samedi 11 septembre 2010

Sarkozy rétrécit

Couverture de The Economist : Carla Bruni suivie par le bicorne de Napoléon sur deux jambes minuscules. Titre : « le président qui rétrécit ».

Notre président avait de grands projets, un moment il a beaucoup fait, aujourd’hui il demeure dans un mouvement frénétique, mais il n’en sort plus rien. Conclusion « Il ne se fera probablement beaucoup d’amis en étant ferme sur la réforme des retraites. Mais il perdra ceux qu’il a s’il échoue ». (Je t'aime, moi non plus.)

Compléments :
  • Quelques données sur les enjeux de la réforme des retraites : La France serait le pays où l’on reste le plus longtemps à la retraite. Le coût du système pour l’État serait aussi particulièrement élevé (mais nous sommes battus par les Italiens) : 12,5% du PIB contre 10,7% pour l’Allemagne. Mais les comparaisons sont difficiles : aux USA (6%) et en Angleterre (5,4%), les retraites plombent les comptes des entreprises (cf. GM, Royal Mail), et les économies des particuliers. Est-ce réellement efficace ? D'ailleurs, hors retraites, les Etats américains et anglais sont plus lourds que le nôtre. Inattendu. 
  • L'article développe un parallèle intriguant avec Valéry Giscard d'Estaing. Initialement populaire et réformateur, sa fin de mandat fut calamiteuse. Elle fut aussi marquée par une scission de son camp qui a précipité la victoire de l'opposition. Ce scénario pourrait-il se répéter ?

Échec des fusions et acquisitions

Les fusions et acquisitions tendent à être des échecs. Curieusement ce fait est inconnu en France. Ne me souvenant plus si 3 acquisitions sur 4 ou 2 sur 3 échouent, j’ai fait une recherche sur Internet. J’ai trouvé une étude qui affirme que seulement 9% des acquisitions atteignent leurs objectifs ! (3% en Angleterre.)

L’écart entre ce que j’avais en tête et cette étude vient peut-être de la définition du mot échec et de ce que l’étude a été faite en 2006, à une époque où l’on achetait tout et n’importe quoi, sans se préoccuper de son prix.

Pourquoi aussi peu de réussites ? Parce que, dit l‘étude, l’acquéreur ne prend en compte que le tangible, ce qui se mesure, et pas l’intangible, les hommes. Effectivement, si les hommes de l’entreprise que vous avez achetée ne veulent pas travailler pour vous, elle ne vaut rien.

Mais cet argument culturel est-il aussi important que le dit un de mes livres ? Je pense qu’il y a plus fondamental. Acquérir des entreprises est comme n’importe quelle activité humaine. Cela s’apprend. Or, les dirigeants (comme nous tous) se croient omniscients. Du coup, ils empilent échec sur échec. 

vendredi 10 septembre 2010

Stratégie d’Obama (suite)

La tactique des Républicains étant la contestation systématique, j’ai l’impression que celle de B.Obama consiste à promettre des solutions séduisantes aux problèmes qui préoccupent le pays (le chômage), en sachant qu’elles ne passeront pas. Ainsi, les Républicains se feront des ennemis.

Une question intéressante est celle de la réduction d’impôts accordée par M.Bush. À l’époque on disait que moins il y aurait d’impôts, plus le pays s’enrichirait. L’État retrouverait donc sa mise au centuple. Le miracle n'a visiblement pas eu lieu et la mesure aurait coûté 1700md$ à l’État. Le plus curieux est qu’il n’est pas exclu de la prolonger (coût : 3300md$). (A slight reprieve?)

Ce qui semble peu intelligent est le mépris que B.Obama paraît avoir pour les Européens. Pourtant, ils ont fait beaucoup pour lui être agréable, et c’est probablement chez eux qu’il pourrait le plus facilement trouver de l’aide…

Marées noires en conserve

L’eau de mer use d’un millimètre tous les 10 ans la coque des navires coulés durant la guerre. Ce qui signifie que beaucoup de zones côtières devraient connaître des marées noires d’ici peu. Les optimistes chiffrent la quantité de pétrole à recevoir au double de la fuite de Deepwater Horizon de BP.

Nouvelle conséquence imprévue du progrès.

Par ailleurs, je note que le bateau en acier est beaucoup moins durable que le bateau en bois, qui peut rester sous l’eau pendant des siècles, voire des millénaires. (L’épave du Titanic devrait avoir disparu dans 50 ans.)

Bonheur et argent

Plus on a d’argent plus on se dit heureux. Par contre il y a un seuil (75000$/an) au-delà duquel le sentiment de bonheur ne croit pas. On s’est dégagé des principaux problèmes matériels. (Money can buy you happiness – up to a point.)

Quelle conclusion tirer ? Au-delà d’un seuil l’argent n’apporte que la satisfaction d’avoir plus d’argent ? 

jeudi 9 septembre 2010

Relatif déclin japonais

P.Krugman observe que le recul de la richesse japonaise s’explique en grande partie par la réduction du nombre d’actifs dans la population.

L’économie japonaise serait-elle moins inefficace qu’on ne le dit ?

Compléments :
  • D’ordinaire lorsque The Economist parle de l’inefficacité du Japon, il l’enjoint à se libéraliser. Prendrait-il ses désirs pour la réalité ? 

Drogué à la nourriture

« il y a maintenant des preuves irréfutables que les nourritures qui contiennent un taux élevé de sucre, de graisse et de sel (…) peuvent modifier la chimie du cerveau de la même façon que le font des drogues qui créent une forte dépendance, comme la cocaïne et l’héroïne ».

« des niveaux faibles de dépendance existent ». « ce sont ces faibles niveaux qui sont réellement préoccupants » « l’enfant qui semble en bonne santé et qui a besoin de 3 coca-cola par jour ».

La recherche montre de manière surprenante qu’un certain type de nourritures provoque les mêmes dépendances qu’une drogue. Il semblerait que les entreprises qui les produisent en aient été conscientes. Ce qui laisse croire que l’on aura bientôt une vague de procès du type de ceux qu’ont subi les fabricants de tabac.

Drôle de monde où l’on s’allège si facilement de sa conscience. Edgar Schein dans Corporate culture survival guide fait de cette inconscience un composant de la culture américaine :
Dans une société hautement morale, la réalité est souvent définie par le code moral commun, tandis que dans une société hautement pragmatique, tout finit en justice. En d’autres mots plus la société est pragmatique plus le mécanisme de résolution de conflits pour ce qui est vrai (ce qui s’est réellement passé) finit dans une cours de dernier recours basée sur la jurisprudence et l’histoire.
Aux USA, ce qui définit ce qui est permis est la jurisprudence : tant qu’il n’y en a pas, liberté totale ? 

L’extravagant Mr Deeds

Film de Frank Capra, 1936.

Copie presque conforme de Monsieur Smith au Sénat (ultérieur). Début par un décès qui propulse un homme du peuple au sommet du pouvoir et de la richesse. Jean Arthur se trouve dans les deux films avec le même type de rôle. Deux acteurs minces et de haute taille - innocents pleins de bon sens, et de sens des affaires - transforment la société par leur honnêteté. Une visite à un monument symbolique des valeurs américaines (la tombe de Grant ici, le monument de Lincoln là). Des règlements de compte à coups de poings. Une décision - de bon sens - qui peut faire beaucoup d'heureux. Une trahison du héros par un traitre. Et un sauvetage in extremis par l’acte héroïque d’une personne dont la conscience est réveillée par l’injustice. Mais aussi la complicité amicale d'une haute autorité (un juge ici, le président du Sénat là). 

Remarque. Une idée, qui va à l’encontre d’une théorie répandue aux USA, qui veut que le chômeur soit un paresseux : en période difficile, ceux qui ont de la chance doivent donner un coup de pouce à ceux qui n’en ont pas…

mercredi 8 septembre 2010

En faveur des coalitions

Un nouveau billet favorable à un gouvernement de coalition (au sujet du probable revers électoral des démocrates aux prochaines élections américaines).

J’y vois un nouvel avantage (l'ancien est ici). Lorsqu’un parti politique gagne, non seulement il ne représente qu’une partie de l’électorat (souvent minoritaire), mais en plus il tend à être emporté par ses franges extrêmes. En France le gouvernement semble attiré par le FN, aux USA les démocrates d’extrême gauche sont plus dangereux pour le président que son opposition. Un gouvernement de coalition élimine ces risques. 

Internet et lois du marché

Bizarrement l’origine du mot paradis serait un jardin entouré de murs. Internet semble propice à de tels paradis : de plus en plus d’îlots privés apparaissent (cf. Apple, Facebook ou la Chine). The Economist estime que le danger le plus sérieux à la « Net neutrality » est le manque de concurrence entre fournisseurs d’accès haut débit. (The web's new walls.)

Et si, une fois de plus, arrivait ce qui doit arriver à des individus rationnels, laissés à eux-mêmes (The logic of collective action) : formation d’oligopoles ?

D’ailleurs, loin de créer la fraternité internationale escomptée, les hommes ont reproduit sur Internet ce qu’ils vivaient sur terre : notamment, aux USA, « séparation par classe et race ». « Cela reflète une réalité ancienne, pas une sorte de nouvelle découverte ». (A cyber-house divided.)

Schopenhauer pour les nuls

Janaway, Christopher, Schopenhauer, A Very Short Introduction, Oxford University Press, 2002.

Schopenhauer était-il un philosophe ? Christopher Janaway trouve beaucoup à redire à la rigueur de son raisonnement et à la solidité de sa métaphysique, et à sa tentative de rapprocher Kant et Platon.

Il paraît plutôt avoir été un très grand écrivain, et un précurseur de la psychologie, qui a su formuler le malaise de son temps. Ses idées semblaient à tel point une évidence à la haute société viennoise que Freud s’est cru obligé de dire qu’il ne l’avait pas lu.

Pour Schopenhauer, le mal du monde c’est la « volonté » (de vivre) des êtres et des éléments qui le constituent et qui fait que nous nous jetons tous les uns contre les autres, et qu’un univers plus horrible ne pourrait pas exister. Pour l’homme cette volonté se trouve dans son inconscient, qui tire ses ficelles, et déforme sa perception. Et cet inconscient est obsédé par le sexe (i.e. par la reproduction).

Cette volonté aveugle nous enferme dans l’illusion de notre individualité, qui nous empêche de voir que nous appartenons à un tout. (Ce qui fait de l’empathie la plus grande vertu humaine.) Cependant nous entrapercevons parfois le monde tel qu’il est vraiment. L’art nous le montre. Il neutralise la « volonté » et nous ouvre les yeux sur la réalité. Certains, des saints, parviennent même à ne plus rien vouloir, donc à vivre cette réalité qui sous-tend nos illusions. C’est avant tout l’effet d’un violent accident de la vie (l’homme n’ayant pas de libre arbitre).

Commentaires :

Si l’œuvre de Schopenhauer a semblé évidente à ses contemporains, est-ce parce qu’il les a influencés ? Ou est-ce parce que la philosophie rationalise les idées de son époque ? D'ailleurs, pourquoi la très riche et très raffinée haute société à laquelle il appartenait a-t-elle pu produire une pensée aussi noire ? Élégant désespoir romantique de ceux qui ont tout ? Culture excessivement répressive, qui martyrise l’individu et fait de sa nature un mal ?...

Mais, au fond, Schopenhauer n’a-t-il pas raison ? Ne sommes nous pas victimes de la haine que nous nous portons ? Les milieux d’affaire anglo-saxons ont érigé la concurrence et l’égoïsme en dogme, les hommes politiques français sont aveuglés par leurs ambitions, au mépris de leurs nobles principes, les Allemands sont parvenus à un semblant d’union en déclarant la guerre au reste du monde. L’humanité est victime d’une malédiction : croire qu’il y a des bons et des mauvais... Malédiction ou bon sens ? La vie consomme ce qui lui est nécessaire. En l’épuisant, elle se force à se réinventer, non ?

Pour ma part, il me semble que l’homme peut arriver à comprendre que l’autre n’est pas un ennemi. Dans l’adaptation nécessaire aux évolutions de notre environnement, l'union fait la force ; le groupe est d'autant plus fort que chacun de ses membres fait ce pour quoi il est doué, ce qu’il a envie de faire (volonté). 

Compléments :
  • Le livre que cite Histoire du mariage remarque que les théories de Freud arrivent à une époque de répression sexuelle sans précédent. 
  • Curieux cheminement qui mène de Kant à Heidegger, en passant par Hegel, Schopenhauer et Nietzsche, notamment. Chacun emprunte à l'autre des idées qui semblent progressivement prendre la solidité d'une vérité scientifique. En même temps, on passe de systèmes fermés et logiques, à des travaux beaucoup moins préoccupés de consistance interne.

mardi 7 septembre 2010

Inflation et université américaine

« Les revenus du foyer médian ont cru d'un facteur 6,5 en 40 ans, mais le coût des cours d’une université d’État a augmenté d’un facteur 15 pour les étudiants de l’État, et de 24 pour les étudiants extérieurs à l’État ». « En 1961 les étudiants à plein temps d’une licence en 4 ans passaient 24 heures par semaine à étudier ; ça a été réduit à 14 ». « Les professeurs des universités les plus cotées obtiennent une année sabbatique tous les 3 ans, contre tous les 7 auparavant ».

Pourquoi les lois du marché ont-elles permis ce scandal ? La concurrence a joué à l’envers de ce qu’il aurait fallu. « Le gros problème est que la concurrence entre les institutions les plus prestigieuses telles que les universités se fait sur leur réputation académique (qui est renforcée par des professeurs vedettes) et le bling (des dortoirs et des stades sportifs luxueux). » (Declining by degree.)

Et si, contrairement à ce qu’on nous a dit, les acteurs de l’économie tendaient à construire des cartels, en choisissant des règles de coordination mutuellement bénéficiaires, de façon à exploiter un marché divisé ? (cf. The logic of collective action.)

Mais il y a mieux. Voici un coût de plus qui n’a pas été pris en compte par les statistiques d’inflation officielles. Après les coûts de la santé et ceux du logement et des actions, les salaires des financiers, des patrons et des cadres supérieurs… Et comment chiffrer le coût d’un chômage élevé désormais endémique ? 

Les économistes s’émerveillaient d’avoir pacifié l’inflation, sans voir que l’essentiel, ce qui détermine une existence, était en croissance explosive. Expropriation sournoise : ceux que la société avait placés en situation de faiblesse ont été tondus. 

Belgique au crépuscule

L’UE pourrait compter bientôt un ou deux nouveaux Etats, selon que la Belgique se sera divisée en 2 ou en 3.

Curieux comme ses conflits internes reflètent une histoire culturelle aussi vieille que l’Europe. D’un côté on a une communauté d’origine germanique soudée, efficace et déterminée, de l’autre une tribu gauloise qui ne sait que se chamailler, et qui est incapable de défendre les valeurs auxquelles elle croit. Allemagne / France années 30 ?

Indicateur de créativité

Comment créer des « machines à innovation » dans l’entreprise, se demandent des gourous du management, qui semblent ne pas l’avoir assez fréquentée pour savoir qu’elles portent déjà un nom : des laboratoires.

Une idée utile tout de même : comment en mesurer le succès ? « La capacité à apprendre de ses erreurs. »

lundi 6 septembre 2010

Angleterre et étudiants étrangers

J’entendais ce matin que l’Angleterre s’inquiète de ce que 20% des étudiants étrangers venus y faire des études y demeurent, concurrençant ainsi les indigènes. Problème : l’étudiant étranger rapporte beaucoup aux établissements de formation, comment faire qu’il continue à venir étudier, sans s’installer ?

La théorie ordinaire des milieux d’affaires (donc de tous les partis anglais) est
  1. Que l’immigration est une bonne chose.
  2. Que l’étudiant doit payer pour ses études. Ce qui est logique, puisqu’elles vont lui rapporter un bon salaire. C’est un investissement dont la rentabilité est garantie par les lois du marché.
Hypocrisie ?
  1. Ici, on a non seulement de l’immigration mais de l’immigration qualifiée…
  2. Il pourrait y avoir trop de d’excellents diplômés. Le diplôme ne crée pas de l’emploi, mais est un moyen de sélection  qu’utilise un édifice social dont les places sont numérotées ?

Malheurs des Roms

Curieusement, les malheurs des Roms viendraient de la défaite du communisme. Les pays de l’est ne leur offrent plus l’école, un logement et un travail comme ils le faisaient jadis. Il semblerait même que « les enfants roms sont régulièrement placés dans des institutions pour handicapés mentaux » ! Faute d’éducation, ils n’ont aucune chance de trouver un emploi, et vivent dans une pauvreté abjecte.

Rejetée par l’extérieur, cette communauté s’isolerait de plus en plus dans une forme de violence et dans des coutumes que nos valeurs réprouvent.

Solution aux maux des Roms ? L’école. Leurs pays d’origine doivent investir dans leur scolarisation. Il est possible qu'ils n'aient pas le choix : la situation pourrait devenir explosive. 

Compléments :

Juifs italiens

Entendu par hasard Alexandre Adler parler des Juifs italiens (hier). Apparemment petite communauté mais réussite étonnante. Elle est à l’origine à la fois d’une grosse partie du capitalisme italien (de Benedetti, Agnelli, Bruni-Tedeschi…) mais aussi de son opposition marxiste, de quelques-uns des scientifiques les plus fameux, émigrés aux USA (Fermi et l’économiste Modigliani, par exemple), des artistes (da Ponte et autre Modigliani), et bien sûr Christophe Collomb. J’ai aussi appris que le juif italien portait généralement un nom de ville.

Au fond, ce n’est pas surprenant qu’une telle réussite ait fait des envieux. Mais est-ce une bénédiction d’être une personne célèbre ? 

Dépenses militaires

Les faux pas technologiques freinent le développement ; les retards augmentent les coûts ; le gouvernement recule un peu plus les travaux de façon à ne pas faire éclater les budgets annuels, entraînant une augmentation des coûts à long terme. Avec le temps, la technologie se démode, si bien que l’armement doit être reconçu, donnant à l’État-major la possibilité de bricoler sans fin avec leurs spécifications. À la fin, le gouvernement réduit la taille de la commande, ce qui fait croître un peu plus les coûts unitaires. Il devait y avoir 132 bombardiers furtifs B2 mais seulement 20 ont été construits. Ils coûtent 2md$ l’unité.
Illustration d’un grand principe de gestion de projet (et de conduite du changement) : interdit de toucher au budget et aux délais d’un projet. Si une dérive apparaît (ce qui est imparable), il faut le reconcevoir, de façon à ce que l’essentiel soit conservé, mais les contraintes respectées. Analyse de la valeur. 

dimanche 5 septembre 2010

Injustice, politique et tomates

Mon billet précédent est injuste avec les hommes politiques. S’ils sont des fantoches, ridicules rouleurs de mécaniques, et de sabres, ce n’est pas du fait de leur nature, mais de celle du système auquel ils appartiennent.

Hier, j’achetais des tomates. Apparence parfaite : grosse, ronde et impeccable. Mais elles sont pleines d’eau. Impropre à la sauce tomate. Mais pourquoi n’y a-t-il pas de tomates moches mais bonnes ? Me demandé-je. Parce qu’elles ne se vendraient pas. Une convention s’est imposée : le fruit doit être beau pour être cher. Pour que la tomate change d’aspect, il faut un consensus du marché, qui demande aux marchands et aux cultivateurs de revoir leurs pratiques. Mais comment coordonner une telle masse d’individus dispersés ?

Il en est de même de nos hommes politiques : s’ils sortaient des conventions, ils n’auraient aucune chance d’être sélectionnés par leur parti.

Compléments :
  • The Economist fait un raisonnement proche, en ce qui concerne M.Strauss-Kahn. C’est le meilleur candidat socialiste, mais (donc ?) il ne sera pas sélectionné par son parti. La médiocre popularité de N.Sarkozy suscite et multiplie les ambitions. Prévoir une guerre fratricide au PS, meilleure chance de défaite. 

Catherine Ashton

Certains voulaient, pour diriger la diplomatie européenne, un Tony Blair, qui « paralyse la circulation » lorsqu’il se rend quelque part.
  • Effectivement, Tony Blair suscite des émeutes. Y compris lorsqu’il se rend dans une librairie pour dédicacer ses mémoires. (On lui reproche la guerre d’Irak.)
  • Catherine Ashton, effectivement, paraît humble et modeste, et penser que l’Europe à plus à gagner à se faire des amis qu’à délivrer des discours guerriers, voire à s’engager dans des conflits, comme l’a fait M.Blair. 
Le visage, ridicule, de l’Europe pourrait-il changer ? Il est douteux que les fantoches qui nous dirigent tolèrent longtemps un tel scandale.
    Compléments :

    Amérique fondamentaliste

    L’Amérique est une anomalie : seul pays riche ultrareligieux. (Religious Outlier.)  Tentatives d’explication :
    • Bronislaw Malinovski. Sa théorie : le rôle de la religion est d’aider l’homme à faire des choix qui correspondent aux intérêts de la société. Contrairement aux autres pays « développés » l’Amérique est ultra-individualiste. En Europe, au Japon… l’homme est encadré de près par les lois explicites de la société, pris en charge par elle. Pas aux USA.
    • Max Weber. Le fondement du capitalisme c’est le protestantisme. L’essence du modèle américain est religieux ? Sans religion l’individualisme ambiant disloque l’édifice ? (WEBER, Max, L'Ethique protestante et l'esprit du capitalisme, Pocket, 1989.)
    • Un billet récent observe que l’homme a commencé à penser que le monde était rationnel, à partir du moment où il a construit une société qui lui a permis d’éliminer l’incertitude de sa vie. Jusque-là ses religions lui disaient qu’il ne fallait pas en demander trop au monde. Le faible niveau de structure sociale américain introduit-il une haute dose d’imprévisibilité dans l’existence individuelle, qui a besoin d’aide pour supporter son sort ? 

    Contrôle de la finance

    Comment éviter aux banques de créer une faillite mondiale ? L’exercice consiste à chercher un moyen pour que la faillite d'une banque ruine ses actionnaires, mais pas le contribuable.
    • Première mesure : augmenter les réserves des banques. 
    • Mais des réserves qui élimineraient tout risque ne sont pas compatibles avec le fonctionnement de l’économie. Il faut donc pouvoir s’occuper des faillites résiduelles. Les USA ont monté une autorité qui prendra le contrôle d’une banque en difficulté et répartira ses pertes conformément à la logique économique. 
    • Mais, nouveau problème : les banques sont endettées les unes par rapport aux autres. Si certaines semblent fragiles (et les santés bancaires sont corrélées), et donc menacées d’un redressement musclé, elles ne seront plus alimentées. Nouvelle solution : pour éviter une panique, l’action du régulateur est réduite seulement à une partie (critique) du bilan de la banque administrée.
    Voilà, à mon avis, comment devrait fonctionner un monde en bonne santé : une mise au point de solution à ses problèmes par échange entre les beaux esprits expérimentés de la planète. Loin des utopies qui l’ont ravagée.