers : l’histoire d’un père célibataire pauvre, mais heureux jusque-là, qui se heurte à l’administration kafkaïenne taïwanaise pour conserver le droit d’élever sa fille. Il a si bien ému Taïwan, qu’il a entraîné des « réformes de l’administration publique, sommée de « s’humaniser » face à la détresse des citoyens ordinaires ».

Ou comment l’art sait jouer sur les forces invisibles qui contrôlent la société, pour la transformer.

Compléments :
  • J’ai découvert ce « mega hit » du cinéma taïwanais grâce à celui qui le distribue en France.
  • Entreprise et art.

samedi 25 septembre 2010

Jeux du Commonwealth

Depuis quelques temps, la presse anglo-saxonne dresse un tableau effrayant de la préparation des jeux du Commonwealth par l’Inde. Plafonds et passerelles qui s’effondrent, logements abjectes…

La corruption est partout (le cours du rouleau de papier de toilette atteint les 90$), ainsi que le terrorisme que l’État semble incapable de combattre. (Explication : c’est une démocratie, comme si cela justifiait l’anarchie.) (The games people play (or not).)

Bizarre spectacle, lorsqu’on le compare à celui qu’ont donné la Chine et l’Afrique du Sud – un État pourtant bien fragile. De tels événements ne sont-ils pas susceptibles de jeter un doute légitime sur la qualité de la production de ce pays ? Ne serait-ce pas ce qui serait arrivé à n’importe qui d’autre en pareille occasion ?

Pourquoi, donc, l’industrie occidentale s’est-elle précipitée en Inde ? Intérêt avant tout ? Pourquoi en dit-on tant de bien ? Parce que c’est un converti modèle au libéralisme anglo-saxon ?...

Changement sexiste

Discussion sur le changement organisée par des élèves de Sciences U. Cécille Etrillard raconte son expérience (remarquable) de changements chez EDF. Au passage, elle fait une remarque qu’elle dit sexiste : la conduite du changement est art de l’influence, les femmes ont donc un avantage décisif. Je suis d’accord. Voici quelques caractéristiques favorables, ou non, au changement, selon moi.
  • Résultat préliminaire (qui explique la suite) : savoir conduire le changement, c’est savoir utiliser les lois invisibles de la société.
  • Les femmes ont une approche sociale du monde, alors que l’homme donne de la tête contre les murs.
  • Les nations individualistes (Anglo-saxons, pays nordiques, la France dans une moindre mesure mais tout de même en haut de classement mondial) tendent à être nettement moins douées pour l’animation du changement que les pays communautaires (Maghreb, Asie…). J’ai été très impressionné, par exemple, par la capacité à conduire le changement d’étudiants marocains et algériens. De même, j’ai noté lors d’un rappel à l’ordre des élèves d’un Master, la différence de réaction des participants. Une étudiante Biélorusse, et une autre d’origine chinoise ont répondu immédiatement : « qu’avons-nous fait », « comment pouvons nous nous tirer de cette affaire ». Les Français ont cherché un coupable. Par contre, les communautaires tendent à manquer de cap, de méthode. Les techniques « individualistes » (schémas directeurs) leur sont d’une grande utilité.
  • Ceux qui ont une vision, mais pas le pouvoir officiel de la mettre en œuvre, tendent à découvrir les leviers cachés de la société. Ils deviennent des leaders naturels. Ceux qui font bouger les organisations sont bien plus souvent en leur sein qu’à leur tête. « Il faut bien que je les suive, je suis leur chef » aurait dit La Fayette.
  • L’Éducation nationale, par son obsession de la rationalité, de l’équation, de l’unicité de la vérité… produit des personnels incapables de conduire le changement. Ce que n’arrange pas le fait que l’élite universitaire tend à avoir immédiatement du pouvoir (cf. point précédent). En termes de conduite du changement, l’autodidacte a un avantage colossal.
Compléments :

La fiancée du pirate

Film de Nelly Kaplan, 1969.

Film actuel, en vérité. Une fille de vagabonds (de Roms ?) se venge de la communauté française qui l’a exploitée. Où l’on voit que la France est hypocrisie, lâcheté, médiocrité, épargne mesquine, refoulement, ruralité boueuse… et la libération de la femme, qui fait fortune en vendant ses charmes, et la dépense en merveilles de la société de consommation, dont elle fait des œuvres d’art moderne, et part vivre sa vie au gré des vents et des plaisirs.

Victoire de la cigale individualiste sur la fourmi communautaire. Jamais on a si bien dit que le soixantehuitard et le libéral étaient la même personne.

Aussi, portrait probablement assez réussi de la France des années 60, dont on a oublié aujourd’hui à quel point elle était rurale, y compris en Région Parisienne.

vendredi 24 septembre 2010

Prendre conscience du risque climatique

Les psychologues se demandent ce qui pourrait nous faire prendre conscience du risque climatique. Deux mécanismes ressortent de leur réflexion : montrer à quel point un changement de nos comportements pourrait être bénéfique à nos intérêts personnels, nous faire tâter des conséquences concrètes du changement climatique. Rien de mieux qu’une bonne catastrophe pour cela.

Curieusement ce discours nous peint en égoïste dirigé par ses intérêts myopes. N’est-ce pas là le fondement même de la culture anglo-saxonne ? Parlons-nous à de vrais psychologues ?

Car l’homme n’est pas dirigé que par ses intérêts propres. Il est capable de compassion. Il suit ce que la société lui dit être bien ou mal. Et il se sent heureux quand il fait ce qui lui semble bien, même lorsque cela nuit à son intérêt à court terme.

D'ailleurs, on parle de réchauffement climatique depuis au moins les années 60. Entre-temps la planète a vécu quelques crises, pas mal de guerres et de catastrophes et est passée pas loin d'un conflit mondial nucléarisé, et des masses de gens ont crevé de faim. Et si l'obsession de l'écolo pour le climat venait de son éloignement d'une réalité bien plus menaçante ? Et si, pour nous convaincre, il devait commencer par la comprendre ?

Le diplôme ne prédit pas la performance

Étude américaine : aucun lien entre le prestige, ou le type, du diplôme du P-DG et la performance de son entreprise.

En fait, le diplôme aurait pour intérêt de simplifier la vie du recruteur : il réduit le nombre de candidats.

Un appui à ma thèse selon laquelle le diplôme est un système de discrimination, qui permet aux classes dirigeantes de se reproduire ?

Compléments :
  • Les sociologues ont montré que le principal critère entrant dans un recrutement n'était pas la performance, mais une culture partagée. Le diplôme serait-il une marque qui indique que le candidat a la bonne culture (celle des ses pairs), qu'il est de bonne compagnie ?
  • L’armée a une façon intéressante de sélectionner ses généraux : ses officiers qui démontrent le plus grand potentiel sont envoyés à l’école de guerre. Traditionnellement c’était aussi le principe du MBA américain, qui apportait un complément de formation nécessaire au manager que son talent faisait accéder à une direction générale. Le diplôme reconnaissait une compétence, il n’était pas supposé la créer. 

Règlement de comptes

Film de Fritz Lang de 1953.

Mise en scène efficace. Des personnages d’une seule pièce... Je me suis rendu compte à la fin du film que j’avais déjà dû le voir, et qu’il ne m’avait laissé presque aucun souvenir.

Le plus curieux, à la réflexion, est le héros. Il est fatal à toutes les femmes qu'il rencontre, y compris à la sienne. Et leur mort résulte quasiment directement de son action et de ses maladresses. Fritz Lang aurait-il cherché à pervertir le mythe du héros américain, de l'intérieur ? 

jeudi 23 septembre 2010

Culture d’entreprise

Hier discussion avec la société ATOEM, spécialiste de culture d’entreprise. Parmi les anecdotes de la salle, témoignage de Francis Bernard, fondateur de Dassault Systèmes.

DS impose à ses filiales un système de reporting financier exhaustif et rigoureux et tend à les constituer avec, à leur tête, un Français ou quelqu’un qui a une forte culture française, et, à ses côtés, des nationaux de gros calibre.

Le débat m’a fait penser que ce qui domine une culture d’entreprise est la culture nationale de ses fondateurs. C’est pour cela que les multinationales japonaises ou coréennes sont irrespirables (elles imposent à leurs membres d'être Japonais ou Coréens), et qu’il est facile de s’intégrer dans une multinationale américaine : sa culture est celle du contrat, elle n’empiète pas sur l’identité humaine, à l’image de ce que croient les USA. Les multinationales allemandes et françaises imposent un niveau de pression sur l’homme qui est beaucoup plus net que l’américain mais nettement plus faible que l’oriental. 

Quantitative easing

Informations de la BBC. Les banques centrales anglo-saxonnes craignent la déflation, nouveau « quantitative easing ». L’interviewé, lui, pense que les obligations connaissent une bulle spéculative.

La méthode du quantitative easing marche à l’envers du lancement d’une dépression : en mettant de l’argent en circulation (variante de la « planche à billets »), on augmente les prix. La mise en œuvre de ce changement semble la suivante : la banque centrale achète des obligations aux autres banques. Pleines de cash, elles accélèrent leur financement à l’économie. Intervient alors un mystérieux « multiplicateur », qui fait qu’elle reçoit plus que ce que la banque centrale a dépensé.

Mais, encore faut-il que les banques n’amassent pas ce qu’elles reçoivent !

Le paramètre humain ne serait-il pas prévu par le modèle économique ? Ou, au contraire, le banquier central nous dit-il : ayez peur, je vais augmenter les prix, demandez des augmentations ? Bluff ?

Bienvenue dans le monde des apprentis-sorciers ! Un monde où il ne viendrait à l’idée de personne qu’il existe quelque chose qui s’appelle la société humaine, et qu’elle ne change pas par miracle. 

Compléments :
  • En tout cas l’expérience récente semble montrer que lorsque l’on injecte des masses d’argent quelque part, on fait des bulles. (L'opinion de l'interviewé de la BBC semble donc justifiée.) Et ce pour la raison que, justement, la société s'adapte lentement au changement. 
  • Ou même pas du tout. Les banquiers américains se sentent insultés par les paroles de B.Obama, et ils ont décidé de faire grève. Ils vont garder pour eux l'argent de la banque centrale et le distribuer au parti républicain ?

Crickets

Il y aurait le même type d’interactions entre composants qui ferait que l’aimant se désaimante et le groupe de crickets change (brutalement) de cap. Le cricket ayant tendance à manger le cricket, les crickets doivent marcher côte à côte, c’est pourquoi ils doivent tourner comme un seul homme. Je n’en ai pas compris plus, mais j’ai trouvé l’histoire curieuse. The rules of attraction.

(L’utilité de cette modélisation tient à ce que prévoir la direction de la marche du cricket est utile pour le combattre.)

mercredi 22 septembre 2010

La France cause la grande dépression

Un chercheur a découvert que la France avait joué un rôle majeur dans la grande dépression d’avant guerre. Avec les USA, mais plus qu’eux, elle empilait l’or sans le dépenser. Moins de monnaie en circulation signifie baisse des prix.

J’étais fort content que notre nation insignifiante ait pu initier une dépression mondiale jusqu’à ce qu’il me vienne l’idée que d’ordinaire il y a régulation internationale des politiques monétaires. Et, si, simplement, c’était cette coordination qui avait manqué, laissant les nations dans une forme de dilemme du prisonnier ? Culpabilité collective ?

Compléments :

Immigration en Angleterre

Informations de la BBC, ce matin. Le gouvernement anglais limite l’immigration hors UE. Les employeurs se plaignent. Ils ne peuvent pas renouveler le permis de séjour de tous leurs employés.

Curieusement, d’après un dirigeant interviewé, l’immigration est essentielle car les hautes qualifications manqueraient en Europe. 

Épargne et retraite

Les obligations ne rapportant quasiment rien, ceux qui en dépendent pour leur retraite vont devoir épargner plus que ce qu’ils comptaient faire jusque-là. Or, pour relancer l’économie, il faudrait qu’elle consomme.

Au même moment, on découvre qu’en Angleterre, notamment, beaucoup de gens n’ont pas souscrit à un fonds de pension. (Another paradox of thrift.)

A ce sujet, le mécanisme du fonds de pension a quelque chose de mystérieux : il semblerait que s’il fait de mauvais investissements – ce qui a été le cas au moins pour certains – et se trouve incapable de payer ce qu’il doit à ses souscripteurs, le contribuable fait l’appoint… (Investor, heal thyself.)

De l’efficacité d’un système de retraite par capitalisation ? 

mardi 21 septembre 2010

Insead indien

L’Institut Européen des Affaires (Insead) change de doyen et choisit, comme Harvard, un Indien.

Imitation ? Poids statistique de l’Inde, pays où l’on est aussi à l’aise dans les sciences du management qu’en informatique ? Son prédécesseur était Américain : l’Amérique n’a plus la cote ? En cette période de crise morale du libéralisme, la culture indienne - qui tempère, certainement, le capitalisme le plus pur par sa sagesse mystérieuse - ne peut qu’être salutaire ? Signe à destination des millions de clients potentiels des pays émergents ? (Qui se préoccupe encore de ces has been d’Européens ?) Et en plus cela fait discrimination positive ?...

En attendant HEC grimpe dans le classement de The Economist et entre dans les 10 premiers. Exemple d’un changement réussi, du modèle français de grande école à celui, américain, du MBA ?

Manif allemandes et anglaises

Je ne sais pas comment la France est parvenue à se forger une image internationale de révolutionnaire de rue. En comparaison aux étrangers nous sommes de bons enfants.
  • Les Anglais ont connu des années de grèves, et découvrent aujourd’hui que leurs syndicats n’ont pas été totalement liquidés, et qu’ils ont des moyens d’action redoutables. Et s’ils ne laissaient par passer sans réagir les mesures d’économie du gouvernement ? Et si le peuple les suivait ? (The comrades take on the coalition.)
  • Quant aux Allemands ils se réunissent deux fois par semaine pour protester contre la transformation de la gare de Stuttgart, qui semble surtout motivée par des intérêts économiques. Résultat d’un défaut de démocratie : pour éviter la tentation populiste, les partis politiques allemands font le bien du peuple sans lui demander son avis. (Green shooters.)

Inflation et économie de marché

L'idée m’est venue que notre histoire récente a été celle d’une expropriation. Par une vague de fausses innovations, les forts ont pris aux faibles ce qu’ils avaient et l’ont remplacé, au mieux, par des colifichets. Justification :

Inflation invisible

L’INSEE ne s’intéresse qu’aux biens de consommation. Mais il y a d’autres biens tout aussi essentiels à l’homme qui ne sont pas comptabilisés. Par exemple ? L’éducation, la santé, le travail, le logement, la sécurité. Et il se trouve que une grande partie de la population a un accès à ces biens réduit par rapport à celui de ses parents  – la définition même d’inflation :
  • Le logement, bien entendu, qui est à l’origine de la crise actuelle. Pour la plupart des classes sociales, il est plus difficile d'acquérir son habitation aujourd'hui qu'hier..
  • L’éducation. Comme le disait mon billet sur les universités américaines, leur coût a grimpé beaucoup plus vite que la richesse moyenne des Américains alors que le contenu de l'enseignement a fondu. Idem en France où le privé se substitue au public défaillant.
  • La santé. On prévoit que les dépenses de santé pourraient consommer la croissance future des USA.
  • Le travail. Les générations d’avant 68 connaissaient le plein emploi. Aujourd’hui le chômage est endémique, et certaines catégories en sont définitivement exclues.
  • La sécurité. Si j’en crois la radio et les partis politiques de tous bords, elle s’est nettement dégradée.
La liste n’est pas exhaustive (peut-elle l’être ?). Exemple, plus petit : depuis que le sport est un business, les événements internationaux sont transmis par des médias privés, ils ne sont plus accessibles à une large partie de la population.

Mécanisme de l’inflation : innovation, vessies et lanternes

Dans mon enfance, les kiwis et les avocats étaient rares. Quelques temps plus tard, nous étions submergés de ces fruits, devenus de la cochonnerie.

Le mécanisme de l’inflation qui attaque les biens qui nous sont utiles semble semblable : on conserve le nom, mais il y a substitution par moins bien : il y a toujours une école publique, mais elle ne forme plus ; les subprimes faisaient prendre pour du sans risque de l’hyper risqué…

C’est aussi le mécanisme de la spéculation selon Galbraith : parvenir à déconnecter la valeur perçue par le marché, pour un bien, de sa valeur réelle. C’est ce que les financiers nommaient il y a encore peu « innovation » : nous faire prendre des vessies pour des lanternes. 

Economie de marché et inflation

L’économie de marché c’est le mécanisme de l’offre et de la demande en environnement d’acteurs rationnels (non liés par un lien social). Mancur Olson montre que ce système conduit naturellement à l’oligopole, le petit nombre exploitant le grand nombre. Ce qui explique probablement le paragraphe ci-dessus : celui qui est en position de force extrait une « rente » du faible.

La spéculation est un mal naturel de l’économie de marché. L’inflation en résulte. 

Capitalisme et économie de marché

Une question qui se pose immédiatement est celle du capitalisme. Est-il en cause ?
D’après Schumpeter, le capitalisme c’est l’innovation, celle qui crée du nouveau. Elle conduit, comme celle du financier, au monopole (cf. Apple), mais, elle semble faire prendre plus de risques à l’inventeur qu’à la société humaine. En outre, comme le montre par exemple l’invention de l’industrie en France, ce sont plus souvent les héritiers que les innovateurs eux-mêmes qui exploitent la rente ainsi formée.

Il ne faut donc pas confondre économie de marché et capitalisme.

Communisme et contrôle de l’inflation

Comment éviter l'inflation dont il est question ici ? Plusieurs solutions viennent à l’esprit.
  • Le communisme. Il veut contrôler le capitalisme, qui n’est pas notre sujet. En outre il remplace un monopole par un autre, tue l’innovation et l’expérimentation qui en a été faite n’a pas été satisfaisante.
  • L’économiste corse semble plus proche de mon analyse que le Soviétique. L’usage du terrorisme a permis en partie à la Corse d’éviter l’influx de capitaux étrangers, qui aurait amené une inflation du prix de l’habitat, comme sur le continent, d'où expropriation des locaux de leur mode de vie traditionnel. Il y a aussi probable autocontrôle du terrorisme par la population, une formule plus démocratique que le communisme. Cependant l'option corse est une méthode de résistance au changement non de réelle conduite du changement. Il n’est pas certain, donc, qu’elle soit durable.
Sur le long terme, j’imagine que la société finira par trouver un moyen d’autocontrôle des « biens communs » nécessaires au développement de l’homme, selon le schéma défini par Elinor Ostrom, une forme de communisme sans dictature, et sans bombes. (Autrement dit la société ramène en son sein l’individu.) En attendant, il faut probablement faire avec ce que l’on a, et jouer au chat et à la souris avec l’innovation spéculative.

Compléments : 
  • WORONOFF, Denis, Histoire de l’industrie en France du XVIème siècle à nos jours, Le Seuil, 1994.

lundi 20 septembre 2010

Turquie démocratique ?

Je me demande si les élections turques nous sont favorables. N’est-ce pas un parti islamique, qui met à mal des partis liés aux militaires, certes, mais défenseurs des valeurs laïques turques ?

Le vainqueur est islamique modéré. Quelques tendances dictatoriales quand même : la presse le craint.

La meilleure garantie de modération est peut-être, simplement, que le pays est prospère, et finalement assez satisfait de son sort.

Immigration et socialisme

Partout en Europe l’immigrant est mal venu. Retour aux valeurs nationales et méfiance vis-à-vis des communautés qui ne s’intègrent pas et « des élites éloignées des préoccupations des votants ordinaires ».

Et problèmes à répétition pour les partis socialistes qui ne disent mot sur un sujet qui heurte leurs principes.

Ils ne savent qu’excommunier les mal pensants, or c’est leur électorat. Et s’ils essayaient de le comprendre ? Peut-être trouveraient-ils des solutions aux maux populaires qui respectent leurs principes ?

De l’utilité des relations presse

Les relations presse ne sont pas du tout ce que croit le Français. Mon expérience :
  • Mon sujet (le changement) intéressant le journaliste, j’ai la chance d’être sollicité. Ce qu’a changé l’emploi d’une attachée de presse n’est pas tant le nombre de contacts que j’obtiens maintenant (même s’il a nettement augmenté et surtout s’est régularisé) que leur qualité. Les questions que l’on me pose non seulement sont élégantes et pertinentes mais m’aident à préciser mon message et ma pensée.
  • Un partenaire me disait que, pour voir son nom apparaître dans la presse, il fallait payer. Bien entendu, c’est faux. J'ai découvert que les journalistes ont remarquablement peu de temps pour rédiger des articles par ailleurs vraiment complexes. Pour cela il leur faut trouver des sources fiables, compréhensibles, et pertinentes, vite. Ce qui est efficace pour eux n’est pas de connaître quelques spécialistes (comme moi), mais des gens de réseau capables de les aiguiller vers tel ou tel expert. C’est le rôle principal du bon attaché de presse. Les journalistes le voient comme un donneur d’aide.
  • Un autre partenaire, dont le métier cette fois-ci séduit la presse, me racontait qu’il n’avait eu que des désillusions avec elle. Il met en contact journaliste et client, mais tout se termine mal. Un attaché de presse lui aurait évité ces désagréments, lui ai-je dit. Il sait ce qu’attend le journaliste, les règles du jeu, comment mener une interview, c'est un animateur de rencontres. (Dans le cas de ce partenaire, il lui aurait aussi demandé de participer au rendez-vous.)
Le plus curieux n’est pas tant à quel point un attaché de presse peut être utile, et la stupidité de penser que l’on peut faire sans, qu’à quel point il est difficile d’en trouver un. Depuis toujours je suis convaincu de ce que j’ai longtemps enseigné : l’importance majeure de la communication. Mais j’ai mis 5 ans pour trouver un attaché de presse qui comprenne quelque chose à mon métier, qui ne veuille pas me donner de leçons, et qui ait plus de contacts presse que moi. (En fait mes premiers essais ont été tellement désastreux que j’ai vite arrêté de chercher, me disant que les cours de marketing que j’enseignais n’avaient pas été écrits pour la France !)

Voilà qui est significatif du changement que subit notre pays ? Nous étions des généralistes pensant tout savoir, nous devenons, lentement, des professionnels ?

(PS. Merci de ne pas me demander le nom de mon attachée de presse. Elle est victime de son succès, et ne pourra bientôt plus s'occuper de moi !)

dimanche 19 septembre 2010

Animal politique

Mon billet sur le « président qui rétrécit » m’a laissé insatisfait. Billet sans rebond. N.Sarkozy fini ?

Depuis d'autres idées me sont venues : N.Sarkozy ne serait pas arrivé aussi loin, et après un tel parcours du combattant, s’il n’avait pas eu des qualités.

Sa manœuvre anti manœuvre anti-Woerth est risquée, mais peut-être pas inefficace : elle lui a permis de moucher un grand nom européen, Mme Reding. Il a ainsi démontré qu’il avait une trempe inconnue du politicien commun (ce qui lui vaut l'admiration des Anglo-saxons).

Comme tout champion, N.Sarkozy a une intuition que ne comprend pas, ou trop tard, la raison. Mais de quoi est-il champion ? De ce qu’il a démontré ces trente dernières années : un type de manœuvre politique en environnement emberlificoté, opaque, traître, et partisan ? En tout cas, il est probable qu’il cherche, à tâton, à se ramener à des conditions qui lui soient favorables. Comme B.Obama, dont il est l’opposé, il découvre peut-être que le salut n’est pas dans son programme électoral, mais dans sa personnalité.

Compléments :
  • J’ai remarqué que nos forces sont généralement ce que nous haïssons le plus de notre personnalité. Obama est froid et calculateur. Sarkozy crée un mouvement désordonné qui pousse ses adversaires à la faute.

Noam Chomsky

Tout à l’heure j’entendais Noam Chomsky comparer l’Amérique moderne avec l’Allemagne de Weimar.

Son argumentation : un grand nombre de gens rendus désespérés par la crise économique ; des blancs fort peu éduqués et qui pensent que leur race est menacée ; des thèses du Tea Party à la droite de tout ce qui était imaginable jusque-là.

Je n’étais pas disposé à le croire, mais j’ai trouvé l’argumentation inquiétante.

Ce qui m’a rappelé un article qui parlait d’une femme qui a perdu son travail du fait d’un cancer, et qui se retrouve maintenant dépendante des soupes populaires, comme beaucoup d’autres d’ailleurs.

Tout cela parce qu’une partie de la planète a préféré croire au père Noël plutôt que de payer des impôts…

Qu’est-ce qui fait perdre les socialistes ?

Surprise : le modèle social-démocrate suédois va mal (The strange death of social-democratic Sweden).

Le socialisme, parti des intellectuels

Parmi les raisons évoquées, l’une me frappe : partout le socialisme est mal aimé. La crise, qui aurait dû le requinquer, a profité à la droite. Qu’est-il arrivé aux socialistes, me suis-je demandé ? Voici où m’a mené un enchaînement de pensées :
  • Michel Winock (Le socialisme en France et en Europe), distingue deux courants socialistes : populaire et intellectuel. En Europe du nord, ils se sont fondus dans la sociale-démocratie, en Europe du sud, ils se sont divisés entre communisme et socialisme.
  • J’ai l’impression que, progressivement, le courant intellectuel a pris la main sur l’ensemble du mouvement, et que la droite a récupéré une partie au moins du courant populaire. Aux USA, Reagan, Bush ou Palin représentent le peuple, pas Obama. Il en est certainement de même en France. Aussi curieux que c’ait pu me paraître le Mouvement Populaire porte probablement bien son nom.
Opposition entre intellectuels et peuple

Ce qui différencie les pensées intellectuelle et populaire est une question de valeurs.
  • L’intellectuel est individualiste et universaliste. Sa bible, c'est les droits de l’homme. Pour lui il existe une seule « culture » (cf. France Culture ou Ministère de LA Culture). Elle est mondiale. 
  • Le populaire croit qu’être Français ou Américain est une réalité (dont on peut être fier). Sur ce point il se rapproche de l’ethnologue : il pense qu’il y a des cultures, une par groupe humain. (Ce qui signifie que chacun d’entre nous appartient à plusieurs cultures, notamment à celle de l’entreprise qui l’emploie.)
Ce sont probablement les Allemands de l’avant seconde guerre mondiale qui ont le mieux marqué cette distinction. Ils appelaient la « culture » des intellectuels « civilisation ». C’était un monde déshumanisé d’électrons libres régulés par contrat. En face se trouvait la « culture » à proprement parler, le groupe humain uni, solidaire et amical.

On en arrive donc à un socialisme qui considère une partie de son électorat traditionnel comme le « mal ». Michel Winock va même jusqu’à dire que le socialisme est à tendance totalitaire (il nous dénie le droit de ne pas penser comme lui). Pas étonnant dans ces conditions qu’il tende à perdre les élections.  

Tactiques pour une conquête du pouvoir

Techniquement, les socialistes ont probablement deux possibilités de reprendre l’avantage :
  1. Laisser renaître un mouvement puissant à leur gauche. (Et le flouer lors des élections façon « union de la gauche »).
  2. Utiliser la méthode Blair et devenir le parti de l’individualisme et du libéralisme éthique. (Option DSK ?) Ce qui leur permet à la fois de ratisser le bobo à gauche et le libéral à visage humain de droite, plus les marges qui pensent en être. De manière équivalente, ce serait le parti du diplôme - le point commun de ces deux électorats. La droite devenant le parti de ceux qui ne se définissent pas, avant tout, par leurs études : l’ouvrier et le self made man, notamment.
Compléments :
  • Sur culture et civilisation (par exemple) : Mosse, George L., Les racines intellectuelles du Troisième Reich, Points 2008.

samedi 18 septembre 2010

Le Français juge son image

Sondage. Les Français, finalement, ont une idée exacte de ce que pense l’étranger d’eux : du mal.

Pourquoi ? Coupe du Monde, « épisodes sécuritaires », Roms, mais aussi spectacle anarchique du gréviste dans la rue (pays non réformable).

Les forces de gauche pourraient avoir tort de croire que la nouvelle est mauvaise pour le gouvernement. 
  • Le pays n’est jamais aussi uni derrière ses dirigeants que lorsqu’il est attaqué. 
  • Il peut en vouloir à l’opposition d'être un fauteur, et une caisse de résonance, de troubles : elle organise des grèves, elle fait une publicité internationale tonitruante aux agissements qu’elle désapprouve. (Qui, la première, a associé notre « politique sécuritaire » au nazisme ?)
Ce sondage pourrait être un appel à un pouvoir fort.

Compléments :

Emploi des diplômés

Il semblerait que les moyennement diplômés aient de plus en plus de mal à trouver du travail. Mais il semblerait aussi que beaucoup de « bien » diplômés soient sous employés.

Notamment en Espagne (plus de 40%), au Canada et aux USA (un tiers).

Probablement la crise est la cause de ce déclassement. Peut-être d’ailleurs que ce sont les diplômés qui chassent les qualifications intermédiaires. Serait-on dans la logique d’étudier plus pour gagner moins ?

D’ailleurs est-ce la qualité de la personne qui est jugée, ou le diplôme est-il un moyen de discrimination ? 

Angleterre athénienne

L’Angleterre, depuis des siècles, a reproduit le modèle de la démocratie grecque. L’Amérique lui ressemble de plus en plus. Curieusement, mes amis anglo-saxons ne semblent pas trouver grand-chose à redire à cette hypothèse.

Parallèle en trois points :
  • Société divisée en deux classes quasiment héréditaires. L’une fort riche et oisive, assez égalitaire, administre sa fortune et discourt agréablement. C'est une démocratie modèle, que personne n'a encore réussi à égaler. L’autre, pauvre et peu éduquée, sert la première.
  • L’Angleterre est le berceau des sports les plus pratiqués au monde (même le cricket, inconnu chez nous, est le deuxième sport le plus populaire sur la planète). Le sport était vu par les public schools comme un moyen de développer les vertus de l’honnête homme.
  • À Cambridge, il y a fort longtemps, j’ai découvert une sorte de club med où tout était fait pour l’épanouissement de l’individu. L’être supérieur brille par sa participation à une vie sociale exceptionnellement riche. Éditer la revue de l’université, jouer dans son théâtre… sont des titres de gloire éternels. D’ailleurs, tout l’enseignement ne semble viser qu’à développer l’art de la parole. Le sujet étudié est indifférent, ou, plutôt, il a l’utilité de nourrir originalement la conversation. (Je me demande même si l’on ne me considérait pas comme super habile car totalement inattendu dans mon choix de sujet : les mathématiques.)
J'en suis arrivé à penser, depuis, que ce qu’apprend l’élite anglaise est la sophistique. Je suis souvent surpris de découvrir, sous des arguments rationnels en apparence, un total manque de logique. Je ne crois pas à un vice mais une attitude délibérée. Pour l’Anglo-saxon, le monde appartient à l’esprit entreprenant. L'être supérieur est celui qui désire. Ensuite, la fin, et surtout le succès, justifie les moyens. Le langage est une arme qui permet au héros de dompter une humanité de sous-hommes.

Compléments :

vendredi 17 septembre 2010

Malheureux Anglais, et Irlandais

Près d’un Anglais, et d’un Irlandais sur 2 veut changer d’emploi.
  • Il est possible que les conditions de travail se soient dégradées depuis que les employeurs sont en situation de force, du fait de la crise.
  • Il se peut aussi que les Anglais et les Irlandais aient plus l’habitude de changer de travail que nous, qui devons accepter notre sort sans broncher. 

Répartition des revenus

Intéressant graphique. Revenus des riches, pauvres, médians de pays de l’OCDE.
  • Luxembourg : champion partout, quasiment. Pays riche et relativement égalitaire. Semble aussi le cas des pays du nord de l’Europe.
  • France, pas très aisée, mais des pauvres relativement moins pauvres qu’ailleurs.
  • Allemagne, un peu plus riche que la France, et finalement assez nettement plus inégalitaire. En particulier les pauvres y sont plus pauvres.
  • Japon un peu inattendu : des pauvres qui semblent particulièrement pauvres, compte-tenu de la richesse du pays.
  • Suède : le plus égalitaire du lot ?
  • USA : grand écart. Les plus riches mondiaux. Un revenu médian assez élevé. Mais des pauvres vraiment pauvres, derrière la Grèce, et pas loin des niveaux du tiers monde.
Commentaire sur ces graphiques :
il semble difficile de justifier l’affirmation que la prospérité requiert une répartition de revenus inégalitaire.

jeudi 16 septembre 2010

Respect des lois

Hier, Issy Val de Seine. En attendant mon rendez-vous je fais les 100 pas. Un Velib avance en sens opposé, en klaxonnant faiblement. Un homme qui marche à grandes enjambées sur la voie cyclable se range en grommelant « fait chier ce con ».

Il est midi, les bureaux se vident et le trottoir et trop étroit pour tout ce monde, qui ne peut qu’empiéter sur la voie cyclable. Curieux à quel point l’architecte français manque de sens pratique me dis-je. Tout en pensant que ce n’est pas parce que l’on est impeccablement dans son droit (comme le cycliste), que l’on est autorisé à condamner sans appel le contrevenant : certaines lois sont quasiment impossibles à appliquer. D’ailleurs l’erreur est humaine. Bref, il n’existe pas de droit absolu. 

Droit à l'information

RFI ce matin dit : 2/3 des Français soutiennent les grèves anti-réforme des retraites. Presse internationale (au moins celle que je lis) : majorité des Français favorable à l’allongement de la durée de travail, les syndicats organisent une dernière charge pour obtenir quelques concessions qui leur sauveraient la face.

Les deux informations ne sont pas contradictoires, bien sûr.

Mais est-il malin, pour la radio d’État, de s’acharner à ce point contre le gouvernement, et pour cela d’y risquer son âme de journaliste ? Que lui arrivera-t-il s’il est réélu ? Ce qui me rappelle les pouvoirs travaillistes locaux qui avaient parié sur la défaite de Mme Thatcher au terme de son premier mandat, et qui se sont trouvés à cours de munitions, voire en faillite, lorsqu’elle a emporté une seconde victoire. (Raison pour laquelle Tony Blair a pu transformer aussi radicalement le parti travailliste : il n’en restait rien ?)

Quelle est l’efficacité de cette opposition ? Les prochaines élections sont dans deux ans. Si l’économie redémarre, on en saura gré au gouvernement actuel, on trouvera qu’il a été ferme dans la tourmente – une première !, et on oubliera le mal qu’on en a pensé. Si ce n’est pas le cas, quoi qu’il ait fait, il sera probablement condamné. 

Compléments :
  • The Economist ou le blog de Jean Quatremer (Libération) me paraissent montrer ce que devrait être la presse : certes ils ont un très fort parti-pris (d'ailleurs ils représentent des tendances opposées), mais ça ne les empêche pas de relayer une grande partie de l'information qui ne leur convient pas.